Megillah 16a — Le retournement : de l'écrit effacé et réécrit dans les chroniques jusqu'à la pendaison de Haman, lu verset par verset

Megillah 16a

Sougya : Le folio poursuit la lecture midrachique de la meguila, depuis la nuit blanche d'Assuérus jusqu'à la pendaison de Haman. Il s'ouvre sur l'écrit des chroniques que Chimchi efface et que Gavriel réécrit, d'où Rabbi Chila tire un kal va-homer sur ce qui est écrit en haut.

Vient ensuite la scène centrale du renversement : Haman entre pour demander la pendaison de Mordekhai et repart chargé de l'honorer ; il le trouve enseignant les lois de la kemitsa, attend la fin de sa prière, puis doit le baigner, le raser et lui servir de marchepied. La parade passe devant la maison de Haman, sa fille se méprend, jette le vase d'aisance sur son propre père et se tue.

Zérech et les sages lisent alors le nom des Juifs : quatre tribus contre lesquelles Haman ne peut rien, et un double verbe de chute qui mesure la distance de la poussière aux étoiles. Le folio se termine au festin : la plainte d'Esther, le double « il dit » de Rabbi Abahou, la main déviée par un ange, la colère du roi au jardin, Harvona qui dénonce le gibet, les deux apaisements de la fureur, et l'ouverture sur les cinq vêtements de Binyamin.

Le jour du retournement : la chaîne des scènes du folio Esther 6,2 à 7,10. Chaque scène est lue par la Guemara comme un pas de plus dans le renversement déjà engagé. 1. La nuit des chroniques Chimchi efface le nom de Mordekhai, Gavriel le réécrit 2. Rien n'a été fait pour lui Rava : les serviteurs parlent par haine de Haman 3. Haman entre dans la cour il vient demander le gibet qu'il avait préparé pour soi 4. Fais ainsi à Mordekhai Haman tente d'esquiver, le roi le nomme en trois mots 5. La maison d'étude lois de la kemitsa, prière, l'esclave et ses biens 6. Bain, rasoir, marchepied Esther a fermé les bains, Haman fait tout lui-même 7. La rue de Haman sa fille se méprend, jette le vase, tombe et meurt 8. Zérech et les sages quatre tribus invincibles, nafol tipol : poussière, étoiles 9. Le festin du vin la plainte d'Esther, le double il dit, la main déviée 10. Le jardin et le lit les anges arrachent les arbres, un ange jette Haman sur le divan d'Esther 11. Harvona et la pendaison le complice dénonce le gibet, deux fureurs s'apaisent à la fois Le folio s'ouvre au milieu d'une phrase venue de 15b et se referme au milieu d'une question sur Yossef et Binyamin, achevée en 16b.
Ce que Haman prépare, ce qu'il reçoit : la mesure pour mesure du folio Ce que Haman met en place Ce que le texte lui renvoie Le gibet dressé pour Mordekhai Esther 6,4 : qu'il avait préparé pour lui La baraita relit : pour lui-même il l'avait préparé Esther 7,10 : on y pend Haman Le vêtement royal et le cheval demandes en pensant à soi Il les porte à Mordekhai, le baigne, le rase, se courbe pour lui servir de marchepied Dix mille talents d'argent payés pour la perte des Juifs Une poignée de farine les repousse et l'esclave n'a rien qui soit à lui Le conseil de faire tuer Vachti Memoukhan, identifié à Haman Esther le rappelle au roi : il a déjà coûté une reine, la fureur de Vachti retombe sur lui Le conseil du gibet, partagé avec Harvona Harvona s'enfuit et dénonce le gibet au roi
Les redites du verset, et ce que la Guemara y lit Anomalie du verset Référence Lecture Participe au lieu du nom Esther 6,2 L'écriture est en cours : Chimchi efface, Gavriel réécrit Ordre des mots : hekhin lo Esther 6,4 Lo hekhin : c'est pour lui-même qu'il l'a préparé Deux fois il dit Esther 7,5 D'abord par interprète, puis en personne, quand il apprend qu'elle vient de Chaoul Infinitif redoublé : nafol tipol Esther 6,13 Deux chutes : jusqu'à la poussière, jusqu'aux étoiles Forme redoublée : chakhakha Esther 7,10 Deux fureurs apaisées, selon deux lectures
1
שֶׁשִּׁמְשַׁי מוֹחֵק וְגַבְרִיאֵל כּוֹתֵב. אָמַר רַבִּי אַסִּי, דָּרֵשׁ רַבִּי שֵׁילָא אִישׁ כְּפַר תְּמַרְתָּא: וּמֶה כְּתָב שֶׁלְּמַטָּה שֶׁלִּזְכוּתָן שֶׁל יִשְׂרָאֵל — אֵינוֹ נִמְחָק, כְּתָב שֶׁלְּמַעְלָה — לֹא כָל שֶׁכֵּן.

... que Chimchi effaçait et que Gavriel écrivait. Rabbi Assi a dit : Rabbi Chila, homme du village de Timarta, a exposé : si un écrit d'en bas, qui est au mérite d'Israël, ne s'efface pas, un écrit d'en haut, à plus forte raison.

📜 Rachi (1)
שִׁמְשֵׁי סוֹפֵר הַמֶּלֶךְ שׂוֹנֵא יִשְׂרָאֵל הָיָה וּמִיְּמוֹת כּוֹרֶשׁ הָיָה כְּמוֹ שֶׁנֶּאֱמַר בְּסֵפֶר עֶזְרָא (סִימָן ד) שֶׁכָּתַב שִׂטְנָה עַל בִּנְיַן הַבַּיִת עַד שֶׁבָּא כּוֹרֶשׁ וּבִיטְּלוֹ וְאַף בִּימֵי אֲחַשְׁוֵרוֹשׁ עָשָׂה כֵּן שֶׁנֶּאֱמַר (שָׁם) וּבְמַלְכוּת אֲחַשְׁוֵרוֹשׁ בִּתְחִלַּת מַלְכוּתוֹ כָּתַב שִׂטְנָה:
C'était le scribe du roi, il haïssait Israël, et il était en place depuis les jours de Cyrus, comme il est dit dans le livre d'Ezra (chapitre 4) qu'il écrivit une accusation contre la construction du Temple, jusqu'à ce que Cyrus vienne et l'annule ; et aux jours d'Assuérus aussi il fit de même, comme il est dit (ibid.) : et sous le règne d'Assuérus, au début de son règne, ils écrivirent une accusation.
🪔 Ben Yehoyada (1)
(אֶסְתֵּר ו ב) 'וְיִמְצָא כָּתוּב', 'כְּתָב' מִבָּעֵי לֵיהּ? מְלַמֵּד שֶׁשִּׁמְשַׁי מוֹחֵק וְגַבְרִיאֵל כּוֹתֵב. הַדָּבָר יִפָּלֵא כֵּיוָן שֶׁהָיוּ נִקְרָאִין לִפְנֵי הַמֶּלֶךְ אֵיךְ יוּכַל לִמְחֹוק בְּפָנָיו? וְנִרְאֶה לִי עַל פִּי מַה שֶׁכָּתַב רַבֵּינוּ מָהָרָ"ם אַלְשֵׁיךְ זַ"ל שֶׁבְּסֵפֶר דִּבְרֵי הַיָּמִים הָיוּ נִכְתָּבִים כָּל הָעִנְיָנִים בְּפֵירוּשׁ כְּמוֹ שֶׁהֵם אַךְ הָיָה לָהֶם סֵפֶר אֶחָד שֶׁהוּא כְּמוֹ מַפְתְּחוֹת לְסֵפֶר דִּבְרֵי הַיָּמִים הַגָּדוֹל שֶׁכּוֹתְבִים בּוֹ דְּבָרִים קְצָרִים דְּהַייְנוּ עִנְיָן פְּלוֹנִי וּפְלוֹנִי כָּתוּב בְּדַף פְּלוֹנִי וְכֵן עַל זֶה הַדֶּרֶךְ, וּבָזֶה הַסֵּפֶר שֶׁל הַמַּפְתְּחוֹת הָיוּ קוֹרִין לִפְנֵי הַמֶּלֶךְ, אַךְ שִׁמְשֵׁי הָיָה יוֹשֵׁב בְּחֶדֶר הַמֶּלֶךְ לְצַד אֶחָד וּלְפָנָיו סִפְרֵי דִּבְרֵי הַיָּמִים, וְהַקּוֹרֵא קוֹרֵא בְּסֵפֶר הַמַּפְתְּחוֹת לִפְנֵי הַמֶּלֶךְ, וּכְשֶׁרוֹאֶה מַזְכֶּרֶת עִנְיָינִים דְּלָא שַׁייָּךְ בְּהוּ דָּבָר שֶׁנּוֹגֵעַ לַמֶּלֶךְ, אֵין אוֹמֵר לְשַׁמָּשַׁי לִרְאוֹת מַה כָּתוּב בְּסֵפֶר דִּבְרֵי הַיָּמִים בְּדָבָר זֶה, וּכְשֶׁרוֹאֶה דָּבָר שֶׁיֵּשׁ לְהִסְתַּפֵּק בּוֹ שֶׁמָּא יֵשׁ בּוֹ שַׁיָּיכוּת דְּשָׁייְכִי לַמֶּלֶךְ, הוּא אוֹמֵר לְשִׁמְשֵׁי הַיּוֹשֵׁב לְצַד אַחֵר שֶׁיִּרְאֶה עִנְיָן זֶה בְּדַף פְּלוֹנִי מַה יֵשׁ בּוֹ דָּבָר נוֹגֵעַ לַמֶּלֶךְ, כָּךְ הָיוּ עוֹשִׂין כָּל אוֹתָהּ הַלַּיְלָה בִּשְׁבִיל הַמְּהִירוּת, וּכְשֶׁהִגִּיעַ לְדָבָר זֶה שֶׁל בִּגְתָן וָתֶרֶשׁ הָיָה קוֹרֵא לִפְנֵי הַמֶּלֶךְ בְּסֵפֶר הַמַּפְתְּחוֹת עִנְיַן בִּגְתָן וָתֶרֶשׁ כָּתוּב בְּדַף פְּלוֹנִי, אָז צָעַק הַקּוֹרֵא עַל שִׁמְשֵׁי שֶׁיִּרְאֶה בְּדִבְרֵי הַיָּמִים בְּדַף פְּלוֹנִי מַה כָּתוּב בְּעִנְיָן זֶה? וְאָז שִׁמְשֵׁי פָּתַח וְרָאָה כָּתוּב 'אֲשֶׁר הִגִּיד מָרְדְּכַי' מֶה עָשָׂה בְּעוֹדוֹ רוֹאֶה בַּסֵּפֶר בִּמְקוֹמוֹ מָחַק בִּמְהִירוּת שֵׁם 'מָרְדְּכַי' כְּדֵי שֶׁלֹּא יִרְאֶה הַמֶּלֶךְ שֶׁמָּרְדְּכַי הִגִּיד וְאָז הֵבִיא אֶת הַסֵּפֶר לִפְנֵי הַמֶּלֶךְ לִקְרוֹת הַכָּתוּב בּוֹ וְהִנֵּה תֵּכֶף כְּשֶׁמֵּחֹק שִׁמְשֵׁי בָּא גַּבְרִיאֵל בְּדֶרֶךְ נֵס וְכָתַב שֵׁם 'מָרְדְּכַי'.
(Esther 6,2) « et il fut trouvé écrit » — il aurait fallu dire « un écrit » ! Cela enseigne que Chimchi effaçait et que Gavriel écrivait. La chose est étonnante : puisqu'on lisait devant le roi, comment pouvait-il effacer en sa présence ? Il me semble, d'après ce qu'a écrit notre maître le Maharam Alchikh, de mémoire bénie, que dans le livre des Chroniques tous les faits étaient écrits explicitement tels quels, mais qu'ils avaient un livre servant comme de table des matières au grand livre des Chroniques, où l'on inscrivait des mentions brèves : tel et tel sujet est écrit à telle page, et ainsi de suite. C'est dans ce livre d'index qu'on lisait devant le roi ; Chimchi, lui, siégeait d'un côté dans la chambre du roi, avec devant lui les livres des Chroniques. Le lecteur lisait dans le livre d'index devant le roi, et lorsqu'il voyait la mention de sujets sans rapport avec le roi, il ne disait pas à Chimchi de regarder ce qui était écrit aux Chroniques à ce sujet ; mais lorsqu'il voyait une chose douteuse, qui touchait peut-être au roi, il disait à Chimchi, assis de l'autre côté, de regarder ce sujet à telle page et d'y voir ce qui concernait le roi. Ainsi faisaient-ils toute cette nuit-là, pour aller vite. Lorsqu'on en vint à l'affaire de Bigtan et Térech, on lisait devant le roi dans le livre d'index : l'affaire de Bigtan et Térech est écrite à telle page ; le lecteur cria alors à Chimchi de regarder aux Chroniques, à telle page, ce qui était écrit sur ce sujet. Chimchi ouvrit et vit écrit « ce que Mordekhai avait rapporté ». Que fit-il ? Pendant qu'il regardait le livre à sa place, il effaça vite le nom de Mordekhai, afin que le roi ne voie pas que c'était Mordekhai qui avait rapporté, puis il apporta le livre devant le roi pour qu'on y lise ce qui y était écrit ; et voici que, dès que Chimchi eut effacé, Gavriel vint par miracle et écrivit là le nom de Mordekhai.
💡 Explication

Le folio s'ouvre au milieu d'une exégèse commencée en 15b. Le verset dit « il fut trouvé écrit » et non « on trouva un écrit » : le participe indique une écriture en cours, au moment même de la lecture. D'où la scène des deux personnages, Chimchi le scribe qui efface le nom de Mordekhai et l'ange Gavriel qui le réécrit.

Rabbi Chila en tire un kal va-homer, un raisonnement à plus forte raison. Un écrit d'ici-bas, exposé à la main d'un ennemi, tient bon quand il porte le mérite d'Israël ; l'écrit d'en haut, hors d'atteinte, tient donc à plus forte raison. Le mérite consigné devant le Ciel ne se perd pas.

🖼️ Schéma
Le kal va-homer de Rabbi Chila L'écrit d'en bas les chroniques du roi, à portée de main d'un ennemi qui peut gratter le nom et pourtant il ne s'efface pas L'écrit d'en haut le registre des mérites devant le Ciel hors d'atteinte de toute main à plus forte raison il ne s'efface pas kal va-homer
Du moins protégé au mieux protégé : la forme du raisonnement à plus forte raison.
2
״לֹא נַעֲשָׂה עִמּוֹ דָּבָר״. אָמַר רָבָא: לֹא מִפְּנֵי שֶׁאוֹהֲבִין אֶת מָרְדֳּכַי, אֶלָּא מִפְּנֵי שֶׁשּׂוֹנְאִים אֶת הָמָן.

« Rien n'a été fait pour lui » (Esther 6,3). Rava a dit : non par amour pour Mordekhai, mais par haine de Haman.

💡 Explication

Le roi demande quel honneur a été rendu à Mordekhai, et ses serviteurs répondent que rien n'a été fait. Rava lit dans cette réponse un calcul de cour : les serviteurs voient monter Haman et cherchent à lui susciter un rival. Le salut d'Israël passe par des mobiles qui ne le visent pas.

3
״הֵכִין לוֹ״. תַּנָּא: לוֹ הֵכִין.

« Qu'il avait préparé pour lui » (Esther 6,4). On a enseigné : c'est pour lui-même qu'il l'avait préparé.

📜 Rachi (1)
לוֹ הֵכִין לְצֹורֶךְ עַצְמוֹ:
Pour son propre besoin.
💡 Explication

Le verset dit de Haman qu'il vient parler au roi pour faire pendre Mordekhai au gibet « qu'il avait préparé pour lui ». La baraita retourne l'ordre des deux mots : lo hekhin, pour lui-même il l'a préparé. Le gibet dressé pour un autre est déjà, dans la lettre du verset, le gibet du constructeur.

4
״וְעָשָׂה כֵּן לְמָרְדְּכַי״. אֲמַר לֵיהּ: מַנּוּ מָרְדְּכַי? אֲמַר לֵיהּ: ״הַיְּהוּדִי״. אֲמַר לֵיהּ: טוּבָא מָרְדְּכַי אִיכָּא בִּיהוּדָאֵי. אֲמַר לֵיהּ: ״הַיּוֹשֵׁב בְּשַׁעַר הַמֶּלֶךְ״.

« Et fais ainsi à Mordekhai » (Esther 6,10). Il lui dit : qui est Mordekhai ?

Il lui répondit : « le Juif ». Il lui dit : il y a beaucoup de Mordekhai chez les Juifs.

Il lui répondit : « celui qui siège à la porte du roi ».

💡 Explication

Le verset accumule trois désignations : Mordekhai, le Juif, celui qui siège à la porte du roi. La Guemara lit cette accumulation comme un dialogue : chaque apposition est la réponse du roi à une tentative d'esquive de Haman, qui essaie de faire porter l'honneur sur un homonyme.

🖼️ Schéma
Trois mots du verset, trois esquives fermées Haman : qui est Mordekhai ? peut-être un inconnu sans importance Le roi : le Juif première apposition du verset Haman : il y en a beaucoup le nom seul ne désigne personne Le roi : celui de la porte du roi seconde apposition du verset Haman : un village, ou un fleuve, lui suffirait Le roi : cela aussi donne-le lui — ne laisse rien tomber de tout ce que tu as dit
Chaque précision du verset répond à une tentative de détournement.
5
אֲמַר לֵיהּ: סַגִּי לֵיהּ בְּחַד דִּיסְקַרְתָּא, אִי נָמֵי בְּחַד נַהֲרָא. אֲמַר לֵיהּ: הָא נָמֵי הַב לֵיהּ, ״אַל תַּפֵּל דָּבָר מִכֹּל אֲשֶׁר דִּבַּרְתָּ״.

Il lui dit : un seul village lui suffirait, ou bien un seul fleuve. Il lui répondit : cela aussi, donne-le lui — « ne laisse rien tomber de tout ce que tu as dit ».

📜 Rachi (2)
דִּיסְקַרְתָּא כָּפַר:
Un village.
נַהֲרָא לִיטֹּול מֶכֶס:
Pour en prélever le péage.
🪔 Ben Yehoyada (1)
אֲמַר לֵיהּ: סַגִּי לֵיהּ בְּחַד דִּיסְקַרְתָּא. פֵּירוּשׁ זֶה הַיָּקָר וּגְדוֹלָה אֲשֶׁר אָמַרְתִּי הוּא אֵין לוֹ הֲנָאָה מֵהֶם וְאֵין לוֹ חֵפֶץ בָּהֶם כִּי הוּא אוֹהֵב מָמוֹן וְאִם תִּתֵּן לוֹ חֲדָא דְּסַקְרְתָא אוֹ חֲדָא נַהֲרָא טוֹב זֶה נֶחְשָׁב אֶצְלוֹ אֶלֶף פְּעָמִים עַל אוֹתוֹ הַיָּקָר אֲשֶׁר אָמַרְתִּי, וְהֵשִׁיב עֲשֵׂה לוֹ הָא וְהָא.
« Il lui dit : un seul village lui suffirait. » C'est-à-dire : cet honneur et cette grandeur dont j'ai parlé ne lui procurent aucun plaisir et il ne les désire pas, car il aime l'argent ; si tu lui donnes un village ou un fleuve, cela vaudra à ses yeux mille fois plus que l'honneur dont j'ai parlé. Le roi répondit : fais-lui l'un et l'autre.
💡 Explication

Dernière tentative : Haman propose de convertir l'honneur public en avantage matériel, un domaine ou le péage d'un cours d'eau. Le roi lit alors la fin du verset, « ne laisse rien tomber de tout ce que tu as dit », comme une clause qui englobe cette nouvelle proposition : Haman doit donner l'honneur et le domaine.

6
״וַיִּקַּח הָמָן אֶת הַלְּבוּשׁ וְאֶת הַסּוּס״. אֲזַל אַשְׁכְּחֵיהּ דְּיָתְבִי רַבָּנַן קַמֵּיהּ וּמַחְוֵי לְהוּ הִלְכוֹת קְמִיצָה לְרַבָּנַן, כֵּיוָן דְּחַזְיֵיהּ מָרְדְּכַי דְּאַפֵּיק לְקִבְלֵיהּ וְסוּסְיָא מֵיחַד בִּידֵיהּ, מִירַתַּת. אֲמַר לְהוּ לְרַבָּנָן: הַאי רַשִּׁיעָא לְמִיקְטַל נַפְשַׁי קָא אָתֵי זִילוּ מִקַּמֵּיהּ דִּי לָא תִּכָּווּ בְּגַחַלְתּוֹ. בְּהָהִיא שַׁעְתָּא נִתְעַטֵּף מָרְדְּכַי וְקָם לֵיהּ לִצְלוֹתָא, אֲתָא הָמָן וִיתֵיב לֵיהּ קַמַּייְהוּ וְאוֹרֵיךְ עַד דְּסַלֵּיק מָרְדֳּכַי לִצְלוֹתֵיהּ.

« Haman prit le vêtement et le cheval » (Esther 6,11). Il alla et le trouva alors que les Sages siégeaient devant lui et qu'il leur exposait les lois de la kemitsa (prélèvement d'une poignée de farine de l'offrande végétale).

Lorsque Mordekhai le vit sortir à sa rencontre, le cheval tenu dans sa main, il prit peur. Il dit aux Sages : ce méchant vient pour me tuer ; éloignez-vous de lui, afin de ne pas être brûlés par sa braise.

À cette heure-là, Mordekhai s'enveloppa et se leva pour la prière. Haman arriva, s'assit devant eux et attendit jusqu'à ce que Mordekhai ait achevé sa prière.

📜 Rachi (2)
לְרַבָּנָן תַּלְמִידָיו:
Ses disciples.
הִלְכוֹת קְמִיצָה דּוֹרֵשׁ בְּעִנְיָנוֹ שֶׁל יוֹם וְשִׁשָּׁה עָשָׂר בְּנִיסָן הָיָה הוּא יוֹם תְּנוּפַת הָעֹומֶר:
Il exposait le sujet propre au jour : c'était le seize nissan, jour du balancement du omer.
🪔 Ben Yehoyada (1)
כֵּיוָן דְּחַזְיֵהּ מָרְדְּכַי דְּאַפֵּיק לְקִבְלֵהּ וְסוּסְיֵהּ מְיֻחָד בְּיָדָהּ, מְרַתֵּת. יֵשׁ לְהָבִין לְמַאי הֻוצְרַךְ לוֹמַר סוּסְיָא מְיֻחָד בִּידֵיהּ דְּמַשְׁמַע מִכֹּחַ שֶׁהָיָה אוֹחֵז הַסּוּס בְּיָדוֹ נִתְפַּחֵד מָרְדְּכַי, וּמַה שַׁייָּכוּת יֵשׁ לְפַחֵד מִכֹּחַ הַסּוּס? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּכָתַב הַגָּאוֹן מָהָרִ"י זַ"ל, שֶׁהָיָה לָהֶם בְּחוּקֵּי מָדַי וּפְרָס אִם הַמִּשְׁנָה יִשָּׁאֵר בְּזוֹ הַשְּׂרָרָה שִׁבְעִים יוֹם יִהְיֶה בְּיָדוֹ כּוֹחוֹ שֶׁל מֶלֶךְ לַהֲרֹוג בְּלֹא רְשׁוּת הַמֶּלֶךְ וּבְלֹא רְשׁוּת הַוַּעַד כָּל מִי שֶׁיִּרְצֶה וְכָתַב עוֹד דְּהָמָן נִתְלָה בְּיוֹם הַשִּׁבְעִים לִשְׂרָרָתוֹ וּכְמוֹ שֶׁאָמַר הַפַּיְּיטָן 'תַּכְלִית שִׁבְעִים נִתְלָה עַל חֲמִשִּׁים' עַייֵּן שָׁם (סוֹף הַפִּיּוּט שֶׁנִּקְרָא 'זָכוֹר' בַּיּוֹצְרוֹת לְשַׁבָּת זָכוּר) . וְהִנֵּה מָרְדְּכַי קֹודֶם שֶׁשִּׁלְּמוּ שִׁבְעִים יוֹם לְהָמָן לֹא הָיָה מְפַחֵד פֶּן יַהַרְגֶנּוּ הָמָן כִּי אִי אֶפְשָׁר לַהֲרֹוג בְּלֹא רְשׁוּת הַמֶּלֶךְ וּבְוַדַּאי הַמֶּלֶךְ לֹא יִתֵּן לוֹ רְשׁוּת לְהָרְגוֹ בַּעֲבוּר אֶסְתֵּר כִּי הַמֶּלֶךְ יוֹדֵעַ דְּמָרְדְּכַי הָיָה הָאֻומָּן שֶׁל אֶסְתֵּר וְהוּא גִּידְּלָה וּמִבֵּיתוֹ לְקָחָהּ הַמֶּלֶךְ וְרַק הָיָה מִתְייָרֵא פֶּן אַחַר שִׁבְעִים יַהַרְגֶנּוּ בִּלְתִּי רְשׁוּת מִן הַמֶּלֶךְ, וְכֵיוָן דְּאוֹתוֹ הַיּוֹם הָיָה יוֹם הַשִּׁבְעִים יֵשׁ סָפֵק אִם אָמְרִינַן מִקְצָת הַיּוֹם כְּכֻולּוֹ וְיָכוֹל לַהֲרֹוג בְּאוֹתוֹ הַיּוֹם בְּלֹא רְשׁוּת אוֹ אִם צָרִיךְ שֶׁיַּעַבְרוּ שִׁבְעִים שְׁלֵמִים? וּכְשֶׁרָאָה סוּסְיָא מְיֻחָד בִּידֵיהּ, הִכִּיר שֶׁזֶּה הָיָה סוּס הַמֶּלֶךְ שֶׁיֵּשׁ בּוֹ סִימָן יָדוּעַ לְכָל וּלְכָךְ נִתְפַּחֵד מָרְדְּכַי שֶׁמָּא בָּא זֶה לְהָרְגוֹ כִּי חָשַׁב שֶׁהוּא בְּזֶה הַיּוֹם רָכַב עַל סוּס הַמֶּלֶךְ וּמֶה רָאָה הָמָן לִרְכֹּוב בָּזֶה הַיּוֹם עַל סוּס הַמֶּלֶךְ? אֶלָּא וַדַּאי הָמָן חָשַׁב מִקְצָת הַיּוֹם כְּכֻולּוֹ וְיֵשׁ לוֹ כֹּחַ בָּזֶה הַיּוֹם כְּכֹחַ שֶׁל מֶלֶךְ לַהֲרֹוג בְּלֹא רְשׁוּת, וּלְכָךְ לְחַזֵּק הַדָּבָר וְלַעֲשׂוֹת סִימָן לְכוֹחוֹ זֶה רֶכֶב יוֹם זֶה עַל סוּס הַמֶּלֶךְ, לוֹמַר יוֹם זֶה יֵשׁ לוֹ כֹּחַ כְּכֹחַ הַמֶּלֶךְ וּלְכָךְ כֵּיוָן שֶׁרָאָה סוּסְיָא אֲחִיד בִּידֵיהּ שֶׁהוּא סוּס הַמֶּלֶךְ, נִתְפַּחֵד שֶׁמָּא בָּא עַתָּה לְהָרְגוֹ בְּלֹא רְשׁוּת!
« Lorsque Mordekhai le vit sortir à sa rencontre, le cheval tenu dans sa main, il prit peur. » Il faut comprendre pourquoi il fallait dire « le cheval tenu dans sa main », ce qui laisse entendre que c'est à cause du cheval qu'il tenait que Mordekhai prit peur ; quel rapport la peur a-t-elle avec le cheval ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, d'après ce qu'a écrit le gaon Mahari, de mémoire bénie, que les lois de Médie et de Perse portaient que si le vice-roi demeurait dans cette charge soixante-dix jours, il avait en main le pouvoir du roi de tuer, sans l'autorisation du roi et sans celle du conseil, quiconque il voudrait ; et il écrit encore que Haman fut pendu le soixante-dixième jour de sa charge, comme l'a dit le paytan : « au terme des soixante-dix, il fut pendu à cinquante » (voir la fin du piyout appelé Zakhor, dans les yotsrot de chabbat Zakhor). Or Mordekhai, avant l'achèvement des soixante-dix jours de Haman, ne craignait pas que Haman le tue, car il lui était impossible de tuer sans l'autorisation du roi, et le roi ne lui donnerait certainement pas la permission de le tuer, à cause d'Esther, puisque le roi savait que Mordekhai était le tuteur d'Esther, qu'il l'avait élevée et que c'est de sa maison que le roi l'avait prise ; il craignait seulement qu'après les soixante-dix jours il le tue sans l'autorisation du roi. Et puisque ce jour-là était le soixante-dixième, il y avait un doute : dit-on qu'une partie du jour vaut le tout, et peut-il tuer ce jour-là sans autorisation, ou bien faut-il que soixante-dix jours pleins se soient écoulés ? Lorsqu'il vit le cheval tenu dans sa main, il reconnut que c'était le cheval du roi, qui portait un signe connu de tous ; c'est pourquoi Mordekhai prit peur qu'il ne vienne le tuer, car il pensa : le voici qui monte aujourd'hui le cheval du roi ; qu'a donc vu Haman pour monter aujourd'hui le cheval du roi ? Nécessairement, Haman a compté qu'une partie du jour vaut le tout, qu'il a en ce jour le pouvoir de tuer sans autorisation comme le roi ; et pour affermir la chose et faire signe de ce pouvoir, il a monté ce jour-là le cheval du roi, pour dire : en ce jour j'ai un pouvoir comme celui du roi. C'est pourquoi, dès qu'il vit le cheval du roi tenu dans sa main, il craignit qu'il ne vienne alors le tuer sans autorisation.
💡 Explication

Le décor est celui de la maison d'étude. La kemitsa est le prélèvement, par le prêtre, d'une poignée de fleur de farine sur l'offrande végétale, part qui monte à l'autel. Rachi précise que le sujet n'est pas choisi au hasard : on est au seize nissan, jour de l'offrande du omer, qui est une offrande de farine.

La peur de Mordekhai a un motif visuel précis, le cheval tenu en main, que le Ben Yehoyada relie aux prérogatives du vice-roi. Devant la menace, Mordekhai écarte ses disciples et se met à prier ; Haman, qui détient l'ordre royal, attend.

7
אֲמַר לְהוּ: בְּמַאי עָסְקִיתוּ? אָמְרוּ לֵיהּ: בִּזְמַן שֶׁבֵּית הַמִּקְדָּשׁ קַיָּים, מַאן דִּמְנַדֵּב מִנְחָה מַיְיתֵי מְלֵי קֻומְצֵיהּ דְּסֻולְתָּא וּמִתְכַּפַּר לֵיהּ. אֲמַר לְהוּ: אֲתָא מְלֵי קֻומְצֵי קִמְחָא דִּידְכוּ וְדָחֵי עַשְׂרָה אַלְפֵי כַּכְּרֵי כַסְפָּא דִּידִי. אֲמַר לֵיהּ: רָשָׁע, עֶבֶד שֶׁקָּנָה נְכָסִים, עֶבֶד לְמִי וּנְכָסִים לְמִי?

Il leur dit : de quoi vous occupiez-vous ? Ils lui dirent : au temps où le Temple se tient, celui qui fait vœu d'une offrande de farine apporte le plein de sa poignée de fleur de farine et il obtient l'expiation.

Il leur dit : votre pleine poignée de farine est venue et a repoussé mes dix mille talents d'argent. Il lui dit [Mordekhai] : méchant, un esclave qui acquiert des biens, à qui l'esclave et à qui les biens ?

🗂️ Tossefot (1)
וְדָחֵי עַשְׂרָה אַלְפֵי כַּכְּרֵי כַסְפָּא שָׁמַעְתִּי שֶׁעֲשָׂרָה אַלְפֵי כִּכַּר כֶּסֶף עוֹלִין חֲצִי שֶׁקֶל לְכָל אֶחָד מִיִּשְׂרָאֵל שֶׁהָיוּ שֵׁשׁ מֵאוֹת אֶלֶף כְּשֶׁיָּצְאוּ מִמִּצְרַיִם וְאָמַר שֶׁיִּתֵּן לַאֲחַשְׁוֵרוֹשׁ כָּל פִּדְיוֹנָם וְדוֹק וְתַשְׁכַּח:
J'ai entendu que dix mille talents d'argent représentent un demi-sicle pour chacun des Israélites, qui étaient six cent mille à la sortie d'Égypte ; il disait qu'il donnerait à Assuérus la totalité de leur rachat. Vérifie et tu trouveras.
🪔 Ben Yehoyada (1)
בִּזְמַן שֶׁבֵּית הַמִּקְדָּשׁ קַיָּם מַאן דִּמְנַדֵּב מִנְחָה מַיְתֵי מְלֵי קֻומְצֵהּ דְּסֻולְתָּא וּמִתְכַּפַּר לֵיהּ. אֲמַר לְהוּ: אֲתָא מְלֵי קֻומְצֵי קִמְחָא דִּידְכוּ וְדָחֵי עַשְׂרָה אַלְפֵי כַּכְּרֵי כַסְפָּא דִּידִי. נִרְאֶה לִי בס"ד דְּיָדוּעַ הַטַּעַם שֶׁל הַקֹּומֶץ כְּדֵי לְמַתֵּק ה׳ גְּבוּרוֹת מנצפ"ך כִּי בְּקֻומְצוֹ יֵשׁ חֲמִשָּׁה אֶצְבָּעוֹת כְּנֶגֶד ה׳ גְּבוּרוֹת מנצפ"ך וְיָדוּעַ כִּי הַנֵּס שֶׁנַּעֲשָׂה בְּצָרַת הַמָּן הָיָה עַל יְדֵי מִיתּוּק ה׳ גְּבוּרוֹת מנצפ"ך וְלָכֵן תִּיקְּנוּ חֲזַ"ל נֹוסַח בִּרְכַּת הַמְּגִילָּה בַּחֲמִשָּׁה לְשׁוֹנוֹת שֶׁל גְּאֻולָּה וְהֵם: הָרַב אֶת רִיבֵנוּ, וְהַדָּן אֶת דִּינֵנוּ, וְהַנּוֹקֵם אֶת נִקְמָתֵנוּ, וְהַמְשַׁלֵּם גְּמוּל לְכָל אוֹיְבֵי נַפְשֵׁנוּ, וְהַנִּפְרָע לָנוּ מִצָּרֵינוּ, וְלָכֵן זָכָה מָרְדְּכַי לַחֲמִשָּׁה לְבוּשֵׁי מַלְכוּת, וּכְמוֹ שֶׁנֶּאֱמַר (אֶסְתֵּר ח, טו) 'וּמָרְדֳּכַי יָצָא מִלִּפְנֵי הַמֶּלֶךְ בִּלְבוּשׁ מַלְכוּת תְּכֵלֶת וָחוּר וַעֲטֶרֶת זָהָב גְּדוֹלָה וְתַכְרִיךְ בּוּץ וְאַרְגָּמָן' וְלָזֶה אָמַר אָתֵי מִלֵּי קֻומְצָא קִמְחָא דִּידְכוּ שֶׁיֵּשׁ בַּקֹּומֶץ חֲמִשָּׁה אֶצְבָּעוֹת לְמַתֵּק ה׳ גְּבוּרוֹת מנצפ"ך וְדָחֵי עֲשֶׂרֶת אֲלָפִים כִּכַּר כֶּסֶף וְדָא עָקָא שֶׁהַחֲמִשָּׁה דָּחֵי עֲשָׂרָה הֲרֵי זֶה נֵס פֶּלֶא.
« Au temps où le Temple se tient, celui qui fait vœu d'une offrande de farine apporte le plein de sa poignée de fleur de farine et il obtient l'expiation. Il leur dit : votre pleine poignée de farine est venue et a repoussé mes dix mille talents d'argent. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que la raison connue de la kemitsa est d'adoucir les cinq guevourot (rigueurs) mantsepakh, car la poignée comprend cinq doigts, correspondant aux cinq guevourot mantsepakh ; et il est connu que le miracle accompli dans la détresse de Haman se fit par l'adoucissement des cinq guevourot mantsepakh. C'est pourquoi nos maîtres, de mémoire bénie, ont institué le texte de la bénédiction de la meguila en cinq expressions de délivrance : celui qui plaide notre cause, qui juge notre jugement, qui venge notre vengeance, qui rétribue tous les ennemis de notre âme, et qui tire vengeance pour nous de nos oppresseurs. Et c'est pourquoi Mordekhai mérita cinq vêtements de royauté, comme il est dit (Esther 8,15) : « et Mordekhai sortit de devant le roi en vêtement royal, bleu d'azur et blanc, avec une grande couronne d'or et un manteau de lin fin et de pourpre ». C'est en ce sens qu'il dit : votre pleine poignée de farine, où il y a cinq doigts pour adoucir les cinq guevourot mantsepakh, est venue et a repoussé dix mille talents d'argent ; et voilà ce qui étonne, que les cinq repoussent les dix mille : c'est là un miracle prodigieux.
💡 Explication

Deux économies se font face. Haman a mis dix mille talents d'argent dans la balance du roi ; les Sages décrivent une minha, l'offrande du plus pauvre, dont il suffit d'une poignée pour obtenir l'expiation. Haman constate lui-même que la poignée l'emporte.

La réponse de Mordekhai coupe court sur un principe de droit : les acquisitions d'un esclave reviennent à son maître. Ayant jadis vendu sa personne à Mordekhai contre du pain, selon le récit rapporté plus haut dans le traité, Haman ne possède même pas l'argent qu'il offre.

🖼️ Schéma
La poignée de farine contre les dix mille talents Une pleine poignée de farine l'offrande du pauvre, cinq doigts elle obtient l'expiation Dix mille talents d'argent payés pour la perte des Juifs repoussés par la poignée Et Mordekhai ajoute : un esclave qui acquiert des biens, à qui l'esclave et à qui les biens ?
Le petit volume l'emporte sur la grande somme, puis le titre de propriété lui-même est contesté.
8
אֲמַר לֵיהּ: קוּם לְבוֹשׁ הָנֵי מָאנֵי וּרְכוֹב הַאי סוּסְיָא, דְּבָעֵי לָךְ מַלְכָּא. אֲמַר לֵיהּ: לָא יָכֵילְנָא עַד דְּעָייֵלְנָא לְבֵי בָנֵי וְאֶשְׁקוֹל לְמַזְיָיא, דְּלָאו אֹורַח אַרְעָא לְאִשְׁתַּמּוֹשֵׁי בְּמָאנֵי דְמַלְכָּא הָכִי.

Il lui dit : lève-toi, revêts ces vêtements et monte ce cheval, car le roi te veut ainsi. Il lui dit : je ne le peux pas avant d'être entré au bain et d'avoir coupé ma chevelure, car il n'est pas convenable de se servir des vêtements du roi en cet état.

📜 Rachi (1)
וְאֶשְׁקוֹל לְמַזְּיָיא וְאֶטֹּול שַׁעֲרֵי:
Et que je coupe mes cheveux.
🪔 Ben Yehoyada (2)
אֲמַר לֵיהּ: קוּם לְבוֹשׁ הָנֵי מָאנֵי וּרְכוֹב הַאי סוּסְיָא, דְּבָעֵי לָךְ מַלְכָּא. הִנֵּה הַמֶּלֶךְ לֹא רָצָה שֶׁיָּבִיא לוֹ אֶת מָרְדְּכַי אַךְ כָּךְ נִזְרַק בְּפִיו מִן הַשָּׁמַיִם יַעַן דְּאוֹתוֹ הַיּוֹם בִּקֵּשׁ הַמֶּלֶךְ שֶׁיָּבֹא מָרְדְּכַי לְפָנָיו אַחֲרֵי שֶׁנִּצְלַב הָמָן וְהָא דְּאוֹרֵיךְ עַד דְּסַלֵּיק מָרְדֳּכַי לִצְלוֹתֵיהּ וְלֹא הִפְסִיקוֹ בְּאֶמְצַע הַתְּפִלָּה, חָשַׁב וַדַּאי עַתָּה מִתְפַּלֵּל בְּעִצָּבוֹן וְאֵין תְּפִלָּה בְּעִצָּבוֹן מִתְקַבֶּלֶת אַךְ אִם אַפְסִיקוּ בְּאֶמְצַע הַתְּפִלָּה אָז מֻוכְרָח שֶׁיַּחֲזֹור אַחַר כָּךְ וְיִתְפַּלֵּל שֵׁנִית וְאַחַר שֶׁיִּשְׁמַע הַבְּשׂוֹרָה טוֹבָה וַדַּאי יִתְפַּלֵּל בְּשִׂמְחָה רַבָּה וְתִהְיֶה רְצוּיָה מְאֹד.
« Il lui dit : lève-toi, revêts ces vêtements et monte ce cheval, car le roi te veut. » Or le roi n'avait pas voulu qu'on lui amène Mordekhai, mais ces paroles furent jetées dans sa bouche depuis le Ciel, parce que ce jour-là le roi demanda que Mordekhai vienne devant lui après que Haman eut été pendu. Et quant au fait qu'il attendit que Mordekhai ait achevé sa prière, sans l'interrompre en son milieu, il pensa : il prie certainement maintenant dans la tristesse, et une prière dans la tristesse n'est pas agréée ; tandis que si je l'interromps au milieu de la prière, il devra ensuite reprendre et prier une seconde fois, et après avoir entendu la bonne nouvelle il priera certainement dans une grande joie, et sa prière sera très agréée.
אֲמַר לֵיהּ: לָא יָכֵילְנָא עַד דְּעָיֵלְנָא לְבֵי בָנֵי. הָא דְּלָא הִמְתִּין עַד שֶׁיִּשְׁלַח וִיחַפֵּשׂ אַחֲרֵי הַבְּעָלִים וְהָאֻומָּנִים, מִפְּנֵי שֶׁפָּחַד שֶׁמָּא יַחְשֹׁוד אוֹתוֹ הַמֶּלֶךְ שֶׁהוּא הִטְמִינָם כְּדֵי לְאַחֵר הַדָּבָר, לְכָךְ בָּחַר לְמַהֵר הָעִנְיָן וְלַעֲשׂוֹת הוּא בְּעַצְמוֹ לָצֵאת מִן הַחֲשָׁד וְגַם חָשַׁב בָּזֶה יִמְצָא חֵן בְּעֵינַי הַמֶּלֶךְ כִּי מַרְחִיצוֹ בְּעַצְמוֹ בִּשְׁבִיל כְּבוֹד בִּגְדֵי הַמֶּלֶךְ. אִי נָמֵי עָרַב לוֹ דָּבָר זֶה לְהַרְחִיצוֹ הוּא בְּעַצְמוֹ כְּדֵי שֶׁבָּזֶה יִהְיֶה הוּא לְמַעְלָה מִן מָרְדְּכַי, וּבִפְרָט כַּאֲשֶׁר עוֹשֶׂה לוֹ מְלָאכָה שֶׁקּוֹרִין תדלי"ג וּמִטַּעַם זֶה רָצָה לְסַפֵּר לוֹ הוּא בְּעַצְמוֹ.
« Il lui dit : je ne le peux pas avant d'être entré au bain. » S'il n'attendit pas d'envoyer chercher les baigneurs et les artisans, c'est qu'il craignait que le roi ne le soupçonne de les avoir cachés pour retarder l'affaire ; il choisit donc de hâter la chose et de la faire lui-même, pour échapper au soupçon. Il pensa aussi trouver par là grâce aux yeux du roi, puisqu'il le lavait lui-même par égard pour les vêtements du roi. Ou bien il lui fut agréable de le laver lui-même, afin d'être par là au-dessus de Mordekhai, surtout en lui faisant un travail qu'on appelle tadlig ; et pour cette raison il voulut aussi le raser lui-même.
💡 Explication

Mordekhai oppose une objection de bienséance : les vêtements royaux ne se portent pas sur un corps non lavé ni sur une chevelure négligée. L'objection est recevable, et elle oblige Haman à fournir lui-même le service, puisque Esther a fait fermer les établissements au segment suivant.

9
שַׁדַּרָה אֶסְתֵּר וַאֲסַרְתִּינְהוּ לְכֻולְּהוּ בֵּי בָנֵי וּלְכֻולְּהוּ אֻומָּנֵי. עַיְּילֵיהּ אִיהוּ לְבֵי בָנֵי וְאַסְחְיֵהּ, וַאֲזַל וְאַיְיתִי זוּזָא מִבֵּיתֵיהּ וְקָא שָׁקֵיל בֵּיהּ מַזְייֵהּ. בַּהֲדֵי דְּקָא שָׁקֵיל לֵיהּ אִינְּגִיד וְאִיתְּנַח. אֲמַר לֵיהּ: אַמַּאי קָא מִיתְּנַחַתְּ? אֲמַר לֵיהּ: גַּבְרָא דַּהֲוָה חֲשִׁיב לֵיהּ לְמַלְכָּא מִכֻּולְּהוּ רַבְרְבָנוֹהִי, הַשְׁתָּא לִישַׁוְּייֵהּ בַּלְנַאי וְסַפָּר? אֲמַר לֵיהּ: רָשָׁע, וְלָאו סַפָּר שֶׁל כְּפַר קַרְצוּם הָיִיתָ? תְּנָא: הַמָּן, סַפָּר שֶׁל כְּפַר קַרְצוּם הָיָה עֶשְׂרִים וּשְׁתַּיִם שָׁנָה.

Esther envoya fermer tous les bains et tous les ateliers d'artisans. Il le fit entrer lui-même au bain et le lava ; puis il alla chercher des ciseaux chez lui et se mit à lui couper les cheveux.

Pendant qu'il coupait, il se blessa et soupira. Il lui dit : pourquoi soupires-tu ?

Il lui dit : un homme que le roi tenait pour plus considérable que tous ses grands, le voilà fait baigneur et barbier. Il lui dit : méchant, n'étais-tu pas le barbier du village de Kartsoum ?

On a enseigné : Haman fut barbier du village de Kartsoum pendant vingt-deux ans.

📜 Rachi (3)
אֲסַרְתִּינְהוּ צִוְּתָה עֲלֵיהֶן לְהַחְבִּיאָן:
Elle leur ordonna de se cacher.
אֻומָּנֵי סְפָרִים:
Des barbiers.
זוּזָא זוּג שֶׁל סַפָּרִים כְּעֵין מִסְפָּרַיִם:
Une paire de barbier, une sorte de ciseaux.
🪔 Ben Yehoyada (1)
וְאָזֵיל וְאַיְּתֵי זוּגָא מִבֵּיתָהּ. קָשֶׁה לָמָּה לֹא שָׁלַח לַהֲבִיאוֹ עַל יְדֵי אֲחֵרִים וְנִרְאֶה לִי כִּי זֶה הַזּוּג הָיָה מֻוצְנָע אֶצְלוֹ, כִּי הוּא הִנִּיחוֹ בְּבֵיתוֹ בִּשְׁבִיל שֶׁמִּמְּלָאכָה זוֹ עָלָה לִגְדֻולָּה, וּלְכָךְ הָיָה חָבִיב אֶצְלוֹ, אַךְ הָיָה מַצְנִיעוֹ שֶׁלֹּא יַכִּירוּ בּוֹ בְּנֵי בֵּיתוֹ כִּי בּוּשָׁה הוּא לוֹ לוֹמַר שֶׁהָיָה סֵפֶר, וְעוֹד לֹא רָצָה לַהֲבִיאוֹ עַל יְדֵי אֲחֵרִים שֶׁלֹּא יָדְעוּ אֲפִילּוּ בְּנֵי בֵּיתוֹ שֶׁהוּא רוֹצֶה לְגַלֵּחַ אֶת מָרְדְּכַי.
« Il alla et apporta des ciseaux de chez lui. » Difficulté : pourquoi ne les a-t-il pas fait apporter par d'autres ? Il me semble que ces ciseaux étaient cachés chez lui, car il les avait déposés dans sa maison parce que c'est de ce métier qu'il était monté à la grandeur ; ils lui étaient donc chers, mais il les cachait pour que les gens de sa maison ne les reconnaissent pas, car c'était une honte pour lui de dire qu'il avait été barbier. De plus, il ne voulut pas les faire apporter par d'autres, afin que même les gens de sa maison ne sachent pas qu'il allait raser Mordekhai.
💡 Explication

Esther verrouille la ville : sans bains ni artisans disponibles, l'objection de Mordekhai devient une contrainte pour Haman, tenu par la clause « ne laisse rien tomber de tout ce que tu as dit ». Il doit donc laver et raser lui-même.

Le soupir sur la déchéance reçoit une réponse qui le dissout : Haman retrouve son premier métier. La baraita chiffre ces années de barbier, ce qui donne au retournement une assise biographique.

10
בָּתַר דְּשַׁקְלִינְהוּ לְמַזְּיֵיהּ, לַבְשִׁינְהוּ לְמָאנֵיהּ, אֲמַר לֵיהּ: סַק וָרֶכֶב. אֲמַר לֵיהּ: לָא יָכֵילְנָא, דִּכְחִישָׁא חֵילַאי מִימֵי תַּעֲנִיתָא. גְּחֵין וְסָלֵיק. כִּי סָלֵיק, בָּעַט בֵּיהּ. אֲמַר לֵיהּ: לָא כְּתִיב לְכוּ: ״בִּנְפֹל אוֹיִבְךָ אַל תִּשְׂמָח״? אֲמַר לֵיהּ: הָנֵי מִילֵּי בְּיִשְׂרָאֵל, אֲבָל בְּדִידְכוּ כְּתִיב: ״וְאַתָּה עַל בָּמוֹתֵימוֹ תִדְרֹוךְ״.

Après qu'il lui eut coupé les cheveux, il lui fit revêtir les vêtements. Il lui dit : monte et chevauche.

Il lui dit : je ne le peux pas, car mes forces sont affaiblies par les jours de jeûne. Il se courba et il monta.

Comme il montait, il lui donna un coup de pied. Il lui dit : n'est-il pas écrit pour vous « ne te réjouis pas quand ton ennemi tombe » (Proverbes 24,17) ?

Il lui dit : cela vaut d'Israël ; mais à votre sujet il est écrit « et toi, tu fouleras leurs hauteurs » (Deutéronome 33,29).

🪔 Ben Yehoyada (1)
גְּחֵין וּסְלֵיק כִּי סָלֵיק, בָּעַט בֵּיהּ. יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת בִּשְׁלָמָא רְחִיצָה וְגִלּוּחַ צָרִיךְ לָהֶם אֻומָּן וּכְבָר הַסְּתִירָה אֶסְתֵּר הָאֻומָּנִים וְהֻוכְרַח לַעֲשׂוֹת בְּעַצְמוֹ, אַךְ הָרְכִיבָה לָמָּה עָשָׂה בְּעַצְמוֹ יָבִיא כִּסֵּא אֶחָד וַיַּעֲלֵהוּ עָלָיו אוֹ יִקְרָא לְאֶחָד מִן הָעוֹמְדִים לִהְיוֹת גְּחֵין וְיִהְיֶה סָלֵיק עָלֶיהָ? וְנִרְאֶה לִי בס"ד בָּחַר בְּכָךְ כְּדֵי שֶׁלֹּא יַעֲשׂוּ לוֹ עֲלִילָה אַחַר כָּךְ לוֹמַר חִיסֵּר דָּבָר מֵאֲשֶׁר אָמַר כִּי הוּא אָמַר לַמֶּלֶךְ וְהִרְכִּיבוּהוּ עַל הַסּוּס שֶׁיֵּשׁ לְפָרֵשׁ דְּבָרָיו דְּרוֹצֶה לוֹמַר זֶה הָאֶחָד מִשָּׂרֵי הַמֶּלֶךְ וַאֲחֻוזַּת מֵרֵיעָיו הֵם יַרְכִּיבוּהוּ שֶׁיַּעֲלֶה עַל גַּבָּם וְיִרְכַּב וּבַתְּחִלָּה כְּשֶׁאָמַר לוֹ סַק וָרֶכֶב חָשַׁב שֶׁיִּתְנַצֵּל מֵעֲלִילָה זוֹ לוֹמַר הוּא קָדַם וָרָכֶב, אַךְ אַחַר שֶׁאָמַר לוֹ לָא יָכֵילְנָא אִם יָבִיא לוֹ אָדָם אַחֵר אוֹ כִּסֵּא יִהְיֶה נִתְפָּס בְּאוֹתָהּ עֲלִילָה דְּהַמֶּלֶךְ אָמַר לוֹ אַל תַּפֵּל דָּבָר מִכֹּל אֲשֶׁר דִּבַּרְתָּ וְהוּא חִיסֵּר דָּבָר זֶה שֶׁל רְכִיבָה, לָכֵן הֻוכְרַח לִהְיוֹת גְּחֵין הוּא עַצְמוֹ וְלָכֵן בִּלְבוּשִׁים גַּם כֵּן הִלְבִּישׁוֹ הוּא בְּעַצְמוֹ.
« Il se courba et il monta ; comme il montait, il lui donna un coup de pied. » Il y a lieu de demander : passé encore pour le bain et la coupe de cheveux, qui exigent un homme de métier, Esther ayant déjà caché les artisans, de sorte qu'il dut le faire lui-même ; mais pourquoi lui servit-il lui-même de marchepied ? Qu'il apporte un siège et l'y fasse monter, ou qu'il appelle l'un des assistants pour se courber et que Mordekhai monte sur lui ! Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il choisit d'agir ainsi pour qu'on ne lui fasse pas ensuite grief d'avoir retranché quelque chose de ce qu'il avait dit ; car il avait dit au roi « et qu'on le fasse monter sur le cheval », ce qu'on peut expliquer ainsi : que l'un des princes du roi et de ses favoris le fasse monter, qu'il monte sur son dos et chevauche. Au début, lorsqu'il lui dit « monte et chevauche », il pensait échapper à ce grief en disant que Mordekhai avait pris les devants et était monté de lui-même ; mais après que Mordekhai lui eut dit « je ne le peux pas », s'il lui amenait un autre homme ou un siège, il serait pris dans ce grief, puisque le roi lui avait dit « ne laisse rien tomber de tout ce que tu as dit » et qu'il aurait retranché cette chose de la monture. Il dut donc se courber lui-même ; et pour la même raison, il le revêtit lui-même des vêtements.
💡 Explication

Le coup de pied provoque une joute de versets. Haman invoque la règle de Proverbes qui interdit de se réjouir de la chute d'un ennemi. Mordekhai restreint cette règle aux rapports entre Juifs et lui oppose la bénédiction de Moche, qui promet à Israël de fouler les hauteurs de ses adversaires.

11
״וַיִּקְרָא לְפָנָיו כָּכָה יֵעָשֶׂה לָאִישׁ אֲשֶׁר הַמֶּלֶךְ חָפֵץ בִּיקָרוֹ״. כִּי הֲוָה נָקֵיט וְאָזֵיל בִּשְׁבִילָא דְּבֵי הָמָן, חֲזִיתֵיהּ בְּרַתֵּיה דְּקָייְמָא אַאִיגָּרָא, סָבְרָה הַאי דִּרְכִיב — אַבֹּוהַּ, וְהַאי דִּמְסַגֵּי קַמֵּיהּ — מָרְדְּכַי. שְׁקַלָה עֲצִיצָא דְּבֵית הַכִּסֵּא וּשְׁדֵיתֵיהּ אַרֵישָׁא דַּאֲבוּהּ. דַּלִּי עֵינֵיהּ וַחֲזָת דַּאֲבוּהּ הוּא, נְפַלָה מֵאִיגָּרָא לְאַרְעָא וּמִתָה.

« Et il criait devant lui : ainsi est-il fait à l'homme que le roi désire honorer » (Esther 6,11). Comme il avançait dans la rue de la maison de Haman, la fille de Haman, qui se tenait sur le toit, le vit ; elle pensa : celui qui chevauche, c'est mon père, et celui qui marche devant lui, c'est Mordekhai.

Elle prit le vase d'aisance et en jeta le contenu sur la tête de son père. Il leva les yeux, elle vit que c'était son père, elle tomba du toit à terre et mourut.

📜 Rachi (1)
עָצִיץ כְּלִי חֶרֶס:
Un récipient de terre cuite.
🪔 Ben Yehoyada (1)
סָבְרָה: הַאי דִּרְכִיב – אַבֹּוהַּ, וְהַאי דִּמְסַגֵּי קַמֵּיהּ – מָרְדְּכַי. קָשֶׁה אֵיךְ חִשְּׁבָה הַאי דִּמְסַגֵּי קַמֵּיהּ מָרְדְּכַי וְכִי אֵינָהּ מַכֶּרֶת בְּקוֹלוֹ שֶׁל אָבִיהָ? וְנִרְאֶה לִי כִּי מֵחֲמַת שֶׁהָיָה מַכְרִיז בְּכַמָּה מְבוֹאוֹת נִיחֵר גְּרוֹנוֹ וְנִשְׁתַּנָּה קוֹלוֹ וְנִמְצָא אַדְּרַבָּה הַקּוֹל הִטְעָה אוֹתָהּ שֶׁאֵין זֶה אָבִיהָ וְגַם מִפָּנָיו לֹא הִכִּירָה אוֹתוֹ כִּי הוּא מֵחֲמַת בָּושְׁתּוֹ הָיָה מַרְכִּין רֹאשׁוֹ וּפָנָיו כְּלַפֵּי קַרְקַע וּלְכָךְ לֹא הִכִּירָה אוֹתוֹ מִפָּנָיו כִּי לֹא הָיְתָה רוֹאָה פָּנָיו. וּמַה שֶׁחִשְּׁבָה שֶׁזֶּה הָרוֹכֵב הוּא אָבִיהָ, וְאֵיךְ לֹא הִכִּירָה מִפָּנָיו שֶׁאֵין זֶה אָבִיהָ, נִרְאֶה לִי כִּי מָרְדְּכַי הַצַּדִּיק ע"ה מֵחֲמַת שָׁהֵי' חָלוּשׁ מִתַּעֲנִית שֶׁל שְׁלֹשָׁה לֵילוֹת וּשְׁנֵי יָמִים רְצוּפִים, לֹא הֵי' יָכוֹל לִזְקֹוף רֹאשׁוֹ וְקוֹמָתוֹ בִּהְיוֹתוֹ רוֹכֵב עַל הַסּוּס, אֶלָּא הֲוָה גְּחֵין וְנִסְמַךְ בִּשְׁתֵּי יָדָיו עַל כִּתְפֵי הַסּוּס, וְלָכֵן לֹא הָיְתָה יְכוֹלָה לִרְאוֹת פָּנָיו בִּהְיוֹתָהּ עַל הַגַּג: וּבָזֶה יְתֹורַץ בס"ד דִּקְדּוּק אַחֵר דְּקָאָמַר תַּלְמוּדָא, וְהַייְנוּ דִּכְתִיב (אֶסְתֵּר ו, יב) 'וַיָּשָׁב מָרְדֳּכַי אֶל שַׁעַר הַמֶּלֶךְ' אָמַר רַב שֵׁשֶׁת שֶׁשָּׁב לְשַׂקּוֹ וְתַעֲנִיתוֹ. וְקָשֶׁה מַשְׁמַע שֶׁבָּא לְחַזֵּק מֵהַאי דְּרָשָׁא דְּרַב שֵׁשֶׁת אֶת דִּבְרֵי הַמַּאֲמָר שֶׁמְּדַבֵּר בִּמְאֹורָע שֶׁאֵירַע לְבֵיתוֹ שֶׁל הַמָּן, וּמַה שַׁייָּכוּת יֵשׁ לָזֶה בָּזֶה? וַהֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר וְהַייְנוּ דִּכְתִיב 'וְהָמָן נִדְחַף אֶל בֵּיתוֹ אָבֵל וַחֲפוּי רֹאשׁ'? וּכְפִי הָאָמוּר מוּבָן שַׁפִּיר, דְּקָשֶׁה אֵיךְ טָעֲתָה בִּתּוֹ לַחְשֹׁוב שֶׁזֶּה הָרוֹכֵב הוּא אָבִיהָ וְלֹא הִכִּירָה מִפָּנָיו שֶׁאֵין זֶה אָבִיהָ אֶלָּא מֻוכְרָח לוֹמַר דַּהֲוָה מָרְדְּכַי גְּחֵין וְיָתֵיב עַל גַּבֵּי הַסּוּס מֵחֲמַת חֻולְשָׁה וְקָשֶׁה כֵּיוָן דְּנַעֲשָׂה לוֹ גְּדוֹלָה זוֹ וְהוּא אוֹת לְהַצָּלָתוֹ וְהַצָּלַת יִשְׂרָאֵל וַדַּאי הָיָה מִתְחַזֵּק מֵרֹוב הַשִּׂמְחָה וְאַף עַל פִּי שֶׁהָיָה בְּתַעֲנִית הָיָה נַעֲשָׂה בּוֹ כֹּחַ מֵחֲמַת הַשִּׂמְחָה לִהְיוֹת נִזְקָף לָכֵן הֵבִיא הַאי דְּרָשָׁא דְּרַב שֵׁשֶׁת שֶׁשָּׁב לְשַׂקּוֹ וְתַעֲנִיתוֹ, דְּשָׁמַע מִינָּהּ שֶׁלֹּא הָיָה שָׂמֵחַ עֲדַייִן אֶלָּא עוֹדֶנּוּ בְּצַעַר גָּדוֹל בַּעֲבוּר הַצָּרָה שֶׁל יִשְׂרָאֵל וּלְכָךְ לֹא נַעֲשָׂה בּוֹ כֹּחַ וְלֹא פָּעַל בּוֹ דָּבָר זֶה בְּגוּפוֹ כְּלָל אֶלָּא עוֹדֶנּוּ חָלוּשׁ וּגְחֵין מֵרֹוב הַצַּעַר שֶׁהָיָה לוֹ בַּעֲבוּר צָרַת יִשְׂרָאֵל.
« Elle pensa : celui qui chevauche, c'est mon père, et celui qui marche devant lui, c'est Mordekhai. » Difficulté : comment a-t-elle pu penser que celui qui marchait devant était Mordekhai ? Ne reconnaissait-elle pas la voix de son père ? Il me semble que, parce qu'il criait par de nombreuses rues, sa gorge s'était enrouée et sa voix avait changé ; la voix, au contraire, l'a induite en erreur, lui faisant croire que ce n'était pas son père. Elle ne le reconnut pas non plus à son visage, car de honte il baissait la tête et le visage vers le sol, de sorte qu'elle ne voyait pas son visage. Et quant à ce qu'elle a pensé que le cavalier était son père, sans reconnaître à son visage que ce n'était pas lui, il me semble que Mordekhai le juste, la paix soit sur lui, affaibli par un jeûne de trois nuits et deux jours consécutifs, ne pouvait ni redresser la tête ni se tenir droit en chevauchant ; il était courbé, appuyé de ses deux mains sur les épaules du cheval, et c'est pourquoi elle ne pouvait pas voir son visage depuis le toit. Par là se résout, avec l'aide du Ciel, une autre difficulté : le Talmud dit « et c'est ce qui est écrit : Mordekhai retourna à la porte du roi ; Rav Chechet a dit : il retourna à son sac et à son jeûne ». Difficulté : il semble qu'on veuille appuyer par cette exégèse de Rav Chechet les propos qui précèdent, lesquels parlent de ce qui advint à la maison de Haman ; quel rapport y a-t-il entre les deux ? Il aurait fallu dire « et c'est ce qui est écrit : et Haman se hâta vers sa maison, endeuillé et la tête couverte » ! D'après ce qui a été dit, cela se comprend bien : la difficulté était de savoir comment sa fille s'est trompée au point de penser que le cavalier était son père, sans reconnaître à son visage que ce n'était pas lui ; il faut nécessairement dire que Mordekhai était courbé, assis sur le cheval à cause de sa faiblesse. Mais on objectera : puisqu'une telle grandeur lui était faite, signe de son salut et du salut d'Israël, il se serait certainement fortifié par la grande joie, et bien qu'il fut en jeûne, la joie lui aurait donné la force de se tenir droit. C'est pourquoi le Talmud apporte cette exégèse de Rav Chechet, « il retourna à son sac et à son jeûne » : on en déduit qu'il ne se réjouissait pas encore, mais qu'il était encore dans une grande peine à cause de la détresse d'Israël ; c'est pourquoi la force ne lui vint pas et la chose n'agit nullement sur son corps : il restait faible et courbé, par l'excès de peine qu'il avait pour la détresse d'Israël.
💡 Explication

La scène tient à une erreur d'identification depuis un toit : la fille de Haman attribue à son père la place du cavalier. Son geste de mépris atteint donc celui qu'elle voulait honorer, et sa mort suit immédiatement la découverte.

12
וְהַייְנוּ דִּכְתִיב: ״וַיָּשָׁב מָרְדֳּכַי אֶל שַׁעַר הַמֶּלֶךְ״, אָמַר רַב שֵׁשֶׁת: שֶׁשָּׁב לְשַׂקּוֹ וּלְתַעֲנִיתוֹ. ״וְהָמָן נִדְחַף אֶל בֵּיתוֹ אָבֵל וַחֲפוּי רֹאשׁ״, ״אֵבֶל״ — עַל בִּתּוֹ, ״וְחִפּוּי רֹאשׁ״ — עַל שֶׁאֵירַע לוֹ.

Et c'est ce qui est écrit : « Mordekhai retourna à la porte du roi » (Esther 6,12). Rav Chechet a dit : il retourna à son sac et à son jeûne.

« Et Haman se hâta vers sa maison, endeuillé et la tête couverte » — « endeuillé », pour sa fille ; « la tête couverte », pour ce qui lui était arrivé.

📜 Rachi (1)
וּלְתַעֲנִיתוֹ יוֹם שְׁלִישִׁי לְתַעֲנִית הָיָה שֶׁהִתְחִילוּ לְהִתְעַנּוֹת בי"ד בְּנִיסָן וּמַה שֶׁאָמַר הַמִּקְרָא לְיוֹם אֶתְמוֹל שְׁלִישִׁי וַיְהִי בַּיּוֹם הַשְּׁלִישִׁי וַתִּלְבַּשׁ אֶסְתֵּר מַלְכוּת יוֹם שְׁלִישִׁי לְשִׁילּוּחַ הָרָצִים הָיָה:
C'était le troisième jour du jeûne, car ils avaient commencé à jeûner le quatorze nissan ; et ce que dit le verset, la veille étant le troisième jour, « et il advint le troisième jour, Esther revêtit la royauté », c'était le troisième jour depuis l'envoi des courriers.
💡 Explication

Le verset dit simplement que Mordekhai retourna à la porte du roi. Rav Chechet lit ce retour comme un retour à l'état antérieur : le sac et le jeûne. L'honneur reçu ne modifie rien, puisque le décret contre les Juifs tient toujours.

Les deux qualificatifs de Haman sont répartis sur deux malheurs distincts, le deuil de sa fille et la souillure de sa tête.

13
״וַיְסַפֵּר הָמָן לְזֶרֶשׁ אִשְׁתּוֹ וּלְכָל אֹוהֲבָיו וְגוֹ׳״. קָרֵי לְהוּ ״אוֹהֲבָיו״ וְקָרֵי לְהוּ ״חֲכָמָיו״. אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: כָּל הָאוֹמֵר דְּבַר חָכְמָה, אֲפִילּוּ בְּאוּמוֹת הָעוֹלָם, נִקְרָא חָכָם.

« Haman raconta à Zérech sa femme et à tous ceux qui l'aimaient, etc. » (Esther 6,13). Il les appelle « ceux qui l'aimaient » et il les appelle « ses sages ».

Rabbi Yo'hanan a dit : quiconque dit une parole de sagesse, même parmi les nations du monde, est appelé sage.

💡 Explication

Le même groupe reçoit deux noms dans un seul verset : amis au début, sages ensuite. Le changement de titre intervient juste avant leur avis sur la semence des Juifs. Rabbi Yo'hanan en tire une règle générale : le titre de sage suit la parole prononcée, quelle que soit son origine.

14
״אִם מִזֶּרַע הַיְּהוּדִים מָרְדֳּכַי וְגוֹ׳״. אָמְרוּ לֵיהּ: אִי מִשְּׁאָר שְׁבָטִים קָאָתֵי — יְכֵלְתָּ לֵיהּ, וְאִי מִשֵּׁבֶט יְהוּדָה וּבִנְיָמִין וְאֶפְרַיִם וּמְנַשֶּׁה — לָא יְכֵלְתָּ לֵיהּ. יְהוּדָה, דִּכְתִיב: ״יָדְךָ בְּעָרַף אוֹיְבֶיךָ״, אִינָךְ, דִּכְתִיב בְּהוּ: ״לִפְנֵי אֶפְרַיִם וּבִנְיָמִין וּמְנַשֶּׁה עוֹרְרָה אֶת גְּבוּרָתֶךָ״.

« Si Mordekhai est de la semence des Juifs, etc. ». Ils lui dirent : s'il vient des autres tribus, tu pourras le vaincre ; mais s'il vient de la tribu de Yehouda, de Binyamin, d'Ephraim ou de Menache, tu ne pourras pas le vaincre.

Yehouda, car il est écrit : « ta main sera sur la nuque de tes ennemis » (Genèse 49,8) ; les autres, car il est écrit à leur sujet : « devant Ephraim, Binyamin et Menache, réveille ta puissance » (Psaumes 80,3).

📜 Rachi (1)
אִם מִזֶּרַע הַיְּהוּדִים יֵשׁ זֶרַע בַּיְּהוּדִים שֶׁאִם הוּא בָּא מֵהֶם לֹא תּוּכַל לוֹ:
Il y a dans les Juifs une semence telle que, s'il en provient, tu ne pourras pas le vaincre.
🪔 Ben Yehoyada (1)
דִּכְתִיב בְּהוּ: (תְּהִלִּים פ, ג) 'לִפְנֵי אֶפְרַיִם וּבִנְיָמִן וּמְנַשֶּׁה עוֹרְרָה אֶת גְּבוּרָתֶךָ וּלְכָה לִישֻׁעָתָה לָנוּ'. נִרְאֶה לִי בס"ד 'אֶפְרֵי ם בְּנִימ ן וּמִנָּשׁ הַ ' סוֹפֵי תֵּיבוֹת הַמָּן רֶמֶז שֶׁהֵם מִתְגַּבְּרִים עַל הַמָּן וְהוּא עֵקֶב שֶׁלָּהֶם. וְסוֹפֵי תֵּיבוֹת 'עוֹרֵר ה א ת גְּבוּרַת ך ' ' כֹּה " ת ' שֵׁם קָדוֹשׁ שֶׁבּוֹ מְמִיתִים אֶת שׂוֹנְאֵי יִשְׂרָאֵל וְהוּא רָאשֵׁי תֵּיבוֹת (תְּהִלִּים קנ, ו) ' כ ל ה נְשָׁמָה ת הַלֵּל יָהּ' וְסוֹפִי תֵּיבוֹת 'וְלִכְ ה לְיִשְׁעַת ה לָנ ו ' הה"ו שֶׁהוּא מִסְפַּר י"ו, נִמְצָא נִרְמַז בְּסוֹפֵי תֵּיבוֹת הַכָּתוּב הַנִּזְכָּר, הַמָּן תַּכֶּה יוּ, פֵּירוּשׁ תַּכֶּה אֶת הַמָּן בְּיוֹם י"ו לְחֹודֶשׁ נִיסָן, שֶׁבּוֹ נִצְלַב הַמָּן.
« Car il est écrit à leur sujet (Psaumes 80,3) : devant Ephraim, Binyamin et Menache, réveille ta puissance et viens pour notre salut. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que les dernières lettres de Ephraim, Binyamin, Menache forment le nom de Haman, indice qu'ils l'emportent sur Haman, qui est leur talon. Et les dernières lettres de « réveille ta puissance » forment kohet, nom saint par lequel on fait mourir les ennemis d'Israël, qui est aussi l'acrostiche de (Psaumes 150,6) « que tout ce qui respire loue Hachem ». Et les dernières lettres de « et viens pour notre salut » forment hé, hé, vav, dont le compte est seize. Il se trouve donc qu'est indiqué dans les dernières lettres du verset : Haman, tu frapperas le seize — c'est-à-dire : tu frapperas Haman le seize du mois de nissan, jour où Haman fut pendu.
💡 Explication

Les conseillers de Haman lisent le mot Yehoudim dans ses deux sens : les Juifs en général, et les hommes de la tribu de Yehouda. De là un partage : quatre tribus sont couvertes par une promesse de victoire, les autres non.

Les deux versets cités fournissent la preuve. Celui de Yaakov donne à Yehouda la main sur la nuque de ses ennemis ; celui des Psaumes nomme ensemble les trois fils de Rahel, Ephraim, Binyamin et Menache, comme ceux devant qui la puissance divine se réveille.

🖼️ Schéma
Le diagnostic des sages de Haman : de quelle tribu vient Mordekhai ? Si Mordekhai est de la semence des Juifs Des autres tribus aucune promesse de victoire tu pourras le vaincre Yehouda, Binyamin, Ephraim, Menache couverts par un verset de victoire tu ne pourras pas le vaincre Yehouda : ta main sera sur la nuque de tes ennemis (Genèse 49,8) Les trois fils de Rahel : devant Ephraim, Binyamin et Menache, réveille ta puissance (Psaumes 80,3)
Le partage des tribus et les deux versets qui le fondent.
15
״כִּי נָפוֹל תִּפּוֹל לְפָנָיו״. דָּרֵשׁ רַבִּי יְהוּדָה בַּר אִלְעַאי: שְׁתֵּי נְפִילוֹת הַלָּלוּ, לָמָּה? אָמְרוּ לוֹ: אֻומָּה זוֹ, מְשׁוּלָה לְעָפָר וּמְשׁוּלָה לְכוֹכָבִים. כְּשֶׁהֵן יוֹרְדִין — יוֹרְדִין עַד עָפָר, וּכְשֶׁהֵן עוֹלִין — עוֹלִין עַד לַכּוֹכָבִים.

« Car tu tomberas, tu tomberas devant lui ». Rabbi Yehouda bar Ilai a exposé : ces deux chutes, pourquoi ?

Ils lui dirent : cette nation est comparée à la poussière et comparée aux étoiles. Quand ils descendent, ils descendent jusqu'à la poussière ; et quand ils montent, ils montent jusqu'aux étoiles.

🪔 Ben Yehoyada (1)
כְּשֶׁהֵן יוֹרְדִין, יוֹרְדִין עַד עָפָר. נִרְאֶה לִי בס"ד הַכַּוָּנָה יְרִידָה שֶׁל עָפָר אֶפְשָׁר שֶׁיִּהְיֶה אַחֲרֶיהָ עֲלִיָּה גְּדוֹלָה, כִּי זֶה הֶעָפָר שֶׁהוּא הָיָה תַּחַת מִדְרַס רַגְלֵי הָאָדָם יִקָּחוּהוּ וְיַנִּיחוּהוּ בְּבִנְיַן הַכִּיפָּה הָעֶלְיוֹנָה שֶׁהִיא לְמַעְלָה מֵרֹאשׁוֹ שֶׁל אָדָם וְזוֹ הָאֶבֶן שֶׁדָּרַס עָלֶיהָ תִּהְיֶה כְּכִיפָּה לְמַעְלָה מֵרֹאשׁוֹ. וּכְשֶׁהֵן עוֹלִין , עוֹלִין עַד לַכּוֹכָבִים , כָּךְ הִיא הַגִּרְסָא. וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּנָקֵיט כּוֹכָבִים הֵפֶךְ הֶעָפָר, כִּי מִסְפַּר כּוֹכָבִים [בְּחֶשְׁבּוֹן גֵּימַטְרְיָא אוֹתִיּוֹת סוֹפִיּוֹת שֶׁעֶרְכֵי הָאוֹתִיּוֹת כְּעֶרְכֵיהֶן הַגֵּימַטְרְיָא הָרְגִילָה, אַךְ לְאוֹתִיּוֹת הַסּוֹפִיּוֹת יֵשׁ עֲרָכִים שׁוֹנִים ך = 500, ם = 600, ן = 700, ף = 800, ץ = 900 וְנִמְצָא שֶׁכּוֹכָבִים עוֹלֶה 658] יֶתֶר עַל מִסְפַּר עָפָר [350] מִסְפַּר 'שָׂח' [308] שֶׁהוּא לְשׁוֹן תְּפִלָּה כְּמוֹ שֶׁאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זִ"לִ (בְּרָכוֹת כו:) אֵין שִׂיחָה אֶלָּא תְּפִלָּה, שֶׁנֶּאֱמַר (בְּרֵאשִׁית כד, סג) 'וַיֵּצֵא יִצְחָק לָשׂוּחַ בַּשָּׂדֶה' רֶמֶז דְּעַל יְדֵי תְּפִלָּה יִתְעַלּוּ מִן הֶעָפָר עַד הַכּוֹכָבִים.
« Quand ils descendent, ils descendent jusqu'à la poussière. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que l'intention est la suivante : une descente jusqu'à la poussière peut être suivie d'une grande élévation, car cette poussière qui était foulée sous les pieds de l'homme, on la prend et on la place dans la construction de la coupole supérieure, qui est au-dessus de la tête de l'homme ; cette pierre qu'il foulait deviendra comme une coupole au-dessus de sa tête. « Et quand ils montent, ils montent jusqu'aux étoiles » — telle est la leçon. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que l'on a pris les étoiles à l'opposé de la poussière, car le compte de kokhavim [en guematria avec les valeurs des lettres finales, où les lettres ordinaires gardent leur valeur habituelle tandis que les finales ont d'autres valeurs : khaf final 500, mem final 600, noun final 700, pe final 800, tsadi final 900 ; kokhavim vaut ainsi 658] dépasse le compte de afar [350] du nombre chah [308], qui est un terme de prière, comme l'ont dit nos maîtres, de mémoire bénie (Berakhot 26b) : siha ne désigne que la prière, comme il est dit (Genèse 24,63) « Yits'hak sortit pour prier dans le champ ». Indice que c'est par la prière qu'ils s'élèveront de la poussière jusqu'aux étoiles.
💡 Explication

Le verset emploie la tournure hébraïque de l'infinitif redoublé, nafol tipol, que Rabbi Yehouda bar Ilai lit comme deux chutes distinctes. La réponse ne porte pas sur Haman mais sur Israël : les deux images bibliques de la poussière et des étoiles fixent l'amplitude de ses variations.

Appliqué à Haman, l'argument est le suivant : celui qui commence à tomber devant un peuple capable de remonter jusqu'aux étoiles ne remontera pas.

🖼️ Schéma
Poussière et étoiles : l'amplitude d'Israël Les étoiles quand ils montent, ils montent jusque-là La poussière quand ils descendent, ils descendent jusque-là nafol tipol : deux chutes une par image, non une par coup Conséquence pour Haman une chute commencée ne se relève pas
Les deux termes de comparaison bibliques et ce que les sages en déduisent.
16
״וְסָרִיסֵי הַמֶּלֶךְ הִגִּיעוּ וַיַּבְהִילוּ״. מְלַמֵּד שֶׁהֱבִיאוּהוּ בְּבֶהָלָה.

« Et les eunuques du roi arrivèrent et le firent partir en hâte » (Esther 6,14). Cela enseigne qu'ils l'amenèrent dans la précipitation.

📜 Rachi (1)
מְלַמֵּד שֶׁהֱבִיאוּהוּ בְּבֶהָלָה וְלֹא רָחַץ יָפֶה מִטִּינּוּפוֹ:
Et il ne s'était pas bien lavé de sa souillure.
🪔 Ben Yehoyada (1)
(אֶסְתֵּר ו, יד) 'וּסְרִיסֵי הַמֶּלֶךְ הִגִּיעוּ וְיִבְהֲלוּ' מְלַמֵּד שֶׁהֱבִיאוּהוּ בְּבֶהָלָה. נִרְאֶה לִי בס"ד נָקֵיט לְשׁוֹן בֶּהָלָה דִּכְתִיב (עוֹבַדְיָה א, יח) 'וְהָיָה בֵית יַעֲקֹב אֵשׁ וּבֵית יוֹסֵף לֶהָבָה וּבֵית עֵשָׂו לְקַשׁ וְדָלְקוּ בָּהֶם' נִמְצָא בָּנֶיהָ שֶׁל רָחֵל נִדְמוּ לְ'לֶהָבָה' וּבְהִפּוּךְ אַתָּוָון 'בֶּהָלָה' וּבָא לִרְמֹוז שֶׁבַּבִּיאָה זוֹ שֶׁהֵבִיאוּ אֶת הַמָּן שֶׁהוּא בֵּית עֵשָׂו שֶׁנִּדְמוּ לְקַשׁ נִתְלֵית בּוֹ הַלֶּהָבָה שֶׁל בֵּית יוֹסֵף שֶׁהִיא אוֹתִיּוֹת בֶּהָלָה לְהָמָן יַעַן כִּי בִּיאָה זוֹ הִיא לִצְלִיבָה שֶׁנִּצְלַב בָּהּ. וּבְנִי יְדִידִי נר"ו פֵּירֵשׁ בְּבֶהָלָה שֶׁהֱבִיאוּהוּ בְּעוֹדוֹ מֻובְהָל וְלָכֵן נִסְתְּמוּ טַעֲנוֹתָיו, עַד כָּאן דְּבָרָיו נר"ו.
« (Esther 6,14) Et les eunuques du roi arrivèrent et le firent partir en hâte — cela enseigne qu'ils l'amenèrent dans la précipitation. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que l'on a pris le terme behala parce qu'il est écrit (Ovadia 1,18) : « la maison de Yaakov sera un feu, la maison de Yossef une flamme et la maison d'Essav du chaume, et ils les embraseront ». Les fils de Rahel sont donc comparés à une lehava, une flamme, dont les lettres inversées donnent behala ; cela vient indiquer que dans cette venue, où l'on amena Haman, qui est la maison d'Essav comparée au chaume, s'attacha à lui la flamme de la maison de Yossef, qui a les lettres de behala, parce que cette venue était celle de sa pendaison. Et mon fils, mon ami, que Dieu le garde, a expliqué behala au sens où on l'amena alors qu'il était encore effaré, et c'est pourquoi ses arguments lui furent fermés ; fin de ses paroles.
💡 Explication

Le verbe vayavhilou pourrait signifier simplement qu'ils se hâtèrent. La Guemara le rapporte à l'état de Haman : on l'emmène tel quel, sans lui laisser le temps de se nettoyer de ce que sa fille avait jeté sur lui, comme le précise Rachi.

17
״כִּי נִמְכַּרְנוּ אֲנִי וְעַמִּי וְגוֹ׳ כִּי אֵין הַצָּר שֹׁוֶה בְּנֵזֶק הַמֶּלֶךְ״. אָמְרָה לוֹ: צַר זֶה, אֵינוֹ שֹׁוֶה בְּנֵזֶק שֶׁל מֶלֶךְ. אִיקְּנִי בַּהּ בְּוַשְׁתִּי וְקַטְלַהּ, הַשְׁתָּא אִיקְּנִי בְּדִידִי וּ(מ)בָּעֵי לְמִקַּטְלִי.

« Car nous avons été vendus, moi et mon peuple, etc., car l'oppresseur ne vaut pas le dommage du roi » (Esther 7,4). Elle lui dit : cet oppresseur ne se soucie pas du dommage du roi.

Il a été jaloux de Vachti et l'a fait tuer ; maintenant il est jaloux de moi et veut me faire tuer.

📜 Rachi (1)
שָׁוֶה חוֹשֵׁשׁ:
Il se soucie.
🪔 Ben Yehoyada (1)
אִיקְּנִי בַּהּ בְּוַשְׁתִּי וְקַטְלַהּ, הַשְׁתָּא אַקְנִי בְּדִידִי וּמִבָּעֵי לְמִקַּטְלִי. הַגָּאוֹן חִידָ"א זַ"ל הֵבִיא דִּבְרֵי הָרַב עִיּוּן יַעֲקֹב זַ"ל שֶׁכָּתַב לֹא מָצִינוּ שֶׁהָרְגוּ אֶת וּשְׁתֵּי אֶלָּא לְקָחָהּ הָמָן לְשִׁפְחָתוֹ. וְהִקְשָׁה עָלָיו שֶׁהוּא הֵפֶךְ דִּבְרֵי רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל וְהֵן אֱמֶת בִּפְסוּקִים לָאו מְפֹורָשׁ זֶה, אַךְ בְּדִבְרֵי רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל מְפֹורָשׁ בְּכַמָּה מְקוֹמוֹת שֶׁנֶּהֶרְגָה וְאֵיךְ יֹאמַר הָרַב דָּבָר שֶׁהוּא הֵפֶךְ דִּבְרֵי רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל בְּכַמָּה מְקוֹמוֹת? וְאִם מָצָא אֵיזֶה מִדְרָשׁ בָּזֶה הָיָה לוֹ לַהֲבִיאוֹ! מִיהוּ מַה שֶׁחָשַׁב הַגָּאוֹן חִידָ"א בְּסִפְרוֹ 'מַרְאִית הָעַיִן' שֶׁכַּוָּנַת הָרַב עִיּוּן יַעֲקֹב לוֹמַר שֶׁלֹּא נִמְצָא דָּבָר זֶה בְּדִבְרֵי רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל, אַחֲרֵי הַמְּחִילָה זֶה אֵינוֹ, דְּכַוָּנַת הָרַב עִיּוּן שֶׁלֹּא נִמְצָא דָּבָר זֶה מְפֹורָשׁ בְּמִקְרָאוֹת שֶׁל הַמְּגִילָּה, וְלָאו קָאֵי עַל דִּבְרֵי רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל.
« Il a été jaloux de Vachti et l'a fait tuer ; maintenant il est jaloux de moi et veut me faire tuer. » Le gaon Hida, de mémoire bénie, a rapporté les propos du rav Iyoun Yaakov, de mémoire bénie, qui a écrit : nous ne trouvons pas qu'on ait tué Vachti, mais que Haman la prit pour servante. Il a objecté contre lui que cela est contraire aux paroles de nos maîtres, de mémoire bénie ; et il est vrai que dans les versets cela n'est pas explicite, mais dans les paroles de nos maîtres il est explicite en plusieurs endroits qu'elle fut tuée. Comment donc le rav pourrait-il dire une chose contraire aux paroles de nos maîtres en plusieurs endroits ? Et s'il avait trouvé quelque midrach en ce sens, il aurait dû le citer ! Toutefois, ce qu'a pensé le gaon Hida dans son livre Marit Haayin, à savoir que l'intention du rav Iyoun Yaakov était de dire que cette chose ne se trouve pas dans les paroles de nos maîtres, de mémoire bénie — avec son pardon, il n'en est pas ainsi : l'intention du rav Iyoun était que cette chose ne se trouve pas explicitée dans les versets de la meguila, et non qu'elle porte sur les paroles de nos maîtres.
💡 Explication

Le mot tsar du verset peut désigner l'affliction ou l'adversaire, et chove peut signifier valoir ou se soucier. Esther lit donc : cet adversaire ne se soucie pas du dommage qu'il cause au roi. Rachi confirme ce sens de chove.

L'argument prend appui sur l'identification de Memoukhan à Haman, posée plus haut dans le traité : le conseiller qui a coûté une reine au roi s'apprêterait à lui en coûter une seconde.

18
״וַיֹּאמֶר הַמֶּלֶךְ אֲחַשְׁוֵרוֹשׁ וַיֹּאמֶר לְאֶסְתֵּר הַמַּלְכָּה״. ״וַיֹּאמֶר״ ״וְיֹאמַר״ לָמָּה לִי? אָמַר רַבִּי אָבָהוּ: בַּתְּחִלָּה עַל יְדֵי תֻּורְגְּמָן, כֵּיוָן דְּאָמְרָה לֵיהּ מִדְּבֵית שָׁאוּל קָאָתֵינָא, מִיָּד: ״וַיֹּאמֶר לְאֶסְתֵּר הַמַּלְכָּה״.

« Le roi Assuérus dit et dit à Esther la reine » (Esther 7,5). Pourquoi « dit » et « dit » ?

Rabbi Abahou a dit : au début par l'intermédiaire d'un interprète ; dès qu'elle lui eut dit qu'elle venait de la maison de Chaoul, aussitôt : « et il dit à Esther la reine ».

🪔 Ben Yehoyada (1)
(אֶסְתֵּר ז, ה) 'וַיֹּאמֶר הַמֶּלֶךְ אֲחַשְׁוֵרוֹשׁ וַיֹּאמֶר לְאֶסְתֵּר הַמַּלְכָּה' וַיֹּאמֶר... וַיֹּאמֶר לָמָּה לִי? אָמַר רַבִּי אָבָהוּ: בַּתְּחִלָּה עַל יְדֵי תֻּורְגְּמָן. פֵּירוּשׁ כַּאֲשֶׁר הָיָה מְדַבֵּר עִמָּהּ לִפְנֵי בְּנֵי אָדָם יִהְיֶה מִי שֶׁיִּהְיֶה יְדַבֵּר עַל יְדֵי תּוּרְגְּמָן, אֲבָל בֵּינוֹ לְבֵינָהּ יְדַבֵּר עִמָּהּ דְּקָשֶׁה לוֹמַר דְּעַל מִשְׁכָּבוֹ יִהְיֶה כְּאַלָּם לֹא יִפְתַּח פִּיו.
« (Esther 7,5) Le roi Assuérus dit et dit à Esther la reine. Pourquoi dit... dit ? Rabbi Abahou a dit : au début par l'intermédiaire d'un interprète. » C'est-à-dire : lorsqu'il parlait avec elle devant des gens, quel qu'il fut, il parlait par l'intermédiaire d'un interprète ; mais entre lui et elle il lui parlait directement, car il serait difficile de dire que sur sa couche il était comme un muet qui n'ouvre pas la bouche.
💡 Explication

Le verset redouble le verbe dire, sans changement de sujet ni de destinataire. Rabbi Abahou y voit deux modes d'adresse : d'abord par interprète, comme on parle à une personne de rang inférieur, puis en personne. Le déclencheur est la révélation de son ascendance royale, la maison de Chaoul.

Le Ben Yehoyada restreint la portée de l'interprète aux échanges publics, pour éviter d'en conclure que le roi ne lui parlait jamais directement.

19
״וַתֹּאמֶר אֶסְתֵּר אִישׁ צַר וְאוֹיֵב הָמָן הָרָע הַזֶּה״. אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר: מְלַמֵּד שֶׁהָיְתָה מַחְווָה כְּלַפֵּי אֲחַשְׁוֵרוֹשׁ, וּבָא מַלְאָךְ וְסָטַר יָדָהּ כְּלַפֵּי הָמָן.

« Esther dit : un homme oppresseur et ennemi, ce méchant Haman » (Esther 7,6). Rabbi Elazar a dit : cela enseigne qu'elle montrait en direction d'Assuérus, et qu'un ange vint et dévia sa main vers Haman.

📜 Rachi (1)
מְלַמֵּד שֶׁהָיְתָה מַחֲווָה כְּנֶגֶד אֲחַשְׁוֵרוֹשׁ מֵרִבּוּי אַתָּה לוֹמֵד אִישׁ צַר וְאוֹיֵב הָמָן הָרָע הַזֶּה:
Tu l'apprends du surplus du verset : un homme oppresseur et ennemi, ce méchant Haman.
🪔 Ben Yehoyada (1)
(אֶסְתֵּר ז, ו) 'וַתֹּאמֶר אֶסְתֵּר אִישׁ צַר וְאוֹיֵב הָמָן הָרָע הַזֶּה' אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר: מְלַמֵּד שֶׁהָיְתָה מַחְוָה כְּלַפֵּי אֲחַשְׁוֵרוֹשׁ וּבָא מַלְאָךְ וְסָטַר יָדָהּ כְּלַפֵּי הָמָן. הַדָּבָר יִפָּלֵא אֵיךְ סָלְקָא דַעְתָּךְ בְּהָכִי? וְאִם כְּדֵי שֶׁתֵּהָרֵג וְתִתְבַּטֵּל הַגְּזֵירָה מִמֵּילָא כִּי הָיָה דַּרְכָּם לְבַטֵּל הַגְּזֵרָה אִי מִית חַד מִנַּייְהוּ הָיָה לָהּ לְהַמְתִּין לִרְאוֹת מַה יָשִׁיב אַחַר הַהַפְצָרָה וְשֶׁמָּא יַחְזֹור בּוֹ עַל יְדֵי בַּקָּשָׁתָהּ! וְנִרְאֶה לִי כֵּיוָן שֶׁרָאֲתָה שֶׁכִּיחֵשׁ גָּמְרָה בְּדַעְתָּהּ שֶׁאֵין רְצוֹנוֹ לַעֲשׂוֹת בַּקָּשָׁתָהּ וּלְכָךְ נָעַל הַדֶּלֶת בְּפָנֶיהָ עַל יְדֵי הַהַכְחָשָׁה וּלְכָךְ נִתְיָאֲשָׁה וְעָשְׂתָה דָּבָר שֶׁתֵּהָרֵג וְאָז יִהְיֶה מֻוכְרָח לְבַטֵּל הַגְּזֵרָה. וְעוֹד נִרְאֶה לִי בס"ד כַּוָּנָתָהּ לֹא הָיְתָה רוֹצָה לוֹמַר לַאֲחַשְׁוֵרוֹשׁ 'אִישׁ צַר וְאוֹיֵב' אֶלָּא אָמְרָה לוֹ זֶה הָמָן הָרַע הוּא אִישׁ צַר וְאוֹיֵב לְךָ, וְהִיא לֹא רוֹצֶה לוֹמַר לְךָ בְּפֵירוּשׁ אֶלָּא אָמְרָה אוֹתָהּ בְּרֶמֶז בִּתְנוּעַת יָדֶיהָ שֶׁאָמְרָה אִישׁ צַר וְאוֹיֵב וְהֶרְאֲתָה בְּיָדֶיהָ עָלָיו, כְּלוֹמַר הוּא צַר וְאוֹיֵב לְךָ וְהַמַּלְאָךְ סָטַר יָדָהּ כְּלַפֵּי הָמָן כְּדֵי שֶׁלֹּא יִטְעֶה אֲחַשְׁוֵרוֹשׁ וְיָבִין שֶׁעָלָיו אוֹמֶרֶת אִישׁ צַר וְאוֹיֵב.
« (Esther 7,6) Esther dit : un homme oppresseur et ennemi, ce méchant Haman. Rabbi Elazar a dit : cela enseigne qu'elle montrait en direction d'Assuérus, et qu'un ange vint et dévia sa main vers Haman. » La chose est étonnante : comment une telle intention pouvait- elle lui venir ? Et si c'était afin d'être mise à mort pour que le décret soit annulé de lui-même, puisque leur usage était d'annuler le décret si l'un d'eux mourait, elle aurait dû attendre de voir ce qu'il répondrait après son insistance, car peut-être se serait-il rétracté grâce à sa demande ! Il me semble que, voyant qu'il feignait de ne pas savoir, elle conclut qu'il ne voulait pas accomplir sa demande et qu'il lui fermait la porte par cette dénégation ; elle désespéra donc et fit une chose qui la ferait mettre à mort, et alors il serait contraint d'annuler le décret. Il me semble encore, avec l'aide du Ciel, que son intention n'était pas de dire à Assuérus « un homme oppresseur et ennemi », mais elle lui disait : ce méchant Haman est un homme oppresseur et ennemi pour toi ; et elle ne voulait pas le lui dire explicitement, mais le disait par allusion, par le mouvement de ses mains : elle disait « un homme oppresseur et ennemi » et montrait de ses mains vers lui, comme pour dire, il est oppresseur et ennemi pour toi. Et l'ange dévia sa main vers Haman afin qu'Assuérus ne se trompe pas et ne comprenne pas que c'est de lui qu'elle disait « un homme oppresseur et ennemi ».
💡 Explication

Rachi indique l'appui textuel : le verset accumule les désignations, oppresseur, ennemi, ce méchant Haman, ce qui fait un surplus. Ce surplus autorise à distinguer le geste de la parole, et à placer un écart entre les deux.

20
״וְהַמֶּלֶךְ קָם בַּחֲמָתוֹ וְגוֹ׳ וְהַמֶּלֶךְ שָׁב מִגִּנַּת הַבִּיתָן״. מַקִּישׁ שִׁיבָה לְקַיְּמָהּ: מַה קִימָה בְּחֵימָה, אַף שִׁיבָה בְּחֵימָה. דַּאֲזַל וְאַשְׁכַּח לְמַלְאֲכֵי הַשָּׁרֵת דְּאִידְּמוֹ לֵיהּ כְּגַבְרֵי, וְקָא עָקְרִי לְאִילָנֵי דְּבֻוסְתָּנֵי, וַאֲמַר לְהוּ: מַאי עוֹבָדַייְכוּ? אָמְרוּ לֵיהּ: דְּפָקְדִינַן הַמָּן.

« Le roi se leva dans sa fureur, etc. ; et le roi revint du jardin du palais » (Esther 7,7-8). On rapproche le retour du lever : de même que le lever fut dans la fureur, de même le retour fut dans la fureur.

Car il était allé et avait trouvé les anges du service, qui lui apparaissaient comme des hommes, arrachant les arbres du verger ; il leur dit : que faites-vous ? Ils lui dirent : Haman nous l'a ordonné.

🪔 Ben Yehoyada (1)
אָמְרוּ לֵיהּ: דְּפָקְדִינַן הַמָּן. קָשֶׁה אֵיךְ יֹאמְרוּ שֶׁקֶר ח"ו? וְנִרְאֶה לִי לֹא אָמְרוּ בְּפֵירוּשׁ פָּקְדִינַן הַמָּן, אֶלָּא הֵשִׁיבוּ דָּבָר שֶׁיִּהְיֶה הוּא חוֹשֵׁב שֶׁאוֹמְרִים פָּקְדִינַן הַמָּן, דְּהַייְנוּ כְּשֶׁאָמַר מִי צִוָּה שֶׁתַּעֲשׂוּ כָּךְ? הֵם צָעֲקוּ הַמָּן הַמָּן! וְכַוָּנָתָם קְרִיאָה בְּעָלְמָא שֶׁקּוֹרְאִים אֶל הַמָּן וְהוּא חָשַׁב שֶׁדִּבְרֵיהֶם הוּא תְּשׁוּבָה עַל שְׁאֵלָתוֹ שֶׁכַּוָּנָתָם לוֹמַר פָּקְדִינַן הַמָּן. אִי נָמֵי לֹא הָיָה שָׁם מַלְאֲכֵי הַשָּׁרֵת מַמָּשׁ, אֶלָּא כָּךְ נִדְמֶה לוֹ כְּמוֹ מַרְאֶה הַחֲלוֹם וְנִשְׁמַע לְאָזְנָיו קוֹל זֶה דְּפָקְדִינַן הַמָּן וְלֹא הָיָה קוֹל זֶה מִן הַמַּלְאָכִים וּכְמוֹ שֶׁתִּמְצָא לִפְעָמִים בִּבְנֵי אָדָם שֶׁיַּשְׁמִיעֵם הַדִּמְיוֹן דְּבָרִים וְלֹא הָיָה כְּלָל דְּבָרִים כִּי מֵאַחַר שֶׁהוּא הָיָה מְחַשֵּׁב אוֹתוֹ עֵת בְּהַמָּן לְכָךְ הַדִּמְיוֹן הִקִּישׁ בְּאָזְנָיו דְּבָרִים אֵלּוּ וּלְעוֹלָם מַלְאֲכֵי הַשָּׁרֵת לֹא דִּבְּרוּ כְּלוּם.
« Ils lui dirent : Haman nous l'a ordonné. » Difficulté : comment auraient-ils dit un mensonge, à Dieu ne plaise ? Il me semble qu'ils n'ont pas dit explicitement « Haman nous l'a ordonné », mais qu'ils ont répondu une chose telle qu'il penserait qu'ils disaient « Haman nous l'a ordonné » : lorsqu'il demanda qui vous a ordonné de faire ainsi, ils crièrent Haman ! Haman ! Leur intention n'était qu'un appel, ils appelaient Haman, et lui pensa que leurs paroles étaient une réponse à sa question et qu'ils voulaient dire « Haman nous l'a ordonné ». Ou bien il n'y avait pas là d'anges du service réellement, mais cela lui apparut ainsi comme une vision de songe, et cette voix « Haman nous l'a ordonné » se fit entendre à ses oreilles sans être la voix des anges, comme on trouve parfois chez les hommes que l'imagination leur fait entendre des paroles qui n'ont jamais été dites ; puisqu'il pensait en ce moment à Haman, l'imagination fit résonner ces paroles à ses oreilles, et les anges du service n'ont jamais rien dit.
💡 Explication

Le procédé est un hekech, un rapprochement de deux mots voisins : le verset qualifie le lever du roi de furieux et ne dit rien du retour. La Guemara transfère la qualification, puis cherche un motif pour la fureur du retour, puisque la scène du jardin aurait dû l'apaiser.

Ce motif est fourni par les anges qui saccagent le verger en se réclamant de Haman : le roi rentre avec un grief supplémentaire.

21
אֲתָא לְבֵיתֵיהּ, ״וְהָמָן נֹופֵל עַל הַמִּטָּה״, ״נוֹפֵל״ — ״נָפַל״ מִיבְּעֵי לֵיהּ! אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר: מְלַמֵּד שֶׁבָּא מַלְאָךְ וְהִפִּילוֹ עָלֶיהָ, אָמַר: וַיי מִבֵּיתָא, וַיי מַבָּרָא. ״וַיֹּאמֶר הַמֶּלֶךְ הֲגַם לִכְבּוֹשׁ אֶת הַמַּלְכָּה עִמִּי בַּבָּיִת״.

Il vint à sa maison : « et Haman tombant sur le lit » — « tombant » ? Il aurait fallu dire « il tomba » !

Rabbi Elazar a dit : cela enseigne qu'un ange vint et le fit tomber sur elle. Il dit : malheur venu de la maison, malheur venu du dehors.

« Et le roi dit : est-ce même pour faire violence à la reine, avec moi, dans la maison ? »

📜 Rachi (1)
נוֹפֵל לְשׁוֹן עוֹשֶׂה וְהוֹלֵךְ נוֹפֵל וְרוֹצֶה לִזְקֹוף וְהַמַּלְאָךְ מַפִּילוֹ:
C'est une forme d'action qui se poursuit : il tombe et veut se redresser, et l'ange le fait tomber.
💡 Explication

L'exégèse porte sur la forme du verbe : le participe nofel décrit une action en cours, là où un accompli aurait suffi. Rachi explicite la scène qui en résulte : une chute répétée, chaque tentative de se relever étant réprimée.

La phrase du roi, malheur de la maison et malheur du dehors, résume ce qu'il vient de voir : le verger dévasté au-dehors, la reine assaillie au-dedans.

22
״וַיֹּאמֶר חַרְבוֹנָה וְגוֹ׳״. אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר: אַף חַרְבוֹנָה רָשָׁע — בְּאוֹתָהּ עֵצָה הָיָה, כֵּיוָן שֶׁרָאָה שֶׁלֹּא נִתְקַייְּמָה עֲצָתוֹ, מִיָּד בָּרַח. וְהַיְינוּ דִּכְתִיב: ״וְיַשְׁלֵךְ עָלָיו וְלֹא יַחְמֹול מִיָּדוֹ בָּרוֹחַ יִבְרָח״.

« Harvona dit, etc. » (Esther 7,9). Rabbi Elazar a dit : Harvona lui aussi était méchant, il était de ce conseil ; dès qu'il vit que son conseil ne s'accomplissait pas, aussitôt il s'enfuit.

Et c'est ce qui est écrit : « on lance sur lui sans pitié, il fuit en hâte de sa main » (Job 27,22).

📜 Rachi (2)
וַיַּשְׁלֵךְ עָלָיו הקב"ה מַשְׁלִיךְ פּוּרְעָנוּת עַל הָרָשָׁע בְּלִי חֶמְלָה:
Le Saint béni soit-Il lance le châtiment sur le méchant sans pitié.
מִיָּדוֹ בְּרוּחַ יִבְרָח בְּנֵי סִייַּעְתּוֹ וַחֲבֵרָיו בּוֹרְחִים מִיָּדוֹ:
Les gens de son parti et ses compagnons s'enfuient de sa main.
🪔 Ben Yehoyada (1)
כֵּיוָן שֶׁרָאָה שֶׁלֹּא נִתְקַיְּמָה עֲצָתוֹ מִיָּד בָּרַח. נִרְאֶה לִי נָקֵיט לְשׁוֹן בְּרִיחָה כְּפִי אוֹתִיּוֹת שֵׁם 'חַרְבוֹנָה' שֶׁהוּא בְּהֶפֶךְ אַתָּוָון 'בְּרִחוּנָהּ' וְנִרְאֶה לִי דְּדָיֵיק שֶׁהָיָה בְּאוֹתָהּ עֵיצָה מִדִּכְתִיב (אֶסְתֵּר ז, ט) 'גַּבָּהּ חֲמִשִּׁים אַמָּה' וְאֵיךְ יָדַע שִׁיעוּרוֹ בְּדִקְדּוּק? אֶלָּא וַדַּאי הָיָה עִמָּהֶם וּמְדָדוּהוּ לְפָנָיו.
« Dès qu'il vit que son conseil ne s'accomplissait pas, aussitôt il s'enfuit. » Il me semble que l'on a pris le terme de fuite d'après les lettres du nom Harvona, qui inversées donnent barhouna. Et il me semble qu'il déduit que Harvona était de ce conseil de ce qu'il est écrit (Esther 7,9) « haut de cinquante coudées » : comment en connaissait-il la mesure avec précision ? Nécessairement, il était avec eux et on l'a mesuré devant lui.
💡 Explication

Harvona dénonce le gibet au roi, ce qui précipite la sentence. Rabbi Elazar refuse d'y voir un acte de loyauté : le chambellan connaissait le projet et change de camp au moment où il échoue. Le verset de Job décrit ce comportement, lu par Rachi comme la dispersion des compagnons du méchant au moment du châtiment.

23
״וַחֲמַת הַמֶּלֶךְ שָׁכָכָה״. שְׁתֵּי שְׁכִיכוֹת הַלָּלוּ לָמָּה? אַחַת שֶׁל מַלְכּוֹ שֶׁל עוֹלָם וְאַחַת שֶׁל אֲחַשְׁוֵרוֹשׁ. וְאָמְרִי לָהּ: אַחַת שֶׁל אֶסְתֵּר וְאַחַת שֶׁל וַשְׁתִּי.

« Et la fureur du roi s'apaisa » (Esther 7,10). Ces deux apaisements, pourquoi ?

L'un du Roi du monde et l'un d'Assuérus. Et certains disent : l'un pour Esther et l'un pour Vachti.

📜 Rachi (1)
אַחַת שֶׁל אֶסְתֵּר שֶׁהָיָה כָּעוּס אֲחַשְׁוֵרוֹשׁ עַל מַה שֶּׁעָשָׂה הָמָן לְאֶסְתֵּר:
Car Assuérus était en colère pour ce que Haman avait fait à Esther.
🪔 Ben Yehoyada (1)
(יְשַׁעְיָה נה, יג) 'וְתַחַת הַסִּרְפַּד' זוֹ וּשְׁתֵּי. הִקְשָׁה הָרַב עִיּוּן יַעֲקֹב זַ"ל הֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר 'תַּחַת הַסִּרְפַּד' קֹודֶם 'תַּחַת הַנַּעֲצוּץ' כִּי עִנְיַן וּשְׁתֵּי קָדִים לִצְלִיבַת הַמָּן! יְעֻויַּן שָׁם. וְנִרְאֶה לִי בס"ד כִּי הַפְּתִילָה שֶׁל צְלִיבַת הַמָּן הֻודְלְקָה מִגַּחֶלֶת הָאֵשׁ שֶׁל הֲרִיגַת וּשְׁתֵּי, כִּי עַל יְדֵי שֶׁהָיְתָה בּוֹעֶרֶת בְּלֵב אֲחַשְׁוֵרוֹשׁ לְכָךְ צִוָּה לִתְלוֹת אֶת הַמָּן תֶּיכֶף וּמִיָּד, וְאִם הָיָה מְעַכֵּב הַדָּבָר הָיָה מוֹצֵא הָמָן מָקוֹם לְהַצִּיל עַצְמוֹ וּכְמוֹ שֶׁאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל (מְגִילָּה טז.) עַל פָּסוּק (אֶסְתֵּר ז, י) 'וַיִּתְלוּ אֶת הָמָן עַל הָעֵץ אֲשֶׁר הֵכִין לְמָרְדֳּכָי וַחֲמַת הַמֶּלֶךְ שָׁכָכָה', הַיְינוּ חֵימָה שֶׁהָיְתָה בְּלִבּוֹ עַל הַמָּן בַּעֲבוּר הֲרִיגַת וּשְׁתֵּי, נִמְצָא לְפִי זֶה יָפֶה נָקֵיט הַכָּתוּב מִי גָּרַם שֶׁ'תַּחַת הַנַּעֲצוּץ' זֶה הָמָן 'יַעֲלֶה בְּרוֹשׁ' זֶה מָרְדְּכַי שֶׁנִּצְלַב הָמָן וְעָמַד מָרְדְּכַי בִּמְקוֹמוֹ? מִפְּנֵי שֶׁ'תַּחַת הַסִּרְפַּד' זוֹ וּשְׁתֵּי 'יַעֲלֶה הֲדַס' זוֹ אֶסְתֵּר שֶׁנֶּהֶרְגָה וּשְׁתֵּי וּבָאָה אֶסְתֵּר בִּמְקוֹמָהּ. וּמַה שֶׁדָּרַשׁ 'סִרְפָּד' זוֹ וּשְׁתֵּי בַּת בְּנוֹ שֶׁל נְבוּכַדְנֶצַּר הָרָשָׁע, הַיְינוּ דְּדָרֵישׁ סִרְפָּד עַל אָבִיהָ נְבוּכַדְנֶצַּר שֶׁהוּא 'סָר פֵּד' וְהָעִנְיָן מוּבָן בס"ד כִּי יָדוּעַ כְּשֶׁיִּשְׂרָאֵל הֵם מוֹלְכִין עַל אַדְמָתָם בִּזְמַן שְׁלֹמֹה הַמֶּלֶךְ ע"ה אָז הֵם בְּתֹואַר נְקֻודַּת החול"ם שֶׁהוּא לְמַעְלָה מִן הָאוֹת, וּכְשֶׁהֵם עַל אַדְמָתָן אֶלָּא כְּפּוּפִין לִשְׁאָר מְלָכִים אָז הֵם דֻּוגְמַת השור"ק שֶׁהוּא בְּאֶמְצַע הָאוֹת, וּכְשֶׁהֵם גּוֹלִים מֵאַרְצָם וְהֵם עֲבָדִים אֵצֶל מַלְכֵי אוּמוֹת הָעוֹלָם אָז הֵם דֻּוגְמַת החיר"ק שֶׁהוּא לְמַטָּה מִן הָאוֹת, וְלָכֵן נִקְרְאוּ בִּשְׁלֹשָׁה שְׁמוֹת יִשְׂרָאֵל יַעֲקֹב יְשֻׁורוּן שֶׁרֹאשָׁם שְׁלֹשָׁה יודי"ן כְּנֶגֶד שְׁלֹשָׁה יודי"ן שֶׁל חול"ם ושור"ק וחיר"ק. וּבָזֶה פֵּירַשְׁתִּי בס"ד רָמַז הַכָּתוּב (תְּהִלִּים קכו, א) 'בְּשׁוּב ה' אֶת שִׁיבַת צִיּוֹן הָיִינוּ כָּחֳלָמִים' שֶׁנִּהְיֶה תָּמִיד דֻּוגְמַת החול"ם שֶׁהוּא לְמַעְלָה, וְכַמְפֹורָשׁ בִּבְרָכָה (דְּבָרִים כח, א) 'וּנְתָנְךָ ה' אֱ-לֹהֶיךָ עֶלְיוֹן עַל כָּל גּוֹיֵי הָאָרֶץ'. וְהִנֵּה מִסְפַּר החול"ם הוּא פ"ד וְלָכֵן נְבוּכַדְנֶצַּר שֶׁהִגְלָה אֶת יִשְׂרָאֵל וּמִשֶּׁל בָּהֶם שֶׁעֲשָׂאָם דֻּוגְמַת החיר"ק נִקְרָא סִרְפָּד, שֶׁהוּא סָר פ"ד, רוֹצֶה לוֹמַר הֵסִיר דֻּוגְמַת החול"ם שֶׁהוּא מִסְפַּר פ"ד מִיִּשְׂרָאֵל, וְלָזֶה אָמַר חוֹרֵק עָלָיו שִׁינָּיו זוֹ הִיא חֲרִיקָתוֹ עָלָיו לַעֲשׂוֹתוֹ דֻּוגְמַת החיר"ק שֶׁהוּא לְמַטָּה, וְלָכֵן כְּתִיב (יְחֶזְקֵאל טז, יא) וְאַעֹדְךָ 'עֵדַי' בְּמִסְפַּר חול"ם.
« (Isaie 55,13) Et à la place de l'ortie — c'est Vachti. » Le rav Iyoun Yaakov, de mémoire bénie, a objecté : il aurait fallu dire « à la place de l'ortie » avant « à la place du buisson d'épines », car l'affaire de Vachti précède la pendaison de Haman ; voir là-bas. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que la mèche de la pendaison de Haman fut allumée à la braise du feu du meurtre de Vachti : parce que celui-ci brûlait au cœur d'Assuérus, il ordonna de pendre Haman sur-le-champ ; et s'il avait tardé, Haman aurait trouvé moyen de se sauver. Ainsi l'ont dit nos maîtres, de mémoire bénie (Meguila 16a), sur le verset (Esther 7,10) « et ils pendirent Haman au bois qu'il avait préparé pour Mordekhai, et la fureur du roi s'apaisa » : il s'agit de la fureur qui était dans son cœur contre Haman à cause du meurtre de Vachti. Il se trouve donc que le verset a bien pris son ordre : qu'est-ce qui a fait qu'à la place du buisson d'épines, c'est-à-dire Haman, monte un cyprès, c'est-à-dire Mordekhai, Haman ayant été pendu et Mordekhai ayant pris sa place ? Parce qu'à la place de l'ortie, c'est-à-dire Vachti, monte un myrte, c'est-à-dire Esther, Vachti ayant été tuée et Esther étant venue à sa place. Et quant à l'exégèse de sarpad comme désignant Vachti, fille du fils de Nabuchodonosor le méchant, il expose sarpad sur son père Nabuchodonosor, qui est sar pad, il a ôté pad. La chose se comprend, avec l'aide du Ciel : il est connu que lorsque Israël règne sur sa terre, au temps du roi Chelomo, la paix soit sur lui, ils sont à la figure du point holam, qui est au-dessus de la lettre ; lorsqu'ils sont sur leur terre mais soumis à d'autres rois, ils sont à l'image du chourouk, qui est au milieu de la lettre ; et lorsqu'ils sont exilés de leur terre et esclaves des rois des nations, ils sont à l'image du hirik, qui est au-dessous de la lettre. C'est pourquoi ils sont appelés de trois noms, Israël, Yaakov, Yechouroun, dont la tête est trois youd, correspondant aux trois youd du holam, du chourouk et du hirik. Par là j'ai expliqué, avec l'aide du Ciel, l'allusion du verset (Psaumes 126,1) « quand Hachem ramena les captifs de Sion, nous étions comme des rêveurs » : que nous soyons toujours à l'image du holam, qui est au-dessus, comme il est dit explicitement dans la bénédiction (Deutéronome 28,1) « et Hachem ton D.ieu te placera au-dessus de toutes les nations de la terre ». Or le compte de holam est quatre-vingt- quatre ; c'est pourquoi Nabuchodonosor, qui exila Israël et domina sur eux en les rendant à l'image du hirik, est appelé sarpad, c'est-à-dire sar pad, il a ôté la figure du holam, dont le nombre est quatre-vingt-quatre, à Israël. Et c'est pourquoi il est dit « il grince des dents contre lui » : tel est son grincement contre lui, pour le rendre à l'image du hirik, qui est en bas ; et c'est pourquoi il est écrit (Ezechiel 16,11) « et je t'ai parée d'une parure », dont le nombre est celui de holam.
💡 Explication

Le verset emploie chakhakha plutôt que la forme simple, ce que la Guemara lit comme un apaisement double. Deux répartitions sont proposées : deux sujets en colère, le Ciel et le roi ; ou un seul sujet avec deux griefs, l'atteinte à Esther et celle à Vachti.

🖼️ Schéma
Deux apaisements dans un seul mot : deux lectures chakhakha, forme redoublée (Esther 7,10) Première lecture : deux sujets une fureur du Roi du monde une fureur d'Assuérus Seconde lecture : deux griefs une fureur pour Esther une fureur pour Vachti
Le mot redoublé se répartit soit entre deux sujets, soit entre deux motifs.
24
״לְכֻלָּם נָתַן לָאִישׁ חֲלִיפוֹת שְׂמָלֹות וּלְבִנְיָמִן נָתַן חָמֵשׁ חֲלִיפֹות״. אֶפְשָׁר דָּבָר שֶׁנִּצְטַעֵר בּוֹ אוֹתוֹ צַדִּיק —

« À tous il donna à chacun des vêtements de rechange, et à Binyamin il donna cinq vêtements de rechange » (Genèse 45,22). Est-il possible qu'une chose par laquelle ce juste a souffert —

📜 Rachi (1)
דָּבָר שֶׁנִּצְטַעֵר בּוֹ אוֹתוֹ צַדִּיק לְעֶבֶד נִמְכָּר יוֹסֵף עַל יְדֵי קִנְאַת אֶחָיו:
Yossef fut vendu comme esclave par la jalousie de ses frères.
🪔 Ben Yehoyada (1)
'לְכֻלָּם נָתַן לָאִישׁ חֲלִפוֹת שְׂמָלֹת וּלְבִנְיָמִן נָתַן שְׁלֹשׁ מֵאוֹת כֶּסֶף וְחָמֵשׁ חֲלִפֹת שִׂמְלַת' אֶפְשָׁר דָּבָר שֶׁנִּצְטַעֵר בּוֹ אוֹתוֹ צַדִּיק יִכָּשֵׁל בּוֹ?.. רֶמֶז רָמַז לוֹ שֶׁעָתִיד בֵּן לָצֵאת מִמֶּנּוּ שֶׁיֵּצֵא מִלִּפְנֵי הַמֶּלֶךְ בַּחֲמִשָּׁה לְבוּשֵׁי מַלְכוּת שֶׁנֶּאֱמַר (אֶסְתֵּר ח טו) וּמָרְדֳּכַי יָצָא מִלִּפְנֵי הַמֶּלֶךְ וְכוּ'. קָשֶׁה עַל הַבְּגָדִים שַׁפִּיר תֵּירֵץ שֶׁהִגִּיד לָהֶם דְּשַׁיְיכָא לְכֻולָּם אֲבָל עַל 'שָׁלֹשׁ מֵאוֹת כֶּסֶף' לֹא תֵּירֵץ כְּלוּם דְּאַכַּתִּי יְקַנְּאוּ בּוֹ! וְנִרְאֶה לִי דְּמֵעִיקָּרָא בְּכֶסֶף לֵיכָּא קִנְאָה כִּי אֵין זֶה עִנְיַן כָּבוֹד וְאִם הוּא רוֹצֶה לְהַעֲשִׁיר לְאֶחָיו מַה יֵשׁ לָהֶם בָּזֶה דְּהָא הֵם כְּשֶׁקְּנָאוֹ בְּכֻתֹּונֶת הַפַּסִּים לָאו בַּעֲבוּר דָּמֶיהָ אֶלָּא בַּעֲבוּר הַכָּבוֹד שֶׁכִּבְּדוּ בָּהּ וְכֵן כָּאן בִּבְגָדִים יֵשׁ קִנְאָה דִּכְבוֹד וְעַל זֶה שַׁפִּיר תֵּירֵץ כִּי גָּלָה לָהֶם הָרֶמֶז וְהוּא עַל טוֹב שֶׁנּוֹגֵעַ לְכֻולָּם, שֶׁכָּל יִשְׂרָאֵל נִיצּוּלוֹ בִּגְדֻולַּת מָרְדְּכַי הַצַּדִּיק ע"ה.
« À tous il donna à chacun des vêtements de rechange, et à Binyamin il donna trois cents pièces d'argent et cinq vêtements de rechange. Est-il possible qu'une chose par laquelle ce juste a souffert le fasse trébucher ?... Il lui fit une allusion : un fils sortirait de lui, qui sortirait de devant le roi avec cinq vêtements de royauté, comme il est dit (Esther 8,15) : et Mordekhai sortit de devant le roi, etc. » Difficulté : pour les vêtements, la réponse convient, puisqu'il leur a révélé une chose qui concerne tout le monde ; mais pour les trois cents pièces d'argent il n'a rien répondu, et ils seront encore jaloux de lui ! Il me semble que, d'emblée, l'argent ne suscite pas de jalousie, car il ne s'agit pas d'honneur ; et s'il veut enrichir son frère, que leur importe ? Car lorsqu'ils furent jaloux de la tunique bigarrée, c'était pour l'honneur dont elle l'honorait et non pour sa valeur. De même ici, pour les vêtements il y a une jalousie d'honneur, et sur ce point la réponse convient : il leur a révélé l'allusion, qui porte sur un bien touchant tout le monde, puisque tout Israël fut sauvé par la grandeur de Mordekhai le juste, la paix soit sur lui.
💡 Explication

La Guemara quitte le livre d'Esther pour un verset de la Genèse, parce que les cinq vêtements donnés à Binyamin annoncent les cinq vêtements de Mordekhai. La question reste en suspens à la fin du folio : Yossef a souffert de la préférence vestimentaire de son père, comment pourrait-il reproduire ce geste envers son propre frère ? La réponse vient en 16b.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).