Megillah 16b — Les cinq vêtements de Yossef et la couronne de Mordekhai, la lumière retrouvée d'Israël, la pendaison des dix fils de Haman, et la primauté de l'étude de la Torah

Megillah 16b

Sougya : Le folio achève la longue derasha aggadique sur la maison de Yaakov puis revient au texte de la meguila. Il s'ouvre sur les cinq habits donnés à Binyamin, lus comme une allusion à Mordekhai sortant de devant le roi en vêtement royal, et enchaîne sur une série de derachot de Rabbi Elazar et de Rabbi Binyamin bar Yefet concernant Yossef et ses frères : les pleurs sur les sanctuaires futurs, l'absence de rancune, le vin vieux envoyé à Yaakov, le renard en son heure et les dix lampes.

Vient ensuite l'explication du verset « les Juifs eurent lumière, joie, allégresse et honneur », décodé par Rav Yehouda en quatre mitsvot que Haman avait interdites. Le daf traite ensuite des règles de lecture et d'écriture liées aux dix fils de Haman : une seule respiration, le vav allongé de Vayzata, et la mise en page en colonnes destinée à interdire tout relèvement.

Il se clôt sur trois énoncés parallèles de Rav Yossef, de Rav et de Rabba, qui placent l'étude de la Torah au-dessus du sauvetage des vies, de la construction du Temple et de l'honneur du père et de la mère.

Le plan du folio : de l'aggada sur Yossef à la primauté de l'étude 1. Les cinq habits (seg. 0) Deux sela de laine fine ont mené en Égypte — mais ici c'est une allusion à Mordekhai. 2. Yossef et ses frères (seg. 1-6) Les pleurs sur les sanctuaires, le vin vieux, le renard en son heure, les dix lampes. 3. Ora ve-simha (seg. 7-8) Quatre mots du verset, quatre mitsvot rendues : Torah, fête, mila, tefilin. 4. Les dix fils de Haman (seg. 9-11) Une seule respiration à la lecture, le vav de Vayzata étiré comme une rame, et une mise en page qui interdit le relèvement. 5. Fin de la meguila (seg. 12-16) L'ange gifle la bouche du roi, le sirtout exige comme pour la Torah, et le Sanhédrin qui se sépare de Mordekhai. 6. Gadol talmoud Torah (seg. 17-19) Trois énoncés parallèles : l'étude passe avant le sauvetage des vies (Rav Yossef), avant la construction du Temple (Rav), avant l'honneur du père et de la mère (Rabba).
Les six mouvements du folio : la fin de l'aggada sur Yossef, la derasha sur le verset des quatre dons, les règles liées aux dix fils de Haman, la clôture du récit, et la triple primauté de l'étude.
Ora, simha, sasson, yekar : quatre mots, quatre mitsvot rendues Rav Yehouda lit chaque mot du verset d'Esther comme le nom d'une mitsva que Haman avait interdite. Rachi le dit explicitement : sur toutes ces choses il avait décrété. ORA lumière la Torah Preuve : ki ner mitsva ve-Torah or (Michlei 6,23) SIMHA joie le yom tov Preuve : ve-samahta be-hagekha (Devarim 16,14) SASSON allégresse la mila Preuve : sas anokhi al imratekha (Tehilim 119,162) YEKAR honneur les tefilin Preuve : ve-rao kol amei haarets (Devarim 28,10) La baraita de Rabbi Eliezer le Grand précise le dernier terme : il s'agit des tefilin de la tête, ceux que l'on voit. Le principe de lecture Le verset ne décrit pas un état d'âme : il énumère ce qui avait été interdit et qui redevient possible.
Les quatre termes du verset d'Esther 8,16 et les quatre mitsvot que Rav Yehouda y reconnaît, chacune avec son verset-preuve.
Les dix fils de Haman : trois règles, une seule idée La lecture, la forme d'une lettre et la mise en page disent toutes les trois la même chose : une chute simultanée et sans relèvement. 1. Une seule respiration Rav Ada de Yaffo : les dix noms et le mot asseret d'un seul trait. Raison : leurs âmes sont sorties ensemble. Tossefot : lekhathila ; bediavad il s'acquitte. 2. Le vav de Vayzata Rabbi Yo'hanan : étiré droit comme la rame de Leverot. Raison : tous pendus à un seul poteau. 3. La mise en page Rabbi Chila : ariah sur ariah et levena sur levena. Raison : afin que leur chute n'ait pas de relèvement. La différence des deux mises en page (Rachi : ariah = le texte écrit ; levena = le blanc, deux fois plus large) Tous les autres chants : mur en appareil Le texte et le blanc alternent : le mur tient debout. Fils de Haman et rois de Canaan Les joints sont alignés : un tel mur ne se relève pas.
Les trois règles relatives aux dix fils de Haman — une respiration, un vav allongé, une colonne alignée — et la différence visuelle entre les deux mises en page de chant.
Gadol talmoud Torah : trois énoncés, trois preuves Chacun oppose l'étude à une valeur très haute, et l'appuie sur la biographie d'un homme qui a diffère cette valeur pour étudier. Rav Yossef plus que le sauvetage des vies Preuve : Mordekhai passe du sixième rang (Ezra 2,2) au septième (Nehemia 7,7). Un cran perdu. Rav / Rav Chmouel bar Marta plus que la construction du Temple Preuve : tant que Baroukh ben Neria vivait, Ezra ne l'a pas quitté pour monter. Le maître avant le chantier. Rabba au nom de Rav Yitzhak plus que l'honneur du père et de la mère Preuve : Yaakov ne fut pas puni pour les années passées dans la maison d'Ever. Rachi : quatorze ans. Réserve du Ben Yehoyada sur le premier énoncé Il s'agit d'un sauvetage de vies seulement possible : devant un pikoua'h nefech avéré, rien ne tient.
Les trois énoncés sur la primauté de l'étude, leurs preuves respectives, et la précision du Ben Yehoyada sur la portée du premier.
1
יִכָּשֵׁל בּוֹ? דְּאָמַר רָבָא בַּר מַחְסֵיָא אָמַר רַב חָמָא בַּר גּוּרְיָא, אָמַר רַב: בִּשְׁבִיל מִשְׁקַל שְׁנֵי סְלָעִים מֵילָת שֶׁהוֹסִיף יַעֲקֹב לְיוֹסֵף מִשְּׁאָר אֶחָיו נִתְגַּלְגֵּל הַדָּבָר וְיָרְדוּ אֲבוֹתֵינוּ לְמִצְרַיִם. אָמַר רַבִּי בִּנְיָמִן בַּר יֶפֶת: רֶמֶז רָמַז לוֹ, שֶׁעָתִיד בֵּן לָצֵאת מִמֶּנּוּ, שֶׁיֵּצֵא מִלִּפְנֵי הַמֶּלֶךְ בַּחֲמִשָּׁה לְבוּשֵׁי מַלְכוּת, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וּמָרְדֳּכַי יָצָא בִּלְבוּשׁ מַלְכוּת תְּכֵלֶת וְגוֹ׳״.

... qu'il trébuche lui-même à ce sujet ? Car Rava bar Mehassia a dit au nom de Rav Hama bar Gouria, au nom de Rav : à cause du poids de deux sela de laine fine (milat) que Yaakov ajouta pour Yossef par rapport au reste de ses frères, la chose s'enchaîna et nos pères descendirent en Égypte.

Rabbi Binyamin bar Yefet dit : il lui a fait une allusion — qu'un fils sortirait de lui, qui sortirait de devant le roi dans cinq vêtements de royauté, comme il est dit : « Et Mordekhai sortit de devant le roi en vêtement royal de tekhelet, etc. ».

📜 Rachi (1)
יִכָּשֵׁל בּוֹ גָּרְסִי' וְלָא גָּרְסִי' זַרְעוֹ:
« Qu'il trébuche à ce sujet » : telle est notre lecture, et nous ne lisons pas « sa descendance ».
💡 Explication

La question ouverte au folio précédent porte sur Yossef : lui qui avait souffert du favoritisme de son père, comment pouvait-il distinguer Binyamin en lui donnant cinq habits ? La réponse ne conteste pas le principe, elle change le sens du geste : les cinq habits sont une remez, une allusion prophétique à Mordekhai.

Le détail du sela et de la milat (laine fine) mesure la disproportion entre la cause et l'effet : deux sela de tissu ont produit la descente en Égypte. La note de Rachi porte sur la version du texte : la question vise Yossef lui-même, et non sa descendance.

2
״וַיִּפֹּול עַל צַוְּארֵי בִנְיָמִן אָחִיו״. כַּמָּה צַוָּארִין הֲווֹ לֵיהּ לְבִנְיָמִין? אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר: בָּכָה עַל שְׁנֵי מִקְדָּשִׁים שֶׁעֲתִידִין לִהְיוֹת בְּחֶלְקוֹ שֶׁל בִּנְיָמִין וַעֲתִידִין לֵיחָרֵב. ״וּבִנְיָמִין בָּכָה עַל צַוָּארָיו״ — בָּכָה עַל מִשְׁכַּן שִׁילֹה, שֶׁעָתִיד לִהְיוֹת בְּחֶלְקוֹ שֶׁל יוֹסֵף וְעָתִיד לֵיחָרֵב.

« Et il tomba sur les cous de Binyamin son frère. » Combien de cous Binyamin avait-il ? Rabbi Elazar dit : il pleura sur les deux sanctuaires destinés à se trouver dans la part de Binyamin et destinés à être détruits.

« Et Binyamin pleura sur ses cous » : il pleura sur le michkan de Chilo, destiné à se trouver dans la part de Yossef et destiné à être détruit.

📜 Rachi (1)
כַּמָּה צַוָּארִין הָיוּ לוֹ לְבִנְיָמִין לָא גָּרְסִינַן שֶׁכֵּן דֶּרֶךְ הַמִּקְרָא לִכְתֹּוב צַוְּארֵי לְשׁוֹן רַבִּים עַל חֶלְקַת צַוָּארָיו (בְּרֵאשִׁית כ״ז:ט״ז) בָּכָה עַל צַוָּארָיו:
« Combien de cous Binyamin avait-il ? » : nous ne lisons pas ainsi, car l'Écriture a coutume d'employer tsavarei au pluriel, comme dans « sur la partie lisse de ses cous » (Berechit 27,16). (La question porte seulement sur) « il pleura sur ses cous » (dit de Binyamin).
🪔 Ben Yehoyada (1)
(בְּרֵאשִׁית מה, יד) 'וּבִנְיָמִן בָּכָה עַל צַוָּארָיו' - בָּכָה עַל מִשְׁכַּן שִׁילֹה שֶׁעָתִיד לִהְיוֹת בְּחֶלְקוֹ שֶׁל יוֹסֵף וְעָתִיד לֵחָרֵב. מַקְשִׁים הֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר עַל צַוָּארוֹ לְשׁוֹן יָחִיד? וְיֵשׁ לְתָרֵץ אַיְּידֵי דְּנָקֵיט בְּבִנְיָמִין צַוָּארָיו נָקֵיט בְּיוֹסֵף צַוָּארָיו, כְּמוֹ שֶׁאָמְרוּ בַּגְּמָרָא אַיְּידֵי דְּנָקֵיט מִצְרִי נָקֵיט אֲדוֹמִי. וְעוֹד נִרְאֶה לִי בס"ד דְּאִיתָא בִּזְבָחִים (זְבָחִים קיח.) דַּאֲכִילַת קָדָשִׁים קַלִּים בְּשִׁילֹה הָיְתָה בְּכָל הָרוֹאֶה, נִמְצָא בְּשִׁילֹה תְּרֵי מְקוֹמוֹת קָנוּ קְדֻושָּׁה שֶׁהוּא תּוֹךְ הַמִּשְׁכָּן וְחוּץ לוֹ, וְלָכֵן נָקֵיט צַוָּארָיו תְּרֵי כְּנֶגֶד שְׁנֵי מְקוֹמוֹת אֵלּוּ. וּבָזֶה יוּבָן (דְּבָרִים לג, יג) 'וּלְיוֹסֵף אָמַר מְבֹרֶכֶת ה' אַרְצוֹ' שֶׁגַּם אַרְצוֹ שִׁילֹה נִתְבָּרְכָה בִּקְדֻושָּׁה. וּמַה שֶׁנִּקְרָא מְקוֹם הַמִּקְדָּשׁ צַוָּאר הַיְינוּ בְּהִפּוּךְ אַתָּווָן אוֹצָר כִּי שָׁם הוּא אוֹצַר הַשֶּׁפַע וּכְתִיב נָמֵי בֵּיהּ (מַלְאָכִי ג, י) 'הָבִיאוּ אֶת כָּל הַמַּעֲשֵׂר אֶל בֵּית הָאוֹצָר וִיהִי טֶרֶף בְּבֵיתִי'.
« Et Binyamin pleura sur ses cous » (Berechit 45,14) : il pleura sur le michkan de Chilo, destiné à se trouver dans la part de Yossef et destiné à être détruit. On objecte : il aurait fallu dire « sur son cou », au singulier. On peut répondre : puisque le verset a employé le pluriel « ses cous » à propos de Binyamin, il l'emploie également à propos de Yossef, comme les Sages l'ont dit dans la guemara : puisque le texte a mentionné l'Égyptien, il mentionne l'Édomite. Il me semble en outre, avec l'aide du Ciel, qu'il est enseigné dans Zevahim (118a) que la consommation des kodachim kalim (sacrifices de moindre sainteté) à Chilo se faisait dans tout le champ visuel ; il se trouve donc qu'à Chilo deux lieux ont acquis une sainteté, l'intérieur du michkan et son extérieur. C'est pourquoi le verset emploie deux « cous », en correspondance avec ces deux lieux. Ainsi se comprend le verset « Et de Yossef il dit : de la bénédiction de ה' soit son pays » (Devarim 33,13) : son pays lui aussi, Chilo, fut béni d'une sainteté. Et si le lieu du Temple est appelé tsavar (cou), c'est par inversion des lettres : otsar (trésor), car c'est là le trésor de l'abondance (chefa), et il est écrit également à son sujet : « Apportez toute la dîme à la maison du trésor, et qu'il y ait de la nourriture dans Ma maison » (Malakhi 3,10).
💡 Explication

La derasha part d'une anomalie grammaticale : le mot tsavarei est au pluriel. Rabbi Elazar y lit deux pleurs, et chacun des deux frères pleure sur le sanctuaire de l'autre, jamais sur le sien. Le nombre des cous correspond au nombre des sanctuaires : deux Temples dans le territoire de Binyamin, un seul michkan à Chilo dans celui de Yossef.

Rachi signale que la question elle-même ne figure pas dans sa version, parce que le pluriel est une forme courante en hébreu biblique. Le Ben Yehoyada, lui, conserve la question et répond en comptant deux zones de sainteté à Chilo.

🖼️ Schéma
Chacun pleure sur le sanctuaire de l'autre YOSSEF pleure sur les cous de Binyamin (pluriel) BINYAMIN pleure sur ses cous à lui (pluriel) Part de BINYAMIN Les deux Temples — d'où le pluriel des cous Part de YOSSEF Le michkan de Chilo Ben Yehoyada : deux zones de sainteté les pleurs se croisent
Le croisement des deux pleurs : chacun pleure sur la ruine future du sanctuaire situé dans la part de son frère.
3
״וְהִנֵּה עֵינֵיכֶם רוֹאוֹת וְעֵינֵי אָחִי בִנְיָמִין״. אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר, אָמַר לָהֶם: כְּשֵׁם שֶׁאֵין בְּלִבִּי עַל בִּנְיָמִין אָחִי, שֶׁלֹּא הָיָה בִּמְכִירָתִי, כָּךְ אֵין בְּלִבִּי עֲלֵיכֶם. ״כִּי פִי הַמְדַבֵּר אֲלֵיכֶם״. כְּפִי — כֵּן לִבִּי.

« Et voici, vos yeux voient, et les yeux de mon frère Binyamin. » Rabbi Elazar dit : il leur dit ceci — de même que je n'ai rien dans le cœur contre Binyamin mon frère, qui n'était pas présent à ma vente, de même je n'ai rien dans le cœur contre vous. « Car c'est ma bouche qui vous parle » : comme ma bouche, ainsi mon cœur.

🪔 Ben Yehoyada (1)
כְּשֵׁם שֶׁאֵין בְּלִבִּי עַל בִּנְיָמִין אָחִי שֶׁלֹּא הָיָה בִּמְכִירָתִי - כָּךְ אֵין בְּלִבִּי עֲלֵיכֶם (בְּרֵאשִׁית מה, יב) 'כִּי פִּי הַמְדַבֵּר אֲלֵיכֶם' כְּפִי כֵּן לִבִּי.. נִרְאֶה לִי שֶׁנִּרְמְזוּ הַלֵּב בְּאוֹתִיּוֹת כִּי שֶׁעִם הַכּוֹלֵל הָאוֹתִיּוֹת עוֹלֶה לֵב .
« De même que je n'ai rien dans le cœur contre Binyamin mon frère, qui n'était pas présent à ma vente, de même je n'ai rien dans le cœur contre vous. « Car c'est ma bouche qui vous parle » (Berechit 45,12) : comme ma bouche, ainsi mon cœur. » Il me semble que le cœur (lev) est indiqué par allusion dans les lettres de ki (kaf-youd), qui, avec le kolel (l'unité ajoutée pour chaque lettre), atteignent la valeur de lev (32).
💡 Explication

La derasha s'appuie sur un rapprochement sonore : ki fi (car c'est ma bouche) est entendu comme kefi (comme ma bouche). Le sens est celui d'un serment de sincérité : la parole de réconciliation correspond à l'état intérieur.

Le premier argument est comparatif. Binyamin est le témoin de l'absence possible de grief, puisqu'il n'a pris aucune part à la vente ; Yossef s'en sert comme d'un point de référence pour attester qu'il n'en garde pas davantage contre les autres.

4
״וּלְאָבִיו שָׁלַח כְּזֹאת עֲשָׂרָה חֲמֹורִים נֹושְׂאִים מִטּוּב מִצְרָיִם״. מַאי ״מִטּוֹב מִצְרַיִם״? אָמַר רַבִּי בִּנְיָמִין בַּר יֶפֶת אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר: שָׁלַח לוֹ יַיִן [יָשָׁן], שֶׁדַּעַת זְקֵנִים נוֹחָה הֵימֶנּוּ.

« Et à son père il envoya de même dix ânes portant du meilleur de l'Égypte. » Que signifie « du meilleur de l'Égypte » ? Rabbi Binyamin bar Yefet dit au nom de Rabbi Elazar : il lui envoya du vin [vieux], dont l'esprit des anciens se satisfait.

📜 Rachi (1)
שִׁיגֵּר לוֹ יַיִן לְפִי שֶׁדַּעַת זְקֵנִים נוֹחָה הֵימֶנּוּ זֶה הַדָּבָר הַטּוֹב לוֹ מִן הַכֹּל:
« Il lui envoya du vin » : puisque l'esprit des anciens s'en satisfait, c'est pour lui la meilleure chose de toutes.
🪔 Ben Yehoyada (1)
מַאי (בְּרֵאשִׁית מה, כג) 'מִטּוֹב מִצְרַיִם'? שֶׁגָּר לוֹ יַיִן יָשָׁן שֶׁדַּעַת זְקֵנִים נוֹחָה הֵימֶנּוּ. הַטַּעַם דְּנוֹחָה בְּיַיִן יָשָׁן יוֹתֵר, נִרְאֶה לִי בס"ד כִּי בְּיַיִן יֵשׁ טֶבַע שֶׁלֹּא נִמְצָא בִּשְׁאָר מַשְׁקִין וּמַאֲכָלִים דִּבְכֻלְּהוּ הַמְיֻושָּׁן גָּרוּעַ וְרַק בְּיַיִן הַמְיֻושָּׁן מְשֻׁובָּח יוֹתֵר, וְהִנֵּה הָעוֹלָם מַרְגְּלָא בְּפֻומַּייְהוּ לוֹמַר עַל הַזָּקֵן בְּשָׁנִים 'כֵּיוָן שֶׁנִּזְדַּקֵּן נתטפשׁ' אַךְ בֶּאֱמֶת זֶה אֵינוֹ אֶלָּא בְּזִקְנֵי עַם הָאָרֶץ וְלֹא בְּתַלְמִידֵי חֲכָמִים! וְעַל כֵּן הַזְּקֵנִים דַּעְתָּן נוֹחָה בְּיַיִן יָשָׁן שֶׁהוּא מְשֻׁובָּח אֵצֶל הָעוֹלָם יוֹתֵר דְּאָז אוֹמְרִים גַּם אֲנַחְנוּ כָּל מַה שֶׁמַּזְקִינִים מְשֻׁובָּחִים יוֹתֵר. וְהָרַב פֶּתַח עֵינַיִם זַ"ל כָּתַב הָרִאשׁוֹנִים זַ"ל רָמְזוּ 'יַיִן יָשָׁן' בְּגִמַטְרִיָּא ת"ל [430] וְרָמַז לְאָבִיו לְקַיֵּים גְּזֵרַת ת"ל שָׁנָה שֶׁדַּעַת זְקֵנִים אַבְרָהָם וְיִצְחָק נוֹחָה הֵימֶנּוּ שֶׁרוֹצִים בִּגְזֵרָתוֹ יִתְבָּרֵךְ, עַד כָּאן דְּבָרָיו עַיֵּין שָׁם. וּדְבָרִים אֵלּוּ צְרִיכִין תַּבְלִין דִּלְנִחוּמֵי בָּעֵי וְלָמָּה שָׁלַח לְצַעֲרוֹ בְּמִסְפַּר הַגָּלוּת וּמָה חִידֵּשׁ לוֹ בָּזֶה? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּרָמַז לוֹ אֵלּוּ שְׁנֵי הַגָּלוּת שֶׁל ת"ל שָׁנָה אֵינָם מַתְחִילִים מֵעַתָּה, אֶלָּא כְּבָר הִתְחִילוּ מִלֵּידַת יִצְחָק וְנַעֲשׂוּ 'יַיִן יָשָׁן'! וְעוֹד נִרְאֶה לִי בס"ד רָמַז לוֹ יַיִן שֶׁהוּא סוֹד הַגְּבוּרוֹת מִתְמַתֵּק בַּחֲמִשָּׁה פְּעָמִים חֶסֶד שֶׁהוּא מִסְפָּר יָשָׁן [חֶסֶד 72×5= יָשָׁן 360] שֶׁדַּעַת זְקֵנִים שֶׁהֵם חו"ב [חָכְמָה וּבִינָה] שֶׁנִּקְרָאִים זְקֵנִים נוֹחָה הֵימֶנּוּ! וְדוֹק.
« Que signifie « du meilleur de l'Égypte » (Berechit 45,23) ? Il lui envoya du vin vieux, dont l'esprit des anciens se satisfait. » La raison pour laquelle leur esprit se satisfait davantage du vin vieux : il me semble, avec l'aide du Ciel, que le vin possède une propriété qui ne se trouve dans aucune autre boisson ni aucun autre aliment, car pour tous le vieillissement est un défaut, et seul le vin vieilli en est amélioré. Or les gens ont coutume de dire de l'homme âgé : « dès lors qu'il a vieilli, il s'est affaibli d'esprit » ; en vérité cela ne vaut que pour les anciens du peuple ignorant (am haaretz), et non pour les talmidei hakhamim. C'est pourquoi l'esprit des anciens se satisfait du vin vieux, que le monde tient pour meilleur, car ils disent alors : nous aussi, plus nous vieillissons, meilleurs nous sommes. Le Rav Petah Einayim, de mémoire bénie, a écrit que les richonim, de mémoire bénie, ont vu dans « yayin yachan » (vin vieux) une allusion à la guematria de 430 : il faisait allusion à son père qu'il fallait accomplir le décret des 430 ans, et que l'esprit des anciens, Avraham et Yitzhak, s'en satisfait, car ils veulent le décret de Hachem, béni soit-Il. Fin de ses paroles ; vois-les là-bas. Ces paroles demandent un assaisonnement : il s'agissait de le consoler, pourquoi donc lui envoyer de la peine avec le compte de l'exil, et quelle nouveauté lui apprenait-il par là ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il lui faisait allusion à ceci : ces années d'exil, les 430, ne commencent pas à partir de maintenant, mais ont déjà commencé à la naissance de Yitzhak, et sont devenues « vin vieux ». Il me semble encore, avec l'aide du Ciel, qu'il lui faisait allusion au vin, qui est le sod (secret) des guevourot (rigueurs), lequel s'adoucit par cinq fois 'hessed (bonté), ce qui donne le nombre de yachan ('hessed 72 x 5 = yachan 360) ; et l'esprit des anciens, c'est-à-dire 'Hokhma et Bina, qui sont appelées « anciens », s'en satisfait. Approfondis.
💡 Explication

La question est philologique : le verset dit « du meilleur de l'Égypte » sans préciser de quoi il s'agit. La réponse identifie le vin vieux, choisi pour son destinataire, un vieillard endeuillé. Le mot yachan (vieux) figure entre crochets dans le texte, signe qu'il s'agit d'une précision de la tradition manuscrite.

Le Ben Yehoyada explique pourquoi le vin convient spécialement aux anciens : c'est la seule denrée dont le vieillissement augmente la valeur, ce qui en fait une image flatteuse de la vieillesse elle-même. Il rapporte ensuite la lecture par guematria — yayin yachan vaut 430, le nombre des années annoncées à Avraham — et l'ajuste : l'allusion console, parce qu'elle indique que le compte à déjà commencé.

5
״וַיֵּלְכוּ גַּם אֶחָיו וַיִּפְּלוּ לְפָנָיו״. אָמַר רַבִּי בִּנְיָמִין בַּר יֶפֶת אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר, הַיְינוּ דְּאָמְרִי אִינָשֵׁי: תַּעֲלָא בְּעִידָּנֵיהּ סְגֵיד לֵיהּ.

« Et ses frères allèrent aussi et tombèrent devant lui. » Rabbi Binyamin bar Yefet dit au nom de Rabbi Elazar : c'est ce que disent les gens — le renard, en son heure, prosterne-toi devant lui.

📜 Rachi (2)
תַּעֲלָא שׁוּעָל:
« Taala » : un renard.
בְּעִידָּנֵיהּ אִם תִּרְאֶה שְׁעָתוֹ מַצְלַחַת:
« Beidaneh » : si tu vois que son heure lui réussit.
🪔 Ben Yehoyada (1)
'תַּעֲלָא בְּעִדָּנֵיהּ סְגִיד לֵיהּ'. נִרְאֶה לִי בס"ד יוֹסֵף הַצַּדִּיק ע"ה הָיָה בְּחִינַת הַיְּסוֹד שֶׁנִּקְרָא 'חֶלֶד' שֶׁהוּא לְשׁוֹן כִּיסּוּי כְּמוֹ חֲלָדָה, וְהַיְּסוֹד הוּא כְּלִי צָנוּעַ וּמְכֻוסֶּה יוֹתֵר מִכָּל הָאֵיבָרִים, וּמִטַּעַם זֶה גַּם הַבִּינָה נִקְרֵאת 'חֶלֶד' כִּי הִיא עָלְמָא דְּאִתְכַּסִּיָּיא. וְהִנֵּה קֹודֶם מַטֵּה יֵשׁ אוֹתִיּוֹת חֵלֶד , וְלָכֵן בְּאוֹמְרוֹ עַל רֹאשׁ הַמִּטָּה נִרְמַז עַל יוֹסֵף הַצַּדִּיק ע"ה, וְהִמְשִׁילוֹ לְתַעֲלָא כִּי 'תַּעֲלָא' [501] גֵּימַטְרְיָא 'רֹאשׁ' [501] וְהַיְּסוֹד נִקְרָא רֹאשׁ הַגְּוִיָּה.
« Le renard, en son heure, prosterne-toi devant lui. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que Yossef le juste, que la paix soit sur lui, relevait de la dimension du yessod (fondement), appelé heled, terme qui exprime la couverture, comme dans houlda (la belette qui se terre) ; et le yessod est l'organe le plus discret et le plus couvert de tous les membres. Pour cette raison la Bina elle aussi est appelée heled, car elle est le monde celé (alma deitkassia). Or les lettres qui précèdent celles de mita (lit) forment heled ; c'est pourquoi, en disant « sur la tête du lit », le verset fait allusion à Yossef le juste, que la paix soit sur lui. Et on l'a comparé à un renard (taala) parce que taala (501) a la même valeur que roch (tête, 501), et le yessod est appelé « tête du corps ».
💡 Explication

Le proverbe araméen taala beidaneh sagid leh énonce une règle de prudence politique : on s'incline devant celui que l'heure a élevé, quelle que soit sa valeur propre. Appliqué ici à la prosternation des frères devant Yossef, il fait de Yossef le renard de la comparaison — ce que le segment suivant refusera.

Le Ben Yehoyada déplace la lecture : il rattache le mot taala, non à l'animal méprisé, mais à sa valeur numérique, identique à celle de roch, et retrouve ainsi Yossef sous la figure du yessod.

6
תַּעֲלָא? מַאי בְּצִירוּתֵיהּ מֵאַחְווָה? אֶלָּא, אִי אִיתְּמַר הָכִי אִיתְּמַר: ״וַיִּשְׁתַּחוּ יִשְׂרָאֵל עַל רֹאשׁ הַמִּטָּה״, אָמַר רַבִּי בִּנְיָמִין בַּר יֶפֶת אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר: תַּעֲלָא בְּעִידָּנֵיהּ סְגֵיד לֵיהּ.

Un renard ? En quoi est-il moindre que ses frères ?

Plutôt, si un tel enseignement a été dit, voici comment il a été dit : « Et Israël se prosterna sur la tête du lit » — à ce propos, Rabbi Binyamin bar Yefet a dit au nom de Rabbi Elazar : le renard, en son heure, prosterne-toi devant lui.

📜 Rachi (1)
תַּעֲלָא קָרֵי' לֵיהּ יוֹסֵף לִפְנֵי אֶחָיו מַאי בְּצִירוּתֵיהּ מֵאַחֲוָוהּ:
« Taala » : tu appellerais ainsi Yossef devant ses frères ? En quoi est-il moindre que ses frères ?
💡 Explication

La guemara refuse l'application précédente pour une raison de convenance : Yossef était au moins l'égal de ses frères, et le proverbe suppose un inférieur porte par les circonstances. Elle déplace donc l'enseignement sur un autre verset, où c'est Yaakov qui s'incline devant son propre fils devenu vice-roi.

Le procédé i itmar hakhi itmar (si cela a été dit, voici comment) est une correction de tradition : l'énoncé de l'amora est conservé, son verset d'appui est changé.

7
״וַיְנַחֵם אוֹתָם וַיְדַבֵּר עַל לִבָּם״. אָמַר רַבִּי בִּנְיָמִין בַּר יֶפֶת אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר: מְלַמֵּד שֶׁאָמַר לָהֶם דְּבָרִים שֶׁמִּתְקַבְּלִין עַל הַלֵּב: וּמָה עֲשָׂרָה נֵרוֹת לֹא יָכְלוּ לְכַבּוֹת נֵר אֶחָד, נֵר אֶחָד הֵיאַךְ יָכוֹל לְכַבּוֹת עֲשָׂרָה נֵרוֹת?

« Et il les consola et parla à leur cœur. » Rabbi Binyamin bar Yefet dit au nom de Rabbi Elazar : cela enseigne qu'il leur dit des paroles qui se reçoivent dans le cœur — si dix lampes n'ont pu éteindre une seule lampe, comment une seule lampe pourrait-elle éteindre dix lampes ?

🪔 Ben Yehoyada (1)
וּמָה עֲשָׂרָה נֵרוֹת לֹא יָכְלוּ לְכַבּוֹת נֵר אֶחָד, נֵר אֶחָד הֵיאַךְ יָכוֹל לְכַבּוֹת עֲשָׂרָה נֵרוֹת. הָא דִּקְרָא לְכָל הַשְּׁבָטִים בְּשֵׁם 'נֵרוֹת' נִרְאֶה לִי בס"ד שֵׁם שַׁדַּי מִילּוֹאוֹ ת"ק [ש י " ן ד ל " ת י וְ " ד =500] , וְיָדוּעַ שֶׁשֵּׁם שַׁדַּי הוּא שִׁשָּׁה צֵרוּפִים אִם כֵּן בְּשִׁשָּׁה צֵרוּפִים יֵשׁ שִׁשָּׁה פְּעָמִים ת"ק [500×6=3000] שֶׁעוֹלֶה י"ב פְּעָמִים נֵר [250×12=3000] , וְלָכֵן הַשְּׁבָטִים כָּל אֶחָד נִקְרָא 'נֵר' כִּי הֵם נוֹלְדוּ מִבִּרְכַּת מִלּוּי שְׁמוֹת שַׁדַּי. גַּם קְרָאָם בְּשֵׁם 'נֵרוֹת' לְחַזֵּק לִבָּם כִּי הֵם קְרוּיִים נֵר, וְהַמְכַבֶּה אוֹתָם יִכְבֶּה נִירוֹ שֶׁהִיא נִשְׁמָתוֹ הַקְּרוּיָה נֵר עַל דֶּרֶךְ שֶׁאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל אָמַר הקב"ה אִם תִּשְׁמֹור נֵרִי אֶשְׁמֹור נִירְךָ.
« Si dix lampes n'ont pu éteindre une seule lampe, comment une seule lampe pourrait-elle éteindre dix lampes ? » Qu'il ait appelé toutes les tribus du nom de « lampes » : il me semble, avec l'aide du Ciel, que le Nom Chaddai, dans son remplissage (milouy : chin-youd-noun, dalet-lamed-tav, youd-vav-dalet), vaut 500. On sait que le Nom Chaddai comporte six permutations ; il y a donc dans ces six permutations six fois 500, soit 3000, ce qui équivaut à douze fois ner (lampe : 250 x 12 = 3000). C'est pourquoi chacune des tribus est appelée « lampe », car elles sont nées de la bénédiction des remplissages du Nom Chaddai. Il les a aussi appelées « lampes » pour affermir leur cœur, puisqu'elles sont appelées lampe : celui qui les éteint éteint sa propre lampe, c'est-à-dire sa nechama (âme), appelée lampe, selon ce qu'ont dit nos maîtres, de mémoire bénie : le Saint, béni soit-Il, a dit — si tu gardes Ma lampe, Je garderai la tienne.
💡 Explication

L'expression vayedaber al libam est lue comme un argument précis, et non comme une formule de réconfort. La consolation prend la forme d'un raisonnement à fortiori inversé : l'échec du grand nombre contre l'un prouve l'impuissance de l'un contre le grand nombre.

Le raisonnement suppose que Yossef n'a été sauvé que par une protection qui le dépasse ; les frères peuvent en conclure que la même protection les couvre. Le Ben Yehoyada tire de l'image de la lampe un avertissement supplémentaire : éteindre la lampe d'autrui revient à éteindre la sienne.

8
״לַיְּהוּדִים הָיְתָה אוֹרָה וְשִׂמְחָה וְשָׂשֹׂון וִיקָר״. אָמַר רַב יְהוּדָה: ״אוֹרָה״ — זוֹ תּוֹרָה, וְכֵן הוּא אוֹמֵר: ״כִּי נֵר מִצְוָה וְתוֹרָה אוֹר״. ״שִׂמְחָה״ — זֶה יוֹם טוֹב, וְכֵן הוּא אוֹמֵר: ״וְשָׂמַחְתָּ בְּחַגֶּךָ״. ״שָׂשׂוֹן״ — זוֹ מִילָה, וְכֵן הוּא אוֹמֵר: ״שָׂשׂ אָנֹכִי עַל אִמְרָתֶךָ״.

« Pour les Juifs il y eut lumière, joie, allégresse et honneur. » Rav Yehouda dit : « lumière » (ora), c'est la Torah, et de même il est dit : « car la mitsva est une lampe et la Torah une lumière ». « Joie » (simha), c'est le yom tov, et de même il est dit : « et tu te réjouiras en ta fête ».

« Allégresse » (sasson), c'est la mila, et de même il est dit : « je me réjouis de Ta parole ».

📜 Rachi (4)
אוֹרָה זוֹ תּוֹרָה שֶׁגָּזַר עֲלֵיהֶן הַמָּן שֶׁלֹּא יַעַסְקוּ בַּתּוֹרָה:
« Ora, c'est la Torah » : car Haman avait décrété à leur sujet qu'ils ne s'occupent pas de Torah.
זֶהוּ יוֹם טוֹב קִייְּמוּ עֲלֵיהֶם יָמִים טוֹבִים:
« C'est le yom tov » : ils ont pris de nouveau sur eux les jours de fête.
זוֹ מִילָה וְעַל כָּל אֵלֶּה גָּזַר:
« C'est la mila » : et sur toutes ces choses il avait décrété.
אִמְרָתֶךָ זוֹ מִילָה שֶׁנִּיתְּנָה בְּמַאֲמָר וְלֹא בְּדִיבּוּר וַיֹּאמֶר ה' אֶל אַבְרָהָם וְאַתָּה אֶת בְּרִיתִי תִשְׁמֹור (בְּרֵאשִׁית י״ז:ט׳) וּמָצִינוּ שֶׁדָּוִד שָׂמַח עָלֶיהָ שֶׁנֶּאֱמַר לַמְנַצֵּחַ עַל הַשְּׁמִינִית (תְּהִלִּים ו) כְּשֶׁהָיָה בְּבֵית הַמֶּרְחָץ וְרָאָה עַצְמוֹ בְּלֹא תּוֹרָה וּבְלֹא מִצְוֹת כֵּיוָן (שֶׁנִּסְתַּכֵּל) בְּמִילָה שָׂמֵחַ:
« Ta parole (imratekha) » : c'est la mila, qui fut donnée par un « dire » (maamar) et non par une « parole » (dibour) — « et ה' dit à Avraham : et toi, tu garderas Mon alliance » (Berechit 17,9). Et nous trouvons que David s'en réjouissait, comme il est dit : « au chef des chantres, sur la huitième » (Tehilim 6) : lorsqu'il se trouvait au bain et se voyait sans Torah et sans mitsvot, dès qu'il (regarda) la mila il se réjouit.
🪔 Ben Yehoyada (2)
(אֶסְתֵּר ח, טז) 'אוֹרָה' זוֹ תּוֹרָה. נִרְאֶה לִי בס"ד 'אוֹרָה' רֶמֶז לְתוֹרָה שֶׁבִּכְתָב וְתוֹרָה שֶׁבְּעַל פֶּה כִּי יָדוּעַ דְּתוֹרָה שֶׁבִּכְתָב הִיא בְּסוֹד שֵׁם הֲוָיָ"ה הָרָמוּז בְּאוֹת א' שֶׁהוּא צוּרָתוֹ וָא"ו וּשְׁנֵי יודי"ן שֶׁמִּסְפָּרָם כ"ו, וְלָכֵן בַּעֲשֶׂרֶת הַדִּבְּרוֹת שֶׁבָּהֶם כְּלוּלָה כָּל תּוֹרָה שֶׁבִּכְתָב פָּתַח בָּאוֹת אֶלֶף ד' א נְכֵי' (שְׁמוֹת כ, ב) , וְתוֹרָה שֶׁבְּעַל פֶּה רְמוּזָה בְּאוֹת וָא"ו ד'א ו רֶה' כִּי תּוֹרָה שֶׁבְּעַל פֶּה הִיא שִׁשָּׁה סְדָרִים, וְנִשְׁאַר אוֹתִיּוֹת 'הָר' רֶמֶז כִּי שְׁתֵּי תּוֹרוֹת קִבְּלָם מֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה מֵהַר סִינַי כְּמוֹ שֶׁאָמְרוּ (מִשְׁנָה אָבוֹת א, א) 'מֹשֶׁה קִבֵּל תּוֹרָה מִסִּינַי'. וּבָזֶה יוּבָן מַאֲמָרָם זַ"ל (יוֹמָא עב:) כְּתִיב 'זָר' וְקָרֵינַן 'זֵיר' זָכָה נַעֲשֵׂית לוֹ זֵיר לֹא זָכָה זָרָה מִמֶּנּוּ, וְהַייְנוּ אִם לֹא זָכָה יִתְחַבְּרוּ אוֹתִיּוֹת א"ו שֶׁל 'א ו רֶה' וְיִהְיוּ אוֹת ז' וְאָז תִּהְיֶה אוֹרָה אוֹתִיּוֹת 'זָרָה' וְלָכֵן עַכּוּ"ם שֶׁלֹּא קִבְּלוּ הַתּוֹרָה אֲסוּרִים לִלְמֹוד תּוֹרָה (חֲגִיגָה יג.) דַּעֲלֵיהֶם נֶאֱמַר (בַּמִּדְבָּר יח, ז) 'וְהַזָּר הַקָּרֵב יוּמָת' כִּי אֶצְלָם אֵין אוֹרָה אֶלָּא זָרָה, אֲבָל לְיִשְׂרָאֵל הִיא אוֹרָה! וְכֵיוָן שֶׁזָּכוּ לַתּוֹרָה שֶׁבִּכְתָב שֶׁיֵּשׁ בָּהּ חֲמִשָּׁה סְפָרִים זָכוּ לְשִׂמְחָה זֶה יוֹם טוֹב כִּי חֲמִשָּׁה בְּהִפּוּךְ אַתָּוָון שִׂמְחָה . וְכֵיוָן שֶׁזָּכוּ לְתוֹרָה שֶׁבְּעַל פֶּה הָרְמוּזָה גַּם כֵּן בְּ'אוֹרָה' זָכוּ ל'שֵׁשָׁן' זוֹ מִילָה שֶׁנִּיתְּנָה בַּשְּׁמִינִי כִּי בַּתּוֹרָה שֶׁבְּעַל פֶּה יֵשׁ שְׁמוֹנָה דַּרְגִין שֶׁהֵם: כָּשֵׁר וּפָסוּל, אָסוּר וּמֻותָּר, חַייָּב וְזַכַּאי, טָמֵא וְטָהוֹר, וּבָזֶה זָכוּ לְמִילָה שֶׁהִיא בִּשְׁמוֹנַת יָמִים וּבִזְכוּת חֵלֶק הַנִּסְתָּר שֶׁל תּוֹרָה שֶׁבְּעַל פֶּה שֶׁיֵּשׁ בָּהּ שְׁמוֹנָה דַּרְגִין זָכִינוּ לִתְפִילִּין שֶׁהוּא שְׁמוֹנָה פָּרָשִׁיּוֹת בַּיָּד וּבְרֹאשׁ שֶׁהֵם מְכֻוסִּים בַּבָּתִּים.
« « Ora » (Esther 8,16), c'est la Torah. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'ora fait allusion à la Torah écrite et à la Torah orale. On sait que la Torah écrite relève du sod du Nom havaya, auquel fait allusion la lettre alef, dont la forme est faite d'un vav et de deux youd, dont le total est 26. C'est pourquoi les Dix Paroles, où toute la Torah écrite est contenue, s'ouvrent par la lettre alef : « Anokhi » (Chemot 20,2). La Torah orale, elle, est indiquée par le vav de « ora », car la Torah orale se compose de six ordres (sedarim). Restent les lettres « har » (montagne), allusion au fait que Moche rabenou, que la paix soit sur lui, reçut les deux Torot de la montagne du Sinaï, comme il est dit (Avot 1,1) : « Moche reçut la Torah du Sinaï ». Ainsi se comprend la parole de nos maîtres, de mémoire bénie (Yoma 72b) : il est écrit « zer » et l'on lit « zir » — s'il a mérité, elle devient pour lui une couronne (zir) ; s'il n'a pas mérité, elle lui devient étrangère (zara). C'est-à-dire : s'il n'a pas mérité, les lettres alef et vav de « ora » se joignent et forment la lettre zayin, et « ora » devient les lettres de « zara ». C'est pourquoi les idolâtres, qui n'ont pas reçu la Torah, ont interdiction de l'étudier (Haguiga 13a), eux dont il est dit (Bemidbar 18,7) : « et l'étranger (zar) qui s'approche sera mis à mort », car chez eux ora se change en zara, tandis que pour Israël elle est lumière. Et puisqu'ils ont mérité la Torah écrite, qui comporte cinq livres, ils ont mérité la « simha », c'est-à-dire le yom tov, car hamicha (cinq) par inversion des lettres donne simha. Et puisqu'ils ont mérité la Torah orale, également indiquée dans « ora », ils ont mérité le « sasson », c'est-à-dire la mila, donnée le huitième jour, car la Torah orale comporte huit degrés, à savoir : cacher et passoul, interdit et permis, coupable et innocent, impur et pur ; par là ils ont mérité la mila, qui a lieu au huitième jour. Et par le mérite de la part cachée de la Torah orale, qui comporte huit degrés, nous avons mérité les tefilin, qui comptent huit parachiot, au bras et à la tête, couvertes dans leurs boîtiers.
קָרִיבוּ לִי שִׁיתִּין צָעֵי דְּשִׁיתִּין מִינֵי קְדֵרָה. נִרְאֶה לִי שֶׁהָיָה דַּרְכָּם לַעֲשׂוֹת בְּפוּרִים שִׁשִּׁים מִינִים כְּנֶגֶד אוֹת ס' הָרוֹמֵז לִסְמִיכָה שֶׁחִיבְּרוֹ הקב"ה עִם אוֹת נוּ"ן הָרוֹמֵז לִנְפִילָה, אֲשֶׁר כְּנֶגְדּוֹ עָשָׂה הַמָּן עֵץ גָּבוֹהַּ חֲמִשִּׁים שֶׁאַחַר כָּךְ חִיבְּרוֹ עִם אוֹת ס' וְנַעֲשָׂה צֵירוּף נֵס וְזָכוּ יִשְׂרָאֵל לְנֵס. אִי נָמֵי עָבְדִי שִׁתִּין מִינֵי זֵכֶר לַתּוֹרָה שֶׁבְּעַל פֶּה שֶׁיֵּשׁ בָּהּ שִׁתִּין מַסֶּכְתּוֹת כַּנִּזְכָּר בַּתִּיקּוּנִים, וְאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל (שַׁבָּת פח.) הֲדוּר קַבְּלוּהָ בִּימֵי אֲחַשְׁוֵרוֹשׁ לְכָךְ 'לַיְּהוּדִים הָיְתָה אוֹרָה' זוֹ תּוֹרָה (מְגִילָּה טז:) .
« Apportez-moi soixante plats de soixante sortes de mets. » Il me semble qu'ils avaient coutume de préparer à Pourim soixante sortes de mets, en correspondance avec la lettre samekh, qui évoque la semikha (le soutien) et que le Saint, béni soit-Il, a jointe à la lettre noun, laquelle évoque la nefila (la chute) et à laquelle correspond l'arbre de cinquante coudées dressé par Haman ; en joignant ensuite ce noun au samekh on obtient la combinaison ness (miracle), et Israël mérita le miracle. Ou bien : ils préparaient soixante sortes de mets en souvenir de la Torah orale, qui comporte soixante traités, comme il est mentionné dans les Tikounim ; et nos maîtres, de mémoire bénie, ont dit (Chabbat 88a) qu'ils la reçurent de nouveau aux jours d'Ahachveroch — c'est pourquoi « pour les Juifs il y eut lumière », c'est la Torah (Meguila 16b).
💡 Explication

Le verset d'Esther 8,16 est lu comme un inventaire de mitsvot restituées, et non comme la description d'une humeur. Chaque terme est fixé par un verset-preuve où le même mot apparaît dans un contexte légal : or pour la Torah, samah pour la fête, sas pour la mila.

Rachi fournit la clef historique qui rend la lecture nécessaire : Haman avait interdit ces pratiques, de sorte que leur retour constitue le contenu réel du verset. La derasha sur imratekha repose sur la distinction entre maamar et dibour, deux verbes de parole, le premier introduisant le commandement de la mila à Avraham.

9
״וְיָקָר״ — אֵלּוּ תְּפִלִּין, וְכֵן הוּא אוֹמֵר: ״וְרָאוּ כָּל עַמֵּי הָאָרֶץ כִּי שֵׁם ה׳ נִקְרָא עָלֶיךָ וְיָרְאוּ מִמֶּךָּ״, וְתַנְיָא, רַבִּי אֱלִיעֶזֶר הַגָּדוֹל אוֹמֵר: אֵלּוּ תְּפִלִּין שֶׁבָּרֹאשׁ.

« Et honneur » (vikar), ce sont les tefilin, et de même il est dit : « et tous les peuples de la terre verront que le nom de ה' est proclamé sur toi, et ils te craindront » ; et il a été enseigné dans une baraita : Rabbi Eliezer le Grand dit — ce sont les tefilin de la tête.

💡 Explication

Le quatrième terme est établi par un verset où le regard des nations est lié à un signe visible porte sur Israël. La baraita précise lequel : les tefilin chel roch, seuls apparents, alors que ceux du bras sont couverts.

10
״וְאֵת פַּרְשַׁנְדָּתָא וְגוֹ׳ עֲשֶׂרֶת בְּנֵי הָמָן״. אָמַר רַב אַדָּא דְּמִן יָפוֹ: ״עֲשֶׂרֶת בְּנֵי הָמָן״ וְ״עֲשֶׂרֶת״ צָרִיךְ לְמֵמְרִינְהוּ בִּנְשִׁימָה אַחַת, מַאי טַעְמָא — כֻּולְּהוּ בַּהֲדֵי הֲדָדֵי נְפַקוּ נִשְׁמְתַייְהוּ. אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: וָיוֹ ד״וַיְזָתָא״ צָרִיךְ לְמִימְתְּחַהּ בִּזְקִיפָא כְּמֻורְדְּיָא דְלִבְרוּת. מַאי טַעְמָא — כֻּולְּהוּ בְּחַד זְקִיפָא אִזְדְּקִיפוּ.

« Et Parchandata, etc., les dix fils de Haman. » Rav Ada de Yaffo dit : « les dix fils de Haman » et le mot « dix » doivent être prononcés en une seule respiration. Quelle en est la raison ?

Leurs âmes sont toutes sorties ensemble. Rabbi Yo'hanan dit : le vav de « Vayzata » doit être étiré droit comme la rame de Leverot.

Quelle en est la raison ? Ils ont tous été pendus à un seul poteau.

📜 Rachi (2)
עֲשֶׂרֶת בְּנֵי הָמָן וַעֲשֶׂרֶת הַזְכָּרַת שְׁמוֹתָן וְתֵיבָה הַסְּמוּכָה אַחֲרֵיהֶן כְּלוֹמַר נִשְׁמָתָן נָפְלוּ כְּאֶחָד:
« Les dix fils de Haman et dix » : la mention de leurs noms et du mot qui les suit immédiatement — c'est-à-dire que leurs âmes sont tombées ensemble.
זְקִיפָא פורק"א בְּלַעַז בְּצַד אֶחָד זֶה לְמַטָּה מִזֶּה:
« Zekifa » : « porqa » en langue vernaculaire, d'un seul côté, l'un au-dessous de l'autre.
🗂️ Tossefot (1)
צָרִיךְ לְאָומְרָן בִּנְשִׁימָה אַחַת נִרְאֶה דְּהַיְינוּ לְכַתְּחִילָּה אֲבָל בְּדִיעֲבַד יָצָא:
« Il faut les dire en une seule respiration » : il apparaît que cela vaut lekhathila (a priori), mais que bediavad (a posteriori) il s'est acquitté.
🪔 Ben Yehoyada (1)
וָי"ו דְּ'וַיְזָתָא' צָרִיךְ לְמִימְתְּחַהּ בִּזְקִיפָא כְּמֻורְדְּיָא דְלִבְרוּת. הָכִי אִיתָא בִּמְצִיעָא (בָּבָא מְצִיעָא פז.) וּפֵירֵשׁ הֶעָרוּךְ 'לְבָרוֹת' שֵׁם הַנָּהָר וְהוּא אֲגַם, כְּלוֹמַר צְרִיכָה ו' כְּמוֹ הַמָּשׁוֹט שֶׁל הַמַּלָּחִים שֶׁמַּנְהִיגִים בָּורְגִּיּוֹת בַּנָּהָר הַנִּקְרָא לְבָרוֹת עַד כָּאן לְשׁוֹנוֹ. וַאֲנִי אוֹמֵר זֶה הַמָּשׁוֹט שֶׁל הַנָּהָר הַנִּזְכָּר שֶׁהוּא אֲגַם שֶׁאֵינוֹ שָׁוֶה בְּקַרְקָעִיתוֹ שֶׁיֵּשׁ מָקוֹם עָמֹוק הַרְבֵּה וְיֵשׁ שֶׁאֵינוֹ עָמֹוק הַרְבֵּה וְיֵשׁ בָּזֶה כַּמָּה מַדְרֵגוֹת וּמֵאַחַר שֶׁהֵם רוֹצִים לֵידַע עֹומֶק כָּל מָקוֹם וּמָקוֹם בִּפְנֵי עַצְמוֹ, לְכָךְ עוֹשִׂין בַּמָּשׁוֹט הַהוּא רְשִׁימוֹת לְסִימָן שֶׁרוֹשְׁמִין לְאָרְכוּ כַּמָּה מִינֵי מַדְרֵגוֹת וּכְשֶׁיַּגִּיעַ הַמַּיִם עַד רֹושֶׁם זֶה יוֹדְעִין כָּךְ וְכָךְ עָומְקוֹ וּכְשֶׁיַּגִּיעַ לְרֹושֶׁם אַחֵר יֵדְעוּ כַּמָּה אָורְכּוֹ וְכֵן עָשׂוּ רְשִׁימוֹת בְּאוֹתוֹ עֵץ שֶׁל חֲמִשִּׁים לִתְלוֹת עֲשֶׂרֶת בְּנֵי הָמָן עָלָיו כְּדֵי שֶׁיִּשְׁתַּוּוּ בֵּינֵיהֶם חֵלֶק כְּחֵלֶק. וְהָא דְּנָפְקִי נִשְׁמְתַיְיהוּ בַּהֲדֵי הֲדָדֵי בְּנֵס הֲוָה, שֶׁרָצָה הַשֵּׁם יִתְבָּרַךְ לְדַמּוֹתָם לַעֲשָׂרָה קְלִיפִּין דְּנִתְלַבְּשׁוּ בָּהֶם, כִּי אוֹתָם שֶׁהֵם בְּרוּחָנִיּוּת נִסְתַּלֵּק כּוֹחָם בְּרֶגַע אֶחָד בַּהֲדֵי הֲדָדֵי.
« Le vav de « Vayzata » doit être étiré dressé comme la rame de Leverot. » Ainsi est-il rapporté dans Bava Metsia (87a). Le Aroukh explique que « Leverot » est le nom d'un fleuve, qui est un marais : c'est-à-dire que le vav doit être comme la rame des mariniers qui conduisent des embarcations sur le fleuve nommé Leverot. Fin de ses termes. Et je dis : cette rame du fleuve mentionné, qui est un marais dont le fond n'est pas égal, où il y a des endroits très profonds et d'autres qui le sont moins, et cela selon plusieurs degrés ; puisqu'ils veulent connaître la profondeur de chaque endroit en particulier, on trace sur cette rame des marques en guise de repères, en inscrivant sur sa longueur les différents degrés : quand l'eau atteint telle marque, ils savent quelle en est la profondeur, et quand elle atteint une autre marque, ils en connaissent la mesure. De même on fit des marques sur cet arbre de cinquante coudées où l'on pendit les dix fils de Haman, afin que leurs parts fussent égales entre eux, chacune comme l'autre. Et que leurs âmes soient sorties toutes ensemble fut un miracle : Hachem, béni soit-Il, a voulu les rendre semblables aux dix kelipot (écorces) dont ils étaient revêtus, car pour celles qui relèvent du spirituel, leur force se retire en un seul instant, toutes ensemble.
⚖️ Rosh (1)
אָמַר רַבִּי אַבָּא דְּמִן יָפוֹ עֲשֶׂרֶת בְּנֵי הָמָן וַעֲשֶׂרֶת בָּעֵי לְמִימְּרֵינַן בִּנְשִׁימָה אַחַת מַאי טַעְמָא כֻּולְּהוּ בַּהֲדֵי הֲדָדֵי נָפֵיק נִשְׁמְתַייְהוּ אָמַר ר' יוֹנָה אָמַר ר' זֵירָא וָי"ו דְּוַיְזָתָא צָרִיךְ לְמִימַּתְחָה כִּי זְקָפָהּ מַאי טַעְמָא כֻּולְּהוּ בַּחֲדָא זְקִיפָא אִיזְדְּקִיפוּ. יֵשׁ מְפָרְשִׁים מוֹתֵחַ בִּקְרִיאָתָהּ וְיֵשׁ מְפָרְשִׁים בִּכְתִיבָתָהּ וְהִיא מֵאַלְפָא בֵּיתָא שֶׁל אוֹתִיּוֹת גְּדוֹלוֹת: אָמַר רַב חִינָּנָא בַּר פָּפָּא דָּרַשׁ ר' שֵׁילָא אִישׁ כְּפַר תְּמַרְתָּא כָּל הַשִּׁירוֹת כֻּולָּן אָרִיחַ עַל גַּבֵּי לְבֵינָה וּלְבֵינָה עַל גַּבֵּי אָרִיחַ חוּץ מִשִּׁירָה זוֹ שֶׁהִיא אָרִיחַ עַל גַּבֵּי אָרִיחַ וּלְבֵינָה עַל גַּבֵּי לְבֵינָה מַאי טַעְמָא אָמַר רַבִּי אֲבָהוּ שֶׁלֹּא תְּהֵא תְּקוּמָה לְמַפַּלְתָּן: 0הֲדַרַן עֲלָךְ מְגִילָּה נִקְרֵאת
« Rabbi Abba de Yaffo dit : « les dix fils de Haman » et « dix » doivent être prononcés en une seule respiration. Quelle en est la raison ? Leurs âmes sont toutes sorties ensemble. Rabbi Yona dit au nom de Rabbi Zeira : le vav de « Vayzata » doit être étiré comme un poteau dressé. Quelle en est la raison ? Ils ont tous été pendus à un seul poteau. » Certains expliquent qu'on l'étire dans la lecture, et d'autres qu'on l'étire dans l'écriture — elle appartient à l'alphabet des lettres grandes. « Rav Hinena bar Papa dit : Rabbi Chila, homme du village de Timrata, a exposé — tous les chants s'écrivent demi-brique sur brique entière et brique entière sur demi-brique, sauf ce chant-ci, qui est demi-brique sur demi-brique et brique entière sur brique entière. Quelle en est la raison ? Rabbi Abbahou dit : afin que leur chute n'ait pas de relèvement. » Hadran alakh Meguila nikret.
💡 Explication

Deux règles de lecture et d'écriture traduisent la simultanéité de la mort des dix fils. La première concerne le souffle du lecteur : les dix noms et le mot asseret forment une seule unité respiratoire. Tossefot en limite la portée — c'est une exigence lekhathila, et le lecteur qui a repris son souffle est quitte.

La seconde concerne la forme d'une lettre : le vav de Vayzata est allongé verticalement, comme le mât ou la rame d'une embarcation, pour figurer le poteau unique. Le Roch signale que les avis divergent sur le lieu de cet allongement, lecture ou écriture, et rattache ce vav à la liste des lettres écrites en grand format.

🖼️ Schéma
Un seul poteau, une seule respiration Le vav allongé de Vayzata les dix noms, en colonne plus le mot asseret Le souffle du lecteur Une inspiration, puis tout d'un trait jusqu'à asseret. Tossefot : bediavad, il est quitte.
Les deux exigences du segment : le vav dressé comme le poteau unique, et la lecture des dix noms en une seule respiration.
11
אָמַר רַבִּי חֲנִינָא בַּר פָּפָּא, דָּרֵשׁ רַבִּי שֵׁילָא אִישׁ כְּפַר תְּמַרְתָּא: כָּל הַשִּׁירוֹת כֻּולָּן נִכְתָּבוֹת אָרִיחַ עַל גַּבֵּי לְבֵינָה וּלְבֵינָה עַל גַּבֵּי אָרִיחַ —

Rabbi Hanina bar Papa dit : Rabbi Chila, homme du village de Timrata, a exposé — tous les chants, sans exception, s'écrivent demi-brique (ariah) sur brique entière (levena) et brique entière sur demi-brique —

📜 Rachi (2)
אָרִיחַ הוּא הַכְּתָב:
« Ariah » : c'est le texte écrit.
לְבֵינָה הוּא חָלָק שֶׁהוּא כִּפְלַייִם מִן הַכְּתָב וְהָאָרִיחַ חֲצִי לְבֵינָהּ:
« Levena » : c'est l'espace blanc, qui vaut le double du texte écrit ; et l'ariah est une demi-levena.
🪔 Ben Yehoyada (1)
כָּל הַשִּׁירוֹת כֻּלָּן נִכְתָּבוֹת אָרִיחַ עַל גַּבֵּי לְבֵנָה וּלְבֵנָה עַל גַּבֵּי אָרִיחַ, חוּץ מִשִּׁירָה זוֹ וּמַלְכֵי כְנַעַן (יְהוֹשֻׁעַ יב) , שֶׁאָרִיחַ עַל גַּבֵּי אָרִיחַ וּלְבֵנָה עַל גַּבֵּי לְבֵנָה. פֵּירוּשׁ שִׁירַת הַיָּם וְשִׁירַת דְּבוֹרָה. וְהִקְשָׁה פֶּתַח עֵינַיִם בְּשֵׁם רַבֵּינוּ יְשַׁעְיָה הַגָּדוֹל זַ"ל, וְהָא שִׁירַת דָּוִד אָרִיחַ עַל גַּבֵּי אָרִיחַ וּלְבֵנָה עַל גַּבֵּי לְבֵנָה? וְתֵירֵץ דְּאִין הָכִי נָמֵי עוֹשִׂין כֵּן שֶׁלֹּא כַּדִּין יְעֻויַּן שָׁם, וְהוּא דֹּוחַק גָּדוֹל. וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּשִׁירַת דָּוִד הַמֶּלֶךְ ע"ה הָיְתָה (שְׁמוּאֵל ב' כב, א) 'בַּיּוֹם הִצִּילוֹ מִכַּף כָּל אֹיְבָיו וּמִכַּף שָׁאוּל' כַּמְפֹורָשׁ שָׁם, וְהִנֵּה אוֹיְבָיו שֶׁהֵם דּוֹאֵג וְאֶחְתּוֹפַל לֹא הָיָה לָהֶם תְּקוּמָה שֶׁנִּטְרְדוּ מֵעוֹלָם הַזֶּה וּמֵעוֹלָם הַבָּא וְגַם שָׁאוּל הַמֶּלֶךְ ע"ה בְּעִנְיַן מַלְכוּתוֹ לֹא עָלְתָה לוֹ אֲרֻוכָּה שֶׁפָּסְקָה מִזַּרְעוֹ לְגַמְרֵי וְנִיתְּנָה לְדָוִד הַמֶּלֶךְ ע"ה וְלָכֵן נִכְתְּבָה אָרִיחַ עַל גַּבֵּי אָרִיחַ.
« Tous les chants, sans exception, s'écrivent demi-brique sur brique entière et brique entière sur demi-brique, sauf ce chant-ci et celui des rois de Canaan (Yehochoua 12), qui s'écrivent demi-brique sur demi-brique et brique entière sur brique entière. » Il s'agit (pour les autres) du Chant de la mer et du Chant de Dévora. Le Petah Einayim a objecté au nom de Rabenou Yechaya le Grand, de mémoire bénie : le chant de David n'est-il pas écrit demi-brique sur demi-brique et brique entière sur brique entière ? Il a répondu qu'en effet on le fait ainsi, sans que ce soit conforme à la règle — vois-y ; et cela est fort forcé. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que le chant du roi David, que la paix soit sur lui, fut dit « le jour où Il le délivra de la main de tous ses ennemis et de la main de Chaoul » (Chmouel II 22,1), comme il y est expressément dit. Or ses ennemis, Doeg et Ahitofel, n'eurent pas de relèvement, ayant été bannis de ce monde et du monde à venir ; et le roi Chaoul, que la paix soit sur lui, quant à sa royauté, n'en connut pas de guérison, car elle cessa complètement pour sa descendance et fut donnée au roi David, que la paix soit sur lui. C'est pourquoi ce chant fut écrit demi-brique sur demi-brique.
💡 Explication

La michna du scribe est ici énoncée en termes de maçonnerie. Ariah désigne la demi-brique, levena la brique entière ; Rachi convertit l'image en termes de page : l'ariah est le bloc de texte, la levena le blanc, deux fois plus large.

La règle générale produit un appareil croisé, où chaque bloc de texte repose sur du blanc. C'est la disposition classique de la Chirat hayam et du chant de Dévora. La phrase reste suspendue et son exception vient au segment suivant.

12
חוּץ מִשִּׁירָה זוֹ וּמַלְכֵי כְנַעַן, שֶׁאָרִיחַ עַל גַּבֵּי אָרִיחַ וּלְבֵינָה עַל גַּבֵּי לְבֵינָה. מַאי טַעְמָא — שֶׁלֹּא תְּהֵא תְּקוּמָה לְמַפַּלְתָּן.

— sauf ce chant-ci et celui des rois de Canaan, qui s'écrivent demi-brique sur demi-brique et brique entière sur brique entière. Quelle en est la raison ?

Afin que leur chute n'ait pas de relèvement.

📜 Rachi (1)
שֶׁלֹּא תְּהֵא לָהֶם תְּקוּמָה שֶׁלֹּא יְהֵא לָהֶם מָקוֹם לְהַרְחִיב צְעָדָיו תַּחְתָּיו:
« Afin qu'ils n'aient pas de relèvement » : qu'ils n'aient pas de lieu où élargir leurs pas sous eux.
💡 Explication

L'exception est une règle de construction retournée. Un mur dont les joints sont alignés verticalement ne tient pas ; la mise en page des dix fils de Haman et des trente et un rois de Canaan reproduit cette faiblesse dans la colonne du parchemin.

Rachi précise l'image autrement : l'absence de tekouma signifie l'absence d'appui pour se redresser. La forme du texte porte donc elle-même un énoncé sur le sort de ceux qu'il nomme.

🖼️ Schéma
Deux façons de bâtir une colonne de chant Rachi : l'ariah (bleu ou rouge) est le texte ; la levena (blanc) est l'espace, deux fois plus large. Règle générale : joints décalés Le mur tient : chaque bloc chevauche le joint du dessous. Exception : joints alignés Un joint continu traverse toute la hauteur : le mur ne se relève pas.
La règle générale d'écriture des chants et l'exception appliquée aux fils de Haman et aux rois de Canaan.
13
״וַיֹּאמֶר הַמֶּלֶךְ לְאֶסְתֵּר הַמַּלְכָּה בְּשׁוּשַׁן הַבִּירָה הָרְגוּ הַיְּהוּדִים״. אָמַר רַבִּי אָבָהוּ: מְלַמֵּד שֶׁבָּא מַלְאָךְ וּסְטָרוֹ עַל פִּיו.

« Et le roi dit à la reine Esther : à Chouchan la capitale les Juifs ont tué... » Rabbi Abbahou dit : cela enseigne qu'un ange vint et le gifla sur la bouche.

📜 Rachi (1)
מְלַמֵּד שֶׁבָּא מַלְאָךְ כּוּ' שֶׁהֲרֵי הִתְחִיל לְדַבֵּר בִּלְשׁוֹן כַּעַס וְסוֹפוֹ אָמַר מַה שְׁאֵלָתְךָ:
« Cela enseigne qu'un ange vint, etc. » : car il a commencé à parler sur un ton de colère, et il a fini par dire « quelle est ta demande ? ».
🪔 Ben Yehoyada (1)
(אֶסְתֵּר ט יב) 'וַיֹּאמֶר הַמֶּלֶךְ לְאֶסְתֵּר הַמַּלְכָּה בְּשׁוּשַׁן הַבִּירָה הָרְגוּ הַיְּהוּדִים וְאַבֵּד חֲמֵשׁ מֵאוֹת אִישׁ' מְלַמֵּד שֶׁבָּא מַלְאָךְ וּסְטָרוֹ עַל פִּיו. יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת סְטִירָה מוֹרֶה עַל מְנִיעַת דָּבָר וְכָאן מַה מָנַע מִמֶּנּוּ? וְנִרְאֶה לִי בס"ד כִּי הוּא רָצָה לוֹמַר 'וְאַבֵּד חֲמֵשׁ מֵאוֹת אִישׁ?' בִּלְשׁוֹן תֵּימַהּ וְכָעַס רוֹצֶה לוֹמַר לֹא דַּי שֶׁהָרְגוּ אֶלָּא עָשׂוּ בָּהֶם אִיבּוּד לְאַבֵּד גּוּפָם בְּנִיוּוּל וְגַם לְאַבֵּד מָמוֹנָם וּבָא מַלְאָךְ וּסְטָרוֹ עַל פִּיו וְהוֹצִיא דְּבָרִים אֵלּוּ בְּנִיחוּתָא וּבְרָצוֹן, שֶׁאֵינוֹ מִתְכַּעֵס וְקוֹרֵא תַּגָּר עֲלֵיהֶם בָּזֶה אֶלָּא אַדְּרַבָּה נִרְאֶה נָח לוֹ בְּכָךְ.
« « Et le roi dit à la reine Esther : à Chouchan la capitale les Juifs ont tué et fait périr cinq cents hommes » (Esther 9,12) — cela enseigne qu'un ange vint et le gifla sur la bouche. » Il y a lieu d'objecter : la gifle indique l'empêchement d'une chose, et ici, que lui a-t-on empêché ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il voulait dire « et ils ont fait périr cinq cents hommes ? » sur le mode de l'étonnement et de la colère, c'est-à-dire : il ne leur a pas suffi de tuer, ils les ont encore fait périr, détruisant leurs corps dans l'outrage et détruisant aussi leurs biens. Un ange vint alors et le gifla sur la bouche, et ces paroles sortirent sur un ton paisible et bienveillant : il ne s'emportait pas et ne portait pas plainte contre eux, mais paraissait au contraire y trouver son aise.
💡 Explication

La derasha explique une rupture de ton à l'intérieur d'un même verset. Le roi commence par un reproche sur l'ampleur de la tuerie et achève en proposant à Esther une nouvelle faveur. La gifle de l'ange rend compte du changement : la phrase est interrompue en cours de route.

Le Ben Yehoyada précise ce qui a été empêché : le mot veabed (et ils ont fait périr) devait être une accusation supplémentaire, et il est sorti sur un ton neutre.

14
״וּבְבֹאָהּ לִפְנֵי הַמֶּלֶךְ אָמַר עִם הַסֵּפֶר״. ״אָמַר״ — ״אֲמָרָהּ״ מִיבְּעֵי לֵיהּ! אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן, אָמְרָה לוֹ: יֵאָמֵר בַּפֶּה מַה שֶּׁכָּתוּב בַּסֵּפֶר.

« Et lorsqu'elle vint devant le roi, il dit avec la lettre. » « Il dit » — il aurait fallu dire « elle dit » ! Rabbi Yo'hanan dit : elle lui dit — que soit dit de vive voix ce qui est écrit dans la lettre.

📜 Rachi (2)
עִם הַסֵּפֶר שֶׁתְּהֵא מְגִילָּה כְּתוּבָה לִפְנֵיהֶם בִּשְׁעַת קְרִיאָה:
« Avec la lettre » : que la meguila soit écrite devant eux au moment de la lecture.
הָכִי גָרְסִינַן אָמַר רַב נַחְמָן יֹאמַר בַּפֶּה מַה שֶׁנִּכְתַּב בַּסְּפָרִים וְלָא גָּרְסִינַן אָמְרָה לוֹ וְהָכִי פֵּירוּשָׁהּ סֵדֶר הַמִּקְרָאוֹת כָּךְ הוּא וְקִיבֵּל הַיְּהוּדִים אֵת אֲשֶׁר הֵחֵלּוּ לַעֲשׂוֹת כִּי הָמָן בֶּן הַמְּדָתָא הָאֲגָגִי וְגוֹ' וּבְבֹואָהּ לִפְנֵי הַמֶּלֶךְ אָמַר עִם הַסֵּפֶר וְגוֹ' וּמָרְדְּכַי כָּתַב אֲלֵיהֶם שֶׁיַּעֲשׂוּ פּוּרִים כִּי הָמָן בִּיקֵּשׁ לְאַבְּדָם וּמַה שֶׁבָּאת אֶסְתֵּר לִפְנֵי הַמֶּלֶךְ [לְהִתְחַנֵּן לוֹ] כָּל זֶה יֹאמַר שָׁנָה בְּשָׁנָה:
Voici notre lecture : « Rav Nahman dit : que soit dit de vive voix ce qui est écrit dans les livres » — et nous ne lisons pas « elle lui dit ». Voici l'explication : l'ordre des versets est le suivant — « et les Juifs acceptèrent ce qu'ils avaient commencé à faire, car Haman fils de Hamedata l'Agaguite, etc. », « et lorsqu'elle vint devant le roi, il dit avec la lettre, etc. » ; et Mordekhai leur écrivit de faire Pourim, car Haman avait cherché à les perdre ; et ce qu'Esther vint devant le roi [pour l'implorer] : tout cela sera dit d'année en année.
🗂️ Tossefot (2)
אָמְרָה מִיבְּעֵי לֵיהּ דְּמַשְׁמַע דְּהָכִי קָאָמַר וּבָבוּאָה לִפְנֵי הַמֶּלֶךְ אָמְרָה לוֹ מִלְּבַד הַסֵּפֶר שֶׁעִמּוֹ לַעֲשׂוֹת וְלִשְׁלֹוחַ בְּכָל הַמְּדִינוֹת אָמְרָה לוֹ עוֹד יָשׁוּב מַחְשַׁבְתּוֹ הָרָעָה דְּכֵיוָן דְּקָאָמַר בְּבוֹאָהּ אָמַר מַשְׁמַע שֶׁיֵּשׁ לָנוּ לוֹמַר מַה שֶׁאָמְרָה:
« Il aurait fallu dire « elle dit » » : car cela indique qu'il faut comprendre ainsi — « et lorsqu'elle vint devant le roi, elle lui dit » : outre la lettre qui était avec lui, à exécuter et à envoyer dans toutes les provinces, elle lui dit encore « que revienne son dessein mauvais ». Car puisque le verset dit « lorsqu'elle vint... il dit », cela indique que nous devons rapporter ce qu'elle-même a dit.
הֲדַרַן עֲלָךְ מְגִילָּה נִקְרֵאת
Hadran alakh Meguila nikret.
💡 Explication

La difficulté est grammaticale : le sujet féminin de la proposition appelle un verbe féminin, or le verset porte amar, au masculin. Rabbi Yo'hanan résout en faisant du masculin le contenu de la demande d'Esther : que l'ordre soit aussi proclamé oralement.

Rachi rapporte une autre version, attribuée à Rav Nahman, où la phrase devient une règle de lecture de la meguila : ce qui est écrit doit être dit de vive voix chaque année. Sa première glose tire du mot im hasefer l'exigence d'un rouleau écrit présent devant le public. La glose de Tossefot qui suit — hadran alakh — marque la fin du premier chapitre, Meguila nikret.

15
״דִּבְרֵי שָׁלוֹם וֶאֱמֶת״. אָמַר רַבִּי תַּנְחוּם, וְאָמְרִי לַהּ אָמַר רַבִּי אַסִּי: מְלַמֵּד שֶׁצְּרִיכָה שִׂרְטוּט כַּאֲמִיתָּה שֶׁל תּוֹרָה.

« Des paroles de paix et de vérité. » Rabbi Tanhoum dit, et certains l'attribuent à Rabbi Assi : cela enseigne qu'elle requiert le sirtout (la réglure) comme l'authentique de la Torah.

📜 Rachi (1)
כַּאֲמִיתָּהּ שֶׁל תּוֹרָה כְּסֵפֶר תּוֹרָה עַצְמוֹ שִׂרְטוּט הֲלָכָה לְמֹשֶׁה מִסִּינַי:
« Comme l'authentique de la Torah » : comme le sefer Torah lui-même ; le sirtout est une halakha transmise à Moche au Sinaï.
⚖️ Rosh (1)
הָיָה כּוֹתְבָהּ אוֹקֵימְנָא דְּמַנַּח מְגִילָּה קַמֵּיהּ וְקָרֵי פְּסוּקָא פְּסוּקָא בִּמְגִילְּתָא דְּמַנַּח קַמֵּיהּ וְכָתַב לָהּ דַּאֲפִילּוּ לָמֶ"ד מֵאִישׁ יְהוּדִי צְרִיכָה שֶׁתְּהֵא כְּתוּבָה כֻּולָּהּ וקי"ל כַּר' יוֹחָנָן דְּאָמַר אָסוּר לִכְתֹּוב אֲפִילּוּ אוֹת אַחַת שֶׁלֹּא מִן הַכְּתָב חוּץ מִן הַתְּפִילִּין וּמְזוּזוֹת דְּאָמְרִינַן אַבַּיֵּי שְׁרָא לְהוּ לִדְבֵי בַּר חָבוּ לְמִיכְתַּב תְּפִילִּין וּמְזוּזוֹת שֶׁלֹּא מִן הַכְּתָב כְּמַאן כִּי הַאי תַּנָּא דְּתַנְיָא רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר מִשּׁוּם רַבֵּינוּ תְּפִילִּין וּמְזוּזוֹת נִכְתָּבוֹת שֶׁלֹּא מִן הַכְּתָב וְאֵין צְרִיכִין שִׂרְטוּט וְהִלְכְתָא מְזוּזוֹת צְרִיכִין שִׂרְטוּט וּתְפִילִּין אֵין צְרִיכִין שִׂרְטוּט וְאִידִי וְאִידִי נִכְתָּבִין שֶׁלֹּא מִן הַכְּתָב מַאי טַעְמָא מִיגְרָס גְּרִיסָן. וְצָרִיךְ לְשַׂרְטוּטָא לִמְגִילְּתָא דְּאָמַר רַבִּי חִייָּא בַּר אָבִין אָמַר רַבִּי אַסִּי (לְעֵיל מְגִילָּה דַּף טז:) דִּבְרֵי שָׁלוֹם וֶאֱמֶת מְלַמֵּד שֶׁמְּגִילָּה צְרִיכָה שִׂרְטוּט כַּאֲמִתָּה שֶׁל תּוֹרָה. גָּרְסִינַן בְּפֶרֶק קַמָּא דְּגִיטִּין (דַּף ז.) שְׁלַח לֵיהּ מָר עֻוקְבָא לֵר' אֶלְעָזָר בְּנֵי אָדָם הָעוֹמְדִים עָלַי וּבְיָדִי לְמָוסְרָם לַמַּלְכוּת מַהוּ שִׂרְטֵט וְכָתַב לֵיהּ קְרָא אֶשְׁמְרָה דְרָכַי מֵחֲטוֹא בִלְשׁוֹנִי אֶשְׁמְרָה לְפִי מַחְסוֹם בְּעֹוד רָשָׁע לְנֶגְדִּי אע"פ שֶׁרָשָׁע לְנֶגְדִּי אֶשְׁמְרָה לְפִי מַחְסוֹם שָׁלַח לֵיהּ קָמְצַעֲרִי לִי טוּבָא וְלָא מָצֵינָא דְּאֵיקוּם בְּהוּ שְׁלַח לֵיהּ דּוֹם לַה' וְהִתְחוֹלֵל לוֹ דֹּום לַה' וְהוּא יַפִּילֵם לְפָנֶיךָ חֲלָלִים חֲלָלִים הַשְׁכֵּם וְהַעֲרֵב לְבֵית הַמִּדְרָשׁ וְהֵם כָּלִים מֵאֲלֵיהֶם א"ר יִצְחָק (שָׁם ו:) שְׁתַּיִם כּוֹתְבִין בְּלֹא שִׂרְטוּט שָׁלֹשׁ אֵין כּוֹתְבִין . בה"ג פָּסַק כַּר' יִצְחָק אע"ג דִּפְלִיג אַמַּתְנִיתִין יוֹדֵעַ הָיָה שֶׁאֵינָהּ עִיקָּר. רַבֵּינוּ תָּם הָיָה אוֹמֵר דַּוְקָא שֶׁמִּתְכַּוֵּין לִכְתֹּוב הַפָּסוּק בִּדְרָשָׁא כִּי הַךְ דְּרַבִּי אֶלְעָזָר אֲבָל הַכּוֹתֵב אִגְּרוֹת שְׁלוֹמִים לַחֲבֵירוֹ וְכוֹתֵב לְשׁוֹן הַמִּקְרָא לְדַבֵּר צַחוּת מֻותָּר לִכְתֹּוב כַּמָּה תֵּיבוֹת בְּלֹא שִׂרְטוּט וְכֵן כָּתַב רִיבָ"א בְּשֵׁם רַבֵּינוּ אֵלִיָּהוּ זַ"ל וּקְצָת מַשְׁמַע בִּירוּשַׁלְמִי פֶּרֶק בָּתְרָא דִּמְכִילְתִּין (בְּפֶרֶק בְּנֵי הָעִיר ה"ב) דְּאָסוּר דְּקָאָמְרִינַן הָתָם מַהוּ לְמִיכְתַּב תַּרְתֵּי תְּלָת מִילֵּי מִפְּסוּקָא מַייְתֵי הָתָם ר' מְנָא שָׁלַח כְּתָב לֵר' אוֹשַׁעְיָא רֵאשִׁיתְךָ מִצַּעַר הָיָה מְאֹד יִשְׁגֶּה אַחֲרִיתְךָ מַשְׁמַע שֶׁהָיָה כּוֹתֵב אִגְּרוֹת שְׁלוֹמִים וְלֹא לִדְרָשָׁה וְאַפֵּי' הָכִי הָיָה מְהַפֵּךְ הַתֵּיבוֹת כְּדֵי שֶׁלֹּא לִכְתֹּוב הַמִּקְרָא כַּסֵּדֶר וּמִיהוּ מֵבִיא שָׁם כַּמָּה דְּבָרִים אֲחֵרִים שֶׁנִּרְאֶה שֶׁהָיוּ כּוֹתְבִין לִדְרָשָׁה דְּקָאָמַר הָתָם מַר עוּקְבָא שָׁלַח לֵיהּ לְרֵישׁ גָּלוּתָא דַּהֲוָה דָּמֵיךְ וְקָאֵים בְּזִמְרָא פֵּירוּשׁ בְּשָׁכְבוֹ וּבְקוּמוֹ הָיוּ מְזַמְּרִין לְפָנָיו וְשָׁלַח לֵיהּ יִשְׂרָאֵל אַל תִּשְׂמַח בָּעַמִּים אֶל גִּיל ר' יִרְמְיָה שָׁלַח לֵיהּ לְרַבִּי יוּדָן לִשְׂנֹוא אֶת אֹוהֲבֶיךָ וְלֶאֱהֹוב אֶת שׂוֹנְאֶיךָ. וְהָא דְּאָמְרִי' לְעֵיל תְּפִילִּין אֵין צְרִיכִין שִׂרְטוּט פֵּירֵשׁ רַבֵּינוּ תָּם הַייְנוּ דְּלָא בָּעֵי שִׂרְטוּט בֵּין כָּל שִׁיטָה וְשִׁיטָה אֶלָּא עוֹשֶׂה שִׂרְטוּט אֶחָד לְמַעְלָה וְכוֹתֵב לְמַטָּה כַּמָּה שִׁיטִין הִלְכָּךְ אֲנִי אוֹמֵר הָא דְּאָמְרִינַן שָׁלֹשׁ אֵין כּוֹתְבִין הַייְנוּ בְּשִׁיטָה רִאשׁוֹנָה מִכָּאן וְאֵילָךְ הַשִּׁיטָה הָעֶלְיוֹנָה הָוֵי כְּמוֹ שִׂרְטוּט כִּי הֵיכִי דְּאָמְרִינַן הָכָא דְּאִם שִׂרְטֵט הָעֶלְיוֹנָה שׁוּב אֵין צָרִיךְ שִׂרְטוּט וְלֹא מִסְתַּבֵּר לְחַלֵּק דְּשָׁאנֵי הָכָא דְּכֵיוָן שֶׁהָרִאשׁוֹנָה מְשֻׂורְטֶטֶת נִכְתְּבָה בְּיֹושֶׁר הִלְכָּךְ הָוֵי כְּמוֹ שִׂרְטוּט לְאוֹתָהּ שֶׁתַּחְתֶּיהָ לְפִי שֶׁסְּתָם בְּנֵי אָדָם יוֹדְעִין לְאַמֵּן יְדֵיהֶם לִכְתֹּוב כָּל הַשִּׁיטָה בְּיֹושֶׁר בְּלֹא שִׂרְטוּט וְהָרַמְבַּ"ן כָּתַב דְּדַוְקָא בִּכְתָב אַשּׁוּרִית שֶׁכּוֹתְבִין תּוֹרָה נְבִיאִים וּכְתוּבִים הוּא דְּבָעֵי שִׂרְטוּט אֲבָל כְּתִיבָה שֶׁכּוֹתְבִין בָּהּ כְּתָבִים וּפֵירוּשִׁים לָא בָּעֵי שִׂרְטוּט וְלֹא רָאִיתִי לְרַבּוֹתַי נוֹהֲגִין כֵּן. דִּיפְתְּרָא דִּמְלִיחַ וּקְמִיחַ וְלָא עֲפִיץ וּקְלִפִּין שֶׁלָּנוּ אע"ג דְּלָא עֲפִיצִי תִּיקּוּן שֶׁלָּנוּ חָשׁוּב כְּמוֹ עֲפִיצִים שֶׁלָּהֶם וְהֶאֱרַכְתִּי בָּזֶה בְּהִלְכוֹת ס"ת (סִי' ד) נְיָיר מְחָקָא:
« S'il l'écrivait » : nous avons établi qu'il s'agit d'un cas où une meguila est posée devant lui, qu'il lit verset après verset dans la meguila posée devant lui et l'écrit ; car même selon celui qui dit (que l'on s'acquitte) à partir de « Ich yehoudi », il faut qu'elle soit écrite tout entière. Et nous tenons la halakha comme Rabbi Yo'hanan, qui dit qu'il est interdit d'écrire même une seule lettre sans copier d'un texte écrit, à l'exception des tefilin et des mezouzot, car nous disons : Abaye a permis à ceux de la maison de bar Habou d'écrire les tefilin et les mezouzot sans copier. Selon qui ? Selon ce tana, car il a été enseigné : Rabbi Yehouda dit au nom de notre maître — les tefilin et les mezouzot s'écrivent sans copier d'un texte et ne requièrent pas le sirtout. Et la halakha est : les mezouzot requièrent le sirtout, les tefilin ne le requièrent pas, et les uns comme les autres s'écrivent sans copier. Quelle en est la raison ? Parce qu'ils sont su par cœur. Et la meguila requiert le sirtout, car Rabbi Hiya bar Avin a dit au nom de Rabbi Assi (plus haut, Meguila 16b) : « des paroles de paix et de vérité » — cela enseigne que la meguila requiert le sirtout comme l'authentique de la Torah. Nous apprenons au premier chapitre de Guitin (7a) : Mar Oukva envoya à Rabbi Elazar — des gens se dressent contre moi et il est en mon pouvoir de les livrer au pouvoir royal, que faire ? Il tira des lignes (sirtout) et lui écrivit ce verset : « Je garderai mes voies de pécher par ma langue, je garderai un bâillon à ma bouche tant que le méchant est devant moi » — même si le méchant est devant moi, je garderai un bâillon à ma bouche. Il lui envoya : ils me font beaucoup souffrir et je ne puis tenir devant eux. Il lui envoya : « Tais-toi devant ה' et espère en Lui » — tais-toi devant ה' et Il les fera tomber devant toi, transpercés, transpercés ; lève-toi tôt et rentre tard à la maison d'étude, et ils disparaîtront d'eux-mêmes. Rabbi Yitzhak a dit (ibid. 6b) : deux (mots), on les écrit sans sirtout ; trois, on ne les écrit pas. Les Halakhot Guedolot ont tranché comme Rabbi Yitzhak, bien qu'il s'oppose à la michna : il savait qu'elle n'est pas l'essentiel. Rabénou Tam disait que cela vaut précisément lorsqu'on a l'intention d'écrire le verset en tant que derasha, comme dans le cas de Rabbi Elazar ; mais celui qui écrit des lettres de salutations à son ami et y emploie le langage de l'Écriture pour l'élégance du style, il lui est permis d'écrire plusieurs mots sans sirtout. Ainsi a écrit le Riva au nom de Rabénou Eliyahou, de mémoire bénie. Il ressort quelque peu du Yerouchalmi, au dernier chapitre de notre traité (chapitre Bnei Ha'ir, halakha 2), que c'est interdit, car on y demande : peut-on écrire deux ou trois mots d'un verset ? On y rapporte que Rabbi Mana envoya un écrit à Rabbi Ochaya — « ton commencement fut bien petit, et ton avenir grandira beaucoup » — ce qui indique qu'il écrivait des lettres de salutations et non pour une derasha, et pourtant il inversait les mots afin de ne pas écrire le verset dans son ordre. Toutefois on y rapporte plusieurs autres cas où il apparaît qu'ils écrivaient pour une derasha, car on y dit : Mar Oukva envoya au Rech Galouta, qui se couchait et se levait au son des chants — c'est-à-dire qu'à son coucher et à son lever on chantait devant lui — et il lui envoya : « Israël, ne te réjouis pas jusqu'à l'allégresse comme les peuples » ; Rabbi Yirmeya envoya à Rabbi Youdan : « haïr ceux qui t'aiment et aimer ceux qui te haïssent ». Et ce que nous avons dit plus haut, que les tefilin ne requièrent pas le sirtout, Rabénou Tam l'a expliqué ainsi : il n'est pas besoin de sirtout entre chaque ligne, mais on trace un seul sirtout en haut et on écrit en dessous plusieurs lignes. Dès lors je dis : ce que nous avons dit, « trois, on ne les écrit pas », ne concerne que la première ligne ; à partir de là, la ligne supérieure tient lieu de sirtout, de même que nous disons ici que si l'on a règle la ligne supérieure on n'a plus besoin de sirtout. Et il n'est pas raisonnable de distinguer en disant qu'ici c'est différent, puisque la première ligne, étant réglée, a été écrite droit et tient donc lieu de sirtout pour celle qui est en dessous, parce que les gens en général savent exercer leur main à écrire toute la ligne droit sans sirtout. Le Ramban a écrit que seule l'écriture assyrienne (ketav achourit), dans laquelle on écrit la Torah, les Prophètes et les Écrits, requiert le sirtout, tandis que l'écriture dont on se sert pour les lettres et les commentaires ne le requiert pas ; et je n'ai pas vu mes maîtres se conduire ainsi. « Diftera » : peau salée et traitée à la farine mais non au galle (afatz) ; et quant à nos parchemins, bien qu'ils ne soient pas traités au galle, notre préparation est considérée comme équivalente au traitement au galle des leurs — et je me suis étendu là-dessus dans les Hilkhot Sefer Torah (siman 4). « Nayar » : c'est le mahaka.
💡 Explication

Le couple chalom veemet est lu comme une comparaison de statut : la meguila réclame le même traitement matériel qu'un texte de Torah. Le sirtout est le trait gravé sur le parchemin qui guide l'écriture ; Rachi rappelle qu'il s'agit d'une halakha léMoche miSinaï.

Le Roch développe ici tout le dossier scribal : l'interdiction d'écrire de mémoire, l'exception des tefilin et des mezouzot, le seuil des deux ou trois mots qu'on peut écrire sans réglure, et la controverse sur les lettres ordinaires citant l'Écriture.

16
״וּמַאֲמַר אֶסְתֵּר קַיָּים״. ״מַאֲמַר אֶסְתֵּר״ — אִין, ״דִּבְרֵי הַצּוֹמוֹת״ — לֹא?! אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: ״דִּבְרֵי הַצּוֹמוֹת ... וּמַאֲמַר אֶסְתֵּר קַיֵּים (אֶת יְמֵי) הַפּוּרִים הָאֵלֶּה״.

« Et la parole d'Esther confirma. » La parole d'Esther, oui, mais « les paroles des jeûnes », non ?! Rabbi Yo'hanan dit : « les paroles des jeûnes... et la parole d'Esther confirmèrent (les jours de) ces Pourim ».

📜 Rachi (1)
דִּבְרֵי הַצּוֹמוֹת וְזַעֲקָתָם וּמַאֲמַר אֶסְתֵּר כָּךְ סְמוּכִים הַמִּקְרָאוֹת:
« Les paroles des jeûnes et leur cri, et la parole d'Esther » : ainsi les versets sont juxtaposés.
💡 Explication

L'objection porte sur une exclusion apparente : si seule la parole d'Esther a confirmé la fête, la part des jeûnes de pénitence serait écartée. Rabbi Yo'hanan supprime la coupure entre les deux versets et fait des deux expressions un sujet unique du même verbe.

Le procédé est courant dans la derasha : la lecture continue de versets voisins (semoukhim) modifie la syntaxe et donc le sens, comme Rachi le formule d'un mot.

17
״כִּי מָרְדֳּכַי הַיְּהוּדִי מִשְׁנֶה לַמֶּלֶךְ אֲחַשְׁוֵרוֹשׁ וְגָדוֹל לַיְּהוּדִים וְרָצוּי לְרֹוב אֶחָיו״. ״לְרֹוב אֶחָיו״, וְלֹא לְכָל אֶחָיו. מְלַמֵּד שֶׁפֵּירְשׁוּ מִמֶּנּוּ מִקְצָת סַנְהֶדְרִין.

« Car Mordekhai le Juif était second du roi Ahachveroch, grand parmi les Juifs et agréé de la majorité de ses frères. » « De la majorité de ses frères », et non de tous ses frères : cela enseigne qu'une partie du Sanhédrin s'est séparée de lui.

📜 Rachi (1)
שֶׁפֵּירְשׁוּ מִמֶּנּוּ לְפִי שֶׁבָּטַל מִדִּבְרֵי תּוֹרָה וְנִכְנַס לִשְׂרָרָה:
« Qu'ils se sont séparés de lui » : parce qu'il s'est désisté des paroles de Torah et est entré dans la charge publique.
💡 Explication

La derasha exploite un mot de restriction : le verset écrit lerov éhav, la majorité, la où il aurait pu écrire « tous ». Cette réserve du texte est lue comme le signe d'une désapprobation réelle parmi les Sages.

Rachi en donne le motif : le service public a coûté à Mordekhai son temps d'étude. Le segment prépare directement les trois énoncés suivants sur la primauté du talmoud Torah.

18
אָמַר רַב יוֹסֵף: גָּדוֹל תַּלְמוּד תּוֹרָה יוֹתֵר מֵהַצָּלַת נְפָשׁוֹת, דְּמֵעִיקָּרָא חָשֵׁיב לֵיהּ לְמָרְדֳּכַי בָּתַר אַרְבְּעָה, וּלְבַסּוֹף בָּתַר חֲמִשָּׁה. מֵעִיקָּרָא כְּתִיב: ״אֲשֶׁר בָּאוּ עִם זְרֻובָּבֶל יֵשׁוּעַ נְחֶמְיָה שְׂרָיָה רְעֵלָיָה מָרְדֳּכַי בִּלְשָׁן״, וּלְבַסּוֹף כְּתִיב: ״הַבָּאִים עִם זְרֻובָּבֶל יֵשׁוּעַ נְחֶמְיָה עֲזַרְיָה רַעַמְיָה נַחֲמָנִי מָרְדֳּכַי בִּלְשָׁן״.

Rav Yossef dit : l'étude de la Torah est plus grande que le sauvetage des vies, car au départ Mordekhai était compté après quatre, et à la fin après cinq. Au départ il est écrit : « ceux qui vinrent avec Zéroubavel, Yéchoua, Nehemia, Seraya, Réélaya, Mordekhai, Bilchan » ; et à la fin il est écrit : « ceux qui vinrent avec Zéroubavel, Yéchoua, Nehemia, Azarya, Raamya, Nahmani, Mordekhai, Bilchan ».

📜 Rachi (1)
מֵעִיקָּרָא בִּימֵי כּוֹרֶשׁ כְּשֶׁעָלָה (עִם) זְרֻובָּבֶל מִן הַגּוֹלָה וּמָרְדְּכַי עִמּוֹ וְנִמְנוּ בְּסֵפֶר עֶזְרָא כ"ד שָׁנָה הָיָה בֵּין מִנְיָן לְמִנְיָן בִּימֵי כּוֹרֶשׁ לְדָרְיָוֶשׁ הָאַחֲרוֹן וּלְפִי שֶׁנַּעֲשָׂה מָרְדְּכַי שַׂר בֵּינְתַיִם יָרַד מֵחֲשִׁיבוּתוֹ אֵצֶל חֲכָמִים:
« Au départ » : aux jours de Cyrus, lorsque Zéroubavel monta de l'exil, Mordekhai avec lui, et qu'ils furent dénombrés dans le livre d'Ezra. Il y eut vingt-quatre ans entre un dénombrement et l'autre, des jours de Cyrus à ceux de Darius le dernier ; et puisque Mordekhai était devenu ministre dans l'intervalle, il perdit de son importance auprès des Sages.
🪔 Ben Yehoyada (1)
גָּדוֹל תַּלְמוּד תּוֹרָה יוֹתֵר מֵהַצָּלַת נְפָשׁוֹת. הִקְשָׁה הָרִי"ף לָמָּה לֹא דִּייֵּק זֶה מִדִּכְתִיב (אֶסְתֵּר י, ג) 'לְרַב אָחִיו' וְלָא כְּתִיב 'לְכָל אֶחָיו' יְעֻויַּן שָׁם, וְתֵירוּצוֹ דָּחוּק מְאֹד. וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּמֵעִיקָּרָא קֻושְׁיָא לֵיתָא דְּמִשָּׁם אִיכָּא לְמֵילַף לְהֵיפֶךְ, יַעַן דְּקָאָמַר הַמִּיעוּט הוּא דְּפֵרְשׁוּ אֲבָל הָרֹוב לָא סְבִירָא לֵיהּ הָכִי וְיָלְפִינַן מִסְּבָרַת הָרַבִּים וְאֵיךְ יָלְפִינַן מִדַּעַת הַמִּיעוּט לְהָכִי מַייְתֵי מִקְּרָאֵי דְּנִכְתָּבִים בְּרוּחַ הַקֹּודֶשׁ וְדָייְקִינַן מִנַּייְהוּ שַׁפִּיר דְּהָא רוּחַ הַקֹּודֶשׁ הִסְכִּימָה גַּם כֵּן כִּסְבָרַת הַמִּיעוּט. וְעוֹד נִרְאֶה לִי דְּמִכָּאן אִיכָּא הוֹכָחָה טְפֵי דְּאַף עַל גַּב דְּעָלָה לְאֶרֶץ יִשְׂרָאֵל וְעָזַב הַשְּׂרָרָה, עִם כָּל זֶה מְנָאוֹ אַחַר חֲמִשָּׁה. וְדַע דְּהָא דְּקָאָמַר יוֹתֵר מֵהַצָּלַת נְפָשׁוֹת לָאו הַצָּלַת נְפָשׁוֹת בְּוַדַּאי מַמָּשׁ דְּהָא וַדַּאי אֵין דָּבָר עוֹמֵד בִּפְנֵי פִּקּוּחַ נֶפֶשׁ, אַךְ הַכַּוָּנָה עַל סָפֵק הַצָּלַת נְפָשׁוֹת דְּהָא מָרְדְּכַי הַצַּדִּיק ע"ה תָּפַס הַמַּלְכוּת אַחַר שֶׁכְּבָר נִיצּוּלוֹ יִשְׂרָאֵל וְנַעֲשָׂה הַנֵּס, וְרַק אָמַר שֶׁמָּא יָבוֹא לְיָדוֹ דְּבַר הַצָּלַת נְפָשׁוֹת מִכָּאן וּלְהַבָּא.
« L'étude de la Torah est plus grande que le sauvetage des vies. » Le Rif a objecté : pourquoi n'a-t-on pas déduit cela de ce qu'il est écrit « à la majorité de ses frères » (Esther 10,3) et non « à tous ses frères » ? Vois-y ; et sa réponse est très forcée. Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'à l'origine la question ne se pose pas, car de là on pourrait déduire l'inverse : puisque le texte dit que c'est la minorité qui s'est séparée, tandis que la majorité n'était pas de cet avis, et que l'on apprend d'après le raisonnement du grand nombre, comment apprendrait-on de l'avis de la minorité ? C'est pourquoi il apporte des versets écrits par l'esprit saint (roua'h hakodech), dont on déduit à bon droit, car l'esprit saint s'est accordé lui aussi avec le raisonnement de la minorité. Il me semble en outre qu'il y a là une preuve plus forte : bien qu'il fut monté en Terre d'Israël et eut abandonné la charge, on l'a malgré tout compté après cinq. Et sache que ce qui est dit « plus que le sauvetage des vies » ne vise pas un sauvetage de vies certain et effectif, car il est certain que rien ne tient devant le pikoua'h nefech ; l'intention porte sur un sauvetage de vies incertain, car Mordekhai le juste, que la paix soit sur lui, s'est emparé du pouvoir après qu'Israël eut déjà été sauvé et que le miracle eut été accompli — on dit seulement que peut-être une occasion de sauver des vies se présenterait à lui à l'avenir.
💡 Explication

La preuve est statistique et repose sur la comparaison de deux listes parallèles, Ezra 2,2 et Nehemia 7,7. Mordekhai y occupe le même emploi, mais le nombre de noms qui le précèdent passe de quatre à cinq : il a reculé d'un rang.

Rachi date l'intervalle à vingt-quatre ans et identifie la cause du recul dans l'entrée de Mordekhai dans la serara, la charge publique. Le Ben Yehoyada limite ensuite la portée de l'énoncé : devant un pikoua'h nefech avéré, la règle ne s'applique pas.

🖼️ Schéma
Un rang perdu entre deux listes Ezra 2,2 — au départ 1. Zéroubavel 2. Yéchoua 3. Nehemia 4. Seraya 5. Réélaya 6. MORDEKHAÏ 7. Bilchan Nehemia 7,7 — à la fin 1. Zéroubavel 2. Yéchoua 3. Nehemia 4. Azarya 5. Raamya 6. Nahmani 7. MORDEKHAÏ 8. Bilchan .
Les deux dénombrements des chefs revenus de l'exil : Mordekhai recule du sixième au septième rang.
19
אָמַר רַב וְאִיתֵּימָא רַב שְׁמוּאֵל בַּר מָרְתָּא: גָּדוֹל תַּלְמוּד תּוֹרָה יוֹתֵר מִבִּנְיַן בֵּית הַמִּקְדָּשׁ, שֶׁכָּל זְמַן שֶׁבָּרוּךְ בֶּן נֵרִיָּה קַיָּים — לֹא הִנִּיחוֹ עֶזְרָא וְעָלָה.

Rav dit, et certains l'attribuent à Rav Chmouel bar Marta : l'étude de la Torah est plus grande que la construction du Temple, car tant que Baroukh ben Néria était en vie, Ezra ne le quitta pas pour monter.

📜 Rachi (1)
שֶׁכָּל זְמַן שֶׁבָּרוּךְ בֶּן נֵרִיָּה קַיָּים לֹא הִנִּיחוֹ עֶזְרָא וְעָלָה שֶׁיֵּשׁ לְךָ לִתְמֹוהַּ לָמָּה לֹא עָלָה עֶזְרָא עִם זְרֻובָּבֶל בִּימֵי כּוֹרֶשׁ עַד הַשָּׁנָה הַשְּׁבִיעִית לְדָרְיָוֶשׁ הָאַחֲרוֹן לְאַחַר שֶׁנִּבְנָה הַבַּיִת כְּמוֹ שֶׁכָּתוּב בְּעֶזְרָא וַיָּבֹא יְרוּשָׁלִַם בַּחֹדֶשׁ הַחֲמִישִׁי הִיא שְׁנַת הַשְּׁבִיעִית לַמֶּלֶךְ וְגוֹ' (עֶזְרָא ז׳:ח׳) וּבַמִּדְרָשׁ שֶׁהָיָה לוֹמֵד תּוֹרָה מִפִּי בָּרוּךְ בֶּן נֵרִיָּה בְּבָבֶל וּבָרוּךְ לֹא עָלָה מִבָּבֶל וּמֵת שָׁם בְּתוֹךְ הַשָּׁנִים הַלָּלוּ וְדַאֲמָרָן לְעֵיל בָּרוּךְ נִתְנַבֵּא בִּשְׁנַת שְׁתַּיִם לְדָרְיָוֶשׁ בְּבָבֶל הָיָה מִתְנַבֵּא וְשׁוֹלֵחַ סְפָרִים לִירוּשָׁלַיִם:
« Tant que Baroukh ben Néria était en vie, Ezra ne le quitta pas pour monter » : tu dois t'étonner de ce qu'Ezra ne soit pas monté avec Zéroubavel aux jours de Cyrus, et ne soit monté que la septième année de Darius le dernier, après la construction du Temple, comme il est écrit dans Ezra : « et il vint à Jérusalem au cinquième mois, c'est la septième année du roi, etc. » (Ezra 7,8). Et il est dit dans le midrach qu'il étudiait la Torah de la bouche de Baroukh ben Néria à Babel, que Baroukh ne monta pas de Babel et y mourut durant ces années. Et ce que nous avons dit plus haut, que Baroukh prophétisa la deuxième année de Darius : c'est à Babel qu'il prophétisait, envoyant des écrits à Jérusalem.
💡 Explication

La preuve est biographique : Ezra, qui monta en Terre d'Israël pour rebâtir la vie religieuse, différa sa montée tant que son maître vivait à Babel. Le raisonnement suppose que ce délai était justifié et non fautif.

Rachi montre pourquoi le fait fait difficulté et pourquoi la réponse est nécessaire : Ezra n'est monté qu'après l'achèvement du Temple, ce que seul un motif supérieur peut expliquer.

20
אָמַר רַבָּה אָמַר רַב יִצְחָק בַּר שְׁמוּאֵל בַּר מָרְתָא: גָּדוֹל תַּלְמוּד תּוֹרָה יוֹתֵר מִכִּבּוּד אָב וָאֵם, שֶׁכָּל אוֹתָן שָׁנִים שֶׁהָיָה יַעֲקֹב אָבִינוּ בְּבֵית עֵבֶר לֹא נֶעֱנַשׁ, דְּאָמַר מַר:

Rabba dit au nom de Rav Yitzhak bar Chmouel bar Marta : l'étude de la Torah est plus grande que l'honneur du père et de la mère, car pendant toutes les années où Yaakov notre père se trouva dans la maison d'Ever il ne fut pas puni, ainsi que le Maître l'a dit :

📜 Rachi (1)
יַעֲקֹב לָמַד תּוֹרָה י"ד שָׁנָה בְּבֵית עָבַר כְּשֶׁפֵּירַשׁ מֵאָבִיו לָלֶכֶת לְחָרָן וְלֹא נֶעֱנַשׁ עֲלֵיהֶן עַל כִּיבּוּד אָבִיו וּבִשְׁאָר כָּל הַשָּׁנִים שֶׁנִּשְׁתַּהָה בְּבֵית לָבָן וּבַדֶּרֶךְ נֶעֱנַשׁ כְּדִמְפָרֵשׁ וְאָזֵיל:
« Yaakov étudia la Torah quatorze ans dans la maison d'Ever » : lorsqu'il quitta son père pour aller à Haran ; et il ne fut pas puni pour ces années au titre de l'honneur du père, tandis que pour toutes les autres années où il s'attarda dans la maison de Lavan et en chemin il fut puni, comme la suite l'explique.
💡 Explication

Le troisième énoncé suit le même modèle que les deux précédents : une valeur très haute, puis un homme qui l'a différée pour étudier sans encourir de sanction. Ici il s'agit de Yaakov, absent de chez ses parents pendant les quatorze années passées dans la maison d'Ever.

Rachi précise la clé du raisonnement : ces années-là sont exemptées, mais les années passées chez Lavan ont bien été sanctionnées. La différence entre les deux périodes fait toute la preuve. La phrase reste ouverte et se poursuit au folio 17a.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).