Megillah 17a — Les quatorze années cachées de Yaakov, puis l'ouverture du deuxième chapitre : lire la meguila dans l'ordre, dans la bonne langue et sur le bon support

Megillah 17a

Sougya : Le folio se partage en deux. Sa première moitié achève la digression aggadique du premier chapitre : pourquoi la Torah compte-t-elle les années d'Ichmael ?

Pour dater les années de Yaakov. Un calcul serré conduit Yaakov à cent seize ans à sa descente en Égypte, alors que le verset lui en fait déclarer cent trente.

L'écart de quatorze ans révèle les quatorze années passées cachées dans la maison de Ever, années dont il ne fut pas puni, comme le montre la symétrie des vingt-deux ans de séparation entre Yossef et son père ; restent deux années attardées en chemin, à Soukot et à Beth-El. La seconde moitié ouvre le chapitre « La meguila se lit » : la michna invalide la lecture à l'envers, la lecture par cœur, la lecture en traduction, ainsi que les encres et les supports non conformes.

La Guemara cherche la source de l'interdiction de lire à l'envers, écarte une première dérivation et la fonde sur le rapprochement entre « rappelés » et « accomplis », puis étend la règle au Hallel, au Chema et à la tefila.

La vie de Yaakov de la bénédiction à la descente en Égypte Frise reconstituée par le folio. Les âges portés au-dessus sont ceux de Yaakov. Maison d'Itshak 63 ans, jusqu'à la bénédiction Maison de Ever 14 ans, caché et à l'étude Maison de Lavan 20 ans de service En chemin 2 ans Pays de Canaan 31 ans 63 77 97 99 130 bénédiction au puits départ de chez Lavan Égypte Ce sont ces 14 ans que le calcul avait omis.
Les étapes de la vie de Yaakov entre soixante-trois et cent trente ans, telles que le folio les reconstitue.
Le calcul et sa contradiction : où sont passés quatorze ans ? Le calcul par les versets Yaakov béni par son père 63 + 14 ans de service pour Léa et Rahel +14 naissance de Yossef 77 + 30 ans : Yossef devant Pharaon +30 année de l'accession de Yossef 107 + 7 années d'abondance +7 + 2 années de famine +2 Âge à la descente en Égypte 116 Ce que dit Yaakov à Pharaon Les jours des années de mes séjours sont de cent trente ans. Âge déclaré 130 Écart : 130 moins 116 14 ans manquants dans le calcul Réponse : les 14 années passées cachées dans la maison de Ever Le calcul suppose que Yaakov est allé directement de chez son père chez Lavan. Le verset prouve qu'une étape a été omise.
Le calcul des versets donne cent seize ans, le verset en annonce cent trente : l'écart de quatorze ans est la clé du passage.
La michna : quelle lecture de la meguila acquitte de l'obligation ? Ne s'acquitte pas S'acquitte À l'envers (lemafrea) un passage lu avant celui qui le précède Par cœur sans lire dans un rouleau écrit En traduction ou en langue étrangère pour qui n'est pas locuteur de cette langue Écriture ou support non conformes sam, sikra, koumos, kankantom, neyar, diftera En écrivant ou en corrigeant sans kavana le cœur n'est pas dirigé vers l'obligation Lue en laaz pour des locuteurs de ce laaz chacun dans la langue qu'il parle Locuteur d'un laaz entendant l'achourit même sans comprendre les mots Par intermittences (sirougin), en somnolant les interruptions ne cassent pas la lecture En écrivant, expliquant, corrigeant avec kavana à condition d'avoir dirigé son cœur Achourit, sur le parchemin, à l'encre la norme du rouleau valide
Les deux colonnes de la michna d'ouverture du deuxième chapitre : lectures invalides à gauche, lectures valides à droite.
1
לָמָּה נִמְנוּ שְׁנוֹתָיו שֶׁל יִשְׁמָעֵאל? כְּדֵי לְיַחֵס בָּהֶן שְׁנוֹתָיו שֶׁל יַעֲקֹב. דִּכְתִיב: ״וְאֵלֶּה שְׁנֵי חַיֵּי יִשְׁמָעֵאל מְאַת שָׁנָה וּשְׁלֹשִׁים שָׁנָה וְשֶׁבַע שָׁנִים״. כַּמָּה קַשִּׁישׁ יִשְׁמָעֵאל מִיִּצְחָק? אַרְבֵּיסַר שְׁנִין, דִּכְתִיב: ״וְאַבְרָם בֶּן שְׁמֹונִים שָׁנָה וְשֵׁשׁ שָׁנִים בְּלֶדֶת הָגָר אֶת יִשְׁמָעֵאל לְאַבְרָם״, וּכְתִיב: ״וְאַבְרָהָם בֶּן מְאַת שָׁנָה בְּהִוָּלֶד לוֹ אֵת יִצְחָק בְּנוֹ״, וּכְתִיב: ״וְיִצְחָק בֶּן שִׁשִּׁים שָׁנָה בְּלֶדֶת אֹותָם״, בַּר כַּמָּה הֲוָה יִשְׁמָעֵאל כִּדְאִתְיְלִיד יַעֲקֹב? בַּר שִׁבְעִים וְאַרְבָּעָה, כַּמָּה פָּיְישָׁן מִשְּׁנִיָּה — שִׁתִּין וּתְלָת.

Pourquoi les années d'Ichmael ont-elles été comptées ? Afin de dater par elles les années de Yaakov.

Car il est écrit : « Et voici les années de la vie d'Ichmael : cent ans, trente ans et sept ans. » De combien Ichmael était-il plus âgé qu'Itshak ? De quatorze ans, car il est écrit : « Et Avram était âgé de quatre-vingts ans et six ans lorsque Hagar enfanta Ichmael à Avram », et il est écrit : « Et Avraham était âgé de cent ans lorsque lui naquit Itshak son fils », et il est écrit : « Et Itshak était âgé de soixante ans lorsqu'elle les enfanta. » Quel âge avait Ichmael lorsque Yaakov naquit ?

Soixante-quatorze ans. Combien lui restait-il de ses années ?

Soixante-trois.

📜 Rachi (2)
לָמָּה נִמְנוּ שְׁנוֹתָיו שֶׁל יִשְׁמָעֵאל מַה לָּנוּ לִמְנוֹת שְׁנוֹת הָרְשָׁעִים:
Qu'avons-nous a compter les années des impies ?
לְהִתְייַחֵס בָּהֶן שְׁנוֹתָיו שֶׁל יַעֲקֹב עַל יְדֵי מִנְיַן שְׁנוֹת יִשְׁמָעֵאל אָנוּ לְמֵדִין [בְּאֵיזֶה פֶּרֶק מִשְּׁנוֹת יַעֲקֹב עָבְרוּ עָלָיו כָּל הַקּוֹרוֹת וְהַמּוֹצְאוֹת אוֹתוֹ מֵהֶן אָנוּ לְמֵדִין] שֶׁשִּׁימֵּשׁ בְּבֵית עֵבֶר י"ד שָׁנָה כֵּיצַד אַבְרָהָם בֶּן פ"ו שָׁנָה כְּשֶׁנּוֹלַד יִשְׁמָעֵאל וּכְשֶׁנּוֹלַד יִצְחָק הָיָה בֶן מֵאָה שָׁנָה הֲרֵי הָיוּ לְיִשְׁמָעֵאל י"ד שָׁנָה וְיִצְחָק קָדַם לְיַעֲקֹב שִׁשִּׁים שָׁנָה הֲרֵי לְיִשְׁמָעֵאל ע"ד כַּמָּה פָּיְישָׁן מִשְּׁנוֹתָיו שֶׁל יִשְׁמָעֵאל ס"ג נִמְצָא שֶׁהָיָה יַעֲקֹב כְּשֶׁמֵּת יִשְׁמָעֵאל בֶּן ס"ג שָׁנָה:
Par le compte des années d'Ichmael nous apprenons [à quelle période des années de Yaakov se sont produits tous les événements qui lui sont arrivés ; d'elles nous apprenons] qu'il servit quatorze ans dans la maison de Ever. Comment ? Avraham avait quatre-vingt-six ans lorsque Ichmael naquit, et lorsque Itshak naquit il avait cent ans : Ichmael avait donc quatorze ans. Et Itshak précède Yaakov de soixante ans : Ichmael avait donc soixante-quatorze ans. Combien restait-il des années d'Ichmael ? Soixante-trois. Il se trouve que Yaakov avait soixante-trois ans à la mort d'Ichmael.
💡 Explication

La Guemara poursuit une règle de lecture posée plus haut : la Torah ne donne pas les années d'un personnage secondaire pour lui-même. Si elle compte les cent trente-sept ans d'Ichmael, c'est qu'ils servent de point de repérage pour dater un événement de la vie de Yaakov.

Le calcul enchaîne trois versets de la Genèse : Avraham a quatre-vingt-six ans à la naissance d'Ichmael, cent ans à celle d'Itshak, et Itshak a soixante ans à la naissance de Yaakov. Ichmael a donc quatorze ans de plus qu'Itshak et soixante-quatorze ans à la naissance de Yaakov. Sur ses cent trente-sept années, il lui en reste alors soixante-trois : Yaakov a soixante-trois ans quand Ichmael meurt.

2
וְתַנְיָא: הָיָה יַעֲקֹב אָבִינוּ בְּשָׁעָה שֶׁנִּתְבָּרֵךְ מֵאָבִיו בֶּן שִׁשִּׁים וְשָׁלֹשׁ שָׁנָה, וּבוֹ בַּפֶּרֶק מֵת יִשְׁמָעֵאל. דִּכְתִיב: ״וַיַּרְא עֵשָׂו כִּי בֵּרַךְ וְגוֹ׳ וַיֵּלֶךְ עֵשָׂו אֶל יִשְׁמָעֵאל וַיִּקַּח אֶת מָחֲלַת בַּת יִשְׁמָעֵאל אֲחוֹת נְבָיוֹת״, מִמַּשְׁמָע שֶׁנֶּאֱמַר ״בַּת יִשְׁמָעֵאל״, אֵינִי יוֹדֵעַ שֶׁהִיא אֲחוֹת נְבָיוֹת? מְלַמֵּד שֶׁקִּידְּשָׁהּ יִשְׁמָעֵאל וָמֵת, וְהִשִּׂיאָהּ נְבָיוֹת אָחִיהָ.

Et il a été enseigné : Yaakov notre père avait soixante-trois ans au moment où il fut béni par son père, et à cette même période Ichmael mourut. Car il est écrit : « Esav vit qu'il l'avait béni… et Esav alla vers Ichmael et prit Mahalat, fille d'Ichmael, sœur de Nevayot. » Du fait qu'il est dit « fille d'Ichmael », ne sais-je pas d'avance qu'elle était sœur de Nevayot ?

Cela enseigne qu'Ichmael l'avait fiancée puis qu'il mourut, et que Nevayot son frère la maria.

📜 Rachi (2)
וְתַנְיָא הָיָה יַעֲקֹב כו' וְתַנְיָא נָמֵי הָכִי שֶׁהָיָה יַעֲקֹב כְּשֶׁנִּתְבָּרֵךְ מֵאָבִיו בֶּן ס"ג וּבוֹ בַּפֶּרֶק מֵת יִשְׁמָעֵאל שֶׁנֶּאֱמַר וַיֵּלֶךְ עֵשָׂו אֶל יִשְׁמָעֵאל וְגוֹ':
Et il a également été enseigné ainsi : Yaakov avait soixante-trois ans lorsqu'il fut béni par son père, et à cette même période mourut Ichmael, comme il est dit : « et Esav alla vers Ichmael », etc.
מְלַמֵּד שֶׁקִּידְּשָׁהּ יִשְׁמָעֵאל אָבִיהָ וָמֵת וְהִשִּׂיאָהּ נְבָיוֹת אָחִיהָ:
— son père — puis qu'il mourut, et que Nevayot son frère la maria.
💡 Explication

La baraita confirme le chiffre par une autre voie. Le verset appelle Mahalat « fille d'Ichmael, sœur de Nevayot ». Puisque l'on sait déjà, par la première mention, qui est son père, la seconde mention doit apprendre autre chose : c'est Nevayot qui l'a mariée, donc Ichmael était déjà mort au moment du mariage, alors qu'il l'avait lui-même fiancée.

Le mariage d'Esav suit immédiatement la bénédiction. La mort d'Ichmael et la bénédiction de Yaakov tombent donc dans la même période, ce qui fixe l'âge de Yaakov à soixante-trois ans quand il quitte la maison de son père.

3
שִׁתִּין וּתְלָת וְאַרְבֵּיסַר עַד דְּמִתְיְלִיד יוֹסֵף, הָא שֶׁבָּעַיִן וְשִׁבְעָה, וּכְתִיב: ״וְיוֹסֵף בֶּן שְׁלֹשִׁים שָׁנָה בְּעָמְדוֹ לִפְנֵי פַּרְעֹה״, הָא מֵאָה וְשֶׁבַע, שַׁב דְּשִׂבְעָא וְתַרְתֵּי דְּכַפְנָא — הָא מֵאָה וְשִׁיתְסַר,

Soixante-trois, plus quatorze jusqu'à la naissance de Yossef : cela fait soixante-dix-sept. Et il est écrit : « Et Yossef avait trente ans lorsqu'il se tint devant Pharaon » : cela fait cent sept.

Les sept années d'abondance et les deux années de famine : cela fait cent seize.

📜 Rachi (1)
שִׁבְעָה דְּשִׂבְעָא וּתְרֵין דְּכַפְנָא דִּכְתִיב כִּי זֶה שְׁנָתַיִם הָרָעָב בְּקֶרֶב הָאָרֶץ וְגוֹ' (בְּרֵאשִׁית מ״ה:ו׳) הֲרֵי בֶּן קי"ו הָיָה יַעֲקֹב כְּשֶׁיָּרַד לְמִצְרַיִם וּקְרָא כְּתִיב שְׁלֹשִׁים וּמְאַת שָׁנָה נִמְצָא מִשֶּׁנָּסַע מִבֵּית אָבִיו עַד שֶׁבָּא לְבֵית לָבָן אַרְבַּע עָשָׂר וְאוֹתָן הַשָּׁנִים הָיָה בְּבֵית עָבַר וְלָא חֲשִׁיב לְהוּ לָא גָּרְסִינַן הָכָא עַד לְקַמָּן:
Car il est écrit : « car voici deux années que la famine est au sein du pays » (Genèse 45,6). Yaakov avait donc cent seize ans lorsqu'il descendit en Égypte, alors que le verset écrit « cent trente ans ». Il se trouve que, depuis son départ de la maison de son père jusqu'à son arrivée chez Lavan, il y eut quatorze ans, et ces années-là il les passa dans la maison de Ever. Quant aux mots « et il ne les compte pas », nous ne les lisons pas ici, mais plus loin.
💡 Explication

La Guemara additionne, en supposant que Yaakov est allé directement de chez son père chez Lavan. Les quatorze années sont ici celles du service pour Léa et Rahel, au terme desquelles Yossef naquit. Le calcul est donc : soixante-trois plus quatorze font soixante-dix-sept à la naissance de Yossef, plus trente lorsque Yossef se tient devant Pharaon, ce qui fait cent sept.

La descente en Égypte a lieu la deuxième année de la famine, après les sept années d'abondance : cent sept plus neuf font cent seize. C'est ce chiffre que le verset suivant va contredire.

4
וּכְתִיב: ״וַיֹּאמֶר פַּרְעֹה אֶל יַעֲקֹב כַּמָּה יְמֵי שְׁנֵי חַיֶּיךָ. וַיֹּאמֶר יַעֲקֹב אֶל פַּרְעֹה יְמֵי שְׁנֵי מְגוּרַי שְׁלֹשִׁים וּמְאַת שָׁנָה״, מֵאָה וְשִׁיתְסַר הָוְיָין,

Or il est écrit : « Et Pharaon dit à Yaakov : combien sont les jours des années de ta vie ? Et Yaakov dit à Pharaon : les jours des années de mes séjours sont de cent trente ans. » Mais cela ne fait que cent seize !

💡 Explication

La contradiction est chiffrée : quatorze années manquent au calcul. La Guemara ne remet en cause aucun des versets, elle cherche l'étape omise dans la reconstitution du parcours de Yaakov.

5
אֶלָּא שְׁמַע מִינַּהּ אַרְבַּע עֶשְׂרֵה שְׁנִין דַּהֲוָה בְּבֵית עֵבֶר לָא חָשֵׁיב לְהוּ. דְּתַנְיָא: הָיָה יַעֲקֹב בְּבֵית עֵבֶר מֻוטְמָן אַרְבַּע עֶשְׂרֵה שָׁנָה. עֵבֶר מֵת לְאַחַר שֶׁיָּרַד יַעֲקֹב אָבִינוּ לַאֲרַם נַהֲרַיִם שְׁתֵּי שָׁנִים, יָצָא מִשָּׁם וּבָא לוֹ לַאֲרַם נַהֲרַיִם, נִמְצָא כְּשֶׁעָמַד עַל הַבְּאֵר — בֶּן שִׁבְעִים וָשֶׁבַע שָׁנָה.

Il faut donc en déduire que les quatorze années passées dans la maison de Ever ne sont pas comptées. Car il a été enseigné : Yaakov demeura caché dans la maison de Ever quatorze ans.

Ever mourut deux ans après que Yaakov notre père fut descendu à Aram Naharayim. Il sortit de là et se rendit à Aram Naharayim ; il se trouve que, lorsqu'il se tint près du puits, il avait soixante-dix-sept ans.

📜 Rachi (5)
אֶלָּא שְׁמַע מִינָּה י"ד דְּבֵית עֵבֶר לָא חָשֵׁיב לְהוּ דְּלָא אֵיעָנֵשׁ עֲלַיְיהוּ:
Les quatorze années de la maison de Ever ne sont pas comptées, car il n'en fut pas puni.
וְאַרְבַּע עֶשְׂרֵה שָׁנָה הָיָה יַעֲקֹב בְּבֵית לָבָן עַד דְּאֶתְיַלֵּיד יוֹסֵף דִּכְתִיב עֲבַדְתִּיךָ אַרְבַּע עֶשְׂרֵה שָׁנָה בִּשְׁתֵּי בְנֹותֶיךָ וְגוֹ' (בְּרֵאשִׁית לא) וּכְשֶׁנּוֹלַד יוֹסֵף שָׁלְמוּ שְׁנֵי עַבְדוּת הַבָּנוֹת שֶׁנֶּאֱמַר וַיְהִי כַּאֲשֶׁר יָלְדָה רָחֵל אֶת יוֹסֵף וְגוֹ' (שָׁם ל) וּמִשָּׁם וָהָלְאָה עָבַד אוֹתוֹ בִּשְׂכַר הַצֹּאן הֲרֵי בֶּן ע"ז הָיָה יַעֲקֹב כְּשֶׁנּוֹלַד יוֹסֵף וּכְתִיב וְיוֹסֵף בֶּן שְׁלֹשִׁים שָׁנָה בְּעָמְדוֹ לִפְנֵי פַּרְעֹה נִמְצָא יַעֲקֹב בֶּן מֵאָה וְשֶׁבַע [שָׁנִים כְּשֶׁהָיָה יוֹסֵף בֶּן שְׁלֹשִׁים שָׁנָה] וְנִשְׁתַּהָה יַעֲקֹב לֵישֵׁב בְּאֶרֶץ כְּנַעַן שֶׁלֹּא יָרַד לְמִצְרַיִם:
Yaakov fut dans la maison de Lavan jusqu'à la naissance de Yossef, car il est écrit : « je t'ai servi quatorze ans pour tes deux filles », etc. (Genèse 31). Et lorsque Yossef naquit, les années de service pour les filles s'achevèrent, comme il est dit : « et il arriva, lorsque Rahel eut enfanté Yossef », etc. (ibid. 30) ; à partir de là il le servit pour le salaire du troupeau. Yaakov avait donc soixante-dix-sept ans lorsque Yossef naquit. Et il est écrit : « et Yossef avait trente ans lorsqu'il se tint devant Pharaon » : il se trouve que Yaakov avait cent sept ans [lorsque Yossef en avait trente]. Et Yaakov s'attarda encore à habiter au pays de Canaan avant de descendre en Égypte.
עָבַר מֵת לְאַחַר יְרִידָתוֹ שֶׁל יַעֲקֹב לַאֲרָם נַהֲרַיִם וּבָא לְבֵית לָבָן וְעָמַד שָׁם שְׁתֵּי שָׁנִים צֵא וַחֲשֹׁוב שְׁנוֹתָיו שֶׁל עָבַר וְנִמְצָא שֶׁמֵּת כְּשֶׁהָיָה יַעֲקֹב בֶּן שִׁבְעִים וְתֵשַׁע שָׁנָה וְהַיְינוּ שְׁתֵּי שָׁנִים מִשֶּׁבָּא לְבֵית לָבָן כְּשֶׁתַּחְשֹׁוב י"ד שָׁנָה שֶׁשִּׁימֵּשׁ בְּבֵית עֵבֶר:
— et il vint à la maison de Lavan et y demeura deux ans. Va calculer les années de Ever : tu trouveras qu'il mourut alors que Yaakov avait soixante-dix-neuf ans, ce qui fait bien deux ans depuis son arrivée chez Lavan, si tu comptes les quatorze années qu'il servit dans la maison de Ever.
יָצָא יַעֲקֹב מִבֵּית עֵבֶר שְׁתֵּי שָׁנִים לִפְנֵי מִיתָתוֹ שֶׁל עָבַר:
Yaakov sortit de la maison de Ever deux ans avant la mort de Ever.
נִמְצָא כְּשֶׁעָמַד כּוּ' הָכִי גָרְסִינַן מִנָּלַן דְּלָא אֵיעָנֵשׁ עֲלַייְהוּ דְּתַנְיָא נִמְצָא יוֹסֵף כְּשֶׁפֵּירַשׁ מֵאָבִיו שֶׁלֹּא רָאָהוּ עֶשְׂרִים וּשְׁתַּיִם שָׁנָה כְּדֶרֶךְ שֶׁפֵּירַשׁ יַעֲקֹב מִבֵּית אָבִיו שֶׁלֹּא כִּיבְּדוֹ נִתְאַבֵּל עַל יוֹסֵף כ"ב שָׁנָה כֵּיצַד יוֹסֵף בֶּן שְׁבַע עֶשְׂרֵה שָׁנָה הָיָה כְּשֶׁפֵּירַשׁ מֵאָבִיו וּכְשֶׁמָּלַךְ עַל מִצְרַיִם הָיָה בֶּן שְׁלֹשִׁים שָׁנָה שֶׁנֶּאֱמַר וְיוֹסֵף בֶּן שְׁלֹשִׁים שָׁנָה בְּעָמְדוֹ לִפְנֵי פַּרְעֹה הֲרֵי י"ג וְשִׁבְעָה דְּשִׂבְעָא וּתְרֵין דְּכַפְנָא הֲרֵי עֶשְׂרִים וּשְׁתַּיִם שָׁנָה שֶׁנִּתְכַּסָּה יוֹסֵף מֵאָבִיו וְיַעֲקֹב עָמַד עֶשְׂרִים שָׁנָה בְּבֵית לָבָן וי"ד שָׁנָה בְּבֵית עָבַר:
Voici notre version : d'où savons-nous qu'il n'en fut pas puni ? Car il a été enseigné : il se trouve que Yossef fut séparé de son père, sans le voir, vingt-deux ans, à la manière dont Yaakov s'était séparé de la maison de son père sans l'honorer ; il porta le deuil de Yossef vingt-deux ans. Comment ? Yossef avait dix-sept ans lorsqu'il fut séparé de son père, et il avait trente ans lorsqu'il régna sur l'Égypte, comme il est dit : « et Yossef avait trente ans lorsqu'il se tint devant Pharaon » : cela fait treize ; plus les sept années d'abondance et les deux de famine : cela fait vingt-deux années durant lesquelles Yossef fut caché à son père. Et Yaakov demeura vingt ans dans la maison de Lavan et quatorze ans dans la maison de Ever.
🪔 Ben Yehoyada (1)
אֶלָּא שְׁמַע מִינַּהּ אַרְבַּע עֶשְׂרֵה שְׁנִין דַּהֲוָה בְּבֵית עֵבֶר. נִרְאֶה לִי בס"ד כִּיוֵּן לַעֲסֹוק שָׁם בַּתּוֹרָה י"ד שָׁנִים לְבַטֵּל יָדוֹ שֶׁל עֵשָׂו כמ"ש 'הַקַּל קוֹל יַעֲקֹב' בַּתּוֹרָה אֵין 'הַיָּדַיִם יְדֵי עֵשָׂו' (בְּרֵאשִׁית כז, כב) . אִי נָמֵי שָׁהָה שָׁם י"ד שָׁנִים בְּעֵסֶק הַתּוֹרָה כְּדֵי לַעֲשׂוֹת הֲכָנָה לְתִיקּוּן לֵאָה וְרָחֵל שֶׁהֵם שִׁבְעָה וְשִׁבְעָה דִּלְכָךְ הֻוצְרַךְ לַעֲבֹוד בַּעֲבוּרָם שִׁבְעָה וְשִׁבְעָה, וְעַייֵּן מַה שֶׁאָמַר רַבֵּינוּ זַ"ל בְּשַׁעַר הַפְּסוּקִים מַה שֶׁהֻוצְרַךְ דָּוִד הַמֶּלֶךְ ע"ה לְתַקֵּן אֶת רָחֵל וְאֶת לֵאָה בְּשִׁבְעָה וְשִׁבְעָה וּמַה שֶׁעָשָׂה שְׁלֹמֹה הַמֶּלֶךְ ע"ה חִנּוּךְ הַבַּיִת בְּשִׁבְעָה וְשִׁבְעָה, יְעֻויַּן שָׁם.
« Il faut donc en déduire : les quatorze années passées dans la maison de Ever. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il visa à s'occuper là de Torah quatorze années pour annuler la main d'Esav, selon ce qui est dit : « la voix est la voix de Yaakov » — là où se trouve la Torah, « les mains ne sont pas les mains d'Esav » (Genèse 27,22). Ou bien : il demeura là quatorze années dans l'étude de la Torah afin de préparer le tikoun (réparation) de Léa et de Rahel, qui sont sept et sept, et c'est pourquoi il dut servir pour elles sept et sept. Vois ce qu'a dit notre maître, de mémoire bénie, dans le Chaar HaPessoukim, sur ce que le roi David, la paix soit sur lui, dut réparer en Rahel et en Léa par sept et sept, et sur ce que fit le roi Salomon, la paix soit sur lui, en inaugurant le Temple par sept et sept ; vois-y.
💡 Explication

La réponse comble l'écart : Yaakov ne s'est pas rendu directement chez Lavan. Il a passé quatorze ans cachés dans la maison de Ever, à l'abri d'Esav et à l'étude. Ces années avaient été omises du calcul, ce qui explique les quatorze ans manquants.

La baraita vérifie ce chiffre par un repère indépendant : la mort de Ever, que l'on peut dater par les généalogies de la Genèse. Ever meurt deux ans après l'arrivée de Yaakov chez Lavan, alors que Yaakov a soixante-dix-neuf ans. En remontant, Yaakov avait donc soixante-dix-sept ans au puits, ce qui suppose bien les quatorze années passées chez Ever entre la bénédiction, à soixante-trois ans, et l'arrivée à Aram Naharayim.

🖼️ Schéma
Le contrôle par la mort de Ever 63 ans bénédiction, départ 77 ans arrivée au puits 79 ans mort de Ever 14 ans dans la maison de Ever 2 ans chez Lavan La date de la mort de Ever se calcule par les généalogies. Elle tombe deux ans après l'arrivée chez Lavan, ce qui confirme les quatorze années intercalées entre la bénédiction et le puits.
La mort de Ever sert de repère indépendant pour vérifier les quatorze années cachées.
6
וּמִנָּלַן דְּלָא אֵיעָנֵשׁ — דְּתַנְיָא: נִמְצָא יוֹסֵף שֶׁפֵּירַשׁ מֵאָבִיו עֶשְׂרִים וּשְׁתַּיִם שָׁנָה, כְּשֵׁם שֶׁפֵּירַשׁ יַעֲקֹב אָבִינוּ מֵאָבִיו, דְּיַעֲקֹב תְּלָתִין וְשִׁיתָּא הָוְייָן! אֶלָּא: אַרְבֵּיסַר דַּהֲוָה בְּבֵית עֵבֶר לָא חָשֵׁיב לְהוּ.

Et d'où savons-nous qu'il n'en fut pas puni ? Car il a été enseigné : il se trouve que Yossef fut séparé de son père vingt-deux ans, de la même manière que Yaakov notre père fut séparé de son père.

Or, pour Yaakov, cela fait trente-six ! Il faut donc dire que les quatorze années passées dans la maison de Ever ne sont pas comptées.

🪔 Ben Yehoyada (1)
נִמְצָא יוֹסֵף שֶׁפֵּרַשׁ מֵאָבִיו עֶשְׂרִים וּשְׁתַּיִם שָׁנָה כְּשֵׁם שֶׁפֵּרַשׁ יַעֲקֹב אָבִינוּ מֵאָבִיו. הִקְשָׁה מָהַרְשָׁ"א לָמָּה נֶעֱנַשׁ יַעֲקֹב אָבִינוּ ע"ה עַל אוֹתָם כ"ב שָׁנִים כֵּיוָן דִּבְרָצוֹן אָבִיו וְאִמּוֹ הָלַךְ? עַייֵּן שָׁם. וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּהוּא נֶעֱנַשׁ עַל שִׁשָּׁה שָׁנִים שֶׁנִּתְעַכֵּב בְּבֵית לָבָן אַחַר שֶׁגָּמַר קִדּוּשֵׁי לֵאָה וְרָחֵל, אַךְ הַשָּׂטָן הָיָה לוֹ פִּתְחוֹן פֶּה לְקַטְרֵג גַּם עַל י"ד שָׁנִים שֶׁל נִשּׂוּאֵי לֵאָה וְרָחֵל בְּאוֹמְרוֹ כֵּיוָן דְּנִתְעַכֵּב עוֹד שֵׁשׁ שָׁנִים יֵשׁ פֶּה לוֹמַר דְּגַם אוֹתָם הי"ד לֹא עָשָׂה שָׁם בִּשְׁבִיל צַוָּואַת אָבִיו אֶלָּא עָרַב לוֹ לָשֶׁבֶת בְּבֵית לָבָן שֶׁאִם הָיָה לָבָן רוֹצֶה לָתֵת לוֹ בְּנוֹתָיו תֵּכֶף בְּלֹא עֲבוֹדָה גַּם כֵּן הָיָה מִתְעַכֵּב שָׁם!
« Il se trouve que Yossef fut séparé de son père vingt-deux ans, de la même manière que Yaakov notre père fut séparé de son père. » Le Maharcha demande : pourquoi Yaakov notre père, la paix soit sur lui, fut-il puni pour ces vingt-deux années, puisqu'il était parti par la volonté de son père et de sa mère ? Vois-y. Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il fut puni pour les six années où il s'attarda dans la maison de Lavan après avoir achevé les fiançailles de Léa et de Rahel. Mais le Satan y trouva un motif d'accusation portant aussi sur les quatorze années du mariage de Léa et de Rahel, en disant : puisqu'il s'est attardé six années de plus, il y a lieu de dire que ces quatorze années non plus, il ne les a pas passées là pour l'ordre de son père, mais parce qu'il lui était agréable de demeurer dans la maison de Lavan — car si Lavan avait voulu lui donner ses filles aussitôt, sans service, il s'y serait attardé tout autant !
💡 Explication

Une question nouvelle s'ajoute. Les quatorze années de Ever ont été passées à l'étude, loin de son père : Yaakov aurait donc dû en répondre au titre du kiboud av, l'honneur du père. La Guemara démontre qu'il n'en fut pas ainsi par la baraita qui compte vingt-deux ans de séparation de part et d'autre : Yossef loin de Yaakov, Yaakov loin d'Itshak.

Le total brut serait de trente-six ans : quatorze chez Ever, vingt chez Lavan, deux en chemin. Puisque la baraita n'en retient que vingt-deux, les quatorze années de Ever ne figurent pas dans le compte de la punition.

🖼️ Schéma
Vingt-deux ans de part et d'autre Yossef loin de Yaakov de 17 ans à 30 ans, devant Pharaon 13 7 années d'abondance 7 2 années de famine 2 Total 22 Durée du deuil de Yaakov, mesure à mesure. Yaakov loin d'Itshak maison de Ever 14 maison de Lavan 20 attardé en chemin 2 Total brut 36 Moins les 14 ans de Ever 22
Les vingt-deux années de Yossef fixent la mesure : les quatorze années de Ever sortent du compte.
7
סוֹף סוֹף דְּבֵית לָבָן עֶשְׂרִין שְׁנִין הָוְייָן! אֶלָּא מִשּׁוּם דְּאִשְׁתַּהִי בְּאוֹרְחָא תַּרְתֵּין שְׁנִין, דְּתַנְיָא: יָצָא מֵאֲרַם נַהֲרַיִם וּבָא לוֹ לְסֻכּוֹת, וְעָשָׂה שָׁם שְׁמוֹנָה עָשָׂר חֹודֶשׁ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְיַעֲקֹב נָסַע סֻכֹּותָה וַיִּבֶן לוֹ בָּיִת וּלְמִקְנֵהוּ עָשָׂה סֻכֹּות״, וּבְבֵית אֵל עָשָׂה שִׁשָּׁה חֳדָשִׁים, וְהִקְרִיב זְבָחִים.

En fin de compte, celles de la maison de Lavan ne font que vingt ! Il faut donc dire que ce fut parce qu'il s'attarda deux ans en chemin.

Car il a été enseigné : il sortit d'Aram Naharayim et vint à Soukot, où il passa dix-huit mois, comme il est dit : « et Yaakov partit vers Soukot, se bâtit une maison et fit pour son bétail des cabanes » ; et à Beth-El il passa six mois, où il offrit des sacrifices.

📜 Rachi (2)
אִי הָכִי בְּצִירָא לְהוּ וְאֵין כָּאן אֶלָּא עֶשְׂרִים דְּבֵית לָבָן:
Il n'y a là que vingt années, celles de la maison de Lavan.
אִישְׁתַּהִי ב' שָׁנִים בְּאוֹרְחָא דִּבְשׁוּבוֹ מֵאֲרָם נַהֲרַיִם לָבֹא לְיִצְחָק אָבִיו וַיִּבֶן לוֹ בַּיִת לִימוֹת הַחֹורֶף עָשָׂה סֻוכּוֹת ב' פְּעָמִים שְׁנֵי יְמוֹת הַקַּיִץ הֲרֵי י"ח וּבְבֵית אֵל עָשָׂה שִׁשָּׁה חֳדָשִׁים כְּשֶׁיָּצָא מִשְּׁכֶם שֶׁנֶּאֱמַר קוּם עֲלֵה בֵית אֵל וְגוֹ' (בְּרֵאשִׁית ל״ה:א׳):
Car à son retour d'Aram Naharayim, pour venir chez Itshak son père, « il se bâtit une maison » pour les jours d'hiver, et « il fit des cabanes » deux fois, pour deux êtes : cela fait dix-huit mois. Et à Beth-El il passa six mois, lorsqu'il partit de Chekhem, comme il est dit : « lève-toi, monte à Beth-El », etc. (Genèse 35,1).
💡 Explication

Restent à justifier deux années : vingt chez Lavan ne font pas vingt-deux. Elles viennent des étapes du retour. Le verset sur Soukot mentionne successivement des cabanes, une maison, puis des cabanes ; la lecture y voit deux êtes séparés par un hiver, soit dix-huit mois. S'y ajoutent six mois à Beth-El, où Yaakov offre des sacrifices.

Dix-huit mois plus six mois font deux ans, et le compte de vingt-deux est complet.

🖼️ Schéma
Les deux années du retour Soukot, été 1 cabanes : 6 mois Soukot, hiver une maison : 6 mois Soukot, été 2 cabanes : 6 mois Beth-El sacrifices : 6 mois 18 mois à Soukot 6 mois à Beth-El 24 mois, soit les 2 années manquantes
Les étapes de Soukot et de Beth-El complètent les vingt années de Lavan pour atteindre vingt-deux.
8
הֲדַרַן עֲלָךְ מְגִילָּה נִקְרֵאת

Nous reviendrons vers toi, « La meguila se lit ».

📜 Rachi (1)
הֲדַרַן עֲלָךְ מְגִילָּה נִקְרֵאת:
Nous reviendrons vers toi, « La meguila se lit ».
💡 Explication

Formule de clôture du premier chapitre. Le hadran marque la fin d'une unité d'étude et exprime l'intention d'y revenir.

9
הַקּוֹרֵא אֶת הַמְּגִילָּה לְמַפְרֵעַ — לֹא יָצָא. קְרָאָהּ עַל פֶּה, קְרָאָהּ תַּרְגּוּם בְּכָל לָשׁוֹן — לֹא יָצָא. אֲבָל קוֹרִין אוֹתָהּ לַלּוֹעֲזוֹת בְּלַעַז, וְהַלּוֹעֵז שֶׁשָּׁמַע אַשּׁוּרִית — יָצָא.

MICHNA. Celui qui lit la meguila a l'envers ne s'est pas acquitté.

S'il l'a lue par cœur, s'il l'a lue en traduction araméenne ou en quelque langue que ce soit, il ne s'est pas acquitté. Mais on la lit pour ceux qui parlent une langue étrangère dans cette langue étrangère ; et celui qui parle une langue étrangère et qui l'a entendue en achourit s'est acquitté.

📜 Rachi (2)
מַתְנֵי' הַקּוֹרֵא לַלּוֹעֲזוֹת. כֹּל שֶׁאֵינוֹ לְשׁוֹן הַקֹּודֶשׁ נִקְרָא לַעַז וּלְקַמָּן פָּרִיךְ וְהָא אָמְרַתְּ קְרָאָהּ בְּכָל לָשׁוֹן לֹא יָצָא:
« Pour ceux qui parlent une langue étrangère » : tout ce qui n'est pas la langue sainte s'appelle laaz. Plus loin la Guemara demande : mais tu as dit que, lue en quelque langue que ce soit, il ne s'est pas acquitté !
קְרָאָהּ תַּרְגּוּם בְּכָל לָשׁוֹן זוֹ וְאֵין צ"ל זוֹ קָתָנֵי:
La michna enseigne selon le procédé « ceci, et à plus forte raison cela ».
🗂️ Tossefot (1)
מַתְנִי' הַקּוֹרֵא אֶת הַמְּגִילָּה:
MICHNA. « Celui qui lit la meguila. »
💡 Explication

La michna d'ouverture du deuxième chapitre pose quatre invalidations. Lemafrea, à l'envers, vise la lecture qui inverse l'ordre des passages. Al pe, par cœur, exige que la lecture se fasse dans un rouleau écrit. La lecture en targoum, la traduction araméenne, ou dans une autre langue invalide pour celui dont ce n'est pas la langue.

Deux cas restent valides. Un auditoire qui parle une langue étrangère peut l'entendre dans sa langue. Et celui qui parle une langue étrangère s'acquitte en entendant l'achourit, l'hébreu en caractères carrés, même sans comprendre : la mitsva tient à la lecture et au pirsoumei nissa, la publication du miracle.

Rachi signale la tension que la Guemara relèvera plus loin : la michna invalide « toute langue » puis autorise le laaz pour les locuteurs du laaz.

10
קְרָאָהּ סֵירוּגִין וּמִתְנַמְנֵם — יָצָא. הָיָה כּוֹתְבָהּ, דּוֹרְשָׁהּ וּמַגִּיהָהּ, אִם כִּוֵּון לִבּוֹ — יָצָא, וְאִם לָאו — לֹא יָצָא.

S'il l'a lue par intermittences ou en somnolant, il s'est acquitté. S'il était en train de l'écrire, de l'expliquer ou de la corriger : s'il a dirigé son cœur, il s'est acquitté ; sinon, il ne s'est pas acquitté.

📜 Rachi (2)
סֵירוּגִין בַּגְּמָרָא מְפָרֵשׁ קוֹרֵא מְעַט וּפוֹסֵק (וְשׁוֹהֶה) וְחוֹזֵר וּפוֹסֵק:
La Guemara l'explique : il lit un peu, s'interrompt (et attend), reprend puis s'interrompt de nouveau.
הָיָה כּוֹתְבָהּ אוֹ דּוֹרְשָׁהּ וּמִתּוֹךְ כָּךְ קוֹרְאָהּ אִם כִּוֵּון לִבּוֹ יָצָא:
— et qu'au fil de cela il la lisait : s'il a dirigé son cœur, il s'est acquitté.
💡 Explication

La michna traite maintenant de la continuité et de l'intention. Sirougin désigne une lecture entrecoupée de pauses : les interruptions laissent la lecture valide, tant que l'ordre est respecté. Il en va de même pour celui qui somnole, à condition qu'il entende.

Le second cas introduit la kavana, l'intention. Celui qui écrit un rouleau, l'expose ou le corrige prononce les mots pour une autre fin. Sa lecture vaut s'il a dirigé son cœur vers l'accomplissement de l'obligation.

11
הָיְתָה כְּתוּבָה בְּסַם וּבְסִיקְרָא וּבְקוֹמוֹס וּבְקַנְקַנְתּוֹם, עַל הַנְּייָר וְעַל הַדִּפְתְּרָא — לֹא יָצָא, עַד שֶׁתְּהֵא כְּתוּבָה אַשּׁוּרִית, עַל הַסֵּפֶר, וּבִדְיוֹ.

Si elle était écrite au sam, au sikra, au koumos ou au kankantom, sur du neyar ou sur de la diftera, il ne s'est pas acquitté ; il faut qu'elle soit écrite en achourit, sur le sefer, et à l'encre.

📜 Rachi (2)
דִּיפְתְּרָא וּנְיָיר מְפָרֵשׁ בַּגְּמָ':
La Guemara l'explique.
עַל הַסֵּפֶר קְלָף:
Sur le klaf, le parchemin.
🗂️ Tossefot (1)
עַל הַסֵּפֶר וּבִדְיוֹ פֵּירֵשׁ ר"ת שֶׁהַדְּיוֹ שֶׁלָּנוּ הוּא דְּיוֹ גָּמוּר אֲבָל שֶׁל עֲפָצִים לָא הָוֵי דְּיוֹ וְהָכִי מַשְׁמַע פּ"ב דְּגִיטִּין (גז"ש) דְּתַנְיָא בְּכָל כּוֹתְבִין בִּדְיוֹ וּבְסַם וּמַסִּיק בְּכָל דָּבָר שֶׁל קְיָימָא וּמַסִּיק לַאֲתוּיֵי מַאי וּמְשַׁנֵּי לַאֲתוּיֵי הָא דִּתְנָא רַבִּי חַייָּא כְּתָבוֹ בְּמֵי טַרְיָא וְעַפְצָא כָּשֵׁר וּמִדְּאִצְטְרִיךְ לַאֲתוּיֵי עַפְצָא מֵרִבּוּיָיא בָּתַר דְּתָנֵי דְּיוֹ שְׁמַע מִינָּה דְּעִיקַּר דְּיוֹ לָא הָוֵי מֵעַפְצָא וּמִטַּעַם זֶה רָצָה לִפְסֹול סֵפֶר תּוֹרָה הַכְּתוּבָה מִדְּיוֹ שֶׁל עֲפָצִים וְהָאַשְׁכְּנַזִּים הֵשִׁיבוּ לוֹ דְּהָתָם מַייְרֵי בְּמַיִם שֶׁשָּׁרוּ בָּהֶן עֲפָצִים אֲבָל אוֹתוֹ שֶׁעָשׂוּ מִגּוּף הָעֲפָצִים וַדַּאי הוּא טוֹב ומ"מ נִרְאֶה דְּאוֹתוֹ שֶׁלָּנוּ הָוֵי עִיקַּר דְּיוֹ כִּדְמַשְׁמַע פֶּרֶק כָּל הַיָּד (נִדָּה דַּף כ.) דְּרַבִּי אַמֵּי פָּלֵי קֻורְטָא דִּדְיוֹתָא וּבָדֵיק פֵּירוּשׁ מְשַׁבֵּר חֲתִיכָה שֶׁל דְּיוֹ וּבְדָיֵק בֵּיהּ דָּם שָׁחוֹר וּבְאוֹתוֹ שֶׁלָּנוּ שַׁייָּךְ שְׁבִירָה וְלֹא בְּאוֹתוֹ שֶׁל עֲפָצִים:
Rabbenou Tam a expliqué que notre encre est une encre au sens plein, tandis que celle qui est faite de noix de galle n'a pas le statut d'encre. C'est ce qui ressort du deuxième chapitre de Guittin : il a été enseigné « on écrit avec tout : à l'encre, au sam… », et la Guemara conclut : avec toute matière durable ; puis elle demande : qu'est-ce que cela vient inclure ? Et elle répond : cela vient inclure ce qu'a enseigné Rabbi Hiya, à savoir que s'il l'a écrit avec de l'eau de teria et de la noix de galle, c'est valide. Or, puisqu'il a fallu inclure la noix de galle par un terme d'extension après avoir déjà enseigné « à l'encre », il faut en déduire que l'encre proprement dite se fait d'autre chose que de noix de galle. Pour cette raison, Rabbenou Tam voulut invalider un sefer Torah écrit avec une encre de noix de galle. Les Achkénazes lui répondirent que là-bas il s'agit d'une eau dans laquelle on a fait tremper des noix de galle, tandis que celle qui est faite du corps même des noix de galle est assurément bonne. En tout état de cause, il semble que la nôtre soit l'encre par excellence, comme cela ressort du chapitre « Kol HaYad » (Nidda 20a) : Rabbi Ami fendait un morceau d'encre et vérifiait — c'est-à-dire qu'il brisait un morceau d'encre et y examinait un sang noir ; or le fait de se briser s'applique à la nôtre, et non à celle de noix de galle.
💡 Explication

La michna ferme la liste par les conditions matérielles. Les substances écartées sont des colorants ou des préparations qui ne tiennent pas comme l'encre : le sam, l'orpiment, le sikra, un rouge minéral, le koumos, une gomme, et le kankantom, un vitriol. Les supports écartés sont le neyar, un papier de fibres, et la diftera, une peau traitée au sel et à la farine sans tannage complet.

La norme positive tient en trois mots : achourit pour l'écriture, sefer pour le support, c'est-à-dire le klaf, et dyo pour l'encre. Tossefot y greffe une discussion sur la composition de l'encre valide.

🖼️ Schéma
Encres et supports : ce qui invalide et ce qui vaut Écarte par la michna Exige Matières colorantes sam (orpiment), sikra (rouge minéral), koumos (gomme), kankantom (vitriol) elles ne constituent pas de l'encre Dyo, l'encre encre durable, celle du sefer Torah Tossefot : quelle composition compte comme dyo au sens plein ? Supports neyar : papier de fibres diftera : peau non tannée complètement Sefer, le klaf parchemin travaillé selon la norme écriture en achourit
Les quatre substances et les deux supports écartés, face aux trois conditions du rouleau valide.
12
גְּמָ׳ מְנָא הָנֵי מִילֵּי? אָמַר רָבָא, דְּאָמַר קְרָא: ״כִּכְתָבָם וְכִזְמַנָּם״ — מַה זְמַנָּם לְמַפְרֵעַ לָא, אַף כְּתָבָם לְמַפְרֵעַ לָא.

GUEMARA. D'où ces choses sont-elles tirées ?

Rava a dit : parce que le verset dit « selon leur écrit et selon leur temps » — de même que leur temps ne va pas à l'envers, de même leur écrit ne va pas à l'envers.

📜 Rachi (2)
מְנָהָנֵי מִילֵּי דִּלְמַפְרֵעַ לֹא יָצָא:
Que, lue à l'envers, il ne s'est pas acquitté.
מַה זְמַנָּם לְמַפְרֵעַ לָא דְּאִי אֶפְשָׁר שֶׁיְּהֵא ט"ו קֹודֶם לי"ד:
Car il est impossible que le quinze précède le quatorze.
💡 Explication

La Guemara cherche la source scripturaire de la première règle de la michna. Rava s'appuie sur Esther 9,27 : « selon leur écrit et selon leur temps ». Les deux termes sont accolés, ce qui autorise à transporter de l'un à l'autre la propriété de l'ordre.

Le temps de Pourim est fixé au quatorze et au quinze Adar, dans un ordre que le calendrier rend irréversible. L'écrit suit la même contrainte : sa lecture doit respecter l'ordre du texte.

13
מִידִי ״קְרִיאָה״ כְּתִיבָה הָכָא? ״עֲשִׂיָּיה״ כְּתִיבָה, דִּכְתִיב: ״לִהְיוֹת עֹושִׂים אֵת שְׁנֵי הַיָּמִים״, אֶלָּא מֵהָכָא, דִּכְתִיב: ״וְהַיָּמִים הָאֵלֶּה נִזְכָּרִים וְנַעֲשִׂים״, אִיתַּקַּשׁ זְכִירָה לַעֲשִׂיָּיה: מָה עֲשִׂייָּה לְמַפְרֵעַ לָא, אַף זְכִירָה לְמַפְרֵעַ לָא.

Est-il question ici de « lecture » ? C'est « accomplissement » qui est écrit, car il est écrit : « pour faire ces deux jours ».

Plutôt, on le tire d'ici, car il est écrit : « et ces jours sont rappelés et accomplis » : le rappel est rattaché à l'accomplissement — de même que l'accomplissement ne va pas à l'envers, de même le rappel ne va pas à l'envers.

💡 Explication

La dérivation de Rava est écartée pour une raison de précision. Le verset invoqué parle de « faire » les deux jours, donc de l'accomplissement de Pourim, et la michna parle de la lecture de la meguila. L'analogie manque son objet.

La Guemara se replie sur Esther 9,28, qui accole « rappelés » et « accomplis ». Ce rapprochement, un hekech, transfère au rappel la propriété de l'accomplissement. Le rappel se fait par la lecture de la meguila : elle doit donc suivre l'ordre du texte.

🖼️ Schéma
Deux dérivations pour une règle : l'ordre de la lecture Proposition de Rava selon leur écrit et selon leur temps le temps est irréversible, donc l'écrit Esther 9,27 Objection le verset dit pour faire ces deux jours il porte sur l'accomplissement, non sur la lecture Dérivation retenue ces jours sont rappelés et accomplis Esther 9,28 hekech : le rappel suit l'accomplissement le rappel se fait par la lecture, dans l'ordre
La première dérivation porte sur l'accomplissement de Pourim ; la seconde atteint la lecture par le rapprochement des deux verbes.
14
תְּנָא: וְכֵן בְּהַלֵּל, וְכֵן בִּקְרִיאַת שְׁמַע וּבִתְפִלָּה.

Il a été enseigné : de même pour le Hallel, de même pour la lecture du Chema et pour la tefila.

⚖️ Rosh (1)
גְּמ' תָּנָא וְכֵן בְּהַלֵּל וְכֵן בִּקְרִיאַת שְׁמַע וְכֵן בִּתְפִלָּה אִם אֲמָרָהּ לְמַפְרֵעַ לֹא יָצָא תְּפִלָּה מְנָא לַן דְּתַנְיָא שִׁמְעוֹן הַפָּקוֹלִי הִסְדִּיר שְׁמוֹנֶה עֶשְׂרֵה בְּרָכוֹת לִפְנֵי ר"ג עַל הַסֵּדֶר בְּיַבְנֶה אָמַר רַבִּי יִרְמְיָה וְאִיתֵּימָא רַבִּי חִיָּיא בַּר אַבָּא וְאָמְרִי לַהּ בְּמַתְנִיתָא תָּנָא מֵאָה וְעֶשְׂרִים זְקֵנִים וּמֵהֶם כַּמָּה נְבִיאִים תִּקְּנוּ שְׁמֹונֶה עֶשְׂרֵה בְּרָכוֹת עַל הַסֵּדֶר. מְגִילָּה מְנָא לַן דִּכְתִיב וְהַיָּמִים הָאֵלֶּה נִזְכָּרִים וְנַעֲשִׂים בְּכָל דּוֹר וָדוֹר מָה עֲשִׂייָּה לְמַפְרֵעַ לָא אַף זְכִירָה לְמַפְרֵעַ לָא. הַלֵּל מְנָא לַן אָמַר רָבָא דִּכְתִיב מִמִּזְרַח שֶׁמֶשׁ עַד מְבוֹאוֹ מְהֻלָּל שֵׁם וְגוֹ' כְּשֵׁם שֶׁאִי אֶפְשָׁר לוֹ לְשַׁמֵּשׁ לִזְרֹוחַ לְמַפְרֵעַ מִמַּעֲרָב לַמִּזְרָח כָּךְ אֵין קוֹרִין אֶת הַלֵּל לְמַפְרֵעַ. קְרִיאַת שְׁמַע מְנָא לַן אָמַר קְרָא וְהָיוּ שֶׁלֹּא יִקְרָא לְמַפְרֵעַ: אֲבָל קוֹרִין אוֹתָהּ לַלּוֹעֲזוֹת בְּלַעַז וְהוּא שֶׁכְּתוּבָה בְּלַעַז תְּנָא גַּפְטִית לִגְפָטִים עַלֵּמִית לַעֲלָמִים עִבְרִית לָעִבְרִים וִיוָנִית לַיּוֹנִים וְהָרַב אַלְפָסִי זַ"ל לֹא הֵבִיא הָא דְּרַב וּשְׁמוּאֵל לַעַז יְוָנִי לַכֹּל כָּשֵׁר אע"ג דְּלֵיכָּא מַאן דִּפְלִיג עֲלַיְיהוּ וְאֶפְשָׁר דִּסְבִירָא לֵיהּ דְּלָאו אַלִּיבָּא דְּנַפְשַׁייְהוּ קָאָמְרִי אֶלָּא אַלִּיבָּא דְּרַשְׁבָּ"ג וְלֵית הִלְכְתָא כְּרַשְׁבָּ"ג: וְהַלּוֹעֵז שֶׁשָּׁמַע אַשּׁוּרִית יָצָא אע"ג דְּלָא יָדַע מַאי קָאָמַר. וַאֲפִילּוּ הָכֵי נָפֵיק יְדֵי חוֹבָתוֹ מִידֵּי דְּהָווּ אֲנָשִׁים וְעַמֵּי הָאָרֶץ דְּלָא יָדְעִי מַאי קָאָמְרִי וְאַפֵּי' הָכֵי נָפְקִי יְדֵי חוֹבְתַיְיהוּ דְּהָא אִיכָּא מִצְוַת קְרִיאָה וּפַרְסוֹמֵי נִיסָּא:
Guemara. « Il a été enseigné : de même pour le Hallel, de même pour la lecture du Chema et pour la tefila » — s'il les a dits à l'envers, il ne s'est pas acquitté. La tefila, d'où le savons-nous ? Car il a été enseigné : Chimon HaPakouli ordonna les dix-huit bénédictions devant Rabban Gamliel, dans l'ordre, à Yavne. Rabbi Yirmeya a dit, et certains disent Rabbi Hiya bar Abba, et d'autres l'enseignent dans une baraita : cent vingt anciens, parmi lesquels plusieurs prophètes, instituèrent les dix-huit bénédictions dans l'ordre. La meguila, d'où le savons-nous ? Car il est écrit : « et ces jours sont rappelés et accomplis de génération en génération » — de même que l'accomplissement ne va pas à l'envers, de même le rappel ne va pas à l'envers. Le Hallel, d'où le savons-nous ? Rava a dit : car il est écrit « du levant du soleil jusqu'à son couchant, loué soit le nom de Hachem », etc. De même qu'il est impossible au soleil de se lever à l'envers, de l'occident vers l'orient, de même on ne lit pas le Hallel à l'envers. La lecture du Chema, d'où la savons-nous ? Le verset dit « et elles seront », pour qu'il ne lise pas à l'envers. « Mais on la lit pour ceux qui parlent une langue étrangère dans cette langue étrangère » : à condition qu'elle soit écrite dans cette langue. Il a été enseigné : le gaftit pour les Gaftim, l'élamit pour les Élamim, l'hébreu pour les Hébreux et le grec pour les Grecs. Et le Rav Alfassi, de mémoire bénie, n'a pas rapporté l'enseignement de Rav et de Chemouel selon lequel la langue grecque est valable pour tous, bien que personne ne les contredise ; il est possible qu'il tienne qu'ils ne parlent pas selon leur propre avis, mais selon celui de Rabban Chimon ben Gamliel, et la halakha ne suit pas Rabban Chimon ben Gamliel. « Et celui qui parle une langue étrangère et qui l'a entendue en achourit s'est acquitté » : bien qu'il ne sache pas ce qui est dit. Et pourtant il s'acquitte de son obligation, comme il en va des femmes et des gens du peuple qui ne savent pas ce qu'ils disent et qui s'acquittent pourtant de leur obligation, car il y a là la mitsva de la lecture et la publication du miracle (pirsoumei nissa).
💡 Explication

La règle de l'ordre déborde le cadre de la meguila. La baraita l'étend au Hallel, à la lecture du Chema et à la tefila, c'est-à-dire aux textes fixés dont la suite fait partie de l'obligation.

Le Roch rassemble ici les sources de chacune de ces extensions, puis passe aux conséquences halakhiques de la michna sur les langues : lecture en laaz à condition que le rouleau soit écrit dans cette langue, et validité de l'achourit pour qui ne le comprend pas.

15
הַלֵּל מִנָּלַן? רַבָּה אָמַר, דִּכְתִיב: ״מִמִּזְרַח שֶׁמֶשׁ עַד מְבוֹאוֹ״. רַב יוֹסֵף אָמַר: ״זֶה הַיּוֹם עָשָׂה ה׳״.

Le Hallel, d'où le savons-nous ? Rabba a dit : car il est écrit « du levant du soleil jusqu'à son couchant ».

Rav Yossef a dit : « voici le jour qu'a fait Hachem ».

📜 Rachi (2)
מִמִּזְרַח שֶׁמֶשׁ עַד מְבוֹאוֹ כְּשֵׁם שֶׁשְּׁקִיעַת וּזְרִיחַת הַחַמָּה לֹא יֵהָפְכוּ כָּךְ מְהֻולָּל שֵׁם ה' וְלֹא לְמַפְרֵעַ:
De même que le coucher et le lever du soleil ne s'inversent pas, de même « loué soit le nom de Hachem », et non à l'envers.
זֶה הַיּוֹם כְּסֵדֶר הַיּוֹם שֶׁאֵינוֹ מִשְׁתַּנֶּה בִּשְׁעוֹתָיו לְהֵיפֶךְ כָּךְ לְמַפְרֵעַ לֹא:
Selon l'ordre du jour, dont les heures ne se renversent pas ; de même, à l'envers, non.
💡 Explication

Les sources proposées pour le Hallel ont un point commun : chacune s'appuie sur un verset du Hallel lui-même qui évoque une succession irréversible. Le trajet du soleil chez Rabba, le déroulement du jour chez Rav Yossef.

16
רַב אַוְיָא אָמַר: ״יְהִי שֵׁם ה׳ מְבֹורָךְ״. וְרַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק, וְאִיתֵּימָא רַב אַחָא בַּר יַעֲקֹב אָמַר: מֵהָכָא: ״מֵעַתָּה וְעַד עוֹלָם״.

Rav Avya a dit : « que le nom de Hachem soit béni ». Et Rav Nahman bar Yitshak, et certains disent Rav Aha bar Yaakov, a dit : on le tire d'ici — « dès maintenant et à jamais ».

📜 Rachi (1)
יְהִי שֵׁם ה' מְבֹורָךְ כַּהֲוָייָתוֹ יְהֵא הִלּוּל הַשֵּׁם וּבִרְכָתוֹ כְּסִדְרוֹ:
Que la louange du Nom et sa bénédiction soient telles quelles, selon leur ordre.
💡 Explication

Deux dérivations s'ajoutent, tirées du même verset des Psaumes. Rav Avya lit « que le nom soit béni » comme une exigence de conformité : la louange doit se tenir telle qu'elle est écrite. Rav Nahman bar Yitshak retient la fin du verset, « des maintenant et à jamais », qui décrit un temps orienté dans un seul sens.

🖼️ Schéma
Quatre versets pour le même principe : le Hallel se dit dans l'ordre Rabba du levant du soleil jusqu'à son couchant le trajet du soleil ne s'inverse pas Rav Yossef voici le jour qu'a fait Hachem les heures du jour se suivent dans un ordre Rav Avya que le nom de Hachem soit béni la louange se tient telle qu'elle est écrite Rav Nahman bar Yitshak dès maintenant et à jamais le temps avance dans un seul sens
Les quatre dérivations du Hallel reposent toutes sur une image de succession irréversible.
17
קְרִיאַת שְׁמַע, דְּתַנְיָא: קְרִיאַת שְׁמַע כִּכְתָבָהּ, דִּבְרֵי רַבִּי, וַחֲכָמִים אוֹמְרִים: בְּכָל לָשׁוֹן. מַאי טַעְמָא דְּרַבִּי? אֲמַר קְרָא:

La lecture du Chema : car il a été enseigné : la lecture du Chema se fait telle qu'elle est écrite — parole de Rabbi ; et les sages disent : en toute langue. Quel est le motif de Rabbi ?

Le verset dit :

📜 Rachi (1)
כִּכְתָבָהּ בִּלְשׁוֹן הַקֹּודֶשׁ וְלֹא בְּלָשׁוֹן אַחֵר:
En langue sainte, et non dans une autre langue.
⚖️ Rosh (1)
הַקּוֹרֵא אֶת הַמְּגִילָּה לְמַפְרֵעַ לֹא יָצָא קְרָאָהּ עַל פֶּה קְרָאָהּ תַּרְגּוּם בְּכָל לָשׁוֹן לֹא יָצָא אֲבָל קוֹרִין אוֹתָהּ לַלּוֹעֲזוֹת בְּלַעַז וְהַלּוֹעֵז שֶׁשָּׁמַע אַשּׁוּרִית יָצָא:
« Celui qui lit la meguila a l'envers ne s'est pas acquitté. S'il l'a lue par cœur, s'il l'a lue en traduction araméenne ou en quelque langue que ce soit, il ne s'est pas acquitté. Mais on la lit pour ceux qui parlent une langue étrangère dans cette langue étrangère ; et celui qui parle une langue étrangère et qui l'a entendue en achourit s'est acquitté. »
💡 Explication

Le folio s'achève sur une mahloket relative au Chema. Pour Rabbi, il se dit « ketikhtava », tel qu'il est écrit, donc en langue sainte. Pour les sages, il peut se dire en toute langue.

Le verset qui fonde la position de Rabbi est annoncé mais coupé par la fin de la page : il s'agit de « vehayou », « et elles seront », lu en 17b. Le même mot servira également à établir l'ordre de la lecture.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).