Megillah 17b — La langue du Chema entre Rabbi et les Sages, puis l'ordre des dix-huit bénédictions de la Amida et les versets qui le fondent

Megillah 17b

Sougya : Le folio achève la discussion ouverte au folio précédent sur la langue dans laquelle le Chema doit être lu. Rabbi tire de « et ces paroles seront » que le Chema se dit en langue sainte ; les Sages tirent de « Écoute » qu'il se dit dans toute langue comprise.

La guemara demande ensuite à chacun ce qu'il fait du verset de l'autre, puis examine si ce différend engage une position générale sur toute la Torah. La seconde moitié du folio passe à la tefila : Chimon ha-Pakouli a ordonné les dix-huit bénédictions devant Rabban Gamliel à Yavne, et cent vingt anciens les ont instituées selon leur ordre.

Une longue baraita justifie alors chaque place dans la suite, bénédiction par bénédiction, par un verset ou par la contiguïté de deux versets, des Pères jusqu'à la venue de David.

Le plan du folio : la langue du Chema, puis l'ordre de la Amida A. La mahloket sur la langue (seg. 0-2) Rabbi : "et elles seront" impose la langue sainte. Les Sages : "Écoute" autorise toute langue comprise. Chacun doit alors rendre compte du verset de l'autre : audibilité, ordre de lecture, "des paroles" / "les paroles". B. Une position générale ? (seg. 3-6) La guemara essaie deux fois d'élargir le différend à toute la Torah, et se rétracte deux fois : chaque verset était requis pour écarter l'avis adverse, donc il n'engage rien au-delà du Chema. C. Qui a fixé la Amida ? (seg. 7) Chimon ha-Pakouli ordonne les dix-huit bénédictions devant Rabban Gamliel, à Yavne. Cent vingt anciens, dont plusieurs prophètes, les avaient instituées selon leur ordre. D.ieu. Pourquoi cet ordre ? (seg. 8-19) Une baraita justifie chaque place par un verset ou par la contiguïté de deux versets. Deux places font exception et reçoivent une raison de fait : la septième et la huitième.
Les quatre mouvements du folio : le différend sur la langue du Chema, sa tentative d'élargissement à toute la Torah, l'institution des dix-huit bénédictions, et la justification de leur ordre.
Deux mots, deux maîtres : comment chacun répartit le travail des versets Les deux mots sont dans le même passage. Chacun en prend un pour la langue et doit trouver un autre emploi au second. Le verset et ce qu'il enseigne Rabbi le Chema se lit en langue sainte Les Sages le Chema se lit en toute langue ve-hayou "et elles seront" Devarim 6,6 La langue : telles qu'elles sont, donc en langue sainte. C'est le mot qui porte la thèse. L'ordre : qu'il ne lise pas à rebours. Le mot sert ailleurs. chema "Écoute" Devarim 6,4 L'audibilité : fais entendre à ton oreille ce que dit ta bouche. Le mot sert ailleurs. La langue : toute langue que tu entends, donc que tu comprends. C'est le mot qui porte la thèse. Le reste à distribuer Rabbi tire l'ordre de lecture de "les paroles" plutôt que "des paroles" ; les Sages, qui ne lisent pas cette nuance, tiennent aussi que lire le Chema sans s'entendre acquitte.
La répartition des deux mots du passage entre les deux avis : chacun fonde la langue sur un mot et doit assigner au second un autre enseignement.
La chaîne des bénédictions et ce qui fixe chaque place La baraita avance par contiguïté de versets. Deux places seulement reçoivent une raison d'un autre genre : la septième et la huitième. 1. Avot Havou la-Chem benei elim (Teh. 29,1) 2. Guevourot kavod va-oz, même verset 3. Kedoushot be-hadrat kodech (Teh. 29,2) 4. Bina Yech. 29,23 puis 29,24 : toei roua'h bina 5. Techouva u-levavo yavin va-chav (Yech. 6,10) 6. Seliha ve-yachov... ki yarbe li-slo'ah (Yech. 55,7) 7. Gueoula délivrance attendue la septième année 8. Refoua la mila au huitième jour appelle guérison 9. Birkat ha-chanim chevor zeroa racha, neuvième passage 10. Kiboutz galouyot Yeh. 36,8 : ki karvou lavo 11. Hachavat ha-mishpat Yech. 1,25 puis 1,26 12. Poch'im et zedim Yech. 1,28 : chever poch'im 13. Tsadikim et guerim Teh. 75,11 ; Vay. 19,32-33 14. Binyan Yerouchalayim Teh. 122,6 15. Malkhout beit David verset cité au folio 18a Le principe de la baraita Chaque fois que deux versets se suivent, l'ordre des bénédictions suit l'ordre des versets. La guemara teste ce principe en opposant deux versets concurrents. Les deux places qui résistent au procédé La délivrance en septième : le nombre de la bénédiction répond au rang de l'année où la délivrance est attendue (Rava). La guérison en huitième : le nombre répond au jour de la mila, qui appelle une guérison (Rabbi Aha). Dans ces deux cas, c'est le rang qui fait sens, et non la contiguïté de deux versets.
La suite des bénédictions telle que la baraita la justifie, avec le verset ou le fait qui fixe chaque place, et les deux positions qui échappent au procédé de contiguïté.
1
״וְהָיוּ״, בַּהֲוָיָתָן יְהוּ. וְרַבָּנָן, מַאי טַעְמָא? אֲמַר קְרָא: ״שְׁמַע״, בְּכָל לָשׁוֹן שֶׁאַתָּה שׁוֹמֵעַ.

« Et ces paroles seront » : elles seront telles qu'elles sont. Et les Sages, quelle est leur raison ?

Le verset dit : « Écoute » — dans toute langue que tu entends.

📜 Rachi (1)
וְהָיוּ הַדְּבָרִים הָאֵלֶּה בַּהֲוָיָיתָן בִּלְשׁוֹן הַקֹּודֶשׁ:
« Et ces paroles seront — telles qu'elles sont » : en langue sainte.
🗂️ Tossefot (1)
רַבָּנָן אָמְרִי אֲמַר קְרָא שְׁמַע נִרְאֶה דַּהֲלָכָה כַּחֲכָמִים חֲדָא דְּיָחִיד וְרַבִּים הֲלָכָה כְּרַבִּים וְעוֹד דְּקָאָמַר וְרַבָּנַן סָבְרִי כְּמַאן דְּאָמַר הַקּוֹרֵא אֶת שְׁמַע וְלֹא הִשְׁמִיעַ לְאָזְנוֹ יָצָא וּבְפֶרֶק שֵׁנִי דִּבְרָכוֹת (דַּף טו:) מַסְּקִינַן כְּתַנָּא קַמָּא דְּרַבִּי יוֹסֵי דְּאָמַר כֵּן הָתָם:
« Les Sages disent : le verset dit Écoute » : il apparaît que la halakha suit les Sages. D'abord parce que, entre un avis isolé et une majorité, la halakha suit la majorité. Ensuite parce que la guemara dit que les Sages tiennent comme celui qui enseigne que celui qui lit le Chema sans le faire entendre à son oreille s'est acquitté : or au deuxième chapitre de Berakhot (15b) nous tranchons comme le tana kama, en désaccord avec Rabbi Yossi, et c'est ce tana kama qui énonce cette règle là-bas.
💡 Explication

Le folio reprend en pleine discussion, commencée au folio précédent. La michna a enseigné que le Chema peut se lire dans toute langue ; Rabbi soutient le contraire. Son appui est le mot ve-hayou, « et elles seront », qu'il lit comme une exigence de permanence de la forme : les paroles restent telles qu'elles ont été données, donc en lachon ha-kodech (la langue sainte).

Les Sages répondent par le premier mot du passage, chema. Le verbe chama signifie entendre, et aussi comprendre. Lire dans une langue que l'on entend revient alors à lire dans une langue que l'on comprend.

Tossefot, en marge du débat, tranche : la halakha suit les Sages, pour deux motifs indépendants — la règle de la majorité, et la cohérence avec la décision retenue au traité Berakhot sur l'audibilité de la lecture.

2
וְרַבִּי נָמֵי, הָא כְתִיב: ״שְׁמַע״? הַהוּא מִיבְּעֵי לֵיהּ: הַשְׁמַע לְאָזְנֶיךָ מַה שֶּׁאַתָּה מוֹצִיא מִפִּיךָ. וְרַבָּנָן — סָבְרִי כְּמַאן דְּאָמַר הַקּוֹרֵא אֶת שְׁמַע וְלֹא הִשְׁמִיעַ לְאָזְנוֹ יָצָא.

Et Rabbi lui aussi, n'est-il pas écrit « Écoute » ? Ce mot lui est nécessaire pour ceci : fais entendre à tes oreilles ce que tu fais sortir de ta bouche.

Et les Sages ? Ils tiennent comme celui qui dit : celui qui lit le Chema sans le faire entendre à son oreille s'est acquitté.

💡 Explication

La guemara procède maintenant par symétrie. Chaque maître fonde sa thèse sur un mot, et doit donc rendre compte du mot dont l'autre se sert. Rabbi assigne à chema un enseignement différent de la langue : la lecture doit être audible à celui qui lit.

Les Sages, eux, ont déjà employé chema pour la langue. Ils se rangent donc à l'avis selon lequel une lecture inaudible acquitte malgré tout, et n'ont plus besoin d'en tirer l'exigence d'audibilité.

3
וְרַבָּנָן נָמֵי, הַכְּתִיב ״וְהָיוּ״? הַהוּא מִיבְּעֵי לֵיהּ שֶׁלֹּא יִקְרָא לְמַפְרֵעַ. וְרַבִּי, שֶׁלֹּא יִקְרָא לְמַפְרֵעַ מְנָא לֵיהּ? מִ״דְּבָרִים״ ״הַדְּבָרִים״. וְרַבָּנָן — ״דְּבָרִים״ ״הַדְּבָרִים״ לָא מַשְׁמַע לְהוּ.

Et les Sages eux aussi, n'est-il pas écrit « et elles seront » ? Ce mot leur est nécessaire pour enseigner qu'il ne faut pas lire à rebours.

Et Rabbi, d'où tient-il qu'il ne faut pas lire à rebours ? De la différence entre « des paroles » et « les paroles ».

Et les Sages ? La différence entre « des paroles » et « les paroles » ne leur dit rien.

📜 Rachi (1)
שֶׁלֹּא יִקְרָא לְמַפְרֵעַ אַלְמָא קְרִיאַת שְׁמַע לְמַפְרֵעַ לֹא וּמֵהָכָא יָלֵיף תַּנָּא דִּלְעֵיל טַעְמָא:
« Qu'il ne lise pas à rebours » : il apparaît donc que le Chema lu à rebours ne vaut pas, et c'est de là que le tana cité plus haut tire sa raison.
💡 Explication

Le mouvement se referme. Les Sages emploient ve-hayou pour l'ordre de la lecture : les paroles demeurent dans leur suite, donc lire le-mafrea (à rebours, dans le désordre) n'acquitte pas.

Rabbi, qui a déjà employé ce mot pour la langue, tire l'ordre d'une autre marque : le verset écrit ha-devarim, « les paroles », avec l'article, plutôt que devarim. L'article désigne des paroles déterminées, dans leur suite fixée. Les Sages n'exploitent pas cette nuance de lecture.

Rachi signale l'enjeu : c'est de ce verset que la baraita citée plus haut tirait la règle générale de l'ordre, qui vaut aussi pour le Hallel, la meguila et la tefila.

🖼️ Schéma
Trois enseignements, deux mots : le partage imposé à chaque avis La langue de lecture langue sainte ou toute langue L'audibilité entendre ce que dit la bouche L'ordre de lecture interdiction de lire à rebours Rabbi : ve-hayou Sages : chema Rabbi : chema Sages : pas requis Rabbi : ha-devarim Sages : ve-hayou Ce que couvre la case vide Les Sages n'ont aucun mot disponible pour l'audibilité : ils suivent donc l'avis selon lequel une lecture inaudible acquitte.
Les trois enseignements tirés du passage du Chema et le mot que chaque avis leur assigne ; la case laissée vide par les Sages explique leur position sur la lecture inaudible.
4
לֵימָא קָסָבַר רַבִּי כָּל הַתּוֹרָה כֻּולָּהּ בְּכָל לָשׁוֹן נֶאֶמְרָה, דְּאִי סָלְקָא דַּעְתָּךְ בִּלְשׁוֹן הַקֹּודֶשׁ נֶאֶמְרָה — לָמָּה לִי לְמִכְתַּב ״וְהָיוּ״!

Dirons-nous que Rabbi tient que la Torah tout entière a été dite en toute langue ? Car s'il te venait à l'esprit qu'elle a été dite en langue sainte, pourquoi faudrait-il écrire « et elles seront » ?

📜 Rachi (1)
בְּכָל לָשׁוֹן נֶאֶמְרָה לִקְרוֹתָהּ בְּכָל לָשׁוֹן וְלָכֵן אִיצְטְרִיךְ בִּקְרִיאַת שְׁמַע וְהָיוּ:
« Elle a été dite en toute langue » : au sens où l'on peut la lire dans n'importe quelle langue ; et c'est pourquoi il a fallu, pour la lecture du Chema, le mot « et elles seront ».
🗂️ Tossefot (2)
כָּל הַתּוֹרָה בְּכָל לָשׁוֹן נֶאֶמְרָה פֵּירֵשׁ הַקּוּנְטְרֵס שֶׁנִּתְּנָה לִקְרוֹת בְּכָל לָשׁוֹן שֶׁרוֹצֶה לִקְרוֹת בְּסֵפֶר תּוֹרָה וְקָשֶׁה שֶׁהֲרֵי קְרִיאַת הַתּוֹרָה אֵינָהּ מִן הַתּוֹרָה אֶלָּא מִדְּרַבָּנָן לְבַד מִפָּרָשַׁת זָכוּר דְּהָוֵי דְּאוֹרָיְיתָא וְנִרְאֶה דְּהָכִי פֵּירוּשָׁא כָּל קְרִיאָה שֶׁבַּתּוֹרָה כְּגוֹן מִצְוַת חֲלִיצָה וּפָרָשַׁת עֶגְלָה עֲרוּפָה וִידּוּי מַעֲשֵׂר וּבִכּוּרִים וְכָל אֵלּוּ הַשִּׁנּוּיִין פֶּרֶק אֵלּוּ נֶאֱמָרִין בְּסוֹטָה (דַּף לב. וְשָׁם):
« Toute la Torah a été dite en toute langue » : le Kountras (Rachi) explique qu'elle a été donnée pour être lue dans la langue que l'on veut lorsqu'on lit dans un sefer Torah. C'est difficile, car la lecture publique de la Torah n'est pas d'institution toranique mais rabbinique, hormis la parachat Zakhor qui est d'ordre toranique. Il semble donc que le sens soit celui-ci : toute récitation prescrite par la Torah, comme la mitsva de la halitsa, le passage de la egla aroufa (la génisse à la nuque brisée), la confession de la dîme et les bikourim, et toutes celles énumérées au chapitre Elou neemarin, dans Sota (32a et là-bas).
דְּאִי בִּלְשׁוֹן הַקֹּודֶשׁ נֶאֶמְרָה לָמָּה לִי לְמִיכְתַּב וְכוּ' קַשְׁיָא דְּהָא בְּפֶרֶק אֵלּוּ נֶאֱמָרִים בְּסוֹטָה (דַּף לג. וְשָׁם) מַצְרִיךְ קְרָא בֵּין לְמַאן דְּאָמַר בְּכָל לָשׁוֹן נֶאֶמְרָה בֵּין לְמַאן דְּאָמַר בִּלְשׁוֹן הַקֹּודֶשׁ נֶאֶמְרָה וְיֵשׁ לוֹמַר דְּהָתָם בָּעֵי לְאוֹקֻמֵי רִבּוּי אַלִּיבָּא דְּכֻולֵּי עָלְמָא לְמָאֵן דְּאָמַר בְּכָל לָשׁוֹן נֶאֶמְרָה צָרִיךְ קְרָא לְרַבּוּיֵי לְשׁוֹן הַקֹּדֶשׁ וּלְמַאן דְּאָמַר בִּלְשׁוֹן הַקֹּודֶשׁ נֶאֶמְרָה צָרִיךְ לְרַבּוֹיֵי בְּכָל לָשׁוֹן:
« Car si elle avait été dite en langue sainte, pourquoi écrire, etc. » : c'est difficile, car au chapitre Elou neemarin, dans Sota (33a et là-bas), un verset est requis aussi bien pour celui qui dit qu'elle a été dite en toute langue que pour celui qui dit qu'elle a été dite en langue sainte. On peut répondre que là-bas on cherche à établir l'inclusion selon tous les avis : pour celui qui dit qu'elle a été dite en toute langue, il faut un verset pour inclure la langue sainte ; et pour celui qui dit qu'elle a été dite en langue sainte, il faut un verset pour inclure les autres langues.
💡 Explication

La guemara cherche à savoir si le différend sur le Chema recouvre une position générale. Le raisonnement est un argument de nécessité : un verset ne vient jamais enseigner ce qui se saurait déjà. Si Rabbi pensait que toute la Torah se dit en langue sainte, le mot ve-hayou serait superflu, puisque le Chema suivrait la règle commune. Qu'il ait besoin d'un verset montrerait donc qu'à ses yeux la règle commune est l'inverse.

Tossefot conteste la lecture de Rachi sur le sens de « dite en toute langue ». La lecture publique de la Torah étant une institution des Sages, le débat ne peut porter sur elle ; il porte sur les récitations que la Torah elle-même prescrit — halitsa, egla aroufa, vidouy maasser, bikourim — énumérées dans le chapitre Elou neemarin.

5
אִצְטְרִיךְ, סָלְקָא דַעְתָּךְ ״שְׁמַע״ — כְּרַבָּנָן, כְּתַב רַחֲמָנָא ״וְהָיוּ״.

C'était nécessaire : il aurait pu te venir à l'esprit que « Écoute » signifie, comme le soutiennent les Sages, toute langue que tu entends ; c'est pourquoi le Miséricordieux a écrit « et elles seront ».

📜 Rachi (1)
אִיצְטְרִיךְ וְהָיוּ דְּלָא תֵּימָא שְׁמַע בְּכָל לָשׁוֹן שֶׁאַתָּה שׁוֹמֵעַ כְּרַבָּנָן:
« C'était nécessaire » : le mot « et elles seront » était nécessaire pour que tu ne dises pas, comme les Sages, que « Écoute » autorise toute langue que tu entends.
💡 Explication

La guemara retire la déduction. Le verset garde une utilité même si la règle générale est la langue sainte : sans lui, le mot chema, présent dans le même passage, aurait pu faire du Chema une exception à cette règle. Ve-hayou vient alors barrer cette lecture et ramener le Chema sous la règle commune.

6
לֵימָא קָסָבְרִי רַבָּנַן כָּל הַתּוֹרָה בִּלְשׁוֹן הַקֹּודֶשׁ נֶאֶמְרָה, דְּאִי סָלְקָא דַּעְתָּךְ בְּכָל לָשׁוֹן נֶאֶמְרָה — לָמָּה לִי לְמִכְתַּב ״שְׁמַע״!

Dirons-nous que les Sages tiennent que la Torah tout entière a été dite en langue sainte ? Car s'il te venait à l'esprit qu'elle a été dite en toute langue, pourquoi faudrait-il écrire « Écoute » ?

7
אִיצְטְרִיךְ, סָלְקָא דַעְתָּךְ אֲמִינָא ״וְהָיוּ״ — כְּרַבִּי, כְּתַב רַחֲמָנָא ״שְׁמַע״.

C'était nécessaire : il aurait pu te venir à l'esprit de dire que « et elles seront » impose la langue sainte, comme le soutient Rabbi ; c'est pourquoi le Miséricordieux a écrit « Écoute ».

💡 Explication

Le même argument est repris à l'identique pour les Sages, puis retiré de la même manière. La guemara conclut ainsi que le différend porte sur le Chema seul : chacun des deux mots était requis pour écarter la lecture adverse, et aucun des deux avis ne s'engage sur la langue du reste de la Torah.

Ce double mouvement — lima kassavar (dirons-nous qu'il tient), puis itstrikh (c'était nécessaire) — est une figure courante : elle sert à mesurer la portée d'un avis et, le plus souvent, à la restreindre.

8
תְּפִלָּה מְנָא לַן? דְּתַנְיָא: שִׁמְעוֹן הַפָּקוֹלֵי הִסְדִּיר שְׁמוֹנֶה עֶשְׂרֵה בְּרָכוֹת לִפְנֵי רַבָּן גַּמְלִיאֵל עַל הַסֵּדֶר בְּיַבְנֶה. אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן, וְאָמְרִי לַהּ בְּמַתְנִיתָא תָּנָא: מֵאָה וְעֶשְׂרִים זְקֵנִים, וּבָהֶם כַּמָּה נְבִיאִים, תִּיקְּנוּ שְׁמֹונֶה עֶשְׂרֵה בְּרָכוֹת עַל הַסֵּדֶר.

La tefila, d'où le tenons-nous ? Car il a été enseigné : Chimon ha-Pakouli a ordonné les dix-huit bénédictions devant Rabban Gamliel, selon leur ordre, à Yavne.

Rabbi Yo'hanan a dit — et certains l'enseignent dans une baraita : cent vingt anciens, parmi lesquels plusieurs prophètes, ont institué les dix-huit bénédictions selon leur ordre.

📜 Rachi (2)
עַל הַסֵּדֶר כְּמִשְׁפַּט הַמִּקְרָאוֹת וְכִדְיָלֵיף לְקַמָּן:
« Selon leur ordre » : conformément à l'ordre des versets, comme la guemara va le déduire plus loin.
הַפָּקוֹלֵי יֵשׁ אוֹמְרִים שֶׁמִּשְׂתַּכֵּר בְּצֶמֶר גֶּפֶן שֶׁנִּקְרָא פָּקוֹלָא:
« Ha-Pakouli » : certains disent qu'il gagnait sa vie avec le coton, qui se nomme pakoula.
🗂️ Tossefot (1)
הִסְדִּיר שְׁמֹונֶה עֶשְׂרֵה בְּרָכוֹת עַל הַסֵּדֶר מִכָּאן קַשְׁיָא לְמַה שפרש"י בִּבְרָכוֹת (דַּף לד. וְשָׁם) גַּבֵּי אֶמְצָעִיּוֹת אֵין לָהֶן סֵדֶר דְּפֵירֵשׁ דְּאִם טָעָה בְּאַחַת מִן הַבְּרָכוֹת וְשָׁכַח אַחַת מֵהֶן שֶׁצָּרִיךְ לַחֲזֹור שֶׁאוֹמֵר אוֹתָהּ בְּרָכָה שֶׁשָּׁכַח בַּמָּקוֹם שֶׁנִּזְכַּר וְגוֹמֵר תְּפִלָּתוֹ וְקַשְׁיָא דְּאִם כֵּן הוּא אוֹמֵר הַשְּׁמוֹנֶה עֶשְׂרֵה בְּרָכוֹת לְמַפְרֵעַ וְהָכָא חָזֵינָא דְּשִׁמְעוֹן הַפָּקוֹלֵי הִתְקִין אוֹתָן עַל הַסֵּדֶר אֶלָּא נִרְאֶה לְפָרֵשׁ הָתָם אֵין לָהֶן סֵדֶר דְּלָא הָווּ כְּשָׁלֹשׁ רִאשׁוֹנוֹת וְשָׁלֹשׁ אַחֲרוֹנוֹת דְּחוֹזֵר לְרֹאשׁ הַשְּׁלֹשָׁה כְּשֶׁטָּעָה בְּאַחַת מֵהֶן אֶלָּא חוֹזֵר לְאוֹתָהּ שֶׁשָּׁכַח וְגוֹמֵר מִמֶּנָּה וּלְמַטָּה הַכֹּל כַּסֵּדֶר אֲבָל בְּעָנְיֵנוּ אֵין חוֹזֵר כֵּיוָן שֶׁעָבַר מְקוֹמוֹ וְהָכִי נָמֵי אָמְרִינַן לְקַמָּן (מְגִילָּה דַּף יח:) גַּבֵּי מְגִילָּה שֶׁאִם הִשְׁמִיט פָּסוּק אֶחָד שֶׁמַּתְחִיל וְקוֹרֵא מֵאוֹתוֹ פָּסוּק וּלְמַטָּה:
« Il a ordonné les dix-huit bénédictions selon leur ordre » : d'ici une difficulté sur l'explication de Rachi dans Berakhot (34a et là-bas), à propos des bénédictions du milieu dont il est dit qu'elles n'ont pas d'ordre. Il explique que celui qui s'est trompé dans l'une des bénédictions et en a oublié une doit dire cette bénédiction à l'endroit où il s'en souvient, puis achever sa tefila. C'est difficile : il dirait alors les dix-huit bénédictions à rebours, alors que nous voyons ici que Chimon ha-Pakouli les a instituées selon leur ordre. Il faut donc expliquer que « elles n'ont pas d'ordre » signifie qu'elles ne sont pas comme les trois premières et les trois dernières, où l'on revient au début du groupe de trois quand on s'est trompé dans l'une d'elles ; ici, on revient à celle que l'on a oubliée et l'on poursuit à partir d'elle, tout le reste dans l'ordre. En revanche, on ne revient pas pour la remettre à sa place propre, puisque cette place est passée. De même disons-nous plus loin (Meguila 18b) au sujet de la meguila : celui qui a sauté un verset recommence à partir de ce verset et poursuit.
💡 Explication

La baraita citée au folio précédent appliquait l'interdiction de lire à rebours à quatre textes, dont la tefila. La guemara demande la source pour ce dernier cas, et répond par un fait d'institution : l'ordre des bénédictions a été fixé, donc il oblige.

Deux traditions se superposent. Chimon ha-Pakouli ordonne les bénédictions devant Rabban Gamliel à Yavne, après la destruction du Temple. Rabbi Yo'hanan rappelle que les cent vingt anciens de la Knesset ha-guedola, parmi lesquels des prophètes, les avaient déjà instituées selon cet ordre. Le travail de Yavne consiste alors à rétablir et fixer une suite ancienne.

9
תָּנוּ רַבָּנַן: מִנַּיִן שֶׁאוֹמְרִים אָבוֹת — שֶׁנֶּאֱמַר: ״הָבוּ לַה׳ בְּנֵי אֵלִים״. וּמִנַּיִן שֶׁאוֹמְרִים גְּבוּרוֹת — שֶׁנֶּאֱמַר: ״הָבוּ לַה׳ כָּבוֹד וָעֹוז״. וּמִנַּיִן שֶׁאוֹמְרִים קְדֻושּׁוֹת — שֶׁנֶּאֱמַר: ״הָבוּ לַה׳ כְּבוֹד שְׁמוֹ הִשְׁתַּחֲווּ לַה׳ בְּהַדְרַת קֹדֶשׁ״.

Nos maîtres ont enseigné : d'où sait-on que l'on dit les Pères ? Car il est dit : « Rendez à Hachem, fils des puissants » (Tehilim 29,1).

Et d'où sait-on que l'on dit les puissances ? Car il est dit : « Rendez à Hachem gloire et force ».

Et d'où sait-on que l'on dit les sanctifications ? Car il est dit : « Rendez à Hachem la gloire de Son nom, prosternez-vous devant Hachem dans la splendeur de la sainteté » (Tehilim 29,2).

📜 Rachi (2)
הָבוּ לָהּ' הִזְכִּירוּ לְפָנָיו אֶת אֵילֵי הָאָרֶץ:
« Rendez à Hachem » : mentionnez devant Lui les puissants de la terre, c'est-à-dire les Pères.
הָבוּ לַה' כְּבוֹד שְׁמוֹ סֵיפֵיהּ דִּקְרָא בְּהַדְרַת קֹודֶשׁ:
« Rendez à Hachem la gloire de Son nom » : la fin du verset porte « dans la splendeur de la sainteté ».
🪔 Ben Yehoyada (1)
מנין שאומרים 'אבות'? שנאמר (תהלים כט, א) : "הבו לה' בני אלים". נראה לי בס"ד מה שנקראים האבות בני אלים על פי מה שכתב רבינו האר"י ז"ל בדרוש ראש השנה דרוש וא"ו, דשלשה שמות א־ל א־ל א־ל שהם גימטריא מגן [31×3=93] נרמזים בג' פעמים 'אלקי' שיש בתפילת העמידה כמו שאומרים 'אלקי אברהם אלקי יצחק ואלקי יעקב' יעוין שם. נמצא ג' פעמים א־ל שיש בג' פעמים אלקי האמורים על שם האבות הם רומזים לבחינת שלשה שמות א־ל בפני עצמו ולכן נקראים האבות בני אלים על שלשה שמות א־ל הנזכרים על שמם בתפילת העמידה. או יובן בס"ד כי האבות הם רגלי הכסא ו'אלים' גימטריא כסא [81] ולכן נקראים בני אלים כלומר בני הכסא.
« D'où sait-on que l'on dit les Pères ? Car il est dit : Rendez à Hachem, fils des puissants (benei elim) » (Tehilim 29,1). Il me semble, avec l'aide du Ciel, que les Pères sont appelés benei elim d'après ce qu'écrit notre maître le Ari za'l dans le derouch de Roch Hachana, sixième derouch : les trois noms E-l, E-l, E-l, dont la valeur numérique fait celle de maguen [31 x 3 = 93], sont évoqués par les trois « Elokei » que contient la tefila de la Amida, quand on dit « Elokei Avraham, Elokei Its'hak ve-Elokei Yaakov » — voir là-bas. Il se trouve donc que les trois noms E-l contenus dans les trois « Elokei » dits au nom des Pères renvoient à la dimension de trois noms E-l pris chacun pour lui-même ; c'est pourquoi les Pères sont appelés benei elim, d'après les trois noms E-l mentionnés en leur nom dans la Amida. On peut aussi le comprendre, avec l'aide du Ciel, ainsi : les Pères sont les pieds du Trône, et elim a la même valeur numérique que kisse, le trône [81] ; ils sont donc appelés benei elim, c'est-à-dire les fils du Trône.
💡 Explication

La baraita commence la justification de l'ordre. Les trois premières bénédictions sont tirées d'un seul verset et de son voisin immédiat : le psaume 29 énonce d'abord les benei elim — que Rachi lit comme les puissants, donc les Pères —, puis « gloire et force », d'où les guevourot, puis « la splendeur de la sainteté », d'où la kedoucha.

Le procédé est constant dans toute la suite : l'ordre des bénédictions reproduit l'ordre des mots ou des versets. Ce que la baraita établit n'est donc pas seulement une liste, mais une raison pour chaque place.

10
וּמֶה רָאוּ לוֹמַר בִּינָה אַחַר קְדֻושָּׁה — שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְהִקְדִּישׁוּ אֶת קְדוֹשׁ יַעֲקֹב וְאֶת אֱ-לֹהֵי יִשְׂרָאֵל יַעֲרִיצוּ״, וּסְמִיךְ לֵיהּ: ״וְיָדְעוּ תֹועֵי רוּחַ בִּינָה״. וּמֶה רָאוּ לוֹמַר תְּשׁוּבָה אַחַר בִּינָה — דִּכְתִיב: ״וּלְבָבוֹ יָבִין וָשָׁב וְרָפָא לוֹ״.

Et pourquoi ont-ils vu bon de dire l'intelligence après la sainteté ? Car il est dit : « Ils sanctifieront le Saint de Yaakov et révéreront le D.ieu d'Israël » (Yechayahou 29,23), et il est écrit juste après : « Ceux qui erraient en esprit connaîtront l'intelligence » (29,24).

Et pourquoi ont-ils vu bon de dire la techouva après l'intelligence ? Car il est écrit : « Son cœur comprendra, il reviendra et il sera guéri » (Yechayahou 6,10).

11
אִי הָכִי — לֵימָא רְפוּאָה בָּתְרַהּ דִּתְשׁוּבָה? לָא סָלְקָא דַעְתָּךְ, דִּכְתִיב: ״וְיָשֹׁוב אֶל ה׳ וִירַחֲמֵהוּ וְאֶל אֱ-לֹהֵינוּ כִּי יַרְבֶּה לִסְלוֹחַ״.

S'il en est ainsi, que l'on dise la guérison après la techouva ! Cela ne saurait te venir à l'esprit, car il est écrit : « Qu'il revienne vers Hachem et Il aura pitié de lui, et vers notre D.ieu, car Il pardonne abondamment » (Yechayahou 55,7).

💡 Explication

La guemara teste le procédé. Le verset qui vient de fonder la place de la techouva poursuit par « et il sera guéri » : il devrait donc placer la refoua juste après. Or la sixième bénédiction est la seliha, le pardon.

La réponse oppose un autre verset, où le retour vers Hachem est suivi du pardon. La difficulté tient donc à une concurrence entre deux versets voisins, et la guemara va devoir dire lequel commande.

12
וּמַאי חָזֵית דְּסָמְכַתְּ אַהָא? סְמֹוךְ אַהָא! כְּתַב קְרָא אַחֲרִינָא: ״הַסּוֹלֵחַ לְכָל עֲוֹנֵיכִי הָרוֹפֵא לְכָל תַּחֲלֻואָיְכִי הַגֹּואֵל מִשַּׁחַת חַיָּיְכִי״. לְמֵימְרָא דִּגְאֻולָּה וּרְפוּאָה בָּתַר סְלִיחָה הִיא, וְהָכְתִיב: ״וְשָׁב וְרָפָא לוֹ״! הָהוּא לָאו רְפוּאָה דְתַחְלוּאִים הִיא, אֶלָּא רְפוּאָה דִסְלִיחָה הִיא.

Et qu'as-tu vu pour t'appuyer sur ce verset-ci ? Appuie-toi plutôt sur celui-là !

Un autre verset écrit : « Il pardonne toutes tes fautes, Il guérit toutes tes maladies, Il délivre ta vie de la fosse » (Tehilim 103,3-4). Est-ce à dire que la délivrance et la guérison viennent après le pardon ?

Mais il est écrit « il reviendra et il sera guéri » ! Cette guérison-là désigne la guérison du pardon, et non celle des maladies.

💡 Explication

Un troisième verset départage : chez Tehilim, le pardon précède la guérison. La guemara s'en sert pour fixer l'ordre pardon puis guérison, et doit alors expliquer le « il sera guéri » de Yechayahou.

La solution est une relecture du mot : la guérison annoncée après le retour est d'ordre moral — le pardon lui-même est nommé guérison. Les deux versets cessent ainsi de se contredire. On notera que le verset de Tehilim mentionne la délivrance après la guérison, alors que la Amida place la gueoula avant la refoua : c'est l'objet de la question suivante.

13
וּמֶה רָאוּ לוֹמַר גְּאֻולָּה בִּשְׁבִיעִית? אָמַר רָבָא: מִתּוֹךְ שֶׁעֲתִידִין לִיגָּאֵל בִּשְׁבִיעִית — לְפִיכָךְ קְבָעוּהָ בִּשְׁבִיעִית. וְהָאָמַר מַר: בְּשִׁשִּׁית קֻולּוֹת, בִּשְׁבִיעִית מִלְחָמוֹת, בְּמוֹצָאֵי שְׁבִיעִית בֶּן דָּוִד בָּא! מִלְחָמָה נָמֵי אַתְחַלְתָּא דִגְאֻולָּה הִיא.

Et pourquoi ont-ils vu bon de dire la délivrance en septième position ? Rava a dit : puisque les enfants d'Israël sont destinés à être délivrés la septième année, ils l'ont fixée en septième.

Mais le Maître n'a-t-il pas dit : la sixième année, des voix ; la septième, des guerres ; et à l'issue de la septième, le fils de David vient ! La guerre aussi est un commencement de la délivrance.

📜 Rachi (3)
וּמֶה רָאוּ לוֹמַר גְּאֻולָּה בִּשְׁבִיעִית וְלֹא רְפוּאָה אַחַר סְלִיחָה כְּדִכְתִיב קְרָא הַסּוֹלֵחַ לְכָל עֲוֹנֵיכִי הָרוֹפֵא לְכָל תַּחֲלֻואָיְכִי:
« Et pourquoi ont-ils vu bon de dire la délivrance en septième » : plutôt que la guérison après le pardon, comme l'écrit le verset « Il pardonne toutes tes fautes, Il guérit toutes tes maladies ».
מִתּוֹךְ שֶׁעֲתִידִין לִיגָּאֵל בִּשְׁבִיעִית שָׁבוּעַ שֶׁבֶּן דָּוִד בָּא בּוֹ חָלוּק מִשְּׁאָר שָׁנִים כִּדְאָמְרִינַן בְּפֶרֶק חֵלֶק (סַנְהֶדְרִין דַּף צז.) שָׁנָה רִאשׁוֹנָה רָעָב וְלֹא רָעָב כו' עַד וּבַשְּׁבִיעִית מִלְחָמוֹת וּבְמוֹצָאֵי שְׁבִיעִית בֶּן דָּוִד בָּא:
« Puisqu'ils sont destinés à être délivrés la septième année » : le septennat au cours duquel le fils de David vient se distingue des autres années, comme nous le disons au chapitre Helek (Sanhédrin 97a) : la première année, famine et pas famine, etc., jusqu'à : la septième, des guerres, et à l'issue de la septième le fils de David vient.
אַתְחַלְתָּא דִּגְאוּלָּה הִיא וְאע"ג דְּהַאי גְּאֻולָּה לָאו גְּאֻולָּה דְּגָלוּת הִיא אֶלָּא שֶׁיִּגְאָלֵנוּ מִן הַצָּרוֹת הַבָּאוֹת עָלֵינוּ תָּמִיד דְּהָא בִּרְכַּת קִיבּוּץ וּבִנְיַן יְרוּשָׁלַיִם וְצֶמַח דָּוִד יֵשׁ לְכָל אַחַת וְאַחַת בְּרָכָה לְעַצְמָהּ לְבַד מִגְּאוּלָּה זוֹ אֲפִילּוּ הָכֵי כֵּיוָן דְּשֵׁם גְּאֻולָּה עֲלָהּ קְבָעוּהָ בִּשְׁבִיעִית:
« C'est un commencement de la délivrance » : la délivrance dont parle cette bénédiction est celle qui nous sauve des détresses qui nous atteignent sans cesse, plutôt que la délivrance de l'exil — puisque le rassemblement des exilés, la reconstruction de Jérusalem et le rejeton de David ont chacun leur propre bénédiction, distincte de celle-ci. Malgré cela, comme le nom de délivrance lui est attaché, ils l'ont fixée en septième position.
⚖️ Rosh (1)
גְּמ' תָּנָא וְכֵן בְּהַלֵּל וְכֵן בִּקְרִיאַת שְׁמַע וְכֵן בִּתְפִלָּה אִם אֲמָרָהּ לְמַפְרֵעַ לֹא יָצָא תְּפִלָּה מְנָא לַן דְּתַנְיָא שִׁמְעוֹן הַפָּקוֹלִי הִסְדִּיר שְׁמוֹנֶה עֶשְׂרֵה בְּרָכוֹת לִפְנֵי ר"ג עַל הַסֵּדֶר בְּיַבְנֶה אָמַר רַבִּי יִרְמְיָה וְאִיתֵּימָא רַבִּי חִיָּיא בַּר אַבָּא וְאָמְרִי לַהּ בְּמַתְנִיתָא תָּנָא מֵאָה וְעֶשְׂרִים זְקֵנִים וּמֵהֶם כַּמָּה נְבִיאִים תִּקְּנוּ שְׁמֹונֶה עֶשְׂרֵה בְּרָכוֹת עַל הַסֵּדֶר. מְגִילָּה מְנָא לַן דִּכְתִיב וְהַיָּמִים הָאֵלֶּה נִזְכָּרִים וְנַעֲשִׂים בְּכָל דּוֹר וָדוֹר מָה עֲשִׂייָּה לְמַפְרֵעַ לָא אַף זְכִירָה לְמַפְרֵעַ לָא. הַלֵּל מְנָא לַן אָמַר רָבָא דִּכְתִיב מִמִּזְרַח שֶׁמֶשׁ עַד מְבוֹאוֹ מְהֻלָּל שֵׁם וְגוֹ' כְּשֵׁם שֶׁאִי אֶפְשָׁר לוֹ לְשַׁמֵּשׁ לִזְרֹוחַ לְמַפְרֵעַ מִמַּעֲרָב לַמִּזְרָח כָּךְ אֵין קוֹרִין אֶת הַלֵּל לְמַפְרֵעַ. קְרִיאַת שְׁמַע מְנָא לַן אָמַר קְרָא וְהָיוּ שֶׁלֹּא יִקְרָא לְמַפְרֵעַ: אֲבָל קוֹרִין אוֹתָהּ לַלּוֹעֲזוֹת בְּלַעַז וְהוּא שֶׁכְּתוּבָה בְּלַעַז תְּנָא גַּפְטִית לִגְפָטִים עַלֵּמִית לַעֲלָמִים עִבְרִית לָעִבְרִים וִיוָנִית לַיּוֹנִים וְהָרַב אַלְפָסִי זַ"ל לֹא הֵבִיא הָא דְּרַב וּשְׁמוּאֵל לַעַז יְוָנִי לַכֹּל כָּשֵׁר אע"ג דְּלֵיכָּא מַאן דִּפְלִיג עֲלַיְיהוּ וְאֶפְשָׁר דִּסְבִירָא לֵיהּ דְּלָאו אַלִּיבָּא דְּנַפְשַׁייְהוּ קָאָמְרִי אֶלָּא אַלִּיבָּא דְּרַשְׁבָּ"ג וְלֵית הִלְכְתָא כְּרַשְׁבָּ"ג: וְהַלּוֹעֵז שֶׁשָּׁמַע אַשּׁוּרִית יָצָא אע"ג דְּלָא יָדַע מַאי קָאָמַר. וַאֲפִילּוּ הָכֵי נָפֵיק יְדֵי חוֹבָתוֹ מִידֵּי דְּהָווּ אֲנָשִׁים וְעַמֵּי הָאָרֶץ דְּלָא יָדְעִי מַאי קָאָמְרִי וְאַפֵּי' הָכֵי נָפְקִי יְדֵי חוֹבְתַיְיהוּ דְּהָא אִיכָּא מִצְוַת קְרִיאָה וּפַרְסוֹמֵי נִיסָּא:
Guemara. Il a été enseigné : « et de même pour le Hallel, et de même pour la lecture du Chema, et de même pour la tefila : s'il les a dits à rebours, il ne s'est pas acquitté ». La tefila, d'où le tenons-nous ? Car il a été enseigné : Chimon ha-Pakouli a ordonné les dix-huit bénédictions devant Rabban Gamliel, selon leur ordre, à Yavne. Rabbi Yirmeya a dit — et certains disent Rabbi Hiya bar Abba, et certains l'enseignent dans une baraita : cent vingt anciens, parmi lesquels plusieurs prophètes, ont institué les dix-huit bénédictions selon leur ordre. La meguila, d'où le tenons-nous ? Car il est écrit : « Et ces jours sont rappelés et accomplis dans chaque génération » : de même que l'accomplissement à rebours ne vaut pas, de même le rappel à rebours ne vaut pas. Le Hallel, d'où le tenons-nous ? Rava a dit : car il est écrit « du lever du soleil jusqu'à son couchant, loué soit le nom de Hachem » : de même qu'il est impossible au soleil de se lever à rebours, de l'occident vers l'orient, de même on ne lit pas le Hallel à rebours. La lecture du Chema, d'où la tenons-nous ? Le verset dit « et elles seront » : qu'il ne lise pas à rebours. « Mais on la lit à ceux qui parlent une langue étrangère dans cette langue » : à condition qu'elle soit écrite dans cette langue. Il a été enseigné : le gaftit pour les Gaftim, le élamit pour les Elamites, l'hébreu pour les Hébreux, le grec pour les Grecs. Le Rav Alfassi za'l n'a pas rapporté l'enseignement de Rav et Chmouel selon lequel la langue grecque est valable pour tous, bien que personne ne les contredise ; il est possible qu'il tienne qu'ils ne parlaient pas selon leur propre avis mais selon celui de Rabban Chimon ben Gamliel, et la halakha ne suit pas Rabban Chimon ben Gamliel. « Et celui qui parle une langue étrangère et a entendu la lecture en assyrien (l'hébreu) s'est acquitté », bien qu'il ne sache pas ce qui est dit. Il s'acquitte malgré tout de son obligation, comme il en va des femmes et des gens simples qui ne savent pas ce qu'ils disent et s'acquittent pourtant, puisqu'il y a la mitsva de la lecture et la publication du miracle (pirsoumei nissa).
💡 Explication

Ici le procédé change. Aucune contiguïté de versets ne justifie la place de la gueoula ; Rava la fonde sur une correspondance de nombre : la délivrance est attendue la septième année du cycle chémitique, donc elle occupe la septième bénédiction.

Une baraita objecte : selon la tradition rapportée dans Sanhédrin, la septième année est celle des guerres, et le fils de David vient à l'issue de cette année. La réponse élargit la notion : la guerre du septennat fait déjà partie du processus, elle en est le commencement.

Rachi ajoute une précision importante sur le contenu de cette bénédiction : elle demande la délivrance des détresses ordinaires, la délivrance de l'exil étant l'objet de bénédictions ultérieures. Le nom de gueoula suffit pourtant à lui assigner ce rang.

🖼️ Schéma
Le septennat de la venue : pourquoi la délivrance occupe la septième place années 1 à 5 famine, détresses 6e année des voix 7e année des guerres commencement de la délivrance à l'issue le fils de David vient L'objection et sa réponse La venue elle-même a lieu après la septième année ; Rava répond que la guerre de cette année appartient déjà au processus.
Le déroulement du septennat selon la tradition de Sanhédrin 97a, et le point où Rava situe le commencement de la délivrance pour justifier la septième bénédiction.
14
וּמֶה רָאוּ לוֹמַר רְפוּאָה בִּשְׁמִינִית? אָמַר רַבִּי אֲחָא: מִתּוֹךְ שֶׁנִּתְּנָה מִילָה בִּשְׁמִינִית שֶׁצְּרִיכָה רְפוּאָה — לְפִיכָךְ קְבָעוּהָ בִּשְׁמִינִית.

Et pourquoi ont-ils vu bon de dire la guérison en huitième position ? Rabbi Aha a dit : puisque la circoncision a été donnée au huitième jour et qu'elle requiert une guérison, ils l'ont fixée en huitième.

💡 Explication

Même procédé que pour la septième place : une correspondance de nombre. La mila se fait au huitième jour et appelle une guérison ; la bénédiction de la guérison prend donc le huitième rang.

15
וּמֶה רָאוּ לוֹמַר בִּרְכַּת הַשָּׁנִים בִּתְשִׁיעִית? אָמַר רַבִּי אָלֶכְּסַנְדְּרִי: כְּנֶגֶד מַפְקִיעֵי שְׁעָרִים, דִּכְתִיב: ״שָׁבוּר זְרוֹעַ רָשָׁע״, וְדָוִד כִּי אֲמָרָהּ — בַּתְּשִׁיעִית אָמְרָה.

Et pourquoi ont-ils vu bon de dire la bénédiction des années en neuvième position ? Rabbi Alexandri a dit : contre ceux qui font monter les prix, car il est écrit « Brise le bras du méchant » (Tehilim 10,15) ; et David, lorsqu'il l'a dit, l'a dit dans le neuvième passage.

📜 Rachi (2)
שָׁבוּר זְרוֹעַ רָשָׁע אֵלּוּ הַמְייַקְּרִין אֶת הַתְּבוּאָה וּמַפְקִיעִין אֶת הַשַּׁעַר וּמִמַּאי דִּבְמַפְקִיעֵי שְׁעָרִים כְּתִיב דִּכְתִיב בְּהַהִיא פָּרַשְׁתָּא יֶאֱרֹב בַּמִּסְתָּר כְּאַרְיֵה בְסֻוכּוֹ יֶאֱרֹוב לַחֲטוֹף עָנִי וְכִי הַלִּיסְטִים אוֹרֵב אֶת הֶעָנִי וַהֲלֹא אֶת הֶעָשִׁיר הוּא אוֹרֵב אֶלָּא בְּמַפְקִיעֵי שְׁעָרִים הַכָּתוּב מְדַבֵּר שֶׁרֹוב דַּעְתָּם לַעֲנִיִּים הוּא וְקָא בָּעֵי דָּוִד רַחֲמֵי עֲלָהּ דְּמִילְּתָא שָׁבוּר זְרוֹעַ רָשָׁע וְתֵן שֹׂובַע בָּעוֹלָם וּבְכָךְ זְרוֹעוֹ שָׁבוּר וָרָע תִּדְרוֹשׁ רִשְׁעוֹ בַל תִּמְצָא וְזֶה שֶׁהָיָה בְּדַעְתּוֹ לִהְיוֹת רָשָׁע כְּשֶׁתִּדְרוֹשׁ רִשְׁעוֹ לֹא תִּמָּצֵא עַוְלָה שֶׁלֹּא הִסְפִּיק לַעֲשׂוֹתָהּ:
« Brise le bras du méchant » : ce sont ceux qui enchérissent le blé et font grimper les cours. D'où sait-on que le verset parle de ceux qui font monter les prix ? Parce qu'il est écrit dans ce même passage : « il guette dans une cachette comme un lion dans son fourré, il guette pour saisir le pauvre » ; or le brigand guette-t-il le pauvre ? C'est le riche qu'il guette. Le verset parle donc de ceux qui font monter les prix, dont la visée porte surtout sur les pauvres. David a demandé miséricorde sur cette affaire : brise le bras du méchant et donne l'abondance dans le monde, et par là son bras sera brisé. « Et le mauvais, tu rechercheras sa méchanceté et tu ne la trouveras pas » : celui qui avait l'intention d'être méchant, quand tu rechercheras sa méchanceté tu ne trouveras pas de forfait, car il n'aura pas eu l'occasion de l'accomplir.
בְּפָרָשָׁה תְּשִׁיעִית אָמְרָה וְאִם תֹּאמַר שְׁמִינִית הִיא אַשְׁרֵי וְלָמָּה רָגְשׁוּ גּוֹיִם תַּרְתֵּי פָּרַשְׁתָּא הִיא:
« Il l'a dit dans le neuvième passage » : et si tu objectes que c'est le huitième, « Achrei ha-ich » et « Lama ragechou goyim » forment deux passages.
🗂️ Tossefot (1)
וְדָוִד כִּי אֲמָרָהּ בְּפָרָשַׁת תְּשִׁיעִית אֲמָרָהּ פֵּירֵשׁ הַקּוּנְטְרֵס וְאַף עַל גַּב דְּלֵיכָּא אֶלָּא ח' מִזְמוֹרִים עַד הָתָם אַשְׁרֵי הָאִישׁ וְלָמָּה רָגְשׁוּ גוֹיִם תַּרְתֵּי נִינְהוּ וְקַשְׁיָא דְּהָא פֶּרֶק קַמָּא דִּבְרָכוֹת (דַּף י.) אָמַר דַּחֲדָא פָּרָשָׁה הִיא וּמַסִּיק הָתָם דְּכָל פָּרָשָׁה שֶׁהָיְתָה חֲבִיבָה לְדָוִד הִתְחִיל בָּהּ בְּאַשְׁרֵי וְסִיֵּים בָּהּ בְּאַשְׁרֵי כְּגוֹן זוֹ שֶׁמַּתְחֶלֶת בְּאַשְׁרֵי הָאִישׁ וּמְסַיֶּימֶת בְּאַשְׁרֵי כָּל חוֹסֵי בּוֹ וְהַייְנוּ סוֹף דְּלָמָּה רָגְשׁוּ אַלְמָא דַּחֲדָא פָּרָשָׁה הִיא וְצָרִיךְ לוֹמַר דְּלִמְנַצֵּחַ עַל מָוֶת וְלָמָּה ה' תַּעֲמֹוד בְּרִחוּק תַּרְתֵּי נִינְהוּ:
« Et David, lorsqu'il l'a dit, l'a dit dans le neuvième passage » : le Kountras (Rachi) explique que, bien qu'il n'y ait que huit psaumes jusque-là, « Achrei ha-ich » et « Lama ragechou goyim » en font deux. C'est difficile, car au premier chapitre de Berakhot (10a) il est dit qu'ils forment un seul passage ; on y conclut que tout passage cher à David, il l'a commencé par « Achrei » et achevé par « Achrei », comme celui-ci qui commence par « Achrei ha-ich » et s'achève par « Achrei kol hossei vo », qui est la fin de « Lama ragechou » : ils forment donc un seul passage. Il faut donc dire que « Lamnatseah al mout » et « Lama Hachem taamod be-rahok » en font deux.
🪔 Ben Yehoyada (1)
וּמֶה רָאוּ לוֹמַר בִּרְכַּת 'הַשָּׁנִים' בַּתְּשִׁיעִית? אָמַר רַבִּי אָלֶכְּסַנְדְּרִי: כְּנֶגֶד מַפְקִיעֵי שְׁעָרִים, דִּכְתִיב (תְּהִלִּים י, טו) : "שָׁבַר זְרוֹעַ רָשָׁע". הִקְשָׁה מָהַרְשָׁ"א זַ"ל כֵּיוָן דְּפֵירֵשׁ רַשִׁ"י זַ"ל דְּכָל הַפָּרָשָׁה נֶאֶמְרָה עַל מַפְקִיעֵי שְׁעָרִים, אַמַּאי מַיְיתֵי רַק הַאי קְרָא דִּ'שֶׁבֶר זְרוֹעַ רָשָׁע'? יְעֻויַּן שָׁם. וְנִרְאֶה לִי בס"ד מִשּׁוּם דִּבְהַאי קְרָא רוֹמֵז הָעֹונֶשׁ שֶׁיַּעֲשֶׂה לוֹ שֶׁלֹּא יוּכַל לְהַפְקִיעַ עוֹד מִכָּאן וּלְהַבָּא. וְהָא דְּאוֹתִיּוֹת הָעוֹמְדִים בְּרֹאשׁ וְסוֹף הַתֵּיבָה נִקְרָאִים זְרוֹעוֹת, וְכָאן אָמַר 'זְרוֹעַ רָשָׁע' מַשְׁמַע חַד וְהוּא אוֹת עַיִ"ן שֶׁבְּסוֹף שְׁמוֹ שֶׁל רָשָׁע דְּאִם מֵסִיר אוֹתוֹ יִשָּׁאֵר 'רָשׁ' וְרָמַז בָּזֶה שֶׁיַּעֲנִי אוֹתוֹ וְיִשָּׁאֵר רָשׁ, וְאָז לֹא יוּכַל לְקַבֵּץ הַתְּבוּאָה תַּחַת יָדוֹ כְּדֵי לְיָקָר הַשַּׁעַר. וְזֶהוּ 'שָׁבַר זְרוֹעַ רָשָׁע' הוּא אוֹת ע' כְּדֵי שֶׁיִּהְיֶה רָשׁ וְעָנִי, וּקְרָאוֹ בְּשֵׁם רָשָׁע שֶׁהוּא בְּהִפּוּךְ אַתָּוָון שַׁעַר , כְּלוֹמַר רִשְׁעָתוֹ אֵינָהּ בַּעֲבֵירָה שֶׁל זְנוּת וְכַיּוֹצֵא אֶלָּא הִיא בְּעִנְיַן יֹוקֶר הַשַּׁעַר שֶׁל הַדָּגָן.
« Et pourquoi ont-ils vu bon de dire la bénédiction des années en neuvième ? Rabbi Alexandri a dit : contre ceux qui font monter les prix, car il est écrit : Brise le bras du méchant » (Tehilim 10,15). Le Maharcha za'l a demandé : puisque Rachi za'l explique que tout le passage a été dit au sujet de ceux qui font monter les prix, pourquoi n'apporte-t-on que ce verset-ci, « brise le bras du méchant » ? Voir là-bas. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que c'est parce que ce verset fait allusion au châtiment qui lui sera infligé, de sorte qu'il ne puisse plus faire monter les cours à l'avenir. Les lettres qui se tiennent au début et à la fin d'un mot sont appelées ses bras ; or il est dit ici « le bras du méchant » au singulier, ce qui désigne la lettre ayin à la fin du mot racha : si on la retire, il reste rach, le pauvre. Il y a là une allusion : Il l'appauvrira et il restera rach, et il ne pourra plus rassembler le grain sous sa main pour enchérir les cours. Tel est « brise le bras du méchant » : c'est la lettre ayin, afin qu'il devienne rach et pauvre. Et il l'a nommé racha, qui est l'anagramme de chaar, le cours, pour dire que sa méchanceté tient au renchérissement du prix du grain, plutôt qu'à une transgression comme la débauche.
💡 Explication

La neuvième bénédiction demande la pluie et les récoltes. Rabbi Alexandri la rattache aux mafkiei chearim, ceux qui provoquent la hausse des prix des denrées : l'abondance est ce qui brise leur pouvoir.

Le lien avec le rang neuf passe par le décompte des passages de Tehilim. Le verset cité se trouve au chapitre 10 selon la numérotation courante ; Rachi explique qu'il s'agit du neuvième passage, à condition de compter « Achrei ha-ich » et « Lama ragechou goyim » comme deux unités distinctes.

Tossefot objecte que Berakhot 10a tient ces deux psaumes pour un seul passage, puisqu'il commence et s'achève par le mot Achrei. Il propose donc un autre décompte : ce sont les psaumes 9 et 10 qui doivent être comptés séparément, ce qui donne bien le rang neuf.

🖼️ Schéma
Deux manières de compter jusqu'à neuf dans Tehilim Le verset cité est au chapitre 10 de la numérotation courante. Pour qu'il tombe au neuvième passage, il faut décider où passent les coupures. Le décompte de Rachi Achrei ha-ich (1) et Lama ragechou (2) sont deux passages distincts. Les chapitres 9 et 10 forment un seul passage, qui se trouve donc être le neuvième. 1 | 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | 7 | 8 | 9 et 10 ensemble = neuvième passage Le décompte de Tossefot Berakhot 10a tient Achrei ha-ich et Lama ragechou pour un seul passage : il s'ouvre et se ferme par Achrei. Il faut alors séparer Lamnatseah al mout (9) de Lama Hachem taamod be-rahok (10). 1 et 2 ensemble | 3 | 4 | 5 | 6 | 7 | 8 | 9 | 10 = neuvième passage Les deux voies aboutissent au même rang, par des coupures opposées.
Les deux décomptes des passages de Tehilim, celui de Rachi et celui de Tossefot, qui placent l'un et l'autre le verset au neuvième rang.
16
וּמֶה רָאוּ לוֹמַר קִיבּוּץ גָּלִיּוֹת לְאַחַר בִּרְכַּת הַשָּׁנִים? דִּכְתִיב: ״וְאַתֶּם הָרֵי יִשְׂרָאֵל עַנְפְּכֶם תִּתֵּנוּ וּפֶרְיְכֶם תִּשְׂאוּ לְעַמִּי יִשְׂרָאֵל כִּי קֵרְבוּ לָבוֹא״. וְכֵיוָן שֶׁנִּתְקַבְּצוּ גָּלִיּוֹת — נַעֲשָׂה דִּין בָּרְשָׁעִים, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְאָשִׁיבָה יָדִי עָלַיִךְ וְאֶצְרֹוף כַּבֹּור סִיגָיִךְ״, וּכְתִיב: ״וְאָשִׁיבָה שׁוֹפְטַיִךְ כְּבָרִאשׁוֹנָה״.

Et pourquoi ont-ils vu bon de dire le rassemblement des exilés après la bénédiction des années ? Car il est écrit : « Et vous, montagnes d'Israël, vous donnerez vos branches et vous porterez votre fruit pour Mon peuple Israël, car ils sont proches de venir » (Ye'hezkel 36,8).

Et puisque les exilés ont été rassemblés, jugement est fait des méchants, ainsi qu'il est dit : « Je ramènerai Ma main sur toi et j'épurerai comme au creuset tes scories » (Yechayahou 1,25), et il est écrit : « Je rétablirai tes juges comme autrefois » (1,26).

📜 Rachi (2)
וּפֶרְיְכֶם תִּשְׂאוּ לְעַמִּי יִשְׂרָאֵל כִּי קֵרְבוּ לָבֹא אַלְמָא קִיבּוּץ גָּלֻיּוֹת בְּעֵת בִּרְכַּת הַשָּׁנִים הִיא:
« Vous porterez votre fruit pour Mon peuple Israël, car ils sont proches de venir » : il apparaît donc que le rassemblement des exilés a lieu au temps de la bénédiction des années.
וְכֵיוָן שֶׁנִּתְקַבְּצוּ גָּלִיּוֹת נַעֲשֶׂה דִּין בָּרְשָׁעִים קֹודֶם שֶׁנִּתְייַשְּׁבוּ בִּירוּשָׁלַיִם שֶׁנֶּאֱמַר וְאָסִירָה כָּל בְּדִילֶיךָ וְעַל יְדֵי כֵּן וְאָשִׁיבָה שֹׁופְטַיִךְ כְּבָרִאשֹׁונָה וְיֹועֲצַיִךְ כְּבַתְּחִלָּה כְּמוֹ לְשֶׁעָבַר צִיּוֹן בְּמִשְׁפָּט תִּפָּדֶה וְשָׁבֶיהָ בִּצְדָקָה לָכֵן סְמָכָם לְקִבּוּץ גָּלִיּוֹת וְהָשִׁיבָה שׁוֹפְטֵינוּ וְצַדְּקֵינוּ בְּמִשְׁפָּט:
« Et puisque les exilés ont été rassemblés, jugement est fait des méchants » : avant même qu'ils ne se soient installés à Jérusalem, ainsi qu'il est dit « et j'ôterai tout ton alliage », et par là « je rétablirai tes juges comme autrefois et tes conseillers comme au début », comme jadis : « Tsion sera rachetée par le droit et ceux qui y reviennent par la justice ». C'est pourquoi on les a joints au rassemblement des exilés, dans la bénédiction « Rétablis nos juges » et « justifie-nous par le droit ».
💡 Explication

Le procédé par contiguïté reprend. Le verset de Ye'hezkel lie la fertilité du pays au retour proche, ce qui place le kiboutz galouyot juste après la bénédiction des années. Puis deux versets consécutifs de Yechayahou lient l'épuration des méchants au rétablissement des juges, ce qui donne la bénédiction suivante.

17
וְכֵיוָן שֶׁנַּעֲשָׂה דִּין מִן הָרְשָׁעִים — כָּלוּ הַפּוֹשְׁעִים, וְכוֹלֵל זֵדִים עִמָּהֶם, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְשֶׁבֶר פּוֹשְׁעִים וְחַטָּאִים יַחְדָּיו (יָכְלוּ)״.

Et puisque jugement est fait des méchants, les rebelles disparaissent, et l'on inclut avec eux les insolents, ainsi qu'il est dit : « La ruine des rebelles et des fauteurs sera commune, et ceux qui abandonnent Hachem périront » (Yechayahou 1,28).

📜 Rachi (1)
כֻּלּוֹ הַפּוֹשְׁעִים שֶׁאֵינָם מַאֲמִינִין בְּדַת מֹשֶׁה שֶׁהָיְתָה מִן הַשָּׁמַיִם לְכָךְ סָמְכוּ לָהּ בִּרְכַּת הַפּוֹשְׁעִים שֶׁנֶּאֱמַר עוֹזְבֵי ה' אֵלּוּ הַפּוֹשְׁעִים וְשֶׁבֶר פּוֹשְׁעִים הַיְינוּ זֵדִים כִּדְאָמַר פְּשָׁעִים אֵלּוּ הַמְּרָדִין (יוֹמָא דַּף לו:):
« Les rebelles disparaissent » : ceux qui ne croient pas que la loi de Moche vient du Ciel. C'est pourquoi on a joint là la bénédiction contre les rebelles, car il est dit « ceux qui abandonnent Hachem » — ce sont les rebelles ; et « la ruine des rebelles » désigne les insolents, comme il est dit : les pécha'im, ce sont les révoltés (Yoma 36b).
💡 Explication

La bénédiction visée est celle que l'on nomme birkat ha-minim, la douzième. La baraita la rattache au verset qui suit immédiatement celui du rétablissement des juges, et note qu'un seul texte y réunit deux catégories : les poch'im et les zedim, ce qui autorise à les inclure dans une même bénédiction.

18
וְכֵיוָן שֶׁכָּלוּ הַפּוֹשְׁעִים — מִתְרוֹמֶמֶת קֶרֶן צַדִּיקִים, דִּכְתִיב: ״וְכָל קַרְנֵי רְשָׁעִים אֲגַדֵּעַ תְּרוֹמַמְנָה קַרְנוֹת צַדִּיק״. וְכוֹלֵל גֵּירֵי הַצֶּדֶק עִם הַצַּדִּיקִים, שֶׁנֶּאֱמַר: ״מִפְּנֵי שֵׂיבָה תָּקוּם וְהָדַרְתָּ פְּנֵי זָקֵן״ — וּסְמִיךְ לֵיהּ: ״וְכִי יָגוּר אִתְּכֶם גֵּר״.

Et puisque les rebelles ont disparu, la corne des justes s'élève, car il est écrit : « Je retrancherai toutes les cornes des méchants ; les cornes du juste s'élèveront » (Tehilim 75,11). Et l'on inclut les convertis sincères avec les justes, ainsi qu'il est dit : « Devant une tête blanche tu te lèveras et tu honoreras la face du vieillard » (Vayikra 19,32), et il est écrit juste après : « Et si un étranger séjourne avec vous » (19,33).

💡 Explication

Le même verset sert deux fois : la chute des méchants et l'élévation des justes y sont dans la même phrase, ce qui fait suivre la bénédiction des justes celle des rebelles.

Pour joindre les guérei ha-tsedek, les convertis sincères, aux justes, la baraita s'appuie sur la contiguïté de deux versets du Lévitique : l'honneur du vieillard, qui désigne le sage, est immédiatement suivi du traitement de l'étranger qui vient séjourner.

19
וְהֵיכָן מִתְרוֹמֶמֶת קַרְנָם — בִּירוּשָׁלַיִם, שֶׁנֶּאֱמַר: ״שַׁאֲלוּ שְׁלוֹם יְרוּשָׁלִָם יִשְׁלָיוּ אֹוהֲבָיִךְ״.

Et où leur corne s'élève-t-elle ? À Jérusalem, ainsi qu'il est dit : « Demandez la paix de Jérusalem ; ceux qui t'aiment vivront en sécurité » (Tehilim 122,6).

20
וְכֵיוָן שֶׁנִּבְנֵית יְרוּשָׁלַיִם — בָּא דָּוִד, שֶׁנֶּאֱמַר:

Et puisque Jérusalem est rebâtie, David vient, ainsi qu'il est dit :

💡 Explication

La phrase reste ouverte : le verset annoncé est cité au début du folio 18a. La chaîne aboutit ainsi à la bénédiction de la royauté de la maison de David, qui suit la reconstruction de Jérusalem.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).