Megillah 18a — La fin de l'ordre des dix-huit bénédictions, la mesure de la louange, puis la meguila lue par cœur, en traduction et en langue étrangère

Megillah 18a

Sougya : Le folio achève d'abord la justification verset par verset de l'ordre des dernières bénédictions de la amida : le retour de David appelle la prière, la prière appelle le service du Temple, le service appelle l'action de grâce, l'action de grâce appelle la bénédiction des kohanim, et celle-ci appelle Sim chalom. La Guemara demande alors ce que Chimon HaPakouli a pu ordonner après les cent vingt anciens, et répond que les raisons de cet ordre avaient été oubliées.

De là naît une règle de mesure : au-delà des formules instituées, il est interdit d'ajouter des louanges, et celui qui multiplie la louange est arraché du monde ; le remède par excellence est le silence. La seconde moitié revient à la michna : d'où sait-on que la lecture par cœur est invalide ?

D'une guezera chava entre deux emplois du mot rappel, complète par la preuve que ce rappel se fait par la bouche. Vient ensuite le problème des langues : targoum, grec, copte, élamite, mède, et la distinction entre celui qui comprend et celui qui n'entend rien.

Le folio se termine par une série de mots bibliques obscurs, dont le sens fut retrouvé en écoutant parler la servante de la maison de Rabbi.

L'enchaînement des dernières bénédictions de la amida Royauté de David ils rechercheront David leur roi Prière dans Ma maison de prière Service du Temple agréés sur Mon autel Action de grâce qui sacrifie une toda M'honore Bénédiction des kohanim il descendit après avoir offert Sim chalom Hachem bénira Son peuple par la paix Le point de tension du folio Deux versets se disputent la place voisine du service : celui d'Aharon qui bénit après avoir offert, et celui de la toda. La Guemara tranche pour la toda : le service et l'action de grâce forment une seule et même réalité, la bénédiction des kohanim se décale donc d'un cran.
Chaque passage d'une bénédiction à la suivante repose sur un verset ; le dernier maillon est celui qui a dû être arbitré.
Lire la meguila : la langue écrite, la langue lue, l'auditeur Langue de l'écrit Langue de la lecture Résultat achourit (hébreu) le rouleau conforme targoum ou autre langue il ne lit pas ce qui est écrit Non acquitté équivaut à une lecture par cœur targoum araméen rouleau écrit en targoum targoum araméen lecture conforme à l'écrit Non acquitté pour un auditeur qui n'est pas araméophone langue étrangère copte, ivrit, élamite, grec la même langue devant un auditeur qui la parle Acquitté chacun selon sa langue grec selon Rav et Chemouel grec devant n'importe quel auditeur Acquitté statut particulier du grec achourit auditeur qui ne comprend pas achourit il entend sans saisir les mots Acquitté mitsva de lecture et publication du miracle La compréhension n'est pas la condition : ce qui est requis, c'est de lire le texte tel qu'il est écrit.
Les quatre situations que le folio distingue, de la lecture invalide à la lecture valable sans compréhension.
Les mots retrouvés par l'oreille : la servante de la maison de Rabbi serougin Michna : celui qui lit la meguila serougin s'acquitte Elle : jusqu'à quand entrerez-vous serougin serougin ? Sens établi : par intervalles, en groupes espacés halogelogot Terme de michna non identifié Elle : jusqu'à quand éparpilleras-tu tes halogelogot ? Sens établi : le pourpier, une espèce de légume salseleha Verset : salseleha et elle t'élèvera Elle : jusqu'à quand friseras-tu tes cheveux ? Sens établi : retourner et retourner encore matate Verset : je la balaierai avec le matate de la destruction Elle : prends le tatita et balaie la maison Sens établi : le balai, et le verbe balayer
Quatre mots obscurs, quatre phrases entendues dans une maison : l'usage vivant de la langue sert de preuve lexicale.
1
״אַחַר יָשֻׁובוּ בְּנֵי יִשְׂרָאֵל וּבִקְשׁוּ אֶת ה׳ אֱ-לֹהֵיהֶם וְאֵת דָּוִד מַלְכָּם״. וְכֵיוָן שֶׁבָּא דָּוִד — בָּאתָה תְּפִלָּה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וַהֲבִיאוֹתִים אֶל הַר קָדְשִׁי וְשִׂמַּחְתִּים בְּבֵית תְּפִלָּתִי״.

« Ensuite les enfants d'Israël reviendront et rechercheront Hachem leur D.ieu et David leur roi. » Et dès lors que David est venu, la prière est venue, ainsi qu'il est dit : « Je les amènerai à Ma montagne sainte et Je les réjouirai dans Ma maison de prière. »

📜 Rachi (1)
אַחַר יָשֻׁובוּ בְּנֵי יִשְׂרָאֵל אַחַר יָשׁוּבוּ לְבֵית הַמִּקְדָּשׁ וּבִקְּשׁוּ הקב"ה וְאֶת דָּוִד מַלְכָּם:
Après qu'ils seront revenus au Temple, ils rechercheront le Saint béni soit-Il et David leur roi.
💡 Explication

Le folio poursuit une démarche commencée dans la page précédente : justifier, verset après verset, l'ordre des bénédictions de la amida. Le principe est constant — si un verset place une réalité après une autre, la bénédiction correspondante suit le même ordre.

Ici deux maillons sont posés. Le verset d'Ochea met la recherche de David après le retour, ce qui justifie la place de la bénédiction de la royauté de David après celle de la reconstruction de Jérusalem. Puis le verset d'Isaie associe le retour à la montagne sainte à la maison de prière, ce qui place la bénédiction « qui entend la prière » après celle de David.

2
וְכֵיוָן שֶׁבָּאת תְּפִלָּה — בָּאת עֲבוֹדָה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״עוֹלֹותֵיהֶם וְזִבְחֵיהֶם לְרָצוֹן עַל מִזְבְּחִי״. וְכֵיוָן שֶׁבָּאת עֲבוֹדָה — בָּאתָה תּוֹדָה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״זוֹבֵחַ תּוֹדָה יְכַבְּדָנְנִי״.

Et dès lors que la prière est venue, le service du Temple est venu, ainsi qu'il est dit : « Leurs holocaustes et leurs sacrifices seront agréés sur Mon autel. » Et dès lors que le service est venu, l'action de grâce est venue, ainsi qu'il est dit : « Celui qui sacrifie une toda M'honore. »

📜 Rachi (1)
זוֹבֵחַ תּוֹדָה אַחַר זְבִיחָה תֵּן הוֹדָאָה:
« Celui qui sacrifie une toda » : après le sacrifice, donne l'action de grâce.
💡 Explication

Le même verset d'Isaie continue : la maison de prière est aussi le lieu où les offrandes sont agréées. La bénédiction du service (avoda, « retssé ») suit donc celle de la prière.

Le verset des Psaumes fournit le maillon suivant : la toda, l'offrande de reconnaissance, est un sacrifice dont l'aboutissement est l'action de grâce. La bénédiction « modim » vient donc après celle du service.

3
וּמֶה רָאוּ לוֹמַר בִּרְכַּת כֹּהֲנִים אַחַר הוֹדָאָה? דִּכְתִיב: ״וַיִּשָּׂא אַהֲרֹן אֶת יָדָיו אֶל הָעָם וַיְבָרְכֵם וַיֵּרֶד מֵעֲשֹׂות הַחַטָּאת וְהָעֹולָה וְהַשְּׁלָמִים״.

Et qu'ont-ils vu pour dire la bénédiction des kohanim après l'action de grâce ? Car il est écrit : « Aharon éleva ses mains vers le peuple et les bénit, et il descendit après avoir offert le hatat, la ola et les chelamim. »

📜 Rachi (1)
וַיֵּרֶד מֵעֲשֹׂות הַחַטָּאת וְהָעֹולָה וְגוֹ':
« Et il descendit après avoir offert le hatat, la ola, etc. »
💡 Explication

Le verset du Lévitique décrit le huitième jour de l'inauguration : Aharon bénit le peuple, puis le texte précise qu'il « descendit après avoir offert ». Les offrandes citées comprennent les chelamim, sacrifices de paix apparentés à la toda.

La bénédiction des kohanim se place donc après celle de l'action de grâce. La Guemara va maintenant tester cette dérivation par deux objections successives.

4
אֵימָא, קֹודֶם עֲבוֹדָה? לָא סָלְקָא דַעְתָּךְ, דִּכְתִיב: ״וַיֵּרֶד מֵעֲשֹׂות הַחַטָּאת וְגוֹ׳״. מִי כְּתִיב ״לַעֲשׂוֹת״, ״מֵעֲשׂוֹת״ כְּתִיב.

Dis plutôt : avant le service ! Cela ne saurait te venir à l'esprit, car il est écrit : « et il descendit après avoir offert le hatat, etc. ».

Est-il écrit « pour offrir » ? « après avoir offert » est écrit.

💡 Explication

Première objection, fondée sur l'ordre apparent du verset : la bénédiction y est mentionnée avant la descente, donc la bénédiction des kohanim devrait précéder le service.

La réponse tient à une seule lettre. Le verset dit mi-assot, « après avoir offert », et non la-assot, « pour offrir ». La descente suit l'offrande : les sacrifices étaient déjà faits au moment de la bénédiction.

5
וּלְיַמְרֶה אַחַר הָעֲבוֹדָה! לָא סָלְקָא דַעְתָּךְ, דִּכְתִיב: ״זוֹבֵחַ תּוֹדָה״.

Alors qu'on la dise immédiatement après le service ! Cela ne saurait te venir à l'esprit, car il est écrit : « Celui qui sacrifie une toda ».

💡 Explication

Deuxième objection. Si la bénédiction des kohanim suit le service, elle devrait le suivre immédiatement, sans que l'action de grâce vienne s'intercaler.

La réponse renvoie au verset de la toda, qui rattache lui aussi l'action de grâce au sacrifice. Deux versets réclament donc la même place ; l'arbitrage vient au segment suivant.

6
מַאי חָזֵית דְּסָמְכַתְּ אַהַאי, סְמֹוךְ אַהַאי! מִסְתַּבְּרָא עֲבוֹדָה וְהוֹדָאָה חֲדָא מִילְּתָא הִיא.

Qu'as-tu vu pour t'appuyer sur ce verset-ci ? Appuie-toi plutôt sur celui-là !

Il est logique que le service et l'action de grâce forment une seule et même chose.

📜 Rachi (1)
חֲדָא מִילְּתָא הִיא אַף הוֹדָאָה עֲבוֹדָה שֶׁל מָקוֹם הוּא:
« Ils forment une seule chose » : l'action de grâce elle aussi est un service de D.ieu.
💡 Explication

La question est méthodologique : deux versets se disputent la position voisine du service, et rien dans le texte ne dit lequel l'emporte. La Guemara tranche par un argument de contenu, introduit par mistabra, « il est logique ».

Le service du Temple et l'action de grâce relèvent d'une même réalité : Rachi précise que l'action de grâce est elle aussi un service. Une bénédiction s'insère plus naturellement à côté de sa proche parente qu'à côté d'un acte d'une autre nature.

🖼️ Schéma
Deux versets pour une seule place Verset d'Aharon (Lévitique 9) il descendit après avoir offert, puis il bénit réclame : kohanim juste après le service Verset de la toda (Psaumes 50) qui sacrifie une toda M'honore réclame : action de grâce juste après le service Arbitrage : mistabra, il est logique de rapprocher ce qui est de même nature Service, puis action de grâce, puis bénédiction des kohanim
L'arbitrage ne vient pas d'un troisième verset mais de la parenté conceptuelle entre le service et l'action de grâce.
7
וּמֶה רָאוּ לוֹמַר ״שִׂים שָׁלוֹם״ אַחַר בִּרְכַּת כֹּהֲנִים? דִּכְתִיב: ״וְשָׂמוּ אֶת שְׁמִי עַל בְּנֵי יִשְׂרָאֵל וַאֲנִי אֲבָרֲכֵם״, בְּרָכָה דְּהַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא שָׁלוֹם, שֶׁנֶּאֱמַר: ״ה׳ יְבָרֵךְ אֶת עַמּוֹ בַשָּׁלוֹם״.

Et qu'ont-ils vu pour dire « Sim chalom » après la bénédiction des kohanim ? Car il est écrit : « Ils poseront Mon nom sur les enfants d'Israël, et Moi Je les bénirai » ; et la bénédiction du Saint béni soit-Il, c'est la paix, ainsi qu'il est dit : « Hachem bénira Son peuple par la paix. »

💡 Explication

Dernier maillon de la série. Le verset qui clôt la bénédiction des kohanim annonce une bénédiction divine qui la suit : « et Moi Je les bénirai ».

Reste à identifier cette bénédiction. Un verset des Psaumes la nomme : la paix. D'où Sim chalom en dernière position. L'ordre des dix-huit bénédictions est ainsi entièrement justifié.

8
וְכִי מֵאַחַר דְּמֵאָה וְעֶשְׂרִים זְקֵנִים וּמֵהֶם כַּמָּה נְבִיאִים תִּקְּנוּ תְּפִלָּה עַל הַסֵּדֶר, שִׁמְעוֹן הַפָּקוֹלִי מַאי הִסְדִּיר? שֶׁכְּחֹום, וְחָזַר וְסִדְּרוּם.

Or, dès lors que cent vingt anciens, parmi lesquels plusieurs prophètes, ont institué la prière dans son ordre, qu'a donc ordonné Chimon HaPakouli ? Elles avaient été oubliées, et il les a ordonnées à nouveau.

🪔 Ben Yehoyada (1)
שֶׁכְּחֹום וְחָזַר וְסִדְרָם. אֵין הַכַּוָּנָה שֶׁשָּׁכְחוּ סֵדֶר הַבְּרָכוֹת, דְּזֶה לֹא יִתָּכֵן, דַּאֲפִילּוּ הֲמוֹן הָעָם מִתְפַּלְּלִים כָּל שְׁמוֹנֶה עֶשְׂרֵה וְאֵיךְ יְשַׁכְּחוּם? אַךְ הַכַּוָּנָה שֶׁשָּׁכַח הַטְּעָמִים שֶׁל הַסֵּדֶר, לָמָּה זוֹ רִאשׁוֹנָה וְזוֹ שְׁנִיָּה וְזוֹ שְׁלִישִׁית וְכַיּוֹצֵא וּכְמוֹ שֶׁסִּידְּרָם הַשַּׁ"ס כָּאן בְּטַעְמַייְהוּ וְגַם שָׁכְחוּ טַעֲמֵי הַסֵּדֶר שֶׁיֵּשׁ בָּהֶם עַל פִּי הַסּוֹד.
« Elles furent oubliées, et il les ordonna à nouveau. » L'intention n'est pas qu'on ait oublié l'ordre des bénédictions, ce qui est impossible : même le commun du peuple prie chaque jour les dix-huit bénédictions, comment les aurait-on oubliées ? L'intention est qu'on avait oublié les raisons de cet ordre — pourquoi celle-ci est première, celle-là deuxième, celle-là troisième et ainsi de suite, comme le Talmud vient de les ordonner ici avec leurs motifs — et qu'on avait aussi oublié les raisons de cet ordre selon le sod, la dimension cachée.
💡 Explication

La Guemara revient à la baraita citée au début de la discussion. Une difficulté chronologique apparaît : si les cent vingt anciens de la Grande Assemblée avaient déjà fixé l'ordre, que restait-il à faire à Chimon HaPakouli, bien plus tard, devant Rabban Gamliel à Yavne ?

La réponse tient en trois mots : l'ordre avait été oublié, il l'a rétabli. Le Ben Yehoyada précise la nature de cet oubli, qui ne peut pas porter sur la suite des bénédictions elle-même.

9
מִכָּאן וְאֵילָךְ, אָסוּר לְסַפֵּר בְּשִׁבְחוֹ שֶׁל הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא. דְּאָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר, מַאי דִכְתִיב: ״מִי יְמַלֵּל גְּבוּרוֹת ה׳ יַשְׁמִיעַ כָּל תְּהִלָּתוֹ״, לְמִי נָאֶה לְמַלֵּל גְּבוּרוֹת ה׳ לְמִי שֶׁיָּכוֹל לְהַשְׁמִיעַ כָּל תְּהִלָּתוֹ.

À partir de là, il est interdit de dire la louange du Saint béni soit-Il. Car Rabbi Elazar a dit : que signifie ce qui est écrit : « Qui dira les hauts faits de Hachem, qui fera entendre toute Sa louange ? » À qui sied-il de dire les hauts faits de Hachem ?

À celui qui peut faire entendre toute Sa louange.

📜 Rachi (2)
אָסוּר לְסַפֵּר בִּקְבִיעוּת בְּרָכָה:
« Il est interdit de dire » : d'instituer à demeure une bénédiction supplémentaire.
לְמִי שֶׁיָּכוֹל וְאֵין מִי שֶׁיָּכוֹל לְסַפֵּר אֶת כֻּולּוֹ לְפִיכָךְ אֵין נִרְאֶה לְסַפֵּר מִדַּעְתּוֹ אֶלָּא אֶת מַה שֶׁתִּקְּנוּ חֲכָמִים:
« À celui qui peut » : or nul ne peut tout dire ; c'est pourquoi il ne convient pas de dire de son propre chef, mais seulement ce que les sages ont institué.
🪔 Ben Yehoyada (1)
(תְּהִלִּים קו, ב) לְמִי נָאֶה לְמַלֵּל גְּבוּרוֹת ה'? לְמִי שֶׁיָּכוֹל לְהַשְׁמִיעַ כָּל תְּהִלָּתוֹ. מַקְשִׁים וְכִי אַנְשֵׁי כְּנֶסֶת הַגְּדוֹלָה הָיוּ יְכוֹלִים לְהַשְׁמִיעַ כָּל תְּהִלָּתוֹ, וְאֵיךְ תִּיקְּנוּ כָּל זֶה? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּאַנְשֵׁי כְּנֶסֶת הַגְּדוֹלָה תִּיקְּנוּ דְּבָרִים כְּנֶגֶד סְפִירוֹת הָעֶלְיוֹנִים שֶׁיֵּשׁ לְכָל בְּרָכָה וְשֶׁבַח סְפִירָה פְּרָטִית כְּנֶגְדָּהּ וַהֲרֵי זֶה דּוֹמֶה לְמֶלֶךְ שֶׁיֵּשׁ לוֹ כַּמָּה אֲלָפִים וּרְבָבוֹת אַרִמּוֹנִים עַד אֵין מִסְפָּר וּבָא אֶחָד וְסִיפֵּר שֶׁיֵּשׁ בְּאַרְמוֹן אֶחָד מִן הַארְמוֹנִים כָּךְ וְכָךְ חֲדָרִים וְכָךְ וְכָךְ עֲלִיּוֹת אֵין זֶה גּוֹרֵעַ דְּאֵינוֹ סוֹפֵר כָּל הַחֲדָרִים וַעֲלִיּוֹת שֶׁיֵּשׁ לַמֶּלֶךְ בְּכָל הַארְמוֹנִים אֶלָּא רַק מְדַבֵּר בְּאַרְמוֹן פְּרָטִי, אֲבָל מִי שֶׁבָּא לוֹמַר יֵשׁ לַמֶּלֶךְ כָּךְ וְכָךְ חֲדָרִים בִּסְתָם וְכָךְ וְכָךְ עֲלִיּוֹת בִּסְתָם שֶׁאֵינוֹ מִתְכַּוֵּין עַל אַרְמוֹן פְּרָטִי הֲרֵי זֶה גּוֹרֵעַ, דְּבֶאֱמֶת אֵין מִסְפָּר לַחֲדָרִים וְלָעֲלִיּוֹת שֶׁל הַמֶּלֶךְ! וְכֵן הָעִנְיָן כָּאן, וְהַמְּנִיעָה הִיא לְמִי שֶׁמִּתְכַּוֵּין לְקַבֵּץ שְׁבָחִים הַרְבֵּה מִן הַכְּלָל וּמִן הַפְּרָט לָזֶה אוֹמְרִים סַיֵּימְתִּנְהוּ לְשִׁבְחֵי דְּמָרָךְ.
(Tehilim 106,2) « À qui sied-il de dire les hauts faits de Hachem ? À celui qui peut faire entendre toute Sa louange. » On objecte : les hommes de la Grande Assemblée pouvaient-ils donc faire entendre toute Sa louange ? Comment ont-ils alors institué tout cela ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que les hommes de la Grande Assemblée ont institué ces formules en correspondance avec les sefirot supérieures, chaque bénédiction et chaque louange ayant en face d'elle une sefira particulière. Cela ressemble à un roi qui possède des milliers et des myriades de palais sans nombre : si quelqu'un vient dire que dans tel palais précis il y a tant de chambres et tant d'étages, il ne retranche rien, car il ne prétend pas dénombrer toutes les chambres et tous les étages du roi dans l'ensemble de ses palais, il parle seulement d'un palais déterminé. Mais celui qui vient dire : le roi a tant de chambres en général et tant d'étages en général, sans viser un palais déterminé, celui-là retranche, car en vérité les chambres et les étages du roi sont sans nombre. Il en va de même ici : l'interdit vise celui qui entend rassembler de nombreuses louanges, du général et du particulier ; à celui-là on dit : tu as épuisé les louanges de ton Maître.
💡 Explication

Une conséquence normative découle de l'ordre qui vient d'être établi : le nombre des bénédictions est fermé. Rachi précise la portée de l'interdit — il vise l'institution à demeure d'une bénédiction supplémentaire, non une prière personnelle occasionnelle.

Le raisonnement de Rabbi Elazar lit le verset comme une condition : le droit de dire les hauts faits appartient à qui pourrait dire la louange entière. Puisque personne ne le peut, on s'en tient au texte institué.

10
אָמַר רַבָּה בַּר בַּר חָנָה אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: הַמְסַפֵּר בְּשִׁבְחוֹ שֶׁל הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא יוֹתֵר מִדַּאי — נֶעֱקַר מִן הָעוֹלָם, שֶׁנֶּאֱמַר: ״הַיְסֻופַּר לוֹ כִּי אֲדַבֵּר אִם אָמַר אִישׁ כִּי יְבֻלָּע״.

Rabba bar bar Hana a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : celui qui dit la louange du Saint béni soit-Il plus qu'il ne faut est arraché du monde, ainsi qu'il est dit : « Lui racontera-t-on que je parle ? Si un homme le disait, il serait englouti. »

📜 Rachi (1)
הַיְסֻופַּר לוֹ כִּי אֲדַבֵּר הָכִי דְּרֵישׁ לֵיהּ הַיְסֻופַּר שִׁבְחוֹ כֻּולּוֹ כִּי אַרְבֶּה לוֹ דִּבְרֵי שֶׁבַח אִם אָמַר לַעֲשׂוֹת כָּךְ כִּי יְבֻולַּע:
« Lui racontera-t-on que je parle » : il l'expose ainsi — sa louange sera-t-elle dite tout entière si je multiplie à son sujet les paroles de louange ? Si quelqu'un disait qu'il va faire ainsi, il serait englouti.
🪔 Ben Yehoyada (1)
הַמְסַפֵּר בְּשִׁבְחוֹ שֶׁל הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא יוֹתֵר מִדַּאי, נֶעֱקַר מִן הָעוֹלָם. נִרְאֶה לִי בס"ד דְּאִיתָא בְּאוֹתִיּוֹת דְּרַבִּי עֲקִיבָא, בַּעֲבוּר הַשִּׁיר שֶׁמְּקַלְּסִין להקב"ה נִבְרָא הָעוֹלָם עַיֵּין שָׁם, וְעַל כֵּן שֶׁזֶּה שֶׁהוּא מַרְבֶּה בְּשֶׁבַח שֶׁחוֹשֵׁב שֶׁמְּחַזֵּק הָעוֹלָם שֶׁנִּבְרָא בַּעֲבוּר הַשִּׁיר לְכָךְ מִדָּה כְּנֶגֶד מִדָּה נֶעֱקַר מִן הָעוֹלָם.
« Celui qui dit la louange du Saint béni soit-Il plus qu'il ne faut est arraché du monde. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que l'on trouve dans les Otiot de Rabbi Akiva que le monde à été créé en vue du chant par lequel on loue le Saint béni soit-Il, vois-le là-bas. Dès lors, celui qui multiplie la louange en pensant affermir le monde, lequel fut créé en vue de ce chant, se voit mesure pour mesure arraché de ce monde.
💡 Explication

La règle précédente portait sur l'institution liturgique ; celle-ci porte sur l'attitude. Multiplier la louange au-delà de la mesure revient à laisser entendre qu'on en a fait le tour.

Le verset de Job est lu selon la technique habituelle du midrach halachique : la question rhétorique « lui racontera-t-on ? » devient l'énoncé d'une impossibilité, et la seconde moitié du verset en donne la sanction.

11
דָּרֵשׁ רַבִּי יְהוּדָה אִישׁ כְּפַר גִּבּוֹרַיָּא, וְאָמְרִי לַהּ אִישׁ כְּפַר גִּבּוֹר חַיִל: מַאי דִכְתִיב: ״לְךָ דּוּמִיָּה תְּהִלָּה״? סַמָּא דְּכֻולָּהּ — מַשְׁתּוֹקָא. כִּי אֲתָא רַב דִּימִי, אֲמַר: אָמְרִי בְּמַעֲרָבָא: מִלָּה — בְּסֶלַע, מַשְׁתּוֹקָא — בִּתְרֵין.

Rabbi Yehouda, l'homme de Kfar Guiboraya — et certains disent : l'homme de Kfar Guibor Hayil — a exposé : que signifie ce qui est écrit : « À Toi le silence est louange » ? Le remède par excellence, c'est le silence.

Lorsque Rav Dimi vint, il dit : on dit en Occident (en terre d'Israël) : une parole vaut un sela, le silence en vaut deux.

📜 Rachi (2)
סַמָּא דְּכֻולָּהּ מַשְׁתּוֹקָא מִבְחַר כָּל הַסַּמְמָנִין הִיא הַשְּׁתִיקָה שֶׁלֹּא לְהַרְבּוֹת דְּבָרִים וְהַיְינוּ לְךָ דּוּמִיָּה תְּהִלָּה:
« Le remède par excellence, c'est le silence » : le meilleur de tous les remèdes est le silence, qui évite de multiplier les paroles ; tel est le sens de « À Toi le silence est louange ».
מִלָּה בְּסֶלַע מַשְׁתּוּקָא בִּתְרֵין אִם תִּרְצֶה לִקְנוֹת הַדִּבּוּר בְּסֶלַע תַּקָּנָה הַשְּׁתִיקָה בִּשְׁתַּיִם:
« Une parole vaut un sela, le silence en vaut deux » : si tu veux acheter la parole pour un sela, achète le silence pour deux.
🪔 Ben Yehoyada (1)
מִלָּה בְּסֶלַע, מַשְׁתּוּקָא בִּתְרֵין. נִרְאֶה לִי בס"ד בְּתוֹךְ אוֹתִיּוֹת 'סֶלַע' בְּמִילּוֹאָם יֵשׁ 'מַיִם' כָּזֶה: ס מ "ךָ ל מֵ "ד ע י "ן, וְיָדוּעַ מַה שֶׁאָמַר רַבִּי עֲקִיבָא לַחֲכָמִים שֶׁנִּכְנְסוּ לַפַּרְדֵּס כְּשֶׁתַּגִּיעוֹ לְאַבְנֵי שַׁיִשׁ טָהוֹר, אַל תֹּאמְרוּ 'מַיִם מַיִם' (חֲגִיגָה יד:) , נִמְצָא יֵשׁ מָקוֹם שֶׁאִם יֹאמְרוּ בּוֹ ב' פְּעָמִים מַיִם צְרוֹךְ לְהַשְׁתִּיקָם, וְזֶהוּ שֶׁאָמַר יֵשׁ מִלָּה בְּסֶלַע שֶׁהִיא תֵּיבַת מַיִם הַמֻּונַּחַת בְּתוֹךְ סֶלַע רָאוּי לַעֲשׂוֹת בָּהּ מַשְׁתּוֹקָא , אִם יֹאמְרוּ אוֹתָהּ בִּתְרֵין וְסוֹד הַנִּזְכָּר שֶׁמָּנַע מֵהֶם הַכֶּפֶל שֶׁל 'מַיִם מַיִם' מְפֹורָשׁ בְּדִבְרֵי מהרח"ו [מוֹרֵנוּ הָרַב רַבִּי חַיִּים וִיטַאל] זַ"ל בְּבֵיאוּר (מִשְׁנָה אָבוֹת ו, א) 'כָּל הָעוֹסֵק בַּתּוֹרָה לִשְׁמָהּ' יְעֻויַּן שָׁם. וְעוֹד נִרְאֶה לִי דֶּרֶךְ הֲלָצָה, אִם יֵשׁ שְׁטַר צַווָּאָה אוֹ שְׁטַר חוֹב אוֹ מַתָּנָה שֶׁכָּתוּב בּוֹ תְּנוּ סֶלַע לִפְלוֹנִי אוֹ חַיָּיב אֲנִי סֶלַע לִפְלוֹנִי, וְרוֹצֶה בַּעַל הַשְּׁטָר לְזַייֵּף לְהוֹסִיף אוֹתִיּוֹת יָם עַל סֶלַע, כְּדֵי שֶׁתִּהְיֶה נִקְרֵאת 'סְלָעִים' שֶׁבְּדַעְתּוֹ לִתְבֹּועַ מֵאוֹת וְאַלְפַּיִם, לֹא תּוֹעִיל לוֹ עָרְמָתוֹ כִּי יָכוֹל בַּעַל דִּינוֹ לְהַשְׁתִּיקוֹ בִּתְרֵין סְלָעִים, כִּי יֹאמַר מִעוּט רַבִּים שְׁנַיִם. וְזֶהוּ שֶׁאָמַר מִלָּה בְּסֶלַע, רוֹצֶה לוֹמַר אִם תִּרְצֶה לְהוֹסִיף מִלָּה אַחַת שֶׁל יָם בְּמִלַּת בְּסֶלַע , כְּדֵי שֶׁתִּהְיֶה נִקְרֵאת סְלָעִים לְשׁוֹן רַבִּים, עוֹשִׂים לְךָ מַשְׁתּוֹקָא לִתְבִיעָתְךָ, בִּתְרֵין סְלָעִים שֶׁיִּפְטְרוּ אוֹתְךָ בָּהֶם דְּיֹאמְרוּ לְךָ מִיעוּט רַבִּים שְׁנַיִם. מִיהוּ צָרִיךְ לְהָבִין לָמָּה נָקְטוּ שִׁיעוּר 'סֶלַע' לְדִבּוּר? וְנִרְאֶה לִי בס"ד כִּי תּוֹכוֹ שֶׁל אָדָם כְּמוֹ בּוֹר עָמֹוק וְהַפֶּתַח הוּא הַפֶּה שֶׁיּוֹצֵא מִמֶּנּוּ הַדִּיבּוּר אַךְ הַדְּבָרִים נֶחֱלָקִים לְאַרְבָּעָה חֲלָקִים: שֶׁמְּדַבֵּר עַל עַצְמוֹ, וְעַל זוּלָתוֹ, עַל הֶעָבַר, וּמְדַבֵּר עַל עַצְמוֹ וְעַל זוּלָתוֹ עַל הֶעָתִיד, נִמְצָא נֶחֱלָק קָרְבוּ לְאַרְבַּע בּוֹרוֹת לְאַרְבָּעָה חֲלָקִים שֶׁל דִּבּוּר, לְכָךְ נִקְרָא דִּבּוּר - ד' בּוֹר, וְלָכֵן עָשָׂה עֵרֶךְ לְדִבּוּר 'סֶלַע' שֶׁהוּא אַרְבָּעָה דְּנֵרִים. וּבְנֵי יְדִידִי כה"ר יַעֲקֹב נר"ו פֵּירֵשׁ דְּיָדוּעַ הַמַּלְאָכִים דִּבְּרוּ תְּבִיעָתָם עַל הַתּוֹרָה בַּעֲבוּר חֵלֶק הַסּוֹד דַּוְקָא דְּשַׁיָּיךְ לָהֶם, וְזֶהוּ שֶׁאָמַר מִלָּה בְּ'סֶלַע' רָאשֵׁי תֵּיבוֹת ס וְד ל אַוִּין ע שִׁין, עַל זֶה הָיְתָה מִלָּה שֶׁל תְּבִיעָה אַךְ נִשְׁתַּתְּקוּ בִּתְרֵין בִּשְׁבִיל שֶׁנָּתַן הקב"ה לְיִשְׂרָאֵל שְׁתַּיִם חֲלָקִים בְּיַחַד חֵלֶק הַסּוֹד וְחֵלֶק הַנִּגְלֶה דְּלָא שַׁיָּיךְ בַּמַּלְאָכִים. וְעוֹד פֵּירֵשׁ מִלָּה בְּסֶלַע, דְּאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל (קִידּוּשִׁין לא.) כְּשֶׁאָמַר (שְׁמוֹת כ, ב) 'אָנֹכִי וְלֹא יִהְיֶה לְךָ' הִרְהֲרוּ אוּמוֹת הָעוֹלָם עַל זֶה וְאָמְרוּ לִכְבוֹד עַצְמוֹ דּוֹרֵשׁ! וְזֶהוּ מִלָּה בְּסֶלַע הוּא דִּבּוּר רִאשׁוֹן שֶׁהוּא גָּבוֹהַּ שֶׁבַּעֲשֶׂרֶת הַדִּבְּרוֹת וּלְהָכִי קָרֵי לֵיהּ סֶלַע שֶׁהוּא גָּבוֹהַּ אַךְ נַעֲשָׂה לָהֶם מַשְׁתּוּקָא בִּתְרֵין , כַּאֲשֶׁר שָׁמְעוּ דִּבּוּר 'כַּבֵּד אֶת אָבִיךָ וְאֶת אִמֶּךָ', שֶׁצִּוָּה עַל כְּבוֹד הָאָב וְהָאֵם שֶׁהֵם שְׁנַיִם, דְּאָז חָזְרוּ וְהוֹדוּ לְדִבְּרוֹת רִאשׁוֹנוֹת עַד כָּאן דְּבָרָיו נר"ו.
« Une parole vaut un sela, le silence en vaut deux. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que dans les lettres du mot « sela » écrites en plein se trouve le mot « mayim », l'eau : samekh-mem-khaf, lamed-mem-dalet, ayin-youd-noun. Et l'on connaît ce que Rabbi Akiva dit aux sages qui entrèrent au Pardes : lorsque vous parviendrez aux pierres de marbre pur, ne dites pas « eau, eau » (Haguiga 14b). Il existe donc un lieu où, si l'on y dit deux fois « eau », il faut faire taire celui qui parle. C'est le sens de : il y a une parole dans « sela » — le mot « mayim » loge à l'intérieur de « sela » — dont il convient de faire un silence, si on la dit deux fois. Et le sod pour lequel la répétition « mayim mayim » leur fut interdite est exposé par le Maharhou [notre maître Rabbi Haim Vital] de mémoire bénie dans son commentaire de la michna (Avot 6,1) « Quiconque étudie la Torah lichma », vois-le là-bas. Il me semble encore, par voie de boutade, que s'il existe un acte de testament, une reconnaissance de dette ou un acte de donation où il est écrit « donnez un sela à untel » ou « je dois un sela à untel », et que le porteur de l'acte veuille falsifier en ajoutant les lettres « youd-mem » à « sela », pour qu'on lise « selaim » et dans l'intention de réclamer des centaines et des milliers, sa ruse ne lui servira pas, car son adversaire peut le réduire au silence avec deux sela : il lui dira que le pluriel minimal est de deux. C'est le sens de « une parole dans sela » : si tu veux ajouter au mot « be-sela » la syllabe « im » pour qu'on lise « selaim » au pluriel, on te réduit au silence quant à ta réclamation par deux sela, dont on t'acquittera, en te disant que le pluriel minimal est de deux. Il faut cependant comprendre pourquoi ils ont pris précisément la mesure d'un « sela » pour la parole. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que l'intérieur de l'homme est comme un puits profond dont l'ouverture est la bouche, d'où sort la parole ; or les paroles se divisent en quatre parts : il parle de lui-même et il parle d'autrui pour le passé, et il parle de lui-même et d'autrui pour l'avenir. Son intérieur se trouve donc divisé en quatre puits, selon les quatre parts de la parole ; c'est pourquoi la parole se nomme « dibour » — dalet bor, quatre puits — et c'est pourquoi on a fixé la valeur de la parole à un « sela », qui vaut quatre dinars. Et mon fils bien-aimé, Rabbi Yaakov, que D.ieu le garde, a expliqué : on sait que les anges ont formulé leur réclamation sur la Torah a cause de la part du sod, qui seule leur revenait ; c'est le sens de « une parole dans sela », initiales de sod, lavin, assin — le sod, les interdits, les prescriptions : c'est sur cela que portait la parole de leur réclamation, mais ils furent réduits au silence « par deux », parce que le Saint béni soit-Il a donné à Israël deux parts ensemble, la part du sod et la part du révélé, qui ne concerne pas les anges. Il a encore expliqué « une parole vaut un sela » : nos maîtres de mémoire bénie ont dit (Kidouchin 31a) que lorsqu'Il dit « Je suis Hachem ton D.ieu » et « Tu n'auras pas d'autres dieux », les nations du monde murmurèrent en disant : c'est pour Son propre honneur qu'Il légifère ! C'est le sens de « une parole dans sela » : il s'agit de la première parole, la plus haute des dix paroles, et c'est pourquoi on l'appelle « sela », le rocher élevé ; mais elles furent réduites au silence « par deux » lorsqu'elles entendirent la parole « Honore ton père et ta mère », qui ordonne l'honneur du père et de la mère, qui sont deux ; elles revinrent alors et reconnurent les premières paroles. Fin de ses paroles, que D.ieu le garde.
💡 Explication

Le verset « lekha doumia tehila » se lit ordinairement « à Toi convient la louange ». La deracha le prend au mot : doumia, le silence, est lui-même la louange.

L'expression sama de-khoula, « le remède de tout », appartient au vocabulaire médical araméen. Rav Dimi rapporte ensuite un dicton de terre d'Israël qui chiffre la même idée : le sela était une monnaie valant quatre dinars.

12
קְרָאָהּ עַל פֶּה לֹא יָצָא וְכוּ׳. מִנָּלַן? אָמַר רָבָא: אָתְיָא זְכִירָה זְכִירָה, כְּתִיב הָכָא: ״וְהַיָּמִים הָאֵלֶּה נִזְכָּרִים״, וּכְתִיב הָתָם: ״כְּתֹב זֹאת זִכָּרוֹן בַּסֵּפֶר״. מַה לְהַלָּן — בְּסֵפֶר, אַף כָּאן — בְּסֵפֶר.

« Celui qui l'a lue par cœur ne s'est pas acquitté », etc. D'où le tenons-nous ?

Rava a dit : cela se déduit par une guezera chava entre « rappel » et « rappel ». Il est écrit ici : « Et ces jours sont rappelés », et il est écrit là-bas : « Écris ceci en mémorial dans le livre. » De même que là-bas il s'agit d'un livre, de même ici il s'agit d'un livre.

💡 Explication

Retour au commentaire de la michna. La guezera chava est une règle herméneutique qui relie deux passages par un mot commun et transfère de l'un à l'autre les détails qui l'accompagnent.

Le mot commun est zekhira, le rappel : il figure dans le verset d'Esther et dans le verset sur l'effacement d'Amalek. Là-bas le rappel est explicitement lié à un livre ; ce détail est donc transféré à la meguila, ce qui exclut la lecture par cœur.

13
וּמִמַּאי דְּהַאי זְכִירָה קְרִיאָה הִיא, דִּלְמָא עִיּוּן בְּעָלְמָא! לָא סָלְקָא דַעְתָּךְ (דִּכְתִיב): ״זָכוּר״ — יָכוֹל בַּלֵּב? כְּשֶׁהוּא אוֹמֵר ״לֹא תִּשְׁכַּח״, הֲרֵי שִׁכְחַת הַלֵּב אָמוּר, הָא מָה אֲנִי מְקַיֵּים ״זָכוּר״ — בַּפֶּה.

Et d'où savons-nous que ce rappel est une lecture ? Peut-être s'agit-il d'un simple examen des yeux !

Cela ne saurait te venir à l'esprit, (car il est écrit) : « Souviens-toi » — peut-être par le cœur ? Lorsqu'il dit « tu n'oublieras pas », voilà que l'oubli du cœur est déjà dit ; comment alors maintenir « souviens-toi » ?

Par la bouche.

💡 Explication

La guezera chava a établi qu'un livre est requis ; elle n'a pas encore établi qu'il faille lire à voix haute. Un rouleau lu des yeux, en silence, satisferait la lettre de la dérivation.

La baraita comble cette lacune à partir des deux commandements relatifs à Amalek. « Tu n'oublieras pas » couvre déjà le registre intérieur ; pour que « souviens-toi » ajoute quelque chose, il doit désigner un acte distinct — la parole prononcée.

🖼️ Schéma
De la michna à la bouche : les deux étapes de la dérivation Michna : celui qui l'a lue par cœur ne s'est pas acquitté Question de la Guemara : d'où cela est-il tire ? Étape 1 — guezera chava rappel (Esther) = rappel (Amalek) là-bas : dans le livre — donc ici : un livre Étape 2 — souviens-toi / tu n'oublieras pas tu n'oublieras pas couvre déjà le cœur souviens-toi doit donc viser la bouche Conclusion : lecture à voix haute, dans un rouleau écrit le simple regard posé sur le texte ne suffit pas
La première étape impose le support écrit, la seconde impose la voix.
14
קְרָאָהּ תַּרְגּוּם לֹא יָצָא וְכוּ׳. הֵיכִי דָמֵי? אִילֵּימָא דִּכְתִיבָה מִקְרָא וְקָרֵי לַהּ תַּרְגּוּם, הַייְנוּ עַל פֶּה! לָא צְרִיכָא, דִּכְתִיבָה תַּרְגּוּם וְקָרֵי לַהּ תַּרְגּוּם.

« Celui qui l'a lue en traduction ne s'est pas acquitté », etc. Quel est le cas ?

Si l'on dit qu'elle est écrite dans le texte original et qu'il l'a lue en targoum, c'est déjà le cas de la lecture par cœur ! Il fallait bien l'énoncer : le cas où elle est écrite en targoum et où il l'a lue en targoum.

💡 Explication

La michna a déjà invalidé la lecture par cœur. Si le cas du targoum consistait à lire en araméen un rouleau écrit en hébreu, il ne serait qu'un cas particulier du précédent, et son énoncé serait redondant.

La Guemara lui donne donc un contenu propre : le rouleau lui-même est écrit en targoum, et la lecture correspond exactement à l'écrit. La lecture reste invalide, mais pour un autre motif — le support n'est pas conforme.

15
אֲבָל קוֹרִין אוֹתָהּ לַלּוֹעֲזוֹת בְּלַעַז וְכוּ׳. וְהָא אָמַרְתָּ: קְרָאָהּ בְּכָל לָשׁוֹן — לֹא יָצָא! רַב וּשְׁמוּאֵל דְּאָמְרִי תַּרְוַיְיהוּ: בְּלַעַז יְוָונִי.

« Mais on la lit pour ceux qui parlent une langue étrangère dans cette langue étrangère », etc. Or tu as dit : « celui qui l'a lue en quelque langue que ce soit ne s'est pas acquitté » !

Rav et Chemouel disent tous deux : il s'agit du grec.

📜 Rachi (1)
קְרָאָהּ תַּרְגּוּם בְּכָל לָשׁוֹן זוֹ וְאֵין צ"ל זוֹ קָתָנֵי:
La michna enseigne selon le procédé « ceci, et à plus forte raison cela ».
⚖️ Rosh (1)
גְּמ' תָּנָא וְכֵן בְּהַלֵּל וְכֵן בִּקְרִיאַת שְׁמַע וְכֵן בִּתְפִלָּה אִם אֲמָרָהּ לְמַפְרֵעַ לֹא יָצָא תְּפִלָּה מְנָא לַן דְּתַנְיָא שִׁמְעוֹן הַפָּקוֹלִי הִסְדִּיר שְׁמוֹנֶה עֶשְׂרֵה בְּרָכוֹת לִפְנֵי ר"ג עַל הַסֵּדֶר בְּיַבְנֶה אָמַר רַבִּי יִרְמְיָה וְאִיתֵּימָא רַבִּי חִיָּיא בַּר אַבָּא וְאָמְרִי לַהּ בְּמַתְנִיתָא תָּנָא מֵאָה וְעֶשְׂרִים זְקֵנִים וּמֵהֶם כַּמָּה נְבִיאִים תִּקְּנוּ שְׁמֹונֶה עֶשְׂרֵה בְּרָכוֹת עַל הַסֵּדֶר. מְגִילָּה מְנָא לַן דִּכְתִיב וְהַיָּמִים הָאֵלֶּה נִזְכָּרִים וְנַעֲשִׂים בְּכָל דּוֹר וָדוֹר מָה עֲשִׂייָּה לְמַפְרֵעַ לָא אַף זְכִירָה לְמַפְרֵעַ לָא. הַלֵּל מְנָא לַן אָמַר רָבָא דִּכְתִיב מִמִּזְרַח שֶׁמֶשׁ עַד מְבוֹאוֹ מְהֻלָּל שֵׁם וְגוֹ' כְּשֵׁם שֶׁאִי אֶפְשָׁר לוֹ לְשַׁמֵּשׁ לִזְרֹוחַ לְמַפְרֵעַ מִמַּעֲרָב לַמִּזְרָח כָּךְ אֵין קוֹרִין אֶת הַלֵּל לְמַפְרֵעַ. קְרִיאַת שְׁמַע מְנָא לַן אָמַר קְרָא וְהָיוּ שֶׁלֹּא יִקְרָא לְמַפְרֵעַ: אֲבָל קוֹרִין אוֹתָהּ לַלּוֹעֲזוֹת בְּלַעַז וְהוּא שֶׁכְּתוּבָה בְּלַעַז תְּנָא גַּפְטִית לִגְפָטִים עַלֵּמִית לַעֲלָמִים עִבְרִית לָעִבְרִים וִיוָנִית לַיּוֹנִים וְהָרַב אַלְפָסִי זַ"ל לֹא הֵבִיא הָא דְּרַב וּשְׁמוּאֵל לַעַז יְוָנִי לַכֹּל כָּשֵׁר אע"ג דְּלֵיכָּא מַאן דִּפְלִיג עֲלַיְיהוּ וְאֶפְשָׁר דִּסְבִירָא לֵיהּ דְּלָאו אַלִּיבָּא דְּנַפְשַׁייְהוּ קָאָמְרִי אֶלָּא אַלִּיבָּא דְּרַשְׁבָּ"ג וְלֵית הִלְכְתָא כְּרַשְׁבָּ"ג: וְהַלּוֹעֵז שֶׁשָּׁמַע אַשּׁוּרִית יָצָא אע"ג דְּלָא יָדַע מַאי קָאָמַר. וַאֲפִילּוּ הָכֵי נָפֵיק יְדֵי חוֹבָתוֹ מִידֵּי דְּהָווּ אֲנָשִׁים וְעַמֵּי הָאָרֶץ דְּלָא יָדְעִי מַאי קָאָמְרִי וְאַפֵּי' הָכֵי נָפְקִי יְדֵי חוֹבְתַיְיהוּ דְּהָא אִיכָּא מִצְוַת קְרִיאָה וּפַרְסוֹמֵי נִיסָּא:
Guemara : il a été enseigné — de même pour le Hallel, de même pour la lecture du Chema, de même pour la prière : s'il l'a dite à l'envers, il ne s'est pas acquitté. La prière, d'où le tenons-nous ? Car il a été enseigné : Chimon HaPakouli a ordonné les dix-huit bénédictions devant Rabban Gamliel, dans l'ordre, à Yavne. Rabbi Yirmeya a dit — et certains disent Rabbi Hiya bar Abba, et d'autres l'enseignent dans une baraita : cent vingt anciens, parmi lesquels plusieurs prophètes, ont institué les dix-huit bénédictions dans leur ordre. La meguila, d'où le tenons-nous ? Car il est écrit : « et ces jours sont rappelés et accomplis dans chaque génération » : de même que l'accomplissement ne se fait pas à l'envers, de même le rappel ne se fait pas à l'envers. Le Hallel, d'où le tenons-nous ? Rava a dit : car il est écrit « du levant du soleil jusqu'à son couchant, loué soit le nom, etc. » : de même qu'il est impossible au soleil de se lever à l'envers, de l'ouest vers l'est, de même on ne lit pas le Hallel à l'envers. La lecture du Chema, d'où le tenons-nous ? Le verset dit « et elles seront », pour qu'il ne lise pas à l'envers. « Mais on la lit pour ceux qui parlent une langue étrangère dans cette langue étrangère » : à condition qu'elle soit écrite dans cette langue étrangère. Il a été enseigné : en copte pour les Coptes, en élamite pour les Elamites, en ivrit pour les Ivrim, en grec pour les Grecs. Et le Rav Alfassi de mémoire bénie n'a pas rapporté l'enseignement de Rav et Chemouel selon lequel « le grec est valable pour tous », bien que personne ne les contredise ; il est possible qu'il ait estimé qu'ils ne parlaient pas en leur nom propre mais selon Rabban Chimon ben Gamliel, et la halakha n'est pas comme Rabban Chimon ben Gamliel. « Et celui qui parle une langue étrangère et qui l'a entendue en achourit s'est acquitté » : bien qu'il ne sache pas ce qui est dit, il s'acquitte malgré tout de son obligation, comme il en va pour les femmes et les gens du peuple, qui ne savent pas ce qui est dit et s'acquittent pourtant de leur obligation, puisqu'il y a là la mitsva de la lecture et la publication du miracle.
💡 Explication

La michna semble se contredire : elle invalide la lecture « en quelque langue que ce soit », puis autorise de lire pour les loazot, ceux qui parlent une langue étrangère, dans leur langue.

Rav et Chemouel restreignent la seconde clause au grec, langue qui possède un statut particulier dans la halakha de la traduction. Le Roch rappelle ici l'ensemble de la sougya sur l'ordre de la lecture et note que le Rif n'a pas retenu cette position.

16
הֵיכִי דָמֵי? אִילֵּימָא דִּכְתִיבָה אַשּׁוּרִית וְקָרֵי לַהּ יְוָונִית, הַייְנוּ עַל פֶּה! אָמַר רַבִּי אַחָא אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר: שֶׁכְּתוּבָה בְּלַעַז יְוָונִית.

Quel est le cas ? Si l'on dit qu'elle est écrite en achourit et qu'il l'a lue en grec, c'est déjà le cas de la lecture par cœur !

Rabbi Aha a dit au nom de Rabbi Elazar : il s'agit du cas où elle est écrite en grec.

💡 Explication

Le même raisonnement qu'au sujet du targoum est applique au grec. Achourit désigne l'écriture et la langue du texte original.

Lire en grec un rouleau écrit en hébreu revient à réciter de mémoire ; la clause ne prend donc sens que si le rouleau lui-même est écrit en grec.

17
וְאָמַר רַבִּי אַחָא אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר: מִנַּיִן שֶׁקְּרָאוֹ הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא לְיַעֲקֹב ״אֵל״, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וַיִּקְרָא לוֹ אֵל אֱ-לֹהֵי יִשְׂרָאֵל״. דְּאִי סָלְקָא דַּעְתָּךְ לְמִזְבֵּחַ קְרָא לֵיהּ יַעֲקֹב ״אֵל״ — ״וַיִּקְרָא לוֹ יַעֲקֹב״ מִיבְּעֵי לֵיהּ! אֶלָּא ״וַיִּקְרָא לוֹ״, לְיַעֲקֹב, ״אֵל״. וּמִי קְרָאוֹ ״אֵל״ — ״אֱ-לֹהֵי יִשְׂרָאֵל״.

Et Rabbi Aha a dit au nom de Rabbi Elazar : d'où savons-nous que le Saint béni soit-Il a appelé Yaakov « Kel » ? Il est dit : « Il l'appela Kel, D.ieu d'Israël. » Car s'il te venait à l'esprit que c'est Yaakov qui a appelé l'autel « Kel », il aurait fallu écrire « et Yaakov l'appela » !

Mais « il l'appela » — Yaakov — « Kel » ; et qui l'a appelé « Kel » ? « Le D.ieu d'Israël. »

🗂️ Tossefot (1)
דְּאִי סָלְקָא דַעְתָּךְ לְמִזְבֵּחַ קָרֵי לֵיהּ יַעֲקֹב אֵל נִרְאֶה דְּהָכִי נָמֵי כְּתִיב (שְׁמוֹת י״ז:ט״ו) וַיִּקְרָא שְׁמוֹ ה' נִסִּי וַיִּקְרָא לוֹ ה' שָׁלוֹם (שׁוֹפְטִים ו׳:כ״ד) וּמְתַרְגְּמִי' וּפָלַח וְצָלִי מ"מ יֵשׁ לוֹמַר דְּהָתָם עַל שֵׁם הַנֵּס וְעַל שֵׁם הַשָּׁלוֹם שֶׁאֵירַע לָהֶן הָיוּ קוֹרְאִין לַמִּזְבֵּחַ כֵּן אֲבָל הָכָא לֵיכָּא שׁוּם מַעֲשֶׂה שֶׁנּוּכַל לוֹמַר שע"י כֵּן קְרָאוֹ יַעֲקֹב אֵל וְאִם אִיתָא שֶׁיַּעֲקֹב קְרָאוֹ אֵל הָוֵי לֵיהּ לְפָרוּשֵׁי לְהֶדְיָא:
« Car s'il te venait à l'esprit que Yaakov a appelé l'autel Kel » : il semble qu'il est écrit de même « il appela son nom : Hachem est mon miracle » et « il l'appela : Hachem est paix », que le Targoum rend par « il servit et il pria ». On peut toutefois dire que là-bas, c'est en raison du miracle et en raison de la paix qui leur étaient advenus qu'ils donnaient ce nom à l'autel ; mais ici il n'y a aucun événement dont on puisse dire qu'il aurait conduit Yaakov à appeler ainsi l'autel. Et s'il était vrai que Yaakov l'a appelé « Kel », le verset aurait dû l'expliciter clairement.
🪔 Ben Yehoyada (1)
מנין שקראו הקדוש ברוך הוא ליעקב 'א־ל'. יש להבין איך יצוייר זה בדעת? ונראה לי דלא קראו א־ל בסתם אלא קראו ישראל בנקוד סגול תחת האלף כזה 'ישראל' דאז יוצא בשמו שם א־ל ולא קראו כמו שם 'ישמעאל' דאין נקוד תחת האלף דעל כן אינו יוצא במבטא אות האלף אלא העין נדבק עם הלמד, וכאשר הוא כן בשם יחזקאל הנביא ע"ה ופירש דכתיב (בראשית לג, כ) 'ויצב שם מזבח ויקרא לו: א־ל אלקי ישראל' רוצה לומר אלקי ישראל קרא שם אל כשקראו ישראל, ולכן אברהם שמו כפול, הרי יו"ד אותיות, ושם יצחק אינו כפול הרי י"ד אותיות, ושם יעקב כפול הרי כ"ב ושם ישרן בלא ווי"ן הרי כ"ו, ונמצא שם ישראל משלים ל"א אותיות כמנין שם אל.
« D'où savons-nous que le Saint béni soit-Il a appelé Yaakov Kel ? » Il faut comprendre comment une telle chose peut se concevoir. Il me semble qu'Il ne l'a pas appelé « Kel » purement et simplement, mais qu'Il l'a appelé « Israël » avec un segol sous le alef, de sorte que le nom « Kel » ressorte dans son nom ; Il ne l'a pas appelé comme le nom « Yichmael », où il n'y a pas de voyelle sous le alef et où la lettre alef ne s'entend donc pas dans la prononciation, le ayin se liant au lamed, comme il en va pour le nom du prophète Ye'hezkel, la paix sur lui. Et il a expliqué : il est écrit (Bereshit 33,20) « il dressa là un autel et il l'appela : Kel, D.ieu d'Israël », c'est-à-dire que le D.ieu d'Israël a donné le nom « Kel » lorsqu'Il l'a appelé « Israël ». C'est pourquoi le nom d'Avraham est double, ce qui fait dix lettres ; le nom de Yitshak n'est pas double, ce qui porte à quatorze lettres ; le nom de Yaakov est double, ce qui porte à vingt-deux ; et le nom « Yechouroun » sans les vav porte à vingt-six. Le nom d'Israël complète ainsi trente et une lettres, le compte du nom « Kel ».
💡 Explication

Une digression, rattachée à la chaîne de transmission « Rabbi Aha au nom de Rabbi Elazar ». Le verset de Bereshit ne précise pas le sujet du verbe : « il l'appela Kel, D.ieu d'Israël » peut se lire de deux manières.

L'argument est grammatical. Si Yaakov était le sujet, le verset aurait nommé ce sujet, comme il le fait ailleurs. En l'absence de ce nom, on lit : le D.ieu d'Israël appela Yaakov Kel. Tossefot vérifie cette règle sur les deux autres autels nommés de la Torah et des Juges.

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מֵיתִיבִי: קְרָאָהּ גִּיפְטִית, עִבְרִית, עֵילָמִית, מְדֻיָּת, יְוָונִית — לֹא יָצָא!

On objecte : celui qui l'a lue en copte, en ivrit, en élamite, en mède, en grec, ne s'est pas acquitté !

📜 Rachi (3)
מֵיתִיבִי לְרַב וּשְׁמוּאֵל דְּקָתָנֵי הָכָא יְוָונִית לֹא יָצָא:
« On objecte » : contre Rav et Chemouel, puisqu'on enseigne ici qu'en grec on ne s'acquitte pas.
עִבְרִית לְשׁוֹן עֵבֶר הַנָּהָר:
« Ivrit » : la langue de l'au-delà du fleuve.
עֵילָמִית לְשׁוֹן עֵילָם:
« Élamite » : la langue d'Elam.
💡 Explication

La baraita énumère cinq langues de l'Orient ancien et les déclare toutes invalides, le grec compris. Elle contredit frontalement Rav et Chemouel, qui viennent d'accorder au grec un statut à part.

19
הָא לָא דָּמְיָא אֶלָּא לְהָא: גִּיפְטִית לְגִיפְּטִים, עִבְרִית לָעִבְרִים, עֵילָמִית לְעֵילָמִים, יְוָונִית לִיווָנִים — יָצָא.

Ce cas ne ressemble qu'à celui-ci : en copte pour les Coptes, en ivrit pour les Ivrim, en élamite pour les Elamites, en grec pour les Grecs — il s'est acquitté.

📜 Rachi (2)
הָא לָא דָּמְיָא תֵּירוּצָא הוּא:
« Ce cas ne ressemble » : c'est une réponse.
גִּיפְטִית לְגִיפְּטִים יָצָא וְהָכִי נָמֵי תְּנַן בְּמַתְנִי' לַלּוֹעֲזוֹת בְּלַעַז:
« En copte pour les Coptes, il s'est acquitté » : ainsi avons-nous appris de même dans notre michna, « pour ceux qui parlent une langue étrangère, dans cette langue étrangère ».
💡 Explication

La réponse distingue deux baraitot. La première invalide ces langues lorsqu'elles sont lues devant un auditoire qui ne les parle pas ; la seconde les valide lorsque l'auditeur parle précisément la langue lue.

Le critère qui se dégage est l'appariement entre la langue du rouleau, la langue lue et la langue de l'auditeur.

20
אִי הָכִי, רַב וּשְׁמוּאֵל אַמַּאי מוֹקְמִי לַהּ לְמַתְנִיתִין בְּלַעַז יְוָונִית? לוֹקְמוּהָ בְּכָל לַעַז! [אֶלָּא, מַתְנִיתִין כְּבָרַיְיתָא.] וְכִי אִיתְּמַר דְּרַב וּשְׁמוּאֵל, בְּעָלְמָא אִיתְּמַר. רַב וּשְׁמוּאֵל דְּאָמְרִי תַּרְוַיְיהוּ: לַעַז יְווָנִי לַכֹּל כָּשֵׁר.

S'il en est ainsi, pourquoi Rav et Chemouel établissent-ils la michna comme parlant du grec ? Qu'ils l'établissent pour toute langue étrangère !

[Plutôt, la michna est comme la baraita.] Et ce qui a été dit au nom de Rav et Chemouel a été dit de manière générale. Rav et Chemouel disent tous deux : la langue grecque est valable pour tous.

📜 Rachi (1)
מַתְנֵי' כְּבָרַיְיתָא זוֹ מִיתּוֹקְמָא קְרָאָהּ בְּכָל לָשׁוֹן דְּקָתָנֵי מַתְנֵי' לֹא יָצָא כְּגוֹן גִּיפְטִית לְמִדְּייֵם וּמֶדְיַת לְגִיפְּטִים אֲבָל קוֹרִין אוֹתוֹ לַלּוֹעֲזוֹת בְּלַעַז אִישׁ כִּלְשׁוֹנוֹ:
« La michna est comme la baraita » : ainsi s'établit ce qu'enseigne notre michna, « il l'a lue en quelque langue que ce soit — il ne s'est pas acquitté », à savoir par exemple le copte pour des Mèdes et le mède pour des Coptes ; mais on la lit pour ceux qui parlent une langue étrangère dans cette langue étrangère, chacun selon sa langue.
💡 Explication

La Guemara retire à Rav et Chemouel leur rôle d'interprètes de la michna. La michna s'explique désormais comme la baraita : invalide quand la langue lue ne correspond pas à celle de l'auditeur, valable quand elle correspond.

L'enseignement de Rav et Chemouel devient une règle autonome, et plus forte : le grec vaut pour tous, même devant un auditoire qui ne le parle pas.

🖼️ Schéma
Le déplacement de l'enseignement de Rav et Chemouel Lecture initiale Rav et Chemouel expliquent la michna la langue étrangère permise serait le grec seul Difficulté : la baraita permet aussi copte et élamite Lecture retenue la michna s'explique comme la baraita chacun dans la langue qu'il parle Rav et Chemouel : enseignement autonome Ce que dit alors Rav et Chemouel Le grec est valable pour tous, même pour qui ne le parle pas Appui : Rabban Chimon ben Gamliel, qui n'autorise que le grec pour les livres Précision nécessaire : la meguila, dont il est écrit selon leur écriture, est incluse
L'enseignement change de statut : d'explication de la michna, il devient une règle indépendante et plus large.
21
וְהָא קָתָנֵי: יְוָונִית לִיווָנִים [לִיווָנִים] — אִין, לְכֻולֵּי עָלְמָא — לָא! אִינְהוּ דַּאֲמוּר כְּרַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל. דִּתְנַן, רַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל אוֹמֵר: אַף סְפָרִים לֹא הִתִּירוּ שֶׁיִּכָּתְבוּ אֶלָּא יְוָונִית.

Mais on enseigne : « en grec pour les Grecs » — pour les Grecs, oui ; pour tous, non ! Eux ont parlé selon Rabban Chimon ben Gamliel.

Car nous avons appris : Rabban Chimon ben Gamliel dit : même pour les livres, on n'a permis de les écrire qu'en grec.

💡 Explication

Une dernière objection tirée de la formulation même de la baraita : « en grec pour les Grecs » implique une restriction aux Grecs.

La réponse rattache Rav et Chemouel à l'avis de Rabban Chimon ben Gamliel, déjà cité en Megillah 8b : pour l'écriture des livres saints, seul le grec a été autorisé à côté de l'hébreu. Le grec est donc traité comme une seconde langue du texte, non comme une traduction parmi d'autres.

22
וְלֵימְרוּ: הֲלָכָה כְּרַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל? אִי אָמְרִי הֲלָכָה כְּרַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל, הֲוָה אָמֵינָא הָנֵי מִילֵּי שְׁאָר סְפָרִים, אֲבָל מְגִילָּה דִּכְתִיב בַּהּ ״כִּכְתָבָם״ — אֵימָא לֹא. קָא מַשְׁמָע לַן.

Qu'ils disent donc : la halakha est comme Rabban Chimon ben Gamliel ! S'ils avaient dit « la halakha est comme Rabban Chimon ben Gamliel », j'aurais pu dire : cela vaut pour les autres livres, mais pour la meguila, dont il est écrit « selon leur écriture », j'aurais dit que non.

Il nous l'enseigne donc.

💡 Explication

Si Rav et Chemouel ne faisaient que trancher comme Rabban Chimon ben Gamliel, pourquoi énoncer une règle en leur nom propre ?

Parce que la meguila pouvait faire exception. L'expression kikhtavam, « selon leur écriture », employée dans le livre d'Esther, aurait pu imposer pour elle seule l'écriture hébraïque. Leur formulation indépendante écarte cette restriction.

23
וְהַלּוֹעֵז שֶׁשָּׁמַע אַשּׁוּרִית יָצָא וְכוּ׳. וְהָא לָא יָדַע מַאי קָאָמְרִי? מִידֵּי דְּהָוֵה אַנָּשִׁים וְעַמֵּי הָאָרֶץ.

« Et celui qui parle une langue étrangère et qui l'a entendue en achourit s'est acquitté », etc. Mais il ne sait pas ce qu'ils disent !

Il en va comme pour les femmes et les gens du peuple.

💡 Explication

La michna valide la lecture entendue en hébreu par quelqu'un qui ne comprend pas cette langue. La difficulté est directe : à quoi bon entendre des mots qui ne veulent rien dire pour l'auditeur ?

La réponse invoque un précédent admis : les femmes et les amei haarets, les gens sans instruction, entendent la meguila en hébreu sans en maîtriser la langue et s'acquittent.

24
מַתְקִיף לַהּ רָבִינָא: אַטּוּ אֲנַן ״הָאֲחַשְׁתְּרָנִים בְּנֵי הָרַמָּכִים״, מִי יָדְעִינַן? אֶלָּא מִצְוַת קְרִיאָה וּפַרְסוֹמֵי נִיסָּא, הָכָא נָמֵי — מִצְוַת קְרִיאָה וּפַרְסוֹמֵי נִיסָּא.

Ravina objecte : est-ce à dire que nous-mêmes, savons-nous ce que signifie « haahachtranim benei haramakhim » ? Il y a pourtant la mitsva de la lecture et la publication du miracle ; ici aussi, il y a la mitsva de la lecture et la publication du miracle.

📜 Rachi (1)
וּפִרְסוּמֵי נִיסָּא אע"פ שֶׁאֵין יוֹדְעִין מַה שֶׁשּׁוֹמְעִין שׁוֹאֲלִין אֶת הַשּׁוֹמְעִין וְאוֹמְרִין מַה הִיא הַקַּרְיָיה הַזּוֹ וְאֵיךְ הָיָה הַנֵּס וּמוֹדִיעִין לָהֶן:
« Et la publication du miracle » : bien qu'ils ne sachent pas ce qu'ils entendent, ils interrogent ceux qui écoutent et demandent : quelle est cette lecture, et comment le miracle eut-il lieu ? Et on le leur fait savoir.
💡 Explication

Ravina conteste la question elle-même. Le verset d'Esther 8,10 contient une expression que même les sages ne savent pas traduire avec certitude, et cela n'empêche personne de s'acquitter en la lisant.

La lecture de la meguila poursuit deux buts : l'accomplissement de la mitsva de lecture et le pirsoumei nissa, la publication du miracle. Rachi explique que ce second but est atteint même sans compréhension immédiate, par les questions que la lecture suscite.

25
קְרָאָהּ סֵירוּגִין יָצָא וְכוּ׳. לָא הֲווֹ יָדְעִי רַבָּנַן מַאי ״סֵירוּגִין״, שְׁמָעוּהָ לְאַמְּתָא דְּבֵי רַבִּי דְּקָאָמְרָה לְהוּ לְרַבָּנַן דַּהֲווֹ עָיְילִי פִּסְקֵי פִּסְקֵי לְבֵי רַבִּי: עַד מָתַי אַתֶּם נִכְנָסִין סֵירוּגִין סֵירוּגִין?

« Celui qui l'a lue par intervalles s'est acquitté », etc. Les sages ne savaient pas ce que signifie « serougin ».

Ils entendirent la servante de la maison de Rabbi qui disait aux sages entrant chez Rabbi par groupes espacés : jusqu'à quand entrerez-vous serougin serougin ?

📜 Rachi (1)
לָא הֲווֹ יָדְעִי רַבָּנַן תַּלְמִידֵי רַבֵּינוּ הַקָּדוֹשׁ:
« Les sages ne savaient pas » : les disciples de notre saint maître.
💡 Explication

La michna emploie le mot serougin sans le définir. S'ouvre ici une série de quatre récits ayant tous la même structure : un mot obscur de la michna ou de l'Écriture, une phrase entendue dans la maison de Rabbi Yehouda HaNassi, et le sens établi.

L'argument est linguistique : l'hébreu parlé dans cette maison faisait autorité, et l'usage courant y conservait des mots que l'étude avait perdus.

🖼️ Schéma
La structure des quatre récits Un mot obscur dans la michna ou dans un verset Une phrase entendue langage courant de la maison de Rabbi Le sens établi le verset ou la michna devient clair Trois des quatre mots viennent de la servante ; le quatrième vient d'un chamelier rencontré en chemin. Le principe reste le même : une langue encore vivante éclaire un texte devenu obscur.
Les quatre récits suivent tous le même mouvement : un mot perdu, un usage vivant, un sens retrouvé.
26
לָא הֲווֹ יָדְעִי רַבָּנַן מַאי ״חֲלוֹגְלוֹגוֹת״. שְׁמָעוּהָ לְאַמְּתָא דְּבֵי רַבִּי דַּאֲמַרָה לֵיהּ לְהָהוּא גַּבְרָא דַּהֲוָה קָא מְבַדַּר פַּרְפְּחִינֵי: עַד מָתַי אַתָּה מְפַזֵּר חֲלוֹגְלוֹגְךָ?

Les sages ne savaient pas ce que signifie « halogelogot ». Ils entendirent la servante de la maison de Rabbi qui disait à un homme en train d'éparpiller du pourpier : jusqu'à quand éparpilleras-tu tes halogelogot ?

📜 Rachi (2)
חֲלוֹגְלוֹגוֹת מִין יָרָק הוּא וְשָׁנוּי בְּכַמָּה מְקוֹמוֹת בַּמִּשְׁנָה וּבְבִרְיַית':
« Halogelogot » : c'est une espèce de légume, mentionnée en plusieurs endroits dans la michna et dans les baraitot.
פַּרְפְּחִינֵי פיקקל"י בְּלַעַז:
« Parpehini » : « pikkeli » en langue vernaculaire.
💡 Explication

Deuxième cas. Le mot figure dans plusieurs michnayot sans que sa désignation soit connue. La scène est ordinaire : un homme éparpille des parpehini, mot araméen courant, et la servante appelle cette même plante halogelogot.

Rachi donne l'équivalent en ancien français, comme il le fait souvent pour les réalités matérielles.

27
לָא הֲווֹ יָדְעִי רַבָּנַן מַאי ״סַלְסְלֶהָ וּתְרוֹמְמֶךָּ״. שְׁמָעוּהָ לְאַמְתָא דְּבֵי רַבִּי דַּהֲווָת אָמְרָה לְהָהוּא גַּבְרָא דַּהֲוָה מְהַפֵּךְ בְּמַזְייֵהּ, אָמְרָה לֵיהּ: עַד מָתַי אַתָּה מְסַלְסֵל בִּשְׂעָרְךָ?

Les sages ne savaient pas ce que signifie « salseleha ou-teromemeka ». Ils entendirent la servante de la maison de Rabbi qui disait à un homme en train de retourner sa chevelure : jusqu'à quand friseras-tu tes cheveux ?

📜 Rachi (1)
מְסַלְסֵל בִּשְׂעָרְךָ לָמַדְנוּ שֶׁהַסִּלְסוּל לְשׁוֹן חִיפּוּשׂ וְהִיפּוּךְ:
« Tu frises tes cheveux » : nous apprenons que le silsoul exprime la recherche et le retournement.
💡 Explication

Le verset des Proverbes dit de la sagesse : « salseleha et elle t'élèvera ». Le verbe n'a pas d'autre emploi clair dans l'Écriture.

L'usage entendu — friser, retourner une chevelure — fournit le sens : retourner la sagesse en tous sens, y revenir sans cesse. Le troisième cas porte ainsi sur un verset, et non plus sur un terme de michna.

28
לָא הֲווֹ יָדְעִי רַבָּנַן מַאי: ״הַשְׁלֵךְ עַל ה׳ יְהָבְךָ״. אָמַר רַבָּה בַּר בַּר חָנָה: זִימְנָא חֲדָא הֲוָה אָזֵילְנָא בַּהֲדֵי הָהוּא טַייָּעָא, וְקָא דָּרֵינָא טוּנָא וַאֲמַר לִי: שְׁקוֹל יַהְבָּיךְ וּשְׁדִי אַגַּמְלַאי.

Les sages ne savaient pas ce que signifie « Jette sur Hachem ton yehav ». Rabba bar bar Hana a dit : une fois, je cheminais avec un certain Arabe et je portais un fardeau, et il me dit : prends ton yehav et jette-le sur mon chameau.

💡 Explication

Quatrième cas, avec une variante : la source n'est plus la maison de Rabbi mais une rencontre de voyage. Le taya est un nomade arabe, dont la langue conserve des racines sémitiques disparues de l'hébreu courant.

Le mot yehav du verset des Psaumes désigne ainsi une charge : « jette ton fardeau sur Hachem ».

29
לָא הֲווֹ יָדְעִי רַבָּנַן מַאי ״וְטֵאטֵאתִיהָ בְּמַטְאֲטֵא הַשְׁמֵד״. שְׁמָעוּהָ לְאַמְתָא דְּבֵי רַבִּי דַּהֲווָת אָמְרָה לַחֲבֶרְתָּהּ: שְׁקוּלִי טָאטִיתָא וְטַאטִי בֵּיתָא.

Les sages ne savaient pas ce que signifie « Je la balaierai avec le balai de la destruction ». Ils entendirent la servante de la maison de Rabbi qui disait à sa compagne : prends le balai et balaie la maison.

📜 Rachi (1)
טָאטִיתָא אישקופ"א בְּלַעַז:
« Tatita » : « echkoupa » en langue vernaculaire.
💡 Explication

Dernier cas de la série. Le verset d'Isaie annonce la destruction de Babel par une image dont le vocabulaire était devenu opaque.

La phrase entendue contient à la fois le nom de l'instrument et le verbe : le matate est un balai, et « tati » signifie balayer.

30
תָּנוּ רַבָּנַן: קְרָאָהּ סֵירוּגִין — יָצָא,

Nos maîtres ont enseigné : celui qui l'a lue par intervalles s'est acquitté,

⚖️ Rosh (1)
מַתְנֵי' קְרָאָהּ סֵירוּגִין וּמִתְנַמְנֵם יָצָא הָיָה כּוֹתְבָהּ דּוֹרְשָׁהּ וּמַגִּיהָהּ אִם כִּווֵּן לִבּוֹ יָצָא וְאִם לָאו לֹא יָצָא. יְרוּשַׁלְמִי (ה"ב) הָיָה כּוֹתְבָהּ הֲדָא אָמְרָה שֶׁהוּא מֻותָּר בַּעֲשִׂייַּת מְלָאכָה וְדָורְשֶׁהָ אע"פ שֶׁאָסוּר לְהַפְסִיק בִּמְגִילָּה כִּדְאִיתָא בְּפֶ' שֵׁנִי דִּמְגִילָּה וְהָכָא כְּשֶׁמַּשְׁמִיעַ הַדְּרָשָׁה לָרַבִּים אוֹ דּוֹרֵשׁ בֵּינוֹ לְבֵינוֹ נִמְצָא שֶׁמַּפְסִיק בִּקְרִיאָתָהּ מ"מ יָצָא בְּדִיעֲבַד אִי נָמֵי כֵּיוָן שֶׁאֵינוֹ דּוֹרֵשׁ אֶלָּא בְּעִנְיָנוֹ שֶׁל מְגִילָּה אֵין זֶה חָשׁוּב הֶפְסֵק וְהָכֵי אִיתָא בַּיְּרוּשַׁלְמִי (שָׁם) וְדָורְשֶׁהָ וּבִלְבַד שֶׁלֹּא יַפְלִיגוּ דַּעְתָּם לְעִנְיָנִים אֲחֵרִים וּמַגִּיהָהּ יְרוּשַׁלְמִי (שָׁם) תָּנֵי אֵין מְדַקְדְּקִין בְּטָעוֻיוֹתֶיהָ ר' יִצְחָק בַּר אַבָּא בַּר מְחַסְיָא וְרַב חֲנַנְאֵל הֲווּ יָתְבִי קַמֵּי דְּרַב חַד אָמַר יְהוּדִים וְחַד אָמַר יְהוּדִיִּים וְלָא הֲדַר חַד מִנְּהוֹן: הָיְתָה כְּתוּבָה בְּסַם וּבְסִיקְרָא וּבְקוֹמוֹס וּבְקַנְקַנְתּוֹם וְעַל הַדִּפְתְּרָא וְעַל הַנְּייָר לֹא יָצָא עַד שֶׁתְּהֵא כְּתוּבָה אַשּׁוּרִית עַל הַסֵּפֶר וּבִדְיוֹ:
Michna : celui qui l'a lue par intervalles ou en somnolant s'est acquitté. S'il était en train de l'écrire, de l'expliquer ou de la corriger, s'il y a mis son cœur il s'est acquitté, sinon il ne s'est pas acquitté. Talmud de Jérusalem : « s'il était en train de l'écrire » — cela indique qu'il lui est permis de faire un travail pendant la lecture. « De l'expliquer » : bien qu'il soit interdit d'interrompre la meguila, comme il est dit au deuxième chapitre de Megillah, il s'agit ici de celui qui expose la deracha devant le public ou qui l'expose pour lui-même ; il interrompt donc sa lecture, et il s'acquitte malgré tout après coup. Ou bien : puisqu'il n'expose que le sujet même de la meguila, cela n'est pas considéré comme une interruption. Ainsi est-il dit dans le Talmud de Jérusalem : « et il l'expose, à condition qu'ils ne détournent pas leur esprit vers d'autres sujets ». « Et il la corrige » : le Talmud de Jérusalem enseigne qu'on n'est pas pointilleux sur ses erreurs. Rabbi Yitshak bar Abba bar Mahsia et Rav Hananel étaient assis devant Rav ; l'un lisait « yehoudim » et l'autre « yehoudiim », et aucun d'eux ne revint sur sa lecture. Si elle était écrite avec du sam, du sikra, du koumos, du kankantom, ou sur du diftera ou sur du papier, il ne s'est pas acquitté, tant qu'elle n'est pas écrite en achourit, sur un livre et à l'encre.
💡 Explication

Le folio se termine sur l'ouverture d'une baraita qui reprend le terme serougin éclairci plus haut ; sa suite se lit en 18b.

Le Roch rassemble ici les règles pratiques attachées à cette michna : la lecture interrompue, la lecture faite en écrivant, en expliquant ou en corrigeant, ainsi que les encres et les supports requis pour que le rouleau soit valable.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).