Megillah 18b — Les interruptions de la lecture, les manques de la meguila, et l'interdit d'écrire un texte saint sans modèle sous les yeux

Megillah 18b

Sougya : Le folio achève la question des interruptions : lire par tronçonnages laisse quitte, lire dans le désordre invalide, et Rabbi Mona ajoute qu'une pause aussi longue que la lecture entière oblige à reprendre au début. La guemara mesure ce délai, puis compare trois transmissions concurrentes de l'avis de Rav et de Chemouel, que Rav Yossef départage par une règle de conduite : Chemouel tient compte de l'avis isolé quand il est rigoureux.

Viennent ensuite les défauts du rouleau — lettres ou versets omis, lettres effacées ou déchirées — et l'obligation de lire dans l'ordre. La mishna sur celui qui écrit la meguila tout en la lisant ouvre alors la grande question du folio : Rabbi Yo'hanan interdit d'écrire une seule lettre sans modèle écrit.

Rabbi Meir, qui écrivit une meguila de mémoire, et Rav Hananel, dont la Torah était exacte par cœur, servent à préciser cet interdit ; les tefilin et les mezouzot en sont exceptés parce que leurs textes sont couramment récités.

Le plan du folio : de l'interruption de la lecture à l'interdit d'écrire de mémoire A. Les interruptions (seg. 0-4) Par tronçonnages : quitte. Dans le désordre : invalide. Rabbi Mona : une pause aussi longue que la lecture entière oblige à reprendre au début. Trois transmissions de Rav et de Chemouel s'opposent. B. Les manques du rouleau (seg. 5-8) Lettres ou versets omis, lus de mémoire : quitte. Lettres effacées ou déchirées : la trace décide. L'ordre de lecture ne se rattrape pas après coup. Celui qui somnole reste quitte : Rav Achi définit l'état. C. Écrire et lire en même temps (seg. 9-11) La mishna ne tient que si une meguila complète est posée devant lui et qu'il copie verset par verset. La guemara veut en tirer une preuve pour Rabbi Yo'hanan, puis y renonce : le cas peut être fortuit. D.ieu. Écrire sans modèle (seg. 12-17) Rabbi Meir écrivit une meguila de mémoire : sa mémoire était exacte, et l'heure était contrainte. Tefilin et mezouzot échappent à l'interdit. La mishna reprend ensuite la liste des encres invalides.
Les quatre mouvements du folio : les interruptions de la lecture, les défauts du rouleau, le cas de celui qui écrit en lisant, et l'interdit d'écrire un texte saint sans modèle.
Qu'est-ce qui invalide la lecture ? Trois défauts à distinguer Le rouleau peut être défectueux, la lecture peut être coupée, l'ordre peut être rompu. Les trois ne se jugent pas de la même manière. 1. La lecture est coupée 2. L'ordre est rompu 3. Le rouleau est lacunaire sirougin : par tronçonnages Il lit, s'arrête, reprend au même endroit, dans l'ordre. Il est quitte. Réserve de Rabbi Mona ci-dessous. sirousin : à rebours Il saute un verset et le lit après le suivant. Il n'est pas quitte. Aucune réparation après coup. lettres ou versets manquants Lus de mémoire comme un meturgueman : il est quitte, tant que le manque est partiel. Rabbi Mona au nom de Rabbi Yehuda Une pause aussi longue que la lecture entière oblige à reprendre au début. Le délai se compte du début à la fin, mesure fixe. La conséquence pratique Celui qui a sauté un verset reprend à ce verset et poursuit. Celui qui entre à la moitié recommence depuis le début. Le partage des deux baraitot Manque partiel : cachere, on complète de mémoire. Rouleau entièrement effacé ou illisible : passoul.
Les trois défauts que le folio distingue : la coupure dans le temps, la rupture de l'ordre, et le manque dans le rouleau, chacun avec sa mesure propre.
L'interdit d'écrire sans modèle, et ses deux sorties Rabbi Yo'hanan : il est interdit d'écrire une seule lettre d'un texte saint sans un modèle écrit sous les yeux. La règle : toujours copier d'un texte Sefer, meguila, nevi'im Modèle écrit obligatoire. Même une mémoire parfaite ne dispense pas : cas de Rav Hananel. Sortie 1 : le texte Tefilin et mezouzot s'écrivent de mémoire, car tous les savent par cœur. Sortie 2 : l'heure Chaat ha-dehak, moment de contrainte : Rabbi Meir en Assia, sans aucune meguila disponible. Le sirtout, question voisine et distincte Halakha conclue : les mezouzot demandent le réglage des lignes, les tefilin en sont dispensés ; les deux s'écrivent sans modèle.
La règle de Rabbi Yohanan et ses deux exceptions, l'une tenant au texte écrit, l'autre à la situation ; le sirtout se décide séparément.
1
סֵירוּסִין — לֹא יָצָא. רַבִּי מוּנָא אוֹמֵר מִשּׁוּם רַבִּי יְהוּדָה: אַף בְּסֵירוּגִין, אִם שָׁהָה כְּדֵי לִגְמֹור אֶת כֻּולָּהּ — חוֹזֵר לָרֹאשׁ. אָמַר רַב יוֹסֵף: הֲלָכָה כְּרַבִּי מוּנָא שֶׁאָמַר מִשּׁוּם רַבִּי יְהוּדָה.

... dans le désordre — il n'est pas quitte. Rabbi Mona dit au nom de Rabbi Yehuda : même en sirougin (par tronçonnages), s'il s'est arrêté le temps qu'il faut pour la lire tout entière — il revient au début.

Rav Yossef a dit : la halakha suit Rabbi Mona qui a parlé au nom de Rabbi Yehuda.

📜 Rachi (1)
סֵירוּסִין לְמַפְרֵעַ כְּמוֹ סָרֵס אֶת הַמִּקְרָא וְדָרְשֵׁהוּ וְכֵן יָצָא מְחֻותָּךְ אוֹ מְסֹורָס (נִדָּה דַּף כֹּח.):
À rebours, comme dans l'expression « intervertis le verset et explique-le », et de même « il est sorti découpé ou à l'envers » (Nidda 28a).
⚖️ Rosh (1)
גְּמ' מַאי סֵירוּגִין פִּיסְקֵי פִּיסְקֵי כְּגוֹן שֶׁקָּרָא מְעַט וְשָׁהָה מְעַט וְחוֹזֵר וְקוֹרֵא מְעַט וְשׁוֹהֶה מְעַט עַד שֶׁקּוֹרֵא אֶת כֻּולָּהּ. תָּנוּ רַבָּנַן קְרָאָהּ סֵירוּגִין יָצָא סֵירוּסִין לֹא יָצָא יְרוּשַׁלְמִי (שָׁם) סֵירוּגִין קָטְעִין סֵירוּסִין קָרֵי חַד וּפוֹרֵי חַד פֵּירוּשׁ קוֹרֵא אֶחָד וּמַנִּיחַ אֶחָד כְּגוֹן שֶׁקּוֹרֵא פָּסוּק וּמְדַלֵּג פָּסוּק אַחֵר וְקוֹרֵא פָּסוּק שְׁלִישִׁי וְחוֹזֵר וְקוֹרֵא פָּסוּק שֵׁנִי שֶׁדִּלֵּג הַקּוֹרֵא כִּי הַאי גַוְונָא לָא יָצָא דַּהֲוָה לֵיהּ כְּקוֹרֵא לְמַפְרֵעַ רַבִּי מוּנָא אוֹמֵר מִשּׁוּם רַבִּי יְהוּדָה אַף בְּסֵירוּגִין אִם שָׁהָה כְּדֵי לִגְמוֹר כֻּולָּהּ חוֹזֵר לָרֹאשׁ וּמַסְּקָנָא דְּלֵית הִלְכְתָא כְּרַבִּי מוּנָא אֶלָּא אֲפִי' שָׁהָה כְּדֵי לִגְמֹור כֻּולָּהּ יָצָא וְגַם בִּתְקִיעוֹת נָמֵי אָמַר ר' יוֹחָנָן (ר"ה דַּף לד). שָׁמַע תֵּשַׁע תְּקִיעוֹת בְּתֵשַׁע שָׁעוֹת בַּיּוֹם יָצָא וְתַנְיָא כְּוָותֵיהּ וּבְפֶ' מִי שֶׁמֵּתוּ (סִי' כג) הֶאֱרַכְתִּי בִּפְסַק זֶה: ת"ר הִשְׁמִיט בָּהּ הַסּוֹפֵר אוֹתִיּוֹת וּפְסוּקִים וּקְרָאָן הַקּוֹרֵא כִּמְתֻורְגְּמָן הַמְתַרְגֵּם יָצָא פֵּירוּשׁ הַמְתַרְגֵּם יוֹסִיף דְּבָרִים כְּדֵי לְבָרֵר טַעְמוֹ שֶׁל פָּסוּק וְנִמְצָא קוֹרֵא אוֹתָן הַדְּבָרִים עַל פֶּה וְרָמֵינַן עֲלָהּ הָא דְּתַנְיָא הָיוּ בָּהּ אוֹתִיּוֹת מְטֻושְׁטָשׁוֹת אוֹ מְקֹורָעוֹת אִם רִשּׁוּמָן נִיכָּר כְּשֵׁירָה וְאִם לָאו פְּסוּלָה וּפָרְקִינַן לָא קַשְׁיָא הָא בְּכֻולַּהּ הָא בְּמִקְצָתַהּ: תָּנוּ רַבָּנַן הִשְׁמִיט בָּהּ הַקּוֹרֵא פָּסוּק אֶחָד לֹא יֹאמַר אֶגְמֹור אֶת כֻּולָּהּ וְאַחַ"כּ אֶקְרָא אוֹתוֹ פָּסוּק אֶלָּא קוֹרֵא מֵאוֹתוֹ פָּסוּק וְאֵילָךְ נִכְנַס לְבֵית הַכְּנֶסֶת וּמָצָא צִבּוּר שֶׁקָּרְאוּ חֶצְיָהּ לֹא יֹאמַר אֶקְרָא חֶצְיָהּ עִם הַצִּבּוּר וְאֶחֱזֹור וְאֶקְרָא חֶצְיָהּ הָרִאשׁוֹן אֶלָּא קוֹרֵא מִתְּחִלָּתָהּ וְעַד סוֹפָהּ. וּמִתְנַמְנֵם יָצָא הֵיכִי דָּמֵי מִתְנַמְנֵם אָמַר רַב אָשֵׁי נִים וְלָא נִים תִּיר וְלָא תִּיר כְּגוֹן דְּקָרוּ לֵיהּ וְעָנֵי וְלָא יָדַע לְאַהְדּוֹרֵי סְבָרָא וְכִי מַדְכְּרוּ לֵיהּ מִדְּכַר:
Guemara. Qu'est-ce que sirougin ? Par tronçonnages : par exemple, il lit un peu et s'arrête un peu, puis revient lire un peu et s'arrête un peu, jusqu'à ce qu'il l'ait lue tout entière. Nos maîtres ont enseigné : s'il l'a lue en sirougin, il est quitte ; en sirousin, il n'est pas quitte. Talmud de Jérusalem (ibid.) : sirougin veut dire par tronçonnages ; sirousin veut dire qu'il en lit un et en laisse un — c'est-à-dire qu'il lit un verset, saute le verset suivant, lit le troisième, puis revient lire le deuxième qu'il avait sauté. Celui qui lit de cette manière n'est pas quitte, car il est comme celui qui lit à rebours. Rabbi Mona dit au nom de Rabbi Yehuda : même en sirougin, s'il s'est arrêté le temps de la lire tout entière, il revient au début. La conclusion est que la halakha ne suit pas Rabbi Mona, mais que même s'il s'est arrêté le temps de la lire tout entière il est quitte. Pour les sonneries du chofar également, Rabbi Yo'hanan a dit (Roch Hachana 34a) : s'il a entendu neuf sonneries réparties sur neuf heures de la journée, il est quitte, et une baraita va dans son sens ; au chapitre Mi che-meto (siman 23) j'ai développé cette décision. Nos maîtres ont enseigné : si le scribe y a omis des lettres ou des versets et que le lecteur les a lus comme un meturgueman qui traduit, il est quitte — car le meturgueman ajoute des mots pour éclairer le sens du verset, et il se trouve qu'il dit ces mots de mémoire. On objecte à cela ce qui est enseigné : s'il y avait en elle des lettres effacées ou déchirées, si leur trace reste reconnaissable elle est cachere, sinon elle est passoul ; et l'on répond : ce n'est pas une difficulté, l'une parle de la totalité, l'autre d'une partie. Nos maîtres ont enseigné : si le lecteur y a omis un verset, qu'il ne dise pas « je vais la finir tout entière et ensuite je lirai ce verset », mais qu'il lise à partir de ce verset et au-delà. S'il est entré à la synagogue et a trouvé l'assemblée qui en avait déjà lu la moitié, qu'il ne dise pas « je lirai la moitié avec l'assemblée puis je reviendrai lire l'autre moitié », mais qu'il la lise depuis son début jusqu'à sa fin. « S'il somnolait, il est quitte » : comment cela, celui qui somnole ? Rav Achi a dit : il dort sans dormir, il veille sans veiller ; par exemple, on l'appelle et il répond, mais il ne sait pas rendre un raisonnement, et quand on le lui rappelle il se souvient.
💡 Explication

Le folio reprend en cours de baraita. Deux mots araméens proches s'opposent : sirougin, lire par tronçonnages avec des arrêts, ce qui laisse quitte, et sirousin, lire dans un ordre interverti, ce qui invalide.

Rabbi Mona pose une limite au premier cas : une interruption assez longue pour qu'on ait pu lire toute la meguila pendant ce temps rompt la lecture, et il faut reprendre au début. Rav Yossef tranche comme lui, mais la suite du folio montrera que la transmission de cette décision est elle-même contestée.

2
אֲמַר לֵיהּ אַבָּיֵי לְרַב יוֹסֵף: כְּדֵי לִגְמֹור אֶת כֻּולָּהּ — מֵהֵיכָא דְּקָאֵי לְסֵיפָא, אוֹ דִּלְמָא: מֵרֵישָׁא לְסֵיפָא? אֲמַר לֵיהּ: מֵרֵישָׁא לְסֵיפָא, דְּאִם כֵּן, נָתַתָּ דְּבָרֶיךָ לְשִׁיעוּרִין.

Abaye dit à Rav Yossef : « le temps qu'il faut pour la lire tout entière » — depuis l'endroit où il se tient jusqu'à la fin, ou bien peut-être du début jusqu'à la fin ? Il lui répondit : du début jusqu'à la fin ; car s'il en était autrement, tu livrerais tes paroles à des mesures variables.

💡 Explication

Abaye demande comment se calcule le délai. Rav Yossef répond que la mesure porte sur la lecture complète, du premier verset au dernier.

L'argument est un principe général : natata devareikha le-chiourin, livrer ses paroles à des mesures variables. Les Sages fixent des mesures uniformes ; un délai qui changerait avec l'endroit de l'arrêt donnerait un résultat différent pour chaque lecteur.

🖼️ Schéma
Deux manières de mesurer le délai d'interruption La meguila va du premier verset au dernier. La pause survient à un point quelconque du parcours. début fin point de la pause Hypothèse écartée Du point de la pause jusqu'à la fin. Le délai change selon l'endroit où l'on s'est arrêté : mesure variable. Réponse de Rav Yossef Du début jusqu'à la fin. Le même délai vaut pour tous les cas : la mesure reste fixe.
Le délai se compte sur la lecture entière, afin que la mesure ne dépende pas du point où l'interruption s'est produite.
3
אָמַר רַבִּי אַבָּא אָמַר רַבִּי יִרְמְיָה בַּר אַבָּא אָמַר רַב: הֲלָכָה כְּרַבִּי מוּנָא. וּשְׁמוּאֵל אָמַר: אֵין הֲלָכָה כְּרַבִּי מוּנָא. בְּסוּרָא מַתְנוּ הָכִי. בְּפוּמְבְּדִיתָא מַתְנוּ הָכִי: אָמַר רַב כָּהֲנָא אָמַר רַב: הֲלָכָה כְּרַבִּי מוּנָא. וּשְׁמוּאֵל אָמַר: אֵין הֲלָכָה כְּרַבִּי מוּנָא. רַב בִּיבִי מַתְנִי אִיפְּכָא, רַב אָמַר: אֵין הֲלָכָה כְּרַבִּי מוּנָא, וּשְׁמוּאֵל אָמַר: הֲלָכָה כְּרַבִּי מוּנָא.

Rabbi Abba a dit au nom de Rabbi Yirmeya bar Abba au nom de Rav : la halakha suit Rabbi Mona. Et Chemouel a dit : la halakha ne suit pas Rabbi Mona.

À Soura, on enseignait ainsi. À Poumbedita, on enseignait ceci : Rav Kahana a dit au nom de Rav, la halakha suit Rabbi Mona ; et Chemouel a dit, la halakha ne suit pas Rabbi Mona.

Rav Bibi enseignait l'inverse : Rav a dit, la halakha ne suit pas Rabbi Mona, et Chemouel a dit, la halakha suit Rabbi Mona.

💡 Explication

La même décision circule sous trois formes. Soura et Poumbedita s'accordent sur la répartition des avis, avec des chaînes de transmission différentes ; Rav Bibi intervertit les positions de Rav et de Chemouel.

L'enjeu pratique est réel : il s'agit de savoir si celui qui s'est longuement interrompu doit recommencer sa lecture. Le segment suivant apporte le critère qui permet de départager les versions.

🖼️ Schéma
Trois transmissions de la même décision École Rav Chemouel Soura R. Abba - R. Yirmeya bar Abba la halakha suit Rabbi Mona la halakha ne suit pas Rabbi Mona Poumbedita Rav Kahana la halakha suit Rabbi Mona la halakha ne suit pas Rabbi Mona Rav Bibi version retenue par Rav Yossef la halakha ne suit pas Rabbi Mona la halakha suit Rabbi Mona
Les deux grandes écoles attribuent la rigueur à Rav ; Rav Bibi intervertit les deux maîtres, et c'est sa version que Rav Yossef retiendra.
4
אָמַר רַב יוֹסֵף: נְקוֹט דְּרַב בִּיבִי בִּידָךְ, דִּשְׁמוּאֵל הוּא דְּחָיֵישׁ לִיחִידָאָה. דִּתְנַן: שׁוֹמֶרֶת יָבָם שֶׁקִּידֵּשׁ אָחִיו אֶת אֲחוֹתָהּ, מִשּׁוּם רַבִּי יְהוּדָה בֶּן בְּתִירָה אָמְרוּ, אוֹמְרִים לוֹ: הַמְתֵּן עַד שֶׁיַּעֲשֶׂה אָחִיךָ הַגָּדוֹל מַעֲשֶׂה.

Rav Yossef a dit : tiens en main la version de Rav Bibi, car c'est Chemouel qui prend en compte l'avis isolé. Comme nous avons appris : une chomeret yavam (femme en attente du yiboum) dont l'un des frères a fiancé la sœur — on a dit au nom de Rabbi Yehuda ben Betera : on lui dit, attends que ton frère aîné ait accompli l'acte.

📜 Rachi (4)
דְּחָייֵשׁ לִיחִידָאָה בְּמָקוֹם שֶׁהַיָּחִיד מַחְמִיר וְרַבִּים מְקִילִּין:
Là où l'avis isolé est rigoureux et la majorité indulgente.
שׁוֹמֶרֶת יָבָם מְצַפֶּה לְיַבְּמָהּ וּמִצְוָה בַּגָּדוֹל לְיַבֵּם בָּא אֶחָד מִן הָאַחִין וְקִידֵּשׁ אֶת אֲחוֹתָהּ שֶׁל יְבָמָה אַחַר שֶׁנָּפְלָה הַיְּבָמָה לִפְנֵיהֶן:
Elle attend le yiboum, et la mitsva incombe à l'aîné de l'accomplir. L'un des frères est venu et a fiancé la sœur de la yevama, après que la yevama fut tombée devant eux.
אוֹמְרִים לוֹ הַמְתֵּן מִלְּכָונְסָהּ:
De l'épouser pleinement.
עַד שֶׁיַּעֲשֶׂה אָחִיךָ הַגָּדוֹל מַעֲשֶׂה בִּיבִמְתּוֹ אוֹ לַחְלֹוץ אוֹ לְיַבֵּם אֲבָל בְּעוֹד הַיְּבָמָה לִפְנֵי כֻּולָּן לַחְלֹוץ אוֹ לְייַבֵּם הֲרֵי הִיא לְכָל אֶחָד כְּאִשְׁתּוֹ עַל יְדֵי זִיקַּת יִבּוּם וְאָסוּר בַּאֲחוֹתָהּ מִשּׁוּם אֲחוֹת אִשָּׁה דְּקָסָבַר יֵשׁ זִיקָּה אַפֵּי' בִּתְרֵי וְכָל שֶׁכֵּן בְּחַד וּפְלִיגִי רַבָּנָן עֲלֵיהּ וְאָמְרִי הוֹאִיל וּשְׁנֵי אַחִים הֵן אֵין זִיקָּתוֹ מְיֻוחֶדֶת לִהְיוֹת מֻוטֶּלֶת עַל אֶחָד מֵהֶן לִהְיוֹת כְּאִשְׁתּוֹ וּמֻותָּר בַּאֲחוֹתָהּ:
À l'égard de sa yevama, soit par haltsa (déchaussement), soit par yiboum. Mais tant que la yevama se tient devant eux tous pour la haltsa ou le yiboum, elle est pour chacun d'eux comme son épouse par l'effet du lien de yiboum, et sa sœur lui est interdite au titre de la sœur de l'épouse, car il tient qu'il y a un lien même lorsqu'ils sont deux frères, et à plus forte raison lorsqu'il n'y en a qu'un. Les Sages le contestent et disent : puisqu'ils sont deux frères, son lien n'est pas assez déterminé pour peser sur l'un d'eux au point qu'elle soit comme son épouse, et sa sœur lui est permise.
🗂️ Tossefot (2)
נְקוֹט דְּרַב בִּיבִי בִּידָךְ דְּאָמַר רַב אֵין הֲלָכָה כְּרַבִּי מוּנָא שֶׁאָמַר שֶׁחוֹזֵר לָרֹאשׁ וְכֵן הֲלָכָה דְּאֵין צָרִיךְ לַחֲזֹור לְרֹאשׁ דַּהֲלָכָה כְּרַב בְּאִיסּוּרֵי דְּאָמַר כֵּן וְרַבִּי יוֹחָנָן קָאֵי כְּוָותֵיהּ בְּפֶרֶק בָּתְרָא דר"ה (דַּף לד: וְשָׁם) דְּאָמַר שֶׁאִם שָׁמַע תֵּשַׁע תְּקִיעוֹת בְּתֵשַׁע שָׁעוֹת בַּיּוֹם יָצָא וּמְסַיֵּים הָתָם תַּנְיָא נָמֵי הָכִי וּמַייְתִי הָא וּפָרִיךְ וְהָא אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן מִשּׁוּם ר"ש בֶּן יְהוֹצָדָק שֶׁאִם שָׁהָה כְּדֵי לִגְמוֹר אֶת כֻּולָּהּ חוֹזֵר לָרֹאשׁ וּמְשַׁנֵּי הָא דִידֵיהּ הָא דְרַבֵּיהּ וּמִדְּתַנְיָא כְּוָותֵיהּ שְׁמַע מִינָּה הִלְכְתָא כְּוָותֵיהּ וּמִכָּאן סוֹמֵךְ ר"י כְּשֶׁעוֹמֵד בֶּאֱמֶת וְיַצִּיב שֶׁמַּמְתִּין עַד שֶׁיֹּאמַר עִם הַצִּבּוּר קְדֻושָּׁה וּבָרְכוּ וְאָמֵן יְהֵא שְׁמֵיהּ רַבָּא:
Car Rav a dit que la halakha ne suit pas Rabbi Mona qui enseigne qu'il revient au début, et telle est la halakha : il n'a pas besoin de revenir au début, puisque la halakha suit Rav en matière d'interdits, et qu'il a parlé ainsi. Rabbi Yo'hanan se tient de son côté, au dernier chapitre de Roch Hachana (34b) : il y dit que celui qui a entendu neuf sonneries réparties sur neuf heures de la journée est quitte, et l'on conclut là-bas « une baraita enseigne de même » ; on y cite notre passage et l'on objecte : mais Rabbi Yo'hanan n'a-t-il pas dit au nom de Rabbi Chimon ben Yehotsadak que s'il s'est arrêté le temps de la lire tout entière il revient au début ? Et l'on répond : ceci est son propre avis, cela est l'avis de son maître. Puisqu'une baraita va dans le sens du premier énoncé, on en déduit que la halakha suit celui-ci. De là, le Ri tire appui pour celui qui se tient à Emet ve-yatsiv et attend afin de dire avec l'assemblée la kedoucha, le barekhou et le amen yehe cheme raba.
שֶׁקִּידֵּשׁ אָחִיו אֶת אֲחוֹתָהּ דַּווְקָא קִידֵּשׁ אוֹמְרִים לוֹ הַמְתֵּן מִלִּישָּׂא דְּכֵיוָן דְּאֵינָהּ עֲדַייִן אֶלָּא אֲרוּסָה נִרְאֶה שֶׁנּוֹשֵׂא אֲחוֹת זְקוּקָתוֹ אֲבָל אִם נְשָׂאָהּ אִשְׁתּוֹ גְּמוּרָה הִיא וְאֵין צָרִיךְ לְהַמְתִּין דְּהָא פָּקַע זִיקָּה לְגַמְרֵי וְדַוְקָא קִידֵּשׁ אַחַר נְפִילָה אֲבָל קֹודֶם נְפִילָה שֶׁלֹּא הָיְתָה אֲחוֹת זְקוּקָתוֹ בִּשְׁעַת הַקִּדּוּשִׁין אֵין אוֹמְרִים לוֹ הַמְתֵּן שֶׁהֲרֵי לֹא הָיְתָה שׁוּם זִיקָּה מֵעוֹלָם וְטַעְמָא דְּר' יְהוּדָה מִשּׁוּם דְּסָבַר יֵשׁ זִיקָּה:
C'est précisément lorsqu'il l'a fiancée qu'on lui dit d'attendre avant de l'épouser, car tant qu'elle n'est qu'arousa (fiancée), il apparaît comme épousant la sœur de celle qui lui est liée. Mais s'il l'a déjà épousée, elle est pleinement son épouse et il n'a pas à attendre, car le lien s'est alors entièrement dissipé. Et c'est précisément s'il l'a fiancée après la chute devant le yiboum ; mais s'il l'a fiancée avant, alors qu'elle n'était pas encore la sœur de celle qui lui était liée au moment des kidouchin, on ne lui dit pas d'attendre, puisqu'il n'y avait alors aucun lien. La raison de Rabbi Yehuda est qu'il tient qu'il y a un lien.
💡 Explication

Rav Yossef départage les transmissions par une règle de conduite propre à chaque maître : Chemouel hoche li-yhidaa, Chemouel tient compte de l'avis isolé quand celui-ci est plus rigoureux que la majorité. Rabbi Mona étant justement un avis isolé et rigoureux, la version qui l'attribue à Chemouel est la plus vraisemblable.

La preuve vient d'un tout autre domaine, la mishna de Yevamot. Rabbi Yehuda ben Betera y soutient seul que le lien de yiboum (zika) pèse sur tous les frères, ce qui interdit à chacun la sœur de la veuve ; les Sages limitent ce lien à l'aîné.

5
אָמַר שְׁמוּאֵל: הֲלָכָה כְּרַבִּי יְהוּדָה בֶּן בְּתִירָה.

Chemouel a dit : la halakha suit Rabbi Yehuda ben Betera.

💡 Explication

Le trait est achevé : Chemouel tranche comme l'avis isolé et rigoureux contre la majorité. La règle de conduite est établie, et elle rend crédible la version de Rav Bibi qui attribue à Chemouel la rigueur de Rabbi Mona.

6
תָּנוּ רַבָּנַן: הִשְׁמִיט בָּהּ סוֹפֵר אוֹתִיּוֹת אוֹ פְּסוּקִין וּקְרָאָן הַקּוֹרֵא כִּמְתֻורְגְּמָן הַמְתַרְגֵּם — יָצָא.

Nos maîtres ont enseigné : si le scribe y a omis des lettres ou des versets, et que le lecteur les a lus comme un meturgueman qui traduit — il est quitte.

📜 Rachi (2)
הִשְׁמִיט דִּילֵּג בָּהּ הַסּוֹפֵר פָּסוּק אֶחָד וּקְרָאָן הַקּוֹרֵא:
Le scribe y a sauté un verset, et le lecteur les a lus.
כִּמְתֻורְגְּמָן הַמְתַרְגֵּם עַל פֶּה:
De mémoire.
💡 Explication

Le meturgueman traduisait la lecture publique à voix haute, sans texte devant lui. La baraita compare à lui le lecteur qui supplée de mémoire ce qui manque dans le rouleau.

La règle admet donc une part de lecture non écrite, ce qui va se heurter au segment suivant, où des lettres manquantes rendent la meguila passoul.

7
מֵיתִיבִי: הָיוּ בָּהּ אוֹתִיּוֹת מְטֻושְׁטָשׁוֹת אוֹ מְקֹורָעוֹת, אִם רִשּׁוּמָן נִיכָּר — כְּשֵׁרָה, וְאִם לָאו — פְּסוּלָה! לָא קַשְׁיָא: הָא בְּכֻולָּהּ, הָא בְּמִקְצָתָהּ.

On objecte : s'il y avait en elle des lettres effacées ou déchirées, si leur trace est reconnaissable — elle est cachere ; sinon — elle est passoul ! Ce n'est pas une difficulté : l'une parle de la totalité, l'autre d'une partie.

💡 Explication

Les deux baraitot semblent se contredire : l'une tolère des versets absents, l'autre invalide pour des lettres illisibles. La guemara répartit les cas selon l'étendue du défaut.

Le principe sous-jacent : la lecture doit se faire sur un texte écrit. Tant que la meguila reste dans l'ensemble un texte écrit, un complément oral ponctuel est admis ; quand l'écriture a disparu partout, le support fait défaut.

🖼️ Schéma
Le partage des deux baraitot : la part manquante Manque partiel Quelques lettres ou quelques versets absents ou illisibles. Le rouleau reste une meguila : le lecteur comble de mémoire. Il est quitte. Manque total L'écriture est effacée ou déchirée dans l'ensemble du rouleau. Il n'y a plus de texte écrit à lire : la trace ne se reconnaît plus. Le rouleau est passoul.
La quantité décide : un manque partiel se comble oralement, un effacement général prive la lecture de son support écrit.
8
תָּנוּ רַבָּנַן: הִשְׁמִיט בָּהּ הַקּוֹרֵא פָּסוּק אֶחָד, לֹא יֹאמַר: אֶקְרָא אֶת כֻּולָּהּ וְאַחַר כָּךְ אֶקְרָא אוֹתוֹ פָּסוּק, אֶלָּא קוֹרֵא מֵאוֹתוֹ פָּסוּק וְאֵילָךְ. נִכְנַס לְבֵית הַכְּנֶסֶת וּמָצָא צִבּוּר שֶׁקָּרְאוּ חֶצְיָהּ, לֹא יֹאמַר: אֶקְרָא חֶצְיָהּ עִם הַצִּבּוּר וְאַחַר כָּךְ אֶקְרָא חֶצְיָהּ, אֶלָּא קוֹרֵא אוֹתָהּ מִתְּחִילָּתָהּ וְעַד סוֹפָהּ.

Nos maîtres ont enseigné : si le lecteur y a omis un verset, qu'il ne dise pas « je lirai la meguila tout entière et ensuite je lirai ce verset », mais qu'il lise à partir de ce verset et au-delà. S'il est entré à la synagogue et a trouvé l'assemblée qui en avait déjà lu la moitié, qu'il ne dise pas « je lirai une moitié avec l'assemblée et ensuite je lirai l'autre moitié », mais qu'il la lise depuis son début jusqu'à sa fin.

💡 Explication

La baraita applique la règle des sirousin : l'ordre des versets fait partie de la lecture, et un verset rattrapé après coup ne répare rien.

Le second cas est plus exigeant encore. Celui qui arrive en cours de lecture ne peut composer sa meguila de deux moitiés prises dans le désordre ; il la reprend entièrement depuis son début.

9
מִתְנַמְנֵם יָצָא וְכוּ׳. הֵיכִי דָמֵי מִתְנַמְנֵם? אָמַר רַב אַשִּׁי: נִים וְלָא נִים, תִּיר וְלָא תִּיר, דְּקָרוּ לֵיהּ וְעָנֵי וְלָא יָדַע לְאַהְדּוֹרֵי סְבָרָא, וְכִי מַדְכְּרוּ לֵיהּ מִידְּכַר.

« S'il somnolait, il est quitte », etc. Comment cela, celui qui somnole ?

Rav Achi a dit : il dort sans dormir, il veille sans veiller ; on l'appelle et il répond, mais il ne sait pas rendre un raisonnement, et quand on le lui rappelle, il se souvient.

📜 Rachi (2)
תִּיר עֵר:
Éveille.
אַהֲדוּרֵי סְבָרָא דָּבָר הַבָּא מִבִּינַת הַלֵּב:
Une chose qui vient de l'intelligence du cœur.
💡 Explication

La mishna admet la lecture de celui qui somnole. Rav Achi définit précisément cet état intermédiaire : la conscience suffit à répondre et à se souvenir quand on lui rappelle une chose, sans suffire à produire un raisonnement neuf.

Ce degré de présence suffit pour la meguila, tandis qu'un sommeil véritable invaliderait la lecture.

10
הָיָה כּוֹתְבָהּ דּוֹרְשָׁהּ וּמַגִּיהָהּ אִם כִּוֵּון לִבּוֹ יָצָא וְכוּ׳. הֵיכִי דָמֵי? אִי דְּקָא מְסַדַּר פְּסוּקָא פְּסוּקָא וְכָתֵב לָהּ, כִּי כִּווֵּן לִבּוֹ מַאי הָוֵי? עַל פֶּה הוּא! אֶלָּא דְּכָתֵב פְּסוּקָא פְּסוּקָא וְקָרֵי לֵיהּ,

« S'il l'écrivait, l'expliquait ou la corrigeait : s'il a dirigé son cœur, il est quitte », etc. Comment cela ?

Si c'est qu'il énonce verset par verset et l'écrit, à quoi bon qu'il dirige son cœur ? Il lit de mémoire !

Plutôt : il écrit verset par verset puis le lit,

📜 Rachi (1)
דְּקָא מְסַדֵּר פְּסוּקָא עַל פֶּה וְכָתַב לֵיהּ וְקָתָנֵי יָצָא ע"י קְרִיאַת אוֹתוֹ סִידּוּר:
De mémoire, puis il l'écrit ; et la mishna enseigne qu'il est quitte par la lecture de cet énoncé.
⚖️ Rosh (1)
הָיָה כּוֹתְבָהּ אוֹקֵימְנָא דְּמַנַּח מְגִילָּה קַמֵּיהּ וְקָרֵי פְּסוּקָא פְּסוּקָא בִּמְגִילְּתָא דְּמַנַּח קַמֵּיהּ וְכָתַב לָהּ דַּאֲפִילּוּ לָמֶ"ד מֵאִישׁ יְהוּדִי צְרִיכָה שֶׁתְּהֵא כְּתוּבָה כֻּולָּהּ וקי"ל כַּר' יוֹחָנָן דְּאָמַר אָסוּר לִכְתֹּוב אֲפִילּוּ אוֹת אַחַת שֶׁלֹּא מִן הַכְּתָב חוּץ מִן הַתְּפִילִּין וּמְזוּזוֹת דְּאָמְרִינַן אַבַּיֵּי שְׁרָא לְהוּ לִדְבֵי בַּר חָבוּ לְמִיכְתַּב תְּפִילִּין וּמְזוּזוֹת שֶׁלֹּא מִן הַכְּתָב כְּמַאן כִּי הַאי תַּנָּא דְּתַנְיָא רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר מִשּׁוּם רַבֵּינוּ תְּפִילִּין וּמְזוּזוֹת נִכְתָּבוֹת שֶׁלֹּא מִן הַכְּתָב וְאֵין צְרִיכִין שִׂרְטוּט וְהִלְכְתָא מְזוּזוֹת צְרִיכִין שִׂרְטוּט וּתְפִילִּין אֵין צְרִיכִין שִׂרְטוּט וְאִידִי וְאִידִי נִכְתָּבִין שֶׁלֹּא מִן הַכְּתָב מַאי טַעְמָא מִיגְרָס גְּרִיסָן. וְצָרִיךְ לְשַׂרְטוּטָא לִמְגִילְּתָא דְּאָמַר רַבִּי חִייָּא בַּר אָבִין אָמַר רַבִּי אַסִּי (לְעֵיל מְגִילָּה דַּף טז:) דִּבְרֵי שָׁלוֹם וֶאֱמֶת מְלַמֵּד שֶׁמְּגִילָּה צְרִיכָה שִׂרְטוּט כַּאֲמִתָּה שֶׁל תּוֹרָה. גָּרְסִינַן בְּפֶרֶק קַמָּא דְּגִיטִּין (דַּף ז.) שְׁלַח לֵיהּ מָר עֻוקְבָא לֵר' אֶלְעָזָר בְּנֵי אָדָם הָעוֹמְדִים עָלַי וּבְיָדִי לְמָוסְרָם לַמַּלְכוּת מַהוּ שִׂרְטֵט וְכָתַב לֵיהּ קְרָא אֶשְׁמְרָה דְרָכַי מֵחֲטוֹא בִלְשׁוֹנִי אֶשְׁמְרָה לְפִי מַחְסוֹם בְּעֹוד רָשָׁע לְנֶגְדִּי אע"פ שֶׁרָשָׁע לְנֶגְדִּי אֶשְׁמְרָה לְפִי מַחְסוֹם שָׁלַח לֵיהּ קָמְצַעֲרִי לִי טוּבָא וְלָא מָצֵינָא דְּאֵיקוּם בְּהוּ שְׁלַח לֵיהּ דּוֹם לַה' וְהִתְחוֹלֵל לוֹ דֹּום לַה' וְהוּא יַפִּילֵם לְפָנֶיךָ חֲלָלִים חֲלָלִים הַשְׁכֵּם וְהַעֲרֵב לְבֵית הַמִּדְרָשׁ וְהֵם כָּלִים מֵאֲלֵיהֶם א"ר יִצְחָק (שָׁם ו:) שְׁתַּיִם כּוֹתְבִין בְּלֹא שִׂרְטוּט שָׁלֹשׁ אֵין כּוֹתְבִין . בה"ג פָּסַק כַּר' יִצְחָק אע"ג דִּפְלִיג אַמַּתְנִיתִין יוֹדֵעַ הָיָה שֶׁאֵינָהּ עִיקָּר. רַבֵּינוּ תָּם הָיָה אוֹמֵר דַּוְקָא שֶׁמִּתְכַּוֵּין לִכְתֹּוב הַפָּסוּק בִּדְרָשָׁא כִּי הַךְ דְּרַבִּי אֶלְעָזָר אֲבָל הַכּוֹתֵב אִגְּרוֹת שְׁלוֹמִים לַחֲבֵירוֹ וְכוֹתֵב לְשׁוֹן הַמִּקְרָא לְדַבֵּר צַחוּת מֻותָּר לִכְתֹּוב כַּמָּה תֵּיבוֹת בְּלֹא שִׂרְטוּט וְכֵן כָּתַב רִיבָ"א בְּשֵׁם רַבֵּינוּ אֵלִיָּהוּ זַ"ל וּקְצָת מַשְׁמַע בִּירוּשַׁלְמִי פֶּרֶק בָּתְרָא דִּמְכִילְתִּין (בְּפֶרֶק בְּנֵי הָעִיר ה"ב) דְּאָסוּר דְּקָאָמְרִינַן הָתָם מַהוּ לְמִיכְתַּב תַּרְתֵּי תְּלָת מִילֵּי מִפְּסוּקָא מַייְתֵי הָתָם ר' מְנָא שָׁלַח כְּתָב לֵר' אוֹשַׁעְיָא רֵאשִׁיתְךָ מִצַּעַר הָיָה מְאֹד יִשְׁגֶּה אַחֲרִיתְךָ מַשְׁמַע שֶׁהָיָה כּוֹתֵב אִגְּרוֹת שְׁלוֹמִים וְלֹא לִדְרָשָׁה וְאַפֵּי' הָכִי הָיָה מְהַפֵּךְ הַתֵּיבוֹת כְּדֵי שֶׁלֹּא לִכְתֹּוב הַמִּקְרָא כַּסֵּדֶר וּמִיהוּ מֵבִיא שָׁם כַּמָּה דְּבָרִים אֲחֵרִים שֶׁנִּרְאֶה שֶׁהָיוּ כּוֹתְבִין לִדְרָשָׁה דְּקָאָמַר הָתָם מַר עוּקְבָא שָׁלַח לֵיהּ לְרֵישׁ גָּלוּתָא דַּהֲוָה דָּמֵיךְ וְקָאֵים בְּזִמְרָא פֵּירוּשׁ בְּשָׁכְבוֹ וּבְקוּמוֹ הָיוּ מְזַמְּרִין לְפָנָיו וְשָׁלַח לֵיהּ יִשְׂרָאֵל אַל תִּשְׂמַח בָּעַמִּים אֶל גִּיל ר' יִרְמְיָה שָׁלַח לֵיהּ לְרַבִּי יוּדָן לִשְׂנֹוא אֶת אֹוהֲבֶיךָ וְלֶאֱהֹוב אֶת שׂוֹנְאֶיךָ. וְהָא דְּאָמְרִי' לְעֵיל תְּפִילִּין אֵין צְרִיכִין שִׂרְטוּט פֵּירֵשׁ רַבֵּינוּ תָּם הַייְנוּ דְּלָא בָּעֵי שִׂרְטוּט בֵּין כָּל שִׁיטָה וְשִׁיטָה אֶלָּא עוֹשֶׂה שִׂרְטוּט אֶחָד לְמַעְלָה וְכוֹתֵב לְמַטָּה כַּמָּה שִׁיטִין הִלְכָּךְ אֲנִי אוֹמֵר הָא דְּאָמְרִינַן שָׁלֹשׁ אֵין כּוֹתְבִין הַייְנוּ בְּשִׁיטָה רִאשׁוֹנָה מִכָּאן וְאֵילָךְ הַשִּׁיטָה הָעֶלְיוֹנָה הָוֵי כְּמוֹ שִׂרְטוּט כִּי הֵיכִי דְּאָמְרִינַן הָכָא דְּאִם שִׂרְטֵט הָעֶלְיוֹנָה שׁוּב אֵין צָרִיךְ שִׂרְטוּט וְלֹא מִסְתַּבֵּר לְחַלֵּק דְּשָׁאנֵי הָכָא דְּכֵיוָן שֶׁהָרִאשׁוֹנָה מְשֻׂורְטֶטֶת נִכְתְּבָה בְּיֹושֶׁר הִלְכָּךְ הָוֵי כְּמוֹ שִׂרְטוּט לְאוֹתָהּ שֶׁתַּחְתֶּיהָ לְפִי שֶׁסְּתָם בְּנֵי אָדָם יוֹדְעִין לְאַמֵּן יְדֵיהֶם לִכְתֹּוב כָּל הַשִּׁיטָה בְּיֹושֶׁר בְּלֹא שִׂרְטוּט וְהָרַמְבַּ"ן כָּתַב דְּדַוְקָא בִּכְתָב אַשּׁוּרִית שֶׁכּוֹתְבִין תּוֹרָה נְבִיאִים וּכְתוּבִים הוּא דְּבָעֵי שִׂרְטוּט אֲבָל כְּתִיבָה שֶׁכּוֹתְבִין בָּהּ כְּתָבִים וּפֵירוּשִׁים לָא בָּעֵי שִׂרְטוּט וְלֹא רָאִיתִי לְרַבּוֹתַי נוֹהֲגִין כֵּן. דִּיפְתְּרָא דִּמְלִיחַ וּקְמִיחַ וְלָא עֲפִיץ וּקְלִפִּין שֶׁלָּנוּ אע"ג דְּלָא עֲפִיצִי תִּיקּוּן שֶׁלָּנוּ חָשׁוּב כְּמוֹ עֲפִיצִים שֶׁלָּהֶם וְהֶאֱרַכְתִּי בָּזֶה בְּהִלְכוֹת ס"ת (סִי' ד) נְיָיר מְחָקָא:
« S'il l'écrivait » : nous avons établi qu'une meguila est posée devant lui et qu'il en lit verset par verset dans la meguila posée devant lui puis l'écrit, car même selon celui qui dit « depuis Ich Yehudi », elle doit être écrite tout entière. Et nous tenons comme Rabbi Yo'hanan qui dit qu'il est interdit d'écrire même une seule lettre sans modèle écrit, hormis les tefilin et les mezouzot, puisque nous disons : Abaye a permis à la maison de bar Havou d'écrire des tefilin et des mezouzot sans modèle écrit ; selon qui ? selon ce tana, ainsi qu'il est enseigné : Rabbi Yehuda dit au nom de notre maître, les tefilin et les mezouzot s'écrivent sans modèle écrit et n'ont pas besoin de sirtout (réglage des lignes) ; et la halakha est que les mezouzot ont besoin de sirtout et que les tefilin n'en ont pas besoin, les uns comme les autres s'écrivant sans modèle écrit — quelle en est la raison ? parce qu'elles sont couramment récitées. Et la meguila a besoin de sirtout, car Rabbi Hiya bar Avin a dit au nom de Rabbi Assi (Meguila 16b) : « des paroles de paix et de vérité » enseigne que la meguila requiert le sirtout comme la vérité de la Torah. Nous apprenons au premier chapitre de Guitin (7a) : Mar Oukva envoya demander à Rabbi Elazar : des gens se dressent contre moi et il est en mon pouvoir de les livrer au pouvoir royal, que faire ? Il régla les lignes et lui écrivit le verset : « Je garderai mes voies de pécher par ma langue, je garderai un mors à ma bouche tant que le méchant est devant moi » — même si le méchant est devant moi, je garderai un mors à ma bouche. Il lui envoya : ils me font beaucoup souffrir et je ne puis tenir devant eux. Il lui envoya : « Fais silence devant ה' et espère en Lui » — fais silence devant ה' et Il les fera tomber devant toi, cadavres sur cadavres ; matin et soir rends-toi à la maison d'étude et ils s'anéantiront d'eux-mêmes. Rabbi Yits'hak a dit (ibid. 6b) : on écrit deux mots sans sirtout, trois, on n'écrit pas. Les Halakhot Guedolot ont tranché comme Rabbi Yits'hak bien qu'il contredise la mishna : il savait que celle-ci n'est pas la règle principale. Rabbenou Tam disait que cela vaut précisément lorsqu'il a l'intention d'écrire le verset à titre d'enseignement, comme dans le cas de Rabbi Elazar ; mais celui qui écrit à son compagnon des lettres de salutations et y emploie la langue de l'Écriture pour l'élégance du style peut écrire plusieurs mots sans sirtout — ainsi l'a écrit le Riva au nom de Rabbenou Eliyahou, de mémoire bénie. Le Talmud de Jérusalem, au dernier chapitre de notre traité, laisse quelque peu entendre que cela est interdit, car on y demande : peut-on écrire deux ou trois mots d'un verset ? et l'on y rapporte que Rabbi Mana envoya une lettre à Rabbi Ochaya : « ton commencement fut modeste, ton avenir grandira beaucoup » — il apparaît qu'il écrivait des lettres de salutations et non un enseignement, et malgré cela il intervertissait les mots afin de ne pas écrire l'Écriture dans son ordre. On y rapporte cependant plusieurs autres cas où l'on écrivait manifestement à titre d'enseignement : ainsi Mar Oukva envoya au Rech Galouta, qui se couchait et se levait au son de la musique — c'est-à-dire qu'à son coucher et à son lever on chantait devant lui — et il lui envoya : « Israël, ne te réjouis pas jusqu'à l'exultation comme les peuples » ; et Rabbi Yirmeya envoya à Rabbi Youdan : « pour haïr ceux qui t'aiment et aimer ceux qui te haïssent ». Et ce que nous avons dit plus haut, que les tefilin n'ont pas besoin de sirtout, Rabbenou Tam l'a expliqué ainsi : il n'est pas requis de régler entre chaque ligne, mais on trace un seul réglage en haut et l'on écrit en dessous plusieurs lignes. C'est pourquoi je dis que la règle « trois, on n'écrit pas » vise la première ligne ; à partir de là, la ligne supérieure tient lieu de sirtout, de la même manière que nous disons ici que si l'on a règle la ligne du haut on n'a plus besoin d'autre réglage. Et il ne paraît pas juste de distinguer en disant qu'ici le cas diffère parce que la première ligne, étant réglée, a été écrite droite et tient donc lieu de sirtout pour celle qui la suit, car les gens savent en général exercer leur main à écrire toute la ligne droite sans sirtout. Le Ramban a écrit que le sirtout n'est requis que pour l'écriture assyrienne, celle dont on écrit la Torah, les Prophètes et les Hagiographes, mais que l'écriture dont on écrit les lettres et les commentaires n'en a pas besoin ; je n'ai pas vu mes maîtres agir ainsi. La diftera est une peau salée et traitée à la farine sans noix de galle ; quant à nos parchemins, bien qu'ils ne soient pas traités à la noix de galle, notre préparation vaut autant que leur traitement à la noix de galle — j'ai développé cela dans les Hilkhot Sefer Torah (siman 4). Le neyar est fait de mahaka.
💡 Explication

La mishna vise celui qui accomplit son obligation tout en écrivant, expliquant ou corrigeant la meguila. La guemara cherche le cas où cette lecture vaut.

Première hypothèse écartée : il énonce le verset de mémoire avant de l'écrire. Une telle lecture ne repose sur aucun texte écrit, et l'intention n'y changerait rien. La guemara propose donc qu'il écrive d'abord, puis lise ce qu'il vient d'écrire.

11
וּמִי יָצָא? וְהָאָמַר רַבִּי חֶלְבּוֹ אָמַר רַב חָמָא בַּר גּוּרְיָא אָמַר רַב: הֲלָכָה כְּדִבְרֵי הָאוֹמֵר כֻּולָּהּ. וַאֲפִילּוּ לְמָאֵן דְּאָמַר ״מֵאִישׁ יְהוּדִי״ — צְרִיכָה שֶׁתְּהֵא כְּתוּבָה כֻּולָּהּ!

Et serait-il quitte ? Mais Rabbi Helbo n'a-t-il pas dit au nom de Rav Hama bar Gouria au nom de Rav : la halakha suit celui qui dit « tout entière » ; et même selon celui qui dit « depuis Ich Yehudi », elle doit être écrite tout entière !

📜 Rachi (1)
הֲלָכָה כְּדִבְרֵי הָאוֹמֵר כֻּולָּהּ צָרִיךְ לִקְרוֹת וּפְלִיגִי בָּהּ תַּנָּאֵי בְּמָתְנֵי' מֵהֵיכָן קוֹרֵא אָדָם אֶת הַמְּגִילָּה וְיוֹצֵא בָּהּ יְדֵי חוֹבָתוֹ רַבִּי מֵאִיר אוֹמֵר כֻּולָּהּ ר' יְהוּדָה אוֹמֵר מֵאִישׁ יְהוּדִי:
Il doit la lire. Des tanaim en débattent dans la mishna : à partir d'où lit-on la meguila pour s'acquitter ? Rabbi Meir dit : tout entière ; Rabbi Yehuda dit : depuis Ich Yehudi.
💡 Explication

L'objection porte sur l'état du rouleau. Même l'avis qui allège la lecture, en la faisant commencer à « Ich Yehudi » (Esther 2,5), exige que le rouleau soit écrit en entier.

Or celui qui écrit verset après verset lit dans un rouleau encore inachevé. L'hypothèse précédente tombe à son tour.

12
אֶלָּא: דְּמַנְּחָה מְגִילָּה קַמֵּיהּ וְקָרֵי (לה) מִינַּהּ פְּסוּקָא פְּסוּקָא וְכָתַב לָהּ. לֵימָא מְסַיַּיע לֵיהּ לְרַבָּה בַּר בַּר חָנָה, דִּאָמַר רַבָּה בַּר בַּר חָנָה אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: אָסוּר לִכְתֹּוב אוֹת אַחַת שֶׁלֹּא מִן הַכְּתָב. דִּלְמָא דְּאִתְרְמִי לֵיהּ אִתְרְמוֹיֵי.

Plutôt : une meguila est posée devant lui, il en lit verset par verset et l'écrit. Dirons-nous que cela appuie Rabba bar bar Hana ?

Car Rabba bar bar Hana a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : il est interdit d'écrire une seule lettre sans modèle écrit. Peut-être s'est-il simplement trouvé par hasard qu'il en avait une.

📜 Rachi (3)
דְּמַנְּחָא מְגִילָּה קַמֵּיהּ וּמַעְתִּיק מִמֶּנָּה:
Et il copie sur elle.
מְסַייַּע לֵיהּ לְרַבָּה מַתְנִי' דְּקָתָנֵי יָצָא וְלֵיכָּא לְאוֹקְמָה אֶלָּא בְּמַעְתִּיק מִן הַכְּתָב מְסַיַּיע לֵיהּ לְרַבָּה:
La mishna, qui enseigne qu'il est quitte et qui ne peut s'expliquer que pour celui qui copie d'après un texte écrit, appuie Rabba.
דִּלְמָא דְּאִיתְרְמֵי לֵיהּ לְעוֹלָם מֻותָּר לִכְתֹּוב בְּלֹא הֶעְתֵּק וּמַתְנִי' דְּאַתָּרְמִי לֵיהּ מְגִילָּה וּמַעְתִּיק מִמֶּנָּה וְאִיצְטְרִיךְ לְאַשְׁמְעִינַן דְּהֵיכָא דְּמַעְתִּיק מִמֶּנָּה אִם כִּוֵּון לִבּוֹ יָצָא:
En vérité il est permis d'écrire sans copier, et la mishna parle d'un cas où il s'est trouvé avoir une meguila et où il copie sur elle ; elle avait besoin de nous apprendre que dans le cas où il copie sur elle, s'il a dirigé son cœur, il est quitte.
💡 Explication

La solution retenue : un exemplaire complet est posé devant lui et il le recopie verset après verset, lisant chaque verset dans le modèle. La lecture porte ainsi sur un texte entièrement écrit.

La guemara tente d'en tirer une preuve pour la règle de Rabbi Yo'hanan, puisque la mishna ne s'explique qu'avec un modèle sous les yeux. Elle y renonce : la mishna décrit un cas de fait, sans en faire une obligation.

13
גּוּפָא, אָמַר רַבָּה בַּר בַּר חָנָה אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: אָסוּר לִכְתֹּוב אוֹת אַחַת שֶׁלֹּא מִן הַכְּתָב. מֵיתִיבִי, אָמַר רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן אֶלְעָזָר: מַעֲשֶׂה בְּרַבִּי מֵאִיר שֶׁהָלַךְ לְעַבֵּר שָׁנָה בְּעַסְיָא, וְלֹא הָיָה שָׁם מְגִילָּה וּכְתָבָהּ מִלִּבּוֹ — וּקְרָאָהּ!

Le corps même de la chose. Rabba bar bar Hana a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : il est interdit d'écrire une seule lettre sans modèle écrit.

On objecte : Rabbi Chimon ben Elazar a dit, il est arrivé à Rabbi Meir d'aller intercaler l'année en Assia, et il n'y avait pas là de meguila ; il l'a écrite de son cœur et l'a lue !

💡 Explication

La guemara reprend l'énoncé pour lui-même, selon la formule goufa. L'interdit vise l'écriture des textes sacrés sans un modèle écrit sous les yeux.

L'objection est un fait rapporté : Rabbi Meir, en voyage pour l'intercalation de l'année, écrivit une meguila de mémoire. Deux réponses vont suivre, l'une sur l'homme, l'autre sur les circonstances.

14
אָמַר רַבִּי אָבָהוּ: שָׁאנֵי רַבִּי מֵאִיר דְּמִיקַּייַּם בֵּיהּ ״וְעַפְעַפֶּיךָ יַיְשִׁירוּ נֶגְדְּךָ״. אֲמַר לֵיהּ רָמֵי בַּר חָמָא לְרַבִּי יִרְמְיָה מִדִּפְתִּי: מַאי ״וְעַפְעַפֶּיךָ יַיְשִׁירוּ נֶגְדְּךָ״? אָמַר לוֹ: אֵלּוּ דִבְרֵי תוֹרָה, דִּכְתִיב בְּהוּ: ״הֲתָעִיף עֵינֶיךָ בּוֹ וְאֵינֶנּוּ״, וַאֲפִילּוּ הָכִי מְיֻושָּׁרִין הֵן אֵצֶל רַבִּי מֵאִיר.

Rabbi Abahou a dit : Rabbi Meir est différent, car en lui s'accomplit « et que tes paupières se tiennent droit devant toi » (Michlei 4,25). Rami bar Hama dit à Rabbi Yirmeya de Difti : que signifie « et que tes paupières se tiennent droit devant toi » ?

Il lui répondit : ce sont les paroles de Torah, dont il est écrit « si tu y fais voler tes yeux, elle n'est plus » (Michlei 23,5) ; et malgré cela, elles se tiennent droit chez Rabbi Meir.

📜 Rachi (1)
הֲתָעִיף עֵינֶיךָ בּוֹ וְאֵינֶנּוּ אִם תִּכְפֹּול עֵינֶיךָ מִמֶּנָּה הֲרֵי הִיא מִשְׁתַּכַּחַת מִמְּךָ כְּהֶרֶף עַיִן:
Si tu rabats tes paupières loin d'elle, la voilà oubliée de toi en un clin d'œil.
💡 Explication

Le passage joue sur une racine commune : afapekha, tes paupières, et hataif, faire voler le regard. Les paroles de Torah échappent à la mémoire dès qu'on en détourne les yeux.

Rabbi Meir fait exception : sa mémoire garde le texte exact, meyoucharin, tenu droit. La première réponse porte donc sur la qualité de l'homme.

15
רַב חִסְדָּא אַשְׁכְּחֵיהּ לְרַב חֲנַנְאֵל דַּהֲוָה כָּתֵב סְפָרִים שֶׁלֹּא מִן הַכְּתָב, אֲמַר לֵיהּ: רְאוּיָה כָּל הַתּוֹרָה כֻּולָּהּ לִיכָּתֵב עַל פִּיךְ, אֶלָּא כָּךְ אָמְרוּ חֲכָמִים: אָסוּר לִכְתֹּוב אוֹת אַחַת שֶׁלֹּא מִן הַכְּתָב. מִדְּקָאָמַר: כָּל הַתּוֹרָה כֻּולָּהּ רְאוּיָה שֶׁתִּיכָּתֵב עַל פִּיךְ, מִכְּלָל דִּמְיֻושָּׁרִין הֵן אֶצְלוֹ, וְהָא רַבִּי מֵאִיר כָּתַב? שְׁעַת הַדְּחָק שָׁאנֵי.

Rav Hisda trouva Rav Hananel qui écrivait des livres sans modèle écrit. Il lui dit : toute la Torah entière mérite d'être écrite de ta bouche, mais ainsi ont dit les Sages : il est interdit d'écrire une seule lettre sans modèle écrit.

Puisqu'il a dit « toute la Torah entière mérite d'être écrite de ta bouche », il en ressort qu'elle se tenait droit chez lui ; et Rabbi Meir, pourtant, a écrit ! Le moment de contrainte est différent.

💡 Explication

Rav Hananel possède la même exactitude que Rabbi Meir, et Rav Hisda le lui reconnaît expressément ; il lui interdit pourtant d'écrire de mémoire. La qualité de la mémoire ne suffit donc pas à lever l'interdit.

La distinction se déplace vers la situation : chaat ha-dehak, le moment de contrainte. Rabbi Meir se trouvait sans aucune meguila disponible, et Pourim approchait.

16
אַבָּיֵי שְׁרָא לִדְבֵי בַּר חָבוּ לְמִיכְתַּב תְּפִלִּין וּמְזוּזוֹת שֶׁלֹּא מִן הַכְּתָב. כְּמַאן? כִּי הַאי תַּנָּא, דְּתַנְיָא: רַבִּי יִרְמְיָה אוֹמֵר מִשּׁוּם רַבֵּינוּ: תְּפִלִּין וּמְזוּזוֹת נִכְתָּבוֹת שֶׁלֹּא מִן הַכְּתָב, וְאֵין צְרִיכוֹת שִׂרְטוּט.

Abaye a permis à la maison de bar Havou d'écrire des tefilin et des mezouzot sans modèle écrit. Selon qui ?

Selon ce tana, ainsi qu'il est enseigné : Rabbi Yirmeya dit au nom de notre maître : les tefilin et les mezouzot s'écrivent sans modèle écrit, et ils n'ont pas besoin de sirtout.

📜 Rachi (1)
דְּבֵי בַּר חָבוּ מוֹכֵר תְּפִילִּין הֲוָה כִּדְאָמְרִינַן בְּבָבָא מְצִיעָא (דַּף כט:) תְּפִילִּין דְּבֵי בַּר חָבוּ שְׁכִיחֵי:
C'était un vendeur de tefilin, comme nous disons à Baba Metsia (29b) : les tefilin de la maison de bar Havou sont courants.
💡 Explication

Une seconde exception apparaît, tenant au texte lui-même. Les tefilin et les mezouzot contiennent des passages que chacun récite chaque jour.

Le sirtout est le tracé de lignes sur le parchemin avant l'écriture. La baraita citée dispense ces deux objets de cette exigence ; le segment suivant corrigera ce point.

17
וְהִלְכְתָא: תְּפִלִּין אֵין צְרִיכִין שִׂרְטוּט, מְזוּזוֹת צְרִיכִין שִׂרְטוּט. אִידֵּי וְאִידֵּי נִכְתָּבוֹת שֶׁלֹּא מִן הַכְּתָב. מַאי טַעְמָא — מִיגְרָס גְּרִיסִין.

Et la halakha : les tefilin n'ont pas besoin de sirtout, les mezouzot ont besoin de sirtout. Les unes comme les autres s'écrivent sans modèle écrit.

Quelle en est la raison ? Parce qu'elles sont couramment récitées.

📜 Rachi (2)
וְהִלְכְתָא כו' כָּךְ הֲלָכָה לְמֹשֶׁה מִסִּינַי:
Telle est une halakha transmise à Moche au Sinaï.
מִיגְרָס גְּרִיסִין שְׁגוּרוֹת בְּפִי הַכֹּל:
Elles sont courantes dans la bouche de tous.
🗂️ Tossefot (1)
תְּפִלִּין אֵינָן צְרִיכִין שִׂרְטוּט פֵּירֵשׁ ר"ת דְּכֵן הֲלָכָה:
Rabbenou Tam a expliqué que telle est la halakha.
💡 Explication

La conclusion sépare les deux questions. Le sirtout reste obligatoire pour la mezouza et tombe pour les tefilin ; la dispense de modèle écrit vaut pour les deux, et Rachi rattache cette halakha au Sinaï.

La raison donnée, migras garissin, tient à l'usage : ces passages sont récités chaque jour, et le scribe ne risque pas de s'y tromper.

🖼️ Schéma
Deux exigences distinctes : le modèle écrit et le sirtout Texte Modèle écrit requis ? Sirtout requis ? Sefer Torah, nevi'im, meguila oui oui Mezouza non oui Tefilin non non
Les deux exigences se décident séparément : les tefilin et les mezouzot échappent au modèle écrit, mais seule la mezouza garde l'obligation du sirtout.
18
הָיְתָה כְּתוּבָה בְּסַם כּוּ׳. סַם — סַמָּא. סִקְרָא, אָמַר רַבָּה בַּר בַּר חָנָה: סַקְרְתָא שְׁמָהּ. קוֹמוֹס — קוֹמָא.

« Si elle était écrite au sam », etc. Sam — c'est le samma.

Sikra — Rabba bar bar Hana a dit : son nom est sikreta. Komos — c'est le koma.

📜 Rachi (3)
סַמָּא זַרְנִיךְ בִּלְשׁוֹן קוֹדֶשׁ אורפומניט"ו בְּלַעַז:
Le zarnikh en langue sainte ; en langue vernaculaire, orpumento (orpiment).
סַקְרְתָא צֶבַע אָדֹום שֶׁצּוֹבְעִין בּוֹ תְּרִיסִין:
Une teinture rouge dont on peint les boucliers.
קוֹמָא שְׂרַף אִילָן:
De la résine d'arbre.
💡 Explication

Le folio revient à la mishna, qui invalide la meguila écrite avec des matières colorantes autres que l'encre. La guemara donne simplement l'équivalent araméen de chaque nom.

Trois matières sont identifiées ici : l'orpiment, un pigment jaune ; la sikra, une teinture rouge ; le komos, une résine d'arbre. La quatrième, le kankantom, sera traitée au folio suivant.

✉ Signaler une erreur de traduction

Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).