Sougya : Le folio achève d'abord les matières d'écriture invalides, puis ouvre la michna du voyageur : celui qui quitte une ville ouverte pour une ville entourée de murailles, ou l'inverse, lit selon son lieu d'origine s'il doit y revenir, et avec ses hôtes sinon. Rava fixe le critère : tout se décide sur la présence à l'entrée du quatorze, car le verset enseigne qu'un homme présenté en lieu ouvert ne serait-ce qu'un jour est appelé perouz.
Il applique ensuite la règle à l'habitant d'un village, dont l'avance au jour de rassemblement n'est qu'un allègement rabbinique lié à sa présence au village. La seconde moitié du folio revient à la michna sur l'étendue de la lecture : quatre avis, de Rabbi Meir à Rabbi Chimon bar Yohai, que Rabbi Yo'hanan et Rav Houna rattachent chacun à un verset unique, avant que Rav ne tranche en faveur de la lecture intégrale.
Le folio se termine par les règles matérielles du rouleau : la couture, le statut de « livre » et de « lettre », et l'interdit de lire une meguila noyée dans les Hagiographes.
Le kankantom — c'est le harta de-ouchkafei (la teinture noire des cordonniers). Le diftera — une peau traitée au sel et à la farine, mais non traitée aux noix de galle.
Le neyar — c'est le mahaka.
La guemara achève ici la liste de la michna sur les supports et les encres invalides. Le kankantom est un sulfate métallique qui noircit l'encre et la rend ineffaçable ; le diftera est une peau à demi tannée, traitée au sel et à la farine mais privée du traitement aux noix de galle qui fixe l'écriture ; le neyar est un papier de roseaux collé. Aucun ne convient à la meguila.
Les Tossefot en tirent une question pratique pour leur époque : leurs propres parchemins ne sont pas traités aux noix de galle. Rabbenou Tam répond que la chaux qu'ils emploient remplit la même fonction, avec un critère vérifiable — un écrit qui ne peut pas être falsifié.
« ... à moins qu'elle ne soit écrite en achourit » : car il est écrit « selon leur écriture et selon leur temps ».
La michna exigeait l'écriture achourit, celle des caractères carrés. Le verset d'Esther 9,27, qui parle de l'engagement des Juifs à observer Pourim « selon leur écriture et selon leur temps », est lu comme fixant la forme graphique du rouleau au moment où il fut écrit.
« Sur le rouleau et avec de l'encre », etc. D'où le tenons-nous ?
On l'apprend par une analogie verbale entre « écriture » et « écriture » : il est écrit ici « et la reine Esther écrivit », et il est écrit là-bas « Baroukh leur dit : de sa bouche il me dictait toutes ces paroles, et moi j'écrivais sur le rouleau avec de l'encre ».
La guemara cherche la source des deux exigences matérielles : le support (sefer, un rouleau de parchemin) et l'encre (dyo). Elle l'obtient par une guezera chava (analogie verbale) : le verbe « écrire » employé pour Esther renvoie au même verbe employé par Baroukh ben Néria, où le verset précise expressément « sur le rouleau avec de l'encre ».
Les Tossefot en profitent pour discuter la nature de l'encre valable. Le critère retenu par Rabbi Ami est concret : une encre véritable forme un bloc qui se brise.
MICHNA. L'habitant d'une ville ouverte (ir) qui s'est rendu dans une ville entourée de murailles (kerakh), et l'habitant d'un kerakh qui s'est rendu dans une ir : s'il doit revenir en son lieu, il lit selon son lieu ; sinon, il lit avec eux.
La michna traite du voyageur pris entre deux dates. Une ir, ville ouverte, lit le quatorze Adar ; un kerakh, ville entourée de murailles depuis le temps de Yehochoua bin Noun, lit le quinze. Celui qui se déplace de l'une à l'autre peut donc se trouver au mauvais endroit le jour de son obligation.
Le critère posé est l'intention de revenir : celui qui doit rentrer garde le statut de son lieu d'origine, celui qui s'installe prend celui de ses hôtes. La guemara va préciser ce que signifie exactement « devoir revenir ».
À partir d'où lit-on la meguila pour s'acquitter de son obligation ? Rabbi Meir dit : en entier.
Rabbi Yehouda dit : depuis « Il y avait un homme juif ». Rabbi Yossi dit : depuis « Après ces événements ».
Seconde michna du folio : l'étendue minimale de la lecture. Les trois avis repèrent trois seuils dans le rouleau — son ouverture avec le festin d'Assuérus, la présentation de Mordekhai au chapitre 2, et l'élévation de Haman au chapitre 3.
La guemara montrera que ce désaccord porte sur le point où commence réellement le récit du miracle, chaque tanna désignant le personnage dont la « force » ouvre l'histoire.
GUEMARA. Rava a dit : on n'a enseigné cela que dans le cas où il doit revenir dans la nuit du quatorze ; mais s'il ne doit pas revenir dans la nuit du quatorze, il lit avec eux.
Rava a dit : d'où est-ce que je le dis ? De ce qu'il est écrit : « C'est pourquoi les Juifs des campagnes, qui habitent dans les villes ouvertes... ».
Or, puisqu'il est déjà écrit « les Juifs des campagnes », pourquoi fallait-il écrire « qui habitent dans les villes ouvertes » ? C'est pour nous apprendre ceci : celui qui est en lieu ouvert ne serait-ce qu'un seul jour est appelé perouz (homme du lieu ouvert).
Rava resserre la condition de la michna. « Devoir revenir » ne signifie pas rentrer un jour, mais être reparti avant l'entrée du jour de lecture du lieu où l'on se trouve. Le voyageur qui est encore sur place à l'aube a déjà pris le statut du lieu.
La preuve vient d'une redondance du verset d'Esther 9,19 : « les Juifs des campagnes » dit déjà l'appartenance ; « qui habitent dans les villes ouvertes » est donc lu comme englobant celui qui n'y habite que le temps d'un jour. De là l'expression perouz ben yomo, perouz d'un seul jour.
Nous avons trouvé pour le perouz ; pour le moukaf (l'homme du lieu entouré de murailles), d'où le tenons-nous ? C'est un raisonnement : puisque celui qui est en lieu ouvert pour un jour est appelé perouz, celui qui est en lieu fortifié pour un jour est appelé moukaf.
Le verset ne parle que des lieux ouverts. La guemara étend la règle au cas symétrique par sevara, raisonnement pur, sans passer par un verset : la notion de statut acquis pour un jour vaut dans les deux sens.
Rava a dit encore : l'habitant d'un village (kefar) qui s'est rendu dans une ville — dans un cas comme dans l'autre, il lit avec eux. Quelle en est la raison ?
Cet homme aurait dû lire comme les gens de la ville, et ce sont les sages qui ont allégé pour les villages, afin qu'ils fournissent l'eau et la nourriture à leurs frères des villes fortifiées. Or cela ne vaut que lorsqu'il se trouve en son lieu ; mais lorsqu'il se trouve dans la ville, il doit lire comme les gens de la ville.
Le kefar, le village, n'a pas de date propre. Sa date légale est celle des lieux ouverts, le quatorze ; l'avance au yom ha-kenissa, le lundi ou le jeudi qui précède, où les villageois montent au tribunal, n'est qu'un allégement rabbinique destiné à les libérer le jour de Pourim pour ravitailler les villes.
La conséquence est nette : cet allégement est attaché au lieu, pas à la personne. Le villageois présent en ville à l'entrée du quatorze retrouve l'obligation de base et lit avec la ville, même s'il a déjà lu au village.
Abaye lui a objecté d'une beraita : « L'habitant d'un kerakh qui s'est rendu dans une ir — dans un cas comme dans l'autre, il lit selon son lieu. » « L'habitant d'un kerakh » — cela peut-il te venir à l'esprit ? La chose dépend justement de savoir s'il doit revenir !
Il faut donc dire qu'il s'agit de l'habitant d'un village.
Abaye attaque la thèse de Rava au moyen d'une beraita qui dit « dans un cas comme dans l'autre, il lit selon son lieu » — l'opposé exact de ce que Rava affirme du villageois.
La guemara constate d'abord que le texte reçu de la beraita est impossible tel quel : il contredit la michna, qui fait dépendre le statut du retour. Abaye le corrige donc en lisant « habitant d'un village », et c'est cette lecture corrigée qui devient l'objection.
Mais ne viens-tu pas toi-même de corriger le texte ? Enseigne alors : il lit avec eux.
La réponse retourne l'argument. Une objection tirée d'un texte que l'on a dû soi-même amender n'a plus de force contraignante : si l'on corrige « kerakh » en « kefar », rien n'empêche de corriger aussi la conclusion en « il lit avec eux ». Rava reste donc en place.
« À partir d'où lit-on la meguila », etc. Une beraita enseigne : Rabbi Chimon bar Yohai dit : depuis « Cette nuit-là ».
La beraita ajoute un quatrième avis aux trois de la michna. Rabbi Chimon bar Yohai fait commencer la lecture au chapitre 6, à l'insomnie du roi — le point où le retournement du récit s'engage.
Rabbi Yo'hanan a dit : et tous ont exposé un seul et même verset : « Et la reine Esther, fille d'Avihayil, et Mordekhai le Juif écrivirent toute la force ». Celui qui dit « en entier » : la force d'Assuérus.
Rabbi Yo'hanan ramène les quatre avis à une seule lecture : le verset d'Esther 9,29 dit qu'elles écrivirent kol tokef, « toute la force ». Le désaccord porte sur l'identité du détenteur de cette force, et chaque réponse fixe un point de départ différent dans le rouleau.
Selon Rabbi Meir, il s'agit de la force d'Assuérus, exposée dès le premier chapitre : il faut donc lire depuis le commencement.
Celui qui dit : depuis « Il y avait un homme juif » — la force de Mordekhai. Celui qui dit : depuis « Après ces événements » — la force de Haman.
Et celui qui dit : depuis « Cette nuit-là » — la force du miracle.
Les trois autres avis se rangent sous la même grille. Rabbi Yehouda ouvre à Mordekhai, Rabbi Yossi à Haman, Rabbi Chimon bar Yohai au miracle lui-même. Chacun commence la lecture là où apparaît pour la première fois la force qu'il identifie.
Rav Houna a dit : de ceci — « et ce qu'ils avaient vu à ce sujet, et ce qui leur était arrivé »,
Rav Houna propose une seconde base commune, tirée d'Esther 9,26. Le verset comporte trois expressions — « ce qu'ils ont vu », « à ce sujet », « ce qui leur est arrivé » — que chaque tanna remplit avec un personnage différent.
Rachi donne la raison de fond : la meguila existe pour transmettre aux générations le motif de l'institution de Pourim. Le point de départ de la lecture est donc celui où commence ce qu'il faut faire savoir.
Celui qui dit « en entier » : « qu'a-t-il vu » — Assuérus, qui s'est servi des ustensiles du Temple ; « à ce sujet » — parce qu'il avait compté soixante-dix ans sans que la délivrance vienne ; « et ce qui leur était arrivé » — qu'il fit tuer Vachti.
Première application de la grille de Rav Houna. Pour Rabbi Meir, les trois expressions renvoient toutes au premier chapitre : l'usage des ustensiles du Temple au festin, le calcul erroné des soixante-dix ans de l'exil annoncés par Yirmeyahou, et l'exécution de Vachti.
Ces trois éléments se lisent au début du rouleau, ce qui impose la lecture intégrale.
Celui qui dit : depuis « Il y avait un homme juif ». « Qu'a-t-il vu » — Mordekhai, qui s'est dressé avec zèle contre Haman ; « à ce sujet » — parce que celui-ci s'était fait lui-même objet d'idolâtrie ; « et ce qui leur était arrivé » — qu'un miracle s'est produit.
Pour Rabbi Yehouda, les trois expressions se rapportent à Mordekhai : son refus de céder devant Haman, le motif de ce refus — Haman portait sur lui une figure idolâtre —, et l'issue miraculeuse. Tout cela commence au verset « Il y avait un homme juif ».
Celui qui dit : depuis « Après ces événements ». « Qu'a-t-il vu » — Haman, qui s'est emporté de jalousie contre tous les Juifs ; « à ce sujet » — parce que Mordekhai « ne pliait pas le genou et ne se prosternait pas » ; « et ce qui leur était arrivé » — « on le pendit, lui et ses fils, à la potence ».
Pour Rabbi Yossi, le sujet des trois expressions est Haman. Son élévation ouvre le chapitre 3, juste après les mots « Après ces événements », et c'est de là que part la lecture.
Celui qui dit : depuis « Cette nuit-là ». « Qu'a-t-il vu » — Assuérus, qui fit apporter le livre des chroniques ; « à ce sujet » — parce qu'Esther avait invité Haman avec lui ; « et ce qui leur était arrivé » — qu'un miracle s'est produit.
Pour Rabbi Chimon bar Yohai, le point décisif est l'insomnie du roi et la lecture des chroniques, qui fait resurgir le service rendu par Mordekhai. L'invitation de Haman au festin d'Esther en est la cause immédiate ; la lecture commence donc à « Cette nuit-là ».
Rabbi Helbo a dit au nom de Rav Hama bar Gouria, au nom de Rav : la halakha est conforme à celui qui dit « en entier ». Et même selon celui qui dit : depuis « Il y avait un homme juif », elle doit être écrite en entier.
Rav tranche en faveur de Rabbi Meir : on lit la meguila depuis son premier verset.
Il ajoute une précision qui vaut pour tous les avis : même celui qui allège sur l'étendue de la lecture n'allège pas sur celle de l'écriture. Un rouleau tronqué reste invalide, quel que soit le point où l'on commence à lire.
Rabbi Helbo a dit encore au nom de Rav Hama bar Gouria, au nom de Rav : la meguila est appelée « livre » et elle est appelée « lettre ». Elle est appelée « livre » : si on l'a cousue avec des fils de lin, elle est invalide.
Elle est appelée « lettre » : si l'on n'y a mis que trois fils de tendon, elle est valable. Rav Nahman a dit : à condition qu'ils soient répartis en trois.
La meguila porte dans le livre d'Esther deux noms, sefer (livre) et iguéret (lettre). Rav tire de chacun une conséquence matérielle opposée : du nom de livre, la rigueur du sefer Torah, qui exclut la couture au fil de lin ; du nom de lettre, l'allègement qui dispense d'une couture continue.
Rav Nahman précise la forme de cet allègement : les trois points de tendon doivent être méchoulachin, répartis à intervalles égaux. Rachi et les Tossefot lisent ce mot comme quatre intervalles égaux le long de la couture, et non comme trois positions fixes sur le feuillet.
Rav Yehouda a dit au nom de Chemouel : celui qui lit dans une meguila écrite au milieu des Ketouvim (les Hagiographes) n'est pas quitte. Rava a dit : nous n'avons dit cela que lorsqu'elle n'est ni un peu plus courte ni un peu plus longue que les autres ; mais si elle est un peu plus courte ou un peu plus longue, cela ne nous fait pas difficulté.
Chemouel exige que la meguila soit lue depuis un rouleau reconnaissable comme tel. Copiée parmi les autres Hagiographes, elle se confond avec eux et la lecture ressemble à une lecture ordinaire de l'Écriture ; la pirsoumei nissa, la publication du miracle, en souffre.
Rava allège : il suffit d'un signe visible. Un feuillet un peu plus long ou un peu plus court que ses voisins suffit à distinguer la meguila, et la lecture est alors valable.
Levi bar Chemouel lisait devant Rav Yehouda dans une meguila
Le folio s'interrompt au milieu d'un récit qui sera achevé au folio suivant : Levi bar Chemouel lisait devant Rav Yehouda dans un rouleau qui appelait une remarque sur sa validité.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).