Megillah 19a — Le voyageur entre ville ouverte et ville fortifiée, et à partir d'où la meguila doit être lue

Megillah 19a

Sougya : Le folio achève d'abord les matières d'écriture invalides, puis ouvre la michna du voyageur : celui qui quitte une ville ouverte pour une ville entourée de murailles, ou l'inverse, lit selon son lieu d'origine s'il doit y revenir, et avec ses hôtes sinon. Rava fixe le critère : tout se décide sur la présence à l'entrée du quatorze, car le verset enseigne qu'un homme présenté en lieu ouvert ne serait-ce qu'un jour est appelé perouz.

Il applique ensuite la règle à l'habitant d'un village, dont l'avance au jour de rassemblement n'est qu'un allègement rabbinique lié à sa présence au village. La seconde moitié du folio revient à la michna sur l'étendue de la lecture : quatre avis, de Rabbi Meir à Rabbi Chimon bar Yohai, que Rabbi Yo'hanan et Rav Houna rattachent chacun à un verset unique, avant que Rav ne tranche en faveur de la lecture intégrale.

Le folio se termine par les règles matérielles du rouleau : la couture, le statut de « livre » et de « lettre », et l'interdit de lire une meguila noyée dans les Hagiographes.

Le plan du folio À. Fin des matières d'écriture (seg. 0-2) Kankantom, diftera, neyar : identification araméenne. Écriture achourit : "selon leur écriture". Rouleau et encre : guezera chava avec Yirmeyahou. B. Le voyageur (seg. 3, 5-9) Michna : il doit revenir, ou non. Rava : tout se joue à l'entrée du quatorze. Le villageois en ville lit toujours avec la ville. C. D'où commence la lecture (seg. 4, 10-18) Quatre avis tanaiques sur le point de départ. Rabbi Yo'hanan : tous exposent "kol tokef". Rav Houna : tous exposent "ma rao al kakha". D.ieu. Le rouleau matériel (seg. 19-21) "Livre" : couture au lin invalide. "Lettre" : trois tendons répartis en trois suffisent. Meguila copiée parmi les Hagiographes : non quitte. Deux thèmes se succèdent : où et quand lire (B), puis quoi lire et sur quoi (C-D).
Les quatre blocs du folio. Le centre de gravité est le bloc B, où Rava transforme la condition de la michna (revenir) en un critère de présence à un instant précis.
Où lire quand on est en voyage le jour de Pourim D'où vient l'homme ? Ir (ville ouverte, le 14) Kerakh (muraille, le 15) Kefar (village) Il se rend dans un kerakh Il se rend dans une ir Il se rend dans une ir Reparti avant l'aube du 15 ? oui : lit le 14, comme chez lui non : lit le 15 avec eux Reparti avant l'aube du 14 ? oui : lit le 15, comme chez lui non : lit le 14 avec eux Dans tous les cas : il lit avec la ville, le 14 Règle de Rava : la présence au moment où entre le jour de lecture du lieu décide de tout. Le village n'a jamais de temps propre : son avance au jour de rassemblement est un allègement rabbinique.
Les trois cas du folio ramenés à une seule question : l'homme est-il présent sur place à l'entrée du jour où ce lieu lit ?
Quatre avis sur le point de départ de la lecture, deux versets pour les fonder Avis Point de départ R. Yo'hanan : quel tokef ? Rav Houna : qu'a-t-il vu ? Rabbi Meir halakha tranchée ainsi La meguila en entier La force d'Assuérus Assuérus se sert des ustensiles du Temple Rabbi Yehouda "Il y avait un homme juif" La force de Mordekhai Mordekhai se dresse contre Haman Rabbi Yossi "Après ces événements" La force de Haman Haman jalouse tous les Juifs R. Chimon bar Yohai avis de la beraita "Cette nuit-là" La force du miracle Assuérus fait apporter le livre des chroniques Rav tranche : la halakha suit Rabbi Meir, on lit la meguila en entier. Et même selon les autres avis, elle doit être écrite en entier : l'étendue de l'écriture ne suit pas celle de la lecture.
Chaque tanna désigne le moment où commence la force du récit. Les deux amoraim montrent que le désaccord porte sur la lecture d'un même verset, non sur des sources différentes.
1
קַנְקַנְתּוּם — חַרְתָּא דְּאֻושְׁכָּפֵי. דִּיפְתְּרָא — דִּמְלִיחַ וּקְמִיחַ וְלָא עֲפִיץ. נְיָיר — מְחָקָא.

Le kankantom — c'est le harta de-ouchkafei (la teinture noire des cordonniers). Le diftera — une peau traitée au sel et à la farine, mais non traitée aux noix de galle.

Le neyar — c'est le mahaka.

📜 Rachi (4)
חַרְתָּא דְּאֻושְׁכָּפֵי סַם שֶׁצּוֹבְעִין בּוֹ מִנְעָלִים שְׁחוֹרִין:
Une matière avec laquelle on teint les chaussures en noir.
קְמִיחַ בְּמַיִם:
Traitée à la farine : la farine est appliquée délayée dans l'eau.
וְלָא עֲפִיץ מְעֻובָּד בַּעֲפָצִים שֶׁקּוֹרִין גל"ש:
Et non traitée aux noix de galle : tannée au moyen des noix de galle, que l'on appelle galles.
מְחָקָא מִין עֲשָׂבִים עָשׂוּי עַל יְדֵי דֶּבֶק:
Une espèce d'herbes assemblées au moyen d'une colle.
🗂️ Tossefot (2)
קַנְקְתוֹם חַרְתָּא דְּאֻושְׁכָּפֵי פֵּירֵשׁ הַקּוּנְטְרֵס ארמינט"א וְקַשְׁיָא דא"כ יְהֵא אָסוּר לְהַטִּיל ארמינ"ט לְתוֹךְ הַדְּיוֹ אֶלָּא ש"מ דְּקַנְקַנְתּוּם לָא הָוֵי ארמינ"ט דְּהָכִי נָמֵי מַשְׁמַע הָתָם דִּמְפָרֵשׁ טַעְמָא דְּקַנְקַנְתּוּם אָסוּר מִשּׁוּם דִּכְתִיב (בַּמִּדְבָּר ה) וְכָתַב וּמָחָה גַּבֵּי סוֹטָה כְּתָב שֶׁיָּכוֹל לִמְחוֹת וּדְיוֹ שֶׁיֵּשׁ בּוֹ קַנְקַנְתּוּם אֵינוֹ יָכוֹל לִמְחוֹת וא"כ ש"מ דְּקַנְקַנְתּוּם לָאו הַיְינוּ ארמינ"ט שֶׁהֲרֵי בְּכָל יוֹם אָנוּ מְטִילִין ארמינ"ט לְתוֹךְ הַדְּיוֹ שֶׁלָּנוּ וְאַפֵּ"ה מָחֲקִינַן לֵיהּ שַׁפִּיר וְנִרְאֶה כִּדְפֵי' רַשְׁבָּ"ם בְּעֵירוּבִין (דַּף יג. וְשָׁם) דְּקַנְקַנְתּוּם הַיְינוּ ויטריול"ו וּנְהִי דְּאָמְרִינַן הָתָם שֶׁהִיא יְרֻוקָּה מ"מ י"ל שֶׁמַּשְׁחֶרֶת כְּשֶׁשּׁוֹחֲקִים אוֹתָהּ הַדַּק הַדַּק:
Le Kountres (Rachi) explique : arminta. Cela fait difficulté, car s'il en était ainsi il serait interdit de mettre de l'arminta dans l'encre. Il faut donc en conclure que le kankantom n'est pas l'arminta. C'est aussi ce qui ressort là-bas, où l'on donne la raison de l'interdit du kankantom : il est écrit à propos de la sota (la femme soupçonnée) « il écrira et il effacera », c'est-à-dire un écrit que l'on peut effacer ; or une encre qui contient du kankantom ne peut plus s'effacer. On en déduit donc que le kankantom n'est pas l'arminta, puisque chaque jour nous mettons de l'arminta dans notre encre et que nous l'effaçons pourtant sans peine. Il paraît plutôt, comme l'explique le Rachbam dans Erouvin (13a), que le kankantom est le vitriol ; et bien que l'on dise là-bas qu'il est vert, on peut répondre qu'il noircit lorsqu'on le broie très finement.
דִּיפְתְּרָא דִּמְלִיחַ וּקְמִיחַ וְלָא עֲפִיץ קַשְׁיָא א"כ הֵיאַךְ כּוֹתְבִין עַל קְלָפִים שֶׁלָּנוּ דְּלָא עֲפִיצִי סֵפֶר תּוֹרָה וּתְפִלִּין וּמְגִילָּה וְתֵירֵץ רַבֵּינוּ תָּם שֶׁהַסִּיד שֶׁאָנוּ נוֹתְנִין בִּקְלָפִים שֶׁלָּנוּ מְהַנֵּי כַּעֲפָצִים וְתֵדַע דִּבְפֶרֶק שֵׁנִי דְּגִיטִּין (דַּף יט.) אָמַר דִּבְלָא עֲפִיץ יָכוֹל לְהִזְדַּיֵּיף וְשֶׁלָּנוּ אֵין יָכוֹל לְהִזְדַּיֵּיף עַל הַלָּבָן:
Cela fait difficulté : s'il en est ainsi, comment écrit-on sur nos parchemins, qui ne sont pas traités aux noix de galle, un sefer Torah, des tefilin et une meguila ? Rabbenou Tam a répondu que la chaux que nous mettons dans nos parchemins agit comme les noix de galle. La preuve : au deuxième chapitre de Guitin (19a) on dit que sans traitement aux noix de galle l'écrit peut être falsifié, alors que le nôtre ne peut pas être falsifié sur le blanc.
💡 Explication

La guemara achève ici la liste de la michna sur les supports et les encres invalides. Le kankantom est un sulfate métallique qui noircit l'encre et la rend ineffaçable ; le diftera est une peau à demi tannée, traitée au sel et à la farine mais privée du traitement aux noix de galle qui fixe l'écriture ; le neyar est un papier de roseaux collé. Aucun ne convient à la meguila.

Les Tossefot en tirent une question pratique pour leur époque : leurs propres parchemins ne sont pas traités aux noix de galle. Rabbenou Tam répond que la chaux qu'ils emploient remplit la même fonction, avec un critère vérifiable — un écrit qui ne peut pas être falsifié.

2
עַד שֶׁתְּהֵא כְּתוּבָה אַשּׁוּרִית, דִּכְתִיב: ״כִּכְתָבָם וְכִזְמַנָּם״.

« ... à moins qu'elle ne soit écrite en achourit » : car il est écrit « selon leur écriture et selon leur temps ».

💡 Explication

La michna exigeait l'écriture achourit, celle des caractères carrés. Le verset d'Esther 9,27, qui parle de l'engagement des Juifs à observer Pourim « selon leur écriture et selon leur temps », est lu comme fixant la forme graphique du rouleau au moment où il fut écrit.

3
״עַל הַסֵּפֶר וּבִדְיוֹ וְכוּ׳״. מִנָּלַן? אָתְיָא ״כְּתִיבָה״ ״כְּתִיבָה״. כְּתִיב הָכָא: ״וַתִּכְתֹּב אֶסְתֵּר הַמַּלְכָּה״, וּכְתִיב הָתָם: ״וַיֹּאמֶר לָהֶם בָּרוּךְ מִפִּיו יִקְרָא אֵלַי אֵת כָּל הַדְּבָרִים הָאֵלֶּה וַאֲנִי כֹּותֵב עַל הַסֵּפֶר בַּדְּיוֹ״.

« Sur le rouleau et avec de l'encre », etc. D'où le tenons-nous ?

On l'apprend par une analogie verbale entre « écriture » et « écriture » : il est écrit ici « et la reine Esther écrivit », et il est écrit là-bas « Baroukh leur dit : de sa bouche il me dictait toutes ces paroles, et moi j'écrivais sur le rouleau avec de l'encre ».

🗂️ Tossefot (1)
עַל הַסֵּפֶר וּבִדְיוֹ פֵּירֵשׁ ר"ת שֶׁהַדְּיוֹ שֶׁלָּנוּ הוּא דְּיוֹ גָּמוּר אֲבָל שֶׁל עֲפָצִים לָא הָוֵי דְּיוֹ וְהָכִי מַשְׁמַע פּ"ב דְּגִיטִּין (גז"ש) דְּתַנְיָא בְּכָל כּוֹתְבִין בִּדְיוֹ וּבְסַם וּמַסִּיק בְּכָל דָּבָר שֶׁל קְיָימָא וּמַסִּיק לַאֲתוּיֵי מַאי וּמְשַׁנֵּי לַאֲתוּיֵי הָא דִּתְנָא רַבִּי חַייָּא כְּתָבוֹ בְּמֵי טַרְיָא וְעַפְצָא כָּשֵׁר וּמִדְּאִצְטְרִיךְ לַאֲתוּיֵי עַפְצָא מֵרִבּוּיָיא בָּתַר דְּתָנֵי דְּיוֹ שְׁמַע מִינָּה דְּעִיקַּר דְּיוֹ לָא הָוֵי מֵעַפְצָא וּמִטַּעַם זֶה רָצָה לִפְסֹול סֵפֶר תּוֹרָה הַכְּתוּבָה מִדְּיוֹ שֶׁל עֲפָצִים וְהָאַשְׁכְּנַזִּים הֵשִׁיבוּ לוֹ דְּהָתָם מַייְרֵי בְּמַיִם שֶׁשָּׁרוּ בָּהֶן עֲפָצִים אֲבָל אוֹתוֹ שֶׁעָשׂוּ מִגּוּף הָעֲפָצִים וַדַּאי הוּא טוֹב ומ"מ נִרְאֶה דְּאוֹתוֹ שֶׁלָּנוּ הָוֵי עִיקַּר דְּיוֹ כִּדְמַשְׁמַע פֶּרֶק כָּל הַיָּד (נִדָּה דַּף כ.) דְּרַבִּי אַמֵּי פָּלֵי קֻורְטָא דִּדְיוֹתָא וּבָדֵיק פֵּירוּשׁ מְשַׁבֵּר חֲתִיכָה שֶׁל דְּיוֹ וּבְדָיֵק בֵּיהּ דָּם שָׁחוֹר וּבְאוֹתוֹ שֶׁלָּנוּ שַׁייָּךְ שְׁבִירָה וְלֹא בְּאוֹתוֹ שֶׁל עֲפָצִים:
Rabbenou Tam explique que notre encre est une encre au sens plein, tandis que celle qui est faite de noix de galle n'est pas de l'encre. C'est ce qui ressort du deuxième chapitre de Guitin (dans le passage cité plus haut) : une beraita enseigne « on écrit avec tout : avec de l'encre, avec du sam... », et la guemara conclut : avec toute matière durable ; puis elle demande : qu'est-ce que cela vient inclure ? Et elle répond : cela vient inclure ce qu'a enseigné Rabbi Hiya, « s'il l'a écrit avec de l'eau de fruits et de la noix de galle, c'est valable ». Or, puisqu'il a fallu inclure la noix de galle par un terme d'extension après avoir déjà enseigné « encre », on en déduit que l'encre proprement dite ne vient pas de la noix de galle. Pour cette raison, Rabbenou Tam voulait invalider un sefer Torah écrit avec une encre de noix de galle ; mais les sages d'Achkenaz lui ont répondu que le passage traite d'une eau dans laquelle on a fait tremper des noix de galle, alors que celle que l'on fabrique avec le corps même des noix de galle est certainement bonne. En tout état de cause, il semble que la nôtre soit l'encre au sens premier, comme il ressort du chapitre Kol ha-yad (Nida 20a), où Rabbi Ami « brisait un morceau d'encre et examinait » — c'est-à-dire qu'il brisait un bloc d'encre et examinait par là un sang noir ; or c'est notre encre qui se brise, et non celle de noix de galle.
💡 Explication

La guemara cherche la source des deux exigences matérielles : le support (sefer, un rouleau de parchemin) et l'encre (dyo). Elle l'obtient par une guezera chava (analogie verbale) : le verbe « écrire » employé pour Esther renvoie au même verbe employé par Baroukh ben Néria, où le verset précise expressément « sur le rouleau avec de l'encre ».

Les Tossefot en profitent pour discuter la nature de l'encre valable. Le critère retenu par Rabbi Ami est concret : une encre véritable forme un bloc qui se brise.

4
מַתְנִי׳ בֶּן עִיר שֶׁהָלַךְ לִכְרַךְ וּבֶן כְּרַךְ שֶׁהָלַךְ לְעִיר, אִם עָתִיד לַחְזֹור לִמְקוֹמוֹ — קוֹרֵא כִּמְקוֹמוֹ, וְאִם לָאו — קוֹרֵא עִמָּהֶן.

MICHNA. L'habitant d'une ville ouverte (ir) qui s'est rendu dans une ville entourée de murailles (kerakh), et l'habitant d'un kerakh qui s'est rendu dans une ir : s'il doit revenir en son lieu, il lit selon son lieu ; sinon, il lit avec eux.

📜 Rachi (4)
מַתְנֵי' בֶּן עִיר שֶׁזְּמַנּוֹ בְּאַרְבָּעָה עָשָׂר:
Dont le temps de lecture est le quatorze.
שֶׁהָלַךְ לִכְרַךְ שֶׁזְּמַנּוֹ בַּחֲמִשָּׁה עָשָׂר:
Dont le temps de lecture est le quinze.
אִם עָתִיד לַחֲזֹור מְפָרֵשׁ בַּגְּמָ':
La guemara l'explique.
קוֹרֵא כִּמְקוֹמוֹ כְּחוֹבַת מְקוֹמוֹ בֶּן עִיר בְּאַרְבָּעָה עָשָׂר בֶּן כְּרַךְ בַּחֲמִשָּׁה עָשָׂר:
Selon l'obligation de son lieu : l'habitant d'une ir le quatorze, l'habitant d'un kerakh le quinze.
💡 Explication

La michna traite du voyageur pris entre deux dates. Une ir, ville ouverte, lit le quatorze Adar ; un kerakh, ville entourée de murailles depuis le temps de Yehochoua bin Noun, lit le quinze. Celui qui se déplace de l'une à l'autre peut donc se trouver au mauvais endroit le jour de son obligation.

Le critère posé est l'intention de revenir : celui qui doit rentrer garde le statut de son lieu d'origine, celui qui s'installe prend celui de ses hôtes. La guemara va préciser ce que signifie exactement « devoir revenir ».

🖼️ Schéma
La règle de la michna Ir : ville ouverte, lecture le 14 Adar Kerakh : ville entourée de murailles, le 15 Le voyageur se trouve dans l'autre type de lieu au moment de Pourim. Il doit revenir en son lieu Il lit à la date de son lieu d'origine, même entouré de gens qui lisent un autre jour. Il ne doit pas revenir Il lit avec les gens du lieu où il se trouve : il en a pris le statut.
Le partage de la michna : l'intention de revenir conserve le statut d'origine, son absence le fait perdre.
5
וּמֵהֵיכָן קוֹרֵא אָדָם אֶת הַמְּגִילָּה וְיוֹצֵא בָּהּ יְדֵי חוֹבָה? רַבִּי מֵאִיר אוֹמֵר: כֻּולָּהּ. רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: מִ״אִישׁ יְהוּדִי״. רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר: מִ״אַחַר הַדְּבָרִים הָאֵלֶּה״.

À partir d'où lit-on la meguila pour s'acquitter de son obligation ? Rabbi Meir dit : en entier.

Rabbi Yehouda dit : depuis « Il y avait un homme juif ». Rabbi Yossi dit : depuis « Après ces événements ».

📜 Rachi (1)
מֵאַחַר הַדְּבָרִים הָאֵלֶּה גִּידַּל הַמֶּלֶךְ וְכוּ':
« Après ces événements » : « le roi Assuérus éleva Haman », etc.
💡 Explication

Seconde michna du folio : l'étendue minimale de la lecture. Les trois avis repèrent trois seuils dans le rouleau — son ouverture avec le festin d'Assuérus, la présentation de Mordekhai au chapitre 2, et l'élévation de Haman au chapitre 3.

La guemara montrera que ce désaccord porte sur le point où commence réellement le récit du miracle, chaque tanna désignant le personnage dont la « force » ouvre l'histoire.

6
גְּמ׳ אָמַר רָבָא: לֹא שָׁנוּ אֶלָּא שֶׁעָתִיד לַחְזֹור בְּלֵילֵי אַרְבָּעָה עָשָׂר, אֲבָל אֵין עָתִיד לַחְזֹור בְּלֵילֵי אַרְבָּעָה עָשָׂר — קוֹרֵא עִמָּהֶן. אָמַר רָבָא: מְנָא אֲמִינָא לַהּ? דִּכְתִיב: ״עַל כֵּן הַיְּהוּדִים הַפְּרָזִים הַיֹּושְׁבִים בְּעָרֵי הַפְּרָזוֹת״. מִכְּדֵי כְּתִיב: ״הַיְּהוּדִים הַפְּרָזִים״, לָמָּה לִי לְמִיכְתַּב ״הַיּוֹשְׁבִים בְּעָרֵי הַפְּרָזוֹת״? הָא קָא מַשְׁמַע לַן, דְּפָרוּז בֶּן יוֹמוֹ נִקְרָא פָּרוּז.

GUEMARA. Rava a dit : on n'a enseigné cela que dans le cas où il doit revenir dans la nuit du quatorze ; mais s'il ne doit pas revenir dans la nuit du quatorze, il lit avec eux.

Rava a dit : d'où est-ce que je le dis ? De ce qu'il est écrit : « C'est pourquoi les Juifs des campagnes, qui habitent dans les villes ouvertes... ».

Or, puisqu'il est déjà écrit « les Juifs des campagnes », pourquoi fallait-il écrire « qui habitent dans les villes ouvertes » ? C'est pour nous apprendre ceci : celui qui est en lieu ouvert ne serait-ce qu'un seul jour est appelé perouz (homme du lieu ouvert).

📜 Rachi (4)
גְּמ' לֹא שָׁנוּ דְּבֶן כְּרַךְ שֶׁהָלַךְ לָעִיר וְעָתִיד לַחֲזֹור לִמְקוֹמוֹ קוֹרֵא בַּחֲמִשָּׁה עָשָׂר וְלֹא בְּאַרְבָּעָה עָשָׂר:
On n'a enseigné que l'habitant d'un kerakh venu dans une ir et qui doit revenir en son lieu lit le quinze et non le quatorze...
אֶלָּא שֶׁעָתִיד לַחֲזֹור בְּלֵיל אַרְבָּעָה עָשָׂר אִם קֹודֶם עַמּוּד הַשַּׁחַר יָצָא מִן הָעִיר הוּא דְּקָתָנֵי שֶׁאֵינוֹ צָרִיךְ לִקְרוֹת עִמָּהֶן בְּלֵילֵי י"ד אע"פ שֶׁעוֹדֶנּוּ שָׁם הוֹאִיל וּבַיּוֹם לֹא יִהְיֶה שָׁם אֵין זֶה אֲפִילּוּ פָּרוּז בֶּן יוֹמוֹ:
S'il quitte la ville avant l'aube, c'est alors que l'on enseigne qu'il n'a pas à lire avec eux dans la nuit du quatorze, bien qu'il s'y trouve encore : puisqu'il n'y sera pas pendant le jour, il n'est même pas perouz d'un seul jour.
אֲבָל אֵין עָתִיד לָצֵאת מִשָּׁם בַּלַּיְלָה דְּהַשְׁתָּא הָוֵי פָּרוּז לְאוֹתוֹ יוֹם אע"פ שֶׁעָתִיד לַחֲזֹור לְמָחָר לַיּוֹם (אַחֵר) נִקְרָא פָּרוּז וְקוֹרֵא עִמָּהֶן בֵּין בְּלֵילֵי י"ד בֵּין בי"ד וה"ה לְבֶן עִיר שֶׁהָלַךְ לִכְרַךְ אִם עָתִיד לַחֲזֹור בְּלֵילֵי ט"ו שֶׁלֹּא יְהֵא שֵׁם בְּיוֹם ט"ו לָא הָוֵי מֻוקָּף לְיוֹמוֹ וְקוֹרֵא בי"ד כְּחוֹבַת מְקוֹמוֹ ואעפ"י שֶׁהוּא בִּכְרַךְ אֲבָל אֵין עָתִיד לַחְזֹור בְּלֵילֵי ט"ו אֵין צָרִיךְ לִקְרוֹתָהּ בי"ד וּמַמְתִּין וְקוֹרֵא עִמָּהֶן אע"פ שֶׁסּוֹפוֹ לַחֲזֹור לְאַחַר זְמַן:
« Mais s'il ne doit pas » sortir de là pendant la nuit : il est alors perouz pour ce jour-là, et bien qu'il doive revenir le lendemain, il est appelé perouz et lit avec eux, aussi bien dans la nuit du quatorze que le quatorze au jour. Il en va de même pour l'habitant d'une ir venu dans un kerakh : s'il doit repartir dans la nuit du quinze, de sorte qu'il ne s'y trouvera pas le jour du quinze, il n'est pas moukaf d'un jour et il lit le quatorze selon l'obligation de son lieu, bien qu'il se trouve dans le kerakh. Mais s'il ne doit pas repartir dans la nuit du quinze, il n'a pas à la lire le quatorze : il attend et lit avec eux, bien qu'il finisse par rentrer plus tard.
מְנָא לֵיהּ דְּמִשּׁוּם הַהוּא יוֹמָא חֲשִׁיב כְּוָותַייְהוּ:
D'où tient-il que, pour ce seul jour, il est compté comme eux ?
💡 Explication

Rava resserre la condition de la michna. « Devoir revenir » ne signifie pas rentrer un jour, mais être reparti avant l'entrée du jour de lecture du lieu où l'on se trouve. Le voyageur qui est encore sur place à l'aube a déjà pris le statut du lieu.

La preuve vient d'une redondance du verset d'Esther 9,19 : « les Juifs des campagnes » dit déjà l'appartenance ; « qui habitent dans les villes ouvertes » est donc lu comme englobant celui qui n'y habite que le temps d'un jour. De là l'expression perouz ben yomo, perouz d'un seul jour.

🖼️ Schéma
Le critère de Rava : où est-il quand le jour entre ? entrée de la nuit du 14 aube du 14 13 Adar jour du 14 Il quitte la ville avant l'aube Il ne sera pas là de jour : il n'est même pas perouz d'un jour. Il lit selon son lieu. Il est encore là à l'aube Il est perouz de ce jour : il lit avec eux, de nuit comme de jour, même s'il rentrera.
Rava déplace la question du projet de retour vers un fait observable : la présence sur les lieux au lever du jour.
7
אַשְׁכְּחַן פָּרוּז, מֻוקָּף מְנָא לַן? סְבָרָא הוּא: מִדְּפָרוּז בֶּן יוֹמוֹ קָרוּי פָּרוּז, מֻוקָּף בֶּן יוֹמוֹ קָרוּי מֻוקָּף.

Nous avons trouvé pour le perouz ; pour le moukaf (l'homme du lieu entouré de murailles), d'où le tenons-nous ? C'est un raisonnement : puisque celui qui est en lieu ouvert pour un jour est appelé perouz, celui qui est en lieu fortifié pour un jour est appelé moukaf.

💡 Explication

Le verset ne parle que des lieux ouverts. La guemara étend la règle au cas symétrique par sevara, raisonnement pur, sans passer par un verset : la notion de statut acquis pour un jour vaut dans les deux sens.

8
וְאָמַר רָבָא: בֶּן כְּפָר שֶׁהָלַךְ לְעִיר — בֵּין כָּךְ וּבֵין כָּךְ קוֹרֵא עִמָּהֶן. מַאי טַעְמָא? הַאי כִּבְנֵי הָעִיר בָּעֵי לְמִקְרֵי, וְרַבָּנַן הוּא דַּאֲקִילּוּ עַל הַכְּפָרִים כְּדֵי שֶׁיְּסַפְּקוּ מַיִם וּמָזוֹן לַאֲחֵיהֶם שֶׁבַּכְּרַכִּין. הָנֵי מִילֵּי — כִּי אִיתֵיהּ בְּדֻוכְתֵּיהּ, אֲבָל כִּי אִיתֵיהּ בְּעִיר — כִּבְנֵי עִיר בָּעֵי לְמִקְרֵי.

Rava a dit encore : l'habitant d'un village (kefar) qui s'est rendu dans une ville — dans un cas comme dans l'autre, il lit avec eux. Quelle en est la raison ?

Cet homme aurait dû lire comme les gens de la ville, et ce sont les sages qui ont allégé pour les villages, afin qu'ils fournissent l'eau et la nourriture à leurs frères des villes fortifiées. Or cela ne vaut que lorsqu'il se trouve en son lieu ; mais lorsqu'il se trouve dans la ville, il doit lire comme les gens de la ville.

📜 Rachi (4)
בֶּן כְּפָר שֶׁהִקְדִּים וְקָרָא לְיוֹם הַכְּנִיסָה וְאַחַ"כּ הָלַךְ לָעִיר וְהָיָה שָׁם לֵילֵי י"ד:
Qui a avancé sa lecture au jour de rassemblement, puis s'est rendu dans la ville et s'y trouvait la nuit du quatorze.
בֵּין כָּךְ וּבֵין כָּךְ אֲפִילּוּ עָתִיד לַחֲזֹור וְלָצֵאת מִשָּׁם קֹודֶם הַיּוֹם קוֹרֵא עִמָּהֶן בַּלַּיְלָה:
Même s'il doit revenir et quitter les lieux avant le jour, il lit avec eux pendant la nuit.
כִּבְנֵי הָעִיר בָּעֵי מִקְּרֵי כָּל הַפְּרָזִים זְמַנָּם בְּאַרְבָּעָה עָשָׂר בֵּין כְּפָרִים בֵּין עֲיָירוֹת וְרַבָּנָן הוּא דְּאַקִּילוּ עֲלַיְיהוּ לְהַקְדִּים לְיוֹם הַכְּנִיסָה:
Tous les lieux ouverts ont pour temps le quatorze, villages comme villes ; ce sont les sages qui ont allégé pour eux en leur permettant d'avancer au jour de rassemblement.
וְהָנֵי מִילֵּי דְּאַקִּילוּ עֲלַייְהוּ דְּאֵין צָרִיךְ לַחֲזֹור וְלִקְרוֹת בְּאַרְבָּעָה עָשָׂר כִּי אִיתֵיהּ בִּכְפָר:
Cet allégement, qui le dispense de relire le quatorze, ne vaut que lorsqu'il se trouve au village.
🗂️ Tossefot (1)
בֶּן כְּפָר שֶׁהָלַךְ לְעִיר בֵּין כָּךְ וּבֵין כָּךְ קוֹרֵא עִמָּהֶם פֵּירֵשׁ רַשִׁ"י ואע"פ שֶׁקָּרָא כְּבָר לְיוֹם הַכְּנִיסָה וְקַשְׁיָא לָמָּה יַחֲזֹור וְיִקְרָא שְׁנֵי פְּעָמִים ומ"מ נִרְאֶה דְּשַׁפִּיר פֵּי' רַשִׁ"י דְּכֵיוָן שֶׁהָיָה בָּעִיר בַּלַּיְלָה נַעֲשֶׂה כִּבְנֵי הָעִיר ואע"פ שֶׁעָתִיד לַחֲזֹור (בּוֹ) בי"ד ואע"פ שֶׁקָּרָא בְּיוֹם הַכְּנִיסָה דְּהָא דְּאָמְרִי' כְּפָרִים מַקְדִּימִים לְיוֹם הַכְּנִיסָה כְּדֵי שֶׁיַּסְפִּיקוּ מַיִם וּמָזוֹן לַאֲחֵיהֶם שֶׁבַּכְּרַכִּים וּפְטוּרִים מִמְּגִילָּה הַיְינוּ דַּווְקָא כְּשֶׁאֵינָם שׁוֹהִים שָׁם בְּלֵיל י"ד אֶלָּא בְּיוֹם י"ד בָּאִים שָׁם אֲבָל כְּשֶׁשּׁוֹהִים שָׁם בְּלֵיל אַרְבָּעָה עָשָׂר וַדַּאי דִּינָם כִּבְנֵי הָעִיר אע"פ שֶׁקָּרְאוּ כְּבָר:
Rachi explique : bien qu'il ait déjà lu au jour de rassemblement. On objecte : pourquoi lirait-il deux fois ? Il semble pourtant que l'explication de Rachi soit juste : puisqu'il se trouvait dans la ville pendant la nuit, il devient comme les gens de la ville, même s'il doit repartir le quatorze et même s'il a déjà lu au jour de rassemblement. Car lorsqu'on dit que les villages avancent au jour de rassemblement afin de fournir l'eau et la nourriture à leurs frères des villes fortifiées, et qu'ils sont ainsi quittes de la meguila, cela vaut précisément quand ils ne séjournent pas là-bas la nuit du quatorze mais y viennent le jour du quatorze ; mais lorsqu'ils y séjournent la nuit du quatorze, leur statut est certainement celui des gens de la ville, même s'ils ont déjà lu.
💡 Explication

Le kefar, le village, n'a pas de date propre. Sa date légale est celle des lieux ouverts, le quatorze ; l'avance au yom ha-kenissa, le lundi ou le jeudi qui précède, où les villageois montent au tribunal, n'est qu'un allégement rabbinique destiné à les libérer le jour de Pourim pour ravitailler les villes.

La conséquence est nette : cet allégement est attaché au lieu, pas à la personne. Le villageois présent en ville à l'entrée du quatorze retrouve l'obligation de base et lit avec la ville, même s'il a déjà lu au village.

🖼️ Schéma
Pourquoi le villageois relit en ville Obligation de base du village : le 14, comme tout lieu ouvert Allégement des sages : avance au jour de rassemblement Motif : ravitailler en eau et en nourriture les villes L'allégement tient au lieu, non à la personne Présent en ville à l'entrée du 14, le villageois retrouve l'obligation de base et lit avec la ville, même s'il a déjà lu au village et même s'il doit repartir avant le jour.
La lecture avancée du village est une dispense locale ; elle tombe dès que le villageois se trouve en ville au moment voulu.
9
אֵיתִיבֵיהּ אַבַּיֵּי: בֶּן כְּרַךְ שֶׁהָלַךְ לְעִיר — בֵּין כָּךְ וּבֵין כָּךְ קוֹרֵא כִּמְקוֹמוֹ. בֶּן כְּרַךְ סָלְקָא דַּעְתָּךְ?! בְּאִם עָתִיד לַחְזֹור תַּלְיָא מִילְּתָא, אֶלָּא לָאו, בֶּן כְּפָר.

Abaye lui a objecté d'une beraita : « L'habitant d'un kerakh qui s'est rendu dans une ir — dans un cas comme dans l'autre, il lit selon son lieu. » « L'habitant d'un kerakh » — cela peut-il te venir à l'esprit ? La chose dépend justement de savoir s'il doit revenir !

Il faut donc dire qu'il s'agit de l'habitant d'un village.

💡 Explication

Abaye attaque la thèse de Rava au moyen d'une beraita qui dit « dans un cas comme dans l'autre, il lit selon son lieu » — l'opposé exact de ce que Rava affirme du villageois.

La guemara constate d'abord que le texte reçu de la beraita est impossible tel quel : il contredit la michna, qui fait dépendre le statut du retour. Abaye le corrige donc en lisant « habitant d'un village », et c'est cette lecture corrigée qui devient l'objection.

10
וְלָאו תֵּרוּצַי מְתָרֶצֶת? תָּנֵי: קוֹרֵא עִמָּהֶן.

Mais ne viens-tu pas toi-même de corriger le texte ? Enseigne alors : il lit avec eux.

⚖️ Rosh (1)
מַתְנִי' בֶּן עִיר שֶׁהָלַךְ לִכְרַךְ וּבֶן כְּרַךְ שֶׁהָלַךְ לְעִיר אִם עָתִיד לַחְזֹור לִמְקוֹמוֹ קוֹרֵא כִּמְקוֹמוֹ וְאִם לָאו קוֹרֵא עִמָּהֶם:
Michna : l'habitant d'une ir qui s'est rendu dans un kerakh et l'habitant d'un kerakh qui s'est rendu dans une ir — s'il doit revenir en son lieu, il lit selon son lieu ; sinon, il lit avec eux.
💡 Explication

La réponse retourne l'argument. Une objection tirée d'un texte que l'on a dû soi-même amender n'a plus de force contraignante : si l'on corrige « kerakh » en « kefar », rien n'empêche de corriger aussi la conclusion en « il lit avec eux ». Rava reste donc en place.

11
מֵהֵיכָן קוֹרֵא אָדָם אֶת הַמְּגִילָּה וְכוּ׳. תַּנְיָא, רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן יוֹחַאי אוֹמֵר: מִ״בַּלַּיְלָה הַהוּא״.

« À partir d'où lit-on la meguila », etc. Une beraita enseigne : Rabbi Chimon bar Yohai dit : depuis « Cette nuit-là ».

⚖️ Rosh (1)
מַתְנֵי' מֵהֵיכָן קוֹרֵא אָדָם אֶת הַמְּגִילָּה וְיָצָא בָּהּ יְדֵי חוֹבָתוֹ ר' מֵאִיר אוֹמֵר כֻּולָּהּ ר' יְהוּדָה אוֹמֵר מֵאִישׁ יְהוּדִי ר' יוֹסֵי אוֹמֵר מֵאַחַר הַדְּבָרִים:
Michna : à partir d'où lit-on la meguila pour s'acquitter de son obligation ? Rabbi Meir dit : en entier. Rabbi Yehouda dit : depuis « Il y avait un homme juif ». Rabbi Yossi dit : depuis « Après ces événements ».
💡 Explication

La beraita ajoute un quatrième avis aux trois de la michna. Rabbi Chimon bar Yohai fait commencer la lecture au chapitre 6, à l'insomnie du roi — le point où le retournement du récit s'engage.

12
אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן, וְכֻולָּן מִקְרָא אֶחָד דָּרְשׁוּ: ״וַתִּכְתֹּב אֶסְתֵּר הַמַּלְכָּה וּמָרְדֳּכַי הַיְּהוּדִי אֶת כָּל תֹּוקֶף״, מַאן דְּאָמַר כֻּולָּהּ — תּוֹקְפוֹ שֶׁל אֲחַשְׁוֵרוֹשׁ.

Rabbi Yo'hanan a dit : et tous ont exposé un seul et même verset : « Et la reine Esther, fille d'Avihayil, et Mordekhai le Juif écrivirent toute la force ». Celui qui dit « en entier » : la force d'Assuérus.

📜 Rachi (2)
כָּל תֹּוקֶף לְקַייֵּם אִגֶּרֶת הַפּוּרִים עַל תֹּוקֶף הִקְפִּיד לְהַזְכִּיר:
« Toute la force » : pour confirmer la lettre de Pourim, le verset a tenu à mentionner la force.
תּוֹקְפוֹ שֶׁל אֲחַשְׁוֵרוֹשׁ וּמִתְּחִילָּתָהּ הִיא מְדַבֶּרֶת בְּתָוקְפוֹ עַד סוֹפָהּ:
La force d'Assuérus : or depuis son début la meguila parle de sa force, et jusqu'à sa fin.
🪔 Ben Yehoyada (1)
מַאן דְּאָמַר (אֶסְתֵּר ט, כט) : 'כַּלָּה', תָּקְפּוֹ שֶׁל אֲחַשְׁוֵרוֹשׁ. דִּכְתִיב (אֶסְתֵּר א, ד) 'בְּהַרְאֹתוֹ אֶת עֹשֶׁר כְּבוֹד מַלְכוּתוֹ' דְּנִמְצָא שֶׁהָיָה עָשִׁיר גָּדוֹל וְאֵיךְ יְצֻוייַּר שֶׁיִּמְכֹּור אֻומָּה שְׁלֵימָה בַּעֲשֶׂרֶת אֲלָפִים כִּכַּר כֶּסֶף? אֲשֶׁר אֵלּוּ לֹא הָיוּ נֶחְשָׁבִים אֶצְלוֹ אֲפִילּוּ בְּעֵרֶךְ אֲבָנִים! וְאִם כֵּן מוּכָח דְּהָמָן זִייֵּף בְּאוֹמְרוֹ שֶׁקָּנָה אוֹתָם בַּעֲשֶׂרֶת אֲלָפִים כִּכַּר כֶּסֶף, וְכֵיוָן דְּזִיֵּיף בָּזֶה זִייֵּף בְּכָל וּבָטְלוּ הָאִגְּרוֹת שֶׁכָּתַב! וּמַאן דְּאָמַר : מִ ' אִישׁ יְהוּדִי ', תָּקְפּוֹ שֶׁל מָרְדְּכַי שֶׁהָיָה לוֹ כֹּחַ מִן יְהוּדָה וּמִן בִּנְיָמִין וּבָזֶה הִכְנִיעַ אֶת הָמָן שֶׁהָיָה בְּיָדוֹ קִטְרוּג מִכֹּחַ תִּמְנַע שֶׁלֹּא קִבְּלוּ אוֹתָהּ וּמִכֹּחַ הַשְּׁבָטִים שֶׁהִשְׁתַּחֲווּ לְעֵשָׂו וּכְמוֹ שֶׁכָּתַב מָהָרִ"י זַ"ל דִּבְכֹחַ אִישׁ יְהוּדִי דְּאָתֵי מִיּהוּדָה בִּיטֵּל קִטְרוּג תִּמְנַע, וּמִכֹּחַ אִישׁ יְמִינִי דְּאָתֵי מִבִּנְיָמִין שֶׁלֹּא הִשְׁתַּחֲוָה לְעֵשָׂו בִּיטֵּל קִטְרוּג הַהִשְׁתַּחֲוָיָה שֶׁהִשְׁתַּחֲווּ הַשְּׁבָטִים לְעֵשָׂו. וּמַאן דְּאָמַר : מִ ' אַחַר הַדְּבָרִים הָאֵלֶּה ', תָּקְפּוֹ שֶׁל הַמָּן כִּי בְּגַאֲוָתוֹ וְתוֹקְפוֹ נָתַן עֵינָיו לְכַלּוֹת הַכֹּל וּבָזֶה מִמֵּילָא נַעֲשָׂה נֵס הַהַצָּלָה מַה שֶׁאֵין כֵּן אִם הָיָה נוֹתֵן עֵינָיו בְּמִקְצָת הָיָה עוֹלֶה בְּיָדוֹ. וּמַאן דְּאָמַר : מִ ' בַּלַּיְלָה הַהוּא ', תָּקְפּוֹ שֶׁל נֵס כִּי נִזְדַּמֵּן אוֹתָהּ הַלַּיְלָה שֶׁהָיְתָה מֻוחְזֶקֶת בְּנִסִּים גְּדוֹלִים מִדּוֹרוֹת הָרִאשׁוֹנִים וּלְכָךְ הִצְלִיחוֹ בָּהּ בְּמַעֲשֵׂה נִסִּים.
« Celui qui dit : en entier — la force d'Assuérus. » Car il est écrit « lorsqu'il montra la richesse glorieuse de son royaume » : il se trouve qu'il était immensément riche. Comment concevoir alors qu'il vende une nation entière pour dix mille talents d'argent, une somme qui a ses yeux ne valait pas même des pierres ? Il en ressort que Haman a falsifié en disant qu'il les avait achetés pour dix mille talents d'argent ; et puisqu'il a falsifié sur ce point, il a falsifié sur tout, et les lettres qu'il avait écrites sont annulées. Celui qui dit : depuis « Il y avait un homme juif » — la force de Mordekhai, qui tenait sa force de Yehouda et de Binyamin, et qui par là soumit Haman. Celui-ci disposait en effet d'une accusation tirée de Timna, que l'on n'avait pas accueillie, et d'une autre tirée des tribus qui s'étaient prosternées devant Essav. Comme l'écrit le Mahari, par la force de « un homme juif », qui descend de Yehouda, il annula l'accusation de Timna ; et par la force de « un homme de Yemini », qui descend de Binyamin, lequel ne s'est pas prosterné devant Essav, il annula l'accusation de la prosternation des tribus devant Essav. Celui qui dit : depuis « Après ces événements » — la force de Haman : dans son orgueil et sa puissance, il jeta les yeux sur l'extermination de tous, et par là même le miracle du salut s'accomplit ; s'il n'avait visé qu'une partie du peuple, il aurait réussi. Celui qui dit : depuis « Cette nuit-là » — la force du miracle : cette nuit se trouva être celle qui, depuis les premières générations, était tenue pour porteuse de grands miracles, et c'est pourquoi ils y réussirent par des prodiges.
💡 Explication

Rabbi Yo'hanan ramène les quatre avis à une seule lecture : le verset d'Esther 9,29 dit qu'elles écrivirent kol tokef, « toute la force ». Le désaccord porte sur l'identité du détenteur de cette force, et chaque réponse fixe un point de départ différent dans le rouleau.

Selon Rabbi Meir, il s'agit de la force d'Assuérus, exposée dès le premier chapitre : il faut donc lire depuis le commencement.

13
וּמַאן דְּאָמַר מִ״אִישׁ יְהוּדִי״ — תּוֹקְפוֹ שֶׁל מָרְדְּכַי, וּמַאן דְּאָמַר מִ״אַחַר הַדְּבָרִים הָאֵלֶּה״ — תּוֹקְפוֹ שֶׁל הָמָן, וּמַאן דְּאָמַר מִ״בַּלַּיְלָה הַהוּא״ — תּוֹקְפוֹ שֶׁל נֵס.

Celui qui dit : depuis « Il y avait un homme juif » — la force de Mordekhai. Celui qui dit : depuis « Après ces événements » — la force de Haman.

Et celui qui dit : depuis « Cette nuit-là » — la force du miracle.

💡 Explication

Les trois autres avis se rangent sous la même grille. Rabbi Yehouda ouvre à Mordekhai, Rabbi Yossi à Haman, Rabbi Chimon bar Yohai au miracle lui-même. Chacun commence la lecture là où apparaît pour la première fois la force qu'il identifie.

14
רַב הוּנָא אָמַר, מֵהָכָא: ״וּמֶה רָאוּ עַל כָּכָה וּמָה הִגִּיעַ אֲלֵיהֶם״,

Rav Houna a dit : de ceci — « et ce qu'ils avaient vu à ce sujet, et ce qui leur était arrivé »,

📜 Rachi (1)
וּמֶה רָאוּ עַל כָּכָה הַמְּגִילָּה נִכְתֶּבֶת וְנִקְרֵאת לְהוֹדִיעַ לְדוֹרוֹת מֶה רָאוּ בְּאוֹתוֹ הַזְּמַן שֶׁעָשׂוּ מַה שֶׁעָשׂוּ וּמְפָרֵשׁ עַל כָּכָה עָשׂוּ וּלְפָרֵשׁ מָה הִגִּיעַ עַל הָעוֹשִׂים:
La meguila est écrite et lue pour faire savoir aux générations ce qu'ils ont vu en ce temps-là, qui les a conduits à agir comme ils l'ont fait ; le verset explique en raison de quoi ils ont agi, et il explique ce qui est arrivé à ceux qui ont agi.
💡 Explication

Rav Houna propose une seconde base commune, tirée d'Esther 9,26. Le verset comporte trois expressions — « ce qu'ils ont vu », « à ce sujet », « ce qui leur est arrivé » — que chaque tanna remplit avec un personnage différent.

Rachi donne la raison de fond : la meguila existe pour transmettre aux générations le motif de l'institution de Pourim. Le point de départ de la lecture est donc celui où commence ce qu'il faut faire savoir.

15
מַאן דְּאָמַר כֻּולָּהּ: ״מֶה רָאָה״ — אֲחַשְׁוֵרוֹשׁ שֶׁנִּשְׁתַּמֵּשׁ בְּכֵלִים שֶׁל בֵּית הַמִּקְדָּשׁ, ״עַל כָּכָה״ — מִשּׁוּם דְּחַשֵּׁיב שִׁבְעִים שְׁנִין וְלָא אִיפְּרוּק, ״וּמֶה הִגִּיעַ אֲלֵיהֶם״ — דִּקְטַל וּשְׁתֵּי.

Celui qui dit « en entier » : « qu'a-t-il vu » — Assuérus, qui s'est servi des ustensiles du Temple ; « à ce sujet » — parce qu'il avait compté soixante-dix ans sans que la délivrance vienne ; « et ce qui leur était arrivé » — qu'il fit tuer Vachti.

🪔 Ben Yehoyada (1)
'מֶה רָאָה' אֲחַשְׁוֵרוֹשׁ שֶׁנִּשְׁתַּמֵּשׁ בְּכֵלִים שֶׁל בֵּית הַמִּקְדָּשׁ? 'עַל כָּכָה', מִשּׁוּם דְּחַשֵּׁיב שִׁבְעִים שְׁנִין וְלָא אִיפְּרוּק. נִרְאֶה לִי בס"ד נִרְמְזוּ הַשִּׁבְעִים בָּזֶה דְּאוֹת כַּף שֶׁל כָּכָה כָּפוּל וְאִם תָּסִיר הַכֶּפֶל יִהְיוּ 'עַל כָּכָה' אוֹתִיּוֹת 'ע' כַּלָּה' פֵּירוּשׁ רָאָה שֶׁכָּלָה זְמַן שֶׁל ע' שָׁנָה וְעַל יְדֵי כָּךְ 'וּמֶה הִגִּיעַ אֲלֵיהֶם'? דִּקְטַל וְשָׁתֵי! שֶׁנַּעֲשָׂה לָהֶם מְהוּמָה גְּדוֹלָה שֶׁנּוֹסַף אוֹתִיּוֹת וּמָה עַל אוֹתִיּוֹת מַה וְנַעֲשָׂה צֵירוּף מְהוּמָה.
« Qu'a-t-il vu, Assuérus, pour se servir des ustensiles du Temple ? À ce sujet : parce qu'il avait compté soixante-dix ans sans que la délivrance vienne. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que les soixante-dix sont ici suggérés : la lettre kaf du mot kakha est redoublée, et si l'on ôte le redoublement, les lettres de al kakha donnent ayin kala, c'est-à-dire qu'il vit que le temps des soixante-dix ans était achevé. Et par là, « ce qui leur est arrivé ? Qu'il fit tuer Vachti » : il leur fut fait un grand tumulte, car en ajoutant les lettres de ouma aux lettres de ma on obtient la combinaison méhouma, le tumulte.
💡 Explication

Première application de la grille de Rav Houna. Pour Rabbi Meir, les trois expressions renvoient toutes au premier chapitre : l'usage des ustensiles du Temple au festin, le calcul erroné des soixante-dix ans de l'exil annoncés par Yirmeyahou, et l'exécution de Vachti.

Ces trois éléments se lisent au début du rouleau, ce qui impose la lecture intégrale.

16
וּמַאן דְּאָמַר מ״אִישׁ יְהוּדִי״: ״מֶה רָאָה״ — מָרְדְּכַי דְּאִיקְנֵי בְּהַמָּן, ״עַל כָּכָה״ — דְּשַׁוִּי נַפְשֵׁיהּ עֲבוֹדָה זָרָה, ״וּמֶה הִגִּיעַ אֲלֵיהֶם״ — דְּאִתְרְחִישׁ נִיסָּא.

Celui qui dit : depuis « Il y avait un homme juif ». « Qu'a-t-il vu » — Mordekhai, qui s'est dressé avec zèle contre Haman ; « à ce sujet » — parce que celui-ci s'était fait lui-même objet d'idolâtrie ; « et ce qui leur était arrivé » — qu'un miracle s'est produit.

🪔 Ben Yehoyada (1)
'מֶה רָאָה' מָרְדְּכַי דְּאִיקְנֵי בְּהַמָּן? 'עַל כָּכָה', דְּשַׁוִּי נַפְשֵׁיהּ עֲבוֹדָה זָרָה. נִרְאֶה לִי נִרְמַז זֶה בְּתֵיבַת כָּכָה שֶׁהוּא מִסְפַּר לוֹט [45] שֶׁהוּא תַּרְגּוּם שֶׁל אֲרִירָה, דְּאוֹמְרִים אָרוּר הַמָּן עַל אֲשֶׁר עָשָׂה עַצְמוֹ עֲבוֹדָה זָרָה. 'וּמֶה הִגִּיעַ אֲלֵיהֶם' רוֹצֶה לוֹמַר אוֹתִיּוֹת מַה שֶׁל גְּאֻולָּה [45] , שֶׁמִּסְפָּרָם גְּאֻולָּה שֶׁנַּעֲשָׂה בָּהּ הַנֵּס. וְאוֹמְרוֹ ' מֶה רָאָה ' הָמָן שֶׁנִּתְקַנֵּא בְּכָל הַיְּהוּדִים ' עַל כָּכָה ' מִשּׁוּם דְּמָרְדְּכַי לֹא יִכְרַע וְלֹא יִשְׁתַּחֲוֶה וְהַיְינוּ כָּכָה גֵּימַטְרְיָא 'לֵב אֶחָד' [45] , פֵּירוּשׁ שֶׁהָיָה לוֹ לֵב אֶחָד, 'וּמָה הִגִּיעַ אֲלֵיהֶם'? 'וְתָלוּ אֹותוֹ וְאֶת בָּנָיו עַל הָעֵץ'! שֶׁיָּצְאָה נִשְׁמַת בָּנָיו בְּרֶגַע אֶחָד בַּעֲבוּר זְכוּת מָרְדְּכַי שֶׁהָיָה לוֹ לֵב אֶחָד. וְאָמַר עוֹד ' מֶה רָאָה ' אֲחַשְׁוֵרוֹשׁ לְהָבִיא אֶת סֵפֶר הַזִּכְרֹונוֹת? ' עַל כָּכָה ', דְּזַמֵּינְתֵּיהּ אֶסְתֵּר לְהָמָן בַּהֲדֵיהּ נִרְאֶה לִי דְּדָרֵישׁ כָּכָה עַל סְעוּדָה לְשׁוֹן דּוֹק בִּבְכִי, 'וּמֶה הִגִּיעַ אֲלֵיהֶם'? כִּי מִן הַסְּעוּדָה נוֹלַד מַעֲשֵׂה הַנֵּס.
« Qu'a-t-il vu, Mordekhai, pour se dresser avec zèle contre Haman ? À ce sujet : parce que celui-ci s'était fait objet d'idolâtrie. » Il me semble que cela est suggéré dans le mot kakha, dont la valeur numérique est 45, comme le mot lot, traduction araméenne de la maledicton : on dit « maudit soit Haman » parce qu'il s'est fait objet d'idolâtrie. « Et ce qui leur est arrivé » veut dire : les lettres ma, dont le nombre est 45, comme gueoula, la délivrance, car c'est par elle que le miracle s'est accompli. Il est dit encore : « qu'a-t-il vu, Haman, pour s'emporter de jalousie contre tous les Juifs ? À ce sujet : parce que Mordekhai ne pliait pas le genou et ne se prosternait pas » — et kakha a la valeur de lev ehad, 45, un cœur unique, c'est-à-dire que Mordekhai avait un cœur unique ; « et ce qui leur est arrivé ? On le pendit, lui et ses fils, à la potence » — car l'âme de ses fils sortit en un seul instant, en raison du mérite de Mordekhai qui avait un cœur unique. Il est dit encore : « qu'a-t-il vu, Assuérus, pour faire apporter le livre des chroniques ? À ce sujet : parce qu'Esther avait invité Haman avec lui » — il me semble qu'il expose le mot kakha à propos du festin, au sens de dok bivkhî (scrute dans les pleurs) ; « et ce qui leur est arrivé ? » — car c'est du festin qu'est né le miracle.
💡 Explication

Pour Rabbi Yehouda, les trois expressions se rapportent à Mordekhai : son refus de céder devant Haman, le motif de ce refus — Haman portait sur lui une figure idolâtre —, et l'issue miraculeuse. Tout cela commence au verset « Il y avait un homme juif ».

17
וּמַאן דְּאָמַר מ״אַחַר הַדְּבָרִים הָאֵלֶּה״: ״מֶה רָאָה״ — הָמָן שֶׁנִּתְקַנֵּא בְּכָל הַיְּהוּדִים, ״עַל כָּכָה״ — מִשּׁוּם דְּמָרְדְּכַי ״לֹא יִכְרַע וְלֹא יִשְׁתַּחֲוֶה״, ״וּמֶה הִגִּיעַ אֲלֵיהֶם״ — ״וְתָלוּ אֹותוֹ וְאֶת בָּנָיו עַל הָעֵץ״.

Celui qui dit : depuis « Après ces événements ». « Qu'a-t-il vu » — Haman, qui s'est emporté de jalousie contre tous les Juifs ; « à ce sujet » — parce que Mordekhai « ne pliait pas le genou et ne se prosternait pas » ; « et ce qui leur était arrivé » — « on le pendit, lui et ses fils, à la potence ».

💡 Explication

Pour Rabbi Yossi, le sujet des trois expressions est Haman. Son élévation ouvre le chapitre 3, juste après les mots « Après ces événements », et c'est de là que part la lecture.

18
וּמַאן דְּאָמַר מ״בַּלַּיְלָה הַהוּא״: ״מֶה רָאָה״ — אֲחַשְׁוֵרוֹשׁ לְהָבִיא אֶת סֵפֶר הַזִּכְרֹונוֹת, ״עַל כָּכָה״ — דְּזַמֵּינְתֵּיהּ אֶסְתֵּר לְהָמָן בַּהֲדֵיהּ, ״וּמֶה הִגִּיעַ אֲלֵיהֶם״ — דְּאִתְרְחִישׁ נִיסָּא.

Celui qui dit : depuis « Cette nuit-là ». « Qu'a-t-il vu » — Assuérus, qui fit apporter le livre des chroniques ; « à ce sujet » — parce qu'Esther avait invité Haman avec lui ; « et ce qui leur était arrivé » — qu'un miracle s'est produit.

💡 Explication

Pour Rabbi Chimon bar Yohai, le point décisif est l'insomnie du roi et la lecture des chroniques, qui fait resurgir le service rendu par Mordekhai. L'invitation de Haman au festin d'Esther en est la cause immédiate ; la lecture commence donc à « Cette nuit-là ».

19
אָמַר רַבִּי חֶלְבּוֹ אָמַר רַב חָמָא בַּר גּוּרְיָא אָמַר רַב: הֲלָכָה כְּדִבְרֵי הָאוֹמֵר כֻּולָּהּ. וַאֲפִילּוּ לְמָאֵן דְּאָמַר מִ״אִישׁ יְהוּדִי״ — צְרִיכָה שֶׁתְּהֵא כְּתוּבָה כֻּולָּהּ.

Rabbi Helbo a dit au nom de Rav Hama bar Gouria, au nom de Rav : la halakha est conforme à celui qui dit « en entier ». Et même selon celui qui dit : depuis « Il y avait un homme juif », elle doit être écrite en entier.

💡 Explication

Rav tranche en faveur de Rabbi Meir : on lit la meguila depuis son premier verset.

Il ajoute une précision qui vaut pour tous les avis : même celui qui allège sur l'étendue de la lecture n'allège pas sur celle de l'écriture. Un rouleau tronqué reste invalide, quel que soit le point où l'on commence à lire.

20
וְאָמַר רַבִּי חֶלְבּוֹ אָמַר רַב חָמָא בַּר גּוּרְיָא אָמַר רַב: מְגִילָּה נִקְרֵאת ״סֵפֶר״, וְנִקְרֵאת ״אִגֶּרֶת״. נִקְרֵאת ״סֵפֶר״ — שֶׁאִם תְּפָרָהּ בְּחוּטֵי פִשְׁתָּן פְּסוּלָה. וְנִקְרֵאת ״אִגֶּרֶת״ — שֶׁאִם הֵטִיל בָּהּ שְׁלֹשָׁה חוּטֵי גִידִין כְּשֵׁרָה. אָמַר רַב נַחְמָן: וּבִלְבַד שֶׁיְּהוּ מְשֻׁולָּשִׁין.

Rabbi Helbo a dit encore au nom de Rav Hama bar Gouria, au nom de Rav : la meguila est appelée « livre » et elle est appelée « lettre ». Elle est appelée « livre » : si on l'a cousue avec des fils de lin, elle est invalide.

Elle est appelée « lettre » : si l'on n'y a mis que trois fils de tendon, elle est valable. Rav Nahman a dit : à condition qu'ils soient répartis en trois.

📜 Rachi (4)
נִקְרֵאת סֵפֶר וְנִכְתַּב בַּסֵּפֶר:
« et il fut écrit dans un livre ».
שֶׁאִם תְּפָרָהּ בְּחוּטֵי פִשְׁתָּן פְּסוּלָה דְּאִיכָּא לְמָאֵן דְּאָמַר בְּמַסֶּכֶת מַכּוֹת (דַּף יא.) סֵפֶר תּוֹרָה שֶׁתְּפָרוֹ בְּפִשְׁתָּן פְּסוּלָה:
Car il y a un avis, au traité Makot (11a), selon lequel un sefer Torah que l'on a cousu avec du lin est invalide.
וְנִקְרֵאת אִגֶּרֶת לוֹמַר שֶׁאֵינָהּ חֲמוּרָה כְּסֵפֶר:
Pour dire qu'elle n'est pas aussi rigoureuse qu'un livre.
שֶׁיְּהוּ מְשֻׁולָּשִׁין שֶׁיְּהֵא מֵרֹאשׁ הַתֶּפֶר עַד מְקוֹם תְּפִירַת הַגִּיד כִּמְמֻנּוֹ וְעַד הַגִּיד הַשֵּׁנִי וּמִן הַשֵּׁנִי לַשְּׁלִישִׁי כְּמַשְׁלִישֵׁי לְסוֹף הַתֶּפֶר:
Que la distance du haut de la couture jusqu'au premier point de tendon soit égale à celle qui va de ce point au deuxième tendon, du deuxième au troisième, et du troisième jusqu'au bas de la couture.
🗂️ Tossefot (1)
וּבִלְבַד שֶׁיְּהוּ מְשֻׁולָּשִׁין נִרְאֶה כְּמוֹ שפרש"י שֶׁיִּהְיֶה מֵרֹאשׁ הַתֶּפֶר עַד הַגִּיד כְּמַגִּיד לְגִיד חֲבֵירוֹ בֵּין מִלְמַעְלָה בֵּין מִלְּמַטָּה וְהָכִי נָמֵי מַשְׁמַע בְּמַכּוֹת (דַּף ט: וְשָׁם) גַּבֵּי עָרֵי מִקְלָט דְּקָאָמַר וּשְׁלֹשֶׁת שֶׁיְּהוּ מְשֻׁולָּשִׁין מִדָּרוֹם לְחֶבְרוֹן כְּמֵחֶבְרוֹן לִשְׁכֶם וּמִשְּׁכֶם לְקֶדֶשׁ כְּמִקֶּדֶשׁ לַצָּפוֹן שְׁמַע מִינָּה דִּמְשֻׁולָּשִׁין מַשְׁמַע הָכִי וְלֹא כְּמוֹ שֶׁמְּפָרְשִׁים שֶׁיָּשִׂים הַגִּיד בְּרֹאשׁ הַדַּף וּבְאֶמְצָעִיתוֹ וּבְסוֹפוֹ:
Il paraît bien, comme l'explique Rachi, que la distance du haut de la couture jusqu'au tendon soit égale à celle qui sépare un tendon de l'autre, en haut comme en bas. C'est aussi ce qui ressort de Makot (9b) à propos des villes de refuge, où l'on dit : « et tu diviseras en trois » — qu'elles soient réparties en trois, de sorte que la distance du sud à Hevron soit comme celle de Hevron à Chekhem, et celle de Chekhem à Kadech comme celle de Kadech au nord. On en déduit que « répartis en trois » a bien ce sens, et non comme certains l'expliquent : que l'on place le tendon en haut du feuillet, en son milieu et à sa fin.
💡 Explication

La meguila porte dans le livre d'Esther deux noms, sefer (livre) et iguéret (lettre). Rav tire de chacun une conséquence matérielle opposée : du nom de livre, la rigueur du sefer Torah, qui exclut la couture au fil de lin ; du nom de lettre, l'allègement qui dispense d'une couture continue.

Rav Nahman précise la forme de cet allègement : les trois points de tendon doivent être méchoulachin, répartis à intervalles égaux. Rachi et les Tossefot lisent ce mot comme quatre intervalles égaux le long de la couture, et non comme trois positions fixes sur le feuillet.

🖼️ Schéma
Les trois fils de tendon répartis en trois Lecture de Rachi et des Tossefot : quatre intervalles égaux intervalle 1 intervalle 2 intervalle 3 intervalle 4 Nom de "livre" Cousue au fil de lin : invalide, comme un sefer Torah. Nom de "lettre" Trois points de tendon suffisent : pas de couture continue. Les Tossefot écartent l'autre lecture : un tendon en haut, un au milieu, un à la fin du feuillet.
Le double nom de la meguila produit une rigueur et un allègement sur le même objet : la couture.
21
אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר שְׁמוּאֵל: הַקּוֹרֵא בִּמְגִילָּה הַכְּתוּבָה בֵּין הַכְּתוּבִים — לֹא יָצָא. אָמַר רָבָא: לָא אֲמַרַן אֶלָּא דְּלָא מְחַסְּרָא וּמְיַיתְּרָא פֻּורְתָּא, אֲבָל מְחַסְּרָא וּמְיַיתְּרָא פֻּורְתָּא — לֵית לַן בַּהּ.

Rav Yehouda a dit au nom de Chemouel : celui qui lit dans une meguila écrite au milieu des Ketouvim (les Hagiographes) n'est pas quitte. Rava a dit : nous n'avons dit cela que lorsqu'elle n'est ni un peu plus courte ni un peu plus longue que les autres ; mais si elle est un peu plus courte ou un peu plus longue, cela ne nous fait pas difficulté.

📜 Rachi (3)
הַכְּתוּבָה בֵּין הַכְּתוּבִים סְפָרִים שֶׁהָיוּ בִּימֵי הַחֲכָמִים כֻּולָּן בְּגִלָּיוֹן כְּסֵפֶר תּוֹרָה שֶׁלָּנוּ:
Les livres qui existaient au temps des sages étaient tous en rouleau, comme notre sefer Torah.
לֹא יָצָא דְּבָעֵינַן אִגֶּרֶת לְעַצְמָהּ דְּמִיפַּרְסַם נִיסָּא טְפֵי דְּכִי קוֹרְאָה בֵּין הַכְּתוּבִים נִרְאֶה כְּקוֹרֵא בַּמִּקְרָא:
Il n'est pas quitte, car il faut une lettre à part, afin que le miracle soit davantage publié ; lorsqu'il la lit au milieu des Hagiographes, il a l'air de lire simplement dans l'Écriture.
אִי מִחַסְּרָא אוֹ מְיַיתְּרָא אֲרֻוכָּה מִשְּׁאָר הַקְּלָפִים לְמַעְלָה אוֹ לְמַטָּה אוֹ קְצָרָה מֵהֶן וְיֵשׁ לָהּ הֶיכֵּר לְעַצְמָהּ:
Plus longue que les autres parchemins, en haut ou en bas, ou plus courte qu'eux : elle possède alors un signe distinctif propre.
⚖️ Rosh (1)
גְּמָ' אָמַר רָבָא לֹא שָׁנוּ אֶלָּא שֶׁעָתִיד לַחְזֹור בְּלֵילֵי י"ד אֲבָל אֵינוֹ עָתִיד לַחֲזֹור בְּלֵיל י"ד קוֹרֵא עִמָּהֶם פרש"י דְּקָאֵי אַבֶּן כְּרַךְ שֶׁהָלַךְ לָעִיר דְּאִם אֵין עָתִיד לַחְזֹור בְּלֵילֵי י"ד אֶלָּא יִשָּׁאֵר בָּעִיר עַד אוֹר הַיּוֹם חָל עָלָיו חוֹבַת קְרִיאַת הַיּוֹם וַהֲרֵי הוּא כְּבֶן עִיר וְהוּא פָּרוּז יוֹם וה"ה בֶּן עִיר שֶׁהָלַךְ לִכְרַךְ וְאֵינוֹ עָתִיד לָצֵאת מִשָּׁם בְּלֵילֵי ט"ו שֶׁהוּא בִּכְרַךְ כְּשֶׁהֵאִיר הַיּוֹם הֲוָה לֵיהּ מֻוקָּף יוֹם וְקוֹרֵא בְּלֵיל ט"ו וּבְיוֹם ט"ו. וְאַפֵּי' יַחֲזֹור לְעִירוֹ יִקְרָא בְּיוֹם ט"ו בְּעִירוֹ אֲבָל אִם הוּא יוֹדֵעַ שֶׁעָתִיד לָצֵאת בְּלֵיל ט"ו קוֹרֵא בי"ד כְּדִין בְּנֵי עִירוֹ. וְלֹא רָצָה לְפָרֵשׁ מִלְּתֵיהּ דְּרָבָא גַּם אַבֶּן עִיר שֶׁהָלַךְ לִכְרַךְ דְּלָא מִסְתַּבֵּר לְמֵימַר שֶׁאִם יֶשְׁנוֹ בַּכְּרַךְ בְּיוֹם י"ד שֶׁחָלָה עָלָיו חוֹבַת קְרִיאַת מֻוקָּפִין וְיִשָּׁאֵר שָׁם יוֹם ט"ו וְיִקְרָאָהּ עִמָּהֶם אוֹ אַף אִם יַחְזֹור לְעִירוֹ יִקְרָא בַּחֲמִשָּׁה עָשָׂר כֵּיוָן דַּעֲדַיִין לֹא הִגִּיעַ זְמַן קְרִיאַת מֻוקָּפִין לָמָּה תָּחוּל עָלָיו חוֹבַת קְרִיאָתָן זֶהוּ סְבָרַת רַשִׁ"י מִיהוּ לִישָּׁנָא דְּהַשַּׁ"ס מַשְׁמַע דְּרָבָא קָאֵי אַכֻּולָּהּ מַתְנֵי' וְכֵן מוּכָח בִּירוּשַׁלְמִי וְיֵשׁ לְיַישֵּׁב דִּבְרֵי רָבָא אַכֻּולָּהּ מַתְנֵי' וּכְמוֹ שֶׁמּוֹעִיל לְבֶן כְּרַךְ לִהְיוֹת כְּבֶן עִיר כְּשֶׁעָמַד שָׁם לֵיל אַרְבָּעָה עָשָׂר וּמִקְצָת הַיּוֹם שֶׁהוּא זְמַן קְרִיאָתָהּ שֶׁל בְּנֵי הָעִיר וְחָלָה עָלָיו חוֹבַת קְרִיאָתָן כְּמוֹ כֵן מוֹעִיל לְבֶן עִיר שֶׁהָלַךְ לִכְרַךְ וְעָמַד שָׁם עַד מִקְצָת יוֹם י"ד כֵּיוָן שֶׁבִּזְמַן חִיּוּב קְרִיאַת בְּנֵי מְקוֹמוֹ אֵינוֹ עִמָּהֶם נִסְתַּלֵּק מֵעָלָיו חוֹבַת קְרִיאַת אַנְשֵׁי מְקוֹמוֹ וְנִכְלָל עִם בְּנֵי הַכֶּרֶךְ לְהִתְחַיֵּיב בִּזְמַן קְרִיאָתָן וְקָרֵינַן בֵּיהּ מֻוקָּף בֶּן יוֹמוֹ כֵּיוָן שֶׁהוּא בִּכְרַךְ בִּזְמַן קְרִיאַת בְּנֵי עִירוֹ וְנִסְתַּלֵּק מֵעָלָיו חוֹבַת מְקוֹמוֹ הַקּוֹרְאִים בְּיוֹם י"ד וְקָרֵינַן בֵּיהּ מֻוקָּף בֶּן יוֹמוֹ וְאַף אִם יַחְזֹור לְעִירוֹ יִקְרָא בְּיוֹם ט"ו. הָרַב אִלְפָּס כָּתַב וְלֹא שָׁנוּ אֶלָּא שֶׁעָתִיד לַחְזֹור בְּלֵילֵי אַרְבָּעָה עָשָׂר וְנִתְעַכֵּב וְלֹא חָזַר וְאַשְׁמוֹעִינַן שֶׁהַדָּבָר תָּלוּי בְּכַווָּנָתוֹ בְּשָׁעָה שֶׁיָּצָא מִבֵּיתוֹ אִם הָיָה בְּדַעְתּוֹ לִהְיוֹת לֵילֵי י"ד בְּבֵיתוֹ הֲרֵי הוּא כִּמְקוֹמוֹ אַף אִם נִתְעַכֵּב שָׁמָּה אֲבָל אִם אֵינוֹ עָתִיד לַחְזֹור בְּלֵילֵי אַרְבָּעָה עָשָׂר קוֹרֵא עִמָּהֶם דִּכְתִיב עַל כֵּן הַיְּהוּדִים הַפְּרָזִים הַיֹּושְׁבִים בְּעָרֵי הַפְּרָזוֹת מִדִּכְתִיב הַיְּהוּדִים הַפְּרָזִים ל"ל לְמִכְתַּב בְּעָרֵי הַפְּרָזוֹת הָא קמ"ל דְּפָרוּז בֶּן יוֹמוֹ נִקְרָא פָּרוּז וּמִדְּפָרוּז בֶּן יוֹמָא נִקְרָא פָּרוּז מֻוקָּף בֶּן יוֹמָא נִקְרָא נָמֵי מֻוקָּף:
Guemara : « Rava a dit : on n'a enseigné cela que lorsqu'il doit revenir dans la nuit du quatorze ; mais s'il ne doit pas revenir dans la nuit du quatorze, il lit avec eux. » Rachi a expliqué que cela se rapporte à l'habitant d'un kérakh venu dans une ir : s'il ne doit pas revenir dans la nuit du quatorze mais demeurera dans la ville jusqu'au lever du jour, l'obligation de la lecture du jour lui incombe, il est comme un habitant de la ville, et il est perouz du jour. Il en va de même pour l'habitant d'une ir venu dans un kérakh et qui ne doit pas en repartir dans la nuit du quinze : se trouvant dans le kérakh quand le jour se lève, il est moukaf du jour et lit la nuit du quinze et le jour du quinze ; et même s'il retourne dans sa ville, il lira le jour du quinze dans sa ville. Mais s'il sait qu'il doit repartir dans la nuit du quinze, il lit le quatorze, selon la règle des gens de sa ville. Rachi n'a pas voulu appliquer la parole de Rava également à l'habitant d'une ir venu dans un kérakh, car il n'est pas raisonnable de dire que, s'il se trouve dans le kérakh le jour du quatorze — jour où l'obligation de lecture des moukafim ne lui incombe pas encore — et qu'il y reste le quinze, il lirait avec eux, ni que, même s'il rentrait dans sa ville, il lirait le quinze : puisque le temps de la lecture des moukafim n'est pas encore venu, pourquoi l'obligation de leur lecture lui incomberait-elle ? Telle est la position de Rachi. Toutefois la formulation du Talmud indique que Rava se rapporte à toute la michna, et c'est aussi ce qui ressort du Yerouchalmi. On peut donc soutenir les paroles de Rava pour toute la michna : de même qu'il sert à l'habitant d'un kérakh d'être traité comme un habitant de la ville lorsqu'il s'y est tenu la nuit du quatorze et une partie du jour, qui est le temps de la lecture des gens de la ville, et que l'obligation de leur lecture lui est ainsi échue, de même il sert à l'habitant d'une ir venu dans un kérakh d'y être demeuré jusqu'à une partie du jour du quatorze : puisqu'au temps de l'obligation de lecture des gens de son lieu il n'était pas avec eux, l'obligation de la lecture des gens de son lieu s'est retirée de lui, et il est inclus avec les gens du kérakh pour être tenu au temps de leur lecture ; on lui applique le nom de moukaf d'un jour, puisqu'il se trouve dans le kérakh au temps de la lecture des gens de sa ville et que l'obligation de son lieu s'est retirée de lui ; et même s'il retourne dans sa ville, il lira le jour du quinze. Le Rav Alfassi a écrit : « on n'a enseigné cela que lorsqu'il devait revenir dans la nuit du quatorze et qu'il s'est attardé sans revenir » ; il nous apprend ainsi que la chose dépend de son intention au moment où il a quitté sa maison : s'il avait l'intention de se trouver chez lui la nuit du quatorze, il est comme en son lieu, même s'il s'est attardé là-bas ; mais s'il ne devait pas revenir dans la nuit du quatorze, il lit avec eux, car il est écrit « c'est pourquoi les Juifs des campagnes, qui habitent dans les villes ouvertes » : puisqu'il est écrit « les Juifs des campagnes », pourquoi écrire « dans les villes ouvertes » ? C'est pour nous apprendre que celui qui est en lieu ouvert pour un jour est appelé perouz ; et puisque celui qui est perouz d'un jour est appelé perouz, celui qui est moukaf d'un jour est appelé lui aussi moukaf.
💡 Explication

Chemouel exige que la meguila soit lue depuis un rouleau reconnaissable comme tel. Copiée parmi les autres Hagiographes, elle se confond avec eux et la lecture ressemble à une lecture ordinaire de l'Écriture ; la pirsoumei nissa, la publication du miracle, en souffre.

Rava allège : il suffit d'un signe visible. Un feuillet un peu plus long ou un peu plus court que ses voisins suffit à distinguer la meguila, et la lecture est alors valable.

🖼️ Schéma
Une meguila copiée parmi les Hagiographes feuillets de même taille : non quitte meguila un feuillet plus long ou plus court : quitte Motif : la publication du miracle demande que l'on voie que l'on lit une lettre à part.
Le critère de Rava est visuel : un écart de hauteur suffit à donner à la meguila un signe distinctif.
22
לֵוִי בַּר שְׁמוּאֵל הֲוָה קָא קָרֵי קַמֵּיהּ דְּרַב יְהוּדָה בִּמְגִילָּה

Levi bar Chemouel lisait devant Rav Yehouda dans une meguila

💡 Explication

Le folio s'interrompt au milieu d'un récit qui sera achevé au folio suivant : Levi bar Chemouel lisait devant Rav Yehouda dans un rouleau qui appelait une remarque sur sa validité.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).