Megillah 19b — La meguila écrite parmi les Ketouvim, quatre enseignements de Rabbi Yohanan, et l'aptitude du sourd-muet à lire pour autrui

Megillah 19b

Sougya : Le folio ouvre sur la fin de l'affaire de Levi bar Chemouel : lire dans une meguila copiée parmi les autres Ketouvim ne laisse pas quitte. Rabbi Hiya bar Abba rapporte la même règle au nom de Rabbi Yo'hanan, aussitôt rabattue — elle ne vaut que pour la lecture publique.

Trois autres enseignements de la même chaîne suivent : l'espace laissé libre dans la couture des feuilles, la caverne de Moché et d'Élie, et ce que le Saint béni soit-Il montra à Moché au Sinaï, jusqu'à la lecture de la meguila elle-même. La michna énonce ensuite qui est apte à lire : tous, hormis le sourd-muet, l'insensé et le mineur, Rabbi Yehuda tenant le mineur pour apte.

La guemara cherche alors l'auteur de la michna. Rav Matna l'attribue à Rabbi Yossi, qui invalide même à posteriori celui qui n'a pas fait entendre à son oreille ; une longue série d'objections tente de l'attribuer plutôt à Rabbi Yehuda, puis deux baraitot — le sourd qui prélève la terouma et celui qui récite la birkat ha-mazon en son cœur — bloquent les deux lectures à la fois.

Le folio s'achève sur cette impasse, que le folio suivant dénouera.

Le plan du folio : de la meguila copiée parmi les Ketouvim à l'aptitude du sourd-muet À. La meguila parmi les Ketouvim (seg. 0-1) Rav Yehuda arrête Levi bar Chemouel : lire dans un rouleau où Esther est copiée avec les autres Ketouvim ne laisse pas quitte. Rabbi Yo'hanan dit de même, puis la règle est restreinte à la lecture publique. B. Trois enseignements de la même chaîne (seg. 2-4) L'espace laissé dans la couture des feuilles : une mesure de prudence, non une loi du Sinaï. La caverne de Moché et d'Élie. Puis les minuties montrées à Moché : la lecture de la meguila en fait partie. C. La michna et son auteur (seg. 5-12) Tous sont aptes, hormis le sourd-muet, l'insensé et le mineur ; Rabbi Yehuda tient le mineur pour apte. Rav Matna : la michna est de Rabbi Yossi, qui invalide même après coup. Quatre tentatives pour lui opposer Rabbi Yehuda échouent l'une après l'autre. D.ieu. Les deux baraitot qui bloquent (seg. 13-14) Le sourd qui parle prélève la terouma même à priori : trop indulgent pour Rabbi Yehuda comme pour Rabbi Yossi. La birkat ha-mazon dite en son cœur : interdite à priori, valable après coup — position d'aucun des deux. Le folio se ferme sur cette impasse.
Les quatre mouvements du folio : la meguila copiée parmi les Ketouvim, trois enseignements de Rabbi Hiya bar Abba, la recherche de l'auteur de la michna, et les deux baraitot qui bloquent les deux attributions.
Qui peut lire la meguila pour acquitter l'assemblée ? La michna pose une règle large, puis trois exclusions ; Rabbi Yehuda en retire une. Tous sont aptes à lire Adulte entendant Kacher, à priori. Il lit pour lui-même et pour les autres. Héresh : sourd-muet Ici, il parle et lit, mais n'entend pas sa propre voix. Passoul. Chotèh : insensé Aucune obligation, aucune intention. Passoul même après coup. Katan : mineur Premier tana : passoul. Rabbi Yehuda : kacher (voir ci-dessous). Pourquoi le sourd-muet est écarté La lecture doit être entendue par celui qui lit : c'est la hachmaat ozen, le fait de faire entendre à son oreille. Les deux sortes de mineur (seg. 11) Avant l'âge du hinoukh : passoul pour tous. Après le hinoukh : Rabbi Yehuda le déclare apte, même à priori.
L'arbre de la michna : la règle large, les trois exclusions et leur raison, puis le partage entre les deux sortes de mineur proposé par la guemara.
Faire entendre à son oreille : deux avis, trois textes, une impasse Chaque texte est testé contre les deux avis. Une case rouge signale une contradiction. Rabbi Yehuda : quitte après coup Rabbi Yossi : non quitte, même après coup 1. Notre michna Le sourd-muet est écarté, comme l'insensé et le mineur. Il faudrait lire : à priori non, après coup oui. Force. Lecture naturelle : les trois cas sont invalides après coup. 2. Le sourd qui prélève Il parle sans entendre et prélève la terouma à priori. Trop indulgent : Rabbi Yehuda n'admet qu'après coup. Impossible : Rabbi Yossi invalide même après coup. 3. La birkat ha-mazon Qu'on ne la dise pas en son cœur ; s'il l'a fait, il est quitte. Si Rabbi Yehuda permet à priori, l'interdit initial est de trop. Pour Rabbi Yossi, il resterait non quitte même après coup.
La carte de la mahloket : une fois Rabbi Yehuda tiré vers le à priori pour sauver la baraita de la terouma, la baraita de la birkat ha-mazon ne trouve plus d'auteur. Le folio s'arrête sur ce blocage.
1
הַכְּתוּבָה בֵּין הַכְּתוּבִים. אֲמַר לֵיהּ: הֲרֵי אָמְרוּ, הַקּוֹרֵא בִּמְגִילָּה הַכְּתוּבָה בֵּין הַכְּתוּבִים — לֹא יָצָא.

« ... [une meguila] écrite parmi les Ketouvim. » Il lui dit : ils ont pourtant dit — celui qui lit dans une meguila écrite parmi les Ketouvim n'est pas quitte.

💡 Explication

Le segment achevé un récit commencé au folio précédent : Levi bar Chemouel lisait devant Rav Yehuda dans un rouleau où le livre d'Esther était copié avec les autres Ketouvim (Hagiographes), et Rav Yehuda l'arrête.

La raison tient à la nature de la lecture : la meguila doit se donner comme un livre à part, une iguéreth (lettre) envoyée à Israël. Noyée dans un volume qui contient aussi Tehilim et les autres Ketouvim, elle se lit comme un passage ordinaire de l'Écriture. Rava, au folio précédent, avait déjà posé la limite : si les feuilles d'Esther sont un peu plus courtes ou plus longues que les autres, elle se distingue et la lecture vaut.

2
אָמַר רַבִּי חִייָּא בַּר אַבָּא אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: הַקּוֹרֵא בִּמְגִילָּה הַכְּתוּבָה בֵּין הַכְּתוּבִים — לֹא יָצָא. וּמָחוּ לָהּ אַמּוֹחָא: בְּצִבּוּר שָׁנוּ.

Rabbi Hiya bar Abba a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : celui qui lit dans une meguila écrite parmi les Ketouvim n'est pas quitte. Et ils l'ont frappée sur le sommet du crâne : c'est du public qu'ils ont parlé.

📜 Rachi (1)
וּמָחוּ לָהּ אַמּוֹחָא לְאַחַר שֶׁאָמַר שְׁמוּעָה זוֹ הִכָּה עַל קָדְקֹדָהּ כְּלוֹמַר סָתַר מִקְצָתָהּ וְאָמַר לֹא אָמְרוּ אֶלָּא בְּצִבּוּר:
Après avoir énoncé cet enseignement, il a frappé sur son sommet, c'est-à-dire qu'il en a démoli une partie et a dit : ils ne l'ont dit qu'à propos du public.
⚖️ Rosh (1)
וְאָמַר ר"י בֶּן לֵוִי חַייָּב אָדָם לִקְרוֹת אֶת הַמְּגִילָּה בַּלַּיְלָה וְלִשְׁנוֹתָהּ בַּיּוֹם שֶׁנֶּאֱמַר (תְּהִילִּים כ״ב:ג׳) אֱ-לֹהַי אֶקְרָא יוֹמָם וְלֹא תַעֲנֶה וְלַיְלָה וְלֹא דוּמִיָּה לִי. הָיָה אוֹמֵר רַבֵּינוּ תָּם זַ"ל אַף עַל פִּי שֶׁבֵּירֵךְ זְמַן בַּלַּיְלָה חוֹזֵר וּמְבָרֵךְ זְמַן אַף בַּיּוֹם דְּעִיקַּר קְרִיאָתָהּ הָוֵי בַּיּוֹם יוֹתֵר מִבְּלִילָה דְּהָכִי מַשְׁמַע לִישָּׁנָא דִּקְרָא אֶקְרָא יוֹמָם אע"פ שֶׁלַּיְלָה לֹא דּוּמִיָּה לִי וְקָרָאתִי בַּלַּיְלָה בַּיּוֹם תְּהֵא עִיקַּר הַקְּרִיאָה וְגַם עִיקַּר פִּרְסוּמֵי נִיסָּא הוּא בַּיּוֹם בִּזְמַן מִשְׁתֶּה וְשִׂמְחָה וּמַתָּנוֹת לָאֶבְיוֹנִים וּמִשְׁלוֹחַ מָנוֹת וּתְנַן לְקַמָּן (מְגִילָּה דַּף כ:) כָּל הַיּוֹם כָּשֵׁר לִקְרוֹת אֶת הַמְּגִילָּה קָתָנֵי וְכָל הַלַּיְלָה כָּשֵׁר לִקְרִיאַת מְגִילָּה לָא קָתָנֵי לְפִי שֶׁאֵינָהּ עִיקַּר קְרִיאָה בַּלַּיְלָה וְקָתָנֵי נָמֵי (לְקַמָּן מְגִילָּה דַּף כ.) אֵין קוֹרְאִין אֶת הַמְּגִילָּה וְלֹא מוֹהֲלִין וְלֹא טוֹבְלִין אֶלָּא בַּיּוֹם וּמְפָרֵשׁ בגמ' מִנָּלַן דִּכְתִיב וְהַיָּמִים הָאֵלֶּה בַּיּוֹם אִין בַּלַּיְלָה לָא לֵימָא תֶּיהְוֵי תְּיוּבְתָּא דְּר' יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי וְכוּ' וּמְשַׁנֵּי כִּי קָתָנֵי אַדְּיוֹם וּמִיהוּ מִדְּקָתָנֵי מִקְרָא מְגִילָּה בַּהֲדַייְהוּ שְׁמַע מִינָּה דְּעִיקַּר מִקְרָא מְגִילָּה הָוֵי בִּימָמָא וְעוֹד מִדְּאָמְרִינַן לְקַמָּן (מְגִילָּה דַּף כא:) מַאי מְבָרֵךְ מנ"ח וְלָא קָאָמַר בַּלַּיְלָה מְבָרֵךְ מנ"ח וּבַיּוֹם מ"נ כִּדְקָאָמַר גַּבֵּי נֵר חֲנֻוכָּה יוֹמָא קַמָּא מְבָרֵךְ ננ"ח וְכוּ' אַלְמָא מַשְׁמַע דמנ"ח מְבָרֵךְ בַּיּוֹם וּבַלַּיְלָה וְעוֹד שֶׁבְּנֵי הַכְּפָרִים שֶׁהָיוּ מַקְדִּימִין לְיוֹם הַכְּנִיסָה מִסְּתָמָא בַּיּוֹם הָיוּ בָּאִים לִשְׁמֹועַ אֶת הַמְּגִילָּה כְּשֶׁבָּאִין לִשְׁמֹועַ קְרִיאַת הַתּוֹרָה אַלְמָא שֶׁעִיקַּר קְרִיאָתָהּ בַּיּוֹם ואע"ג דַּהֲוָה סָלְקָא דַּעְתָּא לְמִיתְנְייֵהּ מַתְנִיתִין דִּידֵיהּ בִּימָמָא מ"מ לָא מִיתּוֹקַם הָכִי: אָמַר רַב מְגִילָּה בִּזְמַנָּהּ קוֹרִין אוֹתָהּ בְּיָחִיד שֶׁלֹּא בִּזְמַנָּהּ (אֵין) קוֹרִין אוֹתָהּ (אֶלָּא). בַּעֲשָׂרָה פרש"י שֶׁלֹּא בִּזְמַנָּהּ כְּגוֹן בְּנֵי הַכְּפָרִים שֶׁמַּקְדִּימִין לְיוֹם הַכְּנִיסָה ואע"ג דְּבִימֵי רַב לֵיכָּא לְהַךְ הַקְדָּמָה דְּאֵין קוֹרִין אוֹתָהּ אֶלָּא בִּזְמַנָּהּ פְּלֻוגְתָּא דִּזְמַנָּהּ אַשְׁמוֹעִינַן דְּבִזְמַנָּהּ קוֹרִין אוֹתָהּ בְּיָחִיד וְרַב אַסִּי אָמַר בֵּין בִּזְמַנָּהּ וּבֵין שֶׁלֹּא בִּזְמַנָּהּ (אֵין) קוֹרִין אוֹתָהּ (אֶלָּא) בַּעֲשָׂרָה וְיֵשׁ מְפָרְשִׁים שֶׁלֹּא בִּזְמַנָּהּ כְּגוֹן שֶׁחָל אַרְבָּעָה עָשָׂר לִהְיוֹת בְּשַׁבָּת לִבְנֵי עֲיָירוֹת וט"ו לִבְנֵי כְּרַכִּין שֶׁמַּקְדִּימִין וְקוֹרִין בע"ש לִבְנֵי כְּרַכִּין הֲוָה עוּבְדָא וְחָשׁ לָהּ רַב %לְהָא דְּרַב אַסִּי ואע"ג דְּחָשׁ לֵיהּ רַב לִדְרַב אַסִּי קי"ל כְּרַב דְּהָא ר' יוֹחָנָן קָאֵי כְּוָותֵיהּ דְּאָמַר רַבִּי חִייָּא בַּר אַבָּא א"ר יוֹחָנָן (לְקַמָּן מְגִילָּה דַּף יט:) הַקּוֹרֵא בִּמְגִילָּה הַכְּתוּבָה בֵּין הַכְּתוּבִים לֹא יָצָא וְלָא אֲמָרָן אֶלָּא בְּצִבּוּר מִכְּלָל דִּבְיָחִיד יָצָא וְשָׁמְעִינַן מֵהָא דְּקוֹרִין אוֹתָהּ בְּיָחִיד כְּרַב דְּאָמַר בִּזְמַנָּהּ קוֹרִין אוֹתָהּ בְּיָחִיד וְכֵן פָּסַק רַבֵּינוּ תָּם וּבְסֵדֶר רַב עַמְרָם פָּסַק כְּרַב אַסִּי מִדְּחַשׁ לֵיהּ רַב לִדְרַב אַסִּי וְכֵן מִסְתַּבֵּר וְהָא דְּר' יוֹחָנָן אֵינָהּ רְאָיָה דְּאַף לְרַב אַסִּי קְרִיאָה בְּיָחִיד כִּדְפֵי' רַשִׁ"י דְּמִצְוָה לַחֲזֹור אַחַר עֲשָׂרָה וְאִם לֹא מָצָא עֲשָׂרָה אֵינוֹ פָּטוּר מִקְּרִיאָה אֶלָּא קוֹרֵא בְּיָחִיד:
« Et Rabbi Yehochoua ben Levi a dit : on est tenu de lire la meguila la nuit et de la redire le jour, ainsi qu'il est dit (Tehilim 22,3) : mon D.ieu, j'appelle le jour et Tu ne réponds pas, et la nuit, et point de répit pour moi. » Rabbenou Tam, de mémoire bénie, disait : bien que l'on ait récité la bénédiction che-héhiyanou la nuit, on la récite de nouveau le jour, car la lecture principale est celle du jour plus que celle de la nuit. Telle est la portée du verset : « j'appelle le jour » — même si « la nuit il n'y a point de répit pour moi » et que j'aie lu la nuit, c'est le jour que se tiendra la lecture principale. De plus, la publication du miracle (pirsoumei nissa) a lieu surtout le jour, au moment du festin, de la joie, des dons aux pauvres et de l'envoi de portions. Nous avons appris plus loin (Meguila 20b) : « toute la journée est apte à la lecture de la meguila » ; il n'est pas enseigné « toute la nuit est apte à la lecture de la meguila », parce que la lecture de la nuit n'est pas la lecture principale. Il est enseigné aussi (Meguila 20a) : « on ne lit la meguila, on ne circoncit et on n'immerge que le jour », et la guemara explique : d'où cela ? Car il est écrit « et ces jours-là » — le jour oui, la nuit non. [La guemara demande :] cela ne réfute-t-il pas Rabbi Yehochoua ben Levi ? Et elle répond : ce qui est enseigné porte sur le jour. Du fait même que la lecture de la meguila figure dans cette liste, on apprend que sa lecture principale a lieu le jour. En outre, nous disons plus loin (Meguila 21b) : quelles bénédictions récite-t-on ? Mem-noun-het [sur la lecture de la meguila, che-assa nissim, che-héhiyanou], et il n'est pas dit « la nuit on récite mem-noun-het et le jour mem-noun », comme il est dit à propos de la lampe de 'Hanouka : « le premier jour on récite noun-noun-het », etc. Il en ressort que l'on récite mem-noun-het le jour comme la nuit. De plus, les gens des villages, qui avançaient leur lecture au jour de rassemblement, venaient vraisemblablement entendre la meguila le jour, lorsqu'ils venaient entendre la lecture de la Torah : preuve que sa lecture principale a lieu le jour. Et bien que l'on eût pu penser enseigner sa michna à propos du jour, cela ne tient pas. « Rav a dit : la meguila, en son temps, on la lit même seul ; hors de son temps, on ne la lit qu'à dix. » Rachi explique « hors de son temps » : par exemple les gens des villages qui avancent au jour de rassemblement ; et bien qu'à l'époque de Rav cette anticipation n'eût plus cours, puisqu'on ne lisait qu'en son temps, il nous enseigne la différence des temps, à savoir qu'en son temps on la lit seul. Rav Assi dit : en son temps comme hors de son temps, on ne la lit qu'à dix. Certains expliquent « hors de son temps » autrement : par exemple lorsque le quatorze tombe un chabbat pour les gens des villes, et le quinze pour les gens des villes fortifiées, de sorte qu'on avance et qu'on lit le vendredi. Pour les gens des villes fortifiées il y eut un cas, et Rav prit garde à l'avis de Rav Assi. Et bien que Rav ait pris garde à l'avis de Rav Assi, nous tranchons comme Rav, car Rabbi Yo'hanan soutient comme lui : Rabbi Hiya bar Abba a dit au nom de Rabbi Yo'hanan (ici, Meguila 19b) que celui qui lit dans une meguila écrite parmi les Ketouvim n'est pas quitte, et nous ne l'avons dit qu'en public — d'où il ressort que seul, il est quitte ; nous apprenons de là qu'on la lit seul, comme Rav qui dit qu'en son temps on la lit seul. Ainsi a tranché Rabbenou Tam. Dans le Seder de Rav Amram, il a été tranché comme Rav Assi, puisque Rav prit garde à l'avis de Rav Assi, et cela se comprend. Quant à l'enseignement de Rabbi Yo'hanan, il ne fait pas preuve, car même pour Rav Assi il existe une lecture en solitaire, comme l'explique Rachi : c'est une mitsva de rechercher dix hommes, mais s'il n'en a pas trouvé dix, il n'est pas dispensé de la lecture et lit seul.
💡 Explication

Ve-mahou la a-moha est une formule de l'école : après avoir transmis un enseignement, on le « frappe sur la tête », c'est-à-dire qu'on en rabat aussitôt la portée. Ici, la règle tombe de moitié : elle ne concerne que la lecture faite be-tsibbour (en public), là où la solennité exige un rouleau distinct.

Le Roch tire de cette restriction une conséquence de poids : puisque la règle ne vaut qu'en public, c'est qu'un particulier, lisant seul, est quitte. Il en déduit que la meguila se lit valablement seul, comme le soutient Rav, contre Rav Assi qui exige dix hommes.

3
וְאָמַר רַבִּי חִייָּא בַּר אַבָּא אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: שִׁיּוּר הַתֶּפֶר — הֲלָכָה לְמֹשֶׁה מִסִּינַי. וּמָחוּ לָהּ אַמּוֹחָא: וְלֹא אָמְרוּ אֶלָּא כְּדֵי שֶׁלֹּא יִקָּרַע.

Et Rabbi Hiya bar Abba a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : le chiyour ha-téfer (l'espace laissé libre dans la couture) est une halakha de Moché reçue au Sinaï. Et ils l'ont frappée sur le sommet du crâne : ils ne l'ont dit qu'afin que [le rouleau] ne se déchire pas.

📜 Rachi (3)
שִׁיּוּר הַתֶּפֶר כְּשֶׁתּוֹפְרִין יְרִיעוֹת שֶׁל סֵפֶר תּוֹרָה לְחַבְּרָן יַחַד מְשַׁיְּירִין בַּתֶּפֶר לְמַעְלָה וּלְמַטָּה:
Quand on coud ensemble les feuilles d'un sefer Torah pour les réunir, on laisse en haut et en bas un espace non cousu.
וּמָחוּ לָהּ אַמּוֹחָא לְאַחַר שֶׁאָמְרָה הִכָּה עַל מוֹחָה כְּלוֹמַר חָזַר וְסָתַר וְאָמַר לָאו הֲלָכָה לְמֹשֶׁה מִסִּינַי הוּא אֶלָּא חֲכָמִים אָמְרוּ:
Après l'avoir énoncé, il a frappé sur sa cervelle, c'est-à-dire qu'il est revenu en arrière et a démoli en disant : cela ne relève pas d'une halakha de Moché au Sinaï, ce sont les Sages qui l'ont dit.
כְּדֵי שֶׁלֹּא יִקְרַע שֶׁאִם אֵינוֹ מְשַׁייֵּר מְהַדֵּק בַּחֲזָקָה כְּשֶׁהוּא מְהַדְּקוֹ לְסֵפֶר תּוֹרָה וְהוּא נִקְרָע אֲבָל עַכְשָׁיו כְּשֶׁהוּא מְהַדְּקוֹ בְּכֹחַ וּמַתְחִיל לְהַרְחִיב וְרוֹצֶה לְהִיקָּרֵעַ מוֹנֵעַ מִלְּהַדְּקוֹ יוֹתֵר:
Car s'il ne laisse pas d'espace, il serre fortement le rouleau en l'enroulant et le parchemin se déchire ; mais ainsi, lorsqu'il serre avec force et que [la couture] commence à s'écarter et menace de céder, il s'abstient de serrer davantage.
🗂️ Tossefot (1)
שִׁיּוּר הַתֶּפֶר הֲלָכָה לְמֹשֶׁה מִסִּינַי נִרְאֶה דְּאַף בִּמְגִילָּה וּבִשְׁאָר סְפָרִים בָּעֵינַן שִׁיּוּר הַתֶּפֶר כֵּיוָן דְּטַעְמָא הָוֵי כְּדֵי שֶׁלֹּא יִקָּרַע:
Il apparaît que pour la meguila aussi, et pour les autres livres, on exige de laisser un espace dans la couture, puisque la raison en est d'éviter la déchirure.
💡 Explication

Les feuilles de parchemin (yériot) d'un rouleau sont cousues bord à bord. Le chiyour ha-téfer consiste à laisser quelques points non cousus en haut et en bas de chaque couture.

La formule halakha le-Moche mi-Sinaï désigne une règle transmise oralement depuis le Sinaï, sans appui dans le texte écrit. La rabattre comme le fait ici la guemara change entièrement la nature de l'usage : il devient une précaution technique, et de ce fait il s'étend à tout rouleau cousu. C'est exactement le raisonnement de Tossefot.

🖼️ Schéma
Le chiyour ha-téfer : l'espace laissé libre en haut et en bas de la couture feuille A feuille B Haut : non cousu quelques points laissés libres Milieu : couture pleine fil de gid (tendon) Bas : non cousu l'écart prévient la déchirure Serré trop fort, le rouleau tire sur les extrémités ; l'espace libre s'ouvre et avertit avant que le parchemin ne cède.
Les deux feuilles cousues et les deux espaces laissés libres, en haut et en bas, selon l'explication de Rachi.
4
וְאָמַר רַבִּי חִייָּא בַּר אַבָּא אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: אִלְמָלֵי נִשְׁתַּייֵּר בִּמְעָרָה שֶׁעָמַד בָּהּ מֹשֶׁה וְאֵלִיָּהוּ כִּמְלֹא נֶקֶב מַחַט סִדְקִית, לֹא הָיוּ יְכוֹלִין לַעֲמֹוד מִפְּנֵי הָאוֹרָה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״כִּי לֹא יִרְאַנִי הָאָדָם וָחָי״.

Et Rabbi Hiya bar Abba a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : s'il était resté, dans la caverne où se tinrent Moché et Élie, un vide de la taille du chas d'une aiguille fine, ils n'auraient pas pu tenir devant la lumière, ainsi qu'il est dit : « car nul homme ne peut Me voir et vivre ».

📜 Rachi (3)
מְעָרָה שֶׁעָמַד בָּהּ מֹשֶׁה כְּשֶׁעָבַר הקב"ה לְפָנָיו שֶׁנֶּאֱמַר וְשַׂמְתִּיךָ בְּנִקְרַת הַצּוּר (שְׁמוֹת לג) וְאֵלִיָּהוּ אַף הוּא עָמַד בְּאוֹתָהּ מְעָרָה וְעָבַר הקב"ה לְפָנָיו שֶׁנֶּאֱמַר וַיָּבֹא שָׁם אֶל הַמְּעָרָה וְגוֹ' וַיֹּאמֶר צֵא וְעָמַדְתָּ בָהָר וְגוֹ' וְהִנֵּה ה' עֹובֵר וְגוֹ' (מְלָכִים א יט):
Lorsque le Saint béni soit-Il passa devant lui, selon le verset : « Je te placerai dans le creux du rocher » (Chemot 33). Élie aussi se tint dans cette même caverne, et le Saint béni soit-Il passa devant lui, selon les versets : « il vint là, à la caverne », etc., « sors et tiens-toi sur la montagne », etc., « et voici, ה' passait », etc. (Melakhim I 19).
מַחַט סִידְקִית שֶׁלָּנוּ שֶׁהִיא דַּקָּה וְתוֹפְרִין בָּהּ סִדְקֵי בְּגָדִים וְיֵשׁ מַחַט אַחֶרֶת גַּסָּה שֶׁנִּקְרֵאת מַחַט שֶׁל שֶׁקָּאיֶן:
La nôtre, qui est fine et avec laquelle on coud les fentes des vêtements. Il existe une autre aiguille, plus grosse, que l'on appelle l'aiguille des fabricants de sacs.
אִלְמָלֵי נִשְׁתַּיֵּיר בָּהּ נֶקֶב כְּפִי מַחַט כְּשֶׁעָבַר עֲלֵיהֶן הקב"ה כְּמוֹ שֶׁנֶּאֱמַר וְשַׂכֹּותִי כַפִּי עָלֶיךָ עַד עָבְרִי (שְׁמוֹת לג):
De la taille d'une aiguille, lorsque le Saint béni soit-Il passa au-dessus d'eux, comme il est dit : « Je te couvrirai de Ma main jusqu'à ce que Je sois passé » (Chemot 33).
💡 Explication

La chaîne de Rabbi Hiya bar Abba au nom de Rabbi Yo'hanan se poursuit, et passe de la halakha à l'aggada. Moché au creux du rocher (Chemot 33) et Élie à la caverne du Horev (Melakhim I 19) se tiennent au même endroit, protégé par la main divine.

L'enseignement mesure cette protection : un interstice large comme le chas de l'aiguille la plus fine aurait suffi à les faire périr. Rachi précise l'unité de mesure, la mahat sidkit, l'aiguille à repriser, par opposition à la grosse aiguille des fabricants de sacs.

5
וְאָמַר רַבִּי חִייָּא בַּר אַבָּא אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: מַאי דִכְתִיב: ״וַעֲלֵיהֶם כְּכָל הַדְּבָרִים אֲשֶׁר דִּבֶּר ה׳ עִמָּכֶם בָּהָר״ — מְלַמֵּד שֶׁהֶרְאָהוּ הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא לְמֹשֶׁה דִּקְדּוּקֵי תוֹרָה וְדִקְִדּוּקֵי סוֹפְרִים וּמַה שֶּׁהַסּוֹפְרִים עֲתִידִין לְחַדֵּשׁ, וּמַאי נִיהוּ? מִקְרָא מְגִילָּה.

Et Rabbi Hiya bar Abba a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : que signifie ce qui est écrit — « et sur elles, comme toutes les paroles que ה' vous a dites sur la montagne » ? Cela enseigne que le Saint béni soit-Il a montré à Moché les minuties de la Torah, les minuties des Sofrim (scribes), et ce que les Sofrim allaient innover à l'avenir.

Et qu'est-ce donc ? La lecture de la meguila.

📜 Rachi (2)
דִּקְדּוּקֵי תּוֹרָה רִיבּוּיִין אֵתִין וְגַמִּין מִיעוּטִין אָכֵין וְרַקִּין:
Les amplifications : les et et les gam ; les restrictions : les akh et les rak.
דִּקְִדּוּקֵי סוֹפְרִים שֶׁדִּקְדְּקוּ הָאַחֲרוֹנִים מִלְּשׁוֹן מִשְׁנַת הָרִאשׁוֹנִים:
Ce que les derniers ont déduit avec précision du langage de la michna des premiers.
💡 Explication

Le verset (Devarim 9,10) dit que sur les Tables était écrit « comme toutes les paroles » ; le mot ve-aleihem (et sur elles) est lu comme un surplus, qui englobe bien plus que le texte gravé.

Rachi détaille les deux termes techniques. Les dikdoukéi Torah sont les procédés d'exégèse attachés aux particules du texte : les mots qui amplifient (et, gam) et ceux qui restreignent (akh, rak). Les dikdoukéi sofrim sont les déductions tirées par les générations tardives du langage même de la michna ancienne.

La pointe est placée à la fin : l'innovation des Sages que Moché vit au Sinaï, c'est la lecture de la meguila. Le folio justifie ainsi son propre objet.

6
מַתְנִי׳ הַכֹּל כְּשֵׁרִין לִקְרוֹת אֶת הַמְּגִילָּה, חוּץ מֵחֵרֵשׁ שׁוֹטֶה וְקָטָן. רַבִּי יְהוּדָה מַכְשִׁיר בְּקָטָן.

Michna. Tous sont aptes à lire la meguila, hormis le sourd-muet ('herech), l'insensé (choteh) et le mineur (katan).

Rabbi Yehuda déclare le mineur apte.

🗂️ Tossefot (2)
חוּץ מֵחֵרֵשׁ סְתָם חֵרֵשׁ הָוֵי אֵינוֹ שׁוֹמֵעַ וְאֵינוֹ מְדַבֵּר אֲבָל חֵרֵשׁ דְּהָכָא מְדַבֵּר הוּא מִדְּקָרֵי הַמְּגִילָּה וּפִקֵּחַ הוּא לְכָל דְּבָרָיו חוּץ מִדָּבָר זֶה שֶׁצָּרִיךְ שֶׁיַּשְׁמִיעַ לְאָזְנוֹ:
Un 'herech, sans autre précision, désigne celui qui n'entend pas et ne parle pas ; mais le 'herech dont il s'agit ici parle, puisqu'il lit la meguila, et il est pleinement lucide en toutes choses, hormis ce point : il faut qu'il fasse entendre à son oreille.
וְרַבִּי יְהוּדָה מַכְשִׁיר קָשֶׁה בְּאֵיזֶה קָטָן מַיְירֵי אִי בְּלֹא הִגִּיעַ לְחִינּוּךְ מַאי טַעְמָא דְּרַבִּי יְהוּדָה דְּמַכְשִׁיר וְהָא אָמְרִינַן בְּסוֹף פֶּ' בָּתְרָא דְּרֹאשׁ הַשָּׁנָה (דַּף כט.) כָּל שֶׁאֵינוֹ מְחֻויָּב בַּדָּבָר אֵין מוֹצִיא אֲחֵרִים יְדֵי חוֹבָתָן וְאִי הִגִּיעַ לְחִינּוּךְ מַאי טַעְמָא דְּרַבָּנָן דְּפָסְלִי וַהֲלֹא כָּל הָאֲחֵרִים נָמֵי אֵין חַייָּבִין אֶלָּא מִדְּרַבָּנָן וא"כ קַשְׁיָא אַמַּאי לָא אָמְרִינַן דְּאָתֵי דְּרַבָּנַן וּמַפֵּיק דְּרַבָּנַן דְּהָכִי נָמֵי אָמְרִינַן פֶּ' מִי שֶׁמֵּתוּ (בְּרָכוֹת דַּף כ: וְשָׁם) דְּבֵן מְבָרֵךְ לְאָבִיו אע"פ שֶׁהוּא קָטָן וְיוֹצֵא בְּבִרְכָתוֹ וּמוּקֵי לָהּ הָתָם כְּגוֹן שֶׁאָכַל הָאָב כַּזַּיִת אוֹ כַּבֵּיצָה דְּהָוֵי שִׁיעוּרָא דְּרַבָּנָן וְאָתֵי קָטָן שֶׁחִיּוּבוֹ דְּרַבָּנָן וּמַפִּיק הָאָב שֶׁלֹּא אָכַל אֶלָּא שִׁיעוּרָא דְּרַבָּנָן וְאַמַּאי לָא אָמְרִינַן כֵּן בִּמְגִילָּה וְכֵן בְּפֶ' לוּלָב הַגָּזוּל (סֻוכָּה דַּף לח: וְשָׁם) דְּאָמַר אֵין קָטָן מוֹצִיא [בִּקְרִיאַת הַלֵּל] וְעוֹנִין אַחֲרָיו מַה שֶׁהֵן אוֹמְרִים מַאי שְׁנָא מִבִּרְכַּת הַמָּזוֹן וְי"ל דִּלְעוֹלָם מַיְירֵי בְּקָטָן שֶׁהִגִּיעַ לְחִינּוּךְ וְאַפֵּ"ה פָּסְלוּ רַבָּנָן מִשּׁוּם דִּמְגִילָּה לֵיכָּא חִיּוּבָא אֲפִילּוּ בִּגְדוֹלִים אֶלָּא מִדְּרַבָּנָן וְקָטָן אֵין מְחֻויָּב אֶלָּא מִדְּרַבָּנָן אֲפִילּוּ בִּשְׁאָר מִצְוֹת וּבְגָדוֹל לֵיכָּא אֶלָּא חַד דְּרַבָּנָן בִּמְגִילָּה שֶׁהֲרֵי בִּשְׁאָר מִצְוֹת הוּא חַיָּיב דְּאֻורְיִי' וְלָא אָתֵי תְּרֵי דְּרַבָּנָן וּמַפִּיק חַד דְּרַבָּנָן אֲבָל הַהִיא דבהמ"ז מַיְירֵי שֶׁהַקָּטָן אָכַל כְּדֵי שְׂבִיעָה דְּהָוֵי חִיּוּבָא דְּאוֹרָייְתָא וְלֵיכָּא אֶלָּא חַד דְּרַבָּנָן וּמַפִּיק הָאָב שֶׁלֹּא אָכַל אֶלָּא שִׁיעוּרָא דְּרַבָּנָן ומ"מ קַשְׁיָא דְּקָאָמְרִינַן דְּרַב שֵׁשֶׁת וְרַב יוֹסֵף אָמְרִי אַגַּדְתָּא בְּלֵילֵי פְּסָחִים וּמוֹצִיאִין הָאֲחֵרִים מִשּׁוּם דְּסָבְרִי מַצָּה בִּזְמַן הַזֶּה דְּרַבָּנַן וּלְפִי מַה שֶׁפֵּירַשׁ' קָשֶׁה הֵיכִי אָתוּ אִינְהוּ דְּהָווּ תְּרֵי דְּרַבָּנָן דְּהָא סוּמָא פָּטוּר מִלּוֹמַר הָאַגָּדָה וּמַפְּקִי הָאֲחֵרִים דְּחַיָּיבִים מִיהָא דְּרַבָּנָן וְלֵיכָּא בְּהוּ אֶלָּא חַד דְּרַבָּנָן וי"ל דְּסוּמָא עָדִיף מִקָּטָן שֶׁהֲרֵי נִתְחַיֵּיב כְּבָר מִדְּאוֹרַייְתָּא משא"כ בְּקָטָן:
Difficulté : de quel mineur s'agit-il ? S'il n'a pas atteint l'âge du hinoukh (éducation aux mitsvot), quelle est la raison de Rabbi Yehuda qui le déclare apte ? Or nous disons à la fin du dernier chapitre de Roch Hachana (29a) : quiconque n'est pas tenu d'une chose ne peut en acquitter autrui. Et s'il a atteint l'âge du hinoukh, quelle est la raison des Sages qui l'invalident ? Tous les autres ne sont eux aussi tenus que d'une obligation rabbinique. Si tel est le cas, on demande : pourquoi ne pas dire qu'une obligation rabbinique vient acquitter une obligation rabbinique ? Car nous disons de même au chapitre Mi che-meto (Berakhot 20b) qu'un fils récite la bénédiction pour son père bien qu'il soit mineur, et que le père s'acquitte par sa bénédiction ; on y établit le cas où le père a mangé un ke-zayit ou un ke-beitsa, ce qui est une mesure rabbinique : le mineur, dont l'obligation est rabbinique, vient acquitter le père qui n'a mangé qu'une mesure rabbinique. Pourquoi ne pas dire de même pour la meguila ? De même au chapitre Loulav ha-gazoul (Soukka 38b), où il est dit qu'un mineur n'acquitte pas autrui [pour la lecture du Hallel] et que l'on répète après lui ce qu'il dit : en quoi cela diffère-t-il de la birkat ha-mazon ? On peut répondre qu'il s'agit bien d'un mineur ayant atteint le hinoukh, et que les Sages l'ont néanmoins invalidé, parce que pour la meguila il n'existe d'obligation, même pour les adultes, que rabbinique : le mineur n'est tenu que rabbiniquement, y compris pour les autres mitsvot, tandis que chez l'adulte il n'y a, pour la meguila, qu'un seul degré rabbinique, puisque pour les autres mitsvot il est tenu par la Torah ; or deux degrés rabbiniques ne viennent pas acquitter un seul degré rabbinique. Le cas de la birkat ha-mazon, lui, traite d'un mineur qui a mangé à satiété, obligation de la Torah, de sorte qu'il n'y a qu'un seul degré rabbinique, et il acquitte le père qui n'a mangé qu'une mesure rabbinique. Il reste toutefois une difficulté : nous disons que Rav Chechet et Rav Yossef récitaient la haggada les nuits de Pessa'h et acquittaient les autres, parce qu'ils tenaient que la matsa, de nos jours, est rabbinique. Selon notre explication, on demande : comment eux, qui sont à deux degrés rabbiniques — car l'aveugle est dispensé de dire la haggada — viennent-ils acquitter les autres, tenus au moins rabbiniquement et chez qui il n'y a qu'un seul degré rabbinique ? On peut répondre que l'aveugle vaut mieux que le mineur, puisqu'il a déjà été tenu par la Torah, ce qui vaut autrement pour le mineur.
⚖️ Rosh (1)
מַתְנִי' הַכֹּל כְּשֵׁרִין לִקְרוֹת הַמְּגִילָּה חוּץ מֵחֵרֵשׁ וְשׁוֹטֶה וְקָטָן. ר' יְהוּדָה אוֹמֵר קָטָן כָּשֵׁר. אֵין קוֹרִין אֶת הַמְּגִילָּה וְלֹא מוֹהֲלִין וְלֹא טוֹבְלִין וְלֹא מַזִּין אֶלָּא בַּיּוֹם. וְכֵן שׁוֹמֶרֶת יוֹם כְּנֶגֶד יוֹם לֹא תִּטְבֹּול עַד הָנֵץ הַחַמָּה. וְכֻולָּן שֶׁעָשׂוּ מִשֶּׁעָלָה עַמּוּד הַשַּׁחַר כָּשֵׁר. כָּל הַיּוֹם כָּשֵׁר לִקְרוֹת אֶת הַמְּגִילָּה וְלִקְרִיאַת הַהַלֵּל וְלִתְקִיעַת שׁוֹפָר וְלִנְטִילַת לוּלָב וְלִתְפִלַּת הַמּוּסָפִין וְלַמּוּסָפִין וּלְוִידּוּי פָּרִים וּלְוִידּוּי מַעֲשֵׂר וּלְוִידּוּי יוה"כ לִסְמִיכָה וְלִשְׁחִיטָה וְלִתְנוּפָה וְלַהַגָּשָׁה לִקְמִיצָה וּלְהַקְטָרָה וְלַמְּלִיקָה וּלְקַבָּלָה וּלְהַזָּאָה וּלְהַשְׁקוֹת סוֹטָה לַעֲרִיפַת עֶגְלָה וּלְטַהֲרַת מְצֹורָע. וְכָל הַלַּיְלָה כָּשֵׁר לִקְצִירַת הָעֹומֶר וְלִסְפִירַת הָעֹומֶר וּלְהֶקְטֵיר חֲלָבִים וְאֵבָרִים זֶה הַכְּלָל כָּל שֶׁמִּצְוָתוֹ בַּיּוֹם כָּשֵׁר כָּל הַיּוֹם וְשֶׁמִּצְוָתוֹ בַּלַּיְלָה כָּשֵׁר כָּל הַלַּיְלָה: 0הֲדַרַן עֲלָךְ הַקּוֹרֵא אֶת הֲמִיגְּלָה לְמַפְרֵעַ
Michna. Tous sont aptes à lire la meguila, hormis le sourd-muet, l'insensé et le mineur ; Rabbi Yehuda dit : le mineur est apte. — On ne lit la meguila, on ne circoncit, on n'immerge et on n'asperge que le jour. De même, la femme qui observe un jour pour un jour ne s'immerge qu'après le lever du soleil. Et pour tous ces actes, s'ils ont été faits dès la montée de l'aube, ils sont valides. — Toute la journée est apte à la lecture de la meguila, a la lecture du Hallel, à la sonnerie du chofar, à la prise du loulav, à la prière de moussaf, aux sacrifices additionnels, à la confession sur les taureaux, à la confession de la dîme, à la confession de Yom Kippour, à la semikha (imposition des mains), à la chehita (abattage), à la tenoufa (balancement), à la haggacha (approche de l'offrande vers l'autel), à la kemitsa (prélèvement de la poignée), à la haktara (combustion sur l'autel), à la melika (pincement de la nuque de l'oiseau), à la kabbala (réception du sang), à l'aspersion, à faire boire la sota, a la nuque brisée de la génisse et à la purification du metsora. Et toute la nuit est apte à la coupe du omer, au compte du omer, et à la combustion des graisses et des membres. Voici la règle : tout ce dont la mitsva est de jour est valide toute la journée, et tout ce dont la mitsva est de nuit est valide toute la nuit. Hadran alakh, chapitre « Ha-kore et ha-meguila le-mafrea ».
💡 Explication

La michna réunit trois exclusions classiques. Tossefot montre aussitôt que le 'herech vise ici est particulier : il parle et il lit, donc il est lucide ; sa seule limite est qu'il n'entend pas sa propre voix. Le débat portera donc uniquement sur la hachmaat ozen, l'obligation de faire entendre à son oreille.

La seconde glose de Tossefot pose le problème du katan en termes de degrés d'obligation. Un lecteur ne peut acquitter autrui que s'il est tenu au moins autant que lui. L'adulte, pour la meguila, est tenu par une seule obligation rabbinique ; le mineur, lui, cumule deux niveaux rabbiniques (la meguila, et sa propre obligation d'éducation). Deux degrés rabbiniques n'acquittent pas un seul.

7
גְּמָ׳ מַאן תְּנָא חֵרֵשׁ דִּיעֲבַד נָמֵי לָא? אָמַר רַב מַתָּנָה: רַבִּי יוֹסֵי הִיא, דִּתְנַן: הַקּוֹרֵא אֶת שְׁמַע וְלֹא הִשְׁמִיעַ לְאָזְנוֹ — יָצָא, רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר: לֹא יָצָא.

Guemara. Quel est le tana selon lequel le sourd-muet, même à postériori (bediavad), n'est pas valable ?

Rav Matna a dit : c'est Rabbi Yossi, car nous avons appris : celui qui lit le Chema sans le faire entendre à son oreille — il est quitte ; Rabbi Yossi dit : il n'est pas quitte.

📜 Rachi (1)
לֹא יָצָא דִּיעֲבַד הוּא:
« Il n'est pas quitte » : il s'agit d'un cas à postériori.
💡 Explication

La guemara relève la rigueur de la michna : elle place le sourd-muet aux côtés de l'insensé et du mineur, ce qui signifie une invalidation totale, même après coup.

Rav Matna rattache cette rigueur à la michna de Berakhot (15a) sur la lecture du Chema. Le premier tana y déclare quitte celui qui a lu sans s'entendre ; Rabbi Yossi le déclare non quitte. Puisque la michna de Berakhot parle d'un acte déjà accompli, l'avis de Rabbi Yossi porte bien sur le bediavad.

🖼️ Schéma
La hachmaat ozen : le point de départ dans la michna du Chema (Berakhot 15a) Il a lu le Chema sans faire entendre le texte à sa propre oreille Premier tana (Rabbi Yehuda) Il est quitte. La parole prononcée suffit ; l'audition n'est requise qu'à priori, au mieux. Rabbi Yossi Il n'est pas quitte. L'audition par le lecteur fait partie de la lecture, même après coup.
Le désaccord d'origine, transposé ensuite de la lecture du Chema à celle de la meguila.
8
וּמִמַּאי דְּרַבִּי יוֹסֵי הִיא וְדִיעֲבַד נָמֵי לָא? דִּלְמָא רַבִּי יְהוּדָה הִיא, וּלְכַתְּחִלָּה הוּא דְּלָא, הָא דִּיעֲבַד — שַׁפִּיר דָּמֵי?

Et d'où [sait-on] que c'est Rabbi Yossi et que même à postériori ce n'est pas valable ? Peut-être est-ce Rabbi Yehuda, et seul le à priori (lekhatehila) est écarté, tandis qu'à postériori c'est parfaitement admis ?

📜 Rachi (2)
וּמִמַּאי דְּחוּץ מֵחֵרֵשׁ דְּקָאָמַר מַתְנֵי' אַפֵּי' בְּדִיעֲבַד קָאָמַר וְר' יוֹסֵי הִיא דְּפָסַל בְּדִיעֲבַד:
D'où sait-on que le « hormis le sourd-muet » énoncé par notre michna vaut même à postériori, et qu'elle suit Rabbi Yossi qui invalide à postériori ?
וּלְכַתְּחִלָּה הוּא דְּלָא וּבְהָא אִיכָּא לְמֵימַר דְּאַפֵּי' ר' יְהוּדָה מוֹדֶה דְּהָא לָא שָׁמְעִינַן לֵיהּ דִּפְלִיג אֶלָּא בְּדִיעֲבַד:
Et sur ce point on peut dire que même Rabbi Yehuda l'admet, car nous ne l'avons entendu diverger qu'à propos du à postériori.
🗂️ Tossefot (1)
וְדִלְמָא ר' יְהוּדָה הִיא מִשּׁוּם דִּפְסִיק הָתָם כְּרַבִּי יְהוּדָה דָּחֵיק לְאוֹקוֹמֵי מַתְנֵי' כְּוָותֵיהּ:
Puisque la halakha y est tranchée comme Rabbi Yehuda, la guemara se contraint à établir notre michna selon lui.
💡 Explication

L'objection porte sur la portée de la michna. Une exclusion peut viser deux niveaux : lekhatehila, ce qu'on évite d'organiser, et bediavad, ce qui reste sans valeur une fois fait. Rien dans la formulation n'oblige à choisir le second.

Tossefot explique l'enjeu de toute la sougya : dans le traité Berakhot, la halakha est tranchée comme Rabbi Yehuda. Attribuer notre michna à Rabbi Yossi reviendrait à la laisser hors de la halakha retenue, et la guemara s'efforce donc de la ramener à Rabbi Yehuda.

9
לָא סָלְקָא דַעְתָּךְ, דְּקָתָנֵי חֵרֵשׁ דֻּומְיָא דְּשׁוֹטֶה וְקָטָן: מַה שׁוֹטֶה וְקָטָן — דִּיעֲבַד נָמֵי לָא, אַף חֵרֵשׁ — דִּיעֲבַד נָמֵי לָא.

Cela ne peut te venir à l'esprit, car [la michna] enseigne le sourd-muet sur le modèle de l'insensé et du mineur : de même que l'insensé et le mineur ne valent pas non plus à postériori, de même le sourd-muet ne vaut pas non plus à postériori.

💡 Explication

Le procédé s'appelle domia de : ce qui est enseigné dans une même liste est présumé relever d'un même régime. Puisque l'insensé et le mineur sont écartés de façon absolue, le sourd-muet, nommé avec eux, doit l'être de même.

10
וְדִלְמָא הָא כִּדְאִיתָא וְהָא כִּדְאִיתָא! מִדְּקָתָנֵי סֵיפָא: רַבִּי יְהוּדָה מַכְשִׁיר בְּקָטָן — מִכְּלָל דְּרֵישָׁא לָאו רַבִּי יְהוּדָה הִיא.

Et peut-être celui-ci selon son cas et celui-là selon le sien ! [Réponse :] du fait que la seifa enseigne « Rabbi Yehuda déclare le mineur apte », il ressort que la reicha n'est pas de Rabbi Yehuda.

📜 Rachi (1)
מִדְּסֵיפָא רַבִּי יְהוּדָה דְּקָתָנֵי וְר' יְהוּדָה מַכְשִׁיר בְּקָטָן:
Puisqu'il est enseigné : « et Rabbi Yehuda déclare le mineur apte ».
💡 Explication

La formule ha ki-de-ita ve-ha ki-de-ita brise la présomption précédente : une liste peut réunir des cas de gravité différente, chacun gardant son régime propre.

La guemara répond par la structure de la michna. La seifa (fin) nomme Rabbi Yehuda pour le contredire sur le mineur ; la reicha (début), anonyme, exprime donc l'avis d'un autre.

11
וְדִלְמָא כֻּולָּהּ רַבִּי יְהוּדָה הִיא! מִי דָמֵי? רֵישָׁא לִפְסוּלָה, וְסֵיפָא לִכְשִׁירָה.

Et peut-être est-elle tout entière de Rabbi Yehuda ! Y a-t-il comparaison ?

La reicha vient pour invalider, et la seifa pour déclarer apte.

📜 Rachi (1)
לָא דָּמֵי רֵישָׁא לִפְסוּלָה וְסֵיפָא לְהַכְשִׁירָהּ לָא גָּרְסִינַן לֵיהּ דְּלִישָּׁנָא יַתִּירָא הוּא אֶלָּא הָכִי גָּרְסִינַן וְדִלְמָא רַבִּי יְהוּדָה הִיא וּתְרֵי גַוְונֵי קָטָן וְחַסּוֹרֵי מִיחַסְּרָא כו' הַכֹּל כְּשֵׁירִין לִקְרוֹת אֶת הַמְּגִילָּה חוּץ מֵחֵרֵשׁ שׁוֹטֶה וְקָטָן הָא כִדְאִיתָא וְהָא כִדְאִיתָא חֵרֵשׁ לְכַתְּחִילָּה וְשׁוֹטֶה אֲפִילּוּ בְּדִיעֲבַד:
Les mots « il n'y a pas de comparaison : la reicha vient pour invalider et la seifa pour déclarer apte » ne figurent pas dans notre version, car c'est une formule superflue ; voici la version que nous lisons : « et peut-être est-ce Rabbi Yehuda, avec deux sortes de mineur, la michna étant lacunaire », etc. — tous sont aptes à lire la meguila hormis le sourd-muet, l'insensé et le mineur : celui-ci selon son cas et celui-là selon le sien, le sourd-muet seulement à priori, et l'insensé même à posteriori.
💡 Explication

Un même tana peut enseigner anonymement puis être cité nommément ; la guemara l'écarte ici, car les deux moitiés de la michna se contredisent sur le même cas.

Rachi signale que ces mots manquent dans sa version du texte et propose une lecture différente, qui enchaîne directement sur la proposition du segment suivant : deux sortes de mineur, et une michna lacunaire à compléter.

12
וְדִלְמָא כֻּולָּהּ רַבִּי יְהוּדָה הִיא, וּתְרֵי גַּוְונֵי קָטָן קָתָנֵי לַהּ, וְחַסּוֹרֵי מִיחַסְּרָא וְהָכִי קָתָנֵי: הַכֹּל כְּשֵׁרִין לִקְרוֹת אֶת הַמְּגִילָּה חוּץ מֵחֵרֵשׁ שׁוֹטֶה וְקָטָן, בַּמֶּה דְבָרִים אֲמוּרִים — בְּקָטָן שֶׁלֹּא הִגִּיעַ לְחִינּוּךְ, אֲבָל בְּקָטָן שֶׁהִגִּיעַ לְחִינּוּךְ — אֲפִילּוּ לְכַתְּחִלָּה. שֶׁרַבִּי יְהוּדָה מַכְשִׁיר בְּקָטָן.

Et peut-être est-elle tout entière de Rabbi Yehuda, et elle enseigne deux sortes de mineur, la michna étant lacunaire (hassourei mehasra) ; voici ce qu'elle enseigne : tous sont aptes à lire la meguila, hormis le sourd-muet, l'insensé et le mineur. De quoi parle-t-on ?

D'un mineur qui n'a pas atteint l'âge du hinoukh (éducation aux mitsvot) ; mais un mineur qui a atteint l'âge du hinoukh, même à priori [il est apte]. Car Rabbi Yehuda déclare le mineur apte.

📜 Rachi (1)
בד"א בְּקָטָן שֶׁלֹּא הִגִּיעַ לְחִינּוּךְ לְחִינּוּךְ מִצְוֹת כְּגוֹן בֶּן תֵּשַׁע וּבֶן עָשָׂר כִּדְאָמְרִינַן בְּיוֹמָא בְּפֶרֶק בָּתְרָא (דַּף פב.):
À l'éducation aux mitsvot, par exemple un enfant de neuf ou de dix ans, comme nous le disons dans Yoma, au dernier chapitre (82a).
💡 Explication

Hassourei mehasra est un procédé courant : la guemara tient la michna pour elliptique et restitue les mots qui manquent. Ici, la contradiction apparente se résout en distinguant deux mineurs.

Le hinoukh désigne l'âge où l'enfant est entraîné aux mitsvot, que Rachi situe vers neuf ou dix ans d'après Yoma 82a. Avant cet âge, tous invalident ; après, Rabbi Yehuda le déclare apte même à priori.

🖼️ Schéma
Les deux sortes de mineur, selon la lecture proposée âge du hinoukh (environ 9-10 ans) Avant le hinoukh Passoul pour tous, y compris pour Rabbi Yehuda : il n'est tenu de rien. Après le hinoukh Rabbi Yehuda le déclare apte, et même à priori. C'est la seifa de la michna.
La restitution proposée par la guemara : la reicha vise le mineur avant le hinoukh, la seifa celui qui l'a atteint.
13
בְּמַאי אוֹקִימְתָּא — כְּרַבִּי יְהוּדָה, וְדִיעֲבַד?

Comment donc l'as-tu établie ? Selon Rabbi Yehuda, et [l'exclusion du sourd-muet ne vaudrait qu']à posteriori ?

📜 Rachi (1)
בְּמַאי אוֹקִימְתָּא כְּר' יְהוּדָה וְאַשָּׁמְעַת לָן דְּכִי אָמַר רַבִּי יְהוּדָה בְּלֹא הִשְׁמִיעַ לְאָזְנוֹ יָצָא בְּדִיעֲבַד קָאָמַר וְלֹא לְכַתְּחִילָּה:
Et tu nous fais entendre que, lorsque Rabbi Yehuda déclare quitte celui qui n'a pas fait entendre à son oreille, il le dit à posteriori et non à priori.
💡 Explication

La guemara récapitule la position atteinte avant de la mettre à l'épreuve : la michna entière serait de Rabbi Yehuda, et le sourd-muet serait écarté à priori tout en restant valable après coup.

14
אֶלָּא הָא דְתָנֵי (רַבִּי) יְהוּדָה בְּרֵיהּ דְּרַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן פַּזִּי: חֵרֵשׁ הַמְדַבֵּר וְאֵינוֹ שׁוֹמֵעַ תּוֹרֵם לְכַתְּחִלָּה, מַנִּי? אִי רַבִּי יְהוּדָה — דִּיעֲבַד אִין לְכַתְּחִלָּה לָא, אִי רַבִּי יוֹסֵי — דִּיעֲבַד נָמֵי לָא.

Mais alors, ce qu'a enseigné Rabbi Yehuda fils de Rabbi Chimon ben Pazi — « un sourd qui parle mais n'entend pas prélève la terouma même à priori » — de qui relève-t-il ? Si c'est Rabbi Yehuda : à posteriori oui, à priori non.

Si c'est Rabbi Yossi : même à posteriori, non.

📜 Rachi (1)
אֶלָּא הָא דְּתַנְיָא כו' תּוֹרֵם ואע"פ שֶׁהוּא צָרִיךְ לְבָרֵךְ וְאֵין אָזְנָיו שׁוֹמְעוֹת הַבְּרָכָה שֶׁהוּא מוֹצִיא מִפִּיו:
Bien qu'il doive réciter la bénédiction et que ses oreilles n'entendent pas la bénédiction qui sort de sa bouche.
💡 Explication

La terouma est le prélèvement remis au cohen. Celui qui la prend récite une bénédiction, et c'est ce point que Rachi souligne : le sourd la prononce sans l'entendre.

La baraita l'autorise même à priori, position plus indulgente que les deux avis en présence. Aucun des deux tanaim ne peut en être l'auteur, ce qui ruine l'attribution construite jusqu'ici.

15
וְאֶלָּא מַאי — רַבִּי יְהוּדָה וַאֲפִילּוּ לְכַתְּחִלָּה? אֶלָּא הָא דְּתַנְיָא: לֹא יְבָרֵךְ אָדָם בִּרְכַּת הַמָּזוֹן בְּלִבּוֹ, וְאִם בֵּירַךְ יָצָא, מַנִּי? לָא רַבִּי יְהוּדָה וְלָא רַבִּי יוֹסֵי! אִי רַבִּי יְהוּדָה — אֲפִילּוּ לְכַתְּחִלָּה, אִי רַבִּי יוֹסֵי — אֲפִילּוּ דִּיעֲבַד נָמֵי לָא!

Alors quoi ? Rabbi Yehuda, et même à priori ?

Mais alors, ce qui a été enseigné — « qu'un homme ne récite pas la birkat ha-mazon en son cœur ; et s'il l'a récitée ainsi, il est quitte » — de qui relève-t-il ? Ni de Rabbi Yehuda ni de Rabbi Yossi !

Si c'est Rabbi Yehuda : même à priori [ce serait permis] ; si c'est Rabbi Yossi : même à posteriori, ce ne serait pas valable.

📜 Rachi (2)
אֶלָּא מַאי בָּעֵית לְמֵימַר דְּרַבִּי יְהוּדָה דְּאָמַר בְּלֹא הִשְׁמִיעַ לְאָזְנוֹ יָצָא אֲפִילּוּ לְכַתְּחִילָּה כִּי הֵיכִי דְּתֵיקוּם הָא דר"י בְּרֵיהּ דְּר"ש בֶּן פַּזִּי אַלִּיבֵּיהּ וְהַאי דְּקָא מִיפַּלְגִי בְּדִיעֲבַד לְהוֹדִיעֲךָ כֹּחוֹ דְּר' יוֹסֵי:
Tu voudrais dire que Rabbi Yehuda, qui déclare quitte celui qui n'a pas fait entendre à son oreille, l'admet même à priori, afin que l'enseignement de Rabbi Yehuda fils de Rabbi Chimon ben Pazi tienne selon lui ; et s'ils divergent à propos du à posteriori, c'est pour te faire connaître la portée de l'avis de Rabbi Yossi.
אֶלָּא הָא דְּתַנְיָא כו' מַנִּי:
« Mais ce qui a été enseigné, etc. — de qui relève-t-il ? »
🗂️ Tossefot (1)
אֶלָּא הָא דְּתַנְיָא לֹא יְבָרֵךְ אָדָם בִּרְכַּת הַמָּזוֹן בְּלִבּוֹ קַשְׁיָא הֵיכִי מִדְּמֵינַן בִּרְכַּת הַמָּזוֹן לִקְרִיאַת שְׁמַע בִּשְׁלָמָא מְגִילָּה אִיכָּא לְמֵימַר דְּסָבַר כְּמַאן דְּאָמַר דְּצָרִיךְ בִּקְרִיאַת שְׁמַע הַשְׁמָעַת אֹוזֶן וְסָבַר דְּתַקִּינוּ רַבָּנָן מְגִילָּה כְּעֵין דְּאוֹרָייְתָא אֲבָל בִּרְכַּת הַמָּזוֹן דְּהָוֵי דְּאוֹרָיְיתָא וְלָא כְּתִיב בֵּיהּ שְׁמַע מִנָּלַן לְתַקֵּן בֵּיהּ דְּצָרִיךְ שֶׁיַּשְׁמִיעַ לְאָזְנוֹ וְיֵשׁ לוֹמַר דְּקִים לֵיהּ דְּגָמְרִינַן בִּרְכַּת הַמָּזוֹן מִקְּרִיאַת שְׁמַע:
Difficulté : comment compare-t-on la birkat ha-mazon à la lecture du Chema ? Pour la meguila, on peut encore dire qu'il tient comme celui qui exige, dans la lecture du Chema, de faire entendre à son oreille, et qu'il tient que les Sages ont institué la meguila a l'image d'une obligation de la Torah. Mais la birkat ha-mazon, qui relève de la Torah et où le mot « écoute » n'est pas écrit, d'où saurions-nous qu'on y exige de faire entendre à son oreille ? On peut répondre qu'il tenait pour établi que l'on apprend la birkat ha-mazon de la lecture du Chema.
💡 Explication

Pour sauver la baraita de la terouma, il faudrait tirer Rabbi Yehuda jusqu'au lekhatehila. La baraita sur la birkat ha-mazon l'interdit aussitôt : elle interdit à priori et valide après coup, position intermédiaire que ni Rabbi Yehuda ainsi compris ni Rabbi Yossi ne peuvent soutenir.

Tossefot déplace la difficulté sur un autre plan : la hachmaat ozen se déduit du mot « écoute » (chema), absent de la birkat ha-mazon. La réponse est que la birkat ha-mazon s'apprend, sur ce point, de la lecture du Chema.

Le folio s'arrête sur cette impasse ; la résolution, avec la distinction de Rav Hisda, vient au début du folio suivant.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).