Megillah 20a — Le dénouement de l'impasse sur le sourd-muet, le mineur qui lut devant les anciens, et la michna des actes réservés au jour

Megillah 20a

Sougya : Le folio ouvre en dénouant l'impasse laissée par le folio précédent. Deux solutions sont proposées pour accorder les deux baraitot avec Rabbi Yehuda : la première distingue ce que Rabbi Yehuda dit en son propre nom et ce qu'il rapporte au nom de son maître Rabbi Elazar ben Azarya ; la seconde, après avoir cité la divergence entre Rabbi Elazar ben Azarya et Rabbi Meir sur la hachmaat ozen, attribue la baraita de la terouma à Rabbi Meir.

Vient ensuite la position de Rabbi Yehuda sur le mineur : il invoque son propre souvenir d'avoir lu, enfant, devant Rabbi Tarfon et les anciens à Loud, et se voit répondre qu'on n'apporte pas de preuve d'un mineur. Un second récit, où Rabbi lut enfant devant Rabbi Yehuda lui-même, reçoit une autre réponse : on n'apporte pas de preuve de celui qui autorise.

La seconde michna du chapitre énumère ensuite les actes qui ne valent que de jour : lecture de la meguila, circoncision, immersion, aspersion, et l'immersion de celle qui garde un jour pour un jour. La guemara donne le verset de chacun, puis demande pourquoi ce dernier cas est répété à part.

La réponse construit une hava amina par le premier écoulement du zav, que le folio suivant achèvera de rejeter par l'exigence de compte.

Le plan du folio : trois mouvements A. L'impasse dénouée (seg. 0-2) Deux réponses pour accorder les baraitot avec Rabbi Yehuda : 1. son avis propre contre l'avis de son maître ; 2. la terouma revient à Rabbi Meir, pour qui le cœur suffit. B. Le mineur (seg. 3-5) Rabbi Yehuda : enfant, j'ai lu devant Rabbi Tarfon à Loud. Réponse : pas de preuve tirée d'un mineur. Rabbi : enfant, j'ai lu devant Rabbi Yehuda. Deux refus. C. Les actes du jour (seg. 6-12) Michna : lecture, circoncision, immersion, aspersion, et celle qui garde un jour pour un jour. Guemara : le verset de chacun, puis pourquoi ce dernier cas est répété à part. Le fil qui relie A et C A et B achèvent la première michna du chapitre : qui est apte à lire la meguila. C'ouvre la michna suivante, qui ne demande plus qui lit mais quand on lit, et range la lecture parmi les actes réservés au jour.
Les trois mouvements du folio : le dénouement de la sougya du sourd-muet, les deux récits sur le mineur, puis la michna des actes réservés au jour.
Comment les deux réponses sauvent Rabbi Yehuda Trois textes devaient tenir ensemble ; chaque réponse les répartit autrement. Les trois textes 1. Notre michna : le sourd-muet est écarté. 2. Terouma : permis à priori. 3. Birkat ha-mazon : quitte après coup. Réponse 1 : didei / derabbei Rabbi Yehuda permet à priori. Terouma : son avis propre (didei). Birkat ha-mazon : l'avis de son maître (derabbei). Michna : R. Yossi. Réponse 2 : la terouma à R. Meir Rabbi Yehuda tient comme son maître : à priori non, après coup oui. Michna et birkat ha-mazon : lui. Terouma : Rabbi Meir. Ce qui rend la seconde réponse possible : la baraita du seg. 1 R. Elazar ben Azarya (par R. Yehuda) Verset : chema Israël — écoute. Fais entendre à ton oreille ce que tu fais sortir de ta bouche. Exigence à priori : hachmaat ozen. Rabbi Meir Verset : sur ton cœur. Tout suit l'intention du cœur : ce sont bien là les paroles. Aucune exigence d'audition, même à priori.
La carte du dénouement : les trois textes en jeu, les deux répartitions proposées, et la divergence de la baraita sur laquelle la seconde réponse s'appuie.
La michna des actes du jour : la ligne du temps Trois moments, deux règles : ce qu'on fait à priori et ce qui vaut après coup. Nuit Amoud ha-shahar montée de l'aube Netz ha-hama lever du soleil Plein jour Avant l'aube Ces actes ne valent pas : la Torah demande le jour, et la nuit n'en est pas. De l'aube au lever C'est déjà le jour : fait, c'est valable. Rachi : on attend, faute d'expertise. Après le lever Moment fixé par la michna : le doute de la nuit est sorti, on agit à priori. Les cinq actes et leur source Meguila : ces jours-là. Circoncision : au huitième jour. Aspersion : au septième jour. Immersion : rapprochée de l'aspersion. Shomeret yom : voir schéma du seg. 10.
La ligne du temps de la michna : la nuit exclue, la fenêtre entre l'aube et le lever où l'acte vaut après coup, et le lever du soleil comme moment à priori.
1
לְעוֹלָם רַבִּי יְהוּדָה, וַאֲפִילּוּ לְכַתְּחִילָּה. וְלָא קַשְׁיָא: הָא דִּידֵיהּ, הָא דְּרַבֵּיהּ.

En vérité, c'est Rabbi Yehuda, et il le permet même à priori. Et il n'y a pas de difficulté : celle-ci relève de son avis propre, celle-là de l'avis de son maître.

📜 Rachi (4)
לְעוֹלָם ר' יְהוּדָה וְאַפֵּי' לְכַתְּחִילָּה מַכְשִׁיר וּמַתְנִי' רַבִּי יוֹסֵי הִיא וְאַפֵּי' דִּיעֲבַד לֹא:
Il déclare apte même à priori ; et notre michna est de Rabbi Yossi, qui n'admet pas même après coup.
וְהַאי דְּתוֹרֵם לְכַתְּחִילָּה ר' יְהוּדָה:
Celle qui autorise à prélever à priori est de Rabbi Yehuda.
וְהַאי דברהמ"ז:
Celle de la birkat ha-mazon.
דְּרַבֵּיהּ מִשְּׁמוֹ שֶׁל ר' אֶלְעָזָר בֶּן עֲזַרְיָה אֲמָרָהּ שֶׁצָּרִיךְ לְהַשְׁמִיעַ וְהַאי לִישָּׁנָא מַשְׁמַע לְכַתְּחִילָּה אֲבָל דִּיעֲבַד יָצָא:
Il l'a énoncée au nom de Rabbi Elazar ben Azarya : il faut faire entendre à son oreille. Cette formulation porte sur le à priori, mais après coup il est quitte.
💡 Explication

La guemara revient sur l'impasse du folio précédent. Elle maintient l'attribution des deux baraitot à Rabbi Yehuda et pose une distinction de registre : un tana peut enseigner tantôt son propre avis, tantôt celui qu'il a reçu de son maître.

Didei désigne ce qui est à lui, derabbei ce qui appartient à son maître. La baraita de la terouma, qui autorise à priori, exprime l'avis personnel de Rabbi Yehuda ; celle de la birkat ha-mazon, qui interdit à priori tout en validant après coup, rapporte l'avis de Rabbi Elazar ben Azarya. Notre michna, qui invalide le sourd-muet même après coup, reste attribuée à Rabbi Yossi.

🖼️ Schéma
Un tana, deux registres : didei et derabbei Rabbi Yehuda enseigne Didei : son avis propre Baraita de la terouma : le sourd qui parle sans entendre prélève même à priori. L'audition par l'oreille n'est pas requise. Derabbei : l'avis de son maître Baraita de la birkat ha-mazon : on ne la dit pas en son cœur ; dite ainsi, il est quitte. Exigence à priori de Rabbi Elazar ben Azarya.
La distinction qui dénoue l'impasse : la même bouche transmet deux avis, celui de Rabbi Yehuda et celui de son maître.
2
דְּתַנְיָא, רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר מִשּׁוּם רַבִּי אֶלְעָזָר בֶּן עֲזַרְיָה: הַקּוֹרֵא אֶת שְׁמַע צָרִיךְ שֶׁיַּשְׁמִיעַ לְאָזְנוֹ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״שְׁמַע יִשְׂרָאֵל ה׳ אֱ-לֹהֵינוּ ה׳ אֶחָד״ — הַשְׁמַע לְאָזְנֶיךָ מַה שֶּׁאַתָּה מוֹצִיא מִפִּיךָ. רַבִּי מֵאִיר אוֹמֵר: ״אֲשֶׁר אָנֹכִי מְצַוְּךָ הַיּוֹם עַל לְבָבֶךָ״ — אַחַר כַּווָּנַת הַלֵּב הֵן הֵן הַדְּבָרִים.

Comme il a été enseigné : Rabbi Yehuda dit au nom de Rabbi Elazar ben Azarya : celui qui lit le Chema doit le faire entendre à son oreille, ainsi qu'il est dit : « Écoute, Israël, Hachem notre D.ieu, Hachem est Un » — fais entendre à ton oreille ce que tu fais sortir de ta bouche. Rabbi Meir dit : « que Je t'ordonne aujourd'hui, sur ton cœur » — tout suit l'intention du cœur, ce sont bien là les paroles.

💡 Explication

Cette baraita fournit la source de l'avis attribué au maître. Rabbi Elazar ben Azarya lit le mot chema, « écoute », comme une exigence portant sur celui qui récite : ses propres oreilles doivent percevoir ce que sa bouche prononce. C'est la hachmaat ozen.

Rabbi Meir s'appuie sur un autre mot du même passage, « sur ton cœur », et fait reposer l'acquittement sur l'intention. La formule « ce sont bien là les paroles » signifie que les paroles du cœur comptent comme les paroles prononcées.

La présence de cet avis de Rabbi Meir ouvre une issue nouvelle : une baraita qui autorise à priori sans exiger l'audition peut désormais lui être attribuée.

3
הַשְׁתָּא דַאֲתֵית לְהָכִי — אֲפִילּוּ תֵּימָא רַבִּי יְהוּדָה כְּרַבֵּיהּ סְבִירָא לֵיהּ, וְהָא דְּתָנֵי יְהוּדָה בְּרֵיהּ דְּרַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן פַּזִּי — רַבִּי מֵאִיר הִיא.

Maintenant que tu en es arrivé là, tu peux même dire que Rabbi Yehuda tient comme son maître ; et ce qu'a enseigné Yehuda fils de Rabbi Chimon ben Pazi, c'est Rabbi Meir.

📜 Rachi (2)
וְהַשְׁתָּא דַּאֲתֵיתָ לְהָכִי לְאַשְׁמוֹעִינַן הָא פְּלוּגְתָּא דְּר' יְהוּדָה ור"מ:
Pour nous faire connaître cette divergence entre Rabbi Yehuda et Rabbi Meir.
אַפֵּי' תֵּימָא ר' יְהוּדָה דְּאָמַר בק"ש יָצָא דִּיעֲבַד אִין לְכַתְּחִילָּה לָא וּמַתְנִי' נָמֵי לְכַתְּחִילָּה הוּא דְּפָסְלָה לְחֵרֵשׁ וְר' יְהוּדָה הִיא וְהַךְ דְּבִרְכַּת הַמָּזוֹן נָמֵי ר' יְהוּדָה הִיא וּדְקַשְׁיָא לָךְ הָא דִּיהוּדָה בְּרֵיהּ דְּר' שִׁמְעוֹן בֶּן פַּזִּי מַנִּי לֹא ר' יְהוּדָה וְלָא ר' יוֹסֵי ר"מ הִיא דְּמַכְשַׁר לְכַתְּחִילָּה:
Lui qui dit, à propos de la lecture du Chema, qu'il est quitte : après coup oui, à priori non. Et notre michna, elle aussi, n'invalide le sourd-muet qu'à priori, et elle est de Rabbi Yehuda ; celle de la birkat ha-mazon est également de Rabbi Yehuda. Quant à ta difficulté — celle de Yehuda fils de Rabbi Chimon ben Pazi, de qui relève-t-elle ? — ni de Rabbi Yehuda ni de Rabbi Yossi : elle est de Rabbi Meir, qui déclare apte même à priori.
💡 Explication

Seconde réponse, rendue possible par la baraita qui vient d'être citée. L'expression hachta de-atit lehakhi, « maintenant que tu en es arrivé là », signale que le matériau nouvellement produit permet de refaire la répartition.

Ici Rabbi Yehuda tient intégralement l'avis de son maître : à priori il faut entendre, après coup on est quitte. Notre michna et la baraita de la birkat ha-mazon lui reviennent toutes deux. La baraita de la terouma, trop indulgente pour lui, passe à Rabbi Meir, pour qui l'intention du cœur suffit même à priori.

Cette seconde lecture présente un avantage : elle laisse notre michna à Rabbi Yehuda, ce qui évite de supposer une michna anonyme conforme à Rabbi Yossi.

4
רַבִּי יְהוּדָה מַכְשִׁיר בְּקָטָן. (דְּתַנְיָא) אָמַר רַבִּי יְהוּדָה: קָטָן הָיִיתִי, וּקְרִיתִיהָ לְמַעְלָה מֵרַבִּי טַרְפוֹן וּזְקֵנִים בְּלֹוד. אָמְרוּ לוֹ: אֵין מְבִיאִין רְאָיָה מִן הַקָּטָן.

« Rabbi Yehuda déclare le mineur apte. » Comme il a été enseigné : Rabbi Yehuda a dit : j'étais mineur, et je l'ai lue devant Rabbi Tarfon et les anciens, à Loud. Ils lui dirent : on n'apporte pas de preuve d'un mineur.

💡 Explication

La guemara revient à la fin de la michna, où Rabbi Yehuda déclarait le katan apte à lire la meguila. La baraita rapporte l'argument qu'il en donnait : un souvenir personnel, la lecture faite devant Rabbi Tarfon et les anciens à Loud, sans que nul l'ait arrêté.

La réponse des anciens porte sur la valeur de ce témoignage. Ce que l'on a vu ou fait pendant sa minorité ne fonde pas une déposition recevable une fois adulte : le mineur n'est pas un témoin, et son souvenir d'enfance n'acquiert pas plus tard le statut qui lui manquait alors.

5
תַּנְיָא, אָמַר רַבִּי: קָטָן הָיִיתִי, וּקְרִיתִיהָ לְמַעְלָה מֵרַבִּי יְהוּדָה, אָמְרוּ לוֹ: אֵין מְבִיאִין רְאָיָה מִן הַמַּתִּיר.

Il a été enseigné : Rabbi a dit : j'étais mineur, et je l'ai lue devant Rabbi Yehuda. Ils lui dirent : on n'apporte pas de preuve de celui qui autorise.

📜 Rachi (1)
מִן הַמַּתִּיר ר' יְהוּדָה שֶׁקָּרִיתָ לְפָנָיו הוּא הַמַּתִּיר אֶת הַקָּטָן וְאֵין לְךָ לְהָבִיא רְאָיָה מִמֶּנּוּ שֶׁהֲרֵי רַבִּים חוֹלְקִין עָלָיו:
Rabbi Yehuda, devant qui tu as lu, est précisément celui qui autorise le mineur ; tu n'as pas à tirer de lui une preuve, puisque de nombreux Sages le contredisent.
💡 Explication

Second récit, une génération plus tard : Rabbi Yehuda HaNassi rapporte avoir lu la meguila, enfant, devant Rabbi Yehuda lui-même.

La réponse change de nature. Elle ne conteste plus l'âge du témoin mais la valeur du fait rapporté : Rabbi Yehuda est l'auteur même de la permission, et le voir agir conformément à son propre avis n'apprend rien sur la halakha retenue, puisque plusieurs Sages s'y opposent.

6
וְלֵימְרוּ לֵיהּ: אֵין מְבִיאִין רְאָיָה מִן הַקָּטָן! חֲדָא וְעוֹד קָאָמְרוּ לֵיהּ. חֲדָא: דְּקָטָן הָיִיתָ, וְעוֹד: אֲפִילּוּ גָּדוֹל הָיִיתָ — אֵין מְבִיאִין רְאָיָה מִן הַמַּתִּיר.

Et qu'ils lui disent donc : on n'apporte pas de preuve d'un mineur ! Ils lui ont dit une chose, et une autre encore.

Une chose : tu étais mineur. Et encore : même si tu avais été adulte, on n'apporte pas de preuve de celui qui autorise.

💡 Explication

La guemara s'étonne que la réponse faite à Rabbi ait changé : l'objection la plus simple, tirée de sa minorité, restait disponible.

La formule hada ve-od, « une chose et une autre encore », décrit une réfutation à deux étages. Le premier vaut déjà seul : tu étais mineur. Le second est plus fort, car il tient même si l'on accorde tout le reste : le témoignage porterait sur la conduite de celui-là même qui autorise.

L'intérêt de cette structure est de montrer que le second argument n'a pas besoin du premier. Une preuve tirée de la pratique du permetteur reste sans force, quel que soit l'âge de celui qui la rapporte.

🖼️ Schéma
Deux récits, deux refus, et pourquoi le second va plus loin Récit 1 (seg. 3) : Rabbi Yehuda Enfant, il lit devant Rabbi Tarfon à Loud. Refus : pas de preuve tirée d'un mineur. Récit 2 (seg. 4) : Rabbi Enfant, il lit devant Rabbi Yehuda. Refus : pas de preuve du permetteur. La réponse de la guemara : hada ve-od, une chose et une autre encore Premier étage — tu étais mineur : ton témoignage ne vaut pas. Second étage — même adulte : le fait rapporté est la conduite de celui qui autorise, donc sans force probante.
Les deux refus superposés : celui qui vise le témoin, puis celui qui vise le fait lui-même et tient indépendamment de l'âge.
7
מַתְנִי׳ אֵין קוֹרִין אֶת הַמְּגִילָּה, וְלֹא מָלִין, וְלֹא טוֹבְלִין, וְלֹא מַזִּין, וְכֵן שׁוֹמֶרֶת יוֹם כְּנֶגֶד יוֹם — לֹא תִּטְבֹּול עַד שֶׁתָּנֵץ הַחַמָּה. וְכֻולָּן שֶׁעָשׂוּ מִשֶּׁעָלָה עַמּוּד הַשַּׁחַר — כָּשֵׁר.

MICHNA. On ne lit pas la meguila, on ne circoncit pas, on ne s'immerge pas, on n'asperge pas ; et de même celle qui garde un jour pour un jour ne s'immergera pas avant le lever du soleil.

Et pour tous ces actes, s'ils ont été accomplis à partir de la montée de l'aube, c'est valable.

📜 Rachi (4)
מַתְנֵי' וְלֹא טוֹבְלִין מִשֶּׁיַּגִּיעַ שְׁבִיעִי לְזָב וּלְטַמֵּא מֵת אֵין אוֹמְרִים מִשֶּׁחֲשֵׁיכָה בִּכְנִיסַת שְׁבִיעִי רָאוּי לִטְבֹּול אע"ג דְּלַיְלָה תְּחִילַּת יוֹם הִיא הָכָא יוֹם בָּעֵינַן אֲבָל מִשֶּׁעָבַר הַיּוֹם מֻותָּר לִטְבֹּול בַּלַּיְלָה וּבַגְּמָרָא יָלֵיף לָהּ לְכוּלְּהוּ:
Lorsque arrive le septième jour pour le zav et pour celui qui s'est rendu impur par un mort, on ne dit pas qu'à la tombée de la nuit, à l'entrée du septième, il serait apte à s'immerger. Bien que la nuit soit le début du jour, ici c'est du jour que l'on a besoin. Mais une fois le jour passé, il est permis de s'immerger la nuit. Et dans la guemara, tout cela est déduit des versets.
וְכֵן שׁוֹמֶרֶת יוֹם כְּנֶגֶד יוֹם בַּגְּמָרָא מְפָרֵשׁ מַאי שְׁנָא דִּנְקַט לְהָא תּוּ בְּאַנְפֵּי נַפְשָׁהּ הָא תְּנָא לֵיהּ אֵין טוֹבְלִין:
La guemara explique en quoi ce cas diffère, pour qu'il soit mentionné encore une fois à part, alors qu'il a déjà été enseigné que l'on ne s'immerge pas.
עַד הָנֵץ הַחַמָּה שֶׁיָּצָא מִסְּפֵק לַיְלָה:
Pour sortir du doute de la nuit.
וְכֻולָּן שֶׁעָשׂוּ כו' דְּמֵעֲלוֹת הַשַּׁחַר יְמָמָא הוּא אֲבָל לְפִי שֶׁאֵין הַכֹּל בְּקִיאִין בּוֹ צְרִיכִין לְהַמְתִּין עַד הָנֵץ הַחַמָּה:
Car dès la montée de l'aube, c'est déjà le jour. Mais comme tous ne sont pas experts en la matière, il faut attendre le lever du soleil.
🗂️ Tossefot (1)
וְלֹא טוֹבְלִין וְלֹא מַזִּין אֶלָּא בַּיּוֹם קַשְׁיָא דְּהִתְנָן בְּמַסֶּכֶת פָּרָה (פי"ב מִשְׁנָה י"א) אֵין טוֹבְלִין הָאֵזוֹב בַּלַּיְלָה וּמַזִּין בַּיּוֹם אֲבָל הוּא עַצְמוֹ טוֹבֵל בַּלַּיְלָה וּמַזִּין עָלָיו בַּיּוֹם וְהָכָא אָמְרִינַן דְּצָרִיךְ לִטְבֹּול בַּיּוֹם ופר"ת דִּשְׁתֵּי טְבִילוֹת הֵן אַחַת לִפְנֵי הַהַזָּאָה כְּדֵי לְקַבֵּל הַהַזָּאָה וְאוֹתָהּ הָוְיָא בַּלַּיְלָה כְּדִתְנַן בְּמַסֶּכֶת יְבָמוֹת (דַּף מו:) וְאַחַת לְאַחַר הַהַזָּאָה וְהַייְנוּ הַהִיא דִּכְתִיבָא בִּקְרָא וְהַהִיא הָוְיָא בִּימָמָא וְהָכִי נָמֵי מַשְׁמַע פ"ב דִּכְרִיתוֹת (דַּף ט.) דְּאִיכָּא טְבִילָה לִפְנֵי הַהַזָּאָה דְּקָאָמְרִינַן מָה אֲבוֹתֵיכֶם לֹא נִכְנְסוּ לַבְּרִית אֶלָּא בְּמִילָה וּטְבִילָה וְהַרְצָאַת דָּמִים וְהַרְצָאַת דָּמִים נָפְקָא לָן מִוַּיִּזְרוֹק אֶת הַדָּם וּטְבִילָה נָפְקָא לָן מִשּׁוּם דִּגְמִירִי דְּאֵין הַזָּאָה בְּלֹא טְבִילָה לְפָנֶיהָ כְּדֵי לְקַבֵּל הַהַזָּאָה וְהַזָּאַת פָּרָה בִּמְקוֹם אוֹתָהּ הַזָּאָה עוֹמֶדֶת וְאִם כֵּן צָרִיךְ טְבִילָה לְפָנֶיהָ וְגַם צָרִיךְ טְבִילָה לְאַחֲרֶיהָ דְּהָא בְּסִפְרֵי קָתָנֵי שֶׁאִם הִקְדִּים טְבִילָה לְהַזָּאָה לֹא עָשָׂה וְלֹא כְלוּם אַלְמָא שֶׁיֵּשׁ טְבִילָה לְאַחַר הַזָּאָה כִּדְמַשְׁמַע הָתָם וְאַחַת קֹודֶם הַהַזָּאָה כִּדְמַשְׁמַע בִּכְרִיתוֹת וּבְכַמָּה מְקוֹמוֹת בִּגְמָרָתֵנוּ שֶׁמַּזְכִּיר טְבִילָה לִפְנֵי הַהַזָּאָה ומ"מ קָשֶׁה הָכָא בְּאֵיזֶה טְבִילָה מַיְירֵי אִי בִּטְבִילָה דְּלִפְנֵי הַהַזָּאָה כִּדְמַשְׁמַע לִישָּׁנָא דִּנְקַט טוֹבְלִין בְּרֵישָׁא אִם כֵּן הָוְיָא אֲפִילּוּ בַּלַּיְלָה כִּדְפָרֵישִׁית וְאִי מַייְרֵי בְּאוֹתָהּ שֶׁלְּאַחַר הַזָּאָה מַאי אִירְיָא מִשּׁוּם דְּאִיתַּקַּשׁ לְהַזָּאָה תִּיפּוֹק לֵיהּ מִשּׁוּם דְּהָוְיָא לְאַחַר הַהַזָּאָה וְאֵינָהּ אֶלָּא בַּיּוֹם וְלִמְעוּטֵי לַיְלָה שֶׁלְּאַחַר הַהַזָּאָה דְּהַיְינוּ לֵיל שְׁמִינִי לָא אִיצְטְרִיךְ דְּכֵיוָן דְּעָבַר שְׁבִיעִי פְּשִׁיטָא דְּמֻותָּר לִטְבֹּול בְּכָל עֵת שֶׁיִּרְצֶה וְגַם רַשִׁ"י פֵּירֵשׁ כֵּן דְּמִשֶּׁעָבַר הַיּוֹם מֻותָּר לִטְבֹּול בַּלַּיְלָה לְכָךְ נִרְאֶה כְּפֵירוּשׁ רִיבָ"א דְּהָכָא מַייְרֵי בִּטְבִילַת אֵזוֹב דְּהָוְיָא בִּימָמָא כְּדִתְנַן בְּמַסֶּכֶת [פָּרָה שָׁם] וּלְהָכִי נְקַט טוֹבְלִין וְאַחַ"כּ מַזִּין וה"נ מַשְׁמַע בִּירוּשַׁלְמִי דְּמַיְיתִי קְרָא דִּוְטִבֵּל וְהִזָּה לְמִדְרְשָׁא דְּאִתַּקַּשׁ טְבִילָה לְהַזָּאָה וְהַייְנוּ טְבִילַת אֵזוֹב וּמִיהוּ קָשֶׁה לְרִ"י דְּהָא אָמַר בְּשִׁלְהֵי מַסֶּכֶת יוֹמָא (דַּף פח.) הַזָּב וְהַזָּבָה וּטְמֵא מֵת טְבִילָתָן בַּיּוֹם ר' יוֹסֵי אוֹמֵר מִן הַמִּנְחָה וּלְמַעְלָה לֹא יִטְבֹּול פֵּירוּשׁ אַחַר שֶׁהִתְפַּלֵּל תְּפִלַּת הַמִּנְחָה דִּתְפִילַּת נְעִילָה יָכוֹל הוּא לְאוֹמְרָהּ בַּלַּיְלָה וּפְשִׁיטָא דְּהַייְנוּ בַּיּוֹם שֶׁלְּאַחַר הַהַזָּאָה דְּאִי לִפְנֵי הַהַזָּאָה הֵיאַךְ מֻותָּר לִטְבֹּול בְּיוֹם הַכִּפּוּרִים אִי מִשּׁוּם דִּטְבִילָה בִּזְמַנָּהּ מִצְוָה מִכָּל מָקוֹם הַהַזָּאָה הָוְיָא שְׁבוּת כִּדְאָמַר פֶּרֶק אֵלּוּ דְּבָרִים (פְּסָחִים דַּף סה:) וְהֵיאַךְ יָכוֹל לַעֲשׂוֹת וְאִם תְּפָרֵשׁ שֶׁהִזָּה מֵאֶתְמוֹל וְעַכְשָׁיו הוּא טוֹבֵל בַּשְּׁמִינִי אֵין זוֹ טְבִילָה בִּזְמַנָּהּ וְלָא דָּחֲיָא יוֹם הַכִּפּוּרִים וצ"ל שֶׁקִּיבֵּל הַהַזָּאָה מִקָּטָן אוֹ בְּשׁוֹגֵג אוֹ שֶׁעָבַר וְהִזָּה:
Difficulté : nous avons appris dans le traité Para (ch. 12, michna 11) que l'on ne trempe pas l'hysope la nuit et que l'on asperge de jour, mais que l'homme lui-même s'immerge la nuit et que l'on asperge sur lui de jour ; or ici nous disons qu'il faut s'immerger de jour. Rabbenou Tam a expliqué qu'il y a deux immersions : l'une avant l'aspersion, afin de recevoir l'aspersion, et celle-là a lieu la nuit, comme il est enseigné dans le traité Yevamot (46b) ; et l'autre après l'aspersion, qui est celle écrite dans le verset, et celle-là a lieu de jour. C'est aussi ce qui ressort du deuxième chapitre de Keritot (9a), qu'il existe une immersion avant l'aspersion, car nous y disons : de même que vos pères ne sont entrés dans l'alliance que par la circoncision, l'immersion et la présentation des sangs ; la présentation des sangs, nous la déduisons de « et il répandit le sang », et l'immersion, nous la déduisons de ce qu'il est reçu qu'il n'y a pas d'aspersion sans une immersion qui la précède, afin de recevoir l'aspersion. Et l'aspersion de la vache rousse tient la place de cette aspersion-là ; il faut donc une immersion avant elle, et il en faut aussi une après elle, car le Sifri enseigne que s'il a fait précéder l'immersion à l'aspersion, il n'a rien fait. Il y a donc bien une immersion après l'aspersion, comme cela ressort de là, et une avant l'aspersion, comme cela ressort de Keritot et de plusieurs endroits de notre guemara qui mentionnent une immersion avant l'aspersion. Il reste malgré tout difficile de savoir de quelle immersion il s'agit ici. S'il s'agit de celle qui précède l'aspersion, comme le suggère la formulation qui place « on s'immerge » en premier, alors elle pourrait se faire même la nuit, comme je l'ai expliqué. Et s'il s'agit de celle qui suit l'aspersion, pourquoi la déduire du rapprochement avec l'aspersion ? Qu'on la déduise de ce qu'elle vient après l'aspersion, laquelle n'a lieu que de jour. Et il n'était pas nécessaire d'exclure la nuit qui suit l'aspersion, c'est-à-dire la nuit du huitième : puisque le septième est passé, il est évident qu'il lui est permis de s'immerger quand il le veut, et Rachi l'a lui-même expliqué ainsi, qu'une fois le jour passé il est permis de s'immerger la nuit. C'est pourquoi l'explication du Riva paraît juste : il s'agit ici du trempage de l'hysope, qui se fait de jour, comme il est enseigné dans le traité Para ; et c'est pour cela qu'il mentionne « on trempe » puis « on asperge ». C'est aussi ce qui ressort du Talmud de Jérusalem, qui cite le verset « il trempera et il aspergera » pour l'exégèse rapprochant le trempage de l'aspersion, à savoir le trempage de l'hysope. Toutefois cela fait difficulté pour le Ri, car il est dit à la fin du traité Yoma (88a) : le zav, la zava et celui qui s'est rendu impur par un mort, leur immersion a lieu de jour ; Rabbi Yossi dit : à partir de minha et au-delà, il ne s'immergera pas — c'est-à-dire après avoir prié la prière de minha, car la prière de néila, il peut la dire la nuit. Or il est évident qu'il s'agit là du jour qui suit l'aspersion ; car s'il s'agissait du jour qui la précède, comment serait-il permis de s'immerger le jour de Kippour ? Même si l'immersion en son temps est une mitsva, l'aspersion demeure un chevout (interdit rabbinique), comme il est dit au chapitre Elou devarim (Pessahim 65b) — comment pourrait-il donc l'accomplir ? Et si tu expliques qu'il a reçu l'aspersion la veille et qu'il s'immerge maintenant le huitième, une telle immersion n'est plus en son temps et ne repousse pas le jour de Kippour. Il faut donc dire qu'il a reçu l'aspersion d'un mineur, ou par inadvertance, ou que quelqu'un a transgressé et l'a aspergée sur lui.
⚖️ Rosh (1)
וְאָמַר ר"י בֶּן לֵוִי חַייָּב אָדָם לִקְרוֹת אֶת הַמְּגִילָּה בַּלַּיְלָה וְלִשְׁנוֹתָהּ בַּיּוֹם שֶׁנֶּאֱמַר (תְּהִילִּים כ״ב:ג׳) אֱ-לֹהַי אֶקְרָא יוֹמָם וְלֹא תַעֲנֶה וְלַיְלָה וְלֹא דוּמִיָּה לִי. הָיָה אוֹמֵר רַבֵּינוּ תָּם זַ"ל אַף עַל פִּי שֶׁבֵּירֵךְ זְמַן בַּלַּיְלָה חוֹזֵר וּמְבָרֵךְ זְמַן אַף בַּיּוֹם דְּעִיקַּר קְרִיאָתָהּ הָוֵי בַּיּוֹם יוֹתֵר מִבְּלִילָה דְּהָכִי מַשְׁמַע לִישָּׁנָא דִּקְרָא אֶקְרָא יוֹמָם אע"פ שֶׁלַּיְלָה לֹא דּוּמִיָּה לִי וְקָרָאתִי בַּלַּיְלָה בַּיּוֹם תְּהֵא עִיקַּר הַקְּרִיאָה וְגַם עִיקַּר פִּרְסוּמֵי נִיסָּא הוּא בַּיּוֹם בִּזְמַן מִשְׁתֶּה וְשִׂמְחָה וּמַתָּנוֹת לָאֶבְיוֹנִים וּמִשְׁלוֹחַ מָנוֹת וּתְנַן לְקַמָּן (מְגִילָּה דַּף כ:) כָּל הַיּוֹם כָּשֵׁר לִקְרוֹת אֶת הַמְּגִילָּה קָתָנֵי וְכָל הַלַּיְלָה כָּשֵׁר לִקְרִיאַת מְגִילָּה לָא קָתָנֵי לְפִי שֶׁאֵינָהּ עִיקַּר קְרִיאָה בַּלַּיְלָה וְקָתָנֵי נָמֵי (לְקַמָּן מְגִילָּה דַּף כ.) אֵין קוֹרְאִין אֶת הַמְּגִילָּה וְלֹא מוֹהֲלִין וְלֹא טוֹבְלִין אֶלָּא בַּיּוֹם וּמְפָרֵשׁ בגמ' מִנָּלַן דִּכְתִיב וְהַיָּמִים הָאֵלֶּה בַּיּוֹם אִין בַּלַּיְלָה לָא לֵימָא תֶּיהְוֵי תְּיוּבְתָּא דְּר' יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי וְכוּ' וּמְשַׁנֵּי כִּי קָתָנֵי אַדְּיוֹם וּמִיהוּ מִדְּקָתָנֵי מִקְרָא מְגִילָּה בַּהֲדַייְהוּ שְׁמַע מִינָּה דְּעִיקַּר מִקְרָא מְגִילָּה הָוֵי בִּימָמָא וְעוֹד מִדְּאָמְרִינַן לְקַמָּן (מְגִילָּה דַּף כא:) מַאי מְבָרֵךְ מנ"ח וְלָא קָאָמַר בַּלַּיְלָה מְבָרֵךְ מנ"ח וּבַיּוֹם מ"נ כִּדְקָאָמַר גַּבֵּי נֵר חֲנֻוכָּה יוֹמָא קַמָּא מְבָרֵךְ ננ"ח וְכוּ' אַלְמָא מַשְׁמַע דמנ"ח מְבָרֵךְ בַּיּוֹם וּבַלַּיְלָה וְעוֹד שֶׁבְּנֵי הַכְּפָרִים שֶׁהָיוּ מַקְדִּימִין לְיוֹם הַכְּנִיסָה מִסְּתָמָא בַּיּוֹם הָיוּ בָּאִים לִשְׁמֹועַ אֶת הַמְּגִילָּה כְּשֶׁבָּאִין לִשְׁמֹועַ קְרִיאַת הַתּוֹרָה אַלְמָא שֶׁעִיקַּר קְרִיאָתָהּ בַּיּוֹם ואע"ג דַּהֲוָה סָלְקָא דַּעְתָּא לְמִיתְנְייֵהּ מַתְנִיתִין דִּידֵיהּ בִּימָמָא מ"מ לָא מִיתּוֹקַם הָכִי: אָמַר רַב מְגִילָּה בִּזְמַנָּהּ קוֹרִין אוֹתָהּ בְּיָחִיד שֶׁלֹּא בִּזְמַנָּהּ (אֵין) קוֹרִין אוֹתָהּ (אֶלָּא). בַּעֲשָׂרָה פרש"י שֶׁלֹּא בִּזְמַנָּהּ כְּגוֹן בְּנֵי הַכְּפָרִים שֶׁמַּקְדִּימִין לְיוֹם הַכְּנִיסָה ואע"ג דְּבִימֵי רַב לֵיכָּא לְהַךְ הַקְדָּמָה דְּאֵין קוֹרִין אוֹתָהּ אֶלָּא בִּזְמַנָּהּ פְּלֻוגְתָּא דִּזְמַנָּהּ אַשְׁמוֹעִינַן דְּבִזְמַנָּהּ קוֹרִין אוֹתָהּ בְּיָחִיד וְרַב אַסִּי אָמַר בֵּין בִּזְמַנָּהּ וּבֵין שֶׁלֹּא בִּזְמַנָּהּ (אֵין) קוֹרִין אוֹתָהּ (אֶלָּא) בַּעֲשָׂרָה וְיֵשׁ מְפָרְשִׁים שֶׁלֹּא בִּזְמַנָּהּ כְּגוֹן שֶׁחָל אַרְבָּעָה עָשָׂר לִהְיוֹת בְּשַׁבָּת לִבְנֵי עֲיָירוֹת וט"ו לִבְנֵי כְּרַכִּין שֶׁמַּקְדִּימִין וְקוֹרִין בע"ש לִבְנֵי כְּרַכִּין הֲוָה עוּבְדָא וְחָשׁ לָהּ רַב %לְהָא דְּרַב אַסִּי ואע"ג דְּחָשׁ לֵיהּ רַב לִדְרַב אַסִּי קי"ל כְּרַב דְּהָא ר' יוֹחָנָן קָאֵי כְּוָותֵיהּ דְּאָמַר רַבִּי חִייָּא בַּר אַבָּא א"ר יוֹחָנָן (לְקַמָּן מְגִילָּה דַּף יט:) הַקּוֹרֵא בִּמְגִילָּה הַכְּתוּבָה בֵּין הַכְּתוּבִים לֹא יָצָא וְלָא אֲמָרָן אֶלָּא בְּצִבּוּר מִכְּלָל דִּבְיָחִיד יָצָא וְשָׁמְעִינַן מֵהָא דְּקוֹרִין אוֹתָהּ בְּיָחִיד כְּרַב דְּאָמַר בִּזְמַנָּהּ קוֹרִין אוֹתָהּ בְּיָחִיד וְכֵן פָּסַק רַבֵּינוּ תָּם וּבְסֵדֶר רַב עַמְרָם פָּסַק כְּרַב אַסִּי מִדְּחַשׁ לֵיהּ רַב לִדְרַב אַסִּי וְכֵן מִסְתַּבֵּר וְהָא דְּר' יוֹחָנָן אֵינָהּ רְאָיָה דְּאַף לְרַב אַסִּי קְרִיאָה בְּיָחִיד כִּדְפֵי' רַשִׁ"י דְּמִצְוָה לַחֲזֹור אַחַר עֲשָׂרָה וְאִם לֹא מָצָא עֲשָׂרָה אֵינוֹ פָּטוּר מִקְּרִיאָה אֶלָּא קוֹרֵא בְּיָחִיד:
Rabbi Yehochoua ben Levi a dit : un homme est tenu de lire la meguila la nuit et de la répéter le jour, ainsi qu'il est dit (Psaumes 22, 3) : « Mon D.ieu, j'appelle le jour et Tu ne réponds pas, et la nuit, et point de repos pour moi ». Rabbenou Tam disait : bien qu'il ait récité la bénédiction chéhéhianou la nuit, il la récite de nouveau le jour, car l'essentiel de la lecture se situe le jour plus que la nuit. Telle est en effet la portée du verset : « j'appelle le jour » — bien que « la nuit, point de repos pour moi » et que j'aie déjà lu la nuit, c'est le jour que sera l'essentiel de la lecture. De plus, l'essentiel du pirsouméi nissa (publication du miracle) a lieu le jour, au moment du festin et de la joie, des dons aux pauvres et de l'envoi de portions. Nous avons appris plus loin (20b) « tout le jour est apte à la lecture de la meguila » : il enseigne cela, et il n'enseigne pas « toute la nuit est apte à la lecture de la meguila », parce que la lecture de la nuit n'en constitue pas l'essentiel. Il enseigne également (ici, 20a) : on ne lit pas la meguila, on ne circoncit pas et on ne s'immerge pas, sinon de jour ; et la guemara explique : d'où le savons-nous ? De ce qu'il est écrit « et ces jours-là » — de jour oui, la nuit non. Disons que ce soit une réfutation de Rabbi Yehochoua ben Levi, etc. ; et elle répond : quand il enseigne cela, c'est sur la lecture du jour. Toutefois, du fait qu'il enseigne la lecture de la meguila parmi ces actes, on apprend que l'essentiel de la lecture de la meguila se situe de jour. De plus, nous disons plus loin (21b) : quelles bénédictions récite-t-il ? Les trois, mem-noun-het — et il ne dit pas que la nuit il en récite trois et le jour deux seulement, comme il est dit à propos de la lampe de 'Hanouka que le premier jour il en récite trois, etc. Il ressort donc qu'il récite les trois de jour comme de nuit. De plus, les gens des villages, qui anticipaient au jour du rassemblement, venaient vraisemblablement entendre la meguila de jour, lorsqu'ils venaient entendre la lecture de la Torah ; il ressort donc que l'essentiel de sa lecture se situe de jour. Et bien que l'on eût pu envisager de rapporter son enseignement au jour, cela ne s'établit pas ainsi. Rav a dit : la meguila, en son temps, on la lit seul ; hors de son temps, on ne la lit qu'à dix. Rachi a expliqué « hors de son temps » : par exemple les gens des villages qui anticipent au jour du rassemblement. Et bien qu'à l'époque de Rav cette anticipation n'existait plus, puisqu'on ne la lit qu'en son temps, il nous enseigne la divergence portant sur le temps fixé : en son temps, on la lit seul. Et Rav Assi dit : en son temps comme hors de son temps, on ne la lit qu'à dix. Certains expliquent « hors de son temps » : par exemple lorsque le quatorze tombe un chabbat pour les gens des villes, et le quinze pour les gens des villes fortifiées, qui anticipent et lisent la veille de chabbat. Pour les gens des villes fortifiées, il y eut un cas, et Rav prit en considération l'avis de Rav Assi. Et bien que Rav ait pris en considération l'avis de Rav Assi, la halakha est fixée comme Rav, car Rabbi Yo'hanan se tient comme lui : Rabbi Hiya bar Abba a dit au nom de Rabbi Yo'hanan (19b) que celui qui lit dans une meguila copiée parmi les Ketouvim n'est pas quitte, et que cela n'a été dit que pour la lecture publique — d'où il ressort que seul, il est quitte. Nous apprenons de là qu'on la lit seul, comme Rav qui dit qu'en son temps on la lit seul. Ainsi a tranché Rabbenou Tam. Dans le Seder de Rav Amram, il est tranché comme Rav Assi, du fait que Rav a pris en considération son avis, et c'est ce qui paraît raisonnable ; l'enseignement de Rabbi Yo'hanan ne constitue pas une preuve, car même selon Rav Assi il existe une lecture individuelle, comme Rachi l'a expliqué : c'est une mitsva de rechercher dix personnes, et s'il n'en a pas trouvé dix, il demeure tenu de la lecture et lit seul.
💡 Explication

Nouvelle michna. Elle énumère des actes qui ne valent que de jour : la lecture de la meguila, la mila (circoncision), la tevila (immersion), la haza'a (aspersion des eaux de purification), et l'immersion de la chomeret yom keneged yom, la femme qui garde un jour de propreté en regard d'un jour de vue.

Deux seuils sont distingués. Le netz ha-hama, lever du soleil, fixe le moment à priori : il écarte tout doute sur la fin de la nuit. La alot ha-chahar, montée de l'aube, marque le début réel du jour selon la Torah ; un acte accompli entre les deux vaut donc après coup. Rachi donne la raison de l'écart : tous ne savent pas reconnaître l'aube.

Tossefot ouvre ici une longue discussion sur l'identité de l'immersion visée : celle de la personne ou le trempage de l'hysope dans les eaux de purification. Le Roch, de son côté, rapporte la position de Rabbenou Tam sur la lecture de nuit et celle de jour, et la question du minyan pour la lecture.

8
גְּמ׳ מִנָּלַן? דְּאָמַר קְרָא: ״וְהַיָּמִים הָאֵלֶּה נִזְכָּרִים וְנַעֲשִׂים״ — בַּיּוֹם אִין, בַּלַּיְלָה לָא. לֵימָא תֶּיהְוֵי תְּיוּבְתָּא דְּרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי, דְּאָמַר רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי: חַיָּיב אָדָם לִקְרוֹת אֶת הַמְּגִילָּה בַּלַּיְלָה וְלִשְׁנוֹתָהּ בַּיּוֹם! כִּי קָתָנֵי — אַדְּיוֹם.

GUEMARA. D'où le savons-nous ?

Car le verset dit : « Et ces jours-là sont rappelés et accomplis » — de jour oui, la nuit non. Disons donc que ce soit une réfutation de Rabbi Yehochoua ben Levi, qui a dit : un homme est tenu de lire la meguila la nuit et de la répéter le jour !

Quand il l'enseigne, c'est à propos du jour.

📜 Rachi (1)
גְּמ' כִּי קָתָנֵי עַד שֶׁתְּהֵא הָנֵץ הַחַמָּה אַדְּיוֹם אַקַּרְייָה שְׁנִיָּה וְקָאָמַר שֶׁיְּהֵא שֶׁל יוֹם בַּיּוֹם:
« Jusqu'au lever du soleil » porte sur le jour, c'est-à-dire sur la seconde lecture ; il dit que la lecture du jour se fasse de jour.
💡 Explication

La guemara cherche la source de la première règle. Le verset d'Esther parle de « ces jours-là », et l'exclusion se lit par la formule habituelle : ce qui est désigné est inclus, ce qui ne l'est pas est exclu.

L'objection est immédiate, car Rabbi Yehochoua ben Levi impose justement une lecture de nuit. La réponse restreint la portée de la michna : elle règle le moment de la lecture diurne, sans se prononcer sur celle de la nuit. La lecture nocturne a sa propre source et n'entre pas dans la liste.

9
וְלֹא מָלִין וְכוּ׳. דִּכְתִיב: ״וּבַיּוֹם הַשְּׁמִינִי יִמּוֹל״.

« Et on ne circoncit pas, etc. » Car il est écrit : « Et au huitième jour, sa chair sera circoncise. »

🗂️ Tossefot (1)
דִּכְתִיב וּבַיּוֹם הַשְּׁמִינִי יִמּוֹל קַשְׁיָא דִּבְפֶרֶק ר' אֱלִיעֶזֶר אוֹמֵר אִם לֹא הֵבִיא (שַׁבָּת דַּף קלב. וְשָׁם) דְּרֵישׁ הַאי קְרָא לוֹמַר אֲפִילּוּ בְּשַׁבָּת וּמִבֶּן שְׁמוֹנַת יָמִים דְּרֵישׁ וְלֹא בַּלַּיְלָה וְתַנְיָא הָתָם כְּוָותֵיהּ דְּרַבִּי יוֹחָנָן וְי"ל דְּהָכָא מַיְיתֵי הַדְּרָשָׁה הַפְּשׁוּטָה יוֹתֵר כִּרְאִייַּת נְגָעִים וְהִקְשָׁה ה"ר אֶפְרַיִם כֵּיוָן דְּמִילָה אֵינָהּ בַּלַּיְלָה אִם כֵּן הָוְיָא מִצְוַת עֲשֵׂה שֶׁהַזְּמַן גְּרָמָא שֶׁהַנָּשִׁים פְּטוּרוֹת מִמֶּנָּה וא"כ קַשְׁיָא לָמָּה לִי בפ"ק דְּקִדּוּשִׁין (דַּף כט. וְשָׁם) קְרָא דְּאוֹתוֹ לוֹמַר דְּאִשָּׁה אֵינָהּ חַיֶּיבֶת לָמוּל תִּיפּוֹק לֵיהּ דְּמִצְוַת עֲשֵׂה שֶׁהַזְּמַן גְּרָמָא הִיא וְי"ל דְּאִי לָאו אוֹתוֹ הֲוָה אֲמִינָא דְּהַאי דְּנָשִׁים פְּטוּרוֹת מִמִּצְוַת עֲשֵׂה שֶׁהַזְּמַן גְּרָמָא הַיְינוּ הֵיכָא דְּלֵיכָּא כָּרֵת דֻּומְיָא דְּמַצָּה וְשִׂמְחָה וְהַקְהֵל דְּלֵית בְּהוּ כָּרֵת וּמִנַּייְהוּ מְמַעֲטִינַן נָשִׁים אֲבָל מִילָה שֶׁיֵּשׁ בָּהּ כָּרֵת וְנִכְרְתוּ עָלֶיהָ שְׁלֹשׁ עֶשְׂרֵה בְּרִיתוֹת הֲוָה אֲמִינָא דִּמְחַיֵּיב בְּהוּ נָשִׁים לָמוּל אֶת בְּנַייְהוּ קמ"ל אוֹתוֹ דְּלָא אִי נָמֵי לְמִילָה שֶׁלֹּא בִּזְמַנָּהּ וּכְמַאן דְּאָמַר דְּנוֹהֲגִין בֵּין בַּיּוֹם בֵּין בַּלַּיְלָה:
Difficulté : au chapitre « Rabbi Eliezer dit : s'il n'a pas apporté » (Chabbat 132a), on interprète ce verset pour enseigner que la circoncision se fait même le chabbat, et c'est de « à l'âge de huit jours » que l'on déduit l'exclusion de la nuit ; une baraita y est enseignée conformément à Rabbi Yo'hanan. On peut répondre qu'ici on rapporte l'exégèse la plus simple, comme pour l'examen des plaies. Rabbi Éfrayim a objecté : puisque la circoncision n'a pas lieu la nuit, c'est donc une mitsva positive liée au temps, dont les femmes sont dispensées ; dès lors, pourquoi faut-il, au premier chapitre de Kidouchin (29a), le mot « lui » pour enseigner qu'une femme n'est pas tenue de circoncire ? Qu'on le déduise de ce que c'est une mitsva positive liée au temps. On peut répondre que sans le mot « lui », j'aurais dit que la dispense des femmes pour les mitsvot positives liées au temps ne vaut que là où il n'y a pas de karet, à l'image de la matsa, de la joie de la fête et du hakhel, qui ne comportent pas de karet et d'où l'on exclut les femmes ; mais la circoncision, qui comporte le karet et sur laquelle treize alliances ont été contractées, j'aurais dit que les femmes y sont tenues et doivent circoncire leurs fils — le mot « lui » vient nous enseigner qu'il n'en va pas ainsi. Ou encore : le verset est nécessaire pour la circoncision hors de son temps, selon l'avis qui la tient valable de jour comme de nuit.
💡 Explication

Source de la deuxième règle. Le mot jour du verset du Lévitique fixe le moment de la mila.

Tossefot signale que le traité Chabbat tire de ce même verset un enseignement différent, à savoir que la circoncision repousse le chabbat, et déduit l'exclusion de la nuit d'une autre expression. La réponse donnée est une règle de méthode : un même verset peut porter plusieurs exégèses, et notre guemara retient la plus directe.

La seconde question de Tossefot est plus large. Si la mila est liée au temps, la dispense générale des femmes devrait suffire à les exempter, sans qu'un verset spécial soit nécessaire. La réponse suppose que la gravité de la mitsva — karet et treize alliances — aurait pu faire croire à une exception.

10
וְלֹא טוֹבְלִין וְלֹא מַזִּין וְכוּ׳. דִּכְתִיב: ״וְהִזָּה הַטָּהֹור עַל הַטָּמֵא [וְגוֹ׳] בַּיּוֹם הַשְּׁבִיעִי״, וְאִיתַּקַּשׁ טְבִילָה לְהַזָּיָה.

« Et on ne s'immerge pas, et on n'asperge pas, etc. » Car il est écrit : « Et l'homme pur aspergera sur l'impur [...] au septième jour » ; et l'immersion est rapprochée de l'aspersion.

📜 Rachi (1)
וְאִיתַּקַּשׁ טְבִילָה דִּכְתִיב בְּסֵיפֵיהּ וְרָחַץ בְּמַיִם וה"ה לְזָב וְזָבָה:
Car il est écrit à la fin du verset « et il lavera son corps dans l'eau » ; et il en va de même pour le zav et pour la zava.
💡 Explication

Source des troisième et quatrième règles. Le verset des Nombres fixe explicitement l'aspersion au septième jour, ce qui l'exclut de la nuit.

L'immersion n'a pas de mention de jour propre ; elle la reçoit par hekech, rapprochement scripturaire : la même phrase du verset énonce l'aspersion puis le lavage du corps dans l'eau, et ce voisinage transmet à la seconde la condition de la première. Rachi étend la portée au zav et à la zava, dont l'immersion suit la même règle.

11
וְכֵן שׁוֹמֶרֶת יוֹם כְּנֶגֶד יוֹם לֹא תִּטְבֹּול עַד שֶׁתָּנֵץ הַחַמָּה וְכוּ׳. פְּשִׁיטָא! מַאי שְׁנָא שׁוֹמֶרֶת יוֹם כְּנֶגֶד יוֹם מִכָּל חַיָּיבֵי טְבִילוֹת!

« Et de même celle qui garde un jour pour un jour ne s'immergera pas avant le lever du soleil, etc. » C'est évident ! En quoi celle qui garde un jour pour un jour diffère-t-elle de tous ceux qui sont tenus de s'immerger ?

📜 Rachi (2)
ה"ג פְּשִׁיטָא מַאי שְׁנָא שׁוֹמֶרֶת יוֹם כְּנֶגֶד יוֹם כו':
Telle est la leçon : « C'est évident ! En quoi celle qui garde un jour pour un jour diffère-t-elle, etc. »
שׁוֹמֶרֶת יוֹם כְּנֶגֶד יוֹם לְאַחַר שֶׁכָּלָה שִׁבְעָה יְמֵי נִדָּה נִכְנָסִין י"א יוֹם הַקֵּרוּיִין יְמֵי זִיבָה שֶׁאִם תִּרְאֶה בָּהֶן ג' יָמִים רְצוּפִין הֲרֵי הִיא זָבָה וּטְעוּנָה סְפִירַת שִׁבְעָה וְקָרְבָּן וְאִם תִּרְאֶה יוֹם אֶחָד שׁוֹמֶרֶת יוֹם לְמָחֳרַת וְטוֹבֶלֶת וּמִקְּרָאֵי יָלֵיף לָהּ בְּתוֹרַת כֹּהֲנִים וּמַיְיתִי לָהּ בִּשְׁמַעְתָּא בָּתְרָיְיתָא דְּמַסֶּכֶת נִדָּה:
Après l'achèvement des sept jours de nidda entrent onze jours appelés jours de ziva : si elle voit du sang durant trois jours consécutifs, elle est zava, tenue de compter sept jours et d'apporter un sacrifice. Et si elle voit un seul jour, elle garde le lendemain en regard de ce jour et s'immerge. Cela se déduit de versets dans le Torat Cohanim, et c'est rapporté dans la dernière discussion du traité Nidda.
🗂️ Tossefot (1)
מַאי שְׁנָא שׁוֹמֶרֶת יוֹם כְּנֶגֶד יוֹם וְכוּ' אִי וְלֹא טוֹבְלִין דִּלְעֵיל מַייְרֵי בִּטְבִילַת אָדָם אָתֵי שַׁפִּיר דְּבָעֵי מַאי שְׁנָא שֶׁהִזְכִּיר בִּפְנֵי עַצְמָהּ אֲבָל אִי אַייְרֵי בִּטְבִילַת אֵזוֹב צָרִיךְ לְפָרֵשׁ הָכִי מַאי שְׁנָא שֶׁהִזְכִּיר שׁוֹמֶרֶת יוֹם לוֹמַר שֶׁהִיא בַּיּוֹם מִכָּל שְׁאָר חַיָּיבֵי טְבִילוֹת:
Si l'énoncé « et on ne s'immerge pas », plus haut, traite de l'immersion d'une personne, la question va de soi : en quoi ce cas diffère-t-il, pour être mentionné à part ? Mais s'il s'agit du trempage de l'hysope, il faut poser la question autrement : en quoi ce cas diffère-t-il de tous les autres tenus de s'immerger, pour qu'il ait mentionné celle qui garde un jour afin de dire que son immersion a lieu de jour ?
💡 Explication

La michna a déjà posé que l'on ne s'immerge pas la nuit. Énoncer ensuite le cas de la chomeret yom keneged yom paraît superflu, d'où l'objection pechita, « c'est évident ».

Rachi rappelle le cadre. Après les sept jours de nidda viennent onze jours dits de ziva. Trois vues consécutives durant ces onze jours font de la femme une zava guedola, tenue de sept jours propres et d'un sacrifice. Une seule vue n'exige qu'un jour de garde, le lendemain, suivi de l'immersion.

Tossefot fait dépendre la portée de la question de la lecture retenue plus haut : selon que la michna visait l'immersion d'une personne ou le trempage de l'hysope, la redondance n'est pas la même.

🖼️ Schéma
Le calendrier de la femme : nidda, ziva, et les deux statuts 7 jours de nidda Puis immersion le soir du 7e. 11 jours de ziva Toute vue de sang pendant ces onze jours entre dans le compte de la ziva. Une ou deux vues : chomeret yom Elle garde le lendemain en regard du jour de la vue, sans nouvelle vue. Immersion ce jour de garde, après le lever du soleil. Aucun sacrifice. Trois vues consécutives : zava guedola Elle compte sept jours propres avant de pouvoir s'immerger, puis apporte un sacrifice. Statut plus lourd à tous égards.
Le cadre suppose par la michna : les onze jours de ziva, et le partage entre une ou deux vues, qui demandent un seul jour de garde, et trois vues, qui font la zava guedola.
12
אִיצְטְרִיךְ: סָלְקָא דַּעְתָּךְ אָמֵינָא תֶּיהְוֵי כִּרְאָיָה רִאשׁוֹנָה שֶׁל זָב — וּרְאָיָה רִאשׁוֹנָה שֶׁל זָב אִיתַּקַּשׁ לְבַעַל קֶרִי, דִּכְתִיב: ״זֹאת תּוֹרַת הַזָּב וַאֲשֶׁר תֵּצֵא מִמֶּנּוּ שִׁכְבַת זֶרַע״. מַה בַּעַל קֶרִי טוֹבֵל בַּיּוֹם — הַאי נָמֵי לִיטְבּוֹל בְּיוֹמֵיהּ.

C'était nécessaire : il aurait pu te venir à l'esprit de dire que son cas serait comme la première vue du zav. Or la première vue du zav est rapprochée de celui qui a eu une émission séminale, ainsi qu'il est écrit : « Telle est la loi de celui qui a un écoulement et de celui dont sort une émission séminale ».

De même que celui qui a eu une émission séminale s'immerge le jour même, celle-ci aussi devrait s'immerger le jour même.

📜 Rachi (1)
תֶּיהֱוֵי הַךְ רְאִיָּה שֶׁל זָבָה כִּרְאָיָה רִאשׁוֹנָה שֶׁל זָב דְּאִיתַּקַּשׁ לְבַעַל קֶרִי דִּכְתִיב זֹאת תּוֹרַת הַזָּב וַאֲשֶׁר תֵּצֵא מִמֶּנּוּ שִׁכְבַת זֶרַע חֲדָא זִיבָה כְּתִיב הָכָא וְהַיְינוּ רְאִיָּה רִאשׁוֹנָה וַאֲשֶׁר תֵּצֵא מִמֶּנּוּ שִׁכְבַת זֶרַע הַיְינוּ בַּעַל קֶרִי:
Cette vue de la zava serait comme la première vue du zav, laquelle est rapprochée de celui qui a eu une émission séminale, ainsi qu'il est écrit : « Telle est la loi de celui qui a un écoulement et de celui dont sort une émission séminale ». Un seul écoulement est écrit ici, à savoir la première vue ; et « celui dont sort une émission séminale », c'est le baal keri.
💡 Explication

La guemara construit la hava amina, l'hypothèse qu'il fallait écarter. Le verset du Lévitique place côte à côte « celui qui a un écoulement » et « celui dont sort une émission séminale » ; ce voisinage est lu comme un hekech.

Le terme ziva y est écrit au singulier, ce qui vise la première vue du zav, celle qui ne l'a pas encore constitué en zav complet. Son régime est donc aligné sur celui du baal keri, qui s'immerge le jour même de l'émission, sans attendre.

Par analogie, la femme qui n'a vu qu'un jour pourrait relever du même régime allégé et s'immerger sans attendre le jour suivant. C'est cette hypothèse que la michna vient repousser en mentionnant son cas à part.

13
וְהָא בִּימָמָא לָא מָצְיָא טָבְלָה, דִּכְתִיב: ״כָּל יְמֵי זוֹבָהּ כְּמִשְׁכַּב נִדָּתָהּ יִהְיֶה לָּהּ״, בְּלֵילְיָא מִיהַת לֶיעְבֵּיד מִקְצָת שִׁימּוּר, וְתִיטְבּוֹל, קָא מַשְׁמַע לַן כֵּיוָן דְּבָעֲיָא סְפִירָה —

Or elle ne peut pas s'immerger le jour même, car il est écrit : « Tous les jours de son écoulement seront pour elle comme la couche de sa nidda ». La nuit, du moins, qu'elle accomplisse une partie de la garde et qu'elle s'immerge !

Il nous enseigne donc : puisqu'il lui faut un compte —

📜 Rachi (2)
מִשּׁוּם דִּכְתִיב יִהְיֶה גָּרְסִינַן כָּל יְמֵי זוֹב טֻומְאָתָהּ כְּמִשְׁכַּב נִדָּתָהּ יִהְיֶה לָּהּ וְהַךְ קְרָא בִּרְאִייַּת שׁוֹמֶרֶת יוֹם כְּנֶגֶד יוֹם קָאֵי מֵרִבּוּי כָּל יְמֵי דָּרְשִׁינַן לָהּ בְּמַסֶּכֶת נִדָּה (דַּף עג.) וְאָמְרִינַן הָתָם יִהְיֶה לָהּ מְלַמֵּד שֶׁסֹּופֶרֶת אֶחָד לְאֶחָד קְצָת מִיּוֹם הַמָּחֳרָת הִלְכָּךְ בַּלַּיְלָה מִיהַת תִּטְבֹּול דְּעָבְדָה קְצָת שִׁימּוּר:
« Tous les jours de l'écoulement de son impureté seront pour elle comme la couche de sa nidda. » Ce verset porte sur la vue de celle qui garde un jour pour un jour ; c'est du terme inclusif « tous les jours » que nous le déduisons dans le traité Nidda (73a). Et nous disons là-bas que « seront pour elle » enseigne qu'elle compte un jour en regard d'un jour, une partie du lendemain ; par conséquent, la nuit au moins elle pourrait s'immerger, puisqu'elle a accompli une partie de la garde.
קמ"ל כֵּיוָן דְּהַאי אֶחָד לְאֶחָד מִשּׁוּם סְפִירָה הִיא מִדֻּוגְמַת סְפִירַת ז' כָּל סְפִירָה דִּימָמָא הִיא דִּכְתִיב וְסָפְרָה לָּהּ שִׁבְעַת יָמִים (וַיִּקְרָא טו):
Puisque ce « un jour en regard d'un jour » relève d'un compte, à l'image du compte des sept jours, tout compte se fait de jour, ainsi qu'il est écrit : « elle comptera pour elle sept jours ».
💡 Explication

La hava amina se heurte à un premier obstacle : le verset « tous les jours de son écoulement » maintient la femme dans son impureté pendant tout le jour de la vue. L'immersion le jour même est donc exclue, à la différence du baal keri.

L'hypothèse se replie alors sur la nuit suivante. Le raisonnement s'appuie sur l'enseignement du traité Nidda selon lequel une partie du jour suivant suffit au compte : si une partie suffit, une partie de la nuit devrait suffire aussi, et l'immersion pourrait avoir lieu dès la nuit.

La michna repousse cette dernière tentative en s'appuyant sur la notion de sefira, le compte. Rachi en donne la raison : tout compte se fait de jour, comme le montre le verset « elle comptera pour elle sept jours ». La phrase reste suspendue et s'achève au début du folio suivant.

🖼️ Schéma
La hava amina et ses deux rejets Hypothèse (seg. 11) : la traiter comme la première vue du zav Le hekech du verset l'aligne sur le baal keri, qui s'immerge le jour même, sans attendre. Premier rejet : pas le jour même Tous les jours de son écoulement seront pour elle comme la couche de sa nidda : le jour de la vue reste impur. Repli : alors la nuit suivante Une partie du jour suffit au compte ; qu'une partie de la nuit suffise aussi, et qu'elle s'immerge dès la nuit. Second rejet : puisqu'il lui faut un compte, et que tout compte se fait de jour — la suite au folio 20b.
La chaîne du raisonnement : l'hypothèse tirée du zav, son rejet par le verset, le repli sur la nuit, et le rejet final par l'exigence de compte.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).