Megillah 21a — Fin du chapitre Ha-korei le-mafrea : ce qui vaut de jour et ce qui vaut de nuit ; ouverture du chapitre Ha-korei et ha-Meguila omed ve-yochev — lire debout ou assis, et le nombre de lecteurs à la Torah

Megillah 21a

Sougya : Le folio achève d'abord le chapitre précédent. La michna avait énuméré les actes réservés au jour et ceux qui valent toute la nuit ; la guemara donne la source de chacun : le jugement de la sota par la gezera chava avec michpat, la nuque brisée de la génisse parce que le terme kappara y est écrit et la rapproche des kodachim, la purification du metsora par ביום טהרתו.

Du côté de la nuit : la moisson du omer et le compte, la combustion des graisses et des membres, et — par la clause zeh ha-klal — la consommation des offrandes pascales, ce qui range notre michna contre Rabbi Elazar ben Azarya, qui la limite à minuit. La clause zeh ha-klal du jour, elle, vient inclure la disposition et le retrait des coupelles d'encens selon Rabbi Yossi.

Vient ensuite le hadran, puis la michna qui ouvre le troisième chapitre : la meguila se lit debout ou assis, par un ou par deux, et la berakha suit la coutume du lieu ; puis le barème des lecteurs à la Torah, de trois à sept selon le jour. La guemara oppose aussitôt la Torah a la meguila : la Torah se lit debout, d'après ואתה פה עמד עמדי — verset dont Rabbi Abbahou tire aussi que le maître et le disciple doivent être au même niveau.

Le folio se clôt sur la contradiction entre ואשב בהר et ואנכי עמדתי בהר, et ses quatre résolutions.

Le partage de la michna : ce qui ne vaut que de jour, ce qui vaut toute la nuit De jour seulement Faire boire la sota Gezera chava avec michpat : le jugement se fait de jour. Arifat ha-egla (la génisse à la nuque brisée) Le mot kappara y est écrit : elle est traitée comme les kodachim. Purification du metsora Au jour de sa purification : oiseaux, cèdre, hysope, fil écarlate. Zeh ha-klal vient inclure : la disposition et le retrait des bazikhin (coupelles d'encens de la table), selon Rabbi Yossi qui admet le retrait le matin et la disposition le soir. Toute la nuit Moisson du omer et compte Moisson et compte de nuit ; l'apport de l'offrande, de jour. Combustion des graisses et des membres Toute la nuit jusqu'au matin, sur le brasier de l'autel. Immersions et aspersions de la nuit Déjà énumérées dans la michna du folio précédent. Zeh ha-klal vient inclure : la consommation des offrandes pascales toute la nuit — donc notre michna n'est pas celle de Rabbi Elazar ben Azarya, qui la limite à minuit.
Les deux colonnes de la michna et la source de chaque cas ; en pointillés, ce que la clause zeh ha-klal ajoute de chaque côté.
Le barème des lecteurs à la Torah (michna du chapitre 3) Jour Lecteurs Ajouter ? Haftara ? Lundi, jeudi, chabbat à minha Jours de travail ; minha est proche de la nuit. 3 non non Roch hodech, hol ha-moed Moussaf, mais pas yom tov ; le travail périssable reste permis. 4 non non Yom tov Le travail pour la nourriture est permis : on reste en dessous du chabbat. 5 oui oui Yom Kippour Tout travail est interdit, sauf le karet qui le distingue encore du chabbat. 6 oui oui Chabbat Aucune perte de travail : le nombre est au maximum. 7 oui oui Dans tous les cas : seul le premier bénit avant la lecture et seul le dernier bénit après ; les lecteurs du milieu ne bénissent pas.
Le nombre de lecteurs monte avec la liberté du jour à l égard du travail ; l ajout et la haftara ne sont ouverts qu à partir du yom tov.
Debout ou assis : la meguila et la Torah Meguila Debout ou assis, au choix du lecteur. Un lecteur ou deux ensemble : on s'acquitte. Rachi : on ne dit pas que deux voix ne peuvent être entendues en même temps. Torah en public Debout seulement. Un seul lit — pas deux. Le Roch, au nom du Yerouchalmi : même s'appuyer contre une colonne est interdit. Verset unique : ואתה פה עמד עמדי Ve-ata po amod imadi — et toi, tiens-toi ici debout avec Moi. Première leçon : la Torah se reçoit debout Kiveyakhol, le Saint béni soit-Il aussi se tenait debout. Seconde leçon : maître et disciple au même niveau Pas le maître sur un lit et le disciple à terre.
Le contraste qui ouvre le chapitre, et le verset unique dont Rabbi Abbahou tire deux enseignements distincts.
1
מַה מִשְׁפָּט בַּיּוֹם — אַף כָּאן בַּיּוֹם.

De même que le jugement se fait de jour, de même ici, de jour.

📜 Rachi (1)
מִשְׁפָּט בְּיוֹם דִּכְתִיב וְהָיָה בְּיוֹם הַנְחִילוֹ אֶת בָּנָיו (דְּבָרִים כ״א:ט״ז) אֹורְעָה כָּל הַפָּרָשָׁה כֻּולָּהּ לִהְיוֹת דִּין בְּמַס' סַנְהֶדְרִין בְּפֶ' אֶחָד דִּינֵי מָמוֹנוֹת (סַנְהֶדְרִין דַּף לד:):
Le jugement de jour — car il est écrit : « et ce sera, au jour où il fera hériter ses fils » (Devarim 21,16) ; toute la section entière a été rattachée à ce terme pour que le jugement se fasse de jour, dans le traité Sanhédrin, au chapitre Ehad dinei mamonot (Sanhédrin 34b).
💡 Explication

Le folio s'ouvre au milieu d'une gezera chava commencée à la fin du folio précédent : le terme davar employé à propos de la sota est rapproché du terme employé à propos du jugement. La conclusion est ramassée en une phrase : ce qui vaut pour le michpat (jugement) vaut pour la sota.

Rachi fournit le maillon manquant : le jugement lui-même n'est de jour que parce que le verset de la succession dit « au jour où il fera hériter », et que toute la section des jugements a été alignée sur cette expression. La chaîne est donc : succession → jugement → sota.

2
וְלַעֲרִיפַת הָעֶגְלָה, אָמְרִי דְּבֵי רַבִּי יַנַּאי: כַּפָּרָה כְּתִיב בָּהּ, כְּקָדָשִׁים. וּלְטַהֲרַת מְצֹורָע, דִּכְתִיב: ״זֹאת תִּהְיֶה תּוֹרַת הַמְּצֹורָע בְּיוֹם טָהֳרָתוֹ״.

Et pour la nuque brisée de la génisse (arifat ha-egla), on dit dans l'école de Rabbi Yannai : le terme kappara (expiation) y est écrit, donc elle est comme les kodachim (les offrandes consacrées). Et pour la purification du metsora, car il est écrit : « Telle sera la loi du metsora, au jour de sa purification ».

📜 Rachi (1)
לְטַהֲרַת מְצֹורָע בַּצִּפֳּרִים וְעֵץ אֶרֶז וְאֵזוֹב וּשְׁנִי תוֹלָעַת:
Pour la purification du metsora — avec les deux oiseaux, le bois de cèdre, l'hysope et le fil écarlate.
💡 Explication

Deux sources de nature différente. Pour la génisse à la nuque brisée, aucun verset ne parle de jour : c'est le mot kappara écrit dans sa section qui la fait entrer dans le régime des kodachim, et tout service des kodachim se fait de jour. Le raisonnement est une assimilation de catégorie, pas une déduction de mot à mot.

Pour le metsora, au contraire, le verset dit lui-même « au jour de sa purification ». Rachi précise de quel acte il s'agit : le rite des deux oiseaux, du bois de cèdre, de l'hysope et du fil écarlate, qui ouvre le processus de purification.

3
כָּל הַלַּיְלָה כָּשֵׁר לִקְצִירַת הָעֹומֶר וְכוּ׳, דְּאָמַר מַר: קְצִירָה וּסְפִירָה — בַּלַּיְלָה, וַהֲבָאָה — בַּיּוֹם. וּלְהֶקְטֵר חֲלָבִים וְאֵבָרִים, דִּכְתִיב: ״כָּל הַלַּיְלָה עַד הַבֹּוקֶר״.

« Toute la nuit est valable pour la moisson du omer, etc. » — car le Maître a dit : la moisson et le compte se font de nuit, et l'apport (de l'offrande) de jour. Et pour la combustion des graisses et des membres, car il est écrit : « toute la nuit jusqu'au matin ».

📜 Rachi (2)
דְּאָמַר מַר קְצִירָה וּסְפִירַת בַּלַּיְלָה וְיָלֵיף לָהּ בְּמַס' מְנָחוֹת מִקְּרָאֵי:
Car le Maître a dit : la moisson et le compte de nuit — on le déduit de versets dans le traité Menahot.
כָּל הַלַּיְלָה עַד הַבֹּוקֶר עַל מוֹקְדָה עַל הַמִּזְבֵּחַ כָּל הַלַּיְלָה עַד הַבֹּוקֶר:
Toute la nuit jusqu'au matin — « sur son brasier, sur l'autel, toute la nuit jusqu'au matin ».
🗂️ Tossefot (1)
וּלְהֶקְטֵר חֲלָבִים כָּל הַלַּיְלָה עַד הַבֹּוקֶר וְהַייְנוּ דַּוְקָא שֶׁנִּתְעַכְּלוּ הָאֵבָרִים קֹודֶם חֲצוֹת שֶׁשָּׁלְטָה בָּהֶן הָאוּר אֲבָל אִם לֹא מָשְׁלָה בָּהֶן אֵין נִמְשָׁכִין אַחַר חֲצוֹת כִּדְאָמַר ר' יוֹחָנָן סוֹף פ"ק דְּיוֹמָא (דַּף כ:):
Et pour la combustion des graisses, toute la nuit jusqu'au matin — cela vaut précisément lorsque les membres ont commencé à être consumés avant minuit, le feu ayant déjà pris sur eux ; mais si le feu n'a pas pris sur eux, on ne les prolonge pas au-delà de minuit, comme l'a dit Rabbi Yo'hanan à la fin du premier chapitre de Yoma (20b).
💡 Explication

La michna avait dit que toute la nuit convient à la moisson du omer. La guemara renvoie à Menahot : la ketsira (moisson) et la sfira (le compte) appartiennent à la nuit, tandis que l hava — porter l'offrande au Temple — appartient au jour. Un seul commandement est donc coupé en deux régimes horaires.

Tossefot pose une limite à la combustion nocturne : la permission de brûler toute la nuit suppose que le feu ait déjà pris sur les membres avant minuit. Le principe énoncé par la michna est général, la pratique du Temple le restreint.

4
זֶה הַכְּלָל: דָּבָר שֶׁמִּצְוָתוֹ בַּיּוֹם — כָּשֵׁר כָּל הַיּוֹם. זֶה הַכְּלָל לַאֲתוּיֵי מַאי? לְאֵתוֹיֵי סִידּוּר בָּזִיכִין וְסִלּוּק בָּזִיכִין,

« Voici la règle : une chose dont la mitsva est de jour est valable tout le jour. » « Voici la règle » vient inclure quoi ? Vient inclure la disposition des bazikhin (les coupelles d'encens) et le retrait des bazikhin,

💡 Explication

La guemara applique sa méthode habituelle à une clause de généralisation : si la michna a déjà énuméré tous les cas, que reste-t-il à ajouter par zeh ha-klal ? La réponse désigne un cas que la michna n'avait pas nommé : les bazikhin, les deux coupelles d'encens posées à côté des pains de proposition sur la table du Sanctuaire, qu'on retire chaque chabbat avec les anciens pains et qu'on redispose avec les nouveaux.

Aucun verset ne fixe l'heure de ces deux gestes. Ils tombent donc sous la règle générale : une mitsva du jour vaut tout le jour.

5
וּכְרַבִּי יוֹסֵי. דְּתַנְיָא, רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר: סִילֵּק אֶת הַיְּשָׁנָה שַׁחֲרִית, וְסִידֵּר אֶת הַחֲדָשָׁה עַרְבִית — אֵין בְּכָךְ כְּלוּם.

et selon Rabbi Yossi. Car il a été enseigné : Rabbi Yossi dit — s'il a retiré l'ancien le matin et disposé le nouveau le soir, il n'y a là rien (de fautif).

📜 Rachi (1)
וְכַר' יוֹסֵי דְּאָמַר בְּמַסֶּכֶת מְנָחוֹת אֲפִילּוּ סִילֵּק אֶת הַיְּשָׁנָה שַׁחֲרִית וְסִידֵּר אֶת הַחֲדָשָׁה עַרְבִית אַף זוֹ הָיְתָה תָּמִיד וּמַהוּ תָּמִיד שֶׁלֹּא יָלִין שֻׁולְחָן בְּלֹא לֶחֶם אֲבָל לְרַבָּנָן טִפְחוֹ שֶׁל זֶה מְסַדֵּר בְּצַד טִפְחוֹ שֶׁל מְסַלֵּק:
Et selon Rabbi Yossi — qui dit dans le traité Menahot : même s'il a retiré l'ancien le matin et disposé le nouveau le soir, cela aussi est « en permanence » ; et qu'est-ce que « en permanence » ? Que la table ne passe pas la nuit sans pain. Mais selon les Sages, celui qui dispose place sa largeur de main à côté de la largeur de main de celui qui retire.
💡 Explication

La réponse précédente n'est tenable que dans l'avis de Rabbi Yossi. Pour lui, l'intervalle entre le retrait des anciens pains et la disposition des nouveaux peut couvrir toute la journée : le mot tamid (en permanence) exige seulement que la table ne passe pas une nuit sans pain.

Les Sages lisent tamid à la lettre : le retrait et la disposition doivent être simultanés, les mains des kohanim se relayant largeur de main contre largeur de main. Dans leur avis, ces gestes ne sont pas des mitsvot valables tout le jour, et la clause zeh ha-klal devrait viser autre chose.

🖼️ Schéma
Le relais des pains de proposition : deux lectures de tamid Rabbi Yossi Matin : on retire Soir : on dispose La table reste vide une partie du jour. Tamid = la table ne passe pas la nuit sans pain. Donc : mitsva du jour, valable tout le jour. C'est ce cas que zeh ha-klal vient inclure. Les Sages Retrait et disposition dans le même geste Une largeur de main entre à mesure que l'autre sort. Tamid = pas un instant sans pain sur la table. Donc : aucun jeu dans la journée. Ce cas ne peut pas illustrer la règle générale. Nafka mina (conséquence) Notre michna, en incluant les bazikhin dans zeh ha-klal, se range dans l'avis de Rabbi Yossi.
Ce que chaque avis entend par tamid, et pourquoi seul Rabbi Yossi permet à la michna d'inclure les bazikhin.
6
וּמָה אֲנִי מְקַיֵּים (״לִפְנֵי ה׳ תָּמִיד״) — שֶׁלֹּא יְהֵא שֻׁולְחָן בְּלֹא לֶחֶם.

Et comment est-ce que je maintiens (le verset) « devant ה' en permanence » ? Que la table ne soit pas sans pain.

7
דָּבָר שֶׁמִּצְוָתוֹ בַּלַּיְלָה — כָּשֵׁר כָּל הַלַּיְלָה. לַאֲתוּיֵי מַאי?

« Une chose dont la mitsva est de nuit est valable toute la nuit. » Vient inclure quoi ?

8
לַאֲתוּיֵי אֲכִילַת פְּסָחִים, וּדְלָא כְּרַבִּי אֶלְעָזָר בֶּן עֲזַרְיָה. דְּתַנְיָא: ״וְאָכְלוּ אֶת הַבָּשָׂר בַּלַּיְלָה הַזֶּה״, אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר בֶּן עֲזַרְיָה: נֶאֱמַר כָּאן ״בַּלַּיְלָה הַזֶּה״ וְנֶאֱמַר לְהַלָּן ״וְעָבַרְתִּי בְאֶרֶץ מִצְרַיִם בַּלַּיְלָה הַזֶּה״, מַה לְהַלָּן עַד חֲצוֹת, אַף כָּאן עַד חֲצוֹת.

Vient inclure la consommation des offrandes pascales — et non selon Rabbi Elazar ben Azarya. Car il a été enseigné : « Et ils mangeront la viande en cette nuit ».

Rabbi Elazar ben Azarya dit : il est dit ici « en cette nuit » et il est dit plus loin « et je passerai dans le pays d'Égypte en cette nuit » ; de même que là-bas c'est jusqu'à minuit, de même ici jusqu'à minuit.

🗂️ Tossefot (1)
לְאֵתוֹיֵי אֲכִילַת פְּסָחִים וּדְלָא כְּרַבִּי אֶלְעָזָר ב"ע מ"מ נִרְאֶה דַּהֲלָכָה כְּר' אֶלְעָזָר דְּהָא אִיכָּא סְתָמָא בְּעַרְבֵי פְּסָחִים (פְּסָחִים קכ: וְשָׁם) דְּקָאֵי כְּוָותֵיהּ דִּתְנַן הַפֶּסַח אַחַר חֲצוֹת מְטַמֵּא אֶת הַיָּדַיִם וְכֵן מִשְׁנָה בְּאֵיזֶהוּ מְקוֹמָן (זְבָחִים דַּף נו:) וּסְתָמָא בְּסוֹף פ"ק דִּבְרָכוֹת (דַּף ט.) גַּבֵּי מַעֲשֶׂה וּבָאוּ בָּנָיו שֶׁל רַבָּן גַּמְלִיאֵל מִבֵּית הַמִּשְׁתֶּה וְכוּ' אָמַר לָהֶם כָּל מַה שֶּׁאָמְרוּ חֲכָמִים עַד חֲצוֹת מִצְוָתָן עַד שֶׁיַּעֲלֶה עַמּוּד הַשַּׁחַר וְאִילּוּ אֲכִילַת פְּסָחִים לָא קָתָנֵי וּמוּקֵי לָהּ כראב"ע דְּאָמַר עַד חֲצוֹת וא"כ צָרִיךְ לְמַהֵר לֶאֱכֹול מַצָּה בְּלֵילֵי פְּסָחִים קֹודֶם חֲצוֹת וַאֲפִילּוּ מַצָּה שֶׁל אֲפִיקוֹמָן שֶׁהֲרֵי חִיּוּב מַצָּה בַּזְּמַן הַזֶּה הֲוָה דְּאוֹרָייְתָא אֲבָל בְּהַלֵּל שֶׁל אַחַר אֲפִיקוֹמָן אֵין לְהַחְמִיר כָּל כָּךְ שֶׁהֲרֵי מִדְּרַבָּנָן הוּא:
Vient inclure la consommation des offrandes pascales, et non selon Rabbi Elazar ben Azarya — quoi qu'il en soit, il semble que la halakha suive Rabbi Elazar, car il y a une michna anonyme dans Arvei Pessahim (Pessahim 120b) qui va dans son sens : nous avons appris que le pessa'h, après minuit, rend les mains impures ; de même la michna d'Eizehou mekoman (Zevahim 56b) ; et une michna anonyme à la fin du premier chapitre de Berakhot (9a), à propos du fait que les fils de Rabban Gamliel revinrent de la maison du banquet, etc., et il leur dit : tout ce que les Sages ont dit « jusqu'à minuit », leur mitsva va jusqu'au lever de l'aube — or la consommation des offrandes pascales n'y est pas enseignée, et on explique cette michna selon Rabbi Elazar ben Azarya, qui dit « jusqu'à minuit ». S'il en est ainsi, il faut se hâter de manger la matsa les nuits de Pessa'h avant minuit, y compris la matsa de l'afikoman, puisque l'obligation de matsa de nos jours est d'ordre toraique ; mais pour le Hallel qui suit l'afikoman, il n'y a pas lieu d'être aussi rigoureux, puisqu'il est d'ordre rabbinique.
💡 Explication

La clause zeh ha-klal du côté de la nuit inclut la consommation du korban pessa'h toute la nuit. Cela place notre michna en opposition avec Rabbi Elazar ben Azarya, qui tire d'une gezera chava sur l'expression « en cette nuit » — celle du repas pascal et celle du passage divin en Égypte — que la consommation s'arrête à minuit.

Tossefot tranche en sens inverse de la michna : plusieurs michnayot anonymes suivent Rabbi Elazar ben Azarya, donc la halakha aussi. La conséquence pratique est immédiate pour le seder — la matsa, y compris l afikoman, doit être mangée avant minuit ; le Hallel qui suit n'étant que d'ordre rabbinique, il n'appelle pas la même rigueur.

🖼️ Schéma
Jusqu'où mange-t-on le korban pessa'h ? Sortie des étoiles Hatsot (minuit) Amoud ha-chahar Notre michna : une mitsva de la nuit vaut toute la nuit Rabbi Elazar ben Azarya : jusqu'à minuit Gezera chava : « en cette nuit » (le repas) = « en cette nuit » (le passage en Égypte). Tossefot : la halakha suit Rabbi Elazar ben Azarya Donc la matsa, afikoman compris, se mange avant minuit ; le Hallel qui suit reste d'ordre rabbinique.
La michna, l'avis de Rabbi Elazar ben Azarya, et la conclusion pratique que Tossefot en tire pour le seder.
9
הֲדַרַן עֲלָךְ הַקּוֹרֵא לְמַפְרֵעַ

Hadran alakh Ha-korei le-mafrea (fin du deuxième chapitre : « Celui qui lit à l'envers »).

📜 Rachi (1)
הֲדַרַן עֲלָךְ הַקּוֹרֵא לְמַפְרֵעַ
Fin du deuxième chapitre : « Ha-korei le-mafrea ».
🗂️ Tossefot (1)
הֲדַרַן עֲלָךְ הַקּוֹרֵא לְמַפְרֵעַ
Fin du deuxième chapitre : « Ha-korei le-mafrea ».
10
הַקּוֹרֵא אֶת הַמְּגִילָּה — עוֹמֵד וְיוֹשֵׁב. קְרָאָהּ אֶחָד, קְרָאוּהָ שְׁנַיִם — יָצְאוּ. מָקוֹם שֶׁנָּהֲגוּ לְבָרֵךְ — יְבָרֵךְ, וְשֶׁלֹּא לְבָרֵךְ — לֹא יְבָרֵךְ.

MICHNA. Celui qui lit la meguila, debout ou assis (s'acquitte).

Qu'un seul l'ait lue ou que deux l'aient lue, ils se sont acquittés. Dans un lieu où l'on a coutume de bénir, qu'il bénisse ; et là où l'on a coutume de ne pas bénir, qu'il ne bénisse pas.

📜 Rachi (3)
מַתְנֵי' הַקּוֹרֵא עוֹמֵד וְיוֹשֵׁב אִם רָצָה עוֹמֵד אִם רָצָה יוֹשֵׁב:
Michna. Celui qui lit, debout ou assis — s'il le veut debout, s'il le veut assis.
קְרָאוּהָ שְׁנַיִם יַחַד יָצְאוּ וְלָא אָמְרִינַן אֵין שְׁנֵי קוֹלוֹת נִשְׁמָעִין כְּאֶחָד:
Deux l'ont lue — ensemble, ils se sont acquittés ; et l'on ne dit pas que deux voix ne peuvent être entendues en même temps.
לֹא יְבָרֵךְ אֵין צָרִיךְ לְבָרֵךְ:
Il ne bénira pas — il n'a pas besoin de bénir.
🗂️ Tossefot (1)
מַתְנֵי' הַקּוֹרֵא. וְאֵין מַפְטִירִין בַּנָּבִיא. קַשְׁיָא לְר"ת דְּהָא בְּפֶרֶק בַּמֶּה מַדְלִיקִין (שַׁבָּת דַּף כד. וְשָׁם) אָמַר רַב אַחְדְּבוֹי שֶׁאִלְמָלֵא שַׁבָּת אֵין נָבִיא בְּמִנְחָה בְּיוֹם טוֹב שֶׁחָל לִהְיוֹת בַּשַּׁבָּת וְצָרִיךְ לוֹמַר דְּהַאי דְּקָאָמַר הָתָם דְּמַפְטִיר בַּנָּבִיא בְּמִנְחָה בְּשַׁבָּת כְּשֶׁחָל ביו"ט לָאו דַּוְקָא נָבִיא אֶלָּא רוֹצֶה לוֹמַר בִּכְתוּבִים כִּדְאָמְרִינַן פֶּרֶק כָּל כִּתְבֵי (שַׁבָּת קטז:) בִּנְהַרְדְּעָא פִּסְקֵי סִדְרָא בִּכְתוּבִים בְּמִנְחָה בְּשַׁבְּתָא וּפָסְקִי הַיְינוּ הַפְטָרָה וּמְקוֹמוֹת יֵשׁ שֶׁנּוֹהֲגִין לַעֲשׂוֹת כֵּן וְהַטַּעַם שֶׁמַּפְטִיר בְּמִנְחָה בְּתַעֲנִית וְלֹא בְּשַׁחֲרִית מִשּׁוּם דִּכְתִיב בָּהּ שִׁמְרוּ מִשְׁפָּט וַעֲשׂוּ צְדָקָה (יְשַׁעְיָהוּ נו) וְאַגְרָא דְּתַעֲנִיתָא צְדָקְתָּא לְעֵת עֶרֶב ומש"ה נָכוֹן לְאוֹמְרוֹ בָּעֶרֶב אַחַר שֶׁעָשׂוּ צְדָקָה:
Michna : celui qui lit... « et l'on ne conclut pas par une haftara dans les Prophètes » — difficulté pour Rabbenou Tam : au chapitre Bameh madlikin (Chabbat 24a) Rav Ahadvoï dit que, sans le chabbat, il n'y aurait pas de lecture des Prophètes à minha un yom tov tombant un chabbat. Il faut dire que ce qui est appelé la-bas « lire les Prophètes à minha du chabbat quand il tombe un yom tov » ne désigne pas précisément les Prophètes, mais les Écrits, comme nous le disons au chapitre Kol kitvei (Chabbat 116b) : à Nehardea, ils achevaient une section dans les Écrits à minha du chabbat — et « achever » veut dire haftara ; il y a des endroits où l'on a coutume de faire ainsi. Et la raison pour laquelle on lit la haftara à minha les jours de jeûne et non le matin, c'est qu'il y est écrit « gardez le droit et pratiquez la tsedaka » (Yechayahou 56), et que le salaire du jeûne est la tsedaka donnée vers le soir ; c'est pourquoi il convient de la dire le soir, après qu'on a donné la tsedaka.
⚖️ Rosh (1)
הַקּוֹרֵא אֶת הַמְּגִילָּה עוֹמֵד וְיוֹשֵׁב יָצָא. קְרָאָהּ אֶחָד קְרָאוּהָ שְׁנַיִם יָצְאוּ. מָקוֹם שֶׁנָּהֲגוּ לְבָרֵךְ יְבָרֵךְ שֶׁלֹּא לְבָרֵךְ לֹא יְבָרֵךְ. בְּשֵׁנִי וּבַחֲמִישִׁי וּבַשַּׁבָּת בַּמִּנְחָה קוֹרִין שְׁלֹשָׁה אֵין פּוֹחֲתִין מֵהֶם וְאֵין מוֹסִיפִין עֲלֵיהֶן וְאֵין מַפְטִירִין בַּנָּבִיא. וְהַפּוֹתֵחַ וְהַחוֹתֵם בַּתּוֹרָה מְבָרֵךְ לְפָנֶיהָ וּלְאַחֲרֶיהָ:
« Celui qui lit la meguila, debout ou assis, s'est acquitté. Qu'un seul l'ait lue ou que deux l'aient lue, ils se sont acquittés. Dans un lieu où l'on a coutume de bénir, qu'il bénisse ; là où l'on a coutume de ne pas bénir, qu'il ne bénisse pas. Le lundi, le jeudi et le chabbat à minha, trois lisent : on n'en retranche pas et on n'y ajoute pas, et l'on ne conclut pas par une haftara dans les Prophètes. Et celui qui ouvre et celui qui clôt la lecture de la Torah bénissent avant elle et après elle. »
💡 Explication

La michna qui ouvre le troisième chapitre pose trois règles de liberté : la posture est libre, le nombre de lecteurs l'est aussi, et la berakha suit la coutume du lieu. Chacune de ces trois libertés sera opposée, dans la guemara, à la rigueur de la lecture de la Torah.

Rachi relève le point technique du deuxième cas : on aurait pu penser que deux voix simultanées ne sont pas distinguées par l'oreille et qu'aucune ne serait entendue. La michna enseigne que pour la meguila, du fait que le public y prête attention, l'obligation est bien remplie.

11
בְּשֵׁנִי, וַחֲמִישִׁי, בְּשַׁבָּת בְּמִנְחָה — קוֹרִין שְׁלֹשָׁה. אֵין פּוֹחֲתִין מֵהֶן, וְאֵין מוֹסִיפִין עֲלֵיהֶן, וְאֵין מַפְטִירִין בַּנָּבִיא. הַפּוֹתֵחַ וְהַחוֹתֵם בַּתּוֹרָה — מְבָרֵךְ לְפָנֶיהָ וּלְאַחֲרֶיהָ.

Le lundi, le jeudi, et le chabbat à minha, trois personnes lisent. On n'en retranche pas et on n'y ajoute pas, et l'on ne conclut pas par une haftara dans les Prophètes.

Celui qui ouvre et celui qui clôt la lecture de la Torah bénit avant elle et après elle.

📜 Rachi (4)
בְּשֵׁנִי וּבַחֲמִישִׁי בְּשַׁבָּת וּבְשַׁבָּת בְּמִנְחָה עֶזְרָא תִּיקֵּן שֶׁיְּהוּ קוֹרִין בְּשֵׁנִי וּבַחֲמִישִׁי בְּבָבָא קַמָּא בְּפֶרֶק מְרֻובֶּה (בָּבָא קַמָּא דַּף פב.) וְהָכָא אַשְׁמְעִינַן דִּשְׁלֹשָׁה הֵן כֹּהֵן וְלֵוִי וְיִשְׂרָאֵל:
Le lundi, le jeudi, et le chabbat à minha — Ezra a institué qu'on lise le lundi et le jeudi, dans Baba Kama, au chapitre Merouba (Baba Kama 82a) ; et ici on nous enseigne qu'ils sont trois : un kohen, un levi et un israël.
וְאֵין מוֹסִיפִין עֲלֵיהֶן שֶׁלֹּא יִקְשֶׁה לַצִּבּוּר מִפְּנֵי שֶׁהֵן יְמֵי מְלָאכָה וְשַׁבָּת בְּמִנְחָה סָמוּךְ לַחֲשֵׁיכָה הוּא שֶׁהֲרֵי כָּל הַיּוֹם הָיוּ רְגִילִין לִדְרֹושׁ:
Et l'on n'y ajoute pas — pour ne pas peser sur la communauté, car ce sont des jours de travail ; et le chabbat à minha, c'est proche de la tombée de la nuit, puisque toute la journée ils avaient coutume d'étudier le derach.
וְאֵין מַפְטִירִין מִשּׁוּם הַאי טַעְמָא גּוּפֵיהּ:
Et l'on ne conclut pas par une haftara — pour cette même raison.
הַפּוֹתֵחַ וְהַחוֹתֵם בַּגְּמ' מְפָרֵשׁ:
Celui qui ouvre et celui qui clôt — la guemara l'explique.
🗂️ Tossefot (2)
הַקּוֹרֵא. וְאֵין מַפְטִירִין בַּנָּבִיא קַשְׁיָא לְר"ת דְּהָא בְּפֶרֶק בַּמֶּה מַדְלִיקִין (שַׁבָּת דַּף כד.וְשָׁם) אָמַר רַב אַחְדְּבוֹי שֶׁאִלְמָלֵא שַׁבָּת אֵין נָבִיא בְּמִנְחָה בְּיוֹם טוֹב שֶׁחָל לִהְיוֹת בַּשַּׁבָּת וְצָרִיךְ לוֹמַר דְּהַאי דְּקָאָמַר הָתָם דְּמַפְטִיר בַּנָּבִיא בְּמִנְחָה בְּשַׁבָּת כְּשֶׁחָל ביו"ט לָאו דַּוְקָא נָבִיא אֶלָּא רוֹצֶה לוֹמַר בִּכְתוּבִים כִּדְאָמְרִינַן פֶּרֶק כָּל כִּתְבֵי (שַׁבָּת קטו:) בִּנְהַרְדְּעָא פִּסְקֵי סִדְרָא בִּכְתוּבִים בְּמִנְחָה בְּשַׁבְּתָא וּפָסְקִי הַיְינוּ הַפְטָרָה וּמְקוֹמוֹת יֵשׁ שֶׁנּוֹהֲגִין לַעֲשׂוֹת כֵּן וְהַטַּעַם שֶׁמַּפְטִיר בְּמִנְחָה בְּתַעֲנִית וְלֹא בְּשַׁחֲרִית מִשּׁוּם דִּכְתִיב בָּהּ שִׁמְרוּ מִשְׁפָּט וַעֲשׂוּ צְדָקָה (יְשַׁעְיָה נו) וְאַגְרָא דְּתַעֲנִיתָא צְדָקְתָּא לְעֵת עֶרֶב ומש"ה נָכוֹן לְאוֹמְרוֹ בָּעֶרֶב אַחַר שֶׁעָשׂוּ צְדָקָה:
« Celui qui lit... et l'on ne conclut pas par une haftara dans les Prophètes » — difficulté pour Rabbenou Tam : au chapitre Bameh madlikin (Chabbat 24a) Rav Ahadvoï dit que, sans le chabbat, il n'y aurait pas de lecture des Prophètes à minha un yom tov tombant un chabbat. Il faut dire que ce qui est appelé la-bas « lire les Prophètes à minha du chabbat quand il tombe un yom tov » ne désigne pas précisément les Prophètes, mais les Écrits, comme nous le disons au chapitre Kol kitvei (Chabbat 115b) : à Nehardea, ils achevaient une section dans les Écrits à minha du chabbat — et « achever » veut dire haftara ; il y a des endroits où l'on a coutume de faire ainsi. Et la raison pour laquelle on lit la haftara à minha les jours de jeûne et non le matin, c'est qu'il y est écrit « gardez le droit et pratiquez la tsedaka » (Yechayahou 56), et que le salaire du jeûne est la tsedaka donnée vers le soir ; c'est pourquoi il convient de la dire le soir, après qu'on a donné la tsedaka.
הַפּוֹתֵחַ וְהַחוֹתֵם בַּתּוֹרָה מְבָרֵךְ לְפָנֶיהָ וּלְאַחֲרֶיהָ קַשְׁיָא אַמַּאי תְּנָא הַךְ מִילְּתָא הָכָא ג' פְּעָמִים דְּהָא בְּחַד זִימְנָא סַגְיָא וְי"ל דַּהֲוָה סָלְקָא דַעְתָּךְ דְּכָל דִּטְפֵי מִילְּתָא מֵחַבְרֵיהּ מְבָרֵךְ לְפָנֶיהָ וּלְאַחֲרֶיהָ מש"ה אִצְטְרִיךְ לְמִתְנֵי בְּכוּלְּהוּ:
« Celui qui ouvre et celui qui clôt la Torah bénit avant elle et après elle » — difficulté : pourquoi enseigner cette règle ici trois fois, alors qu'une seule fois suffirait ? On peut répondre : on aurait pu penser que, dès lors qu'un cas comporte plus de lecteurs que le précédent, chacun bénit avant et après ; c'est pourquoi il a fallu l'enseigner dans tous les cas.
💡 Explication

Trois lecteurs : Rachi rattache le nombre à la composition d'Israël — un kohen, un levi, un israël. La raison de l'interdiction d'ajouter est économique et sociale : lundi et jeudi sont des jours ouvrés, et minha du chabbat tombe déjà tard.

Tossefot ajoute une observation de forme : la clause sur les berakhot est répétée dans les trois michnayot successives. Cette répétition écarte l'idée qu'un nombre plus élevé de lecteurs changerait la règle et ferait bénir chacun d'eux.

12
בְּרָאשֵׁי חֳדָשִׁים וּבְחֻולּוֹ שֶׁל מוֹעֵד — קוֹרִין אַרְבָּעָה. אֵין פּוֹחֲתִין מֵהֶן, וְאֵין מוֹסִיפִין עֲלֵיהֶן, וְאֵין מַפְטִירִין בַּנָּבִיא. הַפּוֹתֵחַ וְהַחוֹתֵם בַּתּוֹרָה — מְבָרֵךְ לְפָנֶיהָ וּלְאַחֲרֶיהָ.

Aux nouvelles lunes (rachei hodachim) et aux jours intermédiaires de fête (hol ha-moed), quatre personnes lisent. On n'en retranche pas et on n'y ajoute pas, et l'on ne conclut pas par une haftara dans les Prophètes.

Celui qui ouvre et celui qui clôt la lecture de la Torah bénit avant elle et après elle.

📜 Rachi (1)
וְאֵין מוֹסִיפִין עֲלֵיהֶן בְּרָאשֵׁי חֳדָשִׁים וְחוֹל הַמּוֹעֵד נָמֵי אִיכָּא בִּיטּוּל מְלָאכָה דִּמְלֶאכֶת דָּבָר הָאָבֵד מֻותֶּרֶת:
Et l'on n'y ajoute pas — aux nouvelles lunes et à hol ha-moed aussi il y a perte de travail, car le travail dont l'abstention entraînerait une perte (davar ha-aved) est permis.
13
זֶה הַכְּלָל: כֹּל שֶׁיֵּשׁ בּוֹ מוּסָף וְאֵינוֹ יוֹם טוֹב — קוֹרִין אַרְבָּעָה, בְּיוֹם טוֹב — חֲמִשָּׁה, בְּיוֹם הַכִּפּוּרִים — שִׁשָּׁה, בְּשַׁבָּת — שִׁבְעָה. אֵין פּוֹחֲתִין מֵהֶן, אֲבָל מוֹסִיפִין עֲלֵיהֶן, וּמַפְטִירִין בַּנָּבִיא. הַפּוֹתֵחַ וְהַחוֹתֵם בַּתּוֹרָה — מְבָרֵךְ לְפָנֶיהָ וּלְאַחֲרֶיהָ.

Voici la règle : tout jour qui comporte un moussaf sans être un yom tov — quatre lisent ; un yom tov — cinq ; Yom Kippour — six ; le chabbat — sept. On n'en retranche pas, mais on y ajoute, et l'on conclut par une haftara dans les Prophètes.

Celui qui ouvre et celui qui clôt la lecture de la Torah bénit avant elle et après elle.

💡 Explication

La michna résume tout le barème par un principe unique : le nombre de lecteurs suit le degré de solennité du jour, mesuré par le moussaf et par l'interdit de travail. Quatre pour un jour à moussaf qui reste ouvre, puis cinq, six, sept à mesure que le travail se retire.

Le renversement de la clause est le point à retenir : à partir du yom tov, on peut ajouter des lecteurs et l'on conclut par une haftara. La perte de temps de travail n'étant plus un argument, la limite tombe.

14
גְּמ׳ תַּנָּא: מַה שֶּׁאֵין כֵּן בַּתּוֹרָה. מְנָהָנֵי מִילֵּי? אָמַר רַבִּי אָבָהוּ, דְּאָמַר קְרָא: ״וְאַתָּה פֹּה עֲמֹד עִמָּדִי״, וְאָמַר רַבִּי אָבָהוּ: אִלְמָלֵא מִקְרָא כָּתוּב, אִי אֶפְשָׁר לְאוֹמְרוֹ. כִּבְיָכֹול אַף הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא בַּעֲמִידָה.

GUEMARA. Il a été enseigné : il n'en va pas ainsi pour la Torah.

D'où cela ? Rabbi Abbahou a dit : car le verset dit « et toi, tiens-toi ici debout avec Moi ».

Et Rabbi Abbahou a dit : si le verset n'était pas écrit, il serait impossible de le dire — kiveyakhol (pour ainsi dire), le Saint béni soit-Il aussi se tenait debout.

📜 Rachi (2)
גְּמ' מַה שֶּׁאֵין כֵּן בַּתּוֹרָה שֶׁאֵין קוֹרִין בַּתּוֹרָה בְּצִבּוּר מְיֻושָּׁב:
Guemara. Il n'en va pas ainsi pour la Torah — car on ne lit pas la Torah en public en étant assis.
כִּבְיָכוֹל נֶאֱמַר בהקב"ה כִּבְאָדָם שֶׁיָּכוֹל לְהֵאָמֵר בּוֹ כֵּן:
Kiveyakhol — cela est dit du Saint béni soit-Il comme d'un homme dont on pourrait le dire.
🗂️ Tossefot (1)
אִלְמָלֵא מִקְרָא כָּתוּב קַשְׁיָא שֶׁיֵּשׁ אִלְמָלֵא שֶׁרוֹצֶה לוֹמַר אִילּוּ לֹא כְּגוֹן הָכָא וּכְגוֹן אִלְמָלֵא אִגְּרוֹת הָרִאשׁוֹנוֹת (לְעֵיל מְגִילָּה דַּף יב:) וְכֵן הַרְבֵּה וְיֵשׁ אִלְמָלֵא שֶׁרוֹצֶה לוֹמַר אִילּוּ הָיָה אִלְמָלֵא נַגְּדוּהּ לַחֲנַנְיָה מִישָׁאֵל וַעֲזַרְיָה (כְּתֻובּוֹת דַּף לג:) וְכֵן אִלְמָלֵא לֵוִי אַתָּה וְכוּ' (לְקַמָּן מְגִילָּה דַּף כֹּד:) וּמַאי שְׁנָא וְאוֹמֵר ר"ת דְּהֵיכָא שֶׁיֵּשׁ אָלֶ"ף בַּסּוֹף אִלְמָלֵא רוֹצֶה לוֹמַר אִילּוּ לֹא וְהֵיכָא דַּכְתִּי' אִלְמָלֵי בְּיוֹ"ד רוֹצֶה לוֹמַר אִילּוּ הָיָה:
« Si le verset n'était pas écrit » — difficulté : il y a des almale qui veulent dire « si ce n'était pas », comme ici, et comme « almale les premières lettres » (plus haut, Meguila 12b), et bien d'autres ; et il y a des almale qui veulent dire « s'il y avait eu », comme « almale on avait flagellé Hanania, Michaël et Azarya » (Ketoubot 33b), et de même « almale, tu es Levi, etc. » (plus loin, Meguila 24b). Quelle est la différence ? Rabbenou Tam dit : là où il y a un alef à la fin, almala veut dire « si ce n'était pas » ; et là où il est écrit almali avec un youd, cela veut dire « s'il y avait eu ».
🪔 Ben Yehoyada (1)
אלמלא מקרא כתוב, אי־אפשר לאמרו, כביכול, שאפלו הקדוש ברוך הוא בעמידה. הכונה כי הנה קרא כתיב (הושע יב, יא) 'וביד הנביאים אדמה' דאי אפשר לשום נביא לראות פני שכינה, דכתיב על ידי משה רבינו ע"ה בעצמו (שמות לג, כ) 'כי לא יראני האדם וחי', אך יצוייר לעיני הנביאים איזה דמיון כדי שיוכלו להשיג הנבואה כל אחד לפי ערכו, וכמו שכתב הרמב"ם ז"ל בהלכות יסודי התורה, דכל נביא יהיה איזה דמיון לנגד עיניו לפי שעה, והדמיון הזה אינו קבוע לאותו נביא, אלא יהיה לפי אותו הענין של הנבואה דאפילו משה רבינו ע"ה לא ראה הדמיון שוה כי בים סוף נדמה לו כגיבור ובסיני נדמה לו כזקן ובאמת אין לו יתברך דמות וצורה אלא הכל יצוייר לעיני הנביא כמראה הנבואה וכמחזה לפי שעה ואין דעתו של אדם מבין אמיתות הדבר, יעוין שם. וכן הענין כאן, שהיה נדמה לו כעומד ולא יושב ואף על פי שבאמת הציור הזה שהיה מצטער לעיני משה רבינו ע"ה בסיני אין זה אמיתות הדבר אלא הוא דרך דמיון, עם כל זה אמר רבי אבהו אלמלא מקרא שכתוב לא היינו יכולים לאומרו בפינו, וכונת בעל המאמר לומר כי נצטייר ונדמה לעיני משה רבינו ע"ה כעומד, ללמדינו דעת בזה שיהיו הרב והתלמיד התחתונים שוים, שניהם בעמידה או שניהם בישיבה או שניהם על גבי קרקע. ועוד נראה לי בס"ד דלעולם לא היה רואה משה רבינו ע"ה בהר בעת לימודו שום ציור ודמיון בעמידה אלא רק היה שומע הקול מדבר אליו ומלמדו, ומה שאמר לו (דברים ה, כז) 'עמד עמדי' אמר לו בלשון זה המורה כאלו היה הקב"ה בעמידה, כדי ללמד לתחתונים שתהיה קריאתם בעומד. וגם ללמדם שלא יהיה הרב ע על גבי מטה ותלמידיו על גבי קרקע.
« Si le verset n'était pas écrit, il serait impossible de le dire : kiveyakhol, même le Saint béni soit-Il se tenait debout. » Le sens est le suivant. Le verset dit (Hochea 12,11) : « et par la main des prophètes Je Me rends semblable » — car il est impossible à aucun prophète de voir la face de la Chekhina, ainsi qu'il fut dit à Moche notre maître lui-même (Chemot 33,20) : « car l'homme ne peut Me voir et vivre ». Mais il se représente aux yeux des prophètes une certaine image, afin qu'ils puissent recevoir la prophétie, chacun selon son degré — comme l'a écrit le Rambam dans les Hilkhot Yessodei ha-Torah : tout prophète a devant les yeux une image, pour un temps ; et cette image n'est pas fixe pour ce prophète, elle varie selon l'objet de la prophétie. Même Moche notre maître ne vit pas toujours la même image : à la mer des Joncs il Lui apparut comme un guerrier, et au Sinaï comme un ancien. En vérité, Il n'a ni figure ni forme, et tout se représente aux yeux du prophète comme vision prophétique, pour un temps ; l'esprit de l'homme ne saisit pas la vérité de la chose — voir là-bas. Il en va de même ici : il Lui apparut debout et non assis. Et bien que cette représentation qui se dessinait aux yeux de Moche notre maître au Sinaï ne soit pas la vérité de la chose mais une image, Rabbi Abbahou dit malgré tout : si le verset n'était pas écrit, nous ne pourrions le prononcer de notre bouche. L'intention de l'auteur de cet enseignement est de dire que cela se représenta aux yeux de Moche notre maître comme une station debout, pour nous enseigner par là que le maître et le disciple, ici-bas, doivent être au même niveau : tous deux debout, ou tous deux assis, ou tous deux à terre. Et il me semble encore, avec l'aide du Ciel, que Moche notre maître ne vit jamais sur la montagne, pendant son étude, aucune représentation ni image debout, mais qu'il entendait seulement la voix qui lui parlait et l'enseignait ; et ce qui lui fut dit (Devarim 5,27) « tiens-toi debout avec Moi » lui fut dit dans ces termes, qui suggèrent que le Saint béni soit-Il se tenait debout, afin d'enseigner à ceux d'ici-bas que leur lecture se fasse debout, et aussi pour leur apprendre que le maître ne doit pas être sur un lit tandis que ses disciples sont à terre.
⚖️ Rosh (1)
גְּמ' הַקּוֹרֵא אֶת הַמְּגִילָּה עוֹמֵד וְיוֹשֵׁב יָצָא. תָּנָא מַה שֶּׁאֵין כֵּן בַּתּוֹרָה. ומנ"ל דְּקוֹרֵא בַּתּוֹרָה צָרִיךְ לִהְיוֹת עוֹמֵד. אָמַר ר' אָבָהוּ אָמַר קְרָא וְאַתָּה פֹּה עֲמֹוד עִמָּדִי וְאַפֵּי' לִסְמֹוךְ אָסוּר כִּדְאִיתָא בַּיְּרוּשַׁלְמִי (הֵ"א) ר' שְׁמוּאֵל בַּר יִצְחָק עַל לְבֵי כְּנִישְׁתָּא חֲזָא לְחַד בַּר נַשׁ דְּתִרְגֵּם וּסְמִיךְ לַעֲמֹוד אֲמַר לֵיהּ אָסוּר לָךְ כְּשֵׁם שֶׁנִּיתְּנָה בְּאֵימָה כָּךְ אָנוּ צְרִיכִין לִנְהֹוג בָּהּ בְּאֵימָה. א"ר אָבָהוּ אָמַר רַב מִנַּייִן לָרַב שֶׁלֹּא יֵשֵׁב עַל גַּבֵּי הַמִּטָּה וְיִשְׁנֶה לְתַלְמִידָיו ע"ג קַרְקַע שֶׁנֶּאֱמַר וְאַתָּה פֹּה עֲמֹוד עִמָּדִי: קְרָאוּהָ שְׁנַיִם יָצָא. תְּנָא משא"כ בַּתּוֹרָה שֶׁאֵין קוֹרֵא אֶלָּא אֶחָד אוֹתוֹ שֶׁעוֹמֵד לִקְרוֹת בַּתּוֹרָה וְאֵין שְׁלִיחַ צִבּוּר קוֹרֵא עִמּוֹ. וּמַה שֶׁנָּהֲגוּ הָאִידָּנָא שֶׁשְּׁלִיחַ צִבּוּר קוֹרֵא הַיְינוּ שֶׁלֹּא לְבַייֵּשׁ אֶת מִי שֶׁאֵינוֹ יוֹדֵעַ לִקְרוֹת כְּדִתְנַן גַּבֵּי בִּכּוּרִים (פ"ג מ"ז דְּמַס' בִּכּוּרִים) בַּתְּחִלָּה מִי שֶׁיּוֹדֵעַ לִקְרוֹת קוֹרֵא וּמִי שֶׁאֵינוֹ יוֹדֵעַ לִקְרוֹת מַקְרִין אוֹתוֹ נִמְנְעוּ מִלְּהָבִיא מֵחֲמַת הַבּוּשָׁה הִתְקִינוּ שֶׁיְּהוּ מַקְרִין אֶת הַכֹּל. וְאֵין הַדִּמְיוֹן נ"ל דְּהָתָם נִמְנְעוּ מִלְּהָבִיא בְּכוֹרִים וְעָבְרוּ עַל מַה שֶּׁכָּתוּב בַּתּוֹרָה אֲבָל הָכָא בְּקִיאִין יִקְרְאוּ וְהָאֲחֵרִים יִמָּנְעוּ וּמֵחֲמַת הַבּוּשָׁה יִתְּנוּ לֵב לִלְמֹוד הַפָּרָשָׁה אֶלָּא נִרְאֶה הַטַּעַם לְפִי שֶׁאֵין הַכֹּל בְּקִיאִין בְּטַעְמֵי הַקְּרִיאָה וְאֵין צִבּוּר יוֹצְאִין בִּקְרִיאָתוֹ וְהוּא בְּעֵינָיו כְּיוֹדֵעַ וְאִם לֹא יִקְרָאוּהוּ בַּתּוֹרָה אָתֵי לְאִינְּצוֹיֵי עִם ש"ץ לְכָךְ הִתְקִינוּ שֶׁיִּקְרָא שְׁלִיחַ צִבּוּר שֶׁהוּא בָּקִי בִּקְרִיאָה. ומ"מ גַּם הָעוֹמֵד לִקְרוֹת יִקְרָא בְּנַחַת וּבְדִקְדּוּק עִם שְׁלִיחַ צִבּוּר שֶׁלֹּא תְּהֵא בְּרָכָה לְבַטָּלָה וְאוֹתוֹ שֶׁאֵינוֹ יוֹדֵעַ לִקְרוֹת אֵין רָאוּי שֶׁיִּקְרָאֵהוּ שְׁלִיחַ צִבּוּר וְהָוְיָא בְּרָכָה לְבַטָּלָה וְלֹא מִסְתַּבֵּר שֶׁהוּא יְבָרֵךְ עַל קְרִיאַת שְׁלִיחַ צִבּוּר. תָּנוּ רַבָּנַן בַּתּוֹרָה אֶחָד קוֹרֵא וְאֶחָד מְתַרְגֵּם וּבִלְבַד שֶׁלֹּא יְהֵא אֶחָד קוֹרֵא וּשְׁנַיִם מְתַרְגְּמִין וּבַנָּבִיא אַפִּי' אֶחָד קוֹרֵא וּשְׁנַיִם מְתַרְגְּמִין %וּבִלְבַד שֶׁלֹּא יִהְיוּ שְׁנַיִם קוֹרִין וּשְׁנַיִם מְתַרְגְּמִין וּבִמְגִילָּה אֲפִילּוּ עֲשָׂרָה קוֹרִין וַעֲשָׂרָה מְתַרְגְּמִין מַאי טַעְמָא כֵּיוָן דַּחֲבִיבָא לְהוּ יָהֲבִי דַּעְתַּייְהוּ. מָקוֹם שֶׁנָּהֲגוּ לְבָרֵךְ יְבָרֵךְ אָמַר אַבָּיֵי לֹא שָׁנוּ אֶלָּא לְאַחֲרֶיהָ אֲבָל לְפָנֶיהָ מִצְוָה לְבָרֵךְ דְּאָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר שְׁמוּאֵל כָּל הַמִּצְוֹת כֻּולָּן מְבָרֵךְ עֲלַייְהוּ עוֹבֵר לַעֲשִׂייָּתָן. לְפָנֶיהָ מַאי מְבָרֵךְ רַב שֵׁשֶׁת מַקְטְרִיזָא אִיקְּלַע לְגַבֵּי רַב אַשִּׁי וּבֵירַךְ מנ"ח מִקְרָא מְגִילָּה שֶׁעָשָׂה נִסִּים שֶׁהֶחֱייָנוּ. וּלְאַחֲרֶיהָ בְּאַתְרָא דִּנְהִיגִי מַאי מְבָרֵךְ א"ר יַעֲקֹב הָרָב אֶת רִיבֵנוּ וְהַדָּן אֶת דִּינֵנוּ וְהַנּוֹקֵם אֶת נִקְמָתֵנוּ וְהַנִּפְרָע לָנוּ מִצָּרֵינוּ וְהַמְשַׁלֵּם גְּמוּל לְכָל אוֹיְבֵי נַפְשֵׁנוּ בָּרוּךְ הַנִּפְרָע לְעַמּוֹ יִשְׂרָאֵל מִכָּל צָרֵיהֶם רָבָא אָמַר הָאֵל הַמּוֹשִׁיעַ הִלְכָּךְ נַמְרִינְהוּ לְתַרְוַיְיהוּ:
Guemara. « Celui qui lit la meguila, debout ou assis, s'est acquitté. » Il a été enseigné : il n'en va pas ainsi pour la Torah. Et d'où savons-nous que celui qui lit dans la Torah doit se tenir debout ? Rabbi Abbahou a dit : le verset dit « et toi, tiens-toi ici debout avec Moi ». Et même de s'appuyer il est interdit, comme il est rapporté dans le Yerouchalmi (halakha 1) : Rabbi Chmouel bar Yits hak entra dans la maison d'assemblée ; il vit un homme qui traduisait en s'appuyant contre une colonne. Il lui dit : cela t est interdit ; de même qu'elle a été donnée dans la crainte, de même devons-nous nous conduire envers elle dans la crainte. Rabbi Abbahou a dit au nom de Rav : d'où sait-on que le maître ne doit pas s'asseoir sur un lit et enseigner à ses disciples assis à terre ? De ce qu'il est dit « et toi, tiens-toi ici debout avec Moi ». « Deux l'ont lue, il s'est acquitté. » Il a été enseigné : il n'en va pas ainsi pour la Torah, où un seul lit — celui qui se tient pour lire dans la Torah — et le chelia h tsibbour ne lit pas avec lui. Et si l'on a pris aujourd hui la coutume que le chelia h tsibbour lise, c'est pour ne pas faire honte à celui qui ne sait pas lire, comme nous l'avons appris à propos des bikkourim (Bikkourim 3,7) : au début, celui qui savait lire lisait, et celui qui ne savait pas lire, on le lui faisait réciter ; ils s'abstinrent alors d'apporter, par honte, et l'on institua qu'on fasse réciter à tous. Mais la comparaison ne me paraît pas valable : là-bas, ils s'abstenaient d'apporter les bikkourim et transgressaient ce qui est écrit dans la Torah ; ici, en revanche, ceux qui savent liraient et les autres s'abstiendraient, et par honte ils s'appliqueraient à apprendre la section. Il semble plutôt que la raison soit que tous ne sont pas versés dans les teamim de la lecture : la communauté ne s'acquitte pas par leur lecture, alors qu'à leurs propres yeux ils savent lire, et si on ne les appelait pas à la Torah ils en viendraient à se quereller avec le chelia h tsibbour. C'est pourquoi on institua que le chelia h tsibbour lise, lui qui est versé dans la lecture. Quoi qu'il en soit, celui qui monte pour lire doit lui aussi lire à voix basse et avec exactitude avec le chelia h tsibbour, afin que la berakha ne soit pas prononcée en vain ; et pour celui qui ne sait pas lire du tout, il ne convient pas que le chelia h tsibbour lise à sa place, car ce serait une berakha en vain, et il n'est pas raisonnable qu'il bénisse sur la lecture du chelia h tsibbour. Nos maîtres ont enseigné : pour la Torah, un seul lit et un seul traduit, pourvu qu'il n'y ait pas un qui lise et deux qui traduisent ; pour les Prophètes, même un qui lit et deux qui traduisent, pourvu qu'il n'y ait pas deux qui lisent et deux qui traduisent ; et pour la meguila, même dix qui lisent et dix qui traduisent. Quelle en est la raison ? Puisqu'elle leur est chère, ils y prêtent attention. « Dans un lieu où l'on a coutume de bénir, qu'il bénisse. » Abaye a dit : on ne l'a enseigné que pour la berakha d'après ; mais avant elle, c'est une mitsva de bénir, car Rav Yehouda a dit au nom de Chmouel : sur toutes les mitsvot on bénit avant de les accomplir. Avant elle, que bénit-on ? Rav Chechet de Katrizia se trouva chez Rav Achi et bénit les trois bénédictions (mem-noun-het) : « sur la lecture de la meguila », « qui a fait des miracles » et Chehé heyanou. Et après elle, dans un lieu où l'on en a la coutume, que bénit-on ? Rabbi Yaakov a dit : « Celui qui plaide notre cause, qui juge notre jugement, qui venge notre vengeance, qui nous fait justice de nos oppresseurs et qui paie leur rétribution à tous les ennemis de notre âme — béni soit Celui qui fait justice à Son peuple Israël de tous ses oppresseurs. » Rava dit : « le D.ieu qui sauve ». Donc, disons-les toutes deux.
💡 Explication

La guemara oppose aussitôt la meguila a la Torah : ce qui est libre pour l'une est fixe pour l'autre. La source est le verset où Hachem dit à Moche « et toi, tiens-toi ici debout avec Moi » — la Torah se reçoit debout, donc elle se lit debout.

Le mot kiveyakhol signale que l'expression est empruntée au langage humain et ne décrit pas Hachem. Rachi le formule ainsi : on le dit comme on le dirait d'un homme, parce que le verset lui-même a employé ces termes.

Le Roch tire de là deux prolongements pratiques : il est interdit au lecteur de s'appuyer contre une colonne, et le chelia h tsibbour qui lit à la place de l'appelé pose un problème de berakha prononcée en vain.

15
וְאָמַר רַבִּי אָבָהוּ: מִנַּיִן לָרַב שֶׁלֹּא יֵשֵׁב עַל גַּבֵּי מִטָּה וְיִשְׁנֶה לְתַלְמִידוֹ עַל גַּבֵּי קַרְקַע, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְאַתָּה פֹּה עֲמֹד עִמָּדִי״.

Et Rabbi Abbahou a dit : d'où sait-on que le maître ne doit pas s'asseoir sur un lit et enseigner à son disciple assis à terre ? De ce qu'il est dit : « et toi, tiens-toi ici debout avec Moi ».

📜 Rachi (1)
שֶׁלֹּא יֵשֵׁב עַל גַּבֵּי הַמִּטָּה אֶלָּא אוֹ שְׁנֵיהֶם עַל גַּבֵּי הַמִּטָּה אוֹ שְׁנֵיהֶם עַל גַּבֵּי קַרְקַע:
Qu'il ne s'asseye pas sur le lit — mais ou bien tous deux sur le lit, ou bien tous deux à terre.
16
תָּנוּ רַבָּנַן: מִימוֹת מֹשֶׁה וְעַד רַבָּן גַּמְלִיאֵל לֹא הָיוּ לְמֵדִין תּוֹרָה אֶלָּא מְעֻומָּד. מִשֶּׁמֵּת רַבָּן גַּמְלִיאֵל, יָרַד חֹולִי לָעוֹלָם וְהָיוּ לְמֵדִין תּוֹרָה מְיֻושָּׁב. וְהַייְנוּ דִּתְנַן: מִשֶּׁמֵּת רַבָּן גַּמְלִיאֵל בָּטַל כְּבוֹד תּוֹרָה.

Nos maîtres ont enseigné : depuis les jours de Moche jusqu'à Rabban Gamliel, on n'étudiait la Torah que debout. Lorsque Rabban Gamliel mourut, la maladie descendit dans le monde et l'on étudia la Torah assis.

Et c'est ce que nous avons appris : lorsque Rabban Gamliel mourut, l'honneur de la Torah cessa.

🪔 Ben Yehoyada (1)
מֵימוֹת מֹשֶׁה עַד רַבָּן גַּמְלִיאֵל, הָיוּ לְמֵדִין תּוֹרָה מַעֲמָד. נִרְאֶה לִי בס"ד הַטַּעַם כְּדֵי לְהַטְרִיחַ עַצְמָן בַּתּוֹרָה, כְּמוֹ שֶׁאָמְרוּ (מְגִילָּה ו:) 'יָגַעְתִּי וּמָצָאתִי תַּאֲמֵן'. אוֹ יוּבָן הָרַגְלַיִם רוֹמְזִים לָנֶצַח וְהוֹד, וְהַתּוֹרָה נִיתְּנָה עַל יְדֵי לוּחוֹת שֶׁהוּא סוֹד נֶצַח וְהוֹד, וְלִמְּדוּהָ מִפִּי מֹשֶׁה וְאַהֲרֹן שֶׁהֵם נֶצַח וְהוֹד. אוֹ יוּבָן הַגּוּף שֶׁהוּא עוֹלָם קָטָן עוֹמֵד עַל שְׁנֵי רַגְלַיִם וְכֵן הָעוֹלָם עוֹמֵד עַל הַתּוֹרָה דִּכְתִיב (יִרְמְיָה לג, כה) 'אִם לֹא בְרִיתִי יוֹמָם וָלָיְלָה חֻקּוֹת שָׁמַיִם וָאָרֶץ לֹא שָׂמְתִּי' וְהַתּוֹרָה כּוֹלֶלֶת שְׁנֵי עַמּוּדִים שֶׁהוּא עֵסֶק הַתּוֹרָה וְגַם עַמּוּד הָעֲבוֹדָה דְּ'כֹל הַקּוֹרֵא בְּפָרָשַׁת עוֹלָה כְּאִלּוּ הִקְרִיב עוֹלָה' (מְנָחוֹת קי.) . אִי נָמֵי לִימּוּד הַתּוֹרָה מְעֻומָּד יוֹרֶה דְּרָאוּי לָאָדָם לִלְמֹוד תּוֹרָה מִן הָרַב שֶׁהוּא דּוֹמֶה לְמַלְאָךְ, דִּכְתִיב (מַלְאָכִי ב, ז) כִּי שִׂפְתֵי כֹהֵן יִשְׁמְרוּ דַעַת וְהַתּוֹרָה יְבַקְשׁוּ מִפִּיהוּ כִּי מַלְאַךְ ה' צְבֻקּוֹת הוּא, וְיָדוּעַ כִּי הַמַּלְאָכִים אֵין לָהֶם יְשִׁיבָה לְמַעְלָה אֶלָּא הֵם עוֹמְדִים דִּכְתִיב (זְכַרְיָה ג, ז) 'בֵּין הָעֳמָדִים הָאֵלֶּה'.
« Depuis les jours de Moche jusqu'à Rabban Gamliel, on étudiait la Torah debout. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que la raison en est de se donner de la peine dans la Torah, comme ils ont dit (Meguila 6b) : « j'ai peiné et j'ai trouvé — crois-le ». On peut aussi le comprendre ainsi : les jambes font allusion à Netsa'h et Hod, et la Torah fut donnée par les Louhot qui sont le sod (secret) de Netsa'h et Hod, et elle fut apprise de la bouche de Moche et d'Aharon, qui sont Netsa'h et Hod. On peut encore le comprendre ainsi : le corps, qui est un monde en réduction, tient sur deux jambes, et de même le monde tient sur la Torah, ainsi qu'il est écrit (Yirmiyahou 33,25) : « si Mon alliance du jour et de la nuit n'était pas, Je n'aurais pas fixé les lois du ciel et de la terre » ; or la Torah comprend deux colonnes, celle de l'étude de la Torah et celle de la avoda (le service), car « quiconque lit la section de la ola, c'est comme s'il avait offert une ola » (Menahot 110a). Ou encore : l'étude de la Torah debout indique qu'il convient à l'homme d'apprendre la Torah d'un maître qui ressemble à un ange, ainsi qu'il est écrit (Malakhi 2,7) : « car les lèvres du kohen gardent la connaissance, et c'est de sa bouche que l'on recherche la Torah, car il est un messager de ה' Tsevaot » ; et il est connu que les anges n'ont pas d'assise en haut, mais qu'ils se tiennent debout, ainsi qu'il est écrit (Zekharya 3,7) : « parmi ceux qui se tiennent ici ».
💡 Explication

La baraita fait de la posture debout une continuité ininterrompue depuis le Sinaï : apprendre de son maître reproduit la réception de la Torah, où le peuple se tenait debout. La rupture est datée de la mort de Rabban Gamliel, expliquée par l'affaiblissement physique des générations.

La michna de Sota citée ici enregistre la même rupture sous une autre formule : « l'honneur de la Torah cessa ». La station assise est donc présentée comme une concession à la faiblesse, non comme une norme nouvelle.

17
כָּתוּב אֶחָד אוֹמֵר: ״וָאֵשֵׁב בָּהָר״, וְכָתוּב אֶחָד אוֹמֵר: ״וְאָנֹכִי עָמַדְתִּי בָּהָר״! אָמַר רַב: עוֹמֵד וְלוֹמֵד, יוֹשֵׁב וְשׁוֹנֶה. רַבִּי חֲנִינָא אָמַר: לֹא עוֹמֵד וְלֹא יוֹשֵׁב אֶלָּא שׁוֹחֶה. רַבִּי יוֹחָנָן אָמַר: אֵין ״יְשִׁיבָה״ אֶלָּא לְשׁוֹן עַכָּבָה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וַתֵּשְׁבוּ בְקָדֵשׁ יָמִים רַבִּים״. רָבָא אָמַר: רַכּוֹת מְעֻומָּד, וְקָשׁוֹת מְיֻושָּׁב.

Un verset dit : « et je m assis sur la montagne », et un autre verset dit : « et moi je me tins debout sur la montagne » ! Rav a dit : debout il apprenait, assis il répétait.

Rabbi Hanina a dit : ni debout ni assis, mais incliné. Rabbi Yo'hanan a dit : « yechiva » ne signifie rien d'autre que demeurer, ainsi qu'il est dit : « et vous demeurâtes à Kadech de longs jours ».

Rava a dit : les matières faciles debout, les matières difficiles assis.

📜 Rachi (3)
וְלוֹמֵד מִפִּי הַגְּבוּרָה:
Il apprenait — de la bouche de la Gvoura (la Puissance divine).
יוֹשֵׁב וְשׁוֹנֶה שֵׁנִית לְבַדּוֹ מַה שֶׁלָּמַד:
Assis il répétait — il redisait seul, une seconde fois, ce qu'il avait appris.
רַכּוֹת דְּבָרִים רַכִּים וְנוֹחִים שֶׁאָדָם מָהִיר לְשָׁמְעָן:
Faciles — des choses souples et aisées, que l'on saisit rapidement.
🪔 Ben Yehoyada (1)
רַכּוֹת מַעֲמָד, קָשׁוֹת מְיֻשָּׁב. קָשֶׁה יִתֵּן לוֹ כֹּחַ שֶׁיּוּכַל לִלְמֹוד גַּם הַקָּשׁוֹת מְעֻומָּד מֵאַחַר שֶׁהוּא בְּנֵס הָיָה שָׁם שֶׁהָיָה בְּלֹא אֲכִילָה וּבְלֹא שְׁתִיָּה וּבְלֹא שֵׁינָה וְכֵיוָן שֶׁהָיָה עוֹמֵד שָׁם בְּנֵס בְּכֹחַ אֱלֹקִי אִם כֵּן מָה הֶפְרֵשׁ יֵשׁ לוֹ בֵּין יְשִׁיבָה לַעֲמִידָה כִּי בֶּאֱמֶת אֵינוֹ עוֹמֵד שָׁם בְּכֹחַ טִבְעִי? וְנִרְאֶה לִי דְּוַדַּאי לֹא יֵשׁ אֶצְלוֹ הֶפְרֵשׁ וְרַק עָשָׂה לוֹ כֵּן שֶׁיִּלְמַד רַכּוֹת מְעֻומָּד קָשׁוֹת מְיֻושָּׁב כְּדֵי לְלַמֵּד לַתַּחְתּוֹנִים שֶׁהַנְהָגָתָם וְכוֹחָן הוּא טִבְעִי שֶׁכָּכָה יַעֲשׂוּ רַכּוֹת מְעֻומָּד וְקָשׁוֹת מְיֻושָּׁב וּמַאן דְּאָמַר שֶׁהָיָה 'שׁוֹחֶה' הַייְנוּ כְּדֵי לְהַרְאוֹת הַכְנָעָה עַל דֶּרֶךְ שֶׁאָמְרוּ גַּבֵּי מֶלֶךְ בִּתְפִילַּת הָעֲמִידָה.
« Les matières faciles debout, les difficiles assis. » Difficulté : qu'Il lui donne la force d'étudier debout les matières difficiles elles aussi, puisqu'il se tenait là par miracle — sans manger, sans boire et sans dormir ; et dès lors qu'il se tenait là par miracle, par une force divine, quelle différence y a-t-il pour lui entre être assis et être debout, puisqu'en vérité il ne se tient pas là par une force naturelle ? Il me semble qu'assurément il n'y avait pour lui aucune différence, et qu'il agit ainsi — étudier les matières faciles debout et les difficiles assis — uniquement pour enseigner à ceux d'ici-bas, dont la conduite et la force sont naturelles, qu'ils fassent de même : les matières faciles debout et les difficiles assis. Et celui qui dit qu'il était « incliné », c'est afin de manifester la soumission, à la manière de ce qu'ils ont dit à propos du roi dans la prière de la Amida.
💡 Explication

Deux versets de Devarim se contredisent sur la posture de Moche pendant les quarante jours. La guemara aligne quatre résolutions, qui partagent le temps, la posture ou le sens du mot.

Rav partage selon l'activité : recevoir debout, réviser assis. Rabbi Hanina introduit une troisième posture, l'inclinaison. Rabbi Yo'hanan déplace la difficulté sur le lexique : yechiva peut vouloir dire « demeurer », comme dans « vous demeurâtes à Kadech ». Rava partage selon la matière : facile debout, difficile assis.

🖼️ Schéma
Quatre résolutions d'une contradiction sur la posture de Moche ואשב בהר Va-échev ba-har : je m assis sur la montagne ואנכי עמדתי בהר Ve-anokhi amadti ba-har : je me tins debout Rav Debout pour apprendre de la bouche de la Gvoura ; assis pour répéter seul. Rabbi Hanina Ni debout ni assis : incliné. Une troisième posture, celle de la soumission. Rabbi Yo'hanan Yechiva = demeurer, comme « vous demeurâtes à Kadech ». Pas de posture. Rava Rakot (faciles) debout, kachot (difficiles) assis : partage selon la matière. Le critère qui distingue les quatre avis Rav partage le temps ; Rabbi Hanina change de posture ; Rabbi Yo'hanan change le sens du mot ; Rava partage la matière. Ben Yehoyada Moche tenait là par miracle : le partage de Rava n'est pas pour lui, il est enseigné pour nous.
Les quatre résolutions rangées selon ce que chacune fait varier, et la lecture du Ben Yehoyada.
18
קְרָאָהּ אֶחָד, קְרָאוּהָ שְׁנַיִם יָצְאוּ וְכוּ׳.

« Qu'un seul l'ait lue, ou que deux l'aient lue, ils se sont acquittés, etc. »

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).