Sougya : Le folio achève d'abord le chapitre précédent. La michna avait énuméré les actes réservés au jour et ceux qui valent toute la nuit ; la guemara donne la source de chacun : le jugement de la sota par la gezera chava avec michpat, la nuque brisée de la génisse parce que le terme kappara y est écrit et la rapproche des kodachim, la purification du metsora par ביום טהרתו.
Du côté de la nuit : la moisson du omer et le compte, la combustion des graisses et des membres, et — par la clause zeh ha-klal — la consommation des offrandes pascales, ce qui range notre michna contre Rabbi Elazar ben Azarya, qui la limite à minuit. La clause zeh ha-klal du jour, elle, vient inclure la disposition et le retrait des coupelles d'encens selon Rabbi Yossi.
Vient ensuite le hadran, puis la michna qui ouvre le troisième chapitre : la meguila se lit debout ou assis, par un ou par deux, et la berakha suit la coutume du lieu ; puis le barème des lecteurs à la Torah, de trois à sept selon le jour. La guemara oppose aussitôt la Torah a la meguila : la Torah se lit debout, d'après ואתה פה עמד עמדי — verset dont Rabbi Abbahou tire aussi que le maître et le disciple doivent être au même niveau.
Le folio se clôt sur la contradiction entre ואשב בהר et ואנכי עמדתי בהר, et ses quatre résolutions.
De même que le jugement se fait de jour, de même ici, de jour.
Le folio s'ouvre au milieu d'une gezera chava commencée à la fin du folio précédent : le terme davar employé à propos de la sota est rapproché du terme employé à propos du jugement. La conclusion est ramassée en une phrase : ce qui vaut pour le michpat (jugement) vaut pour la sota.
Rachi fournit le maillon manquant : le jugement lui-même n'est de jour que parce que le verset de la succession dit « au jour où il fera hériter », et que toute la section des jugements a été alignée sur cette expression. La chaîne est donc : succession → jugement → sota.
Et pour la nuque brisée de la génisse (arifat ha-egla), on dit dans l'école de Rabbi Yannai : le terme kappara (expiation) y est écrit, donc elle est comme les kodachim (les offrandes consacrées). Et pour la purification du metsora, car il est écrit : « Telle sera la loi du metsora, au jour de sa purification ».
Deux sources de nature différente. Pour la génisse à la nuque brisée, aucun verset ne parle de jour : c'est le mot kappara écrit dans sa section qui la fait entrer dans le régime des kodachim, et tout service des kodachim se fait de jour. Le raisonnement est une assimilation de catégorie, pas une déduction de mot à mot.
Pour le metsora, au contraire, le verset dit lui-même « au jour de sa purification ». Rachi précise de quel acte il s'agit : le rite des deux oiseaux, du bois de cèdre, de l'hysope et du fil écarlate, qui ouvre le processus de purification.
« Toute la nuit est valable pour la moisson du omer, etc. » — car le Maître a dit : la moisson et le compte se font de nuit, et l'apport (de l'offrande) de jour. Et pour la combustion des graisses et des membres, car il est écrit : « toute la nuit jusqu'au matin ».
La michna avait dit que toute la nuit convient à la moisson du omer. La guemara renvoie à Menahot : la ketsira (moisson) et la sfira (le compte) appartiennent à la nuit, tandis que l hava — porter l'offrande au Temple — appartient au jour. Un seul commandement est donc coupé en deux régimes horaires.
Tossefot pose une limite à la combustion nocturne : la permission de brûler toute la nuit suppose que le feu ait déjà pris sur les membres avant minuit. Le principe énoncé par la michna est général, la pratique du Temple le restreint.
« Voici la règle : une chose dont la mitsva est de jour est valable tout le jour. » « Voici la règle » vient inclure quoi ? Vient inclure la disposition des bazikhin (les coupelles d'encens) et le retrait des bazikhin,
La guemara applique sa méthode habituelle à une clause de généralisation : si la michna a déjà énuméré tous les cas, que reste-t-il à ajouter par zeh ha-klal ? La réponse désigne un cas que la michna n'avait pas nommé : les bazikhin, les deux coupelles d'encens posées à côté des pains de proposition sur la table du Sanctuaire, qu'on retire chaque chabbat avec les anciens pains et qu'on redispose avec les nouveaux.
Aucun verset ne fixe l'heure de ces deux gestes. Ils tombent donc sous la règle générale : une mitsva du jour vaut tout le jour.
et selon Rabbi Yossi. Car il a été enseigné : Rabbi Yossi dit — s'il a retiré l'ancien le matin et disposé le nouveau le soir, il n'y a là rien (de fautif).
La réponse précédente n'est tenable que dans l'avis de Rabbi Yossi. Pour lui, l'intervalle entre le retrait des anciens pains et la disposition des nouveaux peut couvrir toute la journée : le mot tamid (en permanence) exige seulement que la table ne passe pas une nuit sans pain.
Les Sages lisent tamid à la lettre : le retrait et la disposition doivent être simultanés, les mains des kohanim se relayant largeur de main contre largeur de main. Dans leur avis, ces gestes ne sont pas des mitsvot valables tout le jour, et la clause zeh ha-klal devrait viser autre chose.
Et comment est-ce que je maintiens (le verset) « devant ה' en permanence » ? Que la table ne soit pas sans pain.
« Une chose dont la mitsva est de nuit est valable toute la nuit. » Vient inclure quoi ?
Vient inclure la consommation des offrandes pascales — et non selon Rabbi Elazar ben Azarya. Car il a été enseigné : « Et ils mangeront la viande en cette nuit ».
Rabbi Elazar ben Azarya dit : il est dit ici « en cette nuit » et il est dit plus loin « et je passerai dans le pays d'Égypte en cette nuit » ; de même que là-bas c'est jusqu'à minuit, de même ici jusqu'à minuit.
La clause zeh ha-klal du côté de la nuit inclut la consommation du korban pessa'h toute la nuit. Cela place notre michna en opposition avec Rabbi Elazar ben Azarya, qui tire d'une gezera chava sur l'expression « en cette nuit » — celle du repas pascal et celle du passage divin en Égypte — que la consommation s'arrête à minuit.
Tossefot tranche en sens inverse de la michna : plusieurs michnayot anonymes suivent Rabbi Elazar ben Azarya, donc la halakha aussi. La conséquence pratique est immédiate pour le seder — la matsa, y compris l afikoman, doit être mangée avant minuit ; le Hallel qui suit n'étant que d'ordre rabbinique, il n'appelle pas la même rigueur.
Hadran alakh Ha-korei le-mafrea (fin du deuxième chapitre : « Celui qui lit à l'envers »).
MICHNA. Celui qui lit la meguila, debout ou assis (s'acquitte).
Qu'un seul l'ait lue ou que deux l'aient lue, ils se sont acquittés. Dans un lieu où l'on a coutume de bénir, qu'il bénisse ; et là où l'on a coutume de ne pas bénir, qu'il ne bénisse pas.
La michna qui ouvre le troisième chapitre pose trois règles de liberté : la posture est libre, le nombre de lecteurs l'est aussi, et la berakha suit la coutume du lieu. Chacune de ces trois libertés sera opposée, dans la guemara, à la rigueur de la lecture de la Torah.
Rachi relève le point technique du deuxième cas : on aurait pu penser que deux voix simultanées ne sont pas distinguées par l'oreille et qu'aucune ne serait entendue. La michna enseigne que pour la meguila, du fait que le public y prête attention, l'obligation est bien remplie.
Le lundi, le jeudi, et le chabbat à minha, trois personnes lisent. On n'en retranche pas et on n'y ajoute pas, et l'on ne conclut pas par une haftara dans les Prophètes.
Celui qui ouvre et celui qui clôt la lecture de la Torah bénit avant elle et après elle.
Trois lecteurs : Rachi rattache le nombre à la composition d'Israël — un kohen, un levi, un israël. La raison de l'interdiction d'ajouter est économique et sociale : lundi et jeudi sont des jours ouvrés, et minha du chabbat tombe déjà tard.
Tossefot ajoute une observation de forme : la clause sur les berakhot est répétée dans les trois michnayot successives. Cette répétition écarte l'idée qu'un nombre plus élevé de lecteurs changerait la règle et ferait bénir chacun d'eux.
Aux nouvelles lunes (rachei hodachim) et aux jours intermédiaires de fête (hol ha-moed), quatre personnes lisent. On n'en retranche pas et on n'y ajoute pas, et l'on ne conclut pas par une haftara dans les Prophètes.
Celui qui ouvre et celui qui clôt la lecture de la Torah bénit avant elle et après elle.
Voici la règle : tout jour qui comporte un moussaf sans être un yom tov — quatre lisent ; un yom tov — cinq ; Yom Kippour — six ; le chabbat — sept. On n'en retranche pas, mais on y ajoute, et l'on conclut par une haftara dans les Prophètes.
Celui qui ouvre et celui qui clôt la lecture de la Torah bénit avant elle et après elle.
La michna résume tout le barème par un principe unique : le nombre de lecteurs suit le degré de solennité du jour, mesuré par le moussaf et par l'interdit de travail. Quatre pour un jour à moussaf qui reste ouvre, puis cinq, six, sept à mesure que le travail se retire.
Le renversement de la clause est le point à retenir : à partir du yom tov, on peut ajouter des lecteurs et l'on conclut par une haftara. La perte de temps de travail n'étant plus un argument, la limite tombe.
GUEMARA. Il a été enseigné : il n'en va pas ainsi pour la Torah.
D'où cela ? Rabbi Abbahou a dit : car le verset dit « et toi, tiens-toi ici debout avec Moi ».
Et Rabbi Abbahou a dit : si le verset n'était pas écrit, il serait impossible de le dire — kiveyakhol (pour ainsi dire), le Saint béni soit-Il aussi se tenait debout.
La guemara oppose aussitôt la meguila a la Torah : ce qui est libre pour l'une est fixe pour l'autre. La source est le verset où Hachem dit à Moche « et toi, tiens-toi ici debout avec Moi » — la Torah se reçoit debout, donc elle se lit debout.
Le mot kiveyakhol signale que l'expression est empruntée au langage humain et ne décrit pas Hachem. Rachi le formule ainsi : on le dit comme on le dirait d'un homme, parce que le verset lui-même a employé ces termes.
Le Roch tire de là deux prolongements pratiques : il est interdit au lecteur de s'appuyer contre une colonne, et le chelia h tsibbour qui lit à la place de l'appelé pose un problème de berakha prononcée en vain.
Et Rabbi Abbahou a dit : d'où sait-on que le maître ne doit pas s'asseoir sur un lit et enseigner à son disciple assis à terre ? De ce qu'il est dit : « et toi, tiens-toi ici debout avec Moi ».
Nos maîtres ont enseigné : depuis les jours de Moche jusqu'à Rabban Gamliel, on n'étudiait la Torah que debout. Lorsque Rabban Gamliel mourut, la maladie descendit dans le monde et l'on étudia la Torah assis.
Et c'est ce que nous avons appris : lorsque Rabban Gamliel mourut, l'honneur de la Torah cessa.
La baraita fait de la posture debout une continuité ininterrompue depuis le Sinaï : apprendre de son maître reproduit la réception de la Torah, où le peuple se tenait debout. La rupture est datée de la mort de Rabban Gamliel, expliquée par l'affaiblissement physique des générations.
La michna de Sota citée ici enregistre la même rupture sous une autre formule : « l'honneur de la Torah cessa ». La station assise est donc présentée comme une concession à la faiblesse, non comme une norme nouvelle.
Un verset dit : « et je m assis sur la montagne », et un autre verset dit : « et moi je me tins debout sur la montagne » ! Rav a dit : debout il apprenait, assis il répétait.
Rabbi Hanina a dit : ni debout ni assis, mais incliné. Rabbi Yo'hanan a dit : « yechiva » ne signifie rien d'autre que demeurer, ainsi qu'il est dit : « et vous demeurâtes à Kadech de longs jours ».
Rava a dit : les matières faciles debout, les matières difficiles assis.
Deux versets de Devarim se contredisent sur la posture de Moche pendant les quarante jours. La guemara aligne quatre résolutions, qui partagent le temps, la posture ou le sens du mot.
Rav partage selon l'activité : recevoir debout, réviser assis. Rabbi Hanina introduit une troisième posture, l'inclinaison. Rabbi Yo'hanan déplace la difficulté sur le lexique : yechiva peut vouloir dire « demeurer », comme dans « vous demeurâtes à Kadech ». Rava partage selon la matière : facile debout, difficile assis.
« Qu'un seul l'ait lue, ou que deux l'aient lue, ils se sont acquittés, etc. »
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).