Sougya : Le folio ouvre sur une baraita qui compte les voix admises pendant la lecture publique : pour la Tora un lecteur et un traducteur, pour les Prophètes un lecteur et deux traducteurs, pour le Hallel et la meguila dix et dix, parce que l'attention du public supplée au bruit. La guemara passe ensuite aux bénédictions de la meguila : celle d'avant est due partout, puisque toute mitsva se bénit avant son accomplissement, et trois versets établissent que le mot over veut dire devancer ; celle d'après suit l'usage local, et Rav Papa fond en une seule formule les deux conclusions proposées.
Le folio revient alors à la michna sur la lecture de la Tora : pourquoi trois lecteurs, pourquoi dix versets, et pourquoi le premier, celui du milieu ou le dernier gagne à en lire quatre. Il se ferme sur la question d'Oula bar Rav : le passage de Roch Hodech compte huit, deux et cinq versets, et il faut y faire monter quatre lecteurs sans jamais laisser moins de trois versets en fin de passage.
On a enseigné : « ce qui n'a pas lieu pour la Tora ». Nos maîtres ont enseigné : pour la Tora, un seul lit et un seul traduit, à condition qu'il n'y ait pas un qui lit et deux qui traduisent.
Pour le Prophète, un seul lit et deux traduisent, à condition qu'il n'y ait pas deux qui lisent et deux qui traduisent. Pour le Hallel et pour la meguila, même dix qui lisent et dix qui traduisent.
La michna avait dit que deux personnes peuvent lire la meguila ensemble, « ce qui n'a pas lieu pour la Tora ». La baraita développe la règle en trois étages, selon le texte lu. Le principe qui commande tout est acoustique : tere kale la michtamei, deux voix émises en même temps ne se laissent pas entendre. Là où chaque mot doit parvenir au public, on limite donc les voix.
Le targoum est la traduction araméenne dite à haute voix après le lecteur, pour ceux qui ne comprennent pas l'hébreu. Rachi explique l'échelle : la Tora enseigne les mitsvot, donc un lecteur et un seul traducteur ; les Prophètes n'en enseignent pas, donc on tolère deux traducteurs pour un lecteur ; le Hallel et la meguila sont chers au public, qui tend l'oreille de lui-même.
Quelle en est la raison ? Puisqu'elle est chère [au public], ils y portent leur attention et ils entendent.
La guemara justifie l'exception du Hallel et de la meguila. La limite des voix vient d'une faiblesse de l'auditeur, distrait dès que deux sons se mêlent. Quand le texte lui tient à cœur, l'auditeur fournit lui-même l'effort qui manquait : yahavei daatayhou ve-chamei, il tend son attention et parvient à entendre. L'exception porte donc sur l'état du public, et non sur le statut du texte.
« Là où l'usage est de bénir, on bénit. » Abaye a dit : on n'a enseigné cela que pour la bénédiction d'après la lecture ; mais pour celle d'avant, c'est une mitsva de bénir, car Rav Yehouda a dit au nom de Chemouel : sur toutes les mitsvot, on bénit over la-assiatan, avant de les accomplir.
La michna laissait la bénédiction de la meguila a l'usage du lieu. Abaye restreint cette latitude à la seule bénédiction d'après la lecture. Celle d'avant relève d'une règle générale qui ne dépend d'aucun usage : toute mitsva reçoit sa bénédiction avant d'être accomplie.
La formule de Chemouel emploie le mot over, dont le sens ordinaire est « passer ». La guemara va donc devoir montrer, par des versets, que ce verbe porte aussi le sens de devancer.
D'où ressort-il que ce mot over exprime le fait de devancer ? Rav Nahman bar Yits'hak a dit : le verset dit « Et Ahimaats courut par le chemin de la plaine et il devança (va-yaavor) le Kouchi » (II Chemouel 18,23).
Abaye a dit : de ceci — « et lui-même passa devant eux » (Berechit 33,3). Et si tu veux, dis : de ceci — « leur roi passa devant eux, et Hachem à leur tête » (Mikha 2,13).
Trois versets, trois emplois du même verbe, du plus net au plus discret. Chez Ahimaats, le contexte est une course : deux coureurs partent, et le verbe marque que l'un rattrape puis dépasse l'autre — le sens de devancer y est forcé par la scène. Chez Yaakov, le verbe s'accompagne de « devant eux » et décrit une position prise en tête du convoi. Le verset de Mikha joint les deux traits, le mouvement et la position en tête.
La démonstration importe pour la pratique : puisque over la-assiatan veut dire « avant l'accomplissement », la bénédiction de la meguila se dit rouleau déjà ouvert, avant le premier mot lu.
Avant la lecture, quelle bénédiction dit-on ? Rav Chechet de Katrazya se trouva devant Rav Achi et il bénit mem-noun-'het.
Rav Chechet énonce les trois bénédictions d'avant par leurs initiales : mem pour « al mikra meguila », noun pour « che-assa nissim », 'het pour « chehe'heyanou ». Ce sigle mnémotechnique tranche en même temps une question pratique : les trois se disent ensemble.
Le Roch tire de ce sigle un argument pour Rabbenou Tam. La guemara donne une seule formule, sans distinguer la lecture de nuit de celle du jour ; s'il y avait une différence, elle aurait dit « la nuit mem-noun-'het, le jour mem-noun », comme elle le fait pour les lampes de 'Hanouka. On redit donc chehe'heyanou le jour.
Après la lecture, quelle bénédiction dit-on ? « Béni sois-Tu, Hachem notre D.ieu, Roi du monde, (le D.ieu) qui plaide notre cause, qui juge notre litige, qui venge notre vengeance, qui nous fait justice de nos oppresseurs et qui paie leur salaire à tous les ennemis de notre âme.
Béni sois-Tu, Hachem, qui fait justice à Israël de tous ses oppresseurs. » Rava a dit : [on conclut] « le D.ieu qui sauve ». Rav Papa a dit : dès lors, disons-les toutes les deux — « Béni sois-Tu, Hachem, qui fait justice à Israël de tous ses oppresseurs, le D.ieu qui sauve ».
La bénédiction d'après la lecture est ici donnée en entier. Le débat porte uniquement sur sa hatima, la formule de clôture : la version reçue s'arrête sur la justice faite des oppresseurs, Rava conclut sur le salut.
La solution de Rav Papa illustre une démarche fréquente dans la guemara lorsqu'une divergence porte sur un texte liturgique court et qu'aucune conséquence halakhique ne les sépare : on récite les deux formules à la suite. C'est le texte encore en usage aujourd'hui.
« Le lundi, le jeudi et le Chabbat à Min'ha, trois lisent », etc. Ces trois, en face de quoi ?
Rav Assi a dit : en face de la Tora, des Prophètes et des Ketouvim. Rava a dit : en face des cohanim, des levi'im et des israélites.
La guemara cherche le keneged des trois lecteurs : la réalité que ce nombre vient figurer. Rav Assi le rapporte aux trois parties de l'Écriture, Rava aux trois composantes du peuple — qui sont aussi, dans l'ordre, les trois montées à la Tora.
Tossefot rappelle qu'un autre keneged est proposé plus loin, les gardiens du seuil de II Melakhim 25. Il écarte ce rapprochement comme secondaire : le compte n'y tombe pas juste, puisque le verset mentionne aussi un officier, et personne n'a institué de quatrième lecteur pour lui.
Mais alors, cet enseignement de Rav Chimi : « on ne descend pas au-dessous de dix versets à la synagogue, et Va-yedaber entre dans le compte » — ces dix, en face de quoi ?
La guemara enchaîne sur une seconde institution numérique. Le minimum de dix versets vaut pour l'ensemble de la lecture, répartie entre les trois lecteurs. Va-yedaber désigne un verset d'introduction du type « Hachem parla à Moche en disant » : Rav Chimi précise qu'il compte dans les dix, bien qu'il ne porte aucun enseignement propre.
Le Ben Yehoyada explique pourquoi la question surgit précisément ici. Celui qui interroge avait en tête une réponse toute prête — dix pour les cinq livres de la Tora et les cinq livres des Tehilim. La réponse de Rav Assi sur les trois lecteurs vient de placer la Tora et les Ketouvim dans le compte des trois ; les faire reparaître dans le compte des dix ferait double emploi, et la question redevient ouverte.
Rabbi Yehochoua ben Levi a dit : en face des dix oisifs de la synagogue. Rav Yossef a dit : en face des dix Paroles dites à Moche au Sinaï.
(Rabbi Levi a dit : en face des dix louanges que David a dites dans le livre des Tehilim.) Et Rabbi Yo'hanan a dit : en face des dix paroles par lesquelles le monde à été créé.
Quatre réponses, rangées par ordre d'éloignement. Les batlanim sont dix hommes entretenus par la communauté, dispensés de travail afin d'être toujours présents à la synagogue ; c'est leur présence qui fait d'un lieu une ville pour les règles du traité. La réponse la plus proche du terrain voit donc dans les dix versets le reflet des dix hommes qui les écoutent.
Rav Yossef remonte au Sinaï, Rabbi Levi au livre des Tehilim, Rabbi Yo'hanan jusqu'à la création. Cette dernière réponse va appeler une vérification de comptage au segment suivant.
Lesquelles sont-ce ? Les « et Il dit » du récit de la Genèse.
Elles ne sont que neuf ! « Au commencement » est aussi une parole, ainsi qu'il est écrit : « par la parole de Hachem les cieux ont été faits, et par le souffle de Sa bouche toute leur armée » (Tehilim 33,6).
La guemara vérifie le compte de Rabbi Yo'hanan. Le premier chapitre de Berechit contient neuf occurrences de « et Il dit ». Pour atteindre dix, on compte le verset d'ouverture lui-même comme une parole, bien qu'aucun verbe de parole n'y figure.
Le verset des Tehilim fournit l'appui : les cieux, dont parle Berechit 1,1, ont été faits « par la parole ». Un acte de création rapporté sans verbe de parole reste donc un acte de parole.
Rava a dit : le premier qui a lu quatre versets est digne de louange ; le deuxième qui a lu quatre est digne de louange ; le troisième qui a lu quatre est digne de louange.
Dix versets se répartissent entre trois lecteurs ; l'un d'eux en lira donc quatre. Rava énonce que chacune des trois places convient, et il fournira au segment suivant une preuve distincte pour chacune.
Rachi précise la portée pratique : la louange va à celui qui lit quatre, quelle que soit sa place, et si le passage est assez long pour que les trois en lisent quatre, la louange vaut pour les trois. Le Ben Yehoyada, lui, lit la triple formulation comme une échelle : à lecture égale, celui qui a devancé les autres l'emporte.
« Le premier qui a lu quatre est digne de louange » — car nous avons appris : avec trois corbeilles de trois sea chacune, on prélève la terouma de la chambre du Temple, et il était écrit sur elles alef, beit, guimel, afin de savoir laquelle avait été prélevée la première, pour offrir d'elle en premier, puisque la mitsva revient à la première.
Trois fois l'an, on prélevait de la chambre du Temple l'argent servant aux sacrifices publics, dans trois corbeilles marquées des trois premières lettres. Le marquage n'a qu'un seul but : savoir laquelle a été remplie la première, afin de la dépenser avant les autres.
Le principe extrait de cette michna est mitsva be-richon : dans une série, le rang initial porte une préférence. Rava l'applique à la lecture, où le premier des trois lecteurs gagne donc à prendre le verset supplémentaire.
« Celui du milieu qui a lu quatre est digne de louange » — car on a enseigné : « en face de la menora éclaireront [les sept lampes] » (Bamidbar 8,2) ; cela enseigne qu'on oriente leurs faces vers la lampe occidentale, et la lampe occidentale vers la Chekhina. Et Rabbi Yo'hanan a dit : de là, que celui du milieu est le plus digne.
Le verset ordonne que les sept lampes éclairent « en face de la menora », c'est-à-dire vers le fût central. La baraita en tire la disposition des mèches : les six lampes latérales sont tournées vers la lampe du milieu, qui est elle-même tournée vers l'intérieur du Sanctuaire.
Rabbi Yo'hanan en dégage un principe de rang : dans une série impaire, la position centrale reçoit la dignité, puisque tout le reste s'oriente vers elle. La ner maaravi, la lampe occidentale, est identifiée ici à la lampe centrale ; Rachi rappelle que cette identification dépend de la disposition de la menora, débattue dans Mena'hot.
« Et le dernier qui a lu quatre est digne de louange » — du fait qu'on monte en sainteté sans descendre. Rav Papa se trouva à la synagogue d'Avi Gover ; le premier lut quatre versets, et Rav Papa l'en loua.
La troisième preuve vient du principe maalin ba-kodech ve-lo moridin, on élève en sainteté sans abaisser. Si le dernier lecteur lit plus que les précédents, la lecture s'achève sur une progression.
Le fait rapporté au sujet de Rav Papa clôt la série sur un cas concret, et confirme que la première place reste digne de louange lorsqu'elle prend le verset supplémentaire.
« On n'en retranche pas et on n'y ajoute pas. » On a enseigné : celui qui ouvre bénit avant, et celui qui clôt bénit après.
La baraita décrit l'usage ancien : une seule bénédiction avant toute la lecture, dite par le premier lecteur, et une seule après, dite par le dernier. Les lecteurs intermédiaires montaient donc sans bénir.
Le Roch ajoute une conséquence tirée du Yerouchalmi : si un lecteur perd la parole au milieu de sa portion, son remplaçant reprend depuis le début de la portion, afin que la lecture soit couverte d'un bout à l'autre par une même bénédiction — la Tora doit rester temima, entière.
Et aujourd'hui, où tous bénissent avant et après, voici la raison pour laquelle les maîtres l'ont institué : un décret à cause de ceux qui entrent et à cause de ceux qui sortent.
La guemara explique le passage à l'usage actuel. L'ancien système exposait deux catégories de fidèles à une erreur d'observation : celui qui arrive après la bénédiction initiale, et celui qui part avant la bénédiction finale. L'un et l'autre verraient des montées sans bénédiction et en tireraient une conclusion fausse sur la loi.
La guezera répond à un risque d'apparence plutôt qu'à un défaut de la lecture elle-même : faire bénir chaque lecteur avant et après rend la règle visible à tout moment de l'office.
« À Roch Hodech et pendant les jours intermédiaires d'une fête, quatre lisent », etc. Oula bar Rav demanda à Rava : le passage de Roch Hodech, comment le lit-on ?
« Ordonne aux enfants d'Israël et dis-leur : mon offrande, mon pain » (Bamidbar 28,2) fait huit versets ; comment faire ?
La michna fixe quatre lecteurs à Roch Hodech. La lecture est prise dans Bamidbar 28, qui se compose de trois passages de longueurs inégales : huit versets pour le premier, deux pour « et au jour du Chabbat », cinq pour « et à vos nouvelles lunes ». Oula bar Rav demande comment répartir ces quinze versets entre quatre montées.
Deux règles contraignent le découpage : on ne lit pas moins de trois versets par montée, et on ne laisse pas moins de trois versets avant la fin d'un passage — sans quoi celui qui entre ensuite croirait que la lecture s'arrête là. Le Roch donne déjà la réponse de la guemara : Rav propose le dilloug, redoubler un verset déjà lu, Chemouel le pissouk, couper un verset en deux, et la halakha suit Rav.
Que deux lisent trois versets chacun — il en reste alors deux, or on ne laisse pas dans un passage moins de trois versets. Qu'ils lisent quatre chacun — il en reste alors sept : « et au jour du Chabbat » (Bamidbar 28,9) fait deux versets, et « et à vos nouvelles lunes » (Bamidbar 28,11) en fait cinq ; comment faire ?
Qu'on lise deux versets de celui-ci et un de ceux-là —
Le segment déroule les essais de découpage et les fait tomber l'un après l'autre. Trois plus trois laisse deux versets en fin de premier passage : interdit. Quatre plus quatre épuise le premier passage, mais il reste alors sept versets partagés en deux et cinq pour deux lecteurs seulement.
La dernière tentative du folio consiste à faire lire au troisième les deux versets du Chabbat plus un verset du passage suivant — ce qui laisserait quatre versets au quatrième, mais entamerait le troisième passage par une seule montée prélevée dessus. L'objection se poursuit au folio suivant.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).