Megillah 21b — Combien de voix, quelles bénédictions, combien de versets : le réglage de la lecture publique

Megillah 21b

Sougya : Le folio ouvre sur une baraita qui compte les voix admises pendant la lecture publique : pour la Tora un lecteur et un traducteur, pour les Prophètes un lecteur et deux traducteurs, pour le Hallel et la meguila dix et dix, parce que l'attention du public supplée au bruit. La guemara passe ensuite aux bénédictions de la meguila : celle d'avant est due partout, puisque toute mitsva se bénit avant son accomplissement, et trois versets établissent que le mot over veut dire devancer ; celle d'après suit l'usage local, et Rav Papa fond en une seule formule les deux conclusions proposées.

Le folio revient alors à la michna sur la lecture de la Tora : pourquoi trois lecteurs, pourquoi dix versets, et pourquoi le premier, celui du milieu ou le dernier gagne à en lire quatre. Il se ferme sur la question d'Oula bar Rav : le passage de Roch Hodech compte huit, deux et cinq versets, et il faut y faire monter quatre lecteurs sans jamais laisser moins de trois versets en fin de passage.

Le plan du folio : quatre réglages de la lecture publique A. Les voix (seg. 0-1) Combien peuvent lire et traduire ensemble ? Tora : 1 et 1. Prophètes : 1 et 2. Hallel et meguila : 10 et 10. Raison : deux voix ne s'entendent pas ensemble. B. Les bénédictions de la meguila (seg. 2-5) Avant : due partout, car on bénit over, avant d'accomplir. Après : selon l'usage du lieu ; Rav Papa réunit les deux conclusions. C. Trois lecteurs, dix versets (seg. 6-13) En face de quoi trois ? En face de quoi dix ? Puis Rava : le premier, celui du milieu ou le dernier gagne à lire quatre versets. D.ieu. La Tora : bénédictions et Roch Hodech (14-17) À l'origine, seuls le premier et le dernier bénissaient ; aujourd'hui tous, à cause des entrants et des sortants. Puis le partage du passage de Roch Hodech en quatre. Le fil unique du folio Une même question revient sous quatre formes : quelle mesure la lecture publique doit-elle recevoir pour rester audible, encadrée par ses bénédictions, comptée en lecteurs et en versets, et répartie sans couper un passage.
Les quatre réglages successifs : les voix, les bénédictions de la meguila, le compte des lecteurs et des versets, le partage du passage.
Combien de lecteurs, combien de traducteurs Texte lu Lecteurs Traducteurs Pourquoi cette limite Tora 1 1 Le targoum doit faire comprendre les mitsvot ; chaque mot doit donc passer. Prophètes 1 2 Les Prophètes n'enseignent pas la halakha ; on y est moins exigeant sur le targoum. Hallel et meguila jusqu'à 10 jusqu'à 10 Le texte est cher au public : chacun tend l'oreille et parvient à entendre. Le principe qui commande la table tere kale la michtamei — deux voix émises ensemble ne se laissent pas entendre. Ce qui lève la limite L'attachement du public au texte : kevan de-haviva, yahavei daatayhou ve-chamei.
La limite vient de l'audition, et l'attention du public suffit à la lever pour le Hallel et la meguila.
Trois lecteurs, dix versets : en face de quoi ? Les trois qui montent Rav Assi Tora, Prophètes, Ketouvim Rava cohanim, levi'im, israélites Tossefot : le rapprochement avec les gardiens du seuil (23a) ne fonde pas l'institution. Les dix versets R. Yehochoua b. Levi les dix oisifs de la synagogue Rav Yossef les dix Paroles du Sinaï Rabbi Levi les dix louanges des Tehilim Rabbi Yo'hanan les dix paroles de la création Neuf sont dites ; Berechit 1,1 fournit la dixième. Qui gagne à lire quatre versets sur les dix — et par quelle preuve Le premier Les trois corbeilles marquées alef, beit, guimel : on offre de la première — mitsva be-richon. Celui du milieu Les six lampes tournées vers la lampe du milieu, elle-même tournée vers la Chekhina. Le dernier maalin ba-kodech ve-lo moridin : on monte en sainteté sans jamais descendre.
Les correspondances du trois et du dix, puis les trois preuves qui rendent chaque place digne de quatre versets.
1
תַּנָּא: מַה שֶּׁאֵין כֵּן בַּתּוֹרָה. תָּנוּ רַבָּנַן: בַּתּוֹרָה — אֶחָד קוֹרֵא וְאֶחָד מְתַרְגֵּם, וּבִלְבַד שֶׁלֹּא יְהֵא אֶחָד קוֹרֵא וּשְׁנַיִם מְתַרְגְּמִין. וּבְנָבִיא — אֶחָד קוֹרֵא וּשְׁנַיִם מְתַרְגְּמִין, וּבִלְבַד שֶׁלֹּא יְהוּ שְׁנַיִם קוֹרִין וּשְׁנַיִם מְתַרְגְּמִין. וּבְהַלֵּל וּבִמְגִילָּה — אֲפִילּוּ עֲשָׂרָה קוֹרִין וַעֲשָׂרָה מְתַרְגְּמִין.

On a enseigné : « ce qui n'a pas lieu pour la Tora ». Nos maîtres ont enseigné : pour la Tora, un seul lit et un seul traduit, à condition qu'il n'y ait pas un qui lit et deux qui traduisent.

Pour le Prophète, un seul lit et deux traduisent, à condition qu'il n'y ait pas deux qui lisent et deux qui traduisent. Pour le Hallel et pour la meguila, même dix qui lisent et dix qui traduisent.

📜 Rachi (3)
וּבִלְבַד שֶׁלֹּא יְהֵא אֶחָד קוֹרֵא וּשְׁנַיִם מְתַרְגְּמִין וְכָל שֶׁכֵּן שֶׁאֵין שְׁנַיִם קוֹרִין וְטַעְמָא מִשּׁוּם דִּתְרֵי קָלֵי לָא מִישְׁתַּמְעִי:
À plus forte raison deux ne lisent pas ensemble. La raison en est que deux voix émises ensemble ne se laissent pas entendre (tere kale la michtamei).
וּבַנָּבִיא אֲפִילּוּ אֶחָד קוֹרֵא וּשְׁנַיִם מְתַרְגְּמִין שֶׁהַתַּרְגּוּם אֵינוֹ אֶלָּא לְהַשְׁמִיעַ לַנָּשִׁים וְעַמֵּי הָאָרֶץ שֶׁאֵינָן מַכִּירִין בִּלְשׁוֹן הַקֹּודֶשׁ וְהַתַּרְגּוּם הוּא לַעַז הַבַּבְלִיִּים וּבְתַרְגּוּם שֶׁל תּוֹרָה צְרִיכִין אָנוּ לַחֲזֹור שֶׁיְּהוּ מְבִינִין אֶת הַמִּצְוֹת אֲבָל בְּשֶׁל נְבִיאִים לָא קָפְדִי עֲלַיְיהוּ כֻּולֵּי הַאי:
Car le targoum sert seulement à faire entendre le texte aux femmes et aux gens du peuple (amei ha-arets) qui ne connaissent pas la langue sainte ; le targoum est la langue courante des Babyloniens. Pour le targoum de la Tora, il nous faut y revenir de près, afin qu'ils comprennent les mitsvot ; pour celui des Prophètes, on n'y tient pas autant.
וַעֲשָׂרָה מְתַרְגְּמִין לָא גָּרְסִינַן שֶׁאֵין תַּרְגּוּם בַּכְּתוּבִים:
Nous n'avons pas cette leçon dans le texte, car il n'y a pas de targoum sur les Ketouvim.
🗂️ Tossefot (2)
תָּנָא מַה שֶּׁאֵין כֵּן בַּתּוֹרָה פֵּירוּשׁ שֶׁאֵין קוֹרֵא אֶלָּא אֶחָד מִכָּאן קַשְׁיָא לְמַה שֶׁפֵּירֵשׁ רַבֵּינוּ מְשֻׁולָּם בְּפֶרֶק קַמָּא דְּבָבָא בָּתְרָא (דַּף טו. וְשָׁם) וּבְהַקּוֹמֵץ רַבָּה (מְנָחוֹת דַּף ל: וְשָׁם) דִּשְׁמוֹנָה פְּסוּקִים שֶׁבַּתּוֹרָה יָחִיד קוֹרֵא אוֹתָן פֵּירוּשׁ יָחִיד קוֹרֵא אוֹתָן שֶׁלֹּא יִקְרָא שְׁלִיחַ צִבּוּר עִמּוֹ בְּפָרָשַׁת וַיַּעַל מֹשֶׁה כְּשֶׁחוֹתְמִין אֶת הַתּוֹרָה וְקַשְׁיָא שֶׁהֲרֵי בִּימֵיהֶם לֹא הָיָה שְׁלִיחַ צִבּוּר קוֹרֵא עִמָּהֶם כִּדְאָמַר הָכָא וְעַכְשָׁיו נָמֵי לֹא הִתְקִינוּ אֶלָּא שֶׁלֹּא לְבַייֵּשׁ מִי שֶׁאֵין יוֹדֵעַ לִקְרוֹת לְכָךְ נִרְאֶה כְּמוֹ שֶׁפֵּירֵשׁ רַשִׁ"י בְּהַקּוֹמֵץ יָחִיד קוֹרֵא אוֹתָן לְבַדּוֹ וְלֹא יִהְיוּ שְׁנַיִם מַפְסִיקִין וְקוֹרְאִין בְּאוֹתָן שְׁמוֹנָה פְּסוּקִים שֶׁמַּתְחִילִין מִוַּיַּעַל לְפִי שֶׁהוּא תְּחִילַּת הַפָּרָשָׁה:
Explication : un seul lit. De là, une difficulté contre ce qu'a expliqué Rabbenou Mechoulam au premier chapitre de Bava Batra (15a) et dans Ha-kometz Rabba (Mena'hot 30b) : les huit derniers versets de la Tora, un seul les lit — au sens où celui qui monte les lit sans que le chalia'h tsibour lise avec lui, dans le passage « Et Moche monta », lorsqu'on achève la Tora. Difficulté : de leur temps, le chalia'h tsibour ne lisait pas avec ceux qui montent, comme on le dit ici ; et même aujourd'hui, on n'a institué cela que pour ne pas faire honte à celui qui ne sait pas lire. Il apparaît donc conforme à ce qu'a expliqué Rachi dans Ha-kometz : un seul les lit à lui seul, et deux ne se partageront pas la lecture de ces huit versets qui commencent à « Et Moche monta », parce que c'est le début du passage.
וּבִמְגִילָּה אֲפִילּוּ עֲשָׂרָה קוֹרִין וַעֲשָׂרָה מְתַרְגְּמִין רַשִׁ"י מוֹחֵק מְתַרְגְּמִין לְפִי שֶׁאֵין מְתַרְגְּמִין תַּרְגּוּם בִּכְתוּבִים וּבְחִנָּם מְחָקוֹ דְּוַדַּאי יֵשׁ תַּרְגּוּם אֲבָל לֹא עֲשָׂאוֹ יְהוֹנָתָן אֶלָּא מִימֵי הַתַּנָּאִים נַעֲשָׂה:
Rachi efface le mot « traduisent », parce qu'on ne fait pas de targoum sur les Ketouvim. Il l'a effacé sans motif, car il existe certainement un targoum sur les Ketouvim ; simplement, Yonatan ne l'a pas composé — il a été fait à l'époque des tanaim.
💡 Explication

La michna avait dit que deux personnes peuvent lire la meguila ensemble, « ce qui n'a pas lieu pour la Tora ». La baraita développe la règle en trois étages, selon le texte lu. Le principe qui commande tout est acoustique : tere kale la michtamei, deux voix émises en même temps ne se laissent pas entendre. Là où chaque mot doit parvenir au public, on limite donc les voix.

Le targoum est la traduction araméenne dite à haute voix après le lecteur, pour ceux qui ne comprennent pas l'hébreu. Rachi explique l'échelle : la Tora enseigne les mitsvot, donc un lecteur et un seul traducteur ; les Prophètes n'en enseignent pas, donc on tolère deux traducteurs pour un lecteur ; le Hallel et la meguila sont chers au public, qui tend l'oreille de lui-même.

🖼️ Schéma
Les trois étages de la baraita Tora 1 lecteur, 1 traducteur Interdit : 1 lecteur, 2 traducteurs Prophètes 1 lecteur, 2 traducteurs Interdit : 2 lecteurs, 2 traducteurs Hallel et meguila jusqu'à 10 et 10 Aucune limite pratique Ce qui fait varier le compte Plus le texte demande d'être compris mot à mot, moins on admet de voix simultanées.
Le nombre de voix admises suit l'exigence de compréhension du texte lu.
2
מַאי טַעְמָא? כֵּיוָן דַּחֲבִיבָה — יָהֲבִי דַּעְתַּיְיהוּ וְשָׁמְעִי.

Quelle en est la raison ? Puisqu'elle est chère [au public], ils y portent leur attention et ils entendent.

💡 Explication

La guemara justifie l'exception du Hallel et de la meguila. La limite des voix vient d'une faiblesse de l'auditeur, distrait dès que deux sons se mêlent. Quand le texte lui tient à cœur, l'auditeur fournit lui-même l'effort qui manquait : yahavei daatayhou ve-chamei, il tend son attention et parvient à entendre. L'exception porte donc sur l'état du public, et non sur le statut du texte.

3
מָקוֹם שֶׁנָּהֲגוּ לְבָרֵךְ — יְבָרֵךְ. אָמַר אַבַּיֵּי: לֹא שָׁנוּ אֶלָּא לְאַחֲרֶיהָ, אֲבָל לְפָנֶיהָ — מִצְוָה לְבָרֵךְ. דְּאָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר שְׁמוּאֵל: כָּל הַמִּצְוֹת כֻּולָּן מְבָרֵךְ עֲלֵיהֶן עוֹבֵר לַעֲשִׂיָּיתָן.

« Là où l'usage est de bénir, on bénit. » Abaye a dit : on n'a enseigné cela que pour la bénédiction d'après la lecture ; mais pour celle d'avant, c'est une mitsva de bénir, car Rav Yehouda a dit au nom de Chemouel : sur toutes les mitsvot, on bénit over la-assiatan, avant de les accomplir.

💡 Explication

La michna laissait la bénédiction de la meguila a l'usage du lieu. Abaye restreint cette latitude à la seule bénédiction d'après la lecture. Celle d'avant relève d'une règle générale qui ne dépend d'aucun usage : toute mitsva reçoit sa bénédiction avant d'être accomplie.

La formule de Chemouel emploie le mot over, dont le sens ordinaire est « passer ». La guemara va donc devoir montrer, par des versets, que ce verbe porte aussi le sens de devancer.

4
מַאי מַשְׁמַע דְּהַאי ״עוֹבֵר״ לִישָּׁנָא דְּאַקְּדוּמֵי הוּא? אָמַר רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק, אֲמַר קְרָא: ״וַיָּרָץ אֲחִימַעַץ דֶּרֶךְ הַכִּכָּר וַיַּעֲבֹר אֶת הַכּוּשִׁי״. אַבַּיֵּי אָמַר מֵהָכָא: ״וְהוּא עָבַר לִפְנֵיהֶם״. וְאִיבָּעֵית אֵימָא, מֵהָכָא: ״וַיַּעֲבֹר מַלְכָּם לִפְנֵיהֶם וַה׳ בְּרֹאשָׁם״.

D'où ressort-il que ce mot over exprime le fait de devancer ? Rav Nahman bar Yits'hak a dit : le verset dit « Et Ahimaats courut par le chemin de la plaine et il devança (va-yaavor) le Kouchi » (II Chemouel 18,23).

Abaye a dit : de ceci — « et lui-même passa devant eux » (Berechit 33,3). Et si tu veux, dis : de ceci — « leur roi passa devant eux, et Hachem à leur tête » (Mikha 2,13).

📜 Rachi (1)
וַיַּעֲבֹר אֶת הַכּוּשִׁי וַיַּקְדֵּם אֶת הַכּוּשִׁי:
Il devança le Kouchi.
💡 Explication

Trois versets, trois emplois du même verbe, du plus net au plus discret. Chez Ahimaats, le contexte est une course : deux coureurs partent, et le verbe marque que l'un rattrape puis dépasse l'autre — le sens de devancer y est forcé par la scène. Chez Yaakov, le verbe s'accompagne de « devant eux » et décrit une position prise en tête du convoi. Le verset de Mikha joint les deux traits, le mouvement et la position en tête.

La démonstration importe pour la pratique : puisque over la-assiatan veut dire « avant l'accomplissement », la bénédiction de la meguila se dit rouleau déjà ouvert, avant le premier mot lu.

🖼️ Schéma
Les trois preuves que over veut dire devancer Rav Nahman bar Yitshak II Chemouel 18,23 Ahimaats court et devance le Kouchi : dépassement. Abaye Berechit 33,3 Et lui-même passa devant eux : position en tête. Ve-iba'it eima Mikha 2,13 Leur roi passa devant eux : mouvement et tête réunis. Conséquence pratique : la bénédiction se dit rouleau ouvert, avant le premier mot lu.
Trois emplois du verbe, du dépassement en course à la position en tête.
5
לְפָנֶיהָ מַאי מְבָרֵךְ? רַב שֵׁשֶׁת מִקַּטְרַזְיָא אִיקְּלַע לְקַמֵּיהּ דְּרַב אָשֵׁי וּבָרֵיךְ מנ״‎ח.

Avant la lecture, quelle bénédiction dit-on ? Rav Chechet de Katrazya se trouva devant Rav Achi et il bénit mem-noun-'het.

📜 Rachi (2)
מִקַּטְרַזְיָא מָקוֹם:
Un nom de lieu.
מנ"ח עַל מִקְרָא מְגִילָּה וְשֶׁעָשָׂה נִסִּים וְשֶׁהֶחֱיָינוּ:
Sur la lecture de la meguila (al mikra meguila), « qui a fait des miracles » (che-assa nissim) et « qui nous a fait vivre » (chehe'heyanou).
⚖️ Rosh (1)
וְאָמַר ר"י בֶּן לֵוִי חַייָּב אָדָם לִקְרוֹת אֶת הַמְּגִילָּה בַּלַּיְלָה וְלִשְׁנוֹתָהּ בַּיּוֹם שֶׁנֶּאֱמַר (תְּהִילִּים כ״ב:ג׳) אֱ-לֹהַי אֶקְרָא יוֹמָם וְלֹא תַעֲנֶה וְלַיְלָה וְלֹא דוּמִיָּה לִי. הָיָה אוֹמֵר רַבֵּינוּ תָּם זַ"ל אַף עַל פִּי שֶׁבֵּירֵךְ זְמַן בַּלַּיְלָה חוֹזֵר וּמְבָרֵךְ זְמַן אַף בַּיּוֹם דְּעִיקַּר קְרִיאָתָהּ הָוֵי בַּיּוֹם יוֹתֵר מִבְּלִילָה דְּהָכִי מַשְׁמַע לִישָּׁנָא דִּקְרָא אֶקְרָא יוֹמָם אע"פ שֶׁלַּיְלָה לֹא דּוּמִיָּה לִי וְקָרָאתִי בַּלַּיְלָה בַּיּוֹם תְּהֵא עִיקַּר הַקְּרִיאָה וְגַם עִיקַּר פִּרְסוּמֵי נִיסָּא הוּא בַּיּוֹם בִּזְמַן מִשְׁתֶּה וְשִׂמְחָה וּמַתָּנוֹת לָאֶבְיוֹנִים וּמִשְׁלוֹחַ מָנוֹת וּתְנַן לְקַמָּן (מְגִילָּה דַּף כ:) כָּל הַיּוֹם כָּשֵׁר לִקְרוֹת אֶת הַמְּגִילָּה קָתָנֵי וְכָל הַלַּיְלָה כָּשֵׁר לִקְרִיאַת מְגִילָּה לָא קָתָנֵי לְפִי שֶׁאֵינָהּ עִיקַּר קְרִיאָה בַּלַּיְלָה וְקָתָנֵי נָמֵי (לְקַמָּן מְגִילָּה דַּף כ.) אֵין קוֹרְאִין אֶת הַמְּגִילָּה וְלֹא מוֹהֲלִין וְלֹא טוֹבְלִין אֶלָּא בַּיּוֹם וּמְפָרֵשׁ בגמ' מִנָּלַן דִּכְתִיב וְהַיָּמִים הָאֵלֶּה בַּיּוֹם אִין בַּלַּיְלָה לָא לֵימָא תֶּיהְוֵי תְּיוּבְתָּא דְּר' יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי וְכוּ' וּמְשַׁנֵּי כִּי קָתָנֵי אַדְּיוֹם וּמִיהוּ מִדְּקָתָנֵי מִקְרָא מְגִילָּה בַּהֲדַייְהוּ שְׁמַע מִינָּה דְּעִיקַּר מִקְרָא מְגִילָּה הָוֵי בִּימָמָא וְעוֹד מִדְּאָמְרִינַן לְקַמָּן (מְגִילָּה דַּף כא:) מַאי מְבָרֵךְ מנ"ח וְלָא קָאָמַר בַּלַּיְלָה מְבָרֵךְ מנ"ח וּבַיּוֹם מ"נ כִּדְקָאָמַר גַּבֵּי נֵר חֲנֻוכָּה יוֹמָא קַמָּא מְבָרֵךְ ננ"ח וְכוּ' אַלְמָא מַשְׁמַע דמנ"ח מְבָרֵךְ בַּיּוֹם וּבַלַּיְלָה וְעוֹד שֶׁבְּנֵי הַכְּפָרִים שֶׁהָיוּ מַקְדִּימִין לְיוֹם הַכְּנִיסָה מִסְּתָמָא בַּיּוֹם הָיוּ בָּאִים לִשְׁמֹועַ אֶת הַמְּגִילָּה כְּשֶׁבָּאִין לִשְׁמֹועַ קְרִיאַת הַתּוֹרָה אַלְמָא שֶׁעִיקַּר קְרִיאָתָהּ בַּיּוֹם ואע"ג דַּהֲוָה סָלְקָא דַּעְתָּא לְמִיתְנְייֵהּ מַתְנִיתִין דִּידֵיהּ בִּימָמָא מ"מ לָא מִיתּוֹקַם הָכִי: אָמַר רַב מְגִילָּה בִּזְמַנָּהּ קוֹרִין אוֹתָהּ בְּיָחִיד שֶׁלֹּא בִּזְמַנָּהּ (אֵין) קוֹרִין אוֹתָהּ (אֶלָּא). בַּעֲשָׂרָה פרש"י שֶׁלֹּא בִּזְמַנָּהּ כְּגוֹן בְּנֵי הַכְּפָרִים שֶׁמַּקְדִּימִין לְיוֹם הַכְּנִיסָה ואע"ג דְּבִימֵי רַב לֵיכָּא לְהַךְ הַקְדָּמָה דְּאֵין קוֹרִין אוֹתָהּ אֶלָּא בִּזְמַנָּהּ פְּלֻוגְתָּא דִּזְמַנָּהּ אַשְׁמוֹעִינַן דְּבִזְמַנָּהּ קוֹרִין אוֹתָהּ בְּיָחִיד וְרַב אַסִּי אָמַר בֵּין בִּזְמַנָּהּ וּבֵין שֶׁלֹּא בִּזְמַנָּהּ (אֵין) קוֹרִין אוֹתָהּ (אֶלָּא) בַּעֲשָׂרָה וְיֵשׁ מְפָרְשִׁים שֶׁלֹּא בִּזְמַנָּהּ כְּגוֹן שֶׁחָל אַרְבָּעָה עָשָׂר לִהְיוֹת בְּשַׁבָּת לִבְנֵי עֲיָירוֹת וט"ו לִבְנֵי כְּרַכִּין שֶׁמַּקְדִּימִין וְקוֹרִין בע"ש לִבְנֵי כְּרַכִּין הֲוָה עוּבְדָא וְחָשׁ לָהּ רַב %לְהָא דְּרַב אַסִּי ואע"ג דְּחָשׁ לֵיהּ רַב לִדְרַב אַסִּי קי"ל כְּרַב דְּהָא ר' יוֹחָנָן קָאֵי כְּוָותֵיהּ דְּאָמַר רַבִּי חִייָּא בַּר אַבָּא א"ר יוֹחָנָן (לְקַמָּן מְגִילָּה דַּף יט:) הַקּוֹרֵא בִּמְגִילָּה הַכְּתוּבָה בֵּין הַכְּתוּבִים לֹא יָצָא וְלָא אֲמָרָן אֶלָּא בְּצִבּוּר מִכְּלָל דִּבְיָחִיד יָצָא וְשָׁמְעִינַן מֵהָא דְּקוֹרִין אוֹתָהּ בְּיָחִיד כְּרַב דְּאָמַר בִּזְמַנָּהּ קוֹרִין אוֹתָהּ בְּיָחִיד וְכֵן פָּסַק רַבֵּינוּ תָּם וּבְסֵדֶר רַב עַמְרָם פָּסַק כְּרַב אַסִּי מִדְּחַשׁ לֵיהּ רַב לִדְרַב אַסִּי וְכֵן מִסְתַּבֵּר וְהָא דְּר' יוֹחָנָן אֵינָהּ רְאָיָה דְּאַף לְרַב אַסִּי קְרִיאָה בְּיָחִיד כִּדְפֵי' רַשִׁ"י דְּמִצְוָה לַחֲזֹור אַחַר עֲשָׂרָה וְאִם לֹא מָצָא עֲשָׂרָה אֵינוֹ פָּטוּר מִקְּרִיאָה אֶלָּא קוֹרֵא בְּיָחִיד:
Rabbi Yehochoua ben Levi a dit : on est tenu de lire la meguila la nuit et de la redire le jour, ainsi qu'il est dit (Tehilim 22,3) : « Mon D.ieu, j'appelle le jour et Tu ne réponds pas, et la nuit, point de repos pour moi. » Rabbenou Tam disait : bien qu'on ait dit la bénédiction du temps (chehe'heyanou) la nuit, on la redit encore le jour, car l'essentiel de la lecture se tient le jour plutôt que la nuit. C'est ce que laisse entendre la langue du verset : « j'appelle le jour » — bien que « la nuit, point de repos pour moi » et que j'aie déjà lu la nuit, l'essentiel de la lecture aura lieu le jour. De plus, l'essentiel de la publicité du miracle (pirsoumei nissa) se fait le jour, au moment du festin, de la joie, des dons aux pauvres et de l'envoi de portions. Nous avons appris plus loin (Meguila 20b) : « tout le jour est valable pour lire la meguila » — cela, il l'enseigne ; mais « toute la nuit est valable pour la lecture de la meguila », il ne l'enseigne pas, parce que la lecture de nuit ne forme pas l'essentiel. Il enseigne aussi (Meguila 20a) : on ne lit la meguila, on ne circoncit et on ne s'immerge que de jour ; et la guemara explique : d'où cela ? De ce qu'il est écrit « et ces jours » — de jour oui, de nuit non. « Disons que ce soit une réfutation de Rabbi Yehochoua ben Levi », etc. ; on répond : lorsqu'il enseigne, c'est sur ce qui se fait de jour. Toutefois, du fait qu'il range la lecture de la meguila avec ces actes, on en déduit que l'essentiel de la lecture de la meguila se tient de jour. De plus, de ce que nous disons ici (Meguila 21b) « quelle bénédiction dit-on ? mem-noun-'het », sans dire « la nuit on bénit mem-noun-'het et le jour mem-noun », comme on le dit pour la lampe de ''Hanouka — « le premier jour on bénit noun-noun-'het », etc. — il ressort qu'on dit mem-noun-'het le jour comme la nuit. De plus, les gens des villages, qui avançaient la lecture au jour de rassemblement, venaient vraisemblablement de jour entendre la meguila, lorsqu'ils venaient entendre la lecture de la Tora ; il en ressort que l'essentiel de sa lecture se tient de jour. Et bien qu'il fut venu à l'esprit d'enseigner sa michna comme portant sur le jour, cela ne se laisse pourtant pas établir ainsi. Rav a dit : la meguila, en son temps, on la lit même seul ; hors de son temps, on ne la lit qu'à dix. Rachi explique « hors de son temps » : par exemple les gens des villages qui avancent la lecture au jour de rassemblement ; et bien qu'au temps de Rav cette avance n'eût plus cours, puisqu'on ne lisait qu'en son temps, il nous enseigne la différence tenant au temps fixé : en son temps, on la lit même seul. Rav Assi a dit : en son temps comme hors de son temps, on ne la lit qu'à dix. Certains expliquent « hors de son temps » : par exemple lorsque le quatorze tombe un Chabbat pour les gens des villes, ou le quinze pour les gens des villes fortifiées, et qu'ils avancent la lecture au vendredi. Pour les gens des villes fortifiées, un fait se produisit, et Rav tint compte de l'avis de Rav Assi. Et bien que Rav ait tenu compte de l'avis de Rav Assi, la halakha suit Rav, car Rabbi Yo'hanan se tient de son côté : Rabbi 'Hiya bar Abba a dit au nom de Rabbi Yo'hanan (Meguila 19b) : celui qui lit dans une meguila écrite au milieu des Ketouvim ne s'est pas acquitté ; et nous n'avons dit cela que pour le public, d'où il ressort que seul, il s'est acquitté. Nous apprenons de là qu'on la lit seul, comme Rav qui dit qu'en son temps on la lit seul ; ainsi a tranché Rabbenou Tam. Dans le Seder de Rav Amram, il a tranché comme Rav Assi, du fait même que Rav a tenu compte de l'avis de Rav Assi, et cela paraît juste. Quant à l'enseignement de Rabbi Yo'hanan, il n'en fournit pas la preuve, car même selon Rav Assi la lecture seul demeure possible, comme l'a expliqué Rachi : c'est une mitsva de chercher dix hommes, et si l'on n'en trouve pas dix, on n'est pas dispensé de la lecture — on lit seul.
💡 Explication

Rav Chechet énonce les trois bénédictions d'avant par leurs initiales : mem pour « al mikra meguila », noun pour « che-assa nissim », 'het pour « chehe'heyanou ». Ce sigle mnémotechnique tranche en même temps une question pratique : les trois se disent ensemble.

Le Roch tire de ce sigle un argument pour Rabbenou Tam. La guemara donne une seule formule, sans distinguer la lecture de nuit de celle du jour ; s'il y avait une différence, elle aurait dit « la nuit mem-noun-'het, le jour mem-noun », comme elle le fait pour les lampes de 'Hanouka. On redit donc chehe'heyanou le jour.

6
לְאַחֲרֶיהָ מַאי מְבָרֵךְ? בָּרוּךְ אַתָּה ה׳ אֱ-לֹהֵינוּ מֶלֶךְ הָעוֹלָם (הָאֵל) הָרָב אֶת רִיבֵנוּ וְהַדָּן אֶת דִּינֵנוּ וְהַנּוֹקֵם אֶת נִקְמָתֵנוּ וְהַנִּפְרָע לָנוּ מִצָּרֵינוּ וְהַמְשַׁלֵּם גְּמוּל לְכָל אוֹיְבֵי נַפְשֵׁנוּ, בָּרוּךְ אַתָּה ה׳ הַנִּפְרָע לְיִשְׂרָאֵל מִכָּל צָרֵיהֶם. רָבָא אָמַר: הָאֵל הַמּוֹשִׁיעַ. אָמַר רַב פָּפָּא: הִלְכָּךְ — נֵימְרִינְהוּ לְתַרְוַיְיהוּ: בָּרוּךְ אַתָּה ה׳ הַנִּפְרָע לְיִשְׂרָאֵל מִכָּל צָרֵיהֶם הָאֵל הַמּוֹשִׁיעַ.

Après la lecture, quelle bénédiction dit-on ? « Béni sois-Tu, Hachem notre D.ieu, Roi du monde, (le D.ieu) qui plaide notre cause, qui juge notre litige, qui venge notre vengeance, qui nous fait justice de nos oppresseurs et qui paie leur salaire à tous les ennemis de notre âme.

Béni sois-Tu, Hachem, qui fait justice à Israël de tous ses oppresseurs. » Rava a dit : [on conclut] « le D.ieu qui sauve ». Rav Papa a dit : dès lors, disons-les toutes les deux — « Béni sois-Tu, Hachem, qui fait justice à Israël de tous ses oppresseurs, le D.ieu qui sauve ».

💡 Explication

La bénédiction d'après la lecture est ici donnée en entier. Le débat porte uniquement sur sa hatima, la formule de clôture : la version reçue s'arrête sur la justice faite des oppresseurs, Rava conclut sur le salut.

La solution de Rav Papa illustre une démarche fréquente dans la guemara lorsqu'une divergence porte sur un texte liturgique court et qu'aucune conséquence halakhique ne les sépare : on récite les deux formules à la suite. C'est le texte encore en usage aujourd'hui.

7
בְּשֵׁנִי וּבַחֲמִישִׁי בַּשַּׁבָּת בַּמִּנְחָה קוֹרִין שְׁלֹשָׁה וְכוּ׳. הָנֵי שְׁלֹשָׁה, כְּנֶגֶד מִי? אָמַר רַב אַסִּי: כְּנֶגֶד תּוֹרָה נְבִיאִים וּכְתוּבִים. רָבָא אָמַר: כְּנֶגֶד כֹּהֲנִים לְוִיִּם וְיִשְׂרְאֵלִים.

« Le lundi, le jeudi et le Chabbat à Min'ha, trois lisent », etc. Ces trois, en face de quoi ?

Rav Assi a dit : en face de la Tora, des Prophètes et des Ketouvim. Rava a dit : en face des cohanim, des levi'im et des israélites.

🗂️ Tossefot (1)
כְּנֶגֶד תּוֹרָה נְבִיאִים וּכְתוּבִים קָשֶׁה דְּהָא לְקַמָּן (מְגִילָּה דַּף כג.) אָמַר כְּנֶגֶד שׁוֹמְרֵי הַסַּף וְי"ל דְּהָתָם לָא הָוֵי עִיקַּר הַתַּקָּנָה דְּהָא לֹא תִּקְּנוּ אַרְבָּעָה כְּנֶגֶד הָא שְׁלֹשָׁה שׁוֹמְרֵי הַסַּף וְסָרִיס אֶחָד וְאִיתָא בִּירוּשַׁלְמִי אִיכָּא סָרִיס אֶחָד שֶׁיּוֹשֵׁב וּמְתָרֵץ הַהֲלָכוֹת וּמַעֲמִידָן עַל עִקָּרָן וְאַפֵּ"ה לֹא תִּקְּנוּ כְּנֶגְדּוֹ ש"מ דְּעִיקַּר הַתַּקָּנָה לֹא הָיְתָה אֶלָּא כְּנֶגֶד תּוֹרָה וּנְבִיאִים וּכְתוּבִים:
Difficulté : plus loin (Meguila 23a) on dit « en face des gardiens du seuil ». On peut répondre que là-bas ne se trouve pas le fondement de l'institution, car on n'a pas institué quatre lecteurs, alors qu'il y avait trois gardiens du seuil et un officier ; et il est dit dans le Yerouchalmi qu'il y avait un officier qui siégeait, résolvait les questions de halakha et les ramenait à leur principe. Malgré cela, on n'a rien institué en face de lui. On en déduit que le fondement de l'institution tient seulement au regard de la Tora, des Prophètes et des Ketouvim.
💡 Explication

La guemara cherche le keneged des trois lecteurs : la réalité que ce nombre vient figurer. Rav Assi le rapporte aux trois parties de l'Écriture, Rava aux trois composantes du peuple — qui sont aussi, dans l'ordre, les trois montées à la Tora.

Tossefot rappelle qu'un autre keneged est proposé plus loin, les gardiens du seuil de II Melakhim 25. Il écarte ce rapprochement comme secondaire : le compte n'y tombe pas juste, puisque le verset mentionne aussi un officier, et personne n'a institué de quatrième lecteur pour lui.

8
אֶלָּא הָא דְּתָנֵי רַב שִׁימִי: אֵין פּוֹחֲתִין מֵעֲשָׂרָה פְּסוּקִין בְּבֵית הַכְּנֶסֶת, ״וִידַבֵּר״ עוֹלֶה מִן הַמִּנְיָן. הָנֵי עֲשָׂרָה כְּנֶגֶד מִי?

Mais alors, cet enseignement de Rav Chimi : « on ne descend pas au-dessous de dix versets à la synagogue, et Va-yedaber entre dans le compte » — ces dix, en face de quoi ?

📜 Rachi (1)
וַיְדַבֵּר עוֹלֶה מִן הַמִּנְיָן וַיְדַבֵּר ה' אֶל מֹשֶׁה לֵּאמֹר אע"פ שֶׁאֵין לִלְמֹוד מִמֶּנּוּ כְּלוּם:
« Hachem parla à Moche en disant » : ce verset entre dans le compte, bien qu'on n'en tire aucun enseignement.
🗂️ Tossefot (1)
אֵין פּוֹחֲתִין מֵעֲשָׂרָה פְּסוּקִים בבהכ"נ וא"ת וַהֲרֵי פָּרָשַׁת עֲמָלֵק דְּלֵיכָּא אֶלָּא תִּשְׁעָה פְּסוּקִים י"ל דְּשָׁאנֵי פָּרָשַׁת עֲמָלֵק דְּסִידְרָא דְּיוֹמָא הוּא וּמַפְסִיק עִנְיָנָא בֵּיהּ ומש"ה אֵין לָחוּשׁ דְּהָכִי נָמֵי אָמְרִינַן לְקַמָּן (מְגִילָּה דַּף כג.) דְּאֵין מַפְטִירִין פָּחוֹת מכ"א פְּסוּקִים וְהֵיכָא דְּסָלֵיק עִנְיָינָא קוֹרִין שַׁפִּיר בְּפָחוֹת:
Si tu demandes : le passage d'Amalek ne compte que neuf versets ! On peut répondre que le passage d'Amalek fait exception, car il constitue l'ordre du jour et le sujet s'y achève ; pour cette raison il n'y a pas lieu de s'en soucier. De même nous disons plus loin (Meguila 23a) qu'on ne lit pas une haftara de moins de vingt et un versets, et là où le sujet s'achève, on peut fort bien lire moins.
🪔 Ben Yehoyada (1)
אֶלָּא הָא דְּתָנֵי רַב שִׁימִי: אֵין פּוֹחֲתִין מֵעֲשָׂרָה פְּסוּקִים בְּבֵית הַכְּנֶסֶת. מִלָּשׁוֹן זֶה מַשְׁמַע דְּנִתְחַדְּשָׁה לוֹ שְׁאֵלָה זוֹ מִכֹּחַ הַטַּעַם שֶׁאָמַר בִּשְׁלֹשָׁה הָעוֹלִין בְּשֵׁנִי וַחֲמִישִׁי וּמִנְחָה, וְצָרִיךְ לְהָבִין מַה שַׁיָּיכוּת יֵשׁ לָזֶה בָּזֶה? וְנִרְאֶה לִי בס"ד כִּי בַּתְּחִלָּה הָיָה חוֹשֵׁב הַשּׁוֹאֵל טַעַם לַעֲשָׂרָה פְּסוּקִים כְּנֶגֶד חֲמִשָּׁה חֻומְשֵׁי תּוֹרָה וַחֲמִשָּׁה סִפְרֵי תְּהִלִּים שֶׁמְּכַווְּנִים כְּנֶגְדָּן כְּמוֹ שֶׁאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זִ"לִ (מִדְרַשׁ תְּהִלִּים שׁוֹחֵר טוֹב) מֹשֶׁה נָתַן לְיִשְׂרָאֵל חֲמִשָּׁה חֻומְשֵׁי תּוֹרָה וּכְנֶגְדָּן נָתַן לָהֶם דָּוִד סִפְרֵי תְּהִלִּים, אַךְ עַתָּה שֶׁשָּׁמַע טַעַם לִשְׁלֹשָׁה הָעוֹלִין הוּא 'כְּנֶגֶד תּוֹרָה נְבִיאִים וּכְתוּבִים' אִם כֵּן עָשִׂינוּ לְתוֹרָה וּכְתוּבִים רֶמֶז בִּשְׁלֹשָׁה הָעוֹלִין וְתוּ אֵין צָרִיךְ לַעֲשׂוֹת לָהֶם רֶמֶז בַּעֲשָׂרָה פְּסוּקִים! לָכֵן שָׁאַל 'הָעֲשָׂרָה כְּנֶגֶד מִי?'
« Mais alors, cet enseignement de Rav Chimi : on ne descend pas au-dessous de dix versets à la synagogue. » La formulation laisse entendre que cette question lui est venue à partir de la raison donnée pour les trois qui montent le lundi, le jeudi et à Min'ha ; il faut comprendre quel rapport l'un a avec l'autre. Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'au départ celui qui interroge tenait pour raison des dix versets qu'ils répondent aux cinq livres de la Tora et aux cinq livres des Tehilim qui leur correspondent, selon ce qu'ont dit nos maîtres (Midrach Tehilim, Cho'her Tov) : Moche a donné à Israël les cinq livres de la Tora, et en face d'eux David leur a donné les livres des Tehilim. Mais à présent qu'il a entendu que la raison des trois qui montent est « en face de la Tora, des Prophètes et des Ketouvim », il se trouve que la Tora et les Ketouvim ont déjà reçu leur allusion dans les trois qui montent, et il devient inutile de leur ménager une seconde allusion dans les dix versets. C'est pourquoi il demande : « ces dix, en face de quoi ? »
⚖️ Rosh (1)
בְּשֵׁנִי וּבַחֲמִישִׁי וְכוּ'. הָנֵי שְׁלֹשָׁה כְּנֶגֶד מִי א"ר יוֹסֵי בַּר חֲנִינָא כְּנֶגֶד כֹּהֲנִים וּלְוִיִּם וְיִשְׂרְאֵלִים תַּנְיָא אֵין פּוֹחֲתִין מִי' פְּסוּקִים בבהכ"נ וַיְדַבֵּר עוֹלֶה מִן הַמִּנְיָן. (יְרוּשַׁלְמִי ה"ד) וְהָאִיכָּא פָּרָשַׁת עֲמָלֵק שֶׁאֵין בָּהּ אֶלָּא ט' פְּסוּקִים מִשּׁוּם דְּסָלֵיק עִנְיָנָא כִּדְאָמְרִינַן לְקַמָּן (מְגִילָּה דַּף כג:) גַּבֵּי מַפְטִיר. הָנֵי י' פְּסוּקִים כְּנֶגֶד מִי אַרִיבָּ"ל כְּנֶגֶד עֲשָׂרָה בַּטְלָנִין שֶׁל בהכ"נ. רַב יוֹסֵף אָמַר כְּנֶגֶד עֲשֶׂרֶת הַדִּבְּרוֹת שֶׁנֶּאֶמְרוּ לוֹ לְמֹשֶׁה מִסִּינַי אָמַר ר' יוֹחָנָן כְּנֶגֶד עֲשָׂרָה מַאֲמָרוֹת שֶׁנִּבְרָא בָּהֶן הָעוֹלָם וְהָא ט' הָווּ בְּרֵאשִׁית נָמֵי מַאֲמָר הוּא דִּכְתִיב בִּדְבַר ה' שָׁמַיִם נַעֲשׂוּ. אָמַר רָבָא רִאשׁוֹן שֶׁקָּרָא אַרְבַּע הֲרֵי זֶה מְשֻׁובָּח שֶׁהֲרֵי עַל הַקֻּופּוֹת הָיָה כּוֹתֵב אב"ג לֵידַע אֵיזֶה מֵהֶן נִתְרְמָה רִאשׁוֹן לְהַקְרִיב מִמֶּנָּה רִאשׁוֹן שֶׁמִּצְוָה בָּרִאשׁוֹן. אֶמְצָעִי שֶׁקּוֹרֵא אַרְבַּע מְשֻׁובָּח דְּתַנְיָא אֶל מוּל פְּנֵי הַמְּנוֹרָה מְלַמֵּד שֶׁמְּצַדֵּד פְּנֵיהֶם כְּלַפֵּי נֵר מַעֲרָבִי וְאָמַר ר' נָתָן מְלַמֵּד שֶׁאֶמְצָעִי מְשֻׁובָּח. וְאַחֲרוֹן שֶׁקָּרָא ד' מְשֻׁובָּח מִשּׁוּם מַעֲלִין בַּקֹּודֶשׁ וְלֹא מוֹרִידִין. רַב פָּפָּא אִיקְּלַע לְבֵי כְּנִישְׁתָּא דַּאֲבִי גוֹבָר קְרָא קַמָּא אַרְבָּעָה וְשַׁבְּחֵיהּ רַב פָּפָּא וּבְפֶ' הַאֲזִינוּ קוֹרִין בְּסִי' הזי"ו ל"ך (ר"ה דַּף לא.) הָרִאשׁוֹן קוֹרֵא מִן הַאֲזִינוּ עַד זְכֹור יְמוֹת עוֹלָם וְקוֹרֵא הַשֵּׁנִי מִן זְכֹור יְמוֹת עוֹלָם עַד יַרְכִּיבֵהוּ וְקוֹרֵא הַשְּׁלִישִׁי מִן יַרְכִּיבֵהוּ עַד וַיַּרְא ה' וְיָנֵאץ וּבְשַׁבָּת קוֹרֵא הָרְבִיעִי מִן וַיַּרְא ה' וַיִּנְאָץ עַד לוּ חָכְמוּ יַשְׂכִּילוּ זֹאת וְהַחֲמִישִׁי קוֹרֵא מִן לוֹ חָכְמוּ יַשְׂכִּילוּ עַד כִּי אֶשָּׂא אֶל שָׁמַיִם יָדִי וְהַשִּׁשִּׁי קוֹרֵא מִן כִּי אֶשָּׂא אֶל שָׁמַיִם יָדִי עַד סוֹף הַשִּׁירָה וְהַשְּׁבִיעִי קוֹרֵא שְׁאָר הַפָּרָשָׁה. גָּרְסִינַן בְּפֶרֶק הַקֹּומֶץ (מְנָחוֹת דַּף ל.) אָמַר ר' יְהוֹשֻׁעַ בַּר אַבָּא אָמַר רַב גִּידֵּל אָמַר רַב ח' פְּסוּקִים שֶׁבַּתּוֹרָה יָחִיד קוֹרֵא אוֹתָן בבהכ"נ פִּי' הר"ר מְשֻׁולָּם זַ"ל שֶׁקּוֹרֵא אוֹתָן הָעוֹלֶה בס"ת לְבַדּוֹ וְאֵין שְׁלִיחַ צִבּוּר קוֹרֵא עִמּוֹ וְהִקְשָׁה לוֹ ר"ת זַ"ל כָּל הַתּוֹרָה כֻּולָּהּ נָמֵי כָּךְ דִּינָהּ כִּדְאָמַר לְעֵיל (סִי' יז) קְרָאוּהָ שְׁנַיִם יָצְאוּ משא"כ בַּתּוֹרָה אֶלָּא ה"פ יָחִיד קוֹרֵא כָּל ח' פְּסוּקִים וְלֹא יִקְרְאוּ אוֹתָן שְׁנַיִם שְׁנַיִם וְהַיְינוּ טַעְמָא לְפִי שֶׁאֵלּוּ הַפְּסוּקִים יְהוֹשֻׁעַ אֲמָרָם וְלָמֶ"ד נָמֵי שֶׁמֹּשֶׁה אֲמָרָם נִשְׁתַּנּוּ שֶׁכְּתָבָם בְּדֶמַע:
« Le lundi et le jeudi », etc. Ces trois, en face de quoi ? Rabbi Yossi bar 'Hanina a dit : en face des cohanim, des levi'im et des israélites. On a enseigné : on ne descend pas au-dessous de dix versets à la synagogue, et Va-yedaber entre dans le compte. (Yerouchalmi, halakha 4) Mais il y a le passage d'Amalek, qui ne compte que neuf versets ! Parce que le sujet s'y achève, comme nous le disons plus loin (Meguila 23b) au sujet du maftir. Ces dix versets, en face de quoi ? Rabbi Yehochoua ben Levi a dit : en face des dix oisifs de la synagogue. Rav Yossef a dit : en face des dix Paroles dites à Moche au Sinaï. Rabbi Yo'hanan a dit : en face des dix paroles par lesquelles le monde à été créé. Mais elles ne sont que neuf ! « Au commencement » est aussi une parole, ainsi qu'il est écrit : « par la parole de Hachem les cieux ont été faits. » Rava a dit : le premier qui a lu quatre versets est digne de louange, car sur les corbeilles on écrivait alef, beit, guimel, afin de savoir laquelle avait été prélevée la première, pour offrir d'elle en premier, puisque la mitsva revient à la première. Celui du milieu qui lit quatre est digne de louange, car on a enseigné : « en face de la menora » — cela enseigne qu'on oriente leurs faces vers la lampe occidentale ; et Rabbi Natan a dit : cela enseigne que celui du milieu est le plus digne. Et le dernier qui a lu quatre est digne de louange, du fait qu'on monte en sainteté sans descendre. Rav Papa se trouva à la synagogue d'Avi Gover ; le premier lut quatre versets, et Rav Papa l'en loua. Dans la paracha Haazinou, on lit selon le signe HA-ZIV LAKH (Roch Hachana 31a) : le premier lit depuis « Haazinou » jusqu'à « Zekhor yemot olam » ; le deuxième depuis « Zekhor yemot olam » jusqu'à « Yarkivehou » ; le troisième depuis « Yarkivehou » jusqu'à « Va-yar va-yinats » ; et le Chabbat, le quatrième lit depuis « Va-yar va-yinats » jusqu'à « Lou 'hakhemou yaskilou zot » ; le cinquième depuis « Lou 'hakhemou yaskilou » jusqu'à « Ki essa el chamayim yadi » ; le sixième depuis « Ki essa el chamayim yadi » jusqu'à la fin du cantique ; et le septième lit le reste de la paracha. Nous lisons au chapitre Ha-kometz (Mena'hot 30a) : Rabbi Yehochoua bar Abba a dit au nom de Rav Guidel au nom de Rav : les huit derniers versets de la Tora, un seul les lit à la synagogue. Rabbenou Mechoulam a expliqué : celui qui monte au Sefer Tora les lit à lui seul, et le chalia'h tsibour ne lit pas avec lui. Rabbenou Tam lui a objecté : toute la Tora suit la même règle, comme il est dit plus haut (siman 17) « si deux l'ont lue, ils se sont acquittés — ce qui n'a pas lieu pour la Tora ». L'explication est donc : un seul lit les huit versets, et deux ne se les partageront pas deux à deux. La raison en est que ces versets, Yehochoua les a dits ; et même selon celui qui tient que Moche les a dits, ils se distinguent, puisqu'il les a écrits dans les larmes.
💡 Explication

La guemara enchaîne sur une seconde institution numérique. Le minimum de dix versets vaut pour l'ensemble de la lecture, répartie entre les trois lecteurs. Va-yedaber désigne un verset d'introduction du type « Hachem parla à Moche en disant » : Rav Chimi précise qu'il compte dans les dix, bien qu'il ne porte aucun enseignement propre.

Le Ben Yehoyada explique pourquoi la question surgit précisément ici. Celui qui interroge avait en tête une réponse toute prête — dix pour les cinq livres de la Tora et les cinq livres des Tehilim. La réponse de Rav Assi sur les trois lecteurs vient de placer la Tora et les Ketouvim dans le compte des trois ; les faire reparaître dans le compte des dix ferait double emploi, et la question redevient ouverte.

9
אָמַר רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי: כְּנֶגֶד עֲשָׂרָה בַּטְלָנִין שֶׁבְּבֵית הַכְּנֶסֶת. רַב יוֹסֵף: אָמַר כְּנֶגֶד עֲשֶׂרֶת הַדִּבְּרוֹת שֶׁנֶּאֶמְרוּ לְמֹשֶׁה בְּסִינַי. (רַבִּי לֵוִי אָמַר: כְּנֶגֶד עֲשָׂרָה הִילּוּלִין שֶׁאָמַר דָּוִד בְּסֵפֶר תְּהִלִּים.) וְרַבִּי יוֹחָנָן אָמַר: כְּנֶגֶד עֲשָׂרָה מַאֲמָרוֹת שֶׁבָּהֶן נִבְרָא הָעוֹלָם.

Rabbi Yehochoua ben Levi a dit : en face des dix oisifs de la synagogue. Rav Yossef a dit : en face des dix Paroles dites à Moche au Sinaï.

(Rabbi Levi a dit : en face des dix louanges que David a dites dans le livre des Tehilim.) Et Rabbi Yo'hanan a dit : en face des dix paroles par lesquelles le monde à été créé.

💡 Explication

Quatre réponses, rangées par ordre d'éloignement. Les batlanim sont dix hommes entretenus par la communauté, dispensés de travail afin d'être toujours présents à la synagogue ; c'est leur présence qui fait d'un lieu une ville pour les règles du traité. La réponse la plus proche du terrain voit donc dans les dix versets le reflet des dix hommes qui les écoutent.

Rav Yossef remonte au Sinaï, Rabbi Levi au livre des Tehilim, Rabbi Yo'hanan jusqu'à la création. Cette dernière réponse va appeler une vérification de comptage au segment suivant.

10
הֵי נִינְהוּ? ״וַיֹּאמֶר״ דִּבְרֵאשִׁית. הָנֵי תִּשְׁעָה הָווּ! ״בְּרֵאשִׁית״ נָמֵי מַאֲמָר הוּא, דִּכְתִיב: ״בִּדְבַר ה׳ שָׁמַיִם נַעֲשׂוּ וּבְרוּחַ פִּיו כָּל צְבָאָם״.

Lesquelles sont-ce ? Les « et Il dit » du récit de la Genèse.

Elles ne sont que neuf ! « Au commencement » est aussi une parole, ainsi qu'il est écrit : « par la parole de Hachem les cieux ont été faits, et par le souffle de Sa bouche toute leur armée » (Tehilim 33,6).

📜 Rachi (2)
בְּרֵאשִׁית נָמֵי דְּמִשְׁתַּעֵי בַּשָּׁמַיִם וּבָאָרֶץ דִּכְתִיב בִּדְבַר ה' שָׁמַיִם נַעֲשׂוּ וּבְרוּחַ פִּיו כָּל צְבָאָם:
Car ce verset traite des cieux et de la terre, ainsi qu'il est écrit : « par la parole de Hachem les cieux ont été faits, et par le souffle de Sa bouche toute leur armée ».
מַאֲמָר הוּא אַף הֵן בְּמַאֲמַר נִבְרְאוּ:
Eux aussi ont été créés par une parole.
💡 Explication

La guemara vérifie le compte de Rabbi Yo'hanan. Le premier chapitre de Berechit contient neuf occurrences de « et Il dit ». Pour atteindre dix, on compte le verset d'ouverture lui-même comme une parole, bien qu'aucun verbe de parole n'y figure.

Le verset des Tehilim fournit l'appui : les cieux, dont parle Berechit 1,1, ont été faits « par la parole ». Un acte de création rapporté sans verbe de parole reste donc un acte de parole.

11
אָמַר רָבָא, רִאשׁוֹן שֶׁקָּרָא אַרְבָּעָה — מְשֻׁובָּח, שֵׁנִי שֶׁקָּרָא אַרְבָּעָה — מְשֻׁובָּח, שְׁלִישִׁי שֶׁקָּרָא אַרְבָּעָה — מְשֻׁובָּח.

Rava a dit : le premier qui a lu quatre versets est digne de louange ; le deuxième qui a lu quatre est digne de louange ; le troisième qui a lu quatre est digne de louange.

📜 Rachi (1)
רִאשׁוֹן מִן שְׁלֹשָׁה שֶׁקָּרָא אַרְבָּעָה פְּסוּקִים מְשֻׁובָּח וְכֵן שֵׁנִי וְכֵן שְׁלִישִׁי אִם לֹא עָשָׂה הָרִאשׁוֹן וְעָשָׂה הַשֵּׁנִי אוֹ אִם לֹא קָרְאוּ לֹא הָרִאשׁוֹן וְלֹא הַשֵּׁנִי אַרְבָּעָה פְּסוּקִים וְקָרָא אוֹתָן הַשְּׁלִישִׁי מְשֻׁובָּח וְאִם יֵשׁ לָהֶן רִיוַּח בַּפָּרָשָׁה וְקָרְאוּ כָּל אֶחָד אַרְבָּעָה פְּסוּקִים כֻּולָּן מְשֻׁובָּחִין:
Des trois lecteurs, celui qui a lu quatre versets est digne de louange ; de même le deuxième, de même le troisième. Si le premier né l'a pas fait et que le deuxième l'a fait, ou si ni le premier ni le deuxième n'ont lu quatre versets et que le troisième les a lus, il est digne de louange. Et s'ils disposent d'assez d'espace dans le passage et que chacun a lu quatre versets, tous sont dignes de louange.
🪔 Ben Yehoyada (1)
אָמַר רָבָא: רִאשׁוֹן שֶׁקָּרָא אַרְבָּעָה מְשֻׁבָּח. שֵׁנִי שֶׁקָּרָא אַרְבָּעָה מְשֻׁבָּח. שְׁלִישִׁי שֶׁקָּרָא אַרְבָּעָה מְשֻׁבָּח. קָשֶׁה הֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר בְּקִיצּוּר כָּל אֶחָד מִשְּׁלֹשָׁה שֶׁקָּרָא אַרְבָּעָה הֲרֵי זֶה מְשֻׁובָּח? וְנִרְאֶה לִי בס"ד אִי הֲוָה תָּנֵי הָכִי הֲוָה אֲמִינָא אֵין חִילּוּק בֵּינֵיהֶם בְּמַעֲלוֹת הַשֶּׁבַח לְכָךְ פֵּרֵט אוֹתָם בָּזֶה אֶת זֶה לוֹמַר שֶׁהֵם עוֹלִים זֶה עַל גַּבֵּי זֶה בְּשֶׁבַח כִּי שְׁבָחָן הוּא בִּשְׁתַּיִם, הָאֶחָד שֶׁקָּרָא אַרְבָּעָה וְהַשֵּׁנִי שֶׁהָיָה זָרִיז לִקְרוֹת קֹודֶם חֲבֵירוֹ וּכְמוֹ שֶׁכָּתַב מָהַרְשָׁ"א זַ"ל בְּמַה שֶׁאָמַר 'וּשְׁבָחֵיהּ רַב פָּפָּא' וּלְפִי זֶה הָרִאשׁוֹן שֶׁקָּרָא אַרְבָּעָה הוּא מְשֻׁובָּח יוֹתֵר מִן הַשֵּׁנִי וְהַשְּׁלִישִׁי אֲשֶׁר גַּם הֵם קָרוּ אַרְבָּעָה וְהַשֵּׁנִי שֶׁקָּרָא אַרְבָּעָה הוּא מְשֻׁובָּח יוֹתֵר מֵהַשְּׁלִישִׁי שֶׁקָּרָא אַרְבָּעָה מִפְּנֵי שֶׁקָּדַם לַשְּׁלִישִׁי, וְלָכֵן נַקְטִינְהוּ בִּתְלָת בָּבֵי בָּזֶה אֶת זֶה לְלַמְּדֵינוּ שֶׁהֵם זֶה עַל גַּבֵּי זֶה בְּמַעֲלֶה. וְעוֹד נִרְאֶה לִי בס"ד הָא דְּחִילָקָם לִתְלָת בָּבֵי וְלֹא כָּלְלָם בְּיַחַד, כִּי בֶּאֱמֶת עֲשָׂרָה פְּסוּקִים לִשְׁלֹשָׁה עוֹלִין הֵם חִיּוּב מִפְּנֵי שֶׁיֵּשׁ בַּעֲשָׂרָה טַעַם כִּדְאָמַר בְּתַלְמוּדָא אַךְ אִם רָצוּ אֵלּוּ הַשְּׁלֹשָׁה לִקְרוֹת יוֹתֵר מֵעֲשָׂרָה פְּסוּקִים הָרְשׁוּת בְּיָדָם וּבִדְאֵי מִצְוָה עָבְדִי אַךְ אֵינָם דּוֹמִין אֵלּוּ הַפְּסוּקִים הַיְּתֵרִים בְּמַעֲלָה לְאוֹתָם הָעֲשָׂרָה פְּסוּקִים שֶׁהֵם חִיּוּב שֶׁיֵּשׁ בָּהֶם מַמָּשׁ. וְהָשְׁתָּא הָכִי קָאָמַר רָבָא, רִאשׁוֹן שֶׁקָּרָא אַרְבָּעָה בִּשְׁבִיל שֶׁקָּרָא אַרְבָּעָה פְּסוּקִים שֶׁהֵם חִיּוּב וְאִם אַחַר שֶׁקָּרָא הָרִאשׁוֹן אַרְבָּעָה בָּא הַשֵּׁנִי וְקָרָא אַרְבָּעָה הֲוָה אֲמִינָא אֵין זֶה מְשֻׁובָּח מִפְּנֵי שֶׁחָטַף פָּסוּק אַחֵר מֵהַשְּׁלִישִׁי שֶׁיָּבֹא אַחֲרָיו כִּי לֹא נִשְׁאַר לַשְּׁלִישִׁי מִן פְּסוּקִים שֶׁל הַחִיּוּב אֶלָּא רַק שְׁנֵי פְּסוּקִים וְצָרִיךְ הוּא לְהַשְׁלִים לִקְרוֹת פָּסוּק אַחַד עָשָׂר שֶׁהוּא מִלְּבַד הַחִיּוּב וּלְהָכִי קָא מַשְׁמָע לַן גַּם זֶה מְשֻׁובָּח בִּקְרִיאַת הָאַרְבָּעָה אַף עַל פִּי שֶׁחָטַף פָּסוּק אַחֵר מִפְּסוּקֵי הַחִיּוּב מִן הַשְּׁלִישִׁי וְאִם אַחַר שֶׁקָּרָא הַשֵּׁנִי אַרְבָּעָה בָּא הַשְּׁלִישִׁי וְקָרָא אַרְבָּעָה הֲוָה אֲמִינָא אֵין לָזֶה שֶׁבַח בִּקְרִיאַת הָאַרְבָּעָה מִפְּנֵי שֶׁפָּסוּק הַשְּׁלִישִׁי וּפָסוּק הָרְבִיעִי קְרָאָם מִפְּסוּקִים שֶׁהֵם הַיְּתֵרִים עַל הָעֲשָׂרָה שֶׁל הַחִיּוּב וּלְהָכִי קָא מַשְׁמָע לַן גַּם זֶה הַשְּׁלִישִׁי שֶׁקָּרָא אַרְבָּעָה הֲרֵי זֶה מְשֻׁובָּח בַּשֶּׁבַח הַמַּגִּיעַ מִקִּרְיַת אַרְבַּע.
« Rava a dit : le premier qui a lu quatre est digne de louange ; le deuxième qui a lu quatre est digne de louange ; le troisième qui a lu quatre est digne de louange. » Difficulté : il aurait pu dire brièvement « chacun des trois qui a lu quatre est digne de louange ». Il me semble, avec l'aide du Ciel, que s'il avait enseigné ainsi, on aurait pensé qu'il n'y a entre eux aucune différence de degré dans la louange. C'est pourquoi il les détaille l'un après l'autre, pour dire qu'ils s'étagent l'un au-dessus de l'autre dans la louange. Car leur louange tient à deux choses : la première, d'avoir lu quatre versets ; la seconde, d'avoir été prompt à lire avant son compagnon, comme l'a écrit le Maharcha à propos de « et Rav Papa l'en loua ». Selon cela, le premier qui a lu quatre est plus digne de louange que le deuxième et le troisième, qui ont eux aussi lu quatre ; et le deuxième qui a lu quatre est plus digne de louange que le troisième qui a lu quatre, parce qu'il a devancé le troisième. C'est pourquoi il les a énoncés en trois membres distincts, pour nous enseigner qu'ils s'étagent en degré. Il me semble encore, avec l'aide du Ciel, quant à la raison pour laquelle il les a séparés en trois membres au lieu de les réunir en un seul : en vérité, les dix versets pour les trois qui montent constituent une obligation, puisque les dix ont une raison, comme le dit la guemara ; mais si ces trois veulent lire plus de dix versets, ils en ont le droit et ils accomplissent certainement une mitsva. Toutefois, ces versets ajoutés n'ont pas le même degré que les dix versets d'obligation, qui ont en eux une substance. Et maintenant, voici ce que dit Rava : le premier qui a lu quatre l'est parce qu'il a lu quatre versets qui relèvent de l'obligation. Et si, après que le premier a lu quatre, le deuxième vient et lit quatre, on aurait pu penser qu'il n'y a là aucune louange, parce qu'il a ravi un verset au troisième qui vient après lui : il ne reste alors au troisième, parmi les versets d'obligation, que deux versets, et il lui faut compléter en lisant un onzième verset, en dehors de l'obligation. Il nous fait donc savoir que celui-là aussi est digne de louange pour sa lecture de quatre versets, bien qu'il ait ravi au troisième un verset parmi ceux de l'obligation. Et si, après que le deuxième a lu quatre, le troisième vient et lit quatre, on aurait pu penser qu'il n'y a pour lui aucune louange dans cette lecture de quatre, puisque son troisième et son quatrième verset, il les a lus parmi les versets ajoutés au-delà des dix de l'obligation. Il nous fait donc savoir que ce troisième aussi, qui a lu quatre, est digne de la louange qui revient à la lecture de quatre versets.
💡 Explication

Dix versets se répartissent entre trois lecteurs ; l'un d'eux en lira donc quatre. Rava énonce que chacune des trois places convient, et il fournira au segment suivant une preuve distincte pour chacune.

Rachi précise la portée pratique : la louange va à celui qui lit quatre, quelle que soit sa place, et si le passage est assez long pour que les trois en lisent quatre, la louange vaut pour les trois. Le Ben Yehoyada, lui, lit la triple formulation comme une échelle : à lecture égale, celui qui a devancé les autres l'emporte.

🖼️ Schéma
Dix versets pour trois lecteurs : où placer le quatrième 4 + 3 + 3 Le premier lit quatre. Preuve : les trois corbeilles marquées alef, beit, guimel. 3 + 4 + 3 Celui du milieu lit quatre. Preuve : la lampe du milieu, vers qui tout est tourné. 3 + 3 + 4 Le dernier lit quatre. Preuve : maalin ba-kodech, on monte en sainteté. Rachi Les trois places conviennent également ; si le passage le permet, les trois peuvent lire quatre versets chacun. Ben Yehoyada Les trois membres de la phrase forment une échelle : à lecture égale, celui qui devance les autres l'emporte en louange.
Les trois répartitions possibles des dix versets, et les deux lectures de la triple formule de Rava.
12
רִאשׁוֹן שֶׁקָּרָא אַרְבָּעָה מְשֻׁובָּח — דִּתְנַן: בְּשָׁלֹשׁ קֻופּוֹת שֶׁל שָׁלֹשׁ סְאִין שֶׁבָּהֶן תּוֹרְמִין אֶת הַלִּשְׁכָּה, וְהָיָה כָּתוּב עֲלֵיהֶן אב״‎ג, לֵידַע אֵיזוֹ מֵהֶן נִתְרְמָה רִאשׁוֹן, לְהַקְרִיב מִמֶּנָּה רִאשׁוֹן — שֶׁמִּצְוָה בָּרִאשׁוֹן.

« Le premier qui a lu quatre est digne de louange » — car nous avons appris : avec trois corbeilles de trois sea chacune, on prélève la terouma de la chambre du Temple, et il était écrit sur elles alef, beit, guimel, afin de savoir laquelle avait été prélevée la première, pour offrir d'elle en premier, puisque la mitsva revient à la première.

📜 Rachi (1)
תּוֹרְמִין כֹּהֲנִים אֶת הַלִּשְׁכָּה נוֹתְנִין מִשְׁקָלִי שָׁנָה זוֹ לְתוֹכָהּ לִקְנוֹת מֵהֶן קָרְבְּנוֹת צִבּוּר לְכָל הַשָּׁנָה:
Les cohanim prélèvent la chambre : on y déposait les demi-chekels de l'année, pour en acheter les sacrifices publics de toute l'année.
💡 Explication

Trois fois l'an, on prélevait de la chambre du Temple l'argent servant aux sacrifices publics, dans trois corbeilles marquées des trois premières lettres. Le marquage n'a qu'un seul but : savoir laquelle a été remplie la première, afin de la dépenser avant les autres.

Le principe extrait de cette michna est mitsva be-richon : dans une série, le rang initial porte une préférence. Rava l'applique à la lecture, où le premier des trois lecteurs gagne donc à prendre le verset supplémentaire.

13
אֶמְצָעִי שֶׁקָּרָא אַרְבָּעָה מְשֻׁובָּח — דְּתַנְיָא: ״אֶל מוּל פְּנֵי הַמְּנוֹרָה יָאִירוּ״, מְלַמֵּד שֶׁמְּצַדֵּד פְּנֵיהֶם כְּלַפֵּי נֵר מַעֲרָבִי, וְנֵר מַעֲרָבִי כְּלַפֵּי שְׁכִינָה. וְאָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: מִכָּאן שֶׁאֶמְצָעִי מְשֻׁובָּח.

« Celui du milieu qui a lu quatre est digne de louange » — car on a enseigné : « en face de la menora éclaireront [les sept lampes] » (Bamidbar 8,2) ; cela enseigne qu'on oriente leurs faces vers la lampe occidentale, et la lampe occidentale vers la Chekhina. Et Rabbi Yo'hanan a dit : de là, que celui du milieu est le plus digne.

📜 Rachi (2)
נֵר מַעֲרָבִי הוּא נֵר אֶמְצָעִי לְמָאֵן דְּאָמַר נֵרוֹת צָפוֹן וְדָרוֹם מֻונָּחִין הָוֵי אֶמְצָעִי מָשׁוּךְ קִימְעָא כְּלַפֵּי מַעֲרָב חוּץ מִשְּׁאָר נֵרוֹת דִּלְמַאן דְּאָמַר מַעֲרָב וּמִזְרָח מֻונָּחִין לֹא מִשּׁוּם דְּהָוֵי מַעֲרָבִי הַשֵּׁנִי כְּלַפֵּי מִזְרָח הָכֵי אִיתָא בִּמְנָחוֹת:
C'est la lampe du milieu. Selon celui qui tient que les lampes étaient disposées du nord au sud, celle du milieu était légèrement tirée vers l'ouest, en avant des autres. Selon celui qui tient qu'elles étaient disposées d'ouest en est, il n'en va pas ainsi, car serait alors dite occidentale la seconde en partant vers l'est. Ainsi est-il dans Mena'hot.
אֶל מוּל פְּנֵי הַמְּנוֹרָה יָאִירוּ שִׁבְעַת הַנֵּרוֹת לָמוּל פְּנֵי נֵר שֶׁבְּגוּף הַמְּנוֹרָה שֶׁהוּא אֶמְצָעִי הָיָה מְצַדֵּד פְּנֵי שִׁשָּׁה הַנֵּרוֹת:
Vers la face de la lampe qui se trouve sur le corps de la menora, celle du milieu, on orientait les faces des six autres lampes.
💡 Explication

Le verset ordonne que les sept lampes éclairent « en face de la menora », c'est-à-dire vers le fût central. La baraita en tire la disposition des mèches : les six lampes latérales sont tournées vers la lampe du milieu, qui est elle-même tournée vers l'intérieur du Sanctuaire.

Rabbi Yo'hanan en dégage un principe de rang : dans une série impaire, la position centrale reçoit la dignité, puisque tout le reste s'oriente vers elle. La ner maaravi, la lampe occidentale, est identifiée ici à la lampe centrale ; Rachi rappelle que cette identification dépend de la disposition de la menora, débattue dans Mena'hot.

🖼️ Schéma
Les six lampes tournées vers celle du milieu lampe du milieu tournée vers l'intérieur Le rang du centre : tout s'oriente vers lui — de là, celui du milieu gagne à lire quatre versets.
La disposition des mèches fonde la dignité de la position centrale.
14
וְאַחֲרוֹן שֶׁקָּרָא אַרְבָּעָה מְשֻׁובָּח — מִשּׁוּם מַעֲלִין בַּקֹּדֶשׁ וְלֹא מוֹרִידִין. רַב פָּפָּא אִיקְּלַע לְבֵי כְּנִישְׁתָּא דַּאֲבִי גּוֹבָר וְקָרָא רִאשׁוֹן אַרְבָּעָה, וְשֶׁבְּחָיָה רַב פָּפָּא.

« Et le dernier qui a lu quatre est digne de louange » — du fait qu'on monte en sainteté sans descendre. Rav Papa se trouva à la synagogue d'Avi Gover ; le premier lut quatre versets, et Rav Papa l'en loua.

💡 Explication

La troisième preuve vient du principe maalin ba-kodech ve-lo moridin, on élève en sainteté sans abaisser. Si le dernier lecteur lit plus que les précédents, la lecture s'achève sur une progression.

Le fait rapporté au sujet de Rav Papa clôt la série sur un cas concret, et confirme que la première place reste digne de louange lorsqu'elle prend le verset supplémentaire.

15
אֵין פּוֹחֲתִין מֵהֶן וְאֵין מוֹסִיפִין. תַּנָּא: הַפּוֹתֵחַ — מְבָרֵךְ לְפָנֶיהָ, וְהַחוֹתֵם — מְבָרֵךְ לְאַחֲרֶיהָ.

« On n'en retranche pas et on n'y ajoute pas. » On a enseigné : celui qui ouvre bénit avant, et celui qui clôt bénit après.

⚖️ Rosh (2)
וְהַפּוֹתֵחַ וְהַחוֹתֵם בַּתּוֹרָה. תַּנְיָא הַפּוֹתֵחַ מְבָרֵךְ לְפָנֶיהָ וְהַחוֹתֵם מְבָרֵךְ לְאַחֲרֶיהָ. וְהָאִידָּנָא דְּקָמְבָרְכִי כֻּולָּם לְפָנֶיהָ וּלְאַחֲרֶיהָ ה"ט תַּקִּינוּ רַבָּנָן מִשּׁוּם גְּזֵירַת הַנִּכְנָסִין וְהַיּוֹצְאִין:
« Celui qui ouvre et celui qui clôt la Tora. » On a enseigné : celui qui ouvre bénit avant et celui qui clôt bénit après. Et aujourd'hui, où tous bénissent avant et après, voici la raison pour laquelle les maîtres l'ont institué : par décret, à cause de ceux qui entrent et de ceux qui sortent.
מַתְנֵי' בר"ח וּבְחֻולּוֹ שֶׁל מוֹעֵד קוֹרִין ד' אֵין פּוֹחֲתִין מֵהֶן וְאֵין מוֹסִיפִין עֲלֵיהֶן וְאֵין מַפְטִירִין בַּנָּבִיא. וְהַפּוֹתֵחַ וְהַחוֹתֵם בַּתּוֹרָה מְבָרֵךְ לְפָנֶיהָ וּלְאַחֲרֶיהָ זֶה הַכְּלָל כֹּל שֶׁיֵּשׁ בּוֹ מוּסָף וְאֵינוֹ י"ט קוֹרִין אַרְבַּע בי"ט חֲמִשָּׁה ביוה"כ שִׁשָּׁה וּבְשַׁבָּת שִׁבְעָה אֵין פּוֹחֲתִין מֵהֶן אֲבָל מוֹסִיפִין עֲלֵיהֶם וּמַפְטִיר בַּנָּבִיא וְהַפּוֹתֵחַ וְהַחוֹתֵם בַּתּוֹרָה מְבָרֵךְ לְפָנֶיהָ וּלְאַחֲרֶיהָ. יְרוּשַׁלְמִי (ה"ה) ר' אַבָּא בְּרֵיהּ דְּר' חִיָּיא בַּר אַבָּא בְּשֵׁם ר' יוֹחָנָן הָיָה קוֹרֵא בַּתּוֹרָה וְנִשְׁתַּתֵּק זֶה שֶׁעוֹמֵד תַּחְתָּיו יַתְחִיל מִמָּקוֹם שֶׁהִתְחִיל הָרִאשׁוֹן אִתְּמַר מִמָּקוֹם שֶׁפָּסַק הָרִאשׁוֹן נִתְבָּרְכוּ לִפְנֵיהֶם וְלֹא לְאַחֲרֵיהֶם וְהָאַחֲרוֹן נִתְבָּרְכוּ לְאַחֲרֵיהֶם וְלֹא לִפְנֵיהֶם וּכְתִיב תּוֹרַת ה' תְּמִימָה מְשִׁיבַת נָפֶשׁ שֶׁתְּהֵא כֻּולָּהּ תְּמִימָה. מֵימְרָא זוֹ נֶאֶמְרָה בָּתַר דְּתַקִּינוּ שֶׁכָּל אֶחָד מְבָרֵךְ וְשָׁמְעִינַן שֶׁאִם הוּא מַתְחִיל מִמָּקוֹם שֶׁהִתְחִיל רִאשׁוֹן מְבָרֵךְ בְּרָכָה רִאשׁוֹנָה וְאִם הָיָה מַתְחִיל מִמָּקוֹם שֶׁפָּסַק אֵינוֹ מְבָרֵךְ כִּי הוּא גּוֹמֵר קְרִיאַת הָרִאשׁוֹן עַל סְמַךְ בִּרְכָתוֹ וּמִכָּאן דִּקְדֵּק רַבֵּינוּ אֲבִי הָעֶזְרִי הַתּוֹקֵעַ וְעָף וְעוֹמֵד אַחֵר לִתְקֹועַ מַתְחִיל מִמָּקוֹם שֶׁפָּסַק וְאֵינוֹ מְבָרֵךְ דְּדַוְקָא בַּתּוֹרָה דִּכְתִיב בָּהּ תְּמִימָה הוּא דְּמַתְחִיל בְּרֹאשׁ וּמְבָרֵךְ אֲבָל שְׁאָר מִצְוֹת לֹא:
Michna : à Roch Hodech et pendant les jours intermédiaires d'une fête, quatre lisent ; on n'en retranche pas, on n'y ajoute pas, et on ne lit pas de haftara dans les Prophètes ; celui qui ouvre et celui qui clôt la Tora bénissent avant et après. Voici la règle : tout jour qui comporte un Moussaf sans être un jour de fête, quatre lisent ; un jour de fête, cinq ; à Yom Kippour, six ; et le Chabbat, sept. On n'en retranche pas, mais on peut y ajouter ; on lit une haftara dans les Prophètes, et celui qui ouvre et celui qui clôt la Tora bénissent avant et après. Yerouchalmi (halakha 5) : Rabbi Abba fils de Rabbi 'Hiya bar Abba au nom de Rabbi Yo'hanan : si quelqu'un lisait dans la Tora et perdît la parole, celui qui se lève à sa place commence à l'endroit où le premier avait commencé ; il a été dit aussi : à l'endroit où le premier s'est arrêté. [Autrement,] les versets auraient reçu une bénédiction avant eux sans en recevoir après eux, et le dernier une bénédiction après eux sans en avoir reçu avant eux, alors qu'il est écrit « la Tora de Hachem est parfaite, elle restaure l'âme » (Tehilim 19,8) — qu'elle soit tout entière parfaite. Cet enseignement a été dit après qu'on eut institué que chacun bénisse ; nous en apprenons que s'il commence à l'endroit où le premier avait commencé, il dit la première bénédiction, et que s'il commence à l'endroit où le premier s'est arrêté, il ne bénit pas, puisqu'il achève la lecture du premier en s'appuyant sur la bénédiction de celui-ci. De là, Rabbenou Avi Haezri a déduit que si celui qui sonne du chofar défaille et qu'un autre se lève pour sonner, celui-ci reprend à l'endroit où le premier s'est arrêté et ne bénit pas ; car seule la Tora, dont il est écrit qu'elle est « parfaite », impose de reprendre depuis le début et de bénir, tandis que les autres mitsvot en sont dispensées.
💡 Explication

La baraita décrit l'usage ancien : une seule bénédiction avant toute la lecture, dite par le premier lecteur, et une seule après, dite par le dernier. Les lecteurs intermédiaires montaient donc sans bénir.

Le Roch ajoute une conséquence tirée du Yerouchalmi : si un lecteur perd la parole au milieu de sa portion, son remplaçant reprend depuis le début de la portion, afin que la lecture soit couverte d'un bout à l'autre par une même bénédiction — la Tora doit rester temima, entière.

16
וְהָאִידָּנָא, דְּכֻולְּהוּ מְבָרְכִי לְפָנֶיהָ וּלְאַחֲרֶיהָ — הַיְינוּ טַעְמָא דְּתַקִּינוּ רַבָּנַן: גְּזֵירָה מִשּׁוּם הַנִּכְנָסִין וּמִשּׁוּם הַיּוֹצְאִין.

Et aujourd'hui, où tous bénissent avant et après, voici la raison pour laquelle les maîtres l'ont institué : un décret à cause de ceux qui entrent et à cause de ceux qui sortent.

📜 Rachi (2)
מִשּׁוּם הַנִּכְנָסִין שֶׁאִם יִכָּנֵס אָדָם לְבֵית הַכְּנֶסֶת אַחַר שֶׁבֵּירַךְ רִאשׁוֹן וְאִם לֹא יִשְׁמַע אֶת הָאֲחֵרִים מְבָרְכִין יֹאמַר אֵין בְּרָכָה בַּתּוֹרָה לְפָנֶיהָ:
Si quelqu'un entre à la synagogue après que le premier a béni, et qu'il n'entend pas les autres bénir, il dira qu'il n'y a pas de bénédiction sur la Tora avant la lecture.
וּמִשּׁוּם הַיּוֹצְאִין וְלֹא שָׁמְעוּ אֶת הַחוֹתָם מְבָרֵךְ לְאַחֲרֶיהָ וְהָרִאשׁוֹנִים לֹא בֵּרְכוּ יֹאמְרוּ הַיּוֹצְאִים אֵין בְּרָכָה בַּתּוֹרָה לְאַחֲרֶיהָ:
S'ils n'ont pas entendu celui qui clôt bénir après la lecture, et que les premiers n'ont pas béni, ceux qui sortent diront qu'il n'y a pas de bénédiction sur la Tora après la lecture.
💡 Explication

La guemara explique le passage à l'usage actuel. L'ancien système exposait deux catégories de fidèles à une erreur d'observation : celui qui arrive après la bénédiction initiale, et celui qui part avant la bénédiction finale. L'un et l'autre verraient des montées sans bénédiction et en tireraient une conclusion fausse sur la loi.

La guezera répond à un risque d'apparence plutôt qu'à un défaut de la lecture elle-même : faire bénir chaque lecteur avant et après rend la règle visible à tout moment de l'office.

🖼️ Schéma
Pourquoi tous bénissent aujourd'hui Usage ancien Lecteur 1 : bénit avant, puis lit. Lecteur 2 : lit sans bénir. Lecteur 3 : lit, puis bénit après. Usage actuel Chaque lecteur bénit avant et après, afin que la règle demeure visible à tout moment de l'office. Celui qui entre en retard Il voit une montée sans bénédiction d'avant. Celui qui sort avant la fin Il voit une montée sans bénédiction d'après.
Le décret corrige ce que voient les retardataires et ceux qui partent tôt.
17
בְּרָאשֵׁי חֳדָשִׁים וּבְחֻולּוֹ שֶׁל מוֹעֵד קוֹרִין אַרְבָּעָה וְכוּ׳. בְּעָא מִינֵּיהּ עֻולָּא בַּר רַב מֵרָבָא: פָּרָשַׁת רֹאשׁ חֹודֶשׁ, כֵּיצַד קוֹרִין אוֹתָהּ? ״צַו אֶת בְּנֵי יִשְׂרָאֵל וְאָמַרְתָּ אֲלֵיהֶם אֶת קָרְבָּנִי לַחְמִי״, דְּהָוְייָן תְּמָנְיָא פְּסוּקֵי, הֵיכִי נַעֲבִיד?

« À Roch Hodech et pendant les jours intermédiaires d'une fête, quatre lisent », etc. Oula bar Rav demanda à Rava : le passage de Roch Hodech, comment le lit-on ?

« Ordonne aux enfants d'Israël et dis-leur : mon offrande, mon pain » (Bamidbar 28,2) fait huit versets ; comment faire ?

📜 Rachi (1)
כֵּיצַד קוֹרִין בַּד' בְּנֵי אָדָם:
Par quatre personnes.
⚖️ Rosh (1)
גְּמ' בְּעָא מִינֵּיהּ עֻולָּא בַּר רַב מֵרַבָּה פָּרָשַׁת ר"ח כֵּיצַד קוֹרִין אוֹתָהּ צַו אֶת בְּנֵי יִשְׂרָאֵל וְגוֹ' אֶת קָרְבָּנִי לַחְמִי דְּהָוְיָא תְּמָנְיָא פְּסוּקֵי הֵיכִי לֶיעֱבֵד לִיקְּרוּ תְּרֵי תְּלָתָא וּתְלָתָא פָּשׁוּ לְהוּ תְּרֵי וְאֵין מְשַׁייְּרִין בַּפָּרָשָׁה פָּחוֹת מג' פְּסוּקִים וּפָשְׁטִי' רַב אוֹמֵר דּוֹלֵג וּשְׁמוּאֵל אָמַר פּוֹסֵק פִּי' דּוֹלֵג חוֹזֵר הַשֵּׁנִי וְקוֹרֵא אֶחָד מִן הַשְּׁלֹשָׁה פְּסוּקִים שֶׁקָּרָא רִאשׁוֹן וּמוֹסִיף שְׁנַיִם אֲחֵרִים נִמְצָא שֶׁקָּרָא שְׁלֹשָׁה פְּסוּקִים נִשְׁאֲרוּ ג' פְּסוּקִים קוֹרֵא אוֹתָן הַשְּׁלִישִׁי וּשְׁמוּאֵל אוֹמֵר פּוֹסֵק פָּסוּק אַחֵר לִשְׁנַיִם וְקוֹרֵא חֶצְיוֹ לָרִאשׁוֹן וְחֶצְיוֹ לַשֵּׁנִי אֲמַר לֵיהּ רָבָא בְּרֵיהּ דְּרַבָּה לְרַב יוֹסֵף הִלְכְתָא מַאי אֲמַר לֵיהּ הִלְכְתָא דּוֹלֵג וְהִלְכְתָא אֶמְצָעִי דּוֹלֵג:
Guemara : Oula bar Rav demanda à Rabba : le passage de Roch Hodech, comment le lit-on ? « Ordonne aux enfants d'Israël », etc., « mon offrande, mon pain », fait huit versets ; comment faire ? Que deux en lisent trois et trois — il en reste alors deux, or on ne laisse pas dans un passage moins de trois versets. Il l'a résolu : Rav dit qu'on redouble (dolègue) et Chemouel dit qu'on coupe (possek). Explication de « redoubler » : le deuxième revient et lit l'un des trois versets qu'a lus le premier, puis ajoute deux autres versets ; il se trouve qu'il a lu trois versets, et il reste trois versets que lit le troisième. Chemouel dit qu'on coupe : on partage un verset en deux, et l'on en lit une moitié pour le premier et l'autre moitié pour le deuxième. Rava fils de Rabba demanda à Rav Yossef : quelle est la halakha ? Il lui dit : la halakha est qu'on redouble, et la halakha est que c'est celui du milieu qui redouble.
💡 Explication

La michna fixe quatre lecteurs à Roch Hodech. La lecture est prise dans Bamidbar 28, qui se compose de trois passages de longueurs inégales : huit versets pour le premier, deux pour « et au jour du Chabbat », cinq pour « et à vos nouvelles lunes ». Oula bar Rav demande comment répartir ces quinze versets entre quatre montées.

Deux règles contraignent le découpage : on ne lit pas moins de trois versets par montée, et on ne laisse pas moins de trois versets avant la fin d'un passage — sans quoi celui qui entre ensuite croirait que la lecture s'arrête là. Le Roch donne déjà la réponse de la guemara : Rav propose le dilloug, redoubler un verset déjà lu, Chemouel le pissouk, couper un verset en deux, et la halakha suit Rav.

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נִיקְרֵי תְּרֵי תְּלָתָא תְּלָתָא פְּסוּקִין — פָּשׁוּ לְהוּ תְּרֵי, וְאֵין מְשַׁיְּירִין בַּפָּרָשָׁה פָּחוֹת מִשְּׁלֹשָׁה פְּסוּקִין. נִיקְרֵי אַרְבָּעָה אַרְבָּעָה — פָּשׁוּ לְהוּ שִׁבְעָה, ״וּבְיוֹם הַשַּׁבָּת״ הָוְייָן תְּרֵי, ״וּבְרָאשֵׁי חָדְשֵׁיכֶם״ הָוְייָן חֲמִשָּׁה, הֵיכִי נַעֲבִיד? נִיקְרֵי תְּרֵי מֵהָא וְחַד מֵהָנָךְ —

Que deux lisent trois versets chacun — il en reste alors deux, or on ne laisse pas dans un passage moins de trois versets. Qu'ils lisent quatre chacun — il en reste alors sept : « et au jour du Chabbat » (Bamidbar 28,9) fait deux versets, et « et à vos nouvelles lunes » (Bamidbar 28,11) en fait cinq ; comment faire ?

Qu'on lise deux versets de celui-ci et un de ceux-là —

📜 Rachi (1)
אֵין מְשַׁייְּרִין בַּפָּרָשָׁה כּוּ' לְקַמָּן מְפָרֵשׁ טַעְמָא וְאֵין מַתְחִילִין נָמֵי לְקַמָּן אָמְרִינַן לָהּ וּמְפָרֵשׁ טַעְמָא:
La raison en sera donnée plus loin ; « et on ne commence pas [moins de trois versets avant la fin d'un passage] » est également énoncé plus loin, où la raison en est donnée.
💡 Explication

Le segment déroule les essais de découpage et les fait tomber l'un après l'autre. Trois plus trois laisse deux versets en fin de premier passage : interdit. Quatre plus quatre épuise le premier passage, mais il reste alors sept versets partagés en deux et cinq pour deux lecteurs seulement.

La dernière tentative du folio consiste à faire lire au troisième les deux versets du Chabbat plus un verset du passage suivant — ce qui laisserait quatre versets au quatrième, mais entamerait le troisième passage par une seule montée prélevée dessus. L'objection se poursuit au folio suivant.

🖼️ Schéma
Le passage de Roch Hodech : 8 + 2 + 5 versets pour 4 lecteurs Tsav — 8 versets Chabbat — 2 Roch Hodech — 5 Essai 1 — 3 + 3 Il reste deux versets à la fin du premier passage. Interdit : on ne laisse jamais moins de trois versets avant la fin d'un passage. Essai 2 — 4 + 4 Le premier passage est épuisé, mais il reste sept versets répartis en 2 et 5 pour deux lecteurs. Dernière tentative du folio : le troisième lit les 2 du Chabbat et 1 du passage suivant.
Les deux essais de répartition et l'impasse qui ouvre la suite de la sougya.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).