Megillah 22a — Partager une parasha trop courte entre plusieurs lecteurs : doleg ou possek ; puis le nombre de lecteurs un jour de jeûne public et la conduite de Rav

Megillah 22a

Sougya : Le folio poursuit la question posée à la fin du folio précédent : la section de roch hodech se découpe en trois blocs de huit, deux et cinq versets, et aucune répartition entre quatre lecteurs ne respecte à la fois la règle qui interdit de commencer une paracha avec moins de trois versets et celle qui interdit d'en laisser moins de trois. Rabba répond par un cas semblable, celui des maamadot, où la section Bereshit compte cinq versets pour deux lecteurs.

Rav y enseigne doleg, le second lecteur reprend un verset déjà lu ; Chmouel enseigne possek, on coupe le verset du milieu en deux. Chacun est confronté à son principe adverse : un verset que Moche n'a pas coupé ne se coupe pas, d'un côté ; le décret à cause de ceux qui entrent et de ceux qui sortent, de l'autre.

Une baraita sur les parashiyot de six et cinq versets, puis les enseignements de Rabbi Yehochoua ben Levi, fixent les deux règles symétriques, et Rav Yossef tranche : doleg, et c'est le lecteur du milieu qui reprend. La seconde moitié du folio demande combien de lecteurs monte-t-on un jour de jeûne public.

La michna ne le dit pas, et la guemara se rabat sur un récit : Rav vint à Bavel un jour de jeûne, bénit avant sa lecture et non après. La discussion sur ce qu'il faut en déduire occupe la fin de l'amud.

La section de roch hodech : trois blocs, quatre lecteurs, aucune solution simple Bloc A : Tsav ... et korbani lahmi Bamidbar 28,1-8 = 8 versets Bloc B : Ou-veyom ha-chabbat 28,9-10 = 2 versets Bloc C : Ou-veRachei hodcheikhem 28,11-15 = 5 versets Deux règles à tenir ensemble : on ne commence pas une paracha avec moins de 3 versets, et on n'en laisse pas moins de 3. Tentative 1 : trois lecteurs dans le bloc A 1er : A 1-3 2e : A 4-6 Il reste 2 versets dans A : on laisse moins de 3. Interdit. Tentative 2 : le troisième prend la fin de A, le quatrième passe à B puis à C 3e : A 7-8 + B 9-10 ... puis C 2 de B et 3 de C : il reste 2 versets dans C. Interdit à nouveau. Conclusion de la question : aucune découpe par blocs entiers ne marche. Il faut une technique de lecture, doleg ou possek.
Le blocage de départ : la longueur des trois blocs de Bamidbar 28 ne se laisse pas partager entre quatre lecteurs sans violer une des deux règles.
Rav et Chmouel : deux techniques pour cinq versets et deux lecteurs (Bereshit) Rav : DOLEG (on reprend) 1er lecteur : versets 1, 2, 3 2e lecteur : versets 3, 4, 5 Le verset 3 est lu deux fois. Chacun a bien trois versets. Raison de refuser possek Un verset que Moche n'a pas coupé, nous ne le coupons pas. Prix à payer Celui qui entre ou qui sort croira avoir manqué un lecteur de 2 versets. Halakha retenue Rav Yossef : doleg, et c'est le lecteur du milieu qui reprend. Chmouel : POSSEK (on coupe) 1er lecteur : 1, 2, première moitié de 3 2e lecteur : seconde moitié de 3, 4, 5 Le verset 3 est coupé en deux. Personne ne lit deux versets. Raison de refuser doleg Décret à cause de ceux qui entrent et de ceux qui sortent. Prix à payer Couper un verset, ce que Rabbi Hanina n'autorisait qu'aux enfants. Réponse de la guemara pour Chmouel Chez les enfants comme ici, on coupe parce qu'on ne peut pas faire autrement. Nafka mina pratique : avec doleg un verset est entendu deux fois ; avec possek un verset est coupé. Chacun sacrifie une règle différente.
La mahloket Rav / Chmouel : la technique de chacun, le principe qu il protège, le principe qu il sacrifie, et la halakha finale.
Un jeûne public : trois lecteurs ou quatre ? Le fil de la recherche Question : la michna dit quatre lecteurs pour tout jour qui a un moussaf. Le jeûne a-t-il un moussaf ? Pas d'offrande, mais la prière Anenou. Preuve tirée de la fin de la michna Roch hodech et Hol ha-Moed : quatre. Donc le jeûne : trois. Preuve inverse tirée du début Lundi, jeudi, chabbat à minha : trois. Donc le jeûne : quatre. Les deux lectures se neutralisent : rien à déduire de la michna. On se rabat sur un récit : Rav à Bavel un jour de jeûne Il bénit avant sa lecture, il ne bénit pas après. Preuve qu'un autre lisait après lui, donc quatre ? Réfutation : Rav lisait à la place des cohanim, donc il était premier et non troisième.
La seconde sougya : la michna reste muette, la preuve se déplace vers la conduite de Rav, et la guemara en conteste aussitôt la lecture.
1
אֵין מַתְחִילִין בַּפָּרָשָׁה פָּחוֹת מִשְּׁלֹשָׁה פְּסוּקִים. לִיקְרֵי תְּרֵי מֵהָא וּתְלָתָא מֵהָךְ, פָּשׁוּ לְהוּ תְּרֵי!

On ne commence pas une paracha avec moins de trois versets. Qu'il lise donc deux versets de celle-ci et trois de celle-là — il en restera deux !

📜 Rachi (1)
לִיקְרֵי שְׁלִישִׁי תְּרֵי מֵהָא שְׁנֵי מִקְרָאוֹת דְּפָרָשַׁת וּבְיוֹם הַשַּׁבָּת וּתְלָתָא קְרָאֵי מִבָּרָאשִׁי חָדְשֵׁיכֶם פָּשׁוּ לְהוּ תְּרֵי וְכוּ':
Qu'il lise — que le troisième lise deux versets de celle-ci, les deux versets de la paracha « Et au jour du chabbat », et trois versets depuis « Et aux débuts de vos mois » : il en reste alors deux, etc.
🗂️ Tossefot (1)
אֵין מַתְחִילִין בַּפָּרָשָׁה פָּחוֹת מג' פְּסוּקִים גְּזֵירָה מִשּׁוּם הַנִּכְנָסִין שֶׁלֹּא יִטְעוּ לוֹמַר שֶׁאוֹתוֹ שֶׁקָּרָא לְפָנָיו לֹא קָרָא אֶלָּא שְׁנֵי פְּסוּקִים וְקָשֶׁה עַל מִנְהָג שֶׁלָּנוּ שֶׁאָנוּ קוֹרִין בְּפָרָשַׁת וַיְחַל בְּתַעֲנִיּוֹת וְהָרִאשׁוֹן מַתְחִיל שָׁם וְהוּא לְסוֹף שְׁנֵי פְּסוּקִים מִפָּרָשָׁה שֶׁלְּמַעְלָה וְכֵן הַמַּפְטִיר ביו"ט בְּחוֹל הַמּוֹעֵד דְּפֶסַח שֶׁמַּתְחִיל מִוְּהַקַּרְבָּתָם שֶׁהוּא לְסוֹף שְׁנֵי פְּסוּקִים מֵרֹאשׁ הַפָּרָשָׁה וְיֵשׁ לוֹמַר דְּשָׁאנֵי אֵלּוּ הַפָּרָשִׁיּוֹת שֶׁהֲרֵי יְדוּעוֹת הֵן לְעוֹלָם וְלֵיכָּא לְמִטְעֵי וְכֵן פָּרָשָׁה שֶׁל רֹאשׁ חֹדֶשׁ שֶׁהַשְּׁלִישִׁי קוֹרֵא וּבְיוֹם הַשַּׁבָּת אֵין לָחוּשׁ שֶׁמָּא יֹאמְרוּ הַנִּכְנָסִים שֶׁהַשְּׁלִישִׁי לֹא קָרָא אֶלָּא שְׁנֵי פְּסוּקִים מִוּבְיוֹם הַשַּׁבָּת שֶׁהֲרֵי הַדָּבָר יָדוּעַ לְעוֹלָם וְגַם יֵשׁ לָהֶם לַחְשֹׁוב שא"כ לֹא הָיָה לוֹ לְהַנִּיחַ כְּשֶׁהִגִּיעַ לַפָּרָשָׁה שֶׁהֲרֵי גַּם זוֹ מֵעֵין פָּרָשָׁה שֶׁהִנִּיחַ בָּהּ:
On ne commence pas une paracha avec moins de trois versets — décret à cause de ceux qui entrent, pour qu'ils ne se trompent pas en disant que celui qui a lu avant eux n'a lu que deux versets. Cela fait difficulté sur notre usage : nous lisons la paracha Vayéhal les jours de jeûne, et le premier lecteur commence la, alors qu'il reste deux versets à la fin de la paracha précédente. De même le maftir de yom tov, à Hol ha-Moed de Pessa'h, qui commence à « Vé-hikravtem », lequel se trouve deux versets après le début de la paracha. On peut répondre que ces sections-là sont différentes, car elles sont connues de tous et il n'y a pas lieu de se tromper. De même pour la paracha de roch hodech, où le troisième lit « Et au jour du chabbat » : il n'y a pas à craindre que ceux qui entrent disent que le troisième n'a lu que deux versets depuis « Et au jour du chabbat », car la chose est connue de tous ; et ils doivent aussi se dire que, s'il en était ainsi, il n'aurait pas dû laisser des versets en arrivant à la paracha, puisque celle-ci relève du même sujet que la paracha où il en a laissé.
💡 Explication

Le folio s'ouvre en pleine question, posée à Rabba par Oula bar Rav : comment partager entre quatre lecteurs la section de roch hodech ? Bamidbar 28 s'y découpe en trois blocs : huit versets, puis Ou-veyom ha-chabbat (deux versets), puis Ou-veRachei hodcheikhem (cinq versets).

Deux règles s'opposent à toute découpe naturelle. On ne commence pas une paracha avec moins de trois versets, et on n'en laisse pas moins de trois. La dernière tentative examinée ici consiste à faire lire au troisième les deux versets du bloc du chabbat puis trois du bloc de roch hodech : il reste alors deux versets à la fin, ce qui bute sur la seconde règle.

🖼️ Schéma
La tentative examinée au début du folio Ou-veyom ha-chabbat 2 versets, lus en entier Ou-veRachei hodcheikhem 3 versets lus sur 5 Reste 2 versets à la fin du bloc Règle violée : on ne laisse pas dans une paracha moins de trois versets, à cause de ceux qui sortent. Tossefot sur notre usage Vayéhal aux jeûnes et Vé-hikravtem à Pessa'h commencent bien à deux versets d'une paracha : sections trop connues pour induire en erreur.
La dernière découpe essayée et la règle sur laquelle elle bute, avec la remarque de Tossefot sur les usages reçus.
2
אָמַר לוֹ: זוֹ לֹא שָׁמַעְתִּי, כַּיּוֹצֵא בָּהּ שָׁמַעְתִּי, דִּתְנַן: בַּיּוֹם הָרִאשׁוֹן — ״בְּרֵאשִׁית״ ו״יְהִי רָקִיעַ״, וְתָנֵי עֲלָהּ: ״בְּרֵאשִׁית״ — בִּשְׁנַיִם, ״יְהִי רָקִיעַ״ — בְּאֶחָד.

Il lui dit : celle-ci, je ne l'ai pas entendue ; une chose semblable, je l'ai entendue. Car nous avons appris : le premier jour — « Bereshit » et « Yehi rakia » ; et l'on a enseigné à ce sujet : « Bereshit » par deux, « Yehi rakia » par un seul.

📜 Rachi (1)
בְּיוֹם הָרִאשׁוֹן גַּבֵּי מַעֲמָדוֹת תְּנַן לֵיהּ בְּמַסֶּכֶת תַּעֲנִית בַּיּוֹם הָרִאשׁוֹן בְּאֶחָד בְּשַׁבָּת:
Le premier jour — c'est à propos des maamadot que cela a été enseigné, dans le traité Taanit : le premier jour, c'est-à-dire le dimanche.
💡 Explication

Rabba reconnaît qu'il n'a pas de tradition sur le cas exact qu'on lui soumet, mais il en possède une sur un cas de même forme. Les maamadot étaient les délégations d'Israël qui se tenaient à Jérusalem pendant le service du michmar ; elles lisaient chaque jour un passage du récit de la création.

Le dimanche, elles lisaient deux sections : Bereshit (Bereshit 1,1-5) à deux lecteurs et Yehi rakia (1,6-8) à un seul. C'est exactement la même difficulté : une section trop courte pour le nombre de lecteurs qu'on lui attribue.

3
וְהָוֵינַן בָּהּ: בִּשְׁלָמָא ״יְהִי רָקִיעַ״ בְּאֶחָד, דִּתְלָתָא פְּסוּקֵי הָווּ, אֶלָּא ״בְּרֵאשִׁית״ בִּשְׁנַיִם? חֲמִשָּׁה פְּסוּקֵי הָווּ, וְתַנְיָא: הַקּוֹרֵא בַּתּוֹרָה לֹא יִפְחֹות מִשְּׁלֹשָׁה פְּסוּקִים!

Et nous nous sommes interrogés là-dessus : passé encore « Yehi rakia » par un seul, car ce sont trois versets ; mais « Bereshit » par deux ? Ce sont cinq versets, et il a été enseigné : celui qui lit dans la Torah ne lira pas moins de trois versets !

💡 Explication

Le compte est simple et décide tout. Yehi rakia compte trois versets : un lecteur en lit trois, la règle est satisfaite. Bereshit en compte cinq pour deux lecteurs : trois et trois font six, et cinq ne se divisent pas en deux parts de trois.

La règle invoquée vient de la michna plus loin dans le traité (23b) : nul ne lit moins de trois versets. C'est cette impasse arithmétique qui ouvre la mahloket entre Rav et Chmouel.

4
וְאִיתָמָר עֲלָהּ, רַב אָמַר: דּוֹלֵג. וּשְׁמוּאֵל אָמַר: פּוֹסֵק.

Et il a été dit à ce sujet : Rav dit : il reprend (doleg). Et Chmouel dit : il coupe (possek).

📜 Rachi (2)
דּוֹלֵג הַשֵּׁנִי חוֹזֵר וּמַתְחִיל פָּסוּק שֶׁגָּמַר בּוֹ שֶׁלְּפָנָיו:
Il reprend — le second revient et recommence au verset par lequel celui qui l'a précédé a terminé.
פּוֹסֵק הָרִאשׁוֹן קוֹרֵא חֲצִי הַפָּסוּק הַשְּׁלִישִׁי וּפוֹסְקוֹ:
Il coupe — le premier lit la moitié du troisième verset et s'arrête là.
💡 Explication

Deux techniques de lecture, pas deux principes abstraits. Doleg, littéralement enjamber ou revenir en arrière : le second lecteur reprend le verset sur lequel le premier a fini, si bien que le verset 3 est lu deux fois et que chacun a trois versets entiers.

Possek : on coupe le verset du milieu en deux moitiés, le premier lecteur en prend la première et le second la seconde. Chacun a alors deux versets et demi, mais aucun auditeur n'entend quelqu un lire deux versets seulement.

🖼️ Schéma
Cinq versets, deux lecteurs : les deux découpes Rav : doleg v1 v2 v3 lu deux fois v4 v5 1er lecteur : v1 v2 v3 2e lecteur : v3 v4 v5 Chmouel : possek v1 v2 v3 a v3 b v4 v5 1er lecteur 2e lecteur
Le verset du milieu est le point de tension : Rav le double, Chmouel le coupe.
5
רַב אָמַר דּוֹלֵג, מַאי טַעְמָא לָא אָמַר פּוֹסֵק? קָסָבַר: כָּל פְּסוּקָא דְּלָא פַּסְקֵיהּ מֹשֶׁה — אֲנַן לָא פָּסְקִינַן לֵיהּ.

Rav dit : il reprend. Quelle est la raison pour laquelle il n'a pas dit : il coupe ?

Il estime : tout verset que Moche n'a pas coupé, nous ne le coupons pas.

💡 Explication

La position de Rav repose sur un principe de fidélité au texte reçu. Le découpage en versets n'est pas une commodité de lecture : il fait partie de ce qui a été donné. Ce que Moche n'a pas séparé, nul n'a l'autorité de le séparer.

Le prix de ce principe est aussitôt visible : si on refuse de couper, il faut bien que quelqu un relise un verset déjà entendu. C'est la seule autre issue.

6
וּשְׁמוּאֵל אָמַר פָּסְקִינַן לֵיהּ? וְהָא אָמַר רַבִּי חֲנַנְיָא קָרָא: צַעַר גָּדוֹל הָיָה לִי אֵצֶל רַבִּי חֲנִינָא הַגָּדוֹל, וְלֹא הִתִּיר לִי לִפְסֹוק אֶלָּא לְתִינוֹקוֹת שֶׁל בֵּית רַבָּן, הוֹאִיל וּלְהִתְלַמֵּד עֲשׂוּיִין.

Et Chmouel dit que nous le coupons ? Mais Rabbi Hanania Kara n'a-t-il pas dit : j'ai eu grande peine auprès de Rabbi Hanina le Grand, et il ne m a permis de couper que pour les enfants de la maison du maître, puisqu'ils sont là pour apprendre.

⚖️ Rosh (1)
גְּמ' בְּעָא מִינֵּיהּ עֻולָּא בַּר רַב מֵרַבָּה פָּרָשַׁת ר"ח כֵּיצַד קוֹרִין אוֹתָהּ צַו אֶת בְּנֵי יִשְׂרָאֵל וְגוֹ' אֶת קָרְבָּנִי לַחְמִי דְּהָוְיָא תְּמָנְיָא פְּסוּקֵי הֵיכִי לֶיעֱבֵד לִיקְּרוּ תְּרֵי תְּלָתָא וּתְלָתָא פָּשׁוּ לְהוּ תְּרֵי וְאֵין מְשַׁייְּרִין בַּפָּרָשָׁה פָּחוֹת מג' פְּסוּקִים וּפָשְׁטִי' רַב אוֹמֵר דּוֹלֵג וּשְׁמוּאֵל אָמַר פּוֹסֵק פִּי' דּוֹלֵג חוֹזֵר הַשֵּׁנִי וְקוֹרֵא אֶחָד מִן הַשְּׁלֹשָׁה פְּסוּקִים שֶׁקָּרָא רִאשׁוֹן וּמוֹסִיף שְׁנַיִם אֲחֵרִים נִמְצָא שֶׁקָּרָא שְׁלֹשָׁה פְּסוּקִים נִשְׁאֲרוּ ג' פְּסוּקִים קוֹרֵא אוֹתָן הַשְּׁלִישִׁי וּשְׁמוּאֵל אוֹמֵר פּוֹסֵק פָּסוּק אַחֵר לִשְׁנַיִם וְקוֹרֵא חֶצְיוֹ לָרִאשׁוֹן וְחֶצְיוֹ לַשֵּׁנִי אֲמַר לֵיהּ רָבָא בְּרֵיהּ דְּרַבָּה לְרַב יוֹסֵף הִלְכְתָא מַאי אֲמַר לֵיהּ הִלְכְתָא דּוֹלֵג וְהִלְכְתָא אֶמְצָעִי דּוֹלֵג:
Guemara : Oula bar Rav demanda à Rabba : la paracha de roch hodech, comment la lit-on ? « Ordonne aux enfants d'Israël, etc., mon offrande, mon pain » forme huit versets. Comment faire ? Que deux lisent trois et trois — il en reste deux, et on ne laisse pas dans une paracha moins de trois versets. Et l'on a résolu : Rav dit doleg, Chmouel dit possek. Explication : doleg — le second revient et lit l'un des trois versets qu'a lus le premier, et y ajoute deux autres versets ; il se trouve donc avoir lu trois versets, et il reste trois versets que lit le troisième. Chmouel dit possek — il coupe un verset en deux et en lit la moitié pour le premier lecteur et la moitié pour le second. Rava fils de Rabba dit à Rav Yossef : quelle est la halakha ? Il lui répondit : la halakha est doleg, et la halakha est que c'est celui du milieu qui reprend.
💡 Explication

La guemara retourne contre Chmouel un témoignage précis. Rabbi Hanania Kara était un spécialiste du texte biblique ; il rapporte avoir dû insister longuement auprès de Rabbi Hanina le Grand pour obtenir l'autorisation de couper un verset, et ne l'a obtenue que pour les enfants des écoles, parce qu'ils sont précisément en train d'apprendre.

Le Roch résume ici toute la sougya et en donne d'emblée la conclusion pratique : la halakha suit Rav, et c'est le lecteur du milieu qui reprend un verset.

7
הָתָם טַעְמָא מַאי — מִשּׁוּם דְּלָא אֶפְשָׁר, הָכָא נָמֵי לָא אֶפְשָׁר.

Là-bas, quelle est la raison ? Parce que ce n'est pas possible autrement.

Ici aussi, ce n'est pas possible autrement.

💡 Explication

La réponse ramène l'autorisation donnée aux enfants à sa vraie raison. Rabbi Hanina n'a pas ouvert une catégorie de personnes autorisées à couper ; il a reconnu une situation où la lecture est impossible autrement, l'enfant ne pouvant retenir un long verset d'un seul tenant.

Une fois la règle formulée ainsi, elle s'applique à notre cas : cinq versets pour deux lecteurs constituent eux aussi une situation où l'on ne peut pas faire autrement. Chmouel n'étend donc pas la permission, il applique le même critère.

8
וּשְׁמוּאֵל אָמַר פּוֹסֵק, מַאי טַעְמָא לָא אָמַר דּוֹלֵג? גְּזֵירָה מִשּׁוּם הַנִּכְנָסִין וּמִשּׁוּם הַיּוֹצְאִין.

Et Chmouel dit : il coupe. Quelle est la raison pour laquelle il n'a pas dit : il reprend ?

Décret à cause de ceux qui entrent et à cause de ceux qui sortent.

📜 Rachi (1)
גְּזֵירָה מִשּׁוּם הַנִּכְנָסִין שֶׁיִּשְׁמְעוּ הַשֵּׁנִי מַתְחִיל פָּסוּק זֶה וְיֹאמְרוּ לֹא קָרָא רִאשׁוֹן אֶלָּא שְׁנַיִם וְכֵן הַיּוֹצְאִין שֶׁיִּשְׁמְעוּ אֶת הָרִאשׁוֹן קוֹרֵא שְׁלֹשָׁה וְיָצְאוּ מִבֵּית הַכְּנֶסֶת וְיֹאמְרוּ לֹא יִקְרָא הַשֵּׁנִי אֶלָּא שְׁנַיִם:
Décret à cause de ceux qui entrent — ils entendront le second commencer ce verset et diront que le premier n'en a lu que deux ; et de même ceux qui sortent, qui entendront le premier lire trois versets, sortiront de la synagogue et diront que le second n'en lira que deux.
💡 Explication

Le souci de Chmouel est celui du témoin partiel. Deux figures reviennent dans tout ce passage : ha-nikhnassin, ceux qui entrent en cours de lecture, et ha-yots im, ceux qui sortent avant la fin. Chacun ne voit qu'une moitié de la lecture et en tire une conclusion fausse.

Avec le doleg, celui qui entre au moment où le second commence croit que le premier a lu deux versets seulement ; celui qui sort après le premier croit qu'il n'en restera que deux au second. Couper le verset supprime ces deux erreurs d'un coup.

🖼️ Schéma
Les deux témoins partiels du doleg Celui qui entre (nikhnass) Il arrive quand le second commence au verset 3. Il n'a pas entendu le premier et conclut : il a lu v1 et v2 seulement. Celui qui sort (yotse) Il part après avoir entendu le premier lire v1 v2 v3. Il conclut : il ne reste que v4 et v5 pour le second. Dans les deux cas, l'erreur est la même : croire qu'un lecteur a lu deux versets, contre la règle des trois. Le possek de Chmouel efface les deux erreurs : le verset du milieu est partagé, personne ne paraît en lire deux.
Pourquoi Chmouel refuse le doleg : deux catégories d'auditeurs en tirent la même conclusion fausse.
9
מֵיתִיבִי: פָּרָשָׁה שֶׁל שִׁשָּׁה פְּסוּקִים קוֹרִין אוֹתָהּ בִּשְׁנַיִם, וְשֶׁל חֲמִשָּׁה פְּסוּקִים בְּיָחִיד. קָרָא רִאשׁוֹן שְׁלֹשָׁה — הַשֵּׁנִי קוֹרֵא שְׁנַיִם מִפָּרָשָׁה זוֹ וְאֶחָד מִפָּרָשָׁה אַחֶרֶת. וְיֵשׁ אוֹמְרִים שְׁלֹשָׁה, לְפִי שֶׁאֵין מַתְחִילִין בַּפָּרָשָׁה פָּחוֹת מִשְּׁלֹשָׁה פְּסוּקִים.

On objecte : une paracha de six versets, on la lit à deux ; et une de cinq versets, un seul la lit. Si le premier a lu trois versets, le second lit les deux versets de cette paracha et un verset d'une autre paracha.

Et certains disent : trois, puisqu'on ne commence pas une paracha avec moins de trois versets.

📜 Rachi (1)
הָכִי גָּרְסִינַן קָרָא רִאשׁוֹן שְׁלֹשָׁה הַשֵּׁנִי קוֹרֵא שְׁנַיִם מִפָּרָשָׁה זוֹ כו':
Telle est la leçon : « Si le premier a lu trois versets, le second lit deux versets de cette paracha », etc.
💡 Explication

La baraita tranche les cas simples : six versets se partagent entre deux lecteurs, cinq ne se partagent pas et reviennent à un seul. Puis elle envisage le cas où le partage a déjà commencé de travers, le premier ayant lu trois versets d'une paracha de cinq.

La solution retenue consiste à déborder sur la paracha suivante. Le premier tana se contente d'un verset emprunté ; les yech omrim en exigent trois, au nom de la règle qui interdit de commencer une paracha avec moins de trois versets.

10
וְאִם אִיתָא, לְמָאֵן דְּאָמַר דּוֹלֵג — נִדְלֹוג, וּלְמַאן דְּאָמַר פּוֹסֵק — נִפְסֹוק!

Et s'il en est ainsi, pour celui qui dit qu'il reprend — qu'il reprenne ici aussi ! Et pour celui qui dit qu'il coupe — qu'il coupe ici aussi !

📜 Rachi (1)
לָמֶ"ד דּוֹלֵג נִדְלוֹג לְמָאֵן דְּאָמַר פּוֹסֵק לֵיכָּא לְמִיפְרַךְ דְּהָא קְרָא רִאשׁוֹן שְׁלֹשָׁה קָתָנֵי דְּאִי אֶפְשָׁר עוֹד לַחֲזֹור:
Pour celui qui dit qu'il reprend, qu'il reprenne — sur celui qui dit qu'il coupe il n'y a pas lieu d'objecter, puisque la baraita enseigne que le premier a déjà lu trois versets : il n'est donc plus possible de revenir en arrière.
🗂️ Tossefot (1)
וְאִם אִיתָא לְמַאן דְּאָמַר דּוֹלֵג לִדְלוֹג פֵּירֵשׁ הַקּוּנְטְרֵס דִּלְמַאן דְּאָמַר פּוֹסֵק לָא קַשְׁיָא מִידִי דְּכֵיוָן שֶׁקָּרָא הָרִאשׁוֹן שְׁלֹשָׁה פְּסוּקִים אֵין לִפְסֹוק עוֹד וְקָשֶׁה דְּהָא מַאן דְּאָמַר פּוֹסֵק אִית לֵיהּ שַׁפִּיר נָמֵי דּוֹלֵג אִי לָאו גְּזֵירָה מִשּׁוּם הַנִּכְנָסִין וְהַיּוֹצְאִין וְהָכָא נְהִי שֶׁאֵין אָנוּ יְכוֹלִין לְתַקֵּן מַה שֶׁעָשׂוּ הָרִאשׁוֹנִים שֶׁהִטְעוּ אֶת הַיּוֹצְאִים שֶׁיִּסְבְּרוּ שֶׁהַבָּא אַחֲרָיו לֹא יִקְרָא אֶלָּא שְׁנֵי פְּסוּקִים מִכָּל מָקוֹם הָיָה לָהֶם לְתַקֵּן שֶׁלֹּא יִטְעוּ הַנִּכְנָסִין לְפִי שֶׁמַּתְחִיל זֶה בִּשְׁנֵי פְּסוּקִים סָמוּךְ לַפָּרָשָׁה לְכָךְ נִרְאֶה לְפָרֵשׁ דִּלְמַאן דְּאָמַר פּוֹסֵק לָא קַשְׁיָא מִידִי דִּלְדִידֵיהּ תָּרְצִי שַׁפִּיר שָׁאנֵי הָכָא הֵיכָא דְּלָא אֶפְשָׁר אֲבָל הֵיכָא דְּאֶפְשָׁר שֶׁלֹּא לִפְסֹוק פְּשִׁיטָא שֶׁאֵין לְהַפְסִיק אֲבָל לְמ"ד דּוֹלֵג תִּקְשֶׁה:
Et s'il en est ainsi, pour celui qui dit qu'il reprend, qu'il reprenne — le Kountras explique que, pour celui qui dit qu'il coupe, il n'y a aucune difficulté, puisque le premier a lu trois versets et qu'il n'y a plus lieu de couper. Cela fait difficulté : celui qui dit qu'il coupe admet parfaitement le doleg lui aussi, n'était le décret à cause de ceux qui entrent et de ceux qui sortent ; et ici, même si nous ne pouvons plus réparer ce qu'ont fait les premiers, qui ont induit en erreur ceux qui sortent en leur faisant croire que celui qui vient après ne lira que deux versets, il fallait tout de même faire en sorte que ceux qui entrent ne se trompent pas, puisque celui-ci commence par deux versets à proximité d'une paracha. Il paraît donc préférable d'expliquer que, pour celui qui dit qu'il coupe, il n'y a aucune difficulté, car la réponse « ici c'est différent, là où ce n'est pas possible » lui convient parfaitement : là où il est possible de ne pas couper, il va de soi qu'on ne coupe pas. Mais pour celui qui dit qu'il reprend, la difficulté demeure.
💡 Explication

L'objection est une objection de cohérence. La baraita résout la difficulté en empruntant des versets à la paracha suivante ; or Rav et Chmouel disposent chacun d'une technique interne qui évite cet emprunt. Pourquoi la baraita ne l'emploie-t-elle pas ?

Rachi limite l'objection à Rav, puisque le premier lecteur a déjà achevé ses trois versets et qu'on ne peut plus couper rétroactivement. Tossefot conteste ce partage et propose une autre raison : Chmouel ne coupe que là où l'on ne peut pas faire autrement, et ici on peut.

11
שָׁאנֵי הָתָם, דְּאֶפְשָׁר בְּהָכִי.

Là-bas, c'est différent, car cela est possible de cette manière.

📜 Rachi (1)
שָׁאנֵי הָתָם דְּאֶפְשָׁר בְּהָכִי לִקְרוֹת מִפָּרָשָׁה זוֹ לְאַחֲרֶיהָ דְּהַךְ מַתְנִיתָא קַייְמָא בְּשֵׁנִי וּבַחֲמִישִׁי שֶׁהוּא יָכוֹל לִקְרוֹת מַה שֶׁיִּרְצֶה שֶׁהַכֹּל מֵעִנְיָנוֹ שֶׁל יוֹם:
Là-bas, c'est différent, car cela est possible de cette manière — lire, après cette paracha, celle qui la suit ; car cette baraita traite du lundi et du jeudi, où l'on peut lire ce que l'on veut, puisque tout relève du sujet du jour.
🗂️ Tossefot (1)
שָׁאנֵי הָתָם דְּאֶפְשָׁר קַשְׁיָא הֵיאַךְ נָהֲגוּ הָעוֹלָם בְּחֻולּוֹ שֶׁל מוֹעֵד שֶׁל חַג שֶׁקּוֹרֵא הָרְבִיעִי כָּל מַה שֶׁקָּרְאוּ הַשְּׁנַיִם וְהָא הָכָא דְּלָא שָׁרֵינַן לֹא דּוֹלֵג וְלֹא פּוֹסֵק אֶלָּא הֵיכָא דְּלָא אֶפְשָׁר וַאֲפִילּוּ הֵיכָא דְּקָאָמַר מִשּׁוּם הַנִּכְנָסִין וְהַיּוֹצְאִין מִיהוּ הָא פְּשִׁיטָא לָן שֶׁאִם קָרָא אוֹתוֹ שֶׁלִּפְנֵי הָאַחֲרוֹן עַד שְׁנֵי פְּסוּקִים מִסּוֹף הַפָּרָשָׁה שֶׁבְּפֶסַח אוֹ בַּעֲצֶרֶת שֶׁהָאַחֲרוֹן דּוֹלֵג לְמַעְלָה וְלֹא יִקְרָא שְׁנֵי פְּסוּקִים שֶׁהִנִּיחַ הָאַחֵר וְגַם מִפָּרָשָׁה שֶׁל אַחֲרֶיהָ כֵּיוָן דְּלָא הָוֵי מֵעִנְיָנוֹ שֶׁל יוֹם:
Là-bas, c'est différent, car cela est possible — cela fait difficulté : comment le monde à-t-il pris l'usage, à Hol ha-Moed de Souccot, que le quatrième lise tout ce qu'ont lu les deux précédents ? Or ici nous n'autorisons ni la reprise ni la coupure, sinon là où l'on ne peut pas faire autrement, et même là où l'on invoque ceux qui entrent et ceux qui sortent. Toutefois ceci nous est évident : si celui qui précède le dernier a lu jusqu'à deux versets de la fin de la paracha, à Pessa'h ou à Chavouot, le dernier revient en arrière et ne lit pas seulement les deux versets que l'autre a laissés, ni la paracha qui suit, puisqu'elle ne relève pas du sujet du jour.
💡 Explication

La distinction porte sur la liberté de lecture. La baraita parle du lundi et du jeudi, où l'on lit la paracha de la semaine : déborder sur la suite ne pose aucun problème, tout relève du même texte.

À roch hodech au contraire, la lecture est fixée au passage des offrandes du jour ; la paracha suivante traite d'autre chose et ne peut pas servir de réserve. C'est pourquoi il faut une technique interne, doleg ou possek. Le critère ke-inyano chel yom, relever du sujet du jour, commande toute la distinction.

12
אָמַר רַבִּי תַּנְחוּם אָמַר רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי: הֲלָכָה כְּיֵשׁ אוֹמְרִים, וְאָמַר רַבִּי תַּנְחוּם אָמַר רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי: כְּשֵׁם שֶׁאֵין מַתְחִילִין בַּפָּרָשָׁה פָּחוֹת מִשְּׁלֹשָׁה פְּסוּקִים, כָּךְ אֵין מְשַׁיְּירִין בַּפָּרָשָׁה פָּחוֹת מִשְּׁלֹשָׁה פְּסוּקִים.

Rabbi Tanhoum a dit au nom de Rabbi Yehochoua ben Levi : la halakha est comme « certains disent ». Et Rabbi Tanhoum a dit au nom de Rabbi Yehochoua ben Levi : de même qu'on ne commence pas une paracha avec moins de trois versets, de même on ne laisse pas dans une paracha moins de trois versets.

📜 Rachi (2)
כְּשֵׁם שֶׁאֵין מַתְחִילִין בַּפָּרָשָׁה בְּפָחוֹת מִשְּׁלֹשָׁה פְּסוּקִים גְּזֵירָה מִשּׁוּם הַנִּכְנָסִין שֶׁיְּהוּ סְבוּרִים לֹא קָרָא זֶה אֶלָּא שְׁנֵי פְּסוּקִים שֶׁל הַתְחָלַת פָּרָשָׁה זוֹ שֶׁהֲרֵי לֹא הָיוּ בְּבֵית הַכְּנֶסֶת וְלֹא שָׁמְעוּ שֶׁקָּרָא מִפָּרָשָׁה הָעֶלְיוֹנָה:
De même qu'on ne commence pas une paracha avec moins de trois versets — décret à cause de ceux qui entrent, qui croiraient que celui-ci n'a lu que les deux versets du début de cette paracha, puisqu'ils n'étaient pas dans la synagogue et n'ont pas entendu qu'il avait lu depuis la paracha précédente.
כָּךְ אֵין מְשַׁיְּירִין כו' גְּזֵירָה מִשּׁוּם הַיּוֹצְאִין שֶׁסִּבּוּרִין שֶׁהַקּוֹרֵא אַחֲרָיו שֶׁל זֶה לֹא יִקְרָא אֶלָּא שְׁנֵי פְּסוּקִים הַנּוֹתָרִים:
De même on ne laisse pas, etc. — décret à cause de ceux qui sortent, qui croiraient que celui qui lit après lui ne lira que les deux versets restants.
🗂️ Tossefot (1)
אֵין מַתְחִילִין בַּפָּרָשָׁה פָּחוֹת מג' פְּסוּקִים גְּזֵירָה מִשּׁוּם הַנִּכְנָסִין שֶׁלֹּא יִטְעוּ לוֹמַר שֶׁאוֹתוֹ שֶׁקָּרָא לְפָנָיו לֹא קָרָא אֶלָּא שְׁנֵי פְּסוּקִים וְקָשֶׁה עַל מִנְהָג שֶׁלָּנוּ שֶׁאָנוּ קוֹרִין בְּפָרָשַׁת וַיְחַל בְּתַעֲנִיּוֹת וְהָרִאשׁוֹן מַתְחִיל שָׁם וְהוּא לְסוֹף שְׁנֵי פְּסוּקִים מִפָּרָשָׁה שֶׁלְּמַעְלָה וְכֵן הַמַּפְטִיר ביו"ט בְּחוֹל הַמּוֹעֵד דְּפֶסַח שֶׁמַּתְחִיל מִוְּהַקַּרְבָּתָם שֶׁהוּא לְסוֹף שְׁנֵי פְּסוּקִים מֵרֹאשׁ הַפָּרָשָׁה וְיֵשׁ לוֹמַר דְּשָׁאנֵי אֵלּוּ הַפָּרָשִׁיּוֹת שֶׁהֲרֵי יְדוּעוֹת הֵן לְעוֹלָם וְלֵיכָּא לְמִטְעֵי וְכֵן פָּרָשָׁה שֶׁל רֹאשׁ חֹדֶשׁ שֶׁהַשְּׁלִישִׁי קוֹרֵא וּבְיוֹם הַשַּׁבָּת אֵין לָחוּשׁ שֶׁמָּא יֹאמְרוּ הַנִּכְנָסִים שֶׁהַשְּׁלִישִׁי לֹא קָרָא אֶלָּא שְׁנֵי פְּסוּקִים מִוּבְיוֹם הַשַּׁבָּת שֶׁהֲרֵי הַדָּבָר יָדוּעַ לְעוֹלָם וְגַם יֵשׁ לָהֶם לַחְשֹׁוב שא"כ לֹא הָיָה לוֹ לְהַנִּיחַ כְּשֶׁהִגִּיעַ לַפָּרָשָׁה שֶׁהֲרֵי גַּם זוֹ מֵעֵין פָּרָשָׁה שֶׁהִנִּיחַ בָּהּ:
On ne commence pas une paracha avec moins de trois versets — décret à cause de ceux qui entrent, pour qu'ils ne se trompent pas en disant que celui qui a lu avant eux n'a lu que deux versets. Cela fait difficulté sur notre usage : nous lisons la paracha Vayéhal les jours de jeûne, et le premier lecteur commence la, alors qu'il reste deux versets à la fin de la paracha précédente. De même le maftir de yom tov, à Hol ha-Moed de Pessa'h, qui commence à « Vé-hikravtem », lequel se trouve deux versets après le début de la paracha. On peut répondre que ces sections-là sont différentes, car elles sont connues de tous et il n'y a pas lieu de se tromper. De même pour la paracha de roch hodech, où le troisième lit « Et au jour du chabbat » : il n'y a pas à craindre que ceux qui entrent disent que le troisième n'a lu que deux versets depuis « Et au jour du chabbat », car la chose est connue de tous ; et ils doivent aussi se dire que, s'il en était ainsi, il n'aurait pas dû laisser des versets en arrivant à la paracha, puisque celle-ci relève du même sujet que la paracha où il en a laissé.
💡 Explication

Rabbi Yehochoua ben Levi tranche d'abord la baraita en faveur des yech omrim : trois versets au minimum dans la paracha empruntée. Puis il énonce la règle symétrique, qui a servi dès le début du folio : on ne laisse pas non plus moins de trois versets à la fin d'une paracha.

Les deux gloses de Rachi montrent que la symétrie des règles repose sur la symétrie des témoins : la règle du commencement protège de l'erreur de celui qui entre, la règle de ce qu'on laisse protège de l'erreur de celui qui sort.

🖼️ Schéma
Deux règles symétriques, deux auditeurs symétriques On ne COMMENCE pas avec moins de 3 Protège de : celui qui entre. Son erreur : le lecteur précédent n'aurait lu que les 2 premiers versets de cette paracha. On ne LAISSE pas moins de 3 Protège de : celui qui sort. Son erreur : le lecteur suivant ne lirait que les 2 versets restants. Rabbi Yehochoua ben Levi : la halakha suit les yech omrim, et la seconde règle vaut comme la première.
La paire de règles et la paire d'auditeurs qu'elles protègent.
13
פְּשִׁיטָא! הַשְׁתָּא וּמָה אַתְחַלְתָּא, דְּקָא מַקֵּיל תַּנָּא קַמָּא — מַחְמִירִי יֵשׁ אוֹמְרִים, שִׁיּוּר, דְּמַחְמִיר תַּנָּא קַמָּא — לֹא כָּל שֶׁכֵּן דְּמַחְמְירִי יֵשׁ אוֹמְרִים?!

C'est évident ! Maintenant, si pour le commencement, où le premier tana est indulgent, « certains disent » sont sévères — pour ce que l'on laisse, où le premier tana est déjà sévère, à plus forte raison « certains disent » seront-ils sévères !

📜 Rachi (1)
שִׁיּוּר דְּקָא מַחְמִיר תַּנָּא קַמָּא דְּתָנֵי וְשֶׁל חֲמִשָּׁה בְּיָחִיד וְלָא אָמְרִינַן יִקְרָא הָרִאשׁוֹן שְׁלֹשָׁה וְיִפְסֹוק אִם יִרְצֶה:
Ce que l'on laisse, où le premier tana est sévère — car il a enseigné : « et celle de cinq versets, un seul la lit », et nous ne disons pas que le premier lira trois versets et coupera s'il le veut.
💡 Explication

L'objection est un kal va-homer tiré de la baraita elle-même. Sur le commencement d'une paracha, le premier tana se satisfait d'un seul verset et les yech omrim en exigent trois : ils sont donc plus sévères. Sur ce qu'on laisse, le premier tana est déjà sévère, puisqu'il refuse de partager une paracha de cinq versets.

Si les yech omrim durcissent là où le premier tana est indulgent, ils ne vont pas relâcher là où il est déjà strict. L'enseignement de Rabbi Yehochoua ben Levi semble donc ne rien apporter.

14
מַהוּ דְתֵימָא: נִכְנָסִין שְׁכִיחִי, יוֹצְאִין לָא שְׁכִיחִי, דְּמַנְּחִי סֵפֶר תּוֹרָה וְנָפְקִי, קָא מַשְׁמָע לַן.

Tu aurais pu dire : ceux qui entrent sont chose fréquente, ceux qui sortent ne le sont pas, car il faudrait laisser là un sefer Torah et sortir — il nous l'apprend donc.

📜 Rachi (1)
נִכְנָסִין שְׁכִיחִי לְפִיכָךְ הֶחְמִירוּ יֵשׁ אוֹמְרִים בְּהַתְחָלָה:
Ceux qui entrent sont chose fréquente — c'est pourquoi « certains disent » ont été sévères sur le commencement.
💡 Explication

La réponse défait le kal va-homer en distinguant les deux craintes par leur fréquence. Arriver en retard à la lecture est ordinaire ; quitter la synagogue alors que le sefer Torah est ouvert l'est beaucoup moins, car on ne laisse pas un sefer Torah derrière soi.

On aurait donc pu penser que les yech omrim ne se soucient que de ceux qui entrent. Rabbi Yehochoua ben Levi enseigne que leur sévérité couvre aussi le second cas.

15
וְתַנָּא קַמָּא מַאי שְׁנָא שַׁיּוֹרֵי דְּלָא — מִשּׁוּם יוֹצְאִין, אַתְחוֹלֵי נָמֵי, גְּזֵירָה מִשּׁוּם הַנִּכְנָסִין? אָמְרִי: מַאן דְּעָיֵיל שֶׁיּוּלִי [מ]שָׁיֵיל.

Et le premier tana, pourquoi interdit-il de laisser moins de trois versets — à cause de ceux qui sortent ? Qu'il interdise aussi de commencer, par décret à cause de ceux qui entrent !

Ils disent : celui qui entre se renseigne.

📜 Rachi (1)
שֶׁיּוּלִי מַשְׁאִיל כְּשֶׁיִּשְׁמַע שֶׁקּוֹרֵא הַשֵּׁנִי שְׁלֹשָׁה מִקְרָאוֹת וְהָרִאשׁוֹן לֹא קָרָא מִפָּרָשָׁה זוֹ אֶלָּא שְׁנַיִם יִשְׁאַל הֵיאַךְ קָרָא הָרִאשׁוֹן שְׁנֵי פְּסוּקִים וְלֹא יוֹתֵר וְיֹאמְרוּ לוֹ שֶׁקָּרָא מִפָּרָשָׁה הָעֶלְיוֹנָה:
Il se renseigne — lorsqu'il entendra le second lire trois versets alors que le premier n'en a lu que deux de cette paracha, il demandera comment le premier n'a lu que deux versets et pas davantage, et on lui répondra qu'il a lu depuis la paracha précédente.
💡 Explication

La question se retourne sur le premier tana. S'il craint ceux qui sortent au point d'interdire de laisser deux versets, il devrait craindre aussi ceux qui entrent et interdire de n'en lire que deux au début.

La réponse repose sur une différence de situation, pas de gravité. Celui qui entre est présent pour la suite : il peut demander ce qui s'est passé et on le lui dira. Celui qui sort emporte son erreur avec lui, sans personne pour la corriger.

16
שְׁלַח לֵיהּ רַבָּה בְּרֵיהּ דְּרָבָא לְרַב יוֹסֵף: הִלְכְתָא מַאי? שָׁלַח לֵיהּ, הִלְכְתָא: דּוֹלֵג, וְאֶמְצָעִי דּוֹלְגָן.

Rabba fils de Rava envoya demander à Rav Yossef : quelle est la halakha ? Il lui répondit : la halakha est qu'il reprend, et c'est celui du milieu qui reprend.

📜 Rachi (2)
הִלְכְתָא מַאי בְּשֶׁל מַעֲמָדוֹת:
Quelle est la halakha — à propos des maamadot.
וְאֶמְצָעִי דּוֹלֵג שֶׁאִם לֹא יְדַלֵּג הוּא יְהֵא צָרִיךְ לְהַתְחִיל בַּפָּרָשָׁה פָּחוֹת מִשְּׁלֹשָׁה פְּסוּקִים וְאִם יִקְרָא שְׁלֹשָׁה מִן הַשְּׁנִיָּה נִמְצָא קוֹרְאָהּ כֻּולָּהּ:
Et c'est celui du milieu qui reprend — car s'il ne reprenait pas, il devrait commencer une paracha avec moins de trois versets ; et s'il lisait trois versets de la seconde paracha, il se trouverait la lire tout entière.
💡 Explication

La halakha suit Rav contre Chmouel : on reprend un verset plutôt que de le couper. La seconde partie de la réponse est la précision décisive : c'est le lecteur du milieu qui reprend, et non le dernier.

Rachi explique le calcul. Si le lecteur du milieu ne reprenait pas, il lui faudrait entamer la paracha suivante avec moins de trois versets ; et s'il en lisait trois, comme cette paracha n'en compte que trois, il la lirait en entier et ne laisserait rien au dernier.

🖼️ Schéma
Pourquoi c'est le lecteur du milieu qui reprend 1er lecteur Bereshit v1 v2 v3 Lecteur du milieu reprend v3, puis v4 v5 3e lecteur Yehi rakia en entier, 3 versets Si le dernier reprenait à la place du milieu : le milieu devrait entamer Yehi rakia avec moins de 3 versets, ou bien en lire 3, donc la lire toute entière et ne rien laisser au dernier. En mettant la reprise au milieu, les trois lecteurs ont trois versets et aucune paracha n'est entamée de travers.
La solution retenue par Rav Yossef, verset par verset.
17
זֶה הַכְּלָל, כֹּל שֶׁיֵּשׁ בּוֹ מוּסָף וְכוּ׳. אִיבַּעְיָא לְהוּ: תַּעֲנִית צִבּוּר בְּכַמָּה? רֹאשׁ חֹדֶשׁ וּמוֹעֵד דְּאִיכָּא קָרְבַּן מוּסָף — אַרְבָּעָה, אֲבָל הָכָא דְּלֵיכָּא קָרְבַּן מוּסַף — לֹא. אוֹ דִּלְמָא: הָכָא נָמֵי אִיכָּא מוּסַף תְּפִלָּה.

« Voici la règle : tout jour qui comporte un moussaf, etc. » On a posé la question : un jeûne public, par combien de lecteurs ? Roch hodech et les jours de fête, où il y a une offrande de moussaf — quatre ; mais ici, où il n'y a pas d'offrande de moussaf — non ?

Ou peut-être : ici aussi il y a un moussaf, celui de la prière.

📜 Rachi (1)
מוּסָף פְּסָקָא תְּפִלַּת עֲנֵנוּ בְּרָכָה יַתִּירָא:
Moussaf — passage de la michna : la prière Anenou constitue une bénédiction supplémentaire.
💡 Explication

La michna avait posé un principe : tout jour comportant un moussaf et qui n'est pas yom tov se lit à quatre. Reste à savoir ce que le mot moussaf désigne exactement.

Deux lectures sont possibles. Si moussaf veut dire offrande supplémentaire, le jeûne public en est dépourvu et se lit à trois. Si moussaf veut dire seulement ajout à l'office, le jeûne en a un : la prière Anenou, insérée dans la amida, que Rachi présente comme une bénédiction supplémentaire.

18
תָּא שְׁמַע: בְּרָאשֵׁי חֳדָשִׁים וּבְחֻולּוֹ שֶׁל מוֹעֵד קוֹרִין אַרְבָּעָה, הָא בְּתַעֲנִית צִבּוּר שְׁלֹשָׁה! אֵימָא רֵישָׁא: בְּשֵׁנִי וּבַחֲמִישִׁי וּבַשַּׁבָּת בַּמִּנְחָה קוֹרִין שְׁלֹשָׁה: הָא תַּעֲנִית צִבּוּר אַרְבָּעָה! אֶלָּא מֵהָא לֵיכָּא לְמִישְׁמַע מִינָּהּ.

Viens et entends : « aux débuts de mois et à Hol ha-Moed, quatre lisent » — donc un jeûne public, trois ! Dis alors le début : « le lundi, le jeudi et le chabbat à minha, trois lisent » — donc un jeûne public, quatre !

Il n'y a donc rien à déduire de là.

💡 Explication

La guemara essaie de trancher par un raisonnement à contrario applique à la michna, et montre aussitôt qu'il fonctionne dans les deux sens. La fin de la michna nomme roch hodech et Hol ha-Moed pour quatre lecteurs : le jeûne, absent de cette liste, serait à trois.

Mais le début de la michna nomme le lundi, le jeudi et minha de chabbat pour trois lecteurs : le jeûne, absent de cette liste-là aussi, serait à quatre. Les deux inférences se détruisent, et la guemara conclut que la michna ne prétend pas énumérer tous les cas.

19
תָּא שְׁמַע: דְּרַב אִיקְּלַע לְבָבֶל בְּתַעֲנִית צִבּוּר, קָם קָרָא בְּסִיפְרָא. פָּתַח בְּרִיךְ, חֲתִים וְלָא בְּרִיךְ. נְפוּל כֻּולֵּי עָלְמָא אַאַנְפַּייְהוּ, וְרַב לָא נְפַל עַל אַפֵּיהּ.

Viens et entends : Rav arriva à Bavel un jour de jeûne public. Il se leva et lut dans le sefer.

Il ouvrit en bénissant, il acheva et ne bénit pas. Tout le monde tomba sur sa face, et Rav ne tomba pas sur sa face.

💡 Explication

Faute de preuve textuelle, la guemara se tourne vers un précédent. Le récit retient trois détails de la conduite de Rav : la bénédiction avant la lecture, l'absence de bénédiction après, et le fait qu'il ne se soit pas prosterné pendant le tahanoun.

Seuls les deux premiers servent la question posée. À l'époque décrite, seul le premier lecteur bénissait avant et seul le dernier bénissait après : la place de Rav dans l'ordre des lecteurs se déduit donc de ce qu'il a dit et de ce qu'il a tu.

20
מִכְּדֵי רַב בְּיִשְׂרָאֵל קְרָא, מַאי טַעְמָא חֲתַם וְלָא בָּרֵיךְ? לָאו מִשּׁוּם דְּבָעֵי לְמִיקְרֵי אַחֲרִינָא בָּתְרֵיהּ?

Or Rav a lu comme un Israël ; quelle est la raison pour laquelle il a achevé sans bénir ? N'est-ce pas parce qu'un autre devait lire après lui ?

📜 Rachi (1)
מִכְּדֵי רַב בְּיִשְׂרָאֵל קְרָא שֶׁהֲרֵי רַב לֹא הָיָה לֹא כֹּהֵן וְלֹא לֵוִי:
Or Rav a lu comme un Israël — car Rav n'était ni cohen ni levi.
💡 Explication

Le raisonnement est simple si l'on admet que Rav a occupé le rang d'un Israël, c'est-à-dire la troisième montée. N'ayant pas béni à la fin, il n'était pas le dernier lecteur ; il y avait donc un quatrième. Le jeûne public se lirait à quatre.

21
לֹא, רַב בְּכָהֲנֵי קְרָא. דְּהָא רַב הוּנָא קָרֵי בְּכָהֲנֵי.

Non : Rav a lu à la place des cohanim. Car Rav Houna lisait à la place des cohanim.

📜 Rachi (1)
דְּהָא רַב הוּנָא קָרָא בְּכָהֲנֵי בְּמַסֶּכֶת גִּיטִּין בְּהַנִּיזָּקִין (גִּיטִּין דַּף נט:):
Car Rav Houna lisait à la place des cohanim — dans le traité Guittin, au chapitre Ha-nizakin (Guittin 59b).
💡 Explication

La preuve tombe si Rav a lu en premier. Le maître reconnu de sa génération peut être appelé avant le cohen, et Rav Houna en donne le précédent. Rav aurait donc pris la première montée, qui commence par une bénédiction et ne s'achève pas par une autre : la lecture à trois redevient possible.

22
בִּשְׁלָמָא רַב הוּנָא קָרֵי בְּכָהֲנֵי, דְּהָא אֲפִילּוּ רַב אַמֵּי וְרַב אַסִּי דְּכָהֲנֵי חֲשִׁיבִי דְּאַרְעָא יִשְׂרָאֵל, מִיכָּף כַּיְיפִי לֵיהּ לְרַב הוּנָא. אֶלָּא רַב — הָא אִיכָּא שְׁמוּאֵל, דְּכָהֲנָא הֲוָה, וְדִבֵּר עָלֶיהָ!

Passe encore Rav Houna qui lisait à la place des cohanim, puisque même Rav Ami et Rav Assi, qui étaient les cohanim éminents de la terre d'Israël, se soumettaient à Rav Houna. Mais Rav — il y avait là Chmouel, qui était cohen, et il l'avait fait passer avant lui !

📜 Rachi (2)
הָא אִיכָּא שְׁמוּאֵל בִּנְהַרְדְּעָא שֶׁהוּא מִמְּדִינַת בָּבֶל דְּכָהֲנָא הוּא:
Il y avait là Chmouel — à Nehardea, qui est en pays de Bavel, et il était cohen.
וְדָבָר עִילָּוֵיהּ נָהוּג הָיָה לִהְיוֹת לְמַעְלָה מֵרַב כִּדְאָמְרִינַן בְּפֶרֶק מְרֻובֶּה (ב"ק פ.) רַב לָא עָיֵיל לְקַמֵּיהּ דִּשְׁמוּאֵל:
Et il l'avait fait passer avant lui — l'usage était qu'il passât avant Rav, comme nous le disons au chapitre Merouba (Baba Kama 80a) : Rav n'entrait pas avant Chmouel.
💡 Explication

L'objection porte sur la condition qui autorise cette pratique : il faut être le maître incontestable de sa génération. Rav Houna l'était, au point que les cohanim les plus éminents de la terre d'Israël lui étaient subordonnés.

Rav, lui, avait auprès de lui Chmouel, qui était cohen et à qui Rav lui-même accordait la préséance. La condition ne semble donc pas remplie.

23
שְׁמוּאֵל נָמֵי מִיכָּף הֲוָה כַּיִיף לֵיהּ לְרַב, וְרַב הוּא דַּעֲבַד לֵיהּ כָּבוֹד, וְכִי עֲבִיד לֵיהּ — בְּפָנָיו, שֶׁלֹּא בְּפָנָיו — לָא עָבֵיד לֵיהּ.

Chmouel aussi se soumettait à Rav ; c'est Rav qui lui rendait honneur. Et il le faisait en sa présence ; hors de sa présence, il ne le faisait pas.

📜 Rachi (2)
וְרַב הוּא דַּעֲבִיד לְהַאי דְּאַדְבְּרֵיהּ עָלֶיהָ כָּבוֹד הֲוָה עֲבִיד לֵיהּ מִשּׁוּם דְּלַיְיטֵיהּ רַב לִשְׁמוּאֵל דְּלָא לוֹקְמֵי בְּנֵי בְּמַס' שַׁבָּת פ' שְׁמוֹנָה שְׁרָצִים (ד' קח.):
Et c'est Rav qui le faisait — cet honneur de le faire passer avant lui, il le lui rendait parce que Rav avait maudit Chmouel en disant que ses fils ne subsisteraient pas, dans le traité Chabbat, au chapitre Chemone chratsim (108a).
שֶׁלֹּא בְּפָנָיו לָא עָבֵיד לֵיהּ וּשְׁמוּאֵל לֹא הָיָה בְּבָבֶל אֶלָּא בִּנְהַרְדְּעָא:
Hors de sa présence, il ne le faisait pas — et Chmouel ne se trouvait pas à Bavel, mais à Nehardea.
💡 Explication

La réponse renverse la lecture des faits. La préséance de Chmouel ne découlait pas du rang, mais d'une déférence que Rav lui accordait de son plein gré, en réparation d'une parole dure qu'il avait eue contre lui.

Une déférence volontaire n'a de sens qu'en présence de celui à qui elle s'adresse. Or le récit place Rav à Bavel et Chmouel à Nehardea : rien n'empêchait donc Rav d'être appelé le premier ce jour-là.

24
הָכִי נָמֵי מִסְתַּבְּרָא דְּרַב בְּכָהֲנֵי קְרָא, דְּאִי סָלְקָא דַעְתָּךְ בְּיִשְׂרָאֵל קְרָא, לְפָנֶיהָ מַאי טַעְמָא בָּרֵיךְ! לְאַחַר תַּקָּנָה.

Il est logique en effet que Rav ait lu à la place des cohanim : car si tu pensais qu'il a lu comme un Israël, pour quelle raison aurait-il béni avant sa lecture ? — C'était après l'institution.

💡 Explication

Un appui vient confirmer la nouvelle lecture. Dans l'ordre ancien, seul le premier lecteur bénissait avant ; si Rav a béni avant, c'est qu'il était premier.

La guemara écarte cet appui : l'institution ultérieure a étendu les deux bénédictions à tous les lecteurs, et le récit pourrait être postérieur à cette institution. La bénédiction d'ouverture ne prouve alors plus rien.

25
אִי הָכִי, לְאַחֲרֶיהָ נָמֵי לִבְרִיךְ! שָׁאנֵי הֵיכָא דְּיָתֵיב רַב — דְּמֵיעַל עָיְילִי,

S'il en est ainsi, qu'il bénisse aussi après ! — Il en va autrement là où Rav siège, car on y entre,

💡 Explication

La réponse précédente se retourne aussitôt. Si l'institution généralisant les bénédictions était déjà en vigueur, elle vaut pour les deux bénédictions : Rav aurait dû bénir après sa lecture également.

La guemara commence à répondre en revenant au motif de l'institution, la crainte de ceux qui entrent et de ceux qui sortent. Là où Rav préside, on entre, mais on ne sort pas — la phrase est coupée par la fin de l'amud et s'achève au folio suivant.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).