Sougya : Le folio achève d'abord la discussion sur la longueur de la haftara. La braita exige vingt et un versets, en face des sept lecteurs de la Torah ; Rava objecte depuis la haftara Olotékhem sefou, plus courte, et la guemara répond que le sujet s'y achève.
Une seconde objection, tirée du témoignage de Rav Chemouel bar Abba sur Rabbi Yo'hanan, est résolue par la présence d'un metourgueman : là où l'on traduit verset par verset, dix versets suffisent, pour ne pas peser sur le public. Commence ensuite la michna du quorum.
Elle énumère ce qui ne se fait pas à moins de dix : la perissa sur le Chema, la répétition devant l'arche, la bénédiction des kohanim, la lecture de la Torah et la haftara, les stations du convoi funéraire, la bénédiction des endeuillés et celle des mariés, le zimoun avec le Nom ; puis l'évaluation des terres consacrées, qui demande neuf israélites et un kohen. La guemara fonde le chiffre dix sur une chaîne de deux guezerot chavot, de venikdashti à Korah puis aux explorateurs, distingue les articles qui relèvent de la sainteté de ceux qui relèvent de la simple convenance, et cherche dans la derasha de Chemouel sur les dix occurrences du mot kohen l'origine du chiffre pour les terres.
Le folio se termine sur la michna suivante : trois versets au minimum pour un lecteur, un seul verset à la fois pour le traducteur.
On n'a pas besoin non plus de versets en face de lui.
Fin de la réponse commencée au folio précédent. La braita demande vingt et un versets de haftara, en face des sept lecteurs de la Torah, soit trois par lecteur. On a objecté : si le maftir ne compte pas parmi les sept, il est un huitième lecteur, et il faudrait donc vingt-quatre versets.
La réponse tient en une phrase : le maftir ne lit dans la Torah que par égard pour l'honneur de la Torah. Sa lecture n'entre pas dans le compte des sept, et l'on n'a donc pas non plus à lui faire correspondre trois versets dans le Prophète.
Rava objecte à cette braita : mais voici la haftara Olotékhem sefou (Ajoutez vos holocaustes), qui ne compte pas vingt et un versets, et nous la lisons pourtant ! Là-bas c'est différent, car le sujet s'y achève.
Rava prend un contre-exemple dans l'usage reçu : la haftara qui s'ouvre sur Olotékhem sefou (Jérémie 7) est plus courte que vingt et un versets, et elle est pourtant lue telle quelle.
La réponse introduit la première limite à la règle : sliq inyana, le sujet s'achève. Le compte de vingt et un versets n'est pas une mesure à remplir pour elle-même ; on n'entame pas un nouveau sujet du Prophète dans le seul but d'atteindre le chiffre.
Et là où le sujet ne s'achève pas, on ne lirait pas moins ? Mais Rav Chemouel bar Abba n'a-t-il pas dit : bien des fois je me tenais devant Rabbi Yo'hanan comme traducteur, et lorsque nous avions lu dix versets il nous disait : arrêtez !
Un endroit où il y a un metourgueman est différent. Car Rav Tahalifa bar Chemouel a enseigné : on n'a enseigné cela que dans un endroit où il n'y a pas de traducteur, mais dans un endroit où il y a un traducteur, on peut s'arrêter.
Seconde objection, tirée cette fois d'une pratique observée : Rabbi Yo'hanan interrompait la lecture après dix versets, bien en deçà des vingt et un, et sans qu'un sujet soit achevé.
La réponse ajoute la seconde limite : la présence d'un metourgueman, qui traduit chaque verset en araméen et y ajoute une explication. Rachi en donne la raison : la lecture double le temps et devient une peine pour le public. Rav Tahalifa bar Chemouel formule la distinction en braita : la règle des vingt et un versets ne vaut que là où l'on ne traduit pas.
Tossefot tire de là une conséquence pour son temps : c'est sur cette braita que se fonde l'usage de ne plus traduire, ni les haftarot ni les sections de la Torah.
MICHNA. On ne fait pas la perissa sur le Chema, on ne passe pas devant l'arche, les kohanim ne lèvent pas les mains, on ne lit pas dans la Torah, on ne lit pas la haftara dans les Prophètes,
Début de la michna du quorum. La perissa sur le Chema, explique Rachi, est le cas d'un groupe arrivé à la synagogue après que le public a récité le Chema : l'un d'eux dit le kaddich, Barekhou et la première bénédiction ; porsin a le sens de moitié, puisqu'on ne reprend qu'une partie de l'office.
Les cinq articles de cette première liste ont un trait commun, que la guemara dégagera au segment suivant : ce sont des devarim chebikdoucha, des paroles de sainteté.
Tossefot et le Roch consacrent ici une longue discussion à la question de savoir combien de personnes doivent n'avoir pas encore entendu le kaddich et Barekhou pour qu'on les redise. Rabbenou Tam propose des chiffres tirés du compte des mots du verset de Dévora, et le Roch conclut que neuf qui ont déjà entendu se joignent à un seul qui n'a pas entendu, car il sanctifie bien le Nom au milieu de dix.
on ne fait pas de stations debout et assises, on ne dit pas la bénédiction des endeuillés ni les consolations des endeuillés, ni la bénédiction des mariés, et l'on ne fait pas de zimoun avec le Nom, à moins de dix. Et pour les terres : neuf et un kohen ; et il en va de même pour une personne.
Seconde moitié de la liste. Les stations debout et assises (maamad oumochav) sont les sept arrêts du convoi funéraire où l'on s'asseyait pour pleurer le mort, avec la formule que Rachi cite : levez-vous, chers amis, levez-vous. Les consolations des endeuillés sont la rangée que l'on forme au retour du cimetière.
Le dernier article change de registre. Il ne s'agit plus de prière mais d'évaluation monétaire : celui qui vient racheter des terres consacrées au Temple a besoin de dix évaluateurs, dont l'un doit être kohen. Et de même pour une personne, ce que la guemara devra expliquer, puisqu'un homme libre ne se consacre pas.
GUEMARA. D'où ces choses sont-elles tirées ?
Rabbi Hiya bar Abba a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : car le verset dit, et Je serai sanctifié au milieu des enfants d'Israël — toute parole de sainteté ne se dira pas à moins de dix.
La guemara cherche la source du chiffre dix, et la trouve dans le verset venikdashti betokh benei Israël (Lévitique 22,32). Le principe énoncé est général : toute parole de sainteté (davar chebikdoucha) exige dix. Reste à établir pourquoi ce verset impliquerait précisément dix, ce que font les deux segments suivants.
Le Roch tire de là une distinction pratique restée classique : la kedoucha récitée dans la bénédiction de Yotser peut être dite par un individu seul, car elle rapporte seulement ce que disent les anges ; la kedoucha de la amida, où l'assemblée s'engage elle-même en disant Nekadech, exige les dix.
D'où cela ressort-il ? Car Rabbi Hiya a enseigné : on l'apprend par une guezera chava entre tokh et tokh.
Il est écrit ici, et Je serai sanctifié au milieu des enfants d'Israël, et il est écrit là-bas, séparez-vous du milieu de cette communauté,
Le verset de la sainteté ne comporte aucun chiffre. La guezera chava (analogie verbale) transporte donc le sens d'un mot d'un verset à l'autre : le mot tokh, au milieu, apparaît ici et dans l'épisode de Korah, où Hachem dit à Moche et Aharon de se séparer du milieu de cette eda, cette communauté.
Le mot eda n'a pas non plus de chiffre attaché. Il faudra donc une seconde analogie, que donne le segment suivant.
et l'on apprend encore par eda et eda, car il est écrit là-bas, jusqu'à quand cette communauté mauvaise... : de même que là-bas il s'agit de dix, de même ici il s'agit de dix.
Second maillon de la chaîne. Le mot eda de Korah renvoie au mot eda employé à propos des explorateurs : jusqu'à quand cette communauté mauvaise ? Là, le compte est possible, et c'est le seul endroit de la chaîne où il le soit.
Rachi le fait : douze explorateurs furent envoyés, Yehochoua et Kalev n'étaient pas de la communauté mauvaise, il en reste dix. Ce dix remonte alors à Korah, puis au verset de la sainteté, et fixe le quorum de toute parole de sainteté.
On ne fait pas de stations debout et assises à moins de dix. Puisqu'il faut dire : levez-vous, chers amis, levez-vous ; asseyez-vous, chers amis, asseyez-vous — à moins de dix ce n'est pas la manière convenable.
La guemara passe aux articles de la michna qui ne sont pas des paroles de sainteté et qui demandent donc une autre justification. Pour les stations funéraires, la raison n'est pas scripturaire mais tient à la convenance, orah ar'a.
Rachi précise la double gêne : imposer cette charge à celui qui conduit le convoi, et appeler chers amis une poignée de personnes. Sa formule est un argument de proportion : qu'aurais-tu garde pour une assemblée nombreuse ?
On ne dit pas la bénédiction des endeuillés ni la bénédiction des mariés, etc. Qu'est-ce que la bénédiction des endeuillés ?
La bénédiction de la place publique. Car Rabbi Yitshak a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : la bénédiction des endeuillés se dit à dix, et les endeuillés ne sont pas du compte ; la bénédiction des mariés se dit à dix, et les mariés sont du compte.
La guemara identifie d'abord l'objet : la bénédiction des endeuillés est celle que l'on disait sur la place publique (ré'hava) attenante au cimetière, au retour de l'enterrement, et non celle du repas.
Le point technique est la différence de compte. Rachi en donne la raison : les formules sont deux, une pour les consolateurs et une pour les endeuillés, et l'officiant ne les réunit pas ; les endeuillés, destinataires de la bénédiction, ne peuvent donc pas figurer parmi les dix qui la disent. Pour les mariés, la bénédiction est unique et les concerne avec les autres, si bien qu'ils entrent dans le compte et que neuf hommes leur suffisent.
Tossefot et le Roch précisent la portée pratique : le birkat hamazon des endeuillés, lui, se fait à trois, et l'endeuillé y est compté.
Et l'on ne fait pas de zimoun sur le repas avec le Nom à moins de dix, etc. Puisqu'il faut dire : bénissons notre D.ieu — à moins de dix ce n'est pas la manière convenable.
Même raisonnement que pour les stations funéraires, et même formule : lav orah ar'a. Le zimoun à dix se distingue de celui à trois par la mention du Nom dans l'invitation ; prononcer cette formule devant moins de dix personnes manque de convenance.
La glose de Rachi imprimée ici reprend les deux explications précédentes, celle de la convenance et celle du compte des endeuillés.
Et les terres : neuf et un kohen ; et il en va de même pour une personne, etc. D'où ces choses sont-elles tirées ?
Dernier article de la michna, et changement complet de domaine. Il ne s'agit plus d'un quorum de prière mais du nombre d'évaluateurs requis pour estimer un bien consacré au Temple que l'on vient racheter. Le verset de la sainteté ne peut donc pas en être la source, et la guemara en cherche une autre.
Chemouel a dit : dix fois le mot kohen est écrit dans la section. Un pour lui-même, un pour exclure, et les autres sont restriction après restriction, et une restriction après restriction ne vient qu'inclure.
D'où neuf israélites et un kohen.
La derasha de Chemouel part d'un fait de texte : dans la section des consécrations (Lévitique 27), le mot kohen revient dix fois. Rachi ventile le compte : trois dans les arakhin (les évaluations légales), trois pour le bétail, quatre pour les terres. Le chiffre dix des évaluateurs vient de là.
Reste à savoir combien d'entre eux doivent être kohanim. Chaque mention isolée restreindrait la fonction aux seuls kohanim ; mais la règle herméneutique veut qu'une restriction après restriction (mi'out ahar mi'out) inclue au lieu d'exclure. Les mentions surnuméraires ouvrent donc la fonction aux israélites : neuf israélites et un seul kohen.
Tossefot soulève une difficulté de procédure : un tribunal ne doit pas être en nombre pair quand la décision dépend d'une appréciation, et il faudrait donc onze.
Et dis plutôt : cinq kohanim et cinq israélites ! La question reste difficile.
L'objection porte sur l'application mécanique de la règle. Si la deuxième mention restreint et la troisième est une restriction après restriction qui inclut, la quatrième redevient une restriction simple, la cinquième inclut à nouveau, et ainsi de suite : on obtiendrait cinq et cinq, non neuf et un.
La guemara n'y répond pas et conclut par kachya, la difficulté demeure. La derasha de Chemouel garde donc son résultat sans que le mécanisme en soit pleinement expliqué.
Et il en va de même pour une personne. Une personne peut-elle donc être consacrée ?
La michna a assimilé l'évaluation d'une personne à celle des terres. La guemara objecte qu'une personne libre ne devient pas propriété du Temple : elle n'entre pas dans le hekdech, et il n'y a donc rien à racheter.
Tossefot discute longuement l'autre lecture possible, celle de l'esclave cananéen, qui peut bien être consacré et que le verset appelle adam. Sa réponse est que l'évaluation d'un esclave se fait à trois et non à dix, et que la michna aurait dit, comme partout ailleurs, les terres et les esclaves.
Rabbi Abahou a dit : il s'agit de celui qui dit, ma valeur m'incombe. Car il est enseigné : celui qui dit ma valeur m'incombe, on l'évalue comme un esclave.
Or l'esclave est rattaché aux terres, ainsi qu'il est écrit : vous les recevrez en héritage pour vos fils après vous, pour en hériter comme d'une propriété.
Réponse de Rabbi Abahou : la michna ne parle pas d'une personne consacrée, mais de quelqu'un qui s'est engagé à verser au Temple une somme égale à sa propre valeur marchande, en disant damai alai. Ce n'est pas la personne qui entre dans le hekdech, c'est une dette d'argent.
Le rattachement aux terres se fait alors en deux temps : on évalue l'homme comme on évaluerait un esclave, et l'esclave est assimilé aux biens fonciers par le verset de l'héritage. La procédure des terres, neuf israélites et un kohen, s'applique donc à lui.
MICHNA. Celui qui lit dans la Torah ne lira pas moins de trois versets, et il ne lira pas au traducteur plus d'un verset à la fois.
Nouvelle michna, qui fixe les mesures de la lecture publique. Trois versets au minimum par lecteur, ce qui explique le chiffre de vingt et un versets de haftara pour sept lecteurs, rencontré au début du folio.
La seconde règle protège le metourgueman : on ne lui livre qu'un verset à la fois, car il traduit de mémoire, sans texte devant lui, et deux versets ensemble l'exposeraient à se tromper.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).