Megillah 24a — Sauter d'un passage à l'autre dans la lecture publique, et qui peut remplir les fonctions de l'office : le maftir, le mineur, le pôhéah et l'aveugle

Megillah 24a

Sougya : Le folio achève la michna sur la lecture et la traduction publique : on ne fait lire au metourgueman qu'un verset de Torah a la fois, trois versets de prophète, un à un lorsque les trois forment trois sections distinctes. Puis vient la règle du saut : on saute dans le prophète, on ne saute pas dans la Torah.

La guemara oppose la lecture du kohen gadol à Kippour, qui passe de Ahare mot à Akh be-assor, et retient après une première tentative la réponse d'Abaye : dans la Torah on saute seulement à l'intérieur d'un même sujet, dans le prophète même entre deux sujets, et toujours à condition que le metourgueman n'ait pas à attendre. Une seconde michna ouvre alors la question des fonctions de l'office : celui qui conclut par le prophète fait aussi le pôress al chema, passe devant la teva et élève ses mains ; le mineur, le pôhéah et l'aveugle sont ensuite examinés fonction par fonction.

La guemara demande enfin pourquoi ces fonctions reviennent au maftir : Rav Papa y voit une compensation d'honneur, Rabba bar Chimi la prévention d'une querelle.

Le dilloug : quand a-t-on le droit de sauter d'un passage à l'autre ?ConditionDans la TorahDans le prophèteLes deux passages traitentd'un seul sujetPermiscas du kohen gadol à KippourPermisLes deux passages traitentde deux sujets différentsInterditnega im vers zavim (Rachi)PermisCondition commune aux deux colonnes : le saut doit tenir dans le temps où le metourgueman traduit le verset précédent.Laisser l'assemblée attendre en silence pendant qu'on roule le rouleau offense son honneur.Deux limites propres au prophète (seconde baraita)D'un livre prophétique à un autre : interditÀ l'intérieur des douze : permis,mais jamais à rebours de l'ordre
La règle du saut selon le livre lu et selon le nombre de sujets, avec la contrainte de temps qui vaut dans tous les cas.
Qui peut remplir quelle fonction à l'office ?FonctionMineurnon tenu aux mitsvotPôhéahvêtement déchiré, jambes nuesAveugleadulte, doté de discernementLire dans la TorahOuiNonNon traité iciTraduire (metourgueman)OuiOuiOuiPôress al chemaNonOuiOui (tanna kama)Rabbi Yehouda : non s'il n'a jamais vu les luminairesPasser devant la tevaNonNonNon traité iciÉlever les mains (kohen)NonNonNon traité iciDeux ressorts distincts : le mineur est écarté parce qu'il n'est pas tenu et ne peut acquitter autrui ; le pôhéah est écarté par égard pour la Torah et pour l'assemblée.
Les cinq fonctions de l office confrontées aux trois figures de la michna, avec la raison qui commande chaque exclusion.
Pourquoi le maftir reçoit-il les autres fonctions ? Deux raisons, une conséquenceRav Papa : à cause de l'honneurConclure par le prophète passe pour une fonctionmineure, ouverte même à un enfant.Celui qui l'accepte se prive d'honneur ;on le lui rend par les autres fonctions.Rabba bar Chimi : à cause de la querelleSéparer les fonctions ouvre une dispute :moi je conclus par le prophète,et toi tu passerais devant la teva ?Les réunir sur un seul homme ferme le litige.Nafka mina : celui qui passe devant la teva le fait gratuitementSans salaire en jeu, la querelle disparaît et la raison de Rabba bar Chimi tombe ; la raison de l'honneur, elle, demeure.Objection tirée de la michna : le maftir mineurUn enfant ne se querelle pas, ce qui gêne Rabba bar Chimi ; mais un enfant n'a pas non plus d'honneur propre. Réponse : l'honneur visé est celui de son père et de son maître.
Les deux explications de la règle du maftir, le cas qui les sépare, et l objection que la michna adresse aux deux.
1
וּבְנָבִיא שְׁלֹשָׁה. הָיוּ שְׁלָשְׁתָּן שָׁלֹשׁ פָּרָשִׁיּוֹת — קוֹרִין אֶחָד אֶחָד.

Et dans le prophète, trois. Si les trois étaient trois sections — on les lit une à une.

📜 Rachi (2)
וּבַנָּבִיא שְׁלֹשָׁה אִם יִרְצֶה וְלָא אִיכְפַּת לָן אִם יִטְעֶה דְּלָא נָפְקָא מִינֵּיהּ הוֹרָאָה:
et dans le prophète, trois — s'il le veut. Et il ne nous importe pas qu'il se trompe, car aucune décision pratique n'en découle.
וְאִם הָיוּ שְׁלָשְׁתָּן כו' בגמ' מְפָרֵשׁ הֵיכָא מַשְׁכַּחַת לָהּ רְצוּפֵין:
et si les trois étaient, etc. — la guemara explique où l'on trouve un tel cas de versets consécutifs.
🗂️ Tossefot (2)
וּבַנָּבִיא שְׁלֹשָׁה וְעַכְשָׁיו אֵין אָנוּ מַקְרִין לַמְתֻורְגְּמָן אֲפִילּוּ בְּנָבִיא אֶלָּא פָּסוּק אֶחָד שֶׁלֹּא יָבֹא לִטְעוֹת רַק בִּתְחִילַּת הַהַפְטָרָה אָנוּ מַקְרִין ג' לַמְתֻורְגְּמָן לְהוֹדִיעַ כִּי כֵן הַדִּין אִי לָא דְּחָיְישִׁינַן שֶׁיִּטְעֶה:
et dans le prophète, trois — de nos jours, nous ne faisons lire au metourgueman qu'un seul verset, même dans le prophète, de crainte qu'il ne se trompe. Au début de la haftara seulement nous lui en faisons lire trois, pour faire savoir que telle est la règle, et que nous nous limitons à un verset uniquement par crainte de l'erreur.
וְאִם הָיוּ שְׁלָשְׁתָּן שֶׁל שָׁלֹשׁ פָּרָשִׁיּוֹת קוֹרִין אֶחָד אֶחָד קַשְׁיָא עַל מַה שֶּׁאָנוּ מְתַרְגְּמִין וַיֹּאמֶר יְהוֹשֻׁעַ אֶל הָעָם הִתְקַדָּשׁוּ (יְהוֹשֻׁעַ ג׳:ה׳) וְיֵשׁ שָׁם ג' פְּסוּקִים עַד בָּעֵת הַהִיא וּמְקָרִין אוֹתָן לַמְתַרְגֵּם שְׁלָשְׁתָּן בְּיַחַד ואע"פ שֶׁיֵּשׁ פָּרָשָׁה בְּסוֹף שְׁנֵי פְּסוּקִים וְהָא שֶׁאָנוּ מְתַרְגְּמִין הַפְטָרוֹת שֶׁל פֶּסַח וַעֲצֶרֶת טְפֵי מִשְּׁאָר י"ט לְפִי שֶׁהֵן מְדַבְּרוֹת בְּנֵס הַיּוֹם כְּדֵי לְפַרְסֵם הַנֵּס וְכֵן בְּמַתַּן תּוֹרָה כְּדֵי לְפַרְסֵם הַנֵּס:
et si les trois étaient de trois sections, on les lit une à une — cela fait difficulté sur notre usage de traduire Et Yehochoua dit au peuple : sanctifiez-vous (Josue 3,5). Il y a là trois versets jusqu'à en ce temps-là, et on les fait lire au metourgueman tous les trois ensemble, bien qu'une fin de section tombe après deux versets. Et si nous traduisons les haftarot de Pessa'h et de Chavouot plus que celles des autres fêtes, c'est parce qu'elles parlent du miracle du jour, afin de le publier ; de même pour le don de la Torah, afin de publier le miracle.
💡 Explication

La michna, commencée au folio précédent, fixe la quantité de texte confiée d'un coup au metourgueman, le traducteur qui rendait en araméen ce que le lecteur venait de lire. Pour la Torah, un verset à la fois ; pour le prophète, trois. Rachi donne la raison de cet écart : une erreur de traduction sur un verset de Torah risque d'entraîner une erreur de hora a, de décision pratique, ce qui ne se produit pas à partir du prophète.

La restriction qui suit tient à la structure du texte : si chacun des trois versets forme à lui seul une parchâ, une section close, on les donne un à un, car réunir trois unités distinctes brouillerait l'écoute. Tossefot note que l'usage de son temps s'est resserré : on ne donne plus qu'un verset à la fois, même dans le prophète, et les trois versets du début de la haftara ne subsistent que pour rappeler la règle de la michna.

2
מְדַלְּגִין בַּנָּבִיא וְאֵין מְדַלְּגִין בַּתּוֹרָה. וְעַד כַּמָּה הוּא מְדַלֵּג? עַד כְּדֵי שֶׁלֹּא יִפְסֹוק הַמְתֻורְגְּמָן.

On saute dans le prophète et on ne saute pas dans la Torah. Et jusqu'à quelle distance saute-t-il ?

Jusqu'à une distance telle que le metourgueman ne s'arrête pas.

📜 Rachi (4)
מְדַלְּגִין בַּנָּבִיא מִפָּרָשָׁה לְפָרָשָׁה:
on saute dans le prophète — d'une section à une autre.
וְאֵין מְדַלְּגִין בַּתּוֹרָה שֶׁהַשּׁוֹמֵעַ אֶת הַקּוֹפֵץ מִמָּקוֹם לְמָקוֹם אֵין לִבּוֹ מְיֻושָּׁב לִשְׁמֹועַ:
et on ne saute pas dans la Torah — car celui qui entend un lecteur bondir d'un endroit à un autre n'a pas l'esprit assez posé pour écouter.
וְעַד כַּמָּה הוּא מְדַלֵּג בַּנָּבִיא:
et jusqu'à quelle distance saute-t-il — dans le prophète.
שֶׁלֹּא יִפְסֹוק הַתֻּורְגְּמָן שֶׁלֹּא יְדַלֵּג מִמָּקוֹם שֶׁהוּא קוֹרֵא אֶלָּא כְּדֵי שֶׁיּוּכַל לְגוֹל אֶת הַסֵּפֶר וְלִקְרוֹת בִּמְקוֹם הַדִּילּוּג קֹודֶם שֶׁיִּגְמֹור הַתֻּורְגְּמָן תַּרְגּוּם הַמִּקְרָא שֶׁיְּדַלֵּג זֶה מִשּׁוּם שֶׁאֵין כְּבוֹד צִבּוּר לַעֲמֹוד שָׁם בִּשְׁתִיקָה:
que le metourgueman ne s'arrête pas — qu'il ne saute, depuis l'endroit qu'il lit, qu'à une distance telle qu'il puisse rouler le rouleau et lire à l'endroit du saut avant que le metourgueman n'ait achevé la traduction du verset après lequel il saute ; car rester là en silence manque à l'honneur de l'assemblée.
💡 Explication

Le dilloug, le saut, consiste à quitter le passage qu'on vient de lire pour un autre passage du même rouleau. La michna l'autorise dans le prophète et l'interdit dans la Torah. Rachi fonde la différence sur l'attention de l'auditoire : un texte de Torah suivi phrase à phrase demande une écoute continue, et le bond désoriente.

La limite de temps porte sur le prophète, où le saut est permis. Le lecteur doit pouvoir enrouler le rouleau jusqu'au nouveau passage pendant que le metourgueman traduit le verset précédent. La raison est le kevod ha-tsibbour, l'honneur de l'assemblée, qu'une attente silencieuse offenserait.

3
גְּמָ׳ הָנֵי שְׁלֹשָׁה פְּסוּקִין כְּנֶגֶד מִי? אָמַר רַב אַסִּי: כְּנֶגֶד תּוֹרָה נְבִיאִים וּכְתוּבִים.

Guemara. Ces trois versets, à quoi correspondent-ils ?

Rav Assi dit : à la Torah, aux Prophètes et aux Écrits.

⚖️ Rosh (1)
גְּמ' לֹא יִפְחֹות מִשְּׁלֹשָׁה פְּסוּקִים הָנֵי שְׁלֹשָׁה כְּנֶגֶד מִי אָמַר רַב אַשִּׁי כְּנֶגֶד תּוֹרָה נְבִיאִים וּכְתוּבִים. וְאִם הָיוּ שְׁלָשְׁתָּן שְׁלֹשָׁה פָּרָשִׁיּוֹת כְּגוֹן כֹה אָמַר ה' חִנָּם נִמְכַּרְתֶּם כִּי כֹּה אָמַר ה' (אֱ-לֹהִים) מִצְרַיִם יָרַד עַמִּי בָרִאשֹׁונָה. וְעַתָּה מַה לִּי פֹה נְאֻם ה' כְּגוֹן אֵלּוּ קוֹרִין אֶחָד אֶחָד. וְאֵין מְדַלְּגִין בַּתּוֹרָה וְהָנֵי מִילֵּי בִּשְׁנֵי עִנְיָנִים אֲבָל בְּעִנְיָן אֶחָד מְדַלְּגִין ואע"פ שֶׁהֵן מְרֻוחָקִין זֶה מִזֶּה כְּגוֹן אַחֲרֵי מוֹת וְאַךְ בֶּעָשׂוֹר. וּבְנָבִיא מְדַלְּגִין אַפֵּי' בִּשְׁנֵי עִנְיָנִים וְזֶה וְזֶה בִּכְדֵי שֶׁלֹּא יִפְסֹוק הַמְתֻורְגְּמָן כְּלוֹמַר שֶׁלֹּא יִשְׁהֶה בַּדִּילּוּג אֶלָּא כְּדֵי שֶׁיַּשְׁלִים הַתֻּורְגְּמָן אוֹתוֹ פָּסוּק. וְתַנְיָא נָמֵי הָכִי מְדַלְּגִין בַּתּוֹרָה בְּעִנְיָן אֶחָד וּבַנָּבִיא בִּשְׁנֵי עִנְיָנִים וְכָאן וְכָאן בִּכְדֵי שֶׁלֹּא יִפְסֹוק הַתֻּורְגְּמָן. וְאֵין מְדַלְּגִין מִנָּבִיא לְנָבִיא וּבְנָבִיא שֶׁל תְּרֵי עָשָׂר מְדַלְּגִין וּבִלְבַד שֶׁלֹּא יְדַלֵּג מִסּוֹף הַסֵּפֶר לִתְחִילָּתוֹ. גָּרְסִי' בְּפָ' בָּא לוֹ (יוֹמָא דַּף סח:) בָּא לוֹ כֹּהֵן גָּדוֹל לִקְרוֹת וְכוּ' וְגוֹלֵל ס"ת וּמַנִּיחוֹ בְּחֵיקוֹ וְאוֹמֵר יוֹתֵר מִמַּה שֶּׁקָּרִיתִי לִפְנֵיכֶם כָּתוּב כָּאן וּבְחֻומַּשׁ הַפְּקוּדִים קוֹרֵא עַל פֶּה (שָׁם ע.) וְאַמַּאי וְנִגְלֹול ס"ת עַד דְּמָטֵי לְחֹומֶשׁ הַפְּקוּדִים וְנִקְרֵי בֵּיהּ אָמַר רַב שֵׁשֶׁת זֹאת אוֹמֶרֶת אֵין גּוֹלְלִין ס"ת בְּצִבּוּר מִפְּנֵי כְּבוֹד צִבּוּר וְלַיְּתֵי ס"ת אַחֲרִינָא וְלִיקְרֵי רַב הוּנָא בַּר יְהוּדָה אוֹמֵר מִפְּנֵי פְּגָמוֹ שֶׁל רִאשׁוֹן. וה"מ חַד גַּבְרָא בִּתְרֵי סִפְרֵי הוּא דְּהָוֵי פָּגְמָא אֲבָל תְּלָתָא גַּבְרָא לִתְלָתָא סִפְרֵי כְּגוֹן ר"ח %טֵבֵת שֶׁחָל לִהְיוֹת בַּשַּׁבָּת לֹא הָוֵי פָּגְמָא:
Guemara : il ne lira pas moins de trois versets. Ces trois, à quoi correspondent-ils ? Rav Achi dit : à la Torah, aux Prophètes et aux Écrits. Et si les trois étaient trois sections, comme Ainsi parle Hachem : vous avez été vendus pour rien ; Car ainsi parle Hachem D.ieu : mon peuple est descendu jadis en Égypte ; Et maintenant, qu'ai-je ici, dit Hachem — de tels versets, on les lit un à un. Et on ne saute pas dans la Torah : cela vaut pour deux sujets, mais pour un seul sujet on saute, même si les deux passages sont éloignés l'un de l'autre, comme Ahare mot et Akh be-assor. Dans le prophète on saute même entre deux sujets, et dans les deux cas à condition que le metourgueman ne s'arrête pas, c'est-à-dire qu'on ne tarde pendant le saut que le temps pour le metourgueman d'achever ce verset. Et ainsi est-il enseigné dans une baraita : on saute dans la Torah a l'intérieur d'un seul sujet, et dans le prophète entre deux sujets, et ici comme la à condition que le metourgueman ne s'arrête pas. Et on ne saute pas d'un prophète à un autre ; à l'intérieur du livre des douze on saute, pourvu qu'on ne saute pas de la fin du livre vers son début. Nous lisons au chapitre Ba lo (Yoma 68b) : le kohen gadol vient lire, etc., il roule le sefer Torah, le pose sur son sein et dit : plus que ce que j'ai lu devant vous est écrit ici ; et la section du Houmach des dénombrements, il la récite par cœur (ibid. 70a). Et pourquoi ? Qu'on roule le sefer Torah jusqu'à parvenir au Houmach des dénombrements et qu'on y lise ! Rav Chechet dit : cela enseigne qu'on ne roule pas un sefer Torah devant l'assemblée, par égard pour son honneur. Qu'on apporte alors un autre sefer Torah et qu'on y lise ! Rav Houna bar Yehouda dit : à cause du discrédit jeté sur le premier rouleau. Et cela vaut pour un seul homme lisant dans deux rouleaux, où il y a discrédit ; mais trois hommes dans trois rouleaux, comme un roch hodech Tevet tombant un chabbat, ne constitue pas un discrédit.
💡 Explication

La guemara s'ouvre sur le minimum de trois versets posé au début de la michna. Rav Assi rattache ce nombre aux trois parties de l'Écriture : Torah, Neviim, Ketouvim. Toute lecture publique, si brève soit-elle, représente ainsi le corpus entier.

Le Roch réunit ici l'ensemble des conclusions pratiques du passage et y ajoute la sougya de Yoma sur le kohen gadol : on ne fait pas attendre l'assemblée pour enrouler un rouleau, et on évite d'en substituer un second, sous peine de laisser croire que le premier était défectueux. La restriction finale précise que ce soupçon ne naît que lorsqu'un même homme lit dans deux rouleaux successifs.

4
וְלֹא יִקְרָא לַמְּתֻורְגְּמָן יוֹתֵר מִפָּסוּק אֶחָד, וּבְנָבִיא — שְׁלֹשָׁה פְּסוּקִים, וְאִם הָיוּ שְׁלָשְׁתָּן שָׁלֹשׁ פָּרָשִׁיּוֹת — קוֹרֵא אֶחָד אֶחָד. כְּגוֹן: ״כִּי כֹה אָמַר ה׳ חִנָּם נִמְכַּרְתֶּם״. ״כִּי כֹּה אָמַר ה׳ אֱ-לֹהִים מִצְרַיִם יָרַד עַמִּי בָרִאשֹׁונָה״, ״וְעַתָּה מַה לִּי פֹה נְאֻם ה׳״.

Et il ne fera pas lire au metourgueman plus d'un verset ; et dans le prophète — trois versets ; et si les trois étaient trois sections — il en lit un à un. Par exemple : Car ainsi parle Hachem : vous avez été vendus pour rien.

Car ainsi parle Hachem D.ieu : mon peuple est descendu jadis en Égypte. Et maintenant, qu'ai-je ici, dit Hachem.

💡 Explication

La guemara cite la michna puis fournit l'exemple annoncé par Rachi : trois versets consécutifs qui forment chacun une section close. Ils sont tirés d'Isaie 52,3 à 52,5, et se reconnaissent à leur ouverture répétée, chacun recommençant une parole nouvelle.

Ce cas est rare : d'ordinaire une parchâ compte plusieurs versets, et trois sections d'un seul verset qui se suivent font exception. La michna a besoin d'un tel exemple pour que sa règle ait une application concrète.

🖼️ Schéma
Trois versets qui sont trois sections : Isaie 52,3-552,3 — Car ainsi parle Hachem : vous avez été vendus pour riensection close : on la lit seule au metourgueman52,4 — Car ainsi parle Hachem D.ieu : mon peuple est descendu jadis en Égyptesection close : on la lit seule au metourgueman52,5 — Et maintenant, qu'ai-je ici, dit Hachemsection close : on la lit seule au metourguemanTrois versets consécutifs, chacun formant une parchâ à lui seul : on ne les groupe pas, même dans le prophète.
Le cas exceptionnel visé par la michna : trois sections qui tiennent chacune en un seul verset.
5
מְדַלְּגִין בַּנָּבִיא וְאֵין מְדַלְּגִין בַּתּוֹרָה. וּרְמִינְהִי: קוֹרֵא ״אַחֲרֵי מוֹת״ ו״אך בֶּעָשׂוֹר״ — וְהָא קָא מְדַלֵּג!

On saute dans le prophète et on ne saute pas dans la Torah. On oppose : il lit Ahare mot puis Akh be-assor — or voilà qu'il saute !

📜 Rachi (1)
גְּמ' קוֹרֵא כֹּהֵן גָּדוֹל אַחֲרֵי מוֹת בְּיוֹם הַכִּפּוּרִים מִשְׁנָה הִיא בְּמַסֶּכֶת יוֹמָא וְאַךְ בֶּעָשׂוֹר לַחֹודֶשׁ וְיֵשׁ כָּאן דִּילּוּג דְּפָרָשַׁת אַךְ בֶּעָשׂוֹר לַחֹדֶשׁ הַשְּׁבִיעִי בְּפָרָשַׁת אֱמֹור אֶל הַכֹּהֲנִים:
Guemara : il lit — le kohen gadol lit Ahare mot le jour de Kippour ; c'est une michna au traité Yoma. Et il lit aussi Akh be-assor là-hodech, et il y a là un saut, car la section Akh be-assor là-hodech ha-chéviï se trouve dans la parachat Emor el ha-kohanim.
⚖️ Rosh (1)
מַתְנִי' הַקּוֹרֵא בְּתוֹרָה לֹא יִפְחֹות מִשְּׁלֹשָׁה פְּסוּקִים וְלֹא יִקְרָא לִמְתֻורְגְּמָן יוֹתֵר מִפָּסוּק אֶחָד וּבַנָּבִיא שְׁלֹשָׁה וְאִם הָיוּ שְׁלָשְׁתָּן שְׁלֹשָׁה פָּרָשִׁיּוֹת קוֹרִין אֶחָד אֶחָד. מְדַלְּגִין בַּנָּבִיא וְאֵין מְדַלְּגִין בַּתּוֹרָה כַּמָּה הוּא מְדַלֵּג עַד כְּדֵי שֶׁלֹּא יִפְסֹוק הַמְתֻורְגְּמָן:
Michna : celui qui lit dans la Torah ne lira pas moins de trois versets, et il ne fera pas lire au metourgueman plus d'un verset ; et dans le prophète, trois. Et si les trois étaient trois sections, on les lit une à une. On saute dans le prophète et on ne saute pas dans la Torah. Jusqu'à quelle distance saute-t-il ? Jusqu'à une distance telle que le metourgueman ne s'arrête pas.
💡 Explication

L'objection vient du service de Kippour. Le kohen gadol lit la section Ahare mot (Lévitique 16), puis Akh be-assor (Lévitique 23,27), qui se trouve plus loin, dans la parachat Emor. Il saute donc à l'intérieur de la Torah, ce que la michna vient d'interdire.

6
אָמַר אַבַּיֵּי, לָא קַשְׁיָא: כָּאן בִּכְדֵי שֶׁיִּפְסֹוק הַתֻּורְגְּמָן, וְכָאן בִּכְדֵי שֶׁלֹּא יִפְסֹוק הַתֻּורְגְּמָן.

Abaye dit : il n'y a pas de difficulté. Ici, à une distance telle que le metourgueman s'arrête ; et là, à une distance telle que le metourgueman ne s'arrête pas.

📜 Rachi (1)
כָּאן בִּכְדֵי שֶׁלֹּא יִפְסֹוק הַמְתֻורְגְּמָן וְהַאי בִּכְדֵי שֶׁלֹּא יִפְסֹוק הוּא שֶׁהֲרֵי סִמּוּכִין הֵן:
ici, à une distance telle que le metourgueman ne s'arrête pas — et le cas de Kippour est bien de ceux où le metourgueman ne s'arrête pas, puisque les deux sections sont proches l'une de l'autre.
💡 Explication

Abaye propose d'abord de tout ramener au critère de temps. L'interdiction de la michna viserait les sauts assez longs pour que le metourgueman ait fini avant que le lecteur soit prêt ; le saut du kohen gadol, entre deux sections voisines du même livre, tiendrait dans le temps de la traduction.

Sur cette lecture, la différence entre Torah et prophète deviendrait une simple différence de distance, sans règle propre à chaque corpus.

7
וְהָא עֲלָהּ קָתָנֵי: מְדַלְּגִין בַּנָּבִיא וְאֵין מְדַלְּגִין בַּתּוֹרָה, וְעַד כַּמָּה הוּא מְדַלֵּג — עַד כְּדֵי שֶׁלֹּא יִפְסֹוק הַתֻּורְגְּמָן. מִכְלָל דְּבַתּוֹרָה כְּלָל כְּלָל לָא!

Or il est enseigné à ce sujet : on saute dans le prophète et on ne saute pas dans la Torah ; et jusqu'à quelle distance saute-t-il ? Jusqu'à une distance telle que le metourgueman ne s'arrête pas.

Il en ressort que dans la Torah, on ne saute aucunement !

📜 Rachi (1)
וְהָא קָתָנֵי גָּרְסִינַן וְלָא גָּרְסִינַן עֲלָהּ:
or il est enseigné — telle est la leçon du texte, sans le mot ala, à ce sujet.
💡 Explication

La guemara réfute la première réponse d'Abaye par la structure même de la michna. La limite de temps y est énoncée après la permission de sauter dans le prophète, donc elle ne concerne que le prophète. L'interdiction visant la Torah reste alors entière, quelle que soit la distance.

Rachi signale ici une variante de texte : le mot ala, à ce sujet, ne figure pas dans la leçon retenue.

8
אֶלָּא אָמַר אַבַּיֵּי, לָא קַשְׁיָא: כָּאן בְּעִנְיָן אֶחָד, כָּאן בִּשְׁתֵּי עִנְייָנוֹת. וְהָתַנְיָא: מְדַלְּגִין בַּתּוֹרָה בְּעִנְיָן אֶחָד, וּבְנָבִיא בִּשְׁנֵי עִנְיָינִין. כָּאן וְכָאן, בִּכְדֵי שֶׁלֹּא יִפְסֹוק הַתֻּורְגְּמָן.

Abaye dit plutôt : il n'y a pas de difficulté. Ici, sur un seul sujet ; là, sur deux sujets.

Et ainsi a-t-il été enseigné : on saute dans la Torah sur un seul sujet, et dans le prophète sur deux sujets. Ici comme la, à une distance telle que le metourgueman ne s'arrête pas.

📜 Rachi (2)
בְּעִנְיָן אֶחָד שֶׁשְּׁנֵיהֶן מְדַבְּרִין בְּדָבָר אֶחָד וְאֵין כָּאן טֵירוּף הַדַּעַת הִלְכָּךְ כִּי לֹא מַפְסִיק תּוּרְגְּמָן מְדַלֵּג שֶׁהֲרֵי שְׁנֵיהֶן בְּעִנְיַן יוה"כ מְדַבְּרִים וּמַתְנִי' דְּקָתָנֵי כְּלָל לֹא בִּשְׁנֵי עִנְיָנִים כְּגוֹן מִפָּרָשַׁת נְגָעִים לְפָרָשַׁת זָבִין:
sur un seul sujet — les deux passages parlent d'une même chose, et il n'y a là aucun trouble de l'esprit ; aussi, tant que le metourgueman ne s'arrête pas, il saute, puisque les deux passages traitent du sujet de Kippour. Et notre michna, qui enseigne qu'on ne saute aucunement, parle de deux sujets, comme de la section des nega im à la section des zavim.
וְהַתַּנְיָא בְּנִיחוּתָא:
et ainsi a-t-il été enseigné — ces mots se lisent comme une confirmation de la réponse.
💡 Explication

La réponse retenue introduit un second critère, indépendant de la distance : le inyan, le sujet traité. Dans la Torah, le saut est permis à l'intérieur d'un même sujet et interdit entre deux sujets ; dans le prophète, il est permis même entre deux sujets. La contrainte de temps se superpose aux deux cas.

Le saut du kohen gadol est ainsi justifié : Ahare mot et Akh be-assor traitent l'un et l'autre de Kippour. Rachi donne le contre-exemple : passer de la section des nega im, les atteintes de la peau, à celle des zavim, les écoulements, réunirait deux sujets distincts, et le saut y serait interdit.

🖼️ Schéma
Le parcours de la sougya : de la contradiction à la règle du sujet1. Michna : on ne saute pas dans la TorahContre : le kohen gadol passe de Ahare mot à Akh be-assor2. Première réponse d'Abaye : tout tient à la distanceInterdit quand le metourgueman finirait avant le lecteur ; permis sinon3. Rejet : la limite de temps porte sur le prophète seulDans la Torah, l'interdiction reste entière à toute distance4. Seconde réponse d'Abaye, confirmée par une baraita : le critère est le sujetTorah : saut permis à l'intérieur d'un même sujet, interdit entre deux sujetsProphète : saut permis même entre deux sujets — et toujours dans le temps de la traduction
Les quatre étapes du raisonnement, de l'objection tirée de Yoma jusqu'au critère du sujet.
9
תַּנְיָא אִידָךְ: אֵין מְדַלְּגִין מִנָּבִיא לְנָבִיא, וּבְנָבִיא שֶׁל שְׁנֵים עָשָׂר — מְדַלֵּג, וּבִלְבַד שֶׁלֹּא יְדַלֵּג מִסּוֹף הַסֵּפֶר לִתְחִילָּתוֹ.

Une autre baraita enseigne : on ne saute pas d'un prophète à un autre ; dans le prophète des douze — il saute, pourvu qu'il ne saute pas de la fin du livre à son début.

📜 Rachi (2)
אֵין מְדַלְּגִין מִנָּבִיא לְנָבִיא שֶׁיֵּשׁ כָּאן טֵירוּף יוֹתֵר מִדַּאי:
on ne saute pas d'un prophète à un autre — il y a là un trouble excessif de l'esprit.
מִסּוֹף הַסֵּפֶר לִתְחִילָּתוֹ לְמַפְרֵעַ:
de la fin du livre à son début — à rebours de l'ordre.
💡 Explication

La permission de sauter dans le prophète connaît deux limites. Passer d'un livre prophétique à un autre reste interdit, l'écart étant trop grand pour l'attention de l'auditoire. Les douze petits prophètes font exception, car la tradition les tient pour un seul livre : le passage de l'un à l'autre y compte comme un déplacement interne.

La seconde limite est l'ordre : le saut doit aller vers l'avant. Revenir d'un passage tardif à un passage antérieur inverserait la suite du texte.

🖼️ Schéma
Sauter à l'intérieur des Prophètes : ce qui est ouvert et ce qui est ferméIsaieJérémieInterdit : d'un livre à un autreLe livre des douze compte pour un seul livreOcheaYoëlAmos... jusqu'à Malakhi : on saute de l'un à l'autreRéserve : le saut va toujours vers l'avant. Revenir de la fin du livre vers son début reste interdit.
Les deux bornes du saut dans les Prophètes : pas d'un livre à l'autre, et jamais à rebours de l'ordre.
10
מַתְנֵי׳ הַמַּפְטִיר בַּנָּבִיא — הוּא פּוֹרֵס עַל שְׁמַע, וְהוּא עוֹבֵר לִפְנֵי הַתֵּיבָה, וְהוּא נוֹשֵׂא אֶת כַּפָּיו. וְאִם הָיָה קָטָן — אָבִיו אוֹ רַבּוֹ עוֹבְרִין עַל יָדוֹ.

Michna. Celui qui conclut par le prophète, c'est lui qui fait le pôress al chema, c'est lui qui passe devant la teva, et c'est lui qui élève ses mains.

Et s'il était mineur, son père ou son maître passent à sa place.

📜 Rachi (3)
מַתְנֵי' הַמַּפְטִיר בַּנָּבִיא מִי שֶׁרָגִיל לְהַפְטִיר בַּנָּבִיא תִּקְּנוּ חֲכָמִים שֶׁיְּהֵא פּוֹרֵס אֶת שְׁמַע:
Michna : celui qui conclut par le prophète — celui qui a coutume de conclure par le prophète, les sages ont institué que ce soit lui qui fasse le pôress al chema.
הוּא עוֹבֵר לִפְנֵי הַתֵּיבָה לְהוֹצִיא אֶת הַצִּבּוּר בִּקְדֻושָּׁה שֶׁבַּתְּפִלָּה:
c'est lui qui passe devant la teva — pour acquitter l'assemblée de la kedoucha de la prière.
עַל יָדוֹ בִּשְׁבִילוֹ:
à sa place — pour lui.
⚖️ Rosh (1)
מַתְנִי' הַמַּפְטִיר בַּנָּבִיא הוּא פּוֹרֵס עַל שְׁמַע וְעוֹבֵר לִפְנֵי הַתֵּיבָה וְנוֹשֵׂא אֶת כַּפָּיו אִם הָיָה קָטָן אָבִיו אוֹ רַבּוֹ עוֹבְרִין עַל יָדוֹ קָטָן קוֹרֵא בַּתּוֹרָה וּמְתַרְגֵּם אֲבָל אֵינוֹ פּוֹרֵס עַל שְׁמַע וְאֵינוֹ עוֹבֵר לִפְנֵי הַתֵּיבָה וְאֵינוֹ נוֹשֵׂא אֶת כַּפָּיו. פּוֹחֵחַ פּוֹרֵס עַל שְׁמַע וּמְתַרְגֵּם אֲבָל אֵינוֹ קוֹרֵא בַּתּוֹרָה וְאֵינוֹ עוֹבֵר לִפְנֵי הַתֵּיבָה וְאֵינוֹ נוֹשֵׂא אֶת כַּפָּיו:
Michna : celui qui conclut par le prophète, c'est lui qui fait le pôress al chema, passe devant la teva et élève ses mains. S'il était mineur, son père ou son maître passent à sa place. Un mineur lit dans la Torah et traduit, mais il ne fait pas le pôress al chema, ne passe pas devant la teva et n'élève pas ses mains. Un pôhéah fait le pôress al chema et traduit, mais il ne lit pas dans la Torah, ne passe pas devant la teva et n'élève pas ses mains.
💡 Explication

Nouvelle michna, consacrée aux fonctions publiques de l'office. Le maftir, celui qui conclut la lecture par un passage des Prophètes, reçoit aussi trois autres charges. Le pôress al chema désigne la récitation des bénédictions et des passages de kedoucha devant ceux qui arrivent après l'office ; passer devant la teva est la répétition à voix haute de la amida ; élever les mains vise la bénédiction des kohanim.

Un mineur pouvant lui-même conclure par le prophète, la michna prévoit que son père ou son maître exerce à sa place les fonctions qu'il ne peut assumer. La raison de ce groupement de charges sera discutée plus bas.

11
קָטָן קוֹרֵא בַּתּוֹרָה וּמְתַרְגֵּם. אֲבָל אֵינוֹ פּוֹרֵס עַל שְׁמַע, וְאֵינוֹ עוֹבֵר לִפְנֵי הַתֵּיבָה, וְאֵינוֹ נוֹשֵׂא אֶת כַּפָּיו.

Un mineur lit dans la Torah et traduit. Mais il ne fait pas le poress al chema, il ne passe pas devant la teva, et il n'élève pas ses mains.

📜 Rachi (2)
קָטָן אֵינוֹ פּוֹרֵס עַל שְׁמַע לְפִי שֶׁהוּא בָּא לְהוֹצִיא רַבִּים יְדֵי חוֹבָתָן וְכֵיוָן שֶׁאֵינוֹ מְחֻויָּב בַּדָּבָר אֵינוֹ מוֹצִיא אֲחֵרִים יְדֵי חוֹבָתָן:
un mineur ne fait pas le poress al chema — parce qu'il vient acquitter le public de son obligation ; comme il n'est pas lui-même tenu à la chose, il n'acquitte pas autrui.
וְאֵינוֹ נוֹשֵׂא אֶת כַּפָּיו אִם כֹּהֵן הוּא שֶׁאֵין כָּבוֹד שֶׁל צִבּוּר לִהְיוֹת כְּפּוּפִין לְבִרְכָתוֹ:
et il n'élève pas ses mains — s'il est kohen ; car l'assemblée perdrait son honneur à se soumettre à sa bénédiction.
🗂️ Tossefot (3)
אֲבָל אֵינוֹ פּוֹרֵס עַל שְׁמַע וַאֲפִילּוּ לְרַבִּי יְהוּדָה דְּמַכְשִׁיר לֵיהּ בִּמְגִילָּה לְעֵיל (מְגִילָּה דַּף יט:) הָכָא מוֹדֶה שֶׁלֹּא יוֹצִיא אֲחֵרִים יְדֵי חוֹבָתָן בְּדָבָר שֶׁבִּקְדֻושָּׁה מִשּׁוּם דִּבְקָטָן אִיכָּא ב' דְּרַבָּנָן כִּדְפָרֵישִׁית לְעֵיל לְרַבָּנָן דְּרַבִּי יְהוּדָה אֲבָל בִּמְגִילָּה יֵשׁ לְהָקֵל לְפִי שֶׁטֶף וְנָשִׁים הָיוּ בְּסָפֵק דְּלַהֲרוֹג וּלְהַשְׁמִיד לְפִיכָךְ עֲשָׂאוֹ רַבִּי יְהוּדָה כְּגָדוֹל:
mais il ne fait pas le poress al chema — même Rabbi Yehouda, qui le déclare apte pour la meguila plus haut (Meguila 19b), admet ici qu'il n'acquitte pas autrui pour une davar che-bikdoucha, parce qu'il y a chez le mineur deux niveaux d'obligation rabbinique, comme je l'ai expliqué plus haut selon les rabbanan opposés à Rabbi Yehouda. Pour la meguila, en revanche, il y a lieu d'être indulgent, puisque les enfants et les femmes étaient compris dans le décret de tuer et d'exterminer ; c'est pourquoi Rabbi Yehouda a rendu le mineur semblable à un adulte.
וְאֵינוֹ עוֹבֵר לִפְנֵי הַתֵּיבָה קָשֶׁה מַאי אִירְיָא קָטָן אֲפִילּוּ גָּדוֹל נָמֵי אֵינוֹ עוֹבֵר לִפְנֵי הַתֵּיבָה אא"כ נִתְמַלֵּא זְקָנוֹ כִּדְתַנְיָא סוֹף פּ"ק דְּחֻולִּין (דַּף כֹּד: וְשָׁם) נִתְמַלֵּא זְקָנוֹ רָאוּי לֵעָשׂוֹת שְׁלִיחַ צִבּוּר וְלֵירֵד לִפְנֵי הַתֵּיבָה אֲבָל בְּעִנְיָן אַחֵר לֹא וְי"ל דְּהָתָם מַיְירֵי בְּתַעֲנִית צִבּוּר כְּדִתְנַן בְּתַעֲנִית (דַּף טז.) דְּאֵין מוֹרִידִין לִפְנֵי הַתֵּיבָה אֶלָּא זָקֵן וְרָגִיל (וּמִי שֶׁנִּתְמַלֵּא זְקָנוֹ) וּמִי שֶׁטִּפּוּלוֹ מְרֻובֶּה וְהָא דְּקָתָנֵי הָתָם גַּבֵּי נִתְמַלֵּא זְקָנוֹ רָאוּי לֵעָשׂוֹת ש"ץ הַייְנוּ לִהְיוֹת ש"ץ בִּקְבִיעוּת אֲבָל בְּאַקְרַאי בְּעָלְמָא יָכוֹל לִהְיוֹת מִשֶּׁהֵבִיא ב' שְׂעָרוֹת וְלֹא כְּמוֹ שֶׁפֵּירֵשׁ רַשִׁ"י שָׁם דְּפֵירֵשׁ דְּמַייְרֵי לִתְקִיעַת שׁוֹפָר וּלְהִמָּנוֹת פַּרְנָס עַל הַצִּבּוּר וּלְהַלְקוֹת וּלְנַדּוֹת:
et il ne passe pas devant la teva — difficulté : pourquoi parler du mineur ? Même un adulte ne passe pas devant la teva tant que sa barbe n'a pas poussé, comme il est enseigné à la fin du premier chapitre de Houlin (24b) : lorsque sa barbe a poussé, il est apte à être chelia h tsibbour et à descendre devant la teva, mais autrement non. On peut répondre que ce passage traite d'un taanit tsibbour, un jour de jeûne public, comme il est enseigné dans Taanit (16a) : on ne fait descendre devant la teva qu'un homme âgé et habitué, dont la barbe a poussé, et chargé d'une famille nombreuse. Et ce qui est enseigné là-bas, que celui dont la barbe a poussé est apte à être chelia h tsibbour, vise la fonction permanente ; occasionnellement, il le peut dès qu'il a produit deux poils. Cela s'écarte de l'explication de Rachi là-bas, qui rapporte le passage à la sonnerie du chofar, à la nomination d'un parnass sur l'assemblée, à l'application des coups et à la mise au ban.
וְאֵין נוֹשֵׂא כַּפָּיו מַשְׁמַע הָא אִם הֵבִיא ב' שְׂעָרוֹת יִשָּׂא כַּפָּיו וְקָשֶׁה דְּהָא סוֹף פּ"ק דְּחֻולִּין (דַּף כֹּד: וְשָׁם) אָמַר דְּאֵין נוֹשֵׂא אֶת כַּפָּיו עַד שֶׁיִּתְמַלֵּא זְקָנוֹ וְעוֹד קָשֶׁה דְּמַשְׁמַע סוֹף פֶּרֶק לוּלָב הַגָּזוּל (סֻוכָּה דַּף מב.) קָטָן הַיּוֹדֵעַ לִישָּׂא אֶת כַּפָּיו חוֹלְקִין לוֹ תְּרוּמָה בַּגֹּורֶן וַאֲפִילּוּ קָטָן מַמָּשׁ וְי"ל דְּהַהִיא דְּלוּלָב הַגָּזוּל מַיְירֵי עִם כֹּהֲנִים גְּדוֹלִים לִלְמֹוד וּלְהִתְחַנֵּךְ וְהָא דְּפָסְלִינַן הָכָא קָטָן מַיְירֵי בְּשֶׁאֵין גְּדוֹלִים עִמּוֹ וְהַהִיא דְּחֻולִּין דְּבָעֵי מִלּוּי זָקָן מַיְירֵי לִישָּׂא כַּפָּיו תָּדִיר בִּקְבִיעוּת אֲבָל בְּאַקְרַאי בְּעָלְמָא יָכוֹל הוּא לִישָּׂא כַּפָּיו אע"פ שֶׁלֹּא נִתְמַלֵּא זְקָנוֹ כְּדֵי לְאַחְזוֹקֵי נַפְשֵׁיהּ בְּכָהֲנֵי: (וְע"ע תּוֹסְ' יְבָמוֹת צט: ד"ה וְאֵלּוּ):
et il n'élève pas ses mains — il en ressort qu'une fois qu'il a produit deux poils, il élève ses mains. Difficulté : à la fin du premier chapitre de Houlin (24b) il est dit qu'il n'élève pas ses mains tant que sa barbe n'a pas poussé. Autre difficulté : il ressort de la fin du chapitre Loulav ha-gazoul (Souka 42a) qu'un mineur qui sait élever ses mains reçoit sa part de terouma à l'aire, et il s'agit même d'un mineur au sens strict. On peut répondre que le passage de Loulav ha-gazoul parle d'un mineur qui monte avec des kohanim adultes, pour apprendre et s'exercer ; que notre passage, qui disqualifie le mineur, parle du cas où aucun adulte ne monte avec lui ; et que le passage de Houlin, qui exige une barbe formée, parle d'élever les mains régulièrement et à demeure, alors qu'occasionnellement il le peut même sans barbe formée, afin d'établir son statut de kohen.
💡 Explication

La michna sépare deux registres. Lire dans la Torah et traduire sont des actes que le mineur accomplit pour lui-même, devant l'assemblée ; les trois autres fonctions engagent l'acquittement d'autrui. Rachi pose le principe : eno mehouyav ba-davar, celui qui n'est pas tenu à une obligation ne peut en acquitter celui qui l'est.

Pour la bénédiction des kohanim, Rachi ajoute une raison distincte : le kevod ha-tsibbour. L'assemblée ne se place pas sous la bénédiction d'un enfant. Tossefot confronte alors notre michna à Houlin, qui exige une barbe formée, et distingue la fonction exercée à demeure de l'acte occasionnel.

12
פּוֹחֵחַ — פּוֹרֵס אֶת שְׁמַע וּמְתַרְגֵּם. אֲבָל אֵינוֹ קוֹרֵא בַּתּוֹרָה, וְאֵינוֹ עוֹבֵר לִפְנֵי הַתֵּיבָה, וְאֵינוֹ נוֹשֵׂא אֶת כַּפָּיו.

Un pohéah fait le poress al chema et traduit. Mais il ne lit pas dans la Torah, il ne passe pas devant la teva, et il n'élève pas ses mains.

📜 Rachi (3)
פּוֹחֵחַ בְּמַס' סוֹפְרִים מְפָרֵשׁ כֹּל שֶׁכְּרָעָיו נִרְאִין עָרֹום וְיָחֵף מְתַרְגֵּם עַרְטִילַאי וּפָחַח (יְשַׁעְיָהוּ כ׳:ב׳):
pohéah — le traité Soferim explique : tout homme dont les jambes sont apparentes. Nu et pieds nus se rend en araméen par ertilaï ou-fahah (Isaie 20,2).
פּוֹרֵס אֶת שְׁמַע דְּהָא מְחֻויָּב בִּבְרָכָה:
il fait le poress al chema — puisqu'il est lui-même tenu à cette bénédiction.
אֲבָל אֵינוֹ קוֹרֵא בַּתּוֹרָה מִשּׁוּם כְּבוֹד תּוֹרָה וְכֵן לִפְנֵי הַתֵּיבָה וְכֵן בִּנְשִׂיאוּת כַּפַּיִם גְּנַאי הוּא לַצִּבּוּר:
mais il ne lit pas dans la Torah — par égard pour l'honneur de la Torah ; de même pour le passage devant la teva et pour l'élévation des mains, où cela ferait honte à l'assemblée.
🗂️ Tossefot (1)
פּוֹחֵחַ עָרֹום וְיָחֵף פ"ה מְתַרְגְּמִינַן עַרְטִילַאי וּפָחֵי וְלֵיתָא דְּפָחֵי הוּא תַּרְגּוּם שֶׁל עָרֹום וְכֵן פֵּירֵשׁ רַב אִלְפָּס דְּפָחֵי זֶהוּ אוֹתוֹ שֶׁלָּבוּשׁ בְּגָדִים קֵרוּעִין וְהָכֵי נָמֵי מַשְׁמַע פֶּרֶק קַמָּא דְּמַס' קִידּוּשִׁין:
pohéah — nu et pieds nus. Rachi a expliqué que ces mots se rendent en araméen par ertilaï ou-fahi. Cela ne tient pas, car fahi est la traduction de arom, nu. Ainsi a expliqué le Rif : fahi désigne celui qui est vêtu de vêtements déchirés, et c'est aussi ce qui ressort du premier chapitre du traité Kidouchin.
💡 Explication

Le pohéah est un homme dont la tenue laisse voir ce qu'elle devrait couvrir : jambes découvertes selon Rachi, vêtements déchirés selon le Rif rapporté par Tossefot. Son exclusion tient à l'apparence, et le partage des fonctions le montre : il reste tenu aux bénédictions du chema et peut donc les dire pour autrui.

Deux motifs d'honneur commandent les exclusions : le kevod ha-Torah pour la lecture publique, et le kevod ha-tsibbour pour la représentation de l'assemblée dans la prière et la bénédiction. Traduire reste permis, car le metourgueman se tient à côté du lecteur sans représenter l'assemblée.

13
סוּמָא — פּוֹרֵס אֶת שְׁמַע וּמְתַרְגֵּם. רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: כָּל שֶׁלֹּא רָאָה מְאוֹרוֹת מִיָּמָיו — אֵינוֹ פּוֹרֵס עַל שְׁמַע.

Un aveugle fait le poress al chema et traduit. Rabbi Yehouda dit : quiconque n'a jamais vu les luminaires de sa vie ne fait pas le poress al chema.

🗂️ Tossefot (1)
מִי שֶׁלֹּא רָאָה מְאוֹרוֹת לֹא יִפְרֹוס עַל שְׁמַע קָשֶׁה דְּהָא רַבִּי יְהוּדָה הוּא דְּאָמַר פֶּרֶק הַחוֹבֵל (בּ"ק דַּף פז. וְשָׁם) סוּמָא פָּטוּר מִכָּל הַמִּצְוֹת וא"כ אִי אַיְירֵי הָכָא בְּסוּמָא אֲפִילּוּ רָאָה מְאוֹרוֹת וְנִסְתַּם נָמֵי וּמְפָרֵשׁ בַּיְּרוּשַׁלְמִי דְּלָא מַיְירֵי בְּסוּמָא מַמָּשׁ אֶלָּא מַיְירֵי שֶׁהוּא בְּבַיִת אָפֵל וְעוֹד י"ל דְּמַייְרֵי שַׁפִּיר בְּסוּמָא וְהָא דְּפָטְרִינַן הָתָם סוּמָא הַיְינוּ מִן הַתּוֹרָה אֲבָל מִדְּרַבָּנָן מִיהָא חַיָּיב וַאֲפִילּוּ נִסְתַּמֵּא מִשֶּׁנּוֹלַד מ"מ חַייָּב הוּא מִדְּרַבָּנָן שֶׁלֹּא יְהֵא כְּנָכְרִי וְלֹא יְהֵא נוֹהֵג בּוֹ דַּת יְהוּדִי כְּלָל דְּלָא דָּמֵי לְנָשִׁים דִּפְטוּרִים מִמִּצְוַת עֲשֵׂה שֶׁהַזְּמַן גְּרָמָא אֲפִילּוּ מֵאוֹתָן שֶׁאֵינָן אֶלָּא מִדְּרַבָּנָן שֶׁהֲרֵי בְּנֵר חֲנֻוכָּה וּבְאַרְבַּע כּוֹסוֹת וּבְמִקְרָא מְגִילָּה דְּלָא הָווּ אֶלָּא מִדְּרַבָּנָן לָא מִחַייְּבִי אֶלָּא לְפִי שֶׁהֵן הָיוּ בְּאוֹתוֹ הַנֵּס הָתָם הַיְינוּ טַעְמָא שֶׁאֲפִילּוּ נִפְטוֹר אוֹתָן מִכָּל מִצְוַת עֲשֵׂה שֶׁהַזְּמַן גְּרָמָא מ"מ עֲדַייִן יֵשׁ לָהֶן מִצְוֹת רַבּוֹת אֲבָל סוּמָא אִם נִפְטוֹר אוֹתוֹ מִכָּל מִצְוֹת אַפֵּי' מֵאוֹתָן שֶׁאֵינָן אֶלָּא מִדְּרַבָּנָן א"כ יְהֵא חָשׁוּב כְּנָכְרִי ואע"ג דְּפֵירֵשׁ' לְעֵיל דְּקָטָן דְּאִית תְּרֵי מִדְּרַבָּנָן שֶׁהוּא קָטָן וּפְרִיסַת שְׁמַע דְּלָא הָוֵי אֶלָּא מִדְּרַבָּנָן אֵין יָכוֹל לְהוֹצִיא אֲחֵרִים גְּדוֹלִים דְּלֵיכָּא אֶלָּא חַד דְּרַבָּנָן פְּרִיסַת שְׁמַע אַפֵּ"ה סוּמָא שֶׁיֵּשׁ בּוֹ תְּרֵי מִדְּרַבָּנָן יוֹצִיא שַׁפִּיר הָאֲחֵרִים דְּכֵיוָן שֶׁהוּא גָּדוֹל וּבַר דַּעַת עָדִיף טְפֵי מִקָּטָן: [וְע"ע תּוֹסְ' עֵירוּבִין צו. ד"ה דִּילְמָא וְכוּ' וְתוֹסְ' לְעֵיל (מְגִילָּה יט:) ד"ה ור"י מַכְשִׁיר]:
celui qui n'a pas vu les luminaires ne fera pas le poress al chema — difficulté : Rabbi Yehouda est celui qui dit au chapitre Ha-hovel (Baba Kama 87a) qu'un aveugle est dispensé de toutes les mitsvot ; dès lors, s'il s'agissait ici d'un aveugle, même celui qui a vu les luminaires avant de perdre la vue devrait être écarté. Le Yerouchalmi explique qu'il s'agit d'un homme se trouvant dans une maison obscure, et non d'un aveugle au sens propre. On peut aussi répondre qu'il s'agit bien d'un aveugle, et que la dispense énoncée là-bas porte sur l'obligation de la Torah, tandis qu'il reste tenu par obligation rabbinique ; même aveugle de naissance, il demeure tenu par les sages, afin qu'il ne soit pas comme un non-Juif et que la loi juive cesse entièrement de s'appliquer à lui. Son cas diffère de celui des femmes, dispensées des mitsvot positives liées au temps, même de celles qui ne sont que rabbiniques : car pour la lampe de 'Hanouka, les quatre coupes et la lecture de la meguila, qui ne sont que rabbiniques, elles ne sont tenues que parce qu'elles ont eu part à ce miracle. La raison en est que, même dispensées de toutes les mitsvot positives liées au temps, il leur reste de nombreuses mitsvot ; mais l'aveugle, si on le dispensait de toutes les mitsvot, y compris des seules mitsvot rabbiniques, serait tenu pour semblable à un non-Juif. Et bien que nous ayons expliqué plus haut qu'un mineur, chez qui il y a deux niveaux d'obligation rabbinique — sa minorité, et la perissat chema qui n'est elle-même que rabbinique — ne peut acquitter des adultes, chez qui il n'y a qu'un seul niveau rabbinique, celui de la perissat chema, l'aveugle, chez qui il y a pourtant aussi deux niveaux rabbiniques, acquitte bel et bien autrui : étant adulte et doté de discernement, il vaut mieux qu'un mineur.
⚖️ Rosh (1)
סוֹמֵא פּוֹרֵס עַל שְׁמַע וּמְתַרְגֵּם ר' יְהוּדָה אוֹמֵר כָּל שֶׁלֹּא רָאָה מְאוֹרוֹת מִיָּמָיו לֹא יִפְרֹוס עַל שְׁמַע:
Un aveugle fait le poress al chema et traduit. Rabbi Yehouda dit : quiconque n'a jamais vu les luminaires de sa vie ne fera pas le poress al chema.
💡 Explication

L'aveugle est admis par le tanna kama. Rabbi Yehouda restreint : celui qui n'a jamais vu les meorot, les luminaires, ne peut dire la bénédiction yotser or, qui ouvre les bénédictions du chema et porte sur la lumière.

Tossefot soulève la tension interne à la position de Rabbi Yehouda, qui dispense ailleurs l'aveugle de toutes les mitsvot : si la dispense était entière, la distinction entre l'aveugle de naissance et celui qui a vu perdrait son objet. Deux réponses sont données, la seconde limitant la dispense à l'obligation de la Torah et maintenant l'obligation rabbinique, afin que la vie juive ne se retire pas entièrement de lui.

14
גְּמ׳ מַאי טַעְמָא? רַב פָּפָּא אָמַר: מִשּׁוּם כָּבוֹד. רַבָּה בַּר שִׁימִי אָמַר: מִשּׁוּם דְּאָתֵי לְאִינְּצוֹיֵי.

Guemara. Quelle en est la raison ?

Rav Papa dit : à cause de l'honneur. Rabba bar Chimi dit : parce qu'on en viendrait à se quereller.

📜 Rachi (2)
גְּמ' מִשּׁוּם כָּבוֹד לְהַעֲבִיר לִפְנֵי הַתֵּיבָה הוֹאִיל וּמַמְצִיא עַצְמוֹ לְדָבָר שֶׁאֵינוֹ כְּבוֹדוֹ תִּיקְּנוּ לוֹ זוֹ לְכָבוֹד:
Guemara : à cause de l'honneur — le faire passer devant la teva ; puisqu'il se met à la disposition d'une fonction qui ne lui fait pas honneur, on lui a institué celle-ci en guise d'honneur.
מִשּׁוּם אִינְּצוֹיֵי הַדָּבָר בָּא לִידֵי מַחֲלֹוקֶת אֲנִי מַפְטִיר וְאַתָּה תַּעֲבֹור לִפְנֵי הַתֵּיבָה:
à cause de la querelle — la chose en viendrait à une dispute : moi je conclus par le prophète, et toi tu passerais devant la teva ?
💡 Explication

La guemara revient au premier énoncé de la michna : pourquoi le maftir reçoit-il les autres fonctions ? Rav Papa répond par le kavod : conclure par le prophète passait pour une charge modeste, ouverte même à un enfant ; celui qui l'accepte se prive d'honneur, et les autres fonctions le lui rendent.

Rabba bar Chimi répond par la crainte de la intsaya, la querelle. Séparer les charges ouvrirait une contestation sur leur attribution ; les réunir sur une seule personne supprime le litige.

15
מַאי בֵינַיְיהוּ? אִיכָּא בֵּינַיְיהוּ דְּעָבֵיד בְּחִנָּם.

Quelle différence y a-t-il entre eux ? La différence entre eux porte sur le cas où il agit gratuitement.

📜 Rachi (1)
דְּקָא עֲבִיד בְּחִנָּם הַבָּא לַעֲבֹור לִפְנֵי הַתֵּיבָה אֵינוֹ נוֹטֵל שָׂכָר דְּהָכָא אִינְּצוֹיֵי לֵיכָּא מִשּׁוּם כָּבוֹד אִיכָּא:
où il agit gratuitement — celui qui vient passer devant la teva ne reçoit pas de salaire ; dans ce cas il n'y a pas de querelle à craindre, et il reste la raison de l'honneur.
💡 Explication

La nafka mina, la conséquence pratique qui sépare les deux explications, apparaît lorsque la fonction de chelia h tsibbour est exercée sans salaire. Rachi indique que l'enjeu de la querelle était matériel : sans rémunération en jeu, la raison de Rabba bar Chimi s'efface.

La raison de Rav Papa subsiste dans ce cas, puisque la compensation d'honneur due au maftir ne dépend pas du salaire.

🖼️ Schéma
Le cas qui sépare les deux raisons : la fonction exercée sans salaireSituationRav Papa : honneurRabba bar Chimi : querelleLa fonction est rémunéréeLe maftir la reçoitLe maftir la reçoitElle est exercée gratuitementLe maftir la reçoit encorePlus de motif : la raison tombeRachi : la querelle portait sur le salaire attaché à la fonction de chelia h tsibbour.
La conséquence pratique qui distingue les deux explications de la règle du maftir.
16
תְּנַן: וְאִם הָיָה קָטָן — אָבִיו אוֹ רַבּוֹ עוֹבְרִין עַל יָדוֹ. אִי אָמְרַתְּ מִשּׁוּם [אִי]נִצּוּיַי — קָטָן בַּר [אִי]נְצוּיֵי הוּא?

Nous avons appris : et s'il était mineur, son père ou son maître passent à sa place. Si tu dis que la raison est la querelle — un mineur est-il homme à se quereller ?

💡 Explication

La guemara éprouve la position de Rabba bar Chimi sur le cas du mineur retenu par la michna. Un enfant ne revendique pas la fonction de chelia h tsibbour et n'entre dans aucune contestation ; la crainte de la querelle ne rend donc pas compte de la règle dans ce cas.

17
אֶלָּא מַאי — מִשּׁוּם כָּבוֹד? קָטָן בַּר כָּבוֹד הוּא?! אֶלָּא אִיכָּא כְּבוֹד אָבִיו וּכְבוֹד רַבּוֹ,

Alors quoi — à cause de l'honneur ? Un mineur est-il homme à honneur ?

Plutôt, il y a l'honneur de son père et l'honneur de son maître,

⚖️ Rosh (1)
אֵין פּוֹתְחִים פִּתְחֵי בָּתֵּי כְּנֵסִיּוֹת אֶלָּא לַמִּזְרָח שֶׁכֵּן מָצִינוּ בַּהֵיכָל שֶׁפָּתְחוּ לַמִּזְרָח שֶׁנֶּאֱמַר וְהַחֹונִים לִפְנֵי הַמִּשְׁכָּן קֵדְמָה לִפְנֵי אֹהֶל מוֹעֵד מִזְרָחָה. זֶה הָיָה בִּימֵיהֶם שֶׁהָיוּ מִתְפַּלְּלִים לַמַּעֲרָב אֲבָל אָנוּ שֶׁמִּשְׁתַּחֲוִים לַמִּזְרָח לְצַד אֶרֶץ יִשְׂרָאֵל אֵין עוֹשִׂין פֶּתַח לַמִּזְרָח. גָּרְסִינַן בְּסוֹטָה בְּפֶרֶק אֵלּוּ נֶאֱמָרִין בְּכָל לָשׁוֹן (סוֹטָה דַּף לט:) אֵין הַקּוֹרֵא רַשַּׁאי לִקְרוֹת בַּתּוֹרָה עַד שֶׁיִּכְלֶה אָמֵן מִפִּי הַצִּבּוּר וְאֵין הַמְתַרְגֵּם רַשַּׁאי לְתַרְגֵּם עַד שֶׁיִּכְלֶה הַפָּסוּק מִפִּי הַקּוֹרֵא וְאֵין הַקּוֹרֵא רַשַּׁאי לִקְרוֹת פָּסוּק אַחֵר עַד שֶׁיִּכְלֶה הַתַּרְגּוּם מִפִּי הַתֻּורְגְּמָן וְגָרְסִינַן בְּפֶרֶק קַמָּא (דִּמְכִילְתִּין דַּף ג.) אָמַר רַב אִיקָא בַּר אָבִין אָמַר רַב חֲנַנְאֵל מַאי דִכְתִיב וְיִקְרְאוּ בְּסֵפֶר זֶה מִקְרָא מְפֹורָשׁ זֶה תַּרְגּוּם וְשׂוֹם שֶׂכֶל אֵלּוּ הַפְּסוּקִים וַיָּבִינוּ בַּמִּקְרָא זֶה פִּיסּוּק טְעָמִים וְאָמְרִי לַהּ זֶה הַמָּסֹורֶת:
On n'ouvre les portes des synagogues que vers l'est, car nous trouvons qu'il en allait ainsi du Sanctuaire, dont l'entrée était tournée vers l'est, comme il est dit : et ceux qui campent devant le Michkan, du côté du levant, devant la tente d'assignation, vers l'orient. Cela valait de leur temps, où l'on priait vers l'ouest ; mais nous, qui nous prosternons vers l'est, du côté d'Erets Israël, nous ne plaçons pas l'entrée à l'est. Nous lisons dans Sota, au chapitre Elou neemarim be-khôl lachon (Sota 39b) : le lecteur n'a pas le droit de lire dans la Torah avant que le amen ne se soit éteint dans la bouche de l'assemblée ; le metourgueman n'a pas le droit de traduire avant que le verset ne se soit achevé dans la bouche du lecteur ; et le lecteur n'a pas le droit de lire un autre verset avant que la traduction ne se soit achevée dans la bouche du metourgueman. Et nous lisons au premier chapitre de notre traité (3a) : Rav Ika bar Avin dit au nom de Rav Hananel : que signifie le verset Et ils lurent dans le livre, expliqué, et ils donnaient le sens et faisaient comprendre la lecture ? Et ils lurent dans le livre : c'est le texte biblique ; expliqué : c'est la traduction araméenne ; et ils donnaient le sens : ce sont les coupures de versets ; et ils faisaient comprendre la lecture : c'est la ponctuation des te amim, et certains disent : c'est la massoret.
💡 Explication

L'objection se retourne aussitôt contre Rav Papa : un mineur n'a pas d'honneur propre à compenser. La guemara répond en déplaçant le sujet de l'honneur vers son père et son maître, qui exercent la fonction à sa place. La phrase reste ouverte et s'achève au folio suivant.

Le Roch rassemble ici des enseignements voisins sur la synagogue et la lecture publique : l'orientation de l'entrée, l'ordre à respecter entre le lecteur, l'assemblée et le metourgueman, et la lecture d'Ezra dont se déduisent la traduction, la division en versets et les te amim.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).