Megillah 24b — Ce qui écarte un homme de l'office public : la tenue, la cécité, les défauts des mains du kohen, la prononciation, et les usages qui sentent la minout

Megillah 24b

Sougya : Le folio achève la michna précédente puis en ouvre deux autres. Il termine d'abord la question du pohéach, celui dont les épaules et les bras restent nus : Oula bar Rav demande si un enfant dans cet état peut lire dans la Torah, et Abaye ramène toute l'affaire au kevod tsibour, le respect du public, qui vaut pour l'enfant comme pour l'adulte.

Vient ensuite la controverse sur l'aveugle : Rabbi Yehouda lui refuse la bénédiction des luminaires faute de profit, les Sages la lui accordent d'après Rabbi Yossi, qui rencontra un aveugle portant une torche pour que les passants le voient et l'écartent des fosses. La michna suivante écarte de la bénédiction des kohanim celui dont les mains portent un défaut, et Rabbi Yehouda y ajoute les mains teintes de satis : le motif unique est que le public regarde.

La guemara élargit la liste, taches blanches, mains recourbées ou tordues, yeux qui coulent, cécité d'un œil, et y ajoute les hommes de Haïfa et de Beit Chean, qui confondent alef et ayin. Deux exceptions défont la règle : celui qui est familier dans sa ville, et la ville dont la plupart des habitants vivent de la teinture.

La dernière michna traite des usages suspects : refuser de passer devant l'arche en vêtements de couleur, faire ses tefillin rondes, les poser sur le front ou sur la paume, les plaquer d'or ou les mettre sur la manche. La guemara donne le motif, la crainte de la minout, puis examine si notre michna prouve déjà la halakha de Moche au Sinaï sur le carré des tefillin.

Ce qui écarte de la doukhan, et les deux portes de sortie Motif unique : le peuple le regarde Rachi : la Chekhina repose sur leurs mains (Haguiga 16a) Ce qui se voit sur lui Défauts du visage, des mains et des pieds (il est déchaussé) Mains tachetées de blanc Mains recourbées ou tordues Yeux qui coulent, borgne Ce qui teinte ses mains Mains colorées au satis selon Rabbi Yehouda La michna anonyme ne retient que les défauts ; Rabbi Yehouda y ajoute la teinture. Ce qui s'entend Homme de Haïfa, de Beit Chean ou de Tivonin Ils disent alef pour ayin et ayin pour alef : la bénédiction se retourne en malédiction. Sortie 1 : dash be-iro, familier dans sa ville Les gens de sa ville y sont habitués et ne le regardent plus. Appliqué aux yeux qui coulent et à la cécité d'un œil ; Tossefot l'étend, d'après le Yerouchalmi, aux mains tordues. Sortie 2 : la ville vit de ce métier Si la plupart des habitants sont teinturiers, des mains colorées n'attirent plus le regard : c'est permis. Les deux sorties disent la même chose : rien d'insolite, rien à regarder.
La liste des empêchements est longue, le motif est unique. Dès lors que le kohen ne surprend plus personne, l'empêchement tombe.
L'aveugle et la bénédiction des luminaires : la controverse et son ressort Rabbi Yehouda : il ne fait pas la perissa Objection des Sages : beaucoup ont exposé la merkava sans l'avoir jamais vue. Réponse : la merkava dépend de la compréhension du cœur, et celui-là concentre sa pensée et connaît. Ici la bénédiction tient au profit, et il n'en a pas. Les Sages : il en tire un profit Appui : Rabbi Yossi, tourmenté par le verset tu tâtonneras en plein midi comme l'aveugle tâtonne dans l'obscurité. L'aveugle a la torche : les passants me voient et me sauvent des fosses et des ronces. La lumière lui profite par les yeux d'autrui. Le point de désaccord Les deux camps admettent que la bénédiction des luminaires demande un profit. Ils divergent sur ce qui compte comme profit. Halakha retenue par le Roch : comme les Sages, l'aveugle fait la perissa sur le Chema.
Une controverse qui ne porte pas sur la règle mais sur la définition du profit. Le fait rapporté par Rabbi Yossi tranche en élargissant cette définition.
Les tefillin de la michna : quatre écarts et leur qualification 1. Rondes invalide valide Danger, et pas de mitsva. Rachi : de peur qu'elle n'entre dans sa tête ; et le carré est requis. Rabbenou Tam : la mitsva ne le protégera pas à l'heure du danger. 2. Mal placées : voie de la minout Sur le front, et sur la paume de la main. Ils prennent entre tes yeux et sur ta main au sens littéral, contre l'exégèse des Sages. Place exigée : le sommet du crâne, la où le crâne du nourrisson est mou ; et le biceps. 3. Plaquées d'or, posées sur la manche Voie des hitsonim, ceux qui suivent leur propre opinion hors de celle des Sages. Rachi : afin que la Torah soit dans ta bouche, donc tout provient d'un animal pur ; et pour toi en signe, non en signe pour autrui. 4. Jusqu'où va le carré Halakha de Moche au Sinaï : carrées. Rava : dans la couture et dans la diagonale. Notre michna ne le prouve pas : Rav Papa la restreint à ce qui est fait comme une noix.
La michna énumère des pratiques, la guemara les classe. Rav Papa maintient l'écart entre la michna, qui vise la sphère, et la braita, qui exige le carré exact.
1
הָכָא נָמֵי, אִיכָּא נִצּוּיֵי אָבִיו וְנִצּוּיֵי רַבּוֹ.

Ici aussi, il y a la querelle de son père et la querelle de son maître.

💡 Explication

Fin de la discussion ouverte au folio précédent. Deux raisons expliquaient que celui qui lit la haftara reçoive aussi la perissa sur le Chema et la descente devant l'arche : l'honneur qu'on lui doit, selon Rav Papa, ou la crainte de la querelle, selon Rabba bar Chimi. La michna, en confiant ces rôles au père ou au maître lorsque le lecteur est un enfant, semblait ruiner la seconde raison : un enfant ne se querelle pas.

La guemara répond en transposant : de même que l'on a parlé de l'honneur du père et du maître, on parlera de leur querelle à eux. Les deux explications tiennent donc ensemble jusqu'au bout.

2
פּוֹחֵחַ פּוֹרֵס עַל שְׁמַע וְכוּ׳. בְּעָא מִינֵּיהּ עֻולָּא בַּר רַב מֵאַבָּיֵי: קָטָן פּוֹחֵחַ מַהוּ שֶׁיִּקְרָא בַּתּוֹרָה?

« Le pohéach fait la perissa sur le Chema, etc. » Oula bar Rav demanda à Abaye : un enfant pohéach, qu'en est-il, peut-il lire dans la Torah ?

📜 Rachi (1)
קָטָן פּוֹחֵחַ מַהוּ שֶׁיִּקְרָא בַּתּוֹרָה גָּדוֹל פּוֹחֵחַ הוּא דְּאָסוּר מִשּׁוּם וְלֹא יִרְאֶה בְךָ עֶרְוַת דָּבָר (דְּבָרִים כ״ג:ט״ו) אֲבָל קָטָן אֵינוֹ מֻוזְהָר אוֹ דִּלְמָא לָא פְּלִיג מַתְנֵי' בֵּין קָטָן לְגָדוֹל:
Seul le pohéach adulte est interdit, en raison du verset « et qu'il ne se voie chez toi nulle chose indécente » (Devarim 23,15), mais l'enfant n'est pas soumis à cet avertissement ; ou bien peut-être notre michna ne distingue-t-elle pas entre l'enfant et l'adulte ?
💡 Explication

Le pohéach est celui dont le vêtement déchiré laisse les épaules et les bras nus, comme le Roch l'explique plus loin d'après le Targoum sur Yeshayahou. La michna lui accorde la perissa sur le Chema et la traduction, et lui refuse la lecture de la Torah.

La question porte sur un enfant dans cet état. Deux lectures possibles, que Rachi expose : ou bien l'empêchement tient au verset qui interdit la nudité découverte, et l'enfant n'y est pas astreint ; ou bien la michna ne distingue pas les âges.

3
אֲמַר לֵיהּ: וְתִיבְעֵי לָךְ עָרֹום! עָרֹום מַאי טַעְמָא לָא — מִשּׁוּם כְּבוֹד צִבּוּר, הָכָא נָמֵי מִשּׁוּם כְּבוֹד צִבּוּר.

Il lui répondit : pose donc aussi la question pour un enfant tout nu ! Un enfant nu, pour quelle raison ne lit-il pas ?

À cause du respect du public. Ici aussi, à cause du respect du public.

💡 Explication

Abaye écarte la première branche de la question. Si l'empêchement tenait à l'interdit de la nudité, il faudrait s'interroger aussi sur l'enfant entièrement nu, ce que personne ne fait : il est évident qu'il ne lit pas. Le motif réel est donc le kevod tsibour, le respect du public.

Or ce motif ne dépend pas de l'âge du lecteur mais de ce que l'assemblée a sous les yeux. L'enfant pohéach est donc écarté de la lecture comme l'adulte. Le même ressort, le regard du public, commandera toute la michna suivante sur les kohanim.

4
סוֹמֵא פּוֹרֵס עַל שְׁמַע וְכוּ׳. תַּנְיָא, אָמְרוּ לוֹ לְרַבִּי יְהוּדָה: הַרְבֵּה צָפוּ לִדְרֹושׁ בַּמֶּרְכָּבָה, וְלֹא רָאוּ אוֹתָהּ מִימֵיהֶם.

« L'aveugle fait la perissa sur le Chema, etc. » Il est enseigné dans une braita : on dit à Rabbi Yehouda : beaucoup ont contemplé assez pour exposer la merkava, et ne l'ont jamais vue de leur vie.

📜 Rachi (1)
לִדְרוֹשׁ בַּמֶּרְכָּבָה דִּיחֶזְקֵאל:
Celle d'Ye'hezkel.
💡 Explication

La michna du folio précédent rapportait l'avis de Rabbi Yehouda : celui qui n'a jamais vu les luminaires ne fait pas la perissa sur le Chema, car la première bénédiction qui précède le Chema porte sur les luminaires.

Les Sages objectent par un cas parallèle. La merkava, le Char divin de la vision d'Yehezkel, a été exposée par des maîtres qui ne l'avaient jamais vue. Ce qu'on n'a pas vu, on peut donc en parler.

5
וְרַבִּי יְהוּדָה, הָתָם בְּאֹבַנְתָּא דְלִיבָּא תַּלְיָא מִילְּתָא, וְהָא קָא מִיכַּוֵּין וְיָדַע. הָכָא מִשּׁוּם הֲנָאָה הוּא, וְהָא לֵית לֵיהּ הֲנָאָה.

Et Rabbi Yehouda ? Là-bas, la chose dépend de la compréhension du cœur, et celui-là concentre sa pensée et connaît.

Ici, c'est en raison du profit, et celui-ci n'a pas de profit.

💡 Explication

Rabbi Yehouda distingue deux ordres. L'exposition de la merkava est un acte d'intelligence : elle demande une compréhension du cœur, et l'étude y supplée à la vue.

La bénédiction des luminaires, elle, ne récompense pas une connaissance mais reconnaît un bienfait reçu. Celui qui ne voit pas ne reçoit rien de la lumière, et n'a donc rien à bénir.

6
וְרַבָּנָן — אִית לֵיהּ הֲנָאָה, כְּרַבִּי יוֹסֵי. דְּתַנְיָא, אָמַר רַבִּי יוֹסֵי: כָּל יָמַי הָיִיתִי מִצְטַעֵר עַל מִקְרָא זֶה: ״וְהָיִיתָ מְמַשֵּׁשׁ בַּצָּהֳרַיִם כַּאֲשֶׁר יְמַשֵּׁשׁ הָעִוֵּר בָּאֲפֵלָה״, וְכִי מָה אִכְפַּת לֵיהּ לְעִוֵּר בֵּין אֲפֵילָה לְאוֹרָה?

Et les Sages ? Il en tire un profit, selon Rabbi Yossi.

Car il est enseigné : Rabbi Yossi a dit : toute ma vie j'ai été tourmenté par ce verset : « et tu tâtonneras en plein midi comme l'aveugle tâtonne dans l'obscurité » ; or que peut bien faire à l'aveugle la différence entre l'obscurité et la lumière ?

💡 Explication

Les Sages acceptent le critère de Rabbi Yehouda, le profit, et contestent son constat. L'aveugle tire bien un profit de la lumière, et ils l'établissent par un enseignement de Rabbi Yossi.

Le point de départ est une difficulté de lecture dans la malédiction de Devarim 28,29. Le verset menace le fautif de tâtonner en plein midi comme un aveugle dans l'obscurité : si l'obscurité ne changeait rien à l'aveugle, la comparaison ne dirait rien.

7
עַד שֶׁבָּא מַעֲשֶׂה לְיָדִי: פַּעַם אַחַת הָיִיתִי מְהַלֵּךְ בְּאִישׁוֹן לַיְלָה וַאֲפֵלָה, וְרָאִיתִי סוֹמֵא שֶׁהָיָה מְהַלֵּךְ בַּדֶּרֶךְ וַאֲבוּקָה בְּיָדוֹ. אָמַרְתִּי לוֹ: בְּנִי, אֲבוּקָה זוֹ לָמָּה לָךְ? אָמַר לִי: כָּל זְמַן שֶׁאֲבוּקָה בְּיָדִי, בְּנֵי אָדָם רוֹאִין אוֹתִי וּמַצִּילִין אוֹתִי מִן הַפְּחָתִין וּמִן הַקּוֹצִין וּמִן הַבַּרְקָנִין.

Jusqu'à ce qu'un fait me soit arrivé. Une fois je marchais au plus noir de la nuit et dans l'obscurité, et je vis un aveugle qui marchait sur la route, une torche à la main.

Je lui dis : mon fils, cette torche, à quoi te sert-elle ? Il me dit : tant que la torche est dans ma main, les gens me voient et me sauvent des fosses, des ronces et des chardons.

📜 Rachi (1)
פְּחָתִים גֻּומּוֹת:
Des trous dans le sol.
⚖️ Rosh (1)
גְּמ' גָּרְסִינַן בְּפֶ' קַמָּא דְּחֻולִּין (דַּף כֹּד:) תָּנוּ רַבָּנַן נִתְמַלֵּא זְקָנוֹ רָאוּי לִהְיוֹת שְׁלִיחַ צִבּוּר וְלֵירֵד לִפְנֵי הַתֵּיבָה וְלִישָּׂא אֶת כַּפָּיו וְהָא דְּאָמְרִינַן בְּמַתְנִיתִין קָטָן אֵינוֹ עוֹבֵר לִפְנֵי הַתֵּיבָה וְאֵינוֹ נוֹשֵׂא אֶת כַּפָּיו הָא הֵבִיא ב' שְׂעָרוֹת עוֹבֵר לִפְנֵי הַתֵּיבָה וְנוֹשֵׂא אֶת כַּפָּיו וְהָתָם קָאָמְרִינַן דַּוְקָא נִתְמַלֵּא זְקָנוֹ הָתָם מַיְירֵי בְּקֶבַע שֶׁמִּינּוּהוּ לְכָךְ וְהָכָא מַייְרֵי בְּאַקְרַאי וְהָא דְּאָמְרִינַן (סֻוכָּה דַּף מב.) קָטָן הַיּוֹדֵעַ לִישָּׂא אֶת כַּפָּיו חוֹלְקִין לוֹ תְּרוּמָה עַל הַגֹּורֶן מַייְרֵי עִם אֶחָיו הַכֹּהֲנִים כִּדְאָמְרִינַן בְּקִידּוּשִׁין (דַּף עא.) פַּעַם אַחַת עָלִיתִי עִם אֲחִי אִמִּי וּצְעִירֵי הַלְּוִיִּם הָיוּ נִקְרָאִים: הַמַּפְטִיר בַּנָּבִיא וְכוּ'. מַאי טַעְמָא רַב פָּפָּא אָמַר מִשּׁוּם כָּבוֹד. רַבָּה בַּר שִׁימִי אָמַר מִשּׁוּם אִינְּצוֹיֵי: פּוֹחֵחַ פּוֹרֵס וְכוּ'. פִּי' פּוֹחֵחַ שֶׁלּוֹבֵשׁ בֶּגֶד קָרוּעַ וּכְתֵפָיו וּזְרוֹעוֹתָיו עֲרוּמוֹת שֶׁנִּמְצָא בִּגְדוֹ שֶׁעָלָיו כְּעֵין אֵזוֹר תַּחַת אֲצִילֵי יָדָיו וּלְמַטָּה כְּגוֹן זֶה נִקְרָא פּוֹחֵחַ כְּדִכְתִיב (יְשַׁעְיָהוּ כ׳:ב׳) וּפִתַּחְתָּ הַשַּׂק מֵעַל מָתְנֶיךָ וּמְתַרְגְּמִינַן וְתֵיסַר שַׂקָּא מֵעַל חַרְצָךְ וּכְתִיב וַיַּעַשׂ כֵּן הָלֹוךְ עָרוֹם וְיָחֵף וַיֹּאמֶר ה' כַּאֲשֶׁר הָלַךְ עַבְדִּי יְשַׁעְיָהוּ עָרוֹם וְיָחֵף וְגוֹ' וּמְתַרְגְּמִינַן כַּמָּה דַּאֲזַל עַבְדִּי יְשַׁעְיָהוּ פַּחָח וְיָחֵף הָא לָמַדְתָּ שֶׁהַפּוֹחֵחַ הוּא הַחֲגוֹר עַל מָתְנָיו וּמַנִּיחַ כְּתֵיפוֹתָיו וּזְרוֹעוֹתָיו עֲרוּמוֹת וּבַיְּרוּשַׁלְמִי פ' וְאֵלּוּ מְגַלְּחִין (ה"ז) נָמֵי אָמְרִינַן מֵת לוֹ מֵת קוֹרֵעַ מֵת לוֹ מֵת אַחֵר מַרְחִיק שְׁלֹשָׁה אֶצְבָּעוֹת וְקוֹרֵעַ שָׁלְמוּ מִלְּפָנָיו מַתְחִיל מֵאֲחוֹרָיו שָׁלְמוּ מִלְמַעְלָה מַתְחִיל מִלְּמַטָּה שָׁלְמוּ אֵלּוּ וְאֵלּוּ ר' חַיָּיא בַּר אַבָּא דְּמִן יָפֶה אָמַר נַעֲשָׂה כְּפוֹחֵחַ: ר' יְהוּדָה אוֹמֵר כֹּל שֶׁלֹּא רָאָה מְאוֹרוֹת מִיָּמָיו וְכוּ'. וקי"ל כְּרַבָּנָן דְּאָמְרִי סוֹמֵא פּוֹרֵס עַל שְׁמַע ואע"פ שֶׁלֹּא רָאָה מְאוֹרוֹת מִיָּמָיו דְּהָא אִית לֵיהּ הֲנָאָה מִינֵּיהּ כִּי הַהִיא מַעֲשֶׂה דר' יוֹסֵי פַּעַם אַחַת הָיִיתִי מְהַלֵּךְ בְּאִישׁוֹן לַיְלָה וַאֲפֵילָה וְרָאִיתִי סוֹמֵא וַאֲבוּקָה בְּיָדוֹ אָמַרְתִּי לוֹ בְּנִי אֲבוּקָה זוֹ בְּיָדְךָ לָמָּה אָמַר לִי כָּל זְמַן שֶׁאֲבוּקָה זוֹ בִּידֵי בְּנֵי אָדָם רוֹאִים אוֹתִי וּמַצִּילִין אוֹתִי מִן הַפְּחָתִים וּמִן הַקּוֹצִים וּמִן הַבַּרְקָנִים:
Guemara. Nous lisons au premier chapitre de Houlin (24b) : nos maîtres ont enseigné : lorsque sa barbe a poussé, il devient apte à être officiant, à descendre devant l'arche et à lever les mains pour la bénédiction. Et ce que nous disons dans notre michna, qu'un enfant ne passe pas devant l'arche et ne lève pas les mains, implique que s'il a produit deux poils il passe devant l'arche et lève les mains. Là-bas on exige précisément que sa barbe ait poussé parce qu'il s'agit d'une charge fixe, à laquelle on l'a nommé, tandis qu'ici il s'agit d'un cas occasionnel. Et ce que nous disons (Souka 42a), qu'un enfant qui sait lever les mains reçoit une part de terouma sur l'aire, se dit de celui qui monte avec ses frères les kohanim, comme nous le disons dans Kidouchin (71a) : une fois je suis monté avec le frère de ma mère, et l'on appelait les jeunes des Lévites. « Celui qui lit la haftara dans le Prophète, etc. » Quelle en est la raison ? Rav Papa a dit : à cause de l'honneur. Rabba bar Chimi a dit : à cause de la querelle. « Le pohéach fait la perissa, etc. » Explication : le pohéach est celui qui porte un vêtement déchiré, les épaules et les bras nus, de sorte que le vêtement qui reste sur lui tient lieu de ceinture sous les aisselles et plus bas ; un tel homme est appelé pohéach, comme il est écrit (Yeshayahou 20,2) : « et tu dénoueras le sac de dessus tes reins », que le Targoum rend par « et tu ôteras le sac de dessus tes reins » ; et il est écrit : « et il fit ainsi, allant nu et pieds nus. Et Hachem dit : comme mon serviteur Yeshayahou a marché nu et pieds nus », que le Targoum rend par « comme est allé mon serviteur Yeshayahou, pohéach et pieds nus ». Tu apprends de là que le pohéach est celui qui est ceint aux reins et laisse ses épaules et ses bras nus. Et dans le Yerouchalmi, chapitre Ve-elou meguelahin (halakha 7), nous disons de même : un mort lui est survenu, il déchire ; un autre mort lui est survenu, il s'écarte de trois doigts et déchire ; la place lui manque par-devant, il commence par-derrière ; elle lui manque par le haut, il commence par le bas ; elle lui manque des deux côtés, Rabbi Hiya bar Abba de Yafo a dit : il devient comme un pohéach. « Rabbi Yehouda dit : quiconque n'a jamais vu les luminaires, etc. » Et nous tenons la halakha comme les Sages, qui disent que l'aveugle fait la perissa sur le Chema bien qu'il n'ait jamais vu les luminaires de sa vie, puisqu'il en tire un profit, comme dans ce fait de Rabbi Yossi : une fois je marchais au plus noir de la nuit et dans l'obscurité, et je vis un aveugle une torche à la main ; je lui dis : mon fils, cette torche dans ta main, pourquoi ? Il me dit : tant que cette torche est dans ma main, les gens me voient et me sauvent des fosses, des ronces et des chardons.
💡 Explication

La réponse renverse la question. La lumière que l'aveugle porte ne lui sert pas à voir, elle sert à être vu : les passants le repèrent et l'écartent des trous et des broussailles. Il y a donc bien un profit, reçu par les yeux d'autrui.

De là, la conclusion des Sages : l'aveugle peut bénir sur les luminaires, et par conséquent faire la perissa sur le Chema. Le Roch tranche ainsi la halakha.

8
מַתְנִי׳ כֹּהֵן שֶׁיֵּשׁ בְּיָדָיו מוּמִין לֹא יִשָּׂא אֶת כַּפָּיו. רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: אַף מִי שֶׁהָיוּ יָדָיו צְבוּעוֹת סְטֵיס לֹא יִשָּׂא אֶת כַּפָּיו, מִפְּנֵי שֶׁהָעָם מִסְתַּכְּלִין בּוֹ.

MICHNA. Un kohen qui a des défauts aux mains ne lèvera pas les mains pour la bénédiction.

Rabbi Yehouda dit : même celui dont les mains étaient teintes de satis ne lèvera pas les mains, parce que le peuple le regarde.

📜 Rachi (2)
מַתְנִי' כֹּהֵן שֶׁיֵּשׁ בְּיָדָיו מוּמִין לְפִי שֶׁהָעָם מִסְתַּכְּלִין בּוֹ וְאָמְרִינַן בְּמַסֶּכֶת חֲגִיגָה (דַּף טז.) הַמִּסְתַּכֵּל בַּכֹּהֲנִים בְּשָׁעָה שֶׁנּוֹשְׂאִין אֶת כַּפֵּיהֶן עֵינָיו כֵּהוֹת לְפִי שֶׁהַשְּׁכִינָה שׁוֹרָה עַל יְדֵיהֶן:
Parce que le peuple le regarde ; et nous disons au traité Haguiga (16a) : celui qui regarde les kohanim à l'heure où ils lèvent les mains, ses yeux s'affaiblissent, parce que la Chekhina repose sur leurs mains.
סְטִיס קרו"ג:
Satis : kro'g en langue vulgaire (le nom de la plante en vieux français).
⚖️ Rosh (1)
מַתְנֵי' כֹּהֵן שֶׁיֵּשׁ בְּיָדוֹ מוּמִין לֹא יִשָּׂא אֶת כַּפָּיו ר' יְהוּדָה אוֹמֵר אַף מִי שֶׁיָּדָיו צְבוּעִים סִטּוּס וּפוּאָה לֹא יִשָּׂא אֶת כַּפָּיו מִפְּנֵי שֶׁהָעָם מִסְתַּכְּלִין בּוֹ:
Michna : un kohen qui a des défauts à la main ne lèvera pas les mains. Rabbi Yehouda dit : même celui dont les mains sont teintes de satis et de poua ne lèvera pas les mains, parce que le peuple le regarde.
💡 Explication

Nouvelle michna, qui passe de l'officiant au kohen montant à la doukhan. La règle vise le défaut des mains, puisque ce sont les mains que l'assemblée a devant elle pendant la bénédiction.

Rachi donne le ressort de l'affaire : on ne doit pas regarder les mains des kohanim au moment de la bénédiction, car la Chekhina repose sur elles. Tout ce qui attire le regard fait donc obstacle. Rabbi Yehouda étend la règle à ce qui n'est pas un défaut mais frappe l'œil : des mains teintes de satis, une plante tinctoriale bleue.

9
גְּמ׳ תַּנָּא: מוּמִין שֶׁאָמְרוּ, בְּפָנָיו יָדָיו וְרַגְלָיו. אָמַר רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי: יָדָיו בּוֹהֲקָנִיּוֹת — לֹא יִשָּׂא אֶת כַּפָּיו. תַּנְיָא נָמֵי הָכִי: יָדָיו בּוֹהֲקָנִיּוֹת — לֹא יִשָּׂא אֶת כַּפָּיו. עֲקוּמוֹת עֲקוּשׁוֹת — לֹא יִשָּׂא אֶת כַּפָּיו.

GUEMARA. On a enseigné : les défauts dont ils ont parlé, ce sont ceux de son visage, de ses mains et de ses pieds.

Rabbi Yehochoua ben Levi a dit : si ses mains sont couvertes de taches blanches, il ne lèvera pas les mains. Il est enseigné de même : ses mains couvertes de taches blanches, il ne lèvera pas les mains ; recourbées ou tordues, il ne lèvera pas les mains.

📜 Rachi (4)
פָּנָיו יָדָיו וְרַגְלָיו הַנּוֹשֵׂא אֶת כַּפָּיו חוֹלֵץ מִנְעָלָיו כִּדְתַנְיָא (סוֹטָה דַּף מ.) וְאִם יֵשׁ בּוֹ מוּם יִסְתַּכְּלוּ בּוֹ וּמִתּוֹךְ כָּךְ רוֹאִין אֶת יָדָיו:
Celui qui lève les mains ôte ses chaussures, comme il est enseigné (Sota 40a) ; et s'il a un défaut, on le regardera, et de là on en vient à voir ses mains.
גְּמ' בּוֹהֲקָנִיּוֹת לונטיי"ש בְּלַעַ"ז:
Guemara. Taches blanches : lontiis en langue vulgaire.
עֲקוּמוֹת כְּפוּפוֹת:
Recourbées : repliées.
עֲקוּשׁוֹת לְצִידֵּיהֶן:
Tordues : jetées sur leur côté.
💡 Explication

La braita élargit le mot « défauts » de la michna : le visage et les pieds comptent autant que les mains. Rachi explique pourquoi les pieds entrent dans le compte : le kohen ôte ses chaussures pour monter à la doukhan, et un défaut du pied attire un regard qui remonte ensuite jusqu'aux mains.

Suivent trois états des mains : les taches blanches, les mains recourbées, c'est-à-dire repliées, et les mains tordues, jetées sur le côté. Le critère reste le même, ce qui se remarque.

10
אָמַר רַב אַסִּי: חֵיפָנִי וּבֵישָׁנִי — לֹא יִשָּׂא אֶת כַּפָּיו. תַּנְיָא נָמֵי הָכִי: אֵין מוֹרִידִין לִפְנֵי הַתֵּיבָה לֹא אַנְשֵׁי בֵּית שְׁאָן וְלֹא אַנְשֵׁי (בֵּית) חֵיפָה וְלֹא אַנְשֵׁי טִבְעוֹנִין, מִפְּנֵי שֶׁקּוֹרִין לָאַלְפִין עַיְינִין וְלָעַייְנִין אַלְפִין.

Rav Assi a dit : un homme de Haïfa ou de Beit Chean ne lèvera pas les mains. Il est enseigné de même : on ne fait descendre devant l'arche ni les gens de Beit Chean, ni les gens de (Beit) Haïfa, ni les gens de Tivonin, parce qu'ils prononcent les alef comme des ayin et les ayin comme des alef.

📜 Rachi (2)
חֵיפָנִי וּבֵישָׁנִי כֹּהֵן שֶׁהוּא מֵאַנְשֵׁי חִיפָּה וּמֵאַנְשֵׁי בֵּית שְׁאָן מְגַמְגְּמִין בִּלְשׁוֹנָן הֵן:
Un kohen qui fait partie des gens de Haïfa ou des gens de Beit Chean : ils bégaient dans leur langue.
מִפְּנֵי שֶׁקּוֹרִין לָאַלְפִין עַיְינִין וְלָעַייְנִין אַלְפִין וְאִם הָיוּ עוֹשִׂין בִּרְכַּת כֹּהֲנִים הָיוּ אוֹמְרִים יָאֵר יַעַר ה' פָּנָיו וּלְשׁוֹן קְלָלָה הוּא כִּי יֵשׁ פָּנִים שֶׁיִּתְפָּרְשׁוּ לְשׁוֹן כַּעַס כְּמוֹ פָּנַי יֵלֵכוּ (שְׁמוֹת ל״ג:י״ד) אֶת פָּנַי (וַיִּקְרָא כ) וּמְתַרְגְּמִינַן יָת רֻוגְזִי וּמֵעַיִ"ן עוֹשִׂין אלפי"ן וּפוֹגְמִין תְּפִלָּתָן וּדְאָמְרִינַן (בְּרָכוֹת לב.) דְּבֵי ר"א קוֹרִין לָאַלְפִין עַיְינִין וְלָעַייְנִין אַלְפִין הַהוּא בִּדְרָשָׁה:
Et s'ils faisaient la bénédiction des kohanim, ils diraient, au lieu de yaer, ya'er avec un ayin, « que Hachem excite sa face », et c'est une formule de malédiction, car il y a un sens de « face » qui s'interprète comme la colère, ainsi « ma face ira » (Chemot 33,14) et « ma face » (Vayikra 20), que le Targoum rend par « ma colère » ; et des ayin ils font des alef, et ils gâtent leur prière. Et ce que nous disons (Berakhot 32a), que la maison de Rabbi Eliezer prononçait les alef comme des ayin et les ayin comme des alef, ne se dit que de la derasha.
💡 Explication

Le folio passe de ce qui se voit à ce qui s'entend. Dans ces trois localités, la distinction entre l'alef et l'ayin s'est perdue, et Rachi note qu'ils bégaient dans leur langue.

La conséquence est grave dans la bénédiction des kohanim. Rachi montre que « ya'er », que Hachem fasse luire sa face, prononcé avec un ayin, devient une formule de colère, puisque le mot « face » peut prendre ce sens dans l'Écriture. La bénédiction se retourne alors en son contraire.

Même empêchement pour descendre devant l'arche. Rachi ajoute une limite : ce que l'on dit de la maison de Rabbi Eliezer, qui confondait aussi ces lettres, ne concernait que la derasha, l'exposition publique, non la prière.

🖼️ Schéma
Quand une lettre change le sens de la bénédiction Prononciation exacte, avec alef yaer : que Hachem fasse luire sa face C'est la bénédiction du texte. Prononciation fautive, avec ayin ya'er : que Hachem excite sa face Et la face prise au sens de colère. Portée de la règle Ecartés de la doukhan et de la descente devant l'arche : Beit Chean, Haïfa, Tivonin. Rachi limite le cas de la maison de Rabbi Eliezer à la derasha.
Un seul phonème sépare la bénédiction de son contraire : d'où l'exclusion de ceux qui ne le distinguent plus.
11
אֲמַר לֵיהּ רַבִּי חִייָּא לְרַבִּי שִׁמְעוֹן בַּר רַבִּי: אִלְמָלֵי אַתָּה לֵוִי — פָּסוּל אַתָּה מִן הַדּוּכָן, מִשּׁוּם דְּעָבֵי קָלָךְ. אֲתָא אֲמַר לֵיהּ לַאֲבוּהּ. אֲמַר לֵיהּ: זִיל אֵימָא לֵיהּ: כְּשֶׁאַתָּה מַגִּיעַ אֵצֶל ״וְחִכִּיתִי לָה׳״, לֹא נִמְצֵאת מְחָרֵף וּמְגַדֵּף?!

Rabbi Hiya dit à Rabbi Chimon fils de Rabbi : si tu étais un Levi, tu serais invalidé pour la doukhan, parce que ta voix est épaisse. Il alla le rapporter à son père.

Celui-ci lui dit : va lui dire, quand tu arrives à « ve-hikiti la-Hachem », ne te trouves-tu pas blasphémer et outrager ?

📜 Rachi (3)
דְּעָבֵי קָלָךְ וְתַנְיָא בְּהַכֹּל שׁוֹחֲטִין (חֻולִּין דַּף כֹּד.) בְּשִׁילֹה וּבְבֵית עוֹלָמִים הַלְּוִיִּם נִפְסָלִין בְּקוֹל:
Et il est enseigné au chapitre Hakol chohatim (Houlin 24a) : à Chilo et dans la Maison éternelle, les Lévites deviennent invalidés par la voix.
אֵצֶל וְחִכִּיתִי לָהּ' מִקְרָא זֶה בְּסֵפֶר יְשַׁעְיָה:
Ce verset se trouve dans le livre d'Yeshayahou.
לֹא נִמְצֵאת מְחָרֵף וּמְגַדֵּף שֶׁהָיָה קוֹרֵא לחיתי"ן היהי"ן נִרְאֶה כְּאוֹמֵר וְהִכֵּיתִי:
Parce qu'il prononçait les het comme des hé, il paraissait dire ve-hikiti, et j'ai frappé.
🗂️ Tossefot (1)
כְּשֶׁאַתָּה מַגִּיעַ אֵצֶל וְחִכִּיתִי לַה' קָשֶׁה כֵּיוָן שֶׁלֹּא הָיָה יָכוֹל לוֹמַר חֵי"ת א"כ הֵיאַךְ הוֹרִידוּ רַבִּי לִפְנֵי הַתֵּיבָה כְּשֶׁגָּזַר תַּעֲנִית כִּדְתָאִי' בְּהַשּׂוֹכֵר אֶת הַפּוֹעֲלִים (בּ"מ דַּף פֶּה:) וְהָא אֵין מוֹרִידִין לֹא מֵאַנְשֵׁי חִיפָּה וְלֹא מֵאַנְשֵׁי בֵּית שְׁאָן לְפִי שֶׁקּוֹרְאִין לָאַלְפִין עַיְינִין וְלָעַייְנִין אַלְפִין וי"ל דִּכְשֶׁהָיָה מִתְכַּוֵּין לִקְרוֹת הַחֵי"ת קוֹרֵא אוֹתָהּ שַׁפִּיר ע"י טֹורַח אֲבָל לֹא הָיָה בְּקַל וּלְפִי שֶׁאָמַר לֵיהּ אֵלִיָּהוּ שֶׁעַל יָדוֹ תְּמַהֵר הַגְּאֻולָּה לְפִיכָךְ הוֹרִידוֹ:
Difficulté : puisqu'il ne pouvait pas prononcer le het, comment Rabbi l'a-t-il fait descendre devant l'arche lorsqu'il décréta un jeûne, comme il est rapporté au chapitre Ha-sokher et ha-poalim (Baba Metsia 85b), alors qu'on ne fait descendre ni les gens de Haïfa ni ceux de Beit Chean parce qu'ils prononcent les alef comme des ayin et les ayin comme des alef ? On peut répondre que lorsqu'il s'appliquait à prononcer le het, il le prononçait correctement, au prix d'un effort, mais pas aisément ; et parce qu'Eliyahou lui avait dit que par lui la délivrance serait hâtée, c'est pour cela qu'on l'a fait descendre.
💡 Explication

Rabbi Hiya reproche à Rabbi Chimon une voix épaisse, défaut qui invalide un Levi pour le chant de l'estrade au Temple, comme Rachi le rappelle d'après Houlin. La réponse de Rabbi renvoie le reproche à son auteur.

Rabbi Hiya, venu de Babel, ne distinguait pas le het du hé. Lisant le verset d'Yeshayahou « ve-hikiti la-Hachem », j'espérerai en Hachem, il prononçait « ve-hikiti » avec un hé, ce qui veut dire : et j'ai frappé. Le défaut de prononciation est donc plus lourd que le défaut de voix.

Tossefot soulève alors une difficulté réelle : si Rabbi Hiya ne savait pas prononcer le het, comment Rabbi l'a-t-il fait descendre devant l'arche lors d'un jeûne ? La réponse distingue l'impossibilité de l'effort : Rabbi Hiya y parvenait en s'appliquant.

12
אָמַר רַב הוּנָא: זַבְלְגָן לֹא יִשָּׂא אֶת כַּפָּיו. וְהָא הַהוּא דַּהֲוָה בְּשִׁיבָבוּתֵיהּ דְּרַב הוּנָא, וַהֲוָה פְּרִיס יָדֶיהָ! הָהוּא דָּשׁ בְּעִירוֹ הֲוָה. תַּנְיָא נָמֵי הָכִי: זַבְלְגָן לֹא יִשָּׂא אֶת כַּפָּיו, וְאִם הָיָה דָּשׁ בְּעִירוֹ — מֻותָּר.

Rav Houna a dit : celui dont les yeux coulent ne lèvera pas les mains. Mais il y en avait un dans le voisinage de Rav Houna, et il étendait les mains !

Celui-là était familier dans sa ville. Il est enseigné de même : celui dont les yeux coulent ne lèvera pas les mains ; et s'il était familier dans sa ville, c'est permis.

📜 Rachi (3)
זַבְלְגָן עֵינָיו זוֹלְפוֹת דִּמְעָה:
Zavlegan : ses yeux laissent couler des larmes.
לֹא יִשָּׂא אֶת כַּפָּיו לְפִי שֶׁמִּסְתַּכְּלִין בּוֹ:
Il ne lèvera pas les mains : parce qu'on le regarde.
דָּשׁ בְּעִירוֹ הֲוָה כְּבָר הָיוּ רְגִילִין אַנְשֵׁי עִירוֹ וְלֹא הָיוּ מִסְתַּכְּלִין בּוֹ עוֹד דָּשׁ לְשׁוֹן מַרְגִּיל כְּמוֹ כֵּיוָן דְּדָשׁ דָּשׁ (בְּגִיטִּין דַּף נו:):
Il était familier dans sa ville : les gens de sa ville y étaient déjà habitués et ne le regardaient plus. Dash exprime l'accoutumance, comme dans « puisqu'il a foulé, il foule » (Guittin 56b).
🗂️ Tossefot (1)
אִם הָיָה דָּשׁ בְּעִירוֹ מֻותָּר וַאֲפִילּוּ בְּמוּמִין שֶׁבְּיָדוֹ כִּדְאָמַר בַּיְּרוּשַׁלְמִי בְּהַהוּא כֹּהֵן דְּהָווּ יָדֶיהָ עַקֵּישִׁי אֲתָא לְקַמֵּיהּ דְּרַבִּי נַפְתָּלִי אָמַר לֵיהּ כֵּיוָן שֶׁאַתָּה דָּשׁ בְּעִירָךְ מֻותָּר:
Et même pour les défauts de la main, comme il est dit dans le Yerouchalmi à propos d'un kohen dont les mains étaient tordues : il vint devant Rabbi Naftali, qui lui dit : puisque tu es familier dans ta ville, c'est permis.
⚖️ Rosh (2)
כָּתוּב בַּסֵּפֶר הִזְהִיר כֹּהֵן שֶׁהֵמִיר דָּתוֹ וְשָׁב לֹא יִשָּׂא אֶת כַּפָּיו וְלֹא יִקְרָא רִאשׁוֹן דִּכְתִיב וְקִדַּשְׁתּוֹ וְהַאי אַחָלְיָהּ לִקְדֻושְׁתֵּיהּ וְעָבְדוּ בֵּיהּ רַבָּנָן מִשּׁוּם דַּרְכֵי שָׁלוֹם וְהַאי כֵּיוָן דְּאִי דָּחֵי אִידְּחִי כְּדִתְנַן הַכֹּהֲנִים שֶׁשִּׁימְּשׁוּ בְּבֵית חוֹנְיוֹ לֹא יְשַׁמְּשׁוּ בַּמִּקְדָּשׁ בִּירוּשָׁלַיִם וּקְצָת מַשְׁמַע הָכָא כִּדְבָרָיו מִדְּאַקְשְׁיֵהּ לְשֵׁירוּת וּבְשִׁירוֹת כְּתִיב בְּכֹהֵן הָעוֹבֵד ע"ז לֹא יִקְרְבוּ אֵלַי לְשָׁרָתֵנִי וְרַשִׁ"י פֵּירֵשׁ בְּפֶרֶק בָּתְרָא דִמְנָחוֹת (דַּף קט.) דְּכָשֵׁר דְּקָאָמַר הָתָם הֲרֵי אֵלּוּ כְּבַעֲלֵי מוּמִין וְזֶה לְשׁוֹן רַשִׁ"י מֵהָכָא נָפְקָא דְּכֹהֵן שֶׁהֵמִיר דָּת וְחָזַר בִּתְשׁוּבָה כָּשֵׁר לַדּוּכָן שֶׁהֲרֵי לֹא מָצִינוּ כֹּהֵן בַּעַל מוּם שֶׁיְּהֵא פָּסוּל לַדּוּכָן אא"כ הָיָה לוֹ מוּם בְּיָדוֹ כִּדְאָמְרִינַן בִּמְגִילָּה (סִי' לא) מִפְּנֵי שֶׁהָעָם מִסְתַּכְּלִין בּוֹ וְתוּ דְּקָתָנֵי הָכָא לֹא יְשַׁמְּשׁוּ בַמִּקְדָּשׁ בִּירוּשָׁלַיִם. וּלְהָכִי אִצְטְרִיךְ בִּירוּשָׁלַיִם לוֹמַר שֶׁבְּנוֹב וְגִבְעוֹן הָיוּ מֻותָּרִין לְשַׁמֵּשׁ כָּל שֶׁכֵּן בַּזְּמַן הַזֶּה דְּאֵין שֵׁירוּת וְאֵין מִקְדָּשׁ דְּוַדַּאי כָּשֵׁר לַדּוּכָן וְלִקְרוֹת בַּתּוֹרָה תְּחִלָּה וְתוּ אָמְרִינַן אִי מַה מְשָׁרֵת בַּעַל מוּם לָא אַף מְבָרֵךְ בַּעַל מוּם לָא ת"ל לַעֲמֹוד לְשָׁרֵת (לַעֲמֹוד) לַעֲמִידָה הִקַּשְׁתִּיו וּלְאָלְדְּבָר אַחֵר:
Il est écrit dans le Sefer ha-Zahir : un kohen qui a changé de religion puis est revenu ne lèvera pas les mains et ne lira pas le premier, car il est écrit « tu le sanctifieras », et celui-ci a profane sa sainteté ; si les Sages la lui ont rendue, c'est au titre des voies de paix, et celui-ci, dès lors qu'il a été écarté une fois, demeure écarté, comme nous l'avons appris : les kohanim qui ont officié dans la maison de Honyo n'officieront pas au Temple de Jérusalem. Et il y a ici quelque appui à ses paroles, puisqu'on le rattache au service, et qu'à propos du service il est écrit, s'agissant du kohen qui a servi une idole : « ils ne s'approcheront pas de moi pour me servir ». Mais Rachi a expliqué, au dernier chapitre de Menahot (109a), qu'il est apte, car il y est dit : ils sont comme des porteurs de défaut. Voici les termes de Rachi : de là il ressort qu'un kohen qui a changé de religion puis est revenu par la techouva est apte à la doukhan, car nous n'avons pas trouvé de kohen porteur de défaut qui soit invalidé pour la doukhan, sinon lorsqu'il avait un défaut à la main, comme nous le disons dans Meguila (siman 31), parce que le peuple le regarde ; et de plus il est enseigné ici : ils n'officieront pas au Temple de Jérusalem, et il a fallu préciser « à Jérusalem » pour dire qu'à Nov et à Guivon il leur était permis d'officier ; à plus forte raison de nos jours, où il n'y a ni service ni Temple, où il est certainement apte à la doukhan et à lire le premier dans la Torah. Et nous disons encore : si de même que le servant porteur de défaut ne sert pas, celui qui bénit et porte un défaut ne bénissait pas ? L'enseignement dit « pour se tenir afin de servir » : je l'ai rattaché à la station debout, et non à autre chose.
אָמַר רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי (סוֹטָה דַּף לח:) כָּל כֹּהֵן הַמְּבָרֵךְ מִתְבָּרֵךְ שֶׁנֶּאֱמַר וַאֲבָרְכָה מְבָרְכֶיךָ. וְאָמַר ר' יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי כָּל כֹּהֵן שֶׁאֵינוֹ עוֹלֶה לַדּוּכָן עוֹבֵר בִּשְׁלֹשָׁה עֲשִׂין כֹּה תְבָרְכוּ אָמוֹר לָהֶם וְשָׂמוּ אֶת שְׁמִי. יְרוּשַׁלְמִי (פ' אֵין עוֹמְדִין) ר' אַדָּא בַּר פַּזִּי כְּדַהֲוָה חַדֵּיק לֵיהּ רֵישֵׁיהּ קַיֵּים לֵיהּ אֲחוֹרֵי עַמּוּדָא רַבִּי אֶלְעָזָר הֲוָה נָפֵיק לְבָרָא כְּלוֹמַר הָיָה יוֹצֵא לַחוּץ כְּדֵי שֶׁלֹּא יִצְטָרֵךְ לַעֲלוֹת לַדּוּכָן כְּשֶׁהַחַזָּן קוֹרֵא כֹּהֲנִים דְּהָא דְּאָמְרִינַן דְּעוֹבֵר הַכֹּהֵן בַּג' עֲשֵׂה הַיְינוּ כְּשֶׁהַחַזָּן קוֹרֵא כֹּהֲנִים דַּאֲמוּר לָהֶם מְתַרְגְּמִינַן כַּד ייֵמָרוּן לְהוֹן וְאִם הוּא בְּבֵית הַכְּנֶסֶת כְּשֶׁהַחַזָּן קוֹרֵא כֹּהֲנִים וְאֵינוֹ עוֹלֶה עוֹבֵר וְאִם אֵינוֹ בְּבֵית הַכְּנֶסֶת אֵינוֹ עוֹבֵר. וְאָמַר ר' יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי כָּל כֹּהֵן שֶׁאֵינוֹ עוֹלֶה בָּעֲבוֹדָה שׁוּב אֵינוֹ עוֹלֶה שֶׁנֶּאֱמַר וַיִּשָּׂא אַהֲרֹן אֶת יָדָיו אֶל הָעָם וַיְבָרְכֵם וְגוֹ' מַה לְהַלָּן בַּעֲבוֹדָה דִּכְתִיב וַיֵּרֶד מֵעֲשׂוֹת הָעֹולָה וְהַחַטָּאת אַף כָּאן בַּעֲבוֹדָה. תָּנֵי ר' אוֹשַׁעְיָא לֹא שָׁנוּ אֶלָּא שֶׁלֹּא עָקַר רַגְלָיו אֲבָל עָקַר רַגְלָיו עוֹלָה וְכֵן הִלְכְתָא אע"ג דְּלָא מָטֵי לֵיהּ לַדּוּכָן אֶלָּא לְאַחַר עֲבוֹדָה וְאָמַר ר' שִׁמְעוֹן בֶּן פַּזִּי (שָׁם דַּף לט.) כָּל כֹּהֵן שֶׁלֹּא נָטַל אֶת יָדָיו לֹא יִשָּׂא אֶת כַּפָּיו שֶׁנֶּאֱמַר שְׂאוּ יְדֵיכֶם קֹודֶשׁ וּבָרְכוּ אֶת ה':
Rabbi Yehochoua ben Levi a dit (Sota 38b) : tout kohen qui bénit est béni, ainsi qu'il est dit : « et Je bénirai ceux qui te bénissent ». Et Rabbi Yehochoua ben Levi a dit : tout kohen qui ne monte pas à la doukhan transgresse trois commandements positifs : « ainsi vous bénirez », « dis-leur », « et ils placeront mon Nom ». Yerouchalmi (chapitre Ein omdin) : Rabbi Ada bar Pazi, lorsque sa tête était enveloppée, se tenait derrière une colonne ; Rabbi Elazar sortait dehors, c'est-à-dire qu'il sortait afin de n'avoir pas à monter à la doukhan quand l'officiant appelle les kohanim. Car ce que nous disons, que le kohen transgresse trois commandements positifs, vaut lorsque l'officiant appelle les kohanim, puisque « dis-leur » se traduit par « quand ils leur diront » : s'il est à la synagogue lorsque l'officiant appelle les kohanim et qu'il ne monte pas, il transgresse ; s'il n'est pas à la synagogue, il ne transgresse pas. Et Rabbi Yehochoua ben Levi a dit : tout kohen qui ne monte pas pendant le service ne monte plus ensuite, ainsi qu'il est dit : « et Aharon leva ses mains vers le peuple et les bénit » : de même que là-bas c'était pendant le service, comme il est écrit « et il descendit après avoir fait l'holocauste et l'expiatoire », de même ici pendant le service. Rabbi Ochaya a enseigné : ils n'ont dit cela que lorsqu'il n'a pas déplacé ses pieds, mais s'il a déplacé ses pieds, il monte. Et telle est la halakha, même s'il n'atteint la doukhan qu'après le service. Et Rabbi Chimon ben Pazi a dit (ibid. 39a) : tout kohen qui ne s'est pas lavé les mains ne lèvera pas les mains, ainsi qu'il est dit : « levez vos mains en sainteté et bénissez Hachem ».
💡 Explication

Le zavlegan est celui dont les yeux laissent couler des larmes en permanence. La règle suit le même motif que les défauts des mains : on le regarde.

L'objection tirée de la pratique introduit l'exception décisive du folio, dash be-iro : celui dont les habitants de sa ville ont pris l'habitude. Rachi explique le mot par l'idée d'accoutumance. Le défaut demeure, mais il n'attire plus le regard, et l'obstacle tombe.

Tossefot étend cette permission, d'après le Yerouchalmi, aux défauts des mains eux-mêmes, ceux-là précisément que la michna écartait.

13
אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: סוּמָא בְּאַחַת מֵעֵינָיו — לֹא יִשָּׂא אֶת כַּפָּיו. וְהָא הַהוּא דַּהֲוָה בְּשִׁיבָבוּתֵיהּ דְּרַבִּי יוֹחָנָן דַּהֲוָה פָּרֵיס יְדֵיהּ! הָהוּא דָּשׁ בְּעִירוֹ הֲוָה. תַּנְיָא נָמֵי הָכִי: סוּמָא בְּאַחַת מֵעֵינָיו — לֹא יִשָּׂא אֶת כַּפָּיו, וְאִם הָיָה דָּשׁ בְּעִירוֹ — מֻותָּר.

Rabbi Yo'hanan a dit : celui qui est aveugle d'un œil ne lèvera pas les mains. Mais il y en avait un dans le voisinage de Rabbi Yo'hanan qui étendait les mains !

Celui-là était familier dans sa ville. Il est enseigné de même : l'aveugle d'un œil ne lèvera pas les mains ; et s'il était familier dans sa ville, c'est permis.

💡 Explication

Même forme exacte que le passage précédent : une règle, un fait contraire tiré du voisinage du maître, la réponse par dash be-iro, puis une braita qui confirme la réponse.

La répétition de la structure a une portée : elle installe l'accoutumance de la ville comme critère général, applicable à tous les empêchements fondés sur le regard du public.

14
רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: מִי שֶׁהָיוּ יָדָיו צְבוּעוֹת — לֹא יִשָּׂא אֶת כַּפָּיו. תַּנָּא: אִם רֹוב אַנְשֵׁי הָעִיר מְלַאכְתָּן בְּכָךְ — מֻותָּר.

« Rabbi Yehouda dit : celui dont les mains étaient teintes ne lèvera pas les mains. » On a enseigné : si la plupart des gens de la ville ont ce métier, c'est permis.

💡 Explication

Seconde exception, parallèle à la première. Le premier cas tenait à l'habitude prise à l'égard d'un homme ; celui-ci tient à l'habitude prise à l'égard d'un métier.

Dans une ville de teinturiers, des mains colorées ne surprennent personne. Le motif de Rabbi Yehouda, le regard du public, disparaît, et la permission suit.

15
מַתְנֵי׳ הָאוֹמֵר: אֵינִי עוֹבֵר לִפְנֵי הַתֵּיבָה בִּצְבוּעִין — אַף בִּלְבָנִים לֹא יַעֲבוֹר. בְּסַנְדָּל אֵינִי עוֹבֵר — אַף יָחֵף לֹא יַעֲבוֹר.

MICHNA. Celui qui dit : je ne passe pas devant l'arche en vêtements de couleur, ne passera pas non plus en vêtements blancs.

Je ne passe pas en sandale, il ne passera pas non plus pieds nus.

📜 Rachi (1)
מַתְנֵי' אַף בִּלְבָנִים לֹא יַעֲבוֹר טַעְמָא מְפָרֵשׁ בַּגְּמָ':
La raison en est expliquée dans la guemara.
⚖️ Rosh (1)
הָאוֹמֵר אֵינִי עוֹבֵר לִפְנֵי הַתֵּיבָה בִּצְבוּעִין אַף בִּלְבָנִים לֹא יַעֲבוֹר בְּסַנְדָּל אֵינִי עוֹבֵר אַף יָחֵף לֹא יַעֲבוֹר הָעוֹשֶׂה תְּפִלָּתוֹ עֲגֻולָּה סַכָּנָה וְאֵין בָּהּ מִצְוָה נְתָנָהּ עַל מִצְחוֹ אוֹ עַל פַּס יָדוֹ הֲרֵי זֶה דֶּרֶךְ הַקָּרָאִים צִפָּהּ זָהָב וּנְתָנָהּ עַל בֵּית אֻונְקְלִי שֶׁלּוֹ הֲרֵי זֶה דֶּרֶךְ חִיצוֹנִים:
Celui qui dit : je ne passe pas devant l'arche en vêtements de couleur, ne passera pas non plus en blanc ; je ne passe pas en sandale, il ne passera pas non plus pieds nus. Celui qui fait ses tefillin rondes : danger, et il n'y a pas de mitsva. S'il les a posées sur son front ou sur la paume de sa main, voilà la voie des Caraïtes. S'il les a plaquées d'or et posées sur la manche de son vêtement, voilà la voie des hitsonim.
💡 Explication

Troisième michna du folio. Elle ne traite plus d'un défaut du corps mais d'une exigence que l'homme s'impose à lui-même dans le service public.

Celui qui pose une condition de tenue, couleur ou chaussure, se voit refuser l'office même dans la tenue qu'il réclamait. La guemara donnera le motif au segment 16. Rachi se borne ici à y renvoyer.

16
הָעוֹשֶׂה תְּפִלָּתוֹ עֲגֻולָּה — סַכָּנָה, וְאֵין בָּהּ מִצְוָה. נְתָנָהּ עַל מִצְחוֹ אוֹ עַל פַּס יָדוֹ — הֲרֵי זוֹ דֶּרֶךְ הַמִּינוּת. (צִיפָּן) [צִיפָּה] זָהָב וּנְתָנָהּ עַל בֵּית אֻונְקְלִי שֶׁלּוֹ — הֲרֵי זוֹ דֶּרֶךְ הַחִיצוֹנִים.

Celui qui fait ses tefillin rondes : danger, et il n'y a pas de mitsva. S'il les a posées sur son front ou sur la paume de sa main, voilà la voie de la minout.

S'il les a plaquées d'or et posées sur la manche de son vêtement, voilà la voie des hitsonim.

📜 Rachi (8)
הָעוֹשֶׂה תְּפִלָּתוֹ עֲגֻולָּה תְּפִילִּין שֶׁבְּרֹאשׁוֹ עֲגֻולָּה כַּבֵּיצָה וְכֶאֱגוֹז:
Les tefillin de sa tête, rondes comme un œuf ou comme une noix.
סַכָּנָה שֶׁלֹּא תִּכָּנֵס בְּרֹאשׁוֹ:
Danger : de peur qu'elle n'entre dans sa tête.
וְאֵין בָּהּ מִצְוָה דִּמְרֻובָּעוֹת בָּעֵינַן:
Et il n'y a pas de mitsva : car nous les exigeons carrées.
נְתָנָהּ עַל מִצְחוֹ שֶׁל רֹאשׁ וְשֶׁל יָד עַל פַּס יָדוֹ:
Il l'a posée sur son front : celle de la tête ; et celle de la main sur la paume de sa main.
הֲרֵי זוֹ דֶּרֶךְ הַמִּינוּת שֶׁמְּבַזִּין מִדְרַשׁ חֲכָמִים וְהוֹלְכִין אַחַר הַמַּשְׁמָע כְּמִשְׁמָעָן בֵּין עֵינֶיךָ מַמָּשׁ וְעַל יָדְךָ מַמָּשׁ וְרַבּוֹתֵינוּ דָּרְשׁוּ בִּמְנָחוֹת (דַּף לז:) בִּגְזֵירָה שָׁוָה בֵּין עֵינֶיךָ זֶה קָדְקֹד מְקוֹם שֶׁמּוֹחוֹ שֶׁל תִּינוֹק רוֹפֵס וְעַל יָדְךָ גֹּובַהּ הַיָּד קִיבֹּורֶת בְּרֹאשׁ הַזְּרוֹעַ שֶׁתְּהֵא שִׂימָה כְּנֶגֶד הַלֵּב:
Voilà la voie de la minout : car ils méprisent l'exégèse des Sages et suivent le sens obvie, « entre tes yeux » au sens propre et « sur ta main » au sens propre. Or nos maîtres ont exposé dans Menahot (37b), par une guezera chava, que « entre tes yeux » désigne le sommet du crâne, à l'endroit où le crâne du nourrisson est mou, et « sur ta main » le haut du bras, le muscle au sommet du bras, afin que la pose se trouve face au cœur.
עַל בֵּית אֻונְקְלֵי עַל בֵּית יָד לְבוּשׁוֹ מִבַּחוּץ:
Sur la manche : sur la manche de son vêtement, à l'extérieur.
הֲרֵי זֶה דֶּרֶךְ חִיצוֹנִים בְּנֵי אָדָם הַהוֹלְכִים אַחֲרֵי דַּעְתָּם חוּץ מִדַּעַת חֲכָמִים דְּבָעֵינַן לְךָ לְאוֹת וְלֹא לַאֲחֵרִים לְאוֹת (שָׁם):
Voilà la voie des hitsonim : des gens qui suivent leur propre opinion, en dehors de l'opinion des Sages, car nous exigeons « pour toi en signe », et non en signe pour autrui (ibid.).
צִיפָּן זָהָב נָמֵי כְּתִיב לְמַעַן תִּהְיֶה תּוֹרַת ה' בְּפִיךָ (שְׁמוֹת י״ג:ט׳) שֶׁיְּהֵא הַכֹּל מִבְּהֵמָה טְהוֹרָה:
Il les a plaquées d'or : la aussi il est écrit « afin que la Torah de Hachem soit dans ta bouche » (Chemot 13,9), c'est-à-dire que tout provienne d'un animal pur.
🗂️ Tossefot (1)
סַכָּנָה וְאֵין בָּהּ מִצְוָה פר"ת בִּשְׁעַת הַסַּכָּנָה יָכוֹל לְהִסְתַּכֵּן בָּהֶן וְלֹא תָּגֵין עָלָיו הַמִּצְוָה וְלֹא יַעֲשֶׂה לוֹ נֵס כְּמוֹ לֶאֱלִישָׁע בַּעַל הַכְּנָפַיִם (שַׁבָּת דַּף מט.):
Rabbenou Tam a expliqué : à l'heure du danger, il peut se mettre en péril avec elles, et la mitsva ne le protégera pas, et l'on ne fera pas pour lui de miracle comme pour Elicha, maître des ailes (Chabbat 49a).
💡 Explication

Suite de la michna, sur les tefillin. Trois écarts, trois qualifications distinctes. La forme ronde réunit deux défauts, un danger selon Rachi, puisqu'une boîte ronde peut pénétrer dans le crâne, et l'absence de mitsva, puisque le carré est requis.

Le placement sur le front et sur la paume est la voie de la minout : on y suit le sens littéral de « entre tes yeux » et « sur ta main », contre l'exégèse des Sages, qui désigne le sommet du crâne et le haut du bras, face au cœur.

Le placage d'or et la pose sur la manche relèvent des hitsonim, ceux qui se tiennent hors de l'avis des Sages. Rachi donne deux raisons : tout doit venir d'un animal pur, et le signe est pour soi, non pour autrui. Tossefot rapporte au nom de Rabbenou Tam une autre lecture du danger, qui porte sur la protection attendue de la mitsva.

17
גְּמ׳ מַאי טַעְמָא — חָייְשִׁינַן שֶׁמָּא מִינוּת נִזְרְקָה בּוֹ.

GUEMARA. Quelle en est la raison ?

Nous craignons que la minout n'ait été jetée en lui.

📜 Rachi (1)
גְּמ' שֶׁמָּא מִינוּת נִזְרְקָה בּוֹ הַמִּינִין עוֹבְדֵי ע"ז מַקְפִּידִין בְּכָךְ:
Guemara. Que la minout n'ait été jetée en lui : les minim, qui servent l'idolâtrie, sont pointilleux sur ce point.
💡 Explication

La guemara revient sur le premier article de la michna, l'exigence de tenue. Le motif est un soupçon : cette scrupulosité sur la couleur du vêtement ou sur la chaussure est un usage des minim, et Rachi précise qu'il s'agit d'adorateurs d'idoles, pointilleux sur ce point.

L'homme n'est donc pas écarté pour ce qu'il porte, mais pour ce que sa condition laisse soupçonner. C'est pourquoi on lui refuse aussi l'office dans la tenue qu'il demandait.

18
הָעוֹשֶׂה תְּפִלָּתוֹ עֲגֻולָּה סַכָּנָה וְאֵין בָּהּ מִצְוָה. לֵימָא תְּנֵינָא לְהָא דְּתָנוּ רַבָּנָן, תְּפִלִּין מְרֻובָּעוֹת הֲלָכָה לְמֹשֶׁה מִסִּינַי! וְאָמַר רָבָא: בְּתִפְרָן וּבַאֲלַכְסוֹנָן!

« Celui qui fait ses tefillin rondes : danger, et il n'y a pas de mitsva. » Dirons-nous que nous avons déjà appris ici ce que nos maîtres ont enseigné : les tefillin carrées, halakha de Moche au Sinaï ! Et Rava a dit : dans leur couture et dans leur diagonale !

📜 Rachi (1)
בְּתִפְרָן וּבַאֲלַכְסוֹנָן כְּשֶׁהוּא תּוֹפֵר בֵּית מוֹשָׁבָן צָרִיךְ לִיזָּהֵר שֶׁלֹּא יְקַלְקֵל רִיבּוּעָן בִּמְשִׁיכַת חוּט הַתְּפִירָה וְצָרִיךְ שֶׁיְּהֵא לָהֶן אֲלַכְסוֹן כְּהִלְכָתוֹ בִּמְרֻובָּע שֶׁתְּהֵא אֶצְבַּע בְּרֹוחַב וּבְאֹורֶךְ שֶׁהִיא אֶצְבַּע וּשְׁנֵי חֻומְשִׁין בַּאֲלַכְסוֹן:
Lorsqu'il coud leur siège, il doit prendre garde de ne pas abîmer leur carré en tirant le fil de la couture ; et il faut que leur diagonale soit conforme à la règle du carré : pour un doigt en largeur et en longueur, la diagonale est d'un doigt et deux cinquièmes.
🗂️ Tossefot (1)
בְּתִפְרָן כְּשֶׁהוּא תּוֹפֵר בֵּית מוֹשָׁבָם צָרִיךְ לִיזָּהֵר שֶׁלֹּא יִמְשֹׁוךְ חוּט הַתְּפִירָה יוֹתֵר מִדַּאי וְיִתְקַלְקֵל הָרִיבּוּעַ ור"ת פֵּירֵשׁ דְּצָרִיךְ שֶׁיְּהֵא הַתֶּפֶר עַצְמוֹ מְרֻובָּע:
Lorsqu'il coud leur siège, il doit prendre garde de ne pas tirer le fil de la couture plus qu'il ne faut, ce qui abîmerait le carré. Et Rabbenou Tam a expliqué que la couture elle-même doit être carrée.
💡 Explication

La guemara cherche dans la michna un appui à la braita. Puisque la michna dit qu'il n'y a pas de mitsva dans des tefillin rondes, elle semble enseigner d'elle-même l'exigence du carré, transmise comme halakha de Moche au Sinaï.

Rava a précisé la portée de cette exigence : elle vaut pour la couture de la base et pour la diagonale. Rachi explique les deux points : ne pas déformer le carré en tirant le fil, et vérifier la proportion du carré, un doigt de côté pour une diagonale d'un doigt et deux cinquièmes.

🖼️ Schéma
Ce que Rava exige du carré des tefillin 1. La couture (tefer) Le fil trop tiré déforme la base et défait le carré. Rabbenou Tam : la couture elle-même doit être carrée. 2. La diagonale (alakhson) 1 doigt Un doigt de côté donne une diagonale d'un doigt et deux cinquièmes. La mesure vérifie le carré.
Les deux vérifications que Rava attache à la halakha de Moche au Sinaï : le fil qui coud la base et la proportion de la diagonale.
19
אָמַר רַב פָּפָּא: מַתְנִיתִין דַּעֲבִידָא כִּי אַמְגּוּזָא.

Rav Papa a dit : notre michna parle de tefillin faites comme une noix.

📜 Rachi (1)
כִּי אַמְגּוֹזָא עֲגֻולּוֹת כֶּאֱגוֹז אֲבָל עֲגֻולָּה כַּבֵּיצָה וְכָעֲדָשָׁה שַׁפִּיר דָּמֵי וְלָא תְּסַיְּיעָא לַבָּרַיְיתָא מִמַּתְנִיתִין:
Rondes comme une noix ; mais ronde comme un œuf ou comme une lentille est acceptable, et l'on ne pourra donc pas appuyer la braita sur notre michna.
💡 Explication

Rav Papa refuse l'identification. La michna vise une boîte faite en forme de noix, c'est-à-dire une sphère, et elle seule est disqualifiée par ses termes.

Rachi en tire la conséquence : une forme arrondie comme un œuf ou comme une lentille resterait acceptable au regard de la michna. Celle-ci n'apporte donc pas d'appui à la braita, qui exige un carré exact.

20
מַתְנֵי׳ הָאוֹמֵר:

MICHNA. Celui qui dit :

💡 Explication

Le folio s'interrompt sur les premiers mots de la michna suivante, celle des formules de prière que l'on fait taire. La suite se lit au début du folio 25a.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).