Megillah 25a — Les formules de prière que l'on fait taire, et les passages que l'on lit en public sans les traduire

Megillah 25a

Sougya : Le folio ouvre sur la michna qui recense les formules de prière que l'on interrompt : Que les bons Te bénissent, qui sent la minout ; Que Ta miséricorde atteigne jusqu'au nid de l'oiseau ; Que Ton nom soit rappelé pour le bien ; et le double modim, qui a l'apparence de deux domaines. La guemara admet sans peine la raison des trois dernières et cherche celle de la formule sur le nid de l'oiseau : deux amoraim d'Eretz Israël y voient soit une jalousie introduite dans l'œuvre de la création, soit la transformation en miséricorde de ce qui n'est qu'un décret.

Deux récits prolongent la discussion : l'officiant repris par Abaye devant Rabba, et celui qui allongeait les louanges devant Rabbi Hanina, avec la parabole des dinars d'or. Rabbi Zeira étend ensuite la règle du double modim au chema répété, et la guemara distingue la répétition mot à mot de la répétition verset par verset.

Une seconde michna passe aux passages de l'Écriture que l'on lit en public sans les traduire, et la guemara ouvre la baraita qui range chaque récit dans l'une des trois catégories.

Ce que l'on interrompt à l'office, et pourquoiCe qui est ditCe que la formule laisse entendreMesureQue les bons Te bénissentmichna, première clauseIl exclut les fauteurs de la louange (Rachi)ou il partage le monde en deux (Tossefot)Voie de minouton le fait taireTa miséricorde atteint le nidde l'oiseau, aie pitié de nousJalousie dans l'œuvre de la création,ou un décret présenté comme une pitiéon le fait taireQue Ton nom soit rappelé pour le bienPour le bien oui, pour le mal non ;or on bénit sur le mal comme sur le bienon le fait taireModim, modimApparence de deux domaines : il reconnaît une puissance après une autreon le fait taireEuphémisme dans les passagessur les unions interditesIl vide le verset de son objet réelon le fait taireMolekh traduit parféconder une AraméenneIl arrache le verset à son sens : un culte émoréendevient une loi sur les unionson le fait taireavec réprimande
Les six clauses de la première michna : la formule, le soupçon qu elle fait naître, la mesure prise contre celui qui la prononce.
Les trois catégories de la baraita : lecture publique et traduction araméenneLus et traduitsLus sans traductionNi lus ni traduitsŒuvre de la créationLot et ses deux fillesYehouda et TamarPremier récit du veauBénédictions et malédictionsAvertissements et sanctionsAmnon et Tamar (Amnon seul)Avchalom et les femmes de son pèreLa concubine de GuiveaFais connaître à YerouchalaimLe Roch ajoute : la merkava se liten public, et la halakha suitRabbi Yehouda.Récit de Reouvenpar égard pour son honneurSecond récit du veauRachi : que nul ne croiequ'il y avait en lui une réalitéYeroushalmi et Roch : par égardpour l'honneur d'AharonBénédiction des kohanimà cause du mot yissa, quipourrait être entendu commeune acception de personneDavid et Amnonquand le verset porteAmnon fils de DavidLa merkava en haftaraselon le tanna kama ;Rabbi Yehouda le permetFais connaître à Yerouchalaimselon Rabbi Eliezer seul ;le Roch tranche contre luiLe signe mnémotechnique de la baraitaBet lamed tav, ayin kof noun, noun chin peh heh : bereshit, Lot, Tamar ; veau, kelalot, onachin ; Amnon, Avchalom, pilegech, Hodah.Dix mots-clés pour les dix passages de la première catégorie, que la guemara détaille un à un à partir d'ici.
Le classement des passages par la baraita et par le Rosh, avec la raison retenue pour chaque exclusion.
1
״יְבָרְכוּךָ טוֹבִים״ — הֲרֵי זוֹ דֶּרֶךְ הַמִּינוּת. ״עַל קַן צִפּוֹר יַגִּיעוּ רַחֲמֶיךָ״, ו״על טוֹב יִזְכֹּר שִׁמְךָ״, ״מוֹדִים מוֹדִים״ — מְשַׁתְּקִין אוֹתוֹ.

Que les bons Te bénissent — voilà une voie de minout. Que Ta miséricorde atteigne jusqu'au nid de l'oiseau, et Que Ton nom soit rappelé pour le bien, et Nous rendons grâce, nous rendons grâce — on le fait taire.

📜 Rachi (3)
מַתְנֵי' יְבָרְכוּךָ טוֹבִים ה"ז דֶּרֶךְ מִינוּת שֶׁאֵינוֹ כּוֹלֵל רְשָׁעִים בְּשִׁבְחוֹ שֶׁל מָקוֹם וַחֲכָמִים לָמְדוּ (כְּרִיתוֹת דַּף ו:) מֵחֶלְבְּנָה שֶׁרֵיחָהּ רַע וּמְנָאָהּ הַכָּתוּב בֵּין סַמְמָנֵי הַקְּטֹורֶת שֶׁמַּצְרִיכָן הַכָּתוּב בְּהַרְצָאָתָן לִהְיוֹתָן בַּאֲגֻודָּה אַחַת:
Michna. Que les bons Te bénissent, voilà une voie de minout — car il n'inclut pas les méchants dans la louange adressée à Hachem. Or les Sages ont appris (Keritot 6b) du helbena, dont l'odeur est mauvaise et que l'Écriture range pourtant parmi les aromates de l'encens, que l'Écriture exige, pour qu'ils soient agréés, qu'ils soient tous réunis en un seul faisceau.
עַל קַן צִפּוֹר יַגִּיעוּ רַחֲמֶיךָ כַּלָּשׁוֹן הַזֶּה רַחֲמֶיךָ מַגִּיעִין עַל קַן צִפּוֹר כָּךְ חוּס וְרַחֵם עָלֵינוּ:
Que Ta miséricorde atteigne jusqu'au nid de l'oiseau — en ces termes : de même que Ta miséricorde atteint le nid de l'oiseau, aie pitié de nous et fais-nous miséricorde.
וְעַל טוֹב יִזָּכֵר שְׁמֶךָ עַל טוֹבוֹתֶיךָ נוֹדֶה לָךְ אוֹ שֶׁאָמַר שְׁנֵי פְּעָמִים מוֹדִים כְּשֶׁהוּא כּוֹרֵעַ מְשַׁתְּקִין אוֹתוֹ וּבַגְּמָרָא מְפָרֵשׁ לָהּ:
Et que Ton nom soit rappelé pour le bien — pour Tes bienfaits nous Te rendrons grâce. Ou bien celui qui a dit deux fois modim en s'inclinant : on le fait taire. La guemara l'explique.
🗂️ Tossefot (1)
יְבָרְכוּךָ טוֹבִים פִּי' שֶׁמּוֹצִיא אֶת הַפּוֹשְׁעִים מִן הַכְּלָל אִי נָמֵי מִשּׁוּם דְּמֶחְזֵי כִּשְׁתֵּי רָשׁוּיוֹת כְּלוֹמַר אֱ-לֹהִים טוֹבִים:
Que les bons Te bénissent — l'explication est qu'il exclut les fauteurs de l'ensemble. Ou bien parce que la formule a l'apparence de deux domaines, comme s'il parlait de puissances bonnes en face de puissances mauvaises.
💡 Explication

La michna traite de l'officiant, le cheliah tsibour, et de ce que l'assemblée doit faire quand la formule qu'il prononce laisse entendre une croyance fausse : mechatkin oto, on l'interrompt. Le mot minout désigne ici la doctrine qui partage le monde entre un domaine du bien et un domaine du mal.

Rachi et Tossefot donnent deux lectures de la première formule. Pour Rachi, dire que seuls les bons bénissent revient à retrancher les fauteurs de la communauté priante, alors que le helbena, dont l'odeur est mauvaise, figure dans la composition de l'encens pour enseigner que l'assemblée n'est agréée que réunie. Pour Tossefot, la formule peut aussi s'entendre comme l'adresse à des puissances bonnes distinctes de puissances mauvaises, ce qui est exactement la thèse des deux domaines.

2
הַמְכַנֶּה בַּעֲרָיוֹת — מְשַׁתְּקִין אוֹתוֹ. הָאוֹמֵר: ״׳וּמִזַּרְעֲךָ לֹא תִתֵּן לְהַעֲבִיר לַמֹּולֶךְ׳, לֹא תִתֵּן לְאַעְבָּרָא בְּאַרְמָיוּתָא״ — מְשַׁתְּקִין אוֹתוֹ בִּנְזִיפָה.

Celui qui emploie des euphémismes dans les passages sur les unions interdites — on le fait taire. Celui qui dit : Et tu ne donneras pas de ta descendance pour la faire passer au Molekh — tu n'en donneras pas pour féconder une Araméenne — on le fait taire avec réprimande.

📜 Rachi (3)
הַמְכַנֶּה בַּעֲרָיוֹת בַּגְּמָרָא מְפָרֵשׁ שֶׁדּוֹרֵשׁ פָּרָשַׁת עֲרָיוֹת בְּכִינּוּי וְאוֹמֵר לֹא עֶרְוָה מַמָּשׁ דִּיבֵּר הַכָּתוּב אֶלָּא כִּינָּה הַכָּתוּב בִּלְשׁוֹנוֹ וְקָרָא אוֹתָהּ עֶרְוָה הַמְּגִלָּה קְלוֹן אָבִיו וּקְלוֹן אִמּוֹ בָּרַבִּים כִּינּוּי הוּא לְשׁוֹן הֵיפֶךְ שֶׁמְּהַפֵּךְ דִּיבּוּרוֹ לְשֶׁבַח אוֹ לִגְנַאי וְהַרְבֵּה יֵשׁ בִּלְשׁוֹן חֲכָמִים בְּסִפְרֵי אֶסְפָה לִּי שִׁבְעִים אִישׁ (בַּמִּדְבָּר י״א:ט״ו-ט״ז) וְאַל אֶרְאֶה בְּרָעָתִי (שָׁם) בְּרָעָתָם הָיָה לוֹ לוֹמַר אֶלָּא שֶׁכִּינָּה הַכָּתוּב כַּיּוֹצֵא בַּדָּבָר וַיָּמִירוּ אֶת כְּבוֹדָם בְּתַבְנִית שׁוֹר אֹוכֵל עֵשֶׂב (תְּהִילִּים ק״ו:כ׳) כְּבוֹדִי הָיָה לוֹ לוֹמַר אֶלָּא שֶׁכִּינָּה הַכָּתוּב:
Celui qui emploie des euphémismes dans les passages sur les unions interdites — la guemara explique qu'il commente le passage des unions interdites par un détour et dit : l'Écriture n'a pas parlé d'une nudité réelle, elle a usé d'un détour de langage et a appelé nudité le fait de dévoiler en public la honte de son père et la honte de sa mère. Le <b>kinouy</b> est une manière de retourner le propos, de le tourner vers la louange ou vers le blâme, et la langue des Sages en offre de nombreux exemples. Dans le Sifri : Rassemble-moi soixante-dix hommes (Nombres 11,16) et que je ne voie pas mon malheur (ibid. 11,15) — il aurait fallu dire leur malheur, mais l'Écriture a usé d'un détour. De même : Ils échangèrent leur gloire contre l'image d'un bœuf mangeant de l'herbe (Psaumes 106,20) — il aurait fallu dire ma gloire, mais l'Écriture a usé d'un détour.
הָאוֹמֵר וּמִזַּרְעֲךָ לֹא תִתֵּן לְהַעֲבִיר לַמֹּולֶךְ לֹא תָּבֹא עַל הַכּוּתִית וְתוֹלִיד בֵּן לַעַ"ז:
Celui qui dit : Et tu ne donneras pas de ta descendance pour la faire passer au Molekh — tu n'iras pas vers une non-Juive et tu n'engendreras pas d'elle un fils voué à l'idolâtrie.
מְשַׁתְּקִין אוֹתוֹ בִּנְזִיפָה שֶׁעוֹקֵר הַכָּתוּב מִמַּשְׁמָעוֹ שֶׁהוּא עֲבוֹדַת חוֹק לָאֱמוֹרִיִּים לְהַעֲבִיר בְּנֵיהֶן לָאֵשׁ וְנוֹתֵן כָּרֵת לָבֹא עַל הַכּוּתִית וּמְחַיֵּיב חַטָּאת עַל הַשּׁוֹגֵג וּמִיתַת ב"ד עַל הַמֵּזִיד בְּהַתְרָאָה:
On le fait taire avec réprimande — car il arrache le verset à son sens : il s'agit d'un culte que les Émoréens avaient coutume de pratiquer, faire passer leurs fils par le feu. Or celui-là rattache le karet au fait d'aller vers une non-Juive, rend passible d'un sacrifice pour faute involontaire et de la mort par le tribunal en cas de faute délibérée après avertissement.
💡 Explication

Deux fautes de traduction publique sont visées. La première adoucit le passage des arayot en disant que l'Écriture ne parlerait pas d'unions réelles mais du seul fait de divulguer la honte de ses parents. La seconde déplace l'interdit du Molekh, culte qui consistait à faire passer ses enfants par le feu, vers l'union avec une non-Juive.

La seconde faute est plus grave, d'où la nezifa, la réprimande qui s'ajoute à l'interruption. Rachi en donne la mesure : celui qui traduit ainsi fait peser sur une union le karet, le hatat de l'acte involontaire et la peine capitale de l'acte volontaire, des conséquences halakhiques que le verset ne porte pas.

3
גְּמ׳ בִּשְׁלָמָא ״מוֹדִים מוֹדִים״ — דְּמִיחְזֵי כִּשְׁתֵּי רְשׁוּיוֹת. ״וְעַל טוֹב יִזָּכֵר שְׁמֶךָ״ נָמֵי, דְּמַשְׁמַע: עַל טוֹב — אִין, וְעַל רַע — לֹא, וּתְנַן: חַייָּב אָדָם לְבָרֵךְ עַל הָרָעָה כְּשֵׁם שֶׁהוּא מְבָרֵךְ עַל הַטּוֹבָה. אֶלָּא: ״עַל קַן צִפּוֹר יַגִּיעוּ רַחֲמֶיךָ״ מַאי טַעְמָא?

Guemara. Passe encore pour Nous rendons grâce, nous rendons grâce, qui a l'apparence de deux domaines.

Et que Ton nom soit rappelé pour le bien aussi, car cela laisse entendre : pour le bien, oui, et pour le mal, non ; or nous avons appris dans une michna : l'homme est tenu de bénir sur le mal comme il bénit sur le bien. Mais Que Ta miséricorde atteigne jusqu'au nid de l'oiseau, quelle en est la raison ?

📜 Rachi (3)
גְּמ' כִּשְׁתֵּי רְשׁוּיוֹת וּמְקַבֵּל וּמוֹדֶה אֱלוֹהַּ אַחַר אֱלוֹהַּ:
Guemara. Comme deux domaines — il accueille et reconnaît une puissance après une autre.
עַל הָרָעָה בָּרוּךְ דַּייַּן הָאֱמֶת:
Sur le mal — béni soit le juge de vérité.
עַל הַטּוֹבָה בָּרוּךְ הַטּוֹב וְהַמֵּטִיב:
Sur le bien — béni soit celui qui est bon et qui fait du bien.
⚖️ Rosh (1)
מַתְנֵי' הָאוֹמֵר יְבָרְכוּךָ טוֹבִים ה"ז דֶּרֶךְ מִינוּת עַל קַן צִפּוֹר יַגִּיעוּ רַחֲמֶיךָ וְעַל טוֹב יִזָּכֵר שְׁמֶךָ מוֹדִים מוֹדִים מְשַׁתְּקִין אוֹתוֹ הַמְכַנֶּה בַּעֲרָיוֹת מְשַׁתְּקִין אוֹתוֹ הָאוֹמֵר מִזַּרְעֲךָ לֹא תִּתֵּן לַמֹּולֶךְ וּמִזַרְעָךְ לֹא תִתֵּן לְאַעְבָּרָא בְּאַרְמָיוּתָא מְשַׁתְּקִין אוֹתוֹ בִּנְזִיפָה מַעֲשֵׂה רְאוּבֵן נִקְרָא וְלֹא מִתַּרְגֵּם מַעֲשֵׂה תָּמָר וִיהוּדָה נִקְרָא וּמִתַּרְגֵּם מַעֲשֵׂה עֵגֶל הָרִאשׁוֹן נִקְרָא וּמִתַּרְגֵּם מַעֲשֵׂה עֵגֶל הַשֵּׁנִי נִקְרָא וְלֹא מִתַּרְגֵּם בִּרְכַּת כֹּהֲנִים נִקְרָאִים וְלֹא מְתַרְגְּמִין וּמַעֲשֵׂה דָּוִד וְאַמְנוֹן נִקְרָאִין וְלֹא מִתַּרְגְּמִין וְאֵין מַפְטִירִין בַּמֶּרְכָּבָה. וְרַבִּי יְהוּדָה מַתִּיר רַבִּי אֶלְעָזָר אוֹמֵר אֵין מַפְטִירִין בְּהוֹדַע אֶת יְרוּשָׁלַיִם:
Michna. Celui qui dit : Que les bons Te bénissent — voilà une voie de minout. Que Ta miséricorde atteigne jusqu'au nid de l'oiseau, et Que Ton nom soit rappelé pour le bien, et Nous rendons grâce, nous rendons grâce — on le fait taire. Celui qui emploie des euphémismes dans les passages sur les unions interdites — on le fait taire. Celui qui dit : Tu ne donneras pas de ta descendance au Molekh — tu n'en donneras pas pour féconder une Araméenne — on le fait taire avec réprimande. Le récit de Reouven est lu sans être traduit. Le récit de Tamar et de Yehouda est lu et traduit. Le premier récit du veau est lu et traduit, le second est lu sans être traduit. La bénédiction des kohanim est lue sans être traduite, et le récit de David et d'Amnon est lu sans être traduit. On ne conclut pas par la merkava, et Rabbi Yehouda le permet. Rabbi Elazar dit : on ne conclut pas par Fais connaître à Yerouchalaim.
💡 Explication

La guemara trie les clauses de la michna. Deux d'entre elles ne posent pas de difficulté : le double modim donne l'impression que l'on remercie deux puissances successives, et la formule qui limite la mention du nom divin au bien contredit la michna de Berakhot 54a, qui oblige à bénir sur le malheur comme sur le bonheur, avec la formule baroukh dayan haémet.

Reste la formule sur le nid de l'oiseau, qui paraît au contraire pieuse : elle prend appui sur la mitsva de chilouah haken, le renvoi de la mère avant de prendre les oisillons. C'est cette apparence de piété qui rend la question nécessaire, et les deux réponses viennent au segment suivant.

4
פְּלִיגִי בַּהּ תְּרֵי אָמוֹרָאֵי בְּמַעְרְבָא: רַבִּי יוֹסֵי בַּר אָבִין וְרַבִּי יוֹסֵי בַּר זְבִידָא, חַד אָמַר: מִפְּנֵי שֶׁמֵּטִיל קִנְאָה בְּמַעֲשֵׂה בְּרֵאשִׁית, וְחַד אָמַר: מִפְּנֵי שֶׁעוֹשֶׂה מִדּוֹתָיו שֶׁל הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא רַחֲמִים, וְאֵינָן אֶלָּא גְּזֵירוֹת.

Deux amoraim d'Occident sont en désaccord sur ce point : Rabbi Yossi bar Avin et Rabbi Yossi bar Zévida. L'un dit : parce qu'il introduit la jalousie dans l'œuvre de la création.

Et l'autre dit : parce qu'il fait des mesures du Saint béni soit-Il des actes de miséricorde, alors qu'elles ne sont que des décrets.

📜 Rachi (2)
מֵטִיל קִנְאָה לוֹמַר עַל הָעוֹפוֹת חָס וְעַל הַבְּהֵמוֹת וְחַיּוֹת אֵינוֹ חָס:
Il introduit la jalousie — en disant qu'Il a pitié des oiseaux et qu'Il n'a pas pitié des bêtes domestiques ni des animaux sauvages.
וְאֵינָן אֶלָּא גְּזֵירַת מֶלֶךְ לְהַטִּיל עָלֵינוּ עֻולּוֹ לְהוֹדִיעַ שֶׁאֲנַחְנוּ עֲבָדָיו וְשׁוֹמְרֵי מִצְוֹתָיו:
Et elles ne sont qu'un décret du Roi — pour nous en imposer le joug, pour faire savoir que nous sommes Ses serviteurs et que nous gardons Ses commandements.
🗂️ Tossefot (1)
מִפְּנֵי שֶׁעוֹשֶׂה מִדּוֹתָיו שֶׁל הקב"ה רַחֲמִים וְהֵן אֵינָם אֶלָּא גְּזֵירוֹת ק' להר"ר אֶלְחָנָן עַל מַה שֶׁיָּסַד הַקָּלִיר בִּקְדֻושַּׁת' שֶׁאָנוּ אוֹמְרִים בְּיוֹם ב' שֶׁל פֶּסַח צָדְקוּ אֹותוֹ וְאֶת בְּנוֹ לֹא תִשְׁחֲטוּ בְּיוֹם אֶחָד דְּמַשְׁמַע שר"ל שהקב"ה חָס עַל אוֹתוֹ וְאֶת בְּנוֹ וְהוּא אֵינוֹ אֶלָּא גְּזֵירָה:
Parce qu'il fait des mesures du Saint béni soit-Il des actes de miséricorde, alors qu'elles ne sont que des décrets — cela faisait difficulté à Rabbenou Elhanan sur ce qu'a composé le Kalir dans la kedoucha que nous disons le deuxième jour de Pessa'h : ils ont justifié la règle lui et son petit, vous n'en égorgerez pas deux le même jour. La formule laisse entendre que le Saint béni soit-Il a pitié de la bête et de son petit, alors qu'il ne s'agit que d'un décret.
💡 Explication

Les deux amoraim d'Eretz Israël, que la guemara de Babylonie appelle les maîtres d'Occident, refusent la formule pour deux motifs distincts. Le premier porte sur les créatures : faire de la mitsva un mouvement de pitié pour l'oiseau revient à dire que les autres espèces en sont privées. Le second porte sur la nature des mitsvot : elles sont des gzerot, des décrets du Roi, et leur donner un motif sentimental les prive de ce qui les fonde.

Tossefot signale la difficulté pratique que soulève la seconde raison : le piyout du Kalir, récité le deuxième jour de Pessa'h, attribue explicitement à la mitsva de oto veet beno un motif de compassion. Le problème reste posé sans être tranché.

🖼️ Schéma
Pourquoi fait-on taire celui qui invoque le nid de l'oiseau ?Rabbi Yossi bar AvinIl introduit la jalousie dans l'œuvrede la création.Rachi : ce serait dire qu'Il a pitié desoiseaux et non des bêtes domestiquesni des animaux sauvages.Le défaut porte sur les créatures.Rabbi Yossi bar ZévidaIl transforme en miséricorde ce quin'est qu'un décret.Rachi : le décret du Roi nous imposeSon joug et fait savoir que noussommes Ses serviteurs.Le défaut porte sur les mitsvot.Conséquence relevée par TossefotSelon la seconde raison seulement, le piyout du Kalir pour le deuxième jour de Pessa'h fait difficulté :il donne à la mitsva de oto véet beno un motif de compassion.
Les deux raisons avancées en Eretz Israël, et le point où elles se séparent.
5
הַהוּא דְּנָחִית קַמֵּיהּ דְּרַבָּה, אֲמַר: אַתָּה חַסְתָּ עַל קַן צִפּוֹר — אַתָּה חוּס וְרַחֵם עָלֵינוּ! (אַתָּה חַסְתָּ עַל ״אוֹתוֹ וְאֶת בְּנוֹ״ — אַתָּה חוּס וְרַחֵם עָלֵינוּ.) אָמַר רַבָּה: כַּמָּה יָדַע הַאי מֵרַבָּנַן לְרַצּוֹיֵי לְמָרֵיהּ. אָמַר לֵיהּ אַבַּיֵּי: וְהָא ״מְשַׁתְּקִין אוֹתוֹ״ תְּנַן!

Quelqu un descendit devant l'arche en présence de Rabba et dit : Tu as eu pitié du nid de l'oiseau, aie pitié de nous et fais-nous miséricorde. (Tu as eu pitié de la bête et de son petit, aie pitié de nous et fais-nous miséricorde.) Rabba dit : comme ce maître sait apaiser son Maître !

Abaye lui dit : mais nous avons appris dans la michna qu'on le fait taire !

💡 Explication

Descendre devant l'arche, yored lifnei hatéva, signifie officier comme cheliah tsibour. Cet officiant reprend la formule que la michna vient de condamner, et Rabba la loue. Abaye, son neveu et élève, oppose aussitôt la michna.

6
וְרַבָּה, לְחַדּוֹדֵי לְאַבָּיֵי הוּא דִּבְעָא.

Et Rabba, c'est pour aiguiser Abaye qu'il avait parlé ainsi.

💡 Explication

La guemara rétablit la position de Rabba : il tenait comme la michna, et son éloge servait à provoquer la réaction de son élève. Le procédé porte un nom dans le Talmud, lehadoudéi, aiguiser : le maître avance une affirmation fausse pour que l'élève la réfute par lui-même.

7
הַהוּא דִּנְחֵית קַמֵּיהּ דְּרַבִּי חֲנִינָא, אָמַר: ״הָאֵל הַגָּדוֹל הַגִּבּוֹר וְהַנּוֹרָא הָאַדִּיר וְהֶחָזָק וְהָאַמִּיץ״.

Quelqu un descendit devant l'arche en présence de Rabbi Hanina et dit : le D.ieu grand, puissant et redoutable, majestueux, fort et vaillant.

8
אֲמַר לֵיהּ: סַייֵּמְתִּינְהוּ לִשְׁבָחֵיהּ דְּמָרָךְ? הַשְׁתָּא הָנֵי תְּלָתָא, אִי לָאו דְּכַתְבִינְהוּ מֹשֶׁה בְּאוֹרָיְיתָא, וַאֲתוֹ כְּנֶסֶת הַגְּדוֹלָה וְתַקְּנִינְהוּ — אֲנַן לָא אָמְרִינַן לְהוּ. וְאַתְּ אָמְרַתְּ כֻּולֵּי הַאי! מָשָׁל לְאָדָם שֶׁהָיוּ לוֹ אֶלֶף אַלְפֵי אֲלָפִים דִּינְרֵי זָהָב, וְהָיוּ מְקַלְּסִין אוֹתוֹ (בְּאֶלֶף) דִּינְרֵי כֶּסֶף. לֹא גְּנַאי הוּא לוֹ?!

Il lui dit : as-tu épuisé les louanges de ton Maître ? Ces trois-là mêmes, si Moche ne les avait pas écrites dans la Torah et si les hommes de la Grande Assemblée n'étaient pas venus les instituer, nous ne les dirions pas.

Et toi, tu en dis tout cela ! Une parabole : un homme possédait mille milliers de milliers de dinars d'or, et on le louait pour mille dinars d'argent.

N'est-ce pas là un déshonneur pour lui ?

📜 Rachi (2)
דְּכַתְבִינְהוּ מֹשֶׁה בַּתּוֹרָה הָאֵל הַגָּדֹול הַגִּבֹּור וְהַנּוֹרָא אֲשֶׁר לֹא יִשָּׂא פָנִים (דְּבָרִים י׳:י״ז):
Que Moche les a écrites dans la Torah — le D.ieu grand, puissant et redoutable, qui ne fait pas acception de personne (Deutéronome 10,17).
אַנְשֵׁי כְּנֶסֶת הַגְּדוֹלָה בְּסֵפֶר עֶזְרָא (נְחֶמְיָה ט׳:ל״ב) וְעַתָּה אֱ-לֹהֵינוּ הָאֵל הַגָּדוֹל הַגִּבּוֹר וְהַנּוֹרָא שׁוֹמֵר הַבְּרִית וְהַחֶסֶד:
Les hommes de la Grande Assemblée — dans le livre d'Ezra (Nehemie 9,32) : Et maintenant, notre D.ieu, le D.ieu grand, puissant et redoutable, qui garde l'alliance et la bonté.
💡 Explication

Rabbi Hanina pose la règle qui gouverne les louanges de la prière : on ne dit que ce que la Torah a écrit et ce que les anche knesset haguedola ont institué dans la amida. Les trois termes de la amida viennent de Deutéronome 10,17, et leur reprise liturgique de Nehemie 9,32. Tout ajout sort de ce cadre.

La parabole explique pourquoi l'ajout diminue au lieu d'augmenter : énumérer quelques louanges revient à mesurer, donc à limiter. Celui qui loue un homme immensément riche pour une petite somme laisse entendre que sa fortune s'arrête là.

🖼️ Schéma
La parabole des dinars : pourquoi allonger les louanges les diminueCe que possède l'homme1 000 000 000dinars d'orune fortune que nul ne peut énumérerCe pour quoi on le loue1 000dinars d'argentune somme que l'on peut compterLe déshonneur tient à la mesureÉnumérer des louanges revient à fixer une limite. Les trois termes de la amida ne sont dits que parce queMoche les a écrits et que la Grande Assemblée les a institués ; hors de là, le silence vaut mieux.
La parabole de Rabbi Hanina : la louange chiffrée rapetisse ce qu'elle prétend honorer.
9
אָמַר רַבִּי חֲנִינָא: הַכֹּל בִּידֵי שָׁמַיִם חוּץ מִיִּרְאַת שָׁמַיִם, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְעַתָּה יִשְׂרָאֵל מָה ה׳ אֱ-לֹהֶיךָ שֹׁואֵל מֵעִמָּךְ כִּי אִם לְיִרְאָה״.

Rabbi Hanina dit : tout est entre les mains du Ciel, sauf la crainte du Ciel, comme il est dit : Et maintenant, Israël, que demande Hachem ton D.ieu de toi, sinon de craindre.

📜 Rachi (1)
חוּץ מִיִּרְאַת שָׁמַיִם אוֹתָהּ מְסוּרָה בִּידֵי אָדָם שֶׁיְּהֵא הוּא עַצְמוֹ מֵכִין לִבּוֹ לְכָךְ אע"ג שֶׁהַיְּכֹולֶת בְּיָדוֹ לְהָכִין לְבָבֵנוּ אֵלָיו דִּכְתִיב הִנֵּה כַחֹומֶר בְּיַד הַיּוֹצֵר כֵּן אַתֶּם בְּיָדִי בֵּית יִשְׂרָאֵל (יִרְמְיָהוּ י״ח:ו׳) וְאוֹמֵר וַהֲסִירֹותִי אֶת לֵב הָאֶבֶן מִבְּשַׂרְכֶם (יְחֶזְקֵאל ל״ו:כ״ו):
Sauf la crainte du Ciel — celle-là est remise entre les mains de l'homme, qui doit lui-même y disposer son cœur, bien que le pouvoir soit entre les mains de Hachem de disposer notre cœur vers Lui, comme il est écrit : Voici, comme l'argile dans la main du potier, ainsi êtes-vous dans Ma main, maison d'Israël (Jérémie 18,6), et il est dit : J'ôterai de votre chair le cœur de pierre (Ezechiel 36,26).
🗂️ Tossefot (1)
הַכֹּל בִּידֵי שָׁמַיִם חוּץ מִיִּרְאַת שָׁמַיִם קָשֶׁה דְּהָא בְּפֶרֶק אֵלּוּ נְעָרוֹת (כְּתֻובּוֹת דַּף ל. וְשָׁם) אָמְרִינַן הַכֹּל בִּידֵי שָׁמַיִם חוּץ מִצִּנִּים וּפַחִים וְנִרְאֶה דְּהָכָא מַייְרֵי בְּתוֹלְדוֹת הָאָדָם אִם יִהְיֶה חָכָם אוֹ טִפֵּשׁ עָנִי אוֹ עָשִׁיר גִּבּוֹר אוֹ חַלָּשׁ דְּהַכֹּל נִגְזַר עָלָיו חוּץ מִן הַיִּרְאָה כְּדִכְתִיב אַל יִתְהַלֵּל עָשִׁיר בְּעָשְׁרוֹ וְהַגִּבּוֹר בִּגְבוּרָתוֹ כִּי אִם בְּזֹאת יִתְהַלֵּל הַמִּתְהַלֵּל הַשְׂכֵּל וְיָדֹועַ אוֹתִי (יִרְמְיָהוּ ט׳:כ״ג) וְהָתָם מַיְירֵי בִּמְאֹורְעוֹת הָאָדָם הָעֲתִידוֹת לָבֹא אֵלָיו אַחַר שֶׁנּוֹלַד שֶׁגַּם הֵם בִּידֵי שָׁמַיִם חוּץ מִצִּנִּים וּפַחִים פֵּירוּשׁ הַקֹּור וְהַחֹום וְלֹא קָשֶׁה מֵהָא דִּכְתִיב לִפְנֵי קָרָתוֹ מִי יַעֲמֹוד (תְּהִילִּים קמ״ז:י״ז) דה"פ אִם יִשְׁלָחֶנָּה בְּפַעַם אַחַת כְּדִכְתִיב בְּרֹאשׁ הַפָּסוּק מַשְׁלִיךְ קַרְחוֹ כְּפִתִּים וְגַם לֹא קָשֶׁה מֵהָא דִּכְתִיב וְאֵין נִסְתָּר מֵחֲמָתוֹ (שָׁם יט) דְּהַהִיא בְּעוֹבְרֵי דְּרָכִים הוּא דְּקָאָמַר אֲבָל כָּל זְמַן שֶׁהוּא בְּבֵיתוֹ וַדַּאי יָכוֹל הוּא לִינָּצֵל מִמֶּנּוּ:
Tout est entre les mains du Ciel sauf la crainte du Ciel — difficulté : au chapitre Elou naarot (Ketoubot 30a) nous disons que tout est entre les mains du Ciel sauf le froid et le chaud. Il apparaît qu'ici il est question de ce qui est fixé dès la naissance de l'homme : sera-t-il sage ou sot, pauvre ou riche, fort ou faible ; tout cela est décrété sur lui, sauf la crainte, comme il est écrit : Que le riche ne se glorifie pas de sa richesse ni le fort de sa force, mais que celui qui se glorifie se glorifie de comprendre et de Me connaître (Jérémie 9,22-23). Là-bas, il est question des événements appelés à survenir à l'homme après sa naissance, qui sont eux aussi entre les mains du Ciel, sauf le froid et le chaud, c'est-à-dire le froid et la chaleur. Et il n'y a pas de difficulté à partir du verset Devant Son froid, qui tiendra ? (Psaumes 147,17), car cela s'entend s'Il l'envoie d'un seul coup, comme il est écrit au début du verset : Il jette Sa glace par morceaux. Il n'y a pas non plus de difficulté à partir du verset Et rien n'est caché à sa chaleur (ibid. 19,7), car cela est dit des voyageurs ; tant qu'un homme est chez lui, il peut certainement s'en préserver.
💡 Explication

Le lien avec ce qui précède tient à la personne de Rabbi Hanina, dont la guemara rapporte ici un second enseignement. Le principe pose la limite du décret : la disposition religieuse de l'homme lui est laissée. Rachi note que cette liberté n'enlève rien au pouvoir de Hachem, comme le montrent les versets du potier et du cœur de pierre.

Tossefot résout la contradiction avec Ketoubot 30a en partageant le domaine du décret en deux temps : ce qui est fixé à la naissance, où seule la crainte échappe au décret, et ce qui survient ensuite à l'homme, où seuls tsinim oupahim, le froid et le chaud, y échappent, parce que l'homme peut s'en préserver.

🖼️ Schéma
Deux enseignements, deux exceptions : la lecture de TossefotCe qui est fixé à la naissanceSage ou sotPauvre ou richeFort ou faibleException : la crainte du Cielnotre guemara, appuyée sur Deutéronome 10,12et sur Jérémie 9,22-23Ce qui survient après la naissanceLes événements de la vieCe qui arrive à l'hommeException : tsinim oupahimle froid et le chaud, dont l'homme peut se garderKetoubot 30aLes deux énoncés ne se contredisent pas : chacun délimite un domaine différent du décret, et chacun y réservela part qui dépend de l'homme.
La distinction de Tossefot entre ce qui est décrété à la naissance et ce qui survient ensuite.
10
מִכְּלָל דְּיִרְאָה מִילְּתָא זוּטַרְתִּי הִיא?! אִין, לְגַבֵּי מֹשֶׁה רַבֵּינוּ מִילְּתָא זוּטַרְתִּי הִיא. מָשָׁל לְאָדָם שֶׁמְּבַקְּשִׁין הֵימֶנּוּ כְּלִי גָּדוֹל וְיֵשׁ לוֹ — דּוֹמֶה עָלָיו כִּכְלִי קָטָן. קָטָן וְאֵין לוֹ — דּוֹמֶה עָלָיו כִּכְלִי גָּדוֹל.

Cela implique donc que la crainte serait une petite affaire ?! Oui : pour Moche notre maître, c'est une petite affaire.

Une parabole : un homme à qui l'on demande un grand ustensile et qui le possède, il lui paraît un petit ustensile ; un petit ustensile qu'il ne possède pas lui paraît un grand ustensile.

💡 Explication

La difficulté vient de la tournure du verset, qui présente la crainte comme une demande légère. La réponse porte sur celui qui parle : Moche s'exprime depuis sa propre mesure, et ce qu'un homme possède lui paraît toujours petit.

11
אָמַר רַבִּי זֵירָא: הָאוֹמֵר ״שְׁמַע שְׁמַע״ — כְּאוֹמֵר ״מוֹדִים מוֹדִים״ דָּמֵי.

Rabbi Zeira dit : celui qui dit Chema, Chema est comme celui qui dit Modim, modim.

12
מֵיתִיבִי: הַקּוֹרֵא אֶת שְׁמַע וְכוֹפְלָהּ — הֲרֵי זֶה מְגֻונֶּה. מְגֻונֶּה הוּא דְּהָוֵי, שַׁתּוֹקֵי לָא מְשַׁתְּקִינַן לֵיהּ?! לָא קַשְׁיָא: הָא דְּאָמַר מִילְּתָא מִילְּתָא וְתָנֵי לַהּ, הָא דְּאָמַר פְּסוּקָא פְּסוּקָא וְתָנֵי לֵהּ.

On objecte : celui qui lit le Chema et le répète, voilà qui est indigne. Indigne, donc, mais on ne le fait pas taire ?!

Ce n'est pas une difficulté : ici, il dit chaque mot et le répète ; là, il dit chaque verset et le répète.

📜 Rachi (1)
אָמַר מִילְּתָא מִילְּתָא וְתָנֵי לַהּ כָּל תֵּיבָה אוֹמֵר וְשׁוֹנֶה אֵין כָּאן מַשְׁמָעוּת שְׁתֵּי רְשׁוּיוֹת אֶלָּא מְגֻונֶּה וְסָכָל הוּא:
Il dit chaque mot et le répète — il prononce chaque mot puis le redit ; il n'y a là aucune apparence de deux domaines, il est seulement indigne et sot.
💡 Explication

La baraita et Rabbi Zeira semblent en désaccord sur la sanction. La guemara les sépare selon l'unité répétée. La répétition mot à mot gâte la lecture et rend celui qui la pratique megouneh, indigne, sans plus. La répétition du verset entier, elle, donne la même impression que le double modim, celle d'une adresse à deux puissances.

🖼️ Schéma
Chema répété : ce qui change selon l'unité répétéeMot par motChema Chema, Israël Israël...Aucune apparence de deux domainesIndigne, mais on ne le fait pas taireVerset par versetle verset entier, puis le même versetMême impression que modim modimOn le fait taireRav Papa objecte que la répétition pourrait venir d'un défaut de kavana initial. Rava répond que traiterla prière avec cette liberté serait de la familiarité envers le Ciel.
La réponse de la guemara à l'objection, et la suite de la discussion entre Rav Papa et Rava.
13
אֲמַר לֵיהּ רַב פָּפָּא לְרָבָא: וְדִלְמָא מֵעִיקָּרָא לָא כַּוֵּין דַּעְתֵּיהּ וְהַשְׁתָּא כַּוֵּין דַּעְתֵּיהּ? אֲמַר לֵיהּ: חַבְרוּתָא כְּלַפֵּי שְׁמַיָּא? אִי לָא מְכַוֵּין דַּעְתֵּיהּ, מָחֵינָא לֵיהּ בְּאַרְזַפְתָּא דְּנַפָּחָא עַד דִּמְכַוֵּין דַּעְתֵּיהּ.

Rav Papa dit à Rava : et peut-être, au début, n'avait-il pas dirigé son intention, et maintenant il la dirige ? Il lui dit : de la familiarité envers le Ciel ?

S'il ne dirige pas son intention, nous le frappons avec le marteau du forgeron jusqu'à ce qu'il dirige son intention.

📜 Rachi (2)
חַבְרוּתָא כְּלַפֵּי שְׁמַיָּא וְכִי כְּמִנְהַג חֲבֵירוֹ נוֹהֵג בהקב"ה לְדַבֵּר לְפָנָיו שֶׁלֹּא בְּמִתְכַּוֵּין וְחוֹזֵר וּמַרְאֶה לוֹ בְּכָופְלוֹ שֶׁלֹּא כִּיוֵּן בָּרִאשׁוֹנָה:
De la familiarité envers le Ciel — se conduit-il donc envers le Saint béni soit-Il comme envers son compagnon, parlant devant Lui sans intention, puis lui montrant, en répétant, qu'il n'avait pas eu d'intention la première fois ?
מַרְזַפְתָּא מרטי"ל בְּלַעַ"ז וַתָּשֶׂם אֶת הַמַּקֶּבֶת מְתַרְגְּמִינַן מַרְזַפְתָּא (שׁוֹפְטִים ד׳:כ״א):
Marzafta — martel en langue vulgaire ; et elle posa le marteau se traduit marzafta (Juges 4,21).
💡 Explication

Rav Papa propose une lecture indulgente : la seconde lecture répare la première, faite sans kavana. Rava la refuse en nommant le défaut : havrouta kelapei chemaya, traiter le Ciel comme un familier, en se permettant de corriger après coup ce que l'on a mal dit. L'image du marteau du forgeron marque la fermeté de la règle, non une procédure de tribunal.

14
הַמְכַנֶּה בַּעֲרָיוֹת מְשַׁתְּקִין אוֹתוֹ. תָּנֵי רַב יוֹסֵף: קְלוֹן אָבִיו וּקְלוֹן אִמּוֹ.

Celui qui emploie des euphémismes dans les passages sur les unions interdites, on le fait taire. Rav Yossef a enseigné : la honte de son père et la honte de sa mère.

📜 Rachi (1)
תָּנֵי רַב יוֹסֵף לְפָרוֹשֵׁי מִכַּנָּהּ דְּמַתְנִי' כְּדִמְתַרְגֵּם עֶרְוַת אָבִיךָ וְעֶרְוַת אִמְּךָ קָלַנָא דַּאֲבוּךְ וְקָלַנָא דְּאִמְּךָ וְלֹא תְּגַלֵּה שׁוּם דָּבָר קָלוֹן שֶׁבָּהֶן:
Rav Yossef a enseigné — pour expliquer le mekhaneh de notre michna : celui qui traduit la nudité de ton père et la nudité de ta mère par la honte de ton père et la honte de ta mère, et tu ne dévoileras rien de ce qu'il y a de honteux en eux.
💡 Explication

La guemara précise en quoi consiste le kinouy condamné par la michna : le metourgueman rend erva, la nudité, par kalon, la honte, ce qui déplace l'interdit de l'union vers la divulgation. Le verset vise est Lévitique 18,7.

15
הָאוֹמֵר: ״וּמִזַּרְעֲךָ לֹא תִתֵּן לְהַעֲבִיר וְכוּ׳״. תָּנָא דְּבֵי רַבִּי יִשְׁמָעֵאל: בְּיִשְׂרָאֵל הַבָּא עַל הַגּוֹיָה וְהוֹלִיד מִמֶּנָּה בֵּן לַעֲבוֹדָה זָרָה הַכָּתוּב מְדַבֵּר.

Celui qui dit : Et tu ne donneras pas de ta descendance pour la faire passer, etc. On a enseigné dans l'école de Rabbi Yichmael : l'Écriture parle d'un Juif qui va vers une non-Juive et engendre d'elle un fils voué à l'idolâtrie.

📜 Rachi (1)
תָּנָא דְּבֵי רַבִּי יִשְׁמָעֵאל לְפָרֵשׁ מַתְנֵי' בְּיִשְׂרָאֵל הַבָּא עַל הַכּוּתִית הַכָּתוּב מְדַבֵּר:
On a enseigné dans l'école de Rabbi Yichmael — pour expliquer notre michna : l'Écriture parle d'un Juif qui va vers une non-Juive.
💡 Explication

La baraita identifie la lecture que la michna condamne. Elle ne l'adopte pas : elle la nomme pour que l'on sache de quelle traduction il s'agit, celle qui rattache le verset du Molekh à l'union avec une non-Juive.

16
מַתְנֵי׳ מַעֲשֵׂה רְאוּבֵן — נִקְרָא וְלֹא מְתַרְגֵּם. מַעֲשֵׂה תָּמָר — נִקְרָא וּמְתַרְגֵּם. מַעֲשֵׂה עֵגֶל הָרִאשׁוֹן — נִקְרָא וּמְתַרְגֵּם, וְהַשֵּׁנִי — נִקְרָא וְלֹא מְתַרְגֵּם. בִּרְכַּת כֹּהֲנִים, מַעֲשֵׂה דָּוִד וְאַמְנוֹן — נִקְרָאִין וְלֹא מְתַרְגְּמִין.

Michna. Le récit de Reouven est lu sans être traduit.

Le récit de Tamar est lu et traduit. Le premier récit du veau est lu et traduit, et le second est lu sans être traduit.

La bénédiction des kohanim et le récit de David et d'Amnon sont lus sans être traduits.

📜 Rachi (5)
מַתְנֵי' מַעֲשֵׂה רְאוּבֵן וַיִּשְׁכַּב אֶת בִּלְהָה פִּילֶגֶשׁ אָבִיו (בְּרֵאשִׁית ל״ה:כ״ב):
Michna. Le récit de Reouven — Et il coucha avec Bilha, concubine de son père (Genèse 35,22).
נִקְרָא בְּבֵית הַכְּנֶסֶת:
Est lu — à la synagogue.
וְלֹא מְתַרְגֵּם חָייְשִׁינַן לְגַנּוֹתוֹ:
Sans être traduit — nous craignons pour son déshonneur.
מַעֲשֵׂה תָּמָר וִיהוּדָה:
Le récit de Tamar — et de Yehouda.
וּמַעֲשֵׂה עֵגֶל הָרִאשׁוֹן כָּל פָּרָשַׁת הָעֵגֶל עַד וָאַשְׁלִיכֵהוּ בָּאֵשׁ (שְׁמוֹת ל״ב:כ״ד) וּמַה שֶׁחָזַר אַהֲרֹן וְסֵפֶר הַמַּעֲשֶׂה הוּא קָרוּי מַעֲשֵׂה עֵגֶל הַשֵּׁנִי הוּא שֶׁכָּתוּב בּוֹ וַיֵּצֵא הָעֵגֶל הַזֶּה וְלֹא יְתַרְגֵּם פֶּן יִטְעוּ עַמֵּי הָאָרֶץ וְיֹאמְרוּ מַמָּשׁ הָיָה בּוֹ שֶׁיֵּצֵא מֵאֵלָיו אֲבָל הַמִּקְרָא אֵין מְבִינִין:
Et le premier récit du veau — tout le passage du veau jusqu'à et je l'ai jeté au feu (Exode 32,24). Ce qu'Aharon a ensuite raconté de l'événement s'appelle le second récit du veau : c'est là qu'il est écrit et il en est sorti ce veau. On ne le traduit pas, de peur que les gens sans instruction ne se trompent et ne disent qu'il y avait en lui quelque réalité, puisqu'il serait sorti de lui-même ; le texte biblique, eux, ne le comprennent pas.
🗂️ Tossefot (1)
מַעֲשֶׂה שֶׁל עֵגֶל הַשֵּׁנִי נִקְרָא וְלֹא מִתַּרְגֵּם פֵּירֵשׁ רַשִׁ"י שֶׁלֹּא יֹאמְרוּ מַמָּשׁוּת הָיָה בּוֹ מִדְּקָאָמַר אַהֲרֹן וַיֵּצֵא הָעֵגֶל הַזֶּה וְקָשֶׁה דְּהָא בִּירוּשַׁלְמִי פְּלִיגִי אָמוֹרָאֵי וְאִיכָּא מַאן דְּאָמַר מִן וְיֹאמַר עַד לְשִׁמְצָה בְּקָמֵיהֶם (הָיָה) מַעֲשֵׂה עֵגֶל הַשֵּׁנִי וְהַיְינוּ סֵיפֵיהּ דִּקְרָא דְּוַיֵּרָא מֹשֶׁה ולפרש"י לֹא הָיָה לוֹ לוֹמַר אֶלָּא עַד תְּחִלַּת הַפָּסוּק לָכֵן נִרְאֶה כְּדִמְפָרֵשׁ בִּירוּשַׁלְמִי דְּהַטַּעַם הָוֵי לְפִי שֶׁאֵין דּוֹמֶה גְּנַאי שֶׁל יָחִיד בְּיָחִיד אוֹ שֶׁל צִבּוּר בְּצִבּוּר לִגְנַאי שֶׁל יָחִיד בְּצִבּוּר וּמִשּׁוּם כְּבוֹדוֹ שֶׁל אַהֲרֹן לֹא רָצוּ לְתַרְגֵּם:
Le second récit du veau est lu sans être traduit — Rachi a expliqué que c'est pour que l'on ne dise pas qu'il y avait en lui quelque réalité, puisque Aharon dit et il en est sorti ce veau. Difficulté : dans le Yeroushalmi les amoraim sont en désaccord, et il y a un avis selon lequel le second récit du veau va de et Moche dit jusqu'à pour un opprobre devant ceux qui se dressent contre eux, c'est-à-dire la fin du verset Et Moche vit. Or selon l'explication de Rachi il n'aurait fallu aller que jusqu'au début de ce verset. Il apparaît donc qu'il faut expliquer comme le Yeroushalmi : la raison en est que le déshonneur d'un particulier devant un particulier, ou d'une communauté devant une communauté, ne ressemble pas au déshonneur d'un particulier devant une communauté ; par égard pour l'honneur d'Aharon, on n'a pas voulu traduire.
💡 Explication

La michna passe à la lecture publique et au targoum, la traduction araméenne dite à haute voix après chaque verset. La lecture du texte hébreu reste due dans tous les cas cités ici ; seule la traduction est retenue, parce qu'elle est comprise de tous et fixé le sens dans les esprits.

Deux motifs se partagent la liste. Le récit de Reouven et le second récit du veau sont protégés pour l'honneur des personnes en cause ; le second récit du veau l'est aussi, selon Rachi, pour écarter l'idée que le veau serait sorti de lui-même du feu. Tossefot préfèrent le motif du Yeroushalmi, l'honneur d'Aharon, et l'appuient sur l'étendue exacte du passage.

17
אֵין מַפְטִירִין בַּמֶּרְכָּבָה, וְרַבִּי יְהוּדָה מַתִּיר. רַבִּי אֱלִיעֶזֶר אוֹמֵר: אֵין מַפְטִירִין בְּ״הוֹדַע אֶת יְרוּשָׁלִַם״.

On ne conclut pas par la merkava, et Rabbi Yehouda le permet. Rabbi Eliezer dit : on ne conclut pas par Fais connaître à Yerouchalaim.

📜 Rachi (1)
הוֹדַע אֶת יְרוּשָׁלִַם אֶת תּוֹעֲבֹותֶיהָ פָּרָשָׁה הִיא בִּיחֶזְקֵאל:
Fais connaître à Yerouchalaim — ses abominations ; c'est un passage d'Ezechiel.
🗂️ Tossefot (1)
אֵין מַפְטִירִין בַּמֶּרְכָּבָה וְרַבִּי יְהוּדָה מַתִּיר וְקַייְמָא לָן כְּר' יְהוּדָה:
On ne conclut pas par la merkava, et Rabbi Yehouda le permet — et nous tenons la halakha comme Rabbi Yehouda.
💡 Explication

Deux passages prophétiques sont écartés de la haftara pour des raisons opposées. La merkava, la vision du char au premier chapitre d'Ezechiel, relève d'un enseignement réservé, que la lecture publique divulguerait. Le chapitre 16 d'Ezechiel, qui commence par Fais connaître à Yerouchalaim ses abominations, est écarté par Rabbi Eliezer parce qu'il expose le déshonneur d'Israël.

Tossefot fixent la halakha selon Rabbi Yehouda, qui permet la merkava ; c'est l'usage encore aujourd hui pour le premier jour de Chavouot. Le Roch, plus loin, tranche de même contre Rabbi Eliezer pour le second passage.

18
גְּמ׳ תָּנוּ רַבָּנַן: יֵשׁ נִקְרִין וּמְתַרְגְּמִין, וְיֵשׁ נִקְרִין וְלֹא מִתַּרְגְּמִין, וְיֵשׁ לֹא נִקְרִין וְלֹא מִתַּרְגְּמִין. אֵלּוּ נִקְרִין וּמְתַרְגְּמִין. בָּלַ״‎ת עָקָ״‎ן נִשְׁפֶּ״‎ה סִימָן.

Guemara. Nos maîtres ont enseigné : il en est qui sont lus et traduits, il en est qui sont lus sans être traduits, et il en est qui ne sont ni lus ni traduits.

Voici ceux qui sont lus et traduits. Bet lamed tav, ayin kof noun, noun chin peh heh : voilà le signe mnémotechnique.

📜 Rachi (1)
גְּמ' וְיֵשׁ לֹא נִקְרִין וְלֹא מִתַּרְגְּמִין מְפָרֵשׁ בְּסֵיפָא מַעֲשֵׂה דָּוִד וְאַמְנוֹן לֹא נִקְרִין בַּהַפְטָרָה:
Guemara. Et il en est qui ne sont ni lus ni traduits — la fin de la baraita l'explique : le récit de David et d'Amnon, qui n'est pas lu en haftara.
⚖️ Rosh (1)
גְּמ' ת"ר יֵשׁ נִקְרָאִין וּמְתַרְגְּמִין נִקְרָאִין וְלֹא מְתַרְגְּמִין לֹא נִקְרָאִין וְלֹא מִתַּרְגְּמִין מַעֲשֵׂה בְרֵאשִׁית נִקְרָא וּמִתַּרְגֵּם וְלָא חָיְישִׁינַן דִּלְמָא אָתוּ לְאַשְׁיוֹלֵי מַה לְפָנִים מַה לְאָחוֹר מַה לְמַעְלָה מַה לְמַטָּה מַעֲשֵׂה לוֹט וּבְנוֹתָיו נִקְרָאִין וּמְתַרְגְּמִין וְלָא חָייְשִׁינַן לִכְבוֹדוֹ שֶׁל אַבְרָהָם מַעֲשֵׂה יְהוּדָה וְתָמָר נִקְרָאִין וּמְתַרְגְּמִין דְּשֶׁבַח הוּא לִיהוּדָה מִשּׁוּם דְּאוֹדִי. מַעֲשֵׂה עֵגֶל הָרִאשׁוֹן נִקְרָא וּמִתַּרְגֵּם וְלָא חָיְישִׁינַן לִכְבוֹדוֹ שֶׁל יִשְׂרָאֵל כִּי הֵיכִי דְּתֶיהֱוֵי לְהוּ כַּפָּרָה הַקְּלָלוֹת וְהַבְּרָכוֹת נִקְרָאִין וּמְתַרְגְּמִין וְלֹא יְהֵא אֶחָד מַתְחִיל וְאֶחָד גּוֹמֵר אֶלָּא הַמַּתְחִיל הוּא הַגּוֹמֵר אֶת כֻּולָּן וה"מ קְלָלוֹת שֶׁבְּתוֹרַת כֹּהֲנִים כְּמוֹ שֶׁאֶכְתֹּוב בְּפֶ' בְּנֵי הָעִיר (ס"י) אַזְהָרוֹת וְעוֹנְשִׁין שֶׁבַּתּוֹרָה נִקְרָאִין וּמְתַרְגְּמִין וְלָא חָיְישִׁינַן דִּלְמָא אָתֵי לְמֶיעְבַּד מֵאַהֲבָה וּמִיִּרְאָה. מַעֲשֵׂה אַמְנוֹן וְתָמָר נִקְרָא וּמִתַּרְגֵּם מַעֲשֵׂה אַבְשָׁלוֹם בִּנְשֵׁי אָבִיו נִקְרָא וּמְתַרְגֵּם וְלָא חָייְשִׁינַן לִכְבוֹדוֹ שֶׁל דָּוִד אָבִיו מַעֲשֵׂה פִּילֶגֶשׁ בַּגִּבְעָה נִקְרָא וּמִתַּרְגֵּם הוֹדַע אֶת יְרוּשָׁלַיִם נִקְרָא וּמְתַרְגֵּם וּמַעֲשֶׂה בְּאֶחָד שֶׁקָּרָא לִפְנֵי ר' אֱלִיעֶזֶר בְּהוֹדַע אֶת יְרוּשָׁלַיִם אָמַר לוֹ לֵךְ וְהוֹדַע אֶת תּוֹעֲבַת אִמֶּךָ וְלֵית הִלְכְתָא כְּוָותֵיהּ וְהַמֶּרְכָּבָה קוֹרְאִין אוֹתָהּ בָּרַבִּים מַעֲשֵׂה רְאוּבֵן נִקְרָא וְלֹא מִתַּרְגֵּם. מַעֲשֶׂה בַּר' חֲנִינָא בֶּן גַּמְלִיאֵל שֶׁהָלַךְ לְכָבוּל וְהָיָה קוֹרֵא הַחַזָּן וַיְהִי בְּשֶׁכִּוֵּן יִשְׂרָאֵל וְגוֹ' וְאָמַר לַמְתֻורְגְּמָן לֹא תְּתַרְגֵּם אֶלָּא אַחֲרוֹן וְשִׁבְּחוּהוּ חֲכָמִים מַעֲשֵׂה עֵגֶל הַשֵּׁנִי נִקְרָא וְלֹא מִיתַּרְגֵּם פֵּירוּשׁ מִשּׁוּם כְּבוֹדוֹ שֶׁל אַהֲרֹן וְאֵלּוּ הֵן מַעֲשֵׂה עֵגֶל הַשֵּׁנִי מִן וַיֹּאמֶר מֹשֶׁה אֶל אַהֲרֹן מֶה עָשָׂה לְךָ הָעָם הַזֶּה עַד וַיַּרְא מֹשֶׁה אֶת הָעָם וְעוֹד פָּסוּק אֶחָד וַיִּגֹּוף ה' אֶת הָעָם. בִּרְכַּת כֹּהֲנִים נִקְרָאִין וְלֹא מְתַרְגְּמִין מ"ט מִשּׁוּם יִשָּׂא. מַעֲשֵׂה אַמְנוֹן וְתָמָר לֹא נִקְרָאִין וְלֹא מִתַּרְגְּמִין וְהָא אָמְרַתְּ מַעֲשֵׂה אַמְנוֹן נִקְרָאִין וּמְתַרְגְּמִין לָא קַשְׁיָא הָא דִּכְתִיב אַמְנוֹן בֶּן דָּוִד הָא דִּכְתִיב אַמְנוֹן סְתָמָא: ת"ר כָּל הַמִּקְרָאוֹת הַכְּתוּבִים בַּתּוֹרָה לִגְנַאי קוֹרִין אוֹתָם לְשֶׁבַח יִשְׁגָּלֶנָּה יִשְׁכָּבֶנָּה בַּעֲפוֹלִים בַּטְּחֹורִים חִרְיוֹנִים דִּבְיוֹנִים לֶאֱכֹול אֶת חוֹרֵיהֶם לֶאֱכֹול אֶת צוֹאוֹתֵיהֶם וְלִשְׁתּוֹת אֶת שִׁינֵּיהֶם אֶת מֵימֵי רַגְלֵיהֶם לְמַחֲרָאוֹת לְמוֹצָאוֹת רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן קָרְחָה אוֹמֵר לְמַחֲרָאוֹת כִּשְׁמָהּ מִפְּנֵי שֶׁגְּנַאי הוּא לַעַ"ז אָמַר רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק כֹּל לֵיצָנוּתָא אֲסִירָא בַּר מִלֵּיצָנוּתָא דע"ז דְּשַׁרְיָא דִּכְתִיב כָּרַע בֵּל קֹרֵס נְבוֹ וּכְתִיב קָרְסוּ כָרְעוּ יַחְדָּו גּוֹ' רַבִּי יַנַּאי אוֹמֵר לְעֶגְלוֹת בֵּית אָוֶן יָגוּרוּ שְׁכַן שֹׁומְרוֹן כִּי אָבַל עָלָיו עַמּוֹ וּכְמָרָיו עָלָיו יָגִילוּ עַל כְּבוֹדוֹ כִּי גָּלָה מִמֶּנּוּ אַל תִּקְרֵי (גָּלָה) כְּבוֹדוֹ אֶלָּא כְּבֵידוֹ כְּאִלּוּ נָטְלָה כְּבוֹדוֹ וּבָטֵל תַּאֲוָתוֹ וְאֵינוֹ מוֹעִיל כְּלוּם דְּהוּא לְשׁוֹן לֵיצָנוּתָא אָמַר רַב הוּנָא בַּר מָנוֹחַ %מִשְּׁמֵיהּ דְּרַב אַחָא בְּרֵיהּ דְּרַב אַיֵּקִי שְׁרֵי לֵיהּ לְבַר יִשְׂרָאֵל לוֹמַר לְנָכְרִי שְׁקִיל ע"ז וַאֲנָחָה בְּשִׁי"ן תָּי"ו שֶׁלְּךָ. וְהַאי מַאן דְּסָנֵי שֻׁומְעָנִי' שָׁרֵי לְבַזּוֹיֵי' בְּשִׁי"ן וְגִימֶ"ל וְגָרְסִינַן בְּסַנְהֶדְרִין (דַּף נב.) כְּמַאן קָרֵינַן לְרַשִּׁיעָא בַּר צַדִּיקָא רַשִּׁיעָא בַּר רַשִּׁיעָא כְּמַאן כִּי הַאי תַּנָּא. תּוֹסֶפְתָּא (פ"ג) הַכְּתוּבָה לָרַבִּים אֵין מְכַנִּין אוֹתָהּ לְיָחִיד לְיָחִיד אֵין מְכַנִּין אוֹתָהּ לְרַבִּים. מָצָאתִי בְּשֵׁם הר"ר יוֹנָה זַ"ל דַּוְקָא כְּשֶׁקּוֹרֵא אָדָם כָּל הַמִּזְמוֹר אוֹ כָּל הָעִנְיָן כַּסֵּדֶר אֲבָל הַמִּתְפַּלֵּל וְאוֹמֵר פְּסוּקִים הֵנָּה וָהֵנָּה יָכוֹל לְכַנּוֹת מִיָּחִיד לְרַבִּים וּמַרְבִּים לְיָחִיד וּמִלְּתָא דִּסְבָרָא הִיא ר' יְהוּדָה אוֹמֵר הַמְתַרְגֵּם פָּסוּק כְּצוּרָתוֹ הֲרֵי זֶה בַּדַּאי וְהַמּוֹסִיף ה"ז מְגַדֵּף (קִידּוּשִׁין דַּף מט.) כְּגוֹן וַיִּרְאוּ אֵת אֱ-לֹהֵי יִשְׂרָאֵל אִם תִּרְגְּמוֹ כְּצוּרָתוֹ וַחֲזוּ יָת אֱלָהָא יִשְׂרָאֵל ה"ז בַּדַּאי דִּכְתִיב כִּי לֹא יִרְאַנִי הָאָדָם וָחָי וְאִם הוֹסִיף מִדַּעְתּוֹ וַחֲזוּ יָת מַלְאֲכָא דֶּאֱלָהָא דְּיִשְׂרָאֵל ה"ז מְגַדֵּף אֶלָּא כְּתַרְגּוּם אוּנְקְלוֹס וַחֲזוּ יָת יְקָרָא דֶּאֱלָהָא דְּיִשְׂרָאֵל תּוּרְגְּמָן הָעוֹמֵד בִּפְנֵי חָכָם אֵינוֹ רַשַּׁאי לֹא לִפְחֹות וְלֹא לְהוֹסִיף אא"כ הוּא אָבִיו אוֹ רַבּוֹ סַנְהֶדְרִין קה: דְּאֵין הָרַב מְקַנֵּא בְּתַלְמִידוֹ מֵאֱלִישָׁע דִּכְתִיב וַיְהִי נָא פִּי שְׁנַיִם בְּרוּחֲךָ אֵלָי וְלֹא הָאָב בִּבְנוֹ מִדָּוִד שֶׁאָמְרוּ לוֹ יֵיטֵב אֱ-לֹהִים אֶת שֵׁם שְׁלֹמֹה מִשְּׁמֶךָ וְגוֹ': 0הֲדַרַן עֲלָךְ הַקּוֹרֵא אֶת הַמְּגִילָּה עוֹמֵד
Guemara. Nos maîtres ont enseigné : il en est qui sont lus et traduits, il en est qui sont lus sans être traduits, il en est qui ne sont ni lus ni traduits. Le récit de la création est lu et traduit, et nous ne craignons pas que l'on en vienne à demander ce qu'il y a devant, ce qu'il y a derrière, ce qu'il y a en haut, ce qu'il y a en bas. Le récit de Lot et de ses filles est lu et traduit, et nous ne craignons pas pour l'honneur d'Avraham. Le récit de Yehouda et de Tamar est lu et traduit, car il tourne à la louange de Yehouda, puisqu'il a reconnu sa faute. Le premier récit du veau est lu et traduit, et nous ne craignons pas pour l'honneur d'Israël, afin qu'ils obtiennent le pardon. Les malédictions et les bénédictions sont lues et traduites, et il ne faut pas que l'un commence et qu'un autre achève, mais celui qui commence les achève toutes ; cela ne vaut que pour les malédictions de Torat Kohanim, comme je l'écrirai au chapitre Benei haïr (siman 10). Les avertissements et les sanctions de la Torah sont lus et traduits, et nous ne craignons pas que l'on en vienne à agir seulement par amour et par crainte. Le récit d'Amnon et de Tamar est lu et traduit. Le récit d'Avchalom avec les femmes de son père est lu et traduit, et nous ne craignons pas pour l'honneur de David son père. Le récit de la concubine de Guivea est lu et traduit. Fais connaître à Yerouchalaim est lu et traduit. Il arriva qu'un homme lut devant Rabbi Eliezer Fais connaître à Yerouchalaim, et il lui dit : va donc faire connaître les abominations de ta mère. La halakha ne suit pas son avis. Et la merkava, on la lit en public. Le récit de Reouven est lu sans être traduit. Il arriva à Rabbi Hanina ben Gamliel, qui était allé à Kavoul : le hazan lisait Et il arriva, tandis qu'Israël demeurait, etc., et il dit au metourgueman : ne traduis que le dernier membre du verset. Les Sages l'en ont loué. Le second récit du veau est lu sans être traduit : l'explication en est l'honneur d'Aharon. Et voici ce qu'est le second récit du veau : depuis Et Moche dit à Aharon : que t a fait ce peuple, jusqu'à Et Moche vit le peuple, plus un verset encore, Et Hachem frappa le peuple. La bénédiction des kohanim est lue sans être traduite. Quelle en est la raison ? À cause de yissa. Le récit d'Amnon et de Tamar n'est ni lu ni traduit. Mais tu as dit que le récit d'Amnon est lu et traduit ! Ce n'est pas une difficulté : ici, là où il est écrit Amnon fils de David ; la, là où il est écrit Amnon sans plus. Nos maîtres ont enseigné : tous les versets écrits dans la Torah en termes crus, on les lit en termes convenables. On lit yechgaléna comme yichkavéna ; ba-afolim comme ba-téhorim ; harionim comme divyonim ; manger leurs excréments pour la première expression du verset ; boire leur urine pour la seconde ; lemahraot comme lemotsaot. Rabbi Yehochoua ben Korha dit : lemahraot se lit selon son nom propre, parce que c'est un déshonneur pour l'idolâtrie. Rav Nahman bar Yits hak dit : toute moquerie est interdite, sauf la moquerie de l'idolâtrie, qui est permise, comme il est écrit : Bel s'est courbé, Nevo s'est affaissé, et il est écrit : Ils se sont affaissés, ils se sont courbés ensemble, etc. Rabbi Yannai dit : au sujet des génisses de Beit Aven tremblera l'habitant de Chomron, car son peuple a pris le deuil sur elle, et ses prêtres se réjouiront sur elle, sur sa gloire, car elle s'est exilée loin de lui — ne lis pas sa gloire mais son poids, comme si on lui avait ôté sa lourdeur : son désir s'est éteint et elle n'est plus d'aucune utilité, ce qui est une façon de se moquer. Rav Houna bar Manoah a dit au nom de Rav Aha fils de Rav Iki : il est permis à un Juif de dire à un non-Juif : prends ton idole et mets-la dans ton chin-tav, par allusion. Et celui dont la réputation est mauvaise, il est permis de le mépriser par chin-guimel. Nous lisons dans Sanhédrin (52a) : selon qui appelons-nous un méchant fils d'un juste méchant fils de méchant ? Selon ce tanna. Tossefta (chapitre 3) : ce qui est écrit au pluriel, on ne le transpose pas au singulier ; ce qui est écrit au singulier, on ne le transpose pas au pluriel. J'ai trouvé au nom de Rabbenou Yona, de mémoire bénie, que cela ne vaut que lorsqu'on lit un psaume entier ou un sujet entier dans son ordre ; mais celui qui prie et dit des versets de ci de là peut passer du singulier au pluriel et du pluriel au singulier, et cela se tient par le raisonnement. Rabbi Yehouda dit : celui qui traduit un verset selon sa forme est un menteur, et celui qui ajoute est un blasphémateur (Kidouchin 49a). Ainsi Et ils virent le D.ieu d'Israël : s'il le traduit selon sa forme, et ils virent le D.ieu d'Israël, c'est un menteur, car il est écrit : Nul homme ne Me verra et vivra. Et s'il ajoute de lui-même, et ils virent l'ange du D.ieu d'Israël, c'est un blasphémateur. Il faut traduire comme le targoum d'Onkelos : et ils virent la gloire du D.ieu d'Israël. Le traducteur qui se tient devant un Sage n'a le droit ni de retrancher ni d'ajouter, à moins qu'il ne s'agisse de son père ou de son maître (Sanhédrin 105b), car le maître n'est pas jaloux de son élève, comme on le voit d'Elicha, dont il est écrit : Qu'une double part de ton esprit soit sur moi ; et le père n'est pas jaloux de son fils, comme on le voit de David, à qui l'on dit : Que D.ieu rende le nom de Chelomo plus grand que le tien, etc. Hadran alakh Hakoreh et haméguila omed.
💡 Explication

La guemara ouvre la baraita qui sert de source à la michna et classe les passages en trois catégories. Le siman, signe mnémotechnique, condense en dix lettres les dix passages de la première catégorie : bereshit, Lot, Tamar ; le veau, les kelalot, les onachin ; Amnon, Avchalom, la pilegech de Guivea, Hodah et Yerouchalaim. La guemara les reprend ensuite un à un, à partir du segment suivant.

Le Roch donne ici le siman qui ferme le chapitre. Il rapporte la baraita entière avec ses raisons, tranche contre Rabbi Eliezer sur Hodah et Yerouchalaim, retient l'honneur d'Aharon comme motif pour le second récit du veau et en fixe les bornes exactes, puis ajoute les règles générales du metourgueman : les lectures de substitution pour les termes crus, la limite de la moquerie, l'interdiction de changer le nombre grammatical, et la règle de Rabbi Yehouda sur la traduction littérale et sur l'ajout.

19
מַעֲשֵׂה בְרֵאשִׁית נִקְרָא וּמִתַּרְגֵּם. פְּשִׁיטָא! מַהוּ דְתֵימָא: אָתוּ לְשַׁיּוֹלֵי מַה לְמַעְלָה מַה לְמַטָּה,

Le récit de la création est lu et traduit. C'est évident !

Tu aurais pu dire : on en viendra à demander ce qu'il y a en haut et ce qu'il y a en bas,

📜 Rachi (1)
מַעֲשֵׂה בְּרֵאשִׁית כּוּ' וְאָמְרִינַן בְּמַסֶּכֶת חֲגִיגָה (דַּף יא:) הַמִּסְתַּכֵּל בְּאַרְבָּעָה דְּבָרִים רָאוּי לוֹ כְּאִילּוּ לֹא בָּא לָעוֹלָם וְהָתָם מְפָרֵשׁ טַעְמָא אֵין רְצוֹנוֹ שֶׁל מֶלֶךְ שֶׁיַּזְכִּירוּ שְׁמוֹ עַל אַשְׁפָּה כו':
Le récit de la création, etc. — et nous disons dans le traité Haguiga (11b) que celui qui contemple quatre choses, mieux vaudrait pour lui n'être pas venu au monde ; là-bas la raison en est expliquée : le Roi ne veut pas que Son nom soit mentionné sur un tas d'ordures, etc.
💡 Explication

La guemara commence à déplier le siman, en suivant l'ordre des lettres. Pour le premier passage, elle formule d'abord la hava amina, l'hypothèse que l'on aurait pu retenir : la lecture publique du récit de la création pourrait pousser l'assemblée vers les questions que Haguiga 11b écarte, sur ce qui précède et ce qui suit le monde, sur ce qui est en haut et en bas. La phrase reste suspendue et s'achève au folio suivant.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).