Megillah 25b — Ce que l'on lit et ce que l'on traduit devant le public : l'honneur des pères ne suspend pas la lecture, et la langue de la traduction

Megillah 25b

Sougya : Le folio déroule jusqu'au bout la braita des passages selon leur régime de lecture publique. Chaque ligne suit le même moule : la braita énonce qu'un passage se lit et se traduit, la guemara objecte que c'est évident, puis nomme la crainte qui aurait pu l'empêcher — l'honneur d'Avraham pour Lot, celui de Yehouda pour Tamar, celui d'Israël pour le veau, celui de David pour Amnon et Avchalom, celui de Binyamin pour la concubine de Guiv'a.

Aucune de ces craintes ne tient : l'aveu de Yehouda est son éloge, et la publication du veau vaut expiation à Israël. Vient ensuite la seconde catégorie, les passages lus sans être traduits, regroupés sous le signe reich-ayin-beit-dalet-noun : l'affaire de Reouven, le second récit du veau, la bénédiction des kohanim, l'affaire de David et d'Amnon.

Ici l'honneur d'Aharon et le risque d'un contresens sur « qu'Il élève Sa face » arrêtent le metourgueman. Le folio se termine sur la langue elle-même : les mots crus de l'Écriture se lisent en termes convenables, la moquerie est interdite sauf contre l'idolâtrie, et l'on peut outrager celui dont la réputation est mauvaise comme on peut louer celui dont la réputation est bonne.

Le chapitre s'achève, et la première michna du chapitre Bnei ha-ir ouvre la question de la vente des objets saints et de l'échelle de sainteté qui les ordonne.

Les trois régimes de lecture publique fixés par la braita 1. Lu et traduit Le récit de la Création Lot et ses deux filles Yehouda et Tamar Le premier récit du veau Malédictions et bénédictions Avertissements et punitions Amnon et Tamar, Avchalom La concubine de Guiva Fais connaître à Yerouchalaim Le public entend le texte et son sens. 2. Lu, sans être traduit Signe : reich ayin beit dalet noun Reouven (Berechit 35,22) Le second récit du veau La bénédiction des kohanim David et Amnon Motifs : l'honneur d'Aharon, et le contresens possible sur qu'Il élève Sa face vers toi. Le public entend le texte seul. 3. Ni lu ni traduit L'affaire de David et d'Amnon là où le verset écrit Amnon fils de David. Là où il écrit Amnon seul, le passage revient dans la première catégorie. Le nom du père accolé au fils est ce qui fait tout écarter. Le public n'entend rien. Le partage ne passe pas par la gravité du récit L'inceste de Lot, la faute de Yehouda, le veau, le viol de Tamar, la concubine de Guiva : tout cela se lit et se traduit. Ce qui arrête le metourgueman tient à deux choses seulement : un honneur qui serait atteint sans profit pour personne (Aharon, David nommé comme père d'Amnon), et un verset que la traduction risque de faire comprendre de travers (la bénédiction des kohanim). Partout ailleurs, l'honneur des pères cède devant la lecture.
Les trois régimes de la braita. La ligne de partage ne suit pas la gravité du contenu : elle suit l'honneur réellement atteint et le risque de contresens.
Le moule répète du folio : pchita, mahu detéma, ka machma lan La braita énonce tel passage se lit et se traduit Pchita ! c'est évident, pourquoi le dire Mahu detéma on aurait pu craindre que... Ka machma lan la braita l'écarte Les craintes nommées, une par ligne Passage Crainte écartée Lot et ses deux filles L'honneur d'Avraham, son proche Yehouda et Tamar L'honneur de Yehouda : son aveu est son éloge Le premier récit du veau L'honneur d'Israël : la publication leur vaut expiation Malédictions et bénédictions Le découragement du public Avertissements et punitions Servir par crainte du châtiment Amnon et Tamar, Avchalom L'honneur de David La concubine de Guiva L'honneur de la tribu de Binyamin Fais connaître à Yerouchalaim L'avis de Rabbi Eliezer, écarté par la braita Huit fois la même forme. Le folio enseigne moins des cas isolés qu'une règle : la crainte de l'honneur ne suffit pas.
Le folio répète huit fois la même structure. La colonne de droite donne la liste complète de ce qui aurait pu empêcher la lecture, et que la braita refuse.
La langue devant le public : adoucir, et les deux permissions inverses Règle : ce qui est écrit cru se lit convenable On lit toujours le mot de substitution, jamais le mot que le rouleau porte. Cinq exemples dans la braita : deux de la Torah (Devarim 28), trois des Rois. La pudeur porte sur la bouche du lecteur. Exception : Rabbi Yehochoua ben Korha La-maharaot se lit selon son nom, sans adoucissement. Motif : le verset parle de ce que l'on a fait du temple de Baal, et le mot cru sert ici à l'avilissement de l'idolâtrie. Rav Nahman : toute moquerie est interdite Sauf celle qui vise l'idolâtrie. Appuis : Bel s'affaisse, Nevo se courbe ; et selon Rabbi Yannai, sa gloire lue comme son poids (Hochea 10,5). Rav Achi : deux permissions symétriques Mauvaise réputation : on peut l'outrager par un guimel et un chin. Bonne réputation : on peut le louer, et les bénédictions reposent sur qui le loue.
Le folio passe du contenu lu à la langue qui le porte. L'adoucissement est la règle, et deux exceptions inverses en délimitent la portée.
1
וּמַה לִפְנִים וּמַה לְאָחוֹר, קָא מַשְׁמָע לַן.

... et ce qu'il y a en avant et ce qu'il y a en arrière : il vient nous l'apprendre.

🗂️ Tossefot (1)
מַה לְפָנִים מַה לְאָחוֹר פִּי' מַה בְּסוֹף גְּבוּלֵי הָעוֹלָם לְמִזְרָח וְלַמַּעֲרָב אִי נָמֵי מֶה הָיָה קֹודֶם שֵׁשֶׁת יְמֵי בְּרֵאשִׁית וּמַה יִהְיֶה אַחַר שֶׁיִּכְלֶה הָעוֹלָם:
Explication : ce qui se trouve au bout des limites du monde, à l'orient et à l'occident. Ou bien : ce qui fut avant les six jours de la Création, et ce qui sera après que le monde aura pris fin.
💡 Explication

Le folio 25b s'ouvre sur la fin d'une phrase commencée en 25a. La braita y enseignait que le récit de la Création se lit et se traduit en public. La guemara objectait que c'était évident, puis nommait la crainte qui aurait pu s'y opposer : que le public en vienne à s'interroger sur ce qu'il y a en haut, en bas, en avant et en arrière, domaine que la michna de Haguiga 11b interdit d'exposer. La braita écarte cette crainte.

Le mot ka machma lan (« il vient nous l'apprendre ») ferme chaque étape du raisonnement : la braita a pris la peine de dire une chose apparemment évidente, précisément pour écarter l'objection qu'on aurait pu lui opposer.

2
מַעֲשֵׂה לוֹט וּשְׁתֵּי בְנוֹתָיו נִקְרָא וּמִתַּרְגֵּם. פְּשִׁיטָא! מַהוּ דְתֵימָא: נִיחוּשׁ לִכְבוֹדוֹ דְּאַבְרָהָם, קָא מַשְׁמָע לַן.

L'affaire de Lot et de ses deux filles se lit et se traduit. C'est évident !

Que dirait-on ? Que l'on craigne pour l'honneur d'Avraham — il vient nous l'apprendre.

🪔 Ben Yehoyada (1)
נִיחוּשׁ לִכְבוֹדוֹ דְּאַבְרָהָם. נִרְאֶה לִי לָאו מִשּׁוּם קֻורְבָה בִּלְבַד אֶלָּא מִשּׁוּם דְּעַמֵּי הָאָרֶץ שׁוֹמְעִין דְּאָמַר אַבְרָהָם לְלוֹט (בְּרֵאשִׁית יג, ח) 'כִּי אֲנָשִׁים אַחִים אֲנַחְנוּ' וְכֵן הַכָּתוּב קוֹרֵא אוֹתוֹ אָחִיו דִּכְתִיב (בְּרֵאשִׁית יד, יד) 'וַיִּשְׁמַע אַבְרָם כִּי נִשְׁבָּה אָחִיו' דְּשָׁוִין זֶה בָּזֶה וְאִם יִשְׁמְעוּ עִנְיָן שֶׁקָּרָה לְלוֹט עִם בְּנוֹתָיו יִהְיֶה בִּזָּיוֹן שֶׁיֹּאמַר זֶה שֶׁעָשָׂה כָּךְ הַכָּתוּב מַשְׁוֶה אוֹתוֹ עִם אַבְרָהָם אָבִינוּ עָלָיו הַשָּׁלוֹם.
« Que l'on craigne pour l'honneur d'Avraham. » Il me semble que la crainte tient à davantage qu'à la seule parenté : les gens du peuple entendent qu'Avraham a dit à Lot « car nous sommes des hommes frères » (Berechit 13,8), et que l'Écriture elle-même l'appelle son frère, ainsi qu'il est écrit « Avram entendit que son frère avait été fait prisonnier » (Berechit 14,14), ce qui les met sur le même rang. S'ils entendent alors ce qui est arrivé à Lot avec ses filles, il y aura outrage, car on dira : celui qui a agi de la sorte, l'Écriture le met au rang d'Avraham notre père, que la paix soit sur lui.
⚖️ Rosh (1)
גְּמ' ת"ר יֵשׁ נִקְרָאִין וּמְתַרְגְּמִין נִקְרָאִין וְלֹא מְתַרְגְּמִין לֹא נִקְרָאִין וְלֹא מִתַּרְגְּמִין מַעֲשֵׂה בְרֵאשִׁית נִקְרָא וּמִתַּרְגֵּם וְלָא חָיְישִׁינַן דִּלְמָא אָתוּ לְאַשְׁיוֹלֵי מַה לְפָנִים מַה לְאָחוֹר מַה לְמַעְלָה מַה לְמַטָּה מַעֲשֵׂה לוֹט וּבְנוֹתָיו נִקְרָאִין וּמְתַרְגְּמִין וְלָא חָייְשִׁינַן לִכְבוֹדוֹ שֶׁל אַבְרָהָם מַעֲשֵׂה יְהוּדָה וְתָמָר נִקְרָאִין וּמְתַרְגְּמִין דְּשֶׁבַח הוּא לִיהוּדָה מִשּׁוּם דְּאוֹדִי. מַעֲשֵׂה עֵגֶל הָרִאשׁוֹן נִקְרָא וּמִתַּרְגֵּם וְלָא חָיְישִׁינַן לִכְבוֹדוֹ שֶׁל יִשְׂרָאֵל כִּי הֵיכִי דְּתֶיהֱוֵי לְהוּ כַּפָּרָה הַקְּלָלוֹת וְהַבְּרָכוֹת נִקְרָאִין וּמְתַרְגְּמִין וְלֹא יְהֵא אֶחָד מַתְחִיל וְאֶחָד גּוֹמֵר אֶלָּא הַמַּתְחִיל הוּא הַגּוֹמֵר אֶת כֻּולָּן וה"מ קְלָלוֹת שֶׁבְּתוֹרַת כֹּהֲנִים כְּמוֹ שֶׁאֶכְתֹּוב בְּפֶ' בְּנֵי הָעִיר (ס"י) אַזְהָרוֹת וְעוֹנְשִׁין שֶׁבַּתּוֹרָה נִקְרָאִין וּמְתַרְגְּמִין וְלָא חָיְישִׁינַן דִּלְמָא אָתֵי לְמֶיעְבַּד מֵאַהֲבָה וּמִיִּרְאָה. מַעֲשֵׂה אַמְנוֹן וְתָמָר נִקְרָא וּמִתַּרְגֵּם מַעֲשֵׂה אַבְשָׁלוֹם בִּנְשֵׁי אָבִיו נִקְרָא וּמְתַרְגֵּם וְלָא חָייְשִׁינַן לִכְבוֹדוֹ שֶׁל דָּוִד אָבִיו מַעֲשֵׂה פִּילֶגֶשׁ בַּגִּבְעָה נִקְרָא וּמִתַּרְגֵּם הוֹדַע אֶת יְרוּשָׁלַיִם נִקְרָא וּמְתַרְגֵּם וּמַעֲשֶׂה בְּאֶחָד שֶׁקָּרָא לִפְנֵי ר' אֱלִיעֶזֶר בְּהוֹדַע אֶת יְרוּשָׁלַיִם אָמַר לוֹ לֵךְ וְהוֹדַע אֶת תּוֹעֲבַת אִמֶּךָ וְלֵית הִלְכְתָא כְּוָותֵיהּ וְהַמֶּרְכָּבָה קוֹרְאִין אוֹתָהּ בָּרַבִּים מַעֲשֵׂה רְאוּבֵן נִקְרָא וְלֹא מִתַּרְגֵּם. מַעֲשֶׂה בַּר' חֲנִינָא בֶּן גַּמְלִיאֵל שֶׁהָלַךְ לְכָבוּל וְהָיָה קוֹרֵא הַחַזָּן וַיְהִי בְּשֶׁכִּוֵּן יִשְׂרָאֵל וְגוֹ' וְאָמַר לַמְתֻורְגְּמָן לֹא תְּתַרְגֵּם אֶלָּא אַחֲרוֹן וְשִׁבְּחוּהוּ חֲכָמִים מַעֲשֵׂה עֵגֶל הַשֵּׁנִי נִקְרָא וְלֹא מִיתַּרְגֵּם פֵּירוּשׁ מִשּׁוּם כְּבוֹדוֹ שֶׁל אַהֲרֹן וְאֵלּוּ הֵן מַעֲשֵׂה עֵגֶל הַשֵּׁנִי מִן וַיֹּאמֶר מֹשֶׁה אֶל אַהֲרֹן מֶה עָשָׂה לְךָ הָעָם הַזֶּה עַד וַיַּרְא מֹשֶׁה אֶת הָעָם וְעוֹד פָּסוּק אֶחָד וַיִּגֹּוף ה' אֶת הָעָם. בִּרְכַּת כֹּהֲנִים נִקְרָאִין וְלֹא מְתַרְגְּמִין מ"ט מִשּׁוּם יִשָּׂא. מַעֲשֵׂה אַמְנוֹן וְתָמָר לֹא נִקְרָאִין וְלֹא מִתַּרְגְּמִין וְהָא אָמְרַתְּ מַעֲשֵׂה אַמְנוֹן נִקְרָאִין וּמְתַרְגְּמִין לָא קַשְׁיָא הָא דִּכְתִיב אַמְנוֹן בֶּן דָּוִד הָא דִּכְתִיב אַמְנוֹן סְתָמָא: ת"ר כָּל הַמִּקְרָאוֹת הַכְּתוּבִים בַּתּוֹרָה לִגְנַאי קוֹרִין אוֹתָם לְשֶׁבַח יִשְׁגָּלֶנָּה יִשְׁכָּבֶנָּה בַּעֲפוֹלִים בַּטְּחֹורִים חִרְיוֹנִים דִּבְיוֹנִים לֶאֱכֹול אֶת חוֹרֵיהֶם לֶאֱכֹול אֶת צוֹאוֹתֵיהֶם וְלִשְׁתּוֹת אֶת שִׁינֵּיהֶם אֶת מֵימֵי רַגְלֵיהֶם לְמַחֲרָאוֹת לְמוֹצָאוֹת רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן קָרְחָה אוֹמֵר לְמַחֲרָאוֹת כִּשְׁמָהּ מִפְּנֵי שֶׁגְּנַאי הוּא לַעַ"ז אָמַר רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק כֹּל לֵיצָנוּתָא אֲסִירָא בַּר מִלֵּיצָנוּתָא דע"ז דְּשַׁרְיָא דִּכְתִיב כָּרַע בֵּל קֹרֵס נְבוֹ וּכְתִיב קָרְסוּ כָרְעוּ יַחְדָּו גּוֹ' רַבִּי יַנַּאי אוֹמֵר לְעֶגְלוֹת בֵּית אָוֶן יָגוּרוּ שְׁכַן שֹׁומְרוֹן כִּי אָבַל עָלָיו עַמּוֹ וּכְמָרָיו עָלָיו יָגִילוּ עַל כְּבוֹדוֹ כִּי גָּלָה מִמֶּנּוּ אַל תִּקְרֵי (גָּלָה) כְּבוֹדוֹ אֶלָּא כְּבֵידוֹ כְּאִלּוּ נָטְלָה כְּבוֹדוֹ וּבָטֵל תַּאֲוָתוֹ וְאֵינוֹ מוֹעִיל כְּלוּם דְּהוּא לְשׁוֹן לֵיצָנוּתָא אָמַר רַב הוּנָא בַּר מָנוֹחַ %מִשְּׁמֵיהּ דְּרַב אַחָא בְּרֵיהּ דְּרַב אַיֵּקִי שְׁרֵי לֵיהּ לְבַר יִשְׂרָאֵל לוֹמַר לְנָכְרִי שְׁקִיל ע"ז וַאֲנָחָה בְּשִׁי"ן תָּי"ו שֶׁלְּךָ. וְהַאי מַאן דְּסָנֵי שֻׁומְעָנִי' שָׁרֵי לְבַזּוֹיֵי' בְּשִׁי"ן וְגִימֶ"ל וְגָרְסִינַן בְּסַנְהֶדְרִין (דַּף נב.) כְּמַאן קָרֵינַן לְרַשִּׁיעָא בַּר צַדִּיקָא רַשִּׁיעָא בַּר רַשִּׁיעָא כְּמַאן כִּי הַאי תַּנָּא. תּוֹסֶפְתָּא (פ"ג) הַכְּתוּבָה לָרַבִּים אֵין מְכַנִּין אוֹתָהּ לְיָחִיד לְיָחִיד אֵין מְכַנִּין אוֹתָהּ לְרַבִּים. מָצָאתִי בְּשֵׁם הר"ר יוֹנָה זַ"ל דַּוְקָא כְּשֶׁקּוֹרֵא אָדָם כָּל הַמִּזְמוֹר אוֹ כָּל הָעִנְיָן כַּסֵּדֶר אֲבָל הַמִּתְפַּלֵּל וְאוֹמֵר פְּסוּקִים הֵנָּה וָהֵנָּה יָכוֹל לְכַנּוֹת מִיָּחִיד לְרַבִּים וּמַרְבִּים לְיָחִיד וּמִלְּתָא דִּסְבָרָא הִיא ר' יְהוּדָה אוֹמֵר הַמְתַרְגֵּם פָּסוּק כְּצוּרָתוֹ הֲרֵי זֶה בַּדַּאי וְהַמּוֹסִיף ה"ז מְגַדֵּף (קִידּוּשִׁין דַּף מט.) כְּגוֹן וַיִּרְאוּ אֵת אֱ-לֹהֵי יִשְׂרָאֵל אִם תִּרְגְּמוֹ כְּצוּרָתוֹ וַחֲזוּ יָת אֱלָהָא יִשְׂרָאֵל ה"ז בַּדַּאי דִּכְתִיב כִּי לֹא יִרְאַנִי הָאָדָם וָחָי וְאִם הוֹסִיף מִדַּעְתּוֹ וַחֲזוּ יָת מַלְאֲכָא דֶּאֱלָהָא דְּיִשְׂרָאֵל ה"ז מְגַדֵּף אֶלָּא כְּתַרְגּוּם אוּנְקְלוֹס וַחֲזוּ יָת יְקָרָא דֶּאֱלָהָא דְּיִשְׂרָאֵל תּוּרְגְּמָן הָעוֹמֵד בִּפְנֵי חָכָם אֵינוֹ רַשַּׁאי לֹא לִפְחֹות וְלֹא לְהוֹסִיף אא"כ הוּא אָבִיו אוֹ רַבּוֹ סַנְהֶדְרִין קה: דְּאֵין הָרַב מְקַנֵּא בְּתַלְמִידוֹ מֵאֱלִישָׁע דִּכְתִיב וַיְהִי נָא פִּי שְׁנַיִם בְּרוּחֲךָ אֵלָי וְלֹא הָאָב בִּבְנוֹ מִדָּוִד שֶׁאָמְרוּ לוֹ יֵיטֵב אֱ-לֹהִים אֶת שֵׁם שְׁלֹמֹה מִשְּׁמֶךָ וְגוֹ': 0הֲדַרַן עֲלָךְ הַקּוֹרֵא אֶת הַמְּגִילָּה עוֹמֵד
Guemara. Nos maîtres ont enseigné : il y a des passages qui se lisent et se traduisent, d'autres qui se lisent sans se traduire, d'autres qui ne se lisent ni ne se traduisent. Le récit de la Création se lit et se traduit, et l'on ne craint pas qu'on en vienne à s'interroger sur ce qu'il y a en avant, ce qu'il y a en arrière, ce qu'il y a en haut, ce qu'il y a en bas. L'affaire de Lot et de ses filles se lit et se traduit, et l'on ne craint pas pour l'honneur d'Avraham. L'affaire de Yehouda et de Tamar se lit et se traduit, car c'est un éloge pour Yehouda, du fait qu'il a avoué. Le premier récit du veau se lit et se traduit, et l'on ne craint pas pour l'honneur d'Israël, afin qu'ils en obtiennent expiation. Les malédictions et les bénédictions se lisent et se traduisent, et que l'un ne commence pas tandis qu'un autre achève : celui qui commence achève le tout. Cela vaut pour les malédictions du Torat Kohanim, comme je l'écrirai au chapitre Bnei ha-ir (siman 10). Les avertissements et les punitions de la Torah se lisent et se traduisent, et l'on ne craint pas qu'on en vienne à agir par amour ou par crainte. L'affaire d'Amnon et de Tamar se lit et se traduit ; l'affaire d'Avchalom avec les femmes de son père se lit et se traduit, et l'on ne craint pas pour l'honneur de David son père. L'affaire de la concubine de Guiv'a se lit et se traduit. « Fais connaître à Yerouchalaim » se lit et se traduit. Il arriva qu'un homme lut devant Rabbi Eliezer « Fais connaître à Yerouchalaim » ; il lui dit : va et fais connaître les abominations de ta mère. La halakha ne suit pas son avis. Quant à la merkava, on la lit en public. L'affaire de Reouven se lit sans se traduire. Il arriva à Rabbi Hanina ben Gamliel, qui s'était rendu à Kavoul : le hazan lisait « Et il advint, tandis qu'Israël demeurait, etc. », et il dit au metourgueman : ne traduis que le dernier membre. Et les Sages le louèrent. Le second récit du veau se lit sans se traduire — explication : à cause de l'honneur d'Aharon. Et voici ce qu'est le second récit du veau : depuis « Moche dit à Aharon : que t'a fait ce peuple » jusqu'à « Moche vit le peuple », ainsi qu'un verset de plus : « ה' frappa le peuple ». La bénédiction des kohanim se lit sans se traduire. Pour quelle raison ? À cause de « qu'Il élève ». L'affaire d'Amnon et de Tamar ne se lit ni ne se traduit. Mais tu as dit que l'affaire d'Amnon se lit et se traduit ! Ce n'est pas une difficulté : ici, là où il est écrit « Amnon fils de David » ; la, là où il est écrit « Amnon » sans plus. Nos maîtres ont enseigné : tous les versets écrits dans la Torah en termes crus, on les lit en termes convenables. Yichgaléna : yichkavéna. Ba-ofalim : ba-téhorim. Hiryonim : divyonim. « Manger leurs horeihem » : manger leurs excréments. « Et boire leurs chineihem » : leurs eaux des pieds. La-mahara'ot : la-motsa'ot. Rabbi Yehochoua ben Korha dit : la-mahara'ot selon son nom, parce que c'est un outrage pour l'idolâtrie. Rav Nahman bar Its'hak a dit : toute moquerie est interdite, sauf la moquerie de l'idolâtrie, qui est permise, ainsi qu'il est écrit « Bel s'affaisse, Nevo se courbe », et il est écrit « ils se sont courbés, ils se sont affaissés ensemble, etc. ». Rabbi Yannai dit : « Pour les génisses de Beit Aven les habitants de Chomron tremblent ; car son peuple mène deuil sur lui, et ses prêtres se réjouissaient sur lui, pour sa gloire, car elle a été exilée de lui. » Ne lis pas « sa gloire » mais « son poids » : comme si sa gloire lui avait été ôtée, son attrait aboli, et qu'elle ne serve plus à rien — et c'est là un propos de moquerie. Rav Houna bar Manoah a dit au nom de Rav Aha fils de Rav Ika : il est permis à un fils d'Israël de dire à un non-Juif : prends ton idole et mets-la dans ton chin-tav. Et celui dont la réputation est mauvaise, il est permis de l'outrager par un chin et un guimel. Et nous lisons dans Sanhédrin (52a) : selon qui appelons-nous le méchant fils d'un juste « méchant fils de méchant » ? Selon qui ? Selon ce tana. Tossefta (chapitre 3) : ce qui est écrit au pluriel, on ne le transpose pas au singulier ; ce qui est écrit au singulier, on ne le transpose pas au pluriel. J'ai trouvé au nom de Rabbenou Yona, de mémoire bénie : cela vaut seulement lorsqu'on lit tout le psaume ou tout le passage dans son ordre ; mais celui qui prie et dit des versets ici et là peut transposer du singulier au pluriel et du pluriel au singulier — et c'est chose de bon sens. Rabbi Yehouda dit : celui qui traduit un verset selon sa forme littérale est un menteur, et celui qui ajoute est un blasphémateur (Kidouchin 49a). Par exemple « et ils virent le D.ieu d'Israël » : s'il le traduit selon sa forme, « et ils virent le D.ieu d'Israël », c'est un menteur, puisqu'il est écrit « car l'homme ne peut Me voir et vivre » ; et s'il ajoute de son propre chef « et ils virent l'ange du D.ieu d'Israël », c'est un blasphémateur. Il faut traduire comme le Targoum d'Onkelos : « et ils virent la gloire du D.ieu d'Israël ». Le metourgueman qui se tient devant un Sage n'a le droit ni de retrancher ni d'ajouter, sauf s'il s'agit de son père ou de son maître (Sanhédrin 105b), car le maître ne jalouse pas son disciple — on l'apprend d'Elicha, dont il est écrit « qu'une double part de ton esprit vienne sur moi » — ni le père son fils, on l'apprend de David, à qui l'on dit « que D.ieu rende le nom de Chelomo meilleur que ton nom, etc. ». Hadran alakh, « Celui qui lit la meguila debout ».
💡 Explication

Lot est le neveu d'Avraham. Publier son inceste avec ses filles (Berechit 19,30-38) jette une ombre sur la famille d'Avraham, et l'on aurait pu invoquer le kevod d'Avraham pour taire le passage au moins à la traduction. La braita refuse.

Le Ben Yehoyada précise ce qui rendait la crainte sérieuse : l'Écriture appelle Lot le « frère » d'Avraham, ce qui les met verbalement sur le même rang aux oreilles du public non lettre.

3
מַעֲשֵׂה תָּמָר וִיהוּדָה נִקְרָא וּמִתַּרְגֵּם. פְּשִׁיטָא! מַהוּ דְתֵימָא: לִיחוּשׁ לִכְבוֹדוֹ דִּיהוּדָה, קָא מַשְׁמַע לַן שְׁבָחֵיהּ הוּא דְּאוֹדִי.

L'affaire de Tamar et de Yehouda se lit et se traduit. C'est évident !

Que dirait-on ? Que l'on craigne pour l'honneur de Yehouda — il vient nous apprendre que c'est son éloge, puisqu'il a avoué.

📜 Rachi (2)
קמ"ל שִׁבְחוֹ הוּא שֶׁבַח הוּא לִיהוּדָה הַקַּרְיָיה:
La lecture publique est un éloge pour Yehouda.
דְּאוֹדִי שֶׁהוֹדָה מֵחֶטְאוֹ:
Il a reconnu sa faute.
💡 Explication

La réponse change ici de nature. Pour Lot, la guemara se contentait d'écarter la crainte ; pour Yehouda, elle la retourne. Le passage de Berechit 38 se termine par l'aveu de Yehouda, tsadka mimeni (« elle est plus juste que moi »), et cet aveu public fait de tout le récit un chevah, un éloge.

4
מַעֲשֵׂה עֵגֶל הָרִאשׁוֹן נִקְרָא וּמִתַּרְגֵּם. פְּשִׁיטָא! מַהוּ דְתֵימָא: לֵיחוּשׁ לִכְבוֹדָן שֶׁל יִשְׂרָאֵל, קָא מַשְׁמָע לַן: כָּל שֶׁכֵּן דְּנִיחָא לְהוּ, דְּהָוְיָא לְהוּ כַּפָּרָה.

Le premier récit du veau se lit et se traduit. C'est évident !

Que dirait-on ? Que l'on craigne pour l'honneur d'Israël — il vient nous apprendre qu'à plus forte raison cela leur convient, puisqu'ils en obtiennent une expiation.

🪔 Ben Yehoyada (1)
ליחוש לכבודן של ישראל? קא משמע לן, כל־שכן דניחא להו, דהויא להו כפרה. קשה כיון דאין ידועין בשמותם, איך הוי להו כפרה בבזיון זה? ונראה לי הכפרה לאו משום בזיון אלא משום דהמון העם כששומעין שאחר שעשו רע כזה קבלם השם יתברך בתשובה על ידי כך גם הם יהרהרו בתשובה, ולכן בזו הסיבה שגרמו הרהור תשובה להמון העם השומעין הויא להו כפרה. ומה שאין מתרגמין מעשה ראובן, משום דאין הדברים כפשוטן דבאמת לא שכב אלא רק בלבל שמנע שכיבה של אביו.
« Que l'on craigne pour l'honneur d'Israël ? Il nous apprend qu'à plus forte raison cela leur convient, puisqu'ils en obtiennent expiation. » Difficulté : puisqu'ils ne sont pas connus par leurs noms, comment obtiennent-ils expiation par cet outrage ? Il me semble que l'expiation tient à autre chose qu'à l'outrage : lorsque la foule entend qu'après avoir commis un tel mal Hachem les a reçus dans la techouva, elle aussi se met à penser à la techouva ; et parce qu'ils ont été la cause de ce mouvement de techouva chez ceux qui l'entendent, ils en obtiennent expiation. Et si l'on ne traduit pas l'affaire de Reouven, c'est parce que les choses ne sont pas à prendre au sens littéral : en vérité il n'a pas couché, il a seulement bouleversé la couche, en empêchant son père de s'y coucher.
💡 Explication

Le premier récit du veau est le récit des faits eux-mêmes (Chemot 32,1-20). Le second, celui de la réponse d'Aharon à Moche, recevra plus loin un traitement différent. La guemara va ici plus loin que dans les lignes précédentes : la publication ne se contente pas d'être tolérable, elle est souhaitable pour Israël, car la honte publique vaut kapara, expiation.

5
קְלָלוֹת וּבְרָכוֹת נִקְרִין וּמִתַּרְגְּמִין. פְּשִׁיטָא! מַהוּ דְתֵימָא: נֵיחוּשׁ דִּלְמָא פָּיְיגָא דַּעְתַּייְהוּ דְצִבּוּרָא, קָא מַשְׁמָע לַן.

Les malédictions et les bénédictions se lisent et se traduisent. C'est évident !

Que dirait-on ? Que l'on craigne que le public ne se décourage — il vient nous l'apprendre.

📜 Rachi (1)
פָּייְגִי דַּעְתַּיְיהוּ יַחֲלֹושׁ דַּעְתָּן כְּשֶׁיִּשְׁמְעוּ שֶׁיְּהוּ נֶעֱנָשִׁין וְיֹאמְרוּ טוֹב לֵיהָנוֹת מִן הָעוֹלָם הַזֶּה בְּכָל רְצוֹנֵנוּ הוֹאִיל וְסוֹפֵנוּ לֵיעָנֵשׁ:
Leur résolution faiblira quand ils entendront qu'ils seront punis, et ils diront : mieux vaut profiter de ce monde à notre gré, puisque nous finirons punis.
💡 Explication

La crainte change d'objet. Jusqu'ici il s'agissait de l'honneur d'un personnage ; ici il s'agit de l'effet sur ceux qui écoutent. Payga da'atayhou : leur résolution faiblirait à entendre la liste des châtiments, jusqu'à conclure qu'il vaut mieux profiter du monde présent puisque la punition viendra de toute façon. La braita écarte ce calcul.

6
אַזְהָרוֹת וָעֳונָשִׁין נִקְרִין וּמִתַּרְגְּמִין. פְּשִׁיטָא! מַהוּ דְתֵימָא: נֵיחוּשׁ דִּלְמָא אָתוּ לְמֶעְבַּד מִיִּרְאָה, קָא מַשְׁמָע לַן.

Les avertissements et les punitions se lisent et se traduisent. C'est évident !

Que dirait-on ? Que l'on craigne qu'ils n'en viennent à agir par crainte — il vient nous l'apprendre.

📜 Rachi (2)
מֵאַהֲבָה שֶׁל בְּרָכוֹת:
Par amour : à cause des bénédictions.
וּמִיִּרְאָה שֶׁל קְלָלוֹת וְאֵין לָבָן לַשָּׁמַיִם:
Et par crainte : à cause des malédictions ; et leur cœur ne serait pas tourné vers le Ciel.
💡 Explication

Crainte inverse de la précédente. La lecture des bénédictions et des malédictions risquerait cette fois de produire un service intéressé : agir pour la récompense promise ou par peur du châtiment annoncé, au lieu de servir lichma, pour le Ciel. Rachi répartit les deux mobiles : l'amour répond aux bénédictions, la crainte aux malédictions.

7
מַעֲשֵׂה אַמְנוֹן וְתָמָר נִקְרָא וּמִתַּרְגֵּם [מַעֲשֵׂה אַבְשָׁלוֹם נִקְרָא וּמִתַּרְגֵּם]. פְּשִׁיטָא! מַהוּ דְתֵימָא: לִיחוּשׁ לִיקָרֵיהּ דְּדָוִד, קָא מַשְׁמָע לַן.

L'affaire d'Amnon et de Tamar se lit et se traduit [l'affaire d'Avchalom se lit et se traduit]. C'est évident !

Que dirait-on ? Que l'on craigne pour l'honneur de David — il vient nous l'apprendre.

💡 Explication

Les deux récits touchent des fils de David : le viol de Tamar par Amnon (II Chemouel 13) et Avchalom avec les concubines de son père (II Chemouel 16,22). L'honneur atteint est celui du père. La braita l'écarte ici — mais ce même motif reviendra plus loin, avec une issue différente, lorsque le verset nomme Amnon « fils de David ».

8
מַעֲשֵׂה פִּילֶגֶשׁ בַּגִּבְעָה נִקְרָא וּמִתַּרְגֵּם. פְּשִׁיטָא! מַהוּ דְתֵימָא: לִיחוּשׁ לִכְבוֹדוֹ דְּבִנְיָמִין, קָא מַשְׁמָע לַן.

L'affaire de la concubine de Guiv'a se lit et se traduit. C'est évident !

Que dirait-on ? Que l'on craigne pour l'honneur de Binyamin — il vient nous l'apprendre.

💡 Explication

Le récit des Juges 19-21 s'achève sur une guerre qui faillit effacer la tribu de Binyamin. L'honneur en cause est ici celui d'une tribu entière, et non plus d'un individu. La braita écarte pareillement.

9
״הוֹדַע אֶת יְרוּשָׁלִַם אֶת תּוֹעֲבֹותֶיהָ״ נִקְרָא וּמְתַרְגֵּם. פְּשִׁיטָא! לְאַפּוֹקֵי מִדְּרַבִּי אֱלִיעֶזֶר. דְּתַנְיָא: מַעֲשֶׂה בְּאָדָם אֶחָד שֶׁהָיָה קוֹרֵא לְמַעְלָה מֵרַבִּי אֱלִיעֶזֶר ״הוֹדַע אֶת יְרוּשָׁלִַם אֶת תּוֹעֲבֹותֶיהָ״. אָמַר לוֹ: עַד שֶׁאַתָּה בּוֹדֵק בְּתוֹעֲבוֹת יְרוּשָׁלַיִם צֵא וּבְדֹוק בְּתוֹעֲבוֹת אִמֶּךָ. בָּדְקוּ אַחֲרָיו וּמָצְאוּ בּוֹ שֶׁמֶץ פְּסוּל.

« Fais connaître à Yerouchalaim ses abominations » se lit et se traduit. C'est évident !

Cela vient écarter l'avis de Rabbi Eliezer. Car il a été enseigné : il arriva qu'un homme lisait devant Rabbi Eliezer « Fais connaître à Yerouchalaim ses abominations ».

Il lui dit : avant d'examiner les abominations de Yerouchalaim, va examiner les abominations de ta mère. On enquêta sur lui, et l'on trouva en lui une trace d'invalidité.

🗂️ Tossefot (1)
פֶּרֶק רְבִיעִי בְּנֵי הָעִיר
Quatrième chapitre : Bnei ha-ir, « Les habitants de la ville ».
💡 Explication

Le chapitre 16 de Ye'hezkel décrit les fautes de Yerouchalaim en termes très durs. Rabbi Eliezer refusait qu'on le prenne comme haftara. La braita retient l'avis contraire, et la mention du cas sert précisément à écarter le sien.

Chemets passoul : une trace d'invalidité dans la filiation, un soupçon sur la conduite de sa mère qui rend son statut douteux. Le récit explique rétrospectivement pourquoi cet homme avait choisi ce passage, et pourquoi Rabbi Eliezer l'a repris si vivement.

10
וְאֵלּוּ נִקְרִין וְלֹא מִתַּרְגְּמִין, (רעבד״‎ן סִימָן) מַעֲשֵׂה רְאוּבֵן נִקְרָא וְלֹא מִתַּרְגֵּם. וּמַעֲשֶׂה בְּרַבִּי חֲנִינָא בֶּן גַּמְלִיאֵל שֶׁהָלַךְ לְכָבוּל, וְהָיָה קוֹרֵא חַזַּן הַכְּנֶסֶת ״וַיְהִי בְּשֶׁכִּוֵּן יִשְׂרָאֵל״, וְאָמַר לוֹ לַמְתֻורְגְּמָן: (הַפְּסָק) אַל תְּתַרְגֵּם אֶלָּא אַחֲרוֹן, וְשִׁיבְּחוּהוּ חֲכָמִים.

Et voici ceux qui se lisent sans se traduire (signe : reich, ayin, beit, dalet, noun) : l'affaire de Reouven se lit sans se traduire. Il arriva à Rabbi Hanina ben Gamliel, qui s'était rendu à Kavoul : le hazan de la synagogue lisait « Et il advint, tandis qu'Israël demeurait », et il dit au metourgueman : (arrête) ne traduis que le dernier.

Et les Sages le louèrent.

📜 Rachi (1)
אַל תְּתַרְגֵּם אֶלָּא אַחֲרוֹן וַיִּהְיוּ בְנֵי יַעֲקֹב שְׁנֵים עָשָׂר וְהַפָּסוּק הַזֶּה נִפְסַק בְּהֶפְסֵק פָּרָשָׁה לְכָךְ קוֹרֵהוּ אַחֲרוֹן כְּאִילּוּ הוּא פָּסוּק לְעַצְמוֹ:
« Et les fils de Yaakov furent douze. » Ce membre de phrase est séparé par une coupure de paracha, c'est pourquoi il l'appelle « le dernier », comme s'il formait un verset à lui seul.
💡 Explication

Le folio passe à la deuxième catégorie. Le signe mnémotechnique réunit les initiales des quatre cas : Reouven, Eguel (le veau), Birkat kohanim, David et Amnon.

Le verset de Berechit 35,22 se compose de deux parties : l'acte de Reouven, puis « et les fils de Yaakov furent douze ». Rabbi Hanina ben Gamliel demande au metourgueman de ne traduire que la seconde. Rachi explique qu'une coupure de paracha sépare les deux, ce qui autorise à traiter la seconde comme un verset en soi.

🖼️ Schéma
Le signe reich ayin beit dalet noun : les quatre passages lus sans traduction R Reouven Berechit 35,22 Seule la fin du verset est traduite. E Eguel, second récit Chemot 32,21-25 La réponse d'Aharon, par égard pour lui. B Birkat kohanim Bamidbar 6,24-26 À cause du mot qu'Il élève Sa face. D N David, Amnon II Chemouel 13 Ni lu ni traduit quand le père est nommé. Le verset de Reouven, coupé en deux Première partie : Reouven alla et coucha avec Bilha. Lue, non traduite. Seconde partie : et les fils de Yaakov furent douze. Lue et traduite ; une coupure de paracha la sépare de la première.
Les quatre cas du signe, et le découpage précis du verset de Reouven qui permet de traduire la fin sans traduire le début.
11
מַעֲשֵׂה עֵגֶל הַשֵּׁנִי נִקְרָא וְלֹא מִתַּרְגֵּם. אֵיזֶה מַעֲשֵׂה עֵגֶל הַשֵּׁנִי — מִן ״וַיֹּאמֶר מֹשֶׁה״ עַד ״וַיַּרְא מֹשֶׁה״.

Le second récit du veau se lit sans se traduire. Quel est le second récit du veau ?

Depuis « Moche dit » jusqu'à « Moche vit ».

📜 Rachi (1)
מִן וַיֹּאמֶר מֹשֶׁה אֶל אַהֲרֹן מֶה עָשָׂה לְךָ הָעָם הַזֶּה:
« Que t'a fait ce peuple. »
🗂️ Tossefot (1)
מַעֲשֶׂה שֶׁל עֵגֶל הַשֵּׁנִי נִקְרָא וְלֹא מִתַּרְגֵּם. פֵּירֵשׁ רַשִׁ"י שֶׁלֹּא יֹאמְרוּ מַמָּשׁוּת הָיָה בּוֹ מִדְּקָאָמַר אַהֲרֹן וְיָצָא הָעֵגֶל הַזֶּה וְקָשֶׁה דְּהָא בִּירוּשַׁלְמִי פְּלִיגִי אָמוֹרָאֵי וְאִיכָּא מַאן דְּאָמַר מִן וְיֹאמַר עַד לְשִׁמְצָה בְּקָמֵיהֶם (. הָיָה) מַעֲשֵׂה עֵגֶל הַשֵּׁנִי וְהַיְינוּ סֵיפֵיהּ דִּקְרָא דְּוַיֵּרָא מֹשֶׁה ולפרש"י לֹא הָיָה לוֹ לוֹמַר אֶלָּא עַד תְּחִלַּת הַפָּסוּק לָכֵן נִרְאֶה כְּדִמְפָרֵשׁ בִּירוּשַׁלְמִי דְּהַטַּעַם הָוֵי לְפִי שֶׁאֵין דּוֹמֶה גְּנַאי שֶׁל יָחִיד בְּיָחִיד אוֹ שֶׁל צִבּוּר בְּצִבּוּר לִגְנַאי שֶׁל יָחִיד בְּצִבּוּר וּמִשּׁוּם כְּבוֹדוֹ שֶׁל אַהֲרֹן לֹא רָצוּ לְתַרְגֵּם:
« Le second récit du veau se lit sans se traduire. » Rachi a expliqué : pour qu'on ne dise pas qu'il y avait en lui une réalité, puisque Aharon dit « et ce veau sortit ». Difficulté : dans le Yerouchalmi les Amoraim divergent, et il en est un qui dit que le second récit du veau va de « Moche dit » jusqu'à « pour la honte devant ceux qui se dressent contre eux », ce qui est la fin du verset « Moche vit » ; or, selon l'explication de Rachi, il n'aurait dû dire que jusqu'au début de ce verset. Il paraît donc juste d'expliquer comme le fait le Yerouchalmi : la raison en est que l'outrage d'un individu devant un individu, ou d'un public devant un public, ne ressemble pas à l'outrage d'un individu devant un public ; et par égard pour l'honneur d'Aharon on n'a pas voulu traduire.
💡 Explication

Le second récit couvre Chemot 32,21-25 : Moche interroge Aharon, et Aharon répond. Rachi, cité par Tossefot, en donne le motif : éviter qu'on déduise des mots d'Aharon qu'il y avait une réalité dans le veau. Tossefot objecte à partir du Yerouchalmi et propose un autre motif : l'honneur d'Aharon, un individu dont la faute serait exposée devant un public.

12
תַּנְיָא, רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן אֶלְעָזָר אוֹמֵר: לְעוֹלָם יְהֵא אָדָם זָהִיר בִּתְשׁוּבוֹתָיו, שֶׁמִּתּוֹךְ תְּשׁוּבָה שֶׁהֱשִׁיבוֹ אַהֲרֹן לְמֹשֶׁה פָּקְרוּ הַמִּינִין, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וָאַשְׁלִיכֵהוּ בָאֵשׁ וַיֵּצֵא הָעֵגֶל הַזֶּה״.

Il a été enseigné : Rabbi Chimon ben Elazar dit : que l'homme prenne toujours garde à ses réponses, car c'est à partir de la réponse qu'Aharon fit à Moche que les minim se sont dévoyés, ainsi qu'il est dit : « Je l'ai jeté au feu, et ce veau en est sorti ».

📜 Rachi (1)
פָּקְרוּ הַמּוּמָרִים הֵעִיזוּ פְּנֵיהֶם לוֹמַר יֵשׁ מַמָּשׁ בע"ז:
Ils ont eu l'audace de dire qu'il y a une réalité dans l'idolâtrie.
🪔 Ben Yehoyada (1)
לְעוֹלָם יְהֵא אָדָם זָהִיר בִּתְשׁוּבָתוֹ, שֶׁמִּתּוֹךְ תְּשׁוּבָה שֶׁהֱשִׁיבוֹ אַהֲרֹן לְמֹשֶׁה פָּקְרוּ הַמִּינִין. נִרְאֶה לִי בס"ד נָקֵיט לָשׁוֹן 'לְעוֹלָם' לוֹמַר אֲפִילּוּ אִם מְדַבֵּר עִם אָדָם גָּדוֹל דְּלֵיכָּא לְמִיחַשׁ לְמִטְעֵי עִם כָּל זֶה יִהְיֶה זָהִיר בִּשְׁבִיל שֶׁיִּשְׁמְעוּ הַדְּבָרִים לַאֲחֵרִים וְיִטְעוּ! אוֹ יוּבָן אֲפִילּוּ אִם זֶה הַמְדַבֵּר דַּרְכּוֹ לְדַקְדֵּק לִתְפֹּוס לָשׁוֹן קָצָר וְאִם יָחוּשׁ לִטְעוֹת יִהְיֶה מֻוכְרָח לְהַאֲרִיךְ יִזָּהֵר בְּכָךְ אַף עַל גַּב דְּיַאֲרִיךְ בִּלְשׁוֹנוֹ.
« Que l'homme prenne toujours garde à sa réponse, car c'est à partir de la réponse qu'Aharon fit à Moche que les minim se sont dévoyés. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il emploie le terme « toujours » pour dire : même lorsqu'il parle à un grand homme, chez qui il n'y a pas à craindre d'erreur, qu'il prenne garde malgré tout, car d'autres entendront ces paroles et se tromperont. On peut aussi le comprendre ainsi : même si celui qui parle à pour habitude d'être précis et de s'en tenir à une formule brève, et que, pour prévenir l'erreur, il devra s'étendre, qu'il y prenne garde et parle plus longuement.
💡 Explication

La braita fournit l'appui du régime précédent : la formulation d'Aharon, « et ce veau en est sorti », laisse entendre que le veau serait sorti du feu de lui-même. Les minim y ont trouvé de quoi soutenir qu'une idole possède une réalité propre. La règle tirée du cas dépasse le veau : une réponse mal formulée peut faire plus de dégâts que l'acte qu'elle explique.

🖼️ Schéma
Comment une réponse produit une hérésie Moche interroge Que t'a fait ce peuple pour amener sur lui Aharon répond Je l'ai jeté au feu, et ce veau en est sorti. Ce qu'on en tire Le veau serait sorti seul : l'idole aurait une réalité. Double conséquence Pour la lecture : ce passage se lit sans être traduit, pour ne pas mettre ces mots à la portée de tous. Pour la conduite : que l'homme prenne toujours garde à la manière dont il répond.
La chaîne qui va d'une réponse abrégée à une conclusion fausse, et les deux règles que la guemara en tire.
13
בִּרְכַּת כֹּהֲנִים נִקְרִין וְלֹא מִתַּרְגְּמִין. מַאי טַעְמָא? מִשּׁוּם דִּכְתִיב: ״יִשָּׂא״.

La bénédiction des kohanim se lit sans se traduire. Pour quelle raison ?

Parce qu'il est écrit « qu'Il élève ».

📜 Rachi (1)
מִשּׁוּם יִשָּׂא שֶׁלֹּא יֹאמְרוּ הקב"ה נוֹשֵׂא לָהֶן פָּנִים וְאֵינָן יוֹדְעִין שֶׁכְּדַאי הֵן יִשְׂרָאֵל לָשֵׂאת לָהֶן פָּנִים כִּדְאָמְרִינַן בִּבְרָכוֹת (דַּף כ:) לֹא כְּדַאי הֵם יִשְׂרָאֵל לָשֵׂאת לָהֶן פָּנִים אֲנִי אָמַרְתִּי וְאָכַלְתָּ וְשָׂבָעְתָּ וּבֵרַכְתָּ (דְּבָרִים ח׳:י׳) וְהֵן מַחְמִירִין עַל עַצְמָן עַד כַּזַּיִת עַד כַּבֵּיצָה:
Pour qu'on ne dise pas que le Saint, béni soit-Il, leur fait faveur — alors qu'ils ignorent qu'Israël mérite bien qu'on lui fasse faveur, comme nous le disons dans Berakhot (20b) : Israël ne mériterait-il pas qu'on lui fasse faveur ? J'ai dit « tu mangeras, tu te rassasieras et tu béniras » (Devarim 8,10), et eux s'imposent la rigueur jusqu'à un kazayit, jusqu'à un kabeitsa.
💡 Explication

Le troisième verset de la bénédiction dit yissa Hachem panav elekha, « qu'Il élève Sa face vers toi ». Traduit devant tout le monde, le mot risque de passer pour du favoritisme, alors que la Torah dit ailleurs que Hachem « n'élève pas de face ». Rachi renvoie à Berakhot 20b pour la résolution : Israël mérite bien cette faveur, puisqu'il s'impose plus de rigueur que la Torah ne l'exige.

14
מַעֲשֵׂה דָּוִד וְאַמְנוֹן לֹא נִקְרִין וְלֹא מִתַּרְגְּמִין. וְהָא אָמְרַתְּ מַעֲשֵׂה אַמְנוֹן וְתָמָר נִקְרָא וּמִתַּרְגֵּם! לָא קַשְׁיָא: הָא דִּכְתִיב ״אַמְנוֹן בֶּן דָּוִד״, הָא דִּכְתִיב ״אַמְנוֹן״ סְתָמָא.

L'affaire de David et d'Amnon ne se lit ni ne se traduit. Mais tu as dit que l'affaire d'Amnon et de Tamar se lit et se traduit !

Ce n'est pas une difficulté : ici, là où il est écrit « Amnon fils de David » ; la, là où il est écrit « Amnon » sans plus.

💡 Explication

La contradiction est frappante : le même récit figure dans la première catégorie et dans la troisième. La résolution porte sur la formulation des versets. Là où le verset dit simplement Amnon, la faute reste celle d'un individu et le passage se lit et se traduit ; là où il dit Amnon fils de David, la mention du père associe David à la faute, et le passage n'est ni lu ni traduit.

C'est la même grille que pour Aharon : ce qui est écarté, c'est l'atteinte à un tiers que le verset nomme expressément.

15
תָּנוּ רַבָּנַן: כָּל הַמִּקְרָאוֹת הַכְּתוּבִין בַּתּוֹרָה לִגְנַאי — קוֹרִין אוֹתָן לְשֶׁבַח, כְּגוֹן: ״יִשְׁגְּלֶנָּה״ — יִשְׁכָּבֶנָּה, ״בְּעֶפּוּלִים״ — בִּטְחוֹרִים, ״חֲרִיּוּנִים״ — דִּבְיוֹנִים, ״לֶאֱכֹול אֶת חוֹרֵיהֶם וְלִשְׁתּוֹת אֶת מֵימֵי שִׁינֵּיהֶם״ — לֶאֱכֹול אֶת צוֹאָתָם וְלִשְׁתּוֹת אֶת מֵימֵי רַגְלֵיהֶם.

Nos maîtres ont enseigné : tous les versets écrits dans la Torah en termes crus, on les lit en termes convenables. Ainsi : « yichgalena » se lit « yichkavena » ; « ba-ofalim » se lit « ba-tehorim » ; « hiryonim » se lit « divyonim » ; « manger leurs horeihem et boire les eaux de leurs chineihem » se lit « manger leurs excréments et boire leurs eaux des pieds ».

📜 Rachi (6)
יִשְׁגְּלֶנָּה לְשׁוֹן מִשְׁכָּב כְּדִכְתִיב וְהַשֵּׁגַל יוֹשֶׁבֶת אֶצְלוֹ (נְחֶמְיָה ב׳:ו׳) וי"מ כַּלְבְּתָא:
Terme désignant la couche, comme il est écrit « et la chegal est assise à côté de lui » (Nehemia 2,6). Certains expliquent : une chienne.
בְּעִפּוּלִים לָשׁוֹן מְפֹורָשׁ הוּא לִגְנַאי יוֹתֵר מִטְּחוֹרִים וּשְׁנֵיהֶן בְּנֶקֶב בֵּית הָרֵיעִי:
C'est un terme explicite, plus cru que tehorim ; les deux désignent l'orifice du siège.
חֲרִיּוֹנִים חָרֵי לְשׁוֹן רֵיעִי:
Hari est un terme désignant l'excrément.
דִּבְיוֹנִים הַזָּב מִן הַיּוֹנִים שֶׁלֹּא לְפָרֵשׁ שֶׁהָיוּ יִשְׂרָאֵל אוֹכְלִין גֶּלְלֵיהֶן בְּשֹׁומְרוֹן:
Ce qui s'écoule des colombes — afin de ne pas dire expressément que ceux d'Israël mangeaient leurs fientes à Chomron.
אֶת חוֹרֵיהֶם רֵיעִי הַיּוֹצֵא דֶּרֶךְ הַנֶּקֶב:
L'excrément qui sort par l'orifice.
מִימֵי שִׁינֵּיהֶם שִׁינַּיִם יֵשׁ לְכַרְכֶּשֶׁת' וְצוֹאָה לַחָה וְרַכָּה קְרוּיָה מֵימֵי שִׁינֵּיהֶן:
Le gros intestin a des replis appelés dents, et la matière humide et molle est appelée « les eaux de leurs dents ».
💡 Explication

Le folio quitte le contenu des récits pour la langue elle-même. Le principe est celui du kri et ktiv : le rouleau porte un mot, la bouche en prononce un autre. Ici la substitution ne corrige pas un sens, elle adoucit une expression jugée grossière devant le public.

Les deux premiers exemples viennent des malédictions de Devarim 28 ; les deux suivants des Rois, dans les récits de siège où la famine réduit les assiégés à ces extrémités.

🖼️ Schéma
Ce que porte le rouleau, ce que prononce la bouche Écrit (ktiv) Lu (kri) Source yichgalena yichkavena Devarim 28,30 ba-ofalim ba-tehorim Devarim 28,27 hiryonim divyonim II Melakhim 6,25 horeihem tsoatam II Melakhim 18,27 meimei chineihem meimei ragleihem II Melakhim 18,27 Le sens reste le même. La substitution porte sur le mot prononcé devant le public. Exception au segment suivant : la-maharaot se lit tel quel, parce que le mot cru sert là à avilir l'idolâtrie.
Les cinq substitutions de la braita. Le rouleau reste intact ; c'est la lecture à voix haute qui change de mot.
16
״לְמַחְרָאוֹת״ — לַמּוֹצָאוֹת, רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן קָרְחָה אוֹמֵר: ״לְמַחְרָאוֹת״ כְּשֶׁמֶן, מִפְּנֵי שֶׁהוּא גְּנַאי לַעֲבוֹדָה זָרָה.

« La-mahara'ot » se lit « la-motsa'ot ». Rabbi Yehochoua ben Korha dit : « la-mahara'ot » se lit selon son nom, parce que c'est un outrage pour l'idolâtrie.

📜 Rachi (1)
לְמַחְרָאוֹת גַּבֵּי עֲבוֹדַת כּוֹכָבִים כְּתִיב בְּסֵפֶר מְלָכִים כִּי חוּר לְשׁוֹן מוֹצָא רֵיעִי הוּא:
C'est écrit à propos de l'idolâtrie, dans le livre de Melakhim ; car hor est un terme désignant l'issue de l'excrément.
💡 Explication

Le verset de II Melakhim 10,27 raconte ce que Yehou fit du temple de Baal. Le tana anonyme applique la règle d'adoucissement ; Rabbi Yehochoua ben Korha l'écarte : ici le mot cru fait partie du propos, puisque le verset veut avilir l'idolâtrie. Cette exception ouvre la discussion qui suit sur la moquerie permise.

17
אָמַר רַב נַחְמָן: כָּל לֵיצָנוּתָא אֲסִירָא, בַּר מִלֵּיצָנוּתָא דַּעֲבוֹדָה זָרָה — דְּשָׁרְיָא. דִּכְתִיב: ״כָּרַע בֵּל קֹרֵס נְבוֹ״, וּכְתִיב: ״קָרְסוּ כָרְעוּ יַחְדָּיו לֹא יָכְלוּ מַלֵּט מַשָּׂא וְגוֹ׳״. רַבִּי יַנַּאי אָמַר, מֵהָכָא: ״לְעֶגְלוֹת בֵּית אָוֶן יָגוּרוּ שְׁכַן שֹׁומְרוֹן כִּי אָבַל עָלָיו עַמּוֹ וּכְמָרָיו עָלָיו יָגִילוּ עַל כְּבוֹדוֹ כִּי גָלָה מִמֶּנּוּ״. אַל תִּקְרֵי ״כְּבוֹדוֹ״, אֶלָּא ״כְּבֵידוֹ״.

Rav Nahman a dit : toute moquerie est interdite, sauf la moquerie de l'idolâtrie, qui est permise. Car il est écrit : « Bel s'affaisse, Nevo se courbe », et il est écrit : « ils se sont courbés, ils se sont affaissés ensemble, ils n'ont pu sauver le fardeau, etc. ».

Rabbi Yannai dit : de ce verset-ci : « Pour les génisses de Beit Aven les habitants de Chomron tremblent ; car son peuple mène deuil sur lui, et ses prêtres se réjouissaient sur lui, pour sa gloire, car elle a été exilée de lui ». Ne lis pas « sa gloire », mais « son poids ».

📜 Rachi (3)
לְעֶגְלוֹת בֵּית אוֹן לְקוֹל הַשְּׁמוּעָה הַבָּאָה עַל עִגְלֵי בֵּית אוֹן יָגוּרוּ שֶׁכִּינֵּיהֶם שֶׁבְּשֹׁומְרוֹן כִּי אֲבָל עָלָיו עַל הָעֵגֶל:
Au bruit de la nouvelle qui vient au sujet des veaux de Beit Aven, leurs voisins de Chomron tremblent, car son peuple mène deuil sur lui, sur le veau.
וּכְמָרָיו (אֲשֶׁר) עָלָיו יָגִילוּ אֲשֶׁר הָיוּ רְגִילִין לִשְׂמֹוחַ עָלָיו עַתָּה יִתְאַבְּלוּ עַל כְּבוֹדוֹ כִּי גָלָה מִמֶּנּוּ:
« Et ses prêtres qui se réjouissaient sur lui » : eux qui avaient coutume de se réjouir sur lui mèneront désormais deuil pour sa gloire, car elle a été exilée de lui.
אֶלָּא כְּבֵידוֹ כֹּובֶד מַשָּׂאוֹ שֶׁל רֵיעִי תִּהְיֶה בּוֹ וְכֹובֶד עַגְבוֹתָיו וְדוֹמֶה לוֹ בְּסֵפֶר יְשַׁעְיָה (כָּרְעוּ קָרְסוּ) יַחְדָּיו לֹא יָכְלוּ מַלֵּט מַשָּׂא וְגוֹ' הוּא מַשָּׂא שֶׁל רֵיעִי וְרַבּוֹתַי מְפָרְשִׁין וּכְמָרָיו עָלָיו יָגִילוּ מַמָּשׁ לְשׁוֹן שִׂמְחָה שֶׁהֵיקֵל מַשּׂאוֹי שֶׁלָּהֶן אֲבָל אֵין לְפָרֵשׁ כֵּן שֶׁהָעֵגֶל כֻּולּוֹ גָּלָה כְּאֶחָד שֶׁנְּטָלוֹ סַנְחֵרִיב:
« Mais son poids » : la lourdeur de sa charge d'excrément sera en lui, et la lourdeur de son arrière-train. Semblable est le verset du livre de Yechayahou : « ils se sont affaissés, ils se sont courbés ensemble, ils n'ont pu sauver le fardeau, etc. » — c'est un fardeau d'excrément. Mes maîtres expliquent « et ses prêtres se réjouissent sur lui » au sens propre de la joie, parce que leur charge s'est allégée ; mais on ne peut expliquer ainsi, car le veau tout entier a été exilé d'un seul coup, lorsque Sanheriv l'a emporté.
🪔 Ben Yehoyada (1)
כָּל לֵיצָנוּתָא אֲסִירָא, בַּר מִלֵּיצָנוּתָא דַּעֲבוֹדַת כּוֹכָבִים, דְּשָׁרְיָא. דִּכְתִיב (יְשַׁעְיָה מו, א) : "כָּרַע בֵּל קֹרֵס נְבוֹ". פֵּירֵשׁ רַשִׁ"י: הוּא לֵיצָנוּת עַל מוֹצָא הָרְעִי שֶׁלּוֹ וְכֵן כְּבֵידוֹ שֶׁהוּא כֹּובֶד מַשָּׂאוֹ שֶׁל רְעִי. וְנִרְאֶה לִי אַף עַל גַּב דְּהַנָּבִיא עוֹשֶׂה לֵיצָנוּת זוֹ עַל עֲבוֹדָה זָרָה כְּדֵי לְבַזּוֹתָהּ עִם כָּל זֶה הוּא אוֹמֵר דְּבָרִים הַמְכַוְּונִים וּרְאוּיִים לְבִזְיוֹנָהּ וְהַייְנוּ דְּאִיתָא בְּעֵץ חַיִּים [שַׁעַר פַּרְצוּפֵי זו"ן פֶּרֶק ה'] 'מִפְּסֹולֶת הַמַּאֲכָל יוֹצֵא מָזוֹן לַחִיצוֹנִים' וְזֶה הַטַּעַם שֶׁהַקְּלִיפּוֹת וַעֲבוֹדָה זָרָה נִקְרָאִים צוֹאָה בְּכָל מָקוֹם כִּי מִשָּׁם נִזּוֹנִים, וְזֶהוּ סוֹד עֲבוֹדָה זָרָה שֶׁל פְּעוֹר דַּעֲבוֹדָתָהּ בְּכָךְ לִפְעוֹר הַזֻּוהֲמָה אֵלֶיהָ כִּי זֶהוּ מִזּוֹנָה וּבָזֶה נִמְשַׁךְ לָהּ שֶׁפַע, עַד כָּאן לְשׁוֹנוֹ יְעֻויַּן שָׁם. וְלָכֵן עָשָׂה לֵיצָנוּת עַל עֲבוֹדָה זָרָה בְּעִנְיַן הָרֵיעִי כִּי מִזּוֹנָה מִן הָרֵיעִי וְהִיא נִקְרֵאת צוֹאָה בְּכָל מָקוֹם, וְלָכֵן כְּתִיב (הוֹשֵׁעַ י, ה) 'עַל כְּבוֹדוֹ כִּי גָלָה מִמֶּנּוּ' דְּהַיְינוּ כֹּובֶד מַשָּׂא הָרֵיעִי שֶׁהָיָה נִזּוֹן מִמֶּנּוּ וְעַתָּה גָּלָה מִמֶּנּוּ כִּי נִתְבַּטֵּל לְגַמְרֵי, וְלָכֵן אוֹמְרִים 'לְעוֹבֵד כּוֹכָבִים: שַׁקְלֵיהּ לַעֲבוֹדַת כּוֹכָבִים וְאַנְּחִיָּה בְּשִׁי"ן תָּי"ו שֶׁלְּךָ' רוֹצֶה לוֹמַר בִּמְקוֹם הָרֵיעִי כִּי מִשָּׁם מִזּוֹנָה וְתַנִּיחֶנָּה שָׁם לֶאֱכֹול מִזּוֹנָה! וְנִרְאֶה לִי אוֹתִיּוֹת שֶׁקֹּודֶם לֵץ וְאוֹתִיּוֹת שֶׁאַחַר לֵץ מִסְפָּרָם מַר כְּמִנְיַן 'בְּאֵל זָר' (תְּהִלִּים פא, י) לִרְמֹוז בְּאֵל זָר שֶׁהוּא הָעֲבוֹדָה זָרָה מֻותָּר לְךָ לִהְיוֹת לֵץ. וְהָא דְּאָמַר 'וְאַנְּחִיָּה בְּשִׁי"ן תָּי"ו שֶׁלְּךָ' וְלֹא אָמַר 'בֹּשֶׁת שֶׁלְּךָ' רָמַז בָּזֶה בִּזָּיוֹן לַעֲבוֹדָה זָרָה יוֹתֵר כִּי שִׁי"ן תָּי"ו בִּמְלוֹאָם גֵּימַטְרְיָא תשס"ו [766] שֶׁהוּא לְשׁוֹן 'מְשִׁיסָּה'.
« Toute moquerie est interdite, sauf la moquerie de l'idolâtrie, qui est permise, ainsi qu'il est écrit : Bel s'affaisse, Nevo se courbe (Yechayahou 46,1). » Rachi a expliqué : c'est une moquerie portant sur l'issue de son excrément ; de même « son poids », qui désigne la lourdeur de sa charge d'excrément. Il me semble que, bien que le prophète fasse cette moquerie sur l'idolâtrie afin de l'avilir, il dit malgré tout des paroles exactes et ajustées à cet avilissement. Il est en effet écrit dans le Ets Haim (Chaar partsoufei Zoun, chapitre 5) : « des déchets de la nourriture sort l'aliment des forces extérieures ». Telle est la raison pour laquelle les kelipot (les écorces) et l'idolâtrie sont partout appelées excrément, car c'est de là qu'elles se nourrissent. Et tel est le sod (le sens caché) de l'idolâtrie de Peor, dont le culte consistait précisément à se découvrir devant elle, car telle est sa nourriture, et par là un flux lui est amené. Fin de citation ; que l'on s'y reporte. C'est pourquoi la moquerie faite sur l'idolâtrie porte sur l'excrément, puisque sa nourriture en vient et qu'elle est partout appelée excrément. C'est aussi pourquoi il est écrit « pour sa gloire, car elle a été exilée de lui » (Hochea 10,5) : la lourdeur de la charge d'excrément dont elle se nourrissait a été exilée d'elle, car elle a été entièrement abolie. De même dit-on a un idolâtre : « prends ton idole et mets-la dans ton chin-tav », c'est-à-dire à l'endroit de l'excrément, car c'est de là qu'elle se nourrit ; laisse-la y manger sa nourriture. Il me semble encore que les lettres qui précèdent les lettres du mot lets et celles qui les suivent totalisent le nombre de mar, soit la valeur de « be-El zar », devant un dieu étranger (Tehilim 81,10), pour indiquer : devant un dieu étranger, qui est l'idolâtrie, il t'est permis d'être un lets, un moqueur. Et s'il dit « mets-la dans ton chin-tav » plutôt que « dans ton chet », il y a là une allusion à un avilissement plus grand de l'idolâtrie, car chin et tav, dans leur forme pleine, valent en guematria 766, qui est le nombre du mot mechissa, le pillage.
💡 Explication

Leitsanout, la moquerie, est en principe interdite. Rav Nahman en excepte un objet : l'idolâtrie. Les deux appuis viennent de prophètes qui décrivent les idoles dans des postures dégradantes, Yechayahou 46 et Hochea 10.

Le al tikri de Rabbi Yannai ne change pas le texte : il lit les mêmes consonnes avec d'autres voyelles, kevodo (sa gloire) devenant kevedo (son poids). Le verset se retourne alors en moquerie.

18
אָמַר רַב הוּנָא בַּר מָנוֹחַ מִשְּׁמֵיהּ דְּרַב אַחָא בְּרֵיהּ דְּרַב אִיקָא: שְׁרֵי לֵיהּ לְבַר יִשְׂרָאֵל לְמֵימַר לֵיהּ לְגוֹי: שִׁקְלֵיהּ לַעֲבוֹדָה זָרָה וְאַנְּחֵיהּ בְּשִׁין תָּיו שֶׁלּוֹ. אָמַר רַב אַשִּׁי: הַאי מַאן דִּסְנֵי שֻׁומְעָנֵיהּ — שְׁרֵי לֵיהּ לְבַזּוֹייֵהּ בְּגִימֶל וְשִׁין, הַאי מַאן דְּשַׁפִּיר שֻׁומְעָנֵיהּ — שָׁרִי לִשְׁבוּחֶיהָ, וּמַאן דִּשְׁבָחֵיהּ — יָנוּחוּ לוֹ בְּרָכוֹת עַל רֹאשׁוֹ.

Rav Houna bar Manoah a dit au nom de Rav Aha fils de Rav Ika : il est permis à un fils d'Israël de dire à un non-Juif : prends ton idole et mets-la dans ton chin-tav. Rav Achi a dit : celui dont la réputation est mauvaise, il est permis de l'outrager par un guimel et un chin ; celui dont la réputation est bonne, il est permis de faire son éloge, et celui qui fait son éloge, que les bénédictions reposent sur sa tête.

📜 Rachi (3)
שִׁי"ן וְתָי"ו לְשׁוֹן וַחֲשׂוּפַי שֵׁת עֶרְוַת מִצְרָיִם (יְשַׁעְיָהוּ כ׳:ד׳):
« Chin et tav » : terme tiré de « les fesses découvertes, la nudité de l'Égypte » (Yechayahou 20,4).
דְּסָנֵי שֻׁומְעָנֵיהּ שֶׁיּוֹצְאוֹת עָלָיו שְׁמוּעוֹת רָעוֹת וּשְׂנוּאוֹת שֶׁהוּא נוֹאֵף:
De qui sortent des rumeurs mauvaises et odieuses, qu'il est adultère.
בַּג' וְשִׁי"ן בַּר גַּיַּרְתָּא זוֹנָה שְׁמָהּ סָרַיי' שֵׁם מֻוסְרָח כָּךְ הוּא בִּתְשׁוּבוֹת הַגְּאוֹנִים מֻותָּר לְבַזּוֹת גַּם אֶת אִמּוֹ שֶׁיְּלָדַתּוּ וְרַבּוֹתַי מְפָרְשִׁים גָּיוֹפָא שַׁיָּיטָא שָׁטְיָיא:
« Par un guimel et un chin » : bar guirta, guirta signifiant prostituée ; sarya, un nom de puanteur. Ainsi est-il dans les Responsa des Gueonim : il est permis d'outrager aussi la mère qui l'a enfanté. Mes maîtres expliquent : guyafa, chayata, chataya.
🪔 Ben Yehoyada (2)
הָאִי מָאן דְּסָאנֵי שֻׁומְעָנֵיהּ, שָׁרִי לֵיהּ לִבְזוּייָהּ בְּגִימֶ"ל וְשִׁי"ן. הָא דְּהַזָּכָר מְבַזִּין אֶת אִמּוֹ מִשּׁוּם דְּאִשָּׁה מַזְרַעַת תְּחִלָּה יוֹלֶדֶת זָכָר (נִדָּה לא.) אֲבָל הַנְּקֵבָה מְקַלְּלִין אֶת אָבִיהָ כְּמוֹ שֶׁאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זִ"לִ (סַנְהֶדְרִין נב.) עַל פָּסוּק (וַיִּקְרָא כא, ט) 'אֶת אָבִיהָ הִיא מְחַלֶּלֶת' אוֹמְרִים אָרוּר שֶׁזּוֹ יֶלֶד! אָרוּר שֶׁזּוֹ גִּידֵּל! אָרוּר שֶׁיָּצְאָה זוֹ מֵחֲלָצָיו! דְּאִישׁ מַזְרִיעַ תְּחִלָּה יוֹלֶדֶת נְקֵבָה.
« Celui dont la réputation est mauvaise, il est permis de l'outrager par un guimel et un chin. » Si, pour un homme, c'est sa mère que l'on outrage, c'est parce que la femme qui émet sa semence la première enfante un garçon (Nidda 31a) ; pour une femme, on maudit son père, comme l'ont dit nos maîtres, de mémoire bénie (Sanhédrin 52a), sur le verset « c'est son père qu'elle profane » (Vayikra 21,9) : on dit « maudit celui qui a engendré celle-là, maudit celui qui l'a élevée, maudit celui des reins de qui elle est sortie », car l'homme qui émet sa semence le premier engendre une fille.
וְהַאי מַאן דְּשַׁפִּיר שֻׁומְעָנֵיהּ, שָׁרִי לֵיהּ לִשְׁבוּחֶיהָ. וּמַאן דִּשְׁבָחֵיהּ, יָנוּחוּ לוֹ בְּרָכוֹת עַל רֹאשׁוֹ. קָשֶׁה לָשׁוֹן 'שָׁרִי לֵיהּ' מַשְׁמַע דְּלֵיכָּא מִצְוָה וְרַק קָא מַשְׁמָע לַן דְּלֵיכָּא אִיסּוּרָא, וּמִדְּקָאָמַר 'יָנוּחוּ לוֹ בְּרָכוֹת עַל רֹאשׁוֹ' מַשְׁמַע דְּמִצְוָה עֲבַד וְהִנֵּה שְׂכָרוֹ אִתּוֹ בְּרָכוֹת עַל רֹאשׁוֹ? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דִּלְעוֹלָם כָּל אָדָם טוֹב מִצְוָה לְשַׁבְּחוֹ כְּדֵי שֶׁהַשּׁוֹמֵעַ יִתְקַנֵּא וְגַם הוּא יֵלֵךְ בַּדֶּרֶךְ הַטּוֹבִים, אַךְ יֵשׁ חֲשָׁשָׁא בָּזֶה דְּלִפְעָמִים מִתּוֹךְ שִׁבְחוֹ יָבֹא לִידֵי גְּנוּתוֹ וְנִמְצָא יָצָא שְׂכָרוֹ בְּהֶפְסֵדוֹ, וְלֹא עוֹד אֶלָּא אֶת הַיֹּותֶרֶת, וְלָזֶה אָמַר 'מַאן דְּשַׁפִּיר שֻׁומְעָנֵיהּ שְׁרֵי לֵיהּ לִשְׁבוּחֶיהָ' כְּדֵי לְהַלְהִיב לֵב הַשּׁוֹמְעִין שֶׁיִּתְקַנְּאוּ וְיֵלְכוּ בְּדֶרֶךְ טוֹבִים, וְאֵין לוֹ לָחוּשׁ פֶּן מִתּוֹךְ שִׁבְחוֹ בָּא לִידֵי גְּנוּתוֹ כִּי עַל הָרֹוב לֹא יִזְדַּמֵּן כָּךְ, אַךְ אֵין אֲנַחְנוּ יְכוֹלִים לוֹמַר בַּתְּחִלָּה מִצְוָה קָעֲבִיד כִּי אוּלַי יִווָּלֵד מְשַׁבְּחוֹ אֵיזֶה גְּנוּת וְנִמְצָא יָצָא שְׂכָרוֹ בְּהֶפְסֵדוֹ וְרַק אִם שִׁבְחוֹ וְנִשְׁאַר בְּשִׁבְחוֹ שֶׁלֹּא בָּא לִידֵי גְּנוּתוֹ אָז לְמַפְרֵעַ מִצְוָה קָעֲבִיד וְיָנוּחוּ לוֹ בְּרָכוֹת עַל רֹאשׁוֹ דְּרָאוּי הוּא לְקַבָּלַת הַשָּׂכָר מֵאַחַר דְּשִׁבְחוֹ לֹא יֵצֵא מִזֶּה תַּקָּלָה. אֲבָל קֹודֶם שֶׁשָּׁבְחוּ לָא אָמְרִינַן מִצְוָה קָעֲבִיד דְּשֶׁמָּא אִם יְשַׁבְּחוּ יָבֹא לִידֵי גְּנוּתוֹ. וְהָא דְּאָמַר 'עַל רֹאשׁוֹ' וְלֹא אָמַר 'עָלָיו' נִרְאֶה לִי בס"ד לִכְלֹול גַּם זַרְעוֹ בִּבְרָכוֹת אֵלּוּ. כִּי יָדוּעַ הָאִישׁ מַזְרִיעַ מֵרֹאשׁוֹ וְהָאִשָּׁה מִבֵּין כַּתְפֵּיהּ מִחוּט הַשִּׁדְרָה. וְלָכֵן אָמַר 'עַל רֹאשׁוֹ' רוֹצֶה לוֹמַר גַּם עַל זַרְעוֹ שֶׁהֵם בְּרֹאשׁוֹ.
« Celui dont la réputation est bonne, il est permis de faire son éloge ; et celui qui fait son éloge, que les bénédictions reposent sur sa tête. » Difficulté : l'expression « il est permis » laisse entendre qu'il n'y a là aucune mitsva et qu'on nous apprend seulement l'absence d'interdit ; or, du fait qu'il est dit « que les bénédictions reposent sur sa tête », il ressort qu'il a accompli une mitsva et que son salaire l'accompagne. Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'en vérité il y a mitsva à louer tout homme de bien, afin que celui qui l'entend soit pris d'émulation et marche lui aussi dans la voie des bons. Mais il y a là un risque : parfois, de son éloge naîtra son blâme, et son gain se trouvera perdu, et plus encore. C'est pourquoi il est dit « celui dont la réputation est bonne, il est permis de faire son éloge », afin d'enflammer le cœur de ceux qui écoutent, pour qu'ils soient pris d'émulation et marchent dans la voie des bons ; et il n'a pas à craindre que de son éloge naisse son blâme, car le plus souvent cela n'arrive pas. Nous ne pouvons pourtant pas dire d'emblée qu'il accomplit une mitsva, car peut-être de son éloge naîtra un blâme et son gain se trouvera perdu. Seulement, s'il en a fait l'éloge et que l'éloge a tenu sans tourner au blâme, alors rétrospectivement il a accompli une mitsva, et les bénédictions reposent sur sa tête, car il mérite de recevoir ce salaire dès lors que son éloge n'a entraîné aucun dommage. Avant qu'il en ait fait l'éloge, nous ne disons pas qu'il accomplit une mitsva, car peut-être, en le louant, en viendra-t-il à son blâme. Et s'il dit « sur sa tête » plutôt que « sur lui », il me semble, avec l'aide du Ciel, que c'est pour inclure aussi sa descendance dans ces bénédictions, car il est connu que l'homme émet sa semence depuis la tête et la femme depuis l'entre-deux des épaules, depuis la moelle épinière. Il dit donc « sur sa tête », c'est-à-dire aussi sur sa descendance, qui se trouve dans sa tête.
💡 Explication

Deux permissions se répondent. La première prolonge la règle de Rav Nahman : puisque la moquerie de l'idolâtrie est permise, on peut employer contre elle des mots que l'on s'interdirait ailleurs. Les Sages désignent ces mots par leurs initiales : chin-tav pour chet, le siège ; guimel-chin pour une injure visant la mère de celui dont la conduite est notoirement mauvaise.

La seconde permission est l'exacte symétrique : louer publiquement celui dont la réputation est bonne. Le Ben Yehoyada s'arrête sur l'écart entre « il est permis », qui semble ne dire aucune mitsva, et la bénédiction promise à celui qui loue.

19
הֲדַרַן עֲלָךְ הַקּוֹרֵא אֶת הַמְּגִילָּה עוֹמֵד

Hadran alakh (nous reviendrons vers toi), « Celui qui lit la meguila debout ».

📜 Rachi (1)
הֲדַרַן עֲלָךְ הַקּוֹרֵא אֶת הַמְּגִילָּה עוֹמֵד
Hadran alakh, « Celui qui lit la meguila debout ».
🗂️ Tossefot (1)
הֲדַרַן עֲלָךְ הַקּוֹרֵא אֶת הַמְּגִילָּה עוֹמֵד
Hadran alakh, « Celui qui lit la meguila debout ».
💡 Explication

Formule de clôture du troisième chapitre de Megillah. La phrase exprime l'engagement de revenir à ce qui vient d'être étudié.

20
בְּנֵי הָעִיר שֶׁמָּכְרוּ רְחוֹבָהּ שֶׁל עִיר — לוֹקְחִין בְּדָמָיו בֵּית הַכְּנֶסֶת. בֵּית הַכְּנֶסֶת — לוֹקְחִין תֵּיבָה. תֵּיבָה — לוֹקְחִין מִטְפָּחוֹת. מִטְפָּחוֹת —

MICHNA. Les habitants de la ville qui ont vendu la place publique de la ville achètent avec le prix une synagogue.

(S'ils ont vendu) une synagogue, ils achètent une teva (arche des rouleaux). (S'ils ont vendu) une teva, ils achètent des mitpahot (linges d'enveloppement).

(S'ils ont vendu) des mitpahot —

📜 Rachi (1)
מַתְנִי' בְּנֵי הָעִיר שֶׁמָּכְרוּ רְחוֹבָהּ שֶׁל עִיר יֵשׁ בּוֹ קְדֻושָּׁה כְּדִמְפָרֵשׁ בגמ' הוֹאִיל וּמִתְפַּלְּלִין בּוֹ בְּתַעֲנִיּוֹת וּבְמַעֲמָדוֹת:
Elle possède une sainteté, comme la guemara l'explique, puisqu'on y prie les jours de jeûne et lors des maamadot.
🗂️ Tossefot (1)
מַתְנֵי' בְּנֵי הָעִיר:
Michna. « Les habitants de la ville ».
⚖️ Rosh (1)
בְּנֵי הָעִיר שֶׁמָּכְרוּ רְחוֹבָהּ שֶׁל עִיר לוֹקְחִין בְּדָמָיו בֵּית הַכְּנֶסֶת בֵּית הַכְּנֶסֶת לוֹקְחִין תֵּיבָה תֵּיבָה לוֹקְחִין מִטְפָּחוֹת מִטְפָּחוֹת לוֹקְחִין סְפָרִים סְפָרִים לוֹקְחִין תּוֹרָה אֲבָל אִם מָכְרוּ תּוֹרָה לֹא יִקְחוּ סְפָרִים סְפָרִים לֹא יִקְחוּ מִטְפָּחוֹת מִטְפָּחוֹת לֹא יִקְחוּ תֵּיבָה תֵּיבָה לֹא יִקְחוּ בֵּית הַכְּנֶסֶת בֵּית הַכְּנֶסֶת לֹא יִקְחוּ רְחוֹבָהּ וְכֵן בְּמֻותְּרֵיהֶם:
Les habitants de la ville qui ont vendu la place publique de la ville achètent avec le prix une synagogue ; une synagogue, ils achètent une teva ; une teva, ils achètent des mitpahot ; des mitpahot, ils achètent des livres ; des livres, ils achètent un sefer Torah. Mais s'ils ont vendu un sefer Torah, ils n'achèteront pas des livres ; des livres, ils n'achèteront pas des mitpahot ; des mitpahot, ils n'achèteront pas une teva ; une teva, ils n'achèteront pas une synagogue ; une synagogue, ils n'achèteront pas une place publique. Et il en va de même pour le surplus de leur prix.
💡 Explication

Le quatrième chapitre, Bnei ha-ir, s'ouvre sur la vente des biens de la communauté. Le principe qui commande toute la michna : le produit d'une vente doit servir à acquérir un objet d'un degré de kedoucha supérieur, jamais inférieur.

La place publique de la ville figure au bas de l'échelle. Rachi en donne la source de sainteté : on y prie les jours de jeûne public et lors des maamadot. La michna s'interrompt ici et se poursuit au début du folio 26a.

🖼️ Schéma
L'échelle de sainteté : on monte avec le prix, on ne descend pas Place publique de la ville Synagogue Téva, l'arche des rouleaux Mitpahot, les linges d'enveloppement Livres des Prophètes et des Hagiographes Sefer Torah permis interdit La règle de la michna Le prix d'un objet saint sert à en acquérir un plus saint que lui. L'opération inverse est interdite, même d'un cran. La place publique tient sa sainteté de la prière des jours de jeûne et des maamadot, selon Rachi. Le Roch ajoute que la règle vaut aussi pour le surplus du prix.
L'échelle des six degrés ouverte par la michna. La flèche verte marque le sens autorisé, la flèche brisée le sens interdit.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).