Megillah 26a — L'échelle de sainteté des biens de la communauté, et qui possède la synagogue

Megillah 26a

Sougya : La fin de la michna achève l'échelle des biens sacrés : avec le prix d'un objet on en acquiert un plus saint, jamais un moins saint, et la règle vaut aussi pour le reste du prix. La guemara attribue d'abord à Rabbi Menahem bar Yossi l'opinion qui reconnaît une sainteté à la place publique de la ville, parce que l'on y prie les jours de jeûne ; pour les Sages, cet usage demeure occasionnel.

Vient ensuite la grande question du folio : une synagogue appartient-elle à ceux qui l'ont bâtie ? Rabbi Chemouel bar Nahmani distingue le village de la grande ville, où l'afflux des étrangers fait du lieu un bien du public ; Rav Achi revendique pour lui-même la synagogue de Mata Mehassia, et deux baraitot viennent éprouver la distinction.

L'une d'elles conduit la guemara jusqu'à la controverse sur le partage de Yerouchalaim entre les tribus, les parts de Yehouda et de Binyamin au Mikdach, la bande de terre où l'autel fut bâti et l'affliction de Binyamin. Le folio s'achève sur la règle de Rava : une vente faite par les sept notables de la ville en présence de l'assemblée retire la sainteté du bien et de son prix.

L'échelle de sainteté : on monte, on ne descend paspermis : on élève en saintetéinterdit : on ne descend pasRéhovla place publique de la villeBeit haknessetla synagogueTéval'arche qui porte les rouleauxMitpahotles housses des rouleauxSéfarimNeviim et KetouvimSefer Torahle degré le plus élevéEt de même pour les surplus : ce qui reste du prix après l'achat reste tenu par le degré de départ.
La michna ordonne six degrés. Avec le prix d un objet on acquiert seulement un objet situé plus haut ; le sens inverse est fermé, y compris pour la monnaie restante.
Qui possède la synagogue, et qui peut donc la vendreUne communauté veut vendre sa synagogueSynagogue de villagekefarimElle appartient aux seuls habitants du lieuIls peuvent la vendreSynagogue de grande villekérakhinOn y vient du dehors : elle est un bien du publicTossefot : parce que l'on vient y prier, ou parce que l'on contribueLes gens de la ville ne peuvent pas la vendredeux cas qui échappentMata MehassiaRav Achi : on y vientà mon intentionLes tarsiyimpetite synagogue,bâtie par eux seulsRava, a la fin du folio :tant que la vente est faite par les sept notables en présence des gens de la ville, la sainteté quitte le bien et le prix.
La chaîne du folio : la distinction de Rabbi Chemouel bar Nahmani, la revendication de Rav Achi, les deux cas qui l ébranlent, puis la règle procédurale de Rava.
Yerouchalaim a-t-elle été partagée entre les tribusPoint discutéTanna kamaRabbi YehoudaStatut de la villeElle n'a pas été partagée : elle est à tousElle a été partagée entre les tribusNega im des maisonsvotre possessionAucune maison de la ville ne s'y rend impureLes maisons s'y rendent impuresCe qui est exceptéLa question ne se pose pas : tout est exceptéLe lieu consacré seulement — makom mekoudach :Mikdach, synagogues, maisons d'étudeLocation des maisonsOn ne loue pas : les maisons ne sont pas à euxles hôtes prennent les peaux de forceChaque maison a son propriétaireBaraita d'appuiOn ne loue pas de maisons à YerouchalaimLes parts de Yehouda et de Binyamin au Mikdach
La controverse que la guemara tire de la baraita sur les nega im, avec la conséquence pratique qui la rend visible : la location des maisons au temps du pèlerinage.
1
יִקְּחוּ סְפָרִים. סְפָרִים — לוֹקְחִין תּוֹרָה.

ils prendront des sefarim. Des sefarim — on prend un sefer Torah.

📜 Rachi (1)
לוֹקְחִין סְפָרִים נְבִיאִים וּכְתוּבִים:
On prend des sefarim — les Neviim et les Ketouvim.
⚖️ Rosh (1)
בְּנֵי הָעִיר שֶׁמָּכְרוּ רְחוֹבָהּ שֶׁל עִיר לוֹקְחִין בְּדָמָיו בֵּית הַכְּנֶסֶת בֵּית הַכְּנֶסֶת לוֹקְחִין תֵּיבָה תֵּיבָה לוֹקְחִין מִטְפָּחוֹת מִטְפָּחוֹת לוֹקְחִין סְפָרִים סְפָרִים לוֹקְחִין תּוֹרָה אֲבָל אִם מָכְרוּ תּוֹרָה לֹא יִקְחוּ סְפָרִים סְפָרִים לֹא יִקְחוּ מִטְפָּחוֹת מִטְפָּחוֹת לֹא יִקְחוּ תֵּיבָה תֵּיבָה לֹא יִקְחוּ בֵּית הַכְּנֶסֶת בֵּית הַכְּנֶסֶת לֹא יִקְחוּ רְחוֹבָהּ וְכֵן בְּמֻותְּרֵיהֶם:
Les gens de la ville qui ont vendu la place publique de la ville acquièrent avec son prix une synagogue ; une synagogue — ils acquièrent une teva ; une teva — ils acquièrent des mitpahot ; des mitpahot — ils acquièrent des sefarim ; des sefarim — ils acquièrent un sefer Torah. Mais s'ils ont vendu un sefer Torah, ils ne prendront pas de sefarim ; des sefarim, ils ne prendront pas de mitpahot ; des mitpahot, ils ne prendront pas de teva ; une teva, ils ne prendront pas de synagogue ; une synagogue, ils ne prendront pas de place publique. Et de même pour leurs surplus.
💡 Explication

Le folio s'ouvre sur les deux derniers échelons de la michna commencée au folio précédent. Le mot sefarim désigne ici les rouleaux des Prophètes et des Hagiographes, distincts du sefer Torah qui occupe le degré le plus élevé. La michna énumère une suite ordonnée : place publique, synagogue, teva, mitpahot, sefarim, sefer Torah.

2
אֲבָל אִם מָכְרוּ תּוֹרָה — לֹא יִקְּחוּ סְפָרִים. סְפָרִים — לֹא יִקְחוּ מִטְפָּחוֹת. מִטְפָּחוֹת — לֹא יִקְּחוּ תֵּיבָה. תֵּיבָה — לֹא יִקְחוּ בֵּית הַכְּנֶסֶת. בֵּית הַכְּנֶסֶת — לֹא יִקְחוּ אֶת הָרְחוֹב.

Mais s'ils ont vendu un sefer Torah — ils ne prendront pas de sefarim. Des sefarim — ils ne prendront pas de mitpahot.

Des mitpahot — ils ne prendront pas de teva. Une teva — ils ne prendront pas de synagogue.

Une synagogue — ils ne prendront pas la place publique.

📜 Rachi (1)
אֲבָל מָכְרוּ תּוֹרָה כוּ' שֶׁמַּעֲלִין בַּקֹּדֶשׁ וְלֹא מוֹרִידִין. תּוֹסֶפְתָּא מַעֲלִין בַּקֹּדֶשׁ דִּכְתִיב וַיָּקֶם מֹשֶׁה אֶת הַמִּשְׁכָּן (שְׁמוֹת מ׳:י״ח) בְּצַלְאֵל עָשָׂה וּמֹשֶׁה שֶׁהָיָה גָּדוֹל מִמֶּנּוּ הֱקִימוֹ וְלֹא מוֹרִידִים דִּכְתִיב אֵת מַחְתּוֹת הַחַטָּאִים הָאֵלֶּה בְּנַפְשֹׁותָם וְעָשׂוּ אֹותָם רִקֻּועֵי פַחִים צִפּוּי לַמִּזְבֵּחַ כִּי הִקְרִיבֻום לִפְנֵי ה' וַיִּקְדָּשׁוּ וְגוֹ' (בַּמִּדְבָּר י״ז:ג׳) כֵּיוָן שֶׁהֻוקְדְּשׁוּ הֻוקְדְּשׁוּ עַד כָּאן:
Mais s'ils ont vendu un sefer Torah, etc. — car on élève en sainteté et on ne fait pas descendre. Tossefta : on élève en sainteté, comme il est écrit : Moche dressa le Michkan (Chemot 40, 18) — Betsalel l'avait fabriqué, et Moche, qui lui était supérieur, le dressa. Et on ne fait pas descendre, comme il est écrit : ces encensoirs des fauteurs au prix de leurs vies, on en fera des plaques laminées, un revêtement pour l'autel, car ils les ont approchés devant Hachem et ils sont devenus saints, etc. (Bamidbar 17, 3) — dès lors qu'ils ont été consacrés, ils le demeurent. Fin de la citation.
💡 Explication

La seconde moitié de la michna ferme le sens inverse. Le principe que Rachi apporte depuis la Tossefta tient en deux propositions : maalin bakodech, on élève en sainteté, et ein moridin, on ne fait pas descendre. Le premier verset montre une élévation dans le service lui-même ; le second montre que la consécration une fois acquise ne se retire plus.

3
וְכֵן בְּמֻותְּרֵיהֶן.

Et de même pour leurs surplus.

📜 Rachi (1)
וְכֵן בְּמֻותְּרֵיהֶן מָכְרוּ סְפָרִים וְלָקְחוּ מִמִּקְצָת הַדָּמִים תּוֹרָה לֹא יִקְּחוּ מִן הַמּוֹתָר דָּבָר שֶׁקְּדֻושָּׁתוֹ פְּחוּתָה:
Et de même pour leurs surplus — s'ils ont vendu des sefarim et ont acquis un sefer Torah avec une partie du prix, ils n'achèteront pas avec le reste un objet dont la sainteté est moindre.
💡 Explication

La règle vaut aussi pour la monnaie restante. Le prix garde la marque du degré d'où il vient : avoir acquis l'objet supérieur avec une fraction du prix ne libère pas le solde.

4
גְּמָ׳ בְּנֵי הָעִיר שֶׁמָּכְרוּ רְחוֹבָהּ שֶׁל עִיר. אָמַר רַבָּה בַּר בַּר חָנָה אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: זוֹ דִּבְרֵי רַבִּי מְנַחֵם בַּר יוֹסֵי סְתִומְתָּאָה, אֲבָל חֲכָמִים אוֹמְרִים: הָרְחוֹב אֵין בּוֹ מִשּׁוּם קְדֻושָּׁה.

GUEMARA. Les gens de la ville qui ont vendu la place publique de la ville.

Rabba bar bar Hana a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : ce sont les paroles de Rabbi Menahem bar Rabbi Yossi, celui dont les enseignements sont rapportés sans nom ; mais les Sages disent : la place publique n'a aucune sainteté.

📜 Rachi (1)
גְּמ' זוֹ דִּבְרֵי רַבִּי מְנַחֵם כו' בְּהֶדְיָא אָמְרִינַן בַּתּוֹסֶפְתָּא דִּמְגִילָּה (פ"ב) דְּהוּא אֲמָרָהּ:
Guemara. Ce sont les paroles de Rabbi Menahem, etc. — nous disons expressément dans la Tossefta de Meguila (ch. 2) que c'est lui qui l'a énoncé.
💡 Explication

Rabbi Yo'hanan retire à la michna son autorité générale. Le terme setoumtaa désigne un maître dont les enseignements circulent sans son nom, de sorte qu'on les prend pour une michna anonyme et donc pour la halakha ; ici la Tossefta permet de l'identifier. La conséquence est directe : pour les Sages, le prix de la place publique se dépense librement.

5
וְרַבִּי מְנַחֵם בַּר יוֹסֵי, מַאי טַעְמֵיהּ? הוֹאִיל וְהָעָם מִתְפַּלְּלִין בּוֹ בְּתַעֲנִיּוֹת וּבְמַעֲמָדוֹת. וְרַבָּנָן — הַהוּא אַקְרַאי בְּעָלְמָא.

Et Rabbi Menahem bar Yossi, quelle est sa raison ? Puisque le peuple y prie les jours de jeûne et lors des maamadot.

Et les Sages : cet usage demeure occasionnel.

📜 Rachi (2)
הוֹאִיל וְהָעָם מִתְפַּלְּלִים בּוֹ בְּתַעֲנִיּוֹת וּבְמַעֲמָדוֹת כְּדִתְנַן בְּמַסֶּכֶת תַּעֲנִיּוֹת (דַּף טו.) עָבְרוּ אֵלּוּ וְלֹא נַעֲנוּ מוֹצִיאִין אֶת הַתֵּיבָה לִרְחוֹבָהּ שֶׁל עִיר. תּוֹסֶפֶת' וּבְמַעֲמָדוֹת תְּנַן מִתְכַּנְּסִין בְּעָרֵיהֶן וְקוֹרִין בְּמַעֲשֵׂה בְרֵאשִׁית וְתַנְיָא בַּגְּמָרָא אַנְשֵׁי מַעֲמָד נִכְנָסִין לְבֵית הַכְּנֶסֶת וְיוֹשְׁבִין אַרְבַּע תַּעֲנִיּוֹת בְּשַׁבָּת אֶפְשָׁר בֵּית הַכְּנֶסֶת הָיָה לָהֶם קָבוּעַ בִּרְחוֹבָהּ שֶׁל עִיר וּמִתְכַּנְּסִין שָׁם הַמַּעֲמָד כֻּולּוֹ כְּדֶרֶךְ שֶׁשָּׁנִינוּ בְּבִיכּוּרִים (פ"ג מִשְׁנָה ב) כָּל הָעֲיָירוֹת שֶׁבַּמַּעֲמָד מִתְכַּנְּסִין לַעֲייָרוֹת שֶׁל מַעֲמָד וְלָנִין בִּרְחוֹבָהּ שֶׁל עִיר וְלֹא הָיוּ נִכְנָסִין לַבָּתִּים וְלָנִין שָׁם וְהָיָה הַמְּמֻונֶּה אוֹמֵר קוּמוּ וְנַעֲלֶה צִיּוֹן אֶל ה' אֱ-לֹהֵינוּ הָא לָמַדְתָּ כִּינּוּס עֲייָרוֹת בָּרְחוֹב הָיְתָה וְאַקְרַאי הָוֵי שֶׁמְּעֻמָּד הַזֶּה אֵינוֹ חוֹזֵר חֲלִילָה עַד חֲצִי שָׁנָה וּבְתַלְמִידֵי רַבֵּינוּ יִצְחָק הַלֵּוִי מָצָאתִי וּבְמַעֲמָדוֹת לָא גָּרְסִינַן וּמְפָרֵשׁ שֶׁלֹּא הָיְתָה תְּפִלָּתָן בָּרְחוֹב עַד כָּאן:
Puisque le peuple y prie les jours de jeûne et lors des maamadot — comme nous l'avons appris au traité Taanit (15a) : ces jeûnes-là sont passés et ils n'ont pas été exaucés, on sort la teva sur la place publique de la ville. Tossefta. Et quant aux maamadot, nous avons appris qu'ils se rassemblent dans leurs villes et lisent le récit de la création ; et il est enseigné dans la guemara que les hommes du maamad entrent à la synagogue et s'asseyent quatre jeûnes dans la semaine. Il se peut qu'ils aient eu une synagogue fixe sur la place publique de la ville, où tout le maamad se rassemblait, à la manière de ce que nous avons appris dans Bikourim (ch. 3, michna 2) : toutes les villes du maamad se rassemblaient dans la ville du maamad, passaient la nuit sur la place publique de la ville et n'entraient pas dans les maisons pour y dormir ; et le préposé disait : levez-vous, montons à Tsion, vers Hachem notre D.ieu. Tu apprends de là que le rassemblement des villes se tenait sur la place. Et cela reste occasionnel, car ce maamad ne revient à son tour qu'au bout d'une demi-année. Et chez les disciples de Rabbenou Yits hak haLevi j'ai trouvé que l'on ne lit pas : et lors des maamadot ; il explique que leur prière ne se tenait pas sur la place. Fin de la citation.
אַקְרַאי בְּעָלְמָא אֵינוֹ תָּדִיר:
Occasionnel seulement — cela ne revient pas régulièrement.
🗂️ Tossefot (1)
הוֹאִיל וְהָעָם מִתְפַּלְּלִין בּוֹ בְּתַעֲנִיּוֹת וּבְמַעֲמָדוֹת לֹא גָּרַס וּבְמַעֲמָדוֹת שֶׁהֲרֵי גַּבֵּי מַעֲמָדוֹת לֹא מָצִינוּ רְחוֹב אֶלָּא לְבֵית הַכְּנֶסֶת הָיוּ הוֹלְכִין כִּדְתַנְיָא בְּפֶ' בָּתְרָא דְּתַעֲנִית (דַּף כו.):
Puisque le peuple y prie les jours de jeûne et lors des maamadot — on ne lit pas : et lors des maamadot, car à propos des maamadot nous ne trouvons aucune mention de la place publique : c'est à la synagogue qu'ils allaient, comme il est enseigné au dernier chapitre de Taanit (26a).
💡 Explication

La sainteté d'un lieu se mesure ici à la régularité de son usage pour la prière. Rabbi Menahem invoque deux occasions publiques : les jeûnes de sécheresse, où l'on sort la teva sur la place, et les maamadot, ces délégations d'Israël qui accompagnaient le service du Mikdach. Les Sages répondent par le mot akrai, occasionnel : un tour de maamad revient tous les six mois, ce qui ne suffit pas à fixer un lieu de prière.

Rachi signale que certains ne lisent pas la mention des maamadot, et Tossefot tranche dans ce sens en s'appuyant sur Taanit 26a, où le rassemblement du maamad se tient à la synagogue.

6
בֵּית הַכְּנֶסֶת — לוֹקְחִין תֵּיבָה. אָמַר רַבִּי שְׁמוּאֵל בַּר נַחְמָנִי אָמַר רַבִּי יוֹנָתָן: לֹא שָׁנוּ אֶלָּא בֵּית הַכְּנֶסֶת שֶׁל כְּפָרִים, אֲבָל בֵּית הַכְּנֶסֶת שֶׁל כְּרַכִּין, כֵּיוָן דְּמֵעָלְמָא אָתוּ לֵיהּ — לָא מָצוּ מְזַבְּנִי לֵיהּ, דַּהֲוָה לֵיהּ דְּרַבִּים.

Une synagogue — on prend une teva. Rabbi Chemouel bar Nahmani a dit au nom de Rabbi Yonatan : on n'a enseigné cela que d'une synagogue de villages ; mais une synagogue de grandes villes, puisque l'on y vient du dehors, ils ne peuvent pas la vendre, car elle appartient au public.

📜 Rachi (2)
לֹא שָׁנוּ דִּיכוֹלִין לִמְכֹּור בֵּית הַכְּנֶסֶת אֶלָּא שֶׁל כְּפָרִין:
On n'a enseigné — qu'ils peuvent vendre une synagogue, que de celle des villages.
אֲבָל שֶׁל כְּרַכִּין הֲוָה לְהוּ בָּתֵּי כְּנֵסִיּוֹת דְּרַבִּים וְהַכֹּל בַּעֲלֵיהֶן וְאֵין בְּנֵי הָעִיר לְבַדָּם בְּעָלִים לָהֶם:
Mais celle des grandes villes — ce sont des synagogues du public : tous en sont les propriétaires, et les gens de la ville ne sont pas seuls à en être les maîtres.
🗂️ Tossefot (1)
כֵּיוָן דְּמֵעָלְמָא קָאָתוּ לָהּ נִרְאֶה לְפָרֵשׁ הָכִי כֵּיוָן שֶׁרֹוב בְּנֵי אָדָם רְגִילִים לָלֶכֶת שָׁם לְהִתְפַּלֵּל אַף עַל פִּי שֶׁאֵין נוֹתְנִים כְּלוּם בְּבִנְיָנוֹ מִכָּל מָקוֹם כֵּיוָן דִּלְדַעַת אוֹתָן רַבִּים נַעֲשָׂה חֲמוּרָה קְדֻושָּׁתוֹ וְאֵינָן יְכוֹלִין לְמָוכְרוֹ וְעוֹד יֵשׁ לְפָרֵשׁ כֵּיוָן שֶׁרַבִּים נוֹתְנִים בְּבִנְיָנוֹ וּבִשְׁאָר צְרָכָיו וּבְסָמוּךְ נָמֵי דְּקָאָמַר רַב אַשִּׁי דְּאַדַּעְתָּא דִּידִי קָאָתוּ הַיְינוּ מִמַּה שֶׁנּוֹתְנִים בּוֹ לַעֲשׂוֹת רְצוֹנוֹ:
Puisque l'on y vient du dehors — il semble qu'il faille expliquer ainsi : puisque la plupart des gens ont coutume d'aller y prier, même s'ils ne donnent rien à sa construction, du moment qu'elle a été faite à l'intention de ce large public, sa sainteté s'en trouve alourdie et ils ne peuvent pas la vendre. On peut encore expliquer : puisque ce large public contribue à sa construction et à ses autres besoins. Et plus loin également, lorsque Rav Achi dit que c'est à son intention qu'ils viennent, cela vise ce qu'ils donnent pour y faire sa volonté.
💡 Explication

La question change de nature : la michna réglait l'emploi du prix, Rabbi Chemouel bar Nahmani demande qui détient le droit de vendre. Sa réponse repose sur la provenance des fidèles. Une synagogue de kefarim sert un public fermé, celui du village ; une synagogue de kerakhin reçoit des gens venus du dehors, ce qui en fait un bien derabim, un bien du public, que les seuls habitants ne peuvent pas aliéner.

Tossefot hésite sur le fondement : la fréquentation suffit-elle, ou faut-il une participation matérielle à la construction ? Les deux lectures se retrouveront dans la revendication de Rav Achi au segment suivant.

7
אָמַר רַב אַשִּׁי: הַאי בֵּי כְנִישְׁתָּא דְּמָתָא מַחְסֵיָא, אַף עַל גַּב דְּמֵעָלְמָא אָתוּ לַהּ, כֵּיוָן דְּאַדַּעְתָּא דִּידִי קָאָתוּ — אִי בָּעֵינָא מְזַבֵּינְנָא לַהּ.

Rav Achi a dit : cette synagogue de Mata Mehassia, bien que l'on y vienne du dehors, puisque c'est à mon intention qu'ils viennent, si je le veux, je peux la vendre.

💡 Explication

Rav Achi applique la règle à sa propre ville et en tire l'exception. Mata Mehassia attire des étrangers, ce qui devrait la ranger parmi les synagogues du public ; mais ces visiteurs viennent adaata didi, à son intention, parce qu'il a fondé le lieu et que tout s'y fait selon ses directives. Le droit de disposer suit alors l'intention qui a porte la consécration.

8
מֵיתִיבִי, אָמַר רַבִּי יְהוּדָה: מַעֲשֶׂה בְּבֵית הַכְּנֶסֶת שֶׁל טֻורְסִיִּים שֶׁהָיָה בִּירוּשָׁלַיִם שֶׁמְּכָרוּהָ לְרַבִּי אֱלִיעֶזֶר וְעָשָׂה בָּהּ כָּל צְרָכָיו, וְהָא הָתָם דִּכְרַכִּים הֲוָה! הַהִיא, בֵּי כְנִישְׁתָּא זוּטֵי הֲוָה, וְאִינְהוּ עַבְדוּהָ.

On objecte : Rabbi Yehouda a dit : il est arrivé qu'une synagogue de tarsiyim, qui se trouvait à Yerouchalaim, fût vendue à Rabbi Eliezer, et il en fit tous ses usages. Or celle-là était bien d'une grande ville ! — Celle-là était une petite synagogue, et ce sont eux qui l'avaient bâtie.

📜 Rachi (1)
טוּרְסִיִּים צוֹרְפֵי נְחֹושֶׁת:
Tarsiyim — les fondeurs de cuivre.
💡 Explication

Yerouchalaim est le type même de la grande ville, et une synagogue vendue à un particulier qui en fait ses usages profanes contredit la distinction. La guemara répond par deux traits réunis : la synagogue était petite, donc sans afflux du dehors, et le corps de métier des tarsiyim l'avait bâtie pour lui-même. Le lieu restait donc leur bien propre.

9
מֵיתִיבִי: ״בְּבֵית אֶרֶץ אֲחֻוזַּתְכֶם״, אֲחֻוזַּתְכֶם מִיטַּמֵּא בִּנְגָעִים, וְאֵין יְרוּשָׁלָיִם מִיטַּמָּא בִּנְגָעִים. אָמַר רַבִּי יְהוּדָה: אֲנִי לֹא שָׁמַעְתִּי אֶלָּא מְקוֹם מִקְדָּשׁ בִּלְבַד.

On objecte : dans une maison du pays de votre possession (Vayikra 14, 34) — votre possession se rend impure par les nega im, et Yerouchalaim ne se rend pas impure par les nega im. Rabbi Yehouda a dit : je n'ai entendu cela que du lieu du Mikdach seul.

📜 Rachi (2)
וְאֵין יְרוּשָׁלָיִם מִטַּמְּאָה בִּנְגָעִים דְּלָאו אֲחֻוזָּה הִיא כִּדְאָמְרִי' לְקַמָּן דִּסְבִירָא לֵיהּ לְהַאי תַּנָּא לֹא נִתְחַלְּקָה יְרוּשָׁלַיִם לִשְׁבָטִים וְלֹא נָפְלָה בְּגוֹרָל לֹא לִיהוּדָה וְלֹא לְבִנְיָמִין:
Et Yerouchalaim ne se rend pas impure par les nega im — car elle n'est pas une possession, comme nous le dirons plus loin : ce tanna tient que Yerouchalaim n'a pas été partagée entre les tribus et qu'elle n'est échue par le sort ni à Yehouda ni à Binyamin.
אֲנִי לֹא שָׁמַעְתִּי שֶׁלֹּא יְהֵא מִיטַּמֵּא אֶלָּא מְקוֹם מִקְדָּשׁ בִּלְבַד מִשּׁוּם דְּבַיִת שֶׁל קוֹדֶשׁ הוּא וְגַבֵּי נְגָעִים וּבָא אֲשֶׁר לוֹ הַבַּיִת (וַיִּקְרָא י״ד:ל״ה) בָּעֵינַן אֲבָל יְרוּשָׁלַיִם מִיטַּמֵּא בִּנְגָעִים דְּסָבַר נִתְחַלְּקָה לִשְׁבָטִים וַאֲחֻוזַּתְכֶם קָרֵינָא לֵיהּ קָתָנֵי מִיהַת לְרַבִּי יְהוּדָה דְּאִית לֵיהּ נִתְחַלְּקָה לֹא שָׁנוּ אֶלָּא מְקוֹם מִקְדָּשׁ אֲבָל בָּתֵּי כְנֵסִיּוֹת וּבָתֵּי מִדְרָשׁוֹת שֶׁבָּהּ כִּשְׁאָר בָּתֵּי הָעִיר ואע"ג דְּשֶׁל כְּרַךְ הוּא:
Je n'ai entendu — que le lieu du Mikdach seul échappe à cette impureté, parce que c'est une maison de sainteté, alors que pour les nega im on exige : celui à qui appartient la maison viendra (Vayikra 14, 35) ; mais Yerouchalaim se rend impure par les nega im, car il tient qu'elle a été partagée entre les tribus et qu'on l'appelle votre possession. En tout cas il est enseigné que, pour Rabbi Yehouda qui tient qu'elle a été partagée, on n'a excepté que le lieu du Mikdach, tandis que les synagogues et les maisons d'étude qui s'y trouvent sont comme les autres maisons de la ville — et cela bien qu'il s'agisse d'une grande ville.
💡 Explication

La deuxième objection vient des nega im, les plaies des maisons. Le verset limite cette impureté à une maison qui se trouve dans ahouzatkhem, votre possession, ce qui suppose une propriété privée. Le premier tanna en conclut que Yerouchalaim y échappe tout entière ; Rabbi Yehouda restreint l'exception au seul emplacement du Mikdach.

Rachi dégage la portée de ce dernier mot : si seul le Mikdach est excepté, les synagogues de Yerouchalaim sont traitées comme des maisons ordinaires — alors même que Yerouchalaim est une grande ville.

10
הָא בָּתֵּי כְּנֵסִיּוֹת וּבָתֵּי מִדְרָשׁוֹת מִיטַּמְּאִין, אַמַּאי? הָא דִּכְרַכִּין הָווּ! אֵימָא, אָמַר רַבִּי יְהוּדָה: אֲנִי לֹא שָׁמַעְתִּי אֶלָּא מְקוֹם מְקֻודָּשׁ בִּלְבַד.

Donc les synagogues et les maisons d'étude se rendent impures ; pourquoi ? Ce sont pourtant celles d'une grande ville ! — Dis plutôt : Rabbi Yehouda a dit : je n'ai entendu cela que d'un lieu consacré seulement.

📜 Rachi (1)
מְקֻודָּשׁ אַף בָּתֵּי כְּנֵסִיּוֹת מַשְׁמַע:
Consacré — cela vise aussi les synagogues.
🗂️ Tossefot (1)
וְאַמַּאי וְהָא דִּכְרַכִּים נִינְהוּ מַשְׁמַע דִּסְבִירָא לֵיהּ לַמַּקְשָׁן דְּכֵיוָן דְּלָא מִיזְדַּבְּנִי דְּאֵין לָהֶן לִיטָּמֵא בִּנְגָעִים מִשּׁוּם דְּלָא מִיקְּרֵי אֲחֻוזַּתְכֶם וְגַם לָא קָרֵינַן בֵּיהּ אֲשֶׁר לוֹ הַבַּיִת וְקָשֶׁה דְּהָא בפ"ק דְּיוֹמָא (דַּף יא.) מְחַיֵּיב ר"מ בֵּית הַכְּנֶסֶת שֶׁל כְּרַכִּים בִּמְזוּזָה וְגַם מוּקֵי בָּרַיְיתָא דְּהָתָם דְּקָאָמַר דְּבֵית הַכְּנֶסֶת מִיטַּמֵּא בִּנְגָעִים כְּוָותֵיהּ וְעוֹד קָשֶׁה אַמַּאי נְקַט שֶׁל כְּרַכִּים דְּהָא (ר"מ) לָא מְפַלֵּיג הָתָם בֵּין שֶׁל כְּרַכִּים לְשֶׁל כְּפָרִים לְעִנְיַן נְגָעִים וּמְזוּזָה וְיֵשׁ לוֹמַר דְּוַדַּאי הַמַּקְשָׁן טָעָה בָּתַרְתִּי חֲדָא דְּאֵין חִילּוּק בֵּין כְּרַכִּים לְשֶׁל כְּפָרִים כִּדְמַסִּיק הָתָם לְרַבָּנָן דר"מ דְּהַיְינוּ ר' יְהוּדָה וְגַם טָעָה בְּהָא דאע"ג דְּלָא מִיזְדַּבְּנִי יֵשׁ לָהֶן לִיטָּמֵא בִּנְגָעִים לְרַבִּי מֵאִיר:
Et pourquoi ? Ce sont pourtant celles d'une grande ville ! — il en ressort que celui qui objecte tient que, du moment qu'elles ne peuvent pas être vendues, elles ne devraient pas se rendre impures par les nega im, parce qu'on ne les appelle pas votre possession et qu'on ne lit pas non plus à leur sujet : celui à qui appartient la maison. Or cela fait difficulté, car au premier chapitre de Yoma (11a) Rabbi Meir soumet une synagogue de grande ville à la mezouza, et l'on y établit aussi selon son avis la baraita qui dit qu'une synagogue se rend impure par les nega im. Autre difficulté : pourquoi parler précisément de celles des grandes villes, alors que là-bas on ne distingue pas entre grandes villes et villages quant aux nega im et à la mezouza ? Il faut dire que celui qui objecte s'est effectivement trompé sur deux points : d'abord en supposant une distinction entre grandes villes et villages, alors que là-bas on conclut qu'il n'y en a pas selon les Sages qui s'opposent à Rabbi Meir, c'est-à-dire Rabbi Yehouda ; ensuite en pensant que, du moment qu'elles ne peuvent pas être vendues, elles échapperaient aux nega im, alors que pour Rabbi Meir elles s'y rendent impures.
💡 Explication

La guemara utilise ici le résultat du segment précédent comme une objection contre Rabbi Chemouel bar Nahmani : des synagogues de Yerouchalaim traitées comme des maisons privées supposeraient qu'elles appartiennent bien à quelqu un. La réponse porte sur un seul mot de la baraita : lire makom mekoudach, lieu consacré, au lieu de makom mikdach, lieu du Mikdach. L'exception couvre alors le Temple, les synagogues et les maisons d'étude.

11
בְּמַאי קָמִיפַּלְגִי? תַּנָּא קַמָּא סָבַר: לֹא נִתְחַלְּקָה יְרוּשָׁלַיִם לִשְׁבָטִים, וְרַבִּי יְהוּדָה סָבַר: נִתְחַלְּקָה יְרוּשָׁלַיִם לִשְׁבָטִים.

Sur quoi divergent-ils ? Le premier tanna tient : Yerouchalaim n'a pas été partagée entre les tribus ; et Rabbi Yehouda tient : Yerouchalaim a été partagée entre les tribus.

💡 Explication

La guemara remonte du détail des nega im au principe. Si la ville a été attribuée aux tribus, ses maisons sont des possessions privées et relèvent du verset ; si elle est restée commune à tout Israël, aucune maison ne remplit la condition de ahouzatkhem.

12
וּבִפְלוּגְתָּא דְּהָנֵי תַּנָּאֵי.

Et cela se tient dans la controverse de ces tannaim.

13
דְּתַנְיָא: מֶה הָיָה בְּחֶלְקוֹ שֶׁל יְהוּדָה — הַר הַבַּיִת, הַלְּשָׁכוֹת, וְהָעֲזָרוֹת. וּמֶה הָיָה בְּחֶלְקוֹ שֶׁל בִּנְיָמִין — אוּלָם, וְהֵיכָל, וּבֵית קָדְשֵׁי הַקֳּדָשִׁים.

Comme il est enseigné : qu'y avait-il dans la part de Yehouda ? Le Har haBayit, les lichkot et les azarot.

Et qu'y avait-il dans la part de Binyamin ? Le Oulam, le Heikhal et le Saint des Saints.

📜 Rachi (4)
הַר הַבַּיִת בִּכְנִיסָתוֹ מִצַּד הַמִּזְרָח כָּל מַה שֶׁיֵּשׁ שָׁם פָּנוּי קָרוּי הַר הַבַּיִת שֶׁאֵין לָהּ שֵׁם אַחֵר:
Le Har haBayit — à son entrée, du côté de l'est, tout l'espace libre qui s'y trouve porte le nom de Har haBayit, n'ayant pas d'autre nom.
וְהַלְּשָׁכוֹת שֶׁבְּתוֹךְ הַחֵיל:
Et les lichkot — celles qui se trouvent à l'intérieur du hel.
וְהָעֲזָרוֹת שְׁלָשְׁתָּן עֶזְרַת נָשִׁים וְעֶזְרַת יִשְׂרָאֵל הֵן אַחַת עֶשְׂרֵה אַמָּה שֶׁיִּשְׂרָאֵל רַשָּׁאִין לִיכָּנֵס לִפְנִים מִן הַשַּׁעַר וְאַחֲרֵיהֶם לְצַד מַעֲרָב לְעֶזְרַת כֹּהֲנִים י"א אַמָּה שֶׁבֵּין דְּרִיסַת רַגְלֵי יִשְׂרָאֵל לַמִּזְבֵּחַ הַחִיצוֹן:
Et les azarot — toutes les trois. Le parvis des femmes ; et le parvis d'Israël, qui compte onze coudées où les Israélites ont le droit d'entrer en deçà de la porte ; et derrière eux, vers l'ouest, le parvis des kohanim, onze coudées entre l'endroit où les Israélites posent le pied et l'autel extérieur.
וּמֶה הָיָה בְּחֶלְקוֹ שֶׁל בִּנְיָמִין אוּלָם וְהֵיכָל מִצַּד מַעֲרָב עַכְשָׁיו יוֹתֵר בֵּנְתַייִם מְקוֹם הַמִּזְבֵּחַ ל"ב אַמָּה וּבֵין הָאוּלָם וְהַמִּזְבֵּחַ כ"ב אַמָּה שֶׁלֹּא פֵּירֵשׁ שֶׁל מִי הוּא חָזַר וּפֵירֵשׁ רְצוּעָה יוֹצְאָהּ כו' לִימֶּדְךָ כָּאן רְצוּעָה זוֹ לְבַדָּהּ לִיהוּדָה אֲבָל צְפוֹנוֹ שֶׁל מִזְבֵּחַ וּדְרוֹמוֹ וּמַעֲרָבוֹ שֶׁל בִּנְיָמִין וּבְמַסֶּכֶת זְבָחִים אָמְרִינַן שֶׁאֵין לִיהוּדָה בְּאוֹתָהּ הָרְצוּעָה אֶלָּא הַמִּזְרָחִית מְקוֹם הַיְּסוֹד וּלְכָךְ לֹא הָיָה יְסוֹד לְמִזְרָחוֹ שֶׁל מִזְבֵּחַ:
Et qu'y avait-il dans la part de Binyamin : le Oulam et le Heikhal — du côté de l'ouest. Il reste alors entre les deux l'emplacement de l'autel, trente-deux coudées, et entre le Oulam et l'autel vingt-deux coudées, dont il n'a pas précisé à qui elles appartiennent ; il revient donc là-dessus et précise : une bande sortait, etc., t enseignant ici que cette bande seule revient à Yehouda, tandis que le nord de l'autel, son sud et son ouest sont à Binyamin. Et au traité Zevahim nous disons que Yehouda ne possède dans cette bande que le côté oriental, l'emplacement du yessod ; c'est pourquoi il n'y avait pas de yessod au côté oriental de l'autel.
💡 Explication

La baraita répartit l'enceinte du Mikdach entre deux tribus. À Yehouda reviennent les zones extérieures : le Har haBayit, les lichkot et les azarot ; à Binyamin le Oulam, le Heikhal et le Saint des Saints. Le fait même que le Mikdach soit ainsi réparti prouve que Yerouchalaim a été partagée entre les tribus.

Rachi relève que la description laisse un espace sans attribution, celui de l'autel et de l'intervalle entre le Oulam et l'autel. La suite de la baraita comble ce vide par la bande de terre.

🖼️ Schéma
Les parts de Binyamin et de Yehouda dans le MikdachOuestEstSaintdes SaintsHeikhalOulamMizbéahsur la retsouaAzarotLichkotHarhaBayitPart de BinyaminPart de YehoudaUne bande de terre sortait de la part de Yehouda et entraitdans celle de Binyamin ; l'autel y fut bâti. Binyamins'en affligeait chaque jour, désirant l'absorber.Zevahim 53b : le yessod manquait à l'anglesud-est, le seul point de l'autel qui setrouvait dans la part de Yehouda.
Le partage que décrit la baraita, et la bande de terre qui porte l'autel — le point précis sur lequel Tossefot confronte notre baraita à Zevahim.
14
וּרְצוּעָה הָיְתָה יוֹצֵאת מֵחֶלְקוֹ שֶׁל יְהוּדָה וְנִכְנֶסֶת בְּחֶלְקוֹ שֶׁל בִּנְיָמִין, וּבָהּ מִזְבֵּחַ בָּנוּי, וְהָיָה בִּנְיָמִין הַצַּדִּיק מִצְטַעֵר עָלֶיהָ בְּכָל יוֹם לְבָולְעָהּ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״חֹופֵף עָלָיו כָּל הַיּוֹם״, לְפִיכָךְ זָכָה בִּנְיָמִין וְנַעֲשָׂה אֻושְׁפִּיזְכָן לַשְּׁכִינָה.

Et une bande sortait de la part de Yehouda et entrait dans la part de Binyamin, et sur elle l'autel était bâti ; et Binyamin le juste s'en affligeait chaque jour, désirant l'absorber, ainsi qu'il est dit : il le couvre tout le jour (Devarim 33, 12). C'est pourquoi Binyamin mérita de devenir l'hôte de la Chekhina.

📜 Rachi (3)
וְהָיָה בִּנְיָמִין הַצַּדִּיק צוֹפֶה בְּרוּחַ הַקֹּדֶשׁ שֶׁכֵּן עָתִיד לִהְיוֹת וּמִצְטַעֵר עָלֶיהָ:
Et Binyamin le juste — il voyait par l'esprit saint qu'il en serait ainsi, et il s'en affligeait.
חוֹפֵף עָלָיו אָדָם הַמִּצְטַעֵר חוֹפֵף וּמִתְחַכֵּךְ בִּבְגָדָיו. לְשׁוֹן שִׁפְשׁוּף כְּמוֹ נָזִיר חוֹפֵף וּמְפַסְפֵס (נָזִיר דַּף מב.):
Il le couvre — un homme qui s'afflige se frotte et se gratte contre ses vêtements ; c'est un terme de frottement, comme dans : le nazir se frotte la tête et démêle ses cheveux (Nazir 42a).
אֻושְׁפִּיזְכָן שֶׁהָיָה אָרוֹן בְּחֶלְקוֹ:
Hôte — car l'arche se trouvait dans sa part.
🗂️ Tossefot (1)
וּרְצוּעָה יוֹצְאָהּ מֵחֵלֶק יְהוּדָה לְחֵלֶק בִּנְיָמִין וּבָהּ הָיָה מִזְבֵּחַ בָּנוּי קָשֶׁה דְּהָא בְּפֶרֶק אֵיזֶהוּ מְקוֹמָן (זְבָחִים דַּף נג:) אָמַר דִּבְקֶרֶן דְּרוֹמִית מִזְרָחִית לֹא הָיָה יְסוֹד לְפִי שֶׁלֹּא הָיָה יְסוֹד אֶלָּא בְּחֶלְקוֹ שֶׁל טוֹרֵף בִּנְיָמִין דִּכְתִיב בִּנְיָמִין זְאֵב יִטְרָף (בְּרֵאשִׁית מ״ט:כ״ז) אַלְמָא שֶׁכָּל הַמִּזְבֵּחַ בָּנוּי בְּחֶלְקוֹ שֶׁל בִּנְיָמִין וי"ל אוֹתוֹ קֶרֶן דְּרוֹמִית מִזְרָחִית שֶׁלֹּא הָיָה בּוֹ יְסוֹד שֶׁהָיָה בְּחֵלֶק יְהוּדָה עַל זֶה הָיָה מִצְטַעֵר בִּנְיָמִין לְבָולְעָהּ כְּדֵי שֶׁיְּהֵא כָּל הַמִּזְבֵּחַ בְּחֶלְקוֹ:
Et une bande sortait de la part de Yehouda vers la part de Binyamin, et sur elle l'autel était bâti — cela fait difficulté, car au chapitre Eizehou mekoman (Zevahim 53b) il est dit qu'à l'angle sud-est il n'y avait pas de yessod, parce que le yessod ne se trouvait que dans la part de celui qui déchire, Binyamin, comme il est écrit : Binyamin est un loup qui déchire (Bereichit 49, 27) — d'où il ressort que tout l'autel était bâti dans la part de Binyamin. On peut répondre : c'est précisément cet angle sud-est, privé de yessod parce qu'il se trouvait dans la part de Yehouda, que Binyamin désirait absorber en s'en affligeant, afin que l'autel tout entier fût dans sa part.
🪔 Ben Yehoyada (1)
וּלְפִיכָךְ זָכָה בִּנְיָמִין וְנַעֲשָׂה אַשְׁפִּיזְכָאן לַשְּׁכִינָה. נִרְאֶה לִי בס"ד כִּי בִּנְיָמִין רָאָה בְּרוּחַ הַקֹּודֶשׁ שֶׁיִּהְיֶה בְּחֶלְקוֹ בֵּית הַמִּקְדָּשׁ וּבֵית קֹודֶשׁ הַקֳּדָשִׁים וְרַק הַמִּזְבֵּחַ יִהְיֶה בִּרְצוּעָה שֶׁל יְהוּדָה וְהָיָה מִצְטַעֵר עַל הָרְצוּעָה, וּבַעֲבוּר צַעֲרוֹ זָכָה שֶׁגַּם בַּיִת שֵׁנִי וְגַם בַּיִת שְׁלִישִׁי יִבְנוּ בְּחֶלְקוֹ בִּמְקוֹם בַּיִת רִאשׁוֹן אַף עַל גַּב דְּמִן הָרָאוּי שֶׁיִּבָּנֶה בַּיִת שֵׁנִי בְּמָקוֹם אַחֵר מֵאַחַר דְּבַיִת רִאשׁוֹן טִמְּאוּהוּ שֶׁהִכְנִיסוּ בּוֹ עַצְמוֹ עֲבוֹדָה זָרָה וְשָׁפְכוּ בּוֹ דָּמִים, עִם כָּל זֶה בַּעֲבוּר צַעֲרוֹ זָכָה שֶׁיִּהְיֶה אֻושְׁפִּיזְכָן לַשְּׁכִינָה, שֶׁגַּם בַּיִת שֵׁנִי וּבַיִת שְׁלִישִׁי יִהְיוּ בְּחֶלְקוֹ בִּמְקוֹם בַּיִת רִאשׁוֹן וְלֹא נִסְתַּלְּקָה שְׁכִינָה מֵחֶלְקוֹ כַּאֲשֶׁר נִסְתַּלְּקָה מִשִּׁילֹה שֶׁהִיא חֵלֶק יוֹסֵף הַצַּדִּיק ע"ה. וּבָזֶה יוּבָן מַה שֶׁהֵבִיא הַפָּסוּק (דְּבָרִים לג, יב) 'וּבֵין כְּתֵיפָיו שֶׁכֵּן' וְהוּא כִּי יָדוּעַ שֶׁבַּיִת רִאשׁוֹן הָיָה בִּזְכוּת אַבְרָהָם אָבִינוּ ע"ה שֶׁקְּרָאוֹ 'הָר' (בְּרֵאשִׁית כב, יד) , וּבַיִת שֵׁנִי בִּזְכוּת יִצְחָק אָבִינוּ ע"ה שֶׁקְּרָאוֹ 'שָׂדֶה' (בְּרֵאשִׁית כז, כז) , וְהֵם אַבְרָהָם דְּרוּעָא יַמִּינָא וְיִצְחָק דְּרוּעָא שְׂמָאלָא, וְהֵם כֶּתֶף יָמִין וְכָתֵף שְׂמֹאל, אַךְ בַּיִת שְׁלִישִׁי שֶׁיִּבָּנֶה בב"א [בִּמְהֵרָה בְּיָמֵינוּ אָמֵן] יִהְיֶה בִּזְכוּת יַעֲקֹב אָבִינוּ ע"ה שֶׁהוּא סוֹד גּוּפָא הָעוֹמֵד בֵּין הַכְּתֵפַיִים וְלָכֵן הוּא חַי כְּנֶגֶד חוּט הַשִּׁדְרָה שֶׁיֵּשׁ בּוֹ ח"י חֻולְיוֹת. וְלָזֶה אָמַר 'וּבֵין כְּתֵיפָיו שֶׁכֵּן' רוֹצֶה לוֹמַר לָא מִבָּעֲיָא בַּיִת שֵׁנִי שֶׁהוּא כְּנֶגֶד כָּתֵף שְׂמֹאל אֶלָּא גַּם בֵּין כְּתֵפָיו שֶׁהוּא בַּיִת שְׁלִישִׁי, שֶׁהוּא כְּנֶגֶד גּוּפָא בֵּין הַכְּתֵפַיִים, גַּם כֵּן שֶׁכֵּן אֶצְלוֹ.
C'est pourquoi Binyamin mérita de devenir l'hôte de la Chekhina. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que Binyamin vit par l'esprit saint que le Beit haMikdach et le Saint des Saints seraient dans sa part, et que seul l'autel se trouverait sur la bande de Yehouda ; il s'affligeait au sujet de cette bande. En raison de son affliction, il mérita que le second Temple et le troisième Temple soient eux aussi bâtis dans sa part, à l'emplacement du premier — alors qu'il eût été normal que le second fût bâti ailleurs, puisque le premier avait été rendu impur, qu'on y avait introduit l'idolâtrie elle-même et qu'on y avait versé le sang. Malgré tout cela, en raison de son affliction, il mérita d'être l'hôte de la Chekhina : le second et le troisième Temple se trouvent eux aussi dans sa part, à l'emplacement du premier, et la Chekhina ne s'est pas retirée de sa part comme elle s'est retirée de Chilo, qui appartient à la part de Yossef le juste, que la paix soit sur lui. Ainsi comprend-on pourquoi il cite le verset : et il demeure entre ses épaules (Devarim 33, 12). Car il est connu que le premier Temple fut au mérite d'Avraham notre père, que la paix soit sur lui, qui l'appela montagne (Bereichit 22, 14), et le second au mérite de Yits hak notre père, que la paix soit sur lui, qui l'appela champ (Bereichit 27, 27) ; or Avraham est le bras droit et Yits hak le bras gauche, soit l'épaule droite et l'épaule gauche. Mais le troisième Temple, qui sera bâti bientôt et de nos jours, amen, sera au mérite de Yaakov notre père, que la paix soit sur lui, lequel est le sod, le secret, du corps qui se tient entre les épaules ; c'est pourquoi il est vivant, correspondant à la colonne vertébrale qui compte dix-huit vertèbres, nombre du mot haï. Et c'est ce que dit le verset : et il demeure entre ses épaules — il ne s'agit pas seulement du second Temple, qui correspond à l'épaule gauche, mais aussi de ce qui se tient entre ses épaules, soit le troisième Temple, qui correspond au corps entre les épaules : celui-là aussi demeure auprès de lui.
💡 Explication

La bande de terre, retsoua, appartient à Yehouda et pénètre dans le domaine de Binyamin ; l'autel y est bâti. Le verset de la bénédiction de Moche à Binyamin fournit l'appui : le verbe hofef, que Rachi rattache au frottement de celui qui se ronge, décrit l'attente quotidienne de la tribu. La récompense se lit dans le même verset : Binyamin devient ouchpizkhan, l'hôte qui reçoit la Chekhina chez lui.

Tossefot confronte cette baraita à Zevahim 53b, où l'absence de yessod à l'angle sud-est s'explique parce que l'autel se tenait dans la part de Binyamin. La conciliation restreint la bande à ce seul angle.

15
וְהַאי תַּנָּא סָבַר לֹא נִתְחַלְּקָה יְרוּשָׁלַיִם לִשְׁבָטִים. דְּתַנְיָא: אֵין מַשְׂכִּירִים בָּתִּים בִּירוּשָׁלַיִם, מִפְּנֵי שֶׁאֵינָן שֶׁלָּהֶן. רַבִּי אֶלְעָזָר (בַּר צָדוֹק) אוֹמֵר: אַף לֹא מִטּוֹת. לְפִיכָךְ, עוֹרוֹת קָדָשִׁים — בַּעֲלֵי אֻושְׁפִּיזִין נוֹטְלִין אוֹתָן בִּזְרוֹעַ.

Et cet autre tanna tient que Yerouchalaim n'a pas été partagée entre les tribus, comme il est enseigné : on ne loue pas de maisons à Yerouchalaim, parce qu'elles ne leur appartiennent pas. Rabbi Elazar bar Tsadok dit : pas même les lits.

C'est pourquoi les peaux des kodachim, les hôtes les prennent de force.

📜 Rachi (3)
וְהַאי תַּנָּא סָבַר כו' וְהַייְנוּ תַּנָּאֵי דַּאֲמַרַן לְעֵיל:
Et cet autre tanna tient, etc. — ce sont bien les tannaim dont nous avons parlé plus haut.
אֵין מַשְׂכִּירִין בַּעֲלֵי בָּתִּים אֶת בָּתֵּיהֶם לְעוֹלֵי רְגָלִים אֶלָּא בְּחִנָּם נוֹתְנִין לָהֶן וְנִכְנָסִין לְתוֹכָן:
On ne loue pas — les maîtres de maison ne louent pas leurs maisons aux pèlerins ; ils les leur donnent gratuitement et ceux-ci y entrent.
עוֹרוֹת קָדָשִׁים תּוֹדָה וּשְׁלָמִים שֶׁהָעוֹרוֹת לַבְּעָלִים:
Les peaux des kodachim — celles du korban toda et des chelamim, dont les peaux reviennent aux propriétaires de l'offrande.
🗂️ Tossefot (1)
אַף לֹא הַמִּטּוֹת פֵּירֵשׁ הר"ר יוֹסֵף דִּסְבִירָא לֵיהּ דְּכֵיוָן שֶׁהַקַּרְקַע מְקוֹם הַמִּטּוֹת לֹא הָיָה מְיֻוחָד לַבְּעָלִים לֹא הָיָה כֹּחַ בְּיָדָם לְהַשְׂכִּירָם שְׂכִירוּת שָׁלֵם וּמִכָּל מָקוֹם מֵחֲמַת מִטַּלְטְלֵיהֶם הָיוּ נוֹטְלִין עוֹרוֹת הַקֳּדָשִׁים:
Pas même les lits — le Rav Rabbi Yossef explique qu'il tient ainsi : le sol sur lequel reposaient les lits n'appartenant pas en propre aux maîtres de maison, ceux-ci n'avaient pas le pouvoir d'en tirer un loyer entier ; malgré tout, en raison de leurs objets mobiliers, ils prenaient les peaux des kodachim.
🪔 Ben Yehoyada (1)
אֵין מַשְׂכִּירִין בָּתִּים בְּתוֹךְ יְרוּשָׁלַיִם, לְפִי שֶׁאֵינָן שֶׁלָּהֶם. הַטַּעַם שֶׁלֹּא נִתְחַלְּקָה יְרוּשָׁלִַם לִשְׁבָטִים מִפְּנֵי שֶׁהִיא מְכֻוֶּונֶת כְּנֶגֶד יְרוּשָׁלִַם שֶׁל מַעְלָה וּמְחֻובֶּרֶת אֵלֶיהָ וּכְמוֹ יְרוּשָׁלִַם שֶׁל מַעְלָה יַד כָּל יִשְׂרָאֵל שָׁוִים בָּהּ כֵּן יְרוּשָׁלִַם שֶׁל מַטֵּה. וּבָזֶה יוּבָן הַפָּסוּק (תְּהִלִּים קכב, ג) 'יְרוּשָׁלַיִם הַבְּנוּיָה' הִיא יְרוּשָׁלִַם שֶׁל מַטָּה, הִיא כְּעִיר יְרוּשָׁלִַם שֶׁל מַעְלָה אֲשֶׁר חִיבְּרָהּ לָהּ יַחְדָּו שֶׁשָּׁם יַד כָּל יִשְׂרָאֵל שָׁוֶה וּמְחֻובָּרִים יַחַד. וְהָעֵדוּת זוֹ נִיכֶּרֶת בִּזְמַן שֶׁשָּׁם עָלוּ שְׁבָטִים שִׁבְטֵי יָהּ, שֶׁהוּא זְמַן עֲלִיַּית הָרֶגֶל שֶׁאֵין מַשְׂכִּירִין בָּתִּים בִּירוּשָׁלִַם.
On ne loue pas de maisons à l'intérieur de Yerouchalaim, parce qu'elles ne leur appartiennent pas. La raison pour laquelle Yerouchalaim n'a pas été partagée entre les tribus tient à ce qu'elle est disposée en face de la Yerouchalaim d'en haut et jointe à elle ; et de même que, dans la Yerouchalaim d'en haut, la part de tout Israël y est égale, ainsi en va-t-il de la Yerouchalaim d'en bas. Ainsi comprend-on le verset : Yerouchalaim bâtie (Tehilim 122, 3) — il s'agit de la Yerouchalaim d'en bas, qui est comme la ville de la Yerouchalaim d'en haut, laquelle lui est jointe ensemble, où la part de tout Israël est égale et où tous sont unis. Et ce témoignage se reconnaît au temps où montent les tribus, les tribus de Y-ah, c'est-à-dire au temps de la montée du pèlerinage, où l'on ne loue pas de maisons à Yerouchalaim.
💡 Explication

La baraita opposée tire du droit civil la preuve que Yerouchalaim reste commune : ses maisons échappent à la location parce qu'elles n'appartiennent à personne en propre. Rabbi Elazar bar Tsadok étend la règle jusqu'aux lits, le sol qui les porte ne relevant pas davantage du propriétaire.

De là naît une conséquence économique. Les hôtes, privés de loyer, prenaient les peaux des offrandes que le pèlerin avait apportées ; la baraita qualifie ce prélèvement de bizroa, une prise de force, puisqu'aucune créance ne le fondait.

16
אָמַר אַבַּיֵּי: שְׁמַע מִינַּהּ אֹורַח אַרְעָא לְמִישְׁבַּק אִינָשׁ גֻּולְפָּא וּמַשְׁכָּא בְּאֻושְׁפִּיזֵיהּ.

Abaye a dit : apprends de là qu'il est de bonne conduite qu'un homme laisse sa cruche et la peau de la bête chez son hôte.

📜 Rachi (2)
גֻּולְפָּא קַנְקַן שֶׁל חֶרֶס שֶׁנִּשְׁתַּמֵּשׁ בּוֹ:
Goulfa — une jarre de terre dont il s'est servi.
וּמַשְׁכָּא אִם שָׁחַט בְּהֵמָה:
Et la peau — s'il a abattu une bête.
💡 Explication

Abaye retourne le reproche de la baraita en usage. Ce que les hôtes prenaient de force, le pèlerin fait bien de le laisser de lui-même : la cruche dont il s'est servi et la peau de la bête qu'il a abattue. L'expression orah ara, la voie du monde, désigne la conduite convenable plutôt qu'une obligation.

17
אָמַר רָבָא: לֹא שָׁנוּ אֶלָּא שֶׁלֹּא מָכְרוּ שִׁבְעָה טוֹבֵי הָעִיר בְּמַעֲמַד אַנְשֵׁי הָעִיר, אֲבָל מָכְרוּ שִׁבְעָה טוֹבֵי הָעִיר בְּמַעֲמַד אַנְשֵׁי הָעִיר, אֲפִילּוּ

Rava a dit : on n'a enseigné cela que lorsque les sept notables de la ville n'ont pas vendu en présence des gens de la ville ; mais s'ils ont vendu, les sept notables de la ville en présence des gens de la ville, même

📜 Rachi (2)
לֹא שָׁנוּ דְּאֵין מוֹרִידִין דָּמִים מִקְּדֻושָּׁתָן וּבֵית הַכְּנֶסֶת בַּחֲשִׁיבוּתוֹ עוֹמֵד אַף בְּיַד לוֹקֵחַ דֻּומְיָא דִּסְפָרִים לוֹקֵחַ בָּהֶן ס"ת וְהַלָּה מַנְהִיג סְפָרִים בַּהֲוָיָיתָן:
On n'a enseigné — que l'on ne fait pas descendre le prix de sa sainteté, et que la synagogue demeure dans son rang même entre les mains de l'acheteur, à l'image des sefarim avec le prix desquels on acquiert un sefer Torah, tandis que l'acheteur continue de traiter les sefarim selon ce qu'ils sont.
אֶלָּא שֶׁלֹּא מְכָרוֹ הַטּוֹבִים בִּרְשׁוּת הָעָם [אֲבָל אִם מָכְרוּ וְכוּ'] פָּקְעָה קְדֻושָּׁה מִן הַחֵפֶץ וּמִן הַדָּמִים וּמֻותָּר לַעֲשׂוֹת מֵהֶן כָּל רְצוֹנָם וְהַיְינוּ דִּבְעָא מִינֵּיהּ רָבִינָא מֵרַב אַשִּׁי עַל תִּילָּא דְּבֵי כְּנִישְׁתָּא מַהוּ לְמִיזְרָעָהּ אַלְמָא בְּמָכַר כָּל דְּהוּ הַבַּיִת וְהַמָּעוֹת בִּקְדֻושְׁתַּייְהוּ קָיְימִי:
Que lorsqu'ils n'ont pas vendu — les notables, avec l'accord du peuple. Mais s'ils ont vendu, etc., la sainteté se retire de l'objet comme du prix, et il est permis d'en faire tout ce que l'on veut. Et c'est ce que Ravina demanda à Rav Achi au sujet du monticule d'une synagogue : peut-on l'ensemencer ? Il ressort donc que, dans une vente ordinaire, la maison et l'argent demeurent dans leur sainteté.
⚖️ Rosh (1)
גְּמָ' אָמַר רַבָּה בַּר בַּר חָנָה אָמַר ר' יוֹחָנָן זוֹ דִּבְרֵי ר' מְנַחֵם ב"ר יוֹסֵי סְתִימְתָּאָה אֲבָל חֲכָמִים אוֹמְרִים הָרְחוֹב אֵין בּוֹ מִשּׁוּם קְדֻושָּׁה וְרַבִּי מְנַחֵם בְּרַבִּי יוֹסֵי מ"ט הוֹאִיל וְהָעָם מִתְפַּלְּלִין בּוֹ בְּתַעֲנִיּוֹת (וּבְמַעֲמָדוֹת) וְרַבָּנַן הַהוּא אַקְרַאי בְּעָלְמָא הוּא: בֵּית הַכְּנֶסֶת לוֹקְחִין תֵּיבָה. א"ר שְׁמוּאֵל בַּר נַחְמָנִי אָמַר ר' יוֹחָנָן לֹא שָׁנוּ אֶלָּא בֵּית הַכְּנֶסֶת שֶׁל כְּפָרִים אֲבָל שֶׁל כְּרַכִּים כֵּיוָן דְּמֵעָלְמָא קָאָתוּ לָהּ הָוְיָא לְהוּ דְּרַבִּים וְלָא מָצוּ מְזַבְּנִי לָהּ וְאַפֵּי' הֲוָה יָדוּעַ שֶׁבְּנֵי הַכֶּרֶךְ בָּנוּ אוֹתָהּ וְלֹא סִיְּיעוּ לָהֶם מִחוּץ לָעִיר בְּהוֹצָאַת בִּנְיָנָהּ אֲפִי' הָכִי כֵּיוָן דְּמֵעָלְמָא קָאָתוּ לָהּ בְּנֵי הָעִיר הִקְדִּישׁוּהָ לְדַעַת כָּל הָעוֹלָם אֲבָל בֵּי כְנִישְׁתָּא דְּמָתָא מַחְסֵיָא אע"פ שֶׁקְּדֻושָּׁה הִיא לְדַעַת כָּל הָעוֹלָם כֻּולָּם מַסְכִּימִים לְדַעַת רַב אַשִּׁי וְהַהִיא בֵּית הַכְּנֶסֶת שֶׁל טַרְסִיִּים הָכִי פֵּירוּשׁוֹ בֵּי כְנִישְׁתָּא זוּטָא הֲוַאי וְלֹא הָיוּ נִכְנָסִין בָּהּ אֶלָּא אוֹתָן בַּעֲלֵי אֻומָּנִיּוֹת וְהָא דְּקָאָמְרִי' בִּירוּשַׁלְמִי (הֵ"א) הֲדָא דְּתֵימָא בְּבֵית הַכְּנֶסֶת שֶׁל יָחִיד אֲבָל שֶׁל רַבִּים אָסוּר שֶׁאֲנִי אוֹמֵר שֶׁמָּא אֶחָד מִסּוֹף הָעוֹלָם קָנוּי בָּהּ פֵּירוּשׁ יֵשׁ לוֹ זְכִייָּה בָּהּ וְאַפֵּי' הִסְכִּימוּ כָּל הָרְגִילִים לִיכָּנֵס לְזֹאת הָעִיר לְמָוכְרָהּ שֶׁמָּא יֵשׁ אֶחָד בְּסוֹף הָעוֹלָם שֶׁהָיָה סָמוּךְ לָעִיר הַזֹּאת וְהָיָה רָגִיל לִיכָּנֵס בָּהּ וּלְדַעְתּוֹ הֻוקְדְּשָׁה.. יְרֻושַּׁל' עַד כָּאן כְּשֶׁבְּנִייָּה לְשֵׁם בֵּית הַכְּנֶסֶת בְּנִייָּה לְשֵׁם חָצֵר וְהִקְדִּישָׁהּ מַהוּ נִשְׁמְעִינֵיהּ מִן הָדָא קֻונָּם לְבַיִת זֶה שֶׁאֲנִי נִכְנָס וְנַעֲשָׂה בֵּית הַכְּנֶסֶת הָדָא אָמְרִי' בְּנִיָּיה לְשֵׁם חָצֵר וְהִקְדִּישָׁהּ קְדֵשָׁה אֵימָתַי הִיא קְדֻושָּׁה מִיָּד אוֹ בִּשְׁעַת תַּשְׁמִישׁ נִשְׁמָעִין מִן הָדָא הָעוֹשֶׂה תֵּיבָה וּמִטְפָּחוֹת לְשֵׁם סֵפֶר עַד שֶׁלֹּא נִשְׁתַּמֵּשׁ בָּהֶן הַסֵּפֶר מֻותָּר לְהִשְׁתַּמֵּשׁ בָּהֶן הֶדְיוֹט מִשֶּׁנִּשְׁתַּמֵּשׁ בָּהֶן הַסֵּפֶר אָסוּר לְהִשְׁתַּמֵּשׁ בָּהֶן הֶדְיוֹט וּמָה אֵלּוּ שֶׁנַּעֲשׂוּ לְשֵׁם סֵפֶר אֵינָם קְדוֹשִׁים אֶלָּא מִשְּׁעַת תַּשְׁמִישׁ זוֹ שֶׁבְּנִיָּיה לְשֵׁם חָצֵר לֹא כָל שֶׁכֵּן. אָמַר רַב אָשֵׁי הַאי בֵּי כְנִישְׁתָּא דְּמָתָא מַחְסֵיָא אע"ג דְּמֵעָלְמָא אָתוּ לַהּ כֵּיוָן דְּאַדַּעְתָּא דִּידִי קָאָתוּ לָהּ אִי בָּעֵי מָצֵינָא מִזְדַּבְּנִינָא לָהּ. אָמַר רָבָא לֹא שָׁנוּ אֶלָּא שֶׁלֹּא מָכְרוּ שִׁבְעָה טוֹבֵי הָעִיר בְּמַעֲמַד אַנְשֵׁי הָעִיר אֲבָל מָכְרוּ שִׁבְעָה טוֹבֵי הָעִיר בְּמַעֲמַד אַנְשֵׁי הָעִיר אַפֵּי' לְמִישְׁתֵּי בֵּיהּ שִׁיכְרָא שַׁפִּיר דָּמֵי בְּבֵית הַכְּנֶסֶת שֶׁל כְּפָרִים אַיְירֵי אֲבָל שֶׁל כְּרִכֵּיס לָא מְהַנֵּי מִידִי טוֹבֵי הָעִיר לְמָוכְרוֹ וְאָכַל הָנֵי דְּמַתְנִיתִין קָאֵי הִלְכָּךְ יָחִיד שֶׁמָּכַר ס"ת שֶׁלּוֹ יָכוֹל לְהִשְׁתַּמֵּשׁ בְּדָמָיו כִּי לְדַעְתּוֹ הוּא מוֹכְרוֹ וְדִינוֹ כְּמוֹ שֶׁמָּכְרוּ שִׁבְעָה טוֹבֵי הָעִיר בְּמַעֲמַד אַנְשֵׁי הָעִיר. אַפֵּי' לְמִישְׁתֵּי בְּהוּ שִׁיכְרָא פֵּירֵשׁ רַשִׁ"י בְּדָמִים וְהַדִּין עִמּוֹ מִשּׁוּם דִּבְהָכִי אַייְּרִי מַתְנִיתִין כִּדְקָתָנֵי לוֹקְחִין בְּדָמָיו וּמִיהוּ הוּא הַדִּין בְּבֵית הַכְּנֶסֶת יָכוֹל הַלּוֹקֵחַ לַעֲשׂוֹת בָּהּ כָּל צָורְכּוֹ אַפֵּי' אַרְבָּעָה דְּבָרִים שֶׁאָסְרוּ חֲכָמִים דְּכֻולָּהּ מַתְנִיתִין אַייְרֵי בְּשֶׁלֹּא מָכְרוּ שִׁבְעָה טוֹבֵי הָעִיר בְּמַעֲמַד אַנְשֵׁי בְּנֵי הָעִיר וְכֵן הַהִיא תְּלָא דְּבֵי כְּנִישְׁתָּא רָצָה לִקְנוֹת לְזָורְעוֹ וַאֲמַר לֵיהּ רַב אַשִּׁי שֶׁלֹּא יוּכַל לִזְרֹועַ בּוֹ אִם לֹא יִקְנֶה אוֹתָהּ מז' טוֹבֵי הָעִיר בְּמַעֲמַד בְּנֵי הָעִיר אֲבָל אַחַר שֶׁיִּקְנֶה אוֹתוֹ יוּכַל לְזָורְעוֹ וּזְרִיעָה תַּשְׁמִישׁ שֶׁל גְּנַאי דְּהָא בָּתֵּי כְּנֵסִיּוֹת שֶׁבְּבָבֶל עַל תְּנַאי הֵן עֲשׂוּיִן וּבְחֻורְבָּנָם מֻותָּר לְהִשְׁתַּמֵּשׁ בָּהֶן כָּל תַּשְׁמִישׁ שֶׁאֵינוֹ שֶׁל גְּנַאי כְּמוֹ שֶׁנְּפָרֵשׁ לְקַמָּן (סִי' ז) רָבִינָא הֲוָה לֵיהּ הַהִיא תְּלָא דְּבֵי כְּנִישְׁתָּא בְּאַרְעֵיהּ אֲתָא לְקַמֵּיהּ דְּרַב אָשֵׁי אֲמַר לֵיהּ זִיל זַבְנֵיהּ מִשִּׁבְעָה טוֹבֵי (בְּנֵי) הָעִיר בְּמַעֲמַד אַנְשֵׁי הָעִיר וְזַרְעֵהּ. אָמַר רַב חִסְדָּא לֹא לִיסְתּוֹר אִינִישׁ בֵּי כְּנִישְׁתָּא עַד דְּבָנֵי בֵּי כְנִישְׁתָּא אַחֲרִיתִי מִשּׁוּם פְּשִׁיעוּתָא גָּרְסִי' בְּפֶרֶק הַשֻּׁותָּפִין (בָּבָא בָּתְרָא דַּף ג:) הָנֵי מִילֵּי דְּלָא חֲזָא בֵּיהּ תִּיוְהָא אֲבָל חֲזָא בֵּיהּ תִּיוְהָא סָתַר וּבָנֵי לָהּ (לְאַלְתַּר) כִּי הָא דְּרַב אָשֵׁי חֲזָא תִּיוְהָא בְּבֵי כְּנִישְׁתָּא דְּמָתָא מְחַסְיָא סָתְרָה וּבָנֶיהָ וְעָיֵיל לְפּוּרְיָא לְהָתָם וְלָא אַפֵּיק עַד דְּתַקֵּין לֵיהּ שׁוֹפְכֵי אָמַר רָבָא הַךְ בֵּי כְנִישְׁתָּא חַלּוֹפַהּ וְזַבּוֹנַהּ שָׁרְיָא וְחָיְילָא קְדֻושָּׁה אַדְּמֵיהּ וְהִיא יוֹצְאָהּ לְחֻולִּין אוֹגְרָהּ אוֹ מַשְׁכּוֹנָה אָסוּר מ"ט בִּקְדֻושְׁתֵּיהּ קָייְמָא כִּדְמֵעִיקָּרָא לִבְנֵי נָמֵי חַלְּפִינְהוּ וּזְבִינָא שָׁרִי אוֹזְפִינְהוּ אָסוּר וה"מ בְּעַתִּיקֵי אֲבָל בְּחַדְתֵי לֵית לַן בַּהּ וְאַפֵּי' לָמֶ"ד הַזְמָנָה מִילְּתָא הִיא ה"מ כְּגוֹן אוֹרֵג בֶּגֶד לְמֵת דְּחַזְיָא לְאִישְׁתַּמּוֹשֵׁי בָּהּ אֲבָל הָנֵי כִּטְוִוי לְאָרִיג דָּמְייָן וְלֵיכָּא לָמֶ"ד הַזְמָנָה מִלְּתָא הִיא מַתְנָה שִׁבְעָה טוֹבֵי הָעִיר בְּמַעֲמַד אַנְשֵׁי הָעוֹר פְּלִיגִי בָּהּ רַב אַחָא וְרָבִינָא חַד אָסַר וְחַד שָׁרֵי מַאן דְּאָסַר אָמַר בְּמַאי תִּפְקַע בּוֹ קְדֻושְׁתֵּיהּ וּמַאן דְּשָׁרֵי אָמַר אִי לָאו דַּהֲוָה לְהוּ הֲנָאָה מִינֵּיהּ לָא יָהֲבִי לֵיהּ מַתָּנָה הֲדַר הָוְיָא לָהּ מַתָּנָה כִּזְבִינֵי:
Guemara. Rabba bar bar Hana a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : ce sont les paroles de Rabbi Menahem fils de Rabbi Yossi le setoumtaa, mais les Sages disent : la place publique n'a aucune sainteté. Et Rabbi Menahem fils de Rabbi Yossi, quelle est sa raison ? Puisque le peuple y prie les jours de jeûne et lors des maamadot. Et les Sages : cet usage demeure occasionnel. — Une synagogue, on prend une teva. Rabbi Chemouel bar Nahmani a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : on n'a enseigné cela que d'une synagogue de villages ; mais celle des grandes villes, puisque l'on y vient du dehors, elle est un bien du public et ils ne peuvent pas la vendre. Et même s'il était notoire que ce sont les habitants de la grande ville qui l'ont bâtie et que personne du dehors ne les a aidés à la dépense de sa construction, malgré cela, puisque l'on y vient du dehors, les gens de la ville l'ont consacrée à l'intention du monde entier. Mais la synagogue de Mata Mehassia, bien qu'elle soit consacrée à l'intention du monde entier, tous s'en remettent à l'avis de Rav Achi. Et cette synagogue des tarsiyim, voici son explication : c'était une petite synagogue, et seuls ces artisans-là y entraient. Et ce que nous disons dans le Yeroushalmi (halakha 1) : cela ne se dit que d'une synagogue appartenant à un particulier, mais celle du public est interdite, car je dis : peut-être quelqu un, au bout du monde, y a-t-il acquis un droit — explication : il y possède une part ; et même si tous ceux qui ont coutume d'entrer dans cette ville s'accordent pour la vendre, peut-être y a-t-il quelqu un au bout du monde qui se trouvait proche de cette ville, avait coutume d'y entrer, et c'est aussi à son intention qu'elle a été consacrée. Ainsi le Yeroushalmi, fin de la citation. Cela vaut lorsqu'il l'a bâtie en vue d'une synagogue ; s'il l'a bâtie en vue d'une cour puis l'a consacrée, qu'en est-il ? Apprenons-le de ceci : konam, que je n'entre dans cette maison, et elle est devenue ensuite une synagogue — de là on dit que, s'il l'a bâtie en vue d'une cour puis l'a consacrée, elle est consacrée. Et à partir de quand est-elle sainte, dès l'instant où au moment de l'usage ? Apprenons-le de ceci : celui qui fabrique une teva et des mitpahot en vue d'un sefer — tant que le sefer ne s'en est pas servi, il est permis à un profane de s'en servir ; dès lors que le sefer s'en est servi, il est interdit à un profane de s'en servir. Or si ces objets, faits en vue d'un sefer, ne sont consacrés qu'à partir du moment de l'usage, celle qui a été bâtie en vue d'une cour, à plus forte raison. — Rav Achi a dit : cette synagogue de Mata Mehassia, bien que l'on y vienne du dehors, puisque c'est à mon intention qu'ils viennent, si je le veux je peux la vendre. Rava a dit : on n'a enseigné cela que lorsque les sept notables de la ville n'ont pas vendu en présence des gens de la ville ; mais s'ils ont vendu, les sept notables de la ville en présence des gens de la ville, même pour y boire de la bière cela est permis. Il s'agit d'une synagogue de villages ; mais pour celle des grandes villes, les notables de la ville ne peuvent rien faire pour la vendre. Et la règle de Rava porte sur tous les cas de notre michna. Dès lors, un particulier qui a vendu son propre sefer Torah peut se servir de son prix, car c'est à sa propre intention qu'il le vend, et sa loi est la même que celle d'une vente faite par les sept notables de la ville en présence des gens de la ville. — Même pour y boire de la bière : Rachi explique qu'il s'agit du prix, et le droit est avec lui, car c'est de cela que traite la michna, comme il est enseigné : on acquiert avec son prix. Toutefois il en va de même pour la synagogue elle-même, où l'acheteur peut faire tous ses usages, même les quatre choses que les Sages ont interdites, puisque toute la michna traite du cas où les sept notables de la ville n'ont pas vendu en présence des gens de la ville. De même pour ce monticule de synagogue qu'il voulait acquérir afin de l'ensemencer : Rav Achi lui dit qu'il ne pourra pas l'ensemencer s'il ne l'achète pas aux sept notables de la ville en présence des gens de la ville, mais qu'une fois acquis il pourra l'ensemencer. Et l'ensemencement compte parmi les usages dégradants, car les synagogues de Bavel sont faites sous condition : lorsqu'elles sont en ruine, il est permis d'en faire tout usage qui ne soit pas dégradant, comme nous l'expliquerons plus loin (siman 7). Ravina avait sur sa terre un monticule de synagogue. Il vint devant Rav Achi, qui lui dit : va, achète-le aux sept notables de la ville en présence des gens de la ville, et ensemence-le. — Rav Hisda a dit : qu'un homme ne démolisse pas une synagogue avant d'en avoir bâti une autre, en raison de la négligence. Nous lisons au chapitre HaChoutafin (Bava Batra 3b) : cela vaut lorsqu'il n'y a pas vu de lézarde ; mais s'il y a vu une lézarde, il démolit et rebâtit aussitôt, comme Rav Achi, qui vit une lézarde dans la synagogue de Mata Mehassia, la démolit, la rebâtit, y fit porter son lit et ne l'en retira pas avant d'y avoir installé les écoulements. — Rava a dit : cette synagogue, l'échanger ou la vendre est permis, la sainteté se porte alors sur son prix et elle-même redevient profane ; la louer ou la donner en gage est interdit. Quelle en est la raison ? Elle demeure dans sa sainteté comme auparavant. Les briques aussi : les échanger et les vendre est permis, les prêter est interdit. Et cela vaut pour des briques anciennes ; pour des briques neuves, il n'y a rien là. Et même selon celui qui tient que la destination vaut consécration, cela ne vaut que dans un cas tel que celui qui tisse un vêtement pour un mort, ou l'étoffe est déjà propre à l'usage ; mais celles-ci sont comparables au fil destiné au tissage, et nul ne tient que la destination y vaudrait consécration. — Un don fait par les sept notables de la ville en présence des gens de la ville : Rav Aha et Ravina divergent sur ce point, l'un l'interdit et l'autre le permet. Celui qui l'interdit dit : par quoi la sainteté s'en retirerait-elle ? Celui qui le permet dit : s'ils n'en tiraient aucun profit, ils ne le lui donneraient pas en don ; le don revient donc à une vente.
💡 Explication

Rava introduit une condition de forme qui commande tout le reste. Les chiva tovei haïr, les sept notables de la ville, administrent les biens communs ; leur décision prise bemaamad anchei haïr, en présence des gens de la ville, engage la communauté tout entière et retire la sainteté du bien comme du prix. Sans cette double condition, l'échelle de la michna continue de lier l'acheteur et le vendeur.

La phrase reste suspendue sur le mot même et s'achève au folio suivant. Le Roch précise la portée de la règle : elle ne concerne que les synagogues de villages, les notables n'ayant aucun pouvoir sur celles des grandes villes, et elle s'étend au particulier qui vend son propre sefer Torah.

🖼️ Schéma
La règle de Rava : ce que change la procédure de venteVente ordinairesans les sept notables, ou hors de l'assembléeVente par les sept notablesen présence des gens de la villeLa sainteté reste attachée au bien et au prix.L'échelle de la michna continue de s'appliquer :on ne peut acquérir qu'au-dessus.La sainteté se retire du bien et du prix.L'emploi devient libre — la guemara ira jusqu'ày boire de la bière (suite au folio 26b).Rachi en donne la preuve par le cas de Ravina : le monticule d'une ancienne synagogue ne pouvait êtreensemencé tant qu'il ne l'avait pas acquis des sept notables devant l'assemblée. Le Roch limite la règle aux villages.
La distinction de Rava, et la conséquence que Rachi en tire par le cas du monticule de synagogue soumis par Ravina à Rav Achi.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).