Megillah 27b — Vendre une synagogue : à qui, a quelles conditions, et les quatre coudées de la prière

Megillah 27b

Sougya : L'amud s'ouvre sur la fin de la règle de la tsedaka collectée hors de la ville, puis passe à la michna qui interdit de vendre un objet de la communauté à un particulier, parce que cela le fait descendre de sa sainteté. La Guemara montre que Rabbi Meir ne retient qu'une chute réelle, le passage du public au particulier, ou le davar chebikdoucha devient impossible, tandis que les Sages répondent que le principe de la multitude du peuple rendrait toute vente impossible.

La michna suivante oppose la vente sous condition de reprise, défendue par Rabbi Meir, à la vente définitive des Sages, fermée à quatre usages dégradants, et à la position de Rabbi Yehouda qui vend à titre de cour. La Guemara y découvre un problème d'intérêt : si la synagogue peut être reprise, le prix ressemble à un prêt et l'occupation à un profit ; Rabbi Yo'hanan explique la michna par le tsad ehad be-ribit de Rabbi Yehouda, Rava par l'intérêt à charge de restituer.

La seconde moitié du daf traite des quatre coudées de la prière, dont la sainteté n'est pas fixée, et de la durée qu'il faut attendre de part et d'autre. Elle s'achève sur la série signalée par le mnémotechnique zalpan, où plusieurs Sages disent par quelle conduite ils ont prolongé leurs jours.

Vendre une synagogue : les trois positions de la michna Rabbi Meir Vente valable seulement sous condition de reprise. Une vente définitive serait une marque de mépris, même d'un public à un public. Difficulté : l'acheteur habite un bien qui peut lui être repris. Les Sages Vente définitive permise. Quatre usages restent fermés : bain public, tannerie, bain d'immersion, maison des eaux. Le prix reçu monte en sainteté, le bâtiment devient profane, sauf pour ces quatre emplois. Rabbi Yehouda On la vend à titre de cour. L'acte de vente ne nomme aucun usage dégradant. Ensuite l'acheteur fait ce qu'il veut, y compris l'un de ces quatre usages. Point commun : la sainteté sort du bâtiment par la vente. La discussion porte sur ce que le vendeur doit encore protéger après que la sainteté est sortie.
Les trois positions de la michna sur la vente d'une synagogue et ce que chacune protège.
Pourquoi la vente sous condition pose un problème d'intérêt La communauté vend la synagogue et reçoit le prix. L'acheteur y habite. Si elle exerce la condition, elle rend le prix et reprend le lieu. Le prix devient un prêt L'occupation du lieu devient alors le profit tiré d'un prêt : ribit. Réponse de Rabbi Yo'hanan Rabbi Meir suit Rabbi Yehouda : tsad ehad be-ribit, un seul côté d'intérêt, est permis. Réponse de Rava Pour tous, tsad ehad est interdit. Ici on a stipulé de restituer le profit : ribit al menat le-hahzir.
Le problème d'intérêt né dans la vente sous condition, et les deux explications de la mahloket.
Les quatre coudées de la prière : distance ou durée ? La baraita enseigne les deux sens, la Guemara en corrige un. Il a urine, puis il veut prier La distance de quatre coudées est déjà connue de la michna de Berakhot : on s'écarte des urines et des excréments. Il a prié, puis il veut uriner Une distance rendrait saints tous les sentiers de Nehardea, où l'on a prié partout : la lecture est intenable. Correction : enseigne il attend, et non il s'éloigne. Après avoir urine : le temps de quatre coudées, à cause des gouttes. Après avoir prié : le même temps, la prière est encore sur ses lèvres.
La baraita sur les quatre coudées de la prière, l'objection de Rav Nahman et la correction.
1
חֶבֶר עִיר, אֲבָל יֵשׁ שָׁם חֲבֵר עִיר — תִּינָּתֵן לְחָבֵר עִיר. וְכָל שֶׁכֵּן דְּעַנְיֵי דִּידִי וְדִידְכוּ עֲלַי סְמִיכִי.

[...lorsqu'il n'y a pas là de] haver ir. Mais s'il y a là un haver ir, elle sera remise au haver ir.

Et à plus forte raison ici, car mes pauvres et les vôtres s'appuient sur moi.

📜 Rachi (1)
חֶבֶר עִיר תַּלְמִיד חָכָם הַמִּתְעַסֵּק בְּצָרְכֵי צִבּוּר:
Haver ir : un talmid 'hakham qui s'occupe des besoins de la communauté.
⚖️ Rosh (1)
תָּנוּ רַבָּנַן מַנִּיחִין תּוֹרָה עַל גַּבֵּי תּוֹרָה וְתוֹרָה עַל גַּבֵּי חֻומָּשִׁין וְחֻומָּשִׁין עַל גַּבֵּי נְבִיאִים וּכְתוּבִים אֲבָל לֹא נְבִיאִים וּכְתוּבִים עַל גַּבֵּי חֻומָּשִׁין וְלֹא חֻומָּשִׁין עַל גַּבֵּי תוֹרָה אָמַר רַבָּה בַּר בַּר חָנָה אָמַר ר' יוֹחָנָן מִשּׁוּם רַבְּךָ שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל אֵין מוֹכְרִין ס"ת אַפֵּי' יָשָׁן לִיקַּח בּוֹ חָדָשׁ וא"ר יוֹחָנָן מִשּׁוּם ר' מֵאִיר אֵין מוֹכְרִין ס"ת אֶלָּא לִלְמוֹד תּוֹרָה וְלִישָּׂא אִשָּׁה. ת"ר לֹא יִמְכֹּור אָדָם ס"ת אע"פ שא"צ לוֹ יָתֵר עַל כֵּן אָמַר רַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל אֲפִילּוּ אֵין לוֹ מַה יֹּאכַל וּמָכַר ס"ת אוֹ בִּתּוֹ אֵינוֹ רוֹאֶה סִימַן בְּרָכָה לְעוֹלָם: וְכֵן בְּמוֹתְרֵיהֶן אָמַר רָבָא לֹא שָׁנוּ אֶלָּא שֶׁמָּכְרוּ וְהוֹתִירוּ אֲבָל גָּבוּ וְהוֹתִירוּ מֻותָּר וּמְכָרוֹ וְהוֹתִירוּ נָמֵי לָא אֲמַרַן אֶלָּא שֶׁלֹּא הִתְנוּ שִׁבְעָה טוֹבֵי הָעִיר בְּמַעֲמַד אַנְשֵׁי הָעִיר בִּשְׁעַת מְכִירָה אֲבָל הִתְנוּ שִׁבְעָה טוֹבֵי הָעִיר בְּמַעֲמַד אַנְשֵׁי הָעִיר בִּשְׁעַת מְכִירָה וַאֲפִילּוּ לְדֻוכְסוּסְיָא מֻותָּר מַאי דֻּוכְסוּסְיָא פִּרְשָׁא דְּמָתָא. אָמַר רַבָּה בַּר בַּר חָנָה אָמַר ר' יוֹחָנָן בְּנֵי הָעִיר שֶׁהָלְכוּ לְעִיר אַחֶרֶת וּפָסְקוּ עֲלֵיהֶם צְדָקָה נוֹתְנִין וּכְשֶׁהֵן בָּאִין מְבִיאִין אוֹתָהּ בְּיָדָם וּמְפַרְנְסִין בָּהּ עֲנִיֵּי עִירָם וְיָחִיד שֶׁהָלַךְ לְעִיר אַחֶרֶת וּפָסְקוּ עָלָיו צְדָקָה תִּנָּתֵן לְאוֹתָן עֲנִיֵּי הָעִיר רַב הוּנָא גְּזַר תַּעֲנִיתָא עוּל לְגַבֵּיהּ רַב הוּנָא בַּר חֲנִילַאי וְכֹל בְּנֵי מָאתֵיהּ רְמוֹ עֲלַייְהוּ צְדָקָה וִיהַבוּ כִּי בָּעוּ לְמֵיזַל אָמְרוּ לֵיהּ יַהֲבִינְהוּ מַר וְנִיזּוֹל וּנְפַרְנֵס בְּהוּ עֲנִיֵּי מָאתָן אֲמַר לְהוּ תְּנֵינָא בד"א בְּשֶׁאֵין שָׁם חֲבֵר עִיר אֲבָל יֵשׁ שָׁם חֲבֵר עִיר תִּנָּתֵן לַחֲבֵר עִיר וכ"ש אֲנָא דַּעֲנִיֵּי דִּידְכוּ וְדִידִי עָלַי סַמַּיְכוּ:
Nos maîtres ont enseigné : on pose un sefer Torah sur un sefer Torah, un sefer Torah sur des houmachim, des houmachim sur les Prophètes et les Écrits ; mais on ne pose pas les Prophètes et les Écrits sur des houmachim, ni des houmachim sur un sefer Torah. Rabba bar bar Hana a dit au nom de Rabbi Yo'hanan, au nom de ton maître Chimon ben Gamliel : on ne vend pas un sefer Torah, même ancien, pour en acquérir un neuf. Et Rabbi Yo'hanan a dit au nom de Rabbi Meir : on ne vend un sefer Torah que pour étudier la Torah ou pour prendre femme. Nos maîtres ont enseigné : un homme ne vendra pas son sefer Torah, même s'il n'en a pas besoin. Plus encore, dit Rabban Chimon ben Gamliel : même s'il n'a pas de quoi manger, s'il vend un sefer Torah ou sa fille, il ne verra jamais signe de bénédiction. Et de même pour leur surplus : Rava a dit que cela n'a été enseigné que lorsqu'ils ont vendu et qu'il est resté un surplus ; mais s'ils ont collecté et qu'il est resté un surplus, c'est permis. Et même lorsqu'ils ont vendu et qu'il est resté un surplus, nous ne l'avons dit que lorsque les sept notables de la ville n'ont pas posé de condition en présence des habitants au moment de la vente ; mais si les sept notables de la ville ont posé une condition en présence des habitants au moment de la vente, c'est permis, et même pour le doukhsousia. Qu'est-ce que le doukhsousia ? Le cavalier de la ville. Rabba bar bar Hana a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : des habitants d'une ville qui sont allés dans une autre ville et sur qui l'on a fixé une tsedaka, ils la donnent ; et quand ils reviennent, ils la rapportent avec eux et en entretiennent les pauvres de leur ville. Mais un particulier qui est allé dans une autre ville et sur qui l'on a fixé une tsedaka, elle sera remise aux pauvres de cette ville-là. Rav Houna décréta un jeûne ; Rav Houna bar Hanilaï et tous les gens de sa ville vinrent auprès de lui, on fixa sur eux une tsedaka et ils la donnèrent. Lorsqu'ils voulurent partir, ils lui dirent : que le maître nous la remette, nous partirons et nous en entretiendrons les pauvres de notre ville. Il leur dit : nous l'avons appris, en quel cas cela vaut-il ? Lorsqu'il n'y a pas là de haver ir ; mais s'il y a là un haver ir, elle sera remise au haver ir. Et à plus forte raison moi, puisque vos pauvres et les miens s'appuient sur moi.
💡 Explication

La fin de la sougya précédente. Le haver ir est le sage chargé des besoins de la communauté ; lorsqu'il y en a un, la tsedaka collectée lui revient et il en dispose selon son jugement.

Rav Houna ajoute un argument de fait : il nourrit aussi les pauvres de la ville de ses visiteurs, de sorte que l'argent restera de toute façon employé pour eux.

2
מַתְנִי׳ אֵין מוֹכְרִין אֶת שֶׁל רַבִּים לְיָחִיד, מִפְּנֵי שֶׁמּוֹרִידִין אוֹתוֹ מִקְּדֻושָּׁתוֹ, דִּבְרֵי רַבִּי מֵאִיר. אָמְרוּ לוֹ: אִם כֵּן אַף לֹא מֵעִיר גְּדוֹלָה לְעִיר קְטַנָּה.

MICHNA. On ne vend pas ce qui appartient au public à un particulier, parce qu'on le fait descendre de sa sainteté, telle est la parole de Rabbi Meir.

Ils lui dirent : s'il en est ainsi, on ne vendrait pas davantage d'une grande ville à une petite ville.

💡 Explication

La michna porte sur un objet saint, un sefer Torah ou une synagogue, qui passe d'une main à une autre. Rabbi Meir voit dans le passage du public au particulier une descente de degré, morid mikdouchato.

Les Sages lui opposent aussitôt un cas parallèle qu'il admet pourtant : la vente d'une grande ville à une petite ville réduit elle aussi le nombre des usagers.

3
גְּמָ׳ שַׁפִּיר קָאָמְרִי לֵיהּ רַבָּנַן לְרַבִּי מֵאִיר! וְרַבִּי מֵאִיר, מֵעִיר גְּדוֹלָה לְעִיר קְטַנָּה — מֵעִיקָּרָא קַדִּישָׁא, הַשְׁתָּא נָמֵי קַדִּישָׁא. מֵרַבִּים לְיָחִיד לֵיכָּא קְדֻושָּׁה.

GUEMARA. Les Sages parlent bien à Rabbi Meir !

Et Rabbi Meir ? D'une grande ville à une petite ville : au départ c'était saint, maintenant encore c'est saint.

Du public à un particulier, il n'y a plus de sainteté.

📜 Rachi (1)
לֵיכָּא קְדֻושָּׁה שֶׁאֵין אוֹמְרִים דָּבָר שֶׁבִּקְדֻושָּׁה פָּחוֹת מֵעֲשָׂרָה:
Il n'y a plus de sainteté : car on ne dit pas de davar chebikdoucha, parole de sainteté, à moins de dix.
💡 Explication

Rabbi Meir ne compte pas les usagers, il regarde la catégorie. Tant que l'objet sert à un public, même réduit, il reste dans la même classe de sainteté.

Le seuil est fixé par le minyan : sans dix hommes, aucun davar chebikdoucha n'est dit dans le lieu. Chez un particulier, la sainteté change donc de nature, et non seulement d'intensité.

🖼️ Schéma
Deux transferts que Rabbi Meir ne traite pas de la même façon Grande ville vers petite ville Au départ un public, ensuite encore un public. La catégorie de sainteté ne change pas : permis. Communauté vers particulier Sans dix hommes, aucun davar chebikdoucha n'est dit. La sainteté tombe d'un cran entier : interdit. Réponse des Sages : si le nombre comptait, la splendeur du roi dans la multitude du peuple interdirait aussi le passage de la grande ville à la petite, et plus aucune vente de synagogue ne serait possible.
Ce qui sépare, chez Rabbi Meir, le transfert entre publics du transfert à un particulier.
4
וְרַבָּנָן — אִי אִיכָּא לְמֵיחַשׁ, כִּי הַאי גַּוְונָא נָמֵי אִיכָּא לְמֵיחַשׁ, מִשּׁוּם ״בְּרָוב עָם הַדְרַת מֶלֶךְ״.

Et les Sages ? S'il y avait lieu de craindre, dans un cas comme celui-ci aussi il y aurait lieu de craindre, au nom de : dans la multitude du peuple est la splendeur du roi (Proverbes 14, 28).

📜 Rachi (1)
וְרַבָּנָן אָמְרִי אִי אִיכָּא לְמֵיחַשׁ בֵּין רַב לִמְעַט הָכָא נָמֵי אִיכָּא לְמֵיחַשׁ מִשּׁוּם בְּרָוב עָם הַדְרַת מֶלֶךְ וְלָא מַשְׁכַּחַת מְכִירָה בְּבֵית הַכְּנֶסֶת אֶלָּא לָא חָיְישִׁינַן דְּכֵיוָן דְּשָׁקִיל דָּמֵי וּמְעַלֵּי לְהוּ בִּקְדֻושָּׁה מְעֻולָּה כֹּל דְּבָעֵי לוֹקֵחַ עֲבִיד חוּץ מד' דְּבָרִים כִּדְקָתָנֵי סֵיפָא:
Et les Sages disent : s'il y avait lieu de craindre l'écart entre un grand nombre et un petit nombre, ici aussi il y aurait lieu de craindre au nom de dans la multitude du peuple est la splendeur du roi, et l'on ne trouverait jamais de vente possible pour une synagogue. En réalité nous ne le craignons pas, car dès lors qu'il perçoit un prix et qu'il l'élève vers une sainteté supérieure, l'acheteur fait tout ce qu'il veut, sauf quatre choses, comme l'enseigne la fin de la michna.
💡 Explication

Les Sages retournent l'argument. Si la diminution du nombre suffisait à interdire, le verset be-rov am hadrat melekh l'interdirait aussi entre deux villes, et plus aucune vente de synagogue ne serait possible.

Rachi tire la conclusion pratique : ce qui autorise la vente est que le prix reçu sert à une sainteté plus haute. Restent seulement les quatre usages exclus par la suite de la michna.

5
מַתְנִי׳ אֵין מוֹכְרִין בֵּית הַכְּנֶסֶת אֶלָּא עַל תְּנַאי, שֶׁאִם יִרְצוּ יַחֲזִירוּהוּ, דִּבְרֵי רַבִּי מֵאִיר. וַחֲכָמִים אוֹמְרִים: מוֹכְרִין אוֹתוֹ מִמְכַּר עוֹלָם, חוּץ מֵאַרְבָּעָה דְּבָרִים: לַמֶּרְחָץ, וּלְבֻּורְסְקִי, לִטְבִילָה, וּלְבֵית הַמַּיִם. רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: מוֹכְרִין אוֹתָהּ לְשֵׁם חָצֵר, וְהַלּוֹקֵחַ — מַה שֶׁיִּרְצֶה יַעֲשֶׂה.

MICHNA. On ne vend une synagogue qu'à condition que, s'ils le veulent, les vendeurs la reprennent, telle est la parole de Rabbi Meir.

Et les Sages disent : on la vend d'une vente définitive, sauf pour quatre usages : un bain public, une tannerie, un bain d'immersion et une maison des eaux. Rabbi Yehouda dit : on la vend à titre de cour, et l'acheteur fera ce qu'il voudra.

📜 Rachi (3)
מַתְנֵי' אֶלָּא עַל תְּנַאי וַאֲפִילּוּ מַרְבִּים לָרַבִּים אָסַר ר' מֵאִיר מְכִירַת חֲלוּטִין דְּדֶרֶךְ בִּזָּיוֹן הוּא [כְּלוֹמַר אֵינָן בְּעֵינָיו לִכְלוּם]:
Qu'à condition : même d'un public à un public, Rabbi Meir interdit une vente définitive, car c'est une façon méprisante d'agir, comme si elle ne comptait pour rien à ses yeux.
וַחֲכָמִים אוֹמְרִים וְכוּ' מִמְכַּר עוֹלָם לְיָחִיד וּלְכָל תַּשְׁמִישׁ חוּץ מד' דְּבָרִים:
Et les Sages disent... d'une vente définitive : à un particulier et pour tout usage, sauf quatre choses.
לְבֵית הַמַּיִם לִכְבִיסָה אִי נָמֵי לְבֵית מֵי רַגְלַיִם:
Pour une maison des eaux : pour la lessive, ou bien pour un lieu d'aisances.
💡 Explication

Trois positions. Rabbi Meir ne reconnaît qu'une vente révocable ; les Sages admettent la vente définitive mais ferment quatre usages dégradants ; Rabbi Yehouda s'attache à l'acte de vente, qui doit nommer un usage neutre, la cour.

Les quatre usages se partagent en deux motifs : on s'y tient dévêtu, ou bien l'odeur et la saleté y sont déshonorantes.

🖼️ Schéma
Les quatre usages fermés selon les Sages Bain public on s'y tient dévêtu Tannerie odeur repoussante Bain d'immersion on s'y tient dévêtu Maison des eaux lessive ou lieu d'aisances Rabbi Yehouda : vendue à titre de cour, elle échappe même à cette liste. Ce qui est visé est l'usage nommé dans l'acte, plus que l'usage effectif.
Les quatre usages fermés par les Sages et la porte que laisse Rabbi Yehouda.
6
גמ׳ וּלְרַבִּי מֵאִיר, הֵיכִי דָּייְרִי בָּהּ? הָא הָוְיָא לַהּ רִבִּית!

GUEMARA. Et selon Rabbi Meir, comment peuvent-ils habiter dedans ?

C'est de l'intérêt !

💡 Explication

La question naît de la condition elle-même. Si la communauté peut reprendre la synagogue en rendant le prix, ce prix ressemble rétrospectivement à un prêt.

L'acheteur qui habite le lieu tire alors un profit de l'argent qu'il a avancé, ce qui est exactement la définition de la ribit.

7
אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: רַבִּי מֵאִיר בְּשִׁיטַת רַבִּי יְהוּדָה אֲמָרָהּ, דְּאָמַר: צַד אֶחָד בְּרִבִּית מֻותָּר.

Rabbi Yo'hanan dit : Rabbi Meir l'a dit selon la ligne de Rabbi Yehouda, qui dit : un seul côté d'intérêt est permis.

🗂️ Tossefot (1)
רַבִּי יְהוּדָה סָבַר צַד אֶחָד בְּרִבִּית מֻותָּר קָשֶׁה מַאי שְׁנָא מַלְוֶה סְאָה בִּסְאָה דְּאָמַר בְּאֵיזֶהוּ נֶשֶׁךְ (בּ"מ דַּף סג. וְשָׁם) דְּאָסוּר מִשּׁוּם דְּאִיכָּא צַד אֶחָד בְּרִבִּית דְּשֶׁמָּא תְּיַיקֵּר הַתְּבוּאָה וְיֵשׁ לוֹמַר דְּשָׁאנֵי הָכָא דְּלָא הָוֵי דֶּרֶךְ הַלְוָאָה אֶלָּא בְּתוֹרַת מֶכֶר אֲתָא לִידֵיהּ וְאַכַּתִּי קָשֶׁה מַאי שְׁנָא מִמִּשְׁכָּן לוֹ בַּיִת מִשְׁכֵּן לוֹ שָׂדֶה דְּאָמַר הָתָם (דַּף סה:) דְּאַפֵּי' אָמַר לֵיהּ לִכְשֶׁתִּרְצֶה לְמָוכְרָם לֹא תִּמְכְּרֵם אֶלָּא לִי בַּדָּמִים הַלָּלוּ וְאָכַל פֵּירוֹת (יוֹתֵר מִמַּה שֶׁהִלְוָה) אָסוּר וְאָמַר רַב הוּנָא בְּרֵיהּ דְּר' יְהוֹשֻׁעַ דְּלָא כְּר' יְהוּדָה דְּאִי כַּר' יְהוּדָה הָאָמַר צַד אֶחָד בְּרִבִּית מֻותָּר וְהָכָא לֵיכָּא כִּי אִם צַד אֶחָד בְּרִבִּית דְּשֶׁמָּא לֹא יִמְכְּרֵם וְגַם הָוֵי הַלְוָאָה מִדְּקָאָמַר מִשְׁכֵּן וַאֲפִילּוּ הָכֵי שָׁרֵי רַבִּי יְהוּדָה וְי"ל דְּאַכַּתִּי לָא דָּמֵי כְּלָל לְהַלְוָאַת סְאָה בִּסְאָה דְּהָתָם לֵיכָּא צַד מֶכֶר כְּלָל אֲבָל הָכָא וְגַבֵּי מִשְׁכָּן אִיכָּא צַד אֶחָד מָכַר:
Rabbi Yehouda tient qu'un seul côté d'intérêt est permis : c'est difficile. En quoi cela diffère-t-il du prêt d'une mesure contre une mesure, dont il est dit au chapitre Eizehou Nechekh (Baba Metsia 63a) qu'il est interdit parce qu'il s'y trouve un seul côté d'intérêt, le blé pouvant renchérir ? On peut répondre qu'ici c'est différent, car la chose ne lui vient pas par voie de prêt mais à titre de vente. Une difficulté demeure : en quoi cela diffère-t-il de celui qui reçoit en gage une maison ou un champ, dont il est dit là-bas (65b) que même s'il lui a dit : lorsque tu voudras les vendre, ne les vends qu'à moi à ce prix, et qu'il a consommé les fruits (au-delà de ce qu'il avait prêté), c'est interdit ? Et Rav Houna fils de Rabbi Yehochoua a dit que cette source ne suit pas Rabbi Yehouda, car si elle suivait Rabbi Yehouda, il a bien dit qu'un seul côté d'intérêt est permis, et ici il n'y a qu'un seul côté d'intérêt, puisqu'il ne les vendra peut-être pas ; de plus il s'agit bien d'un prêt, puisqu'il est question de gage, et malgré cela Rabbi Yehouda permet. On peut répondre que cela ne ressemble encore en rien au prêt d'une mesure contre une mesure, car là-bas il n'y a aucun côté de vente, tandis qu'ici, comme dans le cas du gage, il y a un côté de vente.
💡 Explication

Le tsad ehad be-ribit désigne un montage où l'intérêt n'apparaîtra que si l'affaire tourne d'une certaine façon. Ici l'intérêt ne se réalise que si la communauté exerce sa condition ; sinon la vente reste une vente.

Rabbi Yo'hanan explique ainsi la michna : Rabbi Meir tranche comme Rabbi Yehouda, pour qui un intérêt seulement possible n'est pas interdit.

8
דְּתַנְיָא: הֲרֵי שֶׁהָיָה נוֹשֶׁה בַּחֲבֵירוֹ מָנֶה, וְעָשָׂה לוֹ שָׂדֵהוּ מֶכֶר, בִּזְמַן שֶׁמּוֹכֵר אוֹכֵל פֵּירוֹת — מֻותָּר, לוֹקֵחַ אוֹכֵל פֵּירוֹת — אָסוּר.

Ainsi qu'il est enseigné : si quelqu'un avait une créance de cent zouz sur son prochain, et que celui-ci lui a fait de son champ une vente, lorsque c'est le vendeur qui consomme les fruits, c'est permis ; lorsque c'est l'acheteur qui consomme les fruits, c'est interdit.

🗂️ Tossefot (1)
רַבִּי יְהוּדָה סָבַר צַד אֶחָד בְּרִבִּית מֻותָּר. קָשֶׁה מַאי שְׁנָא מַלְוֶה סְאָה בִּסְאָה דְּאָמַר בְּאֵיזֶהוּ נֶשֶׁךְ (בּ"מ דַּף סג. וְשָׁם) דְּאָסוּר מִשּׁוּם דְּאִיכָּא צַד אֶחָד בְּרִבִּית דְּשֶׁמָּא תְּיַיקֵּר הַתְּבוּאָה וְיֵשׁ לוֹמַר דְּשָׁאנֵי הָכָא דְּלָא הָוֵי דֶּרֶךְ הַלְוָאָה אֶלָּא בְּתוֹרַת מֶכֶר אֲתָא לִידֵיהּ וְאַכַּתִּי קָשֶׁה מַאי שְׁנָא מִמִּשְׁכָּן לוֹ בַּיִת מִשְׁכֵּן לוֹ שָׂדֶה דְּאָמַר הָתָם (דַּף סה:) דְּאַפֵּי' אָמַר לֵיהּ לִכְשֶׁתִּרְצֶה לְמָוכְרָם לֹא תִּמְכְּרֵם אֶלָּא לִי בַּדָּמִים הַלָּלוּ וְאָכַל פֵּירוֹת (יוֹתֵר מִמַּה שֶׁהִלְוָה) אָסוּר וְאָמַר רַב הוּנָא בְּרֵיהּ דְּר' יְהוֹשֻׁעַ דְּלָא כְּר' יְהוּדָה דְּאִי כַּר' יְהוּדָה הָאָמַר צַד אֶחָד בְּרִבִּית מֻותָּר וְהָכָא לֵיכָּא כִּי אִם צַד אֶחָד בְּרִבִּית דְּשֶׁמָּא לֹא יִמְכְּרֵם וְגַם הָוֵי הַלְוָאָה מִדְּקָאָמַר מִשְׁכֵּן וַאֲפִילּוּ הָכֵי שָׁרֵי רַבִּי יְהוּדָה וְי"ל דְּאַכַּתִּי לָא דָּמֵי כְּלָל לְהַלְוָאַת סְאָה בִּסְאָה דְּהָתָם לֵיכָּא צַד מֶכֶר כְּלָל אֲבָל הָכָא וְגַבֵּי מִשְׁכָּן אִיכָּא צַד אֶחָד מָכַר:
Rabbi Yehouda tient qu'un seul côté d'intérêt est permis : c'est difficile. En quoi cela diffère-t-il du prêt d'une mesure contre une mesure, dont il est dit au chapitre Eizehou Nechekh (Baba Metsia 63a) qu'il est interdit parce qu'il s'y trouve un seul côté d'intérêt, le blé pouvant renchérir ? On peut répondre qu'ici c'est différent, car la chose ne lui vient pas par voie de prêt mais à titre de vente. Une difficulté demeure : en quoi cela diffère-t-il de celui qui reçoit en gage une maison ou un champ, dont il est dit là-bas (65b) que même s'il lui a dit : lorsque tu voudras les vendre, ne les vends qu'à moi à ce prix, et qu'il a consommé les fruits (au-delà de ce qu'il avait prêté), c'est interdit ? Et Rav Houna fils de Rabbi Yehochoua a dit que cette source ne suit pas Rabbi Yehouda, car si elle suivait Rabbi Yehouda, il a bien dit qu'un seul côté d'intérêt est permis, et ici il n'y a qu'un seul côté d'intérêt, puisqu'il ne les vendra peut-être pas ; de plus il s'agit bien d'un prêt, puisqu'il est question de gage, et malgré cela Rabbi Yehouda permet. On peut répondre que cela ne ressemble encore en rien au prêt d'une mesure contre une mesure, car là-bas il n'y a aucun côté de vente, tandis qu'ici, comme dans le cas du gage, il y a un côté de vente.
💡 Explication

La baraita fournit le modèle. Le débiteur cède son champ à titre de vente, en se réservant de le reprendre s'il trouve de quoi rembourser.

Le partage se fait sur les fruits : tant que c'est le vendeur qui les consomme, le créancier ne tire rien de son argent ; si c'est l'acheteur, le profit pourra se révéler être celui d'un prêt.

9
רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: אֲפִילּוּ לוֹקֵחַ אוֹכֵל פֵּירוֹת — מֻותָּר. וְאָמַר רַבִּי יְהוּדָה: מַעֲשֶׂה בְּבַיְתוֹס בֶּן זוֹנִן שֶׁעָשָׂה שָׂדֵהוּ מֶכֶר עַל פִּי רַבִּי אֶלְעָזָר בֶּן עֲזַרְיָה, וְלוֹקֵחַ אוֹכֵל פֵּירוֹת הָיָה. אָמְרוּ לוֹ: מִשָּׁם רְאָיָה?! מוֹכֵר אוֹכֵל פֵּירוֹת הָיָה וְלֹא לוֹקֵחַ.

Rabbi Yehouda dit : même si c'est l'acheteur qui consomme les fruits, c'est permis. Et Rabbi Yehouda dit : il arriva que Baitos ben Zounen fasse de son champ une vente sur l'avis de Rabbi Elazar ben Azarya, et c'était l'acheteur qui consommait les fruits.

Ils lui dirent : est-ce de là une preuve ? C'était le vendeur qui consommait les fruits, et non l'acheteur.

💡 Explication

Rabbi Yehouda étaye sa position par un précédent réel, placé sous l'autorité de Rabbi Elazar ben Azarya.

Les Sages ne discutent pas le principe ici, ils contestent le récit lui-même : dans cette affaire, disent-ils, les fruits revenaient au vendeur.

10
מַאי בֵינַייְהוּ? צַד אֶחָד בְּרִבִּית אִיכָּא בֵּינַייְהוּ. מַר סָבַר: צַד אֶחָד בְּרִבִּית מֻותָּר, וּמַר סָבַר: צַד אֶחָד בְּרִבִּית אָסוּר.

Quelle est la différence entre eux ? Un seul côté d'intérêt est la différence entre eux.

Ce maître tient qu'un seul côté d'intérêt est permis, et ce maître tient qu'un seul côté d'intérêt est interdit.

💡 Explication

La Guemara dégage l'enjeu théorique du récit : puisque la reprise du champ n'est pas certaine, l'intérêt lui-même n'est que possible.

C'est donc bien le statut du tsad ehad be-ribit qui sépare Rabbi Yehouda des Sages.

11
רָבָא אָמַר: דְּכֻולֵּי עָלְמָא צַד אֶחָד בְּרִבִּית אָסוּר, וְהָכָא רִבִּית עַל מְנָת לְהַחֲזִיר אִיכָּא בֵינַייְהוּ. מַר סָבַר: רִבִּית עַל מְנָת לְהַחֲזִיר מֻותָּר, וּמַר סָבַר: אָסוּר.

Rava dit : de l'avis de tous, un seul côté d'intérêt est interdit ; et ici, c'est l'intérêt à charge de restituer qui fait la différence entre eux. Ce maître tient que l'intérêt à charge de restituer est permis, et ce maître tient qu'il est interdit.

🗂️ Tossefot (1)
רָבָא אָמַר רִבִּית עַל מְנָת לְהַחֲזִיר אִיכָּא בֵינַיְיהוּ וּלְרַבִּי מֵאִיר דְּמַתְנִי' סְבִירָא לֵיהּ שֶׁהָיוּ מַתְנִין לְהַחֲזִיר שְׂכִירוּת בֵּית הַכְּנֶסֶת כְּשֶׁחָזְרוּ וּבְהָכִי שָׁרוּ כְּר' יְהוּדָה:
Rava dit : c'est l'intérêt à charge de restituer qui fait la différence entre eux. Et selon Rabbi Meir de notre michna, ils stipulaient de restituer le loyer de la synagogue lorsqu'elle serait reprise, et c'est à cette condition qu'ils permettent, comme Rabbi Yehouda.
💡 Explication

Rava refuse de faire du tsad ehad be-ribit un point de désaccord : pour lui, tous l'interdisent. Il suppose donc que les parties ont ajouté une clause de remboursement du profit.

Le désaccord devient : la ribit al menat le-hahzir, l'intérêt pris à charge de le restituer, est-elle permise ? Tossefot applique aussitôt cette lecture à notre michna : le loyer de la synagogue serait rendu si elle était reprise.

🖼️ Schéma
La baraita de Baitos ben Zounen : deux lectures de la mahloket Un débiteur remet son champ en vente conditionnelle : il le reprendra s'il trouve de quoi payer. Les Sages : seul le vendeur peut consommer les fruits. Rabbi Yehouda : l'acheteur aussi. Première lecture L'objet du désaccord est le tsad ehad be-ribit. Rabbi Yehouda permet, les Sages interdisent. Lecture de Rava Pour tous le tsad ehad be-ribit est interdit. Le désaccord porte sur l'intérêt à charge de restituer. Selon Rava, Rabbi Meir permet la vente parce que le loyer sera rendu si la synagogue est reprise.
Les deux façons de définir ce qui sépare Rabbi Yehouda des Sages dans la baraita.
12
וַחֲכָמִים אוֹמְרִים מוֹכְרִין אוֹתוֹ מִמְכַּר עוֹלָם וְכוּ׳. אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר שְׁמוּאֵל: מֻותָּר לָאָדָם לְהַשְׁתִּין מַיִם בְּתוֹךְ אַרְבַּע אַמּוֹת שֶׁל תְּפִלָּה.

Et les Sages disent : on la vend d'une vente définitive, etc. Rav Yehouda dit au nom de Chemouel : il est permis à un homme d'uriner à l'intérieur des quatre coudées de la prière.

📜 Rachi (1)
גְּמ' בַּד' אַמּוֹת שֶׁל תְּפִלָּה לְאַחַר זְמַן:
Dans les quatre coudées de la prière : après coup, une fois la prière achevée.
💡 Explication

La Guemara quitte la vente pour une question voisine : la place où l'on vient de prier garde-t-elle une sainteté ?

Rachi précise le cas : il ne s'agit pas d'uriner pendant la prière, mais du lieu une fois la prière terminée.

13
אָמַר רַב יוֹסֵף: מַאי קָא מַשְׁמַע לַן? תְּנֵינָא, רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: מוֹכְרִין אוֹתָהּ לְשׁוּם חָצֵר, וְלוֹקֵחַ — מַה שֶׁיִּרְצֶה יַעֲשֶׂה. וַאֲפִילּוּ רַבָּנַן לָא קָאָמְרִי אֶלָּא בֵּית הַכְּנֶסֶת, דִּקְבִיעַ קְדֻושְׁתֵּיהּ. אֲבָל אַרְבַּע אַמּוֹת, דְּלָא קְבִיעַ קְדֻושְׁתַּייְהוּ — לֹא.

Rav Yossef dit : que nous apprend-il là ? Nous l'avons déjà appris : Rabbi Yehouda dit : on la vend à titre de cour, et l'acheteur fera ce qu'il voudra.

Et même les Sages ne l'ont dit que d'une synagogue, dont la sainteté est fixée ; mais des quatre coudées, dont la sainteté n'est pas fixée, non.

⚖️ Rosh (1)
גְּמָ' אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר שְׁמוּאֵל מֻותָּר אָדָם לְהַשְׁתִּין מַיִם בְּתוֹךְ אַרְבַּע אַמּוֹת שֶׁל תְּפִלָּה שָׁאֲלוּ תַּלְמִידָיו לֵר' זַכַּאי בַּמָּה הֶאֱרַכְתָּ יָמִים אָמַר לָהֶם מִיָּמַי לֹא הִשְׁתַּנְתִּי מַיִם בְּתוֹךְ ד' אַמּוֹת שֶׁל תְּפִלָּה וְלֹא כִּנִּיתִי שֵׁם לַחֲבֵירִי וְלֹא בִּטַּלְתִּי קִידּוּשׁ הַיּוֹם אִימָּא זְקֵינָה הָיְתָה לִי פַּעַם אַחַת לֹא הָיָה לִי יַיִן לְקִידּוּשׁ הַיּוֹם מָכְרָה כִּיפָּה שֶׁעַל רֹאשָׁהּ וְהֵבִיאָה לִי יַיִן לְקִידּוּשׁ הַיּוֹם תָּנָא כְּשֶׁמֵּתָה הַנִּיחָה לוֹ שְׁלֹשׁ מֵאוֹת גַּרְבֵי יַיִן כְּשֶׁמֵּת הוּא הִנִּיחַ לְבָנָיו שְׁלֹשֶׁת אַלְפֵי גַּרְבֵי יַיִן:
Guemara. Rav Yehouda a dit au nom de Chemouel : il est permis à un homme d'uriner à l'intérieur des quatre coudées de la prière. Ses disciples demandèrent à Rabbi Zakkai : par quoi as-tu prolongé tes jours ? Il leur dit : de ma vie je n'ai urine à l'intérieur des quatre coudées de la prière, je n'ai donné de sobriquet à mon prochain, et je n'ai jamais négligé le kidouch du jour. J'avais une mère âgée : une fois je n'avais pas de vin pour le kidouch du jour ; elle vendit la coiffe qui était sur sa tête et m'apporta du vin pour le kidouch du jour. Il a été enseigné : lorsqu'elle mourut, elle lui laissa trois cents jarres de vin ; et lorsque lui-même mourut, il laissa à ses fils trois mille jarres de vin.
💡 Explication

Rav Yossef objecte que la règle de Chemouel découle de la michna. Si la synagogue elle-même, après vente, peut servir à tout usage, un lieu de prière occasionnel n'a certainement rien de plus.

Le vocabulaire est celui de la kedoucha keouva, la sainteté fixée dans un lieu, opposée à celle qui ne fait que passer avec l'homme qui prie.

🖼️ Schéma
Sainteté fixée et sainteté de passage La synagogue Sainteté fixée dans le lieu, attachée au bâtiment. Les Sages ferment quatre usages même après la vente. Les quatre coudées où l'on vient de prier Aucune sainteté fixée : le lieu n'a servi qu'un instant. Chemouel permet donc d'y uriner. Objection de Rav Yossef : la michna le donne déjà, à plus forte raison. Si la synagogue elle-même peut être libérée, ces quatre coudées le sont aussi.
La sainteté attachée au bâtiment, et celle qui ne fait que passer avec l'orant.
14
תָּנֵי תַּנָּא קַמֵּיהּ דְּרַב נַחְמָן: הַמִּתְפַּלֵּל — מַרְחִיק אַרְבַּע אַמּוֹת וּמַשְׁתִּין, וְהַמַּשְׁתִּין — מַרְחִיק אַרְבַּע אַמּוֹת וּמִתְפַּלֵּל.

Un tana enseigna devant Rav Nahman : celui qui a prié s'éloigne de quatre coudées et urine ; celui qui a urine s'éloigne de quatre coudées et prie.

💡 Explication

La baraita pose une règle symétrique, dans les deux sens. C'est cette symétrie même que Rav Nahman va mettre en cause.

15
אֲמַר לֵיהּ: בִּשְׁלָמָא הַמַּשְׁתִּין מַרְחִיק אַרְבַּע אַמּוֹת וּמִתְפַּלֵּל — תְּנֵינָא: כַּמָּה יַרְחִיק מֵהֶן וּמִן הַצּוֹאָה, אַרְבַּע אַמּוֹת.

Il lui dit : passe encore que celui qui a urine s'éloigne de quatre coudées et prie, car nous l'avons appris : de combien faut-il s'éloigner d'elles et des excréments ? De quatre coudées.

💡 Explication

Le second membre de la baraita ne pose pas de difficulté : il redit la michna de Berakhot sur la distance à garder devant les urines et les excréments.

16
אֶלָּא: הַמִּתְפַּלֵּל מַרְחִיק אַרְבַּע אַמּוֹת וּמַשְׁתִּין לָמָּה לִי? אִי הָכִי, קַדֵּשְׁתִּינְהוּ לְכֻולְּהוּ שְׁבִילֵי דִנְהַרְדְּעָא. תָּנֵי: יִשְׁהֶה.

Mais celui qui a prié s'éloigne de quatre coudées et urine, pourquoi cela ? S'il en est ainsi, tu as rendu saints tous les sentiers de Nehardea !

Enseigne : il attend.

📜 Rachi (2)
קַדֵּשְׁתִּינְהוּ לְכֻולְּהוּ שְׁבִילֵי דִנְהַרְדְּעָא שֶׁאֵין לְךָ ד"א בָּהֶן שֶׁלֹּא הִתְפַּלְּלוּ בָּהֶן עוֹבְרֵי דְּרָכִים:
Tu as rendu saints tous les sentiers de Nehardea : car il n'y a pas parmi eux quatre coudées où des voyageurs n'aient prié.
תָּנֵי יִשְׁהֶה כְּדֵי הִילּוּךְ אַרְבַּע אַמּוֹת:
Enseigne : il attend : le temps de marcher quatre coudées.
⚖️ Rosh (1)
מַתְנִי' אֵין מוֹכְרִין אֶת שֶׁל רַבִּים לְיָחִיד מִפְּנֵי שֶׁמּוֹרִידִין אוֹתוֹ מִקְּדֻושָּׁתוֹ דִּבְרֵי ר' (%יְהוּדָה) אָמְרוּ לוֹ אִם כֵּן אַף לֹא מֵעִיר גְּדוֹלָה לְעִיר קְטַנָּה אֵין מוֹכְרִין בֵּית הַכְּנֶסֶת אֶלָּא עַל תְּנַאי אֵימָתַי שֶׁיִּרְצוּ יַחְזִירוּהוּ דִּבְרֵי רַבִּי מֵאִיר וַחֲכָמִים אוֹמְרִים מוֹכְרִין אוֹתָהּ מִמְכַּר עוֹלָם חוּץ מד' דְּבָרִים לַמֶּרְחָץ וּלְבֻּורְסְקִי וּלְבֵית הַטְּבִילָה וּלְבֵית הַמַּיִם ר' יְהוּדָה אוֹמֵר מוֹכְרִין אוֹתָהּ לְשֵׁם חָצֵר וְהַלּוֹקֵחַ מַה שֶּׁיִּרְצֶה יַעֲשֶׂה וְעוֹד אָמַר רַבִּי יְהוּדָה בֵּית הַכְּנֶסֶת שֶׁחָרַב אֵין מַסְפִּידִין בְּתוֹכוֹ הַסֵּפֶר שֶׁל יָחִיד וְאֵין מַפְשִׁילִין בְּתוֹכוֹ חֲבָלִים וְאֵין פּוֹרְסִין בְּתוֹכוֹ מְצוּדוֹת וְאֵין שׁוֹטְחִין עַל גַּגּוֹ פֵּירוֹת וְאֵין עוֹשִׂין אוֹתוֹ קַפֶּנְדַּרְיָא שֶׁנֶּאֱמַר וַהֲשִׁימּוֹתִי אֶת מִקְדְּשֵׁיכֶם בִּקְדֻושָּׁתָן הֵן עוֹמְדִים אַף כְּשֶׁהֵן שׁוֹמֵמִין עָלוּ בּוֹ עֲשָׂבִים לֹא יִתָּלְשׁוּ מִפְּנֵי עָגְמַת נֶפֶשׁ:
Michna. On ne vend pas ce qui appartient au public à un particulier, parce qu'on le fait descendre de sa sainteté, telle est la parole de Rabbi Yehouda ; ils lui dirent : s'il en est ainsi, on ne vendrait pas davantage d'une grande ville à une petite ville. On ne vend une synagogue qu'à condition que, lorsqu'ils le voudront, les vendeurs la reprennent, telle est la parole de Rabbi Meir ; et les Sages disent : on la vend d'une vente définitive, sauf pour quatre usages, un bain public, une tannerie, une maison d'immersion et une maison des eaux. Rabbi Yehouda dit : on la vend à titre de cour, et l'acheteur fera ce qu'il voudra. Rabbi Yehouda a dit encore : dans une synagogue ruinée, on ne prononce pas d'éloge funèbre pour un particulier, on n'y tord pas de cordes, on n'y tend pas de filets, on n'étend pas de fruits sur son toit et on n'en fait pas un raccourci, car il est dit : et Je dévasterai vos sanctuaires, ce qui enseigne qu'ils demeurent dans leur sainteté même lorsqu'ils sont dévastés. S'il y pousse des herbes, on ne les arrachera pas, à cause du serrement du cœur.
💡 Explication

L'objection est de bon sens : partout des voyageurs ont prié, de sorte qu'une règle de distance fermerait toute la ville.

La Guemara corrige donc la leçon, teni : l'enseignement ne parle pas de distance mais de durée, le temps que prend la marche de quatre coudées.

17
בִּשְׁלָמָא מַשְׁתִּין יִשְׁהֶה כְּדֵי הִילּוּךְ אַרְבַּע אַמּוֹת, מִשּׁוּם נִיצוֹצוֹת. אֶלָּא: מִתְפַּלֵּל יִשְׁהֶה כְּדֵי הִילּוּךְ אַרְבַּע אַמּוֹת, לָמָּה לִי? אָמַר רַב אַשִּׁי: שֶׁכֹּל אַרְבַּע אַמּוֹת תְּפִלָּתוֹ סְדוּרָה בְּפִיו, וְרַחוֹשֵׁי מְרַחֲשָׁן שִׂפְוָותֵיהּ.

Passe encore que celui qui a urine attende le temps de marcher quatre coudées, à cause des gouttes. Mais que celui qui a prié attende le temps de marcher quatre coudées, pourquoi cela ?

Rav Achi dit : parce que, tout le temps de quatre coudées, sa prière est encore rangée dans sa bouche et ses lèvres la murmurent encore.

📜 Rachi (1)
מִשּׁוּם נִיצוֹצוֹת שֶׁלֹּא יְטַנְּפוּ בְּגָדָיו בְּנִיצוֹצוֹת שֶׁבְּאַמָּתוֹ:
À cause des gouttes : pour que ses vêtements ne soient pas souillés par les gouttes restées dans son membre.
🗂️ Tossefot (1)
לֹא הִשְׁתַּנְתִּי בְּתוֹךְ ד' אַמּוֹת שֶׁל תְּפִלָּה. וַאֲפִילּוּ הֵיכָא שֶׁיֵּשׁ הֶיתֵּר גָּמוּר כְּגוֹן שֶׁשָּׁהָה כְּדֵי הִילּוּךְ ד' אַמּוֹת:
Je n'ai pas urine à l'intérieur des quatre coudées de la prière : et même là où il y aurait une permission entière, par exemple lorsqu'il a attendu le temps de marcher quatre coudées.
💡 Explication

Une fois la leçon corrigée en durée, chaque membre reçoit sa raison propre. Après avoir urine, l'attente évite les nitsotsot, les gouttes qui souilleraient les vêtements.

Après la prière, Rav Achi donne une raison d'un autre ordre : la prière n'est pas encore sortie de la bouche de l'orant, ses lèvres la répètent encore.

🖼️ Schéma
Ce que dure le temps de quatre coudées fin de la prière temps de quatre coudées il peut uriner Raison de Rav Achi Pendant ce temps la prière est encore rangée dans sa bouche et ses lèvres la murmurent. Dans l'autre sens Après avoir urine, il attend le même temps à cause des gouttes qui peuvent rester.
Le temps de quatre coudées et les deux raisons qui le justifient.
18
זלפ״‎ן סִימָן.

Zalpan : signe mnémotechnique.

💡 Explication

Un siman retient l'ordre des enseignements qui suivent. Les quatre lettres renvoient aux initiales des Sages interrogés : Zakkai, Elazar ben Chamoua, Perida, Nehounya.

Les deux premiers sont donnés dans cet amud, le troisième y commence et le quatrième se lit à la page suivante.

🖼️ Schéma
Le signe zalpan : l'ordre des quatre Sages ז Rabbi Zakkai 27b ל Rabbi Elazar ben Chamoua פ Rabbi Perida fin de l'amud נ Rabbi Nehounya page suivante Chacun répond à la même question : par quelle conduite as-tu prolongé tes jours ?
Les quatre lettres du signe et les Sages qu'elles annoncent.
19
שָׁאֲלוּ תַּלְמִידָיו אֶת רַבִּי זַכַּאי: בַּמֶּה הֶאֱרַכְתָּ יָמִים? אָמַר לָהֶם: מִיָּמַי לֹא הִשְׁתַּנְתִּי מַיִם בְּתוֹךְ אַרְבַּע אַמּוֹת שֶׁל תְּפִלָּה, וְלֹא כִּנִּיתִי שֵׁם לַחֲבֵירִי, וְלֹא בִּיטַּלְתִּי קִידּוּשׁ הַיּוֹם. אִמָּא זְקֵינָה הָיְתָה לִי, פַּעַם אַחַת מָכְרָה כִּפָּה שֶׁבְּרֹאשָׁהּ וְהֵבִיאָה לִי קִידּוּשׁ הַיּוֹם.

Ses disciples demandèrent à Rabbi Zakkai : par quoi as-tu prolongé tes jours ? Il leur dit : de ma vie je n'ai urine à l'intérieur des quatre coudées de la prière, je n'ai donné de sobriquet à mon prochain, et je n'ai jamais négligé le kidouch du jour.

J'avais une mère âgée : une fois, elle vendit la coiffe qui était sur sa tête et m'apporta le kidouch du jour.

📜 Rachi (2)
בַּמֶּה הֶאֱרַכְתָּ יָמִים בְּאֵיזֶה זְכוּת:
Par quoi as-tu prolongé tes jours : par quel mérite.
כָּפָה צָעִיף:
Kippa : un voile de tête.
🗂️ Tossefot (2)
לֹא הִשְׁתַּנְתִּי בְּתוֹךְ ד' אַמּוֹת שֶׁל תְּפִלָּה וַאֲפִילּוּ הֵיכָא שֶׁיֵּשׁ הֶיתֵּר גָּמוּר כְּגוֹן שֶׁשָּׁהָה כְּדֵי הִילּוּךְ ד' אַמּוֹת:
Je n'ai pas urine à l'intérieur des quatre coudées de la prière : et même là où il y aurait une permission entière, par exemple lorsqu'il a attendu le temps de marcher quatre coudées.
וְלֹא כִּנִּיתִי שֵׁם לַחֲבֵירִי אֲפִילּוּ כִּינּוּי דְּלָא הָוֵי גְּנַאי וְהָא דְּאָמְרִינַן (בּ"מ דַּף נח:) דְּהַמְכַנֶּה שֵׁם לַחֲבֵירוֹ אֵין לוֹ חֵלֶק לָעוֹלָם הַבָּא הַיְינוּ בְּכִינּוּי שֶׁל פְּגַם מִשְׁפָּחָה:
Et je n'ai pas donné de sobriquet à mon prochain : même un sobriquet qui n'a rien d'offensant. Et ce que nous disons (Baba Metsia 58b), que celui qui donne un sobriquet à son prochain n'a pas de part au monde à venir, vise un sobriquet qui touche à une tare de famille.
🪔 Ben Yehoyada (2)
שָׁאֲלוּ תַּלְמִידָיו אֶת רַבִּי זַכַּאי: בַּמֶּה הֶאֱרַכְתָּ יָמִים? אָמַר לָהֶם: מִיָּמַי לֹא הִשְׁתַּנְתִּי מַיִם בְּאַרְבַּע אַמּוֹת שֶׁל תְּפִלָּה וְכוּ'. נִרְאֶה לִי שְׁלֹשָׁה אֵלּוּ הֵם אַזְהָרוֹת שֶׁל כִּיבּוּד לְכָךְ זָכָה עַל יָדָם לְזִקְנָה שֶׁנּוֹתֶנֶת כָּבוֹד בָּאָדָם שֶׁהַכֹּל יְכַבְּדוּהוּ בְּקִימָה וּבְכַמָּה דְּבָרִים וּכְתִיב נֶגֶד זְקֵינָיו כָּבוֹד.
Ses disciples demandèrent à Rabbi Zakkai : par quoi as-tu prolongé tes jours ? Il leur dit : de ma vie je n'ai urine dans les quatre coudées de la prière, etc. Il me semble que ces trois conduites sont des précautions qui relèvent de l'honneur ; c'est pourquoi il a mérité par elles la vieillesse, qui donne de l'honneur à l'homme, puisque tous l'honorent en se levant devant lui et de bien des manières, et il est écrit : devant Ses anciens sera l'honneur.
..מָכְרָה כִּפָּה שֶׁעַל רֹאשָׁהּ, וְהֵבִיאָה לִי קִדּוּשׁ הַיּוֹם. קָשֶׁה, הוּא מְסַפֵּר אַזְהָרוֹת עַצְמוֹ שֶׁהָיָה נִזְהָר וּמַה שַׁיָּיכוּת כָּאן לְסִיפּוּר זֶה שֶׁמָּכְרָה אִמּוֹ וְכוּ'? וְנִרְאֶה לִי דְּבָא לְהוֹדִיעַ מִזֶּה שֶׁהָיָה הוּא אָדוּק וְנִזְהָר מְאֹד מְאֹד בְּקִידּוּשׁ כִּי לוּלֵא כָּךְ לֹא הָיְתָה אִמּוֹ מוֹכֶרֶת כַּפָּהּ שֶׁעַל רֹאשָׁהּ כְּדֵי לְהָבִיא לוֹ יַיִן לְקִדּוּשׁ, אַךְ כֵּיוָן שֶׁיּוֹדַעַת חִיבָּתוֹ וּתְשׁוּקָתוֹ בָּזֶה אָמְרָה וַדַּאי יִהְיֶה לוֹ צַעַר גָּדוֹל אִם יִשָּׁאֵר בְּלֹא יַיִן לְקִדּוּשׁ הַיּוֹם וּלְכָךְ מָכְרָה הַכִּפָּה שֶׁעַל רֹאשָׁהּ. וְאוֹמְרוֹ ' אִמָּא זְקֵנָה הָיְתָה לִי ' קָשֶׁה מַה בָּא לְלַמְּדֵינוּ בָּזֶה אִם הָיְתָה זְקֵנָה אוֹ עוֹדֶנָּה קְטַנָּה בְּשָׁנִים? וְנִרְאֶה לִי בס"ד הֻוצְרַךְ לְפָרֵשׁ שֶׁהָיְתָה זְקֵנָה כְּדֵי שֶׁלֹּא יֹאמְרוּ לוֹ הַשּׁוֹמְעִין אִם הִיא רָצְתָה לִמְכֹּור בִּשְׁבִיל אַהֲבָתָהּ בְּךָ, אַתָּה אֵיךְ רָצִיתָ בְּכָךְ וְלֹא חַסְתָּ עַל כְּבוֹדָהּ שֶׁתִּשָּׁאֵר בְּלֹא כַּפָּהּ! לְכָךְ הִקְדִּים לוֹמַר שֶׁהָיְתָה זְקֵנָה וְלֹא הָיְתָה צְרִיכָא לַצָּעִיף כִּי מֵחֲמַת זְקֵנָה אֵינָהּ יְכוֹלָה לָצֵאת חוּצָה, וְהָיָה הַצָּעִיף מֻוצְנָע בְּתֵיבָה. גַּם הַגִּיד שֶׁהִיא זְקֵנָה וְאֵינָהּ מַקְפֶּדֶת בְּכָךְ, דְּרֹוב הַזְּקֵנוֹת הוֹלְכִים בְּלֹא כָּפָה שֶׁלִּפְעָמִים מַנִּיחִים בִּמְקוֹם כָּפָה בֶּגֶד אַחֵר עַל רֹאשָׁם יִהְיֶה מַה שֶׁיִּהְיֶה וּלְכָךְ גַּם הוּא לֹא הִקְפִּיד לְמָנְעָהּ מִלִּמְכּוֹר אוֹתָהּ.
Elle vendit la coiffe qui était sur sa tête et m'apporta le kidouch du jour. C'est difficile : il énumère les précautions qu'il observait lui-même, et quel rapport y a-t-il ici avec ce récit du geste de sa mère ? Il me semble qu'il vient faire savoir par là combien il était attaché et scrupuleux au sujet du kidouch ; car sans cela sa mère n'aurait pas vendu la coiffe qui était sur sa tête pour lui apporter du vin de kidouch. Mais comme elle connaissait son amour et son désir en cette matière, elle s'est dit : il aura certainement une grande peine s'il reste sans vin pour le kidouch du jour ; c'est pourquoi elle vendit la coiffe qui était sur sa tête. Et lorsqu'il dit : j'avais une mère âgée, c'est difficile aussi : que vient-il nous apprendre en précisant qu'elle était âgée et non encore jeune ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il a dû préciser qu'elle était âgée afin que ses auditeurs ne lui disent pas : si elle a voulu vendre par amour pour toi, comment as-tu accepté, sans prendre soin de son honneur, qu'elle reste sans coiffe ? Il a donc dit d'abord qu'elle était âgée et n'avait pas besoin de ce voile, car son âge ne lui permettait plus de sortir au dehors, et le voile restait rangé dans un coffre. Il a de plus indiqué qu'étant âgée elle n'y tenait pas, car la plupart des femmes âgées vont sans coiffe et posent parfois sur leur tête, à la place de la coiffe, un autre tissu quel qu'il soit ; c'est pourquoi lui non plus n'a pas insisté pour l'empêcher de la vendre.
💡 Explication

Première réponse de la série. Les trois conduites de Rabbi Zakkai touchent trois domaines : le respect du lieu de prière, le respect du prochain, et le kidouch du jour.

Le récit de la mère n'est pas une digression : il mesure le prix que Rabbi Zakkai attachait au kidouch, puisque sa mère savait ce que représentait pour lui une semaine sans coupe.

20
תַּנָּא: כְּשֶׁמֵּתָה, הַנִּיחָה לוֹ שְׁלוֹשׁ מֵאוֹת גַּרְבֵי יַיִן. כְּשֶׁמֵּת הוּא, הִנִּיחַ לְבָנָיו שְׁלֹשֶׁת אֲלָפִים גַּרְבֵי יַיִן.

Il a été enseigné : lorsqu'elle mourut, elle lui laissa trois cents jarres de vin ; lorsqu'il mourut, il laissa à ses fils trois mille jarres de vin.

🗂️ Tossefot (1)
הִנִּיחָהּ לוֹ ג' (אַלְפַּיִם) גַּרְבֵי יַיִן כִּדְאָמְרִינַן הַזָּהִיר בְּקִידּוּשׁ הַיּוֹם זוֹכֶה וּמְמַלְּאִים לוֹ גַּרְבֵי יַיִן (שַׁבָּת דַּף כג:):
Elle lui laissa trois mille jarres de vin : comme nous disons, celui qui est scrupuleux sur le kidouch du jour mérite que l'on remplisse pour lui des jarres de vin (Chabbat 23b).
🪔 Ben Yehoyada (1)
כְּשֶׁמֵּתָה, הִנִּיחָהּ לוֹ שְׁלֹשׁ מֵאוֹת גַּרְבֵי יַיִן. כְּשֶׁמֵּת הוּא, הִנִּיחַ לְבָנָיו שְׁלֹשֶׁת אֲלָפִים גַּרְבֵי יַיִן. נִרְאֶה מֵחֲמַת שֶׁהָיְתָה יוֹדַעַת שֶׁחֲבִיבָה עָלָיו מִצְוָה זוֹ בִּמְאֹד מְאֹד לְכָךְ טָרְחָה בְּחַיֵּי חַיּוּתָהּ לְהַמְצִיא לוֹ יַיִן הַרְבֵּה בִּשְׁבִיל קִדּוּשׁ הַיּוֹם וְעָלָה בְּיָדָהּ כְּמִנְיַן ש' הָרוֹמֶזֶת לְשָׁלֹשׁ סְעוּדוֹת שַׁבָּת, שֶׁגַּם בִּסְעוּדָה שְׁלִישִׁית דְּאֵין קִדּוּשׁ צָרִיךְ לִשְׁתּוֹת יַיִן בְּתוֹךְ הַסְּעוּדָה כְּמוֹ שֶׁכָּתַב רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל, וְנִרְמְזוּ שָׁלֹשׁ סְעוּדוֹת בִּשְׁלֹשָׁה קַוִּין דָּשִׁין דְּשַׁבָּת. וְהוּא זָכָה לְהַנִּיחַ שְׁלֹשָׁה אֲלָפִים גַּרְבֵי יַיִן, כְּנֶגֶד שְׁלֹשָׁה אָלֶ"ף דְּשֵׁם 'אֶהְיֶה' בְּמִלּוּי אַלְפִין, שֶׁהוּא בַּבִּינָה הַנִּגְלֵית בְּסוֹד נֹועַם שַׁבָּת. וּשְׁנֵיהֶם זָכוּ לְמִסְפַּר הַשָּׁלֹשׁ מִפְּנֵי שֶׁקִּייְּמוּ מִצְוָה זוֹ כְּתִקְנָהּ בְּמַחְשָׁבָה וְדִבּוּר וּמַעֲשֶׂה אַךְ הוּא שֶׁהָיָה בַּעַל תּוֹרָה זָכָה בְּמִסְפַּר הַשָּׁלֹשׁ בְּאַלְפַּיִם כִּי לִימּוּד הַתּוֹרָה רָמוּז בְּאֶלֶף לְשׁוֹן 'אַלּוּף' (תְּהִלִּים נה, יד) וּמִסְפַּר הָאֲלָפִים גַּם כֵּן הוּא בְּאוֹת אֶלֶף כְּמוֹ שֶׁכָּתַב רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל בְּשַׁעַר הַהַקְדָּמוֹת.
Lorsqu'elle mourut, elle lui laissa trois cents jarres de vin ; lorsqu'il mourut, il laissa à ses fils trois mille jarres de vin. Il apparaît que, sachant combien cette mitsva lui était chère, elle s'est donné de la peine de son vivant pour lui procurer beaucoup de vin en vue du kidouch du jour, et elle y parvint jusqu'au nombre de trois cents, qui fait allusion aux trois repas de Chabbat, puisque même au troisième repas, où il n'y a pas de kidouch, il faut boire du vin au cours du repas, comme l'écrit notre maître le Ari de mémoire bénie ; et les trois repas sont laissés entendre par les trois traits de la lettre chin du mot Chabbat. Lui-même mérita de laisser trois mille jarres de vin, en correspondance des trois alef du Nom Ekye-h écrit en toutes lettres avec des alef, lequel est dans la bina qui se révèle dans le secret (sod) de la douceur du Chabbat. Tous deux ont mérité le nombre trois parce qu'ils ont accompli cette mitsva comme il convient dans la pensée, la parole et l'acte ; mais lui, qui était un maître en Torah, a mérité le nombre trois par milliers, car l'étude de la Torah est laissée entendre par la lettre alef, au sens de alouf, le maître familier (Psaumes 55, 14), et le compte des milliers se dit lui aussi par la lettre alef, comme l'écrit notre maître le Ari de mémoire bénie dans le Chaar ha-Hakdamot.
💡 Explication

La suite du récit répond en mesure : la mère qui vend sa coiffe pour une coupe de vin laisse trois cents jarres, et le fils dix fois plus.

Tossefot rattache cela à la promesse de Chabbat 23b, faite à qui est scrupuleux sur le kidouch. Le Ben Yehoyada lit les nombres eux-mêmes comme une allusion aux trois repas et à l'étude.

21
רַב הוּנָא הֲוָה אָסַר רִיתָא וְקָאֵי קַמֵּיהּ דְּרַב, אֲמַר לֵיהּ: מַאי הַאי? אֲמַר לֵיהּ: לָא הֲוָה לִי קִידּוּשָׁא, וּמַשְׁכַּנְתֵּיהּ לְהֶמְייָנַאי וְאֵתַאי בֵּיהּ קִידּוּשָׁא. אֲמַר לֵיהּ: יְהֵא רַעֲוָא דְּתִיטּוּם בְּשִׁירָאֵי.

Rav Houna était ceint d'une corde de jonc et se tenait devant Rav. Celui-ci lui dit : qu'est-ce que cela ?

Il lui dit : je n'avais pas de quoi faire le kidouch ; j'ai mis ma ceinture en gage et j'en ai rapporté le kidouch. Il lui dit : que ce soit la volonté [du Ciel] que tu sois enseveli sous la soie.

📜 Rachi (2)
אָסַר רִיתָא מִין גֶּמִי:
Ceint d'une rita : une sorte de jonc.
דְּתִיטּוּם בְּשִׁירָאֵי סָתוּם וּמְכֻוסֶּה בִּמְעִילִין סִתְּמוּם פְּלִשְׁתִּים תַּרְגּוּמוֹ טְמוּנִין פְּלִשְׁתָּאֵי (בְּרֵאשִׁית כ״ו:ט״ו):
Que tu sois enseveli sous la soie : bouche et recouvert de manteaux ; le Targoum de : les Philistins les avaient bouchés (Genèse 26, 15) rend : les Philistins les avaient enfouis.
🪔 Ben Yehoyada (2)
אֲמַר לֵיהּ: לָא הֲוָה לִי לְקִדּוּשָׁא, וּמַשְׁכַּנְתֵּיהּ לְהֶמְיָנַאי וְאָתִיתִי בֵּיהּ קִדּוּשָׁא. יֵשׁ לְהָבִין תֵּיבַת 'בֵּיהּ' לָשׁוֹן יֶתֶר. וְנִרְאֶה לִי רוֹצֶה לוֹמַר שֶׁלֹּא מִשְׁכֵּן הַמְמַיְּינֶיהָ כְּדֵי לִמְצוֹא מָעוֹת שֶׁיִּקְנֶה יַיִן אֶלָּא מִשְׁכְּנוֹ לִיקַּח בּוֹ יַיִן וּמַעֲשֶׂה שֶׁהָיָה כָּךְ הָיָה. אִי נָמֵי לָקַח יַיִן כְּנֶגֶד כָּל דָּמִים שֶׁל עֵרֶךְ הֶמְיָינֵיהּ אַף עַל פִּי שֶׁהָיָה יָכוֹל לִיקַּח יַיִן בְּצִמְצוּם כְּנֶגֶד חֲצִי דָּמָיו וְהוֹדִיעַ דַּאֲפִילּוּ בִּשְׁעַת דּוֹחֲקוֹ לָקַח יַיִן בְּהַרְוָחָה. וְגִרְסַת עֵין יַעֲקֹב לָא הֲוָה לִי חַמְרָא וְכוּ' וְאָתִיתִי בֵּיהּ יֵין קִדּוּשָׁא, וּלְגִרְסָא זוֹ יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת לָמָּה בִּתְחִלַּת דְּבָרָיו קְרָאוֹ חַמְרָא, וּבְסוֹף דְּבָרָיו קָרְאוּ יַיִן? דְּיֵשׁ חֲמַר מִדִּינָא דְּנִקְרָא בְּשֵׁם חַמְרָא בִּסְתָם וְאֵינוֹ נִקְרָא יַיִן וְזֶה יִהְיֶה בְּזוֹל. וְזֶהוּ שֶׁאָמַר 'לָא הֲוָה לִי חַמְרָא' רוֹצֶה לוֹמַר אֲפִילּוּ חֲמַר מְדִינָה, וּמַשְׁכַּנְתֵּיהּ לְהֶמְייָנַאי וְאָתִיתִי בֵּיהּ יַיִן וְלֹא קָנִיתִי חֲמַר מְדִינָה שֶׁהוּא בְּזוֹל.
Il lui dit : je n'avais pas de quoi faire le kidouch, j'ai mis ma ceinture en gage et j'en ai rapporté le kidouch. Il faut comprendre le mot avec cela, qui paraît superflu. Il me semble qu'il veut dire qu'il n'a pas mis sa ceinture en gage pour se procurer de l'argent avec lequel il achèterait du vin, mais qu'il l'a mise en gage pour en prendre du vin, et l'affaire s'est passée ainsi. Ou bien : il a pris du vin pour toute la valeur de sa ceinture, alors qu'il aurait pu se limiter à du vin pour la moitié de ce prix ; il fait savoir que même dans sa gêne il a pris du vin largement. La version du Ein Yaakov porte : je n'avais pas de vin, etc., et j'en ai rapporté du vin de kidouch ; selon cette version, on peut demander pourquoi il emploie d'abord le mot hamra et ensuite le mot yayin. C'est qu'il existe une boisson locale appelée simplement hamra, qui ne porte pas le nom de yayin et qui coûte peu. Il dit donc : je n'avais pas de hamra, c'est-à-dire pas même de boisson locale, et j'ai mis ma ceinture en gage et j'en ai rapporté du yayin, sans acheter la boisson locale qui coûte peu.
יְהֵא רַעֲוָא דְּתִיטּוּם בְּשִׁירָאֵי. נִרְאֶה לִי בס"ד בְּשָׂכָר שֶׁמָּכַר הֶמְיָינֵיהּ אַף עַל פִּי שֶׁאֵינוֹ מְכַסֶּה כָּל גּוּפוֹ אֶלָּא רַק מְכַסֶּה חֵלֶק קָטָן שִׁיעוּר טֶפַח יִזְכֶּה לְהִתְעַשֵּׂר שֶׁיִּתְכַּסֶּה בְּמַעֲלִים חֲשׁוּבִים הַמְכֻסִּים כָּל הַגּוּף. וְנִרְאֶה לִי רָמַז לוֹ בְּתֵיבַת שִׁירָאֵי עַל שֵׁם הַהַצְלָחָה שֶׁהוּא אוֹתִיּוֹת כֶּסֶף זָהָב, וְהוּא רָמוּז בַּפָּסוּק י"א בְּשִׁיר הַשִּׁירִים דִּכְתִיב (שִׁיר הַשִּׁירִים א, יא) 'תּוֹרֵי זָהָב נַעֲשֶׂה לָּךְ עִם נְקֻדּוֹת הַכָּסֶף', אֲשֶׁר בְּכֶסֶף וְזָהָב הַנִּזְכָּרִים בְּפָסוּק זֶה נִרְמַז שֵׁם הַהַצְלָחָה שֶׁהִיא כס"ה בפ"ז, וּפָסוּק זֶה הוּא פָּסוּק י"א בְּשִׁיר הַשִּׁירִים, וְזֶהוּ שֶׁיִּרְאֵי מִלָּה מֻורְכֶּבֶת שֶׁהוּא 'שִׁיר י"א'. וּמַה שֶׁאָמַר לָמָּה לָא אֲמַרְתְּ לִי כִּי בָּרֵכְתָּיךְ: 'וְכֵן לְמַר'? נִרְאֶה הָיָה דַּרְכָּם לוֹמַר 'וְכֵן לְמַר' שֶׁבִּשְׁתֵּי תֵּיבוֹת אֵלּוּ יֵשׁ לָהֶם כַּוָּנָה לְכַוֵּין עַל בְּחִינַת הַ'רָצוֹן' [346] שֶׁמִּסְּפָרוֹ עוֹלֶה כְּמִנְיַן 'וְכֵן לְמַר' [346] וְנוֹדַע כִּי הַטּוֹב שֶׁיָּבֹא לָאָדָם מִכֹּחַ תְּפִלַּת הַצַּדִּיק לֹא יְנַכּוּ מִזְּכִיּוֹתָיו בַּעֲבוּרוֹ וּלְכָךְ הִקְפִּיד רַב עַל זֶה שֶׁלֹּא הִתְפַּלֵּל עָלָיו לוֹמַר וְכֵן לְמַר.
Que ce soit la volonté [du Ciel] que tu sois enseveli sous la soie. Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'en récompense d'avoir vendu sa ceinture, qui ne couvre pas tout le corps mais seulement une petite part, de la mesure d'un tefah, il mériterait de s'enrichir et d'être couvert de vêtements précieux qui recouvrent tout le corps. Et il me semble qu'il lui a fait allusion, par le mot chirae, au Nom de la réussite, dont les lettres forment argent et or, lequel est laissé entendre dans le onzième verset du Cantique des cantiques, où il est écrit : nous te ferons des colliers d'or avec des points d'argent (Cantique 1, 11) ; car dans l'argent et l'or nommés dans ce verset est laissé entendre le Nom de la réussite, qui est kasa be-paz, et ce verset est le onzième du Cantique des cantiques ; ainsi chirae est un mot composé qui signifie chir yod-alef, le cantique onze. Et quant à ce qu'il dit : pourquoi ne m'as-tu pas répondu, lorsque je t'ai béni : et de même pour le maître ? Il me semble que leur usage était de dire et de même pour le maître, ces deux mots portant une intention dirigée vers le degré du ratson, la faveur, dont le compte est égal à celui de ces deux mots. Et l'on sait que le bien qui vient à un homme par la force de la prière d'un juste ne lui est pas décompte de ses mérites ; c'est pourquoi Rav s'est formalisé de ce qu'il n'ait pas prié pour lui en disant : et de même pour le maître.
💡 Explication

Le même thème se poursuit dans l'ordre des Amoraim. Rav Houna s'est défait de sa ceinture, pièce de vêtement nécessaire, pour avoir du vin de kidouch.

La bénédiction de Rav joue sur l'image : celui qui s'est privé de ce qui couvrait une main de son corps sera un jour enseveli sous les étoffes.

22
כִּי אִיכַּלַּל רַבָּה בְּרֵיהּ, רַב הוּנָא אִינִישׁ גּוּצָא הֲוָה, גְּנָא אַפּוּרְיָא. אָתְיָין בְּנָתֵיהּ וְכַלָּתֵיהּ שָׁלְחָן וְשָׁדְיָין מָנַייְהוּ עֲלֵיהּ עַד דְּאִיטּוּם בְּשִׁירָאֵי. שְׁמַע רַב וָאִיקָּפֵד, אֲמַר: מַאי טַעְמָא לָא אֲמַרְתְּ לִי כִּי בָּרֵכְתָּיךְ: ״וְכֵן לְמַר״.

Lorsque son fils Rabba se maria — Rav Houna était un homme de petite taille — il était couché sur le lit. Ses filles et ses belles-filles vinrent, ôtèrent leurs vêtements et les jetèrent sur lui, jusqu'à ce qu'il fut enseveli sous la soie.

Rav l'apprit et s'en irrita ; il dit : pourquoi ne m'as-tu pas dit, lorsque je t'ai béni : et de même pour le maître ?

📜 Rachi (3)
אִיכַּלַּל כְּשֶׁנִּכְנַס לַחֻופָּה:
Ikhlal : lorsqu'il entra sous la houppa.
[שֻׁלְחָן] הָיוּ פּוֹשְׁטוֹת בִּגְדֵיהֶן:
Chalhan : elles ôtaient leurs vêtements.
וְכֵן לְמַר אַף אַתָּה תְּהֵא מְבֹורָךְ לְכָךְ שֶׁמָּא הָיָה עֵת רָצוֹן וְתִתְקַיֵּים אַף בִּי:
Et de même pour le maître : toi aussi sois béni de la sorte ; peut-être était-ce un moment de faveur, et cela se serait accompli en moi aussi.
💡 Explication

La bénédiction se réalise à la lettre, par un concours de circonstances : la petite taille de Rav Houna le fait disparaître sous les vêtements posés sur le lit.

Le reproche de Rav enseigne une règle de conduite : répondre vekhen le-mar à celui qui bénit, puisque l'heure de faveur qui porte sa bénédiction peut porter aussi la réponse.

23
שָׁאֲלוּ תַּלְמִידָיו אֶת רַבִּי אֶלְעָזָר בֶּן שַׁמּוּעַ: בַּמֶּה הֶאֱרַכְתָּ יָמִים? אָמַר לָהֶם: מִיָּמַי לֹא עָשִׂיתִי קַפֶּנְדַּרְיָא לְבֵית הַכְּנֶסֶת, וְלֹא פָּסַעְתִּי עַל רָאשֵׁי עַם קָדוֹשׁ, וְלֹא נָשָׂאתִי כַּפַּי בְּלֹא בְּרָכָה.

Ses disciples demandèrent à Rabbi Elazar ben Chamoua : par quoi as-tu prolongé tes jours ? Il leur dit : de ma vie je n'ai fait de la synagogue un raccourci, je n'ai enjambé la tête du peuple saint, et je n'ai levé mes mains sans bénédiction.

📜 Rachi (3)
קַפַּנְדַּרְיָא מְקַצֵּר הִילּוּכוֹ דֶּרֶךְ בֵּית הַכְּנֶסֶת:
Kapandaria : raccourcir son trajet en passant par la synagogue.
וְלֹא פָּסַעְתִּי עַל רָאשֵׁי עַם קֹודֶשׁ כְּשֶׁהָיוּ הַתַּלְמִידִין בְּבֵית הַמִּדְרָשׁ עַל גַּבֵּי קַרְקַע הַהוֹלֵךְ עַל גַּבֵּי מְסִיבָּתָן לֵישֵׁב לִמְקוֹמָן נִרְאֶה כְּפוֹסֵעַ עַל רָאשֵׁי הָעָם:
Et je n'ai pas enjambé la tête du peuple saint : lorsque les élèves étaient assis à terre dans la maison d'étude, celui qui marche par-dessus leurs rangées pour gagner sa place paraît enjamber les têtes du peuple.
וְלֹא נָשָׂאתִי כְּפִי לַדּוּכָן לְבִרְכַּת כֹּהֲנִים לְפִי שֶׁהַכֹּהֲנִים צְרִיכִין לְבָרֵךְ בָּרוּךְ אַתָּה ה' אֱ-לֹהֵינוּ מֶלֶךְ הָעוֹלָם אֲשֶׁר קִדְּשָׁנוּ (בְּמִצְוֹתָיו וְצִוָּנוּ) בִּקְדֻושָּׁתוֹ שֶׁל אַהֲרֹן בְּמַסֶּכֶת סוֹטָה (דַּף לט.):
Et je n'ai pas levé mes mains : pour monter au doukhan et donner la bénédiction des cohanim, car les cohanim doivent d'abord dire : Béni sois-Tu, Hachem notre D.ieu, Roi du monde, qui nous a sanctifiés (par Ses commandements et nous a ordonné) par la sainteté d'Aharon, comme dans le traité Sota (39a).
💡 Explication

Deuxième réponse de la série, sur le même modèle que la première : trois conduites constantes, toutes liées au respect du lieu et des personnes.

Le kapandaria est le fait de traverser la synagogue pour abréger son chemin ; la bénédiction avant le doukhan est celle que le cohen prononce avant de lever les mains.

24
שָׁאֲלוּ תַּלְמִידָיו אֶת רַבִּי פְּרִידָא: בַּמֶּה הֶאֱרַכְתָּ יָמִים? אָמַר לָהֶם: מִיָּמַי לֹא קְדָמַנִי אָדָם לְבֵית הַמִּדְרָשׁ,

Ses disciples demandèrent à Rabbi Perida : par quoi as-tu prolongé tes jours ? Il leur dit : de ma vie nul ne m'a devancé à la maison d'étude,

🗂️ Tossefot (1)
שָׁאֲלוּ תַּלְמִידָיו אֶת ר' פְּרִידָא בַּמָּה הֶאֱרַכְתָּ יָמִים כּוּ' קָשֶׁה דְּאַדְּרַבָּה הָיָה בִּזְכוּת שֶׁהָיָה שׁוֹנֶה לְתַלְמִיד אֶחָד אַרְבַּע מֵאוֹת זִימְנֵי וּנְפַק בַּת קוֹל וְאָמַר נָאֶה לִיךְ דְּלִיזְכֵּי כֻּולֵּי דָּרֵיהּ לְעָלְמָא דְּאָתֵי אוֹ דְּלִיחְיֵי ד' מְאָה שְׁנִין אָמַר הקב"ה יְהַבוּ לֵיהּ הָא וְהָא (עֵירוּבִין דַּף נד:) וי"ל דְּמֵעִיקָּרָא לֹא יָדַע כֵּן עַד לְבַסּוֹף שֶׁרָאָה שֶׁחָיָה כָּל כָּךְ:
Ses disciples demandèrent à Rabbi Perida : par quoi as-tu prolongé tes jours, etc. : c'est difficile, car ce fut au contraire par le mérite d'avoir répété la leçon à un élève quatre cents fois, sur quoi une voix céleste sortit et dit : que préfères-tu, que toute ta génération mérite le monde à venir, ou bien vivre quatre cents ans ? Et le Saint béni soit-Il dit : donnez-lui l'un et l'autre (Erouvin 54b). On peut répondre qu'au départ il ne le savait pas, et ne l'a su qu'à la fin, en voyant qu'il avait tant vécu.
💡 Explication

Troisième réponse, interrompue par la fin de l'amud : la phrase se poursuit à la page suivante.

Tossefot confronte cette réponse au récit d'Erouvin 54b, où la longévité de Rabbi Perida lui est promise pour sa patience envers un élève, et répond que le maître parlait de ce qu'il savait au moment où il vivait.

✉ Signaler une erreur de traduction

Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).