Megillah 28a — Par quel mérite as-tu prolongé tes jours, et la sainteté de la synagogue en ruine

Megillah 28a

Sougya : Le folio achève la série des maîtres interrogés sur leur longévité. Rabbi Perida termine sa liste, et la guemara s'arrête sur un point : céder la bénédiction à un cohen passe pour une qualité, alors que Rabbi Yo'hanan tient pour passible de mort le talmid 'hakham qui s'efface devant un ignorant.

La réponse distingue les cas d'égalité. Viennent ensuite Rabbi Nehounia ben Hakana, Rabbi Nehounia le Grand interrogé par Rabbi Akiva du haut d'un palmier, Rabbi Yehochoua ben Korha interrogé par Rabbi, les frères bar Ihi, puis Rabbi Zera et ses huit conduites.

Chaque middah est illustrée par un récit : Rav Houna et sa houe, Mar Zoutra qui pardonne avant de dormir, Rabbi Elazar et Rabbi Zera devant les cadeaux du Nassi. Un long développement porte sur l'interdit de regarder le visage d'un méchant et sur la cécité de Yitshak, attribuée à la fois au regard porte sur Essav et à la malédiction d'Avimelekh.

La michna qui clôt le folio revient au droit de la synagogue : une synagogue tombée en ruine garde sa sainteté, et les herbes qui y poussent restent en place.

Une seule question, cinq réponses : bemeh herakhta yamim ?Le maîtreLes conduites invoquéesLe point communRabbi PeridaCéder la bénédiction au cohen ;ne pas manger sans les matanotR. Nehounia ben HakanaAucun honneur pris sur autrui ;pardonner avant de dormir ;large avec son argentR. Nehounia le GrandRefuser les cadeaux ;ne pas exiger son dû ;large avec son argentR. Yehochoua ben KorhaNe jamais regarder le visagedun homme méchantRabbi ZeraHuit conduites, de la colère retenueau sobriquet jamais prononcéAucune réponse ne citeune prouesse dans letude.Toutes portent sur lamanière de se tenirdevant autrui :lhonneur quon ne prend pas,la rancune quon dépose,largent quon laisse aller.
La série forme un traité de middot : la longévité est rattachée à des conduites relationnelles, pas à des exploits.
Pourquoi Yitshak a-t-il perdu la vue ? Deux causes, une conclusionCause 1 — R. ElazarIl a regardé Essav le méchantVerset : vatikhena einav mero ot(Bereshit 27,1)Cause 2 — R. YitshakLa malédiction dAvimelekh à Sarakessout einayim lu kessiat einayim(Bereshit 20,16)ha ve-ha garma lehLes deux ont agi ensemble : la malédiction seule aurait touché un seul œil,le regard seul aurait affaibli la vue sans laveugler (Ben Yehoyada).Rava : seet penei racha lo tov
Trois versets pour un même interdit : le regard porte sur le méchant, la malédiction de lhomme ordinaire, et le refus de lui faire grâce.
La synagogue en ruine : la sainteté demeureBeit haknesset chaharavle bâtiment est en ruinevahachimoti et mikdecheikhem : ils restent mikdach même désolésInterdit— y prononcer une oraison funèbre— y tordre des cordes— y tendre des filets— étaler des fruits sur son toit— en faire un raccourci (kappandaria)Les herbes qui poussentOn les laisse en place.Motif : agmat nefech, lafflictionde ceux qui les voient.Rachi : le spectacle rappelleles jours où lon sy rassemblaitet poussé à demander sa reconstruction.
La ruine ne libère pas le lieu de son statut ; elle devient le support dune demande.
1
וְלֹא בֵּרַכְתִּי לִפְנֵי כֹהֵן, וְלֹא אָכַלְתִּי מִבְּהֵמָה שֶׁלֹּא הוּרְמוּ מַתְּנוֹתֶיהָ.

Et je n'ai jamais récité le birkat hamazon devant un cohen, et je n'ai jamais mangé d'un animal dont on n'avait pas prélevé les matanot (les dons dus au cohen).

📜 Rachi (2)
מַתְּנוֹתֶיהָ הַזְּרוֹעַ וְהַלְּחָיַיִם וְהַקֵּיבָה:
Le bras avant (zeroa), les joues (lehayayim) et la caillette (keva).
וְלֹא בֵּרַכְתִּי בִּסְעוּדָה לִפְנֵי כֹּהֵן דְּאָמַר מַר (גִּיטִּין דַּף נט:) וְקִדַּשְׁתּוֹ (וַיִּקְרָא כא) לְכָל דָּבָר שֶׁבִּקְדֻושָּׁה לִפְתֹּוחַ רִאשׁוֹן וּלְבָרֵךְ רִאשׁוֹן:
Au cours du repas, devant un cohen. Car le Maître a dit (Guittin 59b) : le verset et tu le sanctifieras (Vayikra 21) vise toute chose de sainteté, ouvrir en premier et bénir en premier.
💡 Explication

Le folio reprend la fin de la réponse de Rabbi Perida, interrogé au verso sur sa longévité. Deux conduites achèvent sa liste. La première touche à l'honneur du cohen, la seconde aux matanot kehouna, les trois parts dues au cohen sur toute bête abattue en dehors du Temple : le zeroa, les lehayayim et la keva.

2
דְּאָמַר רַבִּי יִצְחָק אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: אָסוּר לֶאֱכֹול מִבְּהֵמָה שֶׁלֹּא הוּרְמוּ מַתְּנוֹתֶיהָ. וְאָמַר רַבִּי יִצְחָק: כָּל הָאוֹכֵל מִבְּהֵמָה שֶׁלֹּא הוּרְמוּ מַתְּנוֹתֶיהָ, כְּאִילּוּ אוֹכֵל טְבָלִים. וְלֵית הִלְכְתָא כְּוָותֵיהּ.

Car Rabbi Yitshak a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : il est interdit de manger d'un animal dont on n'a pas prélevé les matanot. Et Rabbi Yitshak a dit : quiconque mange d'un animal dont on n'a pas prélevé les matanot, c'est comme s'il mangeait du tevel.

Et la halakha n'est pas conforme à son avis.

💡 Explication

La guemara adosse la conduite de Rabbi Perida à un enseignement de Rabbi Yitshak, qui va jusqu'à comparer une telle viande au tevel, le produit dont les prélèvements n'ont pas encore été faits et qui demeure interdit à la consommation.

La dernière phrase tranche contre lui : la halakha permet cette viande, le cohen conservant une simple créance sur les parts qui lui reviennent. La conduite de Rabbi Perida relève donc d'une rigueur volontaire, ce qui est précisément le propos de tout ce passage.

3
וְלֹא בֵּרַכְתִּי לִפְנֵי כֹהֵן,

Et je n'ai jamais récité le birkat hamazon devant un cohen.

💡 Explication

La guemara reprend le lemme pour l'examiner à part. Ce qui suit va montrer que cette conduite, présentée comme un mérite, entre en conflit avec un enseignement de Rabbi Yo'hanan.

4
לְמֵימְרָא דִּמְעַלְּיוּתָא הִיא? וְהָא אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: כָּל תַּלְמִיד חָכָם שֶׁמְּבָרֵךְ לְפָנָיו, אֲפִילּוּ כֹּהֵן גָּדוֹל עַם הָאָרֶץ — אוֹתוֹ תַּלְמִיד חָכָם חַיָּיב מִיתָה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״כָּל מְשַׂנְאַי אָהֲבוּ מָוֶת״. אַל תִּקְרֵי ״מְשַׂנְאַי״, אֶלָּא ״מַשְׂנִיאֵי״.

Est-ce à dire que c'est une qualité ? Mais Rabbi Yo'hanan a dit : tout talmid 'hakham devant qui un autre récite la bénédiction, même s'il s'agit d'un cohen gadol ignorant, ce talmid 'hakham est passible de mort, ainsi qu'il est dit : tous ceux qui me haïssent aiment la mort.

Ne lis pas mesanai (ceux qui me haïssent), mais masniai (ceux qui me font haïr).

📜 Rachi (1)
מַשְׂנִיאֵי שֶׁגּוֹרְמִין לִבְנֵי אָדָם לְשֶׁנְּאוֹתוֹ שֶׁהָרוֹאֶה תַּלְמִיד חָכָם שָׁפֵל לִפְנֵי עַם הָאָרֶץ אוֹמֵר אֵין נַחַת רוּחַ בַּתּוֹרָה:
Ils font que les gens le haïssent : celui qui voit un talmid 'hakham s'abaisser devant un ignorant se dit qu'il n'y a nulle satisfaction dans la Torah.
💡 Explication

L'objection est frontale. Le talmid 'hakham porte un honneur qui ne lui appartient pas en propre : il représente la Torah aux yeux des autres. S'effacer devant un ignorant revient donc à rabaisser ce qu'il représente, et le verset de Michlei est lu comme visant celui qui rend la Torah odieuse.

La lecture repose sur un simple changement de vocalisation, al tikri : les mêmes consonnes se lisent comme un participe passif ou comme un causatif.

5
כִּי קָאָמַר אִיהוּ, בְּשָׁוִין.

Lorsque lui-même l'a dit, il parlait d'un cas d'égalité.

🗂️ Tossefot (1)
כִּי קָאָמַר אִיהוּ בְּשָׁוִין וְקָשֶׁה מַאי רְבוּתָא וְהָא כְּתִיב וְקִדַּשְׁתּוֹ לְכָל דָּבָר שֶׁבִּקְדֻושָּׁה לְבָרֵךְ רִאשׁוֹן וי"ל דְּשָׁוִין לָאו דַּוְקָא אֶלָּא כְּלוֹמַר שֶׁהַכֹּהֵן נָמֵי תַּלְמִיד חָכָם אָמְנָם אֵינוֹ חָשׁוּב כְּמוֹתוֹ וְאַפֵּי' הָכִי לֹא הָיָה רַבִּי פְּרִידָא רוֹצֶה לִקְרוֹת לְפָנָיו וְגַם צָרִיךְ לוֹמַר דִּשְׁאָר כֹּהֲנִים הָיוּ כְּפוּפִים לְרַבִּי פְּרִידָא דאל"כ לָא הָוֵי רְבוּתָא כִּדְחָזֵינַן פֶּרֶק הַנִּיזָּקִין (גִּיטִּין דַּף נט. וְשָׁם) דְּרַב הוּנָא לָא הָוֵי קָרֵי בְּכָהֲנֵי אִי לָאו דְּרַבִּי אַמֵּי וְרַבִּי אַסִּי כָּהֲנֵי חֲשִׁיבִי דְּאַרְעָא דְּיִשְׂרָאֵל הָווּ כַּיְיפִי לֵיהּ ועי"ל דְּהָא דְּאָמַר הָתָם דְּרַב הוּנָא לָא הֲוָה קָרֵי בְּכָהֲנֵי אֶלָּא מִשּׁוּם דִּשְׁאָר כָּהֲנֵי כַּיְּיפוּ לֵיהּ הַיְינוּ דַּווְקָא בְּשַׁבָּתוֹת וי"ט דְּאִיכָּא כִּינּוּפְיָא אֲבָל בָּב' וּבָהּ' קוֹרֵא שַׁפִּיר בִּפְנֵי כֹּהֵן אע"ג דְּלָא הָוֵי גָּדוֹל כ"כ וּכְדִיּוּקָא זֶה יֵשׁ בְּהֶדְיָא פֶּרֶק הַנִּיזָּקִין וְרַבִּי פְּרִידָא לֹא רָצָה לִקְרוֹת בִּפְנֵי כֹּהֵן אֲפִילּוּ בָּב' וּבָהּ' וְרַשִׁ"י פֵּירֵשׁ דְּהָכָא מַייְרֵי בְּבִרְכַּת הַמָּזוֹן וה"נ מַשְׁמַע לִישָּׁנָא דְּלָא בֵּרַכְתִּי מִדְּלָא קָאָמַר וְלֹא קָרִיתִי וּבִרְכַּת הַמָּזוֹן לֹא נִתְקַן לָהֶן מִשּׁוּם דַּרְכֵי שָׁלוֹם וְאַפֵּי' הָכִי לֹא הָיָה רוֹצֶה רַבִּי פְּרִידָא לְבָרֵךְ בִּפְנֵי הַכֹּהֵן:
Il y a une difficulté : où est la grandeur de la chose, puisqu'il est écrit et tu le sanctifieras, pour toute chose de sainteté, y compris bénir en premier ? On peut répondre que le mot égaux ne se prend pas au sens strict, mais veut dire que le cohen était lui aussi talmid 'hakham, sans être aussi considéré que lui, et que malgré cela Rabbi Perida refusait de lire devant lui. Il faut dire encore que les autres cohanim étaient soumis à Rabbi Perida, faute de quoi il n'y aurait là aucune grandeur, comme on le voit au chapitre Hanizakin (Guittin 59a) : Rav Houna s'abstenait de lire en présence de cohanim uniquement parce que Rabbi Ami et Rabbi Assi, cohanim considérables de la terre d'Israël, lui étaient soumis. On peut encore répondre que ce qui est dit là-bas, à savoir que Rav Houna s'abstenait à cause de la soumission des autres cohanim, vise précisément les chabbatot et les jours de fête, où il y a grande assemblée, alors que le lundi et le jeudi il lit bel et bien devant un cohen, même d'un rang moindre ; cette distinction figure explicitement au chapitre Hanizakin. Or Rabbi Perida refusait de lire devant un cohen même le lundi et le jeudi. Rachi a expliqué qu'il s'agit ici du birkat hamazon, et le terme employé va dans ce sens, puisqu'il dit je n'ai pas béni là où il aurait pu dire je n'ai pas lu ; or le birkat hamazon n'a pas été institué en faveur des cohanim au titre des voies de paix, et malgré cela Rabbi Perida refusait de bénir devant le cohen.
💡 Explication

La réponse repose sur le mot choueen, égaux. L'enseignement de Rabbi Yo'hanan vise le cas où le talmid 'hakham s'efface devant un ignorant ; celui de Rabbi Perida vise un cohen qui est lui aussi homme d'étude, et pour qui le verset vekiddachto reprend ses droits.

Le Tossefot travaille ce mot. Une égalité stricte rendrait la conduite banale, puisque le cohen passerait de toute façon en premier. Il lit donc choueen au sens large : le cohen est érudit, quoique d'un rang moindre, et Rabbi Perida lui cède tout de même la place.

🖼️ Schéma
Qui bénit en premier ? Le partage entre les deux enseignementsUn cohen est à tableLe cohen est un am haaretsle talmid 'hakham lui est supérieurLe cohen est talmid 'hakhamcas dit de choueen, égalitéCéder est une fauteR. Yo'hanan : hayav mitail rend la Torah odieuseCéder est une qualitévekiddachto : au cohen le premier rangconduite de Rabbi PeridaTossefot : choueen au sens large, le cohen est érudit sans égaler celui qui lui cède la place.
La distinction sauve les deux enseignements : tout dépend du rang de celui à qui on cède.
6
שָׁאֲלוּ תַּלְמִידָיו אֶת רַבִּי נְחוּנְיָא בֶּן הַקָּנָה: בַּמֶּה הֶאֱרַכְתָּ יָמִים? אָמַר לָהֶם: מִיָּמַי לֹא נִתְכַּבַּדְתִּי בִּקְלוֹן חֲבֵרִי, וְלֹא עָלְתָה עַל מִטָּתִי קִלְלַת חֲבֵרִי, וַותְּרָן בְּמָמוֹנִי הָיִיתִי.

Les disciples de Rabbi Nehounia ben Hakana lui demandèrent : par quel mérite as-tu prolongé tes jours ? Il leur dit : de mes jours je ne me suis honoré par l'abaissement de mon compagnon, la malédiction de mon compagnon n'est jamais montée avec moi sur ma couche, et j'étais large avec mon argent.

📜 Rachi (1)
לֹא נִתְכַּבַּדְתִּי כו' מְפָרֵשׁ לָהּ וְאָזֵיל:
La guemara l'explique dans ce qui suit.
💡 Explication

Trois formules, que la guemara va illustrer l'une après l'autre par un récit. La deuxième signifie qu'il réglait le jour même tout différend, de sorte qu'aucune rancune ne le suivait au coucher. La troisième, vatran bemamoni, désigne celui qui renonce sans compter sur ce qui lui est dû.

7
לֹא נִתְכַּבַּדְתִּי בִּקְלוֹן חֲבֵרִי — כִּי הָא דְּרַב הוּנָא דָּרֵי מָרָא אַכַּתְפֵּיהּ. אֲתָא רַב חָנָא בַּר חֲנִילַאי וְקָא דָרֵי מִינֵּיהּ. אֲמַר לֵיהּ: אִי רְגִילַתְּ דְּדָרֵית בְּמָאתָיךְ — דָּרֵי, וְאִי לָא, אִתְייַקּוֹרֵי אֲנָא בְּזִילוּתָא דִּידָךְ לָא נִיחָא לִי.

Je ne me suis pas honoré par l'abaissement de mon compagnon : comme dans le cas de Rav Houna, qui portait une houe sur son épaule. Rav Hana bar Hanilai vint et la lui prit pour la porter à sa place.

Il lui dit : si tu as l'habitude de porter cela dans ta ville, porte-la ; sinon, être honoré par ton abaissement ne m'agrée pas.

📜 Rachi (3)
מָרָא פורי"ש בְּלַעַז:
La houe ; en langue étrangère, fouris.
וְקָא שְׁקִיל מִינֵּיהּ לְכַבְּדוֹ וְיִשָּׂאֶנָּה הוּא:
Pour l'honorer, afin de la porter lui-même.
דָּרֵית בְּמָאתִיךְ שֶׁאַתָּה נוֹשֵׂא כְּלִי כָּזֶה בְּעִירָךְ:
Que tu portes un tel ustensile dans ta ville.
💡 Explication

Le récit précise la mesure. Rav Houna refuse le service, non parce que le geste serait indigne en soi, mais parce qu'il serait indigne pour celui-là : un homme qui ne porterait pas un tel outil dans sa propre ville s'abaisse en le portant ici. L'honneur reçu à ce prix est refusé.

8
וְלֹא עָלְתָה עַל מִטָּתִי קִלְלַת חֲבֵרִי — כִּי הָא דְּמַר זוּטְרָא כִּי הֲוָה סָלֵיק לְפֻורְייֵהּ, אֲמַר: שְׁרֵי לֵיהּ לְכָל מַאן דְּצַעֲרָן.

La malédiction de mon compagnon n'est jamais montée avec moi sur ma couche : comme dans le cas de Mar Zoutra, qui disait en montant sur son lit : je pardonne à quiconque m'a peiné.

💡 Explication

La formule de Rabbi Nehounia visait la malédiction que lui aurait adressée un homme lésé. Mar Zoutra en donne la version générale : une déclaration de pardon prononcée chaque soir, qui éteint d'avance toute plainte encore ouverte.

9
ווַתְּרָן בְּמָמוֹנִי הָיִיתִי — דְּאָמַר מַר: אִיּוֹב וַותְּרָן בְּמָמוֹנֵיהּ הֲוָה, שֶׁהָיָה מַנִּיחַ פְּרוּטָה לַחֶנְוָנִי מִמָּמוֹנֵיהּ.

J'étais large avec mon argent : comme l'a dit le Maître, Iyov était large avec son argent, car il laissait au boutiquier une perouta de son argent.

💡 Explication

La perouta est la plus petite pièce de cuivre. Iyov renonçait à réclamer la monnaie de ses achats. La conduite se mesure à son caractère répété et minime : la largeur porte ici sur la somme la plus faible qui puisse encore être réclamée.

10
שָׁאַל רַבִּי עֲקִיבָא אֶת רַבִּי נְחוּנְיָא הַגָּדוֹל (אָמַר לוֹ): בַּמֶּה הֶאֱרַכְתָּ יָמִים? אֲתוֹ גַּוָּוזֵי וְקָא מָחוּ לֵיהּ. סָלֵיק, יָתֵיב אַרֵישָׁא דְּדִיקְלָא. אֲמַר לֵיהּ, רַבִּי: אִם נֶאֱמַר ״כֶּבֶשׂ״ לָמָּה נֶאֱמַר ״אֶחָד״? אֲמַר לְהוּ: צוּרְבָּא מִדְּרַבָּנָן הוּא, שֶׁבְּקוֹהוֹ.

Rabbi Akiva demanda à Rabbi Nehounia le Grand : par quel mérite as-tu prolongé tes jours ? Les serviteurs vinrent et le frappèrent.

Il s'enfuit et s'assit au sommet d'un palmier. Il lui dit : mon maître, si le verset a dit agneau, pourquoi a-t-il dit un ?

Il leur dit : c'est un jeune érudit, laissez-le.

📜 Rachi (2)
גְּווָזֵי סָרִיסִין הָיוּ עֲבָדִים מְשָׁרְתִים אוֹתוֹ וְקָא מָחוּ לֵיהּ לְר"ע סִבּוּרִין הָיוּ שֶׁהָיָה קָץ בְּחַיָּיו:
Des eunuques ; c'étaient des serviteurs à son service, et ils frappèrent Rabbi Akiva parce qu'ils pensaient qu'il était las de le voir vivre.
אִם נֶאֱמַר כֶּבֶשׂ אֶת הַכֶּבֶשׂ אֶחָד תַּעֲשֶׂה בַבֹּקֶר:
Le verset dit : tu feras l'un des agneaux le matin.
🪔 Ben Yehoyada (1)
שָׁאַל רַבִּי עֲקִיבָא אֶת רַבִּי נְחוּנְיָא הַגָּדוֹל: בַּמֶּה הֶאֱרַכְתָּ יָמִים? אָתוּ גּוֹזָאֵי קָא מָחוּ לֵיהּ. סָלֵיק, יָתֵיב אַרֵישָׁא דְּדִיקְלָא. נִרְאֶה לִי בס"ד הַטַּעַם עַל פִּי מַה שֶׁאָמַר הָרַב עִיּוּן יַעֲקֹב זַ"ל, דְּמַה שֶׁשָּׁאַל לוֹ דָּבָר זֶה שֶׁל (בַּמִּדְבָּר כח, ד) 'כֶּבֶשׂ אֶחָד' לְהוֹדִיעַ דְּלָא קָץ בְּחַיָּיו ח"ו, אֶלָּא מִתְפַּלֵּא אֵיךְ צַדִּיק שֶׁכְּמוֹתוֹ שֶׁהוּא גְּדוֹל הַדּוֹר הַמְיֻוחָד שֶׁבְּדוֹרוֹ לֹא נִתְפַּס בַּעֲוֹן הַדּוֹר שֶׁהֶאֱרִיךְ יָמִים כָּל כָּךְ? וּרְצוֹנוֹ לֵידַע הַדְּבָרִים שֶׁהֵגֵינּוּ עָלָיו כִּי תּוֹרָה הִיא וְלִלְמֹוד הוּא צָרִיךְ וּלְעוֹלָם רַבִּי עֲקִיבָא יָדַע לְהַאי דְּרָשָׁא דְּ'מְיֻחָד שֶׁבְּעֶדְרוֹ' וְרַק עָשָׂה זֶה בְּתוֹרַת שְׁאֵלָה כְּדֵי לְעוֹרֵר אוֹתוֹ עַל כַּוָּנָתוֹ בִּשְׁאֵלָה הָרִאשׁוֹנָה שֶׁשָּׁאַל בַּמֶּה הֶאֱרַכְתָּ יָמִים עַד כָּאן דְּבָרָיו עַיֵּין שָׁם. וּלְפִי זֶה מוּבָן שַׁפִּיר הַטַּעַם דְּיָתֵיב אַדִּיקְלָא שֶׁהוּא הַתָּמָר שֶׁנִּמְשַׁל בּוֹ הַצַּדִּיק דִּכְתִיב (תְּהִלִּים צב, יג) 'צַדִּיק כַּתָּמָר יִפְרָח' וּרְצוֹנוֹ לוֹמַר בִּשְׁבִיל שֶׁאֲנִי רוֹאֶה אוֹתְךָ צַדִּיק גָּדוֹל וְגָבוֹהַּ מִכָּל אָדָם כְּתָמָר זֶה לְכָךְ אֲנִי מִתְפַּלֵּא עַל אֲשֶׁר לֹא נֶעֱנֶשֶׁת בַּעֲוֹן הַדּוֹר! וּרְצוֹנִי לָדַעַת הַמִּידּוֹת שֶׁהֵגֵינּוּ עָלֶיךָ? גַּם רֶמֶז כְּתָמָר שֶׁאֵין יַד אָדָם נוֹגַעַת בְּפֵירוֹתָיו מֵחֲמַת גָּובְהוֹ כֵּן הוּא לֹא נָגַע בּוֹ כְּלוּם מֵחַטָּאוֹת בְּנֵי הָאָדָם שֶׁבַּדּוֹר הַזֶּה.
Il me semble, avec l'aide du Ciel, que la raison en est celle qu'a donnée le Rav Iyoun Yaakov. S'il lui a posé cette question sur un agneau, c'était pour faire savoir qu'il n'était pas las de le voir vivre, à D.ieu ne plaise ; il s'étonnait plutôt de ceci : comment un juste tel que lui, le plus grand de sa génération, unique en son temps, n'a-t-il pas été saisi pour la faute de la génération, au point de vivre si longtemps ? Il voulait connaître les conduites qui l'avaient protégé, car il s'agit de Torah et il lui fallait l'apprendre. Rabbi Akiva connaissait bien sur l'exposition de l'unique de son troupeau, et il ne l'a posée comme question que pour éveiller son maître sur l'intention de sa première demande, par quel mérite as-tu prolongé tes jours. Fin de ses paroles, vois-les là-bas. Selon cela, on comprend bien pourquoi il s'assit sur le palmier : c'est le tamar, auquel le juste est comparé, comme il est écrit le juste fleurira comme le palmier. Il voulait dire : puisque je te vois juste, grand et élevé au-dessus de tout homme comme ce palmier, je m'étonne que tu n'aies pas été puni pour la faute de la génération, et je désire connaître les middot qui t'ont protégé. Il y a là aussi une allusion : de même que la main de l'homme n'atteint pas les fruits du palmier à cause de sa hauteur, de même rien des fautes des hommes de cette génération ne l'a atteint.
💡 Explication

La scène tient en trois gestes. Les serviteurs prennent la question pour une insolence adressée à un vieillard, Rabbi Akiva se met hors d'atteinte, puis il pose du haut du palmier une question de Torah sur le verset du tamid, l'offrande quotidienne. Cette question suffit à le faire reconnaître comme tsourva merabanan, jeune homme d'étude, et les coups cessent.

Le Ben Yehoyada lit le palmier comme un élément du propos : le juste est comparé au palmier, et Rabbi Akiva s'étonne précisément qu'un homme aussi élevé ait échappé au sort de sa génération.

11
אָמַר לֵיהּ: ״אֶחָד״ — מְיֻוחָד שֶׁבְּעֶדְרוֹ.

Il lui dit : un signifie le plus choisi de son troupeau.

💡 Explication

Le mot un serait superflu après le singulier agneau. Il est donc lu comme une qualité : meyouhad chebeedro, le plus remarquable du troupeau. L'offrande quotidienne exige la bête la meilleure.

12
אֲמַר לֵיהּ: מִיָּמַי לֹא קִבַּלְתִּי מַתָּנוֹת, וְלֹא עָמַדְתִּי עַל מִדּוֹתַי, וַותְּרָן בְּמָמוֹנִי הָיִיתִי.

Il lui dit : de mes jours je n'ai pas accepté de cadeaux, je ne me suis pas tenu sur mon droit, et j'étais large avec mon argent.

📜 Rachi (1)
וְלֹא עָמַדְתִּי עַל מִדּוֹתַי לְשַׁלֵּם גְּמוּל רַע לְמִי שֶׁצִּיעֲרַנִי:
Rendre le mal à qui m'avait peiné.
💡 Explication

La réponse arrive enfin. Lo amadeti al middotai signifie renoncer à exiger réparation de qui vous a lésé. Rachi le rapporte au fait de rendre le mal reçu.

13
לֹא קִבַּלְתִּי מַתָּנוֹת, כִּי הָא דְּרַבִּי אֶלְעָזָר כִּי הֲווֹ מְשַׁדְּרִי לֵיהּ מַתָּנוֹת מִבֵּי נְשִׂיאָה — לָא הֲוָה שְׁקִיל. כִּי הֲוָה מְזַמְּנִי לֵיהּ — לָא הֲוָה אָזֵיל, אֲמַר לְהוּ: לָא נִיחָא לְכוּ דְּאֶחְיֶה, דִּכְתִיב: ״שׂוֹנֵא מַתָּנוֹת יִחְיֶה״. רַבִּי זֵירָא כִּי הֲווֹ מְשַׁדְּרִי לֵיהּ מִבֵּי נְשִׂיאָה — לָא הֲוָה שְׁקִיל. כִּי הֲוָה מְזַמְּנִי לֵיהּ — אָזֵיל. אָמַר: אֶתְיַיקּוּרֵי דְּמִתְיַיקְּרֵי בֵּי.

Je n'ai pas accepté de cadeaux : comme Rabbi Elazar, à qui l'on envoyait des cadeaux de la maison du Nassi et qui ne les prenait pas ; lorsqu'on l'invitait, il n'y allait pas. Il leur disait : ne vous agrée-t-il pas que je vive ?

Car il est écrit : celui qui hait les cadeaux vivra. Rabbi Zera, à qui l'on envoyait de la maison du Nassi, ne prenait pas ; lorsqu'on l'invitait, il y allait.

Il disait : ils sont honorés par ma venue.

💡 Explication

Les deux maîtres s'accordent sur le cadeau matériel et se séparent sur l'invitation. Pour Rabbi Elazar, l'hospitalité est un cadeau de plus. Pour Rabbi Zera, elle ne l'est pas, puisque l'hôte y gagne un honneur : il donne autant qu'il reçoit, et la règle du verset de Michlei reste sauve.

14
וְלֹא עָמַדְתִּי עַל מִדּוֹתַי — דְּאָמַר רָבָא: כָּל הַמַּעֲבִיר עַל מִדּוֹתָיו — מַעֲבִירִין מִמֶּנּוּ כָּל פְּשָׁעָיו, שֶׁנֶּאֱמַר: ״נֹושֵׂא עָוֹן וְעֹובֵר עַל פֶּשַׁע״. לְמִי נֹושֵׂא עָוֹן — לְמִי שֶׁעוֹבֵר עַל פֶּשַׁע.

Je ne me suis pas tenu sur mon droit : comme l'a dit Rava, quiconque passe sur son droit, on fait passer pour lui toutes ses fautes, ainsi qu'il est dit : il porte la faute et passe sur la transgression. Pour qui porte-t-Il la faute ?

Pour celui qui passe sur la transgression.

💡 Explication

Le verset de Mikha contient deux propositions que la lecture met en rapport de condition. Le même verbe over revient dans les deux membres : celui qui passe sur ce qui lui est dû obtient qu'on passe sur ce qu'il doit. La mesure du Ciel suit ici la mesure de l'homme.

15
שָׁאַל רַבִּי אֶת רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן קָרְחָה: בַּמֶּה הֶאֱרַכְתָּ יָמִים? אָמַר לוֹ: קְצָת בְּחַיֵּי? אָמַר לוֹ: רַבִּי, תּוֹרָה הִיא וְלִלְמֹוד אֲנִי צָרִיךְ. אָמַר לוֹ: מִיָּמַי לֹא נִסְתַּכַּלְתִּי בִּדְמוּת אָדָם רָשָׁע. דְּאָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: אָסוּר לְאָדָם לְהִסְתַּכֵּל בְּצֶלֶם דְּמוּת אָדָם רָשָׁע, שֶׁנֶּאֱמַר: ״לוּלֵא פְּנֵי יְהוֹשָׁפָט מֶלֶךְ יְהוּדָה אֲנִי נֹושֵׂא אִם אַבִּיט אֵלֶיךָ וְאִם אֶרְאֶךָּ״.

Rabbi demanda à Rabbi Yehochoua ben Korha : par quel mérite as-tu prolongé tes jours ? Il lui dit : es-tu las de ma vie ?

Il lui dit : mon maître, c'est de la Torah, et il me faut l'apprendre. Il lui dit : de mes jours je n'ai pas regardé le visage d'un homme méchant.

Car Rabbi Yo'hanan a dit : il est interdit à l'homme de regarder l'image du visage d'un homme méchant, ainsi qu'il est dit : si je ne tenais compte de la face de Yehochafat roi de Yehouda, je ne te regarderais pas et ne te verrais pas.

📜 Rachi (2)
לִלְמֹוד אֲנִי צָרִיךְ אוּלַי אוּכַל לְקַיֵּים:
Peut-être pourrai-je l'accomplir.
לוּלֵא פְּנֵי יְהוֹשָׁפָט מֶלֶךְ יְהוּדָה אֲנִי נֹושֵׂא אִם אַבִּיט אֵלֶיךָ וְאִם אֶרְאֶךָּ אֱלִישָׁע אָמַר כֵּן לִיהוֹרָם:
C'est Elisha qui parla ainsi à Yehoram.
🪔 Ben Yehoyada (2)
שָׁאַל רַבִּי אֶת רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן קָרְחָה: בַּמֶּה הֶאֱרַכְתָּ יָמִים? אָמַר לוֹ: קְצָת בְּחַיֵּי. קָשֶׁה וַהֲלֹא רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן קָרְחָה מַכִּיר אֶת רַבִּי וְאֵיךְ חֲשָׁדוֹ בְּכָךְ? וְנִרְאֶה לִי דְּוַדַּאי לֹא חֲשָׁדוֹ, אַךְ אָמַר לוֹ כֵּן מִפְּנֵי הַשּׁוֹמְעִין שְׁאֵלָתוֹ יַעַן כִּי רַבִּי הָיָה נָשִׂיא, וְרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן קָרְחָה הָיָה גְּדוֹל הַדּוֹר וּמִן הַטֶּבַע יִהְיֶה הַנָּשִׂיא קֵץ בְּאֶחָד שֶׁהוּא גְּדוֹל הַדּוֹר דְּחוֹשְׁבוֹ כְּמוֹ צָרָה אֵלָיו בְּכָבוֹד וּלְכָךְ חָשׁ רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן קָרְחָה שֶׁמָּא הַשּׁוֹמְעִין יַחַשְׁדוּ אֶת רַבִּי בְּכָךְ וְלָכֵן אָמַר לוֹ קַצְתָּ בְּחַיַּי? כְּדֵי שֶׁרַבִּי יָשִׁיב דָּבָר לְבָרֵר דְּבָרָיו וְיֵצֵא מִן הַחֲשָׁד.
Il y a une difficulté : Rabbi Yehochoua ben Korha connaissait Rabbi ; comment a-t-il pu le soupçonner ? Il me semble qu'il ne l'a certainement pas soupçonné, et qu'il a parlé ainsi à cause de ceux qui entendaient la question. Rabbi était Nassi, Rabbi Yehochoua ben Korha était le plus grand de la génération, et il est dans l'ordre naturel qu'un Nassi soit las de celui qui est le plus grand de sa génération, le tenant pour une rivalité quant à l'honneur. Rabbi Yehochoua ben Korha a craint que les auditeurs ne soupçonnent Rabbi de cela, et il lui a donc dit es-tu las de ma vie, afin que Rabbi réponde, précise ses paroles et se dégage du soupçon.
אָמַר לוֹ: מִיָּמַי לֹא נִסְתַּכַּלְתִּי בְּצֶלֶם דְּמוּת אָדָם רָשָׁע, דְּאָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: אָסוּר לְאָדָם לְהִסְתַּכֵּל בְּצֶלֶם דְּמוּת אָדָם רָשָׁע. קָשֶׁה כֵּיוָן דְּאִיכָּא אִיסּוּרָא בָּזֶה מַאי רְבוּתֵיהּ? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּרוֹצֶה לוֹמַר אֲפִילּוּ לְצֹורֶךְ גָּדוֹל כְּגוֹן דְּאוֹתוֹ רָשָׁע עָשָׂה עֲבֵירָה וְהָעֵדִים מְעִידִים לְפָנָיו שֶׁצָּרִיךְ לְהִסְתַּכֵּל בּוֹ כְּדֵי שֶׁיִּהְיֶה לוֹ טְבִיעוּת עַיִן לֵידַע עַל מִי מְעִידִין הָעֵדִים אוֹ שֶׁצָּרִיךְ לַעֲשׂוֹת לוֹ דְּרִישָׁה וַחֲקִירָה לְדַבֵּר עִמּוֹ בַּאֲרִיכוּת שֶׁמֻּוכְרָח לְהִסְתַּכֵּל בּוֹ אוֹ לְצֹורֶךְ אַחֵר כַּיּוֹצֵא בָּזֶה וְרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן קָרְחָה הָיָה נִזְהָר גַּם בְּצֹורֶךְ גָּדוֹל. וְהָא דְּמִדָּה זוֹ מוֹעֶלֶת לַאֲרִיכוּת יָמִים נִרְאֶה לִי בס"ד כִּי עֵינַיִם הֵם סוֹד חָכְמָה, וַאֲרִיכוּת יָמִים תִּמָּשֵׁךְ מֵחָכְמָה בְּסוֹד וְ'הַחָכְמָה תִּחְיֶה בְּעָלֶיהָ' (קֹהֶלֶת ז, יב) , וְכֵיוָן שֶׁהוּא קִדֵּשׁ עֵינָיו שֶׁלֹּא יִסְתַּכֵּל בָּהֶם בְּמַרְאֶה רַע לְכָךְ זוֹכֶה לַאֲרִיכוּת יָמִים. וְהָא דְּמַפִּיק לָהּ רַבִּי אֶלְעָזָר מִן (בְּרֵאשִׁית כז, א) 'וַתִּכְהֶיןָ עֵינָיו מֵרֵאַת' נִרְאֶה לִי בס"ד דְּתֵיבַת מַרְאַת לְשׁוֹן יֶתֶר, וּלְכָךְ דְּרֵישׁ לָהּ מַרְאַת אוֹתִיּוֹת 'רָאוּ מֵת' כִּי עָשׂוּ בְּחַיָּיו הָיָה קָרוּי מֵת, וְזֶהוּ וַתִּכְהֶיןָ עֵינָיו בִּשְׁבִיל כִּי רָאוּ מֵת זֶה עֵשָׂו. וְרָבָא מַפִּיק לָהּ מִן (מִשְׁלֵי יח, ה) 'שְׂאֵת פְּנֵי רָשָׁע לֹא טוֹב' דְּהָאוֹר נִקְרָא 'טוֹב' דִּכְתִיב (בְּרֵאשִׁית א, ד) 'וַיַּרְא אֱ-לֹהִים אֶת הָאוֹר כִּי טוֹב' וְזֶהוּ שֶׁאַתְּ פְּנֵי רָשָׁע אָז לֹא טוֹב שֶׁיִּסְתַּלֵּק אוֹר הָעֵינַיִם שֶׁנִּקְרָא טוֹב.
Il y a une difficulté : puisqu'il y a là un interdit, où est la grandeur de la chose ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il veut dire : même pour un grand besoin. Par exemple, ce méchant a commis une transgression et les témoins déposent devant lui, de sorte qu'il doit le regarder pour le reconnaître et savoir sur qui portent les témoignages ; ou bien il doit procéder à l'examen et à l'enquête et parler longuement avec lui, ce qui l'oblige à le regarder ; ou tout autre besoin semblable. Rabbi Yehochoua ben Korha se gardait de regarder même en cas de grand besoin. Quant au fait que cette middah conduise à la longévité, il me semble, avec l'aide du Ciel, que les yeux sont le sod de la 'hokhma, et que la longévité découle de la 'hokhma, selon le secret du verset la sagesse fait vivre celui qui la possède ; puisqu'il a sanctifié ses yeux en n'y laissant pas entrer une mauvaise vision, il mérite la longévité. Quant à Rabbi Elazar, qui le tire du verset et ses yeux s'affaiblirent de voir, il me semble, avec l'aide du Ciel, que le mot mero ot est superflu, et qu'il l'expose donc ainsi : les lettres de mero ot forment rao met, ils ont vu un mort, car Essav de son vivant était appelé mort ; et c'est le sens de ses yeux s'affaiblirent, parce qu'ils ont vu ce mort, à savoir Essav. Quant à Rava, qui le tire du verset élever la face du méchant n'est pas bon, la lumière est appelée bon, comme il est écrit et D.ieu vit la lumière, qu'elle était bonne ; ainsi, lorsqu'on élève la face du méchant, alors il n'est pas bon, en ce que se retire la lumière des yeux, qui est appelée bon.
💡 Explication

La question posée à un vieillard peut s'entendre comme un reproche, et Rabbi Yehochoua ben Korha commence par le relever. La réponse de Rabbi, c'est de la Torah et il me faut l'apprendre, écarte l'équivoque : la conduite d'un maître est elle-même un enseignement à recueillir.

Le verset des Rois fournit la source. Elisha refuse de porter le regard sur Yehoram et ne parle qu'en considération de Yehochafat ; le refus du regard y vaut refus de reconnaissance.

16
רַבִּי אֶלְעָזָר אָמַר: עֵינָיו כֵּהוֹת, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וַיְהִי כִּי זָקֵן יִצְחָק וַתִּכְהֶיןָ עֵינָיו מֵרְאֹות״, מִשּׁוּם דְּאִסְתַּכַּל בְּעֵשָׂו הָרָשָׁע.

Rabbi Elazar dit : ses yeux s'obscurcissent, ainsi qu'il est dit : et il advint que Yitshak vieillit et ses yeux s'affaiblirent de voir, parce qu'il avait regardé Essav le méchant.

💡 Explication

Rabbi Elazar ajoute une conséquence à l'interdit. Le verset de Bereshit rapproche la vieillesse de Yitshak et l'affaiblissement de sa vue ; la lecture y voit l'effet du regard porte longtemps sur un fils devenu méchant.

17
וְהָא גְּרָמָא לֵיהּ? וְהָאָמַר רַבִּי יִצְחָק: לְעוֹלָם אַל תְּהִי קִלְלַת הֶדְיוֹט קַלָּה בְּעֵינֶיךָ, שֶׁהֲרֵי אֲבִימֶלֶךְ קִלֵּל אֶת שָׂרָה, וְנִתְקַיֵּים בְּזַרְעָהּ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״הִנֵּה הוּא לָךְ כְּסוּת עֵינַיִם״: אַל תִּקְרֵי ״כְּסוּת״, אֶלָּא ״כְּסָייַת עֵינַיִם״!

Est-ce cela qui le lui a cause ? Mais Rabbi Yitshak a dit : que la malédiction d'un homme ordinaire ne soit jamais légère à tes yeux, car Avimelekh a maudit Sara et cela s'est réalisé dans sa descendance, ainsi qu'il est dit : voici, il est pour toi une couverture des yeux ; ne lis pas kessout (couverture), mais kessiat (aveuglement) des yeux.

🪔 Ben Yehoyada (1)
לְעוֹלָם אַל תְּהִי קִלְלַת הֶדְיוֹט קַלָּה בְּעֵינֶיךָ. נָקֵיט 'לְעוֹלָם' רוֹצֶה לוֹמַר אֲפִילּוּ לְגַבֵּי צַדִּיקִים גְּמוּרִים, דָּמֵי לָנוּ גָּדוֹל מִשְׁרָה וְיִצְחָק אָבִינוּ ע"ה! מִיהוּ נִרְאֶה הַיְינוּ דַּוְקָא בְּהֵיכָא שֶׁיֵּשׁ לוֹ קְצָת תַּרְעֹומֶת בְּאֵיזֶה צַד לְקַלֵּל כְּהָא דַּאֲבִימֶלֶךְ. וְהִנֵּה הָרַב טוּרֵי אֶבֶן זַ"ל הִקְשָׁה, דְּיָלֵיף מֵאֱלִישָׁע דְּאָסוּר לְהִסְתַּכֵּל מְנָא לֵיהּ דְּהָיָה זֶה אֵצֶל יִצְחָק אָבִינוּ ע"ה מִכֹּחַ קִלְלַת אֲבִימֶלֶךְ, דִּילְמָא כּוֹלָּא מִלְּתָא מִשּׁוּם הִסְתַּכְּלוּת הֲוָה? עַייֵּן שָׁם. וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּאִם לֹא כֵן לָמָּה רָמְזָה הַתּוֹרָה קְלָלָה זוֹ שֶׁל אֲבִימֶלֶךְ בַּפָּסוּק (בְּרֵאשִׁית כ, טז) 'הִנֵּה הוּא לָךְ כְּסוּת עֵינַיִם', שֶׁאִם הָיוּ דְּבָרָיו אֵלּוּ בְּטֵלִין וְלֹא עָשׂוּ רֹושֶׁם לֹא הָיְתָה הַתּוֹרָה כּוֹתֶבֶת זֶה! אֶלָּא וַדַּאי עָשׂוּ רֹושֶׁם, וּבָאָה הַתּוֹרָה לְלַמֵּד לְדוֹרוֹת בָּזֶה ש' אַל תְּהִי קִלְלַת הֶדְיוֹט קַלָּה בְּעֵינֶיךָ '. וְעוֹד נִרְאֶה לִי בס"ד דְּאִי הֲוָה מִשּׁוּם הִסְתַּכְּלוּת לְחֻודָּא לֹא הָיָה צָרִיךְ שֶׁיִּהְיֶה סוּמָא לְגַמְרֵי אֶלָּא רַק חֲלִישׁוּת רְאִיָּה דַּוְקָא לֶהֱוֵי לֵיהּ.
Que la malédiction d'un homme ordinaire ne soit jamais légère à tes yeux. Il emploie jamais pour dire : même à l'égard de justes accomplis, car qui est plus grand pour nous que Sara et Yitshak notre père. Toutefois il semble que cela vaille précisément là où celui qui maudit a quelque grief lui donnant un motif de maudire, comme dans le cas d'Avimelekh. Le Rav Tourei Even a soulevé une difficulté : puisque l'on apprend d'Elisha qu'il est interdit de regarder, d'où sait-on que ce qui est arrivé à Yitshak notre père venait de la malédiction d'Avimelekh ? Peut-être toute l'affaire venait-elle du regard ; vois-le là-bas. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que sans cela la Torah n'aurait pas fait allusion à cette malédiction d'Avimelekh dans le verset voici, il est pour toi une couverture des yeux : si ces paroles avaient été vaines et sans effet, la Torah ne les aurait pas écrites. Elles ont donc bien laissé une trace, et la Torah vient enseigner aux générations que la malédiction d'un homme ordinaire ne doit pas être légère à tes yeux. Il me semble encore, avec l'aide du Ciel, que si la cause avait été le seul regard, il aurait suffi que sa vue faiblisse, sans qu'il devienne complètement aveugle.
💡 Explication

L'objection oppose une autre explication de la cécité de Yitshak. Avimelekh, en remettant mille pièces d'argent à Avraham, dit à Sara que cela lui sera une kessout einayim ; la lecture y entend une malédiction voilée, réalisée une génération plus tard chez son fils.

La règle énoncée vaut au-delà du cas : la malédiction d'un hedyot, un homme sans rang particulier, produit un effet dès lors qu'elle repose sur un grief réel.

18
הָא וְהָא גְּרַמָא לֵיהּ. רָבָא אָמַר, מֵהָכָא: ״שְׂאֵת פְּנֵי רָשָׁע לֹא טוֹב״.

Ceci et cela le lui ont causé. Rava dit : de ce verset, élever la face du méchant n'est pas bon.

🪔 Ben Yehoyada (1)
הָא וְהָא גְּרַמָא לֵיהּ. הִקְשָׁה הָרַב טוּרֵי אֶבֶן זַ"ל דְּאִם כֵּן הֵיכָא יָלֵיף מִיִּצְחָק ד'עֵינָיו כֵּהוֹת' כֵּיוָן דְּהָתָם הָיָה גָּרַם אַחֵר דְּקִלְלַת אֲבִימֶלֶךְ נָמֵי? וְעוֹד הִקְשָׁה מְנָא לֵיהּ דְּ'הָא וְהָא גְּרָמָא לֵיהּ' דִּילְמָא חֲדָא מִנַּיְיהוּ לְחוּד? עַייֵּן שָׁם. וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּאִי מִשּׁוּם קִלְלַת אֲבִימֶלֶךְ לְחוּד הָיָה דַּי שֶׁתִּתְקַיֵּים בְּעַיִן אַחַת, דְּוַדַּאי זְכוּת יִצְחָק הָיָה מֵגֵין לְמַעֵט הַקְּלָלָה בְּכָל מַה דְּאֶפְשָׁר דְּהֵם לֹא חַיָּיבִין לוֹ מִן הַדִּין, וְרַק צַד תַּרְעֹומֶת הָיָה לוֹ בָּזֶה וּמִשּׁוּם הָא לֹא הָיָה צָרִיךְ שֶׁתִּתְקַיֵּים קִלְלָתוֹ בִּשְׁתֵּי עֵינַיִם אֶלָּא הָא וְהָא גְּרַמָא לֵיהּ. וְעוֹד נִרְאֶה לִי בס"ד דְּאִי מִשּׁוּם קִלְלַת אֲבִימֶלֶךְ לְחוּד הָיָה מִתְקַייֵּם זֶה בְּזֶרַע זַרְעָהּ שֶׁהוּא עֵשָׂו הָרָשָׁע, דְּהָא אֲבִימֶלֶךְ קִלֵּל אֶת שָׂרָה, וּמֻוכְרָח לוֹמַר דִּזְכוּת שָׂרָה הַגִּין דְּאִדְּחִי הַקְּלָלָה מִינָּהּ וְכֵיוָן דְּאִדְּחִי יִהְיֶה נִדְחֵי עַד עֵשָׂו דְּגַם הוּא נֶחְשָׁב זַרְעָהּ, דִּבְנֵי בָּנִים הֵם כְּבָנִים, וְרָאוּי שֶׁיִּתְלוּ הַקְּלָלָה בַּמְקֻולְקָל! אֶלָּא וַדַּאי שֶׁיִּהְיֶה זֶה מִשּׁוּם הִסְתַּכְּלוּת גַּם כֵּן, לְכָךְ נִתְקַיֵּים בְּיִצְחָק אָבִינוּ ע"ה.
Ceci et cela le lui ont causé. Le Rav Tourei Even a demandé : s'il en est ainsi, comment apprend-on de Yitshak que ses yeux s'obscurcissent, puisqu'il y avait là une autre cause, la malédiction d'Avimelekh ? Il a encore demandé : d'où sait-on que ceci et cela le lui ont causé, peut-être une seule des deux causes a-t-elle suffi ; vois-le là-bas. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que si la cause avait été la seule malédiction d'Avimelekh, il aurait suffi qu'elle se réalise sur un seul œil, car le mérite de Yitshak le protégeait et réduisait la malédiction autant que possible, puisqu'ils ne lui devaient rien selon le droit et qu'Avimelekh n'avait là-dessus qu'un grief ; pour ce motif, sa malédiction n'avait pas à se réaliser sur les deux yeux, et donc ceci et cela le lui ont causé. Il me semble encore, avec l'aide du Ciel, que si la cause avait été la seule malédiction d'Avimelekh, elle se serait réalisée sur le fils de son fils, Essav le méchant, car Avimelekh avait maudit Sara ; il faut dire que le mérite de Sara la protégea et que la malédiction fut repoussée loin d'elle, et une fois repoussée elle serait allée jusqu'à Essav, qui compte lui aussi parmi sa descendance, les petits-fils étant comme des fils, et il convient d'attacher la malédiction à celui qui est corrompu. Il faut donc bien que le regard y ait eu sa part, et c'est pour cela que la chose s'est réalisée chez Yitshak notre père.
💡 Explication

La guemara refuse de choisir entre les deux explications et retient leur conjonction, ha veha garma leh. Le Ben Yehoyada en donne la raison : chaque cause prise isolément aurait produit un effet plus limité, un seul œil pour la malédiction, un simple affaiblissement pour le regard.

Rava fournit enfin une dérivation indépendante, tirée de Michlei : élever la face du méchant n'est pas bon, et la lumière des yeux est précisément ce qui est appelé bon.

🖼️ Schéma
Trois sources pour un même interditR. Yo'hananElisha devant Yehoramim abit eleikhaPortée : interdit de regarderle visage du méchantR. ElazarYitshak et Essavvatikhena einavPortée : la sanction,les yeux saffaiblissentRavaseet penei racha lo tov(Michlei 18,5)Source directe, sans passerpar un récitLa cécité de Yitshak résulte des deux causes réunies : le regard sur Essav et la malédiction dAvimelekh.Chacune prise seule aurait produit un effet moindre, selon le Ben Yehoyada.
Les trois dérivations ne se concurrencent pas : elles établissent linterdit, sa sanction, et son fondement dans Michlei.
19
בִּשְׁעַת פְּטִירָתוֹ, אָמַר לוֹ: [רַבִּי] בָּרְכֵנִי! אָמַר לוֹ: יְהִי רָצוֹן שֶׁתַּגִּיעַ לַחֲצִי יָמַי. וּלְכוּלְּהוּ לָא? אָמַר לוֹ: הַבָּאִים אַחֲרֶיךָ — בְּהֵמָה יִרְעוּ?!

Au moment de son décès, il lui dit : mon maître, bénis-moi. Il lui dit : que tu atteignes la moitié de mes jours.

Et la totalité, non ? Il lui dit : ceux qui viendront après toi feront-ils paître le bétail ?

📜 Rachi (1)
הַבָּאִים אַחֲרֶיךָ בְּהֵמָה יִרְעוּ בִּתְמִיהַּ אֵין טוֹב לְךָ לִחְיוֹת יָמִים רַבִּים כָּמוֹנִי שא"כ לֹא יִטְּלוּ בָּנֶיךָ בִּגְדוּלָּתְךָ וְאַתָּה נָשִׂיא וְהֵם כָּל יְמֵיהֶם יִהְיוּ הֶדְיוֹטוֹת:
Sur le mode interrogatif. Il ne t'est pas bon de vivre autant de jours que moi, car alors tes fils ne recevraient pas ta grandeur : toi tu es Nassi, et eux resteraient toute leur vie de simples particuliers.
💡 Explication

La bénédiction est mesurée à dessein. Une vie aussi longue que celle du maître retiendrait la charge de Nassi dans les mains de Rabbi jusqu'à un âge où ses fils ne pourraient plus lui succéder. L'image du bétail à faire paître désigne une vie tenue loin de la grandeur et de l'étude.

20
אֲבוּהּ בַּר אִיהִי וּמִנְיָמִן בַּר אִיהִי, חַד אָמַר: תֵּיתֵי לִי דְּלָא אִסְתַּכַּלִי בְּגוֹי, וְחַד אָמַר: תֵּיתֵי לִי דְּלָא עֲבַדִי שֻׁותָּפוּת בַּהֲדֵי גּוֹי.

Avouh bar Ihi et Minyamin bar Ihi. L'un dit : que cela me vienne en mérite, car je n'ai jamais regardé un non-Juif.

Et l'autre dit : que cela me vienne en mérite, car je n'ai jamais formé de société avec un non-Juif.

🗂️ Tossefot (1)
תֵּיתֵי לִי דְּלָא עֲבַדִי שֻׁותָּפוּת עִם הַכּוּתִי אַפֵּי' בְּעִנְיָן שֶׁאֵינוֹ יָכוֹל לָבֹא לִידֵי שְׁבוּעָה וַאֲפִילּוּ יָחוּל עָלָיו שְׁבוּעָה יִפְטְרֶנּוּ דְּשָׁרֵי בִּשְׁאָר בְּנֵי אָדָם אַפֵּ"ה לֹא הָיָה רוֹצֶה לַעֲשׂוֹת:
Même dans un cas où l'affaire ne peut aboutir à un serment, et même si un serment devait lui incomber il l'en dispenserait, ce qui est permis avec les autres hommes ; malgré cela il ne voulait pas le faire.
💡 Explication

Les deux frères prolongent la middah précédente. Le premier étend le refus du regard, le second l'étend à l'association d'affaires. Le Tossefot précise la rigueur : l'association était écartée même lorsque tout risque de serment était exclu, seule situation où elle serait permise avec quiconque.

21
שָׁאֲלוּ תַּלְמִידָיו אֶת רַבִּי זֵירָא: בַּמֶּה הֶאֱרַכְתָּ יָמִים? אָמַר לָהֶם: מִיָּמַי לֹא הִקְפַּדְתִּי בְּתוֹךְ בֵּיתִי, וְלֹא צָעַדְתִּי בִּפְנֵי מִי שֶׁגָּדוֹל מִמֶּנִּי, וְלֹא הִרְהַרְתִּי בִּמְבוֹאוֹת הַמְטֻונָּפוֹת, וְלֹא הָלַכְתִּי אַרְבַּע אַמּוֹת בְּלֹא תּוֹרָה וּבְלֹא תְּפִילִּין, וְלֹא יָשַׁנְתִּי בְּבֵית הַמִּדְרָשׁ לֹא שֵׁינַת קֶבַע וְלֹא שֵׁינַת עֲרַאי, וְלֹא שֶׁשְּׁתֵי בְּתַקָּלַת חֲבֵירִי, וְלֹא קָרָאתִי לַחֲבֵירִי (בַּחֲנִיכָתוֹ), וְאָמְרִי לָהּ: (בַּחֲכִינָתוֹ).

Les disciples de Rabbi Zera lui demandèrent : par quel mérite as-tu prolongé tes jours ? Il leur dit : de mes jours je ne me suis emporté au sein de ma maison, je n'ai pas marché devant plus grand que moi, je n'ai pas médité de Torah dans les ruelles souillées, je n'ai pas marché quatre coudées sans Torah et sans tefilin, je n'ai pas dormi dans la maison d'étude, ni d'un sommeil régulier ni d'un sommeil passager, je ne me suis pas réjoui de la chute de mon compagnon, et je n'ai pas appelé mon compagnon par son sobriquet ; et certains rapportent : par son surnom de famille.

📜 Rachi (4)
הִרְהַרְתָּ דִבְרֵי תוֹרָה:
Il s'agit de méditation sur des paroles de Torah.
בְּלֹא תּוֹרָה גִּרְסָתִי שְׁגוּרָה בְּפִי תָּמִיד:
Mon étude, couramment présente dans ma bouche à tout moment.
(בַּחֲנִיכָתוֹ) אִם כִּינּוּ שֵׁם לַחֲבֵירוֹ לִגְנַאי:
S'il a donné à son compagnon un surnom péjoratif.
וְאָמְרִי לָהּ (בַּחֲכִינָתוֹ) אֲפִילּוּ אוֹתוֹ כִּינּוּי שֶׁמְּסֻודָּר וּבָא לוֹ מִמִּשְׁפַּחְתּוֹ שֵׁם דֹּופִי כְּמוֹ כָּתַב חֲנִיכָתוֹ וַחֲנִיכָתָהּ דְּמַסֶּכֶת גִּיטִּין (דַּף פז:):
Même ce surnom qui lui vient régulièrement de sa famille et comporte un blâme, comme dans son surnom à lui et son surnom à elle, du traité Guittin (87b).
🪔 Ben Yehoyada (1)
מִיָּמַי לֹא הִקְפַּדְתִּי בְּתוֹךְ בֵּיתִי. כְּלוֹמַר אֲפִילּוּ בְּתוֹךְ בֵּית דְּצָרִיךְ לְהַקְפִּיד לִפְעָמִים כְּדֵי לְמִרְמֵי עֲלַייְהוּ אֵימָה בַּעֲבוּר שֶׁיִּהְיוּ נִזְהָרִים בְּצָרְכֵי הַבַּיִת אוֹ תּוֹךְ בֵּיתִי רוֹצֶה לוֹמַר תּוֹךְ גּוּפֵי כִּי הַגּוּף נִקְרָא 'בַּיִת' בִּקְהִלַּת (קֹהֶלֶת יב, ג) וְרוֹצֶה לוֹמַר אֲפִילּוּ כַּעַס נִסְתָּר בַּלֵּב דַּוְקָא לֹא הָיָה לִי! וְלָכֵן מִפְּנֵי זֶה זָכָה לַאֲרִיכוּת יָמִים כִּי הַכַּעֲסָן קְצַר יָמִים שֶׁנֶּאֱמַר (אִיּוֹב יד, א) 'קְצַר יָמִים וְשֶׁבַע רַגָּז' וְכַנִּזְכָּר בַּגְּמָרָא.
De mes jours je ne me suis emporté au sein de ma maison. C'est-à-dire : même à l'intérieur de la maison, où il faut parfois s'emporter pour inspirer de la crainte, afin que l'on prenne garde aux besoins de la maison. Ou bien au sein de ma maison veut dire au sein de mon corps, car le corps est appelé maison dans Kohelet, et il veut dire qu'il n'a pas eu même une colère cachée dans le cœur. C'est pour cela qu'il a mérité la longévité, car le coléreux a les jours courts, ainsi qu'il est dit court de jours et rassasié de trouble, comme il est rapporté dans la guemara.
💡 Explication

La liste la plus longue du folio. Deux ensembles s'y distinguent : la tenue envers autrui, et le respect dû à la Torah et au lieu où on l'étudie. L'interdit de penser des paroles de Torah dans un endroit souillé est une règle établie ; Rabbi Zera la mentionne parmi ses conduites personnelles à titre de vigilance constante.

La dernière conduite se dédouble selon les versions. Hanikhato vise le surnom moqueur ; hakhinato, selon la seconde version, vise même le surnom de famille reçu régulièrement, dès lors qu'il comporte un blâme.

🖼️ Schéma
Les huit conduites de Rabbi ZeraEnvers les siens et les autresEnvers la Torah et le lieu detude1. Aucun emportement dans sa maison2. Ne jamais marcher devant plus grandque soi3. Aucune joie à la chute dun autre4. Aucun sobriquet prononcé(hanikhato, ou même hakhinato,le surnom de famille)5. Aucune pensée de Torah dans lesruelles souillées6. Jamais quatre coudées sans Torah7. Jamais quatre coudées sans tefilin8. Aucun sommeil dans le beit midrach,ni keva ni araiBen Yehoyada : betokh beiti désigne aussi le corps, appelé maison dans Kohelet.La colère retenue au-dedans compte, car ketsar yamim ousseva roguez.
Quatre conduites tournées vers autrui, quatre vers la Torah et le lieu où on letudie.
22
מַתְנִי׳ וְעוֹד אָמַר רַבִּי יְהוּדָה: בֵּית הַכְּנֶסֶת שֶׁחָרַב — אֵין מַסְפִּידִין בְּתוֹכוֹ, וְאֵין מַפְשִׁילִין בְּתוֹכוֹ חֲבָלִים, וְאֵין פּוֹרְשִׂין לְתוֹכוֹ מְצוּדוֹת, וְאֵין שׁוֹטְחִין עַל גַּגּוֹ פֵּירוֹת, וְאֵין עוֹשִׂין אוֹתוֹ קַפֶּנְדַּרְיָא,

MICHNA. Rabbi Yehouda dit encore : une synagogue tombée en ruine, on n'y prononce pas d'oraison funèbre, on n'y tord pas de cordes, on n'y tend pas de filets, on n'étale pas de fruits sur son toit, et on n'en fait pas un raccourci,

📜 Rachi (1)
מַתְנֵי' מַפְשִׁילִין חֲבָלִים וְהוּא הַדִּין לְכָל מְלָאכוֹת אֶלָּא לְפִי שֶׁהַפְשָׁלַת חֲבָלִים צָרִיךְ מָקוֹם מְרֻוָּוח פָּנוּי וּבֵית הַכְּנֶסֶת גָּדוֹל הוּא וְרָאוּי וּמַסְפִּיק לְכָךְ:
Il en va de même pour tous les travaux ; on a mentionné le tordage des cordes parce qu'il demande un espace large et dégagé, et la synagogue est grande, adaptée et suffisante pour cela.
🗂️ Tossefot (1)
וְעוֹד א"ר יְהוּדָה בֵּית הַכְּנֶסֶת שֶׁחָרַב קָשֶׁה מַאי וְעוֹד דְּהָא לְעֵיל הֲוָה מֵקֵיל טְפֵי מֵחֲכָמִים וְהָכָא הוּא מַחְמִיר וְאִם כֵּן מַאי וְעוֹד וי"ל דְּקָאֵי אַהָא דְּאָמַר ר' יְהוּדָה בְּרֵישָׁא מוֹכְרִין אוֹתוֹ לְשֵׁם חָצֵר וְדַוְקָא לְשֵׁם חָצֵר קָאָמַר אֲבָל סְתָם אֵינָהּ יוֹרֶדֶת מִקְּדֻושָּׁתָהּ וְהַייְנוּ וְעוֹד דְּאָמַר ר' יְהוּדָה כְּלוֹמַר וְעוֹד חוּמְרָא אַחֶרֶת מִלְּבַד הָרִאשׁוֹנָה:
Il y a une difficulté : pourquoi encore ? Plus haut, Rabbi Yehouda était plus indulgent que les Sages, et ici il est plus rigoureux ; où est donc ce encore ? On peut répondre qu'il se rapporte à ce que Rabbi Yehouda a dit au début, à savoir qu'on la vend à titre de cour, et qu'il parlait précisément d'une vente faite à titre de cour, alors que sans précision elle ne descend pas de sa sainteté. Voilà le encore de Rabbi Yehouda : une rigueur supplémentaire, en plus de la première.
💡 Explication

La michna revient au droit de la synagogue, après la longue série aggadique. Les cinq interdits visent des usages profanes rendus commodes par un bâtiment vide et vaste. La kappandaria désigne le passage à travers le lieu pour abréger son chemin.

Le Tossefta s'arrête sur le mot encore, qui suppose une continuité avec un enseignement antérieur de Rabbi Yehouda. La réponse rattache la michna à la vente faite expressément à titre de cour, la seule qui fasse descendre le lieu de sa sainteté.

23
שֶׁנֶּאֱמַר: ״וַהֲשִׁמּוֹתִי אֶת מִקְדְּשֵׁיכֶם״ — קְדֻושָּׁתָן אַף כְּשֶׁהֵן שׁוֹמְמִין.

ainsi qu'il est dit : et je rendrai désolés vos sanctuaires — leur sainteté demeure même lorsqu'ils sont désolés.

💡 Explication

Le verset de Vayikra annonce la désolation, et emploie pourtant le mot mikdecheikhem, vos sanctuaires. Le terme demeure applique au lieu après sa ruine : la sainteté tient au statut, et le bâtiment détruit la conserve.

24
עָלוּ בּוֹ עֲשָׂבִים לֹא יִתְלֹושׁ, מִפְּנֵי עָגְמַת נֶפֶשׁ.

Si des herbes y ont poussé, on ne les arrache pas, à cause de l'affliction de l'âme.

📜 Rachi (1)
מִפְּנֵי עָגְמַת נֶפֶשׁ מַנִּיחִין בּוֹ עֲשָׂבִים כְּדֵי שֶׁתְּהֵא עָגְמַת נֶפֶשׁ לְרוֹאֵיהֶן וְשֶׁיַּזְכִּירוּ אֶת יְמֵי בִּנְיָינוֹ וְאֶת שֶׁהָיוּ רְגִילִין לְהִתְאַסֵּף שָׁם יְבַקְּשׁוּ רַחֲמִים שֶׁיַּחְזְרוּ לְקַדְמוּתוֹ:
On y laisse les herbes afin qu'il y ait affliction de l'âme chez ceux qui les voient, et qu'en se rappelant les jours où elle était bâtie et le temps où ils avaient coutume de s'y rassembler, ils demandent miséricorde pour qu'elle revienne à son état premier.
💡 Explication

La règle se retourne. Ailleurs, les herbes seraient arrachées par égard pour le lieu ; ici elles restent, parce que leur vue produit l'agmat nefech. Rachi en donne la finalité : l'affliction conduit à demander la reconstruction.

25
גְּמ׳ תָּנוּ רַבָּנַן: בָּתֵּי כְנֵסִיּוֹת אֵין נוֹהֲגִין בָּהֶן קַלּוּת רֹאשׁ. אֵין אוֹכְלִין בָּהֶן, וְאֵין שׁוֹתִין בָּהֶן,

GUEMARA. Nos maîtres ont enseigné : dans les synagogues, on ne se conduit pas avec légèreté.

On n'y mange pas, on n'y boit pas,

📜 Rachi (1)
גְּמ' אֵין אוֹכְלִין בָּהֶן כוּ' וְלָא גָּרְסִינַן וְאֵין אוֹכְלִין בָּהֶן דְּכוּלְּהוּ פֵּירוּשָׁא דְּקַלּוֹת רֹאשׁ הֵן לְשׁוֹן קַלּוּת שֶׁמְּקִילִּין אוֹתָהּ:
On ne lit pas et on n'y mange pas, car tous ces cas sont l'explication de la légèreté de tête, terme de légèreté, du fait que l'on traite la synagogue avec légèreté.
🗂️ Tossefot (1)
אֵין אוֹכְלִין וְאֵין שׁוֹתִין בָּהֶן וְהָא דְּאָמַר בְּרֵישׁ עַרְבֵי פְּסָחִים (פְּסָחִים דַּף קָא. וְשָׁם) דְּאוֹרְחִין אָכְלוּ וְשָׁתוּ בְּבֵי כְּנִישְׁתָּא רוֹצֶה לוֹמַר בַּחֶדֶר הַסְּמוּכָה לְבֵית הַכְּנֶסֶת:
Quant à ce qui est dit au début du chapitre Arvei Pesahim (Pessahim 101a), que des hôtes mangeaient et buvaient dans la synagogue, cela vise la chambre attenante à la synagogue.
💡 Explication

La guemara ouvre sur une baraita qui traite de la synagogue en activité. La kalout roch, légèreté de tête, est le principe général ; la liste qui suit, et qui se poursuit au verso, en donne les applications.

Rachi corrige la leçon du texte : les cas énumérés développent le principe au lieu de s'y ajouter. Le Tossefot lève la contradiction avec Pessahim, où des voyageurs logent et mangent à la synagogue, en situant ces repas dans la pièce attenante.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).