Sougya : L'amud achève la liste des conduites interdites dans une synagogue : s'y parer, s'y promener, y entrer pour s'abriter du soleil ou de la pluie, y prononcer l'oraison funèbre d'un particulier ; en regard, la lecture, l'étude et l'oraison du public y sont permises. Rabbi Yehouda limite ces règles au temps où la synagogue est en usage, et la Guemara corrige la baraita par un hissourei mihasra pour y faire entrer le balayage et l'aspersion.
Rav Assi enseigne que les synagogues de Bavel sont construites sous condition, sans que la légèreté y soit pour autant admise : faire des comptes dans une synagogue conduit un met mitsva à y passer la nuit. Suivent les assouplissements, pour les Sages et leurs disciples, pour celui qui doit appeler quelqu'un, puis la définition de l'oraison du public par Rav Hisda et Rav Chechet et trois récits d'oraisons, dont celle que Rav Nahman refuse à un homme qui répétait sans comprendre.
La fin du daf porte sur l'usage de la couronne de la Torah : Rech Lakich, Oula, et le récit de l'homme qui porte Rech Lakich sur ses épaules.
On ne s'y pare pas, on ne s'y promène pas, on n'y entre pas au soleil à cause du soleil ni sous la pluie à cause de la pluie. On n'y prononce pas l'oraison funèbre d'un particulier.
Mais on y lit l'Écriture, on y répète l'enseignement, et on y prononce l'oraison funèbre du public,
Fin de la baraita commencée en 28a. Elle range les usages du bâtiment en deux colonnes : ce qui relève du confort ou de l'agrément personnel est écarté, ce qui relève de la Torah ou de la collectivité est admis.
Le partage passe entre hesped chel yahid, l'oraison d'un particulier, et hesped chel rabbim, l'oraison du public. Rachi précise que le second cas vise un talmid 'hakham, pour lequel la ville entière se déplace : la synagogue est alors le seul lieu assez vaste.
Rabbi Yehouda dit : quand cela vaut-il ? Quand elles sont en usage.
Mais quand elles sont en ruine, on les laisse et des herbes y poussent, et il ne faut pas les arracher, à cause de l'affliction.
Rabbi Yehouda limite les règles précédentes au temps où la synagogue sert. Une fois ruinée, elle garde sa sainteté, et la conduite exigée change de nature.
L'agmat nefech, l'affliction de l'âme, est ici une raison positive de laisser l'herbe : sa vue rappelle l'état du lieu et pousse à le relever.
Les herbes, qui en a parlé ? La baraita est incomplète, et voici ce qu'elle enseigne : et on les balaie et on les asperge d'eau, afin que des herbes n'y poussent pas.
Rabbi Yehouda dit : quand cela vaut-il ? Quand elles sont en usage.
Mais quand elles sont en ruine, on les laisse pousser. Si des herbes y ont poussé, il ne faut pas les arracher, à cause de l'affliction.
La réponse de Rabbi Yehouda suppose une clause que le texte reçu ne porte pas. La Guemara emploie alors hissourei mihasra : la baraita manque de quelque chose, et on la réécrit en y insérant la clause absente.
La clause restituée porte sur l'entretien courant, balayer et asperger, mekhabedin et marbitsin. C'est à cet entretien que Rabbi Yehouda répond : il vaut pour la synagogue en usage.
Rav Assi dit : les synagogues de Bavel sont faites sous condition. Et malgré cela, on n'y a pas une conduite de légèreté.
Et qu'est-ce donc ? Les comptes.
À Bavel, les bâtisseurs posent d'avance une tenai, une condition, qui réserve à la communauté un usage plus large du bâtiment. Rav Assi ajoute aussitôt une limite : la condition ne couvre pas la kalout roch, la conduite de légèreté.
La Guemara précise ce qu'elle vise sous ce nom : les hechbonot, les comptes d'affaires. Tossefot restreint la portée de la condition à la synagogue détruite, et l'oppose à celles d'Erets Yisrael, dont la sainteté demeure.
Rav Assi dit : une synagogue où l'on fait des comptes, on y laisse le mort passer la nuit. On y laisse le mort passer la nuit, cela te viendrait-il à l'esprit ?
Serait-il impossible de faire autrement ? Plutôt : à la fin, on y laissera passer la nuit à un met mitsva.
La formule de Rav Assi est d'abord lue comme une prescription, ce qui la rend absurde. La Guemara la relit comme une annonce : la synagogue où l'on compte de l'argent finira par abriter une nuit un met mitsva, un mort que nul ne vient enterrer.
Le lien tient à la mesure : ceux qui traitent le lieu comme un comptoir verront leur ville perdre ses liens de solidarité, au point que des morts y resteront sans personne.
On ne s'y pare pas. Rava dit : les Sages et leurs disciples y sont autorisés, car Rabbi Yehochoua ben Levi a dit : que signifie bei rabbanan ?
La maison des maîtres.
Premier aménagement. L'interdit de se parer et de se promener vise celui pour qui le lieu est un simple abri. Pour les Sages et leurs disciples, le beit hamidrach est le lieu où ils se tiennent en permanence.
Le jeu de mots sur bei rabbanan, lu comme beita de-rabbanan, la maison d'habitation des maîtres, fonde cet usage élargi.
On n'y entre pas au soleil à cause du soleil, ni sous la pluie à cause de la pluie. Comme dans ce cas : Ravina et Rav Ada bar Matna se tenaient debout et posaient une question à Rava ; une averse survint et ils entrèrent dans la synagogue.
Ils dirent : si nous sommes entrés dans la synagogue, ce n'est pas à cause de la pluie, mais parce que l'étude exige une clarté d'esprit pareille au jour du vent du nord.
Deuxième aménagement, sous forme de récit. Les maîtres entrent bien pendant l'averse, et ils déclarent à haute voix le motif de leur entrée : l'étude en cours.
La déclaration porte tout le poids. Le même geste matériel devient permis quand il est accompli au titre de l'étude, qui demande la tselouta, la clarté d'esprit, comparée au ciel dégagé du jour où souffle l'istena, le vent du nord.
Rav Aha fils de Rava dit à Rav Achi : si un homme a besoin d'appeler quelqu'un depuis la synagogue, que faire ? Il lui dit : s'il est un jeune érudit, qu'il dise une halakha ; s'il est tana, qu'il dise une michna ; s'il est homme de l'Écriture, qu'il dise un verset.
Et sinon, qu'il dise à un enfant : dis-moi ton verset. Ou bien, qu'il s'attarde un peu, puis se lève.
Troisième aménagement, gradué selon le niveau de celui qui entre : une halakha pour le tsourba me-rabbanan, une michna pour le tana, un verset pour celui qui connaît l'Écriture.
Pour celui qui ne sait rien de tout cela, deux issues restent : faire réciter son verset à un enfant, ou bien s'asseoir un moment, de sorte que l'entrée ne se réduise pas à une course.
Et on y prononce l'oraison funèbre du public. Quel est le cas d'une oraison du public ?
Rav Hisda le montrait : par exemple une oraison où se tient Rav Chechet. Rav Chechet le montrait : par exemple une oraison où se tient Rav Hisda.
La Guemara cherche un critère concret. Les deux maîtres se désignent l'un l'autre : l'oraison devient publique quand la présence d'un grand Sage y fait venir la foule.
Le verbe employé, mahavei, il montrait, indique un geste ou une allusion plutôt qu'une formule ; le Ben Yehoyada s'appuie précisément sur ce choix de mot.
Rafram prononça l'oraison de sa belle-fille dans la synagogue. Il dit : en raison de mon honneur et de l'honneur de la défunte, tout le monde viendra.
Rabbi Zera prononça l'oraison d'un certain maître dans la synagogue. Il dit : soit en raison de mon honneur, soit en raison de l'honneur du défunt, tout le monde viendra.
Deux applications du critère. Rafram parle d'une parente, et il joint les deux motifs ; Rabbi Zera parle d'un maître, et il présente chaque motif comme suffisant à lui seul.
Rech Lakich prononça l'oraison d'un jeune érudit qui se trouvait souvent en terre d'Israël et qui enseignait la halakha au vingt-quatrième rang. Il dit : malheur, la terre d'Israël a perdu un grand homme.
Le défunt occupait le vingt-quatrième rang de la maison d'étude, c'est-à-dire une place éloignée des premiers. Rech Lakich le loue pourtant comme gavra rabba, un grand homme.
Ce récit prépare la comparaison qui vient : il sert de terme de référence pour juger la réponse de Rav Nahman.
Un certain homme répétait la halakha, le Sifra, le Sifré et la Tossefta, et il mourut. On vint dire à Rav Nahman : que le maître prononce son oraison.
Il dit : comment lui ferai-je l'oraison ? Hélas, une corbeille pleine de livres qui s'est vidée ?
Le défunt avait accumulé les recueils tannaitiques : halakhot, Sifra sur le Lévitique, Sifré sur les Nombres et le Deutéronome, Tossefta. Rav Nahman refuse pourtant l'éloge.
Rachi explique le refus : il manquait à cet homme le chimouch talmidei hakhamim, le service des maîtres, qui donne les raisons de la michna et les instruments pour résoudre ses contradictions.
Viens et vois la différence entre les hommes durs de la terre d'Israël et les hommes pieux de Bavel.
La Guemara met en regard les deux récits précédents. Rech Lakich, connu pour sa dureté, a loué un maître de second rang ; Rav Nahman, rangé parmi les hassidim de Bavel, a refusé de louer un homme qui savait beaucoup.
La phrase est une invitation à mesurer l'écart entre la réputation d'un homme et sa conduite réelle dans un cas précis.
Nous avons appris là-bas : et celui qui se sert de la couronne passe. Rech Lakich a enseigné : il s'agit de celui qui se sert d'un homme qui répète des halakhot, lesquelles sont la couronne de la Torah.
La michna d'Avot (1,13) enseigne : ve-de-ichtamech be-taga halaf, celui qui se sert de la couronne passe. Rech Lakich identifie la couronne à l'homme qui répète des halakhot : se faire servir par lui revient à se servir de la couronne.
Le Roch rassemble ici les décisions du chapitre : l'échelle d'Oula, la mesure de l'interruption de l'étude pour un enterrement, la question du kapandaria, le raccourci à travers la synagogue, et les règles du cimetière.
Et Oula dit : qu'un homme se fasse servir par celui qui a appris quatre, et qu'il ne se fasse pas servir par celui qui enseigne quatre. Comme dans ce cas : Rech Lakich allait en chemin et arriva à une étendue d'eau.
Un certain homme vint, le chargea sur ses épaules et le fit passer. Il lui dit : as-tu lu l'Écriture ?
Il lui dit : j'ai lu. As-tu appris la michna ?
J'ai appris quatre ordres de la michna. Il lui dit : tu as taillé quatre montagnes, et tu portes le fils de Lakich sur tes épaules ?
Jette le fils de Lakich à l'eau.
Oula établit une échelle : tani arba'a, celui qui a appris quatre ordres de la michna, peut rendre service ; matni arba'a, celui qui les enseigne aux autres, porte la couronne, et l'on ne se sert pas de lui.
Le récit illustre la règle par l'excès inverse : Rech Lakich refuse d'être porte par un homme qui a appris quatre ordres, et ordonne qu'on le jette à l'eau plutôt que d'accepter ce service.
Il lui dit : il m'est agréable de servir mon maître. S'il en est ainsi, apprends de moi cette chose que Rabbi Zera a dite : les filles d'Israël se sont montrées rigoureuses envers elles-mêmes, au point que même si elles voient une goutte de sang de la taille d'un grain de moutarde, elles comptent à son sujet sept jours propres.
L'homme oppose son propre agrément : le service lui plaît. Rech Lakich accepte alors, en lui transmettant aussitôt un enseignement, ce qui fait de lui un disciple et rend le service légitime.
L'enseignement choisi est celui de Rabbi Zera sur la rigueur que les femmes d'Israël ont prise sur elles : compter sept nekiim, jours propres, même pour une goutte minime. Rachi expose l'écart avec la loi de la Torah, et Tossefot cherche un cas où une telle goutte entraîne déjà, dans la Torah, sept jours propres.
L'école d'Eliyahou a enseigné : quiconque répète des halakhot a l'assurance d'être un fils du monde à venir, car il est dit : halikhot olam lo, les voies du monde sont à Lui (Habaquq 3,6) ; ne lis pas halikhot, les voies, mais halakhot.
Le daf s'achève sur un éloge de celui-là même dont il a beaucoup parlé : le chone halakhot, celui qui répète les halakhot.
Le procédé est un al tikri : sans changer les lettres du verset, on en lit autrement la vocalisation, et halikhot, les voies, se lit halakhot.
Les maîtres ont enseigné :
Début d'une baraita dont la suite se lit à la page suivante.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).