Sougya : Le folio s'ouvre sur la règle qui suspend l'étude de la Torah devant deux mitsvot : accompagner un mort et escorter une mariée. La guemara chiffre le seuil à partir duquel l'assistance suffit déjà, et distingue trois rangs de défunt : celui qui n'étudiait pas, celui qui lisait et étudiait pour lui-même, celui qui enseignait aux autres, pour qui aucune mesure ne vaut.
Vient ensuite une longue section d'aggada sur la Chekhina qui accompagne Israël en exil : les synagogues de Houtsal et de Chaf ve-Yativ à Nehardea, le mikdach meat d'Ye'hezkel, la maison de Rav, et la promesse que les synagogues de Babel s'établiront en Terre d'Israël. La michna du chapitre précédent revient pour deux détails : le raccourci (kappandaria) à travers la synagogue et les herbes qui poussent dans la ruine.
Le folio s'achève sur la michna d'ouverture du chapitre Bnei ha-ir, qui fixe le calendrier des quatre parachiyot d'Adar et la liste des jours pour lesquels on interrompt l'ordre habituel des lectures.
On interrompt l'étude de la Torah pour l'accompagnement du mort et pour l'escorte de la mariée. On a dit de Rabbi Yehouda beribbi Ilai qu'il interrompait l'étude de la Torah pour l'accompagnement du mort et pour l'escorte de la mariée.
Dans quel cas cela est-il dit ? Lorsqu'il n'y a pas là tout ce qu'il faut ; mais s'il y a là tout ce qu'il faut, on n'interrompt pas.
La baraita pose une exception à la primauté de l'étude : deux mitsvot la suspendent, hotsaat ha-met (accompagner le mort à sa sépulture) et hakhnasat kalla (escorter la mariée). Rabbi Yehouda beribbi Ilai en donne l'exemple vécu.
La clause finale limite la portée de la règle par une notion de seuil : kol tsorko, tout ce qu'il faut. Tant que l'assistance présente ne suffit pas à rendre l'honneur dû, l'étude cède ; dès que ce seuil est atteint, l'étude reprend ses droits. Toute la suite de la guemara consiste à chiffrer ce seuil.
Et combien vaut tout ce qu'il faut ? Rav Chemouel bar Inya a dit au nom de Rav : douze mille hommes et six mille chofars.
Certains rapportent ainsi : douze mille hommes, parmi lesquels six mille avec des chofars. Oulla a dit : par exemple lorsque les hommes forment une haie depuis la porte de la ville (aboula) jusqu'à Sikra.
Deux façons de chiffrer le seuil. Rav donne un nombre absolu, et les deux versions de sa parole se séparent sur un point : les six mille porteurs de chofar s'ajoutent-ils aux douze mille ou sont-ils compris dedans ? La nafka mina porte sur dix-huit mille hommes contre douze mille.
Oulla mesure autrement : le critère devient la continuité du cortège, une haie ininterrompue entre la porte de la ville et le lieu de sépulture. Le chiffre requis dépend alors de la distance à parcourir.
Rav Chechet a dit : comme elle a été donnée, ainsi elle est reprise. De même qu'elle fut donnée devant six cent mille, ainsi sa reprise se fait devant six cent mille.
Cela vaut pour celui qui lisait et étudiait ; mais pour celui qui enseignait, il n'y a pas de mesure.
Rav Chechet fonde la mesure sur une symétrie : la mort d'un maître retire la Torah au monde comme le Sinaï la lui avait remise, et le même nombre de six cent mille est requis de part et d'autre.
La guemara établit alors trois rangs. Kari ve-tani, celui qui lisait le Tanakh et étudiait les michnayot pour lui-même, relève des mesures chiffrées. Matni, celui qui enseignait aux autres, échappe à toute mesure. Les Tossefot complètent le tableau par le bas et par le côté : celui qui n'étudiait pas ne justifie que l'interruption nécessaire à son enterrement, et l'interdit de travailler le jour d'un enterrement, lui, ne connaît aucune de ces distinctions.
Il a été enseigné : Rabbi Chimon ben Yohai dit : viens et vois combien Israël est cher devant le Saint béni soit-Il, car en tout lieu où ils furent exilés la Chekhina était avec eux. Ils furent exilés en Égypte — la Chekhina avec eux, ainsi qu'il est dit : Me suis-Je vraiment révélé à la maison de ton père lorsqu'ils étaient en Égypte, etc.
(I Chemouel 2,27). Ils furent exilés à Babel — la Chekhina avec eux, ainsi qu'il est dit : à cause de vous J'ai envoyé à Babel (Yechaya 43,14).
Et lorsqu'ils seront délivrés à l'avenir — la Chekhina avec eux, ainsi qu'il est dit : et Hachem ton D.ieu ramènera tes captifs (Devarim 30,3). Il n'est pas dit ve-hechiv mais ve-chav : cela enseigne que le Saint béni soit-Il revient avec eux d'entre les exils.
La guemara quitte la halakha pour une longue section d'aggada, amenée par la michna sur la sainteté de la synagogue en ruine. Rabbi Chimon ben Yohai établit sa thèse par trois versets qui balisent le même trajet : Égypte, Babel, délivrance à venir.
Le troisième verset porte tout le poids de la démonstration. Le texte emploie ve-chav, forme intransitive, là où l'on attendrait ve-hechiv, forme causative qui signifierait seulement qu'Il fait revenir Israël. Le choix du verbe indique que la Chekhina revient elle aussi d'exil.
Où, à Babel ? Abaye a dit : dans la synagogue de Houtsal et dans la synagogue de Chaf ve-Yativ à Nehardea.
Et ne dis pas ici et là, mais tantôt ici et tantôt là. Abaye a dit : que cela me soit compté, car lorsque je me trouve à une parsa de distance, j'y entre et j'y prie.
Le père de Chemouel et Levi étaient assis dans la synagogue de Chaf ve-Yativ à Nehardea. La Chekhina vint ; ils entendirent un bruit de tumulte, se levèrent et sortirent.
Le nom Chaf ve-Yativ signifie qu'elle s'est déplacée et s'est installée : selon Rachi, Yekhonia et les exilés l'ont bâtie avec des pierres et de la terre emportées de Jérusalem, de sorte que le lieu même est un fragment de la Terre transporté à Nehardea.
Abaye tire de cette présence une conduite pratique et la porte à son crédit : un détour d'une parsa pour prier dans l'une de ces deux synagogues. Le récit sur le père de Chemouel et Levi introduit la question que le segment suivant va trancher : que fait-on quand la Chekhina arrive et que l'on se trouve déjà sur place ?
Rav Chechet était assis dans la synagogue de Chaf ve-Yativ à Nehardea ; la Chekhina vint et il ne sortit pas. Les anges de service vinrent et l'effrayaient.
Il dit devant Lui : Maître du monde, l'affligé et celui qui n'est pas affligé, qui doit céder devant qui ? Il leur dit : laissez-le.
Rav Chechet était aveugle : sortir lui coûtait ce qu'il ne coûtait pas aux autres. Son argument est un raisonnement de priorité entre deux parties : quand l'une est empêchée et l'autre libre, la partie libre cède le passage. Il l'adresse directement au Maître du monde, par-dessus les anges.
La réponse, chevkouhou (laissez-le), valide le raisonnement. Le Ben Yehoyada relie les deux termes du couple, l'affligé et celui qui ne peut pas, à deux cécités successives selon la doctrine des guilgoulim.
Et Je fus pour eux un sanctuaire en réduction (Ye'hezkel 11,16) : Rabbi Yitshak a dit : ce sont les synagogues et les maisons d'étude de Babel. Et Rabbi Elazar a dit : c'est la maison de notre maître à Babel.
Le verset d'Yehezkel donne un statut au lieu de prière de l'exil : mikdach méat, un sanctuaire en réduction. Rabbi Yitshak l'applique à l'ensemble des synagogues et des maisons d'étude de Babel.
Rabbi Elazar restreint à un seul lieu, la maison de Rav, dont Rachi précise l'identité. Ce qui fait la sainteté du lieu devient alors l'enseignement qui en sort.
Rava a exposé : que signifie ce qui est écrit, Hachem, Tu as été pour nous une demeure (Tehilim 90,1) ? Ce sont les synagogues et les maisons d'étude.
Abaye a dit : au début j'étudiais chez moi et je priais à la synagogue ; depuis que j'ai entendu ce que dit David, Hachem, j'aime la demeure de Ta maison (Tehilim 26,8), j'étudie à la synagogue.
Rava lit maon, demeure, comme désignant les synagogues et les maisons d'étude : le lieu où l'on s'adresse à Hachem devient Sa demeure dans ce monde.
Abaye en tire une conséquence sur l'emploi de son temps. Il priait déjà à la synagogue ; le verset de Tehilim 26,8 le conduit à y transporter aussi son étude. La section entière prépare ainsi la thèse du segment suivant sur le sort futur de ces lieux.
Il a été enseigné : Rabbi Elazar ha-Kappar dit : les synagogues et les maisons d'étude de Babel sont appelées à s'établir en Terre d'Israël, ainsi qu'il est dit : car comme le Tavor parmi les montagnes et comme le Carmel au bord de la mer, il viendra (Yirmiya 46,18). Et voici un raisonnement à fortiori (kal va-homer) : si le Tavor et le Carmel, qui ne vinrent que pour un instant apprendre la Torah, s'établissent en Terre d'Israël, les synagogues et les maisons d'étude où l'on lit et où l'on répand la Torah, a plus forte raison.
Le kal va-homer suppose une tradition que Rachi rappelle : au don de la Torah, le Tavor et le Carmel se déplacèrent jusqu'au Sinaï pour réclamer que la Torah fût donnée sur eux. Leur récompense fut de s'établir en Terre d'Israël.
Le raisonnement compare alors deux termes : un déplacement d'un instant pour apprendre, et des lieux où l'on lit et enseigne la Torah en permanence. Le Ben Yehoyada précise le mode de ce transport futur en distinguant le sol de l'air spirituel qui repose sur lui.
Bar Kappara a exposé : que signifie ce qui est écrit, pourquoi guettez-vous, montagnes aux cimes (gavnounim) (Tehilim 68,17) ? Une voix céleste sortit et leur dit : pourquoi voulez-vous un procès avec le Sinaï ?
Vous êtes toutes porteuses de défauts à côté du Sinaï. Il est écrit ici gavnounim, et il est écrit là-bas : ou bossu (guiben) ou chétif (Vayikra 21,20).
Rav Achi a dit : on apprend de là que l'homme arrogant est porteur d'un défaut.
Bar Kappara lit teratzdoun comme deux mots, tirtzou din, vous voulez un procès : les montagnes plaidaient contre le Sinaï. La réponse passe par une guezera chava sur le mot gavnounim, rapproché de guiben, le bossu, l'un des défauts qui écartent un cohen du service.
Rav Achi tire de l'image une règle générale sur le caractère : la prétention des montagnes est nommée défaut, et l'arrogance reçoit ce statut. La sougya revient ainsi à la mesure des hommes après avoir parlé des lieux.
On n'en fait pas un kappandaria. Qu'est-ce qu'un kappandaria ?
Rava a dit : kappandaria, selon son nom. Que signifie selon son nom ?
Comme celui qui dit : plutôt que de contourner les rangées de maisons, j'entrerai par ici.
La guemara revient à la michna du chapitre précédent, qui interdit de traiter une synagogue en ruine comme un kappandaria. Rava explique le mot par sa formation même : il entend dans kappandaria la contraction de admakifna addari, plutôt que de contourner les rangées.
Rachi dessine la situation concrète : deux ruelles parallèles, la synagogue entre les deux, et un passant qui gagne du chemin en traversant au lieu de faire le tour.
Rabbi Abahou a dit : s'il y avait là un sentier dès l'origine, c'est permis.
Rav Nahman bar Yitshak a dit : celui qui y entre sans l'intention d'en faire un raccourci a le droit d'en faire un raccourci. Et Rabbi Helbo a dit au nom de Rav Houna : celui qui entre dans la synagogue pour prier a le droit d'en faire un raccourci, ainsi qu'il est dit : et lorsque le peuple du pays viendra devant Hachem aux fêtes, celui qui entre par la porte du nord pour se prosterner sortira par la porte du sud (Ye'hezkel 46,9).
Trois atténuations se succèdent. Un sentier public antérieur garde son droit de passage, car la sainteté de la synagogue ne le supprime pas. Celui qui entre sans intention de traverser peut ensuite sortir par l'autre porte, l'interdit portant sur l'usage du lieu comme passage. Celui qui est entré pour prier le peut également.
Le verset d'Yehezkel fournit plus qu'une permission : au Temple, sortir par une autre porte que celle de l'entrée constituait la conduite prescrite, et le Roch formule d'ailleurs ce dernier cas comme une mitsva.
Des herbes y ont poussé : il ne les arrache pas, en raison de l'affliction (agmat nefech). Mais n'a-t-on pas enseigné : il ne les arrache pas pour les donner à manger, mais il les arrache et les laisse sur place !
Ce que nous avons appris dans notre michna vise également le fait de les arracher pour les donner à manger.
La michna interdit d'arracher les herbes qui poussent dans la synagogue en ruine, au motif d'agmat nefech : la vue de la désolation doit affliger et pousser à la reconstruction. La baraita, elle, permet d'arracher à condition de laisser sur place.
La guemara résout en restreignant la michna : son interdit porte sur le fait d'arracher pour nourrir une bête, c'est-à-dire de tirer profit du lieu. Arracher et abandonner sur place reste permis dans les deux sources.
Nos maîtres ont enseigné : dans un cimetière, on ne se conduit pas avec légèreté ; on n'y fait pas paître le bétail, on n'y conduit pas de canal d'eau, on n'y ramasse pas d'herbes. Et si l'on en a ramassé, on les brûle sur place, en raison de l'honneur dû aux morts.
La baraita étend au cimetière la règle de kalout roch déjà posée pour la synagogue, et en donne quatre applications. Le motif commun est kevod ha-met, l'honneur dû au mort, qui interdit de tirer du lieu un usage ordinaire.
Les Tossefot bornent la portée de la règle : les arbres plantés dans un cimetière, qui ne se trouvent pas sur les tombes elles-mêmes, restent permis à la cueillette. Le Roch, lui, ajoute le cas de la tombe maçonnée, interdite à tout profit pour une autre raison.
À quoi cela se rapporte-t-il ? Si l'on dit à la clause finale — puisqu'on les brûle sur place, quel honneur des morts y a-t-il là ?
Il faut donc dire : à la clause initiale.
La guemara cherche à quelle clause de la baraita se rattache le motif final. L'attribuer à la combustion des herbes ne tient pas : un feu allumé sur place, sans public, ne rend aucun honneur visible.
Le motif se rattache donc à l'ouverture, l'interdit de légèreté. La combustion, elle, s'explique autrement : elle prive du profit celui qui a ramassé.
MICHNA. Roch hodech Adar qui tombe un chabbat : on lit la parachat Chekalim.
S'il tombe au milieu de la semaine, on avance la lecture au chabbat précédent, et l'on interrompt le chabbat suivant.
Le chapitre Bnei ha-ir s'ouvre sur le calendrier des quatre parachiyot. La première, Chekalim, se lit le chabbat de roch hodech Adar ; quand le roch hodech tombe en semaine, on l'avance au chabbat qui précède.
L'interruption prévue le chabbat suivant sert un objectif que Rachi explicite : caler Zakhor sur le chabbat qui précède immédiatement Pourim, pour joindre l'ordre d'effacer Amalek au récit de la chute de Haman.
Au deuxième, Zakhor. Au troisième, para adouma.
Au quatrième, ha-hodech ha-ze lakhem. Au cinquième, on revient à l'ordre habituel.
Les trois parachiyot restantes préparent chacune une échéance : Zakhor prépare Pourim, para prépare la purification requise pour le korban Pessa'h, ha-hodech annonce le mois de nissan et les lois du Pessa'h.
Rachi rapporte du Yerouchalmi la question de l'ordre : les événements plaident pour ha-hodech avant para, puisque le michkan fut érigé le premier nissan et la vache brûlée le lendemain. L'ordre retenu suit le besoin pratique, la purification devant précéder l'offrande.
Pour tout on interrompt : pour les roch hodech, pour 'Hanouka et Pourim, pour les jeûnes et les maamadot, et pour Yom Kippour.
La michna énumère les jours pour lesquels la lecture du jour remplace la section de l'ordre habituel. Rachi précise que pour les maamadot, ces délégations qui accompagnaient les offrandes publiques, on lisait le récit de la Création.
Les Tossefot fixent le sens de la mention de Yom Kippour. Le matin de Kippour, la lecture d'Aharei Mot compte six ou sept appelés et n'a rien de particulier ici ; la michna vise donc minha, où l'on lit la section des arayot avec trois appelés, comme dans tous les autres cas de la liste.
GUEMARA. Nous avons appris là-bas (Chekalim 1,1) : le premier Adar, on annonce les chekalim,
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).