Moed Katan 10a — Le profane et l'artisan : coudre, tresser un lit, piquer une meule pendant le hol hamoed

Moed_Katan 10a

Sougya : Le folio poursuit la lecture de la michna qui distingue le profane de l'artisan. La guemara cherche d'abord où passe la frontière : deux critères de savoir-faire définissent le hedyot, et deux descriptions de couture irrégulière définissent le makhliv permis à l'artisan.

Vient ensuite la longue discussion sur les lits de cordes : que recouvrent exactement mesargin et memat'hin ? Rav Dimi rapporte deux lectures, dont l'une est écartée par une beraita de Rav Tahlifa bar Chaoul puis par une michna de Kelim ; Ravin reconstruit le désaccord autrement.

Une beraita à trois voix mesure alors l'effort permis, jusqu'à la position la plus stricte, qui préfère qu'on remplisse le lit de vêtements plutôt que d'y travailler. La michna suivante ouvre le dossier du four, du fourneau et de la meule, et la guemara discute du sens de makhbichin : repiquer les rainures de la pierre, ou percer son œil central.

Rav Houna tranche avec sévérité, Rav Hama avec indulgence.

Coudre pendant le hol hamoed : le profane et l'artisan HÉDYOT (le profane) il coud à sa manière, sans changement Qui est un hedyot ? École de Rabbi Yannai : celui qui ne sait pas tirer une pleine aiguille de points en une seule traction Rabbi Yossi bar Hanina : celui qui ne sait pas ajuster la bordure (imra) sur l'ourlet de sa chemise OMAN (l'artisan) il ne fait que makhliv : une couture irrégulière Qu'est-ce que makhliv ? Rabbi Yo'hanan : mafsia — il espace les points au lieu de coudre droit Rabba bar Chmouel : shinei kalbeta — l'aiguille passe une fois en haut, une fois en bas, comme les dents du chien Le critère est le savoir-faire : la main qui réussit l'ouvrage soigné est celle qui doit le dégrader Tossefot : même le profane ne coud que pour les besoins de la fête
La michna oppose le profane à l'artisan : deux définitions du hedyot, deux descriptions du makhliv.
Mesargin et memat'hin : de Rav Dimi à Ravin, puis la beraita 1. Version de Rav Dimi : deux lectures rapportées au nom de Hizkiya et de Rabbi Yo'hanan Lecture 1 mesargin = chaîne et trame memat'hin = la chaîne sans la trame Lecture 2 mesargin = la chaîne sans la trame memat'hin = retendre une corde relâchée Tient : tordre des cordes neuves reste un degré au-delà de la chaîne et de la trame permises Ecartée deux fois : si la chaîne et la trame sont déjà interdites, la beraita de Rav Tahlifa est superflue ; et Kelim 16,1 appelle sirug trois mailles de trame 2. Version de Ravin : l'accord et le désaccord sont déplacés mesargin = chaîne et trame pour tout le monde le désaccord ne porte que sur memat'hin : la chaîne sans la trame, ou seulement retendre ce qui pend 3. La beraita : trois voix, du plus permissif au plus strict Rabbi Meir on tresse le lit, et il va sans dire qu'on le tend Rabbi Yossi on tend, mais on ne tresse pas Yech omrim on ne tend pas du tout : qu'il remplisse le creux de vêtements et s'y couche L'enjeu constant : une peine que l'on peut éviter ne se prend pas pendant la fête
Le dossier des lits de cordes : les deux lectures de Rav Dimi, la correction de Ravin, et les trois voix de la beraita.
La meule pendant la fête : que veut dire makhbichin, et jusqu'où va-t-on ? Deux explications de makhbichin Rav Yehouda : menaker reihaya — on repique les rainures de la pierre devenue lisse Rav Yéhiel : bat eina — on perce l'œil central La michna Tana kama : on installe four, fourneau et meule pendant la fête Rabbi Yehouda : on ne presse pas les meules d'emblée La beraita, du plus permissif au plus strict Hakhamim : on installe, et l'on peut même achever l'ouvrage Rabbi Eliezer : on installe, à condition de ne pas achever l'ouvrage Rabbi Yehouda en son nom : on installe la meule neuve, on presse l'ancienne Yech omrim : on ne presse pas du tout Rav Houna, la sévérité Que son corps soit profane, lui qui profane le hol hamoed — il tient comme les yech omrim Rav Hama, l'indulgence On pique les meules ; et au nom de Rabbi Meir, on taille même les sabots des bêtes de monture
La michna du four et de la meule, les deux sens de makhbichin, et l'échelle des avis de la beraita.
1
הַהֶדְיוֹט תּוֹפֵר כְּדַרְכּוֹ. הֵיכִי דָמֵי הֶדְיוֹט? אָמְרִי דְּבֵי רַבִּי יַנַּאי: כֹּל שֶׁאֵינוֹ יָכוֹל לְהוֹצִיא מְלֹא מַחַט בְּבַת אַחַת. רַבִּי יוֹסֵי בַּר חֲנִינָא אָמַר: כֹּל שֶׁאֵינוֹ יָכוֹל לְכַוֵּין אִימְרָא בְּחֵפֶת חֲלוּקוֹ.

« Le profane coud à sa manière. » Quel est le cas du hedyot (le profane, celui qui n'est pas artisan) ? On dit dans l'école de Rabbi Yannai : quiconque ne peut pas faire sortir une pleine aiguille [de points] en une seule fois.

Rabbi Yossi bar Hanina dit : quiconque ne peut pas ajuster une imra (bordure) sur l'ourlet de sa chemise.

📜 Rachi (4)
תּוֹפֵר כְּדַרְכּוֹ בְּחֻולּוֹ שֶׁל מוֹעֵד:
Coud à sa manière : pendant le hol hamoed.
הֵיכִי דָּמֵי הֶדְיוֹט שֶׁאֵינוֹ אֻומָּן שֶׁתּוֹפֵר כְּדַרְכּוֹ:
Quel est le cas du hedyot : celui qui n'est pas artisan, et qui coud à sa manière habituelle.
מְלֹא מַחַט בְּבַת אַחַת שֶׁאֵינוֹ יָכוֹל לִלְקֹוט נִימֵי הַתְּפִירָה שֶׁל חָלוּק כְּדֵי לִתְפֹּור כְּשֶׁהוּא תּוֹפֵר תּוֹחֵב תְּחִיבוֹת הַרְבֵּה כִּמְלֹא אֹורֶךְ הַמַּחַט וְאַחַ"כּ מוֹשְׁכָהּ מִן הַבֶּגֶד וְנִמְצְאוּ תְּפִירוֹת הַרְבֵּה בִּמְשִׁיכָה אַחַת וְהַיּוֹדֵעַ לַעֲשׂוֹת כֵּן אֻומָּן הוּא:
Une pleine aiguille en une seule fois : qu'il ne sait pas ramasser les fils de la couture de la chemise pour coudre. Lorsque [l'artisan] coud, il enfonce de nombreux points sur toute la longueur de l'aiguille, puis la tire hors du tissu, et il se trouve ainsi de nombreux points en une seule traction ; celui qui sait faire ainsi est un artisan.
שֶׁאֵינוֹ יָכוֹל לְכַוֵּין אִימְרָא בְּחֵפֶת חֲלוּקוֹ שֶׁאֵינוֹ יוֹדֵעַ לִתְחֹוב אוֹתוֹ בֶּגֶד עָב שֶׁעוֹשִׂין מִמֶּנּוּ אִימְּרָא בְּחֵפֶת חֲלוּקוֹ אֶלָּא שֶׁבְּמָקוֹם אֶחָד מְקַצְּרוֹ וּבְמָקוֹם אֶחָד מַרְחִיבוֹ:
Qui ne peut pas ajuster une imra sur l'ourlet de sa chemise : qu'il ne sait pas coudre cette étoffe épaisse dont on fait la bordure sur l'ourlet de la chemise, mais qu'à un endroit il la rétrécit et à un autre il l'élargit.
🗂️ Tossefot (1)
הַהֶדְיוֹט תּוֹפֵר כְּדַרְכּוֹ. נִרְאֶה דַּוְקָא לְצֹורֶךְ הַמּוֹעֵד אֲבָל בְּחִנָּם לָמָּה יַתִּירוּ אֲפִילּוּ עַל יְדֵי שִׁינּוּי מִיהוּ לָא אַייְרֵי בְּדָבָר הָאָבֵד דְּהֵיכָא דְּאִיכָּא דָּבָר הָאָבֵד קַיְימָא לַן כְּר' יוֹסֵי דְּאֵין מַצְרִיךְ שִׁינּוּי בְּדָבָר הָאָבֵד וְהֵיכָא דִּבְגָדָיו אוֹ מִנְעָלָיו מְקֹורָעִין וְאִם יַנִּיחַ אוֹתָן עַד לְאַחַר מוֹעֵד יִתְקַלְקְלוּ רָאִיתִי רַבּוֹתַי שֶׁאֵין מְקִילִּין כְּלָל לְהַתִּיר אֲפִילּוּ עַל יְדֵי נָכְרִי כִּדְאָמְרִינַן לְקַמָּן (מוֹעֵד קָטָן דַּף יב.) כֹּל שֶׁאֵינוֹ עוֹשֶׂה אֵינוֹ אוֹמֵר לְנָכְרִי וְעוֹשֶׂה וְשֶׁמָּא לֹא הָיוּ חוֹשְׁבִים אוֹתוֹ דָּבָר הָאָבֵד אוֹ שֶׁמָּא אֵין כָּל דָּבָר הָאָבֵד מֻותָּר בְּלֹא שִׁינּוּי דִּבְפֶ' מָקוֹם שֶׁנָּהֲגוּ (פְּסָחִים דַּף נה:) מַשְׁמַע דַּוְקָא עוֹלֵי רְגָלִים מְתַקְּנִין מִנְעָלִים בַּמּוֹעֵד:
Le profane coud à sa manière. Il apparaît que c'est uniquement pour les besoins de la fête ; car sans nécessité, pourquoi permettrait-on, même par un changement (chinouy) ? Toutefois il ne s'agit pas ici d'un dvar ha-aved (une perte que l'attente rendrait irrémédiable), car là où il y a dvar ha-aved nous tenons comme Rabbi Yossi, qui n'exige pas de changement dans le dvar ha-aved. Et lorsque ses vêtements ou ses chaussures sont déchirés et que, s'il les laisse jusqu'après la fête, ils s'abîmeront, j'ai vu mes maîtres qui ne se montraient aucunement indulgents et ne permettaient même pas de passer par un non-Juif, selon ce que nous disons plus loin (Moed Katan 12a) : tout ce qu'un homme ne fait pas lui-même, il ne le dit pas non plus à un non-Juif pour qu'il le fasse. Peut-être ne considéraient-ils pas cela comme un dvar ha-aved ; ou peut-être tout dvar ha-aved n'est-il pas permis sans changement, car au chapitre Makom che-nahagou (Pessahim 55b) il ressort que seuls les pèlerins montant [à Jérusalem] réparaient leurs chaussures pendant la fête.
💡 Explication

La michna permet au hedyot de coudre à sa manière habituelle pendant le hol hamoed, et n'autorise à l'oman (l'artisan) qu'une couture dégradée. Tout dépend donc du classement de celui qui tient l'aiguille, et la guemara cherche le critère.

Deux tests sont proposés, tous deux portant sur le savoir-faire. L'école de Rabbi Yannai regarde la technique : l'artisan enfonce plusieurs points sur toute la longueur de l'aiguille puis la tire d'un seul mouvement. Rabbi Yossi bar Hanina regarde le résultat : l'artisan sait poser une bordure régulière sur l'ourlet, sans la rétrécir ici et l'élargir là.

🖼️ Schéma
Coudre pendant le hol hamoed : le profane et l'artisan HÉDYOT (le profane) il coud à sa manière, sans changement Qui est un hedyot ? École de Rabbi Yannai : celui qui ne sait pas tirer une pleine aiguille de points en une seule traction Rabbi Yossi bar Hanina : celui qui ne sait pas ajuster la bordure (imra) sur l'ourlet de sa chemise ÔMAN (l'artisan) il ne fait que makhliv : une couture irrégulière Qu'est-ce que makhliv ? Rabbi Yo'hanan : mafsia — il espace les points au lieu de coudre droit Rabba bar Chmouel : shinei kalbeta — l'aiguille passe une fois en haut, une fois en bas, comme les dents du chien Le critère est le savoir-faire : la main qui réussit l'ouvrage soigné est celle qui doit le dégrader Tossefot : même le profane ne coud que pour les besoins de la fête
Les deux définitions du hedyot et les deux descriptions du makhliv.
2
וְהָאֻומָּן מַכְלִיב. מַאי מַכְלִיב? רַבִּי יוֹחָנָן אָמַר: מַפְסִיעַ. רַבָּה בַּר שְׁמוּאֵל אָמַר: שִׁינֵּי כַּלְבְּתָא.

« Et l'artisan makhliv. » Que signifie makhliv ? Rabbi Yo'hanan dit : mafsia (il espace les points).

Rabba bar Chmouel dit : [des points en] dents de chienne.

📜 Rachi (3)
הָאֻומָּן הַחַייָּט מַכְלִיב:
L'artisan : le tailleur, il fait makhliv.
מַפְסִיעַ שֶׁאֵינוֹ תּוֹפֵר בְּיֹושֶׁר אֶלָּא מְפַזֵּר הַתְּפִירָה וּלְהָכִי קָרֵי מַכְלִיב שֶׁדּוֹמִין תְּחוּבֵי הַמַּחַט לְשִׁינֵּי הַכֶּלֶב רְחוֹקוֹת זוֹ מִזּוֹ כְּשִׁינֵּי הַכֶּלֶב:
Mafsia : qu'il ne coud pas droit, mais disperse la couture ; et c'est pourquoi on appelle cela makhliv, car les piqûres de l'aiguille ressemblent aux dents du chien, éloignées l'une de l'autre comme les dents du chien.
כַּלְבְּתָא שֶׁאֵינוֹ תּוֹפֵר כְּדַרְכּוֹ תּוֹחֵב זֶה בְּסָמוּךְ זֶה אֶלָּא שֶׁתּוֹחֵב הַמַּחַט פַּעַם אַחַת לְמַעְלָה וּפַעַם אַחַת לְמַטָּה וּלְהָכִי קָרֵי לֵיהּ כַּלְבְּתָא דְּהָכִי קָיְימִי שִׁינֵּי הַכֶּלֶב שֵׁן אֶחָד גָּבוֹהַּ מֵחֲבֵירוֹ:
Kalbeta : qu'il ne coud pas à sa manière habituelle, enfonçant un point tout près de l'autre, mais qu'il enfonce l'aiguille une fois en haut et une fois en bas ; et c'est pourquoi on appelle cela kalbeta, car ainsi se tiennent les dents du chien, une dent plus haute que sa voisine.
💡 Explication

L'artisan qui coud doit rendre son ouvrage visiblement imparfait. Le terme makhliv vient de kelev, le chien, et les deux amoraim expliquent l'image différemment.

Pour Rabbi Yo'hanan, l'irrégularité est horizontale : les points sont espacés, éloignés les uns des autres comme les crocs d'un chien. Pour Rabba bar Chmouel, elle est verticale : l'aiguille passe tantôt au-dessus tantôt au-dessous, et les points se tiennent en hauteurs inégales, comme les dents d'une mâchoire.

3
מְסָרְגִין אֶת הַמִּטּוֹת. מַאי ״מְסָרְגִין״ וּמַאי ״מְמַתְּחִין״? כִּי אֲתָא רַב דִּימִי אֲמַר: פְּלִיגִי בַּהּ רַבִּי חִיָּיא בַּר אַבָּא וְרַבִּי אַסִּי, וְתַרְוַיְיהוּ מִשְּׁמֵיהּ דְּחִזְקִיָּה וְרַבִּי יוֹחָנָן חַד אָמַר: מְסָרְגִין — שְׁתִי וָעֵרֶב, וּמְמַתְּחִין — שְׁתִי בְּלֹא עֵרֶב. וְחַד אָמַר: מְסָרְגִין — שְׁתִי בְּלֹא עֵרֶב, וּמְמַתְּחִין — שֶׁאִם הָיָה רָפוּי, מְמַתְּחוֹ.

« On tresse les lits. » Que signifie mesargin, et que signifie memat'hin ? Lorsque Rav Dimi vint [d'Erets Israël], il dit : Rabbi Hiya bar Abba et Rabbi Assi sont en désaccord à ce sujet, tous deux au nom de Hizkiya et de Rabbi Yo'hanan.

L'un dit : mesargin, c'est la chaîne et la trame ; memat'hin, c'est la chaîne sans la trame. Et l'autre dit : mesargin, c'est la chaîne sans la trame ; memat'hin, c'est que si [la corde] était relâchée, il la tend.

📜 Rachi (3)
מְסָרְגִין שְׁתִי וָעֵרֶב שֶׁאוֹרְגִין מִטָּה שֶׁל חֲבָלִים בִּשְׁתֵּי וְעֵרֶב:
Mesargin, la chaîne et la trame : que l'on tisse le lit de cordes en chaîne et en trame.
שְׁתִי בְּלֹא עֵרֶב שֶׁמּוֹתֵחַ הַשְּׁתִי וְאֵינוֹ אוֹרֵג בָּהּ הָעֵרֶב:
La chaîne sans la trame : qu'il tend la chaîne et n'y tisse pas la trame.
שֶׁאִם הָיָה רָפוּי זֶה שֶׁנֶּאֱרַג יָמִים רַבִּים וְהָיוּ הַחֲבָלִים רִפּוּיָין וַתְּלַוִּין לְמַטָּה שֶׁאֵינָן מִתּוּחִין מְמַתְּחָן:
Si elle était relâchée : ce lit tissé depuis de longs jours, dont les cordes se sont relâchées et pendent vers le bas sans être tendues, il les tend.
💡 Explication

Le lit de l'époque est un cadre de bois sur lequel on tend un réseau de cordes. La michna permet de mesargin les lits, et Rabbi Yossi restreint à memat'hin. Les deux verbes désignent des degrés d'ouvrage, et la guemara veut savoir lesquels.

Rav Dimi rapporte deux répartitions possibles entre trois états : le tressage complet en chti va-erev (chaîne et trame), la pose de la seule chaîne, et la simple remise en tension d'une corde qui pend. Selon la lecture retenue, la michna permet beaucoup ou très peu.

🖼️ Schéma
Trois états du lit de cordes du travail le plus complet au simple rattrapage chaîne et trame le tressage complet shti va-erev chaîne sans trame les cordes sont tendues sans être entrelacées retendre ce qui pend une seule corde relâchée est remise en tension
Les trois états du lit de cordes, entre lesquels se répartissent mesargin et memat'hin.
4
אֵינִי? וְהָא תָּנֵי רַב תַּחְלִיפָא בַּר שָׁאוּל: וְשָׁוִין שֶׁאֵין מַפְשִׁילִין חֲבָלִים לְכַתְּחִלָּה. בִּשְׁלָמָא לְמַאן דְּאָמַר מְסָרְגִין — שְׁתִי וָעֵרֶב, וּמְמַתְּחִין — שְׁתִי בְּלֹא עֵרֶב, הַיְינוּ דְּקָתָנֵי רַב תַּחְלִיפָא בַּר שָׁאוּל: וְשָׁוִין שֶׁאֵין מַפְשִׁילִין חֲבָלִים לְכַתְּחִלָּה.

Est-ce ainsi ? Mais Rav Tahlifa bar Chaoul a enseigné : « Et ils s'accordent que l'on ne tord pas de cordes d'emblée. » Soit, selon celui qui dit : mesargin, c'est la chaîne et la trame, et memat'hin, c'est la chaîne sans la trame — c'est bien pourquoi Rav Tahlifa bar Chaoul enseigne : « et ils s'accordent que l'on ne tord pas de cordes d'emblée ».

📜 Rachi (2)
וְשָׁוִין רַבִּי מֵאִיר וְר' יוֹסֵי:
Et ils s'accordent : Rabbi Meir et Rabbi Yossi.
שֶׁאֵין מַפְשִׁילִין חֲבָלִים לְכַתְּחִלָּה שֶׁאֵין גּוֹדְלִים חֲבָלִים לְכַתְּחִלָּה:
Que l'on ne tord pas de cordes d'emblée : que l'on ne tresse pas des cordes d'emblée.
💡 Explication

Une beraita sert ici de mesure. Elle rapporte un point d'accord entre Rabbi Meir et Rabbi Yossi : personne ne permet de fabriquer les cordes elles-mêmes pendant la fête.

Cette précision n'a de sens que si quelque chose de moins éloigné est permis. Sur la première lecture, la michna permet le tressage complet en chaîne et en trame ; tordre des cordes neuves constitue alors un degré supplémentaire, qu'il fallait exclure explicitement.

5
אֶלָּא לְמַאן דְּאָמַר מְסָרְגִין — שְׁתִי בְּלֹא עֵרֶב, מְמַתְּחִין — שֶׁאִם הָיָה רָפוּי הָיָה מְמַתְּחוֹ. הַשְׁתָּא שְׁתִי וָעֵרֶב אָמְרַתְּ לָא — חֲבָלִים לְכַתְּחִלָּה מִיבַּעְיָא?! קַשְׁיָא.

Mais selon celui qui dit : mesargin, c'est la chaîne sans la trame, et memat'hin, c'est que si elle était relâchée il la tendait — maintenant que tu as dit que la chaîne et la trame, non, les cordes d'emblée, fallait-il le dire ?! C'est une difficulté.

💡 Explication

La seconde lecture ne permet jamais le tressage complet : le plus que la michna autorise est la pose de la chaîne seule. Dans ce cas, l'interdiction de tordre des cordes neuves va de soi et la beraita de Rav Tahlifa n'apprend rien.

La guemara conclut par kachya, le mot qui marque une difficulté laissée sans réponse. La seconde lecture reste posée, mais affaiblie.

6
אֲמַר לֵיהּ רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק לְרַבִּי חִיָּיא בַּר אָבִין: מִי אִיכָּא לְמַאן דְּאָמַר מְסָרְגִין — שְׁתִי בְּלֹא עֵרֶב? וְהִתְנָן, רַבִּי מֵאִיר אוֹמֵר: הַמִּטָּה מִשֶּׁיְּסָרֵג בָּהּ שְׁלֹשָׁה בָּתִּים!

Rav Nahman bar Yits'hak dit à Rabbi Hiya bar Avin : y a-t-il quelqu'un pour dire que mesargin, c'est la chaîne sans la trame ? Mais nous avons appris [dans la michna, Kelim 16,1] : Rabbi Meir dit : le lit [devient réceptif à l'impureté] dès lors qu'on y a tressé trois mailles !

💡 Explication

La seconde attaque porte sur le vocabulaire, non sur la logique. Une michna du traité Kelim fixe le moment où le lit devient un ustensile susceptible de contracter l'impureté : quand trois mailles y sont tressées.

Or, selon Rachi, la chaîne y est déjà tendue et ces trois mailles sont des mailles de trame. Le mot sirug désigne donc partout le tressage complet, et la seconde lecture de Rav Dimi devient intenable.

7
אֶלָּא, כִּי אֲתָא רָבִין אֲמַר: בִּמְסָרְגִין כֻּולֵּי עָלְמָא לָא פְּלִיגִי דִּשְׁתִי וָעֵרֶב, אֶלָּא כִּי פְּלִיגִי בִּמְמַתְּחִין. מַר סָבַר מְמַתְּחִין — שְׁתִי בְּלֹא עֵרֶב, וּמַר סָבַר: שֶׁאִם הָיָה רָפוּי מְמַתְּחוֹ.

Plutôt, lorsque Ravin vint, il dit : au sujet de mesargin, tout le monde s'accorde qu'il s'agit de la chaîne et de la trame ; ils ne divergent qu'au sujet de memat'hin. Un maître tient : memat'hin, c'est la chaîne sans la trame ; et l'autre maître tient : c'est que si elle était relâchée, il la tend.

🗂️ Tossefot (1)
בִּמְסָרְגִין כֻּולֵּי עָלְמָא לָא פְּלִיגִי דִּשְׁתִי וָעֵרֶב. תֵּימַהּ הֵיאַךְ מֻותָּר לַעֲשׂוֹת מְלָאכָה כִּי הַאי בְּלֹא שִׁינּוּי:
Au sujet de mesargin tout le monde s'accorde qu'il s'agit de la chaîne et de la trame. Étonnant : comment peut-il être permis d'accomplir un travail tel que celui-là sans aucun changement (chinouy) ?
💡 Explication

Ravin rapporte la même tradition autrement et sauve les deux maîtres. Le sens de mesargin cesse d'être en jeu : il désigne pour tous le tressage complet.

Le désaccord se déplace entièrement sur memat'hin, c'est-à-dire sur ce que Rabbi Yossi permet : poser la chaîne seule, ou seulement remettre en tension une corde qui pend. Les deux objections précédentes tombent d'elles-mêmes.

8
מֵיתִיבִי: מְסָרְגִין אֶת הַמִּטָּה, וְאֵין צָרִיךְ לוֹמַר שֶׁמְּמַתְּחִין, דִּבְרֵי רַבִּי מֵאִיר. רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר: מְמַתְּחִין, אֲבָל לֹא מְסָרְגִין. וְיֵשׁ אוֹמְרִים: אֵין מְמַתְּחִין כָּל עִיקָּר.

Objection : « On tresse le lit, et il va sans dire qu'on le tend — paroles de Rabbi Meir. Rabbi Yossi dit : on tend, mais on ne tresse pas.

Et certains disent : on ne tend pas du tout. »

📜 Rachi (1)
הַמִּטָּה לְעוֹלָם אֵינָהּ מְקַבֶּלֶת טֻומְאָה עַד שֶׁיְּסָרֵג בָּהּ ג' בָּתֵּי נִירִין שֶׁהַשְּׁתִי כְּבָר מָתוּחַ וְאוֹרֵג בָּהּ שְׁלֹשָׁה בָּתֵּי נִירִין דְּעֵרֶב אַלְמָא דִּמְסָרְגִין קָרֵי שְׁתִי וָעֵרֶב:
Le lit : il ne reçoit jamais l'impureté tant qu'on n'y a pas tressé trois mailles, car la chaîne y est déjà tendue et il y tisse trois mailles de trame. Il en ressort que mesargin se dit de la chaîne et de la trame.
💡 Explication

Une beraita ajoute une troisième voix à la michna. Rabbi Meir permet le tressage complet, Rabbi Yossi seulement le geste moindre, et les yech omrim refusent jusqu'à ce geste moindre.

Cette échelle sert de test aux deux définitions de memat'hin retenues par Ravin : il faut que chacune laisse aux yech omrim quelque chose à interdire.

9
בִּשְׁלָמָא לְמַאן דְּאָמַר מְמַתְּחִין שְׁתִי בְּלֹא עֵרֶב, הַיְינוּ דְּאָתוּ יֵשׁ אוֹמְרִים לְאִיפְּלוֹגֵי. אֶלָּא לְמַאן דְּאָמַר שֶׁאִם הָיָה רָפוּי מְמַתְּחוֹ, לְיֵשׁ אוֹמְרִים מְמַתְּחוֹ נָמֵי לָא?

Soit, selon celui qui dit que memat'hin, c'est la chaîne sans la trame, c'est bien pourquoi les « certains disent » viennent contester. Mais selon celui qui dit : « que si elle était relâchée il la tend », pour les « certains disent », tendre non plus [ne serait pas permis] ?

📜 Rachi (2)
הַייְנוּ דְּאָתוּ יֵשׁ אוֹמְרִים לְאִפְּלוֹגֵי דַּאֲפִילּוּ שְׁתִי בְּלֹא עֵרֶב לָא מָצֵי:
C'est bien pourquoi les yech omrim viennent contester : [pour dire] que même la chaîne sans la trame, il ne le peut pas.
מִמְתַּח נָמֵי לָא בִּתְמִיָּה אָתוּ יֵשׁ אוֹמְרִים לְמֵיסַר נָמֵי מְתוּחֵי וְאַמַּאי הָא לָא קָעֲבִיד מְלָאכָה וְאִי לָא עָבֵיד הָכִי לָא מָצֵי לְמִיזְגָּא עֲלָהּ:
Tendre non plus : sur le ton de l'étonnement. Les yech omrim viendraient interdire aussi de tendre ? Et pourquoi donc, puisqu'il n'accomplit là aucun travail, et que s'il ne le fait pas il ne peut pas s'étendre sur ce lit ?
🗂️ Tossefot (1)
מִמְּתוּחֵי נָמֵי לָא. בְּלָאו הָכִי נָמֵי נִרְאֶה דְּמָצֵי לְאַקְשׁוֹיֵי הֵיכִי קָאָמַר ר' יוֹסֵי שֶׁאִם הָיָה רָפוּי מְמַתְּחוֹ אֲבָל לֹא מְסָרְגִין שְׁתִי וָעֵרֶב הָא אֲפִילּוּ בִּשְׁתִי בְּלֹא עֵרֶב אָסוּר:
Tendre non plus. Même sans cela, il apparaît qu'on pouvait objecter : comment Rabbi Yossi peut-il dire « si elle était relâchée il la tend, mais on ne tresse pas en chaîne et en trame », alors que même la chaîne sans la trame lui est interdite ?
💡 Explication

Si memat'hin désigne la pose de la chaîne seule, les yech omrim ont une position claire : ils interdisent même cela, tout en laissant la simple remise en tension.

Mais si memat'hin ne désignait déjà que ce dernier geste, les yech omrim interdiraient de retendre une corde qui pend. Rachi souligne l'absurdité apparente : aucun travail n'est accompli, et sans ce geste l'homme ne peut pas se coucher sur son lit pendant la fête.

10
אִין, כֵּיוָן דְּאֶפְשָׁר לְמִמְלְייֵהּ בְּמָאנֵי — לָא טָרְחִינַן.

Oui : du moment qu'il est possible de le remplir de vêtements, nous ne nous donnons pas cette peine.

📜 Rachi (2)
אֵין וַדַּאי אָתוּ יֵשׁ אוֹמְרִים לְמֵיסַר נָמֵי מְתוּחֵי מִשּׁוּם דְּהוֹאִיל וְאֶפְשָׁר לְמַלְּיֵיהּ לְמַטָּה בְּמָאנֵי עַד לְעֵיל וַהֲדַר מָצֵי לְמִירְמֵא עֲלַייְהוּ כָּרִים וּכְסָתוֹת לְמִיזְגָּא עֲלַיְיהוּ:
Oui : assurément les yech omrim viennent interdire aussi de tendre, parce que, du moment qu'il est possible de remplir le lit de vêtements jusqu'en haut et de jeter ensuite par-dessus coussins et matelas pour s'y étendre.
לָא טָרְחִינַן דְּהָוֵי טֹורַח דְּלָא צָרִיךְ:
Nous ne nous donnons pas de peine : car ce serait une peine dont on n'a pas besoin.
🗂️ Tossefot (1)
כֵּיוָן דְּאֶפְשָׁר לְמַלּוֹיֵי בְּמָאנֵי. מַשְׁמַע דְּאֵין מֻותָּר אֶלָּא לְצֹורֶךְ הַמּוֹעֵד:
Du moment qu'il est possible de le remplir de vêtements. Il en ressort que cela n'est permis que pour les besoins de la fête.
💡 Explication

La guemara assume la position extrême. Les yech omrim interdisent bien de retendre les cordes, parce qu'il existe une solution sans travail : combler le creux du lit avec des vêtements, puis poser par-dessus coussins et matelas.

Le principe est général pour le hol hamoed : une tir'ha, une peine que l'on peut éviter, ne se prend pas. Les Tossefot en tirent une limite dans l'autre sens : ce qui est permis ne l'est que pour les besoins de la fête.

11
מַתְנִי׳ מַעֲמִידִין תַּנּוּר וְכִירַיִם וְרֵיחַיִם בַּמּוֹעֵד. רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: אֵין מְכַבְּשִׁין אֶת הָרֵיחַיִם בַּתְּחִילָּה.

MICHNA. On installe un four, un fourneau et une meule pendant la fête.

Rabbi Yehouda dit : on ne presse pas les meules d'emblée.

📜 Rachi (2)
מַתְנִי' מַעֲמִידִין תַּנּוּר וְכִירַיִם שֶׁעוֹשִׂין אוֹתָם לְכַתְּחִלָּה כִּדְאָמְרִינַן לְקַמָּן תַּנּוּר תּוֹכוֹ חָלוּל מְקוֹם שְׁפִיתַת שְׁתֵּי קְדֵירוֹת כִּירָה מְקוֹם שְׁפִיתַת קְדֵירָה אַחַת:
Michna. On installe un four et un fourneau : que l'on fabrique d'emblée, comme nous disons plus loin : le four, dont l'intérieur est creux, est l'emplacement où l'on pose deux marmites ; le fourneau, l'emplacement où l'on pose une seule marmite.
מְכַבְּשִׁין בַּגְּמ' מְפָרֵשׁ:
Makhbichin : la guemara l'explique.
🗂️ Tossefot (1)
ה"ג רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר אֵין מְכַבְּשִׁין אֶת הָרֵיחַיִם בַּתְּחִילָּה. וּבַחֲדָשָׁה קָאָמַר דְּהָא בַּגְּמָרָא מַתִּיר יְשָׁנָה וְאֵין נִרְאֶה לוֹמַר דְּבַגְּמָ' דְּמַתִּיר יְשָׁנָה מִשּׁוּם ר' אֱלִיעֶזֶר קָאָמַר וְהָא מִשְּׁמֵיהּ דִּידֵיהּ כִּי לָמָּה נִדְחוֹק לַעֲשׂוֹת מַחֲלֹוקֶת חִנָּם וְעוֹד דִּלְכַתְּחִילָּה מַשְׁמַע חֲדָשָׁה וְאִם תֹּאמַר כָּבוּשׁ מָאן דְּכַר שְׁמֵיהּ י"ל תַּנָּא קַמָּא אָמַר מַעֲמִידִין וּבַחֲדָשָׁה קָאָמַר וּמַשְׁמַע אֲפִילּוּ כָּבוּשׁ וְר' יְהוּדָה אוֹסֵר בְּכָבוּשׁ וְאִית דְּגָרֵיס ר' יְהוּדָה אוֹמֵר מְכַבְּשִׁין אֶת הָרֵיחַיִם וְלֹא גָּרַס לְכַתְּחִילָּה וְהִיא הִיא אֲבָל עַתָּה קַשְׁיָא יוֹתֵר כָּבוּשׁ מָאן דְּכַר שְׁמֵיהּ תַּנָּא קַמָּא נָמֵי שָׁרִי יֵשׁ לוֹמַר דת"ק שָׁרֵי הַעֲמָדָה בְּעָלְמָא שֶׁאֵין זֶה בִּנְיָן גָּמוּר וה"ה דְּאָסַר כָּבוּשׁ בֵּין בַּחֲדָשָׁה בֵּין בִּישָׁנָה וְר' יְהוּדָה שָׁרֵי כָּבוּשׁ בִּישָׁנָה וְגִירְסָא רִאשׁוֹנָה נִרְאֶה לְרַבִּי וּמַעֲמִידִין נִרְאֶה דַּוְקָא הַעֲמָדָה דְּתַנּוּר אֵין זֶה בִּנְיָן בִּתְחִילָּה אֶלָּא הוּא עָשׂוּי כְּבָר אֲבָל אֵינוֹ מְחֻובָּר בַּקַּרְקַע וְצָרִיךְ לְחַבְּרוֹ וּלְטָפְלוֹ בָּאָרֶץ כְּדִמְפָרֵשׁ בְּפֶרֶק כָּל הַכֵּלִים (שַׁבָּת דַּף קכה.) אִי נָמֵי כִּי הַהוּא דְּפֶ' הַמֵּבִיא כַּדֵּי יַיִן (בֵּיצָה לד.) גַּבֵּי תַּנּוּר דבי"ט אֵין סָכִין אוֹתוֹ וְאֵין טָשִׁין אוֹתוֹ בְּמַטְלִית וְכוּ' הָכָא בַּמּוֹעֵד שָׁרִי וּלְקַמָּן בִּשְׁמַעְתִּין נָמֵי קָאָמַר וְשָׁוִין שֶׁאֵין גּוֹדְלִים תַּנּוּר בַּתְּחִילָּה וּבִירוּשַׁלְמִי תָּנֵי ר' חֲלַפְתָּא וּבִלְבַד שֶׁלֹּא יְגַלְּחֶנּוּ בַּתְּחִילָּה וּפֵירֵשׁ בְּתוֹסְפ' דְּלָא יָדַע מַאי גִּילּוּחַ ול"נ דְּגָרְסִינַן שֶׁלֹּא יְגַדְּלֶנּוּ:
Telle est la version : « Rabbi Yehouda dit : on ne presse pas les meules d'emblée. » Et il parle d'une meule neuve, puisque dans la guemara il permet l'ancienne. Il ne paraît pas juste de dire que, dans la guemara, celui qui permet l'ancienne le dise au nom de Rabbi Eliezer, alors que c'est en son propre nom qu'il parle ; pourquoi forcer le texte et créer une controverse sans nécessité ? De plus, « d'emblée » indique bien la meule neuve. Et si tu dis : le pressage, qui en a parlé [dans la michna] ? On peut répondre : le tana kama a dit « on installe », et il parle de la meule neuve, ce qui inclut même le pressage ; et Rabbi Yehouda l'interdit pour le pressage. Certains ont pour version « Rabbi Yehouda dit : on presse les meules », sans lire « d'emblée », et cela revient au même ; mais alors la difficulté est plus grande : le pressage, qui en a parlé ? Le tana kama aussi le permet ! On peut répondre que le tana kama ne permet que la simple installation, qui n'est pas une construction achevée, et que de même il interdit le pressage, aussi bien sur la meule neuve que sur l'ancienne, tandis que Rabbi Yehouda permet le pressage de l'ancienne. La première version paraît juste à Rabbi. Et « on installe » vise précisément l'installation, car le four n'est pas ici une construction faite d'emblée : il est déjà fabriqué, mais il n'est pas fixé au sol, et il faut l'y attacher et l'enduire de terre, comme il est expliqué au chapitre Kol ha-kelim (Chabbat 125a). Ou encore comme ce qui est dit au chapitre Ha-mevi kadei yayin (Betsa 34a) à propos du four : un jour de fête on ne l'enduit pas et on ne le lisse pas avec un chiffon, etc. — ici, pendant le hol hamoed, c'est permis. Et plus loin dans notre sougya il est dit également : « et ils s'accordent que l'on ne façonne pas un four d'emblée ». Dans le Talmud de Jérusalem, Rabbi Halafta enseigne : « à condition qu'il ne le rase pas d'emblée » ; et il est expliqué dans les Tossefot que l'on ne sait pas ce qu'est ce rasage. Il me semble qu'il faut lire : « qu'il ne le façonne pas ».
💡 Explication

Une nouvelle michna ouvre le dossier des installations domestiques. Le tanour et la kira sont déjà fabriqués ; les installer consiste à les fixer au sol et à les enduire de terre, ce que le tana kama ne tient pas pour une construction achevée.

Rabbi Yehouda ajoute une réserve sur les meules : on ne les presse pas d'emblée. La guemara devra dire ce que ce verbe recouvre exactement.

12
גְּמ׳ מַאי מְכַבְּשִׁין? רַב יְהוּדָה אָמַר: מְנַקֵּר רִיחְיָא. רַב יְחִיאֵל אָמַר: בַּת עֵינָא.

GUEMARA. Que signifie makhbichin ?

Rav Yehouda dit : piquer la meule. Rav Yéhiel dit : la bat eina (l'œil de la meule).

📜 Rachi (2)
גְּמ' מְנַקֵּר רִיחְיָא שֶׁכְּשֶׁהִיא יְשָׁנָה וַחֲלָקָה וְאֵין הַחִטִּין יְכוֹלִין לִפָּרֵךְ מְנַקְּרִין אוֹתָהּ חוֹתְכִין אוֹתָהּ כְּדֵי שֶׁלֹּא יְהֵא שָׁוֶה כְּדֵי שֶׁיִּפָּרְכוּ הַחִטִּין תַּחְתֶּיהָ:
Guemara. Piquer la meule : lorsqu'elle est ancienne et lisse et que les grains ne peuvent plus être broyés, on la pique et on l'entaille afin que sa surface ne soit plus égale, pour que les grains s'écrasent en dessous.
בַּת עֵינָא נֶקֶב שֶׁעוֹשִׂין בְּאֶמְצַע הָרֵיחַיִם שֶׁהַתְּבוּאָה נוֹפֶלֶת לְתוֹכָהּ:
Bat eina : l'orifice que l'on perce au milieu de la meule, dans lequel tombe le grain.
💡 Explication

Deux opérations distinctes sur la pierre sont proposées. Pour Rav Yehouda, il s'agit du nikour : repiquer les rainures de la surface, que l'usage a polie au point que le grain glisse sans être broyé.

Pour Rav Yéhiel, il s'agit de la bat eina, l'orifice percé au centre de la meule supérieure par lequel le grain descend entre les deux pierres. La différence se mesurera plus bas sur le cas de la meule ancienne.

🖼️ Schéma
Les deux lectures de makhbichin sur la meule la pierre vue de dessus Rav Yehouda : menaker reihaya on repique les rainures rayonnantes, usées et devenues lisses à force de moudre Rav Yéhiel : bat eina l'œil central par où tombe le grain ; sur une pierre ancienne, il s'agit de l'élargir un peu
La meule vue de dessus : les rainures que repique le nikour, et l'œil central de la bat eina.
13
מֵיתִיבִי: מַעֲמִידִין תַּנּוּר וְכִירַיִם בַּמּוֹעֵד, וּבִלְבַד שֶׁלֹּא יִגְמֹור מְלַאכְתָּן, דִּבְרֵי רַבִּי אֱלִיעֶזֶר. וַחֲכָמִים אוֹמְרִים: אַף יִגְמֹור. רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר מִשְּׁמוֹ: מַעֲמִידִין אֶת הַחֲדָשָׁה, וּמְכַבְּשִׁין אֶת הַיְּשָׁנָה. וְיֵשׁ אוֹמְרִים: אֵין מְכַבְּשִׁין כָּל עִיקָּר.

Objection : « On installe un four et un fourneau pendant la fête, à condition de ne pas achever leur ouvrage — paroles de Rabbi Eliezer. Et les Sages disent : il peut même achever.

Rabbi Yehouda dit en son nom : on installe la meule neuve, et l'on presse l'ancienne. Et certains disent : on ne presse pas du tout. »

💡 Explication

La beraita étage quatre positions. Rabbi Eliezer exige que l'ouvrage reste inachevé, les Hakhamim permettent de l'achever, Rabbi Yehouda transmet en son nom une distinction entre la meule neuve et l'ancienne, et les yech omrim refusent tout pressage.

C'est cette dernière mention de l'ancienne qui va servir à départager les deux explications de makhbichin.

14
בִּשְׁלָמָא לְמַאן דְּאָמַר מְכַבְּשִׁין מְנַקַּר רִיחְיָא — הַייְנוּ דְּמַשְׁכַּחַתְּ לַהּ בִּישָׁנָה, אֶלָּא לְמַאן דְּאָמַר בַּת עֵינָא יְשָׁנָה — בַּת עֵינָא לָמָּה לַהּ? כְּגוֹן דְּקָא בָּעֵי לְאַרְווֹחֵי טְפֵי פֻּורְתָּא.

Soit, selon celui qui dit que makhbichin, c'est piquer la meule, c'est bien ainsi que tu le trouves pour l'ancienne. Mais selon celui qui dit que c'est la bat eina : une meule ancienne, pourquoi lui faudrait-il une bat eina ?

[Il s'agit] du cas où il veut l'élargir un peu plus.

📜 Rachi (3)
הַייְנוּ דְּמַשְׁכַּחַתְּ לַהּ בִּישָׁנָה לְפִי שֶׁהַיְּשָׁנָה צְרִיכָה לְכָךְ שֶׁכְּבָר הִיא חֲלָקָה לְפִי שֶׁתָּדִיר הִיא טוֹחֶנֶת:
C'est bien ainsi que tu le trouves pour l'ancienne : parce que l'ancienne en a besoin, étant déjà lisse à force de moudre sans cesse.
אֶלָּא לְמַאן דְּאָמַר דִּמְכַבְּשִׁין הַייְנוּ בַּת עֵינָא יְשָׁנָה בַּת עֵינָא לָמָּה וַהֲלֹא כְּבָר אִית לָהּ בַּת עֵינָא שֶׁכְּבָר הִיא יְשָׁנָה מִלִּטְחוֹן וְאִי לָא הָוֵי לָהּ בַּת עֵינָא לָא מָצֵי לְמִיטְחַן:
Mais selon celui qui dit : que makhbichin désigne la bat eina. Une meule ancienne, pourquoi une bat eina ? Elle en possède déjà une, puisqu'elle est ancienne du fait d'avoir moulu ; et si elle n'avait pas de bat eina, elle ne pourrait pas moudre.
כְּגוֹן דְּבָעֵי לְאַרְווֹחֵי הַאי בַּת עֵינָא טְפֵי וְכִי הַאי גַּוְונָא מַשְׁכַּחַת לָהּ בִּישָׁנָה:
Comme lorsqu'il veut élargir : cette bat eina davantage. C'est dans un cas semblable que tu le trouves pour l'ancienne.
💡 Explication

Le test est concret. Le nikour convient parfaitement à une meule ancienne : c'est précisément l'usage qui l'a rendue lisse et qui appelle ce travail.

La bat eina, en revanche, existe déjà sur une pierre qui a servi, sans quoi elle n'aurait jamais pu moudre. La guemara ramène donc l'opération à un élargissement de l'orifice, ce qui la rend à nouveau possible sur une pierre ancienne.

15
רַב הוּנָא שַׁמְעֵיהּ לְהָהוּא גַּבְרָא דְּקָא מְנַקַּר רִיחְיָא בְּחֻולָּא דְמוֹעֲדָא, אָמַר: מַאן הַאי? אִיתַּחִיל גּוּפֵיהּ דְּקָא מַחֵיל חֻולָּא דְּמוֹעֲדָא. סָבַר לַהּ כְּיֵשׁ אוֹמְרִים.

Rav Houna entendit un certain homme qui piquait une meule pendant le hol hamoed. Il dit : qui est celui-ci ?

Que son corps soit profane, lui qui profane le hol hamoed. Il tient comme les « certains disent ».

📜 Rachi (2)
מְנַקֵּר רִיחְיָא בִּישָׁנָה:
Piquer la meule : sur une meule ancienne.
אִיתְּחִיל גּוּפֵיהּ יִתְחַלֵּל גּוּפוֹ:
Ith'hil goufei : que son corps soit profane.
💡 Explication

La guemara rapporte une scène et la rattache à la beraita. Rav Houna réagit avec une dureté rare, en retournant le verbe : celui qui profane les jours de la fête voit sa propre personne atteinte de ce qu'il a fait.

La guemara précise que cette sévérité a un appui : Rav Houna suit les yech omrim, pour qui aucun pressage de meule n'est permis, même sur une pierre ancienne.

16
דָּרַשׁ רַב חָמָא: נוֹקְרִין רֵיחַיִם בַּמּוֹעֵד. מִשּׁוּם רַבִּי מֵאִיר אָמַר: אֲפִילּוּ סוּס שֶׁרוֹכֵב עָלָיו וַחֲמוֹר שֶׁרוֹכֵב עָלָיו — מֻותָּר לִיטּוֹל צִפָּרְנַיִם בְּחֻולּוֹ שֶׁל מוֹעֵד,

Rav Hama enseigna : on pique les meules pendant la fête. Au nom de Rabbi Meir il dit : même le cheval que l'on monte et l'âne que l'on monte, il est permis de leur tailler les sabots pendant le hol hamoed,

📜 Rachi (1)
מֻותָּר לִיטֹּול לָהֶן צִפָּרְנַיִם כְּדֶרֶךְ הָעוֹשִׂין עַכְשָׁיו לְסוּסִים שֶׁלָּנוּ דְּאִי לָא עָבֵיד לֵיהּ הָכִי הֲוָה לֵיהּ צַעֲרָא וְלָא מָצֵי אָזֵיל:
Il est permis de tailler : leurs sabots, comme on le fait aujourd'hui pour nos chevaux ; car si on ne le fait pas, l'animal souffre et ne peut plus marcher.
🗂️ Tossefot (1)
סוּס שֶׁרוֹכֵב עָלָיו. פִּי' בַּתּוֹסֶפֶת לְצֹורֶךְ הַמּוֹעֵד מַשְׁמַע שֶׁאָסוּר לִרְכֹּוב בְּחִנָּם:
Le cheval que l'on monte. Il est expliqué dans la Tossefta : pour les besoins de la fête. Il en ressort qu'il est interdit de monter sans nécessité.
💡 Explication

Rav Hama tranche à l'opposé de Rav Houna : le nikour est permis. Il prolonge par un enseignement transmis au nom de Rabbi Meir, qui étend la permission aux bêtes de monture.

Tailler les sabots évite à l'animal une souffrance qui l'empêcherait de marcher, selon Rachi. Les Tossefot ajoutent, d'après la Tossefta, que la permission est donnée pour les besoins de la fête, ce qui exclut de monter sans nécessité. La suite se lit en 10b.

✉ Signaler une erreur de traduction

Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).