Sougya : Le folio poursuit la lecture de la michna qui distingue le profane de l'artisan. La guemara cherche d'abord où passe la frontière : deux critères de savoir-faire définissent le hedyot, et deux descriptions de couture irrégulière définissent le makhliv permis à l'artisan.
Vient ensuite la longue discussion sur les lits de cordes : que recouvrent exactement mesargin et memat'hin ? Rav Dimi rapporte deux lectures, dont l'une est écartée par une beraita de Rav Tahlifa bar Chaoul puis par une michna de Kelim ; Ravin reconstruit le désaccord autrement.
Une beraita à trois voix mesure alors l'effort permis, jusqu'à la position la plus stricte, qui préfère qu'on remplisse le lit de vêtements plutôt que d'y travailler. La michna suivante ouvre le dossier du four, du fourneau et de la meule, et la guemara discute du sens de makhbichin : repiquer les rainures de la pierre, ou percer son œil central.
Rav Houna tranche avec sévérité, Rav Hama avec indulgence.
« Le profane coud à sa manière. » Quel est le cas du hedyot (le profane, celui qui n'est pas artisan) ? On dit dans l'école de Rabbi Yannai : quiconque ne peut pas faire sortir une pleine aiguille [de points] en une seule fois.
Rabbi Yossi bar Hanina dit : quiconque ne peut pas ajuster une imra (bordure) sur l'ourlet de sa chemise.
La michna permet au hedyot de coudre à sa manière habituelle pendant le hol hamoed, et n'autorise à l'oman (l'artisan) qu'une couture dégradée. Tout dépend donc du classement de celui qui tient l'aiguille, et la guemara cherche le critère.
Deux tests sont proposés, tous deux portant sur le savoir-faire. L'école de Rabbi Yannai regarde la technique : l'artisan enfonce plusieurs points sur toute la longueur de l'aiguille puis la tire d'un seul mouvement. Rabbi Yossi bar Hanina regarde le résultat : l'artisan sait poser une bordure régulière sur l'ourlet, sans la rétrécir ici et l'élargir là.
« Et l'artisan makhliv. » Que signifie makhliv ? Rabbi Yo'hanan dit : mafsia (il espace les points).
Rabba bar Chmouel dit : [des points en] dents de chienne.
L'artisan qui coud doit rendre son ouvrage visiblement imparfait. Le terme makhliv vient de kelev, le chien, et les deux amoraim expliquent l'image différemment.
Pour Rabbi Yo'hanan, l'irrégularité est horizontale : les points sont espacés, éloignés les uns des autres comme les crocs d'un chien. Pour Rabba bar Chmouel, elle est verticale : l'aiguille passe tantôt au-dessus tantôt au-dessous, et les points se tiennent en hauteurs inégales, comme les dents d'une mâchoire.
« On tresse les lits. » Que signifie mesargin, et que signifie memat'hin ? Lorsque Rav Dimi vint [d'Erets Israël], il dit : Rabbi Hiya bar Abba et Rabbi Assi sont en désaccord à ce sujet, tous deux au nom de Hizkiya et de Rabbi Yo'hanan.
L'un dit : mesargin, c'est la chaîne et la trame ; memat'hin, c'est la chaîne sans la trame. Et l'autre dit : mesargin, c'est la chaîne sans la trame ; memat'hin, c'est que si [la corde] était relâchée, il la tend.
Le lit de l'époque est un cadre de bois sur lequel on tend un réseau de cordes. La michna permet de mesargin les lits, et Rabbi Yossi restreint à memat'hin. Les deux verbes désignent des degrés d'ouvrage, et la guemara veut savoir lesquels.
Rav Dimi rapporte deux répartitions possibles entre trois états : le tressage complet en chti va-erev (chaîne et trame), la pose de la seule chaîne, et la simple remise en tension d'une corde qui pend. Selon la lecture retenue, la michna permet beaucoup ou très peu.
Est-ce ainsi ? Mais Rav Tahlifa bar Chaoul a enseigné : « Et ils s'accordent que l'on ne tord pas de cordes d'emblée. » Soit, selon celui qui dit : mesargin, c'est la chaîne et la trame, et memat'hin, c'est la chaîne sans la trame — c'est bien pourquoi Rav Tahlifa bar Chaoul enseigne : « et ils s'accordent que l'on ne tord pas de cordes d'emblée ».
Une beraita sert ici de mesure. Elle rapporte un point d'accord entre Rabbi Meir et Rabbi Yossi : personne ne permet de fabriquer les cordes elles-mêmes pendant la fête.
Cette précision n'a de sens que si quelque chose de moins éloigné est permis. Sur la première lecture, la michna permet le tressage complet en chaîne et en trame ; tordre des cordes neuves constitue alors un degré supplémentaire, qu'il fallait exclure explicitement.
Mais selon celui qui dit : mesargin, c'est la chaîne sans la trame, et memat'hin, c'est que si elle était relâchée il la tendait — maintenant que tu as dit que la chaîne et la trame, non, les cordes d'emblée, fallait-il le dire ?! C'est une difficulté.
La seconde lecture ne permet jamais le tressage complet : le plus que la michna autorise est la pose de la chaîne seule. Dans ce cas, l'interdiction de tordre des cordes neuves va de soi et la beraita de Rav Tahlifa n'apprend rien.
La guemara conclut par kachya, le mot qui marque une difficulté laissée sans réponse. La seconde lecture reste posée, mais affaiblie.
Rav Nahman bar Yits'hak dit à Rabbi Hiya bar Avin : y a-t-il quelqu'un pour dire que mesargin, c'est la chaîne sans la trame ? Mais nous avons appris [dans la michna, Kelim 16,1] : Rabbi Meir dit : le lit [devient réceptif à l'impureté] dès lors qu'on y a tressé trois mailles !
La seconde attaque porte sur le vocabulaire, non sur la logique. Une michna du traité Kelim fixe le moment où le lit devient un ustensile susceptible de contracter l'impureté : quand trois mailles y sont tressées.
Or, selon Rachi, la chaîne y est déjà tendue et ces trois mailles sont des mailles de trame. Le mot sirug désigne donc partout le tressage complet, et la seconde lecture de Rav Dimi devient intenable.
Plutôt, lorsque Ravin vint, il dit : au sujet de mesargin, tout le monde s'accorde qu'il s'agit de la chaîne et de la trame ; ils ne divergent qu'au sujet de memat'hin. Un maître tient : memat'hin, c'est la chaîne sans la trame ; et l'autre maître tient : c'est que si elle était relâchée, il la tend.
Ravin rapporte la même tradition autrement et sauve les deux maîtres. Le sens de mesargin cesse d'être en jeu : il désigne pour tous le tressage complet.
Le désaccord se déplace entièrement sur memat'hin, c'est-à-dire sur ce que Rabbi Yossi permet : poser la chaîne seule, ou seulement remettre en tension une corde qui pend. Les deux objections précédentes tombent d'elles-mêmes.
Objection : « On tresse le lit, et il va sans dire qu'on le tend — paroles de Rabbi Meir. Rabbi Yossi dit : on tend, mais on ne tresse pas.
Et certains disent : on ne tend pas du tout. »
Une beraita ajoute une troisième voix à la michna. Rabbi Meir permet le tressage complet, Rabbi Yossi seulement le geste moindre, et les yech omrim refusent jusqu'à ce geste moindre.
Cette échelle sert de test aux deux définitions de memat'hin retenues par Ravin : il faut que chacune laisse aux yech omrim quelque chose à interdire.
Soit, selon celui qui dit que memat'hin, c'est la chaîne sans la trame, c'est bien pourquoi les « certains disent » viennent contester. Mais selon celui qui dit : « que si elle était relâchée il la tend », pour les « certains disent », tendre non plus [ne serait pas permis] ?
Si memat'hin désigne la pose de la chaîne seule, les yech omrim ont une position claire : ils interdisent même cela, tout en laissant la simple remise en tension.
Mais si memat'hin ne désignait déjà que ce dernier geste, les yech omrim interdiraient de retendre une corde qui pend. Rachi souligne l'absurdité apparente : aucun travail n'est accompli, et sans ce geste l'homme ne peut pas se coucher sur son lit pendant la fête.
Oui : du moment qu'il est possible de le remplir de vêtements, nous ne nous donnons pas cette peine.
La guemara assume la position extrême. Les yech omrim interdisent bien de retendre les cordes, parce qu'il existe une solution sans travail : combler le creux du lit avec des vêtements, puis poser par-dessus coussins et matelas.
Le principe est général pour le hol hamoed : une tir'ha, une peine que l'on peut éviter, ne se prend pas. Les Tossefot en tirent une limite dans l'autre sens : ce qui est permis ne l'est que pour les besoins de la fête.
MICHNA. On installe un four, un fourneau et une meule pendant la fête.
Rabbi Yehouda dit : on ne presse pas les meules d'emblée.
Une nouvelle michna ouvre le dossier des installations domestiques. Le tanour et la kira sont déjà fabriqués ; les installer consiste à les fixer au sol et à les enduire de terre, ce que le tana kama ne tient pas pour une construction achevée.
Rabbi Yehouda ajoute une réserve sur les meules : on ne les presse pas d'emblée. La guemara devra dire ce que ce verbe recouvre exactement.
GUEMARA. Que signifie makhbichin ?
Rav Yehouda dit : piquer la meule. Rav Yéhiel dit : la bat eina (l'œil de la meule).
Deux opérations distinctes sur la pierre sont proposées. Pour Rav Yehouda, il s'agit du nikour : repiquer les rainures de la surface, que l'usage a polie au point que le grain glisse sans être broyé.
Pour Rav Yéhiel, il s'agit de la bat eina, l'orifice percé au centre de la meule supérieure par lequel le grain descend entre les deux pierres. La différence se mesurera plus bas sur le cas de la meule ancienne.
Objection : « On installe un four et un fourneau pendant la fête, à condition de ne pas achever leur ouvrage — paroles de Rabbi Eliezer. Et les Sages disent : il peut même achever.
Rabbi Yehouda dit en son nom : on installe la meule neuve, et l'on presse l'ancienne. Et certains disent : on ne presse pas du tout. »
La beraita étage quatre positions. Rabbi Eliezer exige que l'ouvrage reste inachevé, les Hakhamim permettent de l'achever, Rabbi Yehouda transmet en son nom une distinction entre la meule neuve et l'ancienne, et les yech omrim refusent tout pressage.
C'est cette dernière mention de l'ancienne qui va servir à départager les deux explications de makhbichin.
Soit, selon celui qui dit que makhbichin, c'est piquer la meule, c'est bien ainsi que tu le trouves pour l'ancienne. Mais selon celui qui dit que c'est la bat eina : une meule ancienne, pourquoi lui faudrait-il une bat eina ?
[Il s'agit] du cas où il veut l'élargir un peu plus.
Le test est concret. Le nikour convient parfaitement à une meule ancienne : c'est précisément l'usage qui l'a rendue lisse et qui appelle ce travail.
La bat eina, en revanche, existe déjà sur une pierre qui a servi, sans quoi elle n'aurait jamais pu moudre. La guemara ramène donc l'opération à un élargissement de l'orifice, ce qui la rend à nouveau possible sur une pierre ancienne.
Rav Houna entendit un certain homme qui piquait une meule pendant le hol hamoed. Il dit : qui est celui-ci ?
Que son corps soit profane, lui qui profane le hol hamoed. Il tient comme les « certains disent ».
La guemara rapporte une scène et la rattache à la beraita. Rav Houna réagit avec une dureté rare, en retournant le verbe : celui qui profane les jours de la fête voit sa propre personne atteinte de ce qu'il a fait.
La guemara précise que cette sévérité a un appui : Rav Houna suit les yech omrim, pour qui aucun pressage de meule n'est permis, même sur une pierre ancienne.
Rav Hama enseigna : on pique les meules pendant la fête. Au nom de Rabbi Meir il dit : même le cheval que l'on monte et l'âne que l'on monte, il est permis de leur tailler les sabots pendant le hol hamoed,
Rav Hama tranche à l'opposé de Rav Houna : le nikour est permis. Il prolonge par un enseignement transmis au nom de Rabbi Meir, qui étend la permission aux bêtes de monture.
Tailler les sabots évite à l'animal une souffrance qui l'empêcherait de marcher, selon Rachi. Les Tossefot ajoutent, d'après la Tossefta, que la permission est donnée pour les besoins de la fête, ce qui exclut de monter sans nécessité. La suite se lit en 10b.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).