Moed_Katan 9b — Étude de la Torah face à l'accomplissement des mitsvot, les bénédictions énigmatiques, et la parure de la femme pendant hol hamoed

Moed_Katan 9b

Sougya : Le folio se partage en deux mouvements. Le premier achève la sougya aggadique ouverte au folio précédent : Rabbi Yonatan ben Asmaï et Rabbi Yehouda fils de convertis, envoyés par Rabbi Chimon bar Yohai, résolvent deux contradictions de versets des Proverbes sur le rang respectif de l'étude et des mitsvot, et fixent le critère décisif — la mitsva peut-elle être faite par d'autres.

Vient ensuite la série des six bénédictions adressées au fils de Rabbi Chimon, reçues par lui comme des malédictions et déchiffrées une à une par son père, puis la bénédiction de Rav à Rabbi Chimon ben Halafta, que son père rattache au double verset de Yoël. Le second mouvement revient à la michna : la femme fait ses parures pendant les jours intermédiaires de la fête.

La baraita énumère ces parures, Rav Hisda étend la permission à tout âge, puis la position de Rabbi Yehouda sur la chaux est confrontée à sa position dans Avoda Zara sur le remboursement d'une dette au non-Juif : deux résolutions sont proposées, celle de Rav Nahman bar Yits'hak et celle de Ravina. Le folio se clôt sur les trois produits épilatoires selon la condition sociale et sur l'affaire de la fille de Rav Beivai.

Le plan du folio : une fin de sougya aggadique, puis le retour à la michna PREMIER MOUVEMENT — aggada : Torah, mitsvot et bénédictions 1. Deux contradictions dans les Proverbes sur le rang de l'étude critère unique : la mitsva peut-elle être accomplie par d'autres ou non segments 1 à 3 — Tossefot y ajoute la distinction entre mitsva agissante et tefila 2. Les six bénédictions au fils de Rabbi Chimon bar Yohai reçues comme des malédictions, déchiffrées par le père une à une segments 4 à 7 3. Rav à Rabbi Chimon ben Halafta : ne fais pas honte et n'aie pas honte le père la rattache au verset de Yoël, répété deux fois — segments 8 et 9 SECOND MOUVEMENT — halakha : la parure de la femme à hol hamoed 4. Quelles parures, et pour quelles femmes baraita des takhchitin, puis Rav Hisda : tout âge, même au bord de la tombe — segments 10 à 12 5. La chaux selon Rabbi Yehouda, et l'objection tirée d'Avoda Zara peine maintenant, joie plus tard : deux résolutions — segments 13 à 17 puis les trois produits épilatoires et l'affaire de la fille de Rav Beivai — segments 18 à 21
Le plan du folio : la fin de la sougya aggadique sur l'étude et les bénédictions, puis le retour à la michna sur la parure de la femme pendant les jours intermédiaires.
Faut-il interrompre l'étude pour une mitsva qui se présente ? Une mitsva se présente pendant l'étude question posée par la contradiction des deux versets D'autres peuvent l'accomplir efchar laassotah al yedé ahérim Personne d'autre ne peut l'accomplir i efchar laassotah al yedé ahérim Tu continues d'étudier kol hafatsim lo yichvou bah même un désir du Ciel ne l'égale pas Tu interromps et tu accomplis vekhol hafatsekha lo yichvou bah seuls tes désirs à toi sont écartés Le même critère résout la première contradiction (segment 1) pèse le sentier de tes pieds (Pr. 4, 26) : quand d'autres peuvent agir, tu compares et tu choisis n'évalue pas le chemin de vie (Pr. 5, 6) : quand toi seul le peux, tu ne compares pas, tu fais
Le critère unique qui résout les deux contradictions de versets : la mitsva peut-elle, ou non, être accomplie par quelqu'un d'autre.
La contradiction sur Rabbi Yehouda : peine maintenant, joie plus tard Ici, Moed Katan : la chaux Rabbi Yehouda interdit la chaux qui reste après la fête : enlaidissement sans issue mais il permet celle qu'elle pourra ôter il tient donc compte de la joie ultérieure Là-bas, Avoda Zara 2a : le remboursement Rabbi Yehouda permet de se faire rembourser avant la fête du non-Juif : il en souffre les Sages objectent : il se réjouit plus tard il ne tient donc pas compte de la joie ultérieure deux résolutions Rav Nahman bar Yits'hak laisse de côté les lois de la fête : tout le régime de hol hamoed repose sur ce principe cuire, pétrir, faire cuire au four : peine sur le moment, joie au repas de la fête Ravina le cas d'Avoda Zara n'entre pas dans la règle : pour un remboursement, le non-Juif souffre toujours, même après coup ; il n'y a donc aucune joie ultérieure à prendre en compte Nafka mina entre les deux résolutions pour Rav Nahman bar Yits'hak, le principe vaut pour la fête seule ; ailleurs Rabbi Yehouda le rejette pour Ravina, le principe vaut partout ; Avoda Zara n'y échappe que par un fait, la peine qui ne cesse pas
La contradiction sur Rabbi Yehouda entre notre michna et Avoda Zara, et les deux manières de la lever.
1
כָּאן בְּמִצְוָה שֶׁאִי אֶפְשָׁר לַעֲשׂוֹתָהּ עַל יְדֵי אֲחֵרִים.

Ici, il s'agit d'une mitsva qu'il est impossible d'accomplir par l'intermédiaire d'autrui.

📜 Rachi (1)
וּבְמִצְוָה שא"א לַעֲשׂוֹתָהּ ע"י אֲחֵרִים אַל תְּפַלֵּס אֶלָּא מִצְוָה שֶׁבָּא לְיָדְךָ בֵּין גְּדוֹלָה בֵּין קְטַנָּה עֲשֵׂה:
Ne pèse pas : la mitsva qui se présente à toi, grande ou petite, accomplis-la.
💡 Explication

Ce segment achève une résolution ouverte au folio précédent. Deux versets des Proverbes se contredisaient : « pèse le sentier de tes pieds » (Pr. 4, 26), qui ordonne de comparer les mitsvot entre elles pour choisir la plus grande, et « n'évalue pas le chemin de vie » (Pr. 5, 6), qui l'interdit.

Le critère qui les concilie est le suivant : quand la mitsva peut être confiée à d'autres, on la met en balance ; quand elle ne le peut pas, elle échoit à celui qui la rencontre et il n'y a plus rien à peser. Rachi résume la conséquence pratique : la mitsva qui se présente, grande ou petite, s'accomplit.

2
הֲדַר יָתְבִי וְקָא מִבְּעֵי לְהוּ, כְּתִיב: ״יְקָרָה הִיא מִפְּנִינִים וְכָל חֲפָצֶיךָ לֹא יִשְׁווּ בָהּ״ — הָא חֶפְצֵי שָׁמַיִם יִשְׁווּ בָהּ, וּכְתִיב: ״כָּל חֲפָצִים לֹא יִשְׁווּ בָהּ״ — דַּאֲפִילּוּ חֶפְצֵי שָׁמַיִם לֹא יִשְׁווּ בָהּ!

De nouveau ils siégèrent et s'interrogèrent : il est écrit « elle est plus précieuse que les perles, et tous <b>tes</b> désirs ne l'égalent pas » (Pr. 3, 15) — donc les désirs du Ciel, eux, l'égalent ; et il est écrit « et <b>tous</b> les désirs ne l'égalent pas » (Pr.

8, 11) — c'est-à-dire que même les désirs du Ciel ne l'égalent pas !

📜 Rachi (3)
וְכָל חֲפָצֶיךָ לֹא יִשְׁווּ בָהּ שֶׁתְּבַטֵּל כָּל חֲפָצֶיךָ בִּשְׁבִיל שֶׁתַּעֲסֹוק בַּתּוֹרָה:
Que tu délaisses tous tes désirs afin de t'occuper de Torah.
חֶפְצֵי שָׁמַיִם יִשְׁווּ בָהּ כְּלוֹמַר שֶׁאִם יֵשׁ לְךָ לַעֲסֹוק בְּמִצְוָה תְּבַטֵּל תַּלְמוּד תּוֹרָה וְעָסוּק בְּמִצְוָה:
C'est-à-dire : si tu as une mitsva à accomplir, interromps l'étude de la Torah et occupe-toi de la mitsva.
דַּאֲפִילּוּ חֶפְצֵי שָׁמַיִם לֹא דִּמְבַטֵּל מִצְוָה וְעוֹסֵק בְּתַלְמוּד תּוֹרָה:
Il délaisse la mitsva et s'occupe de l'étude de la Torah.
💡 Explication

Les deux mêmes maîtres, Rabbi Yonatan ben Asmaï et Rabbi Yehouda fils de convertis, posent une seconde contradiction, bâtie sur une différence d'un seul mot entre deux versets des Proverbes qui font l'éloge de la Torah.

Le premier dit « tous tes désirs », avec le possessif : seuls les désirs qui te sont propres sont écartés devant la Torah, ce qui laisse entendre que les hefsé chamayim (les désirs du Ciel, c'est-à-dire les mitsvot) peuvent, eux, rivaliser avec elle. Le second dit « tous les désirs », sans possessif : rien n'est excepté, pas même une mitsva.

🖼️ Schéma
Faut-il interrompre l'étude pour une mitsva qui se présente ? Une mitsva se présente pendant l'étude question posée par la contradiction des deux versets D'autres peuvent l'accomplir efchar laassotah al yedé ahérim Personne d'autre ne peut l'accomplir i efchar laassotah al yedé ahérim Tu continues d'étudier kol hafatsim lo yichvou bah même un désir du Ciel ne l'égale pas Tu interromps et tu accomplis vekhol hafatsekha lo yichvou bah seuls tes désirs à toi sont écartés Le même critère résout la première contradiction (segment 1) pèse le sentier de tes pieds (Pr. 4, 26) : quand d'autres peuvent agir, tu compares et tu choisis n'évalue pas le chemin de vie (Pr. 5, 6) : quand toi seul le peux, tu ne compares pas, tu fais
Le critère qui résout la contradiction, et son application aux deux couples de versets.
3
כָּאן בְּמִצְוָה שֶׁאֶפְשָׁר לַעֲשׂוֹתָהּ עַל יְדֵי אֲחֵרִים, כָּאן בְּמִצְוָה שֶׁאִי אֶפְשָׁר לַעֲשׂוֹתָהּ עַל יְדֵי אֲחֵרִים.

Ici, il s'agit d'une mitsva qu'il est possible d'accomplir par l'intermédiaire d'autrui ; là, il s'agit d'une mitsva qu'il est impossible d'accomplir par l'intermédiaire d'autrui.

🗂️ Tossefot (1)
כָּאן בְּמִצְוָה שֶׁאִי אֶפְשָׁר לַעֲשׂוֹתָהּ ע"י אֲחֵרִים. עֲשִׂייַּת מִצְוָה עָדִיף שֶׁהֲרֵי מַפְסִיקִין אֲפִילּוּ לְר"ש בֶּן יוֹחַי לְעוֹשֶׂה סֻוכָּה וְלוּלָב כְּדַאי' בִּירוּשַׁלְמִי. אֲבָל בְּהַפְסָקָה דִּתְפִלָּה וק"ש אֵין מַפְסִיקִין לר"ש בֶּן יוֹחַי וּבַיְּרוּשַׁלְמִי זֶה שַׁנְּנוּ וְזֶה שַׁנְּנוּ וְאֵין מַפְסִיקִין שַׁנְּנוּ מִפְּנֵי שַׁנְּנוּ:
« Ici, dans une mitsva qu'il est impossible d'accomplir par l'intermédiaire d'autrui. » L'accomplissement de la mitsva est préférable, puisque l'on interrompt — même selon Rabbi Chimon ben Yohai — pour celui qui confectionne une soukka ou un loulav, comme il est rapporté dans le Yerouchalmi. Mais pour l'interruption en vue de la tefila et du Chema, on n'interrompt pas selon Rabbi Chimon ben Yohai ; et dans le Yerouchalmi : celui-ci est sa récitation et celui-là est sa récitation, et l'on n'interrompt pas une récitation à cause d'une récitation.
💡 Explication

Le même critère que précédemment lève la contradiction. Le verset qui n'excepte rien vise la mitsva dont d'autres peuvent se charger : l'étude l'emporte alors et l'on ne s'interrompt pas. Le verset qui n'écarte que « tes désirs » vise la mitsva que nul autre ne peut accomplir à ta place : elle l'emporte sur l'étude.

Tossefot ajoute une distinction que la guemara ne formule pas ici. Même Rabbi Chimon bar Yohai, qui tient que celui dont l'étude est le métier ne s'interrompt pas, admet que l'on s'interrompt pour confectionner une soukka ou prendre un loulav, c'est-à-dire pour une mitsva agissante ; il maintient en revanche que l'on ne s'interrompt pas pour la tefila et le Chema, parce que ceux-ci relèvent eux aussi de l'ordre de l'étude — le Yerouchalmi le formule : on n'interrompt pas une récitation à cause d'une autre récitation.

4
אָמְרוּ לֵיהּ: מַאי בָּעֵית הָכָא? אֲמַר לְהוּ, דְּאָמַר לִי אַבָּא: זִיל גַּבַּיְיהוּ דְּלִיבָרְכוּךָ. אָמְרוּ לֵיהּ: יְהֵא רַעֲוָא דְּתִזְרַע וְלָא תֶּחְצַד, תְּעַיֵּיל וְלָא תִּיפּוֹק, תִּיפּוֹק וְלָא תְּעַיֵּיל, לִיחְרוֹב בֵּיתָךְ וְלִיתּוֹב אֻושְׁפִּיזָךְ, לְבַלְבֵּל פְּתוּרָךְ, וְלָא תִּחְזֵי שַׁתָּא חַדְתָּא.

Ils lui dirent : que cherches-tu ici ? Il leur dit : mon père m'a dit d'aller auprès de vous afin que vous me bénissiez.

Ils lui dirent : que telle soit la volonté — que tu sèmes et ne moissonnes pas, que tu fasses entrer et ne fasses pas sortir, que tu fasses sortir et ne fasses pas entrer, que ta maison soit détruite et que ton gîte soit habité, que ta table soit dans la confusion, et que tu ne voies pas d'année nouvelle.

📜 Rachi (4)
תְּעַייֵּל וְלָא תַּיפֵּוק תַּיפֵּוק וְלָא תְּעַיֵּיל מַשְׁמַע לֵיהּ בִּסְחוֹרָה תְּעַיֵּיל וְלָא תִּיפּוֹק שֶׁתָּבִיא סְחוֹרָה וְלֹא תִּמְכְּרֶנָּה תִּיפּוֹק וְלֹא תְּעַייֵּל שֶׁתּוֹצִיא בִּסְחוֹרָה בְּמָקוֹם אַחֵר וְלֹא תְּבִיאֶנָּה:
Il le comprit dans le sens du commerce : « tu feras entrer et ne feras pas sortir » — que tu importes de la marchandise et ne la vendes pas ; « tu feras sortir et ne feras pas entrer » — que tu exportes de la marchandise ailleurs et n'en rapportes rien.
תְּעַייֵּל כַּלְּתָא שֶׁדֶּרֶךְ כַּלְּתָא הוֹלֶכֶת אֵצֶל הַבַּעַל:
Car l'usage est que la bru s'en aille chez son mari.
וְלָא תִּיפּוֹק דְּלָא לִימוֹת בִּנְךָ דְּהָדְרִי נָפְקִי מִינָּךְ וְהָדְרִי לְבֵי נָשַׁיְיהוּ:
Que ton fils ne meure pas, ce qui les ferait ressortir de chez toi et retourner à la maison de leur père.
שַׁתָּא חַדְתָּא זוֹ שָׁנָה רִאשׁוֹנָה שֶׁל נִישּׂוּאִין דִּכְתִיב כִּי יִקַּח אִישׁ אִשָּׁה חֲדָשָׁה לֹא יֵצֵא וְגוֹ' (דְּבָרִים כ״ד:ה׳):
C'est la première année du mariage, ainsi qu'il est écrit : « lorsqu'un homme prend une femme nouvelle, il ne partira pas » etc. (Dt. 24, 5).
💡 Explication

Rabbi Chimon bar Yohai avait envoyé son fils auprès de ces deux maîtres pour qu'ils le bénissent. Les formules qu'ils prononcent sonnent toutes comme des malédictions, et Rachi indique d'emblée comment le fils les a comprises : dans le registre du commerce, où faire entrer sans faire sortir signifie une marchandise que l'on n'écoule pas.

Les gloses de Rachi rassemblées ici anticipent déjà la lecture du père, donnée aux segments suivants : kalta désigne la bru qui rejoint son mari, et l'année nouvelle renvoie à la première année de mariage dont parle le verset de Devarim.

🖼️ Schéma
Les six formules : ce que le fils a entendu, ce que le père a lu entendu comme une malédiction lu par le père comme une bénédiction 1. tu sèmeras et ne moissonneras pas tu auras des fils et ils ne mourront pas 2. tu feras entrer et ne feras pas sortir des brus entreront et tes fils ne mourront pas 3. tu feras sortir et ne feras pas entrer tes filles partiront et ne reviendront pas veuves 4. que ta maison soit détruite la maison est le tombeau : qu'il reste vide longtemps 5. que ton gîte soit habité le gîte est ce monde-ci : que tu y demeures 6. que ta table soit dans la confusion encombrée de fils et de filles 7. que tu ne voies pas d'année nouvelle pas de première année d'un remariage : ta femme vivra La clé du renversement chaque formule décrit un mouvement sans retour : ce qui sort ne revient pas, ce qui entre ne ressort pas le retour, dans chaque cas, serait un deuil ; l'absence de retour est donc la bénédiction
Les formules alignées sur leur interprétation, et le principe de renversement qui les commande.
5
כִּי אֲתָא לְגַבֵּי אֲבוּהּ, אֲמַר לֵיהּ: לָא מִבַּעְיָא דְּבָרוֹכֵי לָא בָּירְכֻן אֲבָל צַעוֹרֵי צַעֲורֻן. אֲמַר לֵיהּ: מַאי אָמְרוּ לָךְ? הָכִי וְהָכִי אֲמַרוּ לִי. אֲמַר לֵיהּ: הָנָךְ כֻּולְּהוּ בִּרְכָתָא נִינְהוּ. תִּזְרַע וְלֹא תֶּחֱצֹד: תּוֹלִיד בָּנִים וְלָא יְמוּתוּ. תְּעַיֵּיל וְלָא תִּיפּוֹק: תְּעַייֵּל כַּלְּתָא וְלָא לֵימוּתוּ בְּנָךְ דְּלִיפְּקוּן. תִּיפּוֹק וְלָא תְּעַייֵּל: תּוֹלִיד בְּנָתָא וְלָא יְמוּתוּ גֻּובְרַייְהוּ וְלִיהְדְּרוּ לְוָתָיךְ.

Lorsqu'il revint auprès de son père, il lui dit : non seulement ils ne m'ont pas béni, mais ils m'ont affligé. Il lui dit : que t'ont-ils dit ?

Ils m'ont dit ceci et cela. Il lui dit : tout cela sont des bénédictions.

« Que tu sèmes et ne moissonnes pas » : que tu engendres des fils et qu'ils ne meurent pas. « Que tu fasses entrer et ne fasses pas sortir » : que tu fasses entrer des brus et que tes fils ne meurent pas, ce qui les ferait sortir.

« Que tu fasses sortir et ne fasses pas entrer » : que tu engendres des filles et que leurs maris ne meurent pas, ce qui les ferait revenir chez toi.

💡 Explication

Le père renverse chaque formule en déplaçant l'objet du verbe. Semer et moissonner ne concernent pas le champ mais l'engendrement : moissonner, ce serait enterrer.

Les deux formules suivantes décrivent le mouvement normal des femmes dans la maison : la bru y entre au mariage et n'en ressort que si son mari meurt ; la fille en sort au mariage et n'y revient que si son mari meurt. Dans les deux cas, le retour serait un deuil, et son absence est donc la bénédiction.

6
לִיחְרוֹב בֵּיתָךְ וְלִיתּוֹב אֻושְׁפִּיזָךְ — דְּהַאי עָלְמָא אֻושְׁפִּיזָךְ, וְהַהִיא עָלְמָא בֵּיתָא, דִּכְתִיב: ״קָרְבֵם בָּתֵּימוֹ לְעוֹלָם״. אַל תִּקְרֵי ״קָרְבֵם״, אֶלָּא ״קִבְרָם״.

« Que ta maison soit détruite et que ton gîte soit habité » : car ce monde-ci est ton gîte, et le monde à venir est ta maison, ainsi qu'il est écrit : « kirbam, leurs maisons sont pour toujours » (Ps. 49, 12) — ne lis pas kirbam (leur pensée intime), mais kivram (leur tombeau).

📜 Rachi (1)
לֵיחָרֵב בֵּיתְךָ בֵּית קִבָּרְתֶּךָ דְּלָא תָּמוּת אֶלָּא תִּחְיֶה לְאֹורֶךְ יָמִים:
Ta maison de sépulture : que tu ne meures pas, mais que tu vives de longs jours.
💡 Explication

Le renversement porte ici sur le mot maison. La lecture du verset des Psaumes par substitution de lettres — kirbam lu kivram — identifie la maison durable de l'homme à sa tombe : la demeure permanente est le tombeau, tandis que ce monde-ci n'est qu'un logement de passage.

Souhaiter que la maison soit détruite et le gîte habité revient donc à souhaiter que le tombeau reste vide et que le séjour dans ce monde se prolonge, comme Rachi le dit en clair : de longs jours.

7
לְבַלְבֵּל פְּתוּרָךְ: בִּבְנֵי וּבְנָתָא. וְלָא תִּיחְזֵי שַׁתָּא חַדְתָּא: דְּלָא תְּמוּת אִתְּתָךְ וְלָא תִּנְסַב אִינְתְּתָא אַחֲרִיתִי.

« Que ta table soit dans la confusion » : par des fils et des filles. « Et que tu ne voies pas d'année nouvelle » : que ta femme ne meure pas et que tu n'en épouses pas une autre.

💡 Explication

Les deux dernières formules se résolvent de la même manière. Une table en désordre est une table entourée d'enfants ; l'expression décrit l'abondance et non le dénuement.

L'année nouvelle n'est pas ici le passage d'une année à l'autre, mais l'année que Devarim 24, 5 accorde à l'homme qui vient d'épouser une femme nouvelle. Ne jamais connaître une telle année suppose de n'avoir jamais à se remarier, donc de ne pas devenir veuf.

8
רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן חֲלַפְתָּא אִפְּטַר מִינֵּיהּ דְּרַב, אֲמַר לֵיהּ אַבֹּוהַּ: זִיל לְגַבֵּיהּ דְּלִיבָרְכָךְ. אֲמַר לֵיהּ: יְהֵא רַעֲוָא דְּלָא תְּבַיֵּישׁ וְלָא תִּתְבַּייַּשׁ. אֲתָא גַּבֵּי אַבֹּוהַּ. אֲמַר לֵיהּ: מַאי אָמַר לָךְ? אֲמַר לֵיהּ: מִילִּין בְּעָלְמָא הוּא דְּאָמַר לִי.

Rabbi Chimon ben Halafta prit congé de Rav — son père lui avait dit : va auprès de lui afin qu'il te bénisse. Il lui dit : que telle soit la volonté — que tu ne fasses pas honte et que tu n'aies pas honte.

Il vint auprès de son père. Celui-ci lui dit : que t'a-t-il dit ?

Il lui dit : ce sont de simples paroles qu'il m'a dites.

📜 Rachi (1)
לֹא תֵּבוֹשׁ וְלֹא תִּתְבַּיֵּישׁ לָא תֵּיבוֹשׁ אַחֲרֵינִי כְּדֵי שֶׁלֹּא תִּתְבַּייֵּשׁ שֶׁלֹּא תָּבֹא לִידֵי כָּךְ פֶּן תִּתְבַּיֵּישׁ:
Que tu ne fasses pas honte à autrui, afin que toi-même n'aies pas honte et que tu n'en viennes pas à une situation qui te ferait honte.
💡 Explication

Le même schéma se rejoue, sous une autre forme : un fils reçoit une bénédiction dont il ne perçoit pas la portée et la rapporte à son père, qui en révèle le poids. La formule de Rav lie les deux termes l'un à l'autre.

Rachi explicite ce lien : s'abstenir de faire honte à autrui est ce qui préserve d'avoir un jour honte soi-même, et la bénédiction porte sur les deux versants à la fois.

9
אֲמַר לֵיהּ: בָּרְכָךְ בִּרְכְּתָא דְּבֵרְכָן קֻודְשָׁא בְּרִיךְ הוּא לְיִשְׂרָאֵל וּתְנָא בַּהּ, דִּכְתִיב: ״וַאֲכַלְתֶּם אָכוֹל וְשָׂבוֹעַ וְהִלַּלְתֶּם וְגוֹ׳ וְלֹא יֵבֹושׁוּ עַמִּי לְעוֹלָם. וִידַעְתֶּם כִּי בְּקֶרֶב יִשְׂרָאֵל אֲנִי וְגוֹ׳ וְלֹא יֵבֹושׁוּ עַמִּי לְעוֹלָם״.

Il lui dit : il t'a béni de la bénédiction dont le Saint béni soit-Il a béni Israël, et qu'Il a répétée, ainsi qu'il est écrit : « vous mangerez à satiété et vous louerez [...] et Mon peuple n'aura plus jamais honte. Et vous saurez que Je suis au milieu d'Israël [...] et Mon peuple n'aura plus jamais honte » (Yoël 2, 26-27).

📜 Rachi (1)
וּתְנָא בָּהּ וְשָׁנָה בָּהּ לֹא יֵבוֹשׁוּ עִמִּי לְעוֹלָם וְהַיְינוּ לֹא תְּבַייֵּשׁ וְלֹא תִּתְבַּיֵּישׁ:
Il a répété « Mon peuple n'aura plus jamais honte », ce qui correspond à « que tu ne fasses pas honte et que tu n'aies pas honte ».
💡 Explication

Le père rattache la formule de Rav à un verset prophétique, et fonde sa valeur sur un détail de rédaction : la clause « et Mon peuple n'aura plus jamais honte » revient deux fois de suite, à la fin de deux versets consécutifs.

Cette répétition fournit la lecture : les deux occurrences répondent aux deux versants de la bénédiction de Rav, ne pas faire honte et ne pas avoir honte. Ce que le fils avait pris pour de simples paroles se révèle être la formule même par laquelle la prophétie clôture la promesse.

10
וְעוֹשֶׂה אִשָּׁה תַּכְשִׁיטֶיהָ. תָּנוּ רַבָּנַן, אֵלּוּ הֵן תַּכְשִׁיטֵי נָשִׁים: כּוֹחֶלֶת וּפוֹקֶסֶת וּמַעֲבִירָה סְרָק עַל פָּנֶיהָ. וְאִיכָּא דְּאָמְרִי מַעֲבֶרֶת סְרָק עַל פָּנֶיהָ שֶׁל מַטָּה.

« Et la femme fait ses parures. » Nos maîtres ont enseigné : voici les parures des femmes — elle se met du kohl, elle se farde (pokesset), et elle passe du sarak sur son visage. Et certains disent : elle passe du sarak sur son visage d'en bas.

📜 Rachi (4)
כּוֹחֶלֶת נוֹתֶנֶת כְּחוֹל בֵּין עֵינֶיהָ כְּדֵי שֶׁדּוֹמוֹת נָאִים:
Elle met du kohl entre ses yeux, afin qu'ils paraissent beaux.
פּוֹקֶסֶת מְחַלֶּקֶת שְׂעָרָהּ לְכָאן וּלְכָאן:
Elle sépare sa chevelure d'un côté et de l'autre.
וּמַעֲבֶרֶת סָרָק עַל פָּנֶיהָ סַם אֶחָד כְּדֵי שֶׁתִּרְאֶה אֲדֻומָּה:
Une préparation destinée à lui donner un teint rouge.
סַכִּין עַל פָּנֶיהָ שֶׁל מַטָּה כְּדֵי לְהַעֲבִיר שֵׂעָר שֶׁל מַטָּה:
Afin d'ôter le poil d'en bas.
🗂️ Tossefot (1)
פּוֹקֶסֶת. פֵּי' בַּקּוּנְטְרֵס מִתַּקָּנַת שֵׂעָר שֶׁלֹּא יִתְפַּזֵּר וְקָשֶׁה דִּבְפֶרֶק הַמַּצְנִיעַ (שַׁבָּת דַּף צַד: וְשָׁם) אָמַר דְּמִתְחַיֵּיב בְּשַׁבָּת מִשּׁוּם טָוָה וְעוֹד דְּסוֹרֶקֶת ה"ל לְמִיתְנֵי כְּמוֹ גַּבֵּי נָזִיר (נָזִיר מב.) וּבְפֶ' קַמָּא דִּכְתֻובּוֹת (דַּף ד: וְשָׁם) פֵּירֵשׁ בַּקּוּנְטְרֵס קְלִיעַת שֵׂעָר וְקַשְׁיָא דִּבְפֶרֶק הַמַּצְנִיעַ שׁוֹנֶה גֻּודַּלְתְּ וּפוֹקֶסֶת וְאֵין לְפָרֵשׁ מַעֲבֶרֶת סְרָק עַל פָּנֶיהָ דְּהָכָא תָּנֵי תַּרְוַיְיהוּ וְגַם בְּפֶ'. קַמָּא דִּכְתֻובּוֹת וְיֵשׁ לְפָרֵשׁ דִּמְתַקֶּנֶת שְׂעָרָהּ בְּיָדֶיהָ חוּץ לַצָּעִיף וְרִיבָ"א מְפָרֵשׁ שֶׁנּוֹתֶנֶת חוּטִין שֶׁל בָּצֵק [דַּקִּין] עַל פָּנֶיהָ לְהַאֲדִים הַבָּשָׂר וְהַיְינוּ טְוִייָּה וְהַאי דְּקוֹרֵא לֵיהּ בִּירוּשַׁלְמִי צוֹבֵעַ שֶׁהוּא מַאְדִּים הַבָּשָׂר וּבִנְיָן נָמֵי שַׁיָּיךְ בְּתִיקּוּן הָאִשָּׁה לְמַאי דִּמְפֹורָשׁ סוֹף הַמַּצְנִיעַ (שַׁבָּת דַּף צה.) מִשּׁוּם בּוֹנֶה וּמַיְיתִי קְרָא דְּוִיבֶן אֶת הַצֵּלָע:
« Pokesset. » Rachi a expliqué : elle arrange sa chevelure pour qu'elle ne se disperse pas. C'est difficile, car au chapitre HaMatsnia (Chabbat 94b) il est dit qu'elle en répond au titre du filage ; de plus, il aurait fallu enseigner « soreket » (elle peigne), comme à propos du nazir (Nazir 42a). Et au premier chapitre de Ketoubot (4b), Rachi a expliqué : le tressage de la chevelure — c'est difficile, car au chapitre HaMatsnia on enseigne « godelet (elle tresse) et pokesset », les deux ensemble. On ne peut pas non plus expliquer qu'il s'agisse de passer du sarak sur le visage, puisque notre texte enseigne les deux, de même qu'au premier chapitre de Ketoubot. On peut expliquer qu'elle arrange sa chevelure avec les mains, hors du voile. Et le Riva explique qu'elle applique de fins filaments de pâte sur son visage pour rougir la chair, et c'est cela le filage ; et si le Yerouchalmi l'appelle « teindre », c'est parce qu'elle rougit la chair. La « construction » aussi se rencontre dans la parure de la femme, selon ce qui est expliqué à la fin de HaMatsnia (Chabbat 95a) au titre de boneh, où l'on apporte le verset « et Il construisit la côte ».
💡 Explication

Le folio revient à la michna de notre chapitre, qui permet à la femme de faire ses parures pendant hol hamoed, les jours intermédiaires de la fête. La baraita énumère les opérations visées.

Le kohl est applique aux yeux, le sarak est une préparation qui donne au teint sa couleur. Le verbe pokesset reste discuté : Rachi l'entend de l'arrangement de la chevelure, tandis que Tossefot objecte que ce sens se heurte à plusieurs passages parallèles et rapporte au nom du Riva qu'il s'agit de fins filaments de pâte appliqués sur le visage pour en rougir la chair. La dernière formule, « le visage d'en bas », désigne selon Rachi l'épilation des parties basses.

11
דְּבֵיתְהוּ דְּרַב חִסְדָּא מִקַּשְּׁטָא בְּאַנְפֵּי כַּלְּתַהּ. יָתֵיב רַב הוּנָא בַּר חִינָּנָא קַמֵּיהּ דְּרַב חִסְדָּא וְיָתֵיב וְקָאָמַר: לֹא שָׁנוּ אֶלָּא יַלְדָּה, אֲבָל זְקֵנָה — לֹא.

L'épouse de Rav Hisda se paraît en présence de sa bru. Rav Houna bar Hinena siégeait devant Rav Hisda, et il siégeait et disait : on n'a enseigné cela que pour une jeune femme, mais pour une femme âgée, non.

📜 Rachi (5)
הָיְתָה מִיקַּשְּׁטָא כִּי הָנֵי קִשּׁוּטִין כִּדְאָמַר הָכָא:
Par ces parures mêmes dont il est question ici.
בְּאַנְפֵּי כָּלְתָה שֶׁהָיְתָה כָּל כָּךְ זְקֵינָה שֶׁהָיְתָה לָהּ כַּלָּה שֶׁהִיא אֵשֶׁת בְּנָהּ:
Elle était assez âgée pour avoir une bru, c'est-à-dire l'épouse de son fils.
לֹא שָׁנוּ הָא דְּאָמַר עוֹשֶׂה אִשָּׁה תַּכְשִׁיטֶיהָ:
Ce qui a été enseigné : « la femme fait ses parures ».
אֶלָּא יָלְדָה בַּחוּרָה שֶׁדַּרְכָּהּ בְּכָךְ וּלְהָכִי הָוֵי לָהּ שִׂמְחָה בַּמּוֹעֵד:
Une jeune femme, dont c'est l'usage, et pour qui cela constitue donc une joie pendant la fête.
אֲבָל זְקֵינָה לֹא וְהֵיכִי עֲבַדָא אִשְׁתְּךָ הָכִי דְּמִיקַּשְּׁטָא הָא הָוְיָא זְקֵינָה:
Comment donc ton épouse agit-elle ainsi, en se parant, puisqu'elle est âgée ?
💡 Explication

La scène est construite comme une contradiction entre une pratique et un enseignement. Rachi souligne la portée du détail : une femme qui a une bru a un fils marié, elle est donc âgée.

Rav Houna bar Hinena énonce alors, devant Rav Hisda lui-même, une restriction de la permission de la michna : elle ne vaudrait que pour la jeune femme, chez qui la parure produit la joie de la fête, laquelle est la raison de la permission. La restriction atteint donc directement la conduite de l'épouse de son maître.

12
אֲמַר לֵיהּ: הָאֱ-לֹהִים! אֲפִילּוּ אִמָּךָ וַאֲפִילּוּ אִימָּא דְאִימָּךְ, וַאֲפִילּוּ עוֹמֶדֶת עַל קִבְרָהּ. דְּאָמְרִי אִינָשֵׁי: בַּת שִׁיתִּין כְּבַת שֵׁית, לְקַל טַבְלָא רָהֲטָא.

Il lui dit : par D.ieu ! Même ta mère, même la mère de ta mère, et même celle qui se tient au bord de sa tombe.

Car les gens disent : la femme de soixante ans, comme celle de six ans, court au son de la clochette.

📜 Rachi (2)
וַאֲפִילּוּ עוֹמֶדֶת עַל פֶּתַח קִבְרָהּ שָׁרְיָא לְהִתְקַשֵּׁט:
Il lui est permis de se parer.
לְקַל טַבְלָא רָהֲטָא פֵּירוּשׁ קִשְׁקוּשׁ הַזּוּג ר"ל מִינֵי זֶמֶר בְּהִילּוּלָא וְכִי הֵיכִי דְּרָהֲטָא יַלְדָּה בַּת שִׁית לְקַל הִילּוּלָא הָכִי עַבְדָּא בַּת שִׁיתִין וְהָכִי נָמֵי מִיקַּשְּׁטָא:
Explication : le tintement de la clochette, c'est-à-dire les instruments de musique d'une noce. De même qu'une fillette de six ans court au bruit d'une noce, ainsi fait celle de soixante ; et de même elle se pare.
💡 Explication

Rav Hisda rejette la restriction par un serment et une gradation qui va jusqu'à l'extrême : la femme au bord de la tombe elle-même est comprise dans la permission.

L'argument tient dans un dicton populaire. Rachi explique la clochette comme l'instrument qui annonce une noce : de même qu'une fillette de six ans y court, ainsi fait une femme de soixante. Le goût de la parure et la joie qu'elle procure ne dépendent pas de l'âge, et la raison de la permission subsiste donc à tout âge.

13
רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: לֹא תָּסוּד. תַּנְיָא, רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: אִשָּׁה לֹא תָּסוּד מִפְּנֵי שֶׁנִּיוּוּל הוּא לָהּ. וּמוֹדֶה רַבִּי יְהוּדָה בְּסִיד שֶׁיְּכוֹלָה לְקַפְּלוֹ בַּמּוֹעֵד, שֶׁטּוֹפַלְתּוֹ בַּמּוֹעֵד. שֶׁאַף עַל פִּי שֶׁמְּצֵירָה הִיא עַכְשָׁיו — שְׂמֵחָה הִיא לְאַחַר זְמַן.

« Rabbi Yehouda dit : elle ne se met pas de chaux. » Il a été enseigné : Rabbi Yehouda dit : une femme ne se met pas de chaux, parce que c'est pour elle un enlaidissement. Et Rabbi Yehouda concède que la chaux qu'elle peut ôter pendant la fête, elle l'applique pendant la fête : bien qu'elle en souffre maintenant, elle s'en réjouit plus tard.

📜 Rachi (3)
שֶׁנִּיוּוּל הוּא לָהּ שֶׁגְּנַאי הוּא לָהּ וְנִיוּוּל בְּסִיד וּמִצְטַעֶרֶת בְּסִיד:
C'est une honte pour elle, un enlaidissement par la chaux, et elle souffre de la chaux.
שֶׁיְּכוֹלָה לְקַפְּלוֹ בַּמּוֹעֵד אע"פ שֶׁהִיא מְנֻוֶּולֶת בְּסִיד:
Bien qu'elle soit enlaidie par la chaux.
שְׂמֵחָה הִיא לְאַחַר זְמַן בַּמּוֹעֵד לְסוֹף הַמּוֹעֵד לְאַחַר שֶׁקִּפְּלַתּוּ אֶת הַסִּיד שֶׁטָּפְלָה לְפִי שֶׁמַּשִּׁיר אֶת הַשֵּׂעָר וּמְעַדֵּן אֶת הַבָּשָׂר וְהוֹאִיל דְּהַאי סִיד מְשַׂמַּחְתָּהּ לְאַחַר זְמַן לְהָכִי שָׁרִי לָהּ לְטָופְלוֹ בַּמּוֹעֵד אע"פ שֶׁהִיא מְצֵירָה עַכְשָׁיו:
Pendant la fête, à la fin de la fête, une fois qu'elle a ôté la chaux qu'elle avait appliquée : car celle-ci fait tomber le poil et adoucit la chair ; et puisque cette chaux la réjouit plus tard, il lui est permis de l'appliquer pendant la fête, bien qu'elle en souffre maintenant.
💡 Explication

La chaux sert ici d'épilatoire : appliquée sur la peau, elle fait tomber le poil et, selon Rachi, adoucit la chair. Le temps de la pose, la femme est enlaidie, ce qui contredit la joie de la fête : Rabbi Yehouda interdit donc l'opération.

La baraita apporte aussitôt la limite de cette interdiction. Si la chaux peut être retirée avant la fin de la fête, elle est permise, car la femme profitera du résultat pendant la fête même. Le principe posé est celui qui va porter toute la suite : metsera akhchav vessmeha leahar zeman, elle souffre maintenant et se réjouit plus tard.

14
וּמִי אִית לֵיהּ לְרַבִּי יְהוּדָה הַאי סְבָרָא? וְהִתְנָן:

Mais Rabbi Yehouda tient-il ce raisonnement ? N'avons-nous pas appris dans la michna :

📜 Rachi (1)
וּמִי אִית לֵיהּ לְרַבִּי יְהוּדָה הַאי סְבָרָא אע"ג שֶׁהִיא מְצֵירָה עַכְשָׁיו שִׂמְחָה וְכוּ':
« Bien qu'elle en souffre maintenant, elle s'en réjouit » etc.
💡 Explication

La guemara conteste que Rabbi Yehouda puisse raisonner ainsi. Elle va produire une michna d'Avoda Zara où il tranche sur un cas construit exactement sur la même structure — une peine immédiate suivie d'une satisfaction ultérieure — et où il ne tient pas compte de la satisfaction ultérieure.

La michna citée traite des trois jours qui précèdent une fête idolâtre, pendant lesquels on évite toute affaire avec le non-Juif, pour qu'il ne rende pas grâce à son idole à l'occasion de sa fête.

15
רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: נִפְרָעִין מֵהֶן מִפְּנֵי שֶׁמֵּצֵר. אָמְרוּ לוֹ: אַף עַל פִּי שֶׁמֵּצֵר עַכְשָׁיו — שָׂמֵחַ הוּא לְאַחַר זְמַן!

Rabbi Yehouda dit : on se fait rembourser par eux, parce qu'il en souffre. Ils lui dirent : bien qu'il en souffre maintenant, il s'en réjouit plus tard !

📜 Rachi (2)
נִפְרָעִים מֵהֶם מֵהַכּוּתִים בְּיוֹם חַגָּם מִפְּנֵי שֶׁהוּא מְצַעֵר דְּכָל אָדָם שֶׁפּוֹרֵעַ מֵיצֵר אֲבָל לֹא מְשַׁלְּמִים לָהֶם מָמוֹן בְּיוֹם חַגָּם לְפִי שֶׁמְּשַׂמְּחָם בְּיוֹם חַגָּם וּמוֹדֶה לַעַ"ז כִּדְפֵי' בְּמַס' ע"ז:
Des idolâtres, le jour de leur fête, parce qu'il en souffre : tout homme qui rembourse en souffre. Mais on ne leur verse pas d'argent le jour de leur fête, parce que cela les réjouit et qu'ils rendent grâce à l'idolâtrie, comme il est expliqué dans le traité Avoda Zara.
שָׂמֵחַ הוּא לְאַחַר זְמַן שֶׁפָּרַע לוֹ וְאַמַּאי נִפְרָע מֵהֶן אֲבָל לְרַבִּי יְהוּדָה לָא אִית לֵיהּ הַאי סְבָרָא דְּמִשּׁוּם שֶׁמֵּיצֵר עַכְשָׁיו שָׁרִי וְהֵיכִי אִית לֵיהּ הַאי סְבָרָא גַּבֵּי טִפּוּל אע"ג שֶׁהִיא מְצֵירָה עַכְשָׁיו שְׂמֵחָה הִיא לְאַחַר זְמַן:
Du fait qu'il a remboursé — et pourquoi alors se ferait-on rembourser par eux ? Il apparaît donc que Rabbi Yehouda ne retient pas ce raisonnement, et qu'il permet du seul fait qu'il en souffre maintenant. Comment alors le retient-il à propos de l'application de la chaux : bien qu'elle en souffre maintenant, elle s'en réjouit plus tard ?
💡 Explication

Rabbi Yehouda permet de se faire rembourser une dette par le non-Juif durant ces trois jours : celui qui paie en souffre, et une opération qui l'afflige ne le conduira pas à rendre grâce à son idole.

Les Sages lui objectent précisément le raisonnement que la baraita de notre chapitre lui attribuait : la peine du remboursement est suivie d'un soulagement, puisqu'il se trouve libérée de sa dette. Rabbi Yehouda, en permettant, montre donc qu'il ne prend en compte que la peine du moment. Rachi pose la question en toutes lettres : comment peut-il alors retenir le raisonnement inverse à propos de la chaux ?

16
אָמַר רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק: הַנַּח לְהִלְכוֹת מוֹעֵד, דְּכֻולְּהוּ מֵצֵר עַכְשָׁיו וְשָׂמֵחַ לְאַחַר זְמַן נִינְהוּ.

Rav Nahman bar Yits'hak dit : laisse de côté les lois de la fête, car toutes relèvent de « il en souffre maintenant et s'en réjouit plus tard ».

📜 Rachi (2)
הַנַּח לְהִלְכוֹת מוֹעֵד לְהָכִי א"ר יְהוּדָה הָכָא דְּשָׁרֵי אע"פ שֶׁהִיא מְצֵירָה כו':
C'est pourquoi Rabbi Yehouda dit ici que c'est permis, bien qu'elle en souffre, etc.
דְּכוּלְּהוּ הִלְכוֹת מוֹעֵד דְּשָׁרֵי מִשּׁוּם הַאי טַעְמָא נָמֵי שָׁרוּ כְּגוֹן אֲפִיָּה וּבִישּׁוּל דִּמְצַעֵר הַשְׁתָּא כְּשֶׁהוּא אוֹפֶה וּמְבַשֵּׁל וּלְהָכִי שָׁרִי דְּשָׂמֵחַ הוּא כְּשֶׁהוּא אוֹכֵל אֲפִיָּיתוֹ וּבִישּׁוּלוֹ ביו"ט:
Celles qui sont permises le sont également pour cette raison : ainsi la cuisson au four et la cuisson ordinaire, qui font peiner sur le moment, et qui sont permises parce qu'il se réjouit lorsqu'il mange, le jour de fête, ce qu'il a cuit.
💡 Explication

La première résolution retire les lois de hol hamoed du champ de la comparaison. Le régime entier de ces jours repose déjà sur ce principe : Rachi donne l'exemple de la cuisson au four et de la cuisson ordinaire, qui coûtent de la peine au moment où on les fait et sont permises parce que le repas de la fête en tirera sa joie.

Rabbi Yehouda ne peut donc pas y échapper sans défaire tout le système. Son refus d'appliquer le principe dans Avoda Zara reste entier, mais il ne vaut pas là où la fête est en cause.

🖼️ Schéma
La contradiction sur Rabbi Yehouda : peine maintenant, joie plus tard Ici, Moed Katan : la chaux Rabbi Yehouda interdit la chaux qui reste après la fête : enlaidissement sans issue mais il permet celle qu'elle pourra ôter il tient donc compte de la joie ultérieure Là-bas, Avoda Zara 2a : le remboursement Rabbi Yehouda permet de se faire rembourser avant la fête du non-Juif : il en souffre les Sages objectent : il se réjouit plus tard il ne tient donc pas compte de la joie ultérieure deux résolutions Rav Nahman bar Yits'hak laisse de côté les lois de la fête : tout le régime de hol hamoed repose sur ce principe cuire, pétrir, faire cuire au four : peine sur le moment, joie au repas de la fête Ravina le cas d'Avoda Zara n'entre pas dans la règle : pour un remboursement, le non-Juif souffre toujours, même après coup ; il n'y a donc aucune joie ultérieure à prendre en compte Nafka mina entre les deux résolutions pour Rav Nahman bar Yits'hak, le principe vaut pour la fête seule ; ailleurs Rabbi Yehouda le rejette pour Ravina, le principe vaut partout ; Avoda Zara n'y échappe que par un fait, la peine qui ne cesse pas
Les deux positions attribuées à Rabbi Yehouda, et les deux voies proposées pour les concilier.
17
רָבִינָא אָמַר: גּוֹי לְעִנְיַן פֵּרָעוֹן לְעוֹלָם מֵצֵר.

Ravina dit : pour ce qui touche au remboursement, le non-Juif souffre toujours.

📜 Rachi (1)
כּוּתִי לְעוֹלָם מֵיצֵר שֶׁפּוֹרֵעַ וּלְהָכִי לָא אִית לֵיהּ לְר' יְהוּדָה הָתָם אע"פ שֶׁמֵּיצֵר שָׂמֵחַ וְכוּ' אֲבָל לְעֵיל גַּבֵּי טִפּוּל אִית לֵיהּ לְר' יְהוּדָה אע"פ שֶׁמְּצֵירָה עַכְשָׁיו שְׂמֵחָה לְאַחַר זְמַן:
Du fait qu'il rembourse. C'est pourquoi Rabbi Yehouda ne retient pas là-bas « bien qu'il en souffre, il s'en réjouit » etc. ; mais plus haut, à propos de l'application de la chaux, Rabbi Yehouda retient bien : « bien qu'elle en souffre maintenant, elle s'en réjouit plus tard ».
💡 Explication

La seconde résolution ne restreint pas le principe mais conteste que le cas d'Avoda Zara en relève. Un débiteur qui rembourse ne cesse pas d'éprouver la perte : la peine du paiement ne se convertit en aucune satisfaction ultérieure.

Il n'y a donc jamais eu de contradiction : Rabbi Yehouda retient le principe partout, y compris dans Avoda Zara, mais il n'y trouve pas de joie ultérieure à prendre en compte. Rachi souligne l'écart avec la chaux, où la joie ultérieure est réelle.

18
אָמַר רַב יְהוּדָה: בְּנוֹת יִשְׂרָאֵל שֶׁהִגִּיעוּ לְפִירְקָן וְלֹא הִגִּיעוּ לְשָׁנִים, עֲנִיּוֹת טוֹפְלוֹת אוֹתָן בְּסִיד, עֲשִׁירוֹת טוֹפְלוֹת אוֹתָן בְּסֹולֶת, בְּנוֹת מְלָכִים בְּשֶׁמֶן הַמּוֹר, שֶׁנֶּאֱמַר: ״שִׁשָּׁה חֳדָשִׁים בְּשֶׁמֶן הַמֹּור״.

Rav Yehouda dit : les filles d'Israël qui sont arrivées à la puberté sans avoir atteint l'âge requis — les pauvres, on les enduit de chaux ; les riches, on les enduit de fleur de farine ; et les filles de rois, d'huile de myrrhe (chemen hamor), ainsi qu'il est dit : « six mois avec de l'huile de myrrhe » (Esther 2, 12).

📜 Rachi (3)
שֶׁהִגִּיעוּ לְפִירְקָן לְשֵׂיעָר:
À la pilosité.
וְלֹא הִגִּיעוּ לִשְׁנַיִם שֶׁאֵינָן בְּנוֹת י"ב שָׁנָה וְיוֹם אֶחָד שֶׁעֲדַייִן אֵינוֹ דִּין שֶׁיְּהֵא לָהֶן שַׁעַר וּבוֹשׁוֹת עַל כָּךְ:
Elles n'ont pas douze ans et un jour ; il n'est donc pas encore normal qu'elles aient du poil, et elles en ont honte.
עֲנִיּוּת טוֹפְלוֹת הַשֵּׂיעָר בְּסִיד וּמַשִּׁירוֹת אוֹתָן:
Le poil, avec de la chaux, et elles le font tomber.
💡 Explication

Le folio passe du cadre de la fête à l'usage lui-même. Rav Yehouda vise la jeune fille qui présente une pilosité avant douze ans et un jour : selon Rachi, cette précocité la met mal à l'aise, et l'on y remédie par un tipoul, un enduit épilatoire.

Les trois produits répondent à un seul besoin et se distinguent par le coût et par la douceur du traitement : la chaux pour les pauvres, la fleur de farine pour les riches, le chemen hamor pour les filles de rois. Le verset d'Esther fournit l'appui de ce dernier terme.

🖼️ Schéma
Le tipoul selon la condition : même but, trois produits Le cas visé par Rav Yehouda jeune fille arrivée à la pilosité avant douze ans et un jour : elle en a honte, on l'en débarrasse Les pauvres la chaux — sid caustique et bon marché enlaidit tant qu'elle reste Les riches la fleur de farine — solet plus douce pour la peau produit plus coûteux Les filles de rois chemen hamor setakhet, ou huile d'olive n'ayant pas mûri d'un tiers L'effet recherché, identique dans les trois cas faire tomber le poil et adoucir la chair — machir et hasear oumeaden et habassar La mise en garde du récit final membre après membre chez Rav Beivai ; en une seule fois chez le voisin, et la fille en est morte
Les trois produits du tipoul selon la condition sociale, leur effet commun, et la mise en garde du récit final.
19
מַאי ״שֶׁמֶן הַמֹּור״? רַב הוּנָא בַּר חִייָּא אָמַר: סְטָכַת, רַב יִרְמְיָה בַּר אַמֵּי אָמַר: שֶׁמֶן זַיִת שֶׁלֹּא הֵבִיא שְׁלִישׁ.

Qu'est-ce que le « chemen hamor » ? Rav Houna bar Hiya dit : le setakhet.

Rav Yirmeya bar Ami dit : de l'huile d'olive qui n'a pas atteint le tiers de sa maturation.

🗂️ Tossefot (1)
סְטָכַת. בְּפֶרֶק כָּל הַקָּרְבָּנוֹת (מְנָחוֹת דַּף פּוֹ.) מְפָרֵשׁ דְּשֶׁמֶן הַמֹּור הוּא סְטָכַת וּבְפֶ' קַמָּא. דִּמְגִילָּה (דַּף יג.) מַאי שֶׁמֶן הַמּוֹר רַב הוּנָא אָמַר רַבִּי חִיָּיא סְטָכַת:
« Setakhet. » Au chapitre Kol HaKorbanot (Menahot 86a), il est expliqué que le chemen hamor est le setakhet ; et au premier chapitre de Meguila (13a) : qu'est-ce que le chemen hamor ? Rav Houna a dit au nom de Rabbi Hiya : le setakhet.
💡 Explication

Deux identifications du terme s'opposent. Le setakhet est un parfum ; l'huile d'olive cueillie avant que le fruit n'ait atteint le tiers de sa croissance est, elle, une huile âcre, dont l'action épilatoire est indiquée au segment suivant.

Tossefot rattache la première identification à ses parallèles, dans Menahot et dans Meguila, où la même question reçoit la même réponse.

20
תַּנְיָא, רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: אַנְפִּיקִינוֹן — שֶׁמֶן זַיִת שֶׁלֹּא הֵבִיא שְׁלִישׁ. וְלָמָּה סַכִּין אוֹתוֹ? שֶׁמַּשִּׁיר אֶת הַשֵּׂעָר וּמְעַדֵּן אֶת הַבָּשָׂר.

Il a été enseigné : Rabbi Yehouda dit : l'anpikinon, c'est de l'huile d'olive qui n'a pas atteint le tiers de sa maturation. Et pourquoi s'en enduit-on ?

Parce qu'elle fait tomber le poil et adoucit la chair.

📜 Rachi (3)
אַנְפִּיקִינוֹן הַייְנוּ אַנְפִּיקִינוֹן דְּקָתָנֵי הָתָם בִּמְנָחוֹת (דַּף פֹּה:) אַנְפִּיקִינוֹן לֹא יָבִיא הַיְינוּ אוֹתוֹ שֶׁמֶן שֶׁעוֹשִׂין מִזֵּיתִים:
C'est l'anpikinon dont il est question là-bas, dans Menahot (85b) : « il n'apportera pas d'anpikinon » — c'est cette huile que l'on fait à partir des olives.
שֶׁלֹּא הֵבִיאוּ שְׁלִישׁ שֶׁלֹּא בִּישְּׁלוּ שְׁלִישׁ:
Qui n'ont pas mûri d'un tiers.
וְלָמָּה סָכִין אוֹתוֹ אָכַל הָנֵי קָא מַהְדַּר דְּקָאָמַר טוֹפְלִין כו':
Cela se rapporte à tous ceux dont il a été dit qu'on en enduit, etc.
💡 Explication

Une baraita identifie l'anpikinon — terme connu de Menahot, où cette huile est écartée des offrandes précisément parce qu'elle est tirée d'olives non mûres — à l'huile décrite par Rav Yirmeya bar Ami.

La question « pourquoi s'en enduit-on » porte, selon Rachi, sur l'ensemble des produits énumérés au segment 18 : la réponse donne l'effet recherché, commun aux trois, qui explique du même coup pourquoi la chaux enlaidit d'abord et réjouit ensuite.

21
רַב בִּיבִי הֲוָה לֵיהּ בְּרַתָּא, טְפֵלָה אֵבֶר אֵבֶר. שָׁקַל בָּהּ אַרְבַּע מְאָה זוּזֵי. הֲוָה הָהוּא גּוֹי בְּשִׁבָבוּתֵיהּ דַּהֲוָה לֵיהּ בְּרַתָּא. טְפֵלָה בְּחַד זִמְנָא וּמֵתָה, אֲמַר: קַטְּלָהּ בֵּיבָי לְבַרְתִּי. אָמַר רַב נַחְמָן: רַב בִּיבִי דְּשָׁתֵי שִׁיכְרָא — בַּעְייַן בְּנֹתֶיהָ טָפְלָא, אֲנַן דְּלָא שָׁתֵינַן שִׁיכְרָא — לָא בָּעֲייָן בְּנָתִין טִפְלָא.

Rav Beivai avait une fille ; il l'enduisit membre après membre, et il obtint pour elle quatre cents zouz. Il y avait un non-Juif dans son voisinage qui avait une fille ; il l'enduisit en une seule fois, et elle mourut.

Il dit : Beivai a tué ma fille. Rav Nahman dit : Rav Beivai, qui boit de la bière, ses filles ont besoin d'être enduites ; nous, qui ne buvons pas de bière, nos filles n'ont pas besoin d'être enduites.

📜 Rachi (3)
וְשֶׁקֶל בָּהּ אַרְבַּע מְאָה זוּזֵי שֶׁנִּתְיַיפָּת וְנָטַל מִבַּעְלָהּ כָּךְ:
Elle était devenue belle, et il reçut cette somme de son mari.
טְפֵלָה כֻּולָּהּ בְּחַד זִימְנָא דְּסָבַר לְמֶיעְבַּד כְּרַב בֵּיבָי וּמֵתָה:
Il pensait faire comme Rav Beivai, et elle mourut.
בַּעְייַן בְּנָתִין טַפְלָא דִּשְׂכַר מִגְדָּל הַשֵּׂעָר וּמְעַבֶּה אֶת הַבָּשָׂר:
Car la bière fait pousser le poil et épaissit la chair.
💡 Explication

Le récit fixe la manière de procéder : membre après membre, et non sur tout le corps à la fois. Le voisin qui a imité le procédé sans en respecter la mesure a tué sa fille — la chaux vive appliquée d'un seul coup sur toute la surface du corps est mortelle.

Rav Nahman ajoute une remarque de régime alimentaire : la bière, selon Rachi, fait pousser le poil et épaissit la chair. Le besoin du tipoul dépend donc des habitudes de la maison, ce qui restreint la portée de l'usage décrit plus haut.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).