Moed_Katan 11a — Ouvrage de profane et ouvrage d'artisan pendant hol hamoed : garde-corps, fours, huisseries brisées et les poissons de la Bedita

Moed_Katan 11a

Sougya : Le folio achève le chapitre Machkin beit hachelahin autour d'un seul critère : la manière dont un travail est accompli. La michna autorise le garde-corps du toit, l'enduit des fentes du four et la réparation des huisseries brisées, à condition que l'ouvrage reste un maasse hedyot (ouvrage de profane) et que l'homme n'ait pas garde son travail en réserve pour la fête.

La guemara précise le seuil par des cas concrets — nasses contre filets, four d'été contre four d'hiver, rouleau contre mahlatsayim — puis se heurte à une contradiction : la michna de Maasser Cheni rapporte que Yo'hanan le grand prêtre fit taire le marteau de Jérusalem pendant hol hamoed. Quatre réponses se succèdent (forgerons contre charpentiers, scie contre herminette, avant contre après le décret, Rabbi Yehouda contre Rabbi Yossé), la dernière ouvrant la question du chinouy dans un cas de perte.

Le folio se clôt sur le débordement du fleuve Bedita, où Rava autorise le salage des poissons au titre de la marchandise qui se perd, puis sur les propos d'Ada le pêcheur rapportés par Rav.

Le critère du chapitre : maasse hedyot ou maasse ouman ? Le travail permis pendant hol hamoed n'est pas jugé sur son résultat mais sur sa façon MAASSÉ HEDYOT — permis ouvrage de profane, n'importe qui sait le faire Garde-corps : palmes et laurier Garde-corps : pierres sans enduit d'argile Nasses à poissons (ohari) Fentes du four bouchées à la main, au pied Tamis tressé (mehoulta) Gond, verrou, clé brisés : on répare Four, mais seulement en saison sèche Condition : ne pas avoir réservé ce travail pour la fête MAASSÉ OUMAN — interdit ouvrage d'artisan, il y faut un métier Garde-corps maçonné et enduit Filets à oiseaux (izlei) Mahlatsayim : presse à boucher les fentes Four neuf en saison des pluies Travail du forgeron : le marteau Herminette (hatsina), qui fait du bruit Deux raisons distinctes : la façon, et le bruit public
Les deux colonnes du folio : tout y est trié selon la façon de faire, et non selon l'objet fabriqué.
La contradiction et ses quatre résolutions Notre michna gond, verrou, clé brisés : on les répare pendant le moed Maasser Cheni 5,15 jusqu'aux jours de Yo'hanan le grand prêtre le marteau frappait à Jérusalem X Quatre façons de les faire tenir ensemble 1. Réponse anonyme interdit : le forgeron — permis : le charpentier réfutée par Rav Hisda : on croirait que seul le grand bruit est en cause 2. Rav Hisda permis : la scie (magal) — interdit : l'herminette (hatsina) 3. Rav Papa notre michna : avant le décret — l'autre : après le décret 4. Rav Achi l'autre michna : Rabbi Yehouda — la notre : Rabbi Yossé nafka mina : faut-il un chinouy même dans un cas de perte ? Rabbi Yossé dit non
Trois premières réponses distinguent l'outil ou l'époque ; la quatrième déplace le débat vers la question du chinouy.
Les poissons de la Bedita : deux versions du permis de Rava Le fleuve Bedita déborde vers Bai pendant hol hamoed et y laisse quantité de poissons ; tout le monde va les pêcher et les rapporte Première version Rava permet d'en saler une partie Abayé : la michna dit seulement ce dont on peut manger pendant le moed Rava : ils ont été apportés pour être mangés ; les laisser, c'est les perdre comme une marchandise qui se perd Seconde version (ikka de-amri) Rava permet de pêcher, rapporter et saler Abayé : même objection tirée de la michna Rava : ces poissons-là aussi se mangent au moyen du pressage (itstsa) qui retire le sel ils entrent donc dans le cadre de la michna
Deux voies pour le même permis : la première invoque la perte, la seconde ramène le cas dans la lettre de la michna.
1
לְיָרִיד שֶׁל גּוֹיִם, וְלוֹקְחִים בְּהֵמָה, עֲבָדִים וּשְׁפָחוֹת, בָּתִּים, שָׂדוֹת וּכְרָמִים, וְכוֹתֵב וּמַעֲלֶה בְּעַרְכָּאוֹת שֶׁלָּהֶן, מִפְּנֵי שֶׁהוּא כְּמַצִּיל מִיָּדָן.

... à la foire des non-Juifs, et l'on y achète bête, esclaves et servantes, maisons, champs et vignes ; et il rédige l'acte et le fait homologuer devant leurs tribunaux, parce que c'est comme s'il sauvait de leur main.

📜 Rachi (2)
יָרִיד שֶׁל עַכּוּ"ם יוֹמָא דְשׁוּקָא:
« La foire des idolâtres » : jour de marché.
וּמַעֲלֶה בְּעַרְכָּאוֹת לְקַייְּמָן בַּחֲתִימָתָן דְּכֵיוָן דְּהַשְׁתָּא הוּא דְּמַשְׁכַּח לְהוּ וּלְיוֹמָא אַחַרְיַנָא לָא שָׁרִי:
« Et il fait homologuer devant les tribunaux » : pour les valider par leur signature. Puisque c'est maintenant qu'il les trouve et qu'un autre jour il n'en aura plus la possibilité, c'est permis.
💡 Explication

Fin de la baraita ouverte au folio précédent. Se rendre à la foire d'un jour consacré à l'idolâtrie et faire enregistrer l'acte dans un tribunal non juif porte l'apparence d'un honneur rendu à ce culte ; la baraita le permet tout de même, parce que c'est comme sauver son bien de leur main — l'occasion ne se représentera pas.

La guemara en avait tiré son principe : une affaire liée à une occasion unique relève du davar haaved, la perte, et se traite comme telle pendant hol hamoed.

2
רַב שְׁרָא לְחִייָּא בַּר אָשֵׁי לְמִיגְדַּל אוּהָרִי בְּחֻולָּא דְמוֹעֲדָא. מַאי טַעְמָא — מַעֲשֵׂה הֶדְיוֹט הוּא, אֲבָל אִיזְלֵי — אָסוּר. מַאי טַעְמָא — מַעֲשֵׂה אֻומָּן הוּא.

Rav a permis à Hiya bar Achi de tresser des ohari (nasses) pendant hol hamoed. Quelle en est la raison ?

C'est un ouvrage de profane (maasse hedyot). Mais les izlei (filets), c'est interdit.

Quelle en est la raison ? C'est un ouvrage d'artisan (maasse ouman).

📜 Rachi (2)
אוּהָרֵי שֶׁצָּדִין בּוֹ דָּגִים שֶׁקּוֹרִין רוש"א:
« Ohari » : ce avec quoi l'on prend les poissons, que l'on appelle rousa.
אִיזְלֵי רְשָׁתוֹת שֶׁצָּדִין בּוֹ עוֹפוֹת:
« Izlei » : des filets avec lesquels on prend les oiseaux.
💡 Explication

Première illustration du critère qui commande tout le folio. Deux objets de pêche et de chasse, tous deux tressés, tous deux utiles pendant la fête : seule la façon les sépare. La nasse relevant du geste de n'importe qui, elle est permise ; le filet suppose un tour de main de métier, il ne l'est pas.

3
רַב יְהוּדָה שְׁרָא לְאַמֵּי תַּנּוּרָאָה לְמִיגְדַּל תַּנּוּרֵי, וּלְרַבָּה בַּר עִשְׂבִּי לְמִיגְדַּל מַהוֹלָתָא. אֵינִי? וְהָא תָּנֵי רַבָּה בַּר שְׁמוּאֵל: וְשָׁוִין שֶׁאֵין גּוֹדְלִין תַּנּוּר לְכַתְּחִילָּה! לָא קַשְׁיָא: כָּאן בִּימוֹת הַחַמָּה, כָּאן בִּימוֹת הַגְּשָׁמִים.

Rav Yehouda a permis à Ami le fabricant de fours de construire des fours, et à Rabba bar Achbi de tresser des mehoulta (tamis). Est-ce bien ainsi ?

Or Rabba bar Chmouel a enseigné : Et ils s'accordent que l'on ne construit pas un four ab initio ! Ce n'est pas difficile : ici, pendant la saison chaude ; là, pendant la saison des pluies.

📜 Rachi (4)
לְמִגְדַּל תַּנּוּרָא לַעֲשׂוֹת הַתַּנּוּר מֵחָדָשׁ:
« Construire un four » : faire le four à neuf.
מַהוֹלְתָּא נָפָה:
« Mehoulta » : un tamis.
בִּימוֹת הַחַמָּה כְּלוֹמַר כְּשֶׁיֵּשׁ יְמוֹת הַחַמָּה כְּגוֹן בְּפֶסַח דְּחָבוּל עָלְמָא שֶׁאֵין יוֹרְדִין בּוֹ גְּשָׁמִים מֻותָּר לַעֲשׂוֹת בּוֹ תַּנּוּר לְפִי שֶׁלְּאַלְתַּר יָבֵשׁ וִיכוֹלִין לֶאֱפוֹת בּוֹ פַּת בָּרֶגֶל לְצֹורֶךְ הָרֶגֶל:
« Pendant la saison chaude » : c'est-à-dire lorsque l'on se trouve en saison chaude, comme à Pessa'h, où le monde est sec et où il n'y tombe pas de pluie — il est permis d'y faire un four, car il sèche aussitôt et l'on peut y cuire du pain pendant la fête, pour les besoins de la fête.
כָּאן בִּימוֹת הַגְּשָׁמִים כְּלוֹמַר כְּשֶׁיּוֹרְדִין הַגְּשָׁמִים בָּרֶגֶל כְּגוֹן בְּסֻוכּוֹת אֵין עוֹשִׂין תַּנּוּר לְפִי שֶׁאֵינוֹ יָבֵשׁ לְאַלְתַּר עַד לְאַחַר הָרֶגֶל וַעֲבַד טִירְחָא שֶׁלֹּא לְצֹורֶךְ הָרֶגֶל:
« Là, pendant la saison des pluies » : c'est-à-dire lorsque les pluies tombent pendant la fête, comme à Souccot, on ne fait pas de four, car il ne sèche pas aussitôt mais seulement après la fête, et il aurait pris une peine qui n'est pas pour les besoins de la fête.
💡 Explication

Le four neuf pose une difficulté différente : la baraita de Rabba bar Chmouel l'interdit sans réserve. La guemara distingue selon la saison, et donc selon le délai de séchage.

À Pessa'h, l'air sec permet au four d'être utilisable pendant la fête même : le travail est letsorekh hamoed, pour les besoins de la fête. À Souccot, sous les pluies, le four ne servira qu'après la fête ; la peine prise pendant hol hamoed ne profite alors à rien de la fête, et reste interdite.

🖼️ Schéma
Construire un four pendant hol hamoed : la saison décide Saison chaude — Pessa'h Air sec, pas de pluie Le four sèche aussitôt On y cuit du pain pendant la fête PERMIS besoin de la fête (letsorekh hamoed) Saison des pluies — Souccot Les pluies tombent pendant la fête Le four ne sèche qu'après la fête Rien n'en est tiré pendant le moed INTERDIT peine sans besoin de la fête
Le même geste, deux verdicts : ce qui change est le délai de séchage, donc l'utilité pendant la fête.
4
מַתְנִי׳ עוֹשִׂין מַעֲקֶה לַגַּג וְלַמִּרְפֶּסֶת מַעֲשֵׂה הֶדְיוֹט, אֲבָל לֹא מַעֲשֵׂה אֻומָּן. שָׁפִין אֶת הַסְּדָקִין וּמַעֲגִילִין אוֹתָן בַּמַּעֲגִילָה, בַּיָּד וּבָרֶגֶל אֲבָל לֹא בְּמַחְלָצַיִם.

MICHNA. On fait un garde-corps pour le toit et pour la terrasse, en ouvrage de profane, mais non en ouvrage d'artisan.

On enduit les fentes [du four] et on les roule avec le rouleau, à la main et au pied, mais non avec les mahlatsayim.

📜 Rachi (5)
מַתְנֵי' מַעֲקֶה לְמִרְפֶּסֶת כֹּותֶל קְטַנָּה הָעוֹשִׂין עַל הָאִיצְטַבּוֹת שֶׁלִּפְנֵי הָעֲלִיּוֹת גְּדוֹלוֹת כְּעֵין שֶׁיֵּשׁ עַל שְׂפַת נְהַר רייניס:
MICHNA. « Un garde-corps pour la terrasse » : une petite muraille que l'on fait sur les banquettes qui se trouvent devant les grands étages, à la manière de ce qu'il y a sur la rive du fleuve Rhin.
שָׁפִין אֶת הַסְּדָקִין שֶׁבַּתַּנּוּר:
« On enduit les fentes » : celles du four.
וּמַעְגִּילִין אוֹתָן בְּמַעְגִּילָה שֶׁגּוֹלְלִין עַל קַרְקָעוֹת הַתַּנּוּר עֵץ גָּדוֹל עָגֹול כְּדֵי לִסְתֹּום הַסְּדָקִין:
« Et on les roule avec le rouleau » : on roule sur le sol du four un grand bois rond afin de boucher les fentes.
בַּיָּד וּבָרֶגֶל שֶׁלּוֹקֵחַ בְּיָדוֹ עֵץ וּבוֹעֲטִין בַּיָּד עַל הַתַּנּוּר לִסְתֹּום הַסְּדָקִים אוֹ בּוֹעֵט בְּרַגְלוֹ עַל קַרְקָעוֹת הַתַּנּוּר:
« À la main et au pied » : il prend en main un bois et l'on frappe de la main sur le four pour boucher les fentes, ou bien il frappe du pied sur le sol du four.
מְחֻלָּצִים עֵץ כְּעֵין רֶגֶל שֶׁדּוֹחֲקוֹ בַּמַּעֲזִיבָה לִסְתֹּום הַסְּדָקִין וְיֵשׁ בּוֹ מַעֲשֵׂה אֻומָּן יוֹתֵר מִמַּעֲגִילָה:
« Mahlatsayim » : un bois en forme de pied que l'on presse dans le revêtement pour boucher les fentes ; il comporte plus d'ouvrage d'artisan que le rouleau.
💡 Explication

La michna reprend le critère sous forme de règle. Le maaké, garde-corps du toit, est une mitsva de la Torah, et l'entretien du four touche à la nourriture de la fête : les deux travaux sont donc légitimes en soi, et la michna ne discute que de la manière.

Les mahlatsayim sont l'outil propre du métier : leur emploi transforme un geste domestique en ouvrage d'artisan.

🖼️ Schéma
Les deux cas de la michna Le garde-corps (maaké) bord du toit ou de la terrasse palmes et laurier ou pierres sans enduit PERMIS maçonné et enduit d'argile INTERDIT Les fentes du four à la main, au pied, comme au rouleau : PERMIS avec les mahlatsayim (presse de métier) : INTERDIT
Garde-corps et four : dans les deux cas la finalité est admise, seule la technique est en cause.
5
הַצִּיר וְהַצִּינּוֹר וְהַקּוֹרָה וְהַמַּנְעוּל וְהַמַּפְתֵּחַ שֶׁנִּשְׁבְּרוּ — מְתַקְּנָן בַּמּוֹעֵד, וּבִלְבַד שֶׁלֹּא יִתְכַּוֵּין לַעֲשׂוֹת מְלַאכְתּוֹ בַּמּוֹעֵד.

Le gond, la crapaudine, le linteau, le verrou et la clé qui se sont brisés — on les répare pendant le moed, pourvu qu'il n'ait pas l'intention de faire son travail pendant le moed.

📜 Rachi (5)
צִיר רֶגֶל הַדֶּלֶת כְּמוֹ הַדֶּלֶת תִּסּוֹב עַל צִירָהּ (מִשְׁלֵי כ״ו:י״ד):
« Tsir » : le pied de la porte, comme dans « la porte tourne sur son gond » (Proverbes 26, 14).
צִינּוֹר הוּא הַחוֹר שֶׁבְּאַסְקוֹפָא הַתַּחְתּוֹנָה כְּמוֹ צִינּוֹרָא דְּדַשָּׁא:
« Tsinor » : c'est le trou qui se trouve dans le seuil inférieur, comme dans « tsinora de-dacha ».
הַקּוֹרָה מַה שֶׁעַל הַפֶּתַח שֶׁתַּחֲזֹור בּוֹ הַדֶּלֶת וְקוֹרִין אוברטו"ר:
« Le linteau » : ce qui est au-dessus de l'entrée, contre quoi la porte revient ; on l'appelle overtour.
מַנְעוּל בלבדור"א:
« Verrou » : belador'a.
וּבִלְבַד שֶׁלֹּא יִתְכַּוֵּין לַעֲשׂוֹת מְלַאכְתּוֹ בַּמּוֹעֵד כְּשֶׁיֵּשׁ לוֹ לְתַקֵּן כָּל אֵילּוּ בִּשְׁאָר יְמוֹת הַשָּׁנָה וּמַנִּיחוֹ עַד הַמּוֹעֵד:
« Pourvu qu'il n'ait pas l'intention de faire son travail pendant le moed » : lorsqu'il aurait pu réparer tout cela pendant le reste de l'année et qu'il le laisse jusqu'au moed.
💡 Explication

Cinq pièces d'huisserie dont la rupture ferme ou ouvre la maison : leur réparation ne peut attendre, et la michna la permet. La réserve finale vise l'homme qui aurait pu les réparer tout au long de l'année et qui garde son travail en réserve pour les jours de la fête, où il est desœuvre.

Cette condition traverse tout le traité : le permis tient à l'urgence réelle, et disparaît dès que l'urgence a été fabriquée.

6
וְכָל כְּבָשִׁין שֶׁהוּא יָכוֹל לֶאֱכֹול מֵהֶן בַּמּוֹעֵד כּוֹבְשָׁן.

Et tous les macérats dont il peut manger pendant le moed, il les macère.

📜 Rachi (1)
וּכְבָשִׁין שֶׁל צִיר כְּלוֹמַר דָּגִים וּשְׁאָר דְּבָרִים שֶׁכּוֹבְשִׁים בְּמֶלַח שֶׁיָּכוֹל לְאָוכְלָן בַּמּוֹעֵד שֶׁלֹּא יְהֵא צָרִיךְ לְהַמְתִּין בַּאֲכִילָתָן עַד לְאַחַר הַמּוֹעֵד שֶׁיְּהוּ נִכְבָּשִׁין מַהֵר וּרְאוּיִין לֶאֱכֹול מִיָּד:
« Et les macérats » : de saumure, c'est-à-dire des poissons et d'autres choses que l'on conserve dans le sel, dont il peut manger pendant le moed, en sorte qu'il n'ait pas à attendre pour les manger jusqu'après le moed — qu'ils soient macérés vite et propres à être mangés aussitôt.
💡 Explication

Dernier membre de la michna : la conserve au sel ou au vinaigre est permise à la mesure de ce que la fête elle-même consommera. Ce qui ne sera mangeable qu'après la fête est un travail fait pour après la fête, donc interdit.

C'est de cette ligne que partiront les objections d'Abayé à Rava dans l'affaire de la Bedita.

7
גְּמָ׳ הֵיכִי דָמֵי מַעֲשֵׂה הֶדְיוֹט? רַב יוֹסֵף אָמַר: בְּהוּצָא וְדַפְנָא. בְּמַתְנִיתָא תְּנָא: צָר בִּצְרוֹר וְאֵינוֹ טָח בְּטִיט.

GUEMARA. Quel est le cas d'un ouvrage de profane ?

Rav Yossef dit : avec des palmes et du laurier. Dans une baraita on a enseigné : il assemble avec des pierres et il n'enduit pas d'argile.

📜 Rachi (3)
גְּמ' הוּצָא הוּצֵי דֶּקֶל:
GUEMARA. « Hotsa » : palmes de palmier.
דֻּופְנָא עָבְדִי לְחָיַיִם שֶׁל גָּדֵר:
« Dafna » : on en fait les montants de la clôture.
וְאֵינוֹ טָח בְּטִיט זֶה הוּא מַעֲשֵׂה הֶדְיוֹט:
« Et il n'enduit pas d'argile » : voilà l'ouvrage de profane.
💡 Explication

Deux définitions du maasse hedyot pour le garde-corps. Rav Yossef vise le matériau : branchages, rien de durable. La baraita admet la pierre mais retire l'enduit d'argile — le geste du maçon.

Le garde-corps ainsi fait remplit sa fonction de protection pendant la fête sans devenir une construction.

8
שָׁפִין אֶת הַסְּדָקִין וּמַעֲגִילִין אוֹתָן בַּמַּעֲגִילָה. הַשְׁתָּא בְּמַעֲגִילָה אָמְרַתְּ שְׁרֵי — בַּיָּד וּבָרֶגֶל מִיבַּעְיָא? הָכִי קָאָמַר: שָׁפִין אֶת הַסְּדָקִין וּמַעֲגִילִין אוֹתָן כְּעֵין מַעֲגִילָה, בַּיָּד וּבָרֶגֶל, אֲבָל לֹא בְּמַחְלְצִים.

« On enduit les fentes et on les roule avec le rouleau. » Or, puisque tu as dit qu'avec le rouleau c'est permis, faut-il encore dire qu'à la main et au pied ce l'est ? Voici ce que la michna veut dire : on enduit les fentes et on les roule à la manière d'un rouleau, à la main et au pied, mais non avec les mahlatsayim.

📜 Rachi (3)
מַעֲגִילָה דֶּרֶךְ אֻומָּנוּת יוֹתֵר:
« Rouleau » : cela relève davantage du métier.
בַּיָּד וּבָרֶגֶל דְּלָאו מַעֲשֵׂה אֻומָּן הוּא לֹא כָּל שֶׁכֵּן:
« À la main et au pied » : puisque ce n'est pas un ouvrage d'artisan, à plus forte raison.
כְּעֵין מַעֲגִילָה וְלֹא מַעֲגִילָה מַמָּשׁ אֶלָּא כְּעֵין מַעֲגִילָה בַּיָּד וּבָרֶגֶל:
« À la manière d'un rouleau » : et non un rouleau véritablement, mais à la manière d'un rouleau, à la main et au pied.
💡 Explication

La guemara corrige la lecture de la michna par un raisonnement de kal va-homer implicite : le rouleau est plus proche du métier que la main ; si la michna l'avait permis, la main allait de soi.

Elle relit donc « avec le rouleau » comme keein meguila — à la manière d'un rouleau — c'est-à-dire du mouvement de roulement exécuté à la main ou au pied, le rouleau lui-même restant hors d'usage.

9
הַצִּיר וְהַצִּינּוֹר וְהַקּוֹרָה וְהַמַּנְעוּל וְהַמַּפְתֵּחַ שֶׁנִּשְׁבְּרוּ — מְתַקְּנָן בַּמּוֹעֵד. וּרְמִינְהִי: עַד יָמָיו הָיָה פַּטִּישׁ מַכֶּה בִּירוּשָׁלַיִם כּוּ׳. עַד יָמָיו — אִין, מִכָּאן וְאֵילָךְ — לֹא!

« Le gond, la crapaudine, le linteau, le verrou et la clé qui se sont brisés — on les répare pendant le moed. » Et l'on oppose : jusqu'à ses jours, le marteau frappait à Jérusalem, etc. Jusqu'à ses jours — oui ; à partir de là — non !

📜 Rachi (1)
עַד יָמָיו שֶׁל יוֹחָנָן כ"ג הָיָה פַּטִּישׁ מַכֶּה בִּירוּשָׁלַיִם בְּחֻולּוֹ שֶׁל מוֹעֵד וְהוּא גָּזַר עָלָיו וּבִטְּלוֹ אַלְמָא אָסוּר וּמַתְנִי' קָתָנֵי וּמְתַקְּנִין מַנְעוּל וּמַפְתֵּחַ:
« Jusqu'à ses jours » : de Yo'hanan le grand prêtre, le marteau frappait à Jérusalem pendant hol hamoed ; lui décréta là-dessus et l'abolit. Il ressort donc que c'est interdit, alors que notre michna enseigne que l'on répare verrou et clé.
💡 Explication

La michna de Maasser Cheni (5, 15) énumère les institutions de Yo'hanan le grand prêtre, dont l'arrêt du marteau à Jérusalem pendant hol hamoed. Le raisonnement est un dioukk : si l'on précise « jusqu'à ses jours », c'est qu'après lui ce bruit cessa, donc que la réparation fut interdite.

Or notre michna permet précisément de réparer verrou et clé, ce qui suppose le marteau.

10
לָא קַשְׁיָא: כָּאן בִּדְנַפָּחֵי, כָּאן בִּדְנַגָּרֵי.

Ce n'est pas difficile : là, il s'agit des forgerons ; ici, des charpentiers.

📜 Rachi (2)
בִּדְנַפָּחֵי דְּפַטִּישׁ הַייְנוּ קוּרְנָס אָסוּר דְּהָוֵי קָלָא רַבָּה וְאוֹלוֹדֵי קָלָא אָסוּר:
« Des forgerons » : car le marteau, c'est le maillet — interdit, parce que cela fait grand bruit, et faire naître du bruit est interdit.
מַתְנִיתִין דִּמְתַקְּנִין אֵלּוּ בחוש"מ בִּדְנַגָּרֵי בְּמַנְעוּל שֶׁל עֵץ שָׁרִי דְּלָא הָוֵי קָלָא רַבָּה:
Notre michna, qui enseigne que l'on répare cela pendant hol hamoed, parle des charpentiers : sur un verrou de bois c'est permis, car cela ne fait pas grand bruit.
💡 Explication

Première résolution : l'interdit de Yo'hanan porte sur le travail des nafhei, les forgerons, dont le marteau retentit au loin ; notre michna parle des nagrei, les charpentiers, qui réparent un verrou de bois sans grand bruit.

Le critère invoqué ici n'est plus la façon mais le bruit public, qui trahit le travail pendant la fête.

11
מַתְקִיף לַהּ רַב חִסְדָּא: יֹאמְרוּ, קָלָא רַבָּה — אֲסִיר, קָלָא זוּטְרָא — שָׁרֵי! אֶלָּא אָמַר רַב חִסְדָּא, לָא קַשְׁיָא: הָא — בִּמְגַלִי, הָא — בַּחֲצִינֵי. רַב פָּפָּא אָמַר: כָּאן — קֹודֶם גְּזֵירָה, כָּאן — לְאַחַר גְּזֵירָה.

Rav Hisda objecte : on dira alors qu'un grand bruit est interdit et qu'un petit bruit est permis ! Rav Hisda dit plutôt : ce n'est pas difficile — ceci avec les scies, cela avec les herminettes.

Rav Papa dit : ici, avant le décret ; là, après le décret.

📜 Rachi (3)
מְגַלֵּי מַסָּר הַגָּדוֹל שָׁרִי דְּלָא מוֹלִיד קָלָא כְּלוּם:
« Scies » : la grande scie — permis, car elle ne fait naître aucun bruit.
בַּחֲצִינֵי ברר"א אֲסִיר דְּהָוֵי אוֹלוֹדֵי קָלָא טְפֵי:
« Avec les herminettes » : bera — interdit, car cela fait naître davantage de bruit.
לְאַחַר שֶׁגָּזַר יוֹחָנָן כ"ג:
« Après qu'il eut décrété » : Yo'hanan le grand prêtre.
💡 Explication

Rav Hisda refuse une distinction qui graduerait le bruit : le public en tirerait une règle fausse, comme si la mesure du bruit faisait la loi. Il substitue une distinction d'outil qui repose sur une opposition nette — la scie ne produit aucun bruit, l'herminette en produit.

Rav Papa change d'axe et sépare les deux michnayot dans le temps : l'une décrit l'usage antérieur au décret de Yo'hanan, l'autre l'état postérieur.

12
רַב אַשִּׁי אָמַר: הָא — רַבִּי יְהוּדָה, הָא — רַבִּי יוֹסֵי. דְּאָמַר רַבִּי יִצְחָק בַּר אַבְדִּימִי: מַאן תַּנָּא שִׁינּוּי בַּמּוֹעֵד בְּדָבָר הָאָבֵד — דְּלָא כְּרַבִּי יוֹסֵי.

Rav Achi dit : celle-là est de Rabbi Yehouda, celle-ci est de Rabbi Yossé. Car Rabbi Yits'hak bar Avdimi a dit : quel est le tana qui enseigne qu'il faut un changement (chinouy) pendant le moed même dans un cas de perte ?

C'est un avis autre que celui de Rabbi Yossé.

📜 Rachi (1)
הָא ר' יְהוּדָה הָא ר' יוֹסֵי בְּפִירְקָא דִּלְקַמָּן (מוֹעֵד קָטָן דַּף יב.) דְּרַבִּי יוֹסֵי לָא בָּעֵי לְשַׁנּוֹיֵי לְדָבָר הָאָבֵד וּמַתְנִי' דְּשָׁרֵי הָכָא כָּל הָנֵי בְּלֹא שִׁינּוּי ר' יוֹסֵי הִיא:
« Celle-là est de Rabbi Yehouda, celle-ci est de Rabbi Yossé » : au chapitre suivant (Moed Katan 12a), Rabbi Yossé n'exige pas de changer la manière de faire dans un cas de perte ; et notre michna, qui permet ici tout cela sans changement, est de Rabbi Yossé.
💡 Explication

Rav Achi fait de la contradiction une mahloket de tanaim. Rabbi Yehouda exige un chinouy, une manière de faire modifiée, même lorsqu'un bien serait perdu ; Rabbi Yossé permet alors le travail à la manière ordinaire.

Notre michna, qui autorise toutes ces réparations sans rien changer à la façon habituelle, suit Rabbi Yossé ; la michna de Maasser Cheni suit Rabbi Yehouda. Le débat lui-même est exposé au chapitre suivant (Moed Katan 12a).

🖼️ Schéma
Faut-il un chinouy dans un cas de perte ? Rabbi Yehouda Même pour éviter une perte, le travail se fait avec chinouy Le moed reste marqué dans le geste michna de Maasser Cheni le marteau se tait après Yo'hanan Rabbi Yossé Dans un cas de perte, le travail se fait à la manière ordinaire L'urgence dispense du chinouy notre michna gond, verrou, clé : on répare tel quel
La quatrième résolution : chaque michna suit un tana, et l'enjeu devient la place du chinouy.
13
אָמַר רָבִינָא: כְּמַאן מְדַלִּינַן הָאִידָּנָא קִבְּיוָתָא דְּדַשָּׁא בְּחֻולָּא דְמוֹעֲדָא, כְּמַאן — כְּרַבִּי יוֹסֵי.

Ravina dit : selon qui soulevons-nous aujourd'hui le montant de la porte pendant hol hamoed ? Selon qui ?

Selon Rabbi Yossé.

📜 Rachi (1)
כְּמַאן מְדַלִּינַן הָאִידָּנָא קִבְּיוָתָא דְּדַשָּׁא כְּשֶׁיּוֹצְאִין מַסְמְרִים שֶׁל עֵץ מִן הַקּוֹרָה שֶׁעַל הַפֶּתַח דְּשָׁרֵי לְמֶיעְבַּד בְּלֹא שִׁינּוּי:
« Selon qui soulevons-nous aujourd'hui le montant de la porte » : quand les chevilles de bois sortent du linteau qui se trouve au-dessus de l'entrée — qu'il est permis de le faire sans changement.
💡 Explication

Ravina rattache un usage courant de son temps à la position de Rabbi Yossé : on soulève le bois de la porte pour y renfoncer les chevilles sorties du linteau, et cela sans chinouy.

La halakha suivie en pratique se trouve ainsi identifiée, ce qui confirme la lecture de Rav Achi au segment précédent.

14
כְּבָשִׁין שֶׁהוּא יָכוֹל לֶאֱכֹול בַּמּוֹעֵד — כּוֹבְשָׁן. בְּדִיתָא לְבָאֵי כְּוָורֵי, אֲזוּל כֻּולֵּי עָלְמָא צוּד אַיְיתוֹ כְּווָרֵי, שְׁרָא לְהוּ רָבָא לְמִימְלַח מִינַּייְהוּ.

« Les macérats dont il peut manger pendant le moed, il les macère. » [Le fleuve] Bedita [déborda] vers Baï [et y laissa] des poissons ; tout le monde alla, pêche et rapporta des poissons ; Rava leur permit d'en saler une partie.

📜 Rachi (4)
בְּדִיתָא שֵׁם נָהָר:
« Bedita » : nom d'un fleuve.
לְבָאֵי שֵׁם מָקוֹם:
« Baï » : nom d'un lieu.
כְּווָרֵי הָכִי עָשׂוּ דֶּרֶךְ לַנָּהָר שֶׁיָּצְאוּ מֵימָיו וְנִשְׁתַּיְּירוּ שָׁם דָּגִים הַרְבֵּה:
« Des poissons » : ils firent ainsi un passage pour le fleuve, en sorte que ses eaux en sortirent et qu'il y resta beaucoup de poissons.
לְמִימְלַח הַרְבֵּה אע"פ שֶׁאֵין יְכוֹלִים לְאוֹכְלָן בַּמּוֹעֵד שֶׁהֲרֵי הָיוּ מְלוּחִין הַרְבֵּה:
« Saler » : beaucoup, bien qu'ils ne puissent pas les manger pendant le moed, puisqu'ils étaient très salés.
💡 Explication

Un cas réel vient éprouver la michna. Une crue dépose une quantité de poissons dans des flaques : ils sont à prendre, mais on ne saurait tout manger pendant la fête.

Le permis de Rava porte sur un salage lourd, destiné à la conservation, donc précisément sur ce que la michna semblait exclure.

15
אָמַר לֵיהּ אַבַּיֵּי, וְהָא תְנַן: כְּבָשִׁין שֶׁהוּא יָכוֹל לֶאֱכֹול מֵהֶן בַּמּוֹעֵד — כּוֹבְשָׁן! אֲמַר לֵיהּ: כֵּיוָן דְּמֵעִיקָּרָא אַדַּעְתָּא דַאֲכִילָה אַיְיתִינְהוּ, וְאִי שָׁבֵיק לְהוּ פָּסְדִי, כִּפְרַקְמַטְיָא הָאָבֵד דָּמֵי, וְשָׁרִי.

Abayé lui dit : n'avons-nous pas appris : « Les macérats dont il peut manger pendant le moed, il les macère » ! Il lui répondit : puisqu'ils les ont apportés dès le départ dans l'intention de les manger, et que s'il les laisse ils se perdent, ils sont comme une marchandise qui se perd, et c'est permis.

📜 Rachi (1)
כְּבָשִׁין בְּחֹומֶץ וּבְמֶלַח שֶׁקּוֹרִין קונפושט"א וְהָכָא נָמֵי כֵּיוָן שֶׁמְּלָחָן הַרְבֵּה כְּדֵי לְהַצְנִיעָן תּוּ לָא חֲזוּ בַּמּוֹעֵד:
« Macérats » : dans le vinaigre et dans le sel, ce que l'on appelle konposta. Et ici de même : puisqu'il les a beaucoup salés afin de les conserver, ils ne conviennent plus pendant le moed.
💡 Explication

Rava ne conteste pas la michna, il fait entrer le cas sous une autre règle. Le salage était imprévu : l'intention initiale portait sur la consommation pendant la fête, et l'excès n'est apparu qu'ensuite.

Dès lors, la perte menace un bien déjà acquis, et le cas relève du perakmatia haaved, la marchandise qui se perd — catégorie que le traité autorise à sauver pendant hol hamoed.

16
וְאִיכָּא דְּאָמְרִי, שְׁרָא לְהוּ רָבָא מֵיצָד מֵיזָל אַיְיתוֹיֵי וּמִימְלָח. אָמַר לֵיהּ אַבַּיֵּי: וְהָא אֲנַן, כְּבָשִׁין שֶׁהוּא יָכוֹל לֶאֱכֹול מֵהֶן כּוֹבְשָׁן תְּנַן!

Et certains disent : Rava leur permit de pêcher, de rapporter et de saler. Abayé lui dit : mais nous avons appris : « Les macérats dont il peut manger, il les macère » !

💡 Explication

La seconde version élargit le permis : la pêche elle-même, le transport et le salage sont autorisés d'emblée. L'argument de l'intention initiale ne tient plus, puisque tout est fait sciemment pendant la fête.

L'objection d'Abayé garde donc toute sa force, et Rava devra répondre autrement.

17
אֲמַר לֵיהּ: הָנֵי נָמֵי מִיתְאַכְלִי אַגַּב אִיצָצָא. כִּי הָא דִּשְׁמוּאֵל עֲבַדוּ לֵיהּ שִׁיתִּין אִיצָצֵי וַאֲכַל. רָבָא אִיקְּלַע לְבֵי רֵישׁ גָּלוּתָא, עָבְדִי לֵיהּ שִׁיתִּין אִיצָצֵי וַאֲכַל.

Il lui répondit : ceux-ci aussi se mangent au moyen du pressage. Comme ce cas de Chmouel, pour qui l'on fit soixante pressages, et il mangea.

Rava arriva à la maison du Resh Galouta ; on lui fit soixante pressages, et il mangea.

📜 Rachi (4)
אֲמַר לֵיהּ הָנֵי נָמֵי דְּמַלְחִינְהוּ:
« Il lui dit : ceux-ci aussi » : qu'il a salés.
מִתְאַכְלִי בַּמּוֹעֵד:
« Se mangent » : pendant le moed.
אַגַּב אִיצְצָא שֶׁמּוֹשֵׁךְ הַמֶּלַח מֵהֶן:
« Au moyen du pressage » : qui en retire le sel.
שִׁיתִין אִיצָצֵי כְּלוֹמַר רוֹחֲצִין אוֹתוֹ הַרְבֵּה פְּעָמִים מָצְצִי לֵיהּ שִׁשִּׁים זִימְנֵי:
« Soixante pressages » : c'est-à-dire qu'on les lave un grand nombre de fois — on les presse soixante fois.
💡 Explication

Réponse tenant à la technique : l'itstsa, pressage répété, retire le sel et rend le poisson consommable sur-le-champ. Le cas rentre alors dans la lettre de la michna, puisque l'on peut en manger pendant la fête.

Les deux précédents — Chmouel, puis Rava a la maison de l'exilarque — montrent que le procédé était pratiqué et admis, même s'il demandait soixante pressages.

18
רַב אִיקְּלַע לְבֵי רַב שַׁפִּיר, אַיְיתוֹ לְקַמַּייְהוּ הָהוּא כְּוָורָא תִּילְתָּא בִּישּׁוּלָא תִּילְתָּא מִילְחָא וְתִילְתָּא טַוְויָא.

Rav arriva à la maison de Rav Chapir ; on apporta devant eux un certain poisson dont un tiers était cuit, un tiers salé et un tiers rôti.

📜 Rachi (2)
רַב אִיקְּלַע בַּמּוֹעֵד:
« Rav arriva » : pendant le moed.
תִּילְתָּא מִילְחָא אַגַּב אִיצְצָא:
« Un tiers salé » : au moyen du pressage.
💡 Explication

Le récit prolonge le propos précédent : le tiers salé était rendu mangeable par le pressage, ce qui confirme l'usage évoqué par Rava.

À partir d'ici le folio quitte la halakha pour une série de propos sur le poisson, transmis par Rav au nom d'Ada le pêcheur.

19
אָמַר רַב: אֲמַר לִי אַדָּא צַיָּידָא, כְּווָרָא סָמוּךְ לְמִיסְרְחֵיהּ מְעַלֵּי. וְאָמַר רַב, אֲמַר לִי אַדָּא צַיָּידָא: כְּווָרָא, טַוְוייָא בְּאַחְוָה, אַסּוֹקֵיהּ בְּאָבוּהָ, מִיָּכְלִי[ה] בִּבְרִיָּה, מִשְׁתֵּי עָלֶיהָ אַבֹּוהַּ.

Rav dit : Ada le pêcheur m'a dit : le poisson est à son meilleur quand il est proche de se gâter. Et Rav dit : Ada le pêcheur m'a dit : le poisson — rôtis-le avec son frère, fais-le monter dans son père, mange-le avec son fils, et bois après lui son père.

📜 Rachi (5)
סָמוּךְ לְמִיסְרְחֵיהּ מְעַלֵּי כְּלוֹמַר יָפֶה הוּא לְאַחַר זְמַן שֶׁנִּיצּוֹד יוֹתֵר מֵהַהִיא שֶׁעַתָּה דְּנִיצּוֹד:
« Proche de se gâter, il est à son meilleur » : c'est-à-dire qu'il est meilleur quelque temps après avoir été pris qu'à l'heure même où il fut pris.
טַווְיָא בְּאַחְוָה בְּמֶלַח שֶׁהַמֶּלַח נִבְרָא מִן הַמַּיִם כְּדָגִים:
« Rôtis-le avec son frère » : avec le sel, car le sel a été créé à partir des eaux, comme les poissons.
אַסַּקֵּיהּ בְּאָבוּהָ לְאַחַר שֶׁצְּלָאוֹ נוֹתְנוֹ בְּמַיִם צוֹנֵן:
« Fais-le monter dans son père » : après l'avoir rôti, il le met dans de l'eau froide.
אַכְלֵיהּ בִּבְרִיָּה מְטִילִין אוֹתוֹ בַּצִּיר הַיּוֹצֵא מִן הַדָּגִים וְאוֹכְלִין אוֹתוֹ:
« Mange-le avec son fils » : on le plonge dans la saumure qui sort des poissons et on le mange ainsi.
מִשְׁתְּיָא עָלֶיהָ אַבֹּוהַּ שֶׁשּׁוֹתִין עָלָיו מַיִם שֶׁדָּגִים נִבְרְאוּ מִן הַמַּיִם:
« Bois après lui son père » : car on boit après lui de l'eau, les poissons ayant été créés à partir des eaux.
🗂️ Tossefot (1)
כְּווָרָא סָמוּךְ לְמִסְרְחֵיהּ מְעַלֵּי. וּבַזְּמַן הַזֶּה תּוֹפְסִים סַכָּנָה לְמֵיכַל סָמוּךְ לַסֵּירָחוֹן וְגַם מִשְׁתֵּי עֲלָהּ אַבֹּוהַּ דְּאָמַר בְּסָמוּךְ דִּמְעַלֵּי וְשֶׁמָּא נִשְׁתַּנּוּ כְּמוֹ הָרְפוּאוֹת שֶׁבַּשַּׁ"ס שֶׁאֵינָן טוֹבוֹת בַּזְּמַן הַזֶּה אוֹ שֶׁמָּא נְהָרוֹת דְּבָבֶל מָעֲלוּ לוֹ טְפֵי וְיֵשׁ מְפָרְשִׁים דִּכְוָורָא לֹא בִּכְלַל דָּגִים מַיְירֵי וְשֵׁם דָּג שֶׁשְּׁמוֹ כְּוָורָא וּמְשֻׁונֶּה בִּדְבָרִים הָאֵלּוּ מִשְּׁאָר דָּגִים כִּדְאָמְרִינַן פֶּ' כָּל הַבָּשָׂר (חֻולִּין דַּף קט:) אָסַר לָן גִּירּוּתָא שְׁרָא לָן לִישָּׁנָא דִּכְווָרָא וְאֵין נִרְאֶה שֶׁיְּהֵא בְּכָל הַלְּשׁוֹנוֹת שֶׁל דָּגִים טַעַם אֶחָד:
« Le poisson est à son meilleur quand il est proche de se gâter. » De nos jours on tient pour dangereux de manger [le poisson] proche de la putréfaction, ainsi que de boire après lui son père, dont il est dit plus loin que c'est bon. Peut-être les natures ont-elles changé, comme les remèdes du Talmud qui ne sont plus bons de nos jours ; ou peut-être les fleuves de Bavel lui étaient-ils plus profitables. Et certains expliquent que le kavra ne désigne pas les poissons en général, mais un poisson nommé kavra, différent des autres poissons sur ces points, comme il est dit au chapitre Kol HaBassar (Houlin 109b) : « Il nous a interdit le guirouta, il nous a permis la langue du kavra. » Et cela ne paraît pas juste, [à savoir] que toutes les langues de poissons aient un seul et même goût.
💡 Explication

Une formule de cuisine bâtie sur une métaphore de parenté, que Rachi décode terme à terme. Le frère est le sel, sorti de la mer comme le poisson ; le père est l'eau, dont le poisson fut créé ; le fils est la saumure qui sort du poisson lui-même.

La séquence donne donc : rôti au sel, plongé ensuite dans l'eau froide, mangé avec sa saumure, et suivi d'un verre d'eau.

🖼️ Schéma
La parenté du poisson selon Ada le pêcheur chaque terme de parenté désigne un ingrédient, décodé par Rachi le poisson son frère = le sel rôtir avec lui son père = l'eau l'y plonger après cuisson, puis en boire son fils = la saumure le manger avec elle
Sel, eau et saumure nommés par parenté : le sel vient de la mer, le poisson fut créé des eaux, la saumure sort de lui.
20
וְאָמַר רַב, אֲמַר לִי אַדָּא צַיָּידָא: כְּווָרָא, תַּחְלֵי, וְחֶלְבָּא — לִיטְעוֹן גּוּפָא וְלָא לִיטְעוֹן פֻּורְיָא. וְאָמַר רַב, אֲמַר לִי אַדָּא צַיָּידָא: כְּווָרָא, תַּחֲלֵי, וְחֶלְבָּא — מַיָּא וְלָא שִׁיכְרָא, שִׁיכְרָא וְלָא חַמְרָא.

Et Rav dit : Ada le pêcheur m'a dit : poisson, cresson et lait — que le corps les porte et non le lit. Et Rav dit : Ada le pêcheur m'a dit : poisson, cresson et lait — de l'eau et non de la bière ; de la bière et non du vin.

📜 Rachi (4)
לִטְעוֹן גּוּפָא כְּלוֹמַר לְאַחַר אֲכִילָתוֹ מְהַלֵּךְ הַרְבֵּה קֹודֶם שֶׁיָּשֵׁן:
« Que le corps porte » : c'est-à-dire qu'après les avoir mangés, il marche longuement avant de dormir.
וְלָא לִטְעוֹן פּוּרְיָא לֹא יָשֵׁן לְאַלְתַּר אַחֲרֵיהֶם:
« Et que le lit ne porte pas » : qu'il ne dorme pas aussitôt après.
תַּחֲלֵי שַׁחֲלַיִם:
« Tehalei » : du cresson.
מַיָּא וְלָא שִׁכְרָא מוּטָב לִשְׁתּוֹת אַחֲרֵיהֶן מַיִם וְלֹא שֵׁכָר:
« De l'eau et non de la bière » : il vaut mieux boire de l'eau après eux plutôt que de la bière.
💡 Explication

Deux conseils de régime à la suite du précédent. Le premier prescrit la marche après le repas plutôt que le sommeil immédiat : le corps doit porter ces aliments, et non le lit.

Le second classe les boissons par ordre de préférence après ce même repas — l'eau d'abord, la bière à défaut, le vin en dernier.

21
הֲדַרַן עֲלָךְ מַשְׁקִין בֵּית הַשְּׁלָחִין

Nous reviendrons sur toi, [chapitre] Machkin beit hachelahin.

💡 Explication

Formule de clôture du premier chapitre de Moed Katan. Le chapitre s'était ouvert sur l'irrigation du champ altéré et s'achève sur les travaux domestiques de hol hamoed, unifiés par la même question : ce travail sert-il la fête, et de quelle manière est-il accompli.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).