Sougya : Le folio achève la sougya du chapitre précédent sur les ustensiles que l'on rapporte de chez l'artisan : une baraita confirme la réponse fondée sur la confiance, mais le cas où l'on porte l'objet chez l'artisan résiste, et la guemara revient à la première résolution, celle qui sépare le quatorze Nissan des jours intermédiaires. Vient ensuite la michna qui autorise à couvrir les figues sèches et à vendre discrètement pour les besoins de la fête.
La guemara y discute le sens de couvrir et d'épaissir, puis demande ce que signifie la rigueur que certains corps de métier se sont imposée : s'abstenir entièrement, ou seulement travailler en secret. Une longue digression identifie le hilka, le targuis et le tissani, avec la lecture d'Abaye contre celle de Rav Dimi, éprouvée par deux baraitot.
Rav Houna permet enfin aux marchands d'aromates de vendre à leur habitude, ce que la guemara justifie en distinguant les fruits, susceptibles de soupçon, des condiments qui ne se conservent pas. Le chapitre se clôt et s'ouvre celui de ceux qui se rasent et lavent leur linge pendant la fête.
Et n'a-t-on pas enseigné : on rapporte des ustensiles de chez l'artisan, par exemple une cruche de chez le potier et un verre de chez le verrier. Mais pas de la laine de chez le teinturier, ni des ustensiles de chez l'artisan.
Et s'il n'a pas de quoi manger — on lui donne son salaire et on laisse l'objet chez lui. Et s'il ne lui fait pas confiance — il le dépose dans la maison voisine.
Et s'il craint pour eux qu'ils ne soient volés — il les transporte dans une autre cour ; et s'il ne fait pas confiance à celui-là — il les rapporte discrètement dans sa maison.
La baraita vient appuyer la seconde résolution donnée à la fin du folio précédent, celle qui séparait le cas où le propriétaire fait confiance à l'artisan de celui où il ne lui fait pas confiance. Elle commence par la règle ordinaire : on rapporte ce qui sert la fête, comme une cruche ou un verre, et l'on laisse chez l'artisan ce qui ne la sert pas, comme la laine teinte.
Elle décrit ensuite une chaîne de solutions de repli. Si l'artisan manque du nécessaire, on lui verse son salaire et l'objet reste chez lui. Si sa garde inspire de la méfiance, on place l'objet chez un voisin. Si le vol est à craindre, on le déplace dans une autre cour. Et si le maître de cette cour n'inspire pas non plus confiance, alors seulement on le rapporte chez soi, discrètement. La dernière clause fournit l'appui recherché : le manque de confiance ouvre bien la permission de rapporter.
Tu as résolu le cas où l'on rapporte ; le cas où l'on porte reste difficile, puisqu'il est enseigné : on ne rapporte pas — et à plus forte raison on ne porte pas ! Plutôt : la chose est claire comme nous avons répondu en premier.
La résolution par la confiance sauve une moitié de la contradiction seulement. La michna de Pessahim permettait aussi de porter ses ustensiles chez l'artisan, tandis que notre michna interdit même de les rapporter, ce qui interdit à plus forte raison de les y porter. Rachi précise pourquoi la confiance ne peut rien ici : porter un objet chez l'artisan ne met en jeu aucune question de garde.
La guemara abandonne donc cette voie et revient à la première résolution, celle qui distingue les moments : la michna permissive parle du quatorze Nissan, la nôtre des jours intermédiaires. Le terme meh'avarta marque cette conclusion, la voie est dégagée.
Michna. On couvre les figues sèches avec de la paille.
Rabbi Yehouda dit : on épaissit même. Les vendeurs de fruits, de vêtements et d'ustensiles vendent discrètement pour les besoins de la fête.
Les chasseurs, les concasseurs et les broyeurs travaillent discrètement pour les besoins de la fête. Rabbi Yossi dit : ils se sont montrés rigoureux envers eux-mêmes.
Deux sujets composent cette michna. Le premier concerne les figues étendues à sécher, qu'une pluie menace : on les couvre de paille, et Rabbi Yehouda accorde un geste supplémentaire, désigné par le verbe épaissir, que la guemara va définir.
Le second sujet pose la règle qui organisera tout le reste du chapitre : certains métiers peuvent s'exercer pendant les jours intermédiaires, à la double condition de servir les besoins de la fête et de s'exercer discrètement. Rachi donne la raison de la discrétion : on pourrait croire que l'acheteur constitue une réserve pour après la fête. Rabbi Yossi ajoute que les praticiens de ces métiers se sont imposés une rigueur, formule dont le sens exact fera l'objet d'une question.
Guemara. Rabbi Hiya bar Abba et Rabbi Assi sont en désaccord à ce sujet, et tous deux parlent au nom de Hizkiya et de Rabbi Yo'hanan.
L'un dit : « on couvre » vise une couverture clairsemée, « on épaissit » vise une couverture serrée. Et l'autre dit : « on couvre » vaut aussi bien pour le clairsemé que pour le serré, et « on épaissit » signifie qu'il en fait comme une sorte de meule.
Une baraita l'enseigne également ainsi : « on épaissit », il en fait comme une sorte de meule — parole de Rabbi Yehouda.
Le désaccord porte sur l'étendue du geste supplémentaire accordé par Rabbi Yehouda. Selon la première lecture, tout se joue dans la paille : le tana kama permet une couverture clairsemée, faite de branchages espacés, et Rabbi Yehouda permet de les rapprocher pour obtenir une couverture complète.
Selon la seconde lecture, la paille n'est plus l'enjeu : couvrir vaut déjà dans les deux densités, et l'apport de Rabbi Yehouda porte sur les figues elles-mêmes, que l'on rassemble en tas pour les couvrir plus commodément. La baraita citée appuie cette seconde lecture en donnant le sens du verbe de la bouche même de Rabbi Yehouda.
« Les vendeurs de fruits, de vêtements et d'ustensiles vendent discrètement », etc. Ils ont demandé : « ils se sont montrés rigoureux envers eux-mêmes » signifie-t-il qu'ils ne travaillaient pas du tout, ou peut-être qu'ils travaillaient discrètement ?
La formule de Rabbi Yossi peut se lire dans deux directions opposées. Elle désigne soit une abstention complète, qui va au-delà de ce que la michna permettait, soit une simple limitation à la discrétion, ce qui supposerait que la michna, selon Rabbi Yossi, permettait déjà de vendre au grand jour.
L'enjeu est donc de savoir si la parole de Rabbi Yossi constitue une rigueur ou un allègement par rapport au tana kama, comme le formule Rachi. La réponse viendra d'une baraita qui nomme les villes concernées.
Viens et entends : les vendeurs de fruits, de vêtements et d'ustensiles vendent discrètement pour les besoins de la fête. Rabbi Yossi dit : les marchands de Tibériade se sont montrés rigoureux envers eux-mêmes au point de ne plus vendre du tout.
Les chasseurs d'animaux, d'oiseaux et de poissons chassent discrètement pour les besoins de la fête. Rabbi Yossi dit : les pêcheurs d'Akko se sont montrés rigoureux envers eux-mêmes au point de ne plus pêcher du tout.
Les concasseurs de hilka, de targuis et de tissani concassent discrètement pour les besoins de la fête. Rabbi Yossi dit : les concasseurs de Sepphoris se sont montrés rigoureux envers eux-mêmes au point de ne plus concasser du tout.
La baraita répond à la question en donnant la formule complète de Rabbi Yossi : au point de ne plus faire du tout. Les trois corps de métier visent des villes précises, Tibériade pour le commerce, Akko pour la pêche, Sepphoris pour la préparation des grains.
Le premier sens l'emporte donc : la rigueur consiste en une abstention entière, adoptée volontairement au-delà de ce que la michna autorisait. Les trois noms de grains cités ici, hilka, targuis et tissani, vont retenir la guemara pour toute la suite de la sougya.
Abaye a dit : hilka, un grain pour deux ; targuis, un grain pour trois ; tissani, un grain pour quatre. Lorsque Rav Dimi arriva, il dit : kounta.
Deux identifications des trois termes s'opposent. Pour Abaye, il s'agit de degrés de concassage d'un même grain de blé : brisé en deux morceaux, en trois, en quatre. Le nom désigne alors un état du grain travaillé.
Pour Rav Dimi, venu de la terre d'Israël, kounta désigne une espèce, l'épeautre, que l'on humecte. Le nom désignerait alors une variété, non un degré de mouture. Deux baraitot vont éprouver cette seconde lecture.
On objecte : hilka, targuis et tissani sont impurs en tout lieu. Soit, pour celui qui dit un grain pour deux, pour trois et pour quatre, c'est pour cette raison qu'ils sont impurs en tout lieu, car ils ont été rendus aptes.
Mais pour celui qui dit kounta, pourquoi seraient-ils impurs en tout lieu, puisqu'ils n'ont pas été rendus aptes ?
Un aliment ne contracte l'impureté qu'après avoir été rendu apte, ce que l'on appelle le hekhcher, et le contact avec l'eau en est la voie ordinaire. Rachi rappelle la distinction connue : dans les grandes villes on humecte le blé pour obtenir une farine fine, et cette farine reçoit donc l'impureté, tandis que les villageois s'en dispensent et leur farine demeure pure.
Or la baraita déclare ces trois préparations impures en tout lieu, villages compris. Pour Abaye, l'explication est immédiate, puisque le concassage suppose un trempage préalable. Pour Rav Dimi, un grain simplement identifié comme épeautre n'a pas nécessairement rencontré l'eau.
Il s'agit par exemple d'un grain écorcé, car s'il ne l'avait pas trempé dans l'eau, il n'aurait pas pu être écorcé. Et pourquoi l'appelle-t-on hilka ?
Parce qu'on leur a ôté leur part.
La réponse maintient la lecture de Rav Dimi en précisant l'état du grain : la baraita parle de kounta écorcé, et l'écorce ne se détache qu'après trempage. L'eau est donc intervenue partout, et l'impureté se comprend aussi bien dans les villages.
La guemara profite de cette précision pour expliquer le nom : hilka vient de la part enlevée au grain, son écorce, d'où le grain ressort lisse. L'étymologie renforce la lecture qui vient d'être sauvée.
On objecte : celui qui fait vœu de s'abstenir de dagan a interdiction même sur la fève d'Égypte sèche, et permission sur la fraîche ; il a permission sur le riz, ainsi que sur le hilka, le targuis et le tissani. Soit, pour celui qui dit un grain pour deux, un grain pour trois et un grain pour quatre, c'est fort bien, car ils sont sortis de la catégorie du dagan.
Mais pour celui qui dit kounta, c'est du dagan à part entière ! Cela demeure difficile.
Le vœu portant sur le dagan s'étend à tout ce que l'usage range dans cette catégorie, la fève d'Égypte sèche comprise, et laisse dehors ce qui n'y appartient pas, comme le riz. La baraita y ajoute nos trois préparations.
Pour Abaye, le grain brisé a perdu son statut de dagan, et la permission s'explique. Pour Rav Dimi, l'épeautre demeure une céréale pleine et entière, que le vœu devrait atteindre. La guemara ne trouve pas de réponse et conclut par kacha, la difficulté reste ouverte, ce qui affaiblit la lecture de Rav Dimi sans la réfuter formellement.
Rav Houna permit à ces marchands d'aromates d'aller vendre à leur manière habituelle au marché. Rav Kahana lui objecta : une boutique ouverte sur le portique, il l'ouvre et la ferme à son habitude ;
Rav Houna accorde aux keroufayata, que Rachi identifie comme les marchands d'aromates, de vendre au marché sans aucune précaution, ce qui semble contredire l'exigence de discrétion posée par la michna.
Rav Kahana objecte à partir d'une baraita qui gradue la conduite selon l'exposition de la boutique. Ouverte sur un portique, c'est-à-dire sur une galerie à colonnes et non directement sur la rue, elle se manœuvre normalement, puisque le public ne la voit pas.
ouverte sur la voie publique, il ouvre un battant et ferme l'autre ; et la veille du dernier jour de la fête, il sort sa marchandise et pare les marchés de la ville de fruits en l'honneur du dernier jour de fête. En l'honneur du dernier jour de fête, oui ; sans cet honneur, non !
La baraita poursuit sa graduation. Donnant sur la rue, la boutique reste à demi fermée, marque visible que le commerce se tient en retrait. Puis elle accorde une exception : la veille du dernier jour de fête, le marchand étale librement pour permettre à chacun de se préparer.
L'inférence de Rav Kahana porte sur cette exception. Si l'étalage libre tient à l'honneur du dernier jour, alors les autres jours intermédiaires le refusent, et Rav Houna a permis ce que la baraita interdit. Les Tossefot expliquent pourquoi l'objection prend appui sur la fin du texte : le début pourrait se rapporter au jour de fête lui-même, tandis que la veille du dernier jour appartient certainement aux jours intermédiaires.
Cela ne fait pas difficulté : ceci pour les fruits, cela pour les condiments.
La réponse sépare deux marchandises. Les fruits s'achètent en quantité et se conservent, si bien que l'acheteur peut passer pour constituer une réserve destinée aux jours qui suivent la fête : le soupçon impose la retenue.
Les condiments s'achètent en petite quantité et ne se gardent pas, ce que Rachi souligne. Chacun comprend qu'ils servent la fête même, et aucun soupçon ne peut naître : la vente au grand jour redevient permise, comme Rav Houna l'a accordé. Les Tossefot rapportent l'objection de Rabbi Peretz aux exemples de Rachi, le chou et les vesces n'ayant pas le statut de condiments dans les autres traités, et retiennent l'explication du Aroukh, qui y voit des espèces d'aromates.
Nous reviendrons à toi, chapitre « Celui qui a retourné ».
Formule qui clôt le deuxième chapitre du traité, ouvert par la michna sur celui qui a retourné son olivaie. Le chapitre suivant abandonne les travaux permis pour traiter des soins de la personne pendant la fête.
Et voici ceux qui se rasent pendant la fête : celui qui revient d'outre-mer, celui qui sort de captivité, celui qui sort de prison, l'exclu à qui les sages ont levé l'exclusion, de même celui qui a consulté un sage et a obtenu la levée de son vœu, le nazir et le metsora qui passent de leur impureté à leur pureté.
Les sages ont interdit de se raser pendant les jours intermédiaires, afin que nul ne reporte ce soin à la fête et n'y entre négligé. La michna énumère les situations où ce motif tombe.
Le point commun des six cas est l'empêchement : les trois premiers étaient retenus loin de chez eux ou privés de moyens, les deux suivants étaient liés par une exclusion ou par un vœu dont la levée n'est intervenue que pendant la fête, et les deux derniers doivent se raser au titre de leur passage de l'impureté à la pureté. Aucun d'eux ne pouvait se préparer avant la fête, et l'interdiction ne les atteint pas.
Et voici ceux qui lavent leur linge pendant la fête : celui qui revient d'outre-mer, celui qui sort de captivité, celui qui sort de prison,
La michna reprend la même liste pour la lessive, soumise au même décret et au même motif. Le folio s'interrompt au milieu de l'énumération, que la page suivante achèvera.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).