Moed_Katan 13b — Vendre et travailler discrètement pendant la fête, et l'ouverture du chapitre de ceux qui se rasent

Moed_Katan 13b

Sougya : Le folio achève la sougya du chapitre précédent sur les ustensiles que l'on rapporte de chez l'artisan : une baraita confirme la réponse fondée sur la confiance, mais le cas où l'on porte l'objet chez l'artisan résiste, et la guemara revient à la première résolution, celle qui sépare le quatorze Nissan des jours intermédiaires. Vient ensuite la michna qui autorise à couvrir les figues sèches et à vendre discrètement pour les besoins de la fête.

La guemara y discute le sens de couvrir et d'épaissir, puis demande ce que signifie la rigueur que certains corps de métier se sont imposée : s'abstenir entièrement, ou seulement travailler en secret. Une longue digression identifie le hilka, le targuis et le tissani, avec la lecture d'Abaye contre celle de Rav Dimi, éprouvée par deux baraitot.

Rav Houna permet enfin aux marchands d'aromates de vendre à leur habitude, ce que la guemara justifie en distinguant les fruits, susceptibles de soupçon, des condiments qui ne se conservent pas. Le chapitre se clôt et s'ouvre celui de ceux qui se rasent et lavent leur linge pendant la fête.

Moed Katan 13b - plan du folio Fin du chapitre 2 : rapporter les ustensiles de chez l'artisan seg. 1-2 Michna : couvrir les figues, vendre discrètement pour la fête seg. 3 Guemara : que veulent dire couvrir et épaissir ? seg. 4 La rigueur des corps de métier : ne rien faire, ou faire en secret ? seg. 5-6 Digression : hilka, targuis, tissani - Abaye contre Rav Dimi seg. 7-10 Rav Houna et les marchands d'aromates : fruits contre condiments seg. 11-13 Hadran, puis chapitre 3 : ceux qui se rasent et lavent leur linge seg. 14-16
Les sept mouvements du folio, de la fin du chapitre 2 à l'ouverture du chapitre 3.
Trois régimes de travail pendant hol hamoed Rien du tout Rabbi Yossi : rigueur assumée Marchands de Tibériade Pêcheurs d'Akko Concasseurs de Sepphoris Ils s'abstiennent même de ce que la loi permet En secret Tana kama : pour la fête Fruits, vêtements, ustensiles Chasseurs et pêcheurs Concasseurs et broyeurs La discrétion écarte le soupçon du public À son habitude Rav Houna Marchands d'aromates Boutique sur le portique Veille du dernier jour de fête Marchandise périssable : aucun soupçon possible Critère unique : peut-on soupçonner l'acheteur de constituer une réserve pour après la fête ? Plus le soupçon est vraisemblable, plus la vente doit se faire à l'abri des regards.
Trois degrés d'activité pendant hol hamoed, gradués selon le soupçon que la vente peut faire naître.
Hilka, targuis, tissani : deux identifications Abaye : un degré de concassage hilka : un grain brisé en deux targuis : un grain brisé en trois tissani : un grain brisé en quatre Du blé travaillé, déjà mouillé et sorti de la catégorie dagan Rav Dimi : kounta hilka = épeautre, une espèce de grain Le nom vient de l'écorce ôtée (helkayhou : leur part enlevée) Une variété, non un degré de mouture Objection 1 : impurs en tout lieu Réponse : il s'agit de grain écorcé, donc trempé. Objection 2 : le vœu sur le dagan Aucune réponse : la guemara conclut kacha. Rester un grain entier expose la lecture de Rav Dimi : le vœu qui interdit le dagan devrait alors l'atteindre.
La controverse sur l'identité du hilka et le sort des deux objections.
1
וְהָתַנְיָא: מְבִיאִין כֵּלִים מִבֵּית הָאֻומָּן, כְּגוֹן כַּד מִבֵּית הַכַּדָּר, וְכוֹס מִבֵּית הַזַּגָּג. אֲבָל לֹא צֶמֶר מִבֵּית הַצַּבָּע, וְלֹא כֵּלִים מִבֵּית הָאֻומָּן. וְאִם אֵין לוֹ מַה יֹּאכַל — נוֹתֵן לוֹ שְׂכָרוֹ וּמַנִּיחוֹ אֶצְלוֹ. וְאִם אֵינוֹ מַאֲמִינוֹ — מַנִּיחוֹ בְּבַיִת הַסָּמוּךְ לוֹ. וְאִם חוֹשֵׁשׁ לָהֶם שֶׁמָּא יִגָּנְבוּ — מְפַנָּן לְחָצֵר אַחֶרֶת, וְאִם אֵינוֹ מַאֲמִינוֹ — מְבִיאָן בְּצִנְעָה בְּתוֹךְ בֵּיתוֹ.

Et n'a-t-on pas enseigné : on rapporte des ustensiles de chez l'artisan, par exemple une cruche de chez le potier et un verre de chez le verrier. Mais pas de la laine de chez le teinturier, ni des ustensiles de chez l'artisan.

Et s'il n'a pas de quoi manger — on lui donne son salaire et on laisse l'objet chez lui. Et s'il ne lui fait pas confiance — il le dépose dans la maison voisine.

Et s'il craint pour eux qu'ils ne soient volés — il les transporte dans une autre cour ; et s'il ne fait pas confiance à celui-là — il les rapporte discrètement dans sa maison.

📜 Rachi (5)
וְהַתַּנְיָא סִיּוּעָא:
Et n'a-t-on pas enseigné : un appui à la réponse précédente.
כַּד וְכוֹס לְצֹורֶךְ הַמּוֹעֵד הֵן אֲבָל צֶמֶר וְכֵלִים אֵין צֹורֶךְ הַמּוֹעֵד:
Une cruche et un verre servent les besoins de la fête, tandis que la laine et les ustensiles ne sont pas un besoin de la fête.
וְאִם אֵין לוֹ לָאֻומָּן מַה יֹּאכַל נוֹתֵן לוֹ שְׂכָרוֹ:
Et s'il n'a pas : si l'artisan n'a pas de quoi manger, on lui donne son salaire.
מְפַנָּן לְחָצֵר אַחֶרֶת וְאִם אֵינוֹ מַאֲמִינוֹ בְּחָצֵר אַחֶרֶת:
Il les transporte dans une autre cour, et s'il ne lui fait pas confiance : s'il ne fait pas confiance au maître de l'autre cour.
מְבִיאָן לְתוֹךְ בֵּיתוֹ אַלְמָא בְּשֶׁאֵינוֹ מַאֲמִינוֹ מְבִיאָן:
Il les rapporte dans sa maison : on voit donc que lorsqu'il ne lui fait pas confiance, il les rapporte.
💡 Explication

La baraita vient appuyer la seconde résolution donnée à la fin du folio précédent, celle qui séparait le cas où le propriétaire fait confiance à l'artisan de celui où il ne lui fait pas confiance. Elle commence par la règle ordinaire : on rapporte ce qui sert la fête, comme une cruche ou un verre, et l'on laisse chez l'artisan ce qui ne la sert pas, comme la laine teinte.

Elle décrit ensuite une chaîne de solutions de repli. Si l'artisan manque du nécessaire, on lui verse son salaire et l'objet reste chez lui. Si sa garde inspire de la méfiance, on place l'objet chez un voisin. Si le vol est à craindre, on le déplace dans une autre cour. Et si le maître de cette cour n'inspire pas non plus confiance, alors seulement on le rapporte chez soi, discrètement. La dernière clause fournit l'appui recherché : le manque de confiance ouvre bien la permission de rapporter.

2
תֵּרַצְתָּ מְבִיאִין, מוֹלִיכִין קַשְׁיָא, דְּקָתָנֵי: אֵין מְבִיאִין, וְכָל שֶׁכֵּן שֶׁאֵין מוֹלִיכִין! אֶלָּא: מְחַוַּורְתָּא כִּדְשַׁנְיִין מֵעִיקָּרָא.

Tu as résolu le cas où l'on rapporte ; le cas où l'on porte reste difficile, puisqu'il est enseigné : on ne rapporte pas — et à plus forte raison on ne porte pas ! Plutôt : la chose est claire comme nous avons répondu en premier.

📜 Rachi (2)
מוֹלִיכִין קַשְׁיָא דְּקָתָנֵי מַתְנֵי' דִּפְעָמִים מוֹלִיכִין וּמַתְנִי' דְּהָכָא קָתָנֵי אֵין מְבִיאִין כָּל שֶׁכֵּן דְּאֵין מוֹלִיכִין וְלֵיכָּא לְתָרֵץ בְּאֵין מַאֲמִינוֹ דְּמוֹלִיכִין מַאי מַאֲמִינוֹ שַׁיָּיךְ:
Le cas où l'on porte reste difficile : car la michna de Pessahim enseigne que parfois on porte, alors que notre michna enseigne ici qu'on ne rapporte pas, et à plus forte raison qu'on ne porte pas. Et l'on ne peut pas résoudre par le cas où il ne lui fait pas confiance, car pour porter chez l'artisan, en quoi la confiance serait-elle en cause ?
כִּדְשַׁנְיִין מֵעִיקָּרָא כָּאן בְּאַרְבָּעָה עָשָׂר כָּאן בְּחֻולּוֹ שֶׁל מוֹעֵד:
Comme nous avons répondu en premier : ici, le quatorze Nissan ; là, pendant les jours intermédiaires de la fête.
💡 Explication

La résolution par la confiance sauve une moitié de la contradiction seulement. La michna de Pessahim permettait aussi de porter ses ustensiles chez l'artisan, tandis que notre michna interdit même de les rapporter, ce qui interdit à plus forte raison de les y porter. Rachi précise pourquoi la confiance ne peut rien ici : porter un objet chez l'artisan ne met en jeu aucune question de garde.

La guemara abandonne donc cette voie et revient à la première résolution, celle qui distingue les moments : la michna permissive parle du quatorze Nissan, la nôtre des jours intermédiaires. Le terme meh'avarta marque cette conclusion, la voie est dégagée.

3
מַתְנִי׳ מְחַפִּין אֶת הַקְּצִיעוֹת בְּקַשׁ. רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: אַף מְעַבִּין. מוֹכְרֵי פֵּירוֹת, כְּסוּת וְכֵלִים — מוֹכְרִים בְּצִנְעָה לְצֹורֶךְ הַמּוֹעֵד. הַצַּייָּדִין וְהַדָּשׁוֹשׁוֹת וְהַגָּרוֹסוֹת — עוֹשִׂין בְּצִנְעָה לְצֹורֶךְ הַמּוֹעֵד. רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר: הֵם הֶחֱמִירוּ עַל עַצְמָן.

Michna. On couvre les figues sèches avec de la paille.

Rabbi Yehouda dit : on épaissit même. Les vendeurs de fruits, de vêtements et d'ustensiles vendent discrètement pour les besoins de la fête.

Les chasseurs, les concasseurs et les broyeurs travaillent discrètement pour les besoins de la fête. Rabbi Yossi dit : ils se sont montrés rigoureux envers eux-mêmes.

📜 Rachi (4)
מַתְנֵי' מְחַפִּין מְכַסִּין:
Michna. On couvre : on recouvre.
הַדָּשׁוֹשׁוֹת שֶׁדָּשִׁין וְכוֹתְשִׁין חִיטִּין לְדַיְיסָא:
Les concasseurs : ceux qui battent et pilent le blé pour en faire de la bouillie.
וְהַגָּרוֹסוֹת שֶׁטּוֹחֲנִין פּוֹלִין לִגְרִיסִין:
Et les broyeurs : ceux qui moulent des fèves pour en faire des grains concassés.
בְּצִנְעָה שֶׁמָּא יֹאמְרוּ זֶה לוֹקֵחַ שֶׁלֹּא לְצֹורֶךְ הַמּוֹעֵד:
Discrètement : de peur que l'on dise que celui-ci achète pour autre chose que les besoins de la fête.
💡 Explication

Deux sujets composent cette michna. Le premier concerne les figues étendues à sécher, qu'une pluie menace : on les couvre de paille, et Rabbi Yehouda accorde un geste supplémentaire, désigné par le verbe épaissir, que la guemara va définir.

Le second sujet pose la règle qui organisera tout le reste du chapitre : certains métiers peuvent s'exercer pendant les jours intermédiaires, à la double condition de servir les besoins de la fête et de s'exercer discrètement. Rachi donne la raison de la discrétion : on pourrait croire que l'acheteur constitue une réserve pour après la fête. Rabbi Yossi ajoute que les praticiens de ces métiers se sont imposés une rigueur, formule dont le sens exact fera l'objet d'une question.

🖼️ Schéma
Trois régimes de travail pendant hol hamoed Rien du tout Rabbi Yossi : rigueur assumée Marchands de Tibériade Pêcheurs d'Akko Concasseurs de Sepphoris Ils s'abstiennent même de ce que la loi permet En secret Tana kama : pour la fête Fruits, vêtements, ustensiles Chasseurs et pêcheurs Concasseurs et broyeurs La discrétion écarte le soupçon du public À son habitude Rav Houna Marchands d'aromates Boutique sur le portique Veille du dernier jour de fête Marchandise périssable : aucun soupçon possible Critère unique : peut-on soupçonner l'acheteur de constituer une réserve pour après la fête ? Plus le soupçon est vraisemblable, plus la vente doit se faire à l'abri des regards.
Les trois degrés que la michna et la guemara vont distinguer.
4
גְּמָ׳ פְּלִיגִי בַּהּ רַבִּי חִייָּא בַּר אַבָּא וְרַבִּי אַסִּי, וְתַרְוַיְיהוּ מִשְּׁמֵיהּ דְּחִזְקִיָּה וְרַבִּי יוֹחָנָן. חַד אָמַר: ״מְחַפִּין״ אַקְּלוּשֵׁי, ״מְעַבִּין״ אַסְּמוּכֵי. וְחַד אָמַר: ״מְחַפִּין״ בֵּין אַקְלוֹשֵׁי בֵּין אַסְמוֹכֵי, ״מְעַבִּין״ — עוֹשֶׂה אוֹתוֹ כְּמִין כְּרִי. תַּנְיָא נָמֵי הָכִי: ״מְעַבִּין״ עוֹשֶׂה אוֹתוֹ כְּמִין כְּרִי, דִּבְרֵי רַבִּי יְהוּדָה.

Guemara. Rabbi Hiya bar Abba et Rabbi Assi sont en désaccord à ce sujet, et tous deux parlent au nom de Hizkiya et de Rabbi Yo'hanan.

L'un dit : « on couvre » vise une couverture clairsemée, « on épaissit » vise une couverture serrée. Et l'autre dit : « on couvre » vaut aussi bien pour le clairsemé que pour le serré, et « on épaissit » signifie qu'il en fait comme une sorte de meule.

Une baraita l'enseigne également ainsi : « on épaissit », il en fait comme une sorte de meule — parole de Rabbi Yehouda.

📜 Rachi (3)
גְּמ' אַקְּלוּשֵׁי שֶׁמְּכַסֵּהוּ בַּעֲנָפִים מְרֻוחָקִין זֶה מִזֶּה דְּלָא הָוֵי כִּסּוּי גָּמוּר:
Guemara. De manière clairsemée : il le couvre de branchages écartés les uns des autres, ce qui laisse une couverture incomplète.
אַסְּמוּכֵי הָעֲנָפִים סוֹמֵךְ זֶה לָזֶה דְּהָוֵי כִּסּוּי גָּמוּר:
De manière serrée : il rapproche les branchages les uns des autres, ce qui forme une couverture complète.
כְּמִין כְּרִי מְכַנְּסִין אוֹתָן בְּיַחַד כְּדֵי שֶׁיְּהוּ נוֹחִין לְכַסּוֹת:
Comme une sorte de meule : on les rassemble ensemble afin qu'ils soient faciles à couvrir.
💡 Explication

Le désaccord porte sur l'étendue du geste supplémentaire accordé par Rabbi Yehouda. Selon la première lecture, tout se joue dans la paille : le tana kama permet une couverture clairsemée, faite de branchages espacés, et Rabbi Yehouda permet de les rapprocher pour obtenir une couverture complète.

Selon la seconde lecture, la paille n'est plus l'enjeu : couvrir vaut déjà dans les deux densités, et l'apport de Rabbi Yehouda porte sur les figues elles-mêmes, que l'on rassemble en tas pour les couvrir plus commodément. La baraita citée appuie cette seconde lecture en donnant le sens du verbe de la bouche même de Rabbi Yehouda.

🖼️ Schéma
Couvrir et épaissir : deux lectures de la michna Première lecture mehapin : couverture clairsemée meabin : couverture serrée Rabbi Yehouda ajoute une densité de paille, rien de plus. Seconde lecture mehapin : clairsemée ou serrée meabin : rassembler en tas Rabbi Yehouda permet de manier les figues elles-mêmes. La baraita tranche Épaissir, c'est en faire comme une meule - parole de Rabbi Yehouda. La seconde lecture reçoit ainsi un appui explicite.
Les deux lectures du couple couvrir et épaissir, et l'appui de la baraita.
5
מוֹכְרֵי פֵּירוֹת כְּסוּת וְכֵלִים מוֹכְרִין בְּצִנְעָה וְכוּ׳. אִיבַּעְיָא לְהוּ: הֵן הֶחְמִירוּ עַל עַצְמָן — דְּלָא הֲווֹ עָבְדִי כְּלָל, אוֹ דִּלְמָא דַּהֲווֹ עָבְדִי בְּצִנְעָה?

« Les vendeurs de fruits, de vêtements et d'ustensiles vendent discrètement », etc. Ils ont demandé : « ils se sont montrés rigoureux envers eux-mêmes » signifie-t-il qu'ils ne travaillaient pas du tout, ou peut-être qu'ils travaillaient discrètement ?

📜 Rachi (2)
הֶחְמִירוּ עַל עַצְמָם דְּלָא עָבְדִי כְּלָל וּלְחוּמְרָא:
Ils se sont montrés rigoureux envers eux-mêmes au sens où ils ne travaillaient pas du tout : et c'est alors une rigueur.
אוֹ דִּלְמָא הֶחְמִירוּ עַל עַצְמָן לַעֲשׂוֹת בְּצִנְעָה מִדַּעְתָּן וְאִם רוֹצִין לַעֲשׂוֹת בְּפַרְהֶסְיָא עוֹשִׂין וּלְקֻולָּא:
Ou peut-être : ils se sont montrés rigoureux envers eux-mêmes en agissant discrètement de leur propre chef, et s'ils veulent agir au grand jour ils le peuvent — et c'est alors un allègement.
💡 Explication

La formule de Rabbi Yossi peut se lire dans deux directions opposées. Elle désigne soit une abstention complète, qui va au-delà de ce que la michna permettait, soit une simple limitation à la discrétion, ce qui supposerait que la michna, selon Rabbi Yossi, permettait déjà de vendre au grand jour.

L'enjeu est donc de savoir si la parole de Rabbi Yossi constitue une rigueur ou un allègement par rapport au tana kama, comme le formule Rachi. La réponse viendra d'une baraita qui nomme les villes concernées.

🖼️ Schéma
Ils se sont montrés rigoureux envers eux-mêmes : deux sens Que visait Rabbi Yossi ? Ne rien faire du tout Rigueur au-delà de la michna Même la vente discrète cesse Lecture sévère Agir seulement en secret La michna permettait le grand jour Eux se limitaient au secret Lecture indulgente La baraita nomme Tibériade, Akko et Sepphoris : ils ne vendaient, ne pêchaient, ne concassaient pas du tout. La première lecture l'emporte.
Les deux sens possibles de la rigueur attribuée par Rabbi Yossi, et la baraita qui tranche.
6
תָּא שְׁמַע: מוֹכְרֵי פֵירוֹת כְּסוּת וְכֵלִים — מוֹכְרִין בְּצִנְעָה לְצֹורֶךְ הַמּוֹעֵד, רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר: תַּגָּרֵי טְבֶרְיָא הֵן הֶחֱמִירוּ עַל עַצְמָן שֶׁלֹּא יְהוּ מוֹכְרִין כָּל עִיקָּר. צָדֵי חַיּוֹת וְעוֹפוֹת וְדָגִים — צָדִין בְּצִנְעָה לְצֹורֶךְ הַמּוֹעֵד, רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר: צָדֵי עַכּוֹ הֵן הֶחֱמִירוּ עַל עַצְמָן שֶׁלֹּא יְהוּ צָדִין כָּל עִיקָּר. דָּשׁוֹשֵׁי חִילְקָא טַרְגִּיס וְטִיסְנִי — דּוֹשְׁשִׁין בְּצִנְעָה לְצֹורֶךְ הַמּוֹעֵד, רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר: דָּשׁוֹשֵׁי צִיפּוֹרִי הֵן הֶחְמִירוּ עַל עַצְמָן שֶׁלֹּא יְהוּ דּוֹשְׁשִׁין כָּל עִיקָּר.

Viens et entends : les vendeurs de fruits, de vêtements et d'ustensiles vendent discrètement pour les besoins de la fête. Rabbi Yossi dit : les marchands de Tibériade se sont montrés rigoureux envers eux-mêmes au point de ne plus vendre du tout.

Les chasseurs d'animaux, d'oiseaux et de poissons chassent discrètement pour les besoins de la fête. Rabbi Yossi dit : les pêcheurs d'Akko se sont montrés rigoureux envers eux-mêmes au point de ne plus pêcher du tout.

Les concasseurs de hilka, de targuis et de tissani concassent discrètement pour les besoins de la fête. Rabbi Yossi dit : les concasseurs de Sepphoris se sont montrés rigoureux envers eux-mêmes au point de ne plus concasser du tout.

📜 Rachi (1)
דְּשׁוּשֵׁי דָּשֵׁי תְּבוּאָה אִיכָּא דְאָמְרִי דְּשׁוּשֵׁי הַמְשַׁבְּרִין תְּבוּאָה חֲדָא לִשְׁנַיִם וְשׁוֹרִין בְּמַיִם כו':
Les concasseurs : ceux qui battent le grain. Certains disent : les concasseurs sont ceux qui brisent le grain en deux et le font tremper dans l'eau, etc.
💡 Explication

La baraita répond à la question en donnant la formule complète de Rabbi Yossi : au point de ne plus faire du tout. Les trois corps de métier visent des villes précises, Tibériade pour le commerce, Akko pour la pêche, Sepphoris pour la préparation des grains.

Le premier sens l'emporte donc : la rigueur consiste en une abstention entière, adoptée volontairement au-delà de ce que la michna autorisait. Les trois noms de grains cités ici, hilka, targuis et tissani, vont retenir la guemara pour toute la suite de la sougya.

7
אָמַר אַבַּיֵּי: חֶילְקָא — חֲדָא לְתָרָתִי, טְרָגִיס — חֲדָא לִתְלָת, טִיסָנִי — חֲדָא לְאַרְבָּעָה. כִּי אֲתָא רַב דִּימִי, אֲמַר: כֻּונָּתָא.

Abaye a dit : hilka, un grain pour deux ; targuis, un grain pour trois ; tissani, un grain pour quatre. Lorsque Rav Dimi arriva, il dit : kounta.

💡 Explication

Deux identifications des trois termes s'opposent. Pour Abaye, il s'agit de degrés de concassage d'un même grain de blé : brisé en deux morceaux, en trois, en quatre. Le nom désigne alors un état du grain travaillé.

Pour Rav Dimi, venu de la terre d'Israël, kounta désigne une espèce, l'épeautre, que l'on humecte. Le nom désignerait alors une variété, non un degré de mouture. Deux baraitot vont éprouver cette seconde lecture.

8
מֵיתִיבִי: חִילְקָא טַרְגִּיס וְטִיסְנִי טְמֵאִין בְּכָל מָקוֹם. בִּשְׁלָמָא לְמַאן דְּאָמַר חֲדָא לְתַרְתֵּי לִתְלָת וּלְאַרְבְּעָה, מִשּׁוּם הָכִי טְמֵאִין בְּכָל מָקוֹם — דְּאִתַּכְשׁוּר, אֶלָּא לְמַאן דְּאָמַר כֻּונָּתָא, אַמַּאי טְמֵאִין בְּכָל מָקוֹם, הָא לָא אִיתַּכְשׁוּר?

On objecte : hilka, targuis et tissani sont impurs en tout lieu. Soit, pour celui qui dit un grain pour deux, pour trois et pour quatre, c'est pour cette raison qu'ils sont impurs en tout lieu, car ils ont été rendus aptes.

Mais pour celui qui dit kounta, pourquoi seraient-ils impurs en tout lieu, puisqu'ils n'ont pas été rendus aptes ?

📜 Rachi (2)
כֻּונָּתָא כֻּוסֶּמֶת שֶׁלּוֹתְתִין אוֹתָן הַיְינוּ חֶילְקָא:
Kounta : de l'épeautre que l'on humecte — c'est cela le hilka.
טְמֵאִים בְּכָל מָקוֹם מְקַבְּלִין טֻומְאָה בֵּין בִּכְפָרִים בֵּין בַּכְּרַכִּים דְּקַיְימָא לָן (פְּסָחִים דַּף מ.) סֹולֶת שֶׁל בְּנֵי כְּרַכִּים מְקַבֶּלֶת טֻומְאָה שֶׁהֻוכְשְׁרָה בְּמַיִם וּבְנֵי כְּפָרִים אֵין מַקְפִּידִין אַסֹּולֶת נְקִיָּה לִלְתֹּות בְּמַיִם וְסֹולֶת שֶׁלָּהֶן טָהוֹר שֶׁלֹּא הֻוכְשַׁר מֵעוֹלָם אֲבָל חֶילְקָא טְמֵאִין בְּכָל מָקוֹם אֲפִילּוּ בִּכְפָרִים דְּאִי אֶפְשָׁר לָהֶם בְּלֹא לְתִיתָה מִשּׁוּם הָכִי טְמֵאִין דְּהָא מִיתַּכְשַׁר דְּשָׁרֵי לְהוּ בְּמַיָּא: לְעוֹלָם הָוֵי כֻּונָּתָא וּמִיקַּלְפָן דְּשָׁרֵי לְהוּ בְּמַיָּא דְּשָׁרֵי קְלִיפָה:
Impurs en tout lieu : ils reçoivent l'impureté aussi bien dans les villages que dans les grandes villes. Car nous tenons pour établi (Pessahim 40a) que la fleur de farine des gens des villes reçoit l'impureté, ayant été rendue apte par l'eau, tandis que les villageois ne tiennent pas à une farine fine au point de l'humecter dans l'eau, et leur farine reste pure, n'ayant jamais été rendue apte. Mais le hilka est impur en tout lieu, même dans les villages, car il leur est impossible de le préparer sans humectage, et c'est pourquoi il est impur, ayant été rendu apte par le trempage dans l'eau. Réponse : il s'agit bien de kounta, mais écorcé, ce qui suppose qu'on l'a trempé dans l'eau, le trempage permettant d'ôter l'écorce.
💡 Explication

Un aliment ne contracte l'impureté qu'après avoir été rendu apte, ce que l'on appelle le hekhcher, et le contact avec l'eau en est la voie ordinaire. Rachi rappelle la distinction connue : dans les grandes villes on humecte le blé pour obtenir une farine fine, et cette farine reçoit donc l'impureté, tandis que les villageois s'en dispensent et leur farine demeure pure.

Or la baraita déclare ces trois préparations impures en tout lieu, villages compris. Pour Abaye, l'explication est immédiate, puisque le concassage suppose un trempage préalable. Pour Rav Dimi, un grain simplement identifié comme épeautre n'a pas nécessairement rencontré l'eau.

🖼️ Schéma
Pourquoi impurs en tout lieu ? L'eau rend l'aliment apte à contracter l'impureté (hekhcher) Farine des grandes villes On humecte le blé pour affiner Contact avec l'eau : hekhcher Elle reçoit l'impureté Farine des villages On se passe d'une farine fine Aucun contact avec l'eau Elle demeure pure Or la baraita déclare hilka, targuis et tissani impurs partout, villages compris. Réponse : il s'agit de grain écorcé, et l'écorce ne s'ôte qu'après trempage. L'eau est donc intervenue partout, même chez Rav Dimi.
La règle du hekhcher appliquée aux farines, et la difficulté que soulève la lecture de Rav Dimi.
9
כְּגוֹן דְּמִיקַּלְפָן, דְּאִי לָאו דִּשְׁרָא לְהוּ בְּמַיָּא לָא הֲוָה מִיקַּלְפָא. וְאַמַּאי קָרֵי לֵיהּ ״חֶילְקָא״ — דִּשְׁקַל חִלְקִיָּהוּ.

Il s'agit par exemple d'un grain écorcé, car s'il ne l'avait pas trempé dans l'eau, il n'aurait pas pu être écorcé. Et pourquoi l'appelle-t-on hilka ?

Parce qu'on leur a ôté leur part.

📜 Rachi (1)
דְּשָׁקִיל חֶלְקַיְיהוּ כְּלוֹמַר כְּשֶׁנּוֹטֵל הַקְּלִיפָּה וְהָוֵי חָלָק:
Parce qu'on leur a ôté leur part : c'est-à-dire lorsqu'on enlève l'écorce, et que le grain en ressort lisse.
💡 Explication

La réponse maintient la lecture de Rav Dimi en précisant l'état du grain : la baraita parle de kounta écorcé, et l'écorce ne se détache qu'après trempage. L'eau est donc intervenue partout, et l'impureté se comprend aussi bien dans les villages.

La guemara profite de cette précision pour expliquer le nom : hilka vient de la part enlevée au grain, son écorce, d'où le grain ressort lisse. L'étymologie renforce la lecture qui vient d'être sauvée.

10
מֵיתִיבִי: הַנּוֹדֵר מִן הַדָּגָן — אָסוּר אַף בְּפוֹל הַמִּצְרִי יָבֵשׁ, וּמֻותָּר בְּלַח, וּמֻותָּר בְּאֹורֶז בְּחִילְקָא וְטַרְגִּיס וְטִיסְנִי. בִּשְׁלָמָא לְמַאן דְּאָמַר חֲדָא לְתַרְתֵּי חֲדָא לִתְלָת וַחֲדָא לְאַרְבְּעָה — שַׁפִּיר, דִּנְפַקוּ לְהוּ מִתּוֹרַת דָּגָן, אֶלָּא לְמַאן דְּאָמַר כֻּונָּתָא, דָּגָן מְעַלְּיָא הוּא! קַשְׁיָא.

On objecte : celui qui fait vœu de s'abstenir de dagan a interdiction même sur la fève d'Égypte sèche, et permission sur la fraîche ; il a permission sur le riz, ainsi que sur le hilka, le targuis et le tissani. Soit, pour celui qui dit un grain pour deux, un grain pour trois et un grain pour quatre, c'est fort bien, car ils sont sortis de la catégorie du dagan.

Mais pour celui qui dit kounta, c'est du dagan à part entière ! Cela demeure difficile.

💡 Explication

Le vœu portant sur le dagan s'étend à tout ce que l'usage range dans cette catégorie, la fève d'Égypte sèche comprise, et laisse dehors ce qui n'y appartient pas, comme le riz. La baraita y ajoute nos trois préparations.

Pour Abaye, le grain brisé a perdu son statut de dagan, et la permission s'explique. Pour Rav Dimi, l'épeautre demeure une céréale pleine et entière, que le vœu devrait atteindre. La guemara ne trouve pas de réponse et conclut par kacha, la difficulté reste ouverte, ce qui affaiblit la lecture de Rav Dimi sans la réfuter formellement.

11
רַב הוּנָא שְׁרָא לְהוּ לְהָנְהוּ כְּרוּפְיָיתָא לְמֵיזַל לְזַבּוֹנֵי כִּי אוֹרְחַייְהוּ בְּשׁוּקָא. אַיְּתִיבֶיהָ רַב כָּהֲנָא: חֲנוּת פְּתוּחָה לִסְטָיו — פּוֹתֵחַ וְנוֹעֵל כְּדַרְכּוֹ,

Rav Houna permit à ces marchands d'aromates d'aller vendre à leur manière habituelle au marché. Rav Kahana lui objecta : une boutique ouverte sur le portique, il l'ouvre et la ferme à son habitude ;

📜 Rachi (2)
כְּרוּפְיָיתָא מוֹכְרֵי בְּשָׂמִים:
Keroufayata : les marchands d'aromates.
חֲנוּת פָּתוּחַ לִסְטָיו פּוֹתֵחַ וְנוֹעֵל כְּדַרְכּוֹ הוֹאִיל וְאֵינוֹ פָּתוּחַ לִרה"ר כִּשְׁאָר חֲנוּיוֹת:
Une boutique ouverte sur le portique : il l'ouvre et la ferme à son habitude, puisqu'elle ne donne pas sur la voie publique comme les autres boutiques.
💡 Explication

Rav Houna accorde aux keroufayata, que Rachi identifie comme les marchands d'aromates, de vendre au marché sans aucune précaution, ce qui semble contredire l'exigence de discrétion posée par la michna.

Rav Kahana objecte à partir d'une baraita qui gradue la conduite selon l'exposition de la boutique. Ouverte sur un portique, c'est-à-dire sur une galerie à colonnes et non directement sur la rue, elle se manœuvre normalement, puisque le public ne la voit pas.

12
פְּתוּחָה לִרְשׁוּת הָרַבִּים — פּוֹתֵחַ אַחַת וְנוֹעֵל אַחַת, וְעֶרֶב יוֹם טוֹב הָאַחֲרוֹן שֶׁל חַג מוֹצִיא וּמְעַטֵּר אֶת שׁוּקֵי הָעִיר בְּפֵירוֹת בִּשְׁבִיל כְּבוֹד יוֹם טוֹב הָאַחֲרוֹן. מִפְּנֵי כְּבוֹד יוֹם טוֹב הָאַחֲרוֹן אִין, שֶׁלֹּא מִפְּנֵי כְּבוֹד יוֹם טוֹב לָא!

ouverte sur la voie publique, il ouvre un battant et ferme l'autre ; et la veille du dernier jour de la fête, il sort sa marchandise et pare les marchés de la ville de fruits en l'honneur du dernier jour de fête. En l'honneur du dernier jour de fête, oui ; sans cet honneur, non !

📜 Rachi (1)
פּוֹתֵחַ דֶּלֶת אֶחָד וְנוֹעֵל דֶּלֶת אֶחָד אֲבָל כְּדַרְכּוֹ לֹא אֵינוֹ מוֹכֵר כְּדַרְכּוֹ:
Il ouvre un battant et ferme l'autre : mais à son habitude, non ; il ne vend pas à sa manière ordinaire.
🗂️ Tossefot (1)
בִּשְׁבִיל כְּבוֹד יוֹם טוֹב הָאַחֲרוֹן. אֲבָל מֵרֵישָׁא דַּחֲנוּת פְּתוּחָה לִרְשׁוּת הָרַבִּים פּוֹתֵחַ אַחַת וְנוֹעֵל אַחַת וְרַב הוּנָא מַתִּיר בְּאוֹרְחַיְיהוּ בְּשׁוּקָא לָא פָּרֵיךְ דְּיֵשׁ לְאוֹקְמֵיהּ בי"ט וְלֹא בְּחוֹל הַמּוֹעֵד וּלְהָכִי פָּרִיךְ מִסֵּיפָא דְּמַייְרֵי בְּחוֹל הַמּוֹעֵד דְּהָא עֶרֶב י"ט הָאַחֲרוֹן חוֹל הַמּוֹעֵד:
En l'honneur du dernier jour de fête. La guemara ne tire pas son objection du début de la baraita, où une boutique ouverte sur la voie publique s'ouvre d'un battant et se ferme de l'autre alors que Rav Houna permet de vendre à leur manière habituelle au marché, car on pourrait rapporter ce début au jour de fête et non aux jours intermédiaires. C'est pourquoi elle objecte à partir de la fin, qui traite des jours intermédiaires, puisque la veille du dernier jour de fête en fait partie.
💡 Explication

La baraita poursuit sa graduation. Donnant sur la rue, la boutique reste à demi fermée, marque visible que le commerce se tient en retrait. Puis elle accorde une exception : la veille du dernier jour de fête, le marchand étale librement pour permettre à chacun de se préparer.

L'inférence de Rav Kahana porte sur cette exception. Si l'étalage libre tient à l'honneur du dernier jour, alors les autres jours intermédiaires le refusent, et Rav Houna a permis ce que la baraita interdit. Les Tossefot expliquent pourquoi l'objection prend appui sur la fin du texte : le début pourrait se rapporter au jour de fête lui-même, tandis que la veille du dernier jour appartient certainement aux jours intermédiaires.

🖼️ Schéma
La boutique pendant les jours intermédiaires Ouverte sur le portique Ouvre et ferme normalement Ouverte sur la rue Un battant ouvert, un fermé Veille du dernier jour On pare le marché de fruits Objection à Rav Houna : l'étalage libre tient à l'honneur de la fête, et autrement il reste interdit. Réponse : la baraita vise les fruits, Rav Houna les condiments. Ce qui ne se conserve pas ne peut passer pour une réserve d'après-fête.
La graduation de la baraita, l'objection à Rav Houna et la réponse qui suit.
13
לָא קַשְׁיָא: הָא בְּפֵירֵי, הָא בְּתַבְלִין.

Cela ne fait pas difficulté : ceci pour les fruits, cela pour les condiments.

📜 Rachi (2)
הָא בְּפֵירֵי שֶׁיֵּשׁ לְחָשׁוּד שֶׁקּוֹנֶה לְצֹורֶךְ יְמוֹת הַשָּׁנָה:
Ceci pour les fruits : où l'on peut soupçonner l'acheteur d'acheter pour les jours de l'année.
בְּתַבְלִין מוֹכֵר כְּדַרְכּוֹ כְּגוֹן כְּרוּב וְכַרְשִׁינִין הַכֹּל יוֹדְעִין דִּלְצֹורֶךְ הַמּוֹעֵד הֵן וְלֵיכָּא חֲשָׁדָא שֶׁאֵין רָאוְיָן לְהִתְקַיֵּים הִלְכָּךְ אַפֵּי' בְּפַרְהֶסְיָא מֻותָּר:
Pour les condiments : il vend à son habitude, par exemple le chou et les vesces. Tout le monde sait qu'ils servent aux besoins de la fête et il n'y a pas de soupçon, car ils ne se conservent pas ; c'est pourquoi la vente est permise même au grand jour.
🗂️ Tossefot (1)
בְּתַבְלִין. פֵּי' בַּקּוּנְטְ' כְּרוּב וְכַרְשִׁינִין וְהִקְשָׁה בתוס' רַבִּי פֶּרֶץ דִּכְרוּב וְקַפְלוֹט אֵינָן חֲשׁוּבִין תַּבְלִין דְּהָא אָמְרִינַן (חֻולִּין דַּף ו.) דְּתַבְלִין לְטַעְמָא עֲבִידִי וַאֲפִילּוּ בְּאֶלֶף לָא בְּטִיל וְלֶפֶת וְקַפְלוֹט אֵינוֹ צָרִיךְ לְשַׁעֵר כִּי אִם בְּשִׁשִּׁים כִּדְאִיתָא פֶּרֶק גִּיד הַנָּשֶׁה (חֻולִּין דַּף צו:) וְתַבְלִין כָּךְ נִידּוֹכִין כְּדַרְכָּן בפ"ק דְּבֵיצָה (דַּף יד.) א"כ אֵינוֹ כְּרוּב וּבֶעָרוּךְ פֵּירֵשׁ מִינֵי בְּשָׂמִים:
Pour les condiments. Rachi explique : le chou et les vesces. Rabbi Peretz objecte dans ses Tossefot que le chou et le poireau ne comptent pas comme condiments, car nous disons (Houlin 6a) que les condiments sont faits pour donner du goût et ne s'annulent pas même dans mille, alors que le navet et le poireau ne demandent une évaluation que dans soixante, comme il figure au chapitre Guid HaNache (Houlin 96b). De plus, les condiments se pilent à leur manière habituelle, au premier chapitre de Betsa (14a). S'il en est ainsi, le terme vise autre chose que le chou. Le Aroukh explique : des espèces d'aromates.
💡 Explication

La réponse sépare deux marchandises. Les fruits s'achètent en quantité et se conservent, si bien que l'acheteur peut passer pour constituer une réserve destinée aux jours qui suivent la fête : le soupçon impose la retenue.

Les condiments s'achètent en petite quantité et ne se gardent pas, ce que Rachi souligne. Chacun comprend qu'ils servent la fête même, et aucun soupçon ne peut naître : la vente au grand jour redevient permise, comme Rav Houna l'a accordé. Les Tossefot rapportent l'objection de Rabbi Peretz aux exemples de Rachi, le chou et les vesces n'ayant pas le statut de condiments dans les autres traités, et retiennent l'explication du Aroukh, qui y voit des espèces d'aromates.

14
הֲדַרַן עֲלָךְ מִי שֶׁהָפַךְ

Nous reviendrons à toi, chapitre « Celui qui a retourné ».

💡 Explication

Formule qui clôt le deuxième chapitre du traité, ouvert par la michna sur celui qui a retourné son olivaie. Le chapitre suivant abandonne les travaux permis pour traiter des soins de la personne pendant la fête.

15
וְאֵלּוּ מְגַלְּחִין בַּמּוֹעֵד: הַבָּא מִמְּדִינַת הַיָּם וּמִבֵּית הַשִּׁבְיָה, וְהַיּוֹצֵא מִבֵּית הָאֲסוּרִין, וְהַמְנֻודֶּה שֶׁהִתִּירוּ לוֹ חֲכָמִים, וְכֵן מִי שֶׁנִּשְׁאַל לְחָכָם וְהֻותַּר, וְהַנָּזִיר וְהַמְּצֹורָע מִטֻּומְאָתוֹ לְטָהֳרָתוֹ.

Et voici ceux qui se rasent pendant la fête : celui qui revient d'outre-mer, celui qui sort de captivité, celui qui sort de prison, l'exclu à qui les sages ont levé l'exclusion, de même celui qui a consulté un sage et a obtenu la levée de son vœu, le nazir et le metsora qui passent de leur impureté à leur pureté.

📜 Rachi (3)
מַתְנִי' וְאֵלּוּ מְגַלְּחִין בַּמּוֹעֵד הַבָּא מִמְּדִינַת הַיָּם כּוּ' בַּמּוֹעֵד לְפִי שֶׁהָיָה אָנוּס שֶׁלֹּא הָיָה יָכוֹל לְגַלֵּחַ קֹודֶם:
Michna. Et voici ceux qui se rasent pendant la fête : celui qui revient d'outre-mer, etc. — pendant la fête, parce qu'il était empêché et ne pouvait pas se raser avant.
וּמִי שֶׁנִּשְׁאַל לְחָכָם שֶׁנָּדַר שֶׁלֹּא לְגַלֵּחַ וְשָׁאַל לְחָכָם בַּמּוֹעֵד:
Et celui qui a consulté un sage : qui avait fait vœu de ne pas se raser et a consulté un sage pendant la fête.
מִטֻּומְאָתוֹ לְטָהֳרָתוֹ נָזִיר טָמֵא כְּשֶׁעָלָה מִטֻּומְאָתוֹ וְשׁוּב אֵינוֹ מְשַׁמֵּר נִזְרוֹ וּמְגַלֵּחַ וְכֵן מְצֹורָע שֶׁעָלָה מִטֻּומְאָתוֹ מְגַלֵּחַ בָּרֶגֶל לְפִי שֶׁלֹּא הָיָה לָהֶם פְּנַאי לְגַלֵּחַ קֹודֶם הָרֶגֶל:
De son impureté vers sa pureté : le nazir devenu impur, lorsqu'il sort de son impureté, n'observe plus son naziréat et se rase ; de même le metsora sorti de son impureté se rase pendant la fête, parce qu'ils n'avaient pas eu le loisir de se raser avant la fête.
🗂️ Tossefot (2)
מַתְנִי' וְאֵלּוּ מְגַלְּחִין בַּמּוֹעֵד. מִשּׁוּם דִּתְנָא בְּאִידָךְ פִּירְקִין דְּבָרִים שֶׁעוֹשִׂין לְצֹורֶךְ הַמּוֹעֵד כְּמוֹ מוֹכְרֵי פֵּירוֹת דְּנַעֲשִׂים כְּדִין קָתָנֵי נָמֵי וְאֵלּוּ נַעֲשִׂים שֶׁלֹּא כְּדִין לְצֹורֶךְ הַמּוֹעֵד:
Michna. Et voici ceux qui se rasent pendant la fête. Puisque le tana a enseigné au chapitre précédent des travaux que l'on accomplit pour les besoins de la fête, comme les vendeurs de fruits, et qui se font selon la règle ordinaire, il enseigne ici de la même manière ceux qui se font en dehors de cette règle pour les besoins de la fête.
וְהַיּוֹצֵא מִבֵּית הָאֲסוּרִים. שֶׁאֵינוֹ יָכוֹל לְגַלֵּחַ קֹודֶם הַמּוֹעֵד שֶׁאֵין מַנִּיחִין לוֹ לְגַלֵּחַ וַאֲפִילּוּ מַנִּיחִין לוֹ אֵינוֹ עָרֵב לָאָדָם לְגַלֵּחַ בְּבֵית הָאֲסוּרִין: [כ"ה בִּירוּשַׁלְמִי]
Et celui qui sort de prison. Car il ne peut pas se raser avant la fête, puisqu'on ne l'y laisse pas ; et même si on l'y laissait, il n'est pas agréable à un homme de se raser en prison. Ainsi figure-t-il dans le Yerouchalmi.
💡 Explication

Les sages ont interdit de se raser pendant les jours intermédiaires, afin que nul ne reporte ce soin à la fête et n'y entre négligé. La michna énumère les situations où ce motif tombe.

Le point commun des six cas est l'empêchement : les trois premiers étaient retenus loin de chez eux ou privés de moyens, les deux suivants étaient liés par une exclusion ou par un vœu dont la levée n'est intervenue que pendant la fête, et les deux derniers doivent se raser au titre de leur passage de l'impureté à la pureté. Aucun d'eux ne pouvait se préparer avant la fête, et l'interdiction ne les atteint pas.

🖼️ Schéma
Ceux qui se rasent pendant la fête Six situations, une seule raison : l'empêchement avant la fête Revenu d'outre-mer Absent jusqu'à la fête Sorti de captivité Retenu par ses geôliers Sorti de prison Sans possibilité de se raser Exclu puis relevé Le tribunal l'a libéré Vœu délié par un sage Lié jusqu'à la consultation Nazir et metsora De l'impureté à la pureté Le décret craignait que l'on entre négligé dans la fête en remettant le rasage aux jours intermédiaires. Celui qui ne pouvait pas se préparer avant échappe à ce décret.
Les six cas de la michna et la raison qui les réunit.
16
וְאֵלּוּ מְכַבְּסִין בַּמּוֹעֵד: הַבָּא מִמְּדִינַת הַיָּם וּמִבֵּית הַשִּׁבְיָה, וְהַיּוֹצֵא מִבֵּית הָאֲסוּרִין,

Et voici ceux qui lavent leur linge pendant la fête : celui qui revient d'outre-mer, celui qui sort de captivité, celui qui sort de prison,

💡 Explication

La michna reprend la même liste pour la lessive, soumise au même décret et au même motif. Le folio s'interrompt au milieu de l'énumération, que la page suivante achèvera.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).