Moed_Katan 14à — Se raser et laver son linge pendant hol hamoed : l'empêchement doit se voir

Moed_Katan 14a

Sougya : Le folio achève la michna qui énumère ceux à qui il est permis de se raser et de laver leur linge pendant les jours intermédiaires de la fête, puis ouvre la guemara sur la question centrale du daf : pourquoi tous les autres en sont-ils privés ? La réponse est une pénalité contre le relâchement, apprise de la garde sacerdotale : qui pouvait se préparer avant la fête et ne l'a pas fait entre dans la fête négligé et n'aura pas de rattrapage.

Rabbi Zera demande alors ce qu'il advient de celui qui a été empêché sans que cela se voie, et Abaye lui oppose les gâteaux de Baitos : une permission qu'on ne peut pas expliquer aux autres n'est pas accordée. Le daf se poursuit avec la mahloket de Rabbi Yehouda et des Sages sur celui qui revient d'outre-mer, que Rava répartit en trois motifs de départ, puis avec l'enfant né pendant la fête, pour qui le ventre de sa mère fut la plus grande des prisons.

Se raser ou laver son linge pendant hol hamoed : qui y a droit ? Il ne l'a pas fait avant la fête Empêché, et cela se voit liste de la michna Empêché, sans que cela se voie objet perdu la veille Il s'est relâché aucun empêchement PERMIS INTERDIT (Abaye) INTERDIT Raison : on dira que tous les gâteaux sont interdits et ceux de Baitos permis nazir, metsora, prisonnier excommunié délié, vœu délié retour d'outre-mer Raison : qu'il n'entre pas dans la fête négligé Rabba bar bar Hana Les deux cas limites du daf Une seule tunique à laver : permis, car la ceinture témoigne pour lui L'artisan qui a perdu un objet : teikou, la question reste ouverte
L'arbre de décision du daf : c'est la visibilité de l'empêchement, et non l'empêchement seul, qui ouvre la permission.
Celui qui revient d'outre-mer : les trois motifs de départ (Rava) Parti se promener Parti pour gagner plus Parti chercher sa subsistance lachout leharviha limzonot Rabbi Yehouda Interdit de se raser Interdit : comme la promenade Permis de se raser Les Sages Interdit de se raser Permis : comme la subsistance Permis de se raser Seul point de désaccord notre michna suit les Sages accord des deux avis il n'est pas anous accord des deux avis il est anous
La mahloket sur celui qui revient d'outre-mer, redistribuée par Rava en trois motifs de départ.
Le mouvement du folio seg. 0-1 seg. 2-4 seg. 5-9 seg. 10-14 seg. 15-16 Fin de la michna : qui est permis, qui est interdit La raison de l'interdit, apprise de la garde du Temple Rabbi Zera : un empêchement qui ne se voit pas Le retour d'outre-mer : Rabbi Yehouda L'enfant né pendant la fête, puis le deuil Le fil conducteur un empêchement ne libère que s'il est visible par tous
Le mouvement du folio, de la fin de la michna jusqu'au passage sur le deuil.
1
וּמְנֻודֶּה שֶׁהִתִּירוּ לוֹ חֲכָמִים, וְכֵן מִי שֶׁנִּשְׁאַל לְחָכָם וְהֻותַּר.

et celui qui était frappé de niddouy (mise au ban) et à qui les Sages ont levé l'interdit ; de même, celui qui a soumis son vœu à un Sage et en a été délié.

🗂️ Tossefot (1)
וּמְנֻודֶּה וְכוּ' וְשֶׁנִּשְׁאַל. בִּירֻושַּׁל' מַקְשֶׁה הָנֵי לָמָּה הִתִּירוּ וַהֲלֹא פָּשַׁע שֶׁלֹּא בָּא לִפְנֵי הַמּוֹעֵד לִפְנֵי חֲכָמִים לְהַתִּיר לוֹ וּמְשַׁנֵּי שֶׁכָּלוּ לוֹ שְׁלֹשִׁים יוֹם שֶׁל נִדּוּי בַּמּוֹעֵד דְּאֵין נִדּוּי פָּחוֹת מִשְּׁלֹשִׁים יוֹם וְכֵן מִי שֶׁנִּשְׁאַל לְחָכָם מוּקֵי לָהּ כְּשֶׁבָּא בְּחוֹל הַמּוֹעֵד אִי נָמֵי לִפְנֵי הַמּוֹעֵד לֹא מָצְאוּ בּוֹ פֶּתַח וְגִילּוּחַ הָרֹאשׁ נָמֵי אָסוּר בַּמּוֹעֵד דְּהָא אָמַר בגמ' שֶׁלֹּא יִכָּנְסוּ לָרֶגֶל מְנֻוָּולִין וְאֵין לְךָ נִיוּוּל גָּדוֹל מִזֶּה וְשֶׁמָּא לָא קָאֵי טַעְמָא בַּגְּמָרָא אֶלָּא אַשְּׁאָרָא אֲבָל גִּילּוּחַ שֶׁל רֹאשׁוֹ אָסוּר מִשּׁוּם מְלָאכָה אֲפִילּוּ בִּמְקוֹם אֹונֶס וּשְׁאָר גִּילּוּחַ דְּבָעֵי בַּגְּמָרָא מַאי טַעְמָא אֲסוּרִין וְהַיְינוּ גִּילּוּחַ שֶׁל יִפּוּי דַּהֲוָה לָךְ לְמִישְׁרֵי לְצֹורֶךְ הַמּוֹעֵד אע"פ שֶׁהִיא מְלָאכָה אֲבָל גִּילּוּחַ כָּל הָרֹאשׁ אָסוּר מִשּׁוּם מְלָאכָה וְהָנֵי כְּגוֹן נָזִיר וּמְצוֹרָע הוּא דְּשָׁרֵי מִשּׁוּם מִצְוָה וּלְפִי זֶה אָסוּר לְגַלֵּחַ רֹאשׁוֹ בַּמּוֹעֵד וְעוֹד יֵשׁ לְפָרֵשׁ שֶׁנִּרְאֶה שֶׁמֻּותָּר לְגַלֵּחַ רֹאשׁוֹ בַּמּוֹעֵד וא"ת מַאי קָא מַשְׁמַע לַן נָזִיר וּמְצוֹרָע יֵשׁ לוֹמַר דְּס"ד דְּאָסוּר שֶׁלֹּא יִשְׁהוּ קָרְבְנוֹתֵיהֶן קָא מַשְׁמָע לַן דְּשָׁרֵי וְאִי מַיְירֵי הָכָא בְּשֶׁלֹּא הָיָה לָהֶן פְּנַאי דַּוְקָא וְהוּא כִּדְבָעֵי לְמֵימַר בַּגְּמָרָא יֵשׁ לוֹמַר דְּהָכִי קָאָמַר דְּנָזִיר וּמְצוֹרָע הָעוֹלִין מִטֻּומְאָה לְטָהֳרָה דַּוְקָא שֶׁעוֹלִין עַתָּה אֲבָל עוֹלִין מִטֻּומְאָה לְטָהֳרָה מִקֹּודֶם רֶגֶל אֲסוּרִין:
Et celui qui était frappé de niddouy, etc., et celui qui a soumis son vœu. Dans le Yerouchalmi, on demande : pourquoi le leur a-t-on permis ? N'ont-ils pas été négligents, en ne se présentant pas devant les Sages avant la fête pour se faire délier ? On répond que les trente jours de sa mise au ban s'achevaient pendant la fête, car un niddouy ne dure pas moins de trente jours. De même, pour celui qui a soumis son vœu à un Sage, on établit le cas où il est venu pendant hol hamoed ; ou bien : il est venu avant la fête, mais on n'a pas trouvé dans son vœu d'ouverture permettant de l'annuler. Raser la tête devrait pourtant, lui aussi, être interdit pendant hol hamoed, puisque la guemara dit que l'on ne doit pas entrer dans la fête négligé, et il n'y a pas de négligence plus grande que celle-là. Peut-être la raison donnée dans la guemara ne porte-t-elle que sur le reste, tandis que raser la tête est interdit au titre du travail, même dans un cas de force majeure. Et le rasage dont la guemara demande pour quelle raison il est interdit serait le rasage d'embellissement, celui que l'on aurait dû permettre pour les besoins de la fête bien qu'il soit un travail, tandis que raser toute la tête est interdit au titre du travail ; si le nazir et le metsora y sont autorisés, c'est en raison de la mitsva. Selon cette explication, il est interdit de se raser la tête pendant hol hamoed. On peut aussi expliquer autrement, et il semble alors permis de se raser la tête pendant hol hamoed. Et si tu demandes : que nous apprennent le nazir et le metsora ? On peut répondre que l'on aurait pu penser que cela leur est interdit, afin qu'ils ne retardent pas leurs sacrifices ; la michna nous apprend que cela leur est permis. Et si l'on traite ici uniquement du cas où ils n'ont pas eu le loisir de le faire avant, comme la guemara va le dire, on peut répondre que voici ce qui est enseigné : le nazir et le metsora qui passent de l'impureté à la pureté ne sont visés que s'ils accomplissent ce passage maintenant ; mais ceux qui sont passés de l'impureté à la pureté avant la fête y sont interdits.
💡 Explication

La michna commencée au folio précédent énumère ceux à qui il reste permis de se raser et de laver leur linge pendant hol hamoed, les jours intermédiaires de la fête. Le principe commun de cette liste : la personne n'a pas pu s'en occuper avant l'entrée de la fête, et son empêchement est connu de tous.

Deux cas s'ajoutent ici. Le menoudé, celui qui était sous le coup du niddouy, n'avait pas le droit de se raser tant que la mise au ban durait ; les Sages l'en ayant relevé pendant la fête, il peut alors le faire. De même celui qui avait fait vœu de ne pas se laver ou de ne pas se raser et qui a obtenu d'un Sage la hatarat nedarim, l'annulation de son vœu, pendant hol hamoed.

2
מִטְפְּחוֹת הַיָּדַיִם וּמִטְפְּחוֹת הַסְּפָרִים וּמִטְפְּחוֹת הַסְּפָג, הַזָּבִין וְהַזָּבוֹת וְהַנִּדּוֹת וְהַיּוֹלְדוֹת, וְכָל הָעוֹלִין מִטֻּומְאָה לְטָהֳרָה — הֲרֵי אֵלּוּ מֻותָּרִין. וּשְׁאָר כָּל אָדָם אֲסוּרִין.

Les serviettes à mains, les serviettes des barbiers et les serviettes de bain ; les zavim et les zavot, les femmes niddot et les femmes qui viennent d'accoucher, ainsi que tous ceux qui passent de l'impureté à la pureté : à tous ceux-là cela est permis. Mais à tous les autres hommes, cela est interdit.

💡 Explication

Deux catégories ferment la michna. Les trois sortes de serviettes se salissent par l'usage même du jour ; les laver n'est donc pas un rattrapage de négligence, et la permission tombe sous le régime du besoin de la fête.

La seconde catégorie regroupe ceux qui sortent d'un état d'impureté : le zav et la zava (écoulements rendant impur), la nidda, la femme qui vient d'accoucher. Leur purification tombe pendant la fête, et le linge doit être lavé à ce moment-là : nul ne peut leur reprocher d'avoir attendu. La michna conclut alors par l'exclusion générale qui va lancer toute la sougya : tous les autres hommes, cela leur est interdit.

3
גְּמָ׳ וּשְׁאָר כָּל אָדָם מַאי טַעְמָא אֲסוּרִין?

Guemara. Et tous les autres hommes, pour quelle raison cela leur est-il interdit ?

📜 Rachi (1)
גְּמ' הָכִי גָּרְסִינַן וּשְׁאָר כָּל אָדָם מַאי טַעְמָא אֲסוּרִין כְּדִתְנַן אַנְשֵׁי מִשְׁמָר כו' וְאָמַר רַבָּה בַּר בַּר חָנָה כו' עַד כְּשֶׁהֵן מְנֻוָּולִים וּמַאן דְּמִתְרַשֵּׁל וְלֹא גִּילַּח מִקַּמֵּי רֶגֶל וּמָטֵי זְמַן עֲלַייְהוּ לְגַלֵּחַ בָּרֶגֶל הֶחְמִירוּ רַבָּנָן הוֹאִיל וְלָא מְזָרְזִי נַפְשַׁיְיהוּ לְסַפֵּר מִקַּמֵּי רֶגֶל דְּלָא לֶהֱוֵי בָּרֶגֶל מְנֻווָּלִין אִם הָיוּ מְגַלְּחִין בַּמּוֹעֵד לֹא הָיוּ מְגַלְּחִים לִפְנֵי הַמּוֹעֵד וְנִכְנָסִין לָרֶגֶל כְּשֶׁהֵן מְנֻוָּולִין:
Guemara. Voici la leçon à retenir : Et tous les autres hommes, pour quelle raison cela leur est-il interdit ? Comme nous avons appris : les hommes du michmar, etc., et Rabba bar bar Hana a dit, etc., jusqu'à : alors qu'ils sont négligés. — Celui qui s'est relâché et ne s'est pas rasé avant la fête, et pour qui le moment de se raser tombe pendant la fête : les Sages ont été rigoureux, puisqu'il ne s'est pas empressé de se faire couper les cheveux avant la fête pour n'y pas entrer négligé. Car si l'on rasait pendant hol hamoed, les gens ne se raseraient pas avant la fête et y entreraient négligés.
🗂️ Tossefot (1)
וּשְׁאָר כָּל אָדָם מַאי טַעְמָא אֲסוּרִין. אע"פ שֶׁהוּא מְלָאכָה הָיָה לָנוּ לְהַתִּירָהּ לְצֹורֶךְ הַמּוֹעֵד א"נ [אַף] שֶׁיֵּשׁ מְלָאכוֹת אֲסוּרוֹת בַּמּוֹעֵד שֶׁאֵין בָּהֶן טֹורַח כְּגוֹן פְּרַקְמַטְיָא מִכָּל מָקוֹם זֶה שֶׁהוּא לְיִפּוּי רָאוּי לְהַתִּיר לִכְבוֹד מוֹעֵד וְיֵשׁ מְפָרְשִׁים דְּקָאֵי עַל גִּילּוּחַ הָרֹאשׁ דְּאָסְרִינַן מִשּׁוּם טִירְחָא מִכָּל מָקוֹם מַקְשֶׁה דְּהָיָה לוֹ לְהַתִּיר לְצֹורֶךְ הַמּוֹעֵד וְאֵין זֶה נוֹטֶה לְפִי מַה שֶׁפֵּירֵשׁ' הַמִּשְׁנָה דְּגִילּוּחַ כָּל הָרֹאשׁ מְלָאכָה גְּמוּרָה וְאָסוּר:
Et tous les autres hommes, pour quelle raison cela leur est-il interdit ? Bien que ce soit un travail, on aurait dû le permettre pour les besoins de la fête. Autre explication : même s'il existe des travaux interdits pendant hol hamoed qui ne demandent aucun effort, comme le commerce, celui-ci, qui vise l'embellissement, mériterait malgré tout d'être permis en l'honneur de la fête. Certains commentateurs rapportent la question au rasage de la tête, que l'on interdit à cause de l'effort qu'il demande ; la guemara objecte alors qu'on aurait dû le permettre pour les besoins de la fête. Cela ne s'accorde pas avec la manière dont nous avons expliqué la michna, selon laquelle raser toute la tête est un travail à part entière et demeure interdit.
💡 Explication

La question de la guemara n'est pas évidente au premier abord. Elle repose sur le statut particulier de hol hamoed : les travaux y sont interdits, mais la permission s'ouvre largement pour les tsorkhé hamoed, les besoins de la fête. Or se raser et avoir du linge propre sont précisément des besoins de la fête. On aurait donc dû le permettre à tous.

La réponse qui vient ne se situe pas sur le terrain du travail interdit, mais sur celui de la kenassa, la pénalité rabbinique : l'interdit pèse sur celui qui pouvait se préparer avant et ne l'a pas fait.

4
כְּדִתְנַן: אַנְשֵׁי מִשְׁמָר וְאַנְשֵׁי מַעֲמָד אֲסוּרִין לְסַפֵּר וּלְכַבֵּס, וּבַחֲמִישִׁי מֻותָּרִין מִפְּנֵי כְּבוֹד הַשַּׁבָּת.

Comme nous avons appris : les hommes du michmar et les hommes du maamad n'ont le droit ni de se raser ni de laver leur linge, mais le jeudi cela leur est permis, en l'honneur du Chabbat.

💡 Explication

La guemara répond en citant une michna de Taanit. Le service du Temple était réparti entre vingt-quatre michmarot, des gardes sacerdotales qui montaient à tour de rôle pour une semaine. Chaque michmar était double d'un maamad, une délégation d'Israélites représentant le peuple pendant les sacrifices de cette semaine-là.

Pendant leur semaine, ces hommes ne se rasent pas et ne lavent pas leur linge. L'exception du jeudi, en l'honneur du Chabbat, montre que l'interdit ne tient pas à une interdiction de travail : il est entièrement construit pour obliger à se préparer avant le moment solennel.

5
וְאָמַר רַבָּה בַּר בַּר חָנָה אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר: מַאי טַעְמָא — כְּדֵי שֶׁלֹּא יִכָּנְסוּ לְמִשְׁמַרְתָּן כְּשֶׁהֵן מְנֻוָּולִין, הָכָא נָמֵי: כְּדֵי שֶׁלֹּא יִכָּנְסוּ לָרֶגֶל כְּשֶׁהֵן מְנֻוָּולִין.

Et Rabba bar bar Hana a dit au nom de Rabbi Elazar : quelle en est la raison ? Afin qu'ils n'entrent pas dans leur semaine de service alors qu'ils sont négligés.

Ici de même : afin qu'ils n'entrent pas dans la fête alors qu'ils sont négligés.

💡 Explication

Voici la réponse complète. Si l'on permettait de se raser pendant la semaine de service, chacun repousserait à ce moment-là et entrerait dans son service mal tenu. L'interdit ferme cette porte : puisque la fête est entamée, il est trop tard, et l'homme apprend à s'organiser avant.

Le même mécanisme est transposé à hol hamoed. L'interdit de se raser pendant les jours intermédiaires est donc une kenassa visant le relâchement, ce qui explique pourquoi la michna en dispense exactement ceux qui n'ont pas pu se préparer avant.

🖼️ Schéma
Le raisonnement par analogie : la garde du Temple et la fête Le michmar (Taanit 15b) Interdit de se raser et de laver pendant la semaine de service Permis le jeudi, en l'honneur du Chabbat qu'ils n'entrent pas négligés dans leur service = Hol hamoed Interdit de se raser et de laver pendant les jours intermédiaires Il fallait le faire avant l'entrée de la fête qu'ils n'entrent pas négligés dans la fête L'interdit n'est pas un travail interdit : c'est une pression sur celui qui traîne
Le transfert du raisonnement : ce qui vaut pour l'entrée dans la semaine de service vaut pour l'entrée dans la fête.
6
בָּעֵי רַבִּי זֵירָא: אָבְדָה לוֹ אֲבֵידָה עֶרֶב הָרֶגֶל, כֵּיוָן דַּאֲנִיס — מֻותָּר, אוֹ דִּלְמָא כֵּיוָן דְּלָא מוֹכְחָא מִילְּתָא — לָא?

Rabbi Zera a posé la question : quelqu'un a perdu un objet la veille de la fête. Puisqu'il est anous (empêché par une force majeure), cela lui est-il permis ?

Ou bien, puisque la chose n'est pas manifeste, non ?

📜 Rachi (2)
אָבְדָה לוֹ אֲבֵידָה שֶׁלֹּא הָיָה לוֹ פְּנַאי לְגַלֵּחַ קֹודֶם הָרֶגֶל:
Il a perdu un objet : il n'a pas eu le loisir de se raser avant la fête.
דְּלָא מוֹכְחָא מִילְּתָא דְּלָא יָדְעִי כֻּולֵּי עָלְמָא דְּאָנוּס הָיָה אֶלָּא יֹאמְרוּ הוּא מְכַוֵּין לְהַשְׁהוֹת עַד הַמּוֹעֵד:
La chose n'est pas manifeste : tout le monde ne sait pas qu'il était anous ; on dira plutôt qu'il a délibérément repoussé jusqu'à hol hamoed.
💡 Explication

Rabbi Zera prend au sérieux la raison qui vient d'être donnée. Si l'interdit frappe le relâchement, celui qui a passé la veille de la fête à chercher un objet perdu n'a rien à se reprocher : il est anous, empêché malgré lui, comme le nazir ou le prisonnier de la michna.

Le second terme de la question introduit le critère qui va gouverner tout le passage : mokhaha milta, la chose est-elle manifeste ? Dans les cas de la michna, l'entourage voit pourquoi cet homme n'a pas pu se préparer. Ici, personne ne sait rien de sa recherche.

7
אָמַר אַבַּיֵּי, יֹאמְרוּ: כָּל הַסְּרִיקִין אֲסוּרִין, סְרִיקֵי בַּיְיתוֹס מֻותָּרִין?!

Abaye a dit : on dira, tous les gâteaux décorés sont interdits et ceux de Baitos sont permis ?!

📜 Rachi (1)
יֹאמְרוּ כָּל הַסְּרִיקִין אֲסוּרִין וְכוּ' כְּלוֹמַר דְּבַייְתוֹס הָיָה יָכוֹל לִסְרֹוק חַלּוֹתָיו בְּלִי שְׁהוּת לְפִי שֶׁהָיָה לוֹ דְּפוּס ואעפ"כ אָסְרוּ מִשּׁוּם דְּאָמְרִי כָּל הַסְּרִיקִים כו' הָכָא נָמֵי כֵּיוָן דְּלָא מִיגַּלְּיָא לְכֻולֵּי עָלְמָא אֻונְסֵיהּ יֹאמְרוּ כֻּולֵּי עָלְמָא אֲסוּרִין לְגַלֵּחַ וְזֶה מֻותָּר:
On dira, tous les gâteaux décorés sont interdits, etc. : c'est-à-dire que Baitos pouvait décorer ses galettes sans aucun délai, parce qu'il disposait d'un moule, et pourtant on le lui a interdit, parce que l'on dirait : tous les gâteaux décorés, etc. Ici de même : puisque la force majeure qui l'a empêché n'est pas visible de tous, on dira que tout le monde à interdiction de se raser et que celui-ci y serait autorisé.
💡 Explication

Abaye tranche par un précédent bien connu, rapporté dans Pessahim. Les Sages avaient interdit les serikin, ces galettes de pain azyme finement décorées, parce que le temps passé à les façonner risquait de laisser la pâte lever. Baitos ben Zounin, qui disposait d'un moule et pouvait donc les faire sans le moindre délai, demanda à en produire. Les Sages refusèrent.

Leur motif : les gens qui verraient ses gâteaux décorés ne connaîtraient pas son moule et diraient que l'interdit général a été levé en sa faveur. Une permission illisible de l'extérieur ruine l'interdit dont elle sort. Il en va de même ici : personne ne verra l'objet perdu.

8
וּלְטַעְמִיךְ, הָא דְּאָמַר רַבִּי אַסִּי אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: כָּל מִי שֶׁאֵין לוֹ אֶלָּא חָלוּק אֶחָד מֻותָּר לְכַבְּסוֹ בְּחֻולּוֹ שֶׁל מוֹעֵד, הָתָם נָמֵי, יֹאמְרוּ: כָּל הַסְּרִיקִין אֲסוּרִין, סְרִיקֵי בַּיְיתוֹס מֻותָּרִין!

Et selon ton raisonnement : ce que Rabbi Assi a dit au nom de Rabbi Yo'hanan, à savoir que celui qui n'a qu'une seule tunique a le droit de la laver pendant hol hamoed — là aussi on devrait dire : tous les gâteaux décorés sont interdits et ceux de Baitos sont permis !

📜 Rachi (1)
מִי שֶׁאֵין לוֹ אֶלָּא חָלוּק אֶחָד נָמֵי לָאו מוֹכְחָא מִילְּתָא לְכֻולֵּי עָלְמָא:
Celui qui n'a qu'une seule tunique : là non plus la chose n'est pas manifeste aux yeux de tous.
🗂️ Tossefot (1)
שֶׁאֵין לוֹ אֶלָּא חָלוּק אֶחָד מֻותָּר לְכַבְּסוֹ בַּמּוֹעֵד. וְאִם תֹּאמַר הֵיאַךְ יְכַבְּסֶנּוּ בַּמּוֹעֵד אִם כֵּן יִשָּׁאֵר בַּמּוֹעֵד בְּלֹא חָלוּק בִּשְׁעַת כִּיבּוּס כְּמוֹ כֵן הָיָה יָכוֹל לְכַבֵּס קֹודֶם הַמּוֹעֵד וְיִהְיֶה בְּלֹא חָלוּק בִּשְׁעַת כִּיבּוּס וְכִי תֵּימָא כְּשֶׁכִּבְּסוֹ קֹודֶם מוֹעֵד וּמִשּׁוּם הָכִי מֻותָּר לְכַבְּסוֹ בַּמּוֹעֵד א"כ תַּרְתֵּי נָמֵי אִם יִתְלַכְלְכוּ לָמָּה נֶאֱסֹור לוֹ וַהֲלֹא לֹא פָּשַׁע י"ל דְּדַי לוֹ בִּשְׁתֵּי חֲלוּקִין אֶחָד ליו"ט רִאשׁוֹן וְאֶחָד לי"ט אַחֲרוֹן בִּירוּשַׁלְמִי אָמְרוּ בִּגְדֵי קְטַנִּים מֻותָּר לְכַבְּסָן בַּמּוֹעֵד דְּנִיכָּרִים שֶׁהֵם קְטַנִּים וּמְלֻוכְלָכִין כְּמִי שֶׁאֵין לוֹ אֶלָּא חָלוּק אֶחָד:
Celui qui n'a qu'une seule tunique a le droit de la laver pendant hol hamoed. Et si tu demandes : comment la lavera-t-il pendant la fête ? Il restera alors sans tunique le temps du lavage. Or il aurait tout aussi bien pu la laver avant la fête et rester sans tunique pendant ce temps-là. Et si tu réponds qu'il l'a effectivement lavée avant la fête, et que c'est pour cela qu'on lui permet de la laver pendant hol hamoed, alors, dans le cas de deux tuniques aussi : si elles se salissent, pourquoi le lui interdirions-nous, puisqu'il n'a pas été négligent ? On peut répondre que deux tuniques lui suffisent, une pour le premier jour de fête et une pour le dernier. Dans le Yerouchalmi, on a dit que les vêtements des petits enfants peuvent être lavés pendant hol hamoed, car on voit bien qu'ils sont à des petits et qu'ils sont salis : c'est comme celui qui n'a qu'une seule tunique.
💡 Explication

L'objection teste la règle d'Abaye sur un cas admis. Celui qui ne possède qu'une tunique doit la laver pendant la fête, et Rabbi Yo'hanan le lui permet. Or son dénuement n'est pas plus visible que l'objet perdu : le voisin qui le voit laver son linge pendant hol hamoed devrait, selon la règle des gâteaux, conclure à une brèche dans l'interdit.

9
הָא אִתְּמַר עֲלַהּ, אָמַר מָר בַּר רַב אָשֵׁי: אִיזּוּרוֹ מוֹכִיחַ עָלָיו.

Mais il a été dit à ce sujet : Mar bar Rav Achi a dit, sa ceinture témoigne pour lui.

📜 Rachi (1)
אִיזּוּרוֹ מוֹכִיחַ עָלָיו דָּמֵי שֶׁאֵין לוֹ אֶלָּא חָלוּק אֶחָד פּוֹשְׁטוֹ וּמִתְעַטֵּף בְּמֻקְטָרֵינוּ וְחוֹגְרוֹ בְּאִיזּוּרוֹ וְעוֹמֵד וּמְכַבֵּס הֶחָלוּק וּמוֹדִיעַ לְכָל שֶׁאֵין לוֹ אֶלָּא חָלוּק אֶחָד:
Sa ceinture témoigne pour lui : celui qui n'a qu'une seule tunique l'enlève, s'enveloppe dans son manteau, le serre avec sa ceinture, et se tient ainsi à laver sa tunique ; il fait savoir à tous qu'il n'a qu'une seule tunique.
💡 Explication

La réponse sauve la règle d'Abaye et précise ce que signifie mokhaha milta. Celui qui n'a qu'une tunique ne peut pas la laver en restant habillé : il l'enlève, s'enveloppe dans son manteau et le serre à la taille avec sa ceinture, faute d'autre vêtement. Sa mise dit publiquement son dénuement.

La visibilité exigée n'est donc pas une explication donnée par des mots, mais une situation que l'observateur lit d'un coup d'œil. L'objet perdu de Rabbi Zera échoue précisément à ce test.

🖼️ Schéma
Le test d'Abaye : la raison de la permission est-elle lisible par les autres ? Objet perdu la veille Il était bien empêché mais personne ne le sait on le croira négligent Une seule tunique Il la lave enveloppé dans son manteau ceint sa ceinture témoigne L'artisan qui a perdu Sa boutique est vue de toute la ville lisible, ou pas assez ? INTERDIT PERMIS TEIKOU La règle des gâteaux de Baitos : une permission que l'observateur ne peut pas expliquer fait croire que l'interdit général a été levé
Le même critère applique aux trois cas du passage, et les trois verdicts qu'il produit.
10
רַב אַשִּׁי מַתְנֵי, בָּעֵי רַבִּי זֵירָא: אֻומָּן שֶׁאָבְדָה לוֹ אֲבֵידָה עֶרֶב הָרֶגֶל, מַהוּ? כֵּיוָן דְּאֻומָּן הוּא — מוֹכְחָא מִילְּתָא, אוֹ דִּלְמָא כֵּיוָן דְּלָא מוֹכְחָא מִילְּתָא כִּי הָנָךְ — לָא? תֵּיקוּ.

Rav Achi enseignait ainsi : Rabbi Zera a posé la question : un artisan qui a perdu un objet la veille de la fête, quelle est la règle ? Puisqu'il est artisan, la chose est manifeste ; ou bien, puisqu'elle n'est pas aussi manifeste que dans ces cas-là, non ?

La question reste sans réponse (teikou).

📜 Rachi (2)
אֻומָּן כְּגוֹן סֵפֶר שֶׁהַכֹּל בָּאִים אֶצְלוֹ עֶרֶב הָרֶגֶל וְרוֹאִים שֶׁאָבְדָה לוֹ אֲבֵידָה וְאָנוּס הוּא וְאֵינוֹ יָכוֹל לְסַפֵּר עַצְמוֹ:
Un artisan : par exemple un barbier, chez qui tout le monde vient la veille de la fête ; on voit qu'il a perdu un objet, qu'il est anous et qu'il ne peut pas se raser lui-même.
כִּי הָנָךְ דְּמַתְנִיתִין דְּקָתָנֵי מְגַלְּחִין דְּמִידָּע לַכֹּל:
Aussi manifeste que dans ces cas-là : ceux de la michna, dont il est enseigné qu'ils se rasent, parce que leur situation est connue de tous.
🗂️ Tossefot (1)
אֻומָּן שֶׁאָבְדָה לוֹ אֲבֵידָה עֶרֶב הָרֶגֶל. פֵּירֵשׁ בַּקּוּנְטְרֵס דִּבְאֻומָּן מִבָּעֵי' לֵיהּ אֲבָל בְּנֵי הָעִיר אע"פ שֶׁאֵין לָהֶם אֻומָּן אַחֵר לָא מִיבַּעְיָא לֵיהּ דִּפְשִׁיטָא דַּאֲסוּרִים יֵשׁ לְהִסְתַּפֵּק אִם חָלָה וְנִתְרַפֵּא אִם מֻותָּר לְגַלֵּחַ אִם מוֹכְחָא מִילְּתָא כִּי הָנֵי:
Un artisan qui a perdu un objet la veille de la fête. Le Kountras (Rachi) explique que la question ne porte que sur l'artisan ; quant aux habitants de la ville, même s'ils n'ont pas d'autre artisan à leur disposition, la question ne se pose pas à leur sujet, car il est évident que cela leur est interdit. On peut encore s'interroger sur celui qui est tombé malade puis a guéri : lui est-il permis de se raser ? Sa situation est-elle manifeste comme celles-ci ?
💡 Explication

Rav Achi transmet la question de Rabbi Zera sous une autre forme, plus fine. L'artisan dont il s'agit est, selon Rachi, le barbier lui-même : la veille de la fête, toute la ville défile chez lui, et chacun voit qu'il court après un objet perdu au lieu de travailler.

Son empêchement est donc partiellement visible. Reste à savoir si cette visibilité atteint le degré des cas de la michna, connus de tous sans exception. La guemara conclut par teikou : la question demeure ouverte, et en pratique on ne permettra pas.

11
מִמְּדִינַת הַיָּם. מַתְנִיתִין דְּלָא כְּרַבִּי יְהוּדָה, דְּתַנְיָא, רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: הַבָּא מִמְּדִינַת הַיָּם — לֹא יְגַלֵּחַ, מִפְּנֵי שֶׁיָּצָא שֶׁלֹּא בִּרְשׁוּת.

« Celui qui revient d'outre-mer. » Notre michna ne suit pas l'avis de Rabbi Yehouda, car il a été enseigné : Rabbi Yehouda dit, celui qui revient d'outre-mer ne se rasera pas, parce qu'il est parti sans autorisation.

📜 Rachi (1)
מִפְּנֵי שֶׁיָּצָא שֶׁלֹּא בִּרְשׁוּת כְּלוֹמַר הוֹאִיל וְלֹא יָצָא בִּרְשׁוּת אֲחֵרִים אֶלָּא בִּרְצוֹן עַצְמוֹ לָאו אָנוּס הוּא:
Parce qu'il est parti sans autorisation : c'est-à-dire que, puisqu'il n'est pas parti sur l'ordre d'autrui mais de sa propre volonté, il n'est pas anous.
🗂️ Tossefot (1)
מַתְנֵי' דְּלָא כר"י. תֵּימַהּ לוֹקְמָא אֲפִילּוּ כר"י וְלִמְזוֹנוֹת אַפֵּי' רַבִּי יְהוּדָה מוֹדֶה וְשֶׁמָּא כֵּיוָן דְּקָתָנֵי ר"י אוֹמֵר הַבָּא וְכוּ' מַשְׁמַע שֶׁבָּא לַחֲלֹוק עַל הַמִּשְׁנָה:
Notre michna ne suit pas l'avis de Rabbi Yehouda. Cela étonne : on aurait pu l'établir même selon Rabbi Yehouda, en parlant de celui qui est parti chercher sa subsistance, cas dans lequel Rabbi Yehouda lui-même concède. Peut-être, puisqu'il est enseigné « Rabbi Yehouda dit : celui qui revient, etc. », cela indique qu'il vient contredire la michna.
💡 Explication

La guemara revient à un cas de la michna : le voyageur qui rentre d'outre-mer pendant hol hamoed est autorisé à se raser, son absence étant connue. Une braita présente l'avis contraire de Rabbi Yehouda.

Son argument déplace la discussion : le retour est certes visible, mais le départ était volontaire. Celui qui s'est mis lui-même dans l'impossibilité de se préparer n'est pas un anous ; il est l'auteur de son propre empêchement. « Sans autorisation » désigne ici le voyage entrepris sans nécessité.

12
אָמַר רָבָא: לָשׁוּט — דִּבְרֵי הַכֹּל אָסוּר, לִמְזוֹנוֹת — דִּבְרֵי הַכֹּל מֻותָּר, לֹא נֶחְלְקוּ אֶלָּא לְהֶרְוֵיחָא. מָר מְדַמֵּי לֵיהּ כְּלָשׁוּט, וּמָר מְדַמֵּי לֵיהּ כְּלִמְזוֹנוֹת.

Rava a dit : celui qui est parti se promener, de l'avis de tous cela lui est interdit ; celui qui est parti chercher sa subsistance, de l'avis de tous cela lui est permis. Ils ne divergent que sur celui qui est parti pour gagner davantage : un maître l'assimile à celui qui part se promener, et l'autre maître l'assimile à celui qui part chercher sa subsistance.

📜 Rachi (4)
לָשׁוּט אִם יָצָא שֶׁלֹּא לְצֹורֶךְ וְלֹא יָצָא אֶלָּא כְּדֵי לָשׁוּט בָּעוֹלָם וְלִרְאוֹתוֹ וְחָזַר בַּמּוֹעֵד:
Se promener : s'il est parti sans nécessité, uniquement pour parcourir le monde et le voir, et qu'il est revenu pendant hol hamoed.
דִּבְרֵי הַכֹּל אָסוּר לְגַלֵּחַ בַּמּוֹעֵד:
De l'avis de tous cela est interdit : se raser pendant hol hamoed.
לִמְזוֹנוֹת שֶׁיָּצָא לְחַזֵּר אַחַר מְזוֹנוֹת שֶׁאֵין לוֹ מְזוֹנוֹת וְחָזַר בַּמּוֹעֵד אַחֲרֵיהֶן דִּבְרֵי הַכֹּל מֻותָּר לְגַלֵּחַ בַּמּוֹעֵד לְפִי שֶׁיָּצָא בְּאֹונֶס:
Pour la subsistance : il est parti chercher de quoi vivre, n'ayant pas de quoi manger, et il est revenu pendant hol hamoed après l'avoir cherché ; de l'avis de tous il lui est permis de se raser pendant hol hamoed, parce qu'il est parti sous la contrainte.
לְהֶרְוֵיחָא שֶׁיֵּשׁ לוֹ נְכָסִים הַרְבֵּה וְיוֹצֵא כְּדֵי לְהַרְוִיחַ יוֹתֵר:
Pour gagner davantage : il possède déjà beaucoup de biens et part afin de gagner plus encore.
💡 Explication

Rava refuse de lire la braita comme un désaccord frontal et répartit les départs en trois motifs. Lachout, partir voir le monde, est un départ sans nécessité : les deux avis interdisent. Limzonot, partir parce qu'on n'a pas de quoi vivre, est un départ contraint : les deux avis permettent.

Le désaccord se resserre sur leharviha, celui qui possède déjà de quoi vivre et part pour accroître son gain. Rabbi Yehouda y voit une entreprise volontaire, les Sages y voient encore la recherche d'une subsistance. Notre michna, qui permet, suit les Sages.

13
מֵיתִיבִי, אָמַר רַבִּי: נִרְאִין דִּבְרֵי רַבִּי יְהוּדָה כְּשֶׁיָּצָא שֶׁלֹּא בִּרְשׁוּת, וְדִבְרֵי חֲכָמִים כְּשֶׁיָּצָא בִּרְשׁוּת. מַאי שֶׁלֹּא בִּרְשׁוּת? אִילֵּימָא לָשׁוּט — וְהָאָמְרַתְּ דִּבְרֵי הַכֹּל אָסוּר! וְאֶלָּא לִמְזוֹנוֹת — וְהָאָמְרַתְּ דִּבְרֵי הַכֹּל מֻותָּר! אֶלָּא פְּשִׁיטָא, לְהֶרְוֵיחָא.

On objecte : Rabbi a dit, les paroles de Rabbi Yehouda paraissent justes lorsqu'il est parti sans autorisation, et les paroles des Sages lorsqu'il est parti avec autorisation. Que signifie « sans autorisation » ?

Si l'on dit qu'il s'agit de celui qui est parti se promener — mais tu as dit que de l'avis de tous cela est interdit ! Dira-t-on qu'il s'agit de celui qui est parti chercher sa subsistance — mais tu as dit que de l'avis de tous cela est permis !

Il est donc évident qu'il s'agit de celui qui est parti pour gagner davantage.

📜 Rachi (3)
נִרְאִין לִי דִּבְרֵי רַבִּי יְהוּדָה דְּאָסַר בְּגִילּוּחַ לָבֹא מִמְּדִינַת הַיָּם כְּשֶׁיָּצָא שֶׁלֹּא בִּרְשׁוּת:
Les paroles de Rabbi Yehouda me paraissent justes : lui qui interdit de se raser à celui qui revient d'outre-mer, lorsqu'il est parti sans autorisation.
וְדִבְרֵי חֲכָמִים הַמַּתִּירִין כְּשֶׁיָּצָא בִּרְשׁוּת:
Et les paroles des Sages : eux qui permettent, lorsqu'il est parti avec autorisation.
אִילֵּימָא לָשׁוּט דְּקָאָמַר רַבִּי נִרְאִין דִּבְרֵי ר"י בְּיָצָא לָשׁוּט דְּהַייְנוּ שֶׁלֹּא בִּרְשׁוּת הָא אֲמַרְתְּ וְכוּ' וּמַאי נִרְאִין דִּבְרֵי רַבִּי יְהוּדָה הֲלֹא שְׁנֵיהֶם מוֹדִים בָּהּ אֶלָּא פְּשִׁיטָא לְהָרְוָוחָא וְאַשְׁמְעִינַן דְּנִרְאִין לוֹ דִּבְרֵי ר' יְהוּדָה שֶׁאוֹסֵר בְּגִילּוּחַ:
Si l'on dit qu'il s'agit de celui qui est parti se promener : que Rabbi déclare que les paroles de Rabbi Yehouda paraissent justes dans le cas où l'on est parti se promener, ce qui serait le sens de « sans autorisation » — mais tu as dit, etc. Et que signifierait alors « les paroles de Rabbi Yehouda paraissent justes », puisque les deux avis en conviennent ? Il est donc évident qu'il s'agit de celui qui est parti pour gagner davantage, et Rabbi nous enseigne que l'avis de Rabbi Yehouda, qui interdit de se raser, lui paraît juste.
💡 Explication

Une braita de Rabbi (Rabbi Yehouda HaNassi) semble ruiner la répartition de Rava. Elle approuve tour à tour chacun des deux avis selon que le départ fut ou non autorisé, ce qui suppose que le désaccord porte réellement sur ces deux cas.

La guemara élimine les lectures possibles de « sans autorisation ». Ni la promenade ni la subsistance ne conviennent, puisque Rava vient d'établir que les deux avis s'y accordent : approuver l'un contre l'autre n'aurait aucun sens. Reste le gain, leharviha.

14
אֵימָא סֵיפָא: נִרְאִין דְּבָרַי חֲכָמִים כְּשֶׁיָּצָא בִּרְשׁוּת, מַאי בִּרְשׁוּת? אִילֵּימָא לִמְזוֹנוֹת — הָא אָמְרַתְּ דִּבְרֵי הַכֹּל מֻותָּר! וְאֶלָּא לְהֶרְוֵיחָא — וְהָא אָמְרַתְּ נִרְאִין דִּבְרֵי רַבִּי יְהוּדָה בְּהָא!

Lis maintenant la fin : les paroles des Sages paraissent justes lorsqu'il est parti avec autorisation. Que signifie « avec autorisation » ?

Si l'on dit qu'il s'agit de celui qui est parti chercher sa subsistance — mais tu as dit que de l'avis de tous cela est permis ! Dira-t-on qu'il s'agit de celui qui est parti pour gagner davantage — mais tu as dit que, dans ce cas précisément, les paroles de Rabbi Yehouda paraissent justes !

📜 Rachi (1)
וְהָא נִרְאִין דִּבְרֵי רַבִּי יְהוּדָה בְּהָא וְקַשְׁיָא דְּרַבִּי אַדְּרַבִּי דִּבְרֵישָׁא נִרְאֶה לוֹ דִּבְרֵי ר"י דְּאָסַר בְּהָרַוְוחָא וּבְסֵיפָא נִרְאֶה לוֹ דִּבְרֵי חֲכָמִים דְּמַתִּירִין הַרְווָחָא אֶלָּא וַדַּאי אִיכָּא לְמִשְׁמַע מֵהָכָא דְּלָאו הָכִי הוּא כִּדְקָאָמְרַתְּ דִּבְלִשּׁוֹט וּבִמְזוֹנוֹת פְּלִיגִי:
Mais les paroles de Rabbi Yehouda paraissent justes dans ce cas : il y a là une contradiction entre deux enseignements de Rabbi, car dans la première partie l'avis de Rabbi Yehouda, qui interdit le départ pour le gain, lui paraît juste, et dans la seconde partie c'est l'avis des Sages, qui permettent ce même départ, qui lui paraît juste. Il faudrait donc en déduire qu'il n'en va pas comme tu l'as dit, mais qu'ils divergent sur celui qui part se promener et sur celui qui part chercher sa subsistance.
🗂️ Tossefot (1)
אֶלָּא לְהָרְווָחָא וְהָא אָמְרַתְּ נִרְאִין דִּבְרֵי ר"י בְּהָא. נִרְאֶה דל"ג וְעוֹד מִכְּלָל דִּפְלִיגִי רַבָּנָן אֲפִילּוּ לִמְזוֹנוֹת וּבְהַהִיא פ"ק דִּשְׁחִיטַת חֻולִּין (דַּף יב.) נִרְאִין דִּבְרֵי רַבִּי יְהוּדָה שֶׁמָּצְאָה בָּאַשְׁפָּה ל"ג וְעוֹד:
Dira-t-on qu'il s'agit du départ pour le gain — mais tu as dit que, dans ce cas, les paroles de Rabbi Yehouda paraissent justes. Il semble qu'on ne lise pas ici le mot « ve-od » (et en outre), qui impliquerait que les Sages divergent même dans le cas de celui qui part chercher sa subsistance. De même, au premier chapitre de Chehitat Houlin (12a), à propos de « les paroles de Rabbi Yehouda paraissent justes lorsqu'il l'a trouvée sur un tas d'ordures », on ne lit pas « ve-od ».
💡 Explication

Le même travail d'élimination applique à la seconde moitié de la braita produit le même résultat : « avec autorisation » ne peut désigner que le départ pour le gain. La braita approuverait donc Rabbi Yehouda et les Sages sur un seul et même cas.

La difficulté est désormais interne à la braita, et Rachi la nomme : contradiction de Rabbi avec Rabbi. Rachi ajoute que l'on pourrait en déduire que la répartition de Rava est fausse et que le désaccord porte aussi sur la promenade et la subsistance.

15
הָכִי קָאָמַר: נִרְאִין דִּבְרֵי רַבִּי יְהוּדָה לְרַבָּנַן כְּשֶׁיָּצָא שֶׁלֹּא בִּרְשׁוּת, וּמַאי נִיהוּ — לָשׁוּט, שֶׁאֲפִילּוּ חֲכָמִים לֹא נֶחְלְקוּ עָלָיו אֶלָּא לְהֶרְוֵיחָא, אֲבָל לָשׁוּט — מוֹדוֹ לֵיהּ. וְנִרְאִין דִּבְרֵי רַבָּנַן לְרַבִּי יְהוּדָה כְּשֶׁיָּצָא בִּרְשׁוּת, וּמַאי נִיהוּ — לִמְזוֹנוֹת, שֶׁאֲפִילּוּ רַבִּי יְהוּדָה לֹא נֶחְלַק עֲלֵיהֶם אֶלָּא לְהֶרְוֵיחָא, אֲבָל לִמְזוֹנוֹת — מוֹדֶה לְהוּ.

Voici ce que Rabbi veut dire : les paroles de Rabbi Yehouda paraissent justes aux Sages eux-mêmes lorsqu'il est parti sans autorisation — et de quel cas s'agit-il ? De celui qui est parti se promener ; car même les Sages ne le contredisent que sur celui qui part pour gagner davantage, tandis que sur celui qui part se promener ils lui donnent raison.

Et les paroles des Sages paraissent justes à Rabbi Yehouda lui-même lorsqu'il est parti avec autorisation — et de quel cas s'agit-il ? De celui qui est parti chercher sa subsistance ; car même Rabbi Yehouda ne les contredit que sur celui qui part pour gagner davantage, tandis que sur celui qui part chercher sa subsistance il leur donne raison.

📜 Rachi (1)
ה"ק לָאו הֶיתֵּר דִּידֵיהּ אַשְׁמְעִינַן וְלֹא רוֹאֶה אֲנִי קָאָמַר אֶלָּא פְּלֻוגְתַּייְהוּ קמ"ל בְּמַאי פְּלִיגִי נִרְאִין דִּבְרֵי ר"י הָאוֹסֵר לַחֲכָמִים וְכוּ':
Voici ce qu'il veut dire : Rabbi ne nous enseigne pas sa propre permission et ne dit pas « tel est mon avis » ; il nous fait connaître l'objet de leur divergence. Les paroles de Rabbi Yehouda, qui interdit, paraissent justes aux Sages, etc.
💡 Explication

La résolution change la nature de la phrase de Rabbi. « Les paroles de X paraissent justes » ne signifie plus que Rabbi tranche en faveur de X : cela signifie que l'avis adverse lui-même reconnaît X comme ayant raison dans ce cas précis.

Rabbi ne rend donc aucune décision ; il délimite le désaccord. Les Sages concèdent à Rabbi Yehouda pour la promenade, Rabbi Yehouda concède aux Sages pour la subsistance, et il ne reste en litige que le départ pour le gain. La répartition de Rava est confirmée.

🖼️ Schéma
La braita de Rabbi : deux lectures possibles Lecture rejetée : Rabbi tranche Début : j'approuve Rabbi Yehouda Fin : j'approuve les Sages sur le même cas, celui du gain Rabbi se contredit Lecture retenue : Rabbi décrit Début : les Sages concèdent à Rabbi Yehouda pour la promenade Fin : Rabbi Yehouda concède aux Sages pour la subsistance -> Ce que Rabbi enseigne non pas sa décision, mais l'étendue exacte de leur désaccord La répartition de Rava tient : le désaccord porte sur le seul cas de celui qui part pour gagner davantage
Les deux lectures de la braita de Rabbi, et pourquoi seule la seconde tient.
16
אָמַר שְׁמוּאֵל: קָטָן הַנּוֹלָד בַּמּוֹעֵד — מֻותָּר לְגַלֵּחַ בַּמּוֹעֵד, שֶׁאֵין לְךָ בֵּית הָאֲסוּרִין גָּדוֹל מִזֶּה. בַּמּוֹעֵד — אִין, מֵעִיקָּרָא — לָא.

Chemouel a dit : un petit enfant né pendant hol hamoed, il est permis de le raser pendant hol hamoed, car il n'existe pas de prison plus grande que celle-là. Né pendant hol hamoed, oui ; né auparavant, non.

📜 Rachi (3)
קָטָן הַנּוֹלָד בַּמּוֹעֵד וְלוֹ שְׂעָרוֹת גְּדוֹלִים מֻותָּר לְגַלֵּחַ בַּמּוֹעֵד שְׂעַר רֹאשׁוֹ הַמְצַעֲרוֹ:
Un petit enfant né pendant hol hamoed : s'il a de longs cheveux, il est permis de raser pendant hol hamoed les cheveux de sa tête qui le font souffrir.
שֶׁאֵין לְךָ בֵּית הָאֲסוּרִין גָּדוֹל מִזֶּה מִמְּעֵי אִמּוֹ שֶׁהָיָה שָׁם וְאָנוּס הוּא:
Il n'existe pas de prison plus grande que celle-là : le ventre de sa mère, où il se trouvait ; il est donc anous.
מֵעִיקָּרָא לָא דְּאִם נוֹלַד קֹודֶם הָרֶגֶל אֵינוֹ מְגַלֵּחַ בָּרֶגֶל הוֹאִיל וְהָיָה יָכוֹל לְגַלֵּחַ קֹודֶם הָרֶגֶל:
Né auparavant, non : s'il est né avant la fête, on ne le rase pas pendant la fête, puisqu'il était possible de le raser avant la fête.
💡 Explication

Chemouel applique le principe du daf à un cas extrême. L'enfant né pendant la fête n'avait aucune possibilité d'être rasé avant : sa situation antérieure, le ventre de sa mère, est la plus contraignante de toutes les prisons. Rachi précise qu'il s'agit d'un nourrisson dont la chevelure le fait souffrir.

La guemara serre ensuite la formule de Chemouel : né pendant hol hamoed, oui ; né auparavant, non. L'enfant venu au monde avant la fête pouvait être rasé avant, et la négligence de ses parents lui est opposée comme à n'importe qui.

17
מֵתִיב רַב פִּנְחָס: כָּל אֵלּוּ שֶׁאָמְרוּ מֻותָּר לְגַלֵּחַ בַּמּוֹעֵד — מֻותָּר לְגַלֵּחַ בִּימֵי אֶבְלוֹ. הָא אָסוּר לְגַלֵּחַ בַּמּוֹעֵד — אָסוּר לְגַלֵּחַ בִּימֵי אֶבְלוֹ.

Rav Pinhas objecte : tous ceux dont on a dit qu'il leur est permis de se raser pendant hol hamoed, il leur est permis de se raser pendant les jours de leur deuil. Il en découle que celui à qui il est interdit de se raser pendant hol hamoed, il lui est également interdit de se raser pendant les jours de son deuil.

💡 Explication

Rav Pinhas objecte à la restriction que la guemara vient de tirer de Chemouel. Il invoque une braita qui aligne les deux régimes : la liste des dispenses de hol hamoed vaut aussi pour l'avel, l'endeuillé pendant ses jours de deuil.

Son raisonnement lit la braita à l'envers, par diyouk, déduction à partir de la formulation : si les permis de hol hamoed sont permis pendant le deuil, les interdits de hol hamoed sont interdits pendant le deuil. Appliquée à l'enfant né avant la fête, cette conséquence poserait difficulté, et la discussion se poursuit au folio suivant.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).