Moed_Katan 14b — Le deuil, l'excommunication et la tsaraat à l'épreuve de la fête

Moed_Katan 14b

Sougya : Le folio achève d'abord la discussion sur le nourrisson : Rav Pinhas voulait déduire d'une baraita que tout ce qui est interdit pendant la fête l'est aussi pendant le deuil, ce qui ferait peser le deuil sur un enfant mineur, contre la baraita qui ne fait déchirer le vêtement d'un mineur que pour émouvoir l'assistance. Rav Achi rejette la déduction, et Ameimar rapporte la position de Chemouel dans une seconde version, où le nourrisson est permis dans tous les cas.

Vient ensuite la règle générale : l'endeuillé n'observe pas son deuil pendant la fête, en vertu du verset Tu te réjouiras en ta fête. La guemara en donne la raison par le rapport entre un commandement positif qui pèse sur le public et un commandement positif qui pèse sur un seul homme.

Deux statuts sont alors éprouvés par la même question : l'excommunié observe-t-il son excommunication pendant la fête, et le metsora observe-t-il sa tsaraat ? Rav Yossef et Abaye s'opposent sur la portée du mot juger dans une baraita, avec une discussion sur la retenue des juges après une condamnation à mort et sur le retard infligé au justiciable.

La réponse ferme vient de Rava : le verset qui inclut le kohen gadol dans les lois du metsora prouve que la tsaraat s'observe pendant la fête. Le folio se clôt sur la source scripturaire de l'interdiction de se raser pour l'endeuillé.

Moed Katan 14b - plan du folio Fin de la sougya du nourrisson : la déduction de Rav Pinhas est rejetée seg. 0-2 Seconde version, par Ameimar : Chemouel permet le nourrisson dans tous les cas seg. 3-6 Règle : l'endeuillé n'observe pas son deuil pendant la fête seg. 7-8 L'excommunié : la baraita sur les tribunaux qui jugent pendant la fête seg. 9-11 Juger ou délibérer : la joie des juges, le retard du jugement, l'horaire proposé seg. 12-14 L'excommunié de la michna : une levée générale ou un cas particulier ? seg. 15-16 Le metsora : tentative d'Abaye, puis la preuve de Rava par le kohen gadol seg. 17-19 Source du rasage interdit à l'endeuillé : Vos têtes, ne les laissez pas en désordre seg. 20
Les huit moments du folio et leur numéro de segment.
Pourquoi la fête l'emporte dans les deux cas Le deuil a commencé avant la fête Commandement du public : Tu te réjouiras Commandement d'un seul : le deuil le public repousse l'individu Le deuil est suspendu Les sept jours reprennent après la fête Le décès survient pendant la fête Commandement d'un seul : le deuil Commandement du public : Tu te réjouiras l'individu ne repousse pas le public Le deuil ne commence pas Il s'ouvre après la fête Le raisonnement joue dans les deux sens et aboutit au même résultat : la joie de la fête tient. Un commandement qui pèse sur tout le peuple l'emporte sur un commandement qui pèse sur un seul homme. Tossefot en tire que le deuil lui-même relève de la Tora, et non du seul décret des sages.
Le double raisonnement qui suspend le deuil pendant la fête.
Trois statuts éprouvés par la fête L'endeuillé Question : observe-t-il son deuil pendant la fête ? Réponse : non Source : Tu te réjouiras en ta fête Règle énoncée d'emblée, sans discussion. L'excommunié Question : observe-t-il son excommunication ? Réponse : discutée Rav Yossef : oui, d'après les tribunaux qui jugent Abaye répond que juger peut vouloir dire délibérer. Le metsora Question : observe-t-il sa tsaraat pendant la fête ? Réponse : oui Preuve de Rava par le verset qui inclut le kohen gadol Conclusion retenue : chemaa mina. Le deuil cède devant la joie de la fête ; la tsaraat, qui est un état d'impureté et non un deuil, se maintient.
Endeuillé, excommunié, metsora : la même question posée trois fois.
1
וְאִי אָמְרַתְּ קָטָן אִית בֵּיהּ פְּלֻוגְתָּא — נִמְצֵאת אֲבֵילוּת נוֹהֶגֶת בְּקָטָן.

Et si tu dis qu'il y a une distinction à propos du nourrisson, il se trouve que le deuil s'applique à un enfant mineur.

📜 Rachi (1)
וְאִי אָמְרַתְּ בְּקָטָן אִית לֵיהּ פְּלֻוגְתָּא חִילּוּק דְּנוֹלַד קֹודֶם הָרֶגֶל אֵינוֹ מְגַלֵּחַ בָּרֶגֶל וְאִית לָן לְמֵימַר הוֹאִיל וְאָסוּר לְגַלֵּחַ בָּרֶגֶל אָסוּר לְגַלֵּחַ נָמֵי בִּימֵי אֶבְלוֹ א"כ נִמְצֵאתָ אַתָּה אוֹמֵר אֲבֵילוּת אֲפִילּוּ בְּקָטָן:
Et si tu dis qu'il y a à propos du nourrisson une distinction — la distinction entre celui qui est né avant la fête, qui ne se rase pas pendant la fête, et l'autre ; et nous devons dire que, puisqu'il lui est interdit de se raser pendant la fête, il lui est aussi interdit de se raser pendant les jours de son deuil. Si c'est ainsi, il se trouve que tu affirmes le deuil même pour un enfant mineur.
💡 Explication

Le folio précédent rapportait la position de Chemouel : le nourrisson ne se rase pendant la fête que s'il y est né, et non s'il était né avant. Rav Pinhas a voulu appuyer cette distinction sur une baraita qui aligne les jours de deuil sur les jours de fête.

L'alignement se retourne contre lui. Si le nourrisson ne se rase pas pendant la fête, il ne doit pas non plus se raser pendant ses jours de deuil, ce qui revient à faire observer le deuil à un katan, un enfant mineur que la loi ne soumet pas aux commandements.

🖼️ Schéma
La déduction de Rav Pinhas et sa rupture Baraita : tous ceux qui peuvent se raser pendant la fête peuvent aussi se raser pendant les jours de leur deuil Déduction : donc ceux qui ne peuvent pas se raser pendant la fête ne le peuvent pas non plus en deuil Conséquence : le deuil s'appliquerait au nourrisson, contre la baraita du vêtement déchiré Rav Achi : la baraita n'a jamais dit cela. Certains sont interdits, d'autres permis.
La chaîne de déduction de Rav Pinhas et le point où Rav Achi la coupe.
2
וְהָתַנְיָא: מְקָרְעִין לְקָטָן, מִפְּנֵי עָגְמַת נֶפֶשׁ!

Or n'a-t-on pas enseigné : on déchire le vêtement d'un enfant mineur, à cause du serrement de cœur !

📜 Rachi (2)
מְקָרְעִין לְקָטָן אֶת בְּגָדָיו:
On déchire pour un enfant mineur — ses vêtements.
מִפְּנֵי עָגְמַת נֶפֶשׁ שֶׁיִּבְכּוּ הָרוֹאִין וְיִרְבּוּ בִּכְבוֹד הַמֵּת וְלֹא מִפְּנֵי שֶׁהוּא אָבֵל:
À cause du serrement de cœur — pour que ceux qui voient pleurent et rendent un plus grand honneur au mort, et non parce qu'il serait lui-même endeuillé.
💡 Explication

La baraita fait déchirer le vêtement de l'enfant, mais elle en donne aussitôt la raison : l'agmat nefech, l'émotion de ceux qui voient ce vêtement déchiré et rendent au mort un plus grand honneur. Le geste vise l'assistance et non l'enfant.

La baraita enseigne donc que le mineur n'est pas un endeuillé au sens de la loi, ce qui contredit la conséquence tirée du raisonnement de Rav Pinhas.

3
אָמַר רַב אַשִּׁי: מִי קָתָנֵי הָא אֲסוּרִין! דִּלְמָא יֵשׁ מֵהֶן אָסוּר וְיֵשׁ מֵהֶן מֻותָּר.

Rav Achi a dit : est-il enseigné que ceux-là sont interdits ? Peut-être y en a-t-il parmi eux qui sont interdits et d'autres qui sont permis.

📜 Rachi (3)
מִי קָתָנֵי הָא אֲסוּרִין דְּמַשְׁמַע הָאֲסוּרִין לְגַלֵּחַ בַּמּוֹעֵד אֲסוּרִין לְגַלֵּחַ בְּאָבֵל:
Est-il enseigné que ceux-là sont interdits — ce qui signifierait que ceux à qui il est interdit de se raser pendant la fête, il leur est interdit de se raser pendant le deuil.
יֵשׁ מֵהֶן אֲסוּרִין בִּשְׁאָר כָּל אָדָם שֶׁאֲסוּרִין לְגַלֵּחַ בַּמּוֹעֵד אֲסוּרִין לְגַלֵּחַ בִּימֵי אֶבְלָן:
Il y en a parmi eux qui sont interdits — pour tous les autres hommes, à qui il est interdit de se raser pendant la fête, il est interdit de se raser pendant les jours de leur deuil.
וְיֵשׁ מֵהֶן מֻותָּרִין כְּגוֹן קָטָן זֶה שֶׁנּוֹלַד קֹודֶם הָרֶגֶל שֶׁאָסוּר לְגַלֵּחַ בָּרֶגֶל מֻותָּר לְגַלֵּחַ בִּימֵי אֶבְלוֹ:
Et il y en a parmi eux qui sont permis — comme ce nourrisson né avant la fête : il lui est interdit de se raser pendant la fête, et il lui est permis de se raser pendant les jours de son deuil.
💡 Explication

Rav Achi relève que la baraita n'énonce qu'un sens : ceux qui peuvent se raser pendant la fête peuvent aussi se raser pendant leur deuil. Le sens inverse n'a jamais été formulé, il a seulement été déduit.

Or la liste des personnes visées n'est pas homogène. Pour l'adulte ordinaire, l'interdiction de la fête entraîne bien l'interdiction du deuil ; pour le nourrisson, l'interdiction de la fête peut tomber sans qu'aucune obligation de deuil n'en découle. La déduction s'effondre et la position de Chemouel reste sans appui, mais aussi sans objection.

4
אָמֵימָר, וְאִי תֵּימָא רַב שִׁישָׁא בְּרֵיהּ דְּרַב אִידִי, מַתְנֵי הָכִי. אָמַר שְׁמוּאֵל: קָטָן מֻותָּר לְגַלְּחוֹ בַּמּוֹעֵד, לָא שְׁנָא נוֹלַד בַּמּוֹעֵד וְלָא שְׁנָא נוֹלַד מֵעִיקָּרָא.

Ameimar, et certains disent Rav Checha fils de Rav Idi, enseignait ainsi. Chemouel a dit : le nourrisson, il est permis de le raser pendant la fête, sans différence entre celui qui est né pendant la fête et celui qui est né auparavant.

💡 Explication

La guemara reprend toute la discussion dans une autre transmission. Chemouel y tient une position plus large : le nourrisson peut être rasé dans tous les cas, sans la distinction entre naissance avant ou pendant la fête.

Le raisonnement de Rav Pinhas, la baraita du vêtement déchiré et la réponse de Rav Achi reviennent ensuite à l'identique, mais l'enjeu est inverse : ici la conséquence fâcheuse pèse sur celui qui voudrait interdire.

5
אָמַר רַב פִּנְחָס, אַף אֲנַן נָמֵי תְּנֵינָא: כָּל אֵלּוּ שֶׁאָמְרוּ מֻותָּר לְגַלֵּחַ בַּמּוֹעֵד — מֻותָּר לְגַלֵּחַ בִּימֵי אֶבְלוֹ. הָא אֲסוּרִין לְגַלֵּחַ בַּמּוֹעֵד — אֲסוּרִין לְגַלֵּחַ בִּימֵי אֶבְלוֹ.

Rav Pinhas a dit : nous aussi, nous avons appris de même. Tous ceux dont on a dit qu'il leur est permis de se raser pendant la fête, il leur est permis de se raser pendant les jours de leur deuil.

Il en résulte donc que ceux à qui il est interdit de se raser pendant la fête, il leur est interdit de se raser pendant les jours de leur deuil.

💡 Explication

Le même texte sert ici à soutenir la position large de Chemouel. La baraita est citée dans son sens explicite, puis retournée en sens inverse, exactement comme plus haut.

6
אִי אָמְרַתְּ קָטָן אָסוּר, נִמְצֵאת אֲבֵילוּת נוֹהֶגֶת בְּקָטָן. וְתַנְיָא: מְקָרְעִין לַקָּטָן מִפְּנֵי עָגְמַת נֶפֶשׁ.

Si tu dis que le nourrisson est interdit, il se trouve que le deuil s'applique à un enfant mineur. Or on a enseigné : on déchire le vêtement d'un enfant mineur, à cause du serrement de cœur.

💡 Explication

Dans cette version, c'est l'interdiction qui conduit à l'absurde. Interdire au nourrisson de se raser pendant la fête reviendrait, par le retournement de la baraita, à le lui interdire aussi pendant le deuil, donc à lui imposer un statut d'endeuillé que la baraita du vêtement déchiré écarte.

7
אָמַר רַב אַשִּׁי: מִי קָתָנֵי הָא אֲסוּרִין? דִּלְמָא יֵשׁ מֵהֶן אָסוּר וְיֵשׁ מֵהֶן מֻותָּר.

Rav Achi a dit : est-il enseigné que ceux-là sont interdits ? Peut-être y en a-t-il parmi eux qui sont interdits et d'autres qui sont permis.

💡 Explication

La même réponse clôt la seconde version. Le retournement de la baraita n'est jamais légitime, quelle que soit la thèse qu'il servait. La position de Chemouel, dans l'une et l'autre transmission, reste établie sur son propre raisonnement.

8
אָבֵל אֵינוֹ נוֹהֵג אֲבֵילוּתוֹ בָּרֶגֶל, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְשָׂמַחְתָּ בְּחַגֶּךָ״.

L'endeuillé n'observe pas son deuil pendant la fête, ainsi qu'il est dit : Tu te réjouiras en ta fête.

💡 Explication

Le folio passe à une nouvelle règle. Pendant les jours de fête, l'endeuillé interrompt les pratiques du deuil, parce que le verset ordonne la joie à ce moment précis.

La guemara va demander pourquoi ce verset l'emporte, alors que le deuil lui aussi repose sur un commandement.

9
אִי אֲבֵילוּת דְּמֵעִיקָּרָא הוּא — אָתֵי עֲשֵׂה דְּרַבִּים וְדָחֵי עֲשֵׂה דְיָחִיד. וְאִי אֲבֵילוּת דְּהַשְׁתָּא הוּא — לָא אָתֵי עֲשֵׂה דְּיָחִיד וְדָחֵי עֲשֵׂה דְרַבִּים.

Si le deuil avait déjà commencé auparavant, un commandement positif qui pèse sur le public vient repousser un commandement positif qui pèse sur un seul. Et si le deuil ne commence que maintenant, un commandement positif qui pèse sur un seul ne vient pas repousser un commandement positif qui pèse sur le public.

📜 Rachi (3)
אָתֵי עֲשֵׂה דְּרַבִּים וְשָׂמַחְתָּ:
Un commandement positif du public vient — Tu te réjouiras.
וְדָחֵי עֲשֵׂה דְּיָחִיד אֲבָל דִּכְתִיב (יִרְמְיָהוּ ו׳:כ״ו) אֵבֶל יָחִיד עֲשִׂי לָךְ:
Et repousse un commandement positif d'un seul — le deuil, dont il est écrit : fais-toi un deuil de fille unique (Jérémie 6, 26).
דְּהַשְׁתָּא שֶׁאֵירְעוֹ בַּמּוֹעֵד:
Maintenant — lorsque le décès est survenu pendant la fête.
🗂️ Tossefot (1)
עֲשֵׂה דְּיָחִיד. מַשְׁמַע דַּאֲבֵילוּת אִיכָּא עֲשֵׂה דְּאוֹרָייְתָא מִדְּלָא קָאָמַר וְדָחֵי עֲשֵׂה דְּרַבָּנָן וְהַאי דְּקָאָמַר לְעֵיל (מוֹעֵד קָטָן דַּף יא:) לָא מִבָּעֲיָא יְמֵי אֶבְלוֹ דְּרַבָּנָן הַיְינוּ עֲשִׂייַּת מְלָאכָה דְּנָפְקָא לָן (לְקַמָּן מוֹעֵד קָטָן טו:) בְּאַסְמַכְתָּא מִוְּהַפַּכְתִּי חַגֵּיכֶם לְאָבֵל אֲבָל גּוּף הָאֲבֵילוּת דְּאוֹרָייְתָא מִיהוּ נִרְאֶה לִי דְּשִׂמְחַת הָרֶגֶל נָמֵי דְּרַבָּנָן וְשָׂמַחְתָּ הַיְינוּ בְּשַׁלְמֵי שִׂמְחָה כִּדְאִיתָא בַּחֲגִיגָה (ח.):
Un commandement positif d'un seul. Cela indique que le deuil comporte un commandement positif de la Tora, puisque le texte ne dit pas : et repousse un commandement positif des sages. Et ce qui a été dit plus haut (Moed Katan 11b) : il n'est pas besoin de dire pour les jours de son deuil qui sont d'ordre rabbinique, vise l'accomplissement du travail, que nous tirons plus loin (Moed Katan 15b) d'un appui scripturaire, du verset : je changerai vos fêtes en deuil ; mais le corps même du deuil relève de la Tora. Il me semble cependant que la joie de la fête elle aussi est d'ordre rabbinique, et que Tu te réjouiras vise les sacrifices de paix de la joie, comme il figure dans Haguiga (8a).
💡 Explication

La guemara distingue deux situations et les traite par la même règle de priorité. Le commandement de se réjouir est un asse derabim, un commandement positif qui incombe à tout le peuple ; le deuil est un asse deyahid, un commandement positif qui n'incombe qu'à l'endeuillé.

Quand le deuil précède la fête, l'arrivée de la fête apporte un commandement du public qui repousse celui de l'individu. Quand le décès survient pendant la fête, c'est le commandement de l'individu qui se présente le dernier, et il ne peut pas repousser celui du public. Dans les deux sens le résultat est le même : la joie de la fête tient et le deuil se reporte.

🖼️ Schéma
Pourquoi la fête l'emporte dans les deux cas Le deuil a commencé avant la fête Commandement du public : Tu te réjouiras Commandement d'un seul : le deuil le public repousse l'individu Le deuil est suspendu Les sept jours reprennent après la fête Le décès survient pendant la fête Commandement d'un seul : le deuil Commandement du public : Tu te réjouiras l'individu ne repousse pas le public Le deuil ne commence pas Il s'ouvre après la fête Le raisonnement joue dans les deux sens et aboutit au même résultat : la joie de la fête tient. Un commandement qui pèse sur tout le peuple l'emporte sur un commandement qui pèse sur un seul homme. Tossefot en tire que le deuil lui-même relève de la Tora, et non du seul décret des sages.
Les deux cas et la règle de priorité qui les tranche.
10
מְנֻודֶּה, מַהוּ שֶׁיִּנְהֹוג נִידּוּיוֹ בָּרֶגֶל? אָמַר רַב יוֹסֵף, תָּא שְׁמַע: דָּנִין דִּינֵי נְפָשׁוֹת וְדִינֵי מַכּוֹת וְדִינֵי מָמוֹנוֹת, וְאִי לָא צָיֵית דִּינָא — מְשַׁמְּתִינַן לֵיהּ.

L'excommunié, qu'en est-il qu'il observe son excommunication pendant la fête ? Rav Yossef a dit : viens et entends.

On juge les affaires capitales, les affaires de flagellation et les affaires d'argent, et s'il n'obéit pas au jugement, nous l'excommunions.

📜 Rachi (1)
דָּנִין דִּינֵי נְפָשׁוֹת בַּמּוֹעֵד אֲבָל לֹא בְּיוֹם טוֹב שֶׁאָסוּר מִשּׁוּם שְׁבוּת וְדָיְיקִינַן מִינָּהּ מִדְּדָנִין בַּמּוֹעֵד מִכְּלָל דְּאִי לָא צָיֵית נָמֵי מְשַׁמְּתִינַן לֵיהּ בַּמּוֹעֵד:
On juge les affaires capitales — pendant les jours intermédiaires de la fête, mais non le jour de fête lui-même, où cela est interdit au titre du chevout ; et nous en déduisons, du fait que l'on juge pendant les jours intermédiaires, qu'à plus forte raison, s'il n'obéit pas, nous l'excommunions aussi pendant ces jours.
🗂️ Tossefot (2)
מַהוּ שֶׁיִּנְהֹוג נִידּוּיוֹ בָּרֶגֶל. וְהִקְשָׁה הָרַב הָא לֵיכָּא אֶלָּא עֲשֵׂה וְאֵין עֲשֵׂה דּוֹחֶה עֲשֵׂה וַאֲפִילּוּ עֲשֵׂה לֵיכָּא אֶלָּא עֶזְרָא גָּזַר כְּדִלְקַמָּן (מוֹעֵד קָטָן דַּף טז.) וְהָא לָאו קוּשְׁיָא הִיא דְּהָא נִידּוּי דָּחֵי לָאו דִּמְקַלֵּל חֲבֵרוֹ דְּאִיכָּא לָאו וְשֶׁמָּא מִסּוֹטָה יָלְפִינַן וְעוֹד כֵּיוָן שֶׁעָבַר עַל דִּבְרֵי הַדַּיָּינִין הֲרֵי יֵשׁ כָּאן עֲשֵׂה דְּרַבִּים:
Qu'en est-il qu'il observe son excommunication pendant la fête. Le maître a objecté : il n'y a là qu'un commandement positif, et un commandement positif ne repousse pas un autre commandement positif ; et il n'y a même pas de commandement positif, puisque c'est Ezra qui a institué l'excommunication, comme plus loin (Moed Katan 16a). Or ce n'est pas une objection, car l'excommunication repousse bien l'interdiction de maudire son prochain, qui est une interdiction formelle, et peut-être le tirons-nous de la femme soupçonnée. En outre, dès lors qu'il a transgressé la parole des juges, il y a là un commandement positif du public.
וְאִי לָא צָייֵת דִּינָא מְשַׁמְּתִינַן לֵיהּ. תֵּימַהּ לֵימָא דְּאִי לָא צִיַּתָּ דִּינָא נָחֲתִינַן לְנִכְסֵיה מִיהוּ פָּרִיךְ שַׁפִּיר:
Et s'il n'obéit pas au jugement nous l'excommunions. Il y a lieu de s'étonner : que l'on dise plutôt que s'il n'obéit pas au jugement, nous saisissons ses biens. Toutefois, l'objection de la guemara reste juste.
💡 Explication

La question porte sur le menoudé, celui que le tribunal a mis au ban. Les pratiques de l'excommunication ressemblent à celles du deuil, et l'on peut se demander si la joie de la fête les suspend comme elle suspend le deuil.

Rav Yossef propose une preuve indirecte. Une baraita enseigne que les tribunaux siègent pendant les jours intermédiaires de la fête, et l'on sait qu'un tribunal qui juge dispose de l'excommunication comme moyen de contrainte contre celui qui refuse le verdict.

11
וְאִי סָלְקָא דַּעְתָּךְ אֵינוֹ נוֹהֵג נִידּוּיוֹ בָּרֶגֶל, מִשּׁוּמַת וְאָתֵי מֵעִיקָּרָא, אָתֵי רֶגֶל דָּחֵי לֵיהּ — הַשְׁתָּא מְשַׁמְּתִינַן לֵיהּ אֲנַן?!

Et s'il te venait à l'esprit qu'il n'observe pas son excommunication pendant la fête, alors que celui qui était déjà excommunié auparavant voit la fête venir et lever son excommunication, irions-nous maintenant l'excommunier nous-mêmes ?!

📜 Rachi (1)
אָתֵי רֶגֶל וְדָחֵי לֵיהּ שֶׁאֵינוֹ נוֹהֵג נִדּוּי בָּרֶגֶל:
La fête vient et la repousse — de sorte qu'il n'observe pas son excommunication pendant la fête.
💡 Explication

Rav Yossef tire un kal vahomer de la pratique du tribunal. Si la fête suspendait l'excommunication, une excommunication déjà prononcée serait sans effet pendant ces jours ; il serait alors vain d'en prononcer une nouvelle contre celui qui refuse le verdict. Puisque les tribunaux le font, l'excommunication garde sa force pendant la fête.

12
אָמַר לֵיהּ אַבַּיֵּי: וְדִלְמָא לְעַיּוֹנֵי בְּדִינֵיהּ? דְּאִי לָא תֵּימָא הָכִי, דִּינֵי נְפָשׁוֹת דְּקָתָנֵי, הָכָא נָמֵי דְּקָטְלִין לֵיהּ!

Abaye lui a dit : et peut-être s'agit-il seulement d'examiner son affaire ? Car si tu ne dis pas ainsi, les affaires capitales qui sont enseignées, ici aussi faudrait-il donc le mettre à mort !

📜 Rachi (1)
דִּלְמָא לְעַיּוֹנֵי הָא דְּתָנֵי דְּדָנִין לָא אָמְרִי' דְּלֵימָא אִישׁ פְּלוֹנִי חַיָּיב אִישׁ פְּלוֹנִי זַכַּאי וְאִיכָּא לְמֵידַק מִינָּהּ דְּאִי לָא צָייֵת מְשַׁמְּתִינַן לֵיהּ אֶלָּא מְעַייְּנִי בְּדִין וְלָא אָמְרִי לֵיהּ כְּלוּם:
Peut-être seulement examiner — ce qui est enseigné, qu'on juge, ne signifie pas que l'on déclare untel coupable et untel innocent, d'où l'on pourrait déduire que s'il n'obéit pas nous l'excommunions ; mais on examine l'affaire sans rien lui dire.
💡 Explication

Abaye conteste le sens du mot danin, juger. La baraita peut vouloir dire que le tribunal examine les dossiers sans prononcer de verdict, auquel cas aucune excommunication n'est prononcée pendant la fête et la preuve tombe.

Il appuie sa lecture sur la liste elle-même : la baraita range les affaires capitales au même rang que les autres. Si juger signifiait aller jusqu'au verdict, il faudrait aussi exécuter une condamnation à mort pendant la fête.

🖼️ Schéma
Rav Yossef contre Abaye : que veut dire juger pendant la fête ? Rav Yossef : juger réellement Le tribunal rend le verdict pendant la fête Donc il excommunie celui qui refuse Preuve a fortiori : on ne prononcerait pas une excommunication qui serait aussitôt levée Abaye : seulement délibérer Le tribunal examine le dossier sans conclure Donc aucune excommunication n'est prononcée Appui : sinon, on exécuterait un condamné à mort pendant la fête Objection contre l'exécution : les juges ne mangent rien de toute la journée Rabbi Akiva le tire de Vous ne mangerez pas sur le sang : la joie de la fête serait perdue. Objection contre la simple délibération : le retard infligé au justiciable Laisser un homme sans verdict alors que son dossier est examiné constitue un tourment de jugement. Solution : les juges délibèrent le matin, mangent et boivent, reviennent au coucher du soleil Le verdict tombe en fin de journée : la joie de la fête est préservée et le jugement n'est pas diffère.
Les deux lectures du mot juger et les objections qui pèsent sur chacune.
13
וְהָא קָא מִימַּנְעִי מִשִּׂמְחַת יוֹם טוֹב — דְּתַנְיָא, רַבִּי עֲקִיבָא אוֹמֵר: מִנַּיִן לְסַנְהֶדְרִין (שֶׁרָאוּ בְּאֶחָד) שֶׁהָרְגוּ אֶת הַנֶּפֶשׁ שֶׁאֵין טוֹעֲמִין כָּל אוֹתוֹ הַיּוֹם, תַּלְמוּד לוֹמַר: ״לֹא תֹאכְלוּ עַל הַדָּם״.

Or ils se trouveraient empêchés de la joie du jour de fête, car on a enseigné : Rabbi Akiva dit : d'où sait-on que le sanhédrin qui a mis un homme à mort ne goûte à rien de toute cette journée ? Le texte enseigne : Vous ne mangerez pas sur le sang.

🗂️ Tossefot (1)
מִמַּנְעִי מִשִּׂמְחַת י"ט. הִקְשָׁה בתוס' הר"א הֵיכִי קָשֶׁה לֵיהּ דְּהָא מִמַּנְעִי מִשִּׂמְחַת י"ט מֵאֲכִילָה וּשְׁתִיָּה וְגוּף הַהֲרִיגָה דְּהוּא מְלָאכָה לָא חָיְישִׁינַן וְנִרְאֶה לִי מִדְּאָסַר רַחֲמָנָא הַבְעָרַת בַּת כֹּהֵן בְּשַׁבָּת מִכְּלָל דְּבַמּוֹעֵד שָׁרִי אִי נָמֵי כֵּיוָן שֶׁהִיא מִצְוָה לְצֹורֶךְ י"ט קָרֵינָא בָּהּ:
Ils se trouveraient empêchés de la joie du jour de fête. Dans les Tossefot de Rabbi Eliezer on a objecté : en quoi cela fait-il difficulté, qu'ils soient empêchés de la joie du jour de fête par le manger et le boire, alors que l'acte même de mettre à mort, qui constitue un travail, ne semble pas poser problème ? Il me semble que, du fait que le texte interdit de brûler la fille de kohen un chabbat, il ressort que pendant les jours intermédiaires cela est permis. Ou encore : puisqu'il s'agit d'un commandement accompli pour les besoins du jour de fête, cela entre dans ce cadre.
💡 Explication

La guemara étaye l'objection d'Abaye. Selon Rabbi Akiva, les juges qui ont prononcé une condamnation à mort s'abstiennent de toute nourriture jusqu'au soir, en vertu du verset des Lévitiques.

Une exécution pendant la fête priverait donc les juges de la simhat yom tov, la joie du jour de fête, qui passe par le manger et le boire. Le mot juger, dans la baraita, ne peut alors désigner qu'un examen.

14
אֶלָּא: לְעַיּוֹנֵי בְּדִינֵיהּ, הָכָא נָמֵי לְעַיּוֹנֵי בְּדִינֵיהּ. אֲמַר לֵיהּ: אִם כֵּן, נִמְצֵאתָ מְעַנֶּה אֶת דִּינוֹ!

Plutôt : il s'agit d'examiner son affaire ; ici aussi, il s'agit d'examiner son affaire. Il lui a dit : si c'est ainsi, il se trouve que tu le fais languir dans son jugement !

📜 Rachi (1)
מַעֲנֶה אֶת דִּינוֹ דְּכִי לָא אָמְרוּ לֵיהּ דִּינוֹ לְאַלְתַּר דְּעַיְּינִי בֵּיהּ הֲוָה לֵיהּ עִינּוּי הַדִּין:
Tu le fais languir dans son jugement — car lorsqu'on ne lui dit pas son jugement aussitôt, alors qu'on l'a examiné, il y a là un tourment du jugement.
🗂️ Tossefot (1)
נִמְצֵאתָ אַתָּה מְעַנֶּה אֶת דִּינוֹ. קַשְׁיָא לָן דִּבְפֶ' אֶחָד דִּינֵי מָמוֹנוֹת (סַנְהֶדְרִין דַּף לה.) בִּשְׁמַעְתִּין דִּלְפִיכָךְ אֵין דָּנִין (. בְּשַׁבָּת) מוּכָח דְּעִינּוּי הַדִּין לֹא שַׁייָּךְ עַד שֶׁיְּלִינוּהוּ אַחַר שֶׁיִּגְמֹור הַדִּין וְכִי תֵּימָא דִּלְעִיּוּנִי דְּהָכָא הַיְינוּ גְּמַר דִּין וְלֹא יַהַרְגוּהוּ עֲדַייִן עַד אַחַר הָרֶגֶל א"כ אַמַּאי פָּרֵיךְ לֵימָא לְעַיּוֹנֵי בְּעָלְמָא בְּלֹא גְּמַר דִּין וְלֹא יַעֲשׂוּהוּ גְּמַר דִּין עַד אַחַר הַמּוֹעֵד וי"ל דְּמִשְׁתַּכְחִי אַף עַל גַּב דְּאִיכָּא סוֹפְרֵי דַּייָּנִין הַכּוֹתְבִים דִּבְרֵי כָּל אֶחָד מ"מ הַסְּבָרָא אֲשֶׁר בַּלֵּב מִשְׁתַּכֵּחַ וּמֵהַאי טַעְמָא אָמְרִינַן (שָׁם) דְּאֵין דָּנִין בְּעֶרֶב שַׁבָּת דְּלִיבָּא דְּאִינָשֵׁי אִינָשֵׁי:
Il se trouve que tu le fais languir dans son jugement. Cela nous fait difficulté, car au chapitre Ehad dinei mamonot (Sanhédrin 35a), dans la discussion sur la raison pour laquelle on ne juge pas le chabbat, il ressort que le tourment du jugement ne se produit que lorsqu'on fait passer la nuit après la conclusion du jugement. Et si tu dis que l'examen dont il est question ici serait la conclusion du jugement, sans qu'on le mette à mort avant la fin de la fête, alors pourquoi la guemara objecte-t-elle : disons qu'il s'agit d'un simple examen sans conclusion, et qu'on ne conclue le jugement qu'après les jours intermédiaires ? On peut répondre que l'on oublie : même s'il y a des greffiers qui consignent les propos de chacun, le raisonnement qui est dans le cœur s'oublie néanmoins. C'est pour ce motif que l'on dit là-bas qu'on ne juge pas la veille de chabbat, car le cœur des hommes oublie.
💡 Explication

Abaye conclut : pour les affaires capitales comme pour les autres, la baraita ne parle que d'examen.

Rav Yossef objecte le inouy hadin, le tourment du jugement. Un tribunal qui étudie un dossier et retient son verdict laisse le justiciable dans l'attente, ce que la loi réprouve.

15
אָתוּ מִצַּפְרָא וּמְעַיְּינִי בְּדִינֵיהּ, וְעָייְלִי, וְאָכְלִי וְשָׁתוּ כֻּולֵּי יוֹמָא, וַהֲדַר אָתוּ בִּשְׁקִיעַת הַחַמָּה וְגָמְרִי לְדִינֵיהּ וְקָטְלוּ לֵיהּ.

Ils viennent dès le matin et examinent son affaire, puis ils rentrent, mangent et boivent toute la journée, et ils reviennent ensuite au coucher du soleil, concluent son jugement et le mettent à mort.

📜 Rachi (1)
אֶלָּא לְעוֹלָם דָּנִין דִּינוֹ וְגוֹמְרִין מַמָּשׁ בַּמּוֹעֵד וְאִיכָּא לְמֵידַק מִינָּהּ אִי לָא צָייֵת מְשַׁמְּתִינַן לֵיהּ וְאִיכָּא לְמִשְׁמַע מִינָּהּ דְּנוֹהֵג נָמֵי בָּרֶגֶל וְדַאֲמַרְתְּ א"כ מִימְּנַע מִשִּׂמְחַת י"ט הָכָא בְּמַאי עָסְקִינַן דַּאֲתוֹ מִצַּפְרָא כו':
Plutôt — en réalité on juge son affaire et on la conclut effectivement pendant les jours intermédiaires, et l'on peut en déduire que s'il n'obéit pas nous l'excommunions, et l'on peut en apprendre qu'on observe aussi son excommunication pendant la fête ; et ce que tu as dit, que si c'est ainsi il se trouve empêché de la joie du jour de fête, il s'agit ici du cas où ils viennent dès le matin, etc.
💡 Explication

La guemara maintient la lecture forte : le tribunal juge réellement pendant la fête, et la preuve de Rav Yossef sur l'excommunication tient. Il reste à écarter l'objection sur la joie des juges.

La solution est un aménagement de l'horaire. L'examen se fait le matin, le repas occupe la journée, et le verdict tombe au coucher du soleil. Les juges ne jeûnent qu'un instant, le justiciable n'attend pas un jour de plus, et les deux exigences sont satisfaites.

16
אָמַר אַבַּיֵּי, תָּא שְׁמַע: וּמְנֻודֶּה שֶׁהִתִּירוּ לוֹ חֲכָמִים!

Abaye a dit : viens et entends : et l'excommunié à qui les sages ont levé l'exclusion !

📜 Rachi (1)
ת"ש מְנֻודֶּה שֶׁהִתִּירוּ לוֹ חֲכָמִים קָא סָלְקָא דַעְתָּךְ הִתִּירוּ לְכָל מְנֻודֶּה נִידּוּיוֹ בָּרֶגֶל דְּאֵין נִידּוּי נוֹהֵג בָּרֶגֶל:
Viens et entends : l'excommunié à qui les sages ont levé l'exclusion — il entre dans l'esprit qu'ils ont levé l'excommunication pour tout excommunié pendant la fête, parce que l'excommunication ne s'observe pas pendant la fête.
🗂️ Tossefot (1)
אָמַר אַבַּיֵּי ת"ש מְנֻודֶּה שֶׁהִתִּירוּ כו'. אַבַּיֵּי לְטַעְמֵיהּ דְּדָחֵי וְדִלְמָא לְעַיּוֹנֵי וְאֵין חוֹשֵׁב רְאָייָה לְהוֹכָחָה דִּלְעֵיל ואע"ג דְּדָחֵי דְּאִי לָא תֵּימָא דְּקָאָמַ' לֹא חָשׁ בְּאוֹתוֹ דִּיחוּי וְאַפֵּי' נִרְאֶה דִּיחוּי ה"נ מִסְתַּבְּרָא מ"מ נוּכַל לוֹמַר לְעַיּוֹנֵי בְּלָאו הָכִי נָמֵי מִסְתַּבְּרָא:
Abaye a dit : viens et entends, l'excommunié à qui l'on a levé, etc. Abaye suit sa propre ligne, lui qui a répondu : peut-être s'agit-il seulement d'examiner, et qui ne tient pas la preuve précédente pour concluante. Et bien que la guemara ait repoussé sa réponse par l'argument : car si tu ne dis pas ainsi, il ne s'est pas soucié de ce rejet ; même si ce rejet paraît fondé et que la lecture de la guemara se soutient, nous pouvons néanmoins dire que la lecture par l'examen se soutient elle aussi.
💡 Explication

Abaye revient avec une preuve tirée de la michna du chapitre, qui compte l'excommunié parmi ceux qui se rasent pendant la fête.

Il la comprend comme une autorisation générale : la fête lève l'excommunication, donc l'excommunié n'observe pas son état pendant ces jours.

17
אָמַר רָבָא: מִי קָתָנֵי שֶׁהִתִּירוּהוּ חֲכָמִים? שֶׁהִתִּירוּ לוֹ חֲכָמִים קָתָנֵי, דַּאֲזַל וּפַיְּיסֵיהּ לְבַעַל דִּינֵיהּ, וַאֲתָא קַמֵּי דְרַבָּנַן וּשְׁרוֹ לֵיהּ.

Rava a dit : est-il enseigné qu'ils l'ont levée, les sages ? C'est : les sages lui ont levé l'exclusion qui est enseigné, c'est-à-dire qu'il est allé apaiser sa partie adverse, s'est présenté devant les sages et ils la lui ont levée.

📜 Rachi (1)
דְּאָזֵיל וּפַיְיסֵיהּ לְבַעַל דִּינֵיהּ בָּרֶגֶל וְהִתִּירוּ לוֹ חֲכָמִים ב"ד שֶׁבְּאוֹתוֹ דּוֹר:
Qu'il est allé apaiser sa partie adverse — pendant la fête, et les sages, le tribunal de cette génération-là, la lui ont levée.
💡 Explication

Rava lit la michna de près. La formule employée est au singulier et vise une personne déterminée, non une catégorie. Elle ne décrit donc pas une levée automatique par la fête.

Le cas est celui d'un homme qui a fait la démarche : il a apaisé son adversaire, s'est présenté devant le tribunal, et l'exclusion lui a été levée. Une fois libéré, il se rase, comme tous ceux que la michna énumère. La preuve d'Abaye tombe.

18
מְצֹורָע, מַהוּ שֶׁיַּנְהִיג צָרַעְתּוֹ בָּרֶגֶל? אָמַר אַבַּיֵּי, תָּא שְׁמַע: וְהַנָּזִיר וְהַמְּצֹורָע מִטֻּומְאָתוֹ לְטָהֳרָתוֹ. הָא בִּימֵי טֻומְאָתוֹ — נְהִיג.

Le metsora, qu'en est-il qu'il observe sa tsaraat pendant la fête ? Abaye a dit : viens et entends : et le nazir et le metsora qui passent de leur impureté à leur pureté.

Il en résulte que pendant les jours de son impureté, il l'observe.

📜 Rachi (2)
שֶׁיַּנְהִיג צָרַעְתּוֹ שֶׁלֹּא יָבֹא אֶל תּוֹךְ הַמַּחֲנֶה וְלֹא יְגַלֵּחַ:
Qu'il observe sa tsaraat — qu'il n'entre pas à l'intérieur du camp et qu'il ne se rase pas.
הָא בִּימֵי טֻומְאָתוֹ נוֹהֵג צָרַעְתּוֹ בָּרֶגֶל:
Il en résulte que pendant les jours de son impureté il observe — sa tsaraat pendant la fête.
💡 Explication

La même question se pose pour le metsora, l'homme atteint de tsaraat, qui doit demeurer hors du camp, laisser ses cheveux pousser et déchirer ses vêtements.

Abaye argumente par le silence de la michna. Elle permet le rasage au metsora qui sort de son impureté vers sa pureté, et ne dit rien de celui qui est encore impur : signe qu'il observe son état même pendant la fête.

19
לָא מִיבַּעְיָא קָאָמַר. לָא מִיבַּעְיָא בִּימֵי טֻומְאָתוֹ דְּלָא נָהֵיג, אֲבָל לְטָהֳרָתוֹ נִיגְזוֹר שֶׁמָּא יְשַׁהֶה קָרְבְּנוֹתָיו, קָמַשְׁמַע לַן!

Il s'exprime selon le tour : il n'est pas besoin de dire. Il n'est pas besoin de dire que pendant les jours de son impureté il ne l'observe pas ; mais pour son passage à la pureté, on aurait pu décréter qu'il ne se rase pas, de peur qu'il ne diffère ses sacrifices : c'est ce que la michna vient nous apprendre.

📜 Rachi (1)
נִיגְזוֹר שֶׁלֹּא יְהֵא מְגַלֵּחַ בַּמּוֹעֵד דְּכֵיוָן דְּגִילַּח צָרִיךְ לְהָבִיא קָרְבָּן וְשֶׁמָּא מַשְׁהֶה קָרְבְּנוֹתָיו עַד לְיוֹם טוֹב הָאַחֲרוֹן וּמַקְרִיבָן וְאָסוּר לְהַקְרִיב קָרְבְּנוֹת יָחִיד בי"ט:
On aurait décrété — qu'il ne se rase pas pendant les jours intermédiaires, car du moment qu'il s'est rasé il doit apporter un sacrifice, et peut-être différera-t-il ses sacrifices jusqu'au dernier jour de fête et les offrira-t-il alors, or il est interdit d'offrir les sacrifices d'un particulier un jour de fête.
💡 Explication

La guemara écarte la preuve. La michna suit le tour du lo mibaya : elle énonce le cas le moins évident et laisse le cas évident de côté. Le metsora encore impur ne pose pas de question, il se rase pendant la fête comme un autre.

Le cas qui demandait une décision est celui du metsora purifié. Son rasage l'oblige à apporter des sacrifices, et l'on pouvait craindre qu'il ne les repousse jusqu'au dernier jour de fête, où l'on n'offre pas les sacrifices d'un particulier. La michna tranche que le rasage reste permis.

20
אָמַר רָבָא, תָּא שְׁמַע: ״וְהַצָּרוּעַ״ — לְרַבּוֹת כֹּהֵן גָּדוֹל. וְהָא כֹּהֵן גָּדוֹל, דְּכָל הַשָּׁנָה כְּרֶגֶל לְכֻולֵּי עָלְמָא דָּמֵי, דִּתְנַן: כֹּהֵן גָּדוֹל מַקְרִיב אוֹנֵן וְאֵינוֹ אוֹכֵל. שְׁמַע מִינַּהּ נוֹהֵג צָרַעְתּוֹ בָּרֶגֶל. שְׁמַע מִינָּה.

Rava a dit : viens et entends : et le lépreux — pour inclure le kohen gadol. Or le kohen gadol, dont toute l'année équivaut pour lui à ce qu'est la fête pour tout le monde, comme nous avons appris : le kohen gadol offre en état de onen mais ne mange pas.

Conclus-en qu'il observe sa tsaraat pendant la fête. Conclus-en effectivement.

📜 Rachi (2)
לְרַבּוֹת כ"ג. שֶׁנּוֹהֵג בּוֹ צָרַעַת:
Pour inclure le kohen gadol : que la tsaraat s'applique à lui.
הָא כֹּהֵן גָּדוֹל כָּל הַשָּׁנָה לְדִידֵיהּ כְּרֶגֶל לְכֻולֵּי עָלְמָא דָּמֵי דִּתְנַן כ"ג מַקְרִיב אוֹנֵן מִדְּאָמַר לוֹ אַהֲרֹן לְמֹשֶׁה וְאָכַלְתִּי חַטַּאת הַיּוֹם (וַיִּקְרָא י׳:י״ט) וְלֹא אָמַר לְמֹשֶׁה וְהִקְרַבְתִּי מִכְּלָל דְּהַקְרָבָה בַּאֲנִינוּת וְלָמַדְנוּ דכ"ג מַקְרִיב אוֹנֵן אֲבָל כֻּולֵּי עָלְמָא בִּשְׁאָר יְמוֹת הַשָּׁנָה אוֹנֵן אֵינוֹ מְשַׁלֵּחַ קָרְבְּנוֹתָיו כִּדְאָמְרִינַן לְקַמָּן (מוֹעֵד קָטָן דַּף טו:) שְׁלָמִים בִּזְמַן שֶׁהוּא שָׁלֵם וְלֹא בִּזְמַן שֶׁהוּא אוֹנֵן וּבָרֶגֶל מְשַׁלֵּחַ וְכֹהֵן גָּדוֹל אוֹנֵן מַקְרִיב כָּל הַשָּׁנָה אַלְמָא כָּל הַשָּׁנָה לְדִידֵיהּ כְּרֶגֶל דָּמֵי וְקָתָנֵי דְּנוֹהֵג בּוֹ צָרַעַת תִּיפְשֹׁוט דְּכָל מְצֹורָע נוֹהֵג צָרַעְתּוֹ בָּרֶגֶל:
Or le kohen gadol, dont toute l'année équivaut pour lui à ce qu'est la fête pour tout le monde — car nous avons appris : le kohen gadol offre en état de onen. Cela découle de ce qu'Aharon a dit à Moche : et j'aurais mangé le sacrifice pour le péché aujourd'hui (Lévitique 10, 19), sans dire à Moche : et j'aurais offert ; d'où il ressort que l'offrande se fait en état d'aninout, et nous avons appris que le kohen gadol offre en état de onen. Mais pour tout le monde, pendant le reste des jours de l'année, le onen n'envoie pas ses sacrifices, comme nous le disons plus loin (Moed Katan 15b) : des sacrifices de paix lorsqu'il est en paix, et non lorsqu'il est onen ; pendant la fête, en revanche, il les envoie. Et le kohen gadol, lui, offre en état de onen toute l'année : il apparaît donc que toute l'année équivaut pour lui à la fête. Or il est enseigné que la tsaraat s'applique à lui : résous donc que tout metsora observe sa tsaraat pendant la fête.
🗂️ Tossefot (1)
וְהָא כ"ג דְּכָל הַשָּׁנָה כֻּולָּהּ כְּרֶגֶל כו'. מַשְׁמַע דְּאִם אֵין מְנֻודֶּה נוֹהֵג נִידּוּי בָּרֶגֶל הוּא הַדִּין כ"ג אֵינוֹ נוֹהֵג נִידּוּי כְּלָל וְקָשֶׁה דְּהָא כ"ג דָּן וְדָנִין אוֹתוֹ וְאִי לָא צָיֵית דִּינָא (לָא) מְשַׁמְּתִינַן לֵיהּ וּלְמַאי דְּפָרֵישִׁית לְעֵיל דְּנוּכַל לוֹמַר לְמִיחַת לְנִכְסֵיה נִיחָא:
Or le kohen gadol, dont toute l'année entière équivaut à la fête, etc. Cela indique que si l'excommunié n'observe pas son excommunication pendant la fête, il en va de même pour le kohen gadol, qui ne l'observerait pas du tout. Et cela fait difficulté, car le kohen gadol juge et on le juge, et s'il n'obéit pas au jugement nous l'excommunions. Mais selon ce que j'ai expliqué plus haut, à savoir que l'on peut dire que l'on saisit ses biens, la difficulté se résout.
💡 Explication

Rava trouve une preuve de structure. Le mot supplémentaire du verset sur le lépreux inclut le kohen gadol dans toutes les lois de la tsaraat.

Or le kohen gadol vit toute l'année sous le régime que la fête impose aux autres : il offre les sacrifices alors même qu'il est onen, c'est-à-dire le jour où son proche est mort et n'est pas encore enseveli, ce que nul autre ne fait en dehors de la fête. Si la tsaraat s'applique pourtant à lui sans réserve, c'est qu'un régime de fête ne la suspend pas. La guemara retient cette conclusion.

🖼️ Schéma
La preuve de Rava par le kohen gadol Première donnée Le mot et le lépreux inclut le kohen gadol dans ces lois Seconde donnée Le kohen gadol offre en onen toute l'année, comme tous en fête Le kohen gadol vit toute l'année sous le régime que la fête impose aux autres, et pourtant la tsaraat s'applique à lui sans exception Le metsora observe sa tsaraat pendant la fête
Les deux données que Rava rapproche et la conclusion qu'il en tire.
21
אֲבָל אָסוּר בְּתִסְפֹּורֶת. מִדְּקָאָמַר לְהוּ רַחֲמָנָא לִבְנֵי אַהֲרֹן: ״רָאשֵׁיכֶם אַל תִּפְרְעוּ״, מִכְּלָל דְּכֻולֵּי עָלְמָא אָסוּר.

Mais il lui est interdit de se raser. Du fait que le Miséricordieux dit aux fils d'Aharon : vos têtes, ne les laissez pas en désordre, il ressort par implication que pour tout le monde cela est interdit.

📜 Rachi (1)
אַל תִּפְרְעוּ גִּידּוּל שֵׂעָר וְהַאי קְרָא גַּבֵּי מִיתַת נָדָב וַאֲבִיהוּא כְּתִיב וּמִדְּאִצְטְרִיךְ קְרָא לְמִישְׁרֵי לְהוּ מִכְּלָל דְּאַחַרְיָנֵי אֲסוּרִין:
Ne les laissez pas en désordre — la pousse des cheveux. Ce verset est écrit à propos de la mort de Nadav et Avihou, et du fait que le texte a dû intervenir pour le leur permettre, il ressort par implication que cela est interdit aux autres.
💡 Explication

Le folio revient à l'endeuillé et cherche la source de l'interdiction de se raser. Le verset ordonne aux fils d'Aharon, au lendemain de la mort de Nadav et Avihou, de ne pas laisser leurs cheveux pousser en désordre.

Le raisonnement passe par l'exception : si l'Écriture a dû autoriser expressément les kohanim à se raser, c'est que tous les autres endeuillés en sont empêchés.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).