Moed_Katan 16a — La procédure du ban : de la convocation au hérem, les quinze étapes tirées des versets, et qui peut délier

Moed_Katan 16a

Sougya : Après deux lignes qui achèvent la baraita sur le kohen impur et son dixième d'épha, le folio change de sujet et ouvre le grand exposé de Rava sur le nidouï. Rava reconstruit toute la procédure du beth din à partir de trois lieux de l'Écriture : l'épisode de Kora'h donne la convocation (agent du beth din, date, nom des parties, seconde date), la malédiction de Meroz au chant de Dévora donne le ban lui-même, son extension aux quatre coudées et la publication de la faute, et les livres d'Ezra et de Né'hémia donnent les sanctions lourdes — biens déclarés hefker, coups, prison, hardafa.

Vient ensuite la question pratique : combien de temps le ban dure-t-il, et trois juges peuvent-ils délier ce que trois autres ont lié ? L'affaire du boucher qui insulte Rav Tovi bar Matana met Abaye en difficulté, une baraita sur le maître, la ville et le nassi fournit trois déductions, et Ameimar tranche contre Abaye.

Le folio se termine sur les durées — trente jours pour le nidouï, sept pour la nezifa — et sur le récit de bar Kappara, qui s'imposa trente jours de nezifa pour un mot de trop.

Moed Katan 16a : la procédure du ban, étape par étape (Rava)Chaque pouvoir du beth din est adossé à un verset ; l'ordre est celui du texte#Ce que fait le beth dinLe mot du versetRéférence1Envoyer un agent du beth dinMoche envoya appeler Datan et AviramBamidbar 16,122Convoquer le défendeur lui-mêmetoi et toute ta communautéBamidbar 16,163Dire : devant un grand hommedevant HachemBamidbar 16,164Nommer les deux partiestoi, eux et AharonBamidbar 16,165Fixer une date d'audiencedemainBamidbar 16,166Fixer une seconde dateil a laissé passer le moment fixéYirmiyahou 46,177Rapporter l'insolence sans lachon haraveux-tu crever les yeux de ces hommesBamidbar 16,148Prononcer le ban (nidouï)maudissez MerozChoftim 5,239Le prononcer au nom du grand hommedit l'ange de HachemChoftim 5,2310Passer au héremmaudissez d'une malédictionChoftim 5,2311Étendre à qui mange ou tient 4 coudéesses habitantsChoftim 5,2312Détailler la faute en publicils ne sont pas venus au secoursChoftim 5,2313Déclarer ses biens hefkertout son bien sera vouéEzra 10,814Quereller, maudire, frapper, faire jurerje les ai querellés et mauditsNehemia 13,2515Lier, emprisonner, hardafapour lichrochi et pour la prisonEzra 7,26Torah (Kora'h)Neviim (Meroz, Yirmiyahou)Ketouvim (Ezra, Nehemia)
Les quinze pouvoirs du beth din selon Rava, chacun avec le verset dont il est tiré (segments 2 à 10).
Le calendrier de la pression (hardafa) et la coupure argent / insolenceDeux enseignements sur le rythme, puis la distinction qui commande tout le folioRav : les trois temps de la hardafaJour 0nidouï immédiatJour 30on recommenceJour 60héremRav Hisda : les trois avertissements avant le banLundiJeudiLundi suivantAffaire d'argent (mamona)on avertit, on attend, on peut délier par le chofarInsolence envers un sage (afkirouta)ban immédiat, et trente jours pleins avant de délier
Le rythme de la contrainte selon Rav et selon Rav Hisda, et la ligne de partage entre dette d'argent et insolence (segments 10 à 13).
La baraita des trois asymétries : le ban descend, il ne monte pasLe ban prononcé par le plus grand oblige le plus petit ; l'inverse est sans effetLe maître (rav)Le disciple (talmid)son ban vaut icison ban ne vaut pas laSa propre villeUne autre villeson ban vaut icison ban ne vaut pas laLe nassiTout Israëlson ban vaut icison ban ne vaut pas la
La baraita citée pour trancher la question des trois juges : le ban circule dans un seul sens (segments 15 à 17).
1
זוֹ עֲשִׂירִית הָאֵיפָה שֶׁלּוֹ, דִּבְרֵי רַבִּי יְהוּדָה.

Ceci est son dixième d'épha — paroles de Rabbi Yehouda.

📜 Rachi (1)
זוֹ עֲשִׂירִית הָאֵיפָה שֶׁלּוֹ שֶׁמֵּבִיא כֹּהֵן הֶדְיוֹט כְּשֶׁמְּחַנְּכִין אוֹתוֹ לַעֲבֹוד תְּחִילָּה כְּדִכְתִיב (וַיִּקְרָא ו׳:י״ג) זֶה קָרְבַּן אַהֲרֹן וּבָנָיו אֲשֶׁר יַקְרִיבוּ לַה' בְּיוֹם הִמָּשַׁח אֹותוֹ עֲשִׂירִית הָאֵיפָה וְאָמְרִינַן (מְנָחוֹת דַּף נא:) וּבָנָיו לְרַבּוֹת עֲשִׂירִית הָאֵיפָה שֶׁל כֹּהֵן הֶדְיוֹט לְחִינּוּךְ וְלָאו אַקְרַאי דִּלְעֵיל קָאֵי אֶלָּא מִצְוַת כֹּהֲנִים בְּעָלְמָא הוּא דְּקָאָמַר יְחֶזְקֵאל אַלְמָא שֶׁלֹּא הָיָה יָכוֹל לְהַקְרִיב קָרְבָּנוֹ עֲשִׂירִית הָאֵיפָה עַד שֶׁנִּטְהַר מִטֻּומְאַת מֵת וְהוּא הַדִּין מִצָּרַעְתּוֹ:
Que le kohen ordinaire apporte lorsqu'on l'inaugure pour servir la première fois, comme il est écrit : « voici l'offrande d'Aharon et de ses fils qu'ils offriront le jour où il sera oint : un dixième d'épha » ; et nous disons (Mena'hot 51b) : « et ses fils » — pour inclure le dixième d'épha du kohen ordinaire, apporté pour son inauguration. Et le verset de Yé'hezkel ne se rapporte pas au verset qui précède : Yé'hezkel y énonce une mitsva des kohanim en général. Il ressort donc que le kohen ne pouvait pas offrir son offrande, le dixième d'épha, avant d'être purifié de l'impureté du mort ; et il en va de même de sa tsaraat.
💡 Explication

Ces mots achèvent la baraita commencée au folio précédent sur le verset de Yé'hezkel 44,27, qui parle du kohen revenu de son impureté : « il offrira son 'hatat ». La baraita identifie cette offrande comme l'assirit haéfa, le dixième d'épha de farine que tout kohen ordinaire apporte le jour où il inaugure son service. Pour Rabbi Yehouda, tant que le kohen est impur — par un mort ou par la tsaraat — il ne peut pas faire monter ses offrandes au Temple.

2
רַבִּי שִׁמְעוֹן אוֹמֵר: ״בְּבֹאוֹ יַקְרִיב״, בִּזְמַן שֶׁרָאוּי לְבִיאָה — רָאוּי לְהַקְרָבָה, בִּזְמַן שֶׁאֵינוֹ רָאוּי לְבִיאָה — אֵינוֹ רָאוּי לְהַקְרָבָה.

Rabbi Chimon dit : « le jour où il entre au sanctuaire, dans la cour intérieure, pour officier, il offrira » — au moment où il est apte à l'entrée, il est apte à l'offrande ; au moment où il n'est pas apte à l'entrée, il n'est pas apte à l'offrande.

💡 Explication

Rabbi Chimon tire la même conclusion d'une autre lecture. Le verset lie l'entrée au sanctuaire et l'offrande dans une seule proposition : l'aptitude à l'une commande l'aptitude à l'autre. Un homme frappé de tsaraat, exclu du Temple, ne peut donc pas davantage y envoyer ses offrandes. Cette dernière ligne clôt la digression et la guemara revient au sujet du perek : le menoudé, celui que le beth din a mis au ban.

3
אָמַר רָבָא: מְנָלַן דִּמְשַׁדְּרִין שְׁלִיחָא דְּבֵי דִּינָא וּמַזְמְנִינַן לֵיהּ לְדִינָא — דִּכְתִיב: ״וַיִּשְׁלַח מֹשֶׁה לִקְרֹא לְדָתָן וְלַאֲבִירָם בְּנֵי אֱלִיאָב״. וּמִנָּלַן דִּמְזַמְּנִינַן לְדִינָא — דִּכְתִיב: ״וַיֹּאמֶר מֹשֶׁה אֶל קֹרַח אַתָּה וְכָל עֲדָתְךָ״.

Rava dit : d'où savons-nous qu'on envoie un agent du beth din (chelia'h beth din) et qu'on convoque l'homme en jugement ? De ce qu'il est écrit : « Moche envoya appeler Datan et Aviram, fils d'Eliav ».

Et d'où savons-nous qu'on le convoque en jugement ? De ce qu'il est écrit : « Moche dit à Kora'h : toi et toute ta communauté ».

📜 Rachi (2)
אָמַר רָבָא וְכוּ' אַיְּידֵי דְּאַיְירֵי בִּמְנֻודֶּה מְפָרֵשׁ לְהוּ:
Puisque le sujet traite du menoudé, la guemara expose ici ces règles.
וּמַזְמִינִין לֵיהּ לְדִינָא לְבַעַל דִּין:
La partie au procès elle-même.
💡 Explication

Rava ouvre ici un exposé suivi qui occupe le tiers du folio : toute la procédure du ban, depuis la première convocation jusqu'aux sanctions les plus lourdes, est reconstruite à partir de versets. La méthode est constante — chaque geste du beth din reçoit un appui scripturaire, tiré de l'épisode de Kora'h pour la convocation, du chant de Dévora pour le ban, d'Ezra et de Né'hemia pour la contrainte.

Deux choses distinctes sont établies dans cette ligne : qu'on dépêche un chelia'h beth din, et que la convocation vise l'homme en personne, non un représentant.

4
לְקַמֵּי גַּבְרָא רַבָּה — דִּכְתִיב: ״לִפְנֵי ה׳״. אַתְּ וּפְלָנְיָא — דִּכְתִיב: ״אַתָּה וְהֵם וְאַהֲרֹן״. דְּקָבְעִינַן זִימְנָא — דִּכְתִיב: ״מָחָר״. זִימְנָא בָּתַר זִימְנָא — דִּכְתִיב: ״קָרְאוּ שָׁם פַּרְעֹה מֶלֶךְ מִצְרַיִם שָׁאוֹן הֶעֱבִיר הַמּוֹעֵד״.

Devant un grand homme — de ce qu'il est écrit : « devant Hachem ». Toi et untel — de ce qu'il est écrit : « toi, eux et Aharon ».

Qu'on fixe une date — de ce qu'il est écrit : « demain ». Une date après la date — de ce qu'il est écrit : « ils ont crié là-bas : Pharaon roi d'Égypte n'est que tumulte, il a laissé passer le moment fixé ».

📜 Rachi (2)
זִימְנָא בָּתַר זִימְנָא דְּאִי לָא אָתֵי הַהוּא זִימְנָא קָבְעִינַן לֵיהּ זִימְנָא אַחֲרִיתִי:
Car s'il ne vient pas à la date fixée, on lui en fixe une autre.
קָרְאוּ שֵׁם שַׁמְתָּא כְּלוֹמַר שַׁמְתָּא לְפַרְעֹה שֶׁהֶעֱבִיר הַמּוֹעֵד כְּלוֹמַר שֶׁהֶעֱבִיר אוֹתוֹ מוֹעֵד שֶׁשְּׁמוֹ אַחַר מוֹעֵד רִאשׁוֹן:
« Ils ont crié là-bas » : le ban (chamta). Autrement dit, le ban pour Pharaon, qui a laissé passer le moment fixé — c'est-à-dire le moment qu'on lui avait fixé après le premier.
💡 Explication

Quatre détails de forme, tirés des mots mêmes du verset de Kora'h. La convocation doit dire devant quelle autorité on comparaît, nommer les deux parties, porter une date ; et si le défendeur ne se présente pas, la date passée n'annule pas la procédure, on en fixe une seconde. Le verset de Yirmiyahou sert de preuve par un jeu de mots : Rachi y lit chamta, le ban, prononcé contre Pharaon qui a laissé passer le terme qu'on lui avait fixé.

5
וּמְנָלַן דְּאִי מִתְפַּקַּר בִּשְׁלִיחָא דְּבֵי דִינָא, וְאָתֵי וְאָמַר, לָא מִיתְחֲזֵי כְּלִישָּׁנָא בִּישָׁא — דִּכְתִיב: ״הַעֵינֵי הָאֲנָשִׁים הָהֵם תְּנַקֵּר״.

Et d'où savons-nous que si l'homme se conduit avec insolence envers l'agent du beth din, et que l'agent vient le rapporter, cela n'a pas l'apparence du lachon hara ? De ce qu'il est écrit : « veux-tu crever les yeux de ces hommes ? ».

📜 Rachi (2)
דְּאִי מִתְפַּקֵּר בִּשְׁלִיחָא דְּרַבָּנָן כְּלוֹמַר שֶׁחֵירֵף שְׁלִיחַ ב"ד וְשָׁלִיחַ אָמַר חֵירְפַנִי:
Autrement dit, il a insulté l'agent du beth din, et l'agent a dit : il m'a insulté.
הַעֵינֵי הָאֲנָשִׁים הָהֵם תְּנַקֵּר אִי לָאו דְּשָׁלִיחַ דא"ל לְמֹשֶׁה מֹשֶׁה לָא הֲוָה יָדַע:
Si l'agent ne l'avait pas rapporté à Moche, Moche ne l'aurait pas su.
💡 Explication

Datan et Aviram ont répondu ces mots à l'envoyé de Moche, et le verset les rapporte : donc l'envoyé les a redits à Moche. Le rapport de l'agent au beth din sort ainsi du champ du lachon hara, puisque l'Écriture le consigne sans reproche. La formule de la guemara est prudente — « n'a pas l'apparence du lachon hara » —, ce qui suppose que le rapport soit fait au tribunal, pour les besoins du jugement.

6
וּמִנָּלַן דִּמְשַׁמְּתִינַן — דִּכְתִיב: ״אוֹרוֹ מֵרוֹז״. דְּהָכִי סְבָרָא דְּגַבְרָא רַבָּה — דִּכְתִיב: ״אָמַר מַלְאַךְ ה׳״. וּמִנָּלַן דְּמַחְרְמִינַן — דִּכְתִיב: ״אוֹרוֹ אָרוּר״.

Et d'où savons-nous qu'on met au ban (nidouï) ? De ce qu'il est écrit : « maudissez Meroz ».

Que l'on dit : telle est la décision d'un grand homme — de ce qu'il est écrit : « dit l'ange de Hachem ». Et d'où savons-nous qu'on prononce le hérem ?

De ce qu'il est écrit : « maudissez d'une malédiction ».

📜 Rachi (3)
הָכִי סְבָרָא דְּגַבְרָא פְּלָנְיָא דַּעַת פְּלוֹנִי שֶׁבָּא לְנַדּוֹת אֶת פְּלוֹנִי דְּצָרִיךְ לְנַדּוֹתוֹ מִשְּׁמוֹ שֶׁל אוֹתוֹ חָכָם:
L'avis d'untel, qui vient mettre un tel au ban : il faut prononcer le ban au nom de ce sage-là.
אָמַר מַלְאַךְ ה' בָּרָק אָמַר לְשַׁמְּתוֹ שֶׁהוּא שְׁלוּחוֹ שֶׁל מָקוֹם:
Barak a ordonné de le mettre au ban, lui qui est l'envoyé de l'Omniprésent.
וּמַחֲרִימִין בְּאָרוּר:
Par le mot arour (maudit).
💡 Explication

La source du ban lui-même est le verset du chant de Dévora (Choftim 5,23) sur Meroz, qui n'est pas venu au combat. Le verset porte deux malédictions successives, et la guemara y lit deux degrés : la première donne le nidouï, la seconde, redoublée, donne le hérem, forme aggravée de l'exclusion. La mention « dit l'ange de Hachem » fournit une règle de forme : on prononce le ban au nom de l'autorité qui l'a décidé.

7
דְּאָכֵיל וְשָׁתֵי בַּהֲדֵיהּ וְקָאֵי בְּאַרְבַּע אַמּוֹת דִּידֵיהּ — דִּכְתִיב: ״יוֹשְׁבֶיהָ״. וּמְנָלַן דְּפָרְטִינַן חִטְאֵיהּ בְּצִיבּוּרָא — דִּכְתִיב: ״כִּי לֹא בָאוּ לְעֶזְרַת ה׳״.

Que celui qui mange et boit avec lui, ou qui se tient dans ses quatre coudées, [est pris dans la malédiction] — de ce qu'il est écrit : « ses habitants ». Et d'où savons-nous qu'on détaille sa faute en public ?

De ce qu'il est écrit : « car ils ne sont pas venus au secours de Hachem ».

📜 Rachi (1)
וּפָרְטִינַן חַטָּאֶיהָ דְּאָמְרִי לְאַנְשֵׁי עִירוֹ מִשּׁוּם הָכִי וְהָכִי מְשַׁמְּתִינַן לֵיהּ:
On dit aux gens de sa ville : c'est pour telle et telle chose que nous le mettons au ban.
💡 Explication

Deux conséquences tirées du même verset. Le mot « ses habitants » étend la malédiction à l'entourage : d'où la règle pratique qui interdit de manger avec le menoudé ou de se tenir à moins de quatre coudées de lui. Et la fin du verset énonce le motif de la malédiction, ce qui autorise le beth din à publier la faute pour laquelle il a prononcé le ban.

8
וְאָמַר עֻולָּא: בְּאַרְבַּע מְאָה שִׁיפּוּרֵי שַׁמְּתֵיהּ בָּרָק לְמֵרוֹז. אִיכָּא דְּאָמְרִי גַּבְרָא רַבָּה הֲוָה, וְאִיכָּא דְּאָמְרִי כּוֹכְבָא הֲוָה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״מִן שָׁמַיִם נִלְחָמוּ הַכּוֹכָבִים״.

Et Oula dit : c'est avec quatre cents chofarot que Barak a mis Meroz au ban. Certains disent que c'était un grand homme, et d'autres disent que c'était une étoile, ainsi qu'il est dit : « depuis les cieux ont combattu les étoiles ».

📜 Rachi (1)
כּוֹכְבָא הֲוָה מַזָּלֵיהּ דְּסִיסְרָא:
L'astre (mazal) de Sissera.
💡 Explication

Deux identifications de Meroz circulent. Pour les premiers, un personnage important, dont l'absence au combat pesait ; pour les seconds, un astre, celui qui présidait au destin de Sissera et qui s'est abstenu d'aider Israël. La mention des quatre cents chofarot donne au passage sa portée pratique : le ban se prononce avec sonnerie de chofar, détail qui reviendra au segment 13 avec la formule tôt assar vetot chari.

9
וּמִנָּלַן דְּמַפְקְרִינַן נְכָסֶיהָ — דִּכְתִיב: ״וְכֹל אֲשֶׁר לֹא יָבֹא לִשְׁלֹשֶׁת הַיָּמִים בַּעֲצַת הַשָּׂרִים וְהַזְּקֵנִים יָחֳרַם כָּל רְכוּשׁוֹ וְהוּא יִבָּדֵל מִקְּהַל הַגּוֹלָה״.

Et d'où savons-nous qu'on déclare ses biens hefker (sans maître) ? De ce qu'il est écrit : « et quiconque ne viendrait pas dans les trois jours, selon le conseil des princes et des anciens, tout son bien serait voué et lui-même serait séparé de l'assemblée de l'exil ».

📜 Rachi (2)
דְּמַפְקְרִינַן לְנִכְסֵיה דְּמַאן דְּלָא צָייֵת לְהוּ לְרַבָּנָן:
De celui qui n'obéit pas aux maîtres.
יָחֳרַם הוּא וְכָל רְכוּשׁוֹ דְּהֶפְקֵר ב"ד הֶפְקֵר מֵהָכָא נָפְקָא לָן בְּכָל דֻּוכְתֵי:
C'est d'ici que nous tirons, partout, le principe : ce que le beth din déclare hefker est hefker.
💡 Explication

Le verset d'Ezra fonde deux choses à la fois : la mise à l'écart de l'homme et la confiscation de ses biens. Rachi souligne la portée générale du passage — c'est de là que tout le Talmud tire le principe hefker beth din hefker, selon lequel une déclaration du tribunal suffit à faire sortir un bien de la propriété de son maître.

10
וּמְנָלַן דְּנָצֵינַן וְלָייְטִינַן וּמָחֵינַן וְתָלְשִׁינַן שֵׂיעָר וּמַשְׁבְּעִינַן — דִּכְתִיב: ״וָאָרִיב עִמָּם וָאֲקַלְלֵם וָאַכֶּה מֵהֶם אֲנָשִׁים וָאֶמְרְטֵם וָאַשְׁבִּיעֵם״.

Et d'où savons-nous qu'on le querelle, qu'on le maudit, qu'on le frappe, qu'on lui arrache les cheveux et qu'on lui fait prêter serment ? De ce qu'il est écrit : « je les ai querellés, je les ai maudits, j'ai frappé certains d'entre eux, je leur ai arraché les cheveux et je les ai fait jurer ».

📜 Rachi (1)
וָאָרִיב עִמָּם וָאֲקַלְלֵם לְאוֹתָם שֶׁהוֹשִׁיבוּ נָשִׁים נָכְרִיּוֹת:
Contre ceux qui avaient pris chez eux des femmes étrangères.
💡 Explication

Cinq gestes de contrainte, tirés d'un seul verset de Né'hemia 13,25. Rachi rappelle le contexte : Né'hemia agissait contre ceux qui avaient épouse des femmes étrangères. Le beth din dispose donc, au-delà du ban, de moyens de pression physiques, la guemara les énumérant sans les hiérarchiser.

11
וּמְנָלַן דְּכָפְתִינַן וְאָסְרִינַן וְעָבְדִינַן הַרְדָּפָה — דִּכְתִיב: ״הֵן לְמוֹת הֵן לִשְׁרֹושִׁי הֵן לַעֲנָשׁ נִכְסִין וְלֶאֱסוּרִין״. מַאי לִשְׁרֹושִׁי? אָמַר אַדָּא מָרִי אָמַר נְחֶמְיָה בַּר בָּרוּךְ אָמַר רַב חִייָּא בַּר אָבִין אָמַר רַב יְהוּדָה: הַרְדָּפָה. מַאי הַרְדָּפָה? אָמַר רַב יְהוּדָה בְּרֵיהּ דְּרַב שְׁמוּאֵל בַּר שִׁילַת מִשְּׁמֵיהּ דְּרַב: מְנַדִּין לְאַלְתַּר, וְשׁוֹנִין לְאַחַר שְׁלֹשִׁים, וּמַחֲרִימִין לְאַחַר שִׁשִּׁים.

Et d'où savons-nous qu'on lui lie les mains et les pieds, qu'on l'attache et qu'on exerce la hardafa ? De ce qu'il est écrit : « soit pour la mort, soit pour lichrochi, soit pour une peine sur les biens, soit pour la prison ».

Qu'est-ce que lichrochi ? Adda Mari dit au nom de Né'hemia bar Baroukh, au nom de Rav 'Hiya bar Avin, au nom de Rav Yehouda : c'est la hardafa.

Qu'est-ce que la hardafa ? Rav Yehouda fils de Rav Chmouel bar Chilat dit au nom de Rav : on met au ban immédiatement, on recommence après trente jours, et l'on prononce le hérem après soixante.

📜 Rachi (4)
דְּכָפְתִינַן יָדָיו וְרַגְלָיו:
Ses mains et ses pieds.
וְאָסְרִינַן לֵיהּ שֶׁקּוֹשְׁרִין אוֹתוֹ עַל הָעַמּוּד לְהַלְקוֹתוֹ:
On l'attache au poteau pour le flageller.
הַרְדָּפָה קָא מְפָרֵשׁ רַב יְהוּדָה בְּרֵיהּ דְּרַב שְׁמוּאֵל לְרָודְפוֹ מִיָּד דְּכֵיוָן דְּלָא צָיֵית דִּינָא מְנַדִּין אוֹתוֹ:
Rav Yehouda fils de Rav Chmouel explique : le poursuivre immédiatement, puisqu'il n'obéit pas au jugement, on le met au ban.
וְשׁוֹנִין וּמְנַדִּין אוֹתוֹ פַּעַם אַחֶרֶת:
On le met au ban une seconde fois.
💡 Explication

Le verset d'Ezra 7,26 énumère quatre peines, dont l'une, lichrochi, reste obscure. Une chaîne de transmission à quatre maillons l'identifie à la hardafa, la poursuite. Puis une seconde question porte sur ce mot à son tour, et Rav en donne le contenu : un calendrier en trois temps. Le ban tombe aussitôt, il est réitéré à trente jours, et le hérem vient à soixante.

Le mot hardafa désigne donc moins une peine qu'un rythme : la pression monte par paliers tant que l'homme refuse de se soumettre au jugement.

12
אֲמַר לֵיהּ רַב הוּנָא בַּר חִינָּנָא, הָכִי אָמַר רַב חִסְדָּא: מַתְרִין בֵּיהּ שֵׁנִי וַחֲמִישִׁי וְשֵׁנִי. הָנֵי מִילֵּי לְמָמוֹנָא, אֲבָל לְאַפְקִירוּתָא — לְאַלְתַּר.

Rav Houna bar 'Hinena lui dit : ainsi a dit Rav 'Hisda — on l'avertit un lundi, un jeudi et un lundi. Cela vaut pour une affaire d'argent ; mais pour l'insolence, c'est immédiatement.

📜 Rachi (2)
לְמָמוֹנָא שֶׁחַייָּב מָמוֹן לַחֲבֵירוֹ וְלֹא רָצָה לְשַׁלֵּם ע"פ ב"ד:
Il doit de l'argent à son prochain et refuse de payer sur l'ordre du beth din.
לְאַפְקִירוּתָא מְבַזֶּה תַּלְמִידֵי חֲכָמִים:
Il méprise les sages.
🗂️ Tossefot (1)
מֻתָּרִין בּוֹ שֵׁנִי וַחֲמִישִׁי וְשֵׁנִי. פֵּירֵשׁ בַּקּוּנְטְרֵס שֵׁנִי מַתְרִין בּוֹ תְּחִילָּה וּמְנַדִּין אוֹתוֹ וְכֵן בַּחֲמִישִׁי וּבְשֵׁנִי אַחַר מַחֲרִימִין וא"צ שְׁלֹשִׁים יוֹם וְיֵשׁ מְפָרְשִׁים קֹודֶם שֶׁיְּנַדּוּהוּ כְּלָל יִתְרוֹ בּוֹ וְכֵן מַשְׁמַע בְּפֶרֶק הַגּוֹזֵל בָּתְרָא (בּ"ק דַּף קיג.):
Le Kountras (Rachi) a expliqué : le lundi on l'avertit d'abord et on le met au ban, de même le jeudi, et le lundi suivant on prononce le hérem, sans qu'il faille attendre trente jours. D'autres expliquent : on l'avertit avant même de le mettre au ban ; et c'est ainsi que cela ressort du chapitre Hagozel Batra (Bava Kama 113a).
💡 Explication

Rav 'Hisda apporte un rythme différent, calqué sur les jours où le beth din siégeait et où l'on lisait la Torah : lundi, jeudi, lundi. La dernière phrase pose la distinction qui commande toute la suite du folio. Pour une dette d'argent (mamona), on avertit, on attend, on laisse au débiteur le temps de payer. Pour l'insolence envers un sage (afkirouta), le ban tombe sans avertissement.

🖼️ Schéma
Le calendrier de la pression (hardafa) et la coupure argent / insolenceDeux enseignements sur le rythme, puis la distinction qui commande tout le folioRav : les trois temps de la hardafaJour 0nidouï immédiatJour 30on recommenceJour 60héremRav Hisda : les trois avertissements avant le banLundiJeudiLundi suivantAffaire d'argent (mamona)on avertit, on attend, on peut délier par le chofarInsolence envers un sage (afkirouta)ban immédiat, et trente jours pleins avant de délier
Les deux calendriers, et la coupure entre affaire d'argent et insolence.
13
הָהוּא טַבָּחָא דְּאִיתְפַּקַּר בְּרַב טוֹבִי בַּר מַתְנָה, אִימְּנוֹ עֲלֵיהּ אַבָּיֵי וְרָבָא וְשַׁמְּתוּהוּ, לְסוֹף אֲזַל פַּיְּיסֵיהּ לְבַעַל דִּינֵיהּ. אָמַר אַבַּיֵּי: הֵיכִי לֶיעֱבֵיד? לִישְׁרֵי לֵיהּ — לָא חַל שַׁמְתָּא עֲלֵיהּ תְּלָתִין יוֹמִין. לָא לִישְׁרֵי לֵיהּ — קָא בָּעוּ רַבָּנַן לְמֵיעַל.

Un certain boucher se conduisit avec insolence envers Rav Tovi bar Matana. Abaye et Rava se joignirent contre lui et le mirent au ban.

À la fin, il alla apaiser sa partie adverse. Abaye dit : comment faire ?

Le délier — le ban n'a pas pris effet sur lui trente jours. Ne pas le délier — les maîtres veulent entrer chez lui.

📜 Rachi (2)
לֹא חָל עָלֶיהָ שַׁמְתָּא ל' יוֹם וְאֵין שַׁמְתָּא פְּחוּתָה מָל' יוֹם:
Et il n'y a pas de ban de moins de trente jours.
קָא בָּעוּ רַבָּנַן לְמֵיעַל שֶׁצְּרִיכִין לוֹ:
Car ils ont besoin de lui.
💡 Explication

Un cas concret vient éprouver la règle. Le boucher a offensé Rav Tovi bar Matana, deux maîtres l'ont mis au ban, puis il s'est réconcilié avec l'offensé. Abaye est pris entre deux exigences : la durée minimale du ban, qui n'est pas écoulée, et l'intérêt des sages, qui ont besoin de la boutique du boucher pour leur viande — un boucher sous ban étant hors d'usage pour la communauté.

14
אֲמַר לֵיהּ לְרַב אִידִי בַּר אָבִין: מִידֵּי שְׁמִיעַ לָךְ בְּהָא? אֲמַר לֵיהּ: הָכִי אָמַר רַב תַּחְלִיפָא בַּר אֲבִימִי אָמַר שְׁמוּאֵל: טוּט אָסַר וְטוּט שָׁרֵי. אֲמַר לֵיהּ: הָנֵי מִילֵּי לְמָמוֹנָא, אֲבָל לְאַפְקִירוּתָא — עַד דְּחָיְילָא שַׁמְתָּא עֲלֵיהּ תְּלָתִין יוֹמִין.

Il dit à Rav Idi bar Avin : as-tu entendu quelque chose sur ce point ? Il lui dit : ainsi a dit Rav Ta'hlifa bar Avimi au nom de Chmouel — tôt assar vetot chari, la sonnerie lie et la sonnerie délie.

Il lui dit : cela vaut pour une affaire d'argent ; mais pour l'insolence, il faut attendre que le ban ait pris effet sur lui trente jours.

📜 Rachi (1)
טוּט אָסַר טוּט שָׁרֵי כְּלוֹמַר מָצֵי לְמִישְׁרֵי לֵיהּ אע"ג דְּלָא חָל עָלֶיהָ ל' יוֹם דְּאוֹתוֹ שׁוֹפָר שֶׁנִּדּוּהוּ יָכוֹל לְהַתִּיר לוֹ וּמִישְׁרֵי לֵיהּ בְּתוֹךְ ל' יוֹם:
Autrement dit, on peut le délier bien que le ban n'ait pas pris effet sur lui trente jours : le chofar même par lequel on l'a mis au ban peut le délier, et on le délie à l'intérieur des trente jours.
💡 Explication

Rav Idi bar Avin rapporte une formule brève de Chmouel : le chofar qui a lié peut délier. Puisque le ban se prononce avec sonnerie, une nouvelle sonnerie suffit à le lever, même avant trente jours. Abaye accepte la règle et la limite aussitôt par la distinction du segment 11 : elle ne vaut que pour mamona. Dans le cas du boucher, qui relève de l'afkirouta, les trente jours restent dûs, et la réconciliation avec l'offensé n'y change rien.

🖼️ Schéma
Le dilemme d'Abaye dans l'affaire du boucherLe boucher a apaisé Rav ToviLe délier maintenantLe laisser sous le banmais le ban n'a pas tenu trente joursmais les maîtres ont besoin de sa boutiqueRéponse d'Abaye : afkirouta, donc trente jours pleinsle procédé tôt assar vetot chari ne vaut que pour l'argent
Le dilemme d'Abaye et la voie qu'il retient.
15
אַלְמָא קָסָבַר אַבַּיֵּי: הָנֵי בֵּי תְלָתָא דְּשַׁמִּיתוּ — לָא אָתוּ תְּלָתָא אַחֲרִינֵי וְשָׁרוּ לֵיהּ.

Il ressort de là qu'Abaye tient : ces trois-là qui ont mis au ban — trois autres ne viennent pas le délier.

📜 Rachi (1)
לָא אָתוּ אַחֲרֵינִי וְשָׁרוּ לֵיהּ מִדִּמְהַדַּר אִיהוּ נַפְשֵׁיהּ לְמִישְׁרֵי:
Puisqu'il cherchait lui-même le moyen de le délier.
💡 Explication

La guemara tire une conclusion implicite du comportement d'Abaye. S'il cherchait lui-même le moyen de délier le boucher, au lieu de renvoyer l'affaire à un autre tribunal de trois, c'est qu'il tenait pour acquis que seuls ceux qui ont lié peuvent délier. Cette position ouvre la question suivante, qui sera débattue jusqu'au segment 18.

16
דְּאִיבַּעְיָא לְהוּ: הָנֵי בֵּי תְלָתָא דְּשַׁמִּיתוּ, מַהוּ לְמֵיתֵי תְּלָתָא אַחֲרִינֵי וְשָׁרוּ לֵיהּ? תָּא שְׁמַע: מְנֻודֶּה לְרַב — מְנֻודֶּה לְתַלְמִיד, מְנֻודֶּה לְתַלְמִיד — אֵינוֹ מְנֻודֶּה לָרַב.

Car on avait posé la question : ces trois-là qui ont mis au ban, qu'en est-il que trois autres viennent et le délient ? Viens et entends : celui qui est mis au ban à l'égard du maître est mis au ban à l'égard du disciple ; celui qui est mis au ban à l'égard du disciple n'est pas mis au ban à l'égard du maître.

💡 Explication

La question était déjà posée dans les écoles, et la guemara y apporte une baraita. Le premier couple compare le maître et le disciple : un ban prononcé par le maître oblige le disciple à s'écarter, tandis qu'un ban prononcé par le disciple laisse le maître libre. Le principe est la différence de rang — le ban vaut vers le bas, il ne remonte pas.

17
מְנֻודֶּה לְעִירוֹ — מְנֻודֶּה לְעִיר אַחֶרֶת, מְנֻודֶּה לְעִיר אַחֶרֶת — אֵינוֹ מְנֻודֶּה לְעִירוֹ. מְנֻודֶּה לְנָשִׂיא — מְנֻודֶּה לְכָל יִשְׂרָאֵל, מְנֻודֶּה לְכָל יִשְׂרָאֵל — אֵינוֹ מְנֻודֶּה לְנָשִׂיא. רַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל אוֹמֵר: אֶחָד מִן הַתַּלְמִידִים שֶׁנִּידָּה וָמֵת — חֶלְקוֹ אֵינוֹ מוּפָר.

Mis au ban à l'égard de sa ville — mis au ban à l'égard d'une autre ville ; mis au ban à l'égard d'une autre ville — pas mis au ban à l'égard de sa ville. Mis au ban à l'égard du nassi — mis au ban à l'égard de tout Israël ; mis au ban à l'égard de tout Israël — pas mis au ban à l'égard du nassi.

Rabban Chimon ben Gamliel dit : l'un des disciples qui a prononcé un ban et qui est mort — sa part n'est pas déliée.

💡 Explication

Deux autres couples suivent la même asymétrie : la ville de l'intéressé l'emporte sur une ville étrangère, et le nassi l'emporte sur l'ensemble du peuple. Puis Rabban Chimon ben Gamliel ajoute une clause d'un autre ordre : quand plusieurs juges ont prononcé le ban ensemble, chacun n'en détient qu'une part, et la part de celui qui meurt reste liée.

🖼️ Schéma
La baraita des trois asymétries : le ban descend, il ne monte pasLe ban prononcé par le plus grand oblige le plus petit ; l'inverse est sans effetLe maître (rav)Le disciple (talmid)son ban vaut icison ban ne vaut pas laSa propre villeUne autre villeson ban vaut icison ban ne vaut pas laLe nassiTout Israëlson ban vaut icison ban ne vaut pas la
Les trois couples de la baraita : le ban descend, il ne remonte pas.
18
שְׁמַע מִינָּה תְּלָת: שְׁמַע מִינַּהּ תַּלְמִיד שֶׁנִּידָּה לִכְבוֹדוֹ — נִידּוּיוֹ נִידּוּי, וּשְׁמַע מִינַּהּ כָּל אֶחָד וְאֶחָד מֵיפֵר חֶלְקוֹ, וּשְׁמַע מִינַּהּ הָנֵי בֵּי תְלָתָא דְּשַׁמִּיתוּ, לָא אָתוּ תְּלָתָא אַחֲרִינֵי וְשָׁרוּ לֵיהּ.

Apprends-en trois choses : apprends-en qu'un disciple qui a prononcé un ban pour son honneur — son nidouï est un nidouï ; apprends-en que chacun délie sa part ; et apprends-en que ces trois-là qui ont mis au ban, trois autres ne viennent pas le délier.

📜 Rachi (3)
שֶׁנִּידָּה לִכְבוֹדוֹ וְלֹא לְשֵׁם שָׁמַיִם אֶלָּא שֶׁהִתְרִיז נֶגְדּוֹ וַדַּאי כֵּיוָן דְּתָנֵי אֵין מְנֻודֶּה לָרַב וַדַּאי לֹא נִידָּה אֶלָּא בִּשְׁבִיל כְּבוֹדוֹ דְּאִי בְּמִילֵּי דְּאִיסּוּרָא הָוֵי כְּמִי שֶׁמְּנֻודֶּה לְרַב דְּאֵין חָכְמָה וְאֵין עֵצָה וְגוֹ' (מִשְׁלֵי כ״א:ל׳) וְקָתָנֵי אֵין מְנֻודֶּה לָרַב אֲבָל לְכֻולֵּי עָלְמָא מְנֻודֶּה:
Et non pour le Ciel, mais parce que l'autre s'est emporté contre lui. Assurément : puisqu'il est enseigné qu'il n'est pas mis au ban à l'égard du maître, c'est qu'il ne l'a mis au ban que pour son propre honneur ; car s'il s'agissait d'une affaire d'interdit, il serait comme mis au ban à l'égard du maître aussi, selon « il n'est ni sagesse, ni intelligence, ni conseil devant Hachem ». Or il est enseigné qu'il n'est pas mis au ban à l'égard du maître, mais qu'il l'est à l'égard de tous les autres.
כָּל אֶחָד מֵיפֵר חֶלְקוֹ מִדְּקָתָנֵי חֶלְקוֹ אֵינוֹ מוּפָר:
Puisqu'il est enseigné : sa part n'est pas déliée.
לָא אָתוּ אַחֲרֵינִי וְשָׁרוּ מִדְּקָתָנֵי חֶלְקוֹ אֵינוֹ מוּפָר לְעוֹלָם אַפֵּי' שָׁרוּ לֵיהּ אַחֲרֵינִי:
Puisqu'il est enseigné que sa part n'est jamais déliée, même si d'autres l'ont délié.
💡 Explication

La guemara extrait trois règles de la même baraita. D'abord, le ban d'un disciple offensé vaut pour tous sauf pour son maître : le texte n'en aurait pas exempté le maître s'il s'était agi d'une faute religieuse, car devant une faute nul rang ne protège. Ensuite, chaque juge délie sa propre part, comme le montre l'expression « sa part ». Enfin, la difficulté posée par la mort d'un juge suppose que d'autres ne peuvent pas délier à sa place — ce qui répond à la question du segment 15 dans le sens d'Abaye.

🖼️ Schéma
Les trois chemaa mina tirées de la même baraita1Le ban d'un disciple pour son honneur est validepuisque la baraita le dit sans effet sur le maître seulement2Chacun délie sa propre partpuisqu'elle parle de sa part à lui3Trois autres ne peuvent pas déliersinon la part du défunt serait déliée par eux
Les trois déductions et leur appui dans le texte de la baraita.
19
אָמַר אֲמֵימַר: הִלְכְתָא, הָנֵי בֵּי תְלָתָא דְּשַׁמִּיתוּ — אָתוּ בֵּי תְּלָתָא אַחֲרִינֵי וְשָׁרוּ לֵיהּ. אֲמַר לֵיהּ רַב אָשֵׁי לְאַמֵּימָר: וְהָא תַּנְיָא, רַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל אוֹמֵר: אֶחָד מִן הַתַּלְמִידִים שֶׁנִּידָּה וָמֵת — חֶלְקוֹ אֵינוֹ מוּפָר. מַאי לַָאו, אֵינוֹ מוּפָר כְּלָל! לֹא, עַד דְּאָתוּ בֵּי תְּלָתָא אַחֲרִינֵי וְשָׁרוּ לֵיהּ.

Ameimar dit : la halakha est que ces trois-là qui ont mis au ban — trois autres viennent et le délient. Rav Achi dit à Ameimar : mais il est enseigné, Rabban Chimon ben Gamliel dit : l'un des disciples qui a prononcé un ban et qui est mort — sa part n'est pas déliée.

Cela ne veut-il pas dire qu'elle n'est pas déliée du tout ? Non : elle n'est pas déliée jusqu'à ce que trois autres viennent et le délient.

💡 Explication

Ameimar tranche la halakha contre la troisième déduction du segment 17 : trois autres peuvent délier. Rav Achi lui oppose la clause de Rabban Chimon ben Gamliel, et Ameimar la relit : « sa part n'est pas déliée » indique que la mort du juge laisse la part liée tant que personne n'intervient, sans exclure que trois autres viennent le faire. La conclusion pratique du folio suit donc Ameimar.

20
תָּנוּ רַבָּנַן: אֵין נִידּוּי פָּחוֹת מִשְּׁלֹשִׁים יוֹם, וְאֵין נְזִיפָה פָּחוֹת מִשִּׁבְעָה יָמִים. וְאַף עַל פִּי שֶׁאֵין רְאָיָה לַדָּבָר, זֵכֶר לַדָּבָר, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְאָבִיהָ יָרֹק יָרַק בְּפָנֶיהָ הֲלֹא תִכָּלֵם שִׁבְעַת יָמִים״.

Nos maîtres ont enseigné : il n'y a pas de nidouï de moins de trente jours, et pas de nezifa (réprimande) de moins de sept jours. Et bien qu'il n'y ait pas de preuve à la chose, il y a un rappel à la chose, ainsi qu'il est dit : « si son père lui avait craché au visage, ne serait-elle pas confuse sept jours ? ».

📜 Rachi (1)
נְזִיפָה גְּעָרָה כְּדִלְקַמָּן:
Une réprimande, comme il est dit plus loin.
💡 Explication

Une baraita fixe les deux durées minimales. Le nidouï tient trente jours, la nezifa sept. La nezifa est une sanction plus légère : une réprimande publique du maître, qui oblige l'homme à se retirer un temps sans l'exclure de la communauté. Le verset de Bamidbar 12,14, sur Myriam, ne sert que d'appui allusif — la guemara le dit elle-même en distinguant la raaya, la preuve, du zekher, le rappel.

21
אָמַר רַב חִסְדָּא: נִידּוּי שֶׁלָּנוּ כִּנְזִיפָה שֶׁלָּהֶן, וּנְזִיפָה דִּידְהוּ שִׁבְעָה וְתוּ לָא. וְהָא רַבִּי שִׁמְעוֹן בַּר רַבִּי וּבַר קַפָּרָא הֲווֹ יָתְבִי וְקָא גָרְסִי, קַשְׁיָא לְהוּ שְׁמַעְתָּא, אֲמַר לֵיהּ רַבִּי שִׁמְעוֹן לְבַר קַפָּרָא: דָּבָר זֶה צָרִיךְ רַבִּי. אֲמַר לֵיהּ בַּר קַפָּרָא לְרַבִּי שִׁמְעוֹן: וּמָה רַבִּי אוֹמֵר בְּדָבָר זֶה?

Rav 'Hisda dit : notre nidouï vaut leur nezifa, et leur nezifa est de sept jours, pas davantage. Mais Rabbi Chimon fils de Rabbi et bar Kappara étaient assis à étudier, et une chemaata leur fit difficulté.

Rabbi Chimon dit à bar Kappara : cette chose a besoin de Rabbi. Bar Kappara dit à Rabbi Chimon : et que dirait Rabbi sur cette chose ?

📜 Rachi (4)
נִדּוּי שֶׁלָּנוּ בְּנֵי בָּבֶל:
Nous, les gens de Babylonie.
כִּנְזִיפָה שֶׁלָּהֶן אֶרֶץ יִשְׂרָאֵל:
Celle des gens d'Erets Israël.
צָרִיךְ רַבִּי רַבִּי אַבֹּוהַּ דר"ש הֲוָה:
Rabbi était le père de Rabbi Chimon.
מָה רַבִּי אוֹמֵר בְּדָבָר זֶה אֵין רַבִּי בָּעוֹלָם הַיּוֹדֵעַ דָּבָר זֶה:
Il n'y a pas au monde de maître qui sache cette chose.
💡 Explication

Rav 'Hisda compare les deux pays : le ban prononcé en Babylonie, où les maîtres ne sont pas ordonnés, pèse autant que la simple réprimande d'un maître d'Erets Israël. Puis la guemara oppose un récit à la seconde moitié de son propos. Les deux jeunes hommes butent sur un enseignement ; Rabbi Chimon propose d'en référer à son père, et bar Kappara répond par une phrase qui met en doute que Rabbi ait quelque chose à en dire.

22
אֲזַל אֲמַר לֵיהּ לַאֲבוּהּ, אֶיקְפֹּד. אֲתָא בַּר קַפָּרָא לְאִיתְחֲזוֹיֵי לֵיהּ, אֲמַר לֵיהּ: בַּר קַפָּרָא, אֵינִי מַכִּירְךָ מֵעוֹלָם! יְדַע דִּנְקַט מִילְּתָא בְּדַעְתֵּיהּ, נְהַג נְזִיפוּתָא בְּנַפְשֵׁיהּ תְּלָתִין יוֹמִין.

Il alla le rapporter à son père, qui s'en irrita. Bar Kappara vint se présenter devant lui.

Il lui dit : bar Kappara, je ne t'ai jamais connu. Il comprit que Rabbi avait pris la chose à cœur, et s'imposa à lui-même la conduite de la nezifa trente jours.

📜 Rachi (3)
א"ל לְאַבּוֹהּ לְפִי תֻּומּוֹ וְלָאו מִשּׁוּם לִישָּׁנָא בִישָׁא:
En toute innocence, sans intention de lachon hara.
לְאִיתְחֲזוֹיֵי לֵיהּ לְבַקֵּר אֶת רַבִּי שֶׁהָיָה חוֹלֶה שֶׁקִּבֵּל עָלָיו יִסּוּרִין:
Pour visiter Rabbi, qui était malade, ayant accepté sur lui des souffrances.
אֲמַר לֵיהּ בַּר קַפָּרָא אֵינִי מַכִּירְךָ רָמַז לוֹ שֶׁאֵינוֹ רוֹצֶה לִרְאוֹתוֹ:
Il lui fit entendre qu'il ne voulait pas le voir.
💡 Explication

Le récit répond à la difficulté. Si la nezifa d'Erets Israël ne durait que sept jours, bar Kappara ne s'en serait pas imposé trente. La phrase de Rabbi — « je ne t'ai jamais connu » — est une réprimande voilée, que Rachi explique comme un refus de le voir ; bar Kappara en tire lui-même les conséquences sans qu'aucune sentence soit prononcée. La résolution de la difficulté viendra au folio suivant.

🖼️ Schéma
Les durées et la difficulté de bar KapparaNidouïtrente jours au moinsNezifasept jours au moinsNidouï de Babylonievaut leur nezifaDifficulté : Rav Hisda limite leur nezifa à sept joursor bar Kappara, repris par Rabbi, s'en imposa trente
Les durées en présence et la difficulté posée par la conduite de bar Kappara.
23
שׁוּב פַּעַם אֶחָד גָּזַר רַבִּי שֶׁלֹּא יִשְׁנוּ לַתַּלְמִידִים בַּשּׁוּק, מַאי דְרַשׁ — ״חַמּוּקֵי יְרֵכַיִךְ כְּמוֹ חֲלָאִים״. מַה יֶרֶךְ בַּסֵּתֶר,

Une autre fois encore, Rabbi décréta qu'on n'enseigne pas aux disciples sur la place publique. Qu'a-t-il exposé ?

« les courbes de tes cuisses sont comme des joyaux ». De même que la cuisse est cachée,

📜 Rachi (1)
חַמּוּקֵי יַרְכִיךְ כְּמוֹ חָמַק עָבַר (שִׁיר ה):
Comme dans « 'hamak avar » (Chir hachirim 5,6) : il s'est dérobé et a passé.
💡 Explication

Un second récit sur Rabbi s'ouvre ici et se poursuit au folio suivant. Le décret interdit l'enseignement au marché, au profit du beth hamidrach. L'appui est un verset du Chir hachirim, lu selon la méthode allusive : le mot 'hamoukei, rapproché par Rachi de la racine du verbe « se dérober », désigne ce qui est couvert, et la Torah doit rester à l'abri des regards comme la cuisse sous le vêtement. La phrase reste inachevée à la dernière ligne du folio.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).