Moed_Katan 17à — Le ban prononcé pour son propre honneur, le talmid hakham qui a mal agi, et la force propre du herem

Moed_Katan 17a

Sougya : Le folio poursuit l'étude du nidouy (ban, excommunication) en déplaçant la question vers celui qui le prononcé. Une baraita établit que le ban d'un disciple vaut envers tout le monde sauf envers son maître, et la guemara en déduit qu'il s'agit du ban prononcé pour l'honneur personnel du disciple ; Rav Yossef ajoute qu'un érudit se fait justice à lui-même quand la chose est certaine pour lui.

Vient ensuite le long récit de l'érudit de mauvaise réputation excommunié par Rav Yehouda, à qui l'on refuse la levée du ban après la mort de Rav Yehouda, et qui finit enseveli dans la grotte des jugés au nom de la règle de Rabbi Ilai. Trois récits plus courts — la servante de la maison de Rabbi, le verger de Rech Lakich, et le ban dont on ignore l'auteur — précisent qui peut excommunier et à quelles conditions.

La dernière partie du folio traité du talmid 'hakham fautif, que Rav Houna et Rech Lakich ménagent chacun à leur manière, puis de la force propre du ban : son étymologie chez Rav et chez Chmouel, les deux cent quarante-huit membres selon Rech Lakich, et deux récits de Rav Yossef sur son efficacité.

Le ban prononcé par un disciple : pour quel motif ? baraita : le ban du disciple ne vaut pas envers son maître hypothèse 1 : il à excommunié pour une affaire du Ciel, une faute hypothèse 2 : il à excommunié pour son propre honneur le maître aussi serait alors tenu : ni sagesse ni conseil devant Hachem hypothèse écartée le ban vaut envers tout le monde, le maître seul en est exempte lecture retenue Rav Yossef : un érudit se fait justice à lui-même dans une affaire tranchée, sans passer par le tribunal
La lecture de la baraita d ouverture : le ban du disciple vaut envers tous sauf envers son maître, ce qui oblige à le rapporter à son honneur personnel.
Le récit de l'érudit de mauvaise réputation, du ban au tombeau 1. le dilemme un érudit à mauvaise réputation ; les Sages ont besoin de lui, mais le Nom est profane 2. la réponse Rabba bar bar Hana cité R. Yo'hanan : si le maître ressemble à un ange, que l'on cherche la Torah chez lui 3. le ban Rav Yehouda prononcé le nidouy contre lui 4. le rire Rav Yehouda malade rit : il part serein pour n'avoir flatté personne 5. la demande Rav Yehouda meurt ; l'excommunié demande la levée du ban 6. l'examen R. Yehouda Nessia charge R. Ami d'examiner le cas ; celui-ci penche pour la levée 7. le refus R. Chmouel bar Nahmani : à plus forte raison ; R. Zera y lit un signe 8. la fin la guêpe ; la grotte des hassidim le refuse, celle des jugés l'accueille pourquoi les jugés l'accueillent : il avait agi comme Rabbi Ilai — sa faute est restée privée, sans profanation publique du Nom
Le récit central du folio, du dilemme de Rav Yehouda à l ensevelissement de l excommunié dans la grotte des jugés.
Le talmid 'hakham qui a mal agi : quatre manière de le sanctionner Rav Houna, Oucha Rech Lakich Mar Zoutra le hassid Rav Papa, en Occident un av beit din fautif n'est pas excommunié ; on lui dit seulement : garde ton honneur et reste chez toi un talmid 'hakham fautif n'est jamais excommunié en public : couvre-le comme la nuit (Hochea 4,5) il s'excommunié d'abord lui-même, puis l'excommunié ; à son logis il se délie d'abord, puis le délie Rav Papa n'a jamais excommunié un érudit ; en Terre d'Israël on vote les coups (nagda) et jamais le ban récidivé : on l'excommunié divergence avec Rav Houna motif : l'honneur de l'érudit vise les coups lui valent mieux que le ban le principe commun : la profanation du Nom décide, dans un sens comme dans l'autre
Les quatre manières de sanctionner un érudit sans profaner le Nom : Rav Houna, Rech Lakich, Mar Zoutra et Rav Papa.
1
תַּלְמִיד שֶׁנִּידָּה לִכְבוֹדוֹ — נִדּוּיוֹ נִידּוּי, דְּתַנְיָא: מְנֻודֶּה לָרַב — מְנֻודֶּה לְתַלְמִיד, מְנֻודֶּה לְתַלְמִיד — אֵינוֹ מְנֻודֶּה לָרַב. לָרַב הוּא דְּאֵינוֹ מְנֻודֶּה, הָא לְכֻולֵּי עָלְמָא — מְנֻודֶּה.

Un disciple qui a prononcé le ban pour son propre honneur — son ban est un ban, car il à été enseigné : celui qui est excommunié par le maître est excommunié à l'égard du disciple ; celui qui est excommunié par le disciple n'est pas excommunié à l'égard du maître. C'est à l'égard du maître qu'il n'est pas excommunié, d'où il ressort qu'à l'égard de tout le monde il est excommunié.

📜 Rachi (1)
תַּלְמִיד חָכָם שֶׁנִּידָּה לִכְבוֹדוֹ כְּבָר פֵּירַשְׁתִּי לְמַעְלָה:
J'ai déjà expliqué cela plus haut.
💡 Explication

Le folio s'ouvre sur la validité d'un nidouy (ban, excommunication) prononcé par un disciple. La baraita citée pose une dissymetrie : le ban du maître lié le disciple, alors que le ban du disciple ne lié pas le maître.

La guemara en tire un diyouk (déduction par implication) : si la baraita prend la peine de dire que le maître seul en est exempte, c'est que tous les autres restent tenus. Le ban du disciple produit donc bien ses effets, sauf envers celui dont il apprend la Torah.

2
לְמַאי? אִי בְּמִילֵּי דִּשְׁמַיָּא — ״אֵין חָכְמָה וְאֵין תְּבוּנָה וְאֵין עֵצָה לְנֶגֶד ה׳״! אֶלָּא לָאו, לִכְבוֹד עַצְמוֹ.

Pour quel motif ? Si c'est pour une affaire du Ciel — « il n'est ni sagesse, ni intelligence, ni conseil devant Hachem » !

Il faut donc dire : pour son propre honneur.

💡 Explication

La guemara demande pour quelle faute le disciple à prononcé le ban. Si l'homme à été excommunié pour une affaire du Ciel, une transgression réelle, le verset de Proverbes 21,30 devrait s'appliquer : devant une atteinte à l'honneur du Ciel, aucun rang ne tient, et le maître lui-même serait tenu par le ban.

Puisque la baraita exempte le maître, il reste à dire que le disciple à excommunié pour son propre honneur. Cette conclusion fondé la règle énoncée au début du folio.

3
אָמַר רַב יוֹסֵף: צֻורְבָּא מֵרַבָּנַן עָבֵיד דִּינָא לְנַפְשֵׁיהּ בְּמִילְּתָא דִּפְסִיקָא לֵיהּ.

Rav Yossef à dit : un tsourba merabanan (jeune érudit) se fait justice à lui-même dans une affaire qui est tranchée pour lui.

📜 Rachi (2)
עֲבִיד (אִינִישׁ) דִּינָא לְנַפְשֵׁיהּ דְּאָמַר לֵיהּ אַתְּ מְחַייֶּבֶת לִי הָכִי וְהָכִי:
Il lui dit : tu me dois telle et telle somme.
דִּפְסִיקָא לֵיהּ שֶׁוַּדַּאי הוּא לוֹ וְלֹא סָפֵק:
Ce qui est certain pour lui, et non douteux.
💡 Explication

Avid dina lenafcheh désigne le fait de prendre soi-même ce qui nous revient, sans passer par le beit din. Rav Yossef accorde cette latitude à l'érudit, à une condition précise que Rachi souligne : la chose doit être pessika leh, certaine pour lui et non douteuse.

Appliqué au sujet du folio, cela signifie qu'un érudit atteint dans son honneur peut prononcer le ban de sa propre autorité, sans faire juger l'affaire par un tribunal.

4
הָהוּא צֻורְבָּא מֵרַבָּנַן דַּהֲווֹ סְנוּ שֻׁומְעָנֵיהּ, אָמַר רַב יְהוּדָה: הֵיכִי לֶיעֱבֵיד? לְשַׁמְּתֵיהּ — צְרִיכִי לֵיהּ רַבָּנָן, לֹא לְשַׁמְּתֵיהּ — קָא מִיתְּחִיל שְׁמָא דִשְׁמַיָּא.

Un certain tsourba merabanan avait mauvaise réputation. Rav Yehouda dit : comment faire ?

L'excommunier — les Sages ont besoin de lui ; ne pas l'excommunier — le Nom du Ciel se trouve profane.

📜 Rachi (2)
סָנוּ שֻׁומְעָנֵיהּ שֶׁיּוֹצְאִין עָלָיו שְׁמוּעוֹת רָעוֹת:
Dès rumeurs mauvaises couraient sur lui.
צְרִיכִי לֵיהּ רַבָּנָן דְּאַתְרֵיהּ דַּהֲוָה רַבְּהוֹן:
Car il était leur maître dans sa localite.
💡 Explication

Sanou choumaneh signifie que de mauvaises rumeurs couraient sur lui. Rav Yehouda se trouve devant deux exigences opposées : l'utilité d'un maître dont la region entière dépend, et la profanation du Nom que produit l'impunite apparente d'un érudit fautif.

5
אֲמַר לֵיהּ לְרַבָּה בַּר בַּר חָנָה: מִידֵּי שְׁמִיעַ לָךְ בְּהָא? אֲמַר לֵיהּ, הָכִי אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: מַאי דִכְתִיב: ״כִּי שִׂפְתֵי כֹהֵן יִשְׁמְרוּ דַעַת וְתוֹרָה יְבַקְשׁוּ מִפִּיהוּ כִּי מַלְאַךְ ה׳ צְבָאוֹת הוּא״. אִם דּוֹמֶה הָרַב לְמַלְאַךְ ה׳ — יְבַקְּשׁוּ תּוֹרָה מִפִּיו, וְאִם לָאו — אַל יְבַקְּשׁוּ תּוֹרָה מִפִּיו.

Il dit à Rabba bar bar Hana : as-tu entendu quelque chose sur ce point ? Il lui répondit : ainsi à dit Rabbi Yo'hanan — que signifie le verset « car les lèvres du kohen gardent la connaissance, et c'est de sa bouche que l'on recherche la Torah, car il est un messager de Hachem Tsevaot » ?

Si le maître ressemble à un messager de Hachem, que l'on recherche la Torah de sa bouche ; sinon, que l'on ne recherche pas la Torah de sa bouche.

📜 Rachi (1)
וְאִם לָאו אַל יְבַקְּשׁוּ תּוֹרָה הוֹאִיל וּסְנוּ שֻׁומְעָנֵיהּ הָא דִּצְרִיכִי לֵיהּ רַבָּנָן לָאו כְּלוּם הוּא דְּמוּטָב דְּלָא יָלְפִי מִינֵּיהּ:
Puisque sa réputation est mauvaise, le fait que les Sages aient besoin de lui ne compte pour rien, car il vaut mieux qu'ils n'apprennent pas de lui.
💡 Explication

Rabba bar bar Hana répond par un enseignement de Rabbi Yo'hanan sur Malachie 2,7. Le verset conditionne l'enseignement à la personne du maître : le mot malakh (messager, ange) devient le critère. Le besoin que les Sages ont de cet érudit tombe donc de lui-même, puisque sa conduite le disqualifie comme source d'enseignement.

6
שַׁמְּתֵיהּ רַב יְהוּדָה. לְסוֹף אִיחֲלַשׁ רַב יְהוּדָה. אֲתוֹ רַבָּנַן לְשַׁיּוֹלֵי בֵּיהּ וַאֲתָא אִיהוּ נָמֵי בַּהֲדַיְיהוּ, כַּד חַזְייֵהּ רַב יְהוּדָה, חַיֶּיךָ.

Rav Yehouda l'excommunia. À la fin, Rav Yehouda tomba malade.

Les Sages vinrent prendre de ses nouvelles, et lui aussi vint avec eux. Quand Rav Yehouda le vit, il rit.

📜 Rachi (1)
אֲתָא אִיהוּ הַאי מְנֻודֶּה נָמֵי בַּהֲדַיְיהוּ:
Cet excommunié vint lui aussi avec eux.
7
אֲמַר לֵיהּ: לָא מִסָּתְיֵיהּ דְּשַׁמְּתֵיהּ לְהָהוּא גַּבְרָא, אֶלָּא אַחוֹכֵי נָמֵי חַיֵּיךְ בִּי?! אֲמַר לֵיהּ: לָאו בְּדִידָךְ מְחַיֵּיכְנָא, אֶלָּא דְּכִי אָזֵילְנָא לְהָהוּא עָלְמָא בְּדִיחָא דַּעְתַּאי, דַּאֲפִילּוּ לְגַבְרָא כְּוָותָךְ לָא חַנֵּיפִי לֵיהּ.

Il lui dit : ne te suffit-il pas d'avoir excommunié cet homme, faut-il encore que tu ries de moi ? Il lui répondit : je ne ris pas de toi ; je ris parce que je pars vers ce monde-la l'esprit serein, n'ayant pas flatté même un homme de ton rang.

💡 Explication

Le rire de Rav Yehouda porte sur sa propre conduite. Il quitte ce monde avec la certitude de n'avoir pas pratique la hanoupa (flatterie, complaisance envers un puissant), même devant un érudit dont la communauté dépendait. Le récit répond ainsi au dilemme du segment 3 : l'exigence de vérité à prévalu sur l'utilité.

8
נָח נַפְשֵׁיהּ דְּרַב יְהוּדָה. אֲתָא לְבֵי מִדְרְשָׁא, אֲמַר לְהוּ: שָׁרוּ לִי! אָמְרוּ לֵיהּ רַבָּנָן: גַּבְרָא דַּחֲשִׁיב כְּרַב יְהוּדָה לֵיכָּא הָכָא דְּלִישְׁרֵי לָךְ, אֶלָּא זִיל לְגַבֵּיהּ דְּרַבִּי יְהוּדָה נְשִׂיאָה דְּלִישְׁרֵי לָךְ. אָזַל לְקַמֵּיהּ, אֲמַר לֵיהּ לְרַבִּי אַמֵּי: פּוּק עַיֵּין בְּדִינֵיהּ, אִי מִיבְּעֵי לְמִישְׁרֵא לֵיהּ — שָׁרִי לֵיהּ.

Rav Yehouda mourut. Il vint à la maison d'étude et leur dit : levez-moi le ban !

Les Sages lui dirent : il n'y a ici aucun homme du rang de Rav Yehouda qui puisse te le lever ; va donc auprès de Rabbi Yehouda Nessia, qu'il te le lève. Il alla devant lui.

Celui-ci dit à Rabbi Ami : sors examiner son cas ; s'il convient de le lui lever, lève-le.

💡 Explication

La levée d'un ban demande en principe une autorité de rang comparable à celle qui l'a prononcé. Les Sages de Babylonie renvoient donc l'homme au Nassi de Terre d'Israël, Rabbi Yehouda Nessia, seule autorité disponible d'un tel rang. Celui-ci délègue l'examen du dossier à Rabbi Ami.

9
עַייֵּן רַבִּי אַמֵּי בְּדִינֵיהּ, סָבַר לְמִישְׁרֵא לֵיהּ. עָמַד רַבִּי שְׁמוּאֵל בַּר נַחְמָנִי עַל רַגְלָיו וְאָמַר: וּמַה שִׁפְחָה שֶׁל בֵּית רַבִּי לֹא נָהֲגוּ חֲכָמִים קַלּוּת רֹאשׁ בְּנִידּוּיָהּ שָׁלֹשׁ שָׁנִים, יְהוּדָה חֲבֵירֵינוּ עַל אַחַת כַּמָּה וְכַמָּה.

Rabbi Ami examina son cas et pensa le lui lever. Rabbi Chmouel bar Nahmani se dressa sur ses pieds et dit : si, pour la servante de la maison de Rabbi, les Sages n'ont pas traité son ban à la légère durant trois ans, à plus forte raison pour Yehouda notre collègue.

💡 Explication

L'argument est un kal va-homer (raisonnement à fortiori) : si un ban prononcé par une servante a été respecté trois années durant, celui d'un maître comme Rav Yehouda pèse davantage encore. Le récit de cette servante sera rapporté plus bas, au segment 12.

10
אָמַר רַבִּי זֵירָא: מַאי דְּקַמַּן דַּאֲתָא הָאִידָּנָא הַאי סָבָא בְּבֵי מִדְרְשָׁא, דְּהָא כַּמָּה שְׁנֵי לָא אֲתָא, שְׁמַע מִינַּהּ לָא מִיבְּעֵי לְמִישְׁרֵא לֵיהּ. לָא שְׁרָא לֵיהּ, נְפַק כִּי קָא בָכֵי וְאָזֵיל,

Rabbi Zera dit : que se passe-t-il donc devant nous, que ce vieux sage soit venu aujourd'hui à la maison d'étude, alors que depuis plusieurs années il n'était pas venu ? Apprends-en qu'il ne convient pas de le lui lever.

Il ne le lui leva pas. Il sortit en pleurant,

📜 Rachi (2)
מַאי דְּקָמִן כְּלוֹמַר הֵיכִי מִתְרַמֵּי דְּעַל הַאי סָבָא ר' שְׁמוּאֵל בַּר נַחְמָנִי הָאִידָּנָא לְבֵית הַמִּדְרָשׁ:
C'est-à-dire : comment se fait-il que ce vieux sage, Rabbi Chmouel bar Nahmani, soit entré aujourd'hui à la maison d'étude ?
שְׁמַע מִינָּה דִּלְהָכִי אִיתְרַמִּי דַּאֲתָא הָאִידָּנָא לְבֵי מִדְרְשָׁא דְּלָאו מַזָּלֵיהּ הוּא דְּלִישְׁרֵי לֵיהּ:
S'il s'est trouvé qu'il vienne aujourd'hui à la maison d'étude, c'est pour cela : son mazal ne veut pas qu'on lui lève le ban.
💡 Explication

Rabbi Zera lit dans la venue inattendue de Rabbi Chmouel bar Nahmani un signe adressé au tribunal. Rachi formule la conclusion en termes de mazal : le sort de cet homme ne veut pas qu'on lui lève le ban.

11
אֲתָא זִיבּוּרָא וְטַרְקֵיהּ אַאַמְּתֵיהּ וּשְׁכֵיב. עַייְּלוּהּ לִמְעָרְתָּא דַּחֲסִידֵי וְלָא קַיבְּלוּהּ, עַייְּלוּהּ לִמְעָרְתָּא דְּדַיָּינֵי וְקַיבְּלוּהּ.

une guêpe vint, le piqua au membre, et il mourut. On le porta dans la grotte des hommes pieux et elle ne le reçut pas ; on le porta dans la grotte des juges et elle le reçut.

📜 Rachi (3)
וְטַרְקֵיהּ אַאַמְתֵיהּ נְשָׁכוֹ לַמְנֻודֶּה בְּאַמָּתוֹ:
Elle piqua l'excommunié à son membre.
וְלֹא קִבְּלוּהוּ דְּהָדְרָא עַכְנָא לִמְעָרְתָּא וְלֹא פָּתְחָה פִּיהָ:
Un serpent entoura la grotte et elle n'ouvrit pas sa bouche.
דַּייָּנֵי רָאשֵׁי ב"ד וַחֲסִידִים עֲדִיפֵי מִינַּייְהוּ:
Les chefs de beit din ; et les hassidim leur sont supérieurs.
🗂️ Tossefot (2)
וְטַרְקֵיהּ. נְשָׁכוֹ אַאַמָּתוֹ וְיֵשׁ מְפָרְשִׁים מִדָּה כְּנֶגֶד מִדָּה מִשּׁוּם דְּנֶחְשַׁד בִּזְנוּת:
« Et elle le piqua. » Elle le piqua à son membre. Certains expliquent : mesure pour mesure, parce qu'il était soupçonné de débauche.
וְלֹא קִיבְּלוּהוּ. דְּהָדְרָא לֵיהּ עַכְנָא:
« Et elle ne le reçut pas. » Car un serpent l'entoura.
💡 Explication

La mort suit immédiatement le refus de la levée. Rachi précise que la grotte des hassidim le refusa par un serpent enroulé à l'entrée, qui n'ouvrait pas la bouche du tombeau. Rachi ajoute que les dayanim désignent les chefs de tribunal, et que les hassidim leur sont supérieurs en rang : l'homme trouve donc place à un degré moindre.

Tossefot rapporte une lecture mesure pour mesure de la piqûre, en rapport avec le soupçon de débauche qui pesait sur lui.

12
מַאי טַעְמָא? דַּעֲבַד כְּרַבִּי אִילְעַאי. דְּתַנְיָא, רַבִּי אִילְעַאי אוֹמֵר: אִם רוֹאֶה אָדָם שֶׁיִּצְרוֹ מִתְגַּבֵּר עָלָיו — יֵלֵךְ לְמָקוֹם שֶׁאֵין מַכִּירִין אוֹתוֹ, וְיִלְבַּשׁ שְׁחוֹרִים וְיִתְעַטֵּף שְׁחוֹרִים, וְיַעֲשֶׂה מַה שֶּׁלִּבּוֹ חָפֵץ, וְאַל יְחַלֵּל שֵׁם שָׁמַיִם בְּפַרְהֶסְיָא.

Quelle en est la raison ? Parce qu'il avait agi comme Rabbi Ilaï.

Car il a été enseigné : Rabbi Ilaï dit — si un homme voit que son penchant le domine, qu'il aille dans un lieu où on ne le connaît pas, qu'il revête du noir et s'enveloppe de noir, et qu'il fasse ce que son cœur désire ; et qu'il ne profane pas le Nom du Ciel en public.

📜 Rachi (3)
מַאי טַעְמָא קִבְּלוּהוּ:
Pourquoi l'ont-ils reçu ?
דַּעֲבַד כְּרַבִּי אִילְעַאי וְכוּ' בְּהָנֵי שְׁמוּעוֹת רָעוֹת:
Dans ces rumeurs mauvaises.
מַה שֶּׁלִּבּוֹ חָפֵץ עֲבֵירָה וְהוֹאִיל וְאֵין מַכִּירִין אוֹתוֹ שָׁם לֵיכָּא חִלּוּל הַשֵּׁם וְאָמַר לָן רַבִּי מִשּׁוּם רַב הַאי גָּאוֹן וְיַעֲשֶׂה מַה שֶּׁלִּבּוֹ חָפֵץ רוֹצֶה לוֹמַר דְּוַדַּאי כֵּיוָן שֶׁלָּבוּשׁ שְׁחֹורִים וְכוּ' אֲנִי עָרֵב בְּדָבָר שֶׁאֵינוֹ חָפֵץ מִכָּאן וְאֵילָךְ בַּעֲבֵירָה:
Une transgression. Et puisqu'on ne le connaît pas là-bas, il n'y a pas de profanation du Nom. Notre maître nous a dit au nom de Rav Haï Gaon que « qu'il fasse ce que son cœur désire » veut dire ceci : dès lors qu'il est vêtu de noir et le reste, je me porte garant qu'à partir de là il ne désirera plus la transgression.
🗂️ Tossefot (2)
דְּעָבַר אַדְּרַבִּי אִילְעַאי. וּלְכָךְ לֹא קִיבְּלוּהוּ אע"פ שֶׁהָיָה תַּלְמִיד חָכָם וי"ג דַּעֲבַד כַּר' אִילְעַאי וּמִשּׁוּם הָכִי קִיבְּלוּהוּ דַּיָּינֵי:
« Parce qu'il avait transgressé l'enseignement de Rabbi Ilaï. » Et c'est pourquoi ils ne le reçurent pas, bien qu'il fut un talmid 'hakham. Certains ont la version « parce qu'il avait agi comme Rabbi Ilaï », et c'est pour cela que les juges le reçurent.
אִם רוֹאֶה אָדָם שֶׁיִּצְרוֹ מִתְגַּבֵּר עָלָיו. וְכָתַב ר"ח חַס וְשָׁלוֹם לֹא הֻותַּר לוֹ לַעֲשׂוֹת עֲבֵירָה אֶלָּא ע"י כָּךְ יִכָּנַע לִבּוֹ בפ"ק דְּקִדּוּשִׁין (דַּף מ. וְשָׁם) פֵּירַשְׁתִּי:
« Si un homme voit que son penchant le domine. » Rabbenou Hananel a écrit : à Dieu ne plaise, il ne lui a pas été permis de commettre une transgression ; par ce moyen son cœur se soumettra. Je l'ai expliqué au premier chapitre de Kidouchin (40a).
💡 Explication

La guemara explique l'accueil de la grotte des juges : l'homme s'était conformé à la règle de Rabbi Ilaï, gardant sa faute hors du regard public. La dernière clause porte tout le poids de l'enseignement : la profanation publique du Nom est le point que rien ne rachète.

Les commentateurs écartent d'emblée toute lecture permissive. Rabbenou Hananel, cité par Tossefot, écrit qu'aucune transgression n'est permise ici ; le déplacement et le vêtement noir visent à soumettre le cœur. Rachi transmet au nom de Rav Haï Gaon que ces mesures suffisent à éteindre le désir. Tossefot signale enfin une variante de texte où l'homme transgressa l'enseignement de Rabbi Ilaï, ce qui expliquerait le refus de la première grotte.

🖼️ Schéma
La règle de Rabbi Ilaï : trois mesures quand le penchant domine un homme voit que son yetser le domine aller dans un lieu où nul ne le connaît revêtir du noir et s'en envelopper ne pas profaner le Nom en public Rabbenou Hananel : aucune transgression n'est permise par cette règle ; ces mesures visent à soumettre le cœur. Rav Haï Gaon, cité par Rachi : une fois vêtu de noir et parti au loin, il ne désirera déjà plus la faute.
Les trois mesures de Rabbi Ilaï et la lecture qu'en donnent Rabbenou Hananel et Rav Haï Gaon.
13
שִׁפְחָה שֶׁל בֵּית רַבִּי מַאי הִיא? דְּאַמְּתָא דְּבֵי רַבִּי חֲזֵיתֵיהּ לְהָהוּא גַּבְרָא דַּהֲוָה מָחֵי לִבְנוֹ גָּדוֹל, אָמְרָה: לֶיהֱוֵי הָהוּא גַּבְרָא בְּשַׁמְתָּא, דְּקָעָבַר מִשּׁוּם ״וְלִפְנֵי עִוֵּר לֹא תִתֵּן מִכְשֹׁול״. דְּתַנְיָא: ״וְלִפְנֵי עִוֵּר לֹא תִתֵּן מִכְשֹׁול״ — בְּמַכֶּה לִבְנוֹ גָּדוֹל הַכָּתוּב מְדַבֵּר.

La servante de la maison de Rabbi, de quoi s'agit-il ? La servante de la maison de Rabbi vit un homme qui frappait son fils adulte.

Elle dit : que cet homme soit sous le ban, car il transgresse « tu ne placeras pas d'obstacle devant l'aveugle ». Car il a été enseigné : « tu ne placeras pas d'obstacle devant l'aveugle » — le verset parle de celui qui frappe son fils adulte.

📜 Rachi (1)
דְּקָא עָבַר מִשּׁוּם וְלִפְנֵי עִוֵּר לֹא תִתֵּן מִכְשֹׁול דְּכֵיוָן דְּגָדוֹל הוּא שֶׁמָּא מְבַעֵט בְּאָבִיו וַהֲוָה לֵיהּ אִיהוּ מַכְשִׁילוֹ:
Puisque le fils est adulte, il pourrait se rebiffer contre son père, et le père se trouve être celui qui le fait trébucher.
💡 Explication

La guemara revient sur le récit invoqué par Rabbi Chmouel bar Nahmani. L'interdit de lifné iver (placer un obstacle devant l'aveugle) vise ici celui qui expose autrui à la faute : Rachi explique qu'un fils adulte risque de se rebiffer et de frapper son père, transgression d'une gravité extrême.

Le récit sert de précédent sur le point du folio : le ban prononcé par une servante, sans aucune autorité rabbinique, a été tenu pour valide durant trois années.

14
רֵישׁ לָקִישׁ הֲוָה מְנַטַּר פַּרְדֵּיסָא. אֲתָא הָהוּא גַּבְרָא וְקָאָכֵיל תְּאֵינֵי, רְמָא בֵּיהּ קָלָא וְלָא אַשְׁגַּח בֵּיהּ. אָמַר: לֶיהֱוֵי הָהוּא גַּבְרָא בְּשַׁמְתָּא. אֲמַר לֵיהּ: אַדְּרַבָּה, לֶיהֱוֵי הָהוּא גַּבְרָא בְּשַׁמְתָּא, אִם מָמוֹן נִתְחַיַּיבְתִּי לְךָ, נִידּוּי מִי נִתְחַיַּיבְתִּי לָךְ?

Rech Lakich gardait un verger. Un homme vint et mangeait des figues.

Il éleva la voix vers lui et l'autre n'y prêta pas attention. Il dit : que cet homme soit sous le ban.

L'autre lui dit : au contraire, que cet homme-là soit sous le ban ! Si je me suis rendu redevable envers toi d'un paiement, me suis-je rendu redevable envers toi d'un ban ?

🗂️ Tossefot (1)
נִידּוּי מִי נִתְחַייַּבְתִּי לָךְ. אע"פ שֶׁמְּשַׁמְּתִין בַּעֲבוּר מָמוֹן כִּדְאָמְרִינַן לְעֵיל (מוֹעֵד קָטָן דַּף טז.) הָנֵי מִילֵּי לְמָמוֹנָא י"ל שֶׁהָיָה לוֹ לִקְרוֹתוֹ לב"ד תְּחִילָּה שֶׁמָּא יִפְרַע וְעוֹד דבב"ד נָמֵי צָרִיךְ שֵׁנִי וַחֲמִישִׁי וְשֵׁנִי כִּדְפֵירַשְׁתִּי לְעֵיל וְכִדְמַשְׁמַע בְּפֶרֶק הַגּוֹזֵל בָּתְרָא (בּ"ק דַּף קיג.) וְלָא דָּמֵי לְאִיסּוּרָא (. דְּמַכִּין) לְאַלְתַּר כִּדְאָמַר בְּהַהוּא גַּבְרָא דְּקָאָכַל תַּמְרֵי שֶׁנָּשְׁרוּ בְּשַׁבָּת וְכֵן [רֵישׁ] פֶּרֶק הַדָּר (עֵירוּבִין דַּף סג.) וּבְשֵׁם רַבֵּינוּ תָּם שָׁמַעְתִּי שֶׁהָיוּ רְגִילִין בְּאוֹתוֹ מָקוֹם שֶׁאוֹכְלִין בָּאִילָנוֹת וְנוֹתֵן דָּמִים וְהַשְׁתָּא לֹא הָיוּ עוֹבְרִים עַל הַגֶּזֶל:
« Me suis-je rendu redevable envers toi d'un ban ? » Bien que l'on excommunie pour une affaire d'argent, comme nous l'avons dit plus haut (Moed Katan 16a), cela vaut seulement pour une réclamation d'argent. On peut dire qu'il aurait d'abord dû le convoquer au beit din, car peut-être aurait-il payé ; et de plus, même au beit din, il faut la convocation du lundi, du jeudi et du lundi suivant, comme je l'ai expliqué plus haut et comme il ressort du chapitre HaGozel Batra (Baba Kama 113a). Cela diffère d'une affaire d'interdit, où l'on frappe sur-le-champ, comme il est dit à propos de cet homme qui mangeait des dattes tombées le Chabbat, et de même au début du chapitre HaDar (Erouvin 63a). Au nom de Rabbenou Tam, j'ai entendu qu'en ce lieu l'usage était de manger des fruits des arbres en laissant de l'argent ; dès lors, ces gens ne transgressaient pas l'interdit de vol.
💡 Explication

L'objection du mangeur de figues distingue deux ordres : une dette d'argent se réclame devant un tribunal, et n'autorise pas le gardien à prononcer lui-même un ban. Tossefot développe cette distinction : même au beit din, la procédure exige les convocations du lundi, du jeudi et du lundi suivant, ce qui laisse au débiteur l'occasion de payer.

15
אֲתָא לְבֵי מִדְרְשָׁא, אָמְרוּ לֵיהּ: שֶׁלּוֹ — נִידּוּי, שֶׁלְּךָ — אֵינוֹ נִידּוּי.

Il vint à la maison d'étude. On lui dit : le sien est un ban, le tien n'est pas un ban.

📜 Rachi (1)
שֶׁלְּךָ אֵינוֹ נִידּוּי דְּלָאו בְּדִינָא שַׁמְּתֵיהּ:
Car il ne l'a pas excommunié conformément au droit.
💡 Explication

La maison d'étude tranche contre Rech Lakich : son ban tombe parce qu'il a été prononcé hors du droit, selon la formule de Rachi. Le ban prononcé en retour par le mangeur de figues, lui, tient, puisqu'il répond à une atteinte réelle à son honneur — exactement le cas établi au début du folio.

🖼️ Schéma
Le verger de Rech Lakich : deux bans, un seul valide le ban de Rech Lakich contre le mangeur le ban du mangeur contre Rech Lakich nul une dette d'argent se réclame au tribunal ; Tossefot : il fallait le convoquer d'abord, car peut-être aurait-il payé valide Rech Lakich a excommunié hors du droit ; le ban prononcé pour son propre honneur vaut contre lui le remède : Rech Lakich ne connaît pas celui qui l'a excommunié baraita : celui qui ignore qui l'a mis au ban va auprès du Nassi, et le Nassi lui délie son nidouy
Les deux bans du récit du verger, leur sort respectif, et le remède indiqué à Rech Lakich.
16
וּמַאי תַּקַּנְתֵּיהּ? זִיל לְגַבֵּיהּ דְּלִישְׁרֵי לָךְ. לָא יָדַעְנָא לֵיהּ. אָמְרוּ לֵיהּ: זִיל לְגַבֵּי נְשִׂיאָה דְּלִישְׁרֵי לָךְ, דְּתַנְיָא: נִידּוּהוּ וְאֵינוֹ יוֹדֵעַ מִי נִידָּהוּ, יֵלֵךְ אֵצֶל נָשִׂיא וְיַתִּיר לוֹ נִדּוּיוֹ.

Et quel est son remède ? Va auprès de lui, qu'il te lève le ban. — Je ne le connais pas.

Ils lui dirent : va auprès du Nassi, qu'il te le lève, car il a été enseigné : celui qu'on a excommunié sans qu'il sache qui l'a excommunié, qu'il aille auprès du Nassi et que celui-ci lui délie son ban.

💡 Explication

La baraita fournit la solution générale du cas : le Nassi dispose du pouvoir de délier un ban dont l'auteur reste inconnu. Cette règle éclaire rétrospectivement le segment 7, où l'excommunié de Rav Yehouda avait été renvoyé à Rabbi Yehouda Nessia.

17
אָמַר רַב הוּנָא, בְּאָוְשָׁא הִתְקִינוּ: אַב בֵּית דִּין שֶׁסָּרַח — אֵין מְנַדִּין אוֹתוֹ, אֶלָּא אוֹמֵר לוֹ: ״הִכָּבֵד וְשֵׁב בְּבֵיתֶךָ״. חָזַר וְסָרַח — מְנַדִּין אוֹתוֹ, מִפְּנֵי חִילּוּל הַשֵּׁם.

Rav Houna a dit : à Oucha, ils ont institué — un av beit din (président du tribunal) qui a mal agi, on ne l'excommunie pas ; on lui dit plutôt : « garde ton honneur et reste chez toi ». S'il recommence à mal agir, on l'excommunie, à cause de la profanation du Nom.

📜 Rachi (1)
הַכָּבֵד בַּלָּשׁוֹן הַזֶּה אוֹמְרִים לוֹ עֲשֵׂה עַצְמְךָ כְּאָדָם שֶׁכָּבֵד עָלָיו רֹאשׁוֹ וְשָׁב בְּבֵיתְךָ בִּלְשׁוֹן כָּבוֹד אוֹמֵר לוֹ לִישָּׁנָא אַחְרִינָא הַכָּבֵד הִתְכַּבֵּד כְּבוֹדְךָ שֶׁתֵּשֵׁב בְּבֵיתְךָ:
C'est dans ces termes qu'on lui parle : fais-toi semblable à un homme dont la tête est lourde, et reste chez toi. On s'adresse à lui en termes d'honneur. Autre explication : « hakhbed » signifie fais-toi honneur — ton honneur est de rester chez toi.
💡 Explication

L'institution d'Oucha aménage une sanction intermédiaire pour le chef du tribunal : une invitation à se retirer, formulée en termes d'honneur, empruntée à II Rois 14,10. Rachi donne deux lectures du mot hakhbed : fais-toi semblable à un homme dont la tête est lourde, ou bien fais-toi honneur en restant chez toi.

La récidive change tout : le même motif qui protégeait le dignitaire, la profanation du Nom, commande alors le ban.

18
וּפְלִיגָא דְּרֵישׁ לָקִישׁ. דְּאָמַר רֵישׁ לָקִישׁ: תַּלְמִיד חָכָם שֶׁסָּרַח — אֵין מְנַדִּין אוֹתוֹ בְּפַרְהֶסְיָא, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְכָשַׁלְתָּ הַיּוֹם וְכָשַׁל גַּם נָבִיא עִמְּךָ לָיְלָה״ — כִּסָּהוּ כַּלַּיְלָה.

Et cela diverge de Rech Lakich. Car Rech Lakich a dit : un talmid 'hakham qui a mal agi, on ne l'excommunie pas en public, ainsi qu'il est dit : « tu trébucheras de jour, et le prophète aussi trébuchera avec toi de nuit » — couvre-le comme la nuit.

📜 Rachi (2)
כִּסָּהוּ אַל תְּבַזֶּה אוֹתוֹ בְּפַרְהֶסְיָא:
Ne le déshonore pas en public.
כַּלַּיְלָה שֶׁחֲשֵׁיכָה וְאֵין אָדָם רוֹאֶה:
Comme la nuit, qui est obscure et où personne ne voit.
💡 Explication

Rech Lakich étend la protection à tout talmid 'hakham et la rend absolue quant à la publicité : la sanction reste possible, la parhessia (le grand jour, la place publique) est exclue. Le verset d'Hochea 4,5 lui fournit l'image de la nuit, que Rachi glose comme l'obscurité où nul ne voit.

La divergence avec Rav Houna porte sur la récidive : pour l'institution d'Oucha, la seconde faute autorise le ban public.

19
מַר זוּטְרָא חֲסִידָא, כִּי מִיחַייַּב צֻורְבָּא מֵרַבָּנַן שַׁמְתָּא, בְּרֵישָׁא מְשַׁמֵּית נַפְשֵׁיהּ, וַהֲדַר מְשַׁמֵּית לְדִידֵיהּ. כִּי הֲוָה עָיֵיל בְּאֻושְׁפִּיזֵיהּ שָׁרֵי לֵיהּ לְנַפְשֵׁיהּ, וַהֲדַר שָׁרֵי לֵיהּ לְדִידֵיהּ.

Mar Zoutra le hassid, lorsqu'un tsourba merabanan encourait le ban, s'excommuniait d'abord lui-même, puis l'excommuniait lui. Quand il entrait à son logis, il se déliait d'abord lui-même, puis le déliait lui.

📜 Rachi (1)
מְשַׁמֵּית נַפְשֵׁיהּ מִשּׁוּם יְקָרָא דְּהַהוּא צוּרְבָּא מִדְּרַבָּנָן:
À cause de l'honneur de ce tsourba merabanan.
🗂️ Tossefot (1)
מְשַׁמֵּית נַפְשֵׁיהּ. מִשּׁוּם צַעַר שֶׁצָּרִיךְ לְנַדּוֹת ת"ח א"נ כְּדֵי שֶׁיְּהֵא זָכוּר לְהַתִּיר וְהָא דְּלָא הִתִּיר לַחֲבֵירוֹ מִתְּחִילָּה כִּדְאָמְרִינַן בִּשְׁבוּעוֹת פֶּרֶק קַמָּא (דַּף יד.) יָבֹא זַכַּאי וִיכַפֵּר עַל הַחַיָּיב לְכָךְ טוֹב כְּשֶׁיַּתִּיר לַחֲבֵירוֹ שֶׁיְּהֵא הוּא מֻותָּר קֹודֶם:
« Il s'excommunie lui-même. » À cause de la peine qu'il éprouve à devoir excommunier un talmid 'hakham ; ou bien afin de se souvenir de délier le ban. Et s'il ne déliait pas d'abord son compagnon, c'est d'après ce que nous disons au premier chapitre de Chevouot (14a) : que vienne l'innocent et qu'il expie pour le coupable — il est donc préférable que, lorsqu'il délie son compagnon, il soit lui-même déjà délié.
💡 Explication

Mar Zoutra partage la condition qu'il impose, par égard pour l'honneur de l'érudit visé. Tossefot propose deux motifs supplémentaires : la peine éprouvée à devoir excommunier un talmid 'hakham, et le souci de se souvenir de délier le ban.

L'ordre de la levée suit un principe emprunté à Chevouot 14a : celui qui délie autrui doit d'abord être lui-même délié, comme l'innocent qui expie pour le coupable.

20
אָמַר רַב גִּידֵּל אָמַר רַב: תַּלְמִיד חָכָם מְנַדֶּה לְעַצְמוֹ, וּמֵיפֵר לְעַצְמוֹ. אָמַר רַב פָּפָּא: תֵּיתֵי לִי, דְּלָא שַׁמֵּיתִי צֻורְבָּא מֵרַבָּנַן מֵעוֹלָם. אֶלָּא כִּי קָא מִיחַייַּב צֻורְבָּא מֵרַבָּנַן שַׁמְתָּא, הֵיכִי עֲבִיד? כִּי הָא דִּבְמַעְרְבָא מִימְּנוּ אַנְּגָדָא דְּצֻורְבָּא מֵרַבָּנַן וְלָא מִימְּנוּ אַשַּׁמְתָּא.

Rav Guidel a dit au nom de Rav : un talmid 'hakham s'excommunie lui-même et se délie lui-même. Rav Papa a dit : qu'il m'en soit tenu compte, car je n'ai jamais excommunié un tsourba merabanan.

Mais alors, lorsqu'un tsourba merabanan encourt le ban, comment fait-on ? Comme ceci : en Occident, on vote les coups pour un tsourba merabanan, et on ne vote pas le ban.

📜 Rachi (1)
מִימְּנוּ אַנְּגִידָא מַלְקוּת וּמַלְקוּת יָפָה לָהֶם יוֹתֵר מִשַּׁמְתָּא וְהָווּ מַלְקֵי לְהוּ:
Les coups ; et les coups leur valent mieux que le ban, aussi les frappait-on.
💡 Explication

« En Occident » désigne la Terre d'Israël, vue depuis la Babylonie. Le tribunal y procédait au vote — mimnou — sur la peine à infliger, et ce vote portait sur la nagda (les coups) plutôt que sur le ban. Rachi en donne la raison : les coups leur valaient mieux que l'excommunication.

Le principe est le même que chez Rav Houna et Rech Lakich : la sanction reste, sa forme publique et durable est évitée.

21
מַאי שַׁמְתָּא? אָמַר רַב: שֵׁם מִיתָה. וּשְׁמוּאֵל אָמַר: שְׁמָמָה יִהְיֶה, וּמַהְנְיָא בֵּיהּ כִּי טִיחְיָא בְּתַנּוּרָא.

Que signifie chamta ? Rav dit : « cham mita » — la mort est là.

Et Chmouel dit : « chemama yihye » — il sera désolation ; et elle agit sur lui comme la graisse dans le four.

📜 Rachi (1)
וּמְהַנְּיָא כִּי טִיחְיָא בְּתַנּוּרָא כְּשֻׁומָּן שֶׁטּוֹחִין אֶת הַתַּנּוּר וְנִבְלָע בְּתוֹכוֹ שֶׁאֵין יוֹצֵא לְעוֹלָם כְּלוֹמַר מַכֶּה לְכָל מַאן דִּמְשַׁמְּתִינַן לֵיהּ דְּלָא נָפְקָא מִינֵּיהּ לְעוֹלָם:
Comme la graisse dont on enduit le four et qui y pénètre sans jamais en ressortir. C'est-à-dire : elle frappe quiconque on excommunie, et elle ne le quitte jamais.
💡 Explication

La guemara passe de la procédure à la nature même du ban, par une double étymologie du mot araméen chamta. Rav le décompose en « cham mita », la mort est là ; Chmouel y entend « chemama yihye », il sera désolation.

L'image de Chmouel porte une thèse de fond, que Rachi développe : comme la graisse dont on enduit un four pénètre la paroi et n'en ressort jamais, le ban laisse une empreinte durable sur celui qu'il a frappé.

🖼️ Schéma
Que signifie chamta ? Trois lectures et leur enjeu Rav Chmouel Rech Lakich cham mita la mort est là le mot dit la gravité du ban lui-même chemama yihye il sera désolation image : la graisse dont on enduit le four 248 membres hérem en guematria 248 à l'entrée du ban rahem en guematria 248 à sa sortie la nafka mina : que reste-t-il après la levée du ban ? selon Chmouel, quelque chose demeure absorbé en lui, comme la graisse dans la paroi du four selon Rech Lakich, le ban sort entièrement, de chacun des 248 membres où il était entré
Les trois lectures du mot chamta et la question qu'elles décident : ce qui subsiste après la levée du ban.
22
וּפְלִיגָא דְּרֵישׁ לָקִישׁ. דְּאָמַר רֵישׁ לָקִישׁ: כְּשֵׁם שֶׁנִּכְנֶסֶת בְּמָאתַיִם וְאַרְבָּעִים וּשְׁמוֹנָה אֵיבָרִים, כָּךְ כְּשֶׁהִיא יוֹצְאָהּ — יוֹצְאָה מִמָּאתַיִם וְאַרְבָּעִים וּשְׁמוֹנָה אֵיבָרִים.

Et cela diverge de Rech Lakich. Car Rech Lakich a dit : de même qu'elle entre dans les deux cent quarante-huit membres, de même, lorsqu'elle sort, elle sort des deux cent quarante-huit membres.

📜 Rachi (1)
וּפְלִיגָא דר"ש ב"ל דְּאָמַר יוֹצְאָהּ:
Car il dit qu'elle sort.
💡 Explication

Rech Lakich pose une symétrie complète entre l'entrée et la sortie du ban. La divergence avec Chmouel est exactement celle que Rachi indique : Chmouel tient qu'une trace demeure, Rech Lakich dit qu'elle sort.

23
כְּשֶׁהִיא נִכְנֶסֶת, דִּכְתִיב: ״וְהָיְתָה הָעִיר חֵרֶם״ — ״חֵרֶם״ בְּגִימַטְרִיָּא מָאתַיִם וְאַרְבָּעִים וּשְׁמוֹנָה הָווּ. כְּשֶׁהִיא יוֹצְאָהּ, דִּכְתִיב: ״בְּרֹוגֶז רֶחֶם תִּזְכֹּור״, ״רֶחֶם״ בְּגֵימַטְרְיָא הָכִי הָווּ.

Lorsqu'elle entre, ainsi qu'il est écrit : « et la ville sera hérem » — « hérem » vaut en guematria deux cent quarante-huit. Lorsqu'elle sort, ainsi qu'il est écrit : « dans la colère souviens-toi de rahem » — « rahem » vaut en guematria le même nombre.

💡 Explication

L'appui scripturaire de Rech Lakich repose sur deux mots de même valeur numérique : hérem (Yehochoua 6,17) pour l'entrée du ban, et rahem, la miséricorde (Habakouk 3,2), pour sa sortie. Le nombre 248 correspond au compte traditionnel des membres du corps.

24
אָמַר רַב יוֹסֵף: שְׁדִי שַׁמְתָּא אַגְּנוּבְתָּא דְּכַלְבָּא וְאִיהִי דִּידַהּ עָבְדָה. דְּהָהוּא כַּלְבָּא דַּהֲוָה אָכֵיל מְסָאנֵי דְּרַבָּנַן וְלָא הֲווֹ קָא יָדְעִי מַנּוּ, וְשֶׁמֵּתוּ לֵיהּ. אִיתְּלַי בֵּיהּ נוּרָא בִּגְנוּבְתֵּיהּ וַאֲכַלְתֵּיהּ.

Rav Yossef a dit : jette le ban sur la queue d'un chien, et il fera son œuvre. Car un certain chien mangeait les chaussures des Sages et ils ne savaient pas qui c'était ; ils l'excommunièrent.

Un feu prit à sa queue et le dévora.

📜 Rachi (2)
גְּנוּבְתֵיהּ זָנָב:
La queue.
דִּידָּה עָבְדָא וּמַלְקֵי לֵיהּ:
Elle fait son œuvre et le frappe.
💡 Explication

Le récit illustre l'efficacité du ban indépendamment de son destinataire. Les Sages avaient prononcé l'excommunication contre un coupable inconnu, qu'ils supposaient humain ; elle atteignit pourtant le chien.

25
הָהוּא אַלָּמָא דַּהֲוָה קָא מְצַעַר לֵיהּ לְהָהוּא צֻורְבָּא מֵרַבָּנַן, אֲתָא לְקַמֵּיהּ דְּרַב יוֹסֵף, אֲמַר לֵיהּ: זִיל שַׁמְּתֵיהּ. אֲמַר לֵיהּ: מִסְתְּפֵינָא מִינֵּיהּ.

Un certain homme violent faisait souffrir un tsourba merabanan. Celui-ci vint devant Rav Yossef, qui lui dit : va l'excommunier.

Il lui répondit : j'ai peur de lui.

📜 Rachi (1)
מִסְתְּפֵינָא מִינֵּיהּ דְּגַבְרָא אַלָּמָא הוּא:
Car c'est un homme violent.
26
אֲמַר לֵיהּ: שְׁקִיל פְּתִיחָא עֲלֵיהּ. כָּל שֶׁכֵּן דְּמִסְתְּפֵינָא מִינֵּיהּ. אֲמַר לֵיהּ: שַׁקְלֵיהּ, אֲחָתֵיהּ בְּכַדָּא,

Il lui dit : prends un ptiha (acte écrit de ban) contre lui. — À plus forte raison j'ai peur de lui ! Il lui dit : prends-le, dépose-le dans une cruche,

📜 Rachi (3)
שְׁקִיל פְּתִיחָא עִלָּוֵיהּ כָּתוּב עָלָיו שַׁמְתָּא:
Écris contre lui un acte de ban.
שַׁקְלֵיהּ לִכְתֹּב שַׁמְתָּא:
Prends l'acte de ban.
וַאֲחָתֵיהּ בְּכַדָּא תָּקַע בְּתוֹךְ הַכַּד וְלֹא יִשְׁמְעוּ:
Sonne du chofar à l'intérieur de la cruche, et ils n'entendront pas.
💡 Explication

Le ptiha est le document écrit qui consigne l'excommunication, et Rachi le glose ainsi : écris contre lui un acte de ban. L'érudit craint d'autant plus une mesure écrite, donc publique.

Rav Yossef lui indique alors un moyen terme : accomplir la procédure hors de portée d'oreille. Rachi explique le geste de la cruche par la sonnerie du chofar qui accompagne le ban, faite à l'intérieur du récipient pour que nul ne l'entende. Le folio s'interrompt ici, et la suite se lit au folio suivant.

🖼️ Schéma
Le conseil de Rav Yossef face à l'homme violent : trois degrés 1. va l'excommunier réponse de l'érudit : j'ai peur de lui 2. prends un ptiha un acte écrit de ban : j'ai peur plus encore 3. dépose-le dans une cruche Rachi : sonne du chofar à l'intérieur, nul n'entendra le ban garde toute sa force sans être publié : Rav Yossef a déjà enseigné qu'il agit même sur la queue d'un chien. La suite se lit au folio suivant.
Les trois degrés du conseil de Rav Yossef, jusqu'au ban prononcé sans être entendu.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).