Sougya : Le folio se partage en deux sougyot. La première achève le sujet précédent : une baraita oppose Rabbi Meir, Rabbi Yehouda et Rabbi Yossi sur le droit d'un scribe à écrire des tefillin et des mezouzot pendant hol hamoed, pour lui-même, pour autrui à titre gracieux, ou contre salaire ; Rav tranche comme Rabbi Yossi, qui permet d'écrire et de vendre à la manière ordinaire, dans la mesure de la subsistance.
Une seconde baraita discute l'instrument du filage de la tekhelet — la cuisse, la pierre, le fuseau — et la halakha permet l'un et l'autre. La seconde sougya ouvre une michna nouvelle : celui qui enterre son mort trois jours avant la fête de pèlerinage voit le décret des sept jours annulé, huit jours avant, celui des trente.
Le principe qui commande tout est énoncé aussitôt : le Chabbat compte sans interrompre, la fête interrompt sans compter. Rabbi Eliezer, Rabban Gamliel et les Sages divergent ensuite sur le statut d'Atseret, de Roch Hachana et de Yom Kippour.
La guemara demande enfin ce que signifie exactement cette annulation : Rav et Rabbi Houna distinguent les décrets, annulés, des jours, qui subsistent ; Rav Chechet annule les deux.
Et il file sur sa cuisse [la laine teinte de] tekhelet pour ses tsitsit.
Ce segment est la fin de la michna du folio précédent, reprise ici comme point d'appui de la guemara. Cette michna énumère des travaux permis pendant hol hamoed, les jours intermédiaires de la fête, à condition d'être accomplis autrement qu'à l'ordinaire.
La tekhelet est la laine teinte d'azur dont un fil au moins entre dans les tsitsit. La filer sur la cuisse, plutôt qu'entre les doigts ou au fuseau, constitue le chinouy, le changement de manière qui distingue ce geste du travail de semaine.
Guemara. Nos maîtres ont enseigné : un homme écrit des tefillin et des mezouzot pour lui-même, et il file sur sa cuisse [la laine de] tekhelet pour ses tsitsit ; et pour autrui, à titre gracieux — paroles de Rabbi Meir.
Rabbi Yehouda dit : il use d'un artifice — il vend les siens, puis en écrit de nouveau pour lui-même. Rabbi Yossi dit : il écrit et vend à sa manière ordinaire, de quoi assurer sa subsistance.
La baraita étage trois permissions. Pour Rabbi Meir, écrire pour soi est permis, et écrire pour autrui l'est aussi pourvu que ce soit betova, gracieusement : le salaire est ce qui ferait basculer le geste du côté du travail interdit.
Rabbi Yehouda refuse le travail pour autrui et admet la ha'arama, l'artifice : l'homme écrit pour lui-même, ce qui est permis, vend ce qu'il a écrit, puis recommence. La forme du geste demeure licite, son résultat est une vente.
Rabbi Yossi supprime le détour : il écrit et vend ouvertement, kedei parnassato, dans la mesure de sa subsistance. Rachi précise que cette mesure s'entend avec une certaine aisance, et ne vise pas seulement l'homme privé de pain.
Rav enseigna la halakha à Rav Hananel — et certains disent que c'est Rabba bar bar Hana qui l'enseigna à Rav Hananel : la halakha est qu'il écrit et vend à sa manière ordinaire, de quoi assurer sa subsistance.
Le verbe ori le désigne une décision rendue à un disciple en vue de la pratique, plus engageante qu'un enseignement théorique. Rav Hananel était scribe, ce qui donne à la question sa portée concrète : la réponse règle son métier pendant hol hamoed.
La halakha suit Rabbi Yossi, la position la plus large selon la première lecture des Tossefot. Le même arrêt sera répété au segment 4, une fois réglée la question du filage.
« Et il file sur sa cuisse [la laine de] tekhelet. » Nos maîtres ont enseigné : un homme file sur sa cuisse [la laine de] tekhelet pour ses tsitsit, mais non avec une pierre — paroles de Rabbi Eliezer. Et les Sages disent : même avec une pierre.
Rabbi Yehouda dit en son nom : avec une pierre, mais non avec le fuseau. Et les Sages disent : aussi bien avec une pierre qu'avec le fuseau.
La guemara revient sur les mots de la michna pour en fixer les limites techniques. Filer consiste à tordre les fibres, et une masse suspendue au fil facilite la torsion. La pierre sert alors de poids improvisé, tandis que le pelekh, le fuseau, est l'outil propre du métier.
La discussion porte donc sur le degré de chinouy exige. Rabbi Eliezer veut que la main reste seule ; les Sages admettent la pierre, puis, dans la seconde version, le fuseau lui-même. Le segment suivant retiendra la position la plus large, en raison de l'importance de la mitsva des tsitsit.
Rav Yehouda a dit au nom de Chmouel, et de même Rabbi Hiya bar Abba a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : la halakha est [qu'on file] aussi bien avec une pierre qu'avec le fuseau. Et la halakha est : il écrit à sa manière ordinaire et vend de quoi assurer sa subsistance.
Deux chaînes de transmission, l'une babylonienne par Chmouel, l'autre de la terre d'Israël par Rabbi Yo'hanan, convergent sur la même décision, et cette convergence lui donne son poids.
Le second membre de la phrase reprend l'arrêt du segment 2 et clôt la sougya : le scribe travaille normalement, dans la mesure de sa subsistance. Les deux permissions reposent sur le même motif, le besoin de la mitsva joint au besoin de vivre.
Michna. Celui qui enterre son mort trois jours avant la fête de pèlerinage — le décret des sept est annulé pour lui.
Huit [jours avant] — le décret des trente est annulé pour lui.
Une michna nouvelle ouvre un sujet nouveau : la rencontre du deuil (avelout) et de la fête de pèlerinage (reguel). Le deuil comporte deux périodes, les sept jours, les plus lourds, et les trente jours, qui interdisent surtout la coupe des cheveux, le linge lavé et le vêtement lustré.
Le compte part de l'ensevelissement et non du décès : les Tossefot le déduisent du mot « enterre ». Trois jours suffisent à annuler les sept, parce que l'essentiel du deuil, selon Rachi, tient à ces trois premiers jours. Huit jours suffisent à annuler les trente, parce qu'un jour au moins de la seconde période a déjà été entamé.
Le verbe batela, annulé, fera l'objet du débat du segment 9 : supprime-t-il la période elle-même, ou seulement ses interdits ?
Car ils ont dit : le Chabbat compte et n'interrompt pas ; les fêtes de pèlerinage interrompent et ne comptent pas.
La michna énonce le principe qui commande tout le reste. Deux questions distinctes se posent à propos de chaque jour sacré : olé, compte-t-il dans le décompte des sept ? et mafsik, interrompt-il le deuil déjà commencé ?
Le Chabbat répond oui à la première et non à la seconde : on n'y montre pas le deuil en public, mais il entre dans le compte, et le deuil reprend au soir. La fête répond à l'inverse : elle efface le deuil commencé avant elle, tandis que ses propres jours ne paient aucun jour de deuil.
Rachi rapporte ici deux versions de la dernière clause et tranche contre celle qu'il a trouvée dans une copie : la mention de trois jours n'est pas à prendre à la lettre, car même une heure de deuil avant la fête suffit à en faire tomber le décret des sept.
Rabbi Eliezer dit : depuis la destruction du Temple, Atseret est comme le Chabbat.
Atseret désigne ici Chavouot. Du temps du Temple, les offrandes de fête qui n'avaient pu être apportées le jour même pouvaient l'être pendant les six jours suivants ; ces jours de rattrapage, les tachloumin, prolongeaient la fête à la manière des sept jours de Pessa'h et de Soukkot.
Le Temple détruit, Chavouot se réduit à un seul jour. Rabbi Eliezer en tire une conséquence pour le deuil : un jour isolé n'a pas la force d'interrompre, et Atseret compte désormais dans les sept sans les faire tomber, exactement comme le Chabbat.
Rabban Gamliel dit : Roch Hachana et Yom Kippour sont comme les fêtes de pèlerinage. Et les Sages disent : ni comme les paroles de celui-ci, ni comme les paroles de celui-là, mais : Atseret est comme les fêtes de pèlerinage, Roch Hachana et Yom Kippour sont comme le Chabbat.
Deux critères s'affrontent. Pour Rabban Gamliel, ce qui fait la force d'un jour est son rang de moed : Roch Hachana et Yom Kippour portent ce nom, donc ils interrompent le deuil et ne comptent pas. Pour Rabbi Eliezer, au segment précédent, le critère est la durée réelle, ce qui range Atseret du côté du Chabbat.
Les Sages écartent les deux avis et redistribuent : Atseret garde son rang de fête de pèlerinage malgré la perte des tachloumin, tandis que Roch Hachana et Yom Kippour, jours uniques, suivent la règle du Chabbat. Cette dernière position a été retenue en pratique.
Guemara. Rav a dit : les décrets sont annulés, les jours ne sont pas annulés.
Et de même a dit Rabbi Houna : les décrets sont annulés, les jours ne sont pas annulés. Et Rav Chechet a dit : même les jours sont annulés.
La guemara interroge le verbe de la michna. Annuler peut recevoir deux sens : lever les interdits attachés à la période, ou supprimer la période elle-même.
Rav et Rabbi Houna séparent les deux : les gzerot, les décrets, tombent, tandis que les yamim, les jours, demeurent en suspens et peuvent reprendre leur effet après la fête. Rav Chechet applique l'annulation aux deux à la fois.
Le segment suivant produira le cas concret où cette distinction devient visible.
Quelle est la raison pour laquelle les jours ne sont pas annulés ? [Elle se voit en ceci :] que s'il ne s'est pas coupé les cheveux la veille de la fête, il lui est interdit de se les couper après la fête.
Rachi reformule la question : à quel égard, concrètement, les jours ne sont-ils pas annulés ? Le cas visé est celui de l'homme qui a enterré son mort huit jours avant la fête. Le décret des trente étant tombé, il pouvait se couper les cheveux la veille de la fête, et il ne l'a pas fait.
Pour Rav, l'interdit revient après la fête jusqu'au terme des trente jours, preuve que les jours subsistaient. Pour Rav Chechet, plus rien ne le retient. Les Tossefot étendent la question au linge et à la toilette, et rapportent l'avis contraire du Ri-n, qui réserve cette rigueur à la seule coupe des cheveux.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).