Moed_Katan 19a — Écrire des tefillin et filer la tekhelet à hol hamoed, puis la rencontre du deuil et de la fête : ce que le reguel annule

Moed_Katan 19a

Sougya : Le folio se partage en deux sougyot. La première achève le sujet précédent : une baraita oppose Rabbi Meir, Rabbi Yehouda et Rabbi Yossi sur le droit d'un scribe à écrire des tefillin et des mezouzot pendant hol hamoed, pour lui-même, pour autrui à titre gracieux, ou contre salaire ; Rav tranche comme Rabbi Yossi, qui permet d'écrire et de vendre à la manière ordinaire, dans la mesure de la subsistance.

Une seconde baraita discute l'instrument du filage de la tekhelet — la cuisse, la pierre, le fuseau — et la halakha permet l'un et l'autre. La seconde sougya ouvre une michna nouvelle : celui qui enterre son mort trois jours avant la fête de pèlerinage voit le décret des sept jours annulé, huit jours avant, celui des trente.

Le principe qui commande tout est énoncé aussitôt : le Chabbat compte sans interrompre, la fête interrompt sans compter. Rabbi Eliezer, Rabban Gamliel et les Sages divergent ensuite sur le statut d'Atseret, de Roch Hachana et de Yom Kippour.

La guemara demande enfin ce que signifie exactement cette annulation : Rav et Rabbi Houna distinguent les décrets, annulés, des jours, qui subsistent ; Rav Chechet annule les deux.

Le plan du folio : de l'atelier du scribe au calendrier du deuil PREMIER MOUVEMENT — écrire et filer pendant hol hamoed (segments 0 à 4) 1. Pour soi, pour autrui, contre salaire : trois positions tannaitiques Rabbi Meir, Rabbi Yehouda, Rabbi Yossi — Rav tranche comme Rabbi Yossi (segments 1 et 2) 2. Filer la tekhelet : la cuisse, la pierre, le fuseau la halakha permet la pierre comme le fuseau (segments 3 et 4) DEUXIÈME MOUVEMENT — michna nouvelle : le deuil rencontre la fête (segments 5 à 8) 3. Trois jours avant la fête : les sept tombent. Huit jours : les trente tombent le principe : le Chabbat compte sans interrompre, la fête interrompt sans compter (segments 5 et 6) 4. Atseret, Roch Hachana, Yom Kippour : de quel côté tombent-ils ? Rabbi Eliezer, Rabban Gamliel, puis la position des Sages (segments 7 et 8) TROISIÈME MOUVEMENT — que veut dire annuler ? (segments 9 et 10) Rav et Rabbi Houna : les décrets tombent, les jours demeurent. Rav Chechet : les jours tombent aussi.
Les trois mouvements du folio, des métiers du scribe au calendrier du deuil.
Le scribe pendant hol hamoed : trois positions, une halakha Baraita du segment 1 : jusqu'où peut-on écrire tefillin et mezouzot pendant les jours intermédiaires ? Rabbi Meir Pour lui-même : permis Pour autrui : permis mais à titre gracieux (betova), sans aucun salaire Le salaire est ce qui ferait de ce geste un travail de semaine. Rabbi Yehouda Pour autrui : interdit Il use d'un artifice : il écrit pour lui-même, vend les siens, puis recommence Ha'arama : la forme du geste reste permise, le résultat est la vente. Rabbi Yossi Il écrit et vend à sa manière ordinaire dans la mesure de sa subsistance (kedei parnassato) Aucun détour : le besoin de vivre justifie le travail lui-même. HALAKHA — Rav à Rav Hananel, et de même Rabba bar bar Hana il écrit et vend à sa manière ordinaire, de quoi assurer sa subsistance (segments 2 et 4) DEUX LECTURES OPPOSÉES DE RABBI YOSSI, DANS LES TOSSEFOT Lecture 1 : le plus indulgent de tous il permet même contre salaire, sans artifice. Kedei parnassato ouvre la permission. Lecture 2 : le plus sévère de tous tous permettent à qui n'a rien à manger ; Rabbi Yossi borne la permission à ce seuil.
Rabbi Meir, Rabbi Yehouda et Rabbi Yossi sur l'écriture des tefillin à hol hamoed, et la halakha retenue.
Le deuil interrompu par la fête : trois jours, huit jours La michna du segment 5. Le compte part de l'ensevelissement, moment où le deuil commence. CAS A — trois jours de deuil avant la fête : le décret des sept est annulé 3 jours de deuil LA FÊTE DE PÈLERINAGE rien à achever après la fête Rachi : l'essentiel du deuil tient aux trois premiers jours. CAS B — huit jours de deuil avant la fête : le décret des trente est annulé 8 jours de deuil LA FÊTE DE PÈLERINAGE linge, guihouts et coupe permis aussitôt Un jour au moins des trente a déjà été entamé après les sept. CAS C — il enterre son mort pendant la fête : rien n'est annulé LA FÊTE — ses jours ne comptent pas sept jours entiers à s'asseoir après La fête interrompt un deuil déjà commencé ; elle ne peut interrompre un deuil qui n'avait pas commencé avant elle. Rachi ajoute que trois jours n'est pas à prendre à la lettre : même une heure avant la fête suffit à annuler les sept.
Trois jours, huit jours, ou pendant la fête : ce que le reguel annule du deuil.
1
וְטוֹוֶה עַל יְרֵיכוֹ תְּכֵלֶת לְצִיצִיתוֹ.

Et il file sur sa cuisse [la laine teinte de] tekhelet pour ses tsitsit.

📜 Rachi (1)
וְטוֹוֶה עַל יְרֵיכוֹ הַחוּטִין אֲבָל לֹא בְּיָדוֹ בֵּין אֶצְבְּעוֹתָיו וּבְפֶלֶךְ כְּדֶרֶךְ חוֹל:
« Et il file sur sa cuisse » — les fils. Mais non dans sa main, entre ses doigts, ni au fuseau, à la manière des jours ordinaires.
💡 Explication

Ce segment est la fin de la michna du folio précédent, reprise ici comme point d'appui de la guemara. Cette michna énumère des travaux permis pendant hol hamoed, les jours intermédiaires de la fête, à condition d'être accomplis autrement qu'à l'ordinaire.

La tekhelet est la laine teinte d'azur dont un fil au moins entre dans les tsitsit. La filer sur la cuisse, plutôt qu'entre les doigts ou au fuseau, constitue le chinouy, le changement de manière qui distingue ce geste du travail de semaine.

2
גְּמ׳ תָּנוּ רַבָּנַן: כּוֹתֵב אָדָם תְּפִילִּין וּמְזוּזוֹת לְעַצְמוֹ, וְטוֹוֶה עַל יְרֵיכוֹ תְּכֵלֶת לְצִיצִיתוֹ, וְלַאֲחֵרִים בְּטוֹבָה, דִּבְרֵי רַבִּי מֵאִיר. רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: מַעֲרִים, וּמוֹכֵר אֶת שֶׁלּוֹ, וְחוֹזֵר וְכוֹתֵב לְעַצְמוֹ. רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר: כּוֹתֵב וּמוֹכֵר כְּדַרְכּוֹ כְּדֵי פַרְנָסָתוֹ.

Guemara. Nos maîtres ont enseigné : un homme écrit des tefillin et des mezouzot pour lui-même, et il file sur sa cuisse [la laine de] tekhelet pour ses tsitsit ; et pour autrui, à titre gracieux — paroles de Rabbi Meir.

Rabbi Yehouda dit : il use d'un artifice — il vend les siens, puis en écrit de nouveau pour lui-même. Rabbi Yossi dit : il écrit et vend à sa manière ordinaire, de quoi assurer sa subsistance.

📜 Rachi (3)
גְּמ' לַאֲחֵרִים בְּטוֹבָה וְלֹא בְּשָׂכָר:
« Et pour autrui, à titre gracieux » — et non contre salaire.
מַעֲרִים וּמוֹכֵר שֶׁלּוֹ כֵּן עוֹשֶׂה כָּל יְמוֹת הֶחָג:
« Il use d'un artifice et vend les siens » — il procède ainsi durant tous les jours de la fête.
כְּדֵי פַּרְנָסָתוֹ בְּהַרְווָחָה וְלָא מַייְרֵי בְּמִי שֶׁאֵין לוֹ מַה יֹּאכַל:
« De quoi assurer sa subsistance » — dans l'aisance ; il ne s'agit pas de celui qui n'a rien à manger.
🗂️ Tossefot (3)
וְטוֹוֶה עַל יְרֵיכוֹ תְּכֵלֶת לְצִיצִיתוֹ. פֵּירוּשׁ ע"י שִׁינּוּי אֲבָל בִּתְפִילִּין אִי אֶפְשָׁר בְּשִׁינּוּי שֶׁצָּרִיךְ כְּתִיבָה תַּמָּה וּבַעֲשִׂיַּית תְּפִילִּין וְצִיצִית לָא אַייְּרִי בְּמָתְנֵי' וְשֶׁמָּא אֵין אִיסּוּר כִּי אִם בִּכְתִיבָה וּטְוִיָּיה וּמַה שֶׁנָּהֲגוּ לִכְתֹּוב בְּעֹוגֶל לֹא מָצִינוּ הֶיתֵּר וְכֵן פֵּירֵשׁ בְּתוֹסְפוֹת הָרַב בְּשֵׁם רַבּוֹ וַאֲפִילּוּ עַל יְדֵי הַדְּחָק עַל יְהוּדִי אֶחָד שֶׁתָּפוּס הָיָה הִתִּירוּ בְּדֹוחַק גַּם עַל יְדֵי הִיפּוּךְ שֶׁהוּא נִקְרָא מִצַּד אַחֵר לֹא הָיוּ מַתִּירִין וְגַם אִי לֹא אָסוּר מִשּׁוּם מְלָאכָה הָא אָסְרִינַן אֲפִילּוּ טִירְחָא דְּלָאו מְלָאכָה בְּפֶרֶק קַמָּא (דַּף ד.) מִיהוּ נָהֲגוּ לוֹמַר דְּמַתְנִי' לָא אַיְירֵי עַל יְדֵי הִיפּוּךְ וְיֵשׁ כּוֹתְבִין עַל יְדֵי חִילּוּק הָאוֹת וְכָךְ הָיָה עוֹשֶׂה רַבִּי זְקֵנִי וְהַיּוֹ"ד שֶׁאִי אֶפְשָׁר הָיָה כּוֹתֵב בִּכְתָב הָפוּךְ:
« Et il file sur sa cuisse [la laine de] tekhelet pour ses tsitsit. » Explication : par un changement de manière (chinouy). Mais pour les tefillin, un changement est impossible, car il faut une écriture parfaite (ketiva tama). La confection même des tefillin et des tsitsit n'est pas traitée dans notre michna ; peut-être l'interdit ne porte-t-il que sur l'écriture et sur le filage. Quant à l'usage qu'ont certains d'écrire en rond, nous ne lui avons pas trouvé de permission ; ainsi l'a expliqué le Rav dans ses Tossefot, au nom de son maître. Même dans la contrainte, pour un Juif qui était détenu, on ne l'a permis qu'à grand-peine. Même par inversion, c'est-à-dire une écriture qui se lit depuis l'autre côté, ils ne le permettaient pas. Et quand bien même cela ne serait pas interdit au titre du travail (melakha), nous interdisons déjà au premier chapitre (folio 4a) le simple effort, qui n'est pas un travail. Toutefois on a coutume de dire que notre michna ne traite pas du cas de l'écriture inversée. Certains écrivent en décomposant la lettre en traits séparés ; ainsi faisait mon grand-père, et le youd, qu'on ne peut décomposer, il l'écrivait à l'envers.
רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר מַעֲרִים. לִכְאוֹרָה מַחְמִיר יוֹתֵר מֵרַבִּי מֵאִיר שֶׁהִתִּיר לַאֲחֵרִים וּבְתוֹסְפוֹת פֵּירְשׁוּ דְּרַבִּי מֵאִיר אֵינוֹ מַתִּיר אֶלָּא בְּהַעֲרָמָה וְלֹא הֵבַנְתִּי:
« Rabbi Yehouda dit : il use d'un artifice. » À première vue, il est plus sévère que Rabbi Meir, qui a permis [d'écrire] pour autrui. Dans les Tossefot on a expliqué que Rabbi Meir lui non plus ne permet que par artifice (ha'arama) — mais je ne l'ai pas compris.
רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר כּוֹתֵב וּמוֹכֵר כְּדֵי פַּרְנָסָתוֹ. דְּשָׁרֵי לְגַמְרֵי לַאֲחֵרִים בְּשָׂכָר וְדַוְקָא כְּדֵי פַּרְנָסָתוֹ וְלִכְאוֹרָה מֵיקֵל מְכֻולֵּהוּ וְכֵן פִּי' הר"א עוֹד פִּי' דְּכֻולְּהוּ הָוֵי שָׁרִי כְּדֵי פַּרְנָסָתוֹ דְּאֵין לוֹ מַה יֹאכַל וְלָא אַייְרֵי אֶלָּא כְּשֶׁיֵּשׁ לוֹ מַה יֹאכַל וּמַחְמִיר רַבִּי יוֹסֵי יוֹתֵר מְכֻולֵּהוּ וְלִישָּׁנָא לָא מַשְׁמַע הָכִי דַּהֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר אֵינוֹ כּוֹתֵב אֶלָּא כְּדֵי פַּרְנָסָתוֹ מִיהוּ בְּמִילְּתָא דְּרַבִּי יְהוּדָה קָשֶׁה נָמֵי קְצָת דַּהֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר אֵינוֹ כּוֹתֵב אֶלָּא כְּדֵי פַּרְנָסָתוֹ עַל יְדֵי אֲחֵרִים אוֹ עַל יְדֵי הַעֲרָמָה וְהַשְׁתָּא מַתְנֵי' אָתְיָא כְּרַבִּי מֵאִיר וְיֵשׁ מְפָרְשִׁים דִּכְדֵי פַּרְנָסָתוֹ נָמֵי לָא מַשְׁמַע דְּאֵין לוֹ מַה יֹּאכַל שְׁרֵי דְּהוֹאִיל דְּצֹורֶךְ מִצְוָה מֻותָּר לְהִשְׂתַּכֵּר בָּהּ דִּבְחִנָּם לֹא יִרְצֶה לַעֲשׂוֹת כֵּן וּמַתְנִיתִין פֵּירֵשׁ בְּתוֹסְפוֹת הָרַב דִּפְלִיגָא אַכּוּלְּהוּ וְתַנָּא אַחֵר הוּא וה"ר יוֹנָה פֵּירֵשׁ דְּאָתְיָא כְּתַנָּא קַמָּא וְהָכִי פֵּירוּשׁוֹ אֵין כּוֹתְבִין סְפָרִים תְּפִילִּין וּמְזוּזוֹת כְּדֵי לְמָוכְרָם אוֹ כְּדֵי לְהַנִּיחָם וְעוֹד פִּי' דְּאָתְיָא כְּרַבִּי יוֹסֵי לְפִי מַה שֶׁפֵּירֵשׁ שֶׁרַבִּי יוֹסֵי מַחְמִיר וְאֵין רְאָיָה מִכָּאן שֶׁמֻּותָּר לְהַנִּיחַ תְּפִילִּין דְּדִלְמָא רַבִּי מֵאִיר וְרַבִּי יְהוּדָה לְטַעְמַיְיהוּ דִּסְבִירָא לְהוּ פֶּרֶק הַמּוֹצֵא תְּפִילִּין (עֵירוּבִין דַּף צו: וְשָׁם) שַׁבָּת זְמַן תְּפִילִּין [וְרַב] וְרַבָּה בַּר בַּר חָנָה נָמֵי הָכִי מָצֵי סָבְרִי ואע"ג דְּכוּלְּהוּ אָמוֹרָאֵי דְּפֶרֶק הַקּוֹמֵץ רַבָּה (מְנָחוֹת דַּף לו: וְשָׁם) מַשְׁמַע דְּאִית לְהוּ שַׁבָּת לָאו זְמַן תְּפִילִּין הוּא אֲבָל ר' יִצְחָק בֶּן אַבְרָהָם הָיָה מֵבִיא מִן הַיְּרוּשַׁלְמִי לְהַתִּיר לְהַנִּיחַ דְּאָמַר בַּיְּרוּשַׁלְמִי חַד בַּר נַשׁ אוֹבֵד תְּפִילּוֹי בְּחֻולָּא דְּמוֹעֲדָא אֲתָא לְקַמֵּיהּ דְּרַב חֲנַנְאֵל פִּי' שֶׁיִּכְתֹּוב לוֹ לְפִי שֶׁהָיָה סוֹפֵר כִּדְאִיתָא בִּמְגִילָּה (דַּף יח:) שַׁלְחֵיהּ לְקַמֵּיהּ דְּרַבָּה בַּר בַּר חָנָה אֲמַר לֵיהּ זִיל הַב לֵיהּ תְּפִילִּיךְ וְאַתְּ כְּתַב לָךְ דִּתְנַן כּוֹתֵב אָדָם תְּפִילִּין לְעַצְמוֹ אֲתָא לְקַמֵּיהּ דְּרַב אֲמַר לֵיהּ כְּתוֹב לֵיהּ פֵּירוּשׁ בְּלֹא הַעֲרָמָה מַתְנֵי' פְּלִיגָא עַל רַב כּוֹתֵב אָדָם תְּפִילִּין וּמְזוּזָה לְעַצְמוֹ הָא לְאַחֵר לֹא רַב פָּתַר לָהּ בְּכוֹתֵב לְהַנִּיחַ פֵּירוּשׁ רַב מַעֲמִיד הַמִּשְׁנָה לְהַנִּיחָם אַחַר הַמּוֹעֵד אֲבָל לְהַנִּיחָם בַּמּוֹעֵד שָׁרִי וּבַהֲלָכוֹת גְּדוֹלוֹת פָּסַק דְּאָסוּר לְהַנִּיחַ תְּפִילִּין בְּחֻולּוֹ שֶׁל מוֹעֵד וּלְטַעַם שֶׁמְּמַעֵט שַׁבָּתוֹת וְיָמִים טוֹבִים מִיָּמִים יָמִימָה מִסְתַּבֵּר שַׁפִּיר דִּמְמַעֵט חֻולּוֹ שֶׁל מוֹעֵד וּלְמַאן דְּדָרֵישׁ (מְנָחוֹת דַּף לוֹ:) מֶלֶךְ לְאוֹת יָצְאוּ שַׁבָּתוֹת וְיָמִים טוֹבִים שֶׁהֵן בְּעַצְמָן אוֹת יֵשׁ לוֹמַר לְפִי שֶׁאֵין עוֹשִׂין מְלָאכָה כִּי אִם בְּדָבָר הָאָבֵד אֲבָל קַשְׁיָא לְמַאי דְּפָרֵישִׁית לְעֵיל (מוֹעֵד קָטָן דַּף ב. ד"ה מַשְׁקִין) דִּמְלָאכָה דְּחוֹל הַמּוֹעֵד מִדְּרַבָּנָן הֵיכִי מְמַעֵט לְהוּ יֵשׁ לוֹמַר הוֹאִיל וְאוֹכֵל מַצָּה וְיוֹשֵׁב בַּסֻּוכָּה אֵין צָרִיךְ אוֹת וְאִם הוּא אֱמֶת דִּבְחֹול הַמּוֹעֵד חַיָּיב בִּתְפִילִּין יֵשׁ לוֹמַר הוֹאִיל וְעוֹשִׂין מְלָאכָה בּוֹ אֵין אוֹת וּמִיָּמִים יָמִימָה נָמֵי לֹא מְמַעֵט אֶלָּא יוֹם טוֹב דְּחָלוּק מִשְּׁאָר יָמִים:
« Rabbi Yossi dit : il écrit et vend de quoi assurer sa subsistance. » Car il permet entièrement [d'écrire] pour autrui contre salaire, et précisément dans la mesure de sa subsistance ; à première vue il est le plus indulgent de tous, et ainsi l'a expliqué Rabbi Eliezer. Il a encore expliqué que tous permettent de quoi assurer sa subsistance à celui qui n'a rien à manger, et qu'ils ne parlent ici que du cas où il a de quoi manger, Rabbi Yossi étant alors le plus sévère de tous ; mais la formulation ne va pas dans ce sens, car il aurait fallu dire : il n'écrit que de quoi assurer sa subsistance. Toutefois les paroles de Rabbi Yehouda font elles aussi quelque difficulté, car il aurait fallu dire : il n'écrit que de quoi assurer sa subsistance, par l'intermédiaire d'autrui ou par artifice ; et selon cette lecture, notre michna suit Rabbi Meir. Certains expliquent que « de quoi assurer sa subsistance » n'implique pas davantage que seul celui qui n'a rien à manger soit autorisé : puisqu'il s'agit d'un besoin de mitsva, il est permis d'en tirer un salaire, car autrement il n'accepterait pas de le faire gratuitement. Quant à notre michna, le Rav a expliqué dans ses Tossefot qu'elle s'oppose à tous et qu'elle est d'un autre Tana ; Rabbenou Yona a expliqué qu'elle suit le premier Tana, et voici son sens : on n'écrit pas de rouleaux, de tefillin ni de mezouzot pour les vendre ou pour les porter. Il a encore expliqué qu'elle suit Rabbi Yossi, selon l'explication qui fait de Rabbi Yossi le plus sévère. On ne peut tirer d'ici la preuve qu'il est permis de mettre les tefillin [à hol hamoed], car peut-être Rabbi Meir et Rabbi Yehouda suivent-ils leur propre opinion : ils tiennent, au chapitre Hamotse tefillin (Erouvin 96b, et là-bas), que le Chabbat est temps de tefillin ; et Rav ainsi que Rabba bar bar Hana peuvent eux aussi le tenir, bien qu'il ressorte de tous les Amoraim du chapitre Hakomets rabba (Menahot 36b, et là-bas) qu'ils tiennent que le Chabbat n'est pas temps de tefillin. Mais Rabbi Yits'hak ben Avraham apportait du Talmud de Jérusalem de quoi permettre de les mettre, car il est dit dans le Yerouchalmi : un homme perdit ses tefillin à hol hamoed et vint devant Rav Hananel — c'est-à-dire pour qu'il lui en écrive, puisqu'il était scribe, comme il est rapporté dans Meguila (18b). Celui-ci l'envoya devant Rabba bar bar Hana, qui lui dit : va, donne-lui tes tefillin, et écris-en pour toi, car nous avons appris : « un homme écrit des tefillin pour lui-même ». Il vint devant Rav, qui lui dit : écris-lui — c'est-à-dire sans artifice. [Le Yerouchalmi objecte :] notre michna s'oppose à Rav, car elle dit « un homme écrit des tefillin et une mezouza pour lui-même », donc pour autrui, non. Rav l'explique comme parlant de celui qui écrit pour déposer — c'est-à-dire que Rav rapporte la michna au cas où il les garde pour après la fête, tandis que les mettre pendant la fête est permis. Dans les Halakhot Guedolot, il est tranché qu'il est interdit de mettre les tefillin à hol hamoed ; et selon le raisonnement qui exclut les Chabbats et les jours de fête du verset « de jours en jours » (miyamim yamima), il est logique qu'il exclue aussi hol hamoed. Quant à celui qui expose (Menahot 36b) « et ce sera pour toi un signe » — sont exclus les Chabbats et les jours de fête, qui sont eux-mêmes un signe —, on peut dire [qu'ils excluent aussi hol hamoed] du fait qu'on n'y accomplit de travail que pour éviter une perte. Mais cela fait difficulté selon ce que j'ai expliqué plus haut (Moed Katan 2a, s.v. machkin), que l'interdit de travail à hol hamoed est d'ordre rabbinique : comment les exclurait-on du verset ? On peut répondre : puisqu'on y mange de la matsa et qu'on y siège dans la soukka, on n'a pas besoin d'un signe. Et s'il est vrai qu'à hol hamoed on est tenu aux tefillin, on peut dire : puisqu'on y accomplit du travail, il n'y a pas de signe ; et « de jours en jours » n'exclut alors que le jour de fête, qui se distingue des autres jours.
💡 Explication

La baraita étage trois permissions. Pour Rabbi Meir, écrire pour soi est permis, et écrire pour autrui l'est aussi pourvu que ce soit betova, gracieusement : le salaire est ce qui ferait basculer le geste du côté du travail interdit.

Rabbi Yehouda refuse le travail pour autrui et admet la ha'arama, l'artifice : l'homme écrit pour lui-même, ce qui est permis, vend ce qu'il a écrit, puis recommence. La forme du geste demeure licite, son résultat est une vente.

Rabbi Yossi supprime le détour : il écrit et vend ouvertement, kedei parnassato, dans la mesure de sa subsistance. Rachi précise que cette mesure s'entend avec une certaine aisance, et ne vise pas seulement l'homme privé de pain.

🖼️ Schéma
Le scribe pendant hol hamoed : trois positions, une halakha Baraita du segment 1 : jusqu'où peut-on écrire tefillin et mezouzot pendant les jours intermédiaires ? Rabbi Meir Pour lui-même : permis Pour autrui : permis mais à titre gracieux (betova), sans aucun salaire Le salaire est ce qui ferait de ce geste un travail de semaine. Rabbi Yehouda Pour autrui : interdit Il use d'un artifice : il écrit pour lui-même, vend les siens, puis recommence Ha'arama : la forme du geste reste permise, le résultat est la vente. Rabbi Yossi Il écrit et vend à sa manière ordinaire dans la mesure de sa subsistance (kedei parnassato) Aucun détour : le besoin de vivre justifie le travail lui-même. HALAKHA — Rav à Rav Hananel, et de même Rabba bar bar Hana il écrit et vend à sa manière ordinaire, de quoi assurer sa subsistance (segments 2 et 4) DEUX LECTURES OPPOSÉES DE RABBI YOSSI, DANS LES TOSSEFOT Lecture 1 : le plus indulgent de tous il permet même contre salaire, sans artifice. Kedei parnassato ouvre la permission. Lecture 2 : le plus sévère de tous tous permettent à qui n'a rien à manger ; Rabbi Yossi borne la permission à ce seuil.
Les trois positions de la baraita, la halakha qui en sort, et les deux lectures de Rabbi Yossi.
3
אוֹרִי לֵיהּ רַב לְרַב חֲנַנְאֵל, וְאָמְרִי לַהּ רַבָּה בַּר בַּר חָנָה לְרַב חֲנַנְאֵל: הֲלָכָה, כּוֹתֵב וּמוֹכֵר כְּדַרְכּוֹ כְּדֵי פַרְנָסָתוֹ.

Rav enseigna la halakha à Rav Hananel — et certains disent que c'est Rabba bar bar Hana qui l'enseigna à Rav Hananel : la halakha est qu'il écrit et vend à sa manière ordinaire, de quoi assurer sa subsistance.

💡 Explication

Le verbe ori le désigne une décision rendue à un disciple en vue de la pratique, plus engageante qu'un enseignement théorique. Rav Hananel était scribe, ce qui donne à la question sa portée concrète : la réponse règle son métier pendant hol hamoed.

La halakha suit Rabbi Yossi, la position la plus large selon la première lecture des Tossefot. Le même arrêt sera répété au segment 4, une fois réglée la question du filage.

4
וְטוֹוֶה עַל יְרֵיכוֹ תְּכֵלֶת. תָּנוּ רַבָּנַן: טוֹוֶה אָדָם עַל יְרֵיכוֹ תְּכֵלֶת לְצִיצִיתוֹ, אֲבָל לֹא בְּאֶבֶן, דִּבְרֵי רַבִּי אֱלִיעֶזֶר. וַחֲכָמִים אוֹמְרִים: אַף בְּאֶבֶן. רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר מִשְּׁמוֹ: בְּאֶבֶן אֲבָל לֹא בְּפֶלֶךְ, וַחֲכָמִים אוֹמְרִים: בֵּין בְּאֶבֶן בֵּין בְּפֶלֶךְ.

« Et il file sur sa cuisse [la laine de] tekhelet. » Nos maîtres ont enseigné : un homme file sur sa cuisse [la laine de] tekhelet pour ses tsitsit, mais non avec une pierre — paroles de Rabbi Eliezer. Et les Sages disent : même avec une pierre.

Rabbi Yehouda dit en son nom : avec une pierre, mais non avec le fuseau. Et les Sages disent : aussi bien avec une pierre qu'avec le fuseau.

📜 Rachi (1)
אֲבָל לֹא בְּאֶבֶן שֶׁתּוֹלֶה בְּחוּט כְּדֵי שֶׁיּוּכַל לְשָׁוזְרוֹ יָפֶה:
« Mais non avec une pierre » — qu'il suspend au fil afin de pouvoir le tordre proprement.
💡 Explication

La guemara revient sur les mots de la michna pour en fixer les limites techniques. Filer consiste à tordre les fibres, et une masse suspendue au fil facilite la torsion. La pierre sert alors de poids improvisé, tandis que le pelekh, le fuseau, est l'outil propre du métier.

La discussion porte donc sur le degré de chinouy exige. Rabbi Eliezer veut que la main reste seule ; les Sages admettent la pierre, puis, dans la seconde version, le fuseau lui-même. Le segment suivant retiendra la position la plus large, en raison de l'importance de la mitsva des tsitsit.

5
אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר שְׁמוּאֵל, וְכֵן אָמַר רַבִּי חִייָּא בַּר אַבָּא אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: הֲלָכָה בֵּין בְּאֶבֶן בֵּין בְּפֶלֶךְ. וַהֲלָכָה: כּוֹתֵב כְּדַרְכּוֹ וּמוֹכֵר כְּדֵי פַרְנָסָתוֹ.

Rav Yehouda a dit au nom de Chmouel, et de même Rabbi Hiya bar Abba a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : la halakha est [qu'on file] aussi bien avec une pierre qu'avec le fuseau. Et la halakha est : il écrit à sa manière ordinaire et vend de quoi assurer sa subsistance.

💡 Explication

Deux chaînes de transmission, l'une babylonienne par Chmouel, l'autre de la terre d'Israël par Rabbi Yo'hanan, convergent sur la même décision, et cette convergence lui donne son poids.

Le second membre de la phrase reprend l'arrêt du segment 2 et clôt la sougya : le scribe travaille normalement, dans la mesure de sa subsistance. Les deux permissions reposent sur le même motif, le besoin de la mitsva joint au besoin de vivre.

6
מַתְנִי׳ הַקּוֹבֵר אֶת מֵתוֹ שְׁלֹשָׁה יָמִים קֹודֶם לָרֶגֶל — בָּטְלָה הֵימֶנּוּ גְּזֵרַת שִׁבְעָה. שְׁמוֹנָה — בָּטְלוּ הֵימֶנּוּ גְּזֵרַת שְׁלֹשִׁים.

Michna. Celui qui enterre son mort trois jours avant la fête de pèlerinage — le décret des sept est annulé pour lui.

Huit [jours avant] — le décret des trente est annulé pour lui.

📜 Rachi (3)
מַתְנֵי' הַקּוֹבֵר מֵתוֹ שְׁלֹשָׁה יָמִים קֹודֶם הָרֶגֶל הוֹאִיל וְעִיקַּר אֲבֵילוּת אֵינוֹ אֶלָּא שְׁלֹשָׁה יָמִים:
« Celui qui enterre son mort trois jours avant la fête » — puisque l'essentiel du deuil ne tient qu'aux trois premiers jours.
בָּטְלָה מִמֶּנּוּ גְּזֵרַת שִׁבְעָה דִּלְאַחַר הָרֶגֶל אֵינוֹ צָרִיךְ לִמְנוֹת יוֹתֵר:
« Le décret des sept est annulé pour lui » — car après la fête il n'a plus à compter davantage.
שְׁמוֹנָה יָמִים קֹודֶם הָרֶגֶל בָּטְלָה מִמֶּנּוּ גְּזֵרַת שְׁלֹשִׁים דְּהוֹאִיל וְהִתְחִיל יוֹם אֶחָד מִן הַשְּׁלֹשִׁים אֵינוֹ צָרִיךְ לִשְׁמוֹר כְּלוּם לְאַחַר הָרֶגֶל דִּין שְׁלֹשִׁים אֶלָּא מֻותָּר לְאַלְתַּר בְּתִכְבֹּוסֶת בְּגִיהוּץ וְתִסְפֹּורֶת:
« Huit jours » — avant la fête, le décret des trente est annulé pour lui : puisqu'il a entamé un jour des trente, il n'a plus rien à observer après la fête de la règle des trente ; il lui est aussitôt permis de laver son linge, de le lustrer (guihouts) et de se faire couper les cheveux.
🗂️ Tossefot (2)
הַקּוֹבֵר אֶת מֵתוֹ. לְהָכִי נְקַט קוֹבֵר דַּאֲבֵילוּת מַתְחֶלֶת מִשְּׁעַת סְתִימַת הַגּוֹלֵל כִּדְאָמְרִינַן לְקַמָּן (מוֹעֵד קָטָן דַּף כז.):
« Celui qui enterre son mort. » Si la michna dit « enterre », c'est que le deuil commence au moment où l'on scelle la pierre du tombeau (setimat hagolel), comme nous le disons plus loin (Moed Katan 27a).
שְׁלֹשָׁה יָמִים. כָּךְ הוּא עִיקַּר אֲבֵילוּת לְכַמָּה מִילֵּי וְאָמְרִינַן לְקַמָּן (שָׁם:) שְׁלֹשָׁה יָמִים לִבְכִי:
« Trois jours. » Tel est l'essentiel du deuil sur plusieurs points, et nous disons plus loin (ibid.) : trois jours pour les pleurs.
💡 Explication

Une michna nouvelle ouvre un sujet nouveau : la rencontre du deuil (avelout) et de la fête de pèlerinage (reguel). Le deuil comporte deux périodes, les sept jours, les plus lourds, et les trente jours, qui interdisent surtout la coupe des cheveux, le linge lavé et le vêtement lustré.

Le compte part de l'ensevelissement et non du décès : les Tossefot le déduisent du mot « enterre ». Trois jours suffisent à annuler les sept, parce que l'essentiel du deuil, selon Rachi, tient à ces trois premiers jours. Huit jours suffisent à annuler les trente, parce qu'un jour au moins de la seconde période a déjà été entamé.

Le verbe batela, annulé, fera l'objet du débat du segment 9 : supprime-t-il la période elle-même, ou seulement ses interdits ?

🖼️ Schéma
Le deuil interrompu par la fête : trois jours, huit jours La michna du segment 5. Le compte part de l'ensevelissement, moment où le deuil commence. CAS A — trois jours de deuil avant la fête : le décret des sept est annulé 3 jours de deuil LA FÊTE DE PÈLERINAGE rien à achever après la fête Rachi : l'essentiel du deuil tient aux trois premiers jours. CAS B — huit jours de deuil avant la fête : le décret des trente est annulé 8 jours de deuil LA FÊTE DE PÈLERINAGE linge, guihouts et coupe permis aussitôt Un jour au moins des trente a déjà été entamé après les sept. CAS C — il enterre son mort pendant la fête : rien n'est annulé LA FÊTE — ses jours ne comptent pas sept jours entiers à s'asseoir après La fête interrompt un deuil déjà commencé ; elle ne peut interrompre un deuil qui n'avait pas commencé avant elle. Rachi ajoute que trois jours n'est pas à prendre à la lettre : même une heure avant la fête suffit à annuler les sept.
Trois jours, huit jours, ou pendant la fête : ce que le reguel annule du deuil.
7
מִפְּנֵי שֶׁאָמְרוּ: שַׁבָּת עוֹלָה, וְאֵינָהּ מַפְסֶקֶת. רְגָלִים מַפְסִיקִין, וְאֵינָן עוֹלִין.

Car ils ont dit : le Chabbat compte et n'interrompt pas ; les fêtes de pèlerinage interrompent et ne comptent pas.

📜 Rachi (4)
שַׁבָּת עוֹלֶה אֵירַע שַׁבָּת בִּימֵי אֶבְלוֹ עוֹלֶה לְמִנְיַן שִׁבְעָה:
« Le Chabbat compte » — si un Chabbat tombe pendant ses jours de deuil, il entre dans le compte des sept.
וְאֵינָהּ מַפְסֶקֶת דִּלְאַחַר שַׁבָּת צָרִיךְ לְהַשְׁלִים שִׁבְעָה יְמֵי אֲבֵלוּת עִם הַשַּׁבָּת:
« Et il n'interrompt pas » — car après le Chabbat il doit achever les sept jours de deuil, le Chabbat inclus.
וְהָרַגְלַיִם מַפְסִיקִין דְּכִי קָבַר מֵתוֹ שְׁלֹשָׁה יָמִים קֹודֶם הָרֶגֶל מַפְסִיק הָאֲבֵילוּת לְגַמְרֵי וּלְאַחַר הָרֶגֶל אֵין מַשְׁלִים כְּלוּם:
« Et les fêtes interrompent » — car lorsqu'il a enterré son mort trois jours avant la fête, celle-ci interrompt le deuil entièrement, et après la fête il n'achève rien.
וְאֵין עוֹלִין דְּכִי קָבַר מֵתוֹ בְּתוֹךְ הָרֶגֶל דְּלָא בָּטְלָה מִמֶּנּוּ גְּזֵרַת ז' אֵין יְמֵי הָרֶגֶל עוֹלִין לְמִנְיַן ז' יְמֵי אֲבֵילוּת אֶלָּא לְאַחַר הָרֶגֶל צָרִיךְ לֵישֵׁב ז' יְמֵי אֲבֵילוּת זוֹ הִיא סְבָרָתִי אֲבָל בַּהֶעְתֵּק מָצָאתִי וְאֵין עוֹלִין דְּכִי קָבַר אֶת מֵתוֹ שְׁנֵי יָמִים לִפְנֵי הָרֶגֶל דְּלָא בָּטְלָה מִמֶּנּוּ גְּזֵרַת שִׁבְעָה אֵין יְמֵי הָרֶגֶל עוֹלִין לְמִנְיַן שִׁבְעַת יְמֵי אֶבְלוֹ אֶלָּא לְאַחַר הָרֶגֶל צָרִיךְ לֵישֵׁב ה' יְמֵי אֲבֵלוּת לְהַשְׁלִים לִשְׁנֵי יָמִים שֶׁנָּהַג לִפְנֵי הָרֶגֶל וַאֲנִי אוֹמֵר כִּי טָעוּת סוֹפֵר הוּא דְּמַה שֶׁנִּזְכַּר שְׁלֹשָׁה יָמִים לִפְנֵי הָרֶגֶל לָאו דַּוְקָא וַאֲפִילּוּ שָׁעָה אַחַת לִפְנֵי הָרֶגֶל בָּטְלָה מִמֶּנּוּ גְּזֵרַת שִׁבְעָה דְּהָרֶגֶל מַפְסִיק:
« Et elles ne comptent pas » — car lorsqu'il a enterré son mort pendant la fête, où le décret des sept n'est pas annulé pour lui, les jours de la fête n'entrent pas dans le compte des sept jours de deuil ; il doit au contraire s'asseoir sept jours de deuil après la fête. Tel est mon raisonnement. Mais j'ai trouvé dans une copie : « et elles ne comptent pas » — car lorsqu'il a enterré son mort deux jours avant la fête, où le décret des sept n'est pas annulé pour lui, les jours de la fête n'entrent pas dans le compte de ses sept jours de deuil ; il doit au contraire s'asseoir cinq jours de deuil après la fête, pour compléter les deux jours observés avant elle. Et je dis que c'est une erreur de copiste, car la mention de trois jours avant la fête n'est pas à prendre à la lettre : même une heure avant la fête, le décret des sept est annulé pour lui, puisque la fête interrompt.
💡 Explication

La michna énonce le principe qui commande tout le reste. Deux questions distinctes se posent à propos de chaque jour sacré : olé, compte-t-il dans le décompte des sept ? et mafsik, interrompt-il le deuil déjà commencé ?

Le Chabbat répond oui à la première et non à la seconde : on n'y montre pas le deuil en public, mais il entre dans le compte, et le deuil reprend au soir. La fête répond à l'inverse : elle efface le deuil commencé avant elle, tandis que ses propres jours ne paient aucun jour de deuil.

Rachi rapporte ici deux versions de la dernière clause et tranche contre celle qu'il a trouvée dans une copie : la mention de trois jours n'est pas à prendre à la lettre, car même une heure de deuil avant la fête suffit à en faire tomber le décret des sept.

🖼️ Schéma
Deux questions distinctes : compter, et interrompre Compte-t-il dans les sept ? (olé) Interrompt-il le deuil ? (mafsik) LE CHABBAT un jour, chaque semaine OUI, il compte on n'y montre pas le deuil en public NON le deuil reprend après, jusqu'aux sept LA FÊTE (reguel) Pessa'h, Chavouot, Soukkot NON ses jours n'entrent pas dans le compte OUI, elle interrompt le deuil déjà commencé s'arrête là Conséquence pratique Le Chabbat allège un jour de deuil tout en le décomptant ; la fête efface le deuil commencé, mais ne paie aucun de ses jours.
Compter et interrompre : deux propriétés indépendantes, réparties entre le Chabbat et la fête.
8
רַבִּי אֱלִיעֶזֶר אוֹמֵר: מִשֶּׁחָרַב בֵּית הַמִּקְדָּשׁ, עֲצֶרֶת כְּשַׁבָּת.

Rabbi Eliezer dit : depuis la destruction du Temple, Atseret est comme le Chabbat.

📜 Rachi (2)
מִשֶּׁחָרַב בֵּית הַמִּקְדָּשׁ שֶׁאֵין לַעֲצֶרֶת תַּשְׁלוּמִין כָּל ז' וְאֵינוֹ אֶלָּא יוֹם אֶחָד:
« Depuis la destruction du Temple » — car Atseret n'a plus de jours de rattrapage (tachloumin) sur sept jours, et ne dure plus qu'un seul jour.
כְּשַׁבָּת וְדִינוֹ כְּשַׁבָּת דְּעוֹלָה וְאֵינָהּ מַפְסֶקֶת:
« Comme le Chabbat » — sa règle est celle du Chabbat : il compte et n'interrompt pas.
💡 Explication

Atseret désigne ici Chavouot. Du temps du Temple, les offrandes de fête qui n'avaient pu être apportées le jour même pouvaient l'être pendant les six jours suivants ; ces jours de rattrapage, les tachloumin, prolongeaient la fête à la manière des sept jours de Pessa'h et de Soukkot.

Le Temple détruit, Chavouot se réduit à un seul jour. Rabbi Eliezer en tire une conséquence pour le deuil : un jour isolé n'a pas la force d'interrompre, et Atseret compte désormais dans les sept sans les faire tomber, exactement comme le Chabbat.

9
רַבָּן גַּמְלִיאֵל אוֹמֵר: רֹאשׁ הַשָּׁנָה וְיוֹם הַכִּפּוּרִים כָּרְגָלִים. וַחֲכָמִים אוֹמְרִים: לֹא כְּדִבְרֵי זֶה וְלֹא כְּדִבְרֵי זֶה, אֶלָּא: עֲצֶרֶת כִּרְגָלִים, רֹאשׁ הַשָּׁנָה וְיוֹם הַכִּפּוּרִים כַּשַּׁבָּת.

Rabban Gamliel dit : Roch Hachana et Yom Kippour sont comme les fêtes de pèlerinage. Et les Sages disent : ni comme les paroles de celui-ci, ni comme les paroles de celui-là, mais : Atseret est comme les fêtes de pèlerinage, Roch Hachana et Yom Kippour sont comme le Chabbat.

📜 Rachi (1)
רֹאשׁ הַשָּׁנָה כְּשַׁבָּת הוֹאִיל וְאֵינוֹ אֶלָּא יוֹם אֶחָד:
« Roch Hachana est comme le Chabbat » — puisqu'il ne dure qu'un seul jour.
💡 Explication

Deux critères s'affrontent. Pour Rabban Gamliel, ce qui fait la force d'un jour est son rang de moed : Roch Hachana et Yom Kippour portent ce nom, donc ils interrompent le deuil et ne comptent pas. Pour Rabbi Eliezer, au segment précédent, le critère est la durée réelle, ce qui range Atseret du côté du Chabbat.

Les Sages écartent les deux avis et redistribuent : Atseret garde son rang de fête de pèlerinage malgré la perte des tachloumin, tandis que Roch Hachana et Yom Kippour, jours uniques, suivent la règle du Chabbat. Cette dernière position a été retenue en pratique.

🖼️ Schéma
Atseret, Roch Hachana, Yom Kippour : trois positions Être rangé du côté du Chabbat, c'est compter sans interrompre ; du côté de la fête, interrompre sans compter. Rabbi Eliezer Atseret = Chabbat depuis la destruction du Temple, elle n'a plus de tachloumin sur sept jours : un seul jour Le critère retenu est la durée réelle : un jour isolé n'a pas la force d'interrompre le deuil. Roch Hachana et Yom Kippour : non évoqués dans sa phrase. Rabban Gamliel Roch Hachana = reguel Yom Kippour = reguel ils interrompent le deuil et ne comptent pas Le critère retenu est le rang de moed que la Torah leur donne, indépendamment de leur durée. Les Sages Atseret = reguel Roch Hachana = Chabbat Yom Kippour = Chabbat Atseret garde son rang de reguel malgré la perte des tachloumin ; les deux jours de Tichri sont des jours uniques, comme le Chabbat. Ni comme celui-ci, ni comme celui-là. Nafka mina : un endeuillé de deux jours à la veille de Roch Hachana. Pour Rabban Gamliel son deuil est clos ; pour les Sages il achèvera ses sept jours après.
Rabbi Eliezer, Rabban Gamliel et les Sages : deux critères, trois répartitions.
10
גְּמ׳ אָמַר רַב: גְּזֵרוֹת — בָּטְלוּ, יָמִים — לֹא בָּטְלוּ, וְכֵן אָמַר רַבִּי הוּנָא: גְּזֵרוֹת — בָּטְלוּ, יָמִים — לֹא בָּטְלוּ. וְרַב שֵׁשֶׁת אָמַר: אֲפִילּוּ יָמִים נָמֵי בָּטְלוּ.

Guemara. Rav a dit : les décrets sont annulés, les jours ne sont pas annulés.

Et de même a dit Rabbi Houna : les décrets sont annulés, les jours ne sont pas annulés. Et Rav Chechet a dit : même les jours sont annulés.

📜 Rachi (1)
גְּמ' גְּזֵרַת שְׁלֹשִׁים בָּטְלוּ אֲבָל יָמִים לֹא בָּטְלוּ שְׁלֹשִׁים יוֹם לֹא בָּטְלוּ דַּעֲדַיִין תְּלוּיִין וְעוֹמְדִים:
« Les décrets » — [ceux] des trente sont annulés, mais les jours ne sont pas annulés : les trente jours ne sont pas annulés, car ils demeurent encore en suspens.
💡 Explication

La guemara interroge le verbe de la michna. Annuler peut recevoir deux sens : lever les interdits attachés à la période, ou supprimer la période elle-même.

Rav et Rabbi Houna séparent les deux : les gzerot, les décrets, tombent, tandis que les yamim, les jours, demeurent en suspens et peuvent reprendre leur effet après la fête. Rav Chechet applique l'annulation aux deux à la fois.

Le segment suivant produira le cas concret où cette distinction devient visible.

🖼️ Schéma
Que veut dire annuler ? Les décrets et les jours La michna dit : le décret des trente est annulé pour lui Rav, et de même Rabbi Houna Les décrets sont annulés les interdits eux-mêmes tombent : il peut se couper les cheveux la veille de la fête Les jours ne sont pas annulés les trente jours demeurent en suspens et reprennent leur effet après la fête Rav Chechet Même les jours sont annulés la fête efface la période entière : rien n'en subsiste après elle Annuler signifie ici supprimer, là où Rav lisait suspendre. LE CAS QUI DÉPARTAGE (segment 10) Huit jours de deuil, puis la fête. Il pouvait se couper les cheveux la veille de la fête, et il ne l'a pas fait. Pour Rav : l'interdit de se couper les cheveux revient après la fête, jusqu'au terme des trente jours. Pour Rav Chechet : plus rien ne le retient une fois la fête passée.
Les décrets et les jours : deux sens du mot annuler, et le cas qui les sépare.
11
מַאי טַעְמָא יָמִים לֹא בָּטְלוּ? שֶׁאִם לֹא גִּילַּח עֶרֶב הָרֶגֶל — אָסוּר לְגַלֵּחַ אַחַר הָרֶגֶל.

Quelle est la raison pour laquelle les jours ne sont pas annulés ? [Elle se voit en ceci :] que s'il ne s'est pas coupé les cheveux la veille de la fête, il lui est interdit de se les couper après la fête.

📜 Rachi (3)
מַאי טַעְמָא יָמִים לֹא בָּטְלוּ כְּלוֹמַר בְּאֵיזֶה עִנְיָן לֹא בָּטְלוּ יָמִים:
« Quelle est la raison pour laquelle les jours ne sont pas annulés » — c'est-à-dire : à quel égard les jours ne sont-ils pas annulés ?
שֶׁאִם לֹא גִּילַּח עֶרֶב הָרֶגֶל דְּכִי בָּטְלוּ גְּזֵרַת שְׁלֹשִׁים וְאִיבְּעִי לֵיהּ לְגַלּוֹחֵי עֶרֶב הָרֶגֶל וְלֹא גִּילַּח:
« S'il ne s'est pas coupé les cheveux la veille de la fête » — car, le décret des trente étant annulé, il aurait dû se couper les cheveux la veille de la fête, et il ne l'a pas fait.
אָסוּר לְגַלֵּחַ אַחַר הָרֶגֶל כָּל שְׁלֹשִׁים יוֹם:
« Il lui est interdit de se couper les cheveux après la fête » — durant tous les trente jours.
🗂️ Tossefot (2)
מַאי טַעְמָא לֹא בִּטְּלוֹ. הָכָא הֲוָה נִיחָא טְפֵי לִגְרֹוס יָמִים לְעִנְיַן מַאי לֹא בִּטְּלוּ וְאֵין צָרִיךְ לְהַגִּיהַּ דְּהִיא הִיא:
« Quelle est la raison pour laquelle ils ne sont pas annulés. » Ici il serait plus aisé de lire : « les jours, à quel égard ne sont-ils pas annulés ? » ; il n'est pourtant pas nécessaire de corriger le texte, car cela revient au même.
שֶׁאִם לֹא גִּילַּח עֶרֶב הָרֶגֶל כו'. וְנִרְאֶה לִי דה"ה לֹא כִּיבֵּס וְלֹא רָחַץ עֶרֶב הָרֶגֶל אִם מֻותָּר לִרְחֹוץ וּלְכַבֵּס מִבְּעֶרֶב יו"ט וְלֹא כִּיבֵּס וְלֹא רָחַץ לֹא יְכַבֵּס בָּרֶגֶל וְהַשְׁתָּא נִיחָא הָא דְּקָתָנֵי גְּזֵרַת שִׁבְעָה בָּטְלוּ הָא יָמִים לֹא בָּטְלוּ וּמִיהוּ קַשְׁיָא לָן דְּקָאָמַר בְּסָמוּךְ שֶׁכְּשֵׁם שֶׁמִּצְוַת שְׁלֹשָׁה מְבַטֶּלֶת גְּזֵרַת שִׁבְעָה אֲפִילּוּ לְתַנָּא קַמָּא דִּמְבַטֶּלֶת אֲפִילּוּ יָמִים שֶׁמֵּבִיא אַבָּא שָׁאוּל רְאָיָה לְמִצְוַת שְׁלֹשִׁים שֶׁבִּטְּלוּ לְגַמְרֵי אֲפִילּוּ יָמִים והרי"ן פִּי' דְּדַוְקָא לֹא גִּילַּח אֲבָל לֹא כִּיבֵּס לֹא דְּמֻותָּר לְכַבֵּס אֲפִילּוּ לֹא כִּיבֵּס שֶׁהוּא צֹורֶךְ גָּדוֹל יוֹתֵר וְאֵין נִרְאֶה לִי טַעְמוֹ דְּאִם הוּא צֹורֶךְ גָּדוֹל כ"ש שֶׁיֵּשׁ לָנוּ לְקָנְסוֹ בְּשֶׁלֹּא עָשָׂה קֹודֶם הָרֶגֶל וְנִכְנַס בָּרֶגֶל וּלְפֵירוּשׁ הַקּוּנְטְרֵס דִּמְפָרֵשׁ לְקַמָּן שֶׁאִם חָל שְׁלִישִׁי לִהְיוֹת עֶרֶב הָרֶגֶל שֶׁאָסוּר בִּרְחִיצָה עַד הָעֶרֶב זֶהוּ עַד שֶׁחָשְׁכָה אִם כֵּן לֹא שַׁייָּךְ לְקָנְסוֹ בְּמַה שֶׁלֹּא רָחַץ וְלֹא כִּבֵּס וא"כ יָמִים לְעִנְיַן מַאי לֹא בִּטְּלוּ גַּבֵּי שִׁבְעָה מִיהוּ יֵשׁ לוֹמַר דְּאִם לֹא רָחַץ בָּרֶגֶל אָסוּר לִרְחֹוץ אַחַר הָרֶגֶל וְעוֹד יֵשׁ לוֹמַר אַגַּב דִּנְקַט סֵיפָא גְּזֵרַת נְקַט בְּרֵישָׁא גְּזֵרַת וְעוֹד נִרְאֶה לִי דְּרֵישָׁא ה"פ שְׁלֹשָׁה יָמִים בָּטְלָה גְּזֵרַת שִׁבְעָה הָא שְׁנֵי יָמִים לֹא בָּטְלָה גְּזֵרַת מ"מ פִּי' אֱמֶת מִדְּקָאָמַר בְּסָמוּךְ שֶׁכְּשֵׁם שֶׁגְּזֵרַת שְׁלֹשָׁה מְבַטֶּלֶת גְּזֵרַת ז' כו' מַשְׁמַע שֶׁזֶּה פָּשׁוּט אֲפִילּוּ לת"ק וְהַשְׁתָּא תֵּימַהּ לִי דְּכִי מְשַׁנֵּי שֶׁאִם לֹא גִּילַּח בּוֹ תִּינַח סֵיפָא אֲבָל בְּרֵישָׁא דְּקָאָמַר בָּטְלָה הֵימֶנּוּ גְּזֵרַת ז' אַמַּאי נְקַט גְּזֵרַת וּלְעִנְיַן מַאי קָאָמַר יָמִים לֹא בָּטְלוּ וי"ל דְּאַגַּב דִּנְקַט סֵיפָא גְּזֵרַת תְּנָא נָמֵי רֵישָׁא גְּזֵרַת וְעוֹד נִרְאֶה לִי דְּרֵישָׁא ה"פ שְׁלֹשָׁה יָמִים בָּטְלָה גְּזֵרַת ז' הָא שְׁנֵי יָמִים בָּטְלוּ גְּזֵרַת הָא יָמִים לֹא בָּטְלוּ לְעִנְיָן דְּנוֹהֵג דְּבָרִים שֶׁבְּצִינְעָא:
« S'il ne s'est pas coupé les cheveux la veille de la fête, etc. » Il me semble qu'il en va de même s'il n'a pas lavé son linge et ne s'est pas lavé la veille de la fête : s'il lui était permis de se laver et de laver son linge dès la veille du jour de fête et qu'il ne l'a pas fait, il ne lavera pas pendant la fête. Ainsi s'explique bien ce qui est enseigné : le décret des sept est annulé, donc les jours ne le sont pas. Toutefois cela nous fait difficulté, car il est dit plus bas que, de même que l'accomplissement des trois [jours] annule le décret des sept — même selon le premier Tana, qui annule jusqu'aux jours —, Abba Chaoul en tire une preuve pour l'accomplissement des trente, qui sont annulés entièrement, jusqu'aux jours. Le Ri-n a expliqué que cela vaut précisément pour celui qui ne s'est pas coupé les cheveux, mais non pour le linge : il est permis de laver même s'il ne l'a pas fait auparavant, car c'est un besoin plus grand. Son raisonnement ne me paraît pas juste : si le besoin est plus grand, à plus forte raison faut-il le pénaliser pour ne pas l'avoir fait avant la fête et être entré ainsi dans la fête. Et selon l'explication du Contres, qui explique plus loin que si le troisième jour tombe la veille de la fête il est interdit dans la toilette jusqu'au soir — c'est-à-dire jusqu'à la tombée de la nuit —, on ne peut alors le pénaliser pour ne s'être pas lavé ni avoir lavé son linge ; et s'il en est ainsi, à quel égard les jours ne sont-ils pas annulés pour les sept ? On peut cependant dire que s'il ne s'est pas lavé pendant la fête, il lui est interdit de se laver après la fête. On peut dire encore que, du fait que la seconde partie [de la michna] emploie le mot « décret », la première partie l'emploie aussi. Il me semble encore que la première partie signifie : trois jours, le décret des sept est annulé ; deux jours, le décret n'est pas annulé. Quoi qu'il en soit, l'explication vraie ressort de ce qui est dit plus bas : « de même que l'accomplissement des trois annule le décret des sept, etc. », ce qui montre que la chose est évidente même selon le premier Tana. Il m'est alors étonnant que, lorsqu'on répond « s'il ne s'est pas coupé les cheveux », cela convienne à la seconde partie, tandis que dans la première, où il est dit « le décret des sept est annulé pour lui », pourquoi emploie-t-on le mot « décret », et à quel égard dit-on que les jours ne sont pas annulés ? On peut répondre que, du fait que la seconde partie emploie « décret », le Tana l'a employé aussi dans la première. Il me semble encore que la première partie signifie : trois jours, le décret des sept est annulé ; deux jours, le décret est annulé, mais les jours ne le sont pas, en ce qu'il observe encore les choses privées (devarim chebetsin'a).
💡 Explication

Rachi reformule la question : à quel égard, concrètement, les jours ne sont-ils pas annulés ? Le cas visé est celui de l'homme qui a enterré son mort huit jours avant la fête. Le décret des trente étant tombé, il pouvait se couper les cheveux la veille de la fête, et il ne l'a pas fait.

Pour Rav, l'interdit revient après la fête jusqu'au terme des trente jours, preuve que les jours subsistaient. Pour Rav Chechet, plus rien ne le retient. Les Tossefot étendent la question au linge et à la toilette, et rapportent l'avis contraire du Ri-n, qui réserve cette rigueur à la seule coupe des cheveux.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).