Moed_Katan 20a — La fête et le compte des trente jours, le renversement du lit, et la nouvelle proche ou lointaine

Moed_Katan 20a

Sougya : Le folio achève d'abord la baraita sur le deuil interrompu par la fête et en dégage la règle générale : ce qui relève du deuil proprement dit, la fête l'interrompt ; ce qui relève de l'intervention du public, elle ne l'interrompt pas. Deux baraitot sont ensuite opposées à Rava, qui soutenait que la fête ne compte pas pour les trente jours quand l'ensevelissement a eu lieu pendant la fête : la seconde est une réfutation décisive, et Ravin rapporte au nom de Rabbi Yo'hanan que la fête compte même dans ce cas.

Vient la question du renversement du lit accompli avant la fête — trois jours selon Rabbi Eliezer, un jour ou une heure selon les Sages, que Rabbi Elazar fils de Rabbi Chimon rattache à Beth Chammai et Beth Hillel ; Rava tranche comme le tana de la baraita, Rabbi Yo'hanan et Ravina comme les Sages. La dernière partie dérive du verset d'Amos les sept jours de deuil et le jour unique de la nouvelle lointaine, puis oppose Rabbi Akiva aux Sages sur la nouvelle proche et lointaine : la halakha suit Rabbi Akiva, parce que l'on suit celui qui allège en matière de deuil.

Deux cas pratiques venus de Bé Hozai, une objection sur le père et la mère écartée comme opinion individuelle, et l'ouverture du récit de Rav montant auprès de Rabbi Hiya closent le folio.

La fête compte-t-elle pour les trente jours de deuil ? Cas 1 : enseveli AVANT la fête le deuil a déjà commencé, la fête arrive ensuite tout le monde l'accorde Cas 2 : enseveli PENDANT la fête le deuil ne commence qu'après la fête c'est là que porte le débat La fête compte pour les trente jours Rava : elle ne compte pas sept jours de deuil après la fête, puis trente jours comptés à partir de la 1re baraita (segment 1) : enseveli 3 jours avant la fin de la fête. Rava répond : la phrase finale renvoie au début, pas à la fin 2e baraita (segment 3) : enseveli AU DÉBUT de la fête, et la fête lui compte. teyouvta — réfutation décisive de Rava Conclusion du folio (segment 4) Ravin au nom de Rabbi Yo'hanan : même enseveli pendant la fête, elle compte Rabbi Elazar instruit de même Rabbi Pedat son fils Conséquence pratique les sept jours et les trente jours ne se comptent pas depuis le même point de départ Les sept jours partent de la fin de la fête ; les trente partent du jour de l'ensevelissement.
Segments 0 à 4 : le débat sur la fête et le compte des trente jours, jusqu'à la réfutation de Rava.
Le renversement du lit avant la fête : combien de temps faut-il l'avoir accompli ? kefiyat hamita — retourner les lits de la maison, rite de deuil annulé par la fête Trois jours Rabbi Eliezer (baraita) Beth Chammai, selon Rabbi Elazar fils de Rabbi Chimon moins de trois jours : il faut reprendre après la fête Un jour, même une heure les Sages (baraita) Beth Hillel, selon Rabbi Elazar fils de Rabbi Chimon une heure suffit : la fête annule le reste Rava tranche comme ce tana halakha ketana didan — trois jours position la plus sévère Rabbi Yo'hanan, puis Ravina à Soura : même un jour, même une heure position la plus légère Nafka mina celui qui a enseveli son mort la veille de la fête au crépuscule doit-il renverser à nouveau ses lits après la fête
Segments 5 à 8 : le renversement du lit avant la fête — les positions et les deux tranchements opposés.
Nouvelle proche et nouvelle lointaine : quel deuil observer ? décès 30e jour chemoua keroba — nouvelle proche chemoua rehoka — nouvelle lointaine Rabbi Akiva apprise dans les trente jours sept jours et trente jours deuil complet Rabbi Akiva apprise après les trente jours un seul jour tiré d'Atseret, appelée fête d'un jour Les Sages aucune différence : proche ou lointaine, toujours sept jours et trente jours Halakha : comme Rabbi Akiva, bien qu'il soit seul et qu'il allège Chemouel : halakha kedivré hamékil beavel — en matière de deuil on suit celui qui allège La baraita qui exceptait le père et la mère est écartée par Rava comme opinion individuelle, appuyée sur les cas de Rabbi Tsadok et de Rabbi Ahiya.
Segments 10 à 15 : nouvelle proche et nouvelle lointaine, et la raison du tranchement comme Rabbi Akiva.
1
שֶׁכְּבָר נִתְעַסְּקוּ בּוֹ בָּרֶגֶל. כָּלְלוּ שֶׁל דָּבָר: כָּל שֶׁהוּא מִשּׁוּם אֵבֶל — רֶגֶל מַפְסִיקוֹ. וְכָל שֶׁהוּא מִשּׁוּם עִסְקֵי רַבִּים — אֵין רֶגֶל מַפְסִיקוֹ.

Car on s'est déjà occupé de lui pendant la fête. Règle générale en la matière : tout ce qui relève du deuil, la fête l'interrompt ; et tout ce qui relève de l'affaire du public, la fête ne l'interrompt pas.

📜 Rachi (2)
כָּל שֶׁהוּא מִשּׁוּם אֵבֶל רֶגֶל מַפְסִיקוֹ שֶׁצָּרִיךְ לְהַשְׁלִימוֹ אַחַר הָרֶגֶל כֵּיוָן דְּכִי יָשַׁב שְׁנֵי יָמִים לִפְנֵי הָרֶגֶל צָרִיךְ לְהַשְׁלִים וְלֵישֵׁב חֲמִשָּׁה יָמִים אַחַר הָרֶגֶל:
Car il doit le compléter après la fête : puisque, s'il s'est assis deux jours avant la fête, il doit compléter et s'asseoir cinq jours après la fête.
כָּל שֶׁהוּא מִשּׁוּם עִסְקֵי רַבִּים כְּלוֹמַר תַּנְחוּמֵי רַבִּים אֵין רֶגֶל מַפְסִיקוֹ [כְּדֵי] שֶׁיְּהֵא צָרִיךְ לְהַשְׁלִים וְלַעֲסֹוק בּוֹ אַחַר הָרֶגֶל אֶלָּא מִתְעַסְּקִין בּוֹ בָּרֶגֶל:
C'est-à-dire les consolations du public : la fête ne les interrompt pas, de sorte qu'il faudrait compléter et s'occuper de lui après la fête ; on s'occupe de lui pendant la fête même.
🗂️ Tossefot (1)
שֶׁכְּבָר נִתְעַסְּקוּ בּוֹ בָּרֶגֶל. תַּנְחוּמִין וּבְרָכָה בְּשׁוּרָה והרי"ט דְּפֵירֵשׁ לְעִנְיַן הַבְרָאָה חוֹלֵק עַל מַחֲזוֹר ויטר"י שֶׁפֵּירֵשׁ בְּשֵׁם רַשִׁ"י שֶׁהָיָה אוֹמֵר שֶׁאֵין עוֹשִׂים הַבְרָאָה בָּרֶגֶל הוֹאִיל וְלֵיכָּא אֲבֵילוּת וּלְאַחַר הָרֶגֶל נָמֵי לֹא יַעֲשׂוּהָ הוֹאִיל וּבָטְלָה סְעוּדָה רִאשׁוֹנָה פִּי' דִּמְסַפְּקָא לֵיהּ לְרַשִׁ"י אִי הַבְרָאָה בַּמּוֹעֵד אִי לְאַחַר הַמּוֹעֵד דְּשֶׁמָּא הַבְרָאָה אֵינוֹ עִסְקֵי רַבִּים הוֹאִיל וְיָחִיד יָכוֹל לַעֲשׂוֹת וְעַל הַבְרָאָה פֵּירֵשׁ לְקַמָּן כָּל יוֹם רִאשׁוֹן אָסוּר לֶאֱכֹול מִשֶּׁלּוֹ אַפֵּי' אוֹכֵל שְׁתֵּי פְּעָמִים בַּיּוֹם דְּהָא לָא קָאָמַר גְּמָרָא סְעוּדָה רִאשׁוֹנָה אֶלָּא יוֹם רִאשׁוֹן:
« Car on s'est déjà occupé de lui pendant la fête. » Il s'agit des consolations et de la bénédiction dite dans la rangée. Le Rits, qui a expliqué cela au sujet du repas de condoléances (seouda havraa), s'oppose au Mahzor Vitry, lequel a expliqué au nom de Rachi que l'on ne fait pas le repas de condoléances pendant la fête puisqu'il n'y a pas de deuil, et qu'on ne le fera pas non plus après la fête puisque le premier repas est passé. Explication : Rachi était dans le doute — le repas de condoléances se fait-il pendant la fête ou après la fête, car peut-être ne relève-t-il pas de l'affaire du public, puisqu'un particulier peut le faire. Et au sujet du repas de condoléances il a expliqué plus loin : tout le premier jour il est interdit de manger de ce qui lui appartient, même s'il mange deux fois dans la journée, car la guemara n'a pas dit « le premier repas » mais « le premier jour ».
💡 Explication

La michna précédente enseignait que celui qui enterre son mort trois jours avant la fête voit les sept jours de deuil annulés par elle. La baraita dégage ici le klal, la règle qui commande toute la sougya : il faut distinguer selon la personne à qui l'obligation incombe.

Ce qui pèse sur l'endeuillé lui-même — michoum avel — est suspendu par la fête, qui interdit les signes de deuil ; le compte reprend après elle, jusqu'à sept jours au total. Ce qui incombe à la communauté — michoum iské rabim, les consolations — n'est pas suspendu : le public vient consoler pendant la fête elle-même, et rien ne reste à compléter ensuite.

🖼️ Schéma
La règle générale : ce que la fête interrompt et ce qu'elle n'interrompt pas Une obligation du deuil rencontre la fête Elle incombe à l'endeuillé lui-même michoum avel — renversement du lit, interdits Elle incombe au public michoum iské rabim — consolations, rangée La fête l'interrompt rien pendant la fête, on complète après : deux jours avant, cinq jours après La fête ne l'interrompt pas on s'occupe de lui pendant la fête même, et il n'y a rien à compléter ensuite
Le critère de la baraita : à qui l'obligation incombe-t-elle.
2
קְבָרוֹ שְׁלֹשָׁה יָמִים בְּסוֹף הָרֶגֶל — מוֹנֶה שִׁבְעָה אַחַר הָרֶגֶל, אַרְבָּעָה יָמִים הָרִאשׁוֹנִים — רַבִּים מִתְעַסְּקִין בּוֹ, שְׁלֹשָׁה יָמִים הָאַחֲרוֹנִים — אֵין רַבִּים מִתְעַסְּקִין בּוֹ, שֶׁכְּבָר נִתְעַסְּקוּ [בּוֹ] בָּרֶגֶל, וְרֶגֶל עוֹלֶה לוֹ.

S'il l'a enseveli trois jours avant la fin de la fête, il compte sept jours après la fête. Les quatre premiers jours, le public s'occupe de lui ; les trois derniers jours, le public ne s'occupe pas de lui, car on s'est déjà occupé de lui pendant la fête.

Et la fête lui compte.

📜 Rachi (2)
אַרְבָּעָה יָמִים הָרִאשׁוֹנִים שֶׁל אַחַר הָרֶגֶל רַבִּים מִתְעַסְּקִים בּוֹ וּמַשְׁלִימִין לִשְׁלֹשָׁה שֶׁנִּתְעַסְּקוּ בָּרֶגֶל שֶׁכְּבָר נִתְעַסְּקוּ בּוֹ בָּרֶגֶל שְׁלֹשָׁה יָמִים:
Ceux qui suivent la fête : le public s'occupe de lui, et ces jours complètent les trois pendant lesquels on s'est occupé de lui durant la fête — car on s'est déjà occupé de lui trois jours pendant la fête.
וְרֶגֶל עוֹלֶה לְמִנְיַן שְׁלֹשִׁים:
Pour le compte des trente jours.
🗂️ Tossefot (1)
שְׁלֹשָׁה יָמִים אַחֲרוֹנִים אֵין רַבִּים מִתְעַסְּקִין בּוֹ. פֵּירֵשׁ בַּתּוֹסָפוֹת דְּהוּא הַדִּין דִּמְלַאכְתּוֹ נַעֲשֵׂית ע"י אֲחֵרִים:
« Les trois derniers jours, le public ne s'occupe pas de lui. » Il a été expliqué dans les Tossefot qu'il en va de même pour son travail : il est fait par d'autres.
💡 Explication

Application du klal au cas où la fête arrive avant que le deuil ait pu commencer. Le deuil proprement dit se compte en entier après la fête, sept jours pleins. Les visites de consolation, elles, ont déjà eu lieu pendant les trois jours de fête qui ont suivi l'ensevelissement : il n'en reste donc que quatre à accomplir.

La dernière phrase, « la fête lui compte », vise le compte des trente jours — le second compte du deuil, qui gouverne notamment la coupe des cheveux et le repassage des vêtements. C'est sur cette phrase que va porter tout le débat avec Rava.

🖼️ Schéma
Enseveli trois jours avant la fin de la fête : qui vient et quand ? Fin de la fête : 3 jours le public console déjà, sans deuil Jours 1 à 4 après le public s'occupe de lui Jours 5 à 7 après le public ne vient plus Les sept jours de deuil se comptent après la fête Pourquoi ce partage 4 + 3 La consolation du public relève de l'affaire de la communauté : les trois jours de la fête y comptent déjà. Il ne reste donc que quatre jours de visites à compléter, alors que le deuil entier, lui, reste à accomplir.
Le partage quatre plus trois : le deuil et les visites ne se comptent pas de la même façon.
3
מַאי לַָאו — אַסֵּיפָא! לֹא, אַרֵישָׁא.

N'est-ce pas à la fin (de la baraita) que cela se rapporte ? — Non, au début.

📜 Rachi (2)
מַאי לַָאו אַסֵּיפָא הָא דְּתָנֵי דְּרֶגֶל עוֹלֶה לְמִנְיַן שְׁלֹשִׁים הַיְינוּ אַסֵּיפָא אִקְּבַרוּ בָּרֶגֶל וְתִיפְשֹׁוט מִינָּהּ דְּכִי קָבְרוּ בָּרֶגֶל עוֹלֶה לְמִנְיַן שְׁלֹשִׁים וְקַשְׁיָא לְרָבָא דְּאָמַר אֵינוֹ עוֹלֶה:
Ce qui est enseigné — que la fête compte pour les trente jours — porterait sur la fin, sur le cas où on l'a enseveli pendant la fête ; on en déduirait que, lorsqu'on l'a enseveli pendant la fête, elle compte pour les trente jours, ce qui fait difficulté à Rava, qui a dit qu'elle ne compte pas.
לֹא אַרֵישָׁא קָא מַהְדַּר אַקִּבְרוֹ שְׁנֵי יָמִים קֹודֶם הָרֶגֶל רֶגֶל עוֹלֶה לוֹ לְמִנְיַן שְׁלֹשִׁים דְּהָתָם וַדַּאי עוֹלֶה לוֹ הוֹאִיל וּכְבָר הִתְחִיל בַּאֲבֵילוּת אֲבָל קִבְרוֹ בָּרֶגֶל לָא יָדַעְנָא:
Il répond : cela porte sur le cas où on l'a enseveli deux jours avant la fête ; la fête lui compte alors pour les trente jours, car là elle compte certainement, puisqu'il a déjà commencé le deuil. Mais lorsqu'on l'a enseveli pendant la fête, je ne sais pas.
💡 Explication

La phrase « la fête lui compte » est-elle dite du cas immédiatement précédent — l'ensevelissement pendant la fête — ou du cas ouvert plus haut, l'ensevelissement avant la fête ? Si elle porte sur la fin, elle contredit Rava, pour qui la fête ne compte pas dans les trente jours quand l'ensevelissement a eu lieu pendant elle.

Rava répond que la phrase renvoie au début de la baraita. Sa position n'est donc pas encore réfutée : elle est seulement laissée sans appui.

4
אַיְּתִיבֶיהָ: רֶגֶל עוֹלֶה לוֹ לְמִנְיַן שְׁלֹשִׁים, כֵּיצַד? קָבְרוּ בִּתְחִילַּת הָרֶגֶל — מוֹנֶה שִׁבְעָה אַחַר הָרֶגֶל, וּמְלַאכְתּוֹ נַעֲשֵׂית עַל יְדֵי אֲחֵרִים, וַעֲבָדָיו וְשִׁפְחוֹתָיו עוֹשִׂין בְּצִנְעָא בְּתוֹךְ בֵּיתוֹ, וְאֵין רַבִּים מִתְעַסְּקִין בּוֹ, שֶׁכְּבָר נִתְעַסְּקוּ בּוֹ בָּרֶגֶל, וְרֶגֶל עוֹלֶה לוֹ. תְּיוּבְתָּא.

Il lui objecta : la fête lui compte pour le compte des trente jours. Comment cela ?

S'il l'a enseveli au début de la fête, il compte sept jours après la fête ; son travail est fait par d'autres ; ses serviteurs et ses servantes travaillent discrètement à l'intérieur de sa maison ; le public ne s'occupe pas de lui, car on s'est déjà occupé de lui pendant la fête ; et la fête lui compte. Réfutation décisive.

📜 Rachi (2)
בִּתְחִילַּת הָרֶגֶל בְּיוֹם רִאשׁוֹן שֶׁל רֶגֶל וְקַשְׁיָא לְרָבָא:
Le premier jour de la fête — et cela fait difficulté à Rava.
שֶׁכְּבָר נִתְעַסְּקוּ בָּרֶגֶל כָּל שִׁבְעָה:
Pendant les sept jours.
💡 Explication

Cette seconde baraita ne laisse aucune échappatoire : elle pose la règle « la fête compte pour les trente jours », demande « comment cela ? » et répond par le cas d'un ensevelissement au premier jour de la fête. La conclusion « et la fête lui compte » porte donc nécessairement sur ce cas-là.

La guemara conclut par teyouvta, la réfutation décisive : la position de Rava est écartée. Les autres détails de la baraita reprennent les règles connues du deuil — le travail confié à d'autres, les serviteurs qui agissent en privé — mais le point décisif est la dernière phrase.

5
כִּי אֲתָא רָבִין, אֲמַר רַבִּי יוֹחָנָן: אֲפִילּוּ קִבְרוֹ בָּרֶגֶל, וְכֵן אוֹרִי לֵיהּ רַבִּי אֶלְעָזָר לְרַבִּי פְּדָת בְּרֵיהּ: אֲפִילּוּ קִבְרוֹ בָּרֶגֶל.

Lorsque Ravin arriva, il dit au nom de Rabbi Yo'hanan : même s'il l'a enseveli pendant la fête. Et de même Rabbi Elazar a instruit Rabbi Pedat son fils : même s'il l'a enseveli pendant la fête.

📜 Rachi (1)
אֲפִילּוּ קְבָרוֹ בָּרֶגֶל רֶגֶל עוֹלֶה לְמִנְיַן שְׁלֹשִׁים וְלָא מִיבַּעְיָא קָבְרוּ קֹודֶם הָרֶגֶל:
La fête compte pour le compte des trente jours ; et il n'est pas besoin de dire qu'il en va ainsi lorsqu'il l'a enseveli avant la fête.
💡 Explication

Ravin rapporte de la terre d'Israël l'enseignement qui confirme le résultat de la réfutation : la fête entre dans le compte des trente jours même lorsque l'ensevelissement a eu lieu pendant elle. Rabbi Elazar a tranché de même, dans une instruction donnée à son propre fils.

Il en résulte un décalage entre les deux comptes : les sept jours partent de la fin de la fête, tandis que les trente partent du jour de l'ensevelissement. L'endeuillé peut donc achever ses trente jours peu après avoir achevé ses sept.

6
תָּנוּ רַבָּנַן: קִיֵּים כְּפִייַּת הַמִּטָּה שְׁלֹשָׁה יָמִים קֹודֶם הָרֶגֶל — אֵינוֹ צָרִיךְ לִכְפּוֹתָהּ אַחַר הָרֶגֶל, דִּבְרֵי רַבִּי אֱלִיעֶזֶר. וַחֲכָמִים אוֹמְרִים: אֲפִילּוּ יוֹם אֶחָד, אֲפִילּוּ שָׁעָה אַחַת.

Nos maîtres ont enseigné : celui qui a accompli le renversement du lit trois jours avant la fête n'a pas besoin de le renverser après la fête — paroles de Rabbi Eliezer. Et les Sages disent : même un seul jour, même une seule heure.

💡 Explication

Nouvelle sougya. La kefiyat hamita, le renversement des lits de la maison endeuillée, est l'un des rites du deuil que la fête annule. La question porte sur le seuil : quelle durée d'accomplissement avant la fête suffit-elle pour que la fête l'annule tout à fait ?

Rabbi Eliezer exige trois jours — en deçà, l'obligation n'est pas assez installée pour que la fête l'emporte. Les Sages se contentent d'un jour, et même d'une heure : dès lors que le rite a commencé, la fête le supprime.

7
אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר בְּרַבִּי שִׁמְעוֹן: הֵן הֵן דִּבְרֵי בֵּית שַׁמַּאי, הֵן הֵן דִּבְרֵי בֵּית הִלֵּל. שֶׁבֵּית שַׁמַּאי אוֹמְרִים: שְׁלֹשָׁה יָמִים, וּבֵית הִלֵּל אוֹמְרִים: אֲפִילּוּ יוֹם אֶחָד.

Rabbi Elazar fils de Rabbi Chimon dit : ce sont là les paroles de Beth Chammai, et celles-là les paroles de Beth Hillel. Car Beth Chammai disent : trois jours ; et Beth Hillel disent : même un seul jour.

💡 Explication

Rabbi Elazar fils de Rabbi Chimon rattache le désaccord de la baraita à une controverse plus ancienne : Rabbi Eliezer reprend la position de Beth Chammai, les Sages celle de Beth Hillel.

L'enjeu de cette identification est halakhique. Rattacher une opinion à Beth Hillel, c'est en principe la faire triompher — ce que les tranchements du segment suivant vont pourtant discuter.

8
אָמַר רַב הוּנָא אָמַר רַבִּי חִייָּא בַּר אַבָּא אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן, וְאָמְרִי לָהּ: אֲמַר לֵיהּ רַבִּי יוֹחָנָן לְרַבִּי חִייָּא בַּר אַבָּא וּלְרַב הוּנָא: אֲפִילּוּ יוֹם אֶחָד, אֲפִילּוּ שָׁעָה אַחַת. רָבָא אָמַר: הֲלָכָה כְּתַנָּא דִּידַן דְּאָמַר שְׁלֹשָׁה.

Rav Houna a dit au nom de Rabbi Hiya bar Abba au nom de Rabbi Yo'hanan — et certains rapportent ainsi : Rabbi Yo'hanan a dit à Rabbi Hiya bar Abba et à Rav Houna : même un seul jour, même une seule heure. Rava dit : la halakha suit notre tana, qui dit trois.

📜 Rachi (1)
תַּנָּא דִידַן הַייְנוּ תַּנָּא (דְּבָרַיְיתָא):
Il s'agit du tana de la baraita.
🗂️ Tossefot (1)
אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן אֲפִילּוּ יוֹם אֶחָד אַפֵּי' שָׁעָה אַחַת. קַשְׁיָא לִי דְּהָא אִית לֵיהּ לְר' יוֹחָנָן הֲלָכָה כִּסְתָם מִשְׁנָה:
« Rabbi Yo'hanan a dit : même un seul jour, même une seule heure. » Cela me fait difficulté, car Rabbi Yo'hanan tient pour principe que la halakha suit une michna anonyme.
💡 Explication

Deux tranchements opposés se font face. Rabbi Yo'hanan suit les Sages, dans une tradition dont la chaîne de transmission est elle-même incertaine : Rav Houna l'a-t-il reçue de Rabbi Hiya bar Abba, ou Rabbi Yo'hanan l'a-t-il dite aux deux ensemble.

Rava tranche comme tana didan, notre tana, c'est-à-dire Rabbi Eliezer dans la baraita : trois jours. Tossefot relève la difficulté que soulève la position de Rabbi Yo'hanan, qui tient par ailleurs pour principe que la halakha suit une michna anonyme.

9
רָבִינָא אִיקְּלַע לְסוּרָא דִפְרָת, אֲמַר לֵיהּ רַב חֲבִיבָא לְרָבִינָא: הִלְכְתָא מַאי? אֲמַר לֵיהּ: אֲפִילּוּ יוֹם אֶחָד, וַאֲפִילּוּ שָׁעָה אַחַת.

Ravina se trouva de passage à Soura-sur-l'Euphrate. Rav Haviva dit à Ravina : quelle est la halakha ?

Il lui dit : même un seul jour, et même une seule heure.

💡 Explication

Ravina, interrogé en pratique, tranche contre Rava et avec Rabbi Yo'hanan. La scène fixe la halakha retenue : une heure d'accomplissement avant la fête suffit à ce que la fête annule le rite.

10
יָתֵיב רַבִּי חִייָּא בַּר אַבָּא וְרַבִּי אַמֵּי וְרַבִּי יִצְחָק נַפָּחָא אַקִּילְעָא דְּרַבִּי יִצְחָק בֶּן אֶלְעָזָר, נְפַק מִילְּתָא מִבֵּינַייְהוּ: מִנַּיִן לַאֲבֵילוּת שִׁבְעָה — דִּכְתִיב: ״וְהָפַכְתִּי חַגֵּיכֶם לְאֵבֶל״, מָה חַג שִׁבְעָה — אַף אֲבֵילוּת שִׁבְעָה.

Rabbi Hiya bar Abba, Rabbi Ami et Rabbi Yits'hak Napaha étaient assis dans le vestibule de Rabbi Yits'hak ben Elazar, et une chose sortit d'entre eux : d'où sait-on que le deuil est de sept jours ? De ce qu'il est écrit : « Je changerai vos fêtes en deuil » (Amos 8, 10) — de même que la fête est de sept jours, de même le deuil est de sept jours.

🗂️ Tossefot (1)
מֶה חַג שִׁבְעָה. וּבִירוּשַׁלְמִי דִּייֵּק אֵימָא שְׁמוֹנָה כִּשְׁמוֹנָה דְּחַג וּמְשַׁנֵּי שְׁמִינִי רֶגֶל בִּפְנֵי עַצְמוֹ הוּא וּמִוִּיעַשׁ לְאָבִיו אֵבֶל שִׁבְעַת יָמִים (בְּרֵאשִׁית נ׳:י׳) לָא מָצֵי לַאֲתוּי דְּהָתָם קֹודֶם קְבוּרָה הָיָה וּבַיְּרוּשַׁלְמִי מְשַׁנֵּי דְּאֵין לְמֵידִין מִקֹּודֶם מַתַּן תּוֹרָה וְהָתָם בִּירוּשַׁלְמִי מַיְיתֵי קְרָאֵי טוּבָא:
« De même que la fête est de sept jours. » Dans le Yerouchalmi on objecte : dis donc huit, comme les huit jours de la fête de Soukkot ; et l'on répond que Chemini est une fête à part entière. Quant au verset « il fit pour son père un deuil de sept jours » (Genèse 50, 10), on ne peut pas l'invoquer, car il s'agissait là d'avant l'ensevelissement ; et le Yerouchalmi répond que l'on ne tire pas d'enseignement de ce qui précède le don de la Torah. Le Yerouchalmi y apporte de nombreux versets.
💡 Explication

La sougya cherche désormais la source scripturaire de la durée du deuil. La formulation « une chose sortit d'entre eux » indique un enseignement né de la discussion commune, sans être attribué à l'un des trois.

Le verset d'Amos annonce un retournement : les fêtes deviendront deuil. La dérivation en tire une mesure — le deuil se calque sur la durée d'une fête, soit sept jours, comme Pessa'h et Soukkot.

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וְאֵימָא עֲצֶרֶת, דְּחַד יוֹמָא! הַהוּא מִיבְּעֵי לֵיהּ לְכִדְרֵישׁ לָקִישׁ. דְּאָמַר רֵישׁ לָקִישׁ מִשּׁוּם רַבִּי יְהוּדָה נְשִׂיאָה: מִנַּיִן לִשְׁמוּעָה רְחוֹקָה שֶׁאֵינָהּ נוֹהֶגֶת אֶלָּא יוֹם אֶחָד — דִּכְתִיב: ״וְהָפַכְתִּי חַגֵּיכֶם לְאֵבֶל״, וְאַשְׁכְּחַן עֲצֶרֶת דְּאִיקְּרִי חַד יוֹמָא חַג.

Dis donc Atseret, qui est d'un seul jour ! — Celui-là est nécessaire pour l'enseignement de Rech Lakich. Car Rech Lakich a dit au nom de Rabbi Yehouda Nessia : d'où sait-on qu'une nouvelle lointaine n'est observée qu'un seul jour ?

De ce qu'il est écrit : « Je changerai vos fêtes en deuil » ; et nous trouvons qu'Atseret, qui est d'un seul jour, est appelée fête.

💡 Explication

L'objection est simple : le verset parle de fêtes au pluriel, et Atseret — Chavouot — est une fête d'un seul jour. Pourquoi lire sept plutôt qu'un ?

La réponse répartit les deux lectures. Le mot « fêtes » est assez large pour porter les deux mesures : la fête de sept jours donne le deuil ordinaire, la fête d'un jour donne le deuil d'un seul jour de la chemoua rehoka, la nouvelle parvenue tardivement. Chaque lecture a son objet, et l'une n'annule pas l'autre.

🖼️ Schéma
Un seul verset, deux enseignements Je changerai vos fêtes en deuil (Amos 8, 10) la durée du deuil se mesure sur la durée d'une fête Quelle fête ? Pessa'h ou Soukkot sept jours le deuil ordinaire dure sept jours Quelle fête ? Atseret un seul jour, et pourtant appelée fête la nouvelle lointaine dure un jour La question et sa réponse Objection : pourquoi lire sept jours plutôt qu'un seul, puisque Atseret aussi est une fête ? Réponse : la lecture par Atseret est déjà employée ailleurs, pour la nouvelle lointaine de Rech Lakich. Chacune des deux lectures a donc son objet propre, et aucune n'annule l'autre.
Le verset d'Amos porte les deux mesures du deuil, selon la fête que l'on prend pour étalon.
12
תָּנוּ רַבָּנַן: שְׁמוּעָה קְרוֹבָה — נוֹהֶגֶת שִׁבְעָה וּשְׁלֹשִׁים, שְׁמוּעָה רְחוֹקָה — אֵינָהּ נוֹהֶגֶת אֶלָּא יוֹם אֶחָד. אֵיזוֹ הִיא קְרוֹבָה וְאֵיזוֹ הִיא רְחוֹקָה? קְרוֹבָה בְּתוֹךְ שְׁלֹשִׁים, רְחוֹקָה לְאַחַר שְׁלֹשִׁים, דִּבְרֵי רַבִּי עֲקִיבָא. וַחֲכָמִים אוֹמְרִים: אַחַת שְׁמוּעָה קְרוֹבָה וְאַחַת שְׁמוּעָה רְחוֹקָה — נוֹהֶגֶת שִׁבְעָה וּשְׁלֹשִׁים.

Nos maîtres ont enseigné : une nouvelle proche est observée sept jours et trente jours ; une nouvelle lointaine n'est observée qu'un seul jour. Laquelle est proche et laquelle est lointaine ?

Proche, dans les trente jours ; lointaine, après les trente jours — paroles de Rabbi Akiva. Et les Sages disent : aussi bien la nouvelle proche que la nouvelle lointaine sont observées sept jours et trente jours.

💡 Explication

Le deuil ne commence qu'à la connaissance du décès. La baraita distingue selon le délai : la chemoua keroba, apprise dans les trente jours du décès, entraîne le deuil complet ; la chemoua rehoka, apprise ensuite, n'entraîne qu'un seul jour.

Rabbi Akiva fixe la frontière au trentième jour. Les Sages refusent la distinction et imposent dans tous les cas les sept jours et les trente jours.

13
אָמַר רַבָּה בַּר בַּר חָנָה אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: כָּל מָקוֹם שֶׁאַתָּה מוֹצֵא יָחִיד מֵקֵיל וְרַבִּים מַחְמִירִין — הֲלָכָה כְּרַבִּים. חוּץ מִזּוֹ, שֶׁאַף עַל פִּי שֶׁרַבִּי עֲקִיבָא מֵקֵיל וַחֲכָמִים מַחְמִירִין — הֲלָכָה כְּרַבִּי עֲקִיבָא. דְּאָמַר שְׁמוּאֵל: הֲלָכָה כְּדִבְרֵי הַמֵּקֵיל בְּאֵבֶל.

Rabba bar bar Hana a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : partout où tu trouves un individu qui allège et une majorité qui aggrave, la halakha suit la majorité — sauf ici : bien que Rabbi Akiva allège et que les Sages aggravent, la halakha suit Rabbi Akiva. Car Chemouel a dit : la halakha suit celui qui allège en matière de deuil.

🗂️ Tossefot (1)
כָּל מָקוֹם שֶׁאַתָּה מוֹצֵא יָחִיד מֵקֵיל וְרַבִּים מַחְמִירִין. וְהוּא הַדִּין יָחִיד מַחְמִיר וְרַבִּים מְקִילִּין הֲלָכָה כְּרַבִּים וּמִשּׁוּם דְּהָכָא אַיְירֵי בְּיָחִיד מֵקֵיל נָקֵיט הָכִי וְכָל מָקוֹם לָאו דַּוְקָא דִּבְהַרְבֵּה מְקוֹמוֹת פּוֹסֵק כְּדִבְרֵי הַיָּחִיד וְהֵיכָא דְּאִתְּמַר אִתְּמַר וְעוֹד דִּבְעֵירוּב אוֹמֵר הֲלָכָה כְּדִבְרֵי הַמֵּקֵיל אַפֵּי' לְגַבֵּי רַבִּים מִיהוּ הָתָם הַייְנוּ רִיבָּ"ל וְלֹא רַבִּי יוֹחָנָן פַּר' מִי שֶׁהוֹצִיאוּהוּ (עֵירוּבִין מו.):
« Partout où tu trouves un individu qui allège et une majorité qui aggrave. » Il en va de même lorsqu'un individu aggrave et que la majorité allège : la halakha suit la majorité ; et parce qu'il est question ici d'un individu qui allège, il s'exprime ainsi. « Partout » n'est pas à prendre à la lettre, car en de nombreux endroits on tranche selon les paroles de l'individu, et là où cela a été dit, cela a été dit. De plus, au sujet du érouv on dit que la halakha suit celui qui allège, même face à une majorité ; toutefois, là-bas il s'agit de Rabbi Yehochoua ben Levi et non de Rabbi Yo'hanan, au chapitre Mi Chehotsiouhou (Erouvin 46a).
💡 Explication

La règle ordinaire donne la majorité gagnante. Le deuil fait exception, en vertu du principe de Chemouel : halakha kedivre hamekil beavel, on suit celui qui allège. Le motif tient au statut des lois de deuil, dont une part importante est d'institution rabbinique, et au principe général qui allège dans le doute pour ces institutions.

La conséquence pratique est celle du segment précédent : la nouvelle apprise après trente jours n'entraîne qu'un seul jour de deuil.

14
רַב חֲנִינָא אַתְיָא לֵיהּ שְׁמוּעָה דַאֲבוּהּ מִבֵּי חוֹזָאֵי, אֲתָא לְקַמֵּיהּ דְּרַב חִסְדָּא, אֲמַר לֵיהּ: שְׁמוּעָה רְחוֹקָה אֵינָהּ נוֹהֶגֶת אֶלָּא יוֹם אֶחָד. רַב נָתָן בַּר אַמֵּי אֲתָא לֵיהּ שְׁמוּעָה דְּאִימֵּיהּ מִבֵּי חוֹזָאֵי, אֲתָא לְקַמֵּיהּ דְּרָבָא, אֲמַר לֵיהּ: הֲרֵי אָמְרוּ, שְׁמוּעָה רְחוֹקָה אֵינָהּ נוֹהֶגֶת אֶלָּא יוֹם אֶחָד בִּלְבַד.

Rav Hanina reçut la nouvelle de la mort de son père depuis Bé Hozaï. Il vint devant Rav Hisda, qui lui dit : une nouvelle lointaine n'est observée qu'un seul jour.

Rav Natan bar Ami reçut la nouvelle de la mort de sa mère depuis Bé Hozaï. Il vint devant Rava, qui lui dit : ils ont dit qu'une nouvelle lointaine n'est observée qu'un seul jour, pas davantage.

💡 Explication

Deux applications pratiques du tranchement. Bé Hozaï est une région éloignée de Babylonie, dont les nouvelles mettaient longtemps à parvenir : le cas de la nouvelle lointaine y était fréquent.

Les deux cas portent sur un père et sur une mère. C'est précisément ce point que l'objection du segment suivant va contester.

15
אַיְּתִיבֶיהָ: בַּמֶּה דְבָרִים אֲמוּרִים — בַּחֲמִשָּׁה מֵתֵי מִצְוָה, אֲבָל עַל אָבִיו וְעַל אִמּוֹ שִׁבְעָה וּשְׁלֹשִׁים!

Il lui objecta : dans quel cas cela est-il dit ? À propos des cinq morts pour lesquels le deuil est une mitsva ; mais pour son père et pour sa mère, sept jours et trente jours !

📜 Rachi (2)
בַּמֶּה דְבָרִים אֲמוּרִים שֶׁאֵינָהּ נוֹהֶגֶת אֶלָּא יוֹם אֶחָד:
Qu'elle n'est observée qu'un seul jour.
אֶלָּא חֲמִשָּׁה מְהַנֵּי שִׁבְעָה מֵתֵי מִצְוָה דִּכְתִיב בִּקְרָא (וַיִּקְרָא כא) בְּנוֹ וּבִתּוֹ אָחִיו וַאֲחוֹתוֹ וְאִשְׁתּוֹ:
Parmi ces sept morts pour lesquels le deuil est une mitsva, ceux qui sont écrits dans le verset (Lévitique 21) : son fils, sa fille, son frère, sa sœur et sa femme.
💡 Explication

Rav Natan bar Ami oppose une baraita qui restreint la règle du jour unique. Les proches pour lesquels le deuil est obligatoire sont sept, tirés du verset sur le cohen (Lévitique 21) : le père, la mère, le fils, la fille, le frère, la sœur et l'épouse. En retranchant le père et la mère, il en reste cinq.

Selon cette baraita, la nouvelle lointaine n'allège que pour ces cinq-là ; pour un parent, le deuil complet s'impose quel que soit le délai, en raison de l'honneur qui leur est dû.

16
אֲמַר לֵיהּ: יְחִידָאָה הִיא, וְלָא סְבִירָא לַן כְּוָותֵיהּ. דְּתַנְיָא: מַעֲשֶׂה וּמֵת אָבִיו שֶׁל רַבִּי צָדוֹק בְּגִינְזַק, וְהוֹדִיעוּהוּ לְאַחַר שָׁלֹשׁ שָׁנִים, וּבָא וְשָׁאַל אֶת אֱלִישָׁע בֶּן אֲבוּיָה וּזְקֵנִים שֶׁעִמּוֹ, וְאָמְרוּ: נָהוּג שִׁבְעָה וּשְׁלֹשִׁים. וּכְשֶׁמֵּת בְּנוֹ שֶׁל רַבִּי אֲחִיָּיה בַּגּוֹלָה, יָשַׁב עָלָיו שִׁבְעָה וּשְׁלֹשִׁים.

Il lui dit : c'est une opinion individuelle, et nous ne tenons pas comme elle. Car il a été enseigné : il arriva que le père de Rabbi Tsadok mourut à Guinzak, et on l'en informa après trois ans ; il vint interroger Elicha ben Avouya et les anciens qui étaient avec lui, et ils dirent : observe sept jours et trente jours.

Et lorsque le fils de Rabbi Ahiya mourut en diaspora, il s'assit pour lui sept jours et trente jours.

📜 Rachi (2)
יְחִידָאָה הִיא וְלֹא ר' עֲקִיבָא דלר"ע לָא שְׁנָא אָבִיו וְאִמּוֹ לָא שְׁנָא שְׁאָר קְרוֹבָיו:
Et ce n'est pas Rabbi Akiva : car pour Rabbi Akiva il n'y a pas de différence entre son père et sa mère et ses autres proches.
בְּגִינְזָק מָקוֹם:
Un lieu.
🗂️ Tossefot (1)
יְחִידָאָה הִיא. וְאַף עַל גַּב דִּלְעֵיל נָקֵיט וחכ"א:
« C'est une opinion individuelle. » Et cela bien que plus haut la baraita ait employé la formule « et les Sages disent ».
💡 Explication

Rava écarte la baraita comme yehidaa, opinion d'un seul maître, non retenue. Il l'appuie sur une baraita qui rapporte deux précédents où l'on a imposé sept jours et trente jours — précédents qui, selon sa lecture, relèvent de la position des Sages et non de celle de Rabbi Akiva.

Le second précédent est décisif : le fils de Rabbi Ahiya n'est ni son père ni sa mère, et pourtant il a observé le deuil complet. La baraita qui exceptait les parents ne peut donc pas être la source de cette pratique ; c'est l'opinion des Sages, qui ne distingue pas.

17
אֵינִי? וְהָא רַב, בַּר אֲחוּהּ דְּרַבִּי חִיָּיא דְּהוּא בַּר אֲחָתֵיהּ דְּרַבִּי חִיָּיא, כִּי סְלֵיק לְהָתָם אֲמַר לֵיהּ: אַבָּא קַיָּים?

Est-ce ainsi ? Or Rav, fils du frère de Rabbi Hiya et fils de la sœur de Rabbi Hiya, lorsqu'il monta là-bas, celui-ci lui dit : Abba est-il vivant ?

📜 Rachi (4)
רַב בַּר אֲחוּהַּ דָּר' חִיָּיא דְּהוּא בַּר אֲחָתֵיהּ דָּר' חַיָּיא דְּרַבִּי אֲחָא מְכַפְּרִי נָשָׂא לֵאָה וְהוֹלִיד מִמֶּנָּה אַייְּבוּ מֵתָה וְנָשָׂא רָחֵל וְלָהּ בַּת מֵאִישׁ אַחֵר וּמִמֶּנָּה נוֹלַד רַבִּי חַיָּיא וְנָשָׂא אַייְּבוּ הַבַּת וְנוֹלַד לָהֶן רַב וְנִמְצָא רַב בַּר אַיְּיבוּ בַּר אֲחוּהּ דְּרַבִּי חִיָּיא מֵאָבֹוה וּבַר אֲחָתֵיהּ מֵאִמֵּיהּ:
Rabbi Aha de Kafri épousa Léa et engendra d'elle Aivou ; elle mourut, et il épousa Rahel, qui avait une fille d'un autre homme ; de Rahel naquit Rabbi Hiya. Aivou épousa cette fille, et il leur naquit Rav. Il se trouve donc que Rav, fils d'Aivou, est fils du frère de Rabbi Hiya par son père, et fils de sa sœur par sa mère.
כִּי סָלֵיק רַב מֵעִירוֹ דְּבָבֶל לא"י שֶׁהָיָה רַבִּי חַיָּיא שָׁם:
Rav, de sa ville de Babylonie vers la terre d'Israël, où se trouvait Rabbi Hiya.
א"ל רַבִּי חַייָּא לְרַב:
Rabbi Hiya à Rav.
אַבָּא קַיָּים ר"ל אַייְּבוּ אָבִיךָ קַיָּים הוּא:
Il veut dire : Aivou ton père est-il vivant ?
🗂️ Tossefot (1)
אַייְּבוּ קַיָּים. עֲדַייִן לֹא הֲשִׁיבוֹתִיךָ עַל אַייְּבוּ כָּךְ פֵּי' בַּקּוּנְטְרֵס וְקָשֶׁה שֶׁהָיָה לֵר' חַיָּיא לוֹמַר אִמְּךָ קַייֶּמֶת וְלָא אֵימָא דְּמַשְׁמַע אִמּוֹ שֶׁל ר' חַייָּא וְעוֹד דְּרַב הָיָה לוֹ לְהָשִׁיב אַבָּא וְלֹא הָיָה לוֹ לִקְרוֹת אָבִיו בְּשֵׁם אַיְּיבוּ וְנִרְאֶה שר"ח גּוֹרֵס א"ל אַבָּא קַיָּים א"ל אַבָּא קַיָּים אִימָּא קַייֶּמֶת א"ל אִימָּא קַיֶּימֶת פֵּירֵשׁ ר' חַייָּא הָיָה שׁוֹאֵל עַל אָבִיו וְאִמּוֹ וְרַב הָיָה מֵשִׁיב לוֹ עַל אָבִיו וְאֵם שֶׁלּוֹ וְאֵין לָנוּ לְהַקְשׁוֹת מַה לָּנוּ לוֹמַר דְּרַב בַּר אֲחוּהּ דְּרַבִּי חִיָּיא וּבַר אֲחָתֵיהּ בִּשְׁלָמָא לְפֵירוּשׁ רִאשׁוֹן הֱבִיאוֹ לוֹמַר מֶה הָיָה חוֹשֵׁשׁ ר' חַיָּיא עַל אָבִיו וְעַל אִמּוֹ שֶׁל רַב כִּי לְפֵירוּשׁ זֶה נָמֵי י"ל דְּהֻוצְרַךְ יָפֶה שֶׁלֹּא תֹּאמַר מֶה הָיָה לוֹ לְרַב לְהָשִׁיב עַל אָבִיו וְאִמּוֹ שֶׁלּוֹ כְּמוֹ כֵן הָיָה לוֹ לְהָשִׁיב שְׁאָר בְּנֵי אָדָם קַיָּימִין אֲבָל הַשְׁתָּא קמ"ל שֶׁהָיָה מֵשִׁיב לוֹ לְפִי שֶׁהָיָה אָחִיו שֶׁל ר' חַייָּא וְנוֹחַ לוֹ לְהַשְׁמִיעוֹ חֲדָשׁוֹת טוֹבוֹת דְּלָא לֵימָא צֵא וּבָשָׂר לִקְרוֹבִים כִּדְאָמְרִינַן בְּרֵישׁ פְּסָחִים (דַּף ג: וְשָׁם) צֵא וּבַשֵּׂר לַסּוּסִים וְלַחֲמוֹרִים וי"ג אֲמַר . לֵיהּ אַבָּא קַיָּים אֲמַר לֵיהּ אִימָּא קַייֶּמֶת א"ל אִימָּא קַייֶּמֶת אֲמַר לֵיהּ אַבָּא קַייָּם וכפר"ח וּכְעִנְיָן שֶׁפֵּירֵשׁ ר"ח לְגִירְסַת ר"ח וְרַבִּי חַייָּא הָיָה שׁוֹאֵל עַל אָבִיו וְאִמּוֹ שֶׁלּוֹ וְהוּא מֵשִׁיב עַל אָבִיו וְאִמּוֹ שֶׁל עַצְמוֹ וּמַה שֶׁלֹּא הָיָה מֵשִׁיב לוֹ כְּמוֹ גִּירְסַת ר"ח שֶׁאִם הָיָה מֵשִׁיב לוֹ אַבָּא קַייָּם כְּשֶׁהָיָה שׁוֹאֵל עַל אָבִיו שֶׁלּוֹ מִשּׁוּם דַּהֲוָה מַשְׁמַע שֶׁהָיָה מֵשִׁיב לוֹ עַל אָבִיו שֶׁל רַבִּי חַיָּיא שֶׁהָיָה רָגִיל לִקְרוֹת אֲבִי אָבִיו אַבָּא:
« Aivou est-il vivant ? » — « Je ne t'ai pas encore répondu au sujet d'Aivou » : ainsi explique le Kountress. Cela fait difficulté, car Rabbi Hiya aurait dû dire « ta mère est-elle vivante » et non « imma », qui laisse entendre la mère de Rabbi Hiya ; de plus, Rav aurait dû répondre « abba » et n'aurait pas dû appeler son père du nom d'Aivou. Il apparaît que Rabbenou Hananel lit ainsi : il lui dit « Abba est-il vivant ? », il lui répondit « Abba est-il vivant ? » ; « Imma est-elle vivante ? », il lui répondit « Imma est-elle vivante ? ». Il explique que Rabbi Hiya interrogeait sur son propre père et sa propre mère, et que Rav lui répondait au sujet de son père et de sa mère à lui. Et il n'y a pas lieu d'objecter : pourquoi nous dire que Rav était fils du frère de Rabbi Hiya et fils de sa sœur ? Selon la première explication, on l'a rapporté pour dire pourquoi Rabbi Hiya se souciait du père et de la mère de Rav ; selon cette explication aussi, on peut dire que c'était bien nécessaire, afin que tu ne dises pas : pourquoi Rav devait-il répondre au sujet de son propre père et de sa propre mère, alors qu'il aurait pu tout aussi bien répondre que d'autres gens sont vivants. À présent cela nous apprend qu'il lui répondait parce qu'il était le frère de Rabbi Hiya, et qu'il lui était agréable de lui faire entendre de bonnes nouvelles, afin de n'avoir pas à dire « va annoncer la nouvelle aux proches », comme nous disons au début de Pessahim (3b) : « va annoncer la nouvelle aux chevaux et aux ânes ». Il y a une leçon qui porte : il lui dit « Abba est-il vivant ? », il lui dit « Imma est-elle vivante ? » ; il lui répondit « Imma est-elle vivante ? », il lui répondit « Abba est-il vivant ? » — conformément à Rabbenou Hananel et dans le sens où celui-ci a expliqué sa propre leçon : Rabbi Hiya interrogeait sur son père et sa mère à lui, et Rav lui répondait au sujet de son père et de sa mère à lui-même. S'il ne lui répondait pas selon l'autre ordre, c'est que, s'il lui avait répondu « Abba est-il vivant ? » lorsqu'on l'interrogeait sur son propre père, cela aurait laissé entendre qu'il répondait au sujet du père de Rabbi Hiya, puisqu'il avait coutume d'appeler le père de son père « abba ».
💡 Explication

La guemara ouvre le récit qui va occuper la suite du folio, en objectant contre l'attribution faite à Rabbi Ahiya. Rachi détaille la double parenté : Rabbi Aha de Kafri eut d'un premier mariage Aivou, père de Rav ; d'un second mariage naquit Rabbi Hiya, dont la demi-sœur, fille de la même mère, épousa Aivou. Rav est ainsi neveu de Rabbi Hiya par son père et par sa mère.

La question « Abba est-il vivant ? » est le début d'un échange dont la lecture est discutée : Tossefot rapporte la version de Rabbenou Hananel, où chacun répond par une question, procédé qui permet d'annoncer une mort sans la dire.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).