Sougya : Le folio achève d'abord la baraita sur le deuil interrompu par la fête et en dégage la règle générale : ce qui relève du deuil proprement dit, la fête l'interrompt ; ce qui relève de l'intervention du public, elle ne l'interrompt pas. Deux baraitot sont ensuite opposées à Rava, qui soutenait que la fête ne compte pas pour les trente jours quand l'ensevelissement a eu lieu pendant la fête : la seconde est une réfutation décisive, et Ravin rapporte au nom de Rabbi Yo'hanan que la fête compte même dans ce cas.
Vient la question du renversement du lit accompli avant la fête — trois jours selon Rabbi Eliezer, un jour ou une heure selon les Sages, que Rabbi Elazar fils de Rabbi Chimon rattache à Beth Chammai et Beth Hillel ; Rava tranche comme le tana de la baraita, Rabbi Yo'hanan et Ravina comme les Sages. La dernière partie dérive du verset d'Amos les sept jours de deuil et le jour unique de la nouvelle lointaine, puis oppose Rabbi Akiva aux Sages sur la nouvelle proche et lointaine : la halakha suit Rabbi Akiva, parce que l'on suit celui qui allège en matière de deuil.
Deux cas pratiques venus de Bé Hozai, une objection sur le père et la mère écartée comme opinion individuelle, et l'ouverture du récit de Rav montant auprès de Rabbi Hiya closent le folio.
Car on s'est déjà occupé de lui pendant la fête. Règle générale en la matière : tout ce qui relève du deuil, la fête l'interrompt ; et tout ce qui relève de l'affaire du public, la fête ne l'interrompt pas.
La michna précédente enseignait que celui qui enterre son mort trois jours avant la fête voit les sept jours de deuil annulés par elle. La baraita dégage ici le klal, la règle qui commande toute la sougya : il faut distinguer selon la personne à qui l'obligation incombe.
Ce qui pèse sur l'endeuillé lui-même — michoum avel — est suspendu par la fête, qui interdit les signes de deuil ; le compte reprend après elle, jusqu'à sept jours au total. Ce qui incombe à la communauté — michoum iské rabim, les consolations — n'est pas suspendu : le public vient consoler pendant la fête elle-même, et rien ne reste à compléter ensuite.
S'il l'a enseveli trois jours avant la fin de la fête, il compte sept jours après la fête. Les quatre premiers jours, le public s'occupe de lui ; les trois derniers jours, le public ne s'occupe pas de lui, car on s'est déjà occupé de lui pendant la fête.
Et la fête lui compte.
Application du klal au cas où la fête arrive avant que le deuil ait pu commencer. Le deuil proprement dit se compte en entier après la fête, sept jours pleins. Les visites de consolation, elles, ont déjà eu lieu pendant les trois jours de fête qui ont suivi l'ensevelissement : il n'en reste donc que quatre à accomplir.
La dernière phrase, « la fête lui compte », vise le compte des trente jours — le second compte du deuil, qui gouverne notamment la coupe des cheveux et le repassage des vêtements. C'est sur cette phrase que va porter tout le débat avec Rava.
N'est-ce pas à la fin (de la baraita) que cela se rapporte ? — Non, au début.
La phrase « la fête lui compte » est-elle dite du cas immédiatement précédent — l'ensevelissement pendant la fête — ou du cas ouvert plus haut, l'ensevelissement avant la fête ? Si elle porte sur la fin, elle contredit Rava, pour qui la fête ne compte pas dans les trente jours quand l'ensevelissement a eu lieu pendant elle.
Rava répond que la phrase renvoie au début de la baraita. Sa position n'est donc pas encore réfutée : elle est seulement laissée sans appui.
Il lui objecta : la fête lui compte pour le compte des trente jours. Comment cela ?
S'il l'a enseveli au début de la fête, il compte sept jours après la fête ; son travail est fait par d'autres ; ses serviteurs et ses servantes travaillent discrètement à l'intérieur de sa maison ; le public ne s'occupe pas de lui, car on s'est déjà occupé de lui pendant la fête ; et la fête lui compte. Réfutation décisive.
Cette seconde baraita ne laisse aucune échappatoire : elle pose la règle « la fête compte pour les trente jours », demande « comment cela ? » et répond par le cas d'un ensevelissement au premier jour de la fête. La conclusion « et la fête lui compte » porte donc nécessairement sur ce cas-là.
La guemara conclut par teyouvta, la réfutation décisive : la position de Rava est écartée. Les autres détails de la baraita reprennent les règles connues du deuil — le travail confié à d'autres, les serviteurs qui agissent en privé — mais le point décisif est la dernière phrase.
Lorsque Ravin arriva, il dit au nom de Rabbi Yo'hanan : même s'il l'a enseveli pendant la fête. Et de même Rabbi Elazar a instruit Rabbi Pedat son fils : même s'il l'a enseveli pendant la fête.
Ravin rapporte de la terre d'Israël l'enseignement qui confirme le résultat de la réfutation : la fête entre dans le compte des trente jours même lorsque l'ensevelissement a eu lieu pendant elle. Rabbi Elazar a tranché de même, dans une instruction donnée à son propre fils.
Il en résulte un décalage entre les deux comptes : les sept jours partent de la fin de la fête, tandis que les trente partent du jour de l'ensevelissement. L'endeuillé peut donc achever ses trente jours peu après avoir achevé ses sept.
Nos maîtres ont enseigné : celui qui a accompli le renversement du lit trois jours avant la fête n'a pas besoin de le renverser après la fête — paroles de Rabbi Eliezer. Et les Sages disent : même un seul jour, même une seule heure.
Nouvelle sougya. La kefiyat hamita, le renversement des lits de la maison endeuillée, est l'un des rites du deuil que la fête annule. La question porte sur le seuil : quelle durée d'accomplissement avant la fête suffit-elle pour que la fête l'annule tout à fait ?
Rabbi Eliezer exige trois jours — en deçà, l'obligation n'est pas assez installée pour que la fête l'emporte. Les Sages se contentent d'un jour, et même d'une heure : dès lors que le rite a commencé, la fête le supprime.
Rabbi Elazar fils de Rabbi Chimon dit : ce sont là les paroles de Beth Chammai, et celles-là les paroles de Beth Hillel. Car Beth Chammai disent : trois jours ; et Beth Hillel disent : même un seul jour.
Rabbi Elazar fils de Rabbi Chimon rattache le désaccord de la baraita à une controverse plus ancienne : Rabbi Eliezer reprend la position de Beth Chammai, les Sages celle de Beth Hillel.
L'enjeu de cette identification est halakhique. Rattacher une opinion à Beth Hillel, c'est en principe la faire triompher — ce que les tranchements du segment suivant vont pourtant discuter.
Rav Houna a dit au nom de Rabbi Hiya bar Abba au nom de Rabbi Yo'hanan — et certains rapportent ainsi : Rabbi Yo'hanan a dit à Rabbi Hiya bar Abba et à Rav Houna : même un seul jour, même une seule heure. Rava dit : la halakha suit notre tana, qui dit trois.
Deux tranchements opposés se font face. Rabbi Yo'hanan suit les Sages, dans une tradition dont la chaîne de transmission est elle-même incertaine : Rav Houna l'a-t-il reçue de Rabbi Hiya bar Abba, ou Rabbi Yo'hanan l'a-t-il dite aux deux ensemble.
Rava tranche comme tana didan, notre tana, c'est-à-dire Rabbi Eliezer dans la baraita : trois jours. Tossefot relève la difficulté que soulève la position de Rabbi Yo'hanan, qui tient par ailleurs pour principe que la halakha suit une michna anonyme.
Ravina se trouva de passage à Soura-sur-l'Euphrate. Rav Haviva dit à Ravina : quelle est la halakha ?
Il lui dit : même un seul jour, et même une seule heure.
Ravina, interrogé en pratique, tranche contre Rava et avec Rabbi Yo'hanan. La scène fixe la halakha retenue : une heure d'accomplissement avant la fête suffit à ce que la fête annule le rite.
Rabbi Hiya bar Abba, Rabbi Ami et Rabbi Yits'hak Napaha étaient assis dans le vestibule de Rabbi Yits'hak ben Elazar, et une chose sortit d'entre eux : d'où sait-on que le deuil est de sept jours ? De ce qu'il est écrit : « Je changerai vos fêtes en deuil » (Amos 8, 10) — de même que la fête est de sept jours, de même le deuil est de sept jours.
La sougya cherche désormais la source scripturaire de la durée du deuil. La formulation « une chose sortit d'entre eux » indique un enseignement né de la discussion commune, sans être attribué à l'un des trois.
Le verset d'Amos annonce un retournement : les fêtes deviendront deuil. La dérivation en tire une mesure — le deuil se calque sur la durée d'une fête, soit sept jours, comme Pessa'h et Soukkot.
Dis donc Atseret, qui est d'un seul jour ! — Celui-là est nécessaire pour l'enseignement de Rech Lakich. Car Rech Lakich a dit au nom de Rabbi Yehouda Nessia : d'où sait-on qu'une nouvelle lointaine n'est observée qu'un seul jour ?
De ce qu'il est écrit : « Je changerai vos fêtes en deuil » ; et nous trouvons qu'Atseret, qui est d'un seul jour, est appelée fête.
L'objection est simple : le verset parle de fêtes au pluriel, et Atseret — Chavouot — est une fête d'un seul jour. Pourquoi lire sept plutôt qu'un ?
La réponse répartit les deux lectures. Le mot « fêtes » est assez large pour porter les deux mesures : la fête de sept jours donne le deuil ordinaire, la fête d'un jour donne le deuil d'un seul jour de la chemoua rehoka, la nouvelle parvenue tardivement. Chaque lecture a son objet, et l'une n'annule pas l'autre.
Nos maîtres ont enseigné : une nouvelle proche est observée sept jours et trente jours ; une nouvelle lointaine n'est observée qu'un seul jour. Laquelle est proche et laquelle est lointaine ?
Proche, dans les trente jours ; lointaine, après les trente jours — paroles de Rabbi Akiva. Et les Sages disent : aussi bien la nouvelle proche que la nouvelle lointaine sont observées sept jours et trente jours.
Le deuil ne commence qu'à la connaissance du décès. La baraita distingue selon le délai : la chemoua keroba, apprise dans les trente jours du décès, entraîne le deuil complet ; la chemoua rehoka, apprise ensuite, n'entraîne qu'un seul jour.
Rabbi Akiva fixe la frontière au trentième jour. Les Sages refusent la distinction et imposent dans tous les cas les sept jours et les trente jours.
Rabba bar bar Hana a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : partout où tu trouves un individu qui allège et une majorité qui aggrave, la halakha suit la majorité — sauf ici : bien que Rabbi Akiva allège et que les Sages aggravent, la halakha suit Rabbi Akiva. Car Chemouel a dit : la halakha suit celui qui allège en matière de deuil.
La règle ordinaire donne la majorité gagnante. Le deuil fait exception, en vertu du principe de Chemouel : halakha kedivre hamekil beavel, on suit celui qui allège. Le motif tient au statut des lois de deuil, dont une part importante est d'institution rabbinique, et au principe général qui allège dans le doute pour ces institutions.
La conséquence pratique est celle du segment précédent : la nouvelle apprise après trente jours n'entraîne qu'un seul jour de deuil.
Rav Hanina reçut la nouvelle de la mort de son père depuis Bé Hozaï. Il vint devant Rav Hisda, qui lui dit : une nouvelle lointaine n'est observée qu'un seul jour.
Rav Natan bar Ami reçut la nouvelle de la mort de sa mère depuis Bé Hozaï. Il vint devant Rava, qui lui dit : ils ont dit qu'une nouvelle lointaine n'est observée qu'un seul jour, pas davantage.
Deux applications pratiques du tranchement. Bé Hozaï est une région éloignée de Babylonie, dont les nouvelles mettaient longtemps à parvenir : le cas de la nouvelle lointaine y était fréquent.
Les deux cas portent sur un père et sur une mère. C'est précisément ce point que l'objection du segment suivant va contester.
Il lui objecta : dans quel cas cela est-il dit ? À propos des cinq morts pour lesquels le deuil est une mitsva ; mais pour son père et pour sa mère, sept jours et trente jours !
Rav Natan bar Ami oppose une baraita qui restreint la règle du jour unique. Les proches pour lesquels le deuil est obligatoire sont sept, tirés du verset sur le cohen (Lévitique 21) : le père, la mère, le fils, la fille, le frère, la sœur et l'épouse. En retranchant le père et la mère, il en reste cinq.
Selon cette baraita, la nouvelle lointaine n'allège que pour ces cinq-là ; pour un parent, le deuil complet s'impose quel que soit le délai, en raison de l'honneur qui leur est dû.
Il lui dit : c'est une opinion individuelle, et nous ne tenons pas comme elle. Car il a été enseigné : il arriva que le père de Rabbi Tsadok mourut à Guinzak, et on l'en informa après trois ans ; il vint interroger Elicha ben Avouya et les anciens qui étaient avec lui, et ils dirent : observe sept jours et trente jours.
Et lorsque le fils de Rabbi Ahiya mourut en diaspora, il s'assit pour lui sept jours et trente jours.
Rava écarte la baraita comme yehidaa, opinion d'un seul maître, non retenue. Il l'appuie sur une baraita qui rapporte deux précédents où l'on a imposé sept jours et trente jours — précédents qui, selon sa lecture, relèvent de la position des Sages et non de celle de Rabbi Akiva.
Le second précédent est décisif : le fils de Rabbi Ahiya n'est ni son père ni sa mère, et pourtant il a observé le deuil complet. La baraita qui exceptait les parents ne peut donc pas être la source de cette pratique ; c'est l'opinion des Sages, qui ne distingue pas.
Est-ce ainsi ? Or Rav, fils du frère de Rabbi Hiya et fils de la sœur de Rabbi Hiya, lorsqu'il monta là-bas, celui-ci lui dit : Abba est-il vivant ?
La guemara ouvre le récit qui va occuper la suite du folio, en objectant contre l'attribution faite à Rabbi Ahiya. Rachi détaille la double parenté : Rabbi Aha de Kafri eut d'un premier mariage Aivou, père de Rav ; d'un second mariage naquit Rabbi Hiya, dont la demi-sœur, fille de la même mère, épousa Aivou. Rav est ainsi neveu de Rabbi Hiya par son père et par sa mère.
La question « Abba est-il vivant ? » est le début d'un échange dont la lecture est discutée : Tossefot rapporte la version de Rabbenou Hananel, où chacun répond par une question, procédé qui permet d'annoncer une mort sans la dire.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).