Moed_Katan 21a — La déchirure debout, les interdits de l'endeuillé, et les téfilines dans les premiers jours du deuil

Moed_Katan 21a

Sougya : Le folio s'ouvre sur la fin du débat entre Amémar et Rav Ashi : la keria, la déchirure du vêtement, doit-elle se faire debout ? Rav Ashi objecte à partir de la halitsa, où le verset dit « il se lèvera et dira » alors que la baraita autorise assis, debout ou incliné ; Amémar répond par la différence entre « il se lèvera » et « il se leva ».

Rami bar Hama cherche alors la source de la keria debout : Job d'abord, écarté parce que le verset y ajoute le rasage de la tête, puis David, écarté à son tour parce que le verset y ajoute « il se coucha à terre » — objection résolue par la lecture « comme à terre », c'est-à-dire le lit renversé. Vient ensuite la baraita des interdits de l'endeuillé, avec l'exception du public qui a besoin de lui, illustrée par Rabbi Yossei et par le dispositif de chuchotement de Rabbi Yehouda bar Ilaï.

Le folio se clôt sur la mahloket de Rabbi Eliezer et de Rabbi Yehochoua au sujet des téfilines pendant les premiers jours du deuil, sur le psak partagé de Oula, et sur la question du deuxième jour tranchée par Oula puis contestée par Rava.

Le plan du folio : trois sujets enchaînés A. LA DÉCHIRURE (keria) SE FAIT-ELLE DEBOUT ? 1. Rav Ashi objecte à Amémar depuis la halitsa « il se lèvera et dira » n'impose rien ; « il se leva et déchira » impose — segments 1 et 2 2. Rami bar Hama cherche la source : Job, puis David chaque verset est suspect de dire plus que le strict nécessaire — segments 3 à 5 la réponse « comme à terre » sauve le verset de David — segment 6 B. CE QUI EST INTERDIT À L'ENDEUILLÉ, ET L'EXCEPTION DU PUBLIC 3. La baraita des interdits, puis « si le public a besoin de lui » Rabbi Yossei enseigne tout le jour ; Rabba bar bar Hana veut un amora, on le lui refuse le dispositif de chuchotement de Rabbi Yehouda bar Ilaï — segments 7 à 9 C. LES TÉFILINES DANS LES PREMIERS JOURS DU DEUIL 4. Rabbi Eliezer (trois jours) contre Rabbi Yehochoua (deux jours) chacun son verset ; chacun répond au verset de l'autre — segments 10 à 12 psak partagé de Oula, puis la question du deuxième jour : Oula contre Rava — segments 13 à 16
Le folio en trois blocs : la déchirure debout, les interdits de l'endeuillé, les téfilines des premiers jours.
D'où sait-on que la déchirure se fait debout ? La marche du raisonnement Rami bar Hama : minayin la-keria che-hi meoumad la déchirure doit-elle se faire debout ? Première source : Job 1:20 « Job se leva et déchira son manteau » Ecartée : le même verset dit aussi « et il rasa sa tête » — que nul n'est tenu de faire donc Job faisait plus que le nécessaire Seconde source : II Chemouel 13:31 « le roi se leva et déchira ses vêtements » Même soupçon : le verset dit aussi « et il se coucha à terre » — or la baraita enseigne que dormir à terre n'acquitte de rien Réponse : keein artsa — « comme à terre » David avait renversé son lit et s'y était assis ; le verset ne décrit donc rien de surérogatoire La keria se fait debout le verset de David tient, celui de Job reste écarté Le critère unique du passage : un verset ne prouve une obligation que si tout ce qu'il décrit est lui-même obligatoire. Un seul détail surérogatoire ruine la preuve.
Deux versets candidats, un même critère de rejet, et la lecture qui sauve le second.
Les téfilines de l'endeuillé : deux tanaim, deux versets, un psak partagé Rabbi Eliezer Rabbi Yehochoua Interdiction de poser les trois premiers jours les deux premiers jours Permis à partir de le troisième jour, inclus le deuxième jour, inclus Des visiteurs nouveaux arrivent (panim hadachot) il n'ôte pas ses téfilines il ôte ses téfilines Le verset invoqué et la durée qu'il fixe « les jours de pleurs prirent fin » Devarim 34:8 — jours, donc deux « sa fin comme un jour amer » Amos 8:10 — un seul jour Réponse au verset de l'adversaire l'amertume, elle, est d'un jour Moche : un deuil hors norme Le psak de Oula : il coupe la mahloket en deux comme Rabbi Eliezer pour le retrait (halitsa) : les visiteurs nouveaux du troisième jour n'obligent pas à ôter comme Rabbi Yehochoua pour la pose (hanaha) : dès le deuxième jour on pose les téfilines
La mahloket sur les téfilines et la manière dont Oula la tranche par moitié.
1
אֶלָּא מֵעַתָּה: ״וְעָמַד וְאָמַר לֹא חָפַצְתִּי לְקַחְתָּהּ״, הָכָא נָמֵי? וְהָא תַּנְיָא: בֵּין יוֹשֵׁב בֵּין עוֹמֵד בֵּין מֻוטֶּה!

Mais s'il en est ainsi : « il se lèvera et dira : je ne veux pas la prendre » (Devarim 25:8) — ici aussi faudrait-il donc se tenir debout ? Or il a été enseigné : qu'il soit assis, debout ou incliné !

🗂️ Tossefot (1)
אֶלָּא מֵעַתָּה וְעָמַד וְאָמַר ה"נ. מַשְׁמַע וְעָמַד וְאָמַר הַיְינוּ אַפֵּי' מְיֻושָּׁב וְהָא דְּאָמְרִינַן פֶּרֶק מִצְוַת חֲלִיצָה (יְבָמוֹת דַּף קו.) בָּתֵּי עַמּוּדֵי לְכַתְּחִילָּה שֶׁמָּא צָרִיךְ עֲמִידָה מִדְּרַבָּנָן מִיהוּ קָשֶׁה דִּוְעָמְדוּ שְׁנֵי הָאֲנָשִׁים (דְּבָרִים י״ט:י״ז) דְּבָעֵינַן עוֹמֵד וי"ל דְּוֶעָמַד וְאָמַר וַדַּאי מַשְׁמַע אַפֵּי' מְיֻושָּׁב כְּמוֹ וְעָמְדוּ וְקִדְּשׁוּ (לְעֵיל מוֹעֵד קָטָן דַּף יח:) אֲבָל וְעָמַד לְחוּד לָא מַשְׁמַע הָכִי:
Dibour hamatchil : ela meata veamad veamar hakhi nami. Cela implique que « il se lèvera et dira » vaut même assis. Quant à ce qui est dit au chapitre Mitsvat Halitsa (Yevamot 106a), « ma fille, lève-toi », c'est à priori, et peut-être la station debout y est-elle exigée de rabanan. Il subsiste toutefois une difficulté : « les deux hommes se tiendront debout » (Devarim 19:17), où l'on exige bien la station debout. Et l'on peut dire : « il se lèvera et dira » implique certainement même assis, comme « ils se levèrent et sanctifièrent » (plus haut, Moed Katan 18b) ; mais « il se tiendra debout » employé seul n'implique pas cela.
💡 Explication

Amémar a soutenu, au folio précédent, que la keria — la déchirure du vêtement de l'endeuillé — se fait debout. Rav Ashi teste la méthode : si un verset qui contient le verbe « se lever » impose la station debout, alors la halitsa devrait s'accomplir debout elle aussi, puisque son verset dit « il se lèvera et dira ».

L'objection s'appuie sur une baraita qui déclare la halitsa valide assis, debout ou incliné. La méthode d'Amémar produirait donc un résultat contredit par une source explicite.

🖼️ Schéma
Deux formes verbales, deux portées veamad veamar — « il se lèvera et dira » Devarim 25:8, la halitsa vayakom vayikra — « il se leva et déchira » Job 1:20 et II Chemouel 13:31, le deuil « se lever » y vaut pour « prendre la parole » et non pour la posture du corps la baraita autorise assis, debout ou incliné l'accompli raconte un geste réel : il s'est levé, puis il a déchiré la station debout fait partie de l'acte La règle de lecture d'Amémar un inaccompli « et il se lèvera » suivi d'un verbe de parole n'impose aucune posture ; un accompli « et il se leva » suivi d'un verbe d'action décrit une posture effective.
Le point grammatical dont dépend toute la réponse d'Amémar.
2
אֲמַר לֵיהּ: הָתָם לָא כְּתִיב ״וַיַּעֲמֹד וַיֹּאמֶר״, הָכָא כְּתִיב ״וַיָּקָם וְיִקְרַע״.

Il lui dit : là-bas il n'est pas écrit « il se leva et dit » ; ici il est écrit « il se leva et déchira ».

💡 Explication

Amémar distingue deux formes verbales. Le verset de la halitsa emploie un inaccompli suivi d'un verbe de parole, tournure qui signale l'entrée en scène de celui qui va parler plutôt qu'une posture du corps. Le verset du deuil emploie un accompli qui raconte deux gestes successifs : se lever, puis déchirer.

La station debout fait alors partie de l'acte décrit, et c'est de là que se tire l'obligation.

3
אָמַר רָמֵי בַּר חָמָא: מִנַּיִן לִקְרִיעָה שֶׁהִיא מְעֻומָּד, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וַיָּקָם אִיּוֹב וְיִקְרַע״. דִּלְמָא מִילְּתָא יַתִּירְתָּא הוּא דַּעֲבַד? דְּאִי לָא תֵּימָא הָכִי — ״וַיָּגָז אֶת רֹאשׁוֹ״, הָכִי נָמֵי?

Rami bar Hama a dit : d'où sait-on que la déchirure se fait debout ? De ce qu'il est dit : « Job se leva et déchira son manteau » (Job 1:20). — Peut-être a-t-il fait la quelque chose de surérogatoire ?

Car si tu ne dis pas ainsi, « et il rasa sa tête » (ibid.) — en irait-il de même ?

🗂️ Tossefot (1)
דְּאִי לָא תֵּימָא הָכִי וַיִּשְׁכַּב אָרְצָה וְכוּ'. אע"ג דִּוְשָׁכַב אַרְצָה כְּתִיב נָמֵי אֵצֶל הַיֶּלֶד דְּבַת שֶׁבַע אע"ג דְּלָא גַּבֵּי מֵת כְּתִיב אֶלָּא עַל בְּנוֹ וְשֶׁמָּא הוֹאִיל וְהַנָּבִיא אָמַר לוֹ מָוֶת יָמוּת הֲרֵי הוּא כַּמֵּת ואע"פ שֶׁהִתְפַּלֵּל עָלָיו שֶׁיִּחְיֶה וּכְעִנְיָן זֶה אָמַר בַּיְּרוּשַׁלְמִי הקב"ה שֶׁהָיָה יוֹדֵעַ שֶׁעָתִיד לִהְיוֹת מַבּוּל הָיָה מִתְאַבֵּל עַל עוֹלָמוֹ קֹודֶם הַמַּבּוּל וּבַתּוֹסָ' הָרַב הִקְשָׁה כִּי הַסֻּוגְיָא מְשֻׁונֶּה בַּתְּחִילָּה אוֹמֵר מִלְּתָא יַתִּירְתָּא עָבֵד דְּאִי לָא תֵּימָא הָכִי וַהֲדַר מַקְשֶׁה דְּלָא יָצָא יְדֵי חוֹבָתוֹ ונ"ל דְּהָכִי פִּי' מִלְּתָא יַתִּירְתָא וה"נ כָּפָה מִטָּתוֹ וְשָׁכַב ע"ג קַרְקַע וא"כ עֲבַד מִלְּתָא יַתִּירְתָא דְּלֵיכָּא לְמֵימַר וְשָׁכַב הַיְינוּ כְּפִייַּת הַמִּטָּה דְּהָא לֹא יָצָא יְדֵי חוֹבָתוֹ מִכְּפִייַּת הַמִּטָּה א"ל כְּעֵין וְלֵיכָּא שׁוּם יִתּוּר וְנִיחָא לֵיהּ לְשַׁנּוּיֵי הָכִי מִלּוֹמַר שֶׁהָיָה מִלְּתָא יַתִּירְתָא וּלְהוֹכִיחַ קְרִיעָה מִכְּפִיַּית הַמִּטָּה:
Dibour hamatchil : dei lo teima hakhi vayichkav artsa, etc. Bien que « et il se coucha à terre » soit également écrit à propos de l'enfant de Bat-Chéva, où cela n'est pas écrit au sujet d'un mort mais au sujet de son fils encore vivant — peut-être, puisque le prophète lui avait annoncé qu'il mourrait, l'enfant est-il déjà comme un mort, et cela bien que David ait prié pour qu'il vive. Dans le même sens, il est dit dans le Yeroushalmi : le Saint béni soit-Il, qui savait que le déluge allait venir, portait le deuil de Son monde avant le déluge. Et dans les Tossefot du Rav, on a objecté que la sougya est étrange : au début on dit « il a fait une chose surérogatoire, car si tu ne dis pas ainsi », puis on objecte « il ne s'est pas acquitté de son obligation ». Il me semble que le sens est celui-ci : « une chose surérogatoire » — et ici de même, il a renversé son lit et s'est couché à terre, de sorte qu'il a fait une chose surérogatoire ; car on ne peut pas dire que « et il se coucha » désigne le renversement du lit, puisqu'on ne s'acquitte pas du renversement du lit de cette manière. Il lui répondit : « comme à terre » — et il n'y a des lors aucun excédent. Il lui a paru préférable de répondre ainsi plutôt que de dire qu'il s'agissait d'une chose surérogatoire et de prouver la déchirure à partir du renversement du lit.
💡 Explication

Rami bar Hama propose une source écrite pour la règle. Le Talmud y oppose aussitôt le critère qui gouverne tout ce passage : un récit ne prouve une obligation que si tout ce qu'il rapporte est obligatoire.

Or le même verset dit que Job rasa sa tête, geste que nul endeuillé n'est tenu d'accomplir. Le verset décrit donc la conduite personnelle de Job, et non la norme ; la station debout y perd sa valeur de preuve.

4
אֶלָּא מֵהָכָא: ״וַיָּקָם הַמֶּלֶךְ וַיִּקְרַע אֶת בְּגָדָיו״. וְדִלְמָא מִילְּתָא יַתִּירְתָּא עָבֵיד? דְּאִי לָא תֵּימָא הָכִי — ״וַיִּשְׁכַּב אַרְצָה״, הָכִי נָמֵי?

Mais plutôt d'ici : « le roi se leva et déchira ses vêtements » (II Chemouel 13:31). — Et peut-être a-t-il fait la lui aussi quelque chose de surérogatoire ? Car si tu ne dis pas ainsi, « et il se coucha à terre » (ibid.) — en irait-il de même ?

💡 Explication

Le Talmud change de verset et retombe sur la même difficulté. Le récit du deuil de David pour Amnon associe la déchirure debout au fait de se coucher à terre.

Si l'on tire une obligation du premier geste, il faudrait en tirer une du second ; or le second ne correspond à aucune règle connue. Le soupçon de conduite surérogatoire revient donc intact.

5
וְהָתַנְיָא: יָשַׁב עַל גַּבֵּי מִטָּה, עַל גַּבֵּי כִּסֵּא, עַל גַּבֵּי אֻודְייָנִי גְּדוֹלָה, עַל גַּבֵּי קַרְקַע — מִכֻּולָּן לֹא יָצָא יְדֵי חוֹבָתוֹ. וְאָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: שֶׁלֹּא קִיֵּים כְּפִייַּת הַמִּטָּה!

Or il a été enseigné : s'il s'est assis sur un lit, sur une chaise, sur un grand mortier, sur le sol — par aucun d'eux il ne s'est acquitté de son obligation. Et Rabbi Yo'hanan a dit : parce qu'il n'a pas accompli le renversement du lit !

📜 Rachi (2)
אוּדְיְינֵי מַכְתֶּשֶׁת גְּדוֹלָה:
Un grand mortier.
מִכֻּולָּם אָמְרוּ אַפֵּי' יָשַׁן ע"ג קַרְקַע לֹא יָצָא עַד שֶׁיִּכְפֶּה מִטָּתוֹ וְיָשַׁב עָלֶיהָ:
Ils ont dit : même s'il a dormi à même le sol, il ne s'est pas acquitté, tant qu'il n'a pas renversé son lit et ne s'y est pas assis.
💡 Explication

La baraita fournit la preuve que se coucher à terre n'est pas une règle du deuil : celui qui s'assied à même le sol ne s'acquitte de rien. L'obligation réelle porte sur la kefiyat hamita, le renversement du lit, sur lequel l'endeuillé doit ensuite s'asseoir.

Le verset de David resterait donc suspect de décrire un geste que nul n'est tenu d'imiter, et la preuve de la keria debout s'effondrerait avec lui.

6
אָמַר לֵיהּ: כְּעֵין אַרְצָה.

Il lui dit : comme à terre.

📜 Rachi (1)
כְּעֵין אַרְצָה כְּלוֹמַר שֶׁכָּפָה מִטָּתוֹ וְיָשַׁב עָלֶיהָ וּלְעוֹלָם קְרִיעָה מְעֻומָּד:
C'est-à-dire qu'il a renversé son lit et s'y est assis ; et en tout état de cause la déchirure se fait debout.
💡 Explication

La réponse réinterprète le verset de David : le roi ne s'est pas étendu sur le sol, il a renversé son lit et s'y est assis, ce qui met le dormeur tout près du sol. L'expression « à terre » décrit alors l'effet de la kefiyat hamita.

Le verset ne rapporte plus rien de surérogatoire, et la preuve tient : la keria se fait debout. La conduite d'Amémar, contestée par Rav Ashi, se trouve confirmée.

7
תָּנוּ רַבָּנַן, וְאֵלּוּ דְּבָרִים שֶׁאָבֵל אָסוּר בָּהֶן: אָסוּר בִּמְלָאכָה וּבִרְחִיצָה וּבְסִיכָה וּבְתַשְׁמִישׁ הַמִּטָּה וּבִנְעִילַת הַסַּנְדָּל. וְאָסוּר לִקְרוֹת בַּתּוֹרָה וּבַנְּבִיאִים וּבַכְּתוּבִים, וּלְשַׁנּוֹת בַּמִּשְׁנָה, בַּמִּדְרָשׁ וּבַהֲלָכוֹת, וּבְתַלְמוּד וּבְאַגָּדוֹת. וְאִם הָיוּ רַבִּים צְרִיכִין לוֹ — אֵינוֹ נִמְנָע. וּמַעֲשֶׂה וּמֵת בְּנוֹ שֶׁל רַבִּי יוֹסֵי בְּצִיפּוֹרִי, וְנִכְנַס לְבֵית הַמִּדְרָשׁ, וְדָרַשׁ כָּל הַיּוֹם כֻּולּוֹ.

Nos maîtres ont enseigné : voici les choses interdites à l'endeuillé. Il lui est interdit de travailler, de se laver, de s'oindre d'huile, d'avoir des relations conjugales et de chausser la sandale.

Il lui est interdit de lire dans la Torah, dans les Prophètes et dans les Écrits, et d'étudier dans la michna, dans le midrach, dans les halakhot, dans le talmoud et dans les aggadot. Mais si le public avait besoin de lui, il ne s'abstient pas.

Il advint que le fils de Rabbi Yossei mourut à Tsippori ; il entra à la maison d'étude et enseigna tout le jour.

📜 Rachi (1)
וְאָסוּר לִקְרוֹת כִּדְאָמְרִינַן לְעֵיל (מוֹעֵד קָטָן דַּף טו.) מִדְּאָמַר רַחֲמָנָא לִיחֶזְקֵאל הֵאָנֵק דֹּום וְהָא דְּאָמַר (סֻוכָּה דַּף כֹּה.) אָבֵל חַייָּב בְּכָל הַמִּצְוֹת הָאֲמוּרוֹת בַּתּוֹרָה חוּץ מִן הַתְּפִילִּין הָתָם שְׁאָר מִצְוֹת בְּעָלְמָא אֲבָל הָנֵי אִית בְּהוּ שִׂמְחָה:
Comme nous l'avons dit plus haut (Moed Katan 15a), de ce que le Miséricordieux a dit à Ye'hezkel : « gémis en silence ». Quant à ce qui est dit (Souka 25a), que l'endeuillé est tenu à toutes les mitsvot énoncées dans la Torah hormis les téfilines, il s'agit là des autres mitsvot en général, tandis que celles-ci comportent de la joie.
🗂️ Tossefot (2)
אֵלּוּ דְּבָרִים שֶׁאָבֵל אָסוּר בָּהֶן. הָכָא לָא חֲשִׁיב דְּבָרִים שֶׁמְּצֻוֶּוה עֲלֵיהֶן כְּגוֹן כְּפִייַּת הַמִּטָּה וַעֲטִיפַת הָרֹאשׁ דְּלָא חֲשִׁיב אֶלָּא מִילֵּי דְּאָסוּר בָּהֶן תְּפִילִּין וּשְׁאֵילַת שָׁלוֹם לָא חֲשִׁיב דְּאֵין זֶה כָּל יְמֵי הָאָבֵל כִּדְאָמַר לְקַמָּן תִּכְבֹּוסֶת לָא חֲשִׁיב דְּהָוְיָא בִּכְלַל רְחִיצָה אע"ג דִּלְעֵיל (מוֹעֵד קָטָן דַּף טו.) מַיְיתֵי תְּרֵי קְרָאֵי לִרְחִיצָה וּלְתִכְבֹּוסֶת אֲבָל הָנֵי דְּלָא נוֹהֲגִים כָּל הַשָּׁבוּעַ לָא לְאַפּוֹקֵי מִפִּי' הר"א שֶׁפֵּירֵשׁ שֶׁרַבֵּינוּ שְׁמוּאֵל הָיָה מַתִּיר לָאָבֵל לַעֲשׂוֹת מְלָאכָה אַחַר ג' יָמִים וּמַה שֶׁאֵין נוֹהֲגִין עַתָּה לַעֲשׂוֹת עֲטִיפַת הָרֹאשׁ וּכְפִיַּית הַמִּטָּה סָמְכִינַן אַהָא דְּאָמְרִינַן בִּירוּשַׁלְמִי אַכְסְנַאי אֵינוֹ חַיָּיב בִּכְפִייַּת הַמִּטָּה דְּלָא לֵימְרוּן חֵרֵשׁ הוּא פִּי' מְכַשֵּׁף וּכְמוֹ כֵּן אָנוּ בֵּין הַנָּכְרִים וְיֵשׁ בֵּינֵינוּ עֲבָדִים וּשְׁפָחוֹת וְעוֹד יֵשׁ לִיתֵּן טַעַם בִּכְפִייַּת הַמִּטָּה לְפִי שְׁמִטּוֹת שֶׁלָּנוּ כָּךְ יְכוֹלִין לִשְׁכַּב בְּנַחַת מִצַּד זֶה כְּמוֹ מִצַּד זֶה וְאֵין נִיכֶּרֶת הַכְּפִייָּה דְּיֵשׁ לָהֶן ד' קֻונְדֵּיסִים מִלְמַעְלָה כְּעֵין רַגְלַיִם וְכִדְאָמְרִינַן לְקַמָּן דַּרְגֵּשׁ אֵין צָרִיךְ לִכְפּוֹתוֹ וְעוֹד יֵשׁ לִיתֵּן טַעַם בַּעֲטִיפַת הָרֹאשׁ שֶׁלֹּא הָיָה מֵבִיא כִּי אִם לִידֵי שְׂחוֹק עִנְיַן עֲטִיפַת יִשְׁמְעֵאלִים:
« Voici les choses interdites à l'endeuillé. » Ici ne sont pas comptées les choses qui lui sont prescrites, comme le renversement du lit et le voilement de la tête, car on n'énumère que ce qui lui est interdit. Les téfilines et la salutation ne sont pas comptés, car cela ne vaut pas tous les jours du deuil, comme il est dit plus loin. La lessive n'est pas comptée, car elle entre dans le lavage — bien que plus haut (Moed Katan 15a) on apporte deux versets, l'un pour le lavage et l'autre pour la lessive. Mais ce qui n'est pas en usage toute la semaine n'est pas énuméré, ce qui écarte l'explication du Rav Eliezer, selon laquelle Rabbenou Chemouel permettait à l'endeuillé de travailler après trois jours. Et si l'on n'observe plus aujourd'hui le voilement de la tête ni le renversement du lit, nous nous appuyons sur ce qui est dit dans le Yeroushalmi : l'hôte de passage n'est pas tenu au renversement du lit, pour qu'on ne dise pas qu'il est un sorcier — et de même sommes-nous parmi les non-Juifs, et il y a parmi nous des serviteurs et des servantes. On peut encore donner une raison au sujet du renversement du lit : nos lits sont tels qu'on peut y reposer aussi commodément d'un côté que de l'autre, et le renversement ne se remarque pas, car ils ont quatre montants par-dessus, à la manière de pieds — comme il est dit plus loin que le dargach n'a pas besoin d'être renversé. Et l'on peut encore donner une raison au sujet du voilement de la tête : cela ne conduirait qu'au rire, s'agissant du voilement à la manière des Ismaélites.
וְאָסוּר לִקְרוֹת בַּתּוֹרָה. בִּתְשׁוּבַת רַבֵּינוּ יִצְחָק זְקֵנִי כָּתַב כִּי רַבֵּינוּ יַעֲקֹב הָיָה אוֹסֵר בִּימֵי אֶבְלוֹ בְּאִיּוֹב וּבְקִינוֹת וּבַדְּבָרִים הָרָעִים שֶׁבְּיִרְמְיָה מִדְּלָא תָּנֵי לֵיהּ בִּשְׁמַעְתִּין כְּמוֹ ט' בְּאָב שִׁילְהֵי תַּעֲנִית (דַּף ל.) וּבִימֵי זִקְנוּתוֹ חָזַר וְהִתִּיר וּבַיְּרוּשַׁלְמִי אָמַר אֲבָל שׁוֹנֶה בִּמְקוֹם שֶׁאֵינוֹ רָגִיל מַשְׁמַע שֶׁשּׁוֹנֶה כְּמוֹ בְּט' בְּאָב שֶׁאוֹמֵר בְּפֶרֶק בָּתְרָא דְּתַעֲנִית (שָׁם) אֲבָל קוֹרֵא בִּמְקוֹם שֶׁאֵינוֹ רָגִיל וה"ק הָתָם כָּל מִצְוֹת הַנּוֹהֲגוֹת בְּאָבֵל נוֹהֲגוֹת בְּט' בְּאָב וְאָסוּר לִקְרוֹת בַּתּוֹרָה כו' אֲבָל קוֹרֵא בִּמְקוֹם שֶׁאֵינוֹ רָגִיל וְקוֹרֵא בְּאִיּוֹב וְקִינוֹת וְכוּ' מַשְׁמַע לִכְאוֹרָה דְּאָבֵל וְט' בְּאָב שָׁוִין כִּדְקָאָמַר בִּירוּשַׁלְמִי וּמִיהוּ אֲבָל שׁוֹנֶה בִּמְקוֹם שֶׁאֵינוֹ רָגִיל מַשְׁמַע דְּהָא דַּוְקָא שָׁרִי וְלֹא בְּאִיּוֹב וּבְקִינוֹת וּבְיִרְמְיָה וּמַה שֶׁהֵבִיא רַבִּי יִצְחָק רְאָיָה לֶאֱסֹור מִדְּקָאָמַר לְעֵיל (מוֹעֵד קָטָן ד' טו.) אָסוּר בְּדִבְרֵי תּוֹרָה שֶׁנֶּאֱמַר הֵאָנֵק דֹּום וּמַשְׁמַע הַכֹּל אֵין נ"ל רְאָייָה דְּלָא קָאָמַר אֶלָּא מִדָּבָר הַמְשַׂמְּחוֹ כִּדְאָמַר בְּתַעֲנִית (ד' ל.) מִשּׁוּם שֶׁנֶּאֱמַר פִּקּוּדֵי ה' יְשָׁרִים מְשַׂמְּחֵי לֵב תֵּדַע דְּכוּלְּהוּ לָאו דַּוְקָא דְּהָא קָאָמַר אָסוּר בִּתְפִילִּין שֶׁנֶּאֱמַר פְּאֵרְךָ חֲבוֹשׁ עָלֶיךָ וְאֵינוֹ אָסוּר כָּל יְמֵי אֶבְלוֹ:
« Il lui est interdit de lire dans la Torah. » Dans la réponse de Rabbenou Yits'hak mon grand-père, il est écrit que Rabbenou Yaakov interdisait, pendant ses jours de deuil, la lecture de Job, des Lamentations et des passages douloureux de Jérémie, puisque cela n'est pas enseigné dans notre passage comme cela l'est pour le neuf av à la fin de Taanit (30a) ; mais dans ses vieux jours il revint sur sa position et permit. Et dans le Yeroushalmi il est dit : l'endeuillé étudie en un endroit où il n'a pas coutume d'étudier, ce qui implique qu'il étudie comme au neuf av, dont il est dit au dernier chapitre de Taanit : l'endeuillé lit en un endroit où il n'a pas coutume de lire. Et voici ce qui y est dit : toutes les règles en usage pour l'endeuillé sont en usage au neuf av, et il est interdit de lire dans la Torah, etc., mais il lit en un endroit où il n'a pas coutume, et il lit dans Job et dans les Lamentations, etc. Cela semble indiquer à première vue que l'endeuillé et le neuf av sont semblables, comme le dit le Yeroushalmi. Toutefois, « l'endeuillé étudie en un endroit où il n'a pas coutume » implique que cela seul est permis, et non Job, les Lamentations et Jérémie. Quant à la preuve que Rabbi Yits'hak apportait pour interdire, du fait qu'il est dit plus haut (Moed Katan 15a) qu'il est interdit dans les paroles de Torah, car il est dit « gémis en silence », d'où il ressortirait que tout est interdit — cela ne me paraît pas une preuve, car cela n'est dit que de ce qui le réjouit, comme il est dit dans Taanit (30a) au motif du verset « les ordonnances sont droites, elles réjouissent le cœur ». Preuve que tout cela n'est pas à prendre au pied de la lettre : il est dit qu'il est interdit dans les téfilines, car il est dit « ta parure, ceins-la sur toi » — or il n'y est pas interdit tous les jours de son deuil.
💡 Explication

La baraita ouvre un nouveau sujet en énumérant deux séries : cinq privations du corps, puis l'ensemble des formes de l'étude. Rachi explique l'interdit d'étudier par le fait que ces occupations comportent de la joie, alors que l'endeuillé demeure tenu aux autres mitsvot.

Vient aussitôt la brèche : im hayou rabim tsrikhin lo, si le public a besoin de lui. Le besoin collectif lève l'interdit d'enseigner, et la baraita cite son propre précédent avec Rabbi Yossei à Tsippori.

🖼️ Schéma
Les interdits de l'endeuillé selon la baraita Cinq interdits de confort du corps melakha — le travail rehitsa — le lavage du corps sikha — l'onction d'huile tachmich hamita — les relations conjugales neilat hasandal — le port de la chaussure L'étude sous toutes ses formes lire : Torah, Neviim, Ketouvim étudier : michna, midrach, halakhot étudier : talmoud, aggadot motif donné par Rachi : ces occupations-là comportent de la joie, à la différence des autres mitsvot auxquelles il reste tenu Exception : im hayou rabim tsrikhin lo — eino nimna si le public a besoin de son enseignement, il ne s'abstient pas Le précédent cité par la baraita elle-même le fils de Rabbi Yossei meurt à Tsippori, et il enseigne tout le jour
Les deux séries d'interdits, et l'exception qui ouvre la suite du passage.
8
רַבָּה בַּר בַּר חָנָה אִיתְּרַעָא בֵּיהּ מִילְּתָא, סָבַר דְּלָא לְמִיפַּק לְפִירְקָא. אֲמַר לֵיהּ רַבִּי חֲנִינָא: אִם הָיוּ רַבִּים צְרִיכִין לוֹ — אֵינוֹ נִמְנָע. סְבַר לְאוֹקוֹמֵי אָמוֹרָא עֲלֵיהּ. אֲמַר לֵיהּ רַב: תַּנְיָא, וּבִלְבַד שֶׁלֹּא יַעֲמִיד תֻּורְגְּמָן.

Rabba bar bar Hana fut frappé d'un malheur, et il pensait ne pas sortir pour le cours public. Rabbi Hanina lui dit : si le public avait besoin de lui, il ne s'abstient pas.

Il pensa alors placer un amora auprès de lui. Rav lui dit : il a été enseigné — à condition qu'il ne fasse pas tenir un tourguemane.

📜 Rachi (2)
רַבִּים צְרִיכִים לֵיהּ לִדְרָשָׁה:
Pour la dracha.
סָבַר לְאוֹקֻמֵי אָמוֹרָא עָלֶיהָ תּוּרְגְּמָן:
Un tourguemane.
💡 Explication

Le cas met l'exception à l'épreuve. Rabbi Hanina rappelle à Rabba bar bar Hana qu'il doit donner son cours. Il envisage alors le dispositif habituel : un amora, ou tourguemane, se tient devant le maître et proclame à voix haute ce que celui-ci lui dit à voix basse.

Rav lui oppose la fin de la baraita. Le besoin du public autorise l'enseignement, sans rendre à l'endeuillé les honneurs ordinaires du maître qui siège.

9
וְאֶלָּא הֵיכִי עֲבִיד? כִּי הָא דְּתַנְיָא: מַעֲשֶׂה וּמֵת בְּנוֹ שֶׁל רַבִּי יְהוּדָה בַּר אִילְעַאי, וְנִכְנַס לְבֵית הַמִּדְרָשׁ. וְנִכְנַס רַבִּי חֲנַנְיָה בֶּן עֲקַבְיָא וְיָשַׁב בְּצִדּוֹ, וְלָחַשׁ הוּא לְרַבִּי חֲנַנְיָה בֶּן עֲקַבְיָא, וְרַבִּי חֲנַנְיָה בֶּן עֲקַבְיָא לְתֻורְגְּמָן, וְתֻורְגְּמָן הִשְׁמִיעַ לָרַבִּים.

Mais alors, comment fait-il ? Comme ce qui a été enseigné : il advint que le fils de Rabbi Yehouda bar Ilaï mourut, et il entra à la maison d'étude.

Rabbi Hanania ben Akavia entra et s'assit à son côté ; lui chuchotait à Rabbi Hanania ben Akavia, Rabbi Hanania ben Akavia au tourguemane, et le tourguemane le faisait entendre au public.

💡 Explication

La solution consiste à intercaler un relais supplémentaire. Le maître endeuillé ne parle pas au tourguemane, il parle à un collègue assis à côté de lui, qui transmet au tourguemane, lequel proclame.

L'enseignement parvient au public et le rang du maître reste abaissé d'un degré, visible pour tous. C'est ainsi que la brèche ouverte par « le public a besoin de lui » se concilie avec l'état de deuil.

🖼️ Schéma
Enseigner en deuil sans élever la voix : le dispositif de Rabbi Yehouda bar Ilaï Rabbi Yehouda bar Ilaï l'endeuillé chuchote Rabbi Hanania ben Akavia assis à son côté chuchote Le tourguemane l'amora du cours proclame Le public entend le cours Ce qui est refusé à Rabba bar bar Hana placer directement un tourguemane devant lui, comme un maître en temps ordinaire Ce qui est permis un relais supplémentaire s'intercale, si bien que le deuil reste visible pendant le cours Le principe qui se dégage le besoin du public lève l'interdit d'enseigner, sans effacer les marques extérieures du deuil
Le relais à trois étages qui permet d'enseigner sans occuper la place ordinaire du maître.
10
תָּנוּ רַבָּנַן: אֲבָל, שְׁלֹשָׁה יָמִים הָרִאשׁוֹנִים — אָסוּר לְהַנִּיחַ תְּפִילִּין, מִשְּׁלִישִׁי וְאֵילָךְ, וּשְׁלִישִׁי בִּכְלָל — מֻותָּר לְהַנִּיחַ תְּפִילִּין. וְאִם בָּאוּ פָּנִים חֲדָשׁוֹת — אֵינוֹ חוֹלֵץ, דִּבְרֵי רַבִּי אֱלִיעֶזֶר. רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ אוֹמֵר: אֲבָל, שְׁנֵי יָמִים הָרִאשׁוֹנִים אָסוּר לְהַנִּיחַ תְּפִילִּין. מְשַׁנֵּי, וְשֵׁנִי בִּכְלָל — מֻותָּר לְהַנִּיחַ תְּפִילִּין, וְאִם בָּאוּ פָּנִים חֲדָשׁוֹת — חוֹלֵץ.

Nos maîtres ont enseigné : l'endeuillé, pendant les trois premiers jours, il lui est interdit de poser les téfilines ; à partir du troisième jour, le troisième inclus, il lui est permis de poser les téfilines. Et si des visages nouveaux sont venus, il ne les ôte pas — paroles de Rabbi Eliezer.

Rabbi Yehochoua dit : l'endeuillé, pendant les deux premiers jours, il lui est interdit de poser les téfilines ; à partir du deuxième, le deuxième inclus, il lui est permis de poser les téfilines, et si des visages nouveaux sont venus, il les ôte.

📜 Rachi (4)
וּשְׁלִישִׁי בַּכְּלָל מֻותָּר לְהַנִּיחַ תְּפִילִּין דְּעִיקַּר אֲבֵילוּת אֵינוֹ אֶלָּא ב' יָמִים:
Il lui est permis de poser les téfilines, car l'essentiel du deuil n'est que de deux jours.
וְאִם בָּאוּ פָּנִים חֲדָשׁוֹת בְּיוֹם ג' אַפֵּ"ה אֵינוֹ חוֹלֵץ תְּפִילִּין אע"ג דְּאִיכָּא לְמִיחַשׁ דִּלְמָא אָמְרִי [בִּשְׁנֵי] יָמִים הָרִאשׁוֹנִים נָמֵי הִנִּיחַ תְּפִילִּין:
Le troisième jour : même alors il n'ôte pas les téfilines, bien qu'il y ait lieu de craindre que l'on dise qu'il les a posées aussi pendant les deux premiers jours.
רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ אוֹמֵר וְכוּ' דְּעִיקַּר אֲבֵילוּת אֵינוֹ אֶלָּא יוֹם אֶחָד:
Car l'essentiel du deuil n'est que d'un seul jour.
וְאִם בָּאוּ פָּנִים חֲדָשׁוֹת בְּיוֹם שֵׁנִי חוֹלֵץ תְּפִילִּין:
Le deuxième jour, il ôte les téfilines.
🗂️ Tossefot (1)
מִשְּׁלִישִׁי וְאֵילָךְ. וּשְׁלִישִׁי חָשְׁבִינַן [מִקְצָתוֹ] כְּכֻולּוֹ וּמִדְּרַבָּנָן דְּהָא לָא מַייְתֵי. קְרָא אֶלָּא לִשְׁנֵי יָמִים דִּכְתִיב וַיִּתְּמוּ יְמֵי בְכִי אֵבֶל מֹשֶׁה הר"א וְהַאי וַיִּתְּמוּ בִּתְפִילִּין וְכֵן וְאַחֲרִיתָהּ כְּיוֹם מַר טְפֵי מִכָּל שְׁאָר מִילֵּי דְּכָל שָׁעָה שֶׁהוּא מַר נֶפֶשׁ מִתְעוֹלֵל בְּעָפָר וְאֵין זֶה פְּאֵר כִּדְפֵירֵשׁ בַּקּוּנְטְרֵס בִּכְתֻובּוֹת (ד' ו:) רִיבָ"א וּבְט' בְּאָב הָיָה אוֹמֵר ר' יִצְחָק זְקֵנִי דְּשָׁרֵי כְּמוֹ בַּשְּׁלִישִׁי דְּשָׁרֵי:
« À partir du troisième. » Et pour le troisième, nous comptons une partie du jour comme le jour entier ; cela est de rabanan, puisqu'on n'apporte de verset que pour deux jours, comme il est écrit « les jours de pleurs du deuil de Moche prirent fin » — ainsi le Rav Eliezer. Et ce « prirent fin » vaut pour les téfilines ; de même « et sa fin comme un jour amer » vaut pour les téfilines plus que pour tout le reste, car tant qu'il a l'âme amère il se roule dans la poussière, et il n'y a là aucune parure, comme l'a expliqué le Qountres dans Ketoubot (6b) : ainsi le Riva. Et pour le neuf av, Rabbi Yits'hak mon grand-père disait que c'est permis, comme au troisième jour où c'est permis.
💡 Explication

La baraita fixe deux positions parallèles. Chaque tana détermine d'abord la durée de l'interdit de poser, puis le sort des panim hadachot, les visiteurs venus consoler pour la première fois : leur arrivée ravive le deuil et pose la question du retrait des téfilines déjà posées.

Les deux points sont liés : celui qui compte trois jours d'interdit n'oblige pas à ôter ensuite, celui qui n'en compte que deux oblige à ôter. Oula séparera ces deux points au segment 13.

11
אָמַר רַב מַתָּנָה: מַאי טַעְמָא דְּרַבִּי אֱלִיעֶזֶר, דִּכְתִיב: ״וַיִּתְּמוּ יְמֵי בְכִי אֵבֶל מֹשֶׁה״. אָמַר רַב עֵינָא: מַאי טַעְמָא דְּרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ, דִּכְתִיב: ״וְאַחֲרִיתָהּ כְּיוֹם מַר״.

Rav Matna a dit : quelle est la raison de Rabbi Eliezer ? Car il est écrit : « les jours de pleurs du deuil de Moche prirent fin » (Devarim 34:8).

Rav Eina a dit : quelle est la raison de Rabbi Yehochoua ? Car il est écrit : « et sa fin comme un jour amer » (Amos 8:10).

📜 Rachi (1)
מ"ט דר"א דְּסָבַר עִיקַּר אֲבֵילוּת שְׁנֵי יָמִים:
Car il tient que l'essentiel du deuil est de deux jours.
💡 Explication

Chaque position reçoit sa source. Rabbi Eliezer lit le pluriel yemei, « jours », qui vaut au minimum deux : le noyau du deuil dure deux jours pleins, et l'interdit des téfilines couvre donc deux jours entiers plus le début du troisième.

Rabbi Yehochoua lit le singulier keyom mar, « comme un jour amer » : le noyau ne dure qu'un jour, et l'interdit couvre un jour plein plus le début du deuxième.

12
וְרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ נָמֵי, הָא כְתִיב: ״וַיִּתְּמוּ יְמֵי וְגוֹ׳״! אָמַר לָךְ: שָׁאנֵי מֹשֶׁה, דְּתַקִּיף אֻבְלֵיהּ. וְרַבִּי אֱלִיעֶזֶר נָמֵי, הָא כְתִיב: ״וְאַחֲרִיתָהּ כְּיוֹם מַר״! עִיקַּר מְרִירָא חַד יוֹמָא הוּא.

Et Rabbi Yehochoua aussi, n'est-il pas écrit : « les jours prirent fin », etc. ! Il peut te dire : Moche est différent, car le deuil porte pour lui fut intense.

Et Rabbi Eliezer aussi, n'est-il pas écrit : « et sa fin comme un jour amer » ! L'essentiel de l'amertume est d'un seul jour.

📜 Rachi (2)
דִּכְתִיב וַיִּתְּמוּ יְמֵי דְּמַשְׁמַע ב' יָמִים:
Ce qui implique deux jours.
עִיקַּר מֵרִירָא יוֹם אֶחָד אֲבָל אֲבֵילוּת ב' יָמִים:
L'essentiel de l'amertume est d'un seul jour, mais le deuil est de deux jours.
💡 Explication

Le Talmud vérifie que chacun sait écarter le verset de son adversaire. Rabbi Yehochoua traite le deuil de Moche comme un cas hors norme, dont on ne tire pas la mesure ordinaire.

Rabbi Eliezer accepte le verset d'Amos mais en restreint la portée : il décrit le sommet de l'amertume, qui tient en un jour, sans rien dire de la durée du deuil lui-même, qui reste de deux jours.

13
אָמַר עֻולָּא: הֲלָכָה כְּרַבִּי אֱלִיעֶזֶר בַּחֲלִיצָה, וַהֲלָכָה כְּרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בְּהַנָּחָה.

Oula a dit : la halakha est comme Rabbi Eliezer quant au retrait, et la halakha est comme Rabbi Yehochoua quant à la pose.

📜 Rachi (1)
הֲלָכָה כְּר"א בַּחֲלִיצָה שֶׁאִם בָּאוּ פָּנִים חֲדָשׁוֹת בַּג' אֵינוֹ חוֹלֵץ וַהֲלָכָה כְּרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בְּהַנָּחָה דְּבִשְׁנֵי מֻותָּר לְהַנִּיחַ תְּפִילִּין:
Si des visages nouveaux sont venus le troisième jour, il n'ôte pas ; et la halakha est comme Rabbi Yehochoua quant à la pose : dès le deuxième jour il est permis de poser les téfilines.
💡 Explication

Oula ne choisit pas un tana contre l'autre : il partage la mahloket selon les deux questions qu'elle recouvre. Pour la hanaha, la pose, il suit Rabbi Yehochoua, et l'endeuillé pose ses téfilines dès le deuxième jour. Pour la halitsa, le retrait devant des visiteurs nouveaux, il suit Rabbi Eliezer, et l'endeuillé ne les ôte pas.

Le mot halitsa a ici le sens de retrait des téfilines, sans rapport avec la halitsa de la yevama évoquée au début du folio.

14
אִיבַּעְיָא לְהוּ: בְּשֵׁנִי לְעֻולָּא, חוֹלֵץ אוֹ אֵינוֹ חוֹלֵץ?

Une question leur fut posée : le deuxième jour, selon Oula, ôte-t-il ou n'ôte-t-il pas ?

📜 Rachi (1)
בְּשֵׁנִי לְעֻולָּא חוֹלֵץ בַּשְּׁלִישִׁי קָאָמַר הֲלָכָה כְּר"א דְּאָמַר אֵינוֹ חוֹלֵץ אֲבָל בַּשֵּׁנִי לָא יָדַעְנָא אִי חוֹלֵץ אִי לֹא:
Au troisième jour il dit que la halakha est comme Rabbi Eliezer, qui dit qu'il n'ôte pas ; mais pour le deuxième jour, je ne sais pas s'il ôte ou non.
💡 Explication

Le psak de Oula laisse un point non couvert. Il a parlé du retrait au troisième jour, situation réglée par Rabbi Eliezer, et de la pose au deuxième jour, réglée par Rabbi Yehochoua.

Reste le croisement des deux : celui qui a posé ses téfilines le deuxième jour, selon Rabbi Yehochoua, doit-il les ôter si des visiteurs nouveaux arrivent ce jour-là ?

🖼️ Schéma
La question laissée ouverte par le psak de Oula Oula a tranché le troisième jour : on n'ôte pas. Il a tranché la pose : dès le deuxième jour, on pose. mais le deuxième jour, si des visiteurs nouveaux arrivent ? Oula, appuyé par Yehouda ben Teima il ôte et il pose, même cent fois il ôte quand les visiteurs arrivent, il repose quand ils s'en vont Rava dès lors qu'il a posé, il n'ôte plus la pose du deuxième jour clôt la période où l'on ôte L'objection qui clôt le folio Rava lui-même a dit ailleurs que la halakha suit le tana de notre michna, qui compte trois jours ; comment peut-il alors admettre la pose dès le deuxième jour ? La réponse viendra au folio suivant.
La question ouverte par le psak de Oula, et les deux réponses qui s'opposent.
15
תָּא שְׁמַע, אָמַר עֻולָּא: חוֹלֵץ וּמַנִּיחַ אֲפִילּוּ מֵאָה פְּעָמִים. תַּנְיָא נָמֵי הָכִי, יְהוּדָה בֶּן תֵּימָא אוֹמֵר: חוֹלֵץ וּמַנִּיחַ אֲפִילּוּ מֵאָה פְּעָמִים.

Viens et entends : Oula a dit : il ôte et il pose, même cent fois. Ainsi a-t-il été enseigné également : Yehouda ben Teima dit : il ôte et il pose, même cent fois.

📜 Rachi (1)
חוֹלֵץ וּמַנִּיחַ בִּשְׁנֵי אַפֵּי' מֵאָה פְּעָמִים בְּיוֹם וְכִי בָּאוּ פָּנִים חֲדָשׁוֹת חוֹלֵץ וְכִי לֵיכָּא פָּנִים חֲדָשׁוֹת מַנִּיחַ:
Le deuxième jour, même cent fois par jour : quand des visages nouveaux viennent, il ôte ; quand il n'y a pas de visages nouveaux, il pose.
🗂️ Tossefot (1)
חוֹלֵץ וּמַנִּיחַ אֲפִילּוּ מֵאָה פְּעָמִים. פִּי' חוֹלֵץ בְּפָנִים חֲדָשׁוֹת וּמַנִּיחַ כְּשֶׁיֵּלְכוּ וְכֵן כָּל שָׁעָה שֶׁיֵּלְכוּ מֵאָה פְּעָמִים בְּיוֹם וְטַעְמֵיהּ מִשּׁוּם בֵּין לר"א בֵּין לְרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בִּפְנִים חֲדָשׁוֹת אָסוּר לר"א לְהַנִּיחַ אָסוּר וּלְרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ אַפֵּי' חוֹלֵץ:
« Il ôte et il pose, même cent fois. » Cela veut dire qu'il ôte lorsque des visages nouveaux se présentent et qu'il pose lorsqu'ils s'en vont, et ainsi chaque fois qu'ils s'en vont, cent fois par jour. Sa raison est que, pour Rabbi Eliezer comme pour Rabbi Yehochoua, la présence de visages nouveaux fait difficulté : pour Rabbi Eliezer il est interdit de poser, et pour Rabbi Yehochoua il ôte même celles qui sont déjà posées.
💡 Explication

Une déclaration de Oula lui-même résout la question : le deuxième jour, l'endeuillé ôte ses téfilines à chaque arrivée de visiteurs nouveaux et les repose quand ils partent, sans limite de répétition.

Une baraita au nom de Yehouda ben Teima confirme cette pratique, ce qui donne au propos de Oula l'appui d'une source tanaitique.

16
רָבָא אָמַר: כֵּיוָן שֶׁהִנִּיחַ שׁוּב אֵינוֹ חוֹלֵץ. וְהָא רָבָא הוּא דְּאָמַר: הֲלָכָה כְּתַנָּא דִּידַן דְּאָמַר שְׁלֹשָׁה!

Rava a dit : dès lors qu'il a posé, il n'ôte plus. — Or n'est-ce pas Rava lui-même qui a dit : la halakha est comme le tana de notre michna, qui dit trois jours !

📜 Rachi (2)
רָבָא אָמַר כֵּיוָן שֶׁמַּנִּיחַ בַּשֵּׁנִי שׁוּב אֵינוֹ חוֹלֵץ לִפְנִים חֲדָשׁוֹת:
Le deuxième jour : il n'ôte plus devant des visages nouveaux.
וְהָאָמַר רָבָא לְעֵיל (מוֹעֵד קָטָן דַּף כ.) בִּכְפִייַּת הַמִּטָּה הֲלָכָה כְּתַנָּא דִּידַן דְּאָמַר ג' יָמִים עִיקַּר אֲבֵילוּת ה"נ נִבְעֵי ג' יָמִים לְהַנִּיחַ תְּפִילִּין:
Plus haut (Moed Katan 20a), au sujet du renversement du lit : la halakha est comme le tana de notre michna, qui dit que l'essentiel du deuil est de trois jours ; ici de même, il faudrait exiger trois jours pour poser les téfilines.
💡 Explication

Rava s'oppose à la pratique des cent fois : la pose du deuxième jour est définitive, et l'arrivée de visiteurs nouveaux n'oblige plus à ôter.

Le Talmud lui oppose aussitôt sa propre position rapportée plus haut (Moed Katan 20a) au sujet du renversement du lit, où il tranche comme le tana de notre michna, qui compte trois jours de deuil principal. Comment peut-il admettre la pose dès le deuxième jour ? Le folio s'arrête sur cette contradiction, dont la résolution ouvrira le folio suivant.

✉ Signaler une erreur de traduction

Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).