Moed Katan 21b — Les paliers du deuil : travail, visite, salutation, décompte des sept jours

Moed_Katan 21b

Sougya : Le daf poursuit l'étude des interdits de l'endeuillé (avel) et les organise en paliers de temps. Une première baraita interdit le travail pendant les trois premiers jours, même au pauvre qui subsiste de la tsedaka, puis autorise un travail discret à la maison.

Une deuxième interdit d'aller consoler un autre endeuillé avant trois jours. Le cœur du daf est la salutation (chéélat chalom) : trois baraitot se contredisent en fixant la limite à trois jours, à trente jours, ou à douze mois.

Rav Idi bar Avin distingue le sens de la salutation selon sa direction (lui vers les autres, ou les autres vers lui), puis la Guemara distingue le deuil d'un parent de celui des autres proches. Le daf s'achève sur le décompte des sept jours pour celui qui rejoint la maison endeuillée : compte-t-il avec les autres (mone imahen) ou pour lui-même (mone le-atsmo) ?

Les paliers du deuil (avelout) et ce qui se relâche à chaque seuil enterrement 3 jours 7 jours (chiva) 30 jours (chelochim) 12 mois Travail : interdit, même au pauvre vivant de tsedaka. Visite d'un avel : interdite. Travail permis en cachette (betsin'a) chez soi. Visite permise (place des Fin des interdits de la chiva : travail, chaussure, lavage... Restent les interdits des chelochim, puis (pour le père et la mère) ceux des douze mois. Salutation (chéélat chalom) — le fil conducteur du daf Il ne salue pas. Il ne répond pas : il informe qu'il est en deuil. Il répond à qui le salue sans savoir, mais il ne salue pas le premier. Lui salue les autres, car eux sont installés dans la paix. Les autres le saluent : à 30 jours pour les proches, à 12 mois pour père et mère. Consolation (tanhoumin) : mouvement inverse de la salutation. Permise tant que la plaie est ouverte, elle cesse quand la salutation redevient possible — après, seulement de biais (min ha-tsad).
Vue d'ensemble : les quatre seuils du deuil (3 jours, 7 jours, 30 jours, 12 mois) et ce qui change à chacun.
Trois baraitot contradictoires sur la salutation — et les deux clés de résolution Baraita A — 7 jours 3 premiers jours : il ne salue pas. De 3 à 7 : il répond, ne salue pas. Après 7 : il salue et répond comme à son habitude. Baraita B — 30 jours Dans les 30 jours : on lui parle consolation, on ne le salue pas. Après 30 : on le salue, plus de paroles de consolation. Baraita C — 12 mois Dans les 12 mois : consolation, pas de salutation. Après 12 mois : salutation, consolation seulement de biais. Clé 1 — Rav Idi bar Avin : la direction de la salutation A parlé de LUI vers les AUTRES : permis après 7 jours, car eux sont dans la paix. B parle des AUTRES vers LUI : interdit 30 jours, car lui n'est pas dans la paix. Clé 2 — l'identité du défunt B (30 jours) : deuil des autres proches — frère, sœur, fils, fille, époux. C (12 mois) : deuil du père ou de la mère, ou l'interdit de saluer s'étend à toute l'année. Objection résiduelle sur le sens exact de "il répond" : il répond à qui ignorait son deuil.
La contradiction centrale du daf sur la salutation, et les deux distinctions qui la résolvent.
Celui qui rejoint la maison endeuillée : compter avec eux ou pour soi ? Un parent arrive après Dans les 3 premiers jours À partir du 4e jour Lieu proche Lieu éloigné Mone imahen il finit avec la maison Mone le-atsmo 7 jours entiers Mone le-atsmo même venant de près Deux restrictions R. Chimon : même au 7e jour, il compte avec eux (lieu proche). R. Yo'hanan : seulement si le gadol ha-bayit est à la maison. lieu proche = 10 parsaot (Halakhot Guedolot)
Arbre de décision : mone imahen ou mone le-atsmo pour celui qui rejoint la maison endeuillée.
1
מִצְוָה שָׁאנֵי.

Une mitsva, c'est autre chose.

📜 Rachi (1)
מִצְוָה שָׁאנֵי כְּלוֹמַר הוֹאִיל וּמִצְוָה לְהַנִּיחַ תְּפִילִּין מָצֵי לְהַנִּיחַ לְאַלְתַּר בַּשֵּׁנִי:
Une mitsva, c'est autre chose — c'est-à-dire : puisque c'est une mitsva de poser les tefilin, il peut les poser immédiatement, dès le deuxième jour.
💡 Explication

Fin de la discussion ouverte plus haut sur les tefilin de l'endeuillé. L'objection était qu'un endeuillé, tenu de se détourner de tout ornement pendant les trois premiers jours, ne devrait pas poser les tefilin. La Guemara répond par une catégorie : la mitsva obéit à une logique propre et n'entre pas dans la liste des agréments dont le deuil prive.

Rachi précise la portée pratique : dès le deuxième jour, l'endeuillé pose les tefilin, sans attendre la fin des trois jours.

2
תָּנוּ רַבָּנַן: אֲבָל, שְׁלֹשָׁה יָמִים הָרִאשׁוֹנִים אָסוּר בִּמְלָאכָה, וַאֲפִילּוּ עָנִי הַמִּתְפַּרְנֵס מִן הַצְּדָקָה. מִכָּאן וְאֵילָךְ — עוֹשֶׂה בְּצִינְעָא בְּתוֹךְ בֵּיתוֹ. וְהָאִשָּׁה טוֹוָה בַּפֶּלֶךְ בְּתוֹךְ בֵּיתָהּ.

Nos maîtres ont enseigné : l'endeuillé, pendant les trois premiers jours, est interdit de travail, et même s'il s'agit d'un pauvre qui subsiste de la tsedaka. À partir de la, il travaille discrètement à l'intérieur de sa maison.

Et la femme file au fuseau à l'intérieur de sa maison.

📜 Rachi (1)
אִשָּׁה אֲבֵילָה טוֹוָה בְּפֶלֶךְ:
Une femme endeuillée file au fuseau.
🗂️ Tossefot (1)
מִכָּאן וְאֵילָךְ עוֹשֶׂה בְּצִינְעָא בְּתוֹךְ בֵּיתוֹ. פִּי' בְּתוֹסֶפֶת הָרַב בְּמִתְפַּרְנֵס מִן הַצְּדָקָה קָאֵי וְהָכִי מַשְׁמַע לְעֵיל דְּקָאָמַר לְעֵיל (מוֹעֵד קָטָן ד' יט:) הַקּוֹבֵר מֵתוֹ ב' יָמִים קֹודֶם הָרֶגֶל מוֹנֶה ה' יָמִים אַחַר הָרֶגֶל וּמְלַאכְתּוֹ נַעֲשֵׂית ע"י אֲחֵרִים מַשְׁמַע דְּהָאָבֵל אָסוּר כָּל ז' וְהָתָם נָמֵי לָא שָׁרֵינַן לְעַצְמוֹ שֶׁיְּהֵא עוֹשֶׂה מְלָאכָה וה"נ תַּנְיָא בְּמַסֶּכֶת שְׂמָחוֹת (פ"ה) אֲבָל כָּל ז' יָמִים אָסוּר בַּעֲשִׂייַּת מְלָאכָה הוּא וּבָנָיו וּבְנוֹתָיו וַעֲבָדָיו וְשִׁפְחוֹתָיו וּבְהֶמְתּוֹ כְּשֵׁם שֶׁהוּא אָסוּר לַעֲשׂוֹת לוֹ כָּךְ אֲחֵרִים אֲסוּרִים לַעֲשׂוֹת לוֹ פִּי' חוּץ מִזֵּיתָיו הֲפוּכִים וּמְלֶאכֶת הָאָבֵד מִיּוֹם ג' וְאֵילָךְ עוֹשֶׂה מְלָאכָה דַּוְקָא בְּמִי שֶׁמִּתְפַּרְנֵס מִן הַצְּדָקָה וּבְצִינְעָא אֲבָל אָמְרוּ חֲכָמִים תָּבֹא מְאֵרָה לִשְׁכֵינָיו כו' בַּר קַפָּרָא אוֹמֵר אַף בַּשְּׁלִישִׁי לֹא יַעֲשֶׂה כָּךְ הֵבִיא בתוס' הָרַב וְלִכְאוֹרָה נִרְאֶה דְּכֵיוָן דְּיָלְפִינַן (לְעֵיל מוֹעֵד קָטָן דַּף כ.) מִוְּהַפַּכְתִּי חַגֵּיכֶם לְאֵבֶל מָה חַג ז' לְעִנְיַן מְלָאכָה אַיְירֵי וְגַם הר"א מְסֻופָּק דִּלְמָא אַעָנִי דַּוְקָא קָאֵי אֲבָל בְּשֵׁם רַבֵּינוּ שְׁמוּאֵל אָמַר בְּכָל אֲבֵלִים קָאֵי מִדְּלָא קָתָנֵי מִכָּאן וְאֵילָךְ עוֹשֶׂה עָנִי בְּצִינְעָא וְלָא כִּדְפָרֵישִׁית:
« À partir de là, il travaille discrètement à l'intérieur de sa maison. » Explication donnée dans les Tossefot du Rav : cela se rapporte à celui qui subsiste de la tsedaka. C'est bien ce qui ressort de plus haut, où il est dit (Moed Katan 19b) que celui qui enterre son mort deux jours avant la fête compte cinq jours après la fête, et que son travail est fait par d'autres — ce qui implique que l'endeuillé est interdit de travail durant les sept jours, et là non plus on ne lui permet pas de travailler lui-même. De même il est enseigné dans le traité Semahot (ch. 5) : l'endeuillé, durant les sept jours, est interdit d'accomplir un travail, lui, ses fils, ses filles, ses serviteurs, ses servantes et sa bête ; de même qu'il lui est interdit de faire pour lui-même, il est interdit à d'autres de faire pour lui — c'est-à-dire hormis ses olives déjà retournées et le travail dont l'omission entraîne une perte (melekhet ha-aved). À partir du troisième jour il travaille : précisément celui qui subsiste de la tsedaka, et discrètement ; mais les Sages ont dit que la malédiction vienne sur ses voisins, etc. Bar Kappara dit : même le troisième jour il ne travaillera pas. Ainsi le Rav l'a-t-il rapporté dans les Tossefot. À première vue il semble pourtant que, puisque nous apprenons (plus haut, Moed Katan 20a) du verset « Je changerai vos fêtes en deuil » que, de même que la fête dure sept jours, [le deuil dure sept jours] — il s'agit bien là du travail. Le Ra lui aussi est dans le doute : peut-être cela ne vise-t-il que le pauvre. Mais au nom de Rabbenou Chemouel il a été dit que cela vise tout endeuillé, puisque la baraita n'enseigne pas « à partir de là, le pauvre travaille discrètement » — et non comme je l'ai expliqué.
💡 Explication

La baraita fixe deux régimes successifs. Pendant trois jours, l'interdit de melakha (travail) est absolu, et la mention du pauvre vivant de la tsedaka en marque la force : même la détresse économique ne l'entame pas. Ensuite le travail redevient possible, mais sous double réserve — betsin'a (discrètement) et à l'intérieur de la maison, pour que le deuil ne soit pas publiquement démenti.

Les Tossefot posent la question décisive : cette permission du quatrième jour vise-t-elle tout endeuillé, ou seulement le pauvre ? Le Rav la restreint au pauvre, en s'appuyant sur les sources qui interdisent le travail pendant les sept jours entiers. Rabbenou Chemouel l'étend à tous, en lisant la formulation de la baraita, qui ne reprend pas le mot « pauvre » dans sa seconde clause.

🖼️ Schéma
Le travail (melakha) de l'endeuillé : qui, quand, comment Jours 1 à 3 — interdit absolu Même le pauvre qui vit de la tsedaka. Le besoin économique ne lève pas l'interdit. Jours 4 à 7 — permis sous conditions Betsin'a (discrètement) et à l'intérieur de sa maison. La femme file au fuseau. Le doute des Tossefot : à qui s'applique la permission du 4e jour ? Tossefot du Rav : au seul pauvre vivant de tsedaka. Sinon le deuil couvre les sept jours, comme la fête dure sept jours (verset : Je changerai vos fêtes en deuil). Rabbenou Chemouel : à tout endeuillé, puisque la baraita ne répète pas le mot "pauvre".
Les deux régimes du travail et le doute des Tossefot sur l'étendue de la permission.
3
תָּנוּ רַבָּנַן: אָבֵל, שְׁלֹשָׁה יָמִים הָרִאשׁוֹנִים אֵינוֹ הוֹלֵךְ לְבֵית הָאֵבֶל, מִכָּאן וְאֵילָךְ הוֹלֵךְ, וְאֵינוֹ יוֹשֵׁב בִּמְקוֹם הַמְנַחֲמִין, אֶלָּא בִּמְקוֹם הַמִּתְנַחֲמִין.

Nos maîtres ont enseigné : l'endeuillé, pendant les trois premiers jours, ne va pas à la maison d'un autre endeuillé ; à partir de là il y va, mais il ne s'assied pas à la place des consolateurs (menahamin), plutôt à la place de ceux que l'on console (mitnahamin).

📜 Rachi (1)
אֶלָּא בִּמְקוֹם הַמִּתְנַחֲמִין סָמוּךְ לָאֲבֵלִים:
Plutôt à la place de ceux que l'on console — près des endeuillés.
🗂️ Tossefot (1)
מִכָּאן וְאֵילָךְ הוֹלֵךְ. פִּי' בְּתוֹסֶפֶת הָרַב וְעַל זֶה סוֹמְכִים שֶׁבָּאִים בבהכ"נ בְּט' בְּאָב וְאֵינִי יוֹדֵעַ אִם הוּא מִנְהָג טוֹב וּמִדְּבָרָיו מָצִינוּ לְמֵדִין שֶׁחוֹשֵׁב ט' בְּאָב כְּמוֹ לְאַחַר שְׁלֹשָׁה וְנָפְקָא מִינָּהּ לְעִנְיַן תְּפִילִּין כִּדְפֵי' לְעֵיל:
« À partir de là il y va. » Explication donnée dans les Tossefot du Rav : c'est sur cela que l'on s'appuie pour venir à la synagogue le 9 av — et je ne sais pas si c'est une bonne coutume. De ses propos nous apprenons qu'il tient le 9 av pour équivalent à l'état de l'endeuillé après trois jours, avec une nafka mina (conséquence pratique) quant aux tefilin, comme il a été expliqué plus haut.
💡 Explication

Deuxième baraita, bâtie sur le même seuil de trois jours. Avant trois jours, l'endeuillé reste chez lui. Ensuite il peut se rendre dans une autre maison de deuil, mais sa place y est assignée : parmi les endeuillés, non parmi les consolateurs. Sa condition le retient du côté de ceux qui reçoivent la consolation.

Les Tossefot tirent de là un usage : certains s'appuient sur cette permission pour venir à la synagogue le 9 av, traité comme un deuil déjà entré dans sa phase atténuée. L'auteur marque sa réserve sur cette coutume, tout en relevant la conséquence quant aux tefilin.

4
תָּנוּ רַבָּנַן: אֲבָל, שְׁלֹשָׁה יָמִים הָרִאשׁוֹנִים אָסוּר בִּשְׁאֵילַת שָׁלוֹם. מִשְּׁלֹשָׁה וְעַד שִׁבְעָה — מֵשִׁיב וְאֵינוֹ שׁוֹאֵל. מִכָּאן וְאֵילָךְ, שׁוֹאֵל וּמֵשִׁיב כְּדַרְכּוֹ.

Nos maîtres ont enseigné : l'endeuillé, pendant les trois premiers jours, est interdit de saluer (chéélat chalom). Du troisième au septième jour, il répond mais ne salue pas.

À partir de là, il salue et répond comme à son habitude.

💡 Explication

Troisième baraita, qui ouvre la sougya centrale du daf. Elle découpe la chéélat chalom (salutation, littéralement « demande de paix ») en trois états : silence complet, puis réponse sans initiative, puis usage ordinaire dès le huitième jour.

Le terme est chargé : saluer, c'est souhaiter le chalom, la paix pleine. Toute la sougya jouera sur le fait que l'endeuillé, lui, n'est pas installé dans cette paix.

5
שְׁלֹשָׁה יָמִים הָרִאשׁוֹנִים אָסוּר בִּשְׁאֵילַת שָׁלוֹם? וְהָתַנְיָא: מַעֲשֶׂה וּמֵתוּ בָּנָיו שֶׁל רַבִּי עֲקִיבָא, נִכְנְסוּ כָּל יִשְׂרָאֵל וְהִסְפִּידוּם הֶסְפֵּד גָּדוֹל.

Les trois premiers jours, il est interdit de saluer ? Mais il a été enseigné : il advint que les fils de Rabbi Akiva moururent ; tout Israël entra et fit sur eux une grande oraison funèbre.

💡 Explication

Première objection, tirée d'un récit. La Guemara va montrer que Rabbi Akiva lui-même a salué la foule au plus fort de son deuil, ce qui contredit l'interdit des trois premiers jours.

6
בִּשְׁעַת פְּטִירָתָן, עָמַד רַבִּי עֲקִיבָא עַל סַפְסָל גָּדוֹל וְאָמַר: אַחֵינוּ בֵּית יִשְׂרָאֵל שָׁמְעוּ! אֲפִילּוּ שְׁנֵי בָנִים חֲתָנִים — מְנֻוחָם הוּא בִּשְׁבִיל כָּבוֹד שֶׁעֲשִׂיתֶם. וְאִם בִּשְׁבִיל עֲקִיבָא בָּאתֶם, הֲרֵי כַּמָּה עֲקִיבָא בַּשּׁוּק. אֶלָּא כָּךְ אֲמַרְתֶּם: תּוֹרַת אֱ-לֹהָיו בְּלִבּוֹ. וְכָל שֶׁכֵּן שֶׁשְּׂכַרְכֶם כָּפוּל, לְכוּ לְבָתֵּיכֶם לְשָׁלוֹם!

Au moment où ils prenaient congé, Rabbi Akiva se tint debout sur un grand banc et dit : Nos frères, maison d'Israël, écoutez ! Même s'il s'était agi de deux fils mariés, je serais consolé par l'honneur que vous avez rendu.

Et si c'est pour Akiva que vous êtes venus, combien d'Akiva y a-t-il sur la place du marché ! Mais voici ce que vous avez dit : « La Torah de son D.ieu est en son cœur. » Et à plus forte raison votre récompense est-elle double.

Allez à vos maisons en paix !

📜 Rachi (4)
אֲפִילּוּ ב' בָּנִים חֲתָנִים קָבַרְתִּי מְנֻוחָם אֲנִי מֵרֹוב כָּבוֹד שֶׁעֲשִׂיתֶם לִי:
Même deux fils mariés — les eussé-je enterrés, je serais consolé par l'abondance de l'honneur que vous m'avez rendu.
וְאִם בִּשְׁבִיל עֲקִיבָא בָּאתֶם הֲרֵי כַּמָּה עֲקִיבָא בַּשּׁוּק שֶׁלֹּא הֲלַכְתֶּם לְנַחֲמָן:
Et si c'est pour Akiva que vous êtes venus, combien d'Akiva y a-t-il sur la place du marché — que vous n'êtes pas allés consoler.
כ"ש שֶׁשְּׂכַרְכֶם כָּפוּל שֶׁלִּכְבוֹד הַתּוֹרָה בָּאתֶם:
À plus forte raison votre récompense est-elle double — car c'est pour l'honneur de la Torah que vous êtes venus.
לְכוּ לְבָתֵּיכֶם לְשָׁלוֹם הֲרֵי שָׁאַל בִּשְׁלוֹמָן:
Allez à vos maisons en paix — voilà bien qu'il les a salués.
💡 Explication

Le mot décisif est le dernier : « Allez à vos maisons en paix » est une formule de salutation, prononcée au premier jour du deuil. C'est là contradiction que la Guemara relève.

Rabbi Akiva raisonne en trois temps. L'honneur rendu suffirait même pour la perte la plus lourde, celle de deux fils déjà mariés. Cet honneur ne lui est pas dû personnellement, puisque bien d'autres portent son nom sans qu'on vienne les consoler. Il revient donc à la Torah qu'il porte — d'où une récompense double pour la foule, qui a consolé des endeuillés et honoré la Torah.

7
כְּבוֹד רַבִּים שָׁאנֵי.

L'honneur du public, c'est autre chose.

💡 Explication

Réponse de la Guemara : le cas de Rabbi Akiva relève du kevod rabbim, l'honneur du public. Face à une assemblée entière venue le consoler, le silence serait un affront. L'interdit des trois premiers jours régit les rencontres ordinaires, non cette situation.

8
מִשְּׁלֹשָׁה וְעַד שִׁבְעָה — מֵשִׁיב וְאֵינוֹ שׁוֹאֵל, מִכָּאן וְאֵילָךְ, שׁוֹאֵל וּמֵשִׁיב כְּדַרְכּוֹ.

« Du troisième au septième jour, il répond mais ne salue pas ; à partir de là, il salue et répond comme à son habitude. »

💡 Explication

La Guemara reprend la deuxième clause de la baraita pour la confronter à une autre source. C'est le point de départ de la contradiction principale du daf.

9
וּרְמִינְהוּ: הַמּוֹצֵא אֶת חֲבֵירוֹ אָבֵל, בְּתוֹךְ שְׁלֹשִׁים יוֹם — מְדַבֵּר עִמּוֹ תַּנְחוּמִין וְאֵינוֹ שׁוֹאֵל בִּשְׁלוֹמוֹ, לְאַחַר שְׁלֹשִׁים יוֹם — שׁוֹאֵל בִּשְׁלוֹמוֹ וְאֵינוֹ מְדַבֵּר עִמּוֹ תַּנְחוּמִין.

Et l'on oppose : celui qui rencontre son compagnon endeuillé à l'intérieur des trente jours lui adresse des paroles de consolation (tanhoumin) et ne le salue pas ; après trente jours, il le salue et ne lui adresse pas de paroles de consolation.

📜 Rachi (1)
וּרְמִינְהוּ דִּבְתוֹךְ ל' יוֹם אֵינוֹ שׁוֹאֵל:
Et l'on oppose — car à l'intérieur des trente jours on ne salue pas.
🗂️ Tossefot (1)
מְדַבֵּר עִמּוֹ תַּנְחוּמִין וְאֵינוֹ שׁוֹאֵל. וְקַשְׁיָא לָמֶ"ד מִכָּאן וְאֵילָךְ שׁוֹאֵל וּמֵשִׁיב:
« Il lui adresse des paroles de consolation et ne le salue pas. » Cela fait difficulté pour celui qui enseigne « à partir de là, il salue et répond ».
💡 Explication

La contradiction est frontale : la première baraita libère la salutation après sept jours, celle-ci la retient trente jours. La seconde baraita ajoute un principe complémentaire : salutation et consolation s'excluent. Tant que la plaie est ouverte, on console ; quand elle s'est refermée, on salue et l'on cesse de rouvrir le sujet.

10
מֵתָה אִשְׁתּוֹ וְנָשָׂא אִשָּׁה אַחֶרֶת, אֵינוֹ רַשַּׁאי לִיכָּנֵס לְבֵיתוֹ לְדַבֵּר עִמּוֹ תַּנְחוּמִין. מָצְאוּ בַּשּׁוּק — אוֹמֵר לוֹ בְּשָׂפָה רָפָה וּבְכֹובֶד רֹאשׁ.

Si sa femme est morte et qu'il a épouse une autre femme, on n'est pas autorisé à entrer dans sa maison pour lui adresser des paroles de consolation. Si on le rencontre sur la place du marché, on le lui dit à voix basse et avec gravité.

📜 Rachi (2)
וְנָשָׂא אִשָּׁה בְּתוֹךְ שְׁלֹשִׁים יוֹם כְּגוֹן שֶׁאֵין לוֹ בָּנִים כְּדִלְקַמָּן:
Et qu'il a épouse une femme — à l'intérieur des trente jours, par exemple lorsqu'il n'a pas d'enfants, comme il sera dit plus loin.
אֵינוֹ רַשַּׁאי לִיכָּנֵס לְבֵיתוֹ לְנַחֲמוֹ מִשּׁוּם חֲלִישַׁת דַּעַת דְּאִשָּׁה אַחֲרוֹנָה קָתָנֵי מִיהַת בְּתוֹךְ ל' יוֹם אֵינוֹ שׁוֹאֵל בִּשְׁלוֹמוֹ כ"ש שֶׁהָאָבֵל עַצְמוֹ אֵינוֹ שׁוֹאֵל בִּשְׁלוֹמוֹ שֶׁל זֶה וּלְעֵיל קָתָנֵי מִשִּׁבְעָה וְאֵילָךְ מֵשִׁיב וְשׁוֹאֵל כְּדַרְכּוֹ:
On n'est pas autorisé à entrer dans sa maison — pour le consoler, à cause de l'affaiblissement d'esprit (halichat ha-da'at) de la seconde épouse. En tout cas il est enseigné qu'à l'intérieur des trente jours on ne le salue pas ; à plus forte raison l'endeuillé lui-même ne salue-t-il pas autrui. Or plus haut il est enseigné qu'à partir du septième jour il répond et salue comme à son habitude.
🗂️ Tossefot (1)
מֵתָה אִשְׁתּוֹ וְנָשָׂא אִשָּׁה אַחֶרֶת. מַשְׁמַע בְּתוֹךְ ל' יוֹם דְּאִי לְאַחַר ל' יוֹם הֵיכִי קָאָמַר אֵינוֹ רַשַּׁאי לִיכָּנֵס לְבֵיתוֹ לְדַבֵּר עִמּוֹ תַּנְחוּמִין הָא בִּשְׁאָר מֵתִים נָמֵי אָמְרוּ אֵינוֹ מְדַבֵּר עִמּוֹ תַּנְחוּמִין וְצָרִיךְ לְאוֹקְמֵי בְּאֵין לוֹ בָּנִים לְפִי' ר"ת שֶׁמַּתִּיר לִישָּׂא אִשָּׁה אַחַר שִׁבְעָה א"נ בְּהִנִּיחָה לוֹ בָּנִים קְטַנִּים שֶׁמֻּותָּר לִישָּׂא מִיָּד וְלִבְעוֹל אַחַר ל' יוֹם לְפֵירוּשׁ רַבֵּינוּ יִצְחָק וְהֶאֱרִיךְ בְּתוֹסָפוֹת פֶּרֶק קַמָּא דִּכְתֻובּוֹת (דַּף ד. וְשָׁם בד"ה אֲבָל אִיפְּכָא) וּבַלִּיקּוּטִין כָּתוּב בִּתְשׁוּבָה:
« Sa femme est morte et il a épouse une autre femme. » Cela indique qu'il s'agit de l'intérieur des trente jours : car s'il s'agissait d'après trente jours, comment pourrait-il dire qu'on n'est pas autorisé à entrer dans sa maison pour lui adresser des paroles de consolation, puisque pour les autres morts aussi ils ont dit qu'on ne lui adresse plus de paroles de consolation ? Il faut donc l'établir dans le cas où il n'a pas d'enfants, selon l'explication de Rabbenou Tam, qui permet d'épouser une femme après les sept jours ; ou bien dans le cas où elle lui a laissé de jeunes enfants, où il est permis d'épouser aussitôt et d'avoir des relations après trente jours, selon l'explication de Rabbenou Yitzhak. Il s'est étendu là-dessus dans les Tossefot du premier chapitre de Ketoubot (4a, s.v. « aval ipkha »), et dans les Likoutim cela est écrit sous forme de responsum.
💡 Explication

Suite de la même baraita, sur un cas délicat : un veuf qui s'est remarié dans les trente jours. Entrer chez lui pour le consoler de sa première femme blesserait la seconde — d'où la halichat ha-da'at, l'atteinte portée à son esprit. La consolation se déplace alors hors de la maison, à voix basse et avec gravité.

Rachi tire de ce passage un argument à fortiori : si les autres ne le saluent pas dans les trente jours, l'endeuillé lui-même ne saluera pas — ce qui aggrave la contradiction avec la première baraita.

11
אָמַר רַב אִידִי בַּר אָבִין: הוּא שׁוֹאֵל בִּשְׁלוֹם אֲחֵרִים — שֶׁאֲחֵרִים שֶׁרָוְיִין בְּשָׁלוֹם, אֲחֵרִים אֵין שׁוֹאֲלִין בִּשְׁלוֹמוֹ, שֶׁהוּא אֵינוֹ שָׁרוּי בְּשָׁלוֹם.

Rav Idi bar Avin a dit : lui salue les autres, car les autres sont installés dans la paix ; les autres ne le saluent pas, car lui n'est pas installé dans la paix.

📜 Rachi (1)
אָמַר רַב אִידִי הוּא שׁוֹאֵל בִּשְׁלוֹם אֲחֵרִים כְּלוֹמַר תָּרֵיץ הָא דְּתָנֵי מִכָּאן וְאֵילָךְ שׁוֹאֵל כְּדַרְכּוֹ בְּתוֹךְ שְׁלֹשִׁים יוֹם דְּהוּא שׁוֹאֵל בִּשְׁלוֹם אֲחֵרִים שֶׁהֵן שֶׁרָוְיִין בְּשָׁלוֹם וְהָא דְּקָתָנֵי בְּתוֹךְ ל' יוֹם אֵינוֹ שׁוֹאֵל בִּשְׁלוֹמוֹ אֵין אֲחֵרִים שׁוֹאֲלִין בִּשְׁלוֹמוֹ:
Rav Idi a dit : lui salue les autres — c'est-à-dire : résous ainsi ce qui est enseigné, « à partir de là il salue comme à son habitude » à l'intérieur des trente jours : c'est lui qui salue les autres, lesquels sont installés dans la paix. Et ce qui est enseigné, « à l'intérieur des trente jours on ne le salue pas » : ce sont les autres qui ne le saluent pas.
💡 Explication

Résolution de la contradiction par la direction de la salutation. La première baraita parle de l'endeuillé qui salue autrui : rien ne l'en empêche après sept jours, puisque ceux qu'il salue sont bien dans la paix qu'il leur souhaite. La seconde parle d'autrui qui le salue : cela reste fermé trente jours, car lui ne se trouve pas dans cette paix, et le mot sonnerait faux.

La clé est le double sens de chalom : mot de politesse et état réel de celui à qui il s'adresse.

12
וְהָא מִדְּקָתָנֵי מֵשִׁיב, מִכְּלָל דְּשָׁיְילִינַן לֵיהּ? דְּלָא יָדְעִי.

Mais du fait qu'il est enseigné « il répond », on en déduit qu'on le salue ! — Dans un cas où ils ne savaient pas.

📜 Rachi (2)
מִכְּלָל דְּשָׁיְילִי בְּתוֹךְ ל' יוֹם וְקַשְׁיָא לְמָאֵן דְּתָנֵי בְּתוֹךְ ל' יוֹם אֵינוֹ שׁוֹאֵל:
On en déduit qu'ils saluent — à l'intérieur des trente jours ; et cela fait difficulté pour celui qui enseigne qu'à l'intérieur des trente jours on ne le salue pas.
דְּלָא יָדְעִי כְּלוֹמַר הָא דְּתָנֵי דְּמֵשִׁיב לְהָנֵי דְּשָׁאֲלִי לֵיהּ וְלָא יָדְעִי דְּאָבֵל הוּא אֲבָל מַאן דְּיָדַע דְּאָבֵל הוּא לֹא שְׁאִיל לֵיהּ בְּתוֹךְ ל' יוֹם:
Où ils ne savaient pas — c'est-à-dire : ce qui est enseigné, qu'il répond, vise ceux qui le saluent sans savoir qu'il est endeuillé ; mais celui qui sait qu'il est endeuillé ne le salue pas à l'intérieur des trente jours.
💡 Explication

Objection contre la réponse de Rav Idi. Si les autres ne saluent jamais l'endeuillé pendant trente jours, la clause « il répond » n'a plus d'objet. La Guemara répond en restreignant le cas : ceux qui l'ont salué ignoraient son deuil. L'interdit pèse sur qui sait, et la baraita règle la conduite de l'endeuillé devant une salutation involontaire.

13
אִי הָכִי, הָתָם נָמֵי! הָתָם — מוֹדַע לְהוּ וְלָא מַהְדַּר לְהוּ, הָכָא — לֹא צָרִיךְ לְאוֹדוֹעִינְהוּ.

S'il en est ainsi, là aussi ! — Là, il les informe et ne leur répond pas ; ici, il n'a pas besoin de les informer.

📜 Rachi (3)
אִי הָכִי דְּאוֹקֵמְתְּ לָהּ בְּלֹא יָדְעִי אֲפִילּוּ ג' יָמִים נָמֵי מֵשִׁיב (לְמָאֵן דִּשְׁאֵיל לֵיהּ וְאָמַר דְּאָבֵל הוּא) לְמָאֵן דְּלָא יָדַע וּשְׁאֵיל לֵיהּ בְּתוֹךְ ג' יָמִים:
S'il en est ainsi — puisque tu l'as établi dans le cas où ils ne savent pas, même pendant les trois jours il devrait répondre (à celui qui le salue et à qui il dit qu'il est endeuillé), c'est-à-dire à celui qui ne sait pas et qui le salue à l'intérieur des trois jours.
הָתָם מוֹדַע לְהוּ הָא דְּקָתָנֵי כָּל ג' יָמִים אָסוּר בִּשְׁאִילַת שָׁלוֹם אֲבָל מוֹדַע לְהוּ דְּאָבֵל הוּא וְלָא מַהְדַּר לְהוּ:
Là, il les informe — ce qui est enseigné, que pendant les trois jours il est interdit de saluer : il les informe qu'il est endeuillé et ne leur répond pas.
הָכָא לְאַחַר ג' לֹא צָרִיךְ לְאוֹדוֹעִינְהוּ לְמָאֵן דְּלָא יָדְעִי דְּאָבֵל הוּא אֶלָּא מֵשִׁיב:
Ici — après trois jours, il n'a pas besoin d'informer celui qui ne sait pas qu'il est endeuillé ; il répond simplement.
💡 Explication

Prolongement de l'objection : si tout tient à l'ignorance de l'interlocuteur, l'endeuillé devrait aussi pouvoir répondre pendant les trois premiers jours. La Guemara distingue deux conduites. Avant trois jours, il informe qu'il est endeuillé au lieu de rendre la salutation. Après, il rend simplement la salutation, sans avoir à s'expliquer.

La différence porte donc sur ce que l'endeuillé doit rendre visible de son état.

14
וּרְמִינְהוּ: הַמּוֹצֵא אֶת חֲבֵרוֹ אָבֵל, בְּתוֹךְ שְׁנֵים עָשָׂר חֹדֶשׁ — מְדַבֵּר עִמּוֹ תַּנְחוּמִין, וְאֵינוֹ שׁוֹאֵל בִּשְׁלוֹמוֹ. לְאַחַר שְׁנֵים עָשָׂר חֹדֶשׁ — שׁוֹאֵל בִּשְׁלוֹמוֹ, וְאֵינוֹ מְדַבֵּר עִמּוֹ תַּנְחוּמִין, אֲבָל מְדַבֵּר עִמּוֹ מִן הַצַּד.

Et l'on oppose : celui qui rencontre son compagnon endeuillé à l'intérieur des douze mois lui adresse des paroles de consolation et ne le salue pas ; après douze mois, il le salue et ne lui adresse pas de paroles de consolation, mais il lui parle de biais.

📜 Rachi (2)
וּרְמִינְהוּ בְּתוֹךְ י"ב חֹדֶשׁ אֵינוֹ שׁוֹאֵל בִּשְׁלוֹמוֹ וְקָשֶׁה לְהַךְ דְּתָנֵי לְאַחַר שְׁלֹשִׁים יוֹם שׁוֹאֵל בִּשְׁלוֹמוֹ:
Et l'on oppose : à l'intérieur des douze mois on ne le salue pas — ce qui fait difficulté pour celui qui enseigne qu'après trente jours on le salue.
מִן הַצַּד שֶׁאוֹמֵר לוֹ תִּתְנַחֵם וְאֵינוֹ מַזְכִּיר שֵׁם הַמֵּת:
De biais — il lui dit « puisses-tu être consolé », sans mentionner le nom du défunt.
💡 Explication

Troisième baraita, troisième durée : douze mois. La difficulté se déplace, car la résolution de Rav Idi portait sur l'écart entre sept et trente jours, sans expliquer un délai d'un an.

Apparaît ici la notion de consolation min ha-tsad, de biais : une parole qui console sans nommer le défunt ni rouvrir la blessure.

15
אָמַר רַבִּי מֵאִיר: הַמּוֹצֵא אֶת חֲבֵרוֹ אָבֵל לְאַחַר שְׁנֵים עָשָׂר חֹדֶשׁ, וּמְדַבֵּר עִמּוֹ תַּנְחוּמִין, לְמָה הוּא דּוֹמֶה? לְאָדָם שֶׁנִּשְׁבְּרָה רַגְלוֹ וְחָיְתָה, מְצָאוֹ רוֹפֵא וְאָמַר לוֹ: כְּלָךְ אֶצְלִי שֶׁאֲנִי שׁוֹבְרָהּ וַאֲרַפְּאֶנָּה, כְּדֵי שֶׁתֵּדַע שֶׁסַּמְמָנִין שֶׁלִּי יָפִין!

Rabbi Meir a dit : celui qui rencontre son compagnon endeuillé après douze mois et lui adresse des paroles de consolation, à quoi ressemble-t-il ? À un homme dont la jambe s'était brisée puis avait guéri ; un médecin le rencontra et lui dit : viens chez moi, car je vais la briser et la guérir, afin que tu saches combien mes remèdes sont bons !

💡 Explication

Rabbi Meir donne la raison de l'interdit de consoler après douze mois. La consolation tardive vaut ce que vaudrait un médecin qui rebriserait un membre ressoudé pour prouver son art : le procédé rouvre une plaie fermée au bénéfice de celui qui console.

D'où la règle de conduite : passé ce délai, on parle de biais, sans nommer le défunt.

16
לָא קַשְׁיָא: הָא בְּאָבִיו וְאִמּוֹ, הָא בִּשְׁאָר קְרוֹבִים.

Il n'y a pas là de difficulté : celle-ci traite de son père et de sa mère, celle-là des autres proches.

📜 Rachi (2)
הָא בְּאָבֵל עַל אָבִיו וְעַל אִמּוֹ אֵינוֹ שׁוֹאֵל בִּשְׁלוֹמוֹ עַד י"ב חֹדֶשׁ:
Celle-ci traite de l'endeuillé de son père et de sa mère — on ne le salue pas jusqu'à douze mois.
הָא בִּשְׁאָר קְרוֹבִים שׁוֹאֵל בִּשְׁלוֹמוֹ לְאַחַר ל' יוֹם:
Celle-là des autres proches — on le salue après trente jours.
💡 Explication

Seconde clé de résolution, après celle de Rav Idi : l'identité du défunt. Le deuil d'un père ou d'une mère s'étend à douze mois ; celui des autres proches — frère, sœur, fils, fille, conjoint — se limite à trente jours. Les deux baraitot parlent donc de situations différentes, et chacune reste exacte dans son domaine.

🖼️ Schéma
Père et mère face aux autres proches : deux durées, deux régimes Père ou mère Personne ne le salue pendant 12 mois. Consolation directe permise 12 mois. Après 12 mois : salutation permise, consolation seulement de biais. Autres proches Personne ne le salue pendant 30 jours. Consolation directe permise 30 jours. Après 30 jours : salutation permise, consolation seulement de biais. De biais (min ha-tsad) : dire "puisses-tu être consolé" sans nommer le défunt.
Les deux régimes selon le défunt : douze mois pour le père et la mère, trente jours pour les autres proches.
17
הָתָם נָמֵי, יְדַבֵּר עִמּוֹ תַּנְחוּמִין מִן הַצַּד? אִין הָכִי נָמֵי. וּמַאי אֵינוֹ מְדַבֵּר עִמּוֹ תַּנְחוּמִין — כְּדַרְכּוֹ, אֲבָל מְדַבֵּר עִמּוֹ מִן הַצַּד.

Là aussi, qu'il lui adresse des paroles de consolation de biais ! — Oui, il en est bien ainsi. Et que signifie « il ne lui adresse pas de paroles de consolation » ?

Comme à son habitude ; mais il lui parle de biais.

📜 Rachi (3)
הָתָם נָמֵי שְׁלֹשִׁים דְּמֻוקַּמְתָּ לֵיהּ בִּשְׁאָר קְרוֹבִים:
Là aussi — les trente jours, que tu as établis pour les autres proches.
יְדַבֵּר עִמּוֹ תַּנְחוּמִין מִן הַצַּד לְאַחַר ל' כִּי הֵיכִי דִּבְאָבִיו וְאִמּוֹ מְדַבֵּר עִמּוֹ תַּנְחוּמִין מִן הַצַּד לְאַחַר י"ב חֹדֶשׁ וְאַמַּאי קָתָנֵי לְאַחַר ל' אֵינוֹ מְדַבֵּר עִמּוֹ תַּנְחוּמִים כְּלָל:
Qu'il lui adresse des paroles de consolation de biais — après trente jours, de même que pour son père et sa mère on lui adresse des paroles de consolation de biais après douze mois. Pourquoi donc est-il enseigné qu'après trente jours on ne lui adresse plus du tout de paroles de consolation ?
ה"נ וּמַאי לְאַחַר ל' אֵינוֹ מְדַבֵּר עִמּוֹ תַּנְחוּמִים כְּדַרְכּוֹ:
Il en est bien ainsi — et que signifie « après trente jours il ne lui adresse pas de paroles de consolation » ? Comme à son habitude.
💡 Explication

Mise en parallèle des deux régimes. Puisque la consolation min ha-tsad reste permise après douze mois pour un parent, elle doit l'être aussi après trente jours pour les autres proches. La Guemara l'accorde et relit la formule de la baraita : ce qui cesse, c'est la consolation comme à son habitude, celle qui nomme le défunt ; la parole de biais demeure ouverte.

18
תָּנוּ רַבָּנַן: אֲבָל, שְׁלֹשָׁה יָמִים הָרִאשׁוֹנִים, בָּא מִמָּקוֹם קָרוֹב — מוֹנֶה עִמָּהֶן, בָּא מִמָּקוֹם רָחוֹק — מוֹנֶה לְעַצְמוֹ. מִכָּאן וְאֵילָךְ, אֲפִילּוּ בָּא מִמָּקוֹם קָרוֹב — מוֹנֶה לְעַצְמוֹ. רַבִּי שִׁמְעוֹן אוֹמֵר: אֲפִילּוּ בָּא בַּיּוֹם הַשְּׁבִיעִי מִמָּקוֹם קָרוֹב — מוֹנֶה עִמָּהֶן.

Nos maîtres ont enseigné : l'endeuillé, pendant les trois premiers jours, s'il est venu d'un lieu proche, compte avec eux ; s'il est venu d'un lieu éloigné, il compte pour lui-même. À partir de là, même s'il est venu d'un lieu proche, il compte pour lui-même.

Rabbi Chimon dit : même s'il est venu le septième jour d'un lieu proche, il compte avec eux.

📜 Rachi (2)
מוֹנֶה עִמָּהֶן עִם הָאֲבֵלִים שֶׁבְּאוֹתוֹ מָקוֹם הוֹאִיל דִּבְמָקוֹם קָרוֹב הֲוָה וְיָכוֹל לָבֹא בִּתְחִלַּת הָאֲבֵילוּת חָשְׁבִינַן לֵיהּ כְּמוֹ דַּאֲתָא דְּאֵינוֹ מוֹנֶה אֶלָּא ה' יָמִים עִם שְׁאָר אֲבֵלִים:
Il compte avec eux — avec les endeuillés de ce lieu. Puisqu'il se trouvait en un lieu proche et pouvait venir dès le début du deuil, nous le tenons pour venu, si bien qu'il ne compte que cinq jours avec les autres endeuillés.
מוֹנֶה לְעַצְמוֹ שִׁבְעָה שְׁלֵימִין:
Il compte pour lui-même — sept jours entiers.
🗂️ Tossefot (2)
מָקוֹם קָרוֹב. פֵּירְשׁוּ בַּהֲלָכוֹת גְּדוֹלוֹת דְּהַיְינוּ י' פַּרְסָאוֹת:
« Un lieu proche. » Ils ont expliqué dans les Halakhot Guedolot qu'il s'agit de dix parsaot.
אֲפִילּוּ בָּא בְּיוֹם שְׁבִיעִי מִמָּקוֹם קָרוֹב. וא"ת וְהָא מִקְצָת הַיּוֹם כְּכֻולּוֹ וְי"ל כְּגוֹן שֶׁלֹּא עָמְדוּ עֲדַייִן מְנַחֲמִין מֵאֶצְלָן וְיֵשׁ נָמֵי בפ"ק דִּכְתֻובּוֹת (דַּף ח:) בִּרְכַּת אֲבֵלִים בַּעֲשָׂרָה כָּל ז' וּמִסְּתָמָא הַיְינוּ בַּיּוֹם א"נ י"ל מִקְצָת הַיּוֹם כְּכֻולּוֹ לָא הָוֵי בַּלַּיְלָה לְעִנְיַן שׁוּם דָּבָר כִּדְאָמְרִינַן בִּמְגִילָּה בפ"ב (דַּף כ.) דְּשִׁימּוּר לַיְלָה לָאו שִׁימּוּר הוּא לְעִנְיַן שִׁבְעָה נְקִיִּים:
« Même s'il est venu le septième jour d'un lieu proche. » Si tu demandes : une partie du jour vaut le jour entier (miktsat ha-yom ke-koulo), [le deuil est donc déjà achevé au septième jour] ? On peut répondre : par exemple lorsque les consolateurs ne se sont pas encore levés d'auprès d'eux. Il y a aussi, au premier chapitre de Ketoubot (8b), la bénédiction des endeuillés en présence de dix pendant les sept jours, et vraisemblablement cela vaut de jour. Ou bien l'on peut répondre que « une partie du jour vaut le jour entier » ne s'applique pas la nuit, pour quoi que ce soit, comme nous disons dans Meguila, deuxième chapitre (20a), que la surveillance (chimour) de nuit ne compte pas comme surveillance pour les sept jours propres (chiv'a nekiyim).
💡 Explication

Nouvelle sougya : le décompte des sept jours pour un parent absent lors de l'enterrement, qui rejoint ensuite la maison endeuillée. Deux options s'opposent — moné imahen (il compte avec eux et achève son deuil en même temps que la maison, quitte à ne le porter que cinq ou six jours) et moné le-atsmo (il compte sept jours entiers depuis son arrivée).

Deux critères commandent : la distance et le moment de l'arrivée. Venu d'un lieu proche dans les trois premiers jours, il aurait pu être là dès le début, et l'on fait comme s'il y avait été. Venu d'un lieu éloigné, ou après trois jours, il compte pour lui-même. Rabbi Chimon élargit la première option jusqu'au septième jour.

19
אָמַר מַר: שְׁלֹשָׁה יָמִים הָרִאשׁוֹנִים, בָּא מִמָּקוֹם קָרוֹב — מוֹנֶה עִמָּהֶן. אָמַר רַבִּי חִיָּיא בַּר אַבָּא אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: וְהוּא שֶׁיֵּשׁ גְּדוֹל הַבַּיִת בַּבַּיִת.

Le Maître a dit : pendant les trois premiers jours, s'il est venu d'un lieu proche, il compte avec eux. Rabbi Hiya bar Abba a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : à condition que le chef de la maison (gadol ha-bayit) se trouve dans la maison.

📜 Rachi (1)
שֶׁיֵּשׁ גְּדוֹל הַבַּיִת בַּבַּיִת שֶׁבָּא וּמָצָא גְּדוֹל הַבַּיִת בַּבַּיִת מוֹנֶה עִמָּהֶן עִם אֲבֵילֵי הַבַּיִת וְזֶה שֶׁבָּא הוּא הַצָּעִיר מִמֶּנּוּ אֲבָל אִם הָיָה גָּדוֹל בַּדֶּרֶךְ וּבָא בְּתוֹךְ שְׁלֹשָׁה יָמִים אַפֵּי' מִמָּקוֹם קָרוֹב מוֹנֶה לְעַצְמוֹ דְּלָא חֲשִׁיב אֲבֵילוּת דְּצָעִיר לְאִצְטְרוֹפֵי גָּדוֹל בַּהֲדֵיהּ:
Que le chef de la maison se trouve dans la maison — lorsqu'il vient et trouve le chef de la maison dans la maison, il compte avec eux, avec les endeuillés de la maison, celui qui arrive étant le cadet par rapport à lui. Mais si c'était le chef de la maison qui était en chemin et qui est venu à l'intérieur des trois jours, même d'un lieu proche il compte pour lui-même, car le deuil du cadet ne pèse pas assez pour que le chef s'y adjoigne.
💡 Explication

Restriction de Rabbi Yo'hanan. Compter avec la maison suppose que celle-ci ait un deuil constitué, porte par le gadol ha-bayit, le membre principal du foyer. Celui qui arrive se rattache alors à ce deuil déjà en cours.

Le cas inverse ne fonctionne pas : si c'est le chef de la maison qui arrive, il ne se rattache pas au deuil des plus jeunes et compte sept jours entiers pour lui-même.

20
אִיבַּעְיָא לְהוּ:

Une question leur fut posée :

💡 Explication

Ouverture d'une baaya (question de beit-midrach) dont la formulation et la réponse se trouvent sur le daf suivant. Elle prolonge la discussion sur le gadol ha-bayit et le décompte du deuil.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).