Moed_Katan 22a — Celui qui arrive après le début du deuil : compter avec les autres ou compter pour soi, et quand le deuil prend effet

Moed_Katan 22a

Sougya : Le folio poursuit la règle selon laquelle un proche qui arrive d'un endroit proche et trouve les endeuillés chez eux achève les sept jours avec eux, à condition que le chef de la maison, le gadol habayit, se trouve dans la maison. La question qui ouvre le folio porte sur le cas où ce chef de la maison est parti au cimetière.

Rabbi Yo'hanan répond qu'il compte avec eux, et le Talmud concilie cette parole avec une baraita contraire par la distinction entre un retour dans les trois premiers jours et un retour plus tardif, appuyée sur la consigne de Rav aux gens de Hatslevoni. Rava enseigne ensuite aux gens de Mehoza, qui accompagnent le mort seulement jusqu'à la porte de la ville, que leur deuil commence au moment où ils rebroussent chemin.

Vient la position de Rabbi Chimon, qui admet même une arrivée le septième jour tant que les consolateurs sont encore là, puis la question sans réponse de Rav Anan sur les consolateurs qui s'apprêtent à se lever. La seconde moitié du folio rapporte les deux décisions transmises au nom de Rabbi Yo'hanan — sur les terefot et sur le deuil —, le voyage d'un anonyme en Terre d'Israël pour les vérifier, et la conclusion du Talmud.

Le folio s'achève sur la baraita qui distingue la hâte à enterrer selon qu'il s'agit d'un proche ordinaire ou de son père et de sa mère.

Le plan du folio : trois blocs A. QUI COMPTE AVEC LES ENDEUILLÉS, ET QUAND LE DEUIL COMMENCE Le chef de la maison parti au cimetière, les trois jours, la porte de la ville question, réponse de Rabbi Yo'hanan, conciliation par les trois jours, consigne de Rav — segments 0 à 2 Rava aux gens de Mehoza, Rabbi Chimon et les consolateurs, la question sans réponse de Rav Anan — segments 3 à 5 B. LES DEUX DÉCISIONS DE RABBI YO'HANAN, ET LEUR VÉRIFICATION Halakha comme Rabban Chimon ben Gamliel pour les terefot, comme Rabbi Chimon pour le deuil la tradition, son contenu, le cas des intestins perforés et bouchés — segments 6 à 8 le voyage en Terre d'Israël, le démenti, la controverse, la conclusion — segments 9 à 11 C. LA SORTIE DU LIT FUNÉRAIRE ET LA RÉDUCTION DES AFFAIRES Hâter l'enterrement : digne d'éloge pour les autres morts, blâmable pour son père et sa mère avec l'exception de la veille de Chabbat, puis le début de la baraita sur les affaires — segments 12 et 13
Le folio en trois blocs : le compte des sept jours, les deux décisions de Rabbi Yohanan, la sortie du lit funéraire.
Un proche arrive après le début du deuil : compte-t-il avec eux ou pour lui-même ? Il vient d'un endroit proche et trouve la maison en deuil son propre deuil a commencé plus tard que le leur Le gadol habayit est dans la maison le chef de la maison n'a pas suivi le lit funéraire Le gadol habayit est parti au cimetière la question qui ouvre le folio — segment 0 Rabanan : il arrive dans les trois jours au-delà du troisième jour, il compte pour lui-même Le chef revient du cimetière dans les trois jours il compte avec eux, et celui qui arrive aussi Rabbi Chimon : même le septième jour à condition de trouver les consolateurs encore là Le chef ne revient pas dans les trois jours chacun compte sept jours pour lui-même La conclusion du folio : halakha comme Rabbi Chimon en matière de deuil Rav Hisda et Rabbi Yo'hanan tranchent ainsi, Rav Nahman s'y oppose — segment 10 le principe de Chemouel emporte la décision : la halakha suit l'avis indulgent en matière de deuil segment 11
L'arbre complet : la place du chef de la maison, le délai de trois jours, la position de Rabbi Chimon et la halakha.
Quand le deuil prend-il effet ? Deux situations, deux points de départ le mort est transporté de Babylonie vers un lieu de sépulture éloigné 1. Ceux qui accompagnent le mort jusqu'au tombeau sortie du mort porte de la ville fermeture du gôlel le deuil commence ici puis sept jours 2. Les gens de Mehoza, qui accompagnent puis rebroussent chemin sortie du mort ils détournent leur visage le deuil commence ici fermeture du gôlel, des jours plus tard La raison donnée par Rava : pour celui qui ne suit pas le convoi jusqu'au bout, le retour à la maison tient lieu de fermeture du tombeau. Enseignement de Rava aux gens de Mehoza — segment 3.
Deux points de départ du deuil selon que l'on suit le mort jusqu'au tombeau ou que l'on rebrousse chemin.
1
הָלַךְ גְּדוֹל הַבַּיִת לְבֵית הַקְּבָרוֹת, מַהוּ?

Le chef de la maison est allé au cimetière : quelle est la règle ?

📜 Rachi (2)
הָלַךְ גְּדוֹל הַבַּיִת לְבֵית הַקְּבָרוֹת אַחַר מִטָּתוֹ לְקָובְרוֹ וְשָׁהָה שָׁם ג' יָמִים:
Derrière son lit funéraire, pour l'enterrer, et il y est resté trois jours.
מַהוּ מִי חָשְׁבִינַן לֵיהּ כְּמַאן דְּהָוֵי בְּבֵיתֵיהּ הוֹאִיל וּלְצֹורֶךְ הַמֵּת הָלַךְ אִתּוֹ:
Le considère-t-on comme s'il se trouvait dans sa maison, puisqu'il est parti avec lui pour les besoins du mort ?
🗂️ Tossefot (1)
הָלַךְ גְּדוֹל הַבַּיִת לְבַיִת הַקְּבָרוֹת מַהוּ. פִּי' מִי מוֹנֶה לְעַצְמוֹ אוֹ לֹא דְּשֶׁמָּא כֵּיוָן שֶׁהוּא טָרוּד בְּעִנְיְנֵי מֵת וּכְשֶׁשָּׁמְעוּ הֵם שָׁמַע גַּם הוּא יִמְנֶה עִמָּהֶן אוֹ שֶׁמָּא מוֹנֶה לְעַצְמוֹ וְלָא יָדַעְנָא מַאי הָוֵי דִּינָא בְּגָדוֹל הַבַּיִת שֶׁבָּא מִמָּקוֹם קָרוֹב אִי מוֹנֶה עִמָּהֶן הוֹאִיל וְהוּא עִיקָּר וְיֵשׁ לִיתֵּן טַעַם לוֹמַר שֶׁהוּא מוֹנֶה לְבַדּוֹ הוֹאִיל וְאֵינוֹ יוֹדֵעַ הָאֲבֵילוּת אוֹ טַעַם לְהֵיפֶךְ דְּהוֹאִיל מִשּׁוּם הַמֵּת הָלַךְ יִמְנֶה עִמָּהֶם:
Explication : compte-t-il pour lui-même ou non ? Car peut-être, puisqu'il est absorbé par les affaires du mort, et que lui aussi a appris la nouvelle au moment où eux l'ont apprise, comptera-t-il avec eux ; ou peut-être compte-t-il pour lui-même. Et je ne sais pas quelle est la règle pour le chef de la maison qui revient d'un endroit proche : compte-t-il avec eux, puisqu'il est le principal ? On peut donner une raison de dire qu'il compte seul, puisqu'il n'a pas connaissance du deuil ; et une raison en sens inverse : puisque c'est à cause du mort qu'il est parti, il comptera avec eux.
💡 Explication

La règle reçue jusqu'ici veut que celui qui arrive d'un endroit proche et trouve les siens en deuil achève les sept jours avec eux, à condition que le gadol habayit, le chef de la maison, se trouve dans la maison. La présence de ce chef fait de leur deuil le deuil principal, auquel celui qui arrive vient se joindre.

La question porte sur un cas intermédiaire : le chef de la maison a suivi le lit funéraire jusqu'au cimetière et y est resté trois jours. Il ne se trouve donc pas à la maison, mais son absence tient aux besoins du mort et il connaît parfaitement ce deuil. Faut-il le compter comme présent ?

🖼️ Schéma
Un proche arrive après le début du deuil : compte-t-il avec eux ou pour lui-même ? Il vient d'un endroit proche et trouve la maison en deuil son propre deuil a commencé plus tard que le leur Le gadol habayit est dans la maison le chef de la maison n'a pas suivi le lit funéraire Le gadol habayit est parti au cimetière la question qui ouvre le folio — segment 0 Rabanan : il arrive dans les trois jours au-delà du troisième jour, il compte pour lui-même Le chef revient du cimetière dans les trois jours il compte avec eux, et celui qui arrive aussi Rabbi Chimon : même le septième jour à condition de trouver les consolateurs encore là Le chef ne revient pas dans les trois jours chacun compte sept jours pour lui-même La conclusion du folio : halakha comme Rabbi Chimon en matière de deuil Rav Hisda et Rabbi Yo'hanan tranchent ainsi, Rav Nahman s'y oppose — segment 10 le principe de Chemouel emporte la décision : la halakha suit l'avis indulgent en matière de deuil segment 11
L'arbre entier de la sougya, dont cette question ouvre la branche de droite.
2
תָּא שְׁמַע, דְּאָמַר רַבִּי חִייָּא בַּר אַבָּא אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: אֲפִילּוּ הָלַךְ גְּדוֹל הַבַּיִת לְבֵית הַקְּבָרוֹת — מוֹנֶה עִמָּהֶן. מוֹנֶה עִמָּהֶן? וְהָתַנְיָא מוֹנֶה לְעַצְמוֹ!

Viens et entends : car Rabbi Hiya bar Abba a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : même si le chef de la maison est allé au cimetière, il compte avec eux. — Il compte avec eux ? Mais il a été enseigné : il compte pour lui-même !

📜 Rachi (1)
מוֹנֶה עִמָּהֶן דַּאֲבֵילוּת שֶׁלָּהֶם הִתְחִילָה מִשֶּׁחָזְרוּ פְּנֵיהֶם מִן הַמֵּת וַאֲבֵילוּת שֶׁל גָּדוֹל עַד שֶׁיִּסְתֹּום הַגּוֹלֵל:
Car leur deuil, à eux, a commencé dès qu'ils ont détourné leur visage du mort, tandis que le deuil du chef de la maison ne commence qu'à la fermeture du gôlel, la dalle du tombeau.
💡 Explication

Rabbi Yo'hanan tranche : le départ au cimetière ne rompt pas le lien avec le deuil de la maison. Selon Rachi, c'est du chef de la maison lui-même qu'il est question : son deuil personnel ne devrait commencer qu'à la fermeture du tombeau, plus tard que celui des siens qui sont rentrés chez eux, et Rabbi Yo'hanan l'autorise pourtant à compter avec eux.

Les Tossefot rapportent une seconde lecture, selon laquelle la phrase vise celui qui arrive dans la maison : même en l'absence du chef parti au cimetière, il se joint au compte des endeuillés.

Une baraita énonce la règle inverse. La contradiction entre les deux sources appelle une distinction.

3
לָא קַשְׁיָא: הָא דַּאֲתָא בְּגוֹ תְּלָתָא, וְהָא דְּלָא אֲתָא בְּגוֹ תְּלָתָא. כִּי הָא דַּאֲמַר לְהוּ רַב לִבְנֵי הַצַּלְבּוֹנִי: דְּאָתוּ בְּגוֹ תְּלָתָא — לִימְּנוּ בַּהֲדַייְכוּ, דְּלָא אָתוּ בְּגוֹ תְּלָתָא — לִימְּנוּ לְנַפְשַׁיְהוּ.

Il n'y a pas de difficulté : ici, il est venu dans les trois jours ; là, il n'est pas venu dans les trois jours. Ainsi que Rav dit aux gens de Hatslevoni : ceux qui viennent dans les trois jours, qu'ils comptent avec vous ; ceux qui ne viennent pas dans les trois jours, qu'ils comptent pour eux-mêmes.

📜 Rachi (1)
לִבְנֵי הֲצִלְּפוּנִי מָקוֹם:
Un nom de lieu.
🗂️ Tossefot (1)
דַּאֲתָא בְּגוֹ תְּלָתָא יוֹמִין. כְּשֶׁאָתָא גְּדוֹל הַבַּיִת בְּתוֹךְ ג' יָמִים מוֹנֶה הוּא עִמָּהֶן וְכִדְאָמְרִינַן לְעֵיל ג' יָמִים הָרִאשׁוֹנִים מוֹנֶה עִמָּהֶם וְקַשְׁיָא לִי דְּהָא קיי"ל כר"ש דְּאַפֵּי' בְּיוֹם ז' מוֹנֶה עִמָּהֶן כִּדְאָמְרִינַן לְקַמָּן וא"כ מַה לִי תּוֹךְ ג' מַה לִי לְאַחַר ג' וְנִרְאֶה מִתּוֹךְ ה"ג דְּאַפֵּי' לר"ש (בַּר יוֹסֵי) הָוֵי חִילּוּק דְּתוֹךְ ג' וְאַחַר ג' מָקוֹם רָחוֹק שָׁפֵי' הָא דַּאֲתָא בְּגוֹ תְּלָתָא יוֹמֵי מוֹנֶה עִמָּהֶן אַפֵּי' בָּא מִמָּקוֹם רָחוֹק אֲתָא לְבָתַר תְּלָתָא יוֹמֵי מִמָּקוֹם קָרוֹב אַפִּי' תּוֹךְ ז' מוֹנֶה עִמָּהֶן וּבְסָמוּךְ פֵּירֵשׁ אַפֵּי' לר"ש אָתְיָא הַךְ מִילְּתָא וְעוֹד יֵשׁ לְפָרֵשׁ דה"פ הָלַךְ גְּדוֹל הַבַּיִת לְבַיִת הַקְּבָרוֹת מַהוּ דְּמִיבַּעְיָא לֵיהּ אִם אוֹתוֹ שֶׁבָּא מוֹנֶה עִם הַנִּשְׁאָרִים וְכָךְ פִּי' ר' יִצְחָק זַ"ל וְהוּא כְּשֶׁיֵּשׁ גְּדוֹל הַבַּיִת בַּבַּיִת אָז מוֹנֶה עִמָּהֶן הַבָּא אֶצְלָם מִמָּקוֹם קָרוֹב וּמְצָאָם אֲבֵלִים שאע"פ שֶׁאֲבֵלוּתָם חָל מִקֹּודֶם לְשֶׁלּוֹ וּמְצָאָם יוֹם אוֹ יוֹמַיִם יְסַייֵּם עִמָּהֶן. לְרַבָּנָן כְּשֶׁבָּא גְּדוֹל הַבַּיִת תּוֹךְ ג' יָמִים שֶׁפֵּירֵשׁ גְּדוֹל הַבַּיִת ג' יָמִים ולר"ש אַפֵּי' בַּיּוֹם הַשְּׁבִיעִי וְדַוְקָא כְּשֶׁיֵּשׁ גְּדוֹל הַבַּיִת בַּבַּיִת כִּי אָז בָּטֵל אֶצְלָם וְהָכֵי פִּי' אִיבַּעְיָא לְהוּ הָלַךְ גְּדוֹל הַבַּיִת לְבֵית הַקְּבָרוֹת פִּי' הָלַךְ לִלְוָת מֵת עַד עִיר אַחֶרֶת וּקְבָרוֹ שָׁם מַהוּ שֶׁיְּהֵא מוֹנֶה עִמָּהֶן אוֹתוֹ שֶׁבָּא אֵצֶל אֲבֵלִים שֶׁבָּעִיר שֶׁמֵּת בָּהּ מוֹנֶה עִמָּהֶן אע"פ שֶׁאֵין גְּדוֹל הַבַּיִת עִמָּהֶן שָׁם [אוֹ לֹא] דְּהָא דְּבָעֵינַן גְּדוֹל הַבַּיִת בַּבַּיִת לִמְעוּטֵי הַאי נָמֵי קָאָתֵי אע"ג דְּיָדַע בְּהַאי אֲבֵילוּת וְשַׁייָּךְ בָּהּ אוֹ דִּלְמָא לָא אֲתָא לְמַעוּטֵי אֶלָּא הֵיכָא דְּאִיתָא גְּדוֹל הַבַּיִת בְּדֻוכְתָּא אַחֲרִיתִי דְּלָא יָדַע בְּהַאי אֲבֵילוּת כְּלָל אֲבָל הָלַךְ לְבֵית הַקְּבָרוֹת כֵּיוָן דְּיָדַע בְּהַאי אֲבֵילוּת חֲשִׁיב אֲבֵילוּת דִּידְהוּ עִיקָּר וּבָטֵל הָאוֹרֵחַ גַּבַּייְהוּ א"ל מוֹנֶה עִמָּהֶן וְהָתַנְיָא מוֹנֶה לְעַצְמוֹ לָא קַשְׁיָא הָא דַּאֲתָא גְּדוֹל הַבַּיִת בְּגוֹ תְּלָתָא יוֹמֵי מִבֵּית הַקְּבָרוֹת דְּאָז הוּא מוֹנֶה עִמָּהֶן וְגַם הָאוֹרֵחַ מוֹנֶה עִמָּהֶן אִם בָּא בְּתוֹךְ שְׁלֹשָׁה לְרַבָּנָן אוֹ בְּתוֹךְ שִׁבְעָה לְרַבִּי שִׁמְעוֹן הָא דְּלָא אֲתָא גְּדוֹל הַבַּיִת בְּגוֹ תְּלָתָא יוֹמֵי דְּלָא חֲשִׁיב אֲבֵילוּת דִּידְהוּ עִיקָּר דְּלִימְנֵי הָא דַּאֲתָא מֵעָלְמָא בַּהֲדַייְהוּ מֵאַחַר שֶׁאֵין גְּדוֹל הַבַּיִת מוֹנֶה עִמָּהֶן וְלָא מִיבַּעְיָא לְרַבָּנָן שֶׁאֵין גְּדוֹל הַבַּיִת מוֹנֶה עִמָּהֶן כִּי לָא אֲתָא בְּגוֹ תְּלָתָא אֶלָּא אֲפִי' לר"ש דְּאָמַר אַפֵּי' בְּיוֹם ז' מוֹנֶה עִמָּהֶן ה"מ אַחֵר דְּלָא הֲוָה יָדַע בֵּיהּ בַּתְּחִילָּה וּבָטֵל לְגַבַּייְהוּ כֵּיוָן דְּגָדוֹל הַבַּיִת נָמֵי מָנֵי בַּהֲדַיְיהוּ וְהֵם תְּחִילַּת הָאֲבֵילוּת וְעִיקָּרוֹ יוֹתֵר מִמֶּנּוּ שֶׁלֹּא יָדַע בִּתְחִילַּת הָאֲבֵילוּת אֲבָל הַחוֹזֵר מִבֵּית הַקְּבָרוֹת שֶׁהָיָה בִּתְחִילַּת הָאֲבֵילוּת אֵינוֹ מוֹנֶה עִמָּהֶן הֵיכָא דְּלָא אֲתָא בְּגוֹ תְּלָתָא יוֹמֵי בֵּין אִם יֵשׁ גְּדוֹל הַבַּיִת בֵּין אִם אֵין גְּדוֹל הַבַּיִת כִּי הָא דא"ל רַב לִבְנֵי הַצְלָפוּנִי דְּאָתֵי בְּגוֹ תְּלָתָא הַחוֹזֵר מִבֵּית הַקְּבָרוֹת בְּגוֹ תְּלָתָא לִימְנוֹ בַּהֲדַייְכוּ דְּלָא אָתוּ בְּגוֹ תְּלָתָא יוֹמֵי מִימַּנֵּי לְנַפְשֵׁיהּ עכ"ל זַ"ל הַיְּרוּשַׁלְמִי הֲרֵי שֶׁבָּא וּמָצָא אֲבָל בְּתוֹךְ בֵּיתוֹ בַּשֵּׁנִי וּבַשְּׁלִישִׁי מַשְׁלִים עִמָּהֶן בָּרְבִיעִי מוֹנֶה לְעַצְמוֹ ר"ש אוֹמֵר אַפֵּי' בַּז' מַשְׁלִים עִמָּהֶם רִיבָּ"ל אוֹמֵר הֲלָכָה כְּר"ש כְּשֶׁיֵּשׁ גְּדוֹל הַמִּשְׁפָּחָה בַּבַּיִת אֲבָל כְּשֶׁאֵין גְּדוֹל הַמִּשְׁפָּחָה מוֹנֶה לְעַצְמוֹ וּלְפִי הַיְרוּשַׁלְמִי הָיָה נ"ל דְּאֵינוֹ פּוֹסֵק כר"ש אֶלָּא כְּשֶׁיֵּשׁ גְּדוֹל הַמִּשְׁפָּחָה בַּבַּיִת אֲבָל אִם אֵין גְּדוֹל הַמִּשְׁפָּחָה הֲלָכָה כְּרַבָּנָן דִּבְתוֹךְ ג' יָמִים מוֹנֶה עִמָּהֶם לְאַחַר ג' מוֹנֶה לְעַצְמוֹ ולפ"ז אָתֵי שַׁפִּיר אַפֵּי' אַלִּיבָּא דְּהִלְכְתָא דְּאָתֵי בְּגוֹ תְּלָתָא לִימְנוֹ בַּהֲדַייְכוּ בִּגְדוֹל הַבַּיִת בַּבַּיִת דִּכְמוֹ שֶׁאֵין גְּדוֹל הַבַּיִת הִלְכְתָא כְּרַבָּנָן כְּמוֹ כֵן בִּגְדוֹל הַבַּיִת עַצְמוֹ וְהָוֵי דִּינָא כְּרַבָּנָן:
Lorsque le chef de la maison est revenu dans les trois jours, il compte avec eux, comme nous l'avons dit plus haut : les trois premiers jours, il compte avec eux. Et cela me fait difficulté, car nous tenons la halakha comme Rabbi Chimon, pour qui même le septième jour il compte avec eux, comme il est dit plus loin ; s'il en est ainsi, quelle différence y a-t-il entre l'intérieur des trois jours et l'après-troisième jour ? Il ressort des Halakhot Guedolot que, même pour Rabbi Chimon, il existe une distinction entre l'intérieur des trois jours et l'après-troisième jour, s'agissant d'un endroit éloigné. Car il a expliqué ainsi : celui qui vient dans les trois jours compte avec eux, même s'il vient d'un endroit éloigné ; celui qui vient après les trois jours d'un endroit proche compte avec eux même dans les sept jours. Et plus loin il a expliqué que cette règle vaut même selon Rabbi Chimon. On peut encore expliquer ainsi : « le chef de la maison est allé au cimetière, quelle est la règle ? » — la question porte sur celui qui arrive, compte-t-il avec ceux qui sont restés ? Telle est l'explication de Rabbi Yitshak, de mémoire bénie. Et voici : lorsque le chef de la maison se trouve dans la maison, alors celui qui vient à eux d'un endroit proche et les trouve endeuillés compte avec eux, car bien que leur deuil ait pris effet avant le sien et qu'il les trouve au premier ou au deuxième jour, il achève avec eux. Pour les rabanan, lorsque le chef de la maison est revenu dans les trois jours, puisque le chef de la maison s'est séparé trois jours ; et pour Rabbi Chimon, même le septième jour. Et cela vaut uniquement lorsque le chef de la maison se trouve dans la maison, car alors celui qui arrive s'efface devant eux. Et voici l'explication : ils ont demandé : « le chef de la maison est allé au cimetière » — c'est-à-dire qu'il est allé accompagner le mort jusqu'à une autre ville et qu'on l'y a enterré — quelle est la règle ? Celui qui vient auprès des endeuillés restés dans la ville où le mort est décédé compte-t-il avec eux, bien que le chef de la maison ne soit pas là avec eux, ou non ? Car l'exigence de la présence du chef de la maison dans la maison vient-elle exclure aussi ce cas, bien qu'il ait connaissance de ce deuil et qu'il y soit partie prenante ? Ou peut-être ne vient-elle exclure que le cas où le chef de la maison se trouve en un autre lieu et ignore complètement ce deuil ; mais s'il est allé au cimetière, puisqu'il a connaissance de ce deuil, leur deuil est tenu pour le deuil principal et l'hôte s'efface devant eux. Il lui répondit : il compte avec eux. — Mais il a été enseigné : il compte pour lui-même ! Il n'y a pas de difficulté : ici, le chef de la maison est revenu du cimetière dans les trois jours, et alors il compte avec eux, et l'hôte aussi compte avec eux s'il est venu dans les trois jours pour les rabanan, ou dans les sept pour Rabbi Chimon ; là, le chef de la maison n'est pas revenu dans les trois jours, et alors leur deuil n'est pas tenu pour le deuil principal au point que celui qui vient du dehors compte avec eux, puisque le chef de la maison lui-même ne compte pas avec eux. Et cela vaut non seulement pour les rabanan, pour qui le chef de la maison ne compte pas avec eux lorsqu'il n'est pas revenu dans les trois jours, mais même pour Rabbi Chimon, qui dit que même le septième jour il compte avec eux : cela concerne un autre, qui n'avait pas connaissance du deuil à son début et qui s'efface devant eux, puisque le chef de la maison compte lui aussi avec eux et qu'ils représentent le commencement du deuil et son principal, plus que celui qui ignorait le commencement du deuil. Mais celui qui revient du cimetière, qui était présent au commencement du deuil, ne compte pas avec eux lorsqu'il n'est pas revenu dans les trois jours, qu'il y ait ou non un chef de la maison. Comme ce que Rav dit aux gens de Hatslefoni : ceux qui viennent dans les trois jours, c'est-à-dire celui qui revient du cimetière dans les trois jours, qu'ils comptent avec vous ; ceux qui ne viennent pas dans les trois jours, qu'il compte pour lui-même. Fin de ses paroles, de mémoire bénie. Le Yeroushalmi : voici celui qui vient et trouve un endeuillé dans sa maison le deuxième et le troisième jour, il achève avec eux ; le quatrième, il compte pour lui-même. Rabbi Chimon dit : même le septième, il achève avec eux. Rabbi Yehochoua ben Levi dit : la halakha est comme Rabbi Chimon lorsque le chef de la famille se trouve dans la maison ; mais lorsqu'il n'y a pas de chef de la famille, il compte pour lui-même. D'après le Yeroushalmi, il m'a semble qu'il ne tranche comme Rabbi Chimon que lorsque le chef de la famille se trouve dans la maison ; mais s'il n'y a pas de chef de la famille, la halakha est comme les rabanan : dans les trois jours il compte avec eux, après les trois jours il compte pour lui-même. Et d'après cela, la parole « ceux qui viennent dans les trois jours, qu'ils comptent avec vous » se comprend bien, même selon la halakha, lorsqu'il y a un chef de la maison dans la maison ; car de même qu'en l'absence de chef de la maison la halakha est comme les rabanan, de même en va-t-il pour le chef de la maison lui-même, et la règle est comme les rabanan.
💡 Explication

Le partage se fait sur un délai. Le retour dans les trois premiers jours laisse le deuil de la maison encore dans sa phase la plus intense, et celui qui rentre s'y agrège. Passé ce délai, le deuil des uns est trop avancé pour que le nouveau venu s'y rattache, et il ouvre son propre compte de sept jours.

La consigne donnée par Rav aux habitants de Hatslevoni, un nom de lieu, sert de précédent pratique : elle applique exactement cette ligne de partage à une communauté entière.

4
אֲמַר לְהוּ רָבָא לִבְנֵי מָחוֹזָא: אַתּוּן דְּלָא אָזְלִיתוּ בָּתַר עַרְסָא, מִכִּי מְהַדְּרִיתוּ אַפַּיְיכוּ מִבָּבָא דַאֲבוּלָּא — אַתְחִילוּ מַנּוּ.

Rava dit aux gens de Mehoza : vous qui ne suivez pas le lit funéraire, dès l'instant où vous détournez votre visage à la porte de la ville, commencez à compter.

📜 Rachi (3)
דְּלָא אָזְלִיתוּ בָּתַר עַרְסָא דְּמַאן דְּאָזֵיל בָּתַר עַרְסָא לָא חָיְילָא עֲלֵיהּ אֲבֵילוּת עַד שֶׁנִּסְתַּם הַגּוֹלֵל כְּשֶׁמּוֹלִיכִין הַמִּטָּה מִבָּבֶל לא"י לִקְבֹּור וְאֵין כָּל הַקְּרוֹבִים כֻּולָּם יְכוֹלִין לַעֲלוֹת עַד א"י וּמְלַוִּין הַמֵּת פַּרְסָה אוֹ מִיל וְחוֹזְרִים:
Car sur celui qui suit le lit funéraire, le deuil ne prend effet qu'à la fermeture du gôlel. Lorsqu'on conduit le lit funéraire de Babylonie vers la Terre d'Israël pour y enterrer, tous les proches ne peuvent pas monter jusqu'en Terre d'Israël : ils accompagnent le mort d'une parsa ou d'un mil, puis s'en retournent.
מִכִּי אִהַדְּרִיתוּ אַפַּיְיכוּ מִבָּבָא דַּאֲבוּלָּא מִשַּׁעַר הַחִיצוֹן שֶׁל הָעִיר וּמִגְרָשֶׁיהָ דְּאָתֵיתוּ לְבֵיתָא:
Depuis la porte extérieure de la ville et de ses faubourgs, d'où vous revenez à la maison.
אַתְחִילוּ מַנּוּ יְמֵי אֲבֵילוּת אע"ג דְּלָא נִקְבַּר הַמֵּת עַד יָמִים רַבִּים ואע"ג דַּאֲבֵילוּת אֵינוֹ חָל עַד שֶׁיִּסְתֹּום הַגּוֹלֵל לְדִידְכוּ דְּלָא מַחְזֵי חֲזָרַתְכֶם כְּנִסְתַּם הַגּוֹלֵל:
Les jours de deuil, bien que le mort ne soit enterré que de nombreux jours plus tard, et bien que le deuil ne prenne effet qu'à la fermeture du gôlel : pour vous, votre retour à l'apparence d'une fermeture du gôlel.
🗂️ Tossefot (1)
מַהְדְּרִיתוּ אַפַּייְכוּ אַתְחִילוּ מַנּוּ. אֲבָל אוֹתָם הַהוֹלְכִים עִם הַמֵּת מִשֶּׁיִּסָּתֵם הַגּוֹלֵל בֵּין גְּדוֹל הַבַּיִת בַּבַּיִת בֵּין הוֹלֵךְ לְבֵית הַקְּבָרוֹת וְכֵן הַמִּנְהָג וּבִירוּשַׁלְמִי אֵינוֹ כֵּן דְּהָכֵי תְּנַן מֵת שֶׁהוֹלִיכוּ אוֹתוֹ מִמָּקוֹם לְמָקוֹם כְּגוֹן אֵלּוּ דְּקָבְרִין בְּמָקוֹם אַחֵר אִית תַּנְיָא תָּנֵי אֵלּוּ שֶׁכָּאן מוֹנִין מִשֶּׁיָּצָא הַמֵּת וְאֵלּוּ שֶׁשָּׁם מוֹנִין מִשֶּׁנִּסְתַּם הַגּוֹלֵל וְאִית תָּנֵי הָנֵי וְהָנֵי מִשֶּׁנִּסְתַּם הַגּוֹלֵל וְרַב סִימוֹן בְּשֵׁם רִיבָּ"ל הַכֹּל הוֹלֵךְ אַחַר גְּדוֹל הַמִּשְׁפָּחָה ר' יַעֲקֹב בְּשֵׁם ר' יוֹסֵי לְחוּמְרִין מַהוּ לְחוּמְרִין שֶׁאִם הָיָה גְּדוֹל הַמִּשְׁפָּחָה כָּאן אֵלּוּ שֶׁכָּאן מוֹנִין מִשֶּׁיָּצָא הַמֵּת וְאֵלּוּ שֶׁשָּׁם מוֹנִין מִשֶּׁנִּסְתַּם הַגּוֹלֵל וּגְדוֹל הַמִּשְׁפָּחָה שָׁם אֵלּוּ וְאֵלּוּ מוֹנִין מִשֶּׁיִּסָּתֵם הַגּוֹלֵל וְקַשְׁיָא מַהוּ לְחוּמְרָא הָא זִימְנִין אָזְלִינַן לְקֻולָּא בָּתַר גְּדוֹל הַבַּיִת כְּגוֹן שֶׁגְּדוֹל הַמִּשְׁפָּחָה כָּאן שֶׁכֻּולָּם מוֹנִין מִשֶּׁיָּצָא הַמֵּת מִן הַבַּיִת דַּהֲוָה קֻולָּא לָכֵן נִרְאֶה לְפָרֵשׁ שֶׁאִם גְּדוֹל הַמִּשְׁפָּחָה כָּאן מוֹנִין מִיָּד וּמַתְחִילִין לְהִתְאַבֵּל עִמּוֹ לִכְבוֹדוֹ מִיָּד כְּשֶׁיִּשְׁמְעוּ אַפֵּי' שֶׁלֹּא בְּפָנָיו אֲבָל עִיקַּר אֲבֵילוּת יַתְחִילוּ לִמְנוֹת מִשֶּׁיִּסְתֹּום הַגּוֹלֵל וְכֵן אִיתָא בְּהֶדְיָא ר"ג זוּגָהּ דְּמַכַּת. אֲחָתֵיהּ סָלֵיק אָחִיהָ עִמָּהּ אֲמַר לֵיהּ רַבִּי מְנָא כֵּיוָן שֶׁיֵּשׁ גְּדוֹל הַבַּיִת מְסַלֶּקֶת גַּבֵּי אֲחוּךְ שְׁלוֹף סַנְדָּלָא וּבְתוֹסְפוֹת הָרַב פֵּירֵשׁ שֶׁהַשַּׁ"ס אֵינוֹ מְחַלֵּק כָּךְ:
Mais ceux qui accompagnent le mort comptent à partir de la fermeture du golel, qu'il y ait un chef de la maison dans la maison ou qu'il soit allé au cimetière, et tel est l'usage. Dans le Yeroushalmi il n'en va pas ainsi, car voici ce qui y est enseigné : un mort que l'on a transporté d'un lieu à un autre, comme ceux qui enterrent en un autre lieu — il y a un tana qui enseigne : ceux d'ici comptent depuis la sortie du mort, et ceux de là-bas comptent depuis la fermeture du golel ; et il y a un tana qui enseigne : les uns comme les autres comptent depuis la fermeture du golel. Et Rav Simon au nom de Rabbi Yehochoua ben Levi : tout suit le chef de la famille. Rabbi Yaakov au nom de Rabbi Yossei : pour la rigueur. Qu'est-ce que « pour la rigueur » ? Que si le chef de la famille se trouvait ici, ceux d'ici comptent depuis la sortie du mort et ceux de là-bas depuis la fermeture du golel ; et si le chef de la famille est là-bas, les uns et les autres comptent depuis la fermeture du golel. Et cela fait difficulté : en quoi serait-ce « pour la rigueur » ? Il arrive pourtant que l'on suive le chef de la maison vers l'indulgence, par exemple lorsque le chef de la famille se trouve ici et que tous comptent depuis la sortie du mort hors de la maison, ce qui est une indulgence. Il paraît donc préférable d'expliquer que, si le chef de la famille se trouve ici, ils comptent immédiatement et commencent à porter le deuil avec lui, par égard pour lui, dès qu'ils apprennent la nouvelle, même hors de sa présence ; mais l'essentiel du deuil, ils commenceront à le compter à partir de la fermeture du golel. Et il est dit explicitement : Rabban Gamliel Zouga, sa sœur mourut ; son frère monta avec elle. Rabbi Mana lui dit : puisqu'il y a un chef de la maison, tu t'effaces devant ton frère — ôte la sandale. Et dans les Tossefot du Rav, il a expliqué que le Talmud ne fait pas cette distinction.
💡 Explication

Le deuil prend normalement effet à la fermeture du golel, la dalle qui scelle le tombeau. Quand on transporte un mort de Babylonie vers un lieu de sépulture lointain, ce moment peut survenir plusieurs jours après la sortie du corps, et les proches qui n'accompagnent le convoi que sur une courte distance resteraient sans repères.

Rava leur fixe un point de départ propre : le moment où ils font demi-tour à la porte extérieure de la ville. Pour eux, ce retour tient lieu de fermeture du tombeau, et les sept jours commencent là.

🖼️ Schéma
Quand le deuil prend-il effet ? Deux situations, deux points de départ le mort est transporté de Babylonie vers un lieu de sépulture éloigné 1. Ceux qui accompagnent le mort jusqu'au tombeau sortie du mort porte de la ville fermeture du golel le deuil commence ici puis sept jours 2. Les gens de Mehoza, qui accompagnent puis rebroussent chemin sortie du mort ils détournent leur visage le deuil commence ici fermeture du golel, dès jours plus tard La raison donnée par Rava : pour celui qui ne suit pas le convoi jusqu'au bout, le retour à la maison tient lieu de fermeture du tombeau. Enseignement de Rava aux gens de Mehoza — segment 3.
Les deux points de départ du compte selon que l'on accompagne le mort jusqu'au bout ou non.
5
רַבִּי שִׁמְעוֹן אוֹמֵר: אֲפִילּוּ בָּא בַּיּוֹם הַשְּׁבִיעִי מִמָּקוֹם קָרוֹב — מוֹנֶה עִמָּהֶן. אָמַר רַבִּי חִייָּא בַּר גַּמְדָּא אָמַר רַבִּי יוֹסֵי בֶּן שָׁאוּל אָמַר רַבִּי: וְהוּא שֶׁבָּא וּמָצָא מְנַחֲמִין אֶצְלוֹ.

Rabbi Chimon dit : même s'il est venu le septième jour d'un endroit proche, il compte avec eux. Rabbi Hiya bar Gamda a dit au nom de Rabbi Yossei ben Chaoul au nom de Rabbi : à condition qu'il soit venu et ait trouvé des consolateurs auprès de lui.

📜 Rachi (1)
ה"ג וְהוּא שֶׁלֹּא עָמְדוּ מְנַחֲמִין מֵאֶצְלוֹ שֶׁבָּא בַּשְּׁבִיעִי שַׁחֲרִית עַד שֶׁלֹּא עָמְדוּ מְנַחֲמִין אֵצֶל זֶה שֶׁבַּבַּיִת:
Qu'il soit venu le septième jour au matin, avant que les consolateurs se soient levés d'auprès de celui qui se trouve dans la maison.
💡 Explication

Rabbi Chimon étend au maximum la faculté de se joindre au compte des endeuillés : l'arrivée reste utile jusqu'au septième jour, dernier jour du deuil principal.

Rabbi pose la condition qui rend cette extension cohérente : il faut que le deuil de la maison soit encore effectivement en cours, ce qui se mesure à la présence des menahamim, les consolateurs. Rachi retient une variante de lecture, « à condition que les consolateurs ne se soient pas encore levés d'auprès de lui », et précise le cas : une arrivée le septième jour au matin.

6
בָּעֵי רַב עָנָן: נִנְעֲרוּ לַעֲמֹוד וְלֹא עָמְדוּ, מַהוּ? תֵּיקוּ.

Rav Anan a demandé : ils se sont secoués pour se lever mais ne se sont pas levés — quelle est la règle ? Teikou, la question reste sans réponse.

📜 Rachi (1)
נִנְעֲרוּ לַעֲמֹוד מְנַעְנְעִים וְרוֹצִים לַעֲמֹוד:
Ils s'agitent et veulent se lever.
💡 Explication

La condition posée par Rabbi transforme la présence des consolateurs en critère, ce qui appelle aussitôt la question du cas limite. Le moment où les consolateurs s'ébrouent et s'apprêtent à partir appartient-il encore à leur présence ?

Le Talmud laisse la question ouverte par teikou. En pratique, le principe énoncé plus bas au nom de Chemouel, selon lequel on suit l'avis indulgent en matière de deuil, oriente la conduite dans ce genre de cas.

🖼️ Schéma
Le septième jour au matin : trois états des consolateurs Ils sont assis les consolateurs sont encore auprès de l'endeuillé Celui qui arrive compte avec eux Ils se secouent pour se lever ils s'agitent et veulent se lever, mais ne se sont pas encore levés Question de Rav Anan teikou, sans réponse Ils se sont levés les consolateurs ont quitté la maison de deuil Celui qui arrive compte pour lui-même Ce que la question met en jeu : le critère de Rabbi est la présence effective des consolateurs. Le mouvement qui précède le départ est-il déjà un départ ? La question reste ouverte, et la règle pratique suivra le principe de l'indulgence en matière de deuil.
Le cas limite de Rav Anan, entre deux états clairs.
7
גְּמִירִי חַבְרֵיהּ דְּרַבִּי אַבָּא בַּר חִייָּא מֵרַבִּי אַבָּא, וּמַנּוּ — רַבִּי זֵירָא, וְאָמְרִי לָהּ: חַבְרֵיהּ דְּרַבִּי זֵירָא מֵרַבִּי זֵירָא, וּמַנּוּ — רַבִּי אַבָּא בְּרֵיהּ דְּרַבִּי חַייָּא בַּר אַבָּא, אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: הֲלָכָה כְּרַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל בִּטְרֵיפוֹת, וַהֲלָכָה כְּרַבִּי שִׁמְעוֹן בְּאֵבֶל.

Le compagnon de Rabbi Abba bar Hiya a reçu comme tradition de Rabbi Abba — et qui est-il ? Rabbi Zeira.

D'autres disent : le compagnon de Rabbi Zeira, de Rabbi Zeira — et qui est-il ? Rabbi Abba, fils de Rabbi Hiya bar Abba.

Rabbi Yo'hanan a dit : la halakha est comme Rabban Chimon ben Gamliel pour les terefot, et la halakha est comme Rabbi Chimon pour le deuil.

💡 Explication

Le Talmud rapporte une tradition transmise de maître à compagnon, avec une hésitation sur le sens de la transmission : Rabbi Zeira l'a-t-il reçue de Rabbi Abba, ou Rabbi Abba de Rabbi Zeira ? Cette incertitude sur la chaîne prépare la suite du récit, où le contenu même de la tradition se révélera déformé.

La tradition réunit deux décisions sans rapport de matière : l'une sur les terefot, les défauts qui rendent une bête impropre à la consommation, l'autre sur le deuil.

8
כְּרַבִּי שִׁמְעוֹן בְּאָבֵל — הָא דַּאֲמָרָן. כְּרַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל בִּטְרֵיפוֹת — דִּתְנַן: בְּנֵי מֵעַיִם שֶׁנִּיקְּבוּ וְלֵיחָה סוֹתַמְתָּן — כְּשֵׁרָה, דִּבְרֵי רַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל.

« Comme Rabbi Chimon pour le deuil » : c'est ce que nous venons de dire. « Comme Rabban Chimon ben Gamliel pour les terefot » : car nous avons appris dans la michna — les intestins qui ont été perforés et qu'une sécrétion vient boucher, la bête est kachère.

Telles sont les paroles de Rabban Chimon ben Gamliel.

💡 Explication

Le Talmud identifie les deux décisions. Pour le deuil, il s'agit de la position de Rabbi Chimon rapportée plus haut, qui admet l'arrivée jusqu'au septième jour.

Pour les terefot, il s'agit d'une michna sur les intestins perforés. Une perforation des intestins rend normalement la bête terefa, donc interdite ; Rabban Chimon ben Gamliel la déclare kachère lorsqu'une sécrétion, la lea, bouche le trou de sorte que rien ne s'en échappe.

🖼️ Schéma
Les intestins perforés qu'une sécrétion vient boucher perforation, bouchée par la lea bnei meayim — les intestins Rabban Chimon ben Gamliel la sécrétion bouche le trou, rien ne s'en échappe : la bête est kachère Qu'est-ce que la lea ? Rav Kahana : le suint des intestins qui sort sous la pression Conclusion du folio : la halakha ne suit pas Rabban Chimon ben Gamliel sur ce point une telle perforation rend la bête terefa — segments 9 et 11
La perforation bouchée, et le sort que le folio réserve à cette position.
9
מַאי לֵיחָה? אָמַר רַב כָּהֲנָא: שִׁירְקָא דִּמְעַיָּא דְּנָפֵיק אַגַּב דֻּוחְקָא. אָמַר מָאן דְּהוּא: אִיזְכֵּי וְאֶיסַּק וְאֶגְמְרַהּ לִשְׁמַעְתָּא מִפֻּומֵּיהּ דְּמָרַיהּ,

Qu'est-ce que la lea ? Rav Kahana a dit : le suint des intestins qui sort sous l'effet de la pression.

Un certain homme dit : puisse-je mériter de monter et d'apprendre cette tradition de la bouche de son maître,

📜 Rachi (2)
אָמַר מָאן דְּהוּא אָדָם אֶחָד מַאן דַּהֲוָה:
Un certain homme, quel qu'il fut.
מִפֻּומֵּיהּ דְּמָרֵיהּ מַר' אַבָּא בְּרֵיהּ דְּרַבִּי חַייָּא אוֹ רַבִּי זֵירָא:
De Rabbi Abba fils de Rabbi Hiya, ou de Rabbi Zeira.
💡 Explication

Rav Kahana précise la matière en question : une sécrétion grasse des intestins, expulsée par la pression, qui vient obturer la perforation.

Un anonyme forme alors le vœu de monter en Terre d'Israël pour entendre la tradition de son auteur même, au lieu de s'en tenir à ce qui circule en Babylonie. Rachi précise que « son maître » désigne Rabbi Abba, fils de Rabbi Hiya, ou Rabbi Zeira, conformément à l'hésitation du segment 6.

🖼️ Schéma
Le voyage d'un anonyme : vérifier une tradition à sa source Ce qui circulait en Babylonie, au nom de Rabbi Yo'hanan halakha comme Rabban Chimon ben Gamliel pour les terefot, et comme Rabbi Chimon pour le deuil — segment 6 Puisse-je monter et l'apprendre de la bouche de son maître il monte en Terre d'Israël et trouve Rabbi Abba — segments 8 et 9 Sur les terefot : démenti moi, j'ai dit que la halakha n'est pas comme lui — la tradition avait été transmise à l'envers Sur le deuil : controverse Rav Hisda et Rabbi Yo'hanan disent que la halakha est comme Rabbi Chimon, Rav Nahman dit le contraire Le Talmud tranche : terefa sur ce point, et halakha comme Rabbi Chimon pour le deuil
Le trajet de la tradition, de la rumeur babylonienne à la vérification.
10
כִּי סָלֵיק, אַשְׁכְּחֵיהּ לְרַבִּי אַבָּא בְּרֵיהּ דְּרַבִּי חַייָּא בַּר אַבָּא. אֲמַר לֵיהּ: אָמַר מַר: הֲלָכָה כְּרַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל בִּטְרֵיפוֹת? אֲמַר לֵיהּ: אֲנָא ״אֵין הֲלָכָה״ אָמְרִי.

Lorsqu'il monta, il trouva Rabbi Abba, fils de Rabbi Hiya bar Abba. Il lui dit : le maître a-t-il dit que la halakha est comme Rabban Chimon ben Gamliel pour les terefot ?

Il lui répondit : moi, j'ai dit « la halakha n'est pas comme lui ».

📜 Rachi (1)
אֵין הֲלָכָה אִמְרֵי כְּלוֹמַר אֵין הֲלָכָה כְּרַבִּי שִׁמְעוֹן:
C'est-à-dire : la halakha n'est pas comme Rabbi Chimon.
💡 Explication

La vérification produit un démenti net. Rabbi Abba affirme avoir énoncé la décision inverse : la halakha ne suit pas Rabban Chimon ben Gamliel, et une telle perforation rend donc la bête terefa.

La tradition avait circulé en perdant la négation, ce qui montre la valeur du déplacement entrepris par l'anonyme. Rachi rapporte ici la formule du démenti.

11
כְּרַבִּי שִׁמְעוֹן בְּאָבֵל, מַאי? אֲמַר לֵיהּ: פְּלֻוגְתָּא נִינְהוּ, דְּאִיתְּמַר, רַב חִסְדָּא אָמַר: הֲלָכָה, וְכֵן אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: הֲלָכָה. רַב נַחְמָן אָמַר: אֵין הֲלָכָה.

« Comme Rabbi Chimon pour le deuil » — qu'en est-il ? Il lui dit : c'est une controverse, car il a été dit : Rav Hisda a dit : la halakha [est comme lui] ; et Rabbi Yo'hanan a dit de même : la halakha.

Rav Nahman a dit : la halakha n'est pas comme lui.

💡 Explication

Interrogé sur la seconde moitié de la tradition, Rabbi Abba ne la dément pas, mais la relativise : la question fait l'objet d'une mahloket entre amoraim.

Rav Hisda et Rabbi Yo'hanan tranchent comme Rabbi Chimon, Rav Nahman s'y oppose. La décision attribuée à Rabbi Yo'hanan existe donc bien, mais elle n'est pas unanimement reçue.

12
וְאֵין הֲלָכָה כְּרַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל בִּטְרֵיפוֹת, וַהֲלָכָה כְּרַבִּי שִׁמְעוֹן בְּאֵבֶל. דְּאָמַר שְׁמוּאֵל: הֲלָכָה כְּדִבְרֵי הַמֵּיקֵל בְּאָבֵל.

Et la halakha n'est pas comme Rabban Chimon ben Gamliel pour les terefot, et la halakha est comme Rabbi Chimon pour le deuil, car Chemouel a dit : la halakha suit les paroles de celui qui allège en matière de deuil.

💡 Explication

Le Talmud arrête les deux points. Sur les terefot, il suit le démenti de Rabbi Abba : la perforation bouchée par la sécrétion rend la bête terefa.

Sur le deuil, il tranche comme Rabbi Chimon, et la raison donnée vaut au-delà de ce cas : le principe de Chemouel veut que, dans les controverses relatives au deuil, on suive l'avis le plus indulgent. Celui qui arrive le septième jour et trouve les consolateurs achève donc les sept jours avec les endeuillés.

13
עַל כָּל הַמֵּתִים כֻּולָּן מְדַחֶה מִטָּתוֹ — הֲרֵי זֶה מְשֻׁובָּח. עַל אָבִיו וְעַל אִמּוֹ — הֲרֵי זֶה מְגֻונֶּה, הָיָה עֶרֶב שַׁבָּת אוֹ עֶרֶב יוֹם טוֹב — הֲרֵי זֶה מְשֻׁובָּח, שֶׁאֵינוֹ עוֹשֶׂה אֶלָּא לִכְבוֹד אָבִיו וְאִמּוֹ.

Pour tous les autres morts, celui qui hâte la sortie du lit funéraire est digne d'éloge. Pour son père et pour sa mère, cela est blâmable.

Si c'était la veille de Chabbat ou la veille d'un jour de fête, cela est digne d'éloge, car il n'agit ainsi que par égard pour son père et sa mère.

📜 Rachi (1)
מַדְחֶה מִטָּתוֹ מְמַהֵר לְהוֹצִיאוֹ:
Il se hâte de le faire sortir.
💡 Explication

La baraita passe à la conduite au moment de l'enterrement. Pour un proche ordinaire, la promptitude honore le mort et vaut un éloge.

Pour un père ou une mère, la même promptitude devient blâmable, car elle donne l'image d'un fils pressé d'en finir avec le corps de ses parents.

La veille de Chabbat ou d'une fête renverse le jugement : la hâte y est lue pour ce qu'elle est, l'effort d'éviter que les parents demeurent sans sépulture pendant le jour saint, et elle redevient digne d'éloge.

14
עַל כָּל הַמֵּתִים כֻּולָּן, רָצָה — מְמַעֵט בְּעִסְקוֹ, רָצָה — אֵינוֹ

Pour tous les autres morts : s'il le veut, il réduit ses affaires ; s'il le veut, il ne les réduit pas —

📜 Rachi (1)
מְמַעֵט בְּעִסְקוֹ כְּגוֹן סְחוֹרָה:
Par exemple le commerce.
💡 Explication

La baraita poursuit sur le même partage entre les autres morts et les parents, en l'appliquant cette fois à la vie économique de l'endeuillé. Pour un proche ordinaire, la réduction de l'activité reste laissée à son gré.

La phrase s'interrompt ici, à la fin de l'amud ; la suite, qui concerne le père et la mère, ouvre le folio suivant.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).