Sougya : Le folio poursuit la règle selon laquelle un proche qui arrive d'un endroit proche et trouve les endeuillés chez eux achève les sept jours avec eux, à condition que le chef de la maison, le gadol habayit, se trouve dans la maison. La question qui ouvre le folio porte sur le cas où ce chef de la maison est parti au cimetière.
Rabbi Yo'hanan répond qu'il compte avec eux, et le Talmud concilie cette parole avec une baraita contraire par la distinction entre un retour dans les trois premiers jours et un retour plus tardif, appuyée sur la consigne de Rav aux gens de Hatslevoni. Rava enseigne ensuite aux gens de Mehoza, qui accompagnent le mort seulement jusqu'à la porte de la ville, que leur deuil commence au moment où ils rebroussent chemin.
Vient la position de Rabbi Chimon, qui admet même une arrivée le septième jour tant que les consolateurs sont encore là, puis la question sans réponse de Rav Anan sur les consolateurs qui s'apprêtent à se lever. La seconde moitié du folio rapporte les deux décisions transmises au nom de Rabbi Yo'hanan — sur les terefot et sur le deuil —, le voyage d'un anonyme en Terre d'Israël pour les vérifier, et la conclusion du Talmud.
Le folio s'achève sur la baraita qui distingue la hâte à enterrer selon qu'il s'agit d'un proche ordinaire ou de son père et de sa mère.
Le chef de la maison est allé au cimetière : quelle est la règle ?
La règle reçue jusqu'ici veut que celui qui arrive d'un endroit proche et trouve les siens en deuil achève les sept jours avec eux, à condition que le gadol habayit, le chef de la maison, se trouve dans la maison. La présence de ce chef fait de leur deuil le deuil principal, auquel celui qui arrive vient se joindre.
La question porte sur un cas intermédiaire : le chef de la maison a suivi le lit funéraire jusqu'au cimetière et y est resté trois jours. Il ne se trouve donc pas à la maison, mais son absence tient aux besoins du mort et il connaît parfaitement ce deuil. Faut-il le compter comme présent ?
Viens et entends : car Rabbi Hiya bar Abba a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : même si le chef de la maison est allé au cimetière, il compte avec eux. — Il compte avec eux ? Mais il a été enseigné : il compte pour lui-même !
Rabbi Yo'hanan tranche : le départ au cimetière ne rompt pas le lien avec le deuil de la maison. Selon Rachi, c'est du chef de la maison lui-même qu'il est question : son deuil personnel ne devrait commencer qu'à la fermeture du tombeau, plus tard que celui des siens qui sont rentrés chez eux, et Rabbi Yo'hanan l'autorise pourtant à compter avec eux.
Les Tossefot rapportent une seconde lecture, selon laquelle la phrase vise celui qui arrive dans la maison : même en l'absence du chef parti au cimetière, il se joint au compte des endeuillés.
Une baraita énonce la règle inverse. La contradiction entre les deux sources appelle une distinction.
Il n'y a pas de difficulté : ici, il est venu dans les trois jours ; là, il n'est pas venu dans les trois jours. Ainsi que Rav dit aux gens de Hatslevoni : ceux qui viennent dans les trois jours, qu'ils comptent avec vous ; ceux qui ne viennent pas dans les trois jours, qu'ils comptent pour eux-mêmes.
Le partage se fait sur un délai. Le retour dans les trois premiers jours laisse le deuil de la maison encore dans sa phase la plus intense, et celui qui rentre s'y agrège. Passé ce délai, le deuil des uns est trop avancé pour que le nouveau venu s'y rattache, et il ouvre son propre compte de sept jours.
La consigne donnée par Rav aux habitants de Hatslevoni, un nom de lieu, sert de précédent pratique : elle applique exactement cette ligne de partage à une communauté entière.
Rava dit aux gens de Mehoza : vous qui ne suivez pas le lit funéraire, dès l'instant où vous détournez votre visage à la porte de la ville, commencez à compter.
Le deuil prend normalement effet à la fermeture du golel, la dalle qui scelle le tombeau. Quand on transporte un mort de Babylonie vers un lieu de sépulture lointain, ce moment peut survenir plusieurs jours après la sortie du corps, et les proches qui n'accompagnent le convoi que sur une courte distance resteraient sans repères.
Rava leur fixe un point de départ propre : le moment où ils font demi-tour à la porte extérieure de la ville. Pour eux, ce retour tient lieu de fermeture du tombeau, et les sept jours commencent là.
Rabbi Chimon dit : même s'il est venu le septième jour d'un endroit proche, il compte avec eux. Rabbi Hiya bar Gamda a dit au nom de Rabbi Yossei ben Chaoul au nom de Rabbi : à condition qu'il soit venu et ait trouvé des consolateurs auprès de lui.
Rabbi Chimon étend au maximum la faculté de se joindre au compte des endeuillés : l'arrivée reste utile jusqu'au septième jour, dernier jour du deuil principal.
Rabbi pose la condition qui rend cette extension cohérente : il faut que le deuil de la maison soit encore effectivement en cours, ce qui se mesure à la présence des menahamim, les consolateurs. Rachi retient une variante de lecture, « à condition que les consolateurs ne se soient pas encore levés d'auprès de lui », et précise le cas : une arrivée le septième jour au matin.
Rav Anan a demandé : ils se sont secoués pour se lever mais ne se sont pas levés — quelle est la règle ? Teikou, la question reste sans réponse.
La condition posée par Rabbi transforme la présence des consolateurs en critère, ce qui appelle aussitôt la question du cas limite. Le moment où les consolateurs s'ébrouent et s'apprêtent à partir appartient-il encore à leur présence ?
Le Talmud laisse la question ouverte par teikou. En pratique, le principe énoncé plus bas au nom de Chemouel, selon lequel on suit l'avis indulgent en matière de deuil, oriente la conduite dans ce genre de cas.
Le compagnon de Rabbi Abba bar Hiya a reçu comme tradition de Rabbi Abba — et qui est-il ? Rabbi Zeira.
D'autres disent : le compagnon de Rabbi Zeira, de Rabbi Zeira — et qui est-il ? Rabbi Abba, fils de Rabbi Hiya bar Abba.
Rabbi Yo'hanan a dit : la halakha est comme Rabban Chimon ben Gamliel pour les terefot, et la halakha est comme Rabbi Chimon pour le deuil.
Le Talmud rapporte une tradition transmise de maître à compagnon, avec une hésitation sur le sens de la transmission : Rabbi Zeira l'a-t-il reçue de Rabbi Abba, ou Rabbi Abba de Rabbi Zeira ? Cette incertitude sur la chaîne prépare la suite du récit, où le contenu même de la tradition se révélera déformé.
La tradition réunit deux décisions sans rapport de matière : l'une sur les terefot, les défauts qui rendent une bête impropre à la consommation, l'autre sur le deuil.
« Comme Rabbi Chimon pour le deuil » : c'est ce que nous venons de dire. « Comme Rabban Chimon ben Gamliel pour les terefot » : car nous avons appris dans la michna — les intestins qui ont été perforés et qu'une sécrétion vient boucher, la bête est kachère.
Telles sont les paroles de Rabban Chimon ben Gamliel.
Le Talmud identifie les deux décisions. Pour le deuil, il s'agit de la position de Rabbi Chimon rapportée plus haut, qui admet l'arrivée jusqu'au septième jour.
Pour les terefot, il s'agit d'une michna sur les intestins perforés. Une perforation des intestins rend normalement la bête terefa, donc interdite ; Rabban Chimon ben Gamliel la déclare kachère lorsqu'une sécrétion, la lea, bouche le trou de sorte que rien ne s'en échappe.
Qu'est-ce que la lea ? Rav Kahana a dit : le suint des intestins qui sort sous l'effet de la pression.
Un certain homme dit : puisse-je mériter de monter et d'apprendre cette tradition de la bouche de son maître,
Rav Kahana précise la matière en question : une sécrétion grasse des intestins, expulsée par la pression, qui vient obturer la perforation.
Un anonyme forme alors le vœu de monter en Terre d'Israël pour entendre la tradition de son auteur même, au lieu de s'en tenir à ce qui circule en Babylonie. Rachi précise que « son maître » désigne Rabbi Abba, fils de Rabbi Hiya, ou Rabbi Zeira, conformément à l'hésitation du segment 6.
Lorsqu'il monta, il trouva Rabbi Abba, fils de Rabbi Hiya bar Abba. Il lui dit : le maître a-t-il dit que la halakha est comme Rabban Chimon ben Gamliel pour les terefot ?
Il lui répondit : moi, j'ai dit « la halakha n'est pas comme lui ».
La vérification produit un démenti net. Rabbi Abba affirme avoir énoncé la décision inverse : la halakha ne suit pas Rabban Chimon ben Gamliel, et une telle perforation rend donc la bête terefa.
La tradition avait circulé en perdant la négation, ce qui montre la valeur du déplacement entrepris par l'anonyme. Rachi rapporte ici la formule du démenti.
« Comme Rabbi Chimon pour le deuil » — qu'en est-il ? Il lui dit : c'est une controverse, car il a été dit : Rav Hisda a dit : la halakha [est comme lui] ; et Rabbi Yo'hanan a dit de même : la halakha.
Rav Nahman a dit : la halakha n'est pas comme lui.
Interrogé sur la seconde moitié de la tradition, Rabbi Abba ne la dément pas, mais la relativise : la question fait l'objet d'une mahloket entre amoraim.
Rav Hisda et Rabbi Yo'hanan tranchent comme Rabbi Chimon, Rav Nahman s'y oppose. La décision attribuée à Rabbi Yo'hanan existe donc bien, mais elle n'est pas unanimement reçue.
Et la halakha n'est pas comme Rabban Chimon ben Gamliel pour les terefot, et la halakha est comme Rabbi Chimon pour le deuil, car Chemouel a dit : la halakha suit les paroles de celui qui allège en matière de deuil.
Le Talmud arrête les deux points. Sur les terefot, il suit le démenti de Rabbi Abba : la perforation bouchée par la sécrétion rend la bête terefa.
Sur le deuil, il tranche comme Rabbi Chimon, et la raison donnée vaut au-delà de ce cas : le principe de Chemouel veut que, dans les controverses relatives au deuil, on suive l'avis le plus indulgent. Celui qui arrive le septième jour et trouve les consolateurs achève donc les sept jours avec les endeuillés.
Pour tous les autres morts, celui qui hâte la sortie du lit funéraire est digne d'éloge. Pour son père et pour sa mère, cela est blâmable.
Si c'était la veille de Chabbat ou la veille d'un jour de fête, cela est digne d'éloge, car il n'agit ainsi que par égard pour son père et sa mère.
La baraita passe à la conduite au moment de l'enterrement. Pour un proche ordinaire, la promptitude honore le mort et vaut un éloge.
Pour un père ou une mère, la même promptitude devient blâmable, car elle donne l'image d'un fils pressé d'en finir avec le corps de ses parents.
La veille de Chabbat ou d'une fête renverse le jugement : la hâte y est lue pour ce qu'elle est, l'effort d'éviter que les parents demeurent sans sépulture pendant le jour saint, et elle redevient digne d'éloge.
Pour tous les autres morts : s'il le veut, il réduit ses affaires ; s'il le veut, il ne les réduit pas —
La baraita poursuit sur le même partage entre les autres morts et les parents, en l'appliquant cette fois à la vie économique de l'endeuillé. Pour un proche ordinaire, la réduction de l'activité reste laissée à son gré.
La phrase s'interrompt ici, à la fin de l'amud ; la suite, qui concerne le père et la mère, ouvre le folio suivant.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).