Moed_Katan 22b — Le deuil d'un père et d'une mère face au deuil des autres proches, les règles de la déchirure, et le deuil des dignitaires

Moed_Katan 22b

Sougya : Le folio poursuit la longue baraita qui oppose, poste par poste, le deuil des autres proches et le deuil d'un père ou d'une mère. Il commence par le découvrement de l'épaule (halitsat katef) et par le récit d'un grand de la génération qui s'abstint de découvrir la sienne pour ne pas obliger son collègue à en faire autant ; Abaye donne deux identifications des personnages, et la seconde reste en difficulté.

Viennent ensuite la coupe des cheveux, l'entrée dans une maison de réjouissance et la distinction de Rabba bar bar Hana entre un simple repas entre compagnons et une réjouissance de noces, avec la version différente d'Amemar et la réponse arissouta contre pouranouta. La partie centrale est consacrée à la keria : sa mesure, le nombre de vêtements à déchirer, la pratique particulière de la femme, la séparation devant l'ourlet exigée par Rabbi Yehouda, le faufilage et la couture, la main contre l'instrument, le dedans contre le dehors.

Le folio se clôt sur le deuil public : Rav Hisda assimile le nassi à un père, puis la baraita fixe l'épaule que l'on découvre et le chômage des maisons d'étude pour un 'hakham, un av beit din et un nassi.

Le plan du folio : une seule baraita, quatre séries de règles A. LE DÉCOUVREMENT DE L'ÉPAULE (halitsat katef) Facultatif pour les autres morts, obligatoire pour un père et une mère le récit du grand de la génération qui s'abstient pour ne pas obliger son collègue — segments 1 et 2 les deux identifications d'Abaye ; la seconde reste en difficulté — segments 3 à 5 B. LES CHEVEUX ET LA MAISON DE RÉJOUISSANCE Trente jours pour les autres morts, douze mois pour un père et une mère Rabba bar bar Hana restreint la permission au repas entre compagnons — segments 6 et 7 la version d'Amemar, puis la réponse arissouta contre pouranouta — segments 8 et 9 C. LES RÈGLES DE LA DÉCHIRURE (keria) Mesure, nombre de vêtements, femme, ourlet, couture, main, dehors le tefah tiré du verset de David ; toutes les tuniques pour un parent — segments 10 à 12 Rabbi Yehouda exige une déchirure visible ; faufiler, coudre, déchirer à la main — segments 13 à 17 D. LE DEUIL PUBLIC DES DIGNITAIRES Le nassi assimilé à un père, puis l'épaule et le chômage des maisons d'étude l'objection de la baraita et sa réponse ; le mortier de Rav Hisda — segments 18 à 22
Le folio déroule une seule baraita comparative, puis la prolonge par le deuil public des dignitaires.
Poste par poste : les autres morts contre un père et une mère Le poste de deuil Tous les autres morts Son père et sa mère Restreindre ses affaires s'il le veut il restreint Découvrir l'épaule s'il le veut il découvre Se couper les cheveux après trente jours jusqu'aux reproches des amis Entrer en maison de réjouissance après trente jours après douze mois Mesure de la déchirure un tefah jusqu'à découvrir le cœur Combien de vêtements celui du dessus seulement tous Séparer devant l'ourlet s'il le veut il sépare Faufiler la déchirure (cholel) après sept jours après trente jours Recoudre proprement (meahe) après trente jours jamais À la main ou avec un instrument au choix à la main Où se voit la déchirure au-dedans au-dehors Rav Hisda ajoute que le nassi est traité comme un père, y compris pour la déchirure au-dehors (segments 17 à 19).
Le tableau complet des postes où le deuil d'un parent se sépare du deuil des autres proches.
Trois degrés de deuil public : 'hakham, av beit din, nassi Ce qui change 'Hakham Av beit din Nassi L'épaule que l'on découvre la droite la gauche les deux de part et d'autre Les maisons d'étude qui chomen la sienne seulement toutes celles de sa ville toutes Ce qui se passe à la synagogue rien n'est enseigné on y entre et l'on change de place les gens de la synagogue y entrent La déchirure, selon Rav Hisda au-dedans au-dedans au-dehors, comme pour un père Le point commun des trois : la déchirure ne se recoud jamais (segment 18). Ce que la baraita refuse de leur étendre, c'est la déchirure au-dehors — et le Talmud répond que le nassi en est excepté (segment 19).
Les trois degrés de deuil public, de la maison d'étude d'un seul maître à l'arrêt général.
1
מְמַעֵט, עַל אָבִיו וְעַל אִמּוֹ — מְמַעֵט.

… il restreint [ses affaires]. Pour son père et pour sa mère — il restreint.

💡 Explication

Le folio s'ouvre au milieu d'une clause commencée en 22a. La baraita compare poste par poste le deuil des autres proches et celui d'un père ou d'une mère. Pour les autres morts, restreindre ses affaires est laissé au choix de l'endeuillé ; pour un parent, cela devient une obligation.

Le même moule revient à chaque ligne du folio : ratsé — ratsé (s'il le veut, s'il ne le veut pas) du côté des autres morts, un verbe sec et sans alternative du côté du père et de la mère.

2
עַל כָּל הַמֵּתִים כֻּולָּן, רָצָה — חוֹלֵץ, רָצָה — אֵינוֹ חוֹלֵץ. עַל אָבִיו וְעַל אִמּוֹ — חוֹלֵץ.

Pour tous les autres morts : s'il le veut, il découvre son épaule ; s'il ne le veut pas, il ne la découvre pas. Pour son père et pour sa mère — il découvre son épaule.

📜 Rachi (1)
רָצָה חוֹלֵץ כְּתֵיפוֹ:
Son épaule.
💡 Explication

La halitsat katef consiste à dégager le bras du vêtement et à découvrir l'épaule, en signe de deuil public. Elle reste facultative pour les autres proches et devient obligatoire pour un père et une mère.

Le verbe holets est le même que celui de la halitsa du lévirat, où l'on retire la chaussure : il signifie ici dégager l'épaule du vêtement.

3
וּמַעֲשֶׂה בִּגְדוֹל הַדּוֹר אֶחָד שֶׁמֵּת אָבִיו וּבִיקֵּשׁ לַחְלֹוץ, וּבִיקֵּשׁ גְּדוֹל הַדּוֹר אַחֵר שֶׁעִמּוֹ לַחְלֹוץ, וְנִמְנַע וְלֹא חָלַץ.

Et il arriva qu'un grand de la génération perdit son père et voulut découvrir son épaule ; un autre grand de la génération qui était avec lui voulut découvrir la sienne également — alors il s'abstint et ne la découvrit pas.

📜 Rachi (1)
וְנִמְנַע הָאָבֵל וְלֹא חָלַץ מִשּׁוּם כְּבוֹד גְּדוֹל הַדּוֹר שֶׁעִמּוֹ שֶׁבִּקֵּשׁ לַחְלֹוץ גַּם הוּא:
L'endeuillé s'abstint et ne découvrit pas son épaule, par égard pour le grand de la génération qui était avec lui et qui voulait, lui aussi, découvrir la sienne.
🗂️ Tossefot (1)
מַעֲשֶׂה בִּגְדוֹל הַדּוֹר. אֵין זֶה מַעֲשֶׂה לִסְתֹּור דְּהָא דְּנִמְנַע וְלֹא חָלַץ זֶהוּ מִפְּנֵי גְּדוֹל הַדּוֹר שֶׁעִמּוֹ וּבְמַס' שְׂמָחוֹת (פ"ט) קָתָנֵי עֲלָהּ וְאֵין רָאוּי לַחֲלֹק כָּבוֹד לוֹ וְהָאֲחֵרִים הָרְאוּיִין לַחְלֹוץ אַף עַל אָבִיו וְעַל אִמּוֹ וְאִם אֵינָן רְאוּיִין אֵינוֹ חוֹלֵץ כְּדֵי שֶׁלֹּא יַחַלְצוּ אֲחֵרִים וּמַעֲשֶׂה בַּר' יַעֲקֹב כו':
« Il arriva qu'un grand de la génération. » Ce récit ne vient pas contredire la règle : s'il s'est abstenu et n'a pas découvert son épaule, c'est à cause du grand de la génération qui était avec lui. Dans le traité Semahot (chapitre 9) on enseigne à ce sujet qu'il ne convient pas de lui faire un partage d'honneur, alors que les autres qui sont dignes de découvrir leur épaule le font même pour leur père et pour leur mère ; et s'ils n'en sont pas dignes, il ne découvre pas la sienne, afin que les autres ne découvrent pas la leur. Et il arriva à Rabbi Yaakov, etc.
💡 Explication

Le récit illustre une tension : le découvrement de l'épaule est dû à l'endeuillé, mais un homme présenté auprès de lui peut vouloir s'y joindre. Le premier préfère alors renoncer à son propre devoir plutôt que de laisser un plus grand que lui se découvrir l'épaule en son honneur.

Le texte laisse les noms de côté ; Abaye les fournira au segment suivant.

🖼️ Schéma
Les deux lectures du récit, et pourquoi la seconde reste en difficulté Première lecture d'Abaye Seconde lecture (ikka de-amrei) L'endeuillé : Rabbi Yaakov bar Aha il perd son père et veut découvrir son épaule L'endeuillé : Rabbi il perd son père Rabban Chimon ben Gamliel Le collègue présent : Rabbi il veut découvrir la sienne par solidarité Le collègue présent : Rabbi Yaakov bar Aha il veut découvrir la sienne par solidarité Le renoncement se comprend l'endeuillé ne veut pas que le nassi se découvre l'épaule pour lui : ce serait un honneur qu'il ne peut accepter Le renoncement ne se comprend plus le mort est Rabban Chimon ben Gamliel, nassi : tout le monde doit découvrir l'épaule pour lui, donc Rabbi Yaakov bar Aha y était tenu kacha — la difficulté reste ouverte Le ressort du passage : découvrir son épaule pour un endeuillé est un honneur rendu ; un homme peut y renoncer pour ne pas l'imposer à plus grand que lui.
Le même récit se lit de deux façons selon l'identification des personnages ; l'une tient, l'autre reste difficile.
4
אָמַר אַבַּיֵּי: גְּדוֹל הַדּוֹר — רַבִּי, גְּדוֹל הַדּוֹר שֶׁעִמּוֹ — רַבִּי יַעֲקֹב בַּר אַחָא. וְאִיכָּא דְּאָמְרִי: גְּדוֹל הַדּוֹר — רַבִּי יַעֲקֹב בַּר אַחָא, גְּדוֹל הַדּוֹר שֶׁעִמּוֹ — רַבִּי.

Abaye a dit : le grand de la génération, c'est Rabbi ; le grand de la génération qui était avec lui, c'est Rabbi Yaakov bar Aha. Et certains disent : le grand de la génération, c'est Rabbi Yaakov bar Aha, et le grand de la génération qui était avec lui, c'est Rabbi.

📜 Rachi (1)
אֶלָּא לְמ"ד גְּדוֹל הַדּוֹר שֶׁעִמּוֹ ר' יַעֲקֹב וְרַבִּי הֲוָה אָבֵל:
Et c'est Rabbi qui était l'endeuillé.
💡 Explication

« Rabbi » désigne Rabbi Yehouda ha-Nassi, fils de Rabban Chimon ben Gamliel. Les deux versions inversent les rôles : dans la première, l'endeuillé est Rabbi ; dans la seconde, l'endeuillé est Rabbi Yaakov bar Aha et le collègue présent est Rabbi.

La suite du folio va montrer que ce renversement ne se paie pas au même prix : une des deux lectures se heurte au statut du mort.

5
בִּשְׁלָמָא לְמַאן דְּאָמַר גְּדוֹל הַדּוֹר שֶׁעִמּוֹ — רַבִּי, הַיְינוּ דְּנִמְנַע וְלֹא חָלַץ,

Soit : pour celui qui dit que le grand de la génération qui était avec lui, c'est Rabbi — on comprend qu'il se soit abstenu et n'ait pas découvert son épaule.

💡 Explication

Dans cette lecture, l'endeuillé est Rabbi Yaakov bar Aha et le collègue présent est le nassi. Un homme ordinaire ne laisse pas le nassi se découvrir l'épaule en son honneur ; il renonce donc à sa propre halitsa pour éviter de la provoquer.

6
אֶלָּא לְמַאן דְּאָמַר רַבִּי יַעֲקֹב בַּר אַחָא, אַמַּאי נִמְנַע וְלֹא חָלַץ? רַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל נָשִׂיא הֲוָה, וְכֻולֵּי עָלְמָא מִיחַייְּבִי לְמִיחְלַץ! קַשְׁיָא.

Mais pour celui qui dit que c'était Rabbi Yaakov bar Aha, pourquoi s'est-il abstenu et n'a-t-il pas découvert son épaule ? Rabban Chimon ben Gamliel était nassi, et tout le monde est tenu de découvrir son épaule pour lui !

Cela reste difficile.

💡 Explication

Dans la seconde lecture, l'endeuillé est Rabbi, et le mort est donc son père Rabban Chimon ben Gamliel, qui était nassi. Or la mort d'un nassi oblige tout le monde à découvrir l'épaule, comme l'enseignera le segment 21. Rabbi Yaakov bar Aha accomplissait donc un devoir qui lui était propre, et Rabbi n'avait aucune raison de l'en empêcher en renonçant à sa propre halitsa.

Le Talmud laisse la question ouverte : kacha, cela reste difficile, sans aller jusqu'à rejeter la version.

7
עַל כָּל הַמֵּתִים כֻּולָּן מִסְתַּפֵּר לְאַחַר שְׁלֹשִׁים יוֹם, עַל אָבִיו וְעַל אִמּוֹ — עַד שֶׁיִּגְעֲרוּ בּוֹ חֲבֵרָיו. עַל כָּל הַמֵּתִים כֻּולָּן נִכְנָס לְבֵית הַשִּׂמְחָה לְאַחַר שְׁלֹשִׁים יוֹם, עַל אָבִיו וְעַל אִמּוֹ — לְאַחַר שְׁנֵים עָשָׂר חֹדֶשׁ.

Pour tous les autres morts, il se coupe les cheveux après trente jours ; pour son père et pour sa mère — jusqu'à ce que ses compagnons le rabrouent. Pour tous les autres morts, il entre dans une maison de réjouissance après trente jours ; pour son père et pour sa mère — après douze mois.

📜 Rachi (1)
עַד שֶׁיִּגְעֲרוּ בּוֹ חֲבֵרָיו שֶׁכְּבָר גִּידֵּל פֶּרַע יוֹתֵר מִדַּאי:
Parce qu'il a déjà laissé pousser sa chevelure plus que de raison.
🗂️ Tossefot (1)
עַד שֶׁיִּגְעֲרוּ בּוֹ חֲבֵירָיו. נִרְאֶה דְּרֶגֶל אֵינוֹ מְבַטֵּל דָּבָר זֶה מִדְּאָמְרִינַן בִּירוּשַׁלְמִי רַבִּי שְׁמוּאֵל בַּר אַבְדִּימִי דְּמָנֶה תְּלָתִין יוֹמִין קַמֵּי מוֹעֲדָא שְׁאֵיל לְרַבִּי מְנָא א"ל כָּל דָּבָר שֶׁהוּא תָּלוּי בַּז' וְל' הָרֶגֶל מַפְסִיק בְּרַם הָכָא עַד שֶׁיִּשְׁלַח פֶּרַע וְיִגְעֲרוּ בּוֹ חֲבֵירָיו וְיֹאמְרוּ לוֹ צֵא מֵעִמָּנוּ וּבְשִׂמְחָה נָמֵי אַשְׁכַּחְנָא הָכָא י"ב חֹדֶשׁ וְאֵין רֶגֶל מְבַטֵּל וְיֵשׁ סְפָרִים שֶׁכָּתוּב בָּהֶן אוֹ יִגְעֲרוּ בּוֹ חֲבֵירָיו בִּירוּשַׁלְמִי וְנִרְאֶה שֶׁהוּא טָעוּת סוֹפְרִים כִּי אִם כְּמוֹ שֶׁכָּתַבְתִּי עַד שֶׁיִּשְׁלַח פֶּרַע וְיִגְעֲרוּ בּוֹ:
« Jusqu'à ce que ses compagnons le rabrouent. » Il apparaît que la fête de pèlerinage (reguel) n'annule pas cette règle, d'après ce que l'on dit dans le Yerouchalmi : Rabbi Chemouel bar Avdimi, qui avait compté trente jours avant la fête, interrogea Rabbi Mana ; celui-ci lui répondit que tout ce qui dépend des sept jours ou des trente jours, la fête l'interrompt, mais qu'ici il attend jusqu'à ce que sa chevelure ait poussé et que ses compagnons le rabrouent en lui disant : sors d'avec nous. Pour la réjouissance aussi nous trouvons ici douze mois, et la fête ne l'annule pas. Certains livres portent dans le Yerouchalmi « ou ses compagnons le rabrouent » ; il apparaît que c'est une erreur de copiste, et qu'il faut lire comme je l'ai écrit : jusqu'à ce que sa chevelure ait poussé et qu'ils le rabrouent.
💡 Explication

Deux nouveaux postes de la comparaison. Pour la coupe des cheveux, le deuil d'un parent n'a pas de terme fixe : il dure jusqu'au moment où la chevelure devient assez longue pour que les compagnons de l'endeuillé le lui reprochent. Le critère est social, et non calendaire.

Pour l'entrée en maison de réjouissance, la durée passe de trente jours à douze mois, marque la plus visible de l'écart entre les deux deuils.

8
אָמַר רַבָּה בַּר בַּר חָנָה: וּלְשִׂמְחַת מֵרֵיעוּת. מֵיתִיבִי: וּלְשִׂמְחָה וְלִמְרֵיעוּת שְׁלֹשִׁים יוֹם. קַשְׁיָא.

Rabba bar bar Hana a dit : et cela vise la réjouissance d'un repas entre compagnons. On objecte : « et pour la réjouissance et pour le repas entre compagnons, trente jours ».

Cela reste difficile.

📜 Rachi (2)
אָמַר רַבָּה הָא דְּתַנְיָא נִכְנָס לְבֵית הַמִּשְׁתֶּה לְאַחַר ל' יוֹם:
Ce qui a été enseigné : il entre dans la maison du festin après trente jours.
לְשִׂמְחַת מֵרֵיעוּת סְעוּדָה שֶׁעוֹשִׂין רֵיעִים וַאֲהוּבִים זֶה עִם זֶה וְלָא הָוֵי שִׂמְחָה כָּל כָּךְ אֲבָל סְעוּדָה דְּשִׂמְחָה כְּגוֹן דְּנִישּׂוּאִין לֹא:
Le repas que des compagnons et des amis font ensemble : la réjouissance n'y est pas si grande. Mais un repas de réjouissance, comme celui de noces, non.
💡 Explication

Rabba bar bar Hana restreint la permission des trente jours : elle vaut pour un repas partagé entre amis (simhat merioute), où la joie reste mesurée, et non pour une réjouissance de noces.

L'objection s'appuie sur une baraita qui énumère séparément « la réjouissance » et « le repas entre compagnons ». Puisque les deux termes y figurent côte à côte, le mot « réjouissance » de notre baraita vise autre chose que le repas entre compagnons, ce qui ruine la restriction. Le Talmud s'arrête sur un kacha.

9
אָמֵימָר מַתְנֵי הָכִי, אָמַר רַבָּה בַּר בַּר חָנָה: וּלְשִׂמְחַת מְרֵיעוּת מֻותָּר לִיכָּנֵס לְאַלְתַּר. וְהָא תַּנְיָא: לְשִׂמְחָה שְׁלֹשִׁים, וּלְמֵרֵיעוּת שְׁלֹשִׁים!

Amémar enseignait ainsi : Rabba bar bar Hana a dit : et pour la réjouissance d'un repas entre compagnons, il est permis d'entrer immédiatement. Mais n'a-t-on pas enseigné : pour la réjouissance, trente jours, et pour le repas entre compagnons, trente jours !

🗂️ Tossefot (1)
וּלְשִׂמְחַת מֵרֵיעוּת. פֵּירֵשׁ בַּקּוּנְטְרֵס סְעוּדוֹת שֶׁעוֹשִׂים רֵיעִים וַאֲהוּבִים זֶה לָזֶה וכ"נ דְּדַוְקָא לְשִׂמְחַת מֵרֵיעוּת מֻותָּר לְאַחַר ל' יוֹם אֲבָל שִׂמְחַת חָתָן אָסוּר אֲפִילּוּ לְאַחַר ל' יוֹם. וְהָא תַּנְיָא לְשִׂמְחָה ל' וּלְמֵרֵיעוּת ל' וה"נ פָּרִיךְ בְּרֵישׁ פ"ק דְּבָבָא מְצִיעָא (דַּף ב.) וְהָא זֶה וְזֶה קָתָנֵי וְכֵן בפ"ק דְּסַנְהֶדְרִין (דַּף ח.) גַּבֵּי זִימּוּן בַּג' וּבִרְכַּת הַמָּזוֹן בַּג' וְטוּבָא אִיכָּא וְיֵשׁ מְקוֹמוֹת שֶׁאֵינוֹ שׁוֹאֵל כְּגוֹן בפ"ק דִּנְדָרִים (דַּף ד:). גַּבֵּי אָסוּר אָסוּר וּבְפֶרֶק גִּיד הַנָּשֶׁה (חֻולִּין דַּף צח. וְשָׁם) גַּבֵּי אֲסוּרוֹת אֲסוּרוֹת וּבְפֶרֶק בֵּית כּוֹר (ב"ב דַּף קד.) גַּבֵּי בֵּית כּוֹר אֲנִי מוֹכֵר לָךְ כְּבֵית כֹּור וי"מ וּלְשִׂמְחַת מְרֵיעוּת מֻותָּר לִיכָּנֵס לְאַלְתַּר וַאֲנַן בִּסְעוּדַת חָתָן אַייְרִינַן הָא דְּאָמְרִינַן בִּירוּשַׁלְמִי וּבְמַסֶּכֶת שְׂמָחוֹת (פ"ט) אִם הָיָה סְעוּדָה שֶׁל מִצְוָה מֻותָּר לָא יָדַעְנָא מַהוּ קוֹרֵא סְעוּדַת מִצְוָה לְהַתִּיר בְּאָבֵל אִם דַּוְקָא סְעוּדַת קִידּוּשׁ ר"ח פֵּירֵשׁ הר"א בְּשֵׁם רַבֵּינוּ שִׁמְשׁוֹן דְּלִסְעוּדַת בְּרִית מִילָה מֻותָּר לִיכָּנֵס דְּלָא חֲשִׁיבָא שִׂמְחָה כִּדְאָמְרִינַן בפ"ק דִּכְתֻובּוֹת (דַּף ח.) דְּלָא מְבָרְכִינַן בָּהּ שֶׁהַשִּׂמְחָה בִּמְעוֹנוֹ מִשּׁוּם דִּטְרִידִי וְלֵיכָּא שִׂמְחָה ולהר"א לֹא הָיָה פָּשׁוּט דְּגָרַע מִשִּׂמְחַת מֵרֵיעוּת וְגַם פֵּירֵשׁ דְּאָסוּר לֶאֱכֹול אַפֵּי' עִם הַמְשַׁמְּשִׁין וְאֵין לְחַלֵּק בֵּין סְעוּדַת הַמְשַׁמְּשִׁין לַסְּעוּדָה עַצְמָהּ וּפָסַק דִּכְנִיסָה בְּלֹא אֲכִילָה שָׁרִי דְּאֵין שִׂמְחָה בְּלֹא אֲכִילָה וּשְׁתִיָּה וּבַתּוֹסָפוֹת הָרַב פּוֹסֵק כְּלִישָּׁנָא דְּאָמֵימָר דְּמֵיקֵל טְפֵי:
« Et la réjouissance d'un repas entre compagnons. » Rachi a expliqué : les repas que des compagnons et des amis se font les uns aux autres. Et il apparaît bien que c'est pour le seul repas entre compagnons qu'il est permis après trente jours, alors que la réjouissance d'un marié reste interdite même après trente jours. « Mais n'a-t-on pas enseigné : pour la réjouissance trente et pour le repas entre compagnons trente ! » — on objecte de même au début du premier chapitre de Baba Metsia (2a) : « mais n'a-t-on pas enseigné l'un et l'autre ! » ; de même au premier chapitre de Sanhédrin (8a), à propos du zimoun à trois et de la bénédiction après le repas à trois ; et il y en a beaucoup d'autres. Il y a pourtant des endroits où l'on ne pose pas cette question, comme au premier chapitre de Nedarim (4b) à propos de « interdit, interdit », au chapitre Guid ha-nache (Houlin 98a) à propos de « interdites, interdites », et au chapitre Beit Kor (Baba Batra 104a) à propos de « je te vends un beit kor » et « comme un beit kor ». Certains expliquent : « et pour le repas entre compagnons il est permis d'entrer immédiatement », et ce dont nous parlons dans la baraita est le repas de noces. Quant à ce que l'on dit dans le Yerouchalmi et dans le traité Semahot (chapitre 9), que s'il s'agissait d'un repas de mitsva c'est permis, je ne sais pas ce qu'il appelle repas de mitsva pour le permettre à un endeuillé, ni si c'est seulement le repas du kidouch de Roch Hodech. Le Ra a expliqué au nom de Rabbenou Chimchon qu'il est permis d'entrer au repas d'une brit mila, parce qu'il n'est pas tenu pour une réjouissance, comme on le dit au premier chapitre de Ketoubot (8a) : on n'y dit pas la bénédiction « che-ha-simha bi-meono », parce que l'on y est préoccupé et qu'il n'y a pas de réjouissance. Pour le Ra la chose n'était pas évidente, car il craignait que ce repas soit en deçà du repas entre compagnons. Il a aussi expliqué qu'il est interdit d'y manger même avec les servants, et qu'il n'y a pas lieu de distinguer entre le repas des servants et le repas lui-même ; et il a tranché que l'entrée sans manger est permise, car il n'y a pas de réjouissance sans manger et sans boire. Dans les Tossefot du Rav, on tranche comme la version d'Amémar, qui allège davantage.
💡 Explication

Amémar transmet la même déclaration avec une portée différente : Rabba bar bar Hana ne restreignait pas la permission des trente jours, il ajoutait une catégorie encore plus souple, le repas entre compagnons, où l'entrée est permise sans délai.

La baraita citée en objection impose pourtant trente jours à ce repas-là aussi. La réponse viendra au segment suivant.

10
לָא קַשְׁיָא: הָא בְּאָרִיסוּתָא, הָא בְּפֻורְעָנוּתָא.

Ce n'est pas difficile : ceci vise l'arissouta, cela vise la pouranouta.

📜 Rachi (1)
הָא בַּאֲרִיסוּתָא הָא בְּפֻורְעֲנוּתָא אֲרִיסָא הַייְנוּ שֶׁמַּתְחִיל אֶחָד מֵהֶן לַעֲשׂוֹת סְעוּדָה וּמַלְוֶה לְכֻולָּם כְּדֵי שֶׁיַּעֲשׂוּ גַּם הֵם נָמֵי כָּךְ לְאוֹתָהּ סְעוּדָה אֵינוֹ נִכְנָס עַד לְאַחַר שְׁלֹשִׁים יוֹם אֲבָל בְּפֻורְעָנוּתָא שֶׁמְּשַׁלֵּם לָהֶם סְעוּדוֹת שֶׁנַּעֲשׂוּ לוֹ יִכָּנֵס לְאַלְתַּר שֶׁאִי אֶפְשָׁר לוֹ שֶׁלֹּא לְשַׁלֵּם:
L'arissa, c'est lorsque l'un d'eux commence à faire un repas et fait ainsi crédit à tous, afin qu'ils en fassent autant pour lui : à ce repas-là il n'entre qu'après trente jours. Mais dans la pouranouta, où il rembourse les repas qu'on a faits pour lui, il entre immédiatement, car il lui est impossible de ne pas rembourser.
💡 Explication

La distinction porte sur la place du repas dans le tour que les compagnons se rendent. L'arissouta est le repas par lequel on ouvre le cycle : l'endeuillé avance la dépense et les autres la lui devront. Rien ne presse, et la baraita lui impose trente jours.

La pouranouta est le repas qui acquitte une dette déjà contractée, puisque les compagnons l'ont déjà reçu. Reporter équivaudrait à ne pas payer ce qu'il doit, et l'entrée lui est permise immédiatement.

🖼️ Schéma
Deux repas entre compagnons, deux règles : arissouta et pouranouta Arissouta : il ouvre le tour Pouranouta : il rend ce qu'il doit L'endeuillé est le premier à recevoir. Il avance le repas et fait ainsi crédit aux autres, qui lui devront le leur a leur tour. Ses compagnons l'ont déjà reçu. Le repas qu'il fait maintenant acquitte une dette : il ne peut pas se dispenser de la payer. Il attend trente jours rien ne l'oblige à commencer maintenant Il entre immédiatement le report équivaudrait à ne pas rembourser Ce que la distinction résout La baraita imposait trente jours au repas entre compagnons ; Rabba bar bar Hana, dans la version d'Amémar, y autorisait l'entrée immédiate. Les deux énoncés visent des situations distinctes : la baraita parle du tour que l'on ouvre, Rabba bar bar Hana du tour que l'on rend.
Le repas que l'endeuillé ouvre attend trente jours ; celui qu'il rend se fait sans délai.
11
עַל כָּל הַמֵּתִים כֻּולָּן קוֹרֵעַ טֶפַח, עַל אָבִיו וְעַל אִמּוֹ עַד שֶׁיְּגַלֶּה אֶת לִבּוֹ. אָמַר רַבִּי אָבָהוּ, מַאי קְרָא: ״וַיַּחֲזֵק דָּוִד בִּבְגָדָיו וַיִּקְרָעֵם״, וְאֵין אֲחִיזָה פָּחוֹת מִטֶּפַח.

Pour tous les autres morts, il déchire d'un tefah ; pour son père et pour sa mère — jusqu'à découvrir son cœur. Rabbi Abahou a dit : quel est le verset ?

« David saisit ses vêtements et les déchira » (II Chemouel 1:11) — or il n'y a pas de saisie à moins d'un tefah.

💡 Explication

Le tefah est la largeur d'une main, environ huit centimètres. La mesure minimale est déduite du verbe du verset : saisir un vêtement suppose une prise, et l'on ne peut pas prendre en main moins d'un tefah.

Pour un père et une mère, la mesure n'est plus fixe mais fonctionnelle : la déchirure descend jusqu'à découvrir le cœur.

12
עַל כָּל הַמֵּתִים כֻּולָּן אֲפִילּוּ לָבוּשׁ עֲשָׂרָה חֲלוּקִין — אֵינוֹ קוֹרֵעַ אֶלָּא עֶלְיוֹן, עַל אָבִיו וְעַל אִמּוֹ — קוֹרֵעַ אֶת כֻּולָּן. וְאַפִּיקָרְסוּתוֹ אֵינָהּ מְעַכֶּבֶת.

Pour tous les autres morts, même s'il porte dix tuniques, il ne déchire que celle du dessus ; pour son père et pour sa mère — il les déchire toutes. Et son apikarsout n'empêche pas.

📜 Rachi (1)
וְאַפִּיקָרְסוּתוֹ שֶׁעַל רֹאשׁוֹ אֵינָהּ מְעַכֶּבֶת כְּלוֹמַר אֵינוֹ צָרִיךְ לְקָורְעָהּ:
Ce qui est sur sa tête n'empêche pas, c'est-à-dire qu'il n'a pas besoin de le déchirer.
💡 Explication

Le contraste porte ici sur l'étendue du geste : une seule tunique pour les autres morts, toutes les tuniques pour un parent.

L'apikarsout est un vêtement que l'endeuillé n'a pas besoin de déchirer, même pour un père ou une mère. Rachi y voit ce qui se trouve sur la tête ; d'autres rishonim y voient le vêtement de corps porte à même la peau. La baraita précise seulement que l'omettre n'empêche pas l'accomplissement.

13
אֶחָד הָאִישׁ וְאֶחָד אִשָּׁה. רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן אֶלְעָזָר אוֹמֵר: הָאִשָּׁה קוֹרַעַת אֶת הַתַּחְתּוֹן וּמַחְזִירָתוֹ לַאֲחוֹרֶיהָ, וְחוֹזֶרֶת וְקוֹרַעַת אֶת הָעֶלְיוֹן.

Aussi bien l'homme que la femme. Rabbi Chimon ben Elazar dit : la femme déchire le vêtement de dessous, le retourne vers l'arrière, puis déchire celui de dessus.

📜 Rachi (4)
אֶחָד אִישׁ וְאֶחָד אִשָּׁה חַייָּבִין לִקְרֹועַ:
Ils sont tenus de déchirer.
הָאִשָּׁה שֶׁמֵּת אָבִיהָ אוֹ אִמָּהּ קוֹרַעַת חָלוּק הַתַּחְתּוֹן מִשּׁוּם צְנִיעוּת:
La femme dont le père ou la mère est mort déchire la tunique de dessous, par pudeur.
וּמַחֲזֶרֶת הַקֶּרַע לַאֲחוֹרֶיהָ:
Elle ramène la déchirure vers l'arrière.
וְחוֹזֶרֶת וְקוֹרַעַת הָעֶלְיוֹן וְהַתַּחְתּוֹן מְכַסֶּה לִבָּהּ:
Et celle du dessous couvre son cœur.
🗂️ Tossefot (1)
אֶחָד הָאִישׁ וְאֶחָד הָאִשָּׁה. וּבְתוֹס' הָרַב פּוֹסֵק כר"ש בֶּן אֶלְעָזָר דַּהֲלָכָה כְּדִבְרֵי הַמֵּיקֵל. וְלָא יָדַעְנָא מַאי קָאָמַר דִּלְקַמָּן (מוֹעֵד קָטָן דַּף כו:) אָמְרִינַן אֲבֵילוּת לְחוּד וּקְרִיעָה לְחוּד:
« Aussi bien l'homme que la femme. » Dans les Tossefot du Rav, on tranche comme Rabbi Chimon ben Elazar, au motif que la halakha suit l'avis de celui qui allège. Je ne sais pas ce qu'il veut dire, car plus loin (Moed Katan 26b) nous disons que le deuil est une chose et la déchirure une autre.
💡 Explication

L'obligation de déchirer pèse également sur l'homme et sur la femme. Rabbi Chimon ben Elazar y ajoute un ordre des gestes qui préserve la tseniout (la pudeur) : la femme fend d'abord la tunique de dessous, fait passer la déchirure dans son dos, puis fend celle de dessus. Le vêtement de dessous, désormais intact par-devant, continue de couvrir sa poitrine.

14
עַל כָּל הַמֵּתִים כֻּולָּן, רָצָה — מַבְדִּיל קַמֵּי שָׂפָה שֶׁלּוֹ, רָצָה — אֵינוֹ מַבְדִּיל. עַל אָבִיו וְעַל אִמּוֹ — מַבְדִּיל.

Pour tous les autres morts : s'il le veut, il sépare devant son ourlet ; s'il ne le veut pas, il ne sépare pas. Pour son père et pour sa mère — il sépare.

📜 Rachi (3)
רָצָה מַבְדִּיל קַמֵּי שָׂפָה שֶׁאֵינוֹ בְּשָׂפָה שֶׁלִּפְנֵי הַצַּוָּאר אֶלָּא קַמֵּי שָׂפָה שֶׁלִּפְנֵי הַשָּׂפָה שֶׁלִּפְנֵי הַצַּוָּאר שֶׁאֵינָהּ קְרוּעָה וְקוֹרֵעַ תַּחְתֶּיהָ כְּדֵי שֶׁיִּהְיֶה נִרְאֶה הַקֶּרַע:
Il ne déchire pas dans l'ourlet qui se trouve devant le col, mais en deçà de cet ourlet, la où l'étoffe n'est pas fendue, et il déchire au-dessous, afin que la déchirure se voie.
רָצָה אֵינוֹ מַבְדִּיל אֶלָּא קוֹרֵעַ שֶׁל בֵּית הַצַּוָּאר אע"ג דְּאֵינוֹ נִרְאֶה הַקֶּרַע דְּהַכֹּל בֵּית הַצַּוָּאר הוּא:
Il se contente de déchirer l'encolure, bien que la déchirure ne se voie pas, puisque tout cela n'est que l'encolure.
עַל אָבִיו וְעַל אִמּוֹ מַבְדִּיל קַמֵּי שָׂפָה כְּדֵי שֶׁיְּהֵא נִרְאֶה הַקֶּרַע:
Devant l'ourlet, afin que la déchirure se voie.
💡 Explication

Le vêtement antique s'ouvre au col par une fente bordée d'un ourlet, le beit ha-tsavar. Élargir cette fente laisse la déchirure indistincte, puisqu'elle se confond avec l'ouverture ordinaire du col.

Mavdil kmei safa veut dire couper au-delà de l'ourlet, dans l'étoffe pleine, de sorte que la déchirure se détache nettement du col. Facultatif pour les autres morts, ce geste devient obligatoire pour un père et une mère.

15
רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: כָּל קְרִיעָה שֶׁאֵינוֹ מַבְדִּיל קַמֵּי שָׂפָה שֶׁלּוֹ — אֵינוֹ אֶלָּא קֶרַע שֶׁל תִּיפְלוּת. אָמַר רַבִּי אָבָהוּ: מַאי טַעְמָא דְּרַבִּי יְהוּדָה, דִּכְתִיב: ״וַיַּחֲזֵק בִּבְגָדָיו וַיִּקְרָעֵם לִשְׁנַיִם קְרָעִים״, מִמַּשְׁמָע שֶׁנֶּאֱמַר ״וַיִּקְרָעֵם״ אֵינִי יוֹדֵעַ שֶׁהֵן לִשְׁנַיִם? אֶלָּא שֶׁנִּרְאִין קְרוּעִים כִּשְׁנַיִם.

Rabbi Yehouda dit : toute déchirure où l'on ne sépare pas devant son ourlet n'est qu'une déchirure sans valeur. Rabbi Abahou a dit : quelle est la raison de Rabbi Yehouda ?

Il est écrit : « il saisit ses vêtements et les déchira en deux morceaux » (II Melakhim 2:12). Du fait qu'il est dit « il les déchira », ne sais-je pas déjà qu'ils étaient en deux ?

Mais cela enseigne qu'ils doivent paraître déchirés en deux.

📜 Rachi (2)
קֶרַע שֶׁל תִּיפְלָה כְּלוֹמַר לֹא יָצָא יְדֵי קְרִיעָה לְפִי דְּנִרְאֶה דְּבֵית צַוָּאר הוּא הַכֹּל:
C'est-à-dire qu'il ne s'est pas acquitté de la déchirure, puisque l'on voit que tout cela n'est que l'encolure.
וַיִּקְרָעֵם לִשְׁנַיִם אֵין קוֹרְעִין אֶלָּא שֶׁנִּרְאֶה כִּשְׁנַיִם מַבְדִּיל קַמֵּי שָׂפָה וְנִרְאֶה בֵּית הַצַּוָּאר קֶרַע אַחֵר:
On ne déchire que de façon que cela paraisse en deux : il sépare devant l'ourlet, et l'encolure apparaît alors comme une autre déchirure.
💡 Explication

Rabbi Yehouda durcit la règle et fait de la séparation devant l'ourlet une condition de validité pour toute keria : sans elle, on obtient un kera chel tiflout, une déchirure sans valeur, puisque rien ne la distingue d'une encolure un peu large.

Rabbi Abahou tire la raison d'un surplus de mots. Déchirer un vêtement produit déjà deux pans, et « en deux morceaux » n'apprend rien de nouveau. Les mots enseignent donc une exigence d'apparence : le vêtement doit paraître fendu en deux.

🖼️ Schéma
Où passe la déchirure : l'encolure seule, ou au-delà de l'ourlet Il ne sépare pas : la fente reste dans l'encolure Il sépare devant l'ourlet (mavdil kmei safa) safa l'ourlet de l'encolure la fente se confond avec l'ouverture du col safa la déchirure descend dans l'étoffe pleine le vêtement paraît fendu en deux morceaux Rabbi Yehouda : kera chel tiflout une déchirure sans valeur, puisque l'on ne voit la qu'une encolure un peu large Le verset de Rabbi Abahou II Melakhim 2:12 : li-chenayim keraim. Le surplus de mots enseigne que la déchirure doit se voir.
Une fente logée dans l'encolure ne se distingue pas du col ; la coupe qui franchit l'ourlet rend la déchirure visible.
16
עַל כָּל הַמֵּתִים כֻּולָּן שׁוֹלֵל לְאַחַר שִׁבְעָה, וּמְאַחֶה לְאַחַר שְׁלֹשִׁים. עַל אָבִיו וְעַל אִמּוֹ — שׁוֹלֵל לְאַחַר שְׁלֹשִׁים וְאֵינוֹ מְאַחֶה לְעוֹלָם. וְהָאִשָּׁה שׁוֹלַלְתּוֹ לְאַלְתַּר מִפְּנֵי כְּבוֹדָהּ.

Pour tous les autres morts, il faufile après sept jours et recoud après trente jours. Pour son père et pour sa mère — il faufile après trente jours et ne recoud jamais.

Et la femme le faufile immédiatement, par égard pour sa dignité.

📜 Rachi (2)
שׁוֹלֵל באשטיר"י:
Bastir, en langue vulgaire : faufiler.
מְאַחֶה קנט"ר תּוֹפֵר כְּדַרְכּוֹ:
Kanter, en langue vulgaire : il coud à la manière ordinaire.
💡 Explication

Deux opérations distinctes de couture. Le chelila est un faufilage grossier qui rapproche les bords sans effacer la déchirure. L'ihouï est une couture régulière qui rend le vêtement comme neuf.

Pour un père et une mère, la déchirure ne se referme jamais complètement : le vêtement garde la trace du deuil. La femme fait exception pour le faufilage, qu'elle peut faire sans délai, un vêtement ouvert portant atteinte à sa dignité.

17
כִּי אֲתָא רָבִין אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: עַל כָּל הַמֵּתִים, רָצָה — קוֹרֵעַ בַּיָּד, רָצָה — קוֹרֵעַ בִּכְלִי. עַל אָבִיו וְעַל אִמּוֹ — בַּיָּד.

Quand Ravin arriva, il dit au nom de Rabbi Yo'hanan : pour tous les morts, s'il le veut il déchire à la main, s'il le veut il déchire avec un instrument ; pour son père et pour sa mère — à la main.

📜 Rachi (1)
קוֹרֵעַ בִּכְלִי סַכִּין כְּדֵי שֶׁלֹּא יַפְסִיד הַבֶּגֶד:
Avec un couteau, afin de ne pas abîmer le vêtement.
💡 Explication

Une coupe faite au couteau reste nette et laisse le vêtement réparable ; une déchirure faite à la main abîme l'étoffe. Pour un père et une mère, la perte doit être réelle, et la main est donc imposée.

18
וְאָמַר רַבִּי חִייָּא בַּר אַבָּא אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: עַל כָּל הַמֵּתִים כֻּולָּן — מִבִּפְנִים, עַל אָבִיו וְעַל אִמּוֹ — קוֹרֵעַ מִבַּחוּץ. אָמַר רַב חִסְדָּא: וְכֵן לַנָּשִׂיא.

Et Rabbi Hiya bar Aba a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : pour tous les autres morts — au-dedans ; pour son père et pour sa mère — il déchire au-dehors. Rav Hisda a dit : et de même pour le nassi.

📜 Rachi (2)
קוֹרֵעַ מִבִּפְנִים תַּחַת הַמִּקְטֹורֶן שֶׁלּוֹ שֶׁאֵינוֹ קוֹרֵעַ מִחוּץ לְעֵינֵי הַכֹּל:
Sous son manteau, de sorte qu'il ne déchire pas au-dehors, aux yeux de tous.
וְכֵן לַנָּשִׂיא קוֹרֵעַ מִבַּחוּץ:
Il déchire au-dehors.
💡 Explication

Dernier poste de la comparaison, celui de la visibilité. Pour les autres morts, la déchirure se fait sous le manteau, où elle échappe aux regards. Pour un parent, elle se fait sur le vêtement de dessus, exposée à tous.

Rav Hisda étend cette dernière règle au nassi, dont la mort frappe la collectivité entière. Cette extension va être mise à l'épreuve par la baraita du segment suivant.

19
מֵיתִיבִי: לֹא הֻושְׁווּ לְאָבִיו וּלְאִמּוֹ אֶלָּא לְאִיחוּי בִּלְבַד.

On objecte : ils n'ont été assimilés au père et à la mère que pour la couture, seulement.

📜 Rachi (2)
לֹא הֻושְׁווּ רַבּוֹ וְאַב ב"ד וְנָשִׂיא וְכָל הָנָךְ דְּתָנֵי בְּמַתְנִיתָא לְאָבִיו וּלְאִמּוֹ:
Son maître, le av beit din, le nassi et tous ceux qui sont enseignés dans la baraita, au père et à la mère.
אֶלָּא לְאִיחוּי שֶׁאֵין מִתְאַחִים לְעוֹלָם אֲבָל לֹא הֻושְׁווּ לְאָבִיו וּלְאִמּוֹ לִקְרֹועַ מִבַּחוּץ לְהַאי לֹא הֻושְׁווּ דְּעַל אָבִיו קוֹרֵעַ מִבַּחוּץ וְעַל כֻּולָּן אֵינוֹ קוֹרֵעַ מִבַּחוּץ:
Sinon pour la couture : ces déchirures ne se recousent jamais. Mais ils n'ont pas été assimilés au père et à la mère quant à déchirer au-dehors ; sur ce point ils ne leur ont pas été assimilés, car pour son père il déchire au-dehors, tandis que pour tous les autres il ne déchire pas au-dehors.
💡 Explication

La baraita traite du maître, du av beit din, du nassi et des autres personnes pour lesquelles on déchire. Elle limite expressément leur assimilation au deuil d'un parent : elle vaut pour l'ihouï, c'est-à-dire pour l'interdiction de recoudre proprement, et elle s'arrête là.

Cette limitation contredit Rav Hisda, qui étendait au nassi la déchirure au-dehors.

20
מַאי לַָאו, אֲפִילּוּ לְנָשִׂיא? לָא, לְבַר מִנָּשִׂיא.

Cela ne vaut-il pas même pour le nassi ? Non : à l'exception du nassi.

💡 Explication

La baraita est lue de façon restrictive : la limitation vise les autres dignitaires, et le nassi en est excepté. Pour lui, l'assimilation au deuil d'un père est complète, déchirure au-dehors comprise, et Rav Hisda tient.

21
נְשִׂיאָה שְׁכִיב, אֲמַר לֵיהּ רַב חִסְדָּא לְרַב חָנָן בַּר רָבָא: כְּפִי אֲסִיתָא וְקוּם עֲלַהּ, וְאַחְוִי קְרִיעָה לְעָלְמָא.

Le nassi mourut. Rav Hisda dit à Rav Hanan bar Rava : retourne le mortier, monte dessus, et montre la déchirure à tout le monde.

📜 Rachi (1)
כְּפִי אֲסִיתָּא הֲפֹוךְ הַמַּכְתֶּשֶׁת וְעַמּוּד עָלֶיהָ וְקָרַע כְּדֵי שֶׁיִּרְאוּךָ כָּל הָעָם כְּשֶׁתִּקְרַע:
Retourne le mortier, monte dessus et déchire, afin que tout le peuple te voie au moment où tu déchires.
💡 Explication

La scène met en pratique la règle précédente. Puisque tout le monde doit déchirer son vêtement pour le nassi, il faut que le geste soit vu. Rav Hisda fait monter Rav Hanan bar Rava sur un mortier retourné, en guise d'estrade, pour que l'assemblée le voie déchirer et l'imite.

22
עַל חָכָם חוֹלֵץ מִיָּמִין, עַל אָב בֵּית דִּין מִשְּׂמֹאל, עַל נָשִׂיא מִכָּאן וּמִכָּאן.

Pour un 'hakham, il découvre l'épaule droite ; pour un av beit din, la gauche ; pour un nassi, de part et d'autre.

📜 Rachi (2)
חָכָם מְמֻונֶּה עַל הָעִיר שֶׁמְּבַקְּשִׁים מִמֶּנּוּ הוֹרָאָה:
Celui qui est préposé sur la ville et à qui l'on demande la décision.
חוֹלֵץ כָּתֵף מִיָּמִין:
Il découvre l'épaule du côté droit.
💡 Explication

La baraita gradue le deuil public par le nombre d'épaules découvertes : une seule pour un 'hakham ou un av beit din, les deux pour un nassi.

Le 'hakham désigne ici le maître attitré de la ville, celui à qui l'on demande la décision halakhique ; le av beit din préside le tribunal ; le nassi se tient au sommet de l'institution.

23
תָּנוּ רַבָּנַן: חָכָם שֶׁמֵּת — בֵּית מִדְרָשׁוֹ בָּטֵל, אַב בֵּית דִּין שֶׁמֵּת — כָּל בָּתֵּי מִדְרָשׁוֹת שֶׁבְּעִירוֹ בְּטֵילִין. וְנִכְנָסִין לְבֵית הַכְּנֶסֶת וּמְשַׁנִּין אֶת מְקוֹמָן: הַיּוֹשְׁבִין בַּצָּפוֹן — יוֹשְׁבִין בַּדָּרוֹם, הַיּוֹשְׁבִין בַּדָּרוֹם — יוֹשְׁבִין בַּצָּפוֹן. נָשִׂיא שֶׁמֵּת — בָּתֵּי מִדְרָשׁוֹת כֻּולָּן בְּטֵילִין, וּבְנֵי הַכְּנֶסֶת נִכְנָסִין לְבֵית הַכְּנֶסֶת

Nos maîtres ont enseigné : lorsqu'un 'hakham meurt, sa maison d'étude chôme ; lorsqu'un av beit din meurt, toutes les maisons d'étude de sa ville chomen, et l'on entre à la synagogue en changeant de place : ceux qui siègent au nord siègent au sud, ceux qui siègent au sud siègent au nord. Lorsqu'un nassi meurt, toutes les maisons d'étude chomen, et les gens de la synagogue entrent à la synagogue…

📜 Rachi (1)
בֵּית מִדְרָשׁוֹ בְּטֵלִין אוֹתָן שֶׁרְגִילִין לִלְמֹוד תּוֹרָה מִפִּיו:
Ceux qui ont coutume d'étudier la Torah de sa bouche.
💡 Explication

Le deuil s'élargit par cercles. La mort d'un 'hakham arrête l'étude de ses seuls élèves ; celle d'un av beit din arrête toutes les maisons d'étude de sa ville et impose à la synagogue un désordre voulu, chacun quittant sa place habituelle ; celle d'un nassi arrête l'étude partout.

Le changement de place est un signe de deuil déjà connu : l'endeuillé ne s'assied pas où il a coutume de s'asseoir. La baraita s'interrompt ici, et sa suite ouvrira le folio 23a.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).