Sougya : Le daf s'ouvre sur la fin de la baraita du décès d'un nassi : on lit sept montées à la synagogue puis on se disperse, et Rabbi Yehochoua ben Korha précise que sortir ne veut pas dire flâner au marché ; on ne dit pas non plus chemoua ni aggada dans la maison de l'endeuillé, sauf la pratique rapportée de Rabbi Hanania ben Gamliel. Vient ensuite la baraita du retour progressif à la vie publique, échelonné sur quatre semaines chez les Rabbanan et sur cinq chez Rabbi Yehouda, qui juge inutile d'énoncer la réclusion de la première semaine.
Le daf applique alors les trente jours du deuil à deux domaines : le mariage, avec le délai propre au veuf de trois reguelim (Rabbi Yehouda : deux suffisent) et les deux exceptions qui le lèvent, l'absence d'enfants et l'entretien de jeunes enfants, illustrées par l'affaire de Yossef le Cohen dont Rav Papa fixe le long temps à trente jours ; puis le guihoutz, le glaçage du linge, avec une mahloket à trois positions dont la pratique même d'Abaye et de Rava porte la trace, et que Tossefot tranche en faveur de Rava. Le daf se clôt sur le retour à la michna, le Chabbat qui compte dans les sept jours sans les interrompre, et sur l'ouverture de la divergence entre les gens de Judée et les gens de Galilée, poursuivie en 23b.
et l'on lit sept [montées dans le Sefer Torah], puis ils sortent. Rabbi Yehochoua ben Korha dit : il ne s'agit pas qu'ils s'en aillent se promener au marché, mais ils demeurent assis et accablés.
Le daf ouvre sur la fin de la baraita commencée en 22b : au décès d'un nassi, toutes les maisons d'étude cessent leur étude et les membres de la synagogue s'y rassemblent. Rachi précise que la lecture à sept lecteurs se fait dans le Sefer Torah, et que ce rassemblement ne sert pas à la prière commune : chacun prie chez lui.
Rabbi Yehochoua ben Korha intervient sur le mot ve-yotsin (et ils sortent) : sortir ne veut pas dire se disperser librement. L'endeuillé public reste dans l'état de davouy (accablé, prostré) : on s'assoit, on ne flâne pas au marché.
Et l'on ne dit pas de chemoua ni d'aggada dans la maison de l'endeuillé. On a rapporté au sujet de Rabbi Hanania ben Gamliel qu'il disait de la chemoua et de l'aggada dans la maison de l'endeuillé.
Chemoua désigne un enseignement halakhique reçu par transmission, et aggada l'enseignement narratif et homilétique. L'étude procure de la joie, ce qui explique l'interdiction dans la maison de l'endeuillé.
La baraita rapporte aussitôt une pratique contraire : Rabbi Hanania ben Gamliel enseignait malgré tout chemoua et aggada dans la maison de l'endeuillé. Le texte se contente de la rapporter sans trancher.
Nos maîtres ont enseigné : l'endeuillé, la première semaine, ne sort pas de la porte de sa maison ; la deuxième, il sort mais ne s'assoit pas à sa place ; la troisième, il s'assoit à sa place mais ne parle pas ; la quatrième, il est comme tout homme.
Nouvelle baraita, qui échelonne le retour de l'endeuillé à la vie publique sur quatre semaines. Chaque palier lève une restriction et en laisse une : d'abord la réclusion, puis la place habituelle à la synagogue, puis la parole.
"Sa place" (mekomo) désigne le siège qu'il occupe d'ordinaire à la synagogue : le reprendre est un signe visible de retour à la normale, d'où le report à la troisième semaine.
Rabbi Yehouda dit : il n'était pas nécessaire de dire que la première semaine il ne sort pas de la porte de sa maison, puisque tout le monde entre chez lui pour le consoler. Plutôt : la deuxième, il ne sort pas de la porte de sa maison ; la troisième, il sort mais ne s'assoit pas à sa place ; la quatrième, il s'assoit à sa place mais ne parle pas ; la cinquième, il est comme tout homme.
Rabbi Yehouda ne conteste pas la progression, il conteste l'utilité du premier palier : durant la première semaine, les consolateurs affluent chez l'endeuillé, de sorte que le fait qu'il ne sorte pas va de soi et n'a pas à être énoncé. Il décale donc toute la série d'une semaine, et le retour complet se fait la cinquième semaine.
La nafka mina (conséquence pratique) est directe : quatre semaines pour les Rabbanan, cinq pour Rabbi Yehouda. Tossefot rapporte que le Yerouchalmi suit le principe halakha ke-divrei ha-mossif (on tranche selon celui qui ajoute), et discute la pratique de son grand-père Rabbenou Yits'hak l'Ancien, qui semblait combiner les deux avis.
Nos maîtres ont enseigné : tous les trente jours [valent] pour le mariage. Si son épouse est morte, il lui est interdit d'épouser une autre femme avant que trois reguelim ne soient passés sur lui.
Rabbi Yehouda dit : le premier et le deuxième reguel, c'est interdit ; le troisième, c'est permis.
Deux mesures distinctes se superposent. La première est générale : les trente jours du deuil interdisent tout mariage, quel que soit le défunt. La seconde est propre au veuf : après le décès de son épouse, il attend le passage de trois reguelim (les trois fêtes de pèlerinage), délai bien plus long que trente jours.
Rabbi Yehouda allège : les deux premiers reguelim sont interdits, et dès le troisième c'est permis, sans attendre qu'il soit passé. Tossefot donne deux raisons au délai des trois reguelim : traverser trois fêtes sans réjouissance, et ne pas amener dans le nouveau mariage le souvenir de la première épouse.
Et s'il n'a pas d'enfants, il lui est permis d'épouser immédiatement, à cause de l'annulation de pirya ve-rivya. Si elle lui a laissé de jeunes enfants, il lui est permis d'épouser immédiatement en raison de leur entretien.
Deux exceptions lèvent le délai, l'une et l'autre fondées sur un besoin qui ne peut attendre. La première est l'annulation de pirya ve-rivya (le devoir de procréation) : celui qui ne l'a pas encore accompli ne doit pas laisser passer l'occasion. La seconde est l'entretien des jeunes enfants laissés par la défunte.
Dans les deux cas le mariage est permis le-alter (immédiatement), sans les trente jours ni les trois reguelim.
Il arriva que l'épouse de Yossef le Cohen mourut, et il dit à la sœur de celle-ci au cimetière : va et entretiens les enfants de ta sœur. Et malgré cela, il ne s'unit à elle qu'après un long temps.
Qu'est-ce que ce long temps ? Rav Papa a dit : après trente jours.
L'affaire illustre la seconde exception : Yossef le Cohen, dès le cimetière, charge la sœur de la défunte d'entretenir ses enfants, allusion transparente à un mariage immédiat. Les jeunes enfants le lui permettent.
La guemara relève pourtant que l'union elle-même a été différée, et Rav Papa fixe ce zman merouba (long temps) à trente jours. Le besoin des enfants lève le délai du mariage sans lever la retenue des trente jours quant à l'union. Tossefot soulève la difficulté de la scène : parler mariage au cimetière, pendant les sept jours, et répond par le Riva que l'affaire se situait la veille de Pessa'h, la fête ayant annulé le décret des sept jours.
Nos maîtres ont enseigné : tous les trente jours [valent] pour le guihoutz, aussi bien les vêtements neufs que les vêtements anciens sortant du pressoir. Rabbi dit : ils n'ont interdit que les vêtements neufs seulement.
Rabbi Elazar fils de Rabbi Chimon dit : ils n'ont interdit que les vêtements neufs blancs seulement.
Troisième application des trente jours : le guihoutz, lissage ou glaçage du linge qui redonne au vêtement l'aspect du neuf. La baraita interdit large : les vêtements neufs, et aussi les vêtements anciens qui sortent du makhbech (pressoir), parce que, dit Rachi, ils sont alors comme neufs.
Deux Tannaïm restreignent. Rabbi retient le critère de l'âge : seuls les vêtements neufs sont interdits. Rabbi Elazar fils de Rabbi Chimon ajoute la couleur : seuls les vêtements à la fois neufs et blancs. Le blanc glacé est ce qui signale le plus la réjouissance.
Tossefot ouvre ici une longue discussion sur une question voisine : au-delà du guihoutz, le simple kibbous (lavage) est-il interdit dans les trente jours ? La difficulté vient de ce que notre lavage diffère du leur, et que notre guihoutz équivaut à leur lavage (Ketoubot 10b). Le Riva interdisait de laver ; l'usage s'est montré rigoureux.
Abaye sortait vêtu d'un garda de-sarbela, conformément à Rabbi. Rava sortait vêtu d'une himoutseta romaine rouge et neuve, conformément à Rabbi Elazar fils de Rabbi Chimon.
La guemara passe de la théorie à la pratique de deux Amoraim en deuil. Abaye sortait en garda de-sarbela, que Rachi décrit comme un vêtement blanc, glacé, mais ancien : il tient donc comme Rabbi, pour qui seul le neuf est interdit. Rava sortait en himoutseta (une tunique) romaine, rouge et neuve : il tient comme Rabbi Elazar fils de Rabbi Chimon, qui n'interdit que le neuf blanc.
Tossefot en tire la halakha : entre Abaye et Rava, on suit Rava. Sont donc permis les vêtements glacés teints, même neufs, et les vêtements anciens, même blancs ; ainsi a tranché Rabbenou Hananel.
[La michna a enseigné :] parce qu'ils ont dit : le Chabbat compte [dans les jours de deuil] et ne l'interrompt pas. Les gens de Judée et les gens de Galilée : ceux-ci disent...
La guemara revient à une phrase de la michna : le Chabbat ola (monte, compte) parmi les sept jours de deuil, et il ne les mafseket pas (ne les interrompt pas). Le deuil ne recommence donc pas après le Chabbat, il se poursuit.
Cela pose aussitôt la question de ce qui reste du deuil pendant le Chabbat lui-même. La guemara ouvre ici une divergence d'usage entre les gens de Judée et les gens de Galilée, dont les positions sont énoncées en 23b.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).