Moed Katan 24b — L'enfant mort selon son âge : convoi, rang de consolation et oraison ; puis les fêtes d'un seul jour comptées comme sept dans les trente jours de deuil

Moed_Katan 24b

Sougya : Le folio achève la michna consacrée à l'enfant mort avant l'âge adulte : selon son âge, le corps est porte dans les bras, dans un petit cercueil (deloskema) ou sur la civière, et les honneurs de deuil suivent la même progression — le rang de consolation, la bénédiction des endeuillés et les visites de consolation ne commencent qu'à trente jours. Rabbi Akiva, Rabbi Chimon ben Elazar et Rabbi Elazar ben Azaria proposent des critères autres que l'âge seul : le développement du corps, le fait que le public soit atteint, la notoriété de l'enfant.

La michna passe ensuite à l'oraison funèbre (hesped), où Rabbi Meir et Rabbi Yehouda rapportent deux barèmes différents au nom de Rabbi Yichmael, et Rav tranche comme Rabbi Yehouda. La suite du folio quitte l'enfant pour le calcul des trente jours de deuil : deux maîtres enseignent en public, sans en nommer l'auteur, qu'un jour de deuil avant Chavouot suivi de Chavouot vaut quatorze jours, ce qui leur vaut la colère de Rabbi Ami puis de Rav Chechet.

Rav Avya l'Ancien étend le calcul à Roch Hachana, Ravina à Souccot et Chemini Atseret, pour vingt et un jours. Une nouvelle michna ouvre enfin le régime du deuil pendant les jours intermédiaires de la fête.

Le plan du folio : quatre mouvements 1. Fin de la michna : l'enfant mort, ses obsèques selon son âge Le mode de transport monte avec l'âge : dans les bras, puis dans un petit cercueil, puis sur la civière. Les honneurs de deuil suivent le même escalier : rang de consolation, bénédiction, visites. 2. À partir de quel âge fait-on l'oraison funèbre Deux barèmes rapportés au nom de Rabbi Yichmael, avec un écart constant entre pauvres et riches. Rav tranche comme le barème de Rabbi Yehouda : cinq ans et six ans. 3. Les fêtes d'un seul jour comptées comme sept dans les trente jours Un enseignement public répété deux fois sans son auteur, et deux maîtres qui s'en irritent. Sa source : Chavouot à des jours de rattrapage pendant sept jours, donc elle vaut une fête de sept jours. Extension à Roch Hachana, puis à Souccot avec son huitième jour : vingt et un jours d'un coup. 4. Nouvelle michna : ce que le deuil garde et ce qu'il perd pendant le moed Pas de déchirure ni d'épaule découverte, repas de deuil réservé aux proches, sur un lit dressé
Le plan du folio : la fin de la michna sur l'enfant, le barème de l'oraison funèbre, le calcul des trente jours autour des fêtes, puis l'ouverture d'une michna nouvelle.
L'escalier des âges : ce que reçoit l'enfant mort, selon qu'il a moins de 30 jours, 30 jours ou 12 mois Moins de 30 jours on ne tient pas encore pour acquis qu'il ait vécu Sortie : porte dans les bras Convoi : une femme et deux hommes Abba Chaoul : un homme, deux femmes Rang de consolation : non Bénédiction des endeuillés : non Visites de consolation : non 30 jours il n'est plus un nefel : la vie est établie Sortie : dans un deloskema (cercueil de petite taille) R. Yehouda : porte à deux bras, et non sur l'épaule d'un seul Rang, bénédiction, visites : oui le deuil public commence ici 12 mois il est traité comme un adulte Sortie : sur la civière (mita) comme tout défunt adulte Convoi public à part entière Rang, bénédiction, visites : oui l'oraison funèbre, elle, dépend d'un autre barème, plus tardif Rabbi Akiva corrige le critère : l'âge seul ne suffit pas Un an avec des membres de deux ans, ou deux ans avec des membres d'un an : il sort sur la civière. R. Chimon ben Elazar le public s'afflige pour celui qui sort sur la civière R. Elazar ben Azaria le public s'occupe de celui qu'il connaissait déjà
L'escalier des âges dans la michna : à chaque seuil correspond un mode de convoi et un degré d'honneurs de deuil, que trois tanaim proposent de corriger par d'autres critères.
Le compte des trente jours : ce qu'une fête d'un seul jour efface Chavouot R. Anani, R. Yits'hak 1 jour avant vaut 7 Atséret vaut 7 = 14 reste 16 jours Roch Hachana Rav Avya l'Ancien 1 jour avant vaut 7 Roch Hachana vaut 7 = 14 reste 16 jours Souccot Ravina 1 jour avant vaut 7 la fête vaut 7 Chemini Atseret vaut 7 = 21 reste 9 Deux règles se combinent : un seul jour de deuil avant la fête vaut les sept jours, et la fête elle-même vaut sept jours. Ravina précise plus loin qu'en comptant Roch Hachana ainsi il suivait l'avis de Rabban Gamliel, sans trancher.
Le calcul des trente jours : une fête d'un seul jour compte pour sept, et le jour de deuil qui la précède vaut lui aussi les sept jours.
1
אַבָּא שָׁאוּל אוֹמֵר: אַף בְּאִישׁ אֶחָד וּשְׁתֵּי נָשִׁים. וְאֵין עוֹמְדִין עָלָיו בְּשׁוּרָה. וְאֵין אוֹמְרִים עָלָיו בִּרְכַּת אֲבֵלִים וְתַנְחוּמֵי אֲבֵלִים.

Abba Chaoul dit : même avec un homme et deux femmes. Et l'on ne se tient pas en rang pour lui, et l'on ne récite pas sur lui la bénédiction des endeuillés ni les consolations des endeuillés.

📜 Rachi (3)
וְאֵין עוֹמְדִין עָלָיו בְּשׁוּרָה אֵין צָרִיךְ לַעֲמֹוד עָלָיו בְּשׁוּרָה כְּשֶׁחוֹזְרִין מִבֵּית הַקְּבָרוֹת עוֹבְרִין לִפְנֵי הָאָבֵל בְּשׁוּרָה וְכָל אֶחָד אוֹמֵר לוֹ תִּתְנַחֵם:
point n'est besoin de se tenir en rang pour lui : quand on revient du cimetière, on passe devant l'endeuillé en formant un rang, et chacun lui dit : sois consolé.
בִּרְכַּת אֲבֵלִים בְּרָכָה שֶׁאוֹמֵר בְּרָחְבָּהּ כִּדְאָמַר בִּכְתֻובּוֹת (ד' ח:):
la bénédiction que l'on récite sur la place, comme il est dit dans Ketoubot (8b).
תַּנְחוּמֵי אֲבֵלִים כָּל שִׁבְעָה הוֹלְכִין לְנַחֲמוֹ בְּבֵיתוֹ:
durant les sept jours, on va le consoler chez lui.
🗂️ Tossefot (3)
אַבָּא שָׁאוּל אוֹמֵר אַף בְּאִישׁ אֶחָד וּשְׁתֵּי נָשִׁים. מְפֹורָשׁ בְּמַסֶּכֶת קִדּוּשִׁין (דַּף פ: וְשָׁם) אע"ג דְּאֵין אִישׁ אֶחָד מִתְיַיחֵד עִם שְׁתֵּי נָשִׁים בִּשְׁעַת אֲבֵילוּת דִּטְרִידָא שָׁרִי:
Cela est expliqué dans le traité Kidouchin (80b) : bien qu'un homme seul ne demeure pas en tête-à-tête avec deux femmes, au temps du deuil, parce qu'il est accaparé (tarid), c'est permis.
וְאֵין אוֹמְרִים עָלָיו בִּרְכַּת אֲבֵלִים. פֵּירֵשׁ בַּקּוּנְטְרֵס דְּמַיְירֵי בְּלֹא כָּלוּ לוֹ חֳדָשָׁיו וּמִיהוּ אַפֵּי' מַייְרֵי בְּכֻלּוֹ לוֹ חֳדָשָׁיו נְהִי דְּמִתְאַבְּלִים עָלָיו כִּדְאִיתָא בְּפֶרֶק ר"א (שַׁבָּת ד' קלו. וְשָׁם) וּבְפֶרֶק יֵשׁ בְּכוֹר לְנַחֲלָה (בְּכוֹרוֹת דַּף מט.) מ"מ אֵין מַחְמִירִין עָלָיו כָּל כָּךְ לְצַעֲרוֹ כִּדְאַשְׁכְּחַן בְּהָנֵי דְּסָמוּךְ דִּלְפִי מַה שֶׁהוּא גָּדוֹל מַחְמִירִין לִכְבוֹדוֹ:
Le Contres (Rachi) a expliqué qu'il s'agit d'un enfant dont les mois ne se sont pas accomplis. Toutefois, même s'il s'agissait d'un enfant né à terme — certes on porte son deuil, comme il ressort du chapitre Rabbi Eliezer (Chabbat 136a) et du chapitre Yech bekhor là-nahala (Bekhorot 49a) — on ne va pas pour autant jusqu'à des rigueurs qui l'affligeraient, comme on le voit dans les cas qui suivent, où l'on est d'autant plus rigoureux, en son honneur, que l'enfant était grand.
בִּרְכַּת אֲבֵלִים וְתַנְחוּמֵי אֲבֵלִים. שֶׁמְּנַחֲמִים אוֹתוֹ בִּדְבָרִים: לְעֵיל (ע"א) פֵּירֵשׁ בַּקּוּנְטְרֵס דְּאִם בָּא לְהַחֲלִיף בְּגָדִים שֶׁכִּבְּסוּ קֹודֶם הָרֶגֶל לִלְבֹּושׁ בְּגָדִים שֶׁהֵן מְכֻובָּסִין כִּי חָלוּק הוּא מַלְבּוּשׁ וּמִכָּאן. מַשְׁמַע שַׂר' שִׁמְעוֹן הָיָה מַתִּיר בְּגָדִים שֶׁכִּבְּסוּ קֹודֶם הָרֶגֶל וּבְתוֹס' פִּי' אִם בָּא לְהַחֲלִיף לִלְבֹּושׁ בְּגָדִים שֶׁאֵינָם מְכֻובָּסִים כִּי חָלוּק הוּא מַלְבּוּשׁ וּרְגִילִים לְלָובְשׁוֹ וּלְהַחֲלִיף בְּלֹא כִּיבּוּס וְר' יִצְחָק זְקֵינִי סוֹבֵר כָּךְ וְעַל פירש"י הִקְשָׁה דְּאִי שָׁרֵי בְּגָדִים שֶׁכִּבְּסוּ קֹודֶם אֶבְלוֹ וּמִסְּתָמָא הָכִי נָמֵי שָׁרֵי בְּגָדִים הַמְגֹוהָצִים קֹודֶם אֲבֵילוּת וא"כ מִנַּיִן לוֹ לְמַעְלָה דְּאַבַּיֵּי כְּרַבִּי מָנָא ב"ר אֶלְעָזָר בֶּן שִׁמְעוֹן שֶׁמָּא מִקֹּודֶם אֶבְלוֹ הָיוּ מְגֹוהָצִין וי"ל דְּמִדְּשָׁרוּ הָנֵי דַּוְקָא וְלֹא חֲדָשִׁים לְבָנִים ש"מ דִּסְבִירָא לְהוּ הָכִי וּמִיהוּ זֶהוּ הַמִּנְהָג עַתָּה שֶׁמַּלְבִּישִׁין אוֹתוֹ לְאָדָם אַחֵר יוֹם אוֹ חֲצִי יוֹם וְאֵין זֶה קָרוּי בֶּגֶד מְכֻובָּס לְדִידֵיהּ:
Que l'on console par des paroles. Plus haut (24a), le Contres a expliqué que, s'il vient à changer de vêtements, il s'agit de vêtements lavés avant la fête, qu'il revêt propres, car la chemise est un vêtement de dessous ; il en ressort que Rabbi Chimon permettait les vêtements lavés avant la fête. Dans les Tossefot on a expliqué : s'il vient à changer pour revêtir des vêtements qui ne sont pas lavés, car la chemise est un vêtement que l'on a coutume de porter et de changer sans lavage ; tel est l'avis de Rabbi Yits'hak, mon grand-père. Il a objecté contre l'explication de Rachi : si l'on permet les vêtements lavés avant son deuil, on permettrait vraisemblablement aussi les vêtements repassés avant le deuil ; d'où tenait-on alors, plus haut, qu'Abaye suit Rabbi Mana fils de Rabbi Elazar ben Chimon — peut-être étaient-ils repassés avant son deuil ? On peut répondre : du fait que l'on permet précisément ceux-là et non des vêtements neufs et blancs, on apprend qu'ils tiennent ainsi. Toutefois, l'usage aujourd'hui est de les faire porter à un autre pendant un jour ou une demi-journée, et alors le vêtement n'est plus appelé, pour lui, un vêtement lavé.
💡 Explication

La michna, commencée à la page précédente, règle les obsèques d'un enfant mort avant trente jours : il est porte dans les bras, et son convoi peut se réduire à trois personnes. Le premier tana exige une femme et deux hommes, pour écarter le yihoud (l'isolement interdit d'un homme avec deux femmes) ; Abba Chaoul admet un homme et deux femmes, car l'homme est alors accaparé par son deuil.

La michna énumère ensuite trois honneurs que cet enfant ne reçoit pas : le chourah, le rang que forme l'assistance au retour du cimetière pour consoler l'endeuillé ; la birkat avelim, bénédiction récitée sur la place ; et les tanhoumei avelim, les visites de consolation durant les sept jours.

2
בֶּן שְׁלֹשִׁים יוֹצֵא בִּדְלוֹסְקָמָא. רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: לֹא דְּלוֹסְקָמָא הַנִּיטֶּלֶת בַּכָּתֵף, אֶלָּא הַנִּיטֶּלֶת בַּאֲגַפִּיִּים. וְעוֹמְדִין עָלָיו בְּשׁוּרָה, וְאוֹמְרִים עָלָיו בִּרְכַּת אֲבֵלִים וְתַנְחוּמֵי אֲבֵלִים.

Un enfant de trente jours sort dans un deloskema (petit cercueil). Rabbi Yehouda dit : non pas un deloskema porte sur l'épaule, mais un deloskema porte à bras.

Et l'on se tient en rang pour lui, et l'on récite sur lui la bénédiction des endeuillés et les consolations des endeuillés.

📜 Rachi (3)
דְּלוֹסְקָמָא אָרוֹן:
un cercueil.
הַנִּיטֶּלֶת בַּכָּתֵף בְּאָדָם אֶחָד:
par un seul homme.
בַּאֲגַפִּיִּים בִּשְׁנֵי בְּנֵי אָדָם דֶּרֶךְ כָּבוֹד:
par deux personnes, en signe d'honneur.
💡 Explication

Le seuil de trente jours est celui à partir duquel l'enfant n'est plus tenu pour un nefel : sa viabilité est établie, et les obsèques prennent une forme publique. Le deloskema est un coffre servant de cercueil.

Rabbi Yehouda ajoute une exigence d'honneur : le coffre ne doit pas être porte sur l'épaule d'un seul homme, à la manière d'un fardeau, mais soutenu à bras par deux personnes. Les trois honneurs refusés à l'enfant de la clause précédente lui sont ici accordés.

3
בֶּן שְׁנֵים עָשָׂר חֹדֶשׁ יוֹצֵא בְּמִטָּה. רַבִּי עֲקִיבָא אוֹמֵר: הוּא בֶּן שָׁנָה וְאֵבָרָיו כְּבֶן שְׁתַּיִם, הוּא בֶּן שְׁתַּיִם וְאֵבָרָיו כְּבֶן שָׁנָה — יוֹצֵא בַּמִּטָּה.

Un enfant de douze mois sort sur la civière (mita). Rabbi Akiva dit : s'il a un an et que ses membres sont comme ceux d'un enfant de deux ans, ou s'il a deux ans et que ses membres sont comme ceux d'un enfant d'un an — il sort sur la civière.

📜 Rachi (1)
וְאַבֻּרְיוֹ כְּבֶן שְׁתַּיִם שֶׁאֲבָרָיו גְּדוֹלִים:
que ses membres sont grands.
🗂️ Tossefot (1)
רַבִּי עֲקִיבָא אוֹמֵר בֶּן שָׁנָה כו'. וְלָא סַגִּי בי"ב חֳדָשִׁים וּבְמַסֶּכֶת שְׂמָחוֹת נִרְאֶה לִי ר"ע כו' פֵּירוּשׁ דְּלָא בָּעֵי ג' שָׁנִים וְאִם מֵת בְּיוֹם שְׁלֹשִׁים פּוֹסֵק בְּפָ' יֵשׁ בְּכוֹר (בְּכוֹרוֹת ד' מט.) שְׁלֹשִׁים יוֹם בָּאָדָם אֵינוֹ נֵפֶל וְיוֹם שְׁלֹשִׁים לְעִנְיַן אֲבֵילוּת כַּיּוֹם שֶׁלְּפָנָיו וְאֵינוֹ מִתְאַבֵּל וה"ה מִסְּתָמָא לְעִנְיַן בְּכוֹר:
Douze mois ne suffisent donc pas à ses yeux. Dans le traité Semahot il apparaît : Rabbi Akiva me semble, etc. — ce qui veut dire qu'il n'exige pas trois ans. Et si l'enfant est mort le trentième jour : il est tranché au chapitre Yech bekhor (Bekhorot 49a) que trente jours, chez l'être humain, suffisent pour qu'il ne soit plus un nefel ; mais le trentième jour lui-même, quant au deuil, est comme le jour qui le précède, et l'on n'en porte pas le deuil. Il en va vraisemblablement de même quant au premier-né.
💡 Explication

Le troisième degré : à douze mois, l'enfant est porte sur la mita, la civière des adultes, avec le convoi qui s'y attache.

Rabbi Akiva déplace le critère de l'âge vers l'apparence du corps. Le regard du public étant ce qui fonde l'honneur rendu, c'est la taille des membres qui décide : un enfant d'un an déjà développé sort sur la civière, et un enfant de deux ans reste petit y sort également.

4
רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן אֶלְעָזָר אוֹמֵר: הַיּוֹצֵא בַּמִּטָּה — רַבִּים מַצְהִיבִין עָלָיו. אֵינוֹ יוֹצֵא בַּמִּטָּה — אֵין רַבִּים מַצְהִיבִין עָלָיו. רַבִּי אֶלְעָזָר בֶּן עֲזַרְיָה אוֹמֵר: נִיכָּר לָרַבִּים — רַבִּים מִתְעַסְּקִים עִמּוֹ, אֵינוֹ נִיכָּר לָרַבִּים — אֵין רַבִּים מִתְעַסְּקִים עִמּוֹ.

Rabbi Chimon ben Elazar dit : celui qui sort sur la civière, le public s'afflige pour lui ; celui qui ne sort pas sur la civière, le public ne s'afflige pas pour lui. Rabbi Elazar ben Azaria dit : s'il était connu du public, le public s'occupe de lui ; s'il n'était pas connu du public, le public ne s'occupe pas de lui.

📜 Rachi (2)
מַצְהִיבִין מַרְגִּישִׁין וּמְצַעֲרִין:
on le ressent et l'on s'en afflige.
נִיכָּר לָרַבִּים שֶׁהָיוּ מַכִּירִין כְּבָר שֶׁהָיָה רָגִיל לָצֵאת מִן הַבַּיִת:
que l'on connaissait déjà, parce qu'il avait coutume de sortir de la maison.
💡 Explication

Deux tanaim tirent la conséquence du degré atteint. Pour Rabbi Chimon ben Elazar, le convoi sur la civière est le signe qui commande l'affliction publique : le verbe matz'hivin, que Rachi rend par ressentir et s'affliger, désigne la peine que le public prend à son compte.

Rabbi Elazar ben Azaria substitue à ce signe formel un critère de fait : l'enfant était-il connu, sortait-il de la maison ? Ce que le public a connu, il l'accompagne ; ce qu'il n'a pas connu, il n'a pas à s'en occuper.

5
וּמָה הֵן בְּהֶסְפֵּד? רַבִּי מֵאִיר בְּשֵׁם רַבִּי יִשְׁמָעֵאל אוֹמֵר: עֲנִיִּים — בְּנֵי שָׁלֹשׁ, עֲשִׁירִים — בְּנֵי חָמֵשׁ. רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר מִשְּׁמוֹ: עֲנִיִּים — בְּנֵי חָמֵשׁ, עֲשִׁירִים — בְּנֵי שֵׁשׁ, וּבְנֵי זְקֵנִים — כִּבְנֵי עֲנִיִּים.

Et qu'en est-il de l'oraison funèbre ? Rabbi Meir dit au nom de Rabbi Yichmael : les enfants des pauvres, à trois ans ; ceux des riches, à cinq ans.

Rabbi Yehouda dit en son nom : les enfants des pauvres, à cinq ans ; ceux des riches, à six ans ; et les enfants des vieillards sont comme ceux des pauvres.

📜 Rachi (2)
מֶה הֵן בְּהֶסְפֵּד כַּמָּה יְהֵא גָּדוֹל שֶׁמִּצְוָה לְהַסְפִּידוֹ:
quel âge doit-il avoir pour qu'il y ait mitsva de prononcer son oraison funèbre.
עֲנִיִּים בְּנֵי שָׁלֹשׁ לְפִי שֶׁהֶעָנִי מִצְטַעֵר עַל בָּנָיו יוֹתֵר מִן הֶעָשִׁיר לְפִי שֶׁאֵין לוֹ שִׂמְחָה אַחֶרֶת:
parce que le pauvre s'afflige pour ses enfants plus que le riche, n'ayant pas d'autre joie.
💡 Explication

La michna passe du convoi au hesped, l'oraison funèbre, qui suppose un âge plus avancé que le simple accompagnement. Rachi précise la question : à quel âge y a-t-il mitsva de prononcer l'oraison.

Les deux barèmes sont rapportés au nom du même maître, Rabbi Yichmael, et partagent le même principe : le seuil est plus bas chez le pauvre, dont la peine est plus vive faute d'autre joie. Rabbi Yehouda ajoute le cas des enfants nés d'un père âgé, assimilés à ceux des pauvres pour la même raison.

🖼️ Schéma
À partir de quel âge fait-on l'oraison funèbre d'un enfant R. Meir au nom de R. Yichmael Enfants de pauvres : à partir de 3 ans Enfants de riches : à partir de 5 ans Motif donné par Rachi : le pauvre n'a pas d'autre joie, sa peine est plus vive, donc le seuil est plus bas. R. Yehouda au nom de R. Yichmael Enfants de pauvres : à partir de 5 ans Enfants de riches : à partir de 6 ans Enfants de vieillards : comme ceux des pauvres l'écart se resserre à une année Rav Guidel bar Menachya au nom de Rav : la halakha suit Rabbi Yehouda le barème retenu en pratique est donc cinq ans et six ans
Les deux barèmes rapportés au nom de Rabbi Yichmael, et la halakha retenue par Rav.
6
אָמַר רַב גִּידֵּל בַּר מְנַשְּׁיָא אָמַר רַב: הֲלָכָה כְּרַבִּי יְהוּדָה שֶׁאָמַר מִשּׁוּם רַבִּי יִשְׁמָעֵאל.

Rav Guidel bar Menachya a dit au nom de Rav : la halakha suit Rabbi Yehouda, qui a parlé au nom de Rabbi Yichmael.

💡 Explication

Rav tranche pour le second barème : cinq ans pour les enfants des pauvres, six ans pour ceux des riches, les enfants des vieillards étant rangés avec les premiers.

7
דָּרֵשׁ רַבִּי עֲנָנִי בַּר שָׂשׂוֹן אַפִּיתְחָא דְּבֵי נְשִׂיאָה: יוֹם אֶחָד לִפְנֵי עֲצֶרֶת וַעֲצֶרֶת — הֲרֵי כָּאן אַרְבָּעָה עָשָׂר. שְׁמַע רַבִּי אַמֵּי וְאִיקְּפַד, אֲמַר: אַטּוּ דִּידֵיהּ הִיא? דְּרַבִּי אֶלְעָזָר אָמַר רַבִּי אוֹשַׁעְיָא הִיא!

Rabbi Anani bar Sasson enseigna à l'entrée de la maison du Nassi : un jour avant Atseret (Chavouot), puis Atseret — voilà quatorze jours. Rabbi Ami l'entendit et s'en irrita.

Il dit : est-ce donc son enseignement à lui ? C'est celui de Rabbi Elazar au nom de Rabbi Ochaya !

📜 Rachi (2)
יוֹם אֶחָד לִפְנֵי עֲצֶרֶת הָיָה אֵבֶל:
il était en deuil.
הֲרֵי כָּאן אַרְבָּעָה עָשָׂר דַּעֲצֶרֶת חָשׁוּב כְּשִׁבְעָה וְזֶהוּ יוֹם שֶׁלִּפְנֵי עֲצֶרֶת חָשׁוּב ז' דְּסָבַר כִּי הַאי תַּנָּא דִּלְעֵיל (מוֹעֵד קָטָן ד' כ.) דְּאָמַר אֲפִילּוּ יוֹם אֶחָד אֲפִילּוּ שָׁעָה אַחַת וּכְמַאן דְּאָמַר עֲצֶרֶת כִּרְגָלִים:
car Atseret compte pour sept jours, et ce jour qui précède Atseret compte lui aussi pour sept ; il tient comme ce tana, plus haut (Moed Katan 20a), qui dit : même un seul jour, même une seule heure, et comme celui qui dit qu'Atseret est comme les fêtes de pèlerinage.
🗂️ Tossefot (1)
דְּרַבִּי אֶלְעָזָר א"ר אוֹשַׁעְיָא הִיא. וְהָא דְּלָא מַיְיתֵי בָּרַייְתָא דְּר"א בֶּן יַעֲקֹב דְּמַפִּיק תַּשְׁלוּמִין מֻוקְרֵאתָם וּבְקֻצְרְכֶם אֵיזֶהוּ חַג שֶׁאַתָּה קוֹרֵא וְקוֹצֵר הֱוֵי אוֹמֵר זֶה חַג הַשָּׁבוּעוֹת וְרֵישׁ לָקִישׁ אָמַר חַג הַקָּצִיר אֵיזֶהוּ חַג שֶׁאַתָּה חוֹגֵג וְקוֹצֵר בּוֹ הֱוֵי אוֹמֵר זֶה עֲצֶרֶת וְיֵשׁ לוֹמַר דְּלָא יָדְעִינַן כַּמָּה יָמִים אִי לָאו מִדְּרַבִּי אוֹשַׁעְיָא כִּדְאִיתָא פֶּרֶק אֵין דּוֹרְשִׁין (חֲגִיגָה דַּף יז: וְשָׁם) אֶלָּא קַשְׁיָא מְנָא לֵיהּ דַּעֲצֶרֶת כִּרְגָלִים בַּזְּמַן הַזֶּה הָא לֵיכָּא תַּשְׁלוּמִין וּנְהִי דְּמַתְנִי' הָכִי מַשְׁמַע מִדְּקָאָמְרִי עֲצֶרֶת כִּרְגָלִים מַשְׁמַע לְגַמְרֵי מִיהוּ הִיא גּוּפָא מְנָא לֵיהּ י"ל כֵּיוָן דַּעֲצֶרֶת חַד יוֹמָא וְנֶחְשָׁב כְּמוֹ פֶּסַח וְסֻוכּוֹת בִּזְמַן שֶׁבֵּית הַמִּקְדָּשׁ קַייָּם לְעִנְיַן תַּשְׁלוּמִין חֲשִׁיב נָמֵי לְדִידַן כְּרֶגֶל דְּפֶסַח וְסֻוכּוֹת מִיהוּ בר"ה וְיוֹם הַכִּפּוּרִים מַשְׁמַע דְּלָא סְבִירָא לְהוּ הָכִי דְּלֶיהֱווֹ חֲשִׁיבִי כְּשִׁבְעָה יָמִים מִדְּלָא נְקַט אֶלָּא עֲצֶרֶת וְלֵית לֵיהּ דְּרַבָּן גַּמְלִיאֵל וְרַב פַּפָּא דִּבְסָמוּךְ דְּאָמְרִי אֲפִילּוּ ר"ה ויוה"כ יֶשְׁנָן כִּרְגָלִים דִּלְעוֹלָם הוּא בִּמְקוֹם פֶּסַח וְסֻוכּוֹת הִקְשָׁה בְּתוֹסְפוֹת הָרַב מֶה אָנוּ צְרִיכִים שֶׁיְּהֵא רֹאשׁ הַשָּׁנָה כְּשִׁבְעָה יָמִים בְּלָאו הָכִי נָמֵי מֻותָּר לְגַלֵּחַ עֶרֶב יוֹם כִּפּוּרִים דְּהָוֵי קוֹבֵר אֶת מֵתוֹ שְׁמוֹנָה יָמִים קֹודֶם יוֹם כִּפּוּרִים דְּבָטְלָה הֵימֶנּוּ גְּזֵרַת שְׁלֹשִׁים וְתֵירֵץ דְּנָפְקָא מִינָּהּ אִם לֹא גִּילַּח עֶרֶב יוֹם כִּפּוּרִים דְּאֵינוֹ מְגַלֵּחַ אַחַר יוֹם כִּפּוּרִים אֲבָל עַתָּה דְּחָשְׁבִינַן רֹאשׁ הַשָּׁנָה כְּשִׁבְעָה וְיוֹם הַכִּפּוּרִים כְּשִׁבְעָה וְעֶרֶב רֹאשׁ הַשָּׁנָה כְּשִׁבְעָה יָמִים קֹודֶם וּבֵין רֹאשׁ הַשָּׁנָה לְיוֹם כִּפּוּרִים שִׁבְעָה וְנָקֵיט לֵיהּ בָּתַר יוֹם כִּפּוּרִים שְׁנֵי יָמִים וּמְגַלֵּחַ וְאֵין נִרְאֶה לִי תֵּירוּץ זֶה דְּהָא קַייְמָא לַן כְּאַבָּא שָׁאוּל דְּאָמַר לְעֵיל (מוֹעֵד קָטָן ד' יט:) מְגַלֵּחַ אַחַר הָרֶגֶל אֶלָּא יֵשׁ לְפָרֵשׁ דְּנָפְקָא לָן מִינָּהּ לְעִנְיַן שְׁמוּעָה רְחוֹקָה דְּחָשְׁבִינַן לָהּ שְׁמוּעָה רְחוֹקָה בְּהָנֵי שְׁנֵי יָמִים אַחַר יוֹם כִּפּוּרִים וְזֶהוּ דֹּוחַק גָּדוֹל כִּי זֶה אֵינוֹ מְפֹורָשׁ בְּשׁוּם מָקוֹם שֶׁתֵּחָשֵׁב שְׁמוּעָה רְחוֹקָה פָּחוֹת מִשְּׁלֹשִׁים יוֹם וְיוֹתֵר הָיָה יָכוֹל לוֹמַר לְעִנְיַן דְּחָשְׁבִינַן אַחַר רֹאשׁ הַשָּׁנָה שַׁבָּת שְׁלִישִׁית דְּאָמַר לְעֵיל יוֹשֵׁב בִּמְקוֹמוֹ מִיהוּ אֵין זֶה נִרְאֶה שׁוּם קֻושְׁיָא כְּלָל דְּהָא דְּאָמַר שְׁמוֹנָה יָמִים קֹודֶם הָרֶגֶל בָּטְלָה מִמֶּנּוּ גְּזֵרַת שְׁלֹשִׁים יוֹם הַיְינוּ דַּוְקָא הֵיכָא דְּנָהַג אֲבֵילוּת שִׁבְעָה יָמִים אֲבָל זֶה שֶׁלֹּא נָהַג אֲבֵילוּת כִּי אִם יוֹם אֶחָד לָא אָמְרִינַן יוֹם כִּפּוּרִים תִּבָּטֵל שְׁלֹשִׁים וְתָמַהְתִּי לָמָּה לֹא פֵּירֵשׁ הָרַב כָּךְ כִּי דָּבָר זֶה פָּשׁוּט וּבְסָמוּךְ פֵּירֵשׁ כְּעִנְיָן זֶה הָרַב יוֹם אֶחָד לִפְנֵי הֶחָג וְחַג וּשְׁמִינִי שֶׁלּוֹ הֲרֵי כָּאן כ"א יוֹם דְּדַוְקָא בְּהָנֵי אוֹמְרִים דִּשְׁמִינִי עֲצֶרֶת הֲרֵי כ"א יוֹם אֲבָל מֵת בָּרֶגֶל שֶׁלֹּא נָהַג אֲבֵילוּת קֹודֶם הָרֶגֶל לָא הָוֵי שְׁמִינִי עֲצֶרֶת כִּי אִם יוֹם אֶחָד לְמִנְיַן שְׁלֹשִׁים כָּךְ נִרְאֶה לִי וְאֵינִי יוֹדֵעַ הַבֵּירוּר כָּךְ פֵּירֵשׁ הָרַב וּפֵירֵשׁ בַּהֲלָכוֹת גְּדוֹלוֹת דְּהַשְׁתָּא דְּאִית לַן תְּרֵי יוֹמֵי אִי שְׁכִיב לֵיהּ שִׁיכְבָא בְּיוֹם טוֹב רִאשׁוֹן לָא יִנְהֹוג אֲבֵילוּת עַד מוֹצָאֵי יוֹם טוֹב שֵׁנִי (יָמִים) וְאוֹתוֹ יוֹם טוֹב שֵׁנִי עוֹלֶה לְמִנְיַן שִׁבְעָה וְאִי שְׁכִיב בְּיוֹם שֵׁנִי הַהוּא יוֹמָא נוֹהֵג אֲבֵילוּת דְּכֵיוָן דְּיוֹם טוֹב שֵׁנִי דְּרַבָּנַן אָתֵי אֲבֵילוּת דְּאוֹרָייְתָא דְּיוֹם רִאשׁוֹן דְּהָוֵי מִן הַתּוֹרָה כִּדְאָמְרִינַן בִּזְבָחִים (ד' ק:) וּמְבַטֵּל יוֹם שֵׁנִי דְּרַבָּנַן וְאֵין נִרְאֶה לר"י וְגַם אֵין נוֹהֲגִין כְּלָל וּבְמָקוֹם אַחֵר פֵּירַשְׁתִּי.:
Quant à savoir pourquoi l'on n'apporte pas la baraita de Rabbi Eliezer ben Yaakov, qui tire les jours de rattrapage des versets « et vous proclamerez » et « quand vous moissonnerez » — quelle est la fête que tu proclames et où tu moissonnes ? c'est la fête de Chavouot ; tandis que Rech Lakich dit : « la fête de la moisson » — quelle est la fête que tu célèbres et où tu moissonnes ? c'est Atseret — on peut répondre que nous ne saurions pas combien de jours durent ces rattrapages sans l'enseignement de Rabbi Ochaya, comme il est rapporté au chapitre Ein dorchin (Haguiga 17b). Mais une difficulté demeure : d'où tient-il qu'Atseret est comme les fêtes de pèlerinage à notre époque, où il n'y a plus de rattrapage ? Certes, la michna semble le dire, puisqu'elle énonce qu'Atseret est comme les fêtes, ce qui laisse entendre à tous égards ; mais cela même, d'où le tient-elle ? On peut répondre : puisque Atseret, qui ne dure qu'un jour, était comptée comme Pessa'h et Souccot au temps où le Temple était debout quant aux rattrapages, elle est aussi comptée pour nous comme les fêtes de Pessa'h et de Souccot. Toutefois, pour Roch Hachana et Yom Kippour, il apparaît qu'ils ne tiennent pas qu'ils comptent pour sept jours, puisque l'on n'a mentionné qu'Atseret ; et ce tana ne suit ni Rabban Gamliel ni Rav Papa, plus bas, qui disent que même Roch Hachana et Yom Kippour sont comme les fêtes, Atseret tenant toujours la place de Pessa'h et de Souccot. Le Maître a objecté dans les Tossefot : pourquoi avons-nous besoin que Roch Hachana compte pour sept jours ? Même sans cela il serait permis de se raser la veille de Yom Kippour, car il se trouve avoir enseveli son mort huit jours avant Yom Kippour, de sorte que le décret des trente jours est annulé pour lui. Il a répondu que la différence pratique apparaît s'il ne s'est pas rasé la veille de Yom Kippour : il ne pourrait plus se raser après Yom Kippour. Mais à présent que nous comptons Roch Hachana pour sept, Yom Kippour pour sept, la veille de Roch Hachana pour sept jours auparavant, et sept jours entre Roch Hachana et Yom Kippour, il lui en reste deux à prendre après Yom Kippour, et il se rase. Cette réponse ne me paraît pas juste, car nous tenons comme Abba Chaoul, qui dit plus haut (Moed Katan 19b) qu'il se rase après la fête. Il faut plutôt expliquer que la différence pratique porte sur la nouvelle tardive (chemoua rehoka) : nous la tiendrions pour tardive durant ces deux jours qui suivent Yom Kippour. Mais c'est là une grande extension forcée, car nulle part il n'est dit expressément qu'une nouvelle soit tenue pour tardive à moins de trente jours ; il aurait mieux valu dire que la différence porte sur ceci, qu'après Roch Hachana nous comptons la troisième semaine, dont il est dit plus haut qu'il s'assied à sa place. Toutefois, l'objection ne me paraît aucunement en être une : ce qui a été dit, que celui qui a enseveli huit jours avant la fête voit le décret des trente jours annulé, ne vaut que là où il a observé sept jours de deuil ; mais ici, où il n'a observé qu'un seul jour de deuil, nous ne dirions pas que Yom Kippour annule les trente. Je me suis étonné que le Maître n'ait pas expliqué ainsi, car la chose est simple. Plus bas, le Maître a expliqué en ce sens l'énoncé « un jour avant la fête, la fête, et son huitième jour — voilà vingt et un jours » : c'est précisément dans ces cas-là que l'on dit que Chemini Atseret porte le compte à vingt et un jours ; mais si le mort est mort pendant la fête, sans qu'il ait observé le deuil avant la fête, Chemini Atseret ne vaut qu'un seul jour pour le compte des trente. Ainsi me paraît-il, sans que j'en aie la certitude ; c'est ainsi que le Maître a expliqué. Les Halakhot Guedolot ont expliqué qu'à présent que nous avons deux jours de fête : si un mort lui est mort le premier jour de fête, il n'observe le deuil qu'à l'issue du second jour de fête, et ce second jour compte dans les sept ; et s'il est mort le second jour, il observe le deuil ce jour-là même, car le second jour de fête étant d'institution rabbinique, le deuil du premier jour, qui est de la Torah — comme nous le disons dans Zevahim (100b) — vient l'écarter. Cela ne paraît pas juste à Rabbenou Yits'hak, et l'usage n'est nullement tel ; je l'ai expliqué ailleurs.
💡 Explication

Le folio change de sujet et revient au calcul des trente jours de deuil. Deux règles se cumulent ici. La première, énoncée plus haut (Moed Katan 20a) : celui qui a observé ne serait-ce qu'un jour de deuil avant la fête voit les sept jours annulés par la fête, ce jour unique valant les sept. La seconde : Atseret, bien qu'elle ne dure qu'un jour, compte comme une fête de sept jours. Le total atteint quatorze des trente jours.

La colère de Rabbi Ami ne porte pas sur le contenu, qu'il tient pour exact, mais sur l'attribution : l'orateur a énoncé en public un enseignement reçu sans en nommer l'auteur.

🖼️ Schéma
D'où viennent les quatorze jours : deux règles qui se cumulent Règle 1 (Moed Katan 20a) Un seul jour de deuil observé avant la fête suffit à valoir les sept jours entiers. la fête annule ce qui reste des sept Règle 2 (R. Elazar au nom de R. Ochaya) Chavouot a des jours de rattrapage pendant sept jours, comme Pessa'h. elle vaut donc une fête de sept jours 7 (le jour de deuil) + 7 (Atseret) = 14 jours sur les trente Ce que Rabbi Ami et Rav Chechet reprochent aux deux orateurs : avoir énoncé cela comme leur propre enseignement.
Les deux règles qui se cumulent pour donner quatorze jours, et l'objet exact du reproche adressé à l'orateur.
8
דְּרַשׁ רַבִּי יִצְחָק נַפָּחָא אַקִּילְעָא דְּרֵישׁ גָּלוּתָא: יוֹם אֶחָד לִפְנֵי עֲצֶרֶת וַעֲצֶרֶת — הֲרֵי כָּאן אַרְבָּעָה עָשָׂר. שְׁמַע רַב שֵׁשֶׁת אִיקְּפַד, אֲמַר: אַטּוּ דִּידֵיהּ הִיא? דְּרַבִּי אֶלְעָזָר אָמַר רַבִּי אוֹשַׁעְיָא הִיא!

Rabbi Yits'hak Nappaha enseigna sous le portique (kil'a) de l'Exilarque : un jour avant Atseret, puis Atseret — voilà quatorze jours. Rav Chechet l'entendit et s'en irrita.

Il dit : est-ce donc son enseignement à lui ? C'est celui de Rabbi Elazar au nom de Rabbi Ochaya !

💡 Explication

La même scène se répète, avec d'autres acteurs et dans l'autre centre d'autorité : la maison du Nassi en terre d'Israël, le palais de l'Exilarque en Babylonie. La répétition littérale du récit souligne la règle d'usage : rapporter une chose au nom de celui qui l'a dite.

9
דְּאָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר אָמַר רַבִּי אוֹשַׁעְיָא: מִנַּיִן לַעֲצֶרֶת שֶׁיֵּשׁ לָהּ תַּשְׁלוּמִין כָּל שִׁבְעָה — שֶׁנֶּאֱמַר: ״בְּחַג הַמַּצּוֹת וּבְחַג הַשָּׁבֻועוֹת״, מָה חַג הַמַּצּוֹת יֵשׁ לָהּ תַּשְׁלוּמִין כָּל שִׁבְעָה — אַף חַג הַשָּׁבוּעוֹת יֵשׁ לָהּ תַּשְׁלוּמִין כָּל שִׁבְעָה.

Car Rabbi Elazar a dit au nom de Rabbi Ochaya : d'où sait-on qu'Atseret a des jours de rattrapage (tachloumin) durant sept jours ? De ce qu'il est dit : « à la fête des Matsot et à la fête des Semaines » — de même que la fête des Matsot a des rattrapages durant sept jours, de même la fête des Semaines a des rattrapages durant sept jours.

💡 Explication

Voici l'enseignement dont les deux orateurs se sont dispensés de nommer l'auteur. Les tachloumin sont les jours pendant lesquels on peut encore apporter les sacrifices de la fête que l'on n'a pas offerts au jour même.

Le verset (Deutéronome 16, 16) range les trois fêtes de pèlerinage dans une même phrase : la fête des Semaines y est donc traitée comme celle des Matsot, qui dure sept jours. De là, Atseret vaut sept jours pour tout le reste, et notamment pour le compte des trente jours de deuil.

10
אַדְבְּרֵיהּ רַב פָּפָּא לְרַב אַוְיָא סָבָא וּדְרַשׁ: יוֹם אֶחָד לִפְנֵי רֹאשׁ הַשָּׁנָה וְרֹאשׁ הַשָּׁנָה — הֲרֵי כָּאן אַרְבָּעָה עָשָׂר. אָמַר רָבִינָא, הִלְכָּךְ: יוֹם אֶחָד לִפְנֵי הֶחָג, וְחַג, וּשְׁמִינִי שֶׁלּוֹ — הֲרֵי כָּאן עֶשְׂרִים וְאֶחָד יוֹם.

Rav Papa fit parler Rav Avya l'Ancien, qui enseigna : un jour avant Roch Hachana, puis Roch Hachana — voilà quatorze jours. Ravina dit : dès lors, un jour avant la fête de Souccot, la fête, et son huitième jour — voilà vingt et un jours.

💡 Explication

Le calcul s'étend à Roch Hachana, tenue elle aussi pour une fête de sept jours. Ravina en tire le cas le plus fort : Souccot dure sept jours et Chemini Atseret constitue une fête distincte, valant à son tour sept jours. Avec le jour de deuil observé avant la fête, on atteint vingt et un jours, et il ne reste que neuf jours à tenir des trente.

11
רָבִינָא אִיקְּלַע לְסוּרָא דִפְרָת, אֲמַר לֵיהּ רַב חֲבִיבָא מִסּוּרָא דִפְרָת לְרָבִינָא: אָמַר מַר, יוֹם אֶחָד לִפְנֵי רֹאשׁ הַשָּׁנָה וְרֹאשׁ הַשָּׁנָה — הֲרֵי כָּאן אַרְבָּעָה עָשָׂר? אֲמַר לֵיהּ: אֲנָא, מִסְתַּבְּרָא כְּרַבָּן גַּמְלִיאֵל הוּא דְּאָמֵינָא.

Ravina se trouva à Soura de l'Euphrate. Rav Haviva de Soura de l'Euphrate lui dit : le Maître a-t-il dit qu'un jour avant Roch Hachana, puis Roch Hachana, font quatorze jours ?

Il lui répondit : moi, j'ai dit qu'il est raisonnable d'en juger ainsi selon Rabban Gamliel.

💡 Explication

Ravina précise la portée de ses paroles. Il n'a pas tranché que Roch Hachana compte pour sept jours ; il a rapporté ce calcul à l'opinion de Rabban Gamliel, pour qui Roch Hachana et Yom Kippour sont assimilés aux fêtes de pèlerinage.

La distinction est de méthode : énoncer ce qui suit d'un avis n'équivaut pas à fixer la halakha selon cet avis.

12
מַתְנִי׳ אֵין קוֹרְעִין וְלֹא חוֹלְצִין וְאֵין מַבְרִין אֶלָּא קְרוֹבָיו שֶׁל מֵת, וְאֵין מַבְרִין אֶלָּא עַל מִטָּה זְקוּפָה.

Michna. On ne déchire pas ses vêtements, on ne découvre pas l'épaule, et l'on ne sert le repas de deuil qu'aux proches du mort ; et l'on ne sert le repas de deuil que sur un lit dressé.

📜 Rachi (2)
מַתְנֵי' עַל מִטָּה זְקוּפָה יוֹשְׁבִין הַמְּנַחֲמִין:
les consolateurs s'y assoient.
חוֹלְצִין כִּתְפֵיהֶן:
leurs épaules.
🗂️ Tossefot (1)
אֶלָּא קְרוֹבָיו. יְרוּשַׁלְמִי וּבִלְבַד קְרוֹבִים הָרָאוְיָן לְהִתְאַבֵּל כְּהָדָא דְּרַבִּי אָבִין דְּמַךְ בְּמוֹעֲדָא לֹא גָּמָל ר' מְנָא חִסְדָּא אָמַר בָּתַר מוֹעֲדָא נֶיעֶבְדָא לֵיהּ יְקָרָא וְאַסִּיק חָכָם שֶׁמֵּת הַכֹּל כִּקְרוֹבָיו מַבְרִין עָלָיו אֵלּוּ וְאֵלּוּ נִרְאֶה לִי מִכָּאן מַשְׁמַע שֶׁיֵּשׁ הַבְרָאָה בְּלֹא אֲבֵילוּת כְּגוֹן בָּרֶגֶל וּלְקַמָּן (מוֹעֵד קָטָן ד' כה:) אָמַר אֲפִי' רַבּוֹ שֶׁלִּמְּדוֹ חָכְמָה אֵינוֹ יוֹשֵׁב עָלָיו אֶלָּא יוֹם אֶחָד וּתְמֵיהֵנִי אִם כֵּן נִצְטָרֵךְ הַבְרָאָה לִשְׁמוּעָה רְחוֹקָה וְלֹא מָצִינוּ בְּרַבִּי חַייָּא שֶׁעָשׂוּ לוֹ הַבְרָאָה אֶלָּא קָאָמַר לְעֵיל (מוֹעֵד קָטָן דַּף כ:) וְהוֹלֵךְ כֵּלַי אַחֲרֵי לְבֵית הַמֶּרְחָץ וְשֶׁמָּא לְעִנְיַן הַבְרָאָה הֶחְמִירוּ מִשּׁוּם כְּבוֹד הֶחָכָם:
Talmud de Jérusalem : à condition qu'il s'agisse de proches tenus de porter le deuil — comme dans ce fait : Rabbi Avin mourut pendant la fête, et Rabbi Mana ne lui rendit pas les honneurs dus ; il dit : après la fête, nous lui rendrons honneur. Et il conclut : pour un sage qui est mort, tous sont comme ses proches, et les uns et les autres lui servent le repas de deuil. Il me semble qu'il ressort de là qu'il existe une havraa sans deuil, par exemple pendant la fête. Plus bas (Moed Katan 25b) il est dit que même pour son maître qui lui a enseigné la sagesse, il ne s'assied pour lui qu'un seul jour ; et je m'étonne : s'il en est ainsi, il faudrait une havraa pour une nouvelle tardive. Or nous ne trouvons pas, à propos de Rabbi Hiya, qu'on lui ait servi un repas de deuil ; il est seulement dit plus haut (Moed Katan 20b) : porte mes affaires derrière moi jusqu'à la maison de bains. Peut-être a-t-on été rigoureux quant à la havraa, en l'honneur du sage.
💡 Explication

Une michna nouvelle ouvre le régime du deuil pendant les jours intermédiaires de la fête. Trois pratiques sont restreintes : la keria, déchirure du vêtement ; la halitsat katef, épaule dégagée du vêtement en signe de deuil ; et la havraa, premier repas servi à l'endeuillé par autrui après l'ensevelissement.

Deux limites sont posées. La havraa est réservée aux proches tenus de porter le deuil, et elle se prend sur un lit dressé, le lit renversé propre aux sept jours n'ayant pas cours pendant la fête.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).