Sougya : Le folio achève la michna consacrée à l'enfant mort avant l'âge adulte : selon son âge, le corps est porte dans les bras, dans un petit cercueil (deloskema) ou sur la civière, et les honneurs de deuil suivent la même progression — le rang de consolation, la bénédiction des endeuillés et les visites de consolation ne commencent qu'à trente jours. Rabbi Akiva, Rabbi Chimon ben Elazar et Rabbi Elazar ben Azaria proposent des critères autres que l'âge seul : le développement du corps, le fait que le public soit atteint, la notoriété de l'enfant.
La michna passe ensuite à l'oraison funèbre (hesped), où Rabbi Meir et Rabbi Yehouda rapportent deux barèmes différents au nom de Rabbi Yichmael, et Rav tranche comme Rabbi Yehouda. La suite du folio quitte l'enfant pour le calcul des trente jours de deuil : deux maîtres enseignent en public, sans en nommer l'auteur, qu'un jour de deuil avant Chavouot suivi de Chavouot vaut quatorze jours, ce qui leur vaut la colère de Rabbi Ami puis de Rav Chechet.
Rav Avya l'Ancien étend le calcul à Roch Hachana, Ravina à Souccot et Chemini Atseret, pour vingt et un jours. Une nouvelle michna ouvre enfin le régime du deuil pendant les jours intermédiaires de la fête.
Abba Chaoul dit : même avec un homme et deux femmes. Et l'on ne se tient pas en rang pour lui, et l'on ne récite pas sur lui la bénédiction des endeuillés ni les consolations des endeuillés.
La michna, commencée à la page précédente, règle les obsèques d'un enfant mort avant trente jours : il est porte dans les bras, et son convoi peut se réduire à trois personnes. Le premier tana exige une femme et deux hommes, pour écarter le yihoud (l'isolement interdit d'un homme avec deux femmes) ; Abba Chaoul admet un homme et deux femmes, car l'homme est alors accaparé par son deuil.
La michna énumère ensuite trois honneurs que cet enfant ne reçoit pas : le chourah, le rang que forme l'assistance au retour du cimetière pour consoler l'endeuillé ; la birkat avelim, bénédiction récitée sur la place ; et les tanhoumei avelim, les visites de consolation durant les sept jours.
Un enfant de trente jours sort dans un deloskema (petit cercueil). Rabbi Yehouda dit : non pas un deloskema porte sur l'épaule, mais un deloskema porte à bras.
Et l'on se tient en rang pour lui, et l'on récite sur lui la bénédiction des endeuillés et les consolations des endeuillés.
Le seuil de trente jours est celui à partir duquel l'enfant n'est plus tenu pour un nefel : sa viabilité est établie, et les obsèques prennent une forme publique. Le deloskema est un coffre servant de cercueil.
Rabbi Yehouda ajoute une exigence d'honneur : le coffre ne doit pas être porte sur l'épaule d'un seul homme, à la manière d'un fardeau, mais soutenu à bras par deux personnes. Les trois honneurs refusés à l'enfant de la clause précédente lui sont ici accordés.
Un enfant de douze mois sort sur la civière (mita). Rabbi Akiva dit : s'il a un an et que ses membres sont comme ceux d'un enfant de deux ans, ou s'il a deux ans et que ses membres sont comme ceux d'un enfant d'un an — il sort sur la civière.
Le troisième degré : à douze mois, l'enfant est porte sur la mita, la civière des adultes, avec le convoi qui s'y attache.
Rabbi Akiva déplace le critère de l'âge vers l'apparence du corps. Le regard du public étant ce qui fonde l'honneur rendu, c'est la taille des membres qui décide : un enfant d'un an déjà développé sort sur la civière, et un enfant de deux ans reste petit y sort également.
Rabbi Chimon ben Elazar dit : celui qui sort sur la civière, le public s'afflige pour lui ; celui qui ne sort pas sur la civière, le public ne s'afflige pas pour lui. Rabbi Elazar ben Azaria dit : s'il était connu du public, le public s'occupe de lui ; s'il n'était pas connu du public, le public ne s'occupe pas de lui.
Deux tanaim tirent la conséquence du degré atteint. Pour Rabbi Chimon ben Elazar, le convoi sur la civière est le signe qui commande l'affliction publique : le verbe matz'hivin, que Rachi rend par ressentir et s'affliger, désigne la peine que le public prend à son compte.
Rabbi Elazar ben Azaria substitue à ce signe formel un critère de fait : l'enfant était-il connu, sortait-il de la maison ? Ce que le public a connu, il l'accompagne ; ce qu'il n'a pas connu, il n'a pas à s'en occuper.
Et qu'en est-il de l'oraison funèbre ? Rabbi Meir dit au nom de Rabbi Yichmael : les enfants des pauvres, à trois ans ; ceux des riches, à cinq ans.
Rabbi Yehouda dit en son nom : les enfants des pauvres, à cinq ans ; ceux des riches, à six ans ; et les enfants des vieillards sont comme ceux des pauvres.
La michna passe du convoi au hesped, l'oraison funèbre, qui suppose un âge plus avancé que le simple accompagnement. Rachi précise la question : à quel âge y a-t-il mitsva de prononcer l'oraison.
Les deux barèmes sont rapportés au nom du même maître, Rabbi Yichmael, et partagent le même principe : le seuil est plus bas chez le pauvre, dont la peine est plus vive faute d'autre joie. Rabbi Yehouda ajoute le cas des enfants nés d'un père âgé, assimilés à ceux des pauvres pour la même raison.
Rav Guidel bar Menachya a dit au nom de Rav : la halakha suit Rabbi Yehouda, qui a parlé au nom de Rabbi Yichmael.
Rav tranche pour le second barème : cinq ans pour les enfants des pauvres, six ans pour ceux des riches, les enfants des vieillards étant rangés avec les premiers.
Rabbi Anani bar Sasson enseigna à l'entrée de la maison du Nassi : un jour avant Atseret (Chavouot), puis Atseret — voilà quatorze jours. Rabbi Ami l'entendit et s'en irrita.
Il dit : est-ce donc son enseignement à lui ? C'est celui de Rabbi Elazar au nom de Rabbi Ochaya !
Le folio change de sujet et revient au calcul des trente jours de deuil. Deux règles se cumulent ici. La première, énoncée plus haut (Moed Katan 20a) : celui qui a observé ne serait-ce qu'un jour de deuil avant la fête voit les sept jours annulés par la fête, ce jour unique valant les sept. La seconde : Atseret, bien qu'elle ne dure qu'un jour, compte comme une fête de sept jours. Le total atteint quatorze des trente jours.
La colère de Rabbi Ami ne porte pas sur le contenu, qu'il tient pour exact, mais sur l'attribution : l'orateur a énoncé en public un enseignement reçu sans en nommer l'auteur.
Rabbi Yits'hak Nappaha enseigna sous le portique (kil'a) de l'Exilarque : un jour avant Atseret, puis Atseret — voilà quatorze jours. Rav Chechet l'entendit et s'en irrita.
Il dit : est-ce donc son enseignement à lui ? C'est celui de Rabbi Elazar au nom de Rabbi Ochaya !
La même scène se répète, avec d'autres acteurs et dans l'autre centre d'autorité : la maison du Nassi en terre d'Israël, le palais de l'Exilarque en Babylonie. La répétition littérale du récit souligne la règle d'usage : rapporter une chose au nom de celui qui l'a dite.
Car Rabbi Elazar a dit au nom de Rabbi Ochaya : d'où sait-on qu'Atseret a des jours de rattrapage (tachloumin) durant sept jours ? De ce qu'il est dit : « à la fête des Matsot et à la fête des Semaines » — de même que la fête des Matsot a des rattrapages durant sept jours, de même la fête des Semaines a des rattrapages durant sept jours.
Voici l'enseignement dont les deux orateurs se sont dispensés de nommer l'auteur. Les tachloumin sont les jours pendant lesquels on peut encore apporter les sacrifices de la fête que l'on n'a pas offerts au jour même.
Le verset (Deutéronome 16, 16) range les trois fêtes de pèlerinage dans une même phrase : la fête des Semaines y est donc traitée comme celle des Matsot, qui dure sept jours. De là, Atseret vaut sept jours pour tout le reste, et notamment pour le compte des trente jours de deuil.
Rav Papa fit parler Rav Avya l'Ancien, qui enseigna : un jour avant Roch Hachana, puis Roch Hachana — voilà quatorze jours. Ravina dit : dès lors, un jour avant la fête de Souccot, la fête, et son huitième jour — voilà vingt et un jours.
Le calcul s'étend à Roch Hachana, tenue elle aussi pour une fête de sept jours. Ravina en tire le cas le plus fort : Souccot dure sept jours et Chemini Atseret constitue une fête distincte, valant à son tour sept jours. Avec le jour de deuil observé avant la fête, on atteint vingt et un jours, et il ne reste que neuf jours à tenir des trente.
Ravina se trouva à Soura de l'Euphrate. Rav Haviva de Soura de l'Euphrate lui dit : le Maître a-t-il dit qu'un jour avant Roch Hachana, puis Roch Hachana, font quatorze jours ?
Il lui répondit : moi, j'ai dit qu'il est raisonnable d'en juger ainsi selon Rabban Gamliel.
Ravina précise la portée de ses paroles. Il n'a pas tranché que Roch Hachana compte pour sept jours ; il a rapporté ce calcul à l'opinion de Rabban Gamliel, pour qui Roch Hachana et Yom Kippour sont assimilés aux fêtes de pèlerinage.
La distinction est de méthode : énoncer ce qui suit d'un avis n'équivaut pas à fixer la halakha selon cet avis.
Michna. On ne déchire pas ses vêtements, on ne découvre pas l'épaule, et l'on ne sert le repas de deuil qu'aux proches du mort ; et l'on ne sert le repas de deuil que sur un lit dressé.
Une michna nouvelle ouvre le régime du deuil pendant les jours intermédiaires de la fête. Trois pratiques sont restreintes : la keria, déchirure du vêtement ; la halitsat katef, épaule dégagée du vêtement en signe de deuil ; et la havraa, premier repas servi à l'endeuillé par autrui après l'ensevelissement.
Deux limites sont posées. La havraa est réservée aux proches tenus de porter le deuil, et elle se prend sur un lit dressé, le lit renversé propre aux sept jours n'ayant pas cours pendant la fête.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).