Sougya : Le folio part de la michna, qui réserve la déchirure aux proches parents, et demande pourquoi elle ne mentionne pas le sage, l'homme droit ni celui qui se tient auprès du mourant au moment où l'âme sort : trois cas où la baraita impose la déchirure à tous. La michna est donc lue comme visant un mort ordinaire, en dehors de ces trois situations.
Vient ensuite une série de récits de funérailles de maîtres, qui fixent en pratique les honneurs dus au sage : les maîtres qui n'avaient pas déchiré pour Rav Safra, et la réponse d'Abaye sur le moment de la déchirure ; les funérailles de Rav Houna, où Rav Hisda écarte successivement le rouleau de la Torah posé sur le lit funèbre, la descente par le toit et le changement de lit, au nom de règles apprises de Rav Houna lui-même ; l'oraison de Rabbi Abba sur la Chekhina et Bavel, avec l'objection tirée de Ye'hezkel ; la montée du cercueil en terre d'Israël et la question de savoir si l'on sort au-devant d'un cercueil en transit ; enfin l'inhumation auprès de Rabbi Hiya par Rav Haga, puis les funérailles de Rav Hisda et le moment où l'on peut faufiler la déchirure.
Guemara. Et même pour un sage ?
Mais n'a-t-on pas enseigné : un sage qui meurt, tous sont ses parents !
La michna du chapitre réserve l'obligation de déchirer aux sept proches parents. La Guemara lui oppose une baraita qui déclare que devant la mort d'un 'hakham (sage), la communauté entière se trouve dans la position d'un parent.
La question porte donc sur la portée de la michna : pourquoi énonce-t-elle une règle qui paraît ignorer un cas aussi courant ?
« Tous sont ses parents », cela te viendrait-il à l'esprit ? Dis plutôt : tous sont comme ses parents — tous déchirent pour lui, tous découvrent l'épaule pour lui, et tous prennent pour lui le repas de deuil sur la place publique. — Point n'est besoin : la michna vise celui qui n'est pas un sage.
La baraita ne fait pas de chacun un parent au sens du statut d'endeuillé ; elle étend trois pratiques de deuil à tous : la keria (déchirure du vêtement), la halitsat katef (dénudement de l'épaule) et la seouda haavraa (repas de consolation) prise sur la place publique.
Première réponse : la michna traite d'un mort qui n'est pas un sage. La Guemara va maintenant éprouver cette réponse par d'autres baraitot.
Et s'il s'agit d'un homme droit (adam kacher), on est bien obligé de déchirer ! Car on a enseigné : pourquoi les fils et les filles d'un homme meurent-ils jeunes ?
Pour qu'il pleure et porte le deuil d'un homme droit.
Deuxième objection : au-dessous du sage il y a l'adam kacher, l'homme droit, craignant le Ciel et fidèle dans ses actes. Une baraita sur la mort des jeunes enfants suppose qu'un tel deuil incombe à tous.
« Pour qu'il pleure et porte le deuil » ? Prend-on de lui un gage par avance ?
Dis plutôt : parce qu'il n'a pas pleuré ni porte le deuil d'un homme droit. Car quiconque pleure et porte le deuil d'un homme droit, on lui pardonne toutes ses fautes, en raison de l'honneur qu'il lui a rendu. — [La michna vise donc] celui qui n'est pas un homme droit.
La Guemara refuse de lire la baraita comme une saisie anticipée : on ne prend pas les enfants en éravon (gage) pour produire un deuil à venir. La mort des enfants est relue comme la sanction d'un deuil qui n'a pas été porte.
Il en ressort que pleurer un homme droit vaut pardon des fautes ; l'obligation est donc bien générale, et la michna se restreint d'un cran de plus.
Et s'il se tenait là au moment où l'âme sort, il est bien obligé [de déchirer] ! Car on a enseigné : Rabbi Chimon ben Elazar dit : celui qui se tient auprès du mort au moment où l'âme sort est obligé de déchirer.
À quoi cela ressemble-t-il ? À un rouleau de la Torah qui brûle, pour lequel on est obligé de déchirer.
Troisième objection, qui ne tient plus au mérite du mort mais à la présence du vivant : assister à la yetsiat nechama (sortie de l'âme) oblige à déchirer, quel que soit le mort.
La comparaison au rouleau de la Torah que l'on voit brûler donne la mesure : ce qui disparaît sous les yeux est une lumière, et Rachi en fournit les deux versets.
[La michna vise le cas] où il ne se tenait pas là au moment où l'âme sort.
La michna est donc lue comme portant sur un cas étroit : un mort qui n'est ni sage ni homme droit, devant lequel on ne se trouvait pas au moment de la sortie de l'âme. Dans ce seul cas, la déchirure reste l'affaire des sept proches parents.
Quand Rav Safra rendit l'âme, les maîtres ne déchirèrent pas pour lui. Ils disaient : nous n'avons pas étudié auprès de lui.
Abaye leur dit : à-t-on enseigne « un maître qui meurt » ? C'est « un sage qui meurt » que l'on a enseigné.
Et de plus : chaque jour ses enseignements sont dans nos bouches à la maison d'étude.
Le folio passe des baraitot aux cas réels. Les maîtres avaient compris l'obligation comme liée au lien de disciple ; Abaye la ramène au terme même de la baraita, qui dit 'hakham et non rav.
Second argument : réciter chaque jour les enseignements d'un maître revient à être son disciple, même sans l'avoir entendu.
Ils pensèrent : ce qui est fait est fait. Abaye leur dit : nous avons appris — pour un sage, aussi longtemps que l'on est occupé à son oraison funèbre, on est obligé de déchirer.
Ils pensèrent alors déchirer immédiatement. Abaye leur dit : on a enseigné — l'honneur du sage est au moment de son oraison funèbre.
Deux erreurs successives. La première tient le délai pour clos : la déchirure se fait au moment de la mort, et l'occasion serait passée. Abaye répond que pour un sage le temps de la keria s'étend à toute la durée du hesped (oraison funèbre).
La seconde erreur est inverse : déchirer sur-le-champ, hors du hesped. Abaye écarte aussi cette voie, car l'honneur du sage se manifeste précisément pendant l'oraison, devant l'assemblée.
Quand Rav Houna rendit l'âme, ils pensèrent poser un rouleau de la Torah sur son lit funèbre. Rav Hisda leur dit : une chose qu'il ne tenait pas de son vivant, allons-nous maintenant nous lever pour la lui faire ?
Car Rav Tahlifa a dit : j'ai vu moi-même Rav Houna qui voulait s'asseoir sur son lit, et un rouleau de la Torah y était posé ; il retourna une cruche sur le sol et posa le rouleau dessus. Il tenait donc qu'il est interdit de s'asseoir sur un lit sur lequel un rouleau de la Torah est posé.
La coutume visée consiste à déposer un sefer Torah sur le lit funèbre du sage, pour dire que le mort a accompli ce qui est écrit dans le rouleau. Rav Hisda l'écarte par un principe simple : on ne rend pas à un maître, après sa mort, un honneur dont il refusait la validité de son vivant.
Le témoignage de Rav Tahlifa établit la position de Rav Houna : plutôt que de s'asseoir sur un lit portant un rouleau, il préférait retourner une cruche pour y déposer le rouleau. Poser un rouleau sur le lit du mort reviendrait donc à une conduite qu'il tenait pour interdite.
Le lit funèbre ne passait pas par la porte ; ils pensèrent le faire descendre par les toits. Rav Hisda leur dit : cela, je l'ai appris de lui — l'honneur du sage est de sortir par la porte.
Deuxième proposition, écartée par une règle que Rav Hisda tient de Rav Houna lui-même : la sortie du sage se fait par l'ouverture normale de la maison. Descendre le corps par le toit serait un expédient qui marque la gêne, et non l'honneur.
Ils pensèrent le transférer d'un lit à un autre. Rav Hisda leur dit : voici ce que j'ai appris de lui — l'honneur du sage est [d'être porte] sur le premier lit.
Car Rav Yehouda a dit au nom de Rav : d'où sait-on que l'honneur du sage est sur le premier lit ? De ce qu'il est dit : « et ils placèrent l'arche de D.ieu sur un chariot neuf » (II Samuel 6, 3).
Ils démolirent la porte et le firent sortir.
Troisième proposition : changer de lit pour un plus étroit. Rav Hisda l'écarte encore, au nom d'une règle apprise du même maître : le sage est porte sur la mita richona, le premier lit, celui sur lequel il a été déposé.
Le verset de l'arche fournit l'appui : David la fit monter sur le chariot même par lequel les Pelichtim l'avaient renvoyée, sans en changer. Le sage est ici tenu pour comparable à l'arche. Restait une seule issue : abattre la porte.
Rabbi Abba ouvrit son oraison funèbre : notre maître était digne que la Chekhina reposât sur lui ; seule Bavel l'en a empêché.
L'éloge se formule comme un regret : la stature de Rav Houna appelait la Chekhina (Présence divine), et le lieu l'a retenue. Rachi rappelle la règle supposée : la Chekhina ne repose pas hors de la terre d'Israël.
Rav Nahman bar Hisda objecta — et certains disent Rav Hanan bar Hisda : « La parole de Hachem fut adressée à Ye'hezkel fils de Bouzi le kohen, au pays des Kasdim » (Ezechiel 1, 3) !
L'objection porte directement sur la règle avancée dans l'oraison : Ye'hezkel a bien reçu la prophétie en Bavel, au pays des Kasdim. Si la Présence n'y repose pas, ce verset devient difficile.
Son père le frappa de sa sandale et lui dit : ne t'ai-je pas dit de ne pas importuner l'assemblée ? Que signifie « fut, fut » ?
Qu'elle avait déjà été auparavant.
Le geste de Rav Hisda tient au lieu : une objection posée pendant une oraison funèbre détourne l'assemblée de son objet. Rachi précise que le coup sur la sandale se voulait discret.
La réponse porte sur le doublement du verbe dans le verset, hayo haya. Le redoublement indique une parole déjà reçue auparavant : la prophétie de Ye'hezkel avait commencé ailleurs, et ce qu'il reçoit en Bavel prolonge ce commencement.
Quand on le monta là-bas, on dit à Rabbi Ami et à Rabbi Assi : Rav Houna arrive. Ils dirent : lorsque nous étions là-bas, nous n'osions pas lever la tête devant lui ; maintenant que nous sommes venus ici, voilà qu'il viendrait après nous ?
Le corps est monté en terre d'Israël pour y être enterré. Rachi rappelle le motif : la terre d'Israël expie, selon le verset d'Isaie que cite aussi Ketoubot.
Les maîtres d'Israël comprennent d'abord l'annonce comme celle d'une arrivée de son vivant, ce qui les embarrasse : ils avaient quitté Bavel où son autorité les dépassait.
On leur dit : c'est son cercueil qui arrive. Rabbi Ami et Rabbi Assi sortirent ; Rabbi Ila et Rabbi Hanina ne sortirent pas.
Certains disent : Rabbi Ila sortit, Rabbi Hanina ne sortit pas.
Le malentendu levé, la question devient pratique : sort-on au-devant d'un cercueil en transit ? Les maîtres se partagent, et la Guemara va rattacher chaque conduite à une baraita.
Celui qui est sorti, quelle est sa raison ? Car on a enseigné : un cercueil que l'on transporte d'un lieu à un autre, on se tient pour lui en rang, on dit sur lui la bénédiction des endeuillés et les consolations des endeuillés.
Celui qui n'est pas sorti, quelle est sa raison ? Car on a enseigné : un cercueil que l'on transporte d'un lieu à un autre, on ne se tient pas pour lui en rang, on ne dit pas sur lui la bénédiction des endeuillés ni les consolations des endeuillés.
Deux baraitot s'opposent sur le aron haover mimakom lemakom, le cercueil en transit. En jeu, trois usages : la chourat hamenahamim (la haie que forment les consolateurs au retour de l'enterrement), la bénédiction des endeuillés et les paroles de consolation.
Les deux enseignements se contredisent ! Ce n'est pas difficile : ici, lorsque son squelette est encore intact ; là, lorsque son squelette n'est plus intact.
Et le squelette de Rav Houna était-il intact ? [Il l'était.] Celui qui n'est pas sorti, on ne le lui avait pas précisé.
La résolution repose sur l'état du corps : chelado kayemet désigne un corps encore constitué, par opposition à des ossements déjà rassemblés après décomposition. Les honneurs de deuil ne s'attachent qu'au premier cas.
Reste à expliquer la conduite de celui qui n'est pas sorti, alors que le corps de Rav Houna était bien dans cet état : on ne le lui avait tout simplement pas fait savoir.
Ils dirent : où le déposerons-nous ? Rav Houna a répandu la Torah en Israël, et Rabbi Hiya avait répandu la Torah en Israël.
Le choix du lieu de sépulture se fait par appariement de mérite : celui qui a diffusé la Torah repose auprès de celui qui l'a diffusée. Rachi renvoie pour chacun à un témoignage précis, l'affluence des disciples pour Rav Houna, et l'entreprise de Rabbi Hiya pour que la Torah ne s'oublie pas.
Qui l'introduira ? Rav Haga leur dit : moi je l'introduirai, car j'ai présenté mon étude devant lui lorsque j'avais dix-huit ans sans avoir connu d'impureté séminale, je l'ai servi comme disciple et j'ai connu ses actes : un jour la lanière de ses tefilin se retourna, et il s'imposa pour cela quarante jeûnes.
L'accès à la grotte de Rabbi Hiya est réservé. Rav Haga avance trois titres : la pureté de sa jeunesse d'étudiant, le chimouch (service du maître) qui vient s'ajouter à l'étude, et la connaissance directe de la conduite de Rabbi Hiya.
L'exemple donné mesure cette conduite : une lanière de tefilin retournée, dont le côté noir se trouvait à l'intérieur, lui valut quarante jours de jeûne.
Il l'introduisit. Yehouda reposait à la droite de son père et Hizkiya à sa gauche.
Yehouda dit à Hizkiya : lève-toi de ta place, car il ne convient pas que Rav Houna demeure debout. Lorsqu'il se leva, une colonne de feu se leva avec lui.
Rav Haga le vit, fut saisi d'effroi, dressa le cercueil et sortit. Il ne subit aucun mal, parce qu'il avait dressé devant lui le cercueil de Rav Houna.
La scène met en présence les deux fils de Rabbi Hiya, Yehouda et Hizkiya. La place à céder est une question de derekh erets : laisser un maître debout tandis qu'on repose serait inconvenant.
La colonne de feu accompagne le mouvement du juste ; Rachi explique que Rav Haga s'est protégé en interposant le cercueil de Rav Houna entre elle et lui.
Quand Rav Hisda rendit l'âme, ils pensèrent poser un rouleau de la Torah sur son lit funèbre. Rabbi Yitshak leur dit : une chose que son maître ne tenait pas, allons-nous nous lever pour la lui faire ?
La scène du segment 8 se rejoue, d'une génération à l'autre. L'argument se transmet avec elle : Rav Hisda était le disciple de Rav Houna, et l'usage que le maître refusait ne se pratique pas davantage pour le disciple.
Ils pensèrent ne pas faufiler leurs déchirures. Rabbi Yitshak bar Ami leur dit : pour un sage, dès lors qu'ils ont détourné leur visage de derrière le lit funèbre, on faufile.
La chelila est la couture provisoire, à grands points, qui referme sommairement le vêtement déchiré ; pour un proche parent elle attend la fin des sept jours. L'assemblée pensait devoir s'en abstenir de même pour un sage.
Rabbi Yitshak bar Ami fixe un terme beaucoup plus proche : le moment où l'on se détourne du convoi. Tossefot ajoute le motif, l'honneur de celui qui a déchiré, et signale que cette leçon ne lui paraît pas claire.
Quand Rabba bar Houna et Rav Hamnouna rendirent l'âme, on les monta là-bas.
Le folio s'achève en ouvrant un nouveau récit de montée en terre d'Israël, qui se poursuit au verso. La formule reprend celle du segment 14 et annonce une scène de voyage.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).