Moed Katan 25a — pour qui déchire-t-on : le sage, l'homme droit, celui qui assiste à la sortie de l'âme, et les funérailles de Rav Houna

Moed_Katan 25a

Sougya : Le folio part de la michna, qui réserve la déchirure aux proches parents, et demande pourquoi elle ne mentionne pas le sage, l'homme droit ni celui qui se tient auprès du mourant au moment où l'âme sort : trois cas où la baraita impose la déchirure à tous. La michna est donc lue comme visant un mort ordinaire, en dehors de ces trois situations.

Vient ensuite une série de récits de funérailles de maîtres, qui fixent en pratique les honneurs dus au sage : les maîtres qui n'avaient pas déchiré pour Rav Safra, et la réponse d'Abaye sur le moment de la déchirure ; les funérailles de Rav Houna, où Rav Hisda écarte successivement le rouleau de la Torah posé sur le lit funèbre, la descente par le toit et le changement de lit, au nom de règles apprises de Rav Houna lui-même ; l'oraison de Rabbi Abba sur la Chekhina et Bavel, avec l'objection tirée de Ye'hezkel ; la montée du cercueil en terre d'Israël et la question de savoir si l'on sort au-devant d'un cercueil en transit ; enfin l'inhumation auprès de Rabbi Hiya par Rav Haga, puis les funérailles de Rav Hisda et le moment où l'on peut faufiler la déchirure.

Le plan du folio : une question de michna, puis une chaîne de récits de funérailles 1. Segments 0 à 5 : pourquoi la michna ne parle-t-elle que des parents ? Trois baraitot élargissent la déchirure : le sage, l'homme droit, celui qui assiste à la sortie de l'âme. Réponse : la michna vise un mort qui ne relève d'aucun de ces trois cas. 2. Segments 6 à 7 : Rav Safra On n'avait pas déchiré pour lui ; Abaye établit qu'il suffit d'être un sage, et que le temps de la déchirure court aussi longtemps que dure l'oraison funèbre. 3. Segments 8 à 23 : Rav Houna, puis Rav Hisda Le lit funèbre, la porte, le transport du cercueil en terre d'Israël, l'inhumation auprès de Rabbi Hiya, enfin le moment où l'on peut faufiler la déchirure.
Le plan du folio : la question posée à la michna sur les trois cas d'élargissement, puis la suite des récits de funérailles de maîtres qui fixent les honneurs dus au sage.
Pour quel mort tout le monde est-il tenu de déchirer ? Un mort qui n'est pas mon parent C'est un sage tous sont comme ses parents : déchirure, épaule, repas de deuil C'est un homme droit qui le pleure obtient le pardon de ses fautes pour l'honneur rendu J'étais présent à la sortie de l'âme comme un rouleau de la Torah qui brûle Aucun de ces cas seuls les parents énumérés par la michna déchirent Ce que la sougya gagne Les trois premières colonnes sont des baraitot ; la michna se lit alors comme la règle du dernier cas seulement, ce qui la met d'accord avec chacune d'elles.
Pour quel mort tout le monde déchire-t-il : les trois cas d'obligation générale, et le cas résiduel où seuls les parents sont tenus, qui est celui de la michna.
Les funérailles de Rav Houna : quatre propositions, quatre réponses de Rav Hisda Poser un rouleau de la Torah sur le lit pour dire : il a accompli ce qui y est écrit Refuse il ne le tenait pas de son vivant (témoignage de Rav Tahlifa) Faire descendre le lit par le toit la porte était trop étroite Refuse l'honneur du sage est de sortir par la porte Le transférer sur un lit plus petit qui puisse passer par la porte Refuse l'honneur du sage est sur le premier lit : l'arche sur le chariot neuf Solution retenue : on démolit la porte et on élargit l'ouverture le bâtiment cède, la règle d'honneur tient
Les funérailles de Rav Houna : chaque proposition de l'assemblée se heurte à une règle que Rav Hisda tient de Rav Houna lui-même.
1
גְּמ׳ וַאֲפִילּוּ חָכָם? וְהָתַנְיָא: חָכָם שֶׁמֵּת — הַכֹּל קְרוֹבָיו.

Guemara. Et même pour un sage ?

Mais n'a-t-on pas enseigné : un sage qui meurt, tous sont ses parents !

💡 Explication

La michna du chapitre réserve l'obligation de déchirer aux sept proches parents. La Guemara lui oppose une baraita qui déclare que devant la mort d'un 'hakham (sage), la communauté entière se trouve dans la position d'un parent.

La question porte donc sur la portée de la michna : pourquoi énonce-t-elle une règle qui paraît ignorer un cas aussi courant ?

2
הַכֹּל קְרוֹבָיו סָלְקָא דַּעְתָּךְ?! אֶלָּא: הַכֹּל כִּקְרוֹבָיו: הַכֹּל קוֹרְעִין עָלָיו, וְהַכֹּל חוֹלְצִין עָלָיו, וְהַכֹּל מַבְרִין עָלָיו בָּרְחָבָה! לָא צְרִיכָא, דְּלָאו חָכָם הוּא.

« Tous sont ses parents », cela te viendrait-il à l'esprit ? Dis plutôt : tous sont comme ses parents — tous déchirent pour lui, tous découvrent l'épaule pour lui, et tous prennent pour lui le repas de deuil sur la place publique. — Point n'est besoin : la michna vise celui qui n'est pas un sage.

💡 Explication

La baraita ne fait pas de chacun un parent au sens du statut d'endeuillé ; elle étend trois pratiques de deuil à tous : la keria (déchirure du vêtement), la halitsat katef (dénudement de l'épaule) et la seouda haavraa (repas de consolation) prise sur la place publique.

Première réponse : la michna traite d'un mort qui n'est pas un sage. La Guemara va maintenant éprouver cette réponse par d'autres baraitot.

3
וְאִי אָדָם כָּשֵׁר הוּא — חִיּוּבֵי מִיחַייַּב לְמִיקְרַע. דְּתַנְיָא: מִפְּנֵי מַה בָּנָיו וּבְנוֹתָיו שֶׁל אָדָם מֵתִים כְּשֶׁהֵן קְטַנִּים — כְּדֵי שֶׁיִּבְכֶּה וְיִתְאַבֵּל עַל אָדָם כָּשֵׁר.

Et s'il s'agit d'un homme droit (adam kacher), on est bien obligé de déchirer ! Car on a enseigné : pourquoi les fils et les filles d'un homme meurent-ils jeunes ?

Pour qu'il pleure et porte le deuil d'un homme droit.

💡 Explication

Deuxième objection : au-dessous du sage il y a l'adam kacher, l'homme droit, craignant le Ciel et fidèle dans ses actes. Une baraita sur la mort des jeunes enfants suppose qu'un tel deuil incombe à tous.

4
יִבְכֶּה וְיִתְאַבֵּל?! עֶרְבוֹנָא קָא שָׁקֵיל מִינֵּיהּ?! אֶלָּא: מִפְּנֵי שֶׁלֹּא בָּכָה וְהִתְאַבֵּל עַל אָדָם כָּשֵׁר. שֶׁכָּל הַבּוֹכֶה וּמִתְאַבֵּל עַל אָדָם כָּשֵׁר — מוֹחֲלִין לוֹ עַל כָּל עֲוֹנֹותָיו בִּשְׁבִיל כָּבוֹד שֶׁעָשָׂה לוֹ! דְּלָאו אָדָם כָּשֵׁר הוּא.

« Pour qu'il pleure et porte le deuil » ? Prend-on de lui un gage par avance ?

Dis plutôt : parce qu'il n'a pas pleuré ni porte le deuil d'un homme droit. Car quiconque pleure et porte le deuil d'un homme droit, on lui pardonne toutes ses fautes, en raison de l'honneur qu'il lui a rendu. — [La michna vise donc] celui qui n'est pas un homme droit.

💡 Explication

La Guemara refuse de lire la baraita comme une saisie anticipée : on ne prend pas les enfants en éravon (gage) pour produire un deuil à venir. La mort des enfants est relue comme la sanction d'un deuil qui n'a pas été porte.

Il en ressort que pleurer un homme droit vaut pardon des fautes ; l'obligation est donc bien générale, et la michna se restreint d'un cran de plus.

5
אִי דְּקָאֵי הָתָם בִּשְׁעַת יְצִיאַת נְשָׁמָה חַיּוֹבֵי מִיחַייַּב! דְּתַנְיָא, רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן אֶלְעָזָר אוֹמֵר: הָעוֹמֵד עַל הַמֵּת בִּשְׁעַת יְצִיאַת נְשָׁמָה — חַיָּיב לִקְרֹועַ. לְמַה זֶה דּוֹמֶה — לְסֵפֶר תּוֹרָה שֶׁנִּשְׂרַף, שֶׁחַיָּיב לִקְרֹועַ!

Et s'il se tenait là au moment où l'âme sort, il est bien obligé [de déchirer] ! Car on a enseigné : Rabbi Chimon ben Elazar dit : celui qui se tient auprès du mort au moment où l'âme sort est obligé de déchirer.

À quoi cela ressemble-t-il ? À un rouleau de la Torah qui brûle, pour lequel on est obligé de déchirer.

📜 Rachi (1)
גְּמ' לְסֵפֶר תּוֹרָה דְּתוֹרָה קְרוּיָה נֵר שֶׁנֶּאֱמַר (מִשְׁלֵי ו׳:כ״ג) כִּי נֵר מִצְוָה וְתוֹרָה אוֹר וּנְשָׁמָה נִקְרֵאת נֵר דִּכְתִיב (שָׁם כ) נֵר (אֱ-לֹהִים) נִשְׁמַת אָדָם:
car la Torah est appelée lampe, ainsi qu'il est dit (Proverbes 6, 23) : « car la mitsva est une lampe et la Torah une lumière » ; et la nechama (âme) est elle aussi appelée lampe, ainsi qu'il est écrit (ibid. 20, 27) : « la lampe de D.ieu est l'âme de l'homme ».
💡 Explication

Troisième objection, qui ne tient plus au mérite du mort mais à la présence du vivant : assister à la yetsiat nechama (sortie de l'âme) oblige à déchirer, quel que soit le mort.

La comparaison au rouleau de la Torah que l'on voit brûler donne la mesure : ce qui disparaît sous les yeux est une lumière, et Rachi en fournit les deux versets.

6
דְּלָא קָאֵי הָתָם בִּשְׁעַת יְצִיאַת נְשָׁמָה.

[La michna vise le cas] où il ne se tenait pas là au moment où l'âme sort.

💡 Explication

La michna est donc lue comme portant sur un cas étroit : un mort qui n'est ni sage ni homme droit, devant lequel on ne se trouvait pas au moment de la sortie de l'âme. Dans ce seul cas, la déchirure reste l'affaire des sept proches parents.

🖼️ Schéma
Les trois conditions qui doivent toutes manquer pour que la michna s'applique Ce n'est pas un sage segments 0 à 1 Ce n'est pas un homme droit segments 2 à 3 Je n'étais pas présent à la sortie de l'âme segments 4 à 5 Alors seuls les parents énumérés par la michna déchirent c'est le cas résiduel que la michna enseigne
La michna ne se comprend qu'en retranchant les trois cas d'obligation générale : il faut que les trois manquent ensemble.
7
כִּי נָח נַפְשֵׁיהּ דְּרַב סָפְרָא, לָא קְרַעוּ רַבָּנַן עֲלֵיהּ, אָמְרִי: לָא גָּמְרִינַן מִינֵּיהּ. אֲמַר לְהוּ אַבַּיֵּי: מִי תַּנְיָא ״הָרַב שֶׁמֵּת״? ״חָכָם שֶׁמֵּת״ תַּנְיָא. וְעוֹד: כֹּל יוֹמָא שְׁמַעְתָּתֵיהּ בְּפֻומִּין בְּבֵי מִדְרְשָׁא.

Quand Rav Safra rendit l'âme, les maîtres ne déchirèrent pas pour lui. Ils disaient : nous n'avons pas étudié auprès de lui.

Abaye leur dit : à-t-on enseigne « un maître qui meurt » ? C'est « un sage qui meurt » que l'on a enseigné.

Et de plus : chaque jour ses enseignements sont dans nos bouches à la maison d'étude.

📜 Rachi (1)
שֶׁמְּעֻתָּתֶיהָ בְּפֻומִּין וְהָוֵי כְּמַאן דְּגָמְרִינַן מִינֵּיהּ:
c'est donc comme si nous avions étudié auprès de lui.
💡 Explication

Le folio passe des baraitot aux cas réels. Les maîtres avaient compris l'obligation comme liée au lien de disciple ; Abaye la ramène au terme même de la baraita, qui dit 'hakham et non rav.

Second argument : réciter chaque jour les enseignements d'un maître revient à être son disciple, même sans l'avoir entendu.

8
סָבוּר: מַה דַּהֲוָה הֲוָה. אֲמַר לְהוּ אַבַּיֵּי, תְּנֵינָא: חָכָם, כָּל זְמַן שֶׁעוֹסְקִין בְּהֶסְפֵּד — חַיָּיבִין לִקְרֹועַ. סָבוּר לְמִיקְרַע לְאַלְתַּר, אֲמַר לְהוּ אַבַּיֵּי, תַּנְיָא: חָכָם כְּבוֹדוֹ בְּהִסְפִּידוּ.

Ils pensèrent : ce qui est fait est fait. Abaye leur dit : nous avons appris — pour un sage, aussi longtemps que l'on est occupé à son oraison funèbre, on est obligé de déchirer.

Ils pensèrent alors déchirer immédiatement. Abaye leur dit : on a enseigné — l'honneur du sage est au moment de son oraison funèbre.

📜 Rachi (2)
מַאי דַהֲוָה הֲוָה הוֹאִיל דְּלָא קְרָעוֹ בִּשְׁעַת מִיתָה תּוּ לָא קָרְעֵי:
puisqu'ils n'avaient pas déchiré au moment de la mort, ils ne déchirent plus.
לְמִקְרַע לְאַלְתַּר בְּלֹא הֶסְפֵּד:
sans oraison funèbre.
💡 Explication

Deux erreurs successives. La première tient le délai pour clos : la déchirure se fait au moment de la mort, et l'occasion serait passée. Abaye répond que pour un sage le temps de la keria s'étend à toute la durée du hesped (oraison funèbre).

La seconde erreur est inverse : déchirer sur-le-champ, hors du hesped. Abaye écarte aussi cette voie, car l'honneur du sage se manifeste précisément pendant l'oraison, devant l'assemblée.

🖼️ Schéma
Quand déchire-t-on pour un sage : la fenêtre ouverte par Abaye Moment de la mort Oraison funèbre Fin de l'oraison les maîtres n'ont pas déchiré pour Rav Safra c'est là qu'est l'honneur du sage : on déchire alors la fenêtre se ferme Deux erreurs corrigées par Abaye : penser que le temps était passé (ce qui est fait est fait), puis vouloir déchirer aussitôt, sans attendre l'oraison funèbre.
Pour un sage, la déchirure n'a pas son moment propre à l'instant de la mort : elle se fait pendant l'oraison funèbre, et jusqu'à sa fin.
9
כִּי נָח נַפְשֵׁיהּ דְּרַב הוּנָא, סְבוּר לְאוֹתוֹבֵי סֵפֶר תּוֹרָה אַפֻּורְייֵהּ. אֲמַר לְהוּ רַב חִסְדָּא: מִילְּתָא דִּבְחַייֵּהּ לָא סְבִירָא לֵיהּ, הַשְׁתָּא לֵיקוּם לֵיהּ לֶיעְבַּד לֵיהּ? דְּאָמַר רַב תַּחְלִיפָא: אֲנָא חֲזֵיתֵיהּ לְרַב הוּנָא דְּבָעֵי לְמֵיתַב אַפֻּורְייֵהּ, וַהֲוָה מַנַּח סֵפֶר תּוֹרָה עֲלֵיהּ, וְכַף כַּדָּא אַאַרְעָא וְאוֹתֵיב סֵפֶר תּוֹרָה עִילָּוֵיהּ. אַלְמָא קָסָבַר: אָסוּר לֵישֵׁב עַל גַּבֵּי מִטָּה שֶׁסֵּפֶר תּוֹרָה מֻונָּח עָלֶיהָ.

Quand Rav Houna rendit l'âme, ils pensèrent poser un rouleau de la Torah sur son lit funèbre. Rav Hisda leur dit : une chose qu'il ne tenait pas de son vivant, allons-nous maintenant nous lever pour la lui faire ?

Car Rav Tahlifa a dit : j'ai vu moi-même Rav Houna qui voulait s'asseoir sur son lit, et un rouleau de la Torah y était posé ; il retourna une cruche sur le sol et posa le rouleau dessus. Il tenait donc qu'il est interdit de s'asseoir sur un lit sur lequel un rouleau de la Torah est posé.

📜 Rachi (1)
לְאוֹתוֹבֵי ס"ת אַפֻּורְיֵיהּ וְלוֹמַר קִייֵּם זֶה מַה שֶּׁכָּתוּב בָּזֶה:
et dire ainsi : celui-ci a accompli ce qui est écrit dans celui-là.
🗂️ Tossefot (1)
וְכַף כַּדָּא אַאַרְעָא וְאַנַּח עֲלֵיהּ סֵפֶר תּוֹרָה. וְנִרְאֶה דַּאֲפִילּוּ הַסֵּפֶר תּוֹרָה מֻונָּח בְּגָבוֹהַּ מִמֶּנּוּ לָא שָׁרִי מִדְּלָא אוֹתְבוּהָ לְסֵפֶר תּוֹרָה בְּגָבוֹהַּ מִמֶּנּוּ וְכֵן פֵּירַשְׁתִּי בִּמְנָחוֹת בְּפֶרֶק הַקּוֹמֵץ רַבָּה (מְנָחוֹת דַּף לב:). וְשָׁם הֶאֱרַכְתִּי:
Il apparaît que même si le rouleau de la Torah était posé plus haut que lui, cela ne serait pas permis, puisqu'ils n'ont pas placé le rouleau en un lieu plus élevé que lui. J'ai expliqué de même dans Menahot, au chapitre HaKometz Rabba (Menahot 32b), et je m'y suis étendu.
💡 Explication

La coutume visée consiste à déposer un sefer Torah sur le lit funèbre du sage, pour dire que le mort a accompli ce qui est écrit dans le rouleau. Rav Hisda l'écarte par un principe simple : on ne rend pas à un maître, après sa mort, un honneur dont il refusait la validité de son vivant.

Le témoignage de Rav Tahlifa établit la position de Rav Houna : plutôt que de s'asseoir sur un lit portant un rouleau, il préférait retourner une cruche pour y déposer le rouleau. Poser un rouleau sur le lit du mort reviendrait donc à une conduite qu'il tenait pour interdite.

10
לָא הֲוָה נָפֵיק פֻּורְיָא מִבָּבָא, סְבוּר לְשַׁלְשׁוֹלֵי דֶּרֶךְ גַּגִּין. אֲמַר לְהוּ רַב חִסְדָּא, הָא גְּמִירְנָא מִינֵּיהּ: חָכָם, כְּבוֹדוֹ דֶּרֶךְ פֶּתַח.

Le lit funèbre ne passait pas par la porte ; ils pensèrent le faire descendre par les toits. Rav Hisda leur dit : cela, je l'ai appris de lui — l'honneur du sage est de sortir par la porte.

📜 Rachi (1)
לָא הֲוָה נָפֵיק פֻּורְיָא מִבָּבָא דְּזוּטָר הֲוָה בָּבָא:
car la porte était étroite.
💡 Explication

Deuxième proposition, écartée par une règle que Rav Hisda tient de Rav Houna lui-même : la sortie du sage se fait par l'ouverture normale de la maison. Descendre le corps par le toit serait un expédient qui marque la gêne, et non l'honneur.

11
סְבוּר לְאַשְׁנוֹיֵי מִפֻּורְיָא לְפֻורְיָא. אֲמַר לְהוּ רַב חִסְדָּא, הָכִי גְּמִירְנָא מִינֵּיהּ: חָכָם כְּבוֹדוֹ בְּמִטָּה רִאשׁוֹנָה. דְּאָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר רַב: מִנַּיִן לְחָכָם שֶׁכְּבוֹדוֹ בְּמִטָּה רִאשׁוֹנָה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וַיַּרְכִּיבוּ אֶת אֲרוֹן הָאֱ-לֹהִים אֶל עֲגָלָה חֲדָשָׁה״. פָּרוּס בָּבָא וְאַפְּקוּהָ.

Ils pensèrent le transférer d'un lit à un autre. Rav Hisda leur dit : voici ce que j'ai appris de lui — l'honneur du sage est [d'être porte] sur le premier lit.

Car Rav Yehouda a dit au nom de Rav : d'où sait-on que l'honneur du sage est sur le premier lit ? De ce qu'il est dit : « et ils placèrent l'arche de D.ieu sur un chariot neuf » (II Samuel 6, 3).

Ils démolirent la porte et le firent sortir.

📜 Rachi (3)
מִפּוּרְיָא לְפּוּרְיָא לְתִתּוֹ בְּמִטָּה אַחֲרִיתָא קְטַנָּה שֶׁתֵּצֵא דֶּרֶךְ הַפֶּתַח:
le placer sur un autre lit, plus petit, qui puisse passer par la porte.
אֶל עֲגָלָה חֲדָשָׁה אוֹתָהּ עֲגָלָה שֶׁשִּׁיגְּרוּהוּ פְּלִשְׁתִּים בָּהּ וּבְאוֹתָהּ עֲגָלָה הֵבִיאוּ דָּוִד מִבֵּית אֲבִינָדָב לְעִיר דָּוִד:
c'est ce même chariot sur lequel les Pelichtim l'avaient renvoyée ; et c'est sur ce même chariot que David la fit monter de la maison d'Avinadav à la ville de David.
פָּרוּס בָּבָא שָׁבְרוּ הַפֶּתַח וְהִרְחִיבוּהוּ:
ils brisèrent la porte et l'élargirent.
💡 Explication

Troisième proposition : changer de lit pour un plus étroit. Rav Hisda l'écarte encore, au nom d'une règle apprise du même maître : le sage est porte sur la mita richona, le premier lit, celui sur lequel il a été déposé.

Le verset de l'arche fournit l'appui : David la fit monter sur le chariot même par lequel les Pelichtim l'avaient renvoyée, sans en changer. Le sage est ici tenu pour comparable à l'arche. Restait une seule issue : abattre la porte.

🖼️ Schéma
Le verset de l'arche et la règle du premier lit L'arche (II Samuel 6, 3) Les Pelichtim la renvoient sur un chariot neuf. David la fait monter sur ce même chariot, de la maison d'Avinadav à la ville de David. Le sage Il est porte sur le lit où il a d'abord été déposé. On ne le transfère pas sur un autre lit, même pour résoudre une difficulté matérielle. Conséquence pratique à la maison de Rav Houna : on brise la porte et on l'élargit le lit reste le même, la sortie se fait par l'ouverture de la maison
Le raisonnement transfère à la dépouille du sage la conduite tenue envers l'arche : le même support du début à la fin.
12
פְּתַח עֲלֵיהּ רַבִּי אַבָּא: רָאוּי הָיָה רַבֵּינוּ שֶׁתִּשְׁרֶה עָלָיו שְׁכִינָה, אֶלָּא שֶׁבָּבֶל גָּרְמָה לוֹ.

Rabbi Abba ouvrit son oraison funèbre : notre maître était digne que la Chekhina reposât sur lui ; seule Bavel l'en a empêché.

📜 Rachi (1)
בָּבֶל גָּרְמָה לוֹ שֶׁאֵין שְׁכִינָה שׁוֹרָה בְּחוּץ לָאָרֶץ:
car la Chekhina ne repose pas hors de la terre d'Israël.
💡 Explication

L'éloge se formule comme un regret : la stature de Rav Houna appelait la Chekhina (Présence divine), et le lieu l'a retenue. Rachi rappelle la règle supposée : la Chekhina ne repose pas hors de la terre d'Israël.

13
מֵתִיב רַב נַחְמָן בַּר חִסְדָּא, וְאָמְרִי לַהּ רַב חָנָן בַּר חִסְדָּא: ״הָיֹה הָיָה דְבַר ה׳ אֶל יְחֶזְקֵאל בֶּן בּוּזִי הַכֹּהֵן בְּאֶרֶץ כַּשְׂדִּים״!

Rav Nahman bar Hisda objecta — et certains disent Rav Hanan bar Hisda : « La parole de Hachem fut adressée à Ye'hezkel fils de Bouzi le kohen, au pays des Kasdim » (Ezechiel 1, 3) !

💡 Explication

L'objection porte directement sur la règle avancée dans l'oraison : Ye'hezkel a bien reçu la prophétie en Bavel, au pays des Kasdim. Si la Présence n'y repose pas, ce verset devient difficile.

14
טְפַח לֵיהּ אֲבוּהּ בְּסַנְדָּלֵיהּ, אֲמַר לֵיהּ: לָאו אָמֵינָא לָךְ לָא תִּיטְרוֹד עָלְמָא? מַאי ״הָיָה״ — שֶׁהָיָה כְּבָר.

Son père le frappa de sa sandale et lui dit : ne t'ai-je pas dit de ne pas importuner l'assemblée ? Que signifie « fut, fut » ?

Qu'elle avait déjà été auparavant.

📜 Rachi (3)
טָפַח לֵיהּ אַבֹּוהַּ רַב חִסְדָּא בְּסַנְדָּלָא שֶׁטָּפַח לוֹ לְרַב נַחְמָן עַל סַנְדָּלוֹ כְּאָדָם שֶׁנּוֹגֵעַ עַל רֶגֶל חֲבֵירוֹ בַּחֲשַׁאי כְּדֵי שֶׁלֹּא יִשְׁמְעוּ הָעוֹמְדִים סְבִיב מִטָּתוֹ דְּרַב הוּנָא ע"א הִכָּהוּ בְּסַנְדָּלוֹ:
Rav Hisda frappa Rav Nahman sur sa sandale, à la manière de celui qui touche discrètement le pied de son compagnon, afin que ceux qui se tenaient autour du lit de Rav Houna n'entendent pas. Autre explication : il le frappa de sa sandale.
לֹא תִּטְרוֹד עָלְמָא לֹא תִּטְרַח בְּקֻושְׁיוֹת:
ne fatigue pas l'assemblée par des questions.
שֶׁהָיָה כְּבָר כְּלוֹמַר הַהִיא שַׁעְתָּא הֲוָה וְלֹא יוֹתֵר וְיֵשׁ אוֹמְרִים שֶׁהָיָה כְּבָר בְּאֶרֶץ יִשְׂרָאֵל שֶׁשָּׁרְתָה עָלָיו רוּחַ הַקֹּודֶשׁ:
c'est-à-dire : ce fut à cette heure-là et pas davantage. Et certains disent : il y avait déjà eu [prophétie] en terre d'Israël, où le roua'h hakodech (esprit de sainteté) avait reposé sur lui.
💡 Explication

Le geste de Rav Hisda tient au lieu : une objection posée pendant une oraison funèbre détourne l'assemblée de son objet. Rachi précise que le coup sur la sandale se voulait discret.

La réponse porte sur le doublement du verbe dans le verset, hayo haya. Le redoublement indique une parole déjà reçue auparavant : la prophétie de Ye'hezkel avait commencé ailleurs, et ce qu'il reçoit en Bavel prolonge ce commencement.

15
כִּי אַסְּקוּהָ לְהָתָם, אֲמַרוּ לֵיהּ לְרַבִּי אַמֵּי וּלְרַבִּי אַסִּי: רַב הוּנָא אָתֵי. אָמְרוּ: כִּי הֲוֵינַן הָתָם לָא הֲוָה לַן לְדַלּוֹיֵי רֵישִׁין מִינֵּיהּ. הַשְׁתָּא אָתֵינַן הָכָא — אֲתָא בִּתְרֵין?

Quand on le monta là-bas, on dit à Rabbi Ami et à Rabbi Assi : Rav Houna arrive. Ils dirent : lorsque nous étions là-bas, nous n'osions pas lever la tête devant lui ; maintenant que nous sommes venus ici, voilà qu'il viendrait après nous ?

📜 Rachi (3)
כִּי אַסְּקוּהָ לְהָתָם לְאֶרֶץ יִשְׂרָאֵל לְקָובְרוֹ שֶׁכָּל הַנִּקְבָּר שָׁם נִקְבַּר בְּלֹא חֵטְא שֶׁנֶּאֱמַר הָעָם הַיֹּושֵׁב בָּהּ נְשֻׂוא עָוֹן כִּדְאִיתָא בִּכְתֻובּוֹת (דַּף קיא.):
en terre d'Israël, pour l'y enterrer : car quiconque y est enterré l'est sans faute, ainsi qu'il est dit « le peuple qui y habite à sa faute pardonnée » (Isaie 33, 24), comme il est rapporté dans Ketoubot (111a).
לְדִלְוַיי רֵישִׁין דְּאָדָם חָשׁוּב הָיָה וַהֲוָה לָן בֹּושֶׁת לְדִלְוַיי רֵישִׁין:
car c'était un homme considérable, et nous avions honte de lever la tête.
וְאָתֵי לְהָכָא דְּסִבּוּרִין שֶׁהוּא חַי:
car ils pensaient qu'il était vivant.
💡 Explication

Le corps est monté en terre d'Israël pour y être enterré. Rachi rappelle le motif : la terre d'Israël expie, selon le verset d'Isaie que cite aussi Ketoubot.

Les maîtres d'Israël comprennent d'abord l'annonce comme celle d'une arrivée de son vivant, ce qui les embarrasse : ils avaient quitté Bavel où son autorité les dépassait.

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אָמְרוּ לֵיהּ: אֲרוֹנוֹ בָּא. רַבִּי אַמֵּי וְרַבִּי אַסִּי נְפוּק, רַבִּי אִילָא וְרַבִּי חֲנִינָא לָא נְפוּק. אִיכָּא דְאָמְרִי: רַבִּי אֵילָא נְפַק, רַבִּי חֲנִינָא לָא נְפַק.

On leur dit : c'est son cercueil qui arrive. Rabbi Ami et Rabbi Assi sortirent ; Rabbi Ila et Rabbi Hanina ne sortirent pas.

Certains disent : Rabbi Ila sortit, Rabbi Hanina ne sortit pas.

💡 Explication

Le malentendu levé, la question devient pratique : sort-on au-devant d'un cercueil en transit ? Les maîtres se partagent, et la Guemara va rattacher chaque conduite à une baraita.

17
דִּנְפַק, מַאי טַעְמֵיהּ? דְּתַנְיָא: אָרוֹן הָעוֹבֵר מִמָּקוֹם לְמָקוֹם — עוֹמְדִים עָלָיו בְּשׁוּרָה וְאוֹמְרִים עָלָיו בִּרְכַּת אֲבֵלִים וְתַנְחוּמֵי אֲבֵלִים. דְּלָא נְפַק, מַאי טַעְמָא? דְּתַנְיָא: אָרוֹן הָעוֹבֵר מִמָּקוֹם לְמָקוֹם — אֵין עוֹמְדִין עָלָיו בְּשׁוּרָה וְאֵין אוֹמְרִים עָלָיו בִּרְכַּת אֲבֵלִים וְתַנְחוּמֵי אֲבֵלִים.

Celui qui est sorti, quelle est sa raison ? Car on a enseigné : un cercueil que l'on transporte d'un lieu à un autre, on se tient pour lui en rang, on dit sur lui la bénédiction des endeuillés et les consolations des endeuillés.

Celui qui n'est pas sorti, quelle est sa raison ? Car on a enseigné : un cercueil que l'on transporte d'un lieu à un autre, on ne se tient pas pour lui en rang, on ne dit pas sur lui la bénédiction des endeuillés ni les consolations des endeuillés.

💡 Explication

Deux baraitot s'opposent sur le aron haover mimakom lemakom, le cercueil en transit. En jeu, trois usages : la chourat hamenahamim (la haie que forment les consolateurs au retour de l'enterrement), la bénédiction des endeuillés et les paroles de consolation.

18
קַשְׁייָן אַהֲדָדֵי! לָא קַשְׁיָא: כָּאן — שֶׁשִּׁלְדּוֹ קַיֶּימֶת, כָּאן — בְּשֶׁאֵין שִׁלְדּוֹ קַיֶּימֶת. וְרַב הוּנָא שִׁלְדּוֹ קַייֶּמֶת הֲוָה? דְּלָא נְפַק, לָא סַיְּימוּהּ קַמֵּיהּ.

Les deux enseignements se contredisent ! Ce n'est pas difficile : ici, lorsque son squelette est encore intact ; là, lorsque son squelette n'est plus intact.

Et le squelette de Rav Houna était-il intact ? [Il l'était.] Celui qui n'est pas sorti, on ne le lui avait pas précisé.

📜 Rachi (2)
שִׁלְדּוֹ גּוּפוֹ קַייֶּמֶת יוֹצְאִין:
son corps est intact : alors on sort.
לָא סַייְּמוּהּ קַמֵּיהּ דְּשִׁלְדּוֹ הֲוָה קַיֶּימֶת:
on ne lui avait pas précisé que son squelette était intact.
💡 Explication

La résolution repose sur l'état du corps : chelado kayemet désigne un corps encore constitué, par opposition à des ossements déjà rassemblés après décomposition. Les honneurs de deuil ne s'attachent qu'au premier cas.

Reste à expliquer la conduite de celui qui n'est pas sorti, alors que le corps de Rav Houna était bien dans cet état : on ne le lui avait tout simplement pas fait savoir.

🖼️ Schéma
Sort-on au-devant d'un cercueil qui passe d'un lieu à un autre ? Première baraita On se tient en rang devant lui, on dit la bénédiction des endeuillés et les consolations des endeuillés. R. Ami et R. Assi sortent Seconde baraita On ne se tient pas en rang, on ne dit ni la bénédiction ni les consolations. R. Hanina ne sort pas Résolution : la première vise le cas où le squelette est encore intact, la seconde le cas contraire chelado kayemet : le corps n'est pas encore désagrégé Celui de Rav Houna l'était ; celui qui n'est pas sorti l'ignorait, faute qu'on le lui ait précisé.
La contradiction entre les deux baraitot se résout par l'état du corps transporté, et la conduite divergente des maîtres par ce qu'on leur avait dit.
19
אָמְרִי: הֵיכָא נַינְּחֵיהּ? רַב הוּנָא רִיבֵּץ תּוֹרָה בְּיִשְׂרָאֵל, וְרַבִּי חִיָּיא רִיבֵּץ תּוֹרָה בְּיִשְׂרָאֵל הֲוָה.

Ils dirent : où le déposerons-nous ? Rav Houna a répandu la Torah en Israël, et Rabbi Hiya avait répandu la Torah en Israël.

📜 Rachi (2)
רַב הוּנָא רִיבֵּץ תּוֹרָה כִּדְאָמְרִינַן פֶּרֶק שְׁנֵי דַּיָּינֵי גְּזֵירוֹת (כְּתֻובּוֹת דַּף קו.) כִּי קָיְימִי רַבָּנָן מִקַּמֵּיהּ וּמְנַפְּצִי גְּלִימַייְהוּ מִכַּסֵּי לֵיהּ לְיוֹמָא בְּאַבְקָא:
comme nous le disons au chapitre Chnei Dayanei Guezerot (Ketoubot 106a) : lorsque les maîtres se levaient de devant lui et secouaient leurs manteaux, la poussière obscurcissait le jour.
רַבִּי חַיָּיא רִיבֵּץ תּוֹרָה כִּדְאָמְרִינַן בְּבָבָא מְצִיעָא (דַּף פֹּה:) אֲנָא עָבְדִי לֵיהּ לְתוֹרָה דְּלֹא תִּשְׁתַּכַּח מִיִּשְׂרָאֵל:
comme nous le disons dans Baba Metsia (85b) : j'ai fait en sorte que la Torah ne soit pas oubliée d'Israël.
🗂️ Tossefot (1)
וְרַבִּי חִיָּיא רִיבֵּץ תּוֹרָה וְכוּ'. וְהִקְשָׁה בְּתוֹסָפוֹת הָרַב דְּמַשְׁמַע בִּירוּשַׁלְמִי שֶׁרַב הוּנָא מֵת קֹודֶם רַבִּי חַייָּא דְּאָמַר לֵיהּ לְרַבִּי חַייָּא אֲרוֹנוֹ בָּא וְהָכָא מַשְׁמַע שֶׁרַבִּי חַיָּיא מֵת קֹודֶם רַב הוּנָא וְנִרְאֶה לִי דְּרַב הוּנָא אַחֵר הָיָה וְאוֹתוֹ שֶׁבִּימֵי רַבִּי חַייָּא אֵין זֶה רַב הוּנָא תַּלְמִידוֹ דְּרַב ע"כ וּמִיהוּ קָשֶׁה בִּירוּשַׁלְמִי קָאָמַר בְּעֻובְדָּא דְּהָכָא רַב הוּנָא רֵישׁ גָּלוּתָא וּלְפִי הָעִנְיָן שֶׁל הַיְּרוּשַׁלְמִי הָיָה מַשְׁמַע דְּזַקְפֵיהּ ר' חַגָּא לַאֲרוֹנֵיהּ דְּרַב הוּנָא כְּדֵי שֶׁלֹּא יְהֵא יוֹשֵׁב אֵצֶל הַצַּדִּיקִים וְהָכִי אִיתָא בְּפִי' רַבֵּינוּ חֲנַנְאֵל דְּרַב הוּנָא רֵישׁ גָּלוּתָא:
Le Rav a soulevé dans les Tossefot une difficulté : il ressort du Talmud de Jérusalem que Rav Houna mourut avant Rabbi Hiya, puisqu'on dit à Rabbi Hiya « son cercueil arrive », alors qu'ici il ressort que Rabbi Hiya mourut avant Rav Houna. Il me semble qu'il s'agit d'un autre Rav Houna, et que celui qui vivait du temps de Rabbi Hiya n'est pas le Rav Houna disciple de Rav — fin de citation. Une difficulté demeure pourtant : le Talmud de Jérusalem, dans ce même épisode, dit « Rav Houna le Rech Galouta », et d'après le contexte du Yerouchalmi il semblerait que Rabbi Haga ait redressé le cercueil de Rav Houna pour qu'il ne repose pas auprès des justes. Ainsi se trouve-t-il dans le commentaire de Rabbenou Hananel : il s'agit de Rav Houna le Rech Galouta.
💡 Explication

Le choix du lieu de sépulture se fait par appariement de mérite : celui qui a diffusé la Torah repose auprès de celui qui l'a diffusée. Rachi renvoie pour chacun à un témoignage précis, l'affluence des disciples pour Rav Houna, et l'entreprise de Rabbi Hiya pour que la Torah ne s'oublie pas.

20
מַאן מְעַייֵּל לֵיהּ? אֲמַר לְהוּ רַב חַגָּא: אֲנָא מְעַיֵּילְנָא לֵיהּ, דְּאוֹקֵמְתֵּיהּ לְתַלְמוּדַאי כִּי הֲוֵינָא בַּר תַּמְנֵי סְרֵי שְׁנִין וְלָא חֲזֵי לִי קֶרִי, וּמַשְׁמַע לִי(ה) קַמֵּיהּ, וְיָדְעִי בְּעוֹבְדֶיהָ, דְּיוֹמָא חַד אִתְהֲפִיכָא לֵיהּ רְצוּעָה דִּתְפִילִּין וִיתֵיב עֲלַהּ אַרְבְּעִין תַּעֲנִיָּתָא.

Qui l'introduira ? Rav Haga leur dit : moi je l'introduirai, car j'ai présenté mon étude devant lui lorsque j'avais dix-huit ans sans avoir connu d'impureté séminale, je l'ai servi comme disciple et j'ai connu ses actes : un jour la lanière de ses tefilin se retourna, et il s'imposa pour cela quarante jeûnes.

📜 Rachi (2)
מַאן מְעַיֵּיל לֵיהּ מִי יֵלֵךְ לְהַכְנִיסוֹ לִקְבוּרָה אֵצֶל רַבִּי חַיָּיא:
qui ira le déposer dans la sépulture auprès de Rabbi Hiya.
אִיתְהֲפִיכָא לֵיהּ רְצוּעָה דִתְפִילִּין הַשָּׁחוֹר בִּפְנִים דִּרְצוּעָה שְׁחֹורָה נִרְאֶה בַּחוּץ הֲלָכָה לְמֹשֶׁה מִסִּינַי:
le côté noir se trouva à l'intérieur ; or que la lanière soit noire au dehors est une halakha transmise à Moche au Sinaï.
💡 Explication

L'accès à la grotte de Rabbi Hiya est réservé. Rav Haga avance trois titres : la pureté de sa jeunesse d'étudiant, le chimouch (service du maître) qui vient s'ajouter à l'étude, et la connaissance directe de la conduite de Rabbi Hiya.

L'exemple donné mesure cette conduite : une lanière de tefilin retournée, dont le côté noir se trouvait à l'intérieur, lui valut quarante jours de jeûne.

21
עַיְּילֵיהּ, הֲוָה גָּנֵי יְהוּדָה מִיַּמִּינֵיהּ דַּאֲבוּהּ וְחִזְקִיָּה מִשְּׂמָאלֵיהּ. אֲמַר לֵיהּ יְהוּדָה לְחִזְקִיָּה: קוּם מִדֻּוכְתִּיךְ, דְּלָאו אֹורַח אַרְעָא דְּקָאֵים רַב הוּנָא. בַּהֲדֵי דְּקָאֵים — קָם בַּהֲדֵיהּ עַמּוּדָא דְנוּרָא. חַזְייֵהּ רַב חַגָּא, אִיבָּעֵית, זַקְפֵיהּ לַאֲרוֹנֵיהּ וּנְפַק אֲתָא. וְהַאי דְּלָא אֵיעָנֵשׁ (עָנַשׁ), מִשּׁוּם דְּזַקְפֵיהּ לַאֲרוֹנֵיהּ דְּרַב הוּנָא.

Il l'introduisit. Yehouda reposait à la droite de son père et Hizkiya à sa gauche.

Yehouda dit à Hizkiya : lève-toi de ta place, car il ne convient pas que Rav Houna demeure debout. Lorsqu'il se leva, une colonne de feu se leva avec lui.

Rav Haga le vit, fut saisi d'effroi, dressa le cercueil et sortit. Il ne subit aucun mal, parce qu'il avait dressé devant lui le cercueil de Rav Houna.

📜 Rachi (2)
אִיבָּעֵית נִבְעַת וְנִפְחַד:
il fut saisi d'effroi et prit peur.
זַקְפֵיהּ לַאֲרוֹנָא דְּרַב הוּנָא לְקַמֵּיהּ עַמּוּדָא דְּנוּרָא דְּלָא לַיזְּקֵיהּ:
il dressa le cercueil de Rav Houna devant la colonne de feu, pour qu'elle ne lui fasse pas de mal.
💡 Explication

La scène met en présence les deux fils de Rabbi Hiya, Yehouda et Hizkiya. La place à céder est une question de derekh erets : laisser un maître debout tandis qu'on repose serait inconvenant.

La colonne de feu accompagne le mouvement du juste ; Rachi explique que Rav Haga s'est protégé en interposant le cercueil de Rav Houna entre elle et lui.

22
כִּי נָח נַפְשֵׁיהּ דְּרַב חִסְדָּא, סְבוּר לְאוֹתוֹבֵי סֵפֶר תּוֹרָה אַפֻּורְייֵהּ. אֲמַר לְהוּ רַבִּי יִצְחָק: מִילְּתָא דִּלְרַבֵּיהּ לָא סְבִירָא לֵיהּ, אֲנַן נֵיקוּם נַעֲבֵיד לֵיהּ?

Quand Rav Hisda rendit l'âme, ils pensèrent poser un rouleau de la Torah sur son lit funèbre. Rabbi Yitshak leur dit : une chose que son maître ne tenait pas, allons-nous nous lever pour la lui faire ?

💡 Explication

La scène du segment 8 se rejoue, d'une génération à l'autre. L'argument se transmet avec elle : Rav Hisda était le disciple de Rav Houna, et l'usage que le maître refusait ne se pratique pas davantage pour le disciple.

23
סְבוּר דְּלָא לְמִישְׁלַל קִרְעַייְהוּ. אֲמַר לְהוּ רַבִּי יִצְחָק בַּר אַמֵּי: חָכָם, כֵּיוָן שֶׁהֶחְזִירוּ פְּנֵיהֶם מֵאֲחוֹרֵי הַמִּטָּה — שׁוֹלְלִין.

Ils pensèrent ne pas faufiler leurs déchirures. Rabbi Yitshak bar Ami leur dit : pour un sage, dès lors qu'ils ont détourné leur visage de derrière le lit funèbre, on faufile.

🗂️ Tossefot (1)
חָכָם כֵּיוָן שֶׁהֶחֱזִיר פָּנָיו. פֵּירוּשׁ חָכָם שֶׁמֵּת כֵּיוָן שֶׁהֶחֱזִיר פָּנָיו אוֹתוֹ שֶׁקָּרַע וְגָרְסִינַן אֲפִילּוּ חָכָם שֶׁקָּרַע עַל הֶחָכָם כֵּיוָן שֶׁהֶחֱזִיר פָּנָיו שׁוֹלֵל לְאַלְתַּר דְּמִשּׁוּם כְּבוֹדוֹ שֶׁל חָכָם הַקּוֹרֵעַ הִתִּירוּ דִּגְנַאי הוּא לָצֵאת בְּבֶגֶד קָרוּעַ וְלָא נַהֵיר':
Explication : il s'agit d'un sage qui est mort, et dès lors que celui qui a déchiré a détourné son visage. On lit aussi : même un sage qui a déchiré pour un sage, dès lors qu'il a détourné son visage, faufile immédiatement, car on l'a permis en raison de l'honneur du sage qui déchire, puisqu'il y aurait déshonneur à sortir avec un vêtement déchiré. Cette leçon ne paraît pas claire.
💡 Explication

La chelila est la couture provisoire, à grands points, qui referme sommairement le vêtement déchiré ; pour un proche parent elle attend la fin des sept jours. L'assemblée pensait devoir s'en abstenir de même pour un sage.

Rabbi Yitshak bar Ami fixe un terme beaucoup plus proche : le moment où l'on se détourne du convoi. Tossefot ajoute le motif, l'honneur de celui qui a déchiré, et signale que cette leçon ne lui paraît pas claire.

24
כִּי נָח נַפְשֵׁיהּ דְּרַבָּה בַּר הוּנָא וְרַב הַמְנוּנָא, אַסְּקוּנְהוּ לְהָתָם.

Quand Rabba bar Houna et Rav Hamnouna rendirent l'âme, on les monta là-bas.

💡 Explication

Le folio s'achève en ouvrant un nouveau récit de montée en terre d'Israël, qui se poursuit au verso. La formule reprend celle du segment 14 et annonce une scène de voyage.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).