Moed_Katan 27a — Le renversement des lits, l'énigme du dargash, et les institutions prises pour l'honneur des pauvres

Moed_Katan 27a

Sougya : Le folio achève d'abord la règle du voyageur endeuillé, puis ouvre la sougya de la kefiyat ha-mita, le renversement des lits. Rabbi Eliezer la fait commencer à la sortie du mort de la maison, Rabbi Yehochoua à la fermeture du golel ; un épisode à la mort de Rabban Gamliel l'Ancien tranche en fait.

Viennent ensuite le redressement des lits la veille de Chabbat, l'obligation de renverser tous les lits de la maison, et les objets dispensés. De là naît une longue enquête sur le mot dargash : Oulla y voit un lit de la bonne fortune, et trois objections le mettent à l'épreuve jusqu'à la réponse de Rav Tahlifa bar Maarava, un lit de cuir, confirmée par Rabbi Yirmeya sur la manière dont l'entrelacs est monté.

Le folio passe à ce qui se fait dans la maison de l'endeuillé, puis à la michna et à sa guemara : quatre usages anciens qui distinguaient les riches des pauvres ont été abolis, chaque fois par une takana instituant pour tous la forme la plus modeste, mipnei kevodan chel aniyim, à cause de l'honneur des pauvres.

Le plan du folio : du lit renversé à l'honneur des pauvres I. FIN DE LA RÈGLE DU VOYAGEUR ENDEUILLÉ S'il peut réduire son activité, qu'il la réduise ; sinon, qu'il se joigne au groupe il ne commerce plus pour son propre compte — segment 0 II. LA KEFIYAT HA-MITA : QUAND, JUSQU'À QUAND, COMBIEN DE LITS Rabbi Eliezer : dès la sortie du mort — Rabbi Yehochoua : dès la fermeture du golel l'épisode de Rabban Gamliel l'Ancien ; redressement la veille de Chabbat dès minha tous les lits de la maison, même dix en dix lieux, même cinq frères — segments 1 à 4 III. L'ÉNIGME DU DARGASH Oulla : ersa de-gada, lit de la bonne fortune trois objections : le roi, la dispense de renverser, les karbitin de Rabban Chimon ben Gamliel segments 5 à 11 Rav Tahlifa : ersa de-tsela, lit de cuir Rabbi Yirmeya : entrelacs monté par l'intérieur ; halakha comme Rabban Chimon ben Gamliel segments 12 à 15 IV. CE QUI SE FAIT DANS LA MAISON DE L'ENDEUILLÉ On balaie, on asperge, on rince la vaisselle ; on n'apporte ni mougmar ni bessamim la distinction finale : maison de l'endeuillé / maison des consolateurs — segments 16 à 18 V. MICHNA ET GUEMARA : LES TAKANOT POUR L'HONNEUR DES PAUVRES corbeilles, verres, visage du mort, sortie du mort : quatre usages nivelles — segments 19 à 24
Le plan du folio : cinq mouvements, du voyageur endeuillé aux institutions prises pour l'honneur des pauvres.
Kefiyat ha-mita : quel meuble, quel traitement kofe = renverser · zokef = dresser · la règle de base porte sur tous les lits que l'endeuillé possède MEUBLE TRAITEMENT RAISON DONNÉE Lit ordinaire tous ceux de la maison, même dix on le renverse même cinq frères, tous renversent c'est le lit du couchage la baraita ne limite pas au sien Lit réservé aux ustensiles on y range les vêtements dispense on n'y dort pas sert de précédent pour le dargash Dargash lit de cuir, selon la conclusion on le dresse Rabban Chimon ben Gamliel : dénouer les karbitin, il tombe seul le renverser l'abîmerait halakha selon Rabban Chimon ben Gamliel (Rabbi Yehochoua ben Levi) Lit à neklitin qui dépassent montants longs à la tête et au pied on le dresse, cela suffit renversé, il resterait haut Rabbi Assi au nom de Rabbi Yaakov bar Aha Chaise, grand mortier, sol nu l'endeuillé y dort inconfortablement il ne s'acquitte pas Rabbi Yo'hanan : il n'a pas accompli la kefiyat ha-mita elle-même L'obligation porte sur l'acte de renverser le lit, et non sur l'inconfort du dormeur.
Kefiyat ha-mita : quels meubles sont renversés, lesquels sont seulement dressés, lesquels sont dispensés.
Quatre usages nivelles, mipnei kevodan chel aniyim chaque fois : deux usages distincts — la honte des pauvres — une takana qui impose à tous la forme modeste CE QUI EST EN JEU AU DÉBUT : LES RICHES LES PAUVRES APRÈS LA TAKANA Le repas apporté la havraa portée chez l'endeuillé corbeilles d'argent et d'or paniers d'osier de saule écorcé tous : paniers d'osier de saule écorcé La boisson servie dans la maison de l'endeuillé verre blanc verre coloré tous : verre coloré Le visage du mort pendant la sortie découvert couvert : les traits noircis par la disette tous : couvert La sortie du mort le support du convoi sur un dargash le folio s'interrompt la suite au verso Le nivellement se fait toujours vers le bas : la forme des pauvres devient la forme de tous.
Les quatre usages abolis dans la guemara de la michna, et la forme unique imposée à tous.
1
אִם יָכוֹל לְמַעֵט בְּעִסְקוֹ — יְמַעֵט, וְאִם לָאו — יְגַלְגֵּל עִמָּהֶן.

S'il peut réduire son activité, qu'il la réduise ; et sinon, qu'il roule avec eux (qu'il se joigne à leurs affaires).

📜 Rachi (1)
יְגַלְגֵּל עִמָּהֶן וְאֵינוֹ עוֹשֶׂה סְחוֹרָה בִּפְנֵי עַצְמוֹ אֶלָּא עִם חַבּוּרָה:
Il ne fait pas de commerce pour son propre compte, mais seulement avec le groupe.
🗂️ Tossefot (1)
אִם יָכוֹל לְמַעֵט בְּעִסְקוֹ יְמַעֵט. פֵּירֵשׁ בַּקּוּנְטְרֵס בִּסְחוֹרָתוֹ וְנִרְאֶה דִּבְדָבָר הָאָבֵד קָאָמַר וְכֵן פִּי' לְעֵיל (מוֹעֵד קָטָן ד' כב.) גַּבֵּי עַל כָּל הַמֵּתִים כֻּולָּן רָצָה מְמַעֵט בְּעִסְקוֹ רָצָה אֵינוֹ מְמַעֵט וְגַם הָרַב פֵּירֵשׁ לְעֵיל בְּדָבָר הָאָבֵד עוֹשֶׂה בְּצִנְעָא בְּתוֹךְ בֵּיתוֹ נִרְאֶה לְפֵירוּשׁוֹ דְּהָכָא מַייְרֵי בְּאָבִיו וְאִמּוֹ וּמִשּׁוּם דְּהוֹלֵךְ בַּדֶּרֶךְ הִתִּירוּ לוֹ שֶׁיְּגַלְגֵּל עִמָּהֶם אִם אֵינוֹ יָכוֹל לְמַעֵט דְּבִשְׁאָר מֵתִים אֵינוֹ מְמַעֵט כְּלָל אִם אֵינוֹ רוֹצֶה וְאִי מַיְירֵי הָכָא בִּשְׁאָר מֵתִים צָרִיךְ לוֹמַר לְהֵפֶךְ הוֹלֵךְ בַּדֶּרֶךְ וְאֵינוֹ נוֹהֵג אֲבֵילוּת כָּל כָּךְ וּמִתְנַחֵם יוֹתֵר אָסוּר לְהַרְבּוֹת בְּעִסְקוֹ יוֹתֵר מֵאוֹתוֹ שֶׁיּוֹשֵׁב בְּבֵיתוֹ וְאֵינוֹ מִתְנַחֵם וה"ר יוֹסֵף פֵּירֵשׁ דְּהָכָא יְמַעֵט בְּעִסְקוֹ לִקְנוֹת צָורְכֵי סְעוּדָה וּלְפִי שֶׁהוֹלֵךְ בַּדֶּרֶךְ רָגִיל לִקְנוֹת צָורְכֵי סְעוּדָה יוֹתֵר מִבְּבֵיתוֹ שֶׁיֵּשׁ לוֹ קוֹנִים עֲבוּרוֹ וְגַם מוֹצֵא בְּבֵיתוֹ הַרְבֵּה מִשּׁוּם הָכִי נְקַט הוֹלֵךְ בַּדֶּרֶךְ וּמַה שֶׁפֵּירֵשׁ בַּקּוּנְטְרֵס דְּאַייְרֵי כְּשֶׁאָמְרוּ לוֹ עַל מִיתַת קְרוֹבָיו כְּשֶׁהָיָה בַּדֶּרֶךְ לָא יָדַעְנָא אִי בָּעֵי לְמֵימַר דְּאַייְרֵי בְּמוֹלִיךְ סְחוֹרָתוֹ מִמָּקוֹם לְמָקוֹם כִּדְפֵי' בַּקּוּנְטְרֵס ור"ל דְּשֶׁמָּא שָׁרִי לֵיהּ לְדִידֵיהּ לִמְכֹּור סְחוֹרָתוֹ דְּכֵיוָן דְּהוֹלִיךְ אוֹתָהּ כְּבָר וְטָרַח בָּהּ וְלֹא פָּשַׁע בַּהֲלִיכָתוֹ שֶׁלֹּא הָיָה יוֹדֵעַ לֵישֵׁב בְּבֵיתוֹ שֶׁיָּכוֹל לְשָׁומְרָהּ אוֹ שֶׁמָּא הַקּוּנְטְרֵס ר"ל מִשּׁוּם דְּאָמְרִינַן לְעֵיל (מוֹעֵד קָטָן דַּף כג.) שַׁבָּת רִאשׁוֹנָה אֵינוֹ יוֹצֵא מִפֶּתַח בֵּיתוֹ וְזֶה אֵינוֹ קֻושְׁיָא דאע"פ שֶׁאֵינוֹ יוֹצֵא מִפֶּתַח בֵּיתוֹ בָּעִיר הָא אָמְרִינַן (לְעֵיל מוֹעֵד קָטָן דַּף טו:) יָצָא לַדֶּרֶךְ (. חוֹלֵץ וְנִכְנָס לָעִיר אַלְמָא מֻותָּר לָצֵאת (בּוֹ) וְשֶׁמָּא דַּוְקָא בְּדָבָר הָאָבֵד מֻותָּר לָצֵאת לַדֶּרֶךְ:
« S'il peut réduire son activité, qu'il la réduise. » Le Contres (Rachi) a expliqué : dans son commerce. Il semble qu'il s'agisse d'un davar ha-aved (une affaire qui se perdrait), et c'est ainsi qu'il a expliqué plus haut (Moed Katan 22a) à propos de « pour tous les autres morts, s'il le veut il réduit son activité, s'il le veut il ne la réduit pas ». Le Rav a également expliqué plus haut qu'en cas de davar ha-aved il travaille discrètement à l'intérieur de sa maison. Selon son explication, il apparaît qu'ici il est question du père et de la mère, et que, parce qu'il est en voyage, on lui a permis de rouler avec eux s'il ne peut pas réduire ; car pour les autres morts il ne réduit pas du tout s'il ne le veut pas. Et si l'on disait qu'ici il est question des autres morts, il faudrait dire l'inverse : celui qui est en voyage observe moins le deuil et se console davantage, il lui est donc interdit d'accroître son activité plus que celui qui reste chez lui et ne se console pas. Le Rav Yossef, lui, a expliqué qu'ici « qu'il réduise son activité » vise l'achat des besoins du repas : parce qu'il est en voyage, il a coutume d'acheter les besoins du repas plus que chez lui, où il a des gens qui achètent pour lui et où il trouve déjà beaucoup de choses ; c'est pourquoi le texte a pris le cas de celui qui est en voyage. Quant à ce que le Contres a expliqué, qu'il s'agit du cas où on lui a annoncé la mort de ses proches alors qu'il était en route, je ne sais pas s'il veut dire qu'il s'agit de celui qui transporte sa marchandise d'un lieu à un autre, comme l'a expliqué le Contres, et qu'il lui serait peut-être permis de vendre sa marchandise, puisqu'il l'a déjà transportée, qu'il s'est donné du mal pour elle et qu'il n'a pas été négligent en partant, ne sachant pas qu'il aurait à rester chez lui à pouvoir la garder ; ou bien s'il veut dire que, puisque nous avons dit plus haut (Moed Katan 23a) que la première semaine il ne sort pas de la porte de sa maison. Et cela ne fait pas difficulté : même s'il ne sort pas de la porte de sa maison dans la ville, nous avons dit (plus haut, Moed Katan 15b) qu'il est parti en route — il ôte (sa chaussure) et entre dans la ville ; il est donc permis de sortir. Et peut-être n'est-il permis de prendre la route que pour un davar ha-aved.
💡 Explication

Ce segment achève la règle du folio précédent : un endeuillé qui se trouve en voyage avec une caravane. Le principe du deuil veut qu'il réduise son activité. Quand le voyage le lui interdit, il lui reste une voie moyenne : yeguelguel imahen, rouler avec eux, autrement dit ne plus traiter pour son propre compte et se contenter de participer aux affaires du groupe.

Tossefot discute de quel deuil il s'agit et de quelle activité : pour le père et la mère la réduction est obligatoire, pour les autres morts elle reste facultative ; le Rav Yossef y voit plutôt les achats du repas, plus fréquents en voyage qu'à la maison.

2
תָּנוּ רַבָּנַן: מֵאֵימָתַי כּוֹפִין אֶת הַמִּטּוֹת — מִשֶּׁיָּצָא מִפֶּתַח בֵּיתוֹ, דִּבְרֵי רַבִּי אֱלִיעֶזֶר. רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ אוֹמֵר: מִשֶּׁיִּסָּתֵם הַגּוֹלֵל.

Nos maîtres ont enseigné : à partir de quand renverse-t-on les lits ? Dès que (le mort) est sorti de la porte de sa maison — paroles de Rabbi Eliezer.

Rabbi Yehochoua dit : dès que le golel a été scellé.

💡 Explication

La kefiyat ha-mita, le renversement des lits, est l'un des signes du deuil : le lit du couchage est retourné pendant les sept jours. Le débat porte sur le moment où l'obligation prend effet.

Rabbi Eliezer le fixe à la sortie du mort de la maison, Rabbi Yehochoua à la fermeture du golel, la dalle qui scelle le tombeau. Ce même partage se retrouve ailleurs sur le début de l'aninout et du deuil : un maître suit le départ du corps, l'autre l'ensevelissement achevé.

🖼️ Schéma
À partir de quand renverse-t-on les lits ? LA JOURNÉE DE L'ENTERREMENT, DE LA MAISON AU TOMBEAU sortie du mort de la porte de la maison fermeture du golel la dalle scelle le tombeau retour Rabbi Eliezer On renverse dès que le mort a franchi la porte de la maison. Le deuil commence au moment où la maison se vide. Rabbi Yehochoua On renverse dès que le golel est scellé. Le deuil commence quand la séparation est devenue définitive. L'épisode à la mort de Rabban Gamliel l'Ancien Rabbi Eliezer dit à la sortie : renversez vos lits. Rabbi Yehochoua le dit après le golel. Réponse de la maison : nous avons déjà renversé sur l'ordre de l'Ancien — l'acte était fait.
Les deux moments proposés, et l'épisode qui a tranché en pratique.
3
מַעֲשֶׂה שֶׁמֵּת רַבָּן גַּמְלִיאֵל הַזָּקֵן, כֵּיוָן שֶׁיָּצָא מִפֶּתַח בֵּיתוֹ אָמַר לָהֶם רַבִּי אֱלִיעֶזֶר: כְּפוּ מִטּוֹתֵיכֶם. וְכֵיוָן שֶׁנִּסְתַּם הַגּוֹלֵל, אָמַר לָהֶם רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ: כְּפוּ מִטּוֹתֵיכֶם. אָמְרוּ לוֹ: כְּבָר כָּפִינוּ עַל פִּי זָקֵן.

Il arriva que Rabban Gamliel l'Ancien mourut. Dès qu'il fut sorti de la porte de sa maison, Rabbi Eliezer leur dit : renversez vos lits.

Et dès que le golel fut scellé, Rabbi Yehochoua leur dit : renversez vos lits. Ils lui répondirent : nous avons déjà renversé sur l'ordre de l'Ancien.

💡 Explication

Le maasse illustre la mahloket en acte. Chacun des deux maîtres donne l'ordre au moment qu'il tient pour juste, et la maison a suivi le premier.

La réponse « nous avons déjà renversé sur l'ordre de l'Ancien » désigne Rabbi Eliezer, dont l'avis a été exécuté sur place ; l'acte accompli plus tôt vaut pour le second moment également.

4
תָּנוּ רַבָּנַן: מֵאֵימָתַי זוֹקְפִין אֶת הַמִּטּוֹת בְּעֶרֶב שַׁבָּת — מִן הַמִּנְחָה וּלְמַעְלָה. אָמַר רַבָּה בַּר הוּנָא: אַף עַל פִּי כֵּן אֵינוֹ יוֹשֵׁב עָלֶיהָ עַד שֶׁתֶּחְשַׁךְ. וּלְמוֹצָאֵי שַׁבָּת, אַף עַל פִּי שֶׁאֵין לוֹ לֵישֵׁב אֶלָּא יוֹם אֶחָד — חוֹזֵר וְכוֹפֶה.

Nos maîtres ont enseigné : à partir de quand redresse-t-on les lits la veille de Chabbat ? À partir de minha et au-delà.

Rabba bar Houna a dit : malgré cela, il ne s'assied pas dessus avant la tombée de la nuit. Et à l'issue du Chabbat, même s'il ne lui reste qu'un seul jour à s'asseoir, il renverse de nouveau.

📜 Rachi (1)
אַף עַל גַּב שֶׁאֵין לוֹ לָאָבֵל אַחַר הַשַּׁבָּת אֶלָּא יוֹם אֶחָד:
À l'endeuillé il ne reste, après le Chabbat, qu'un seul jour.
🗂️ Tossefot (1)
מִן הַמִּנְחָה וּלְמַעְלָה. פִּי' בְּתוֹסָפוֹת הָרַב דִּמְסַפְּקָא לֵיהּ אִי מִנְחָה גְּדוֹלָה אִי מִנְחָה קְטַנָּה דְּמִקֹּודֶם לָכֵן אֵינוֹ יוֹשֵׁב עָלֶיהָ נִרְאֶה לִי דְּמִכָּאן סָמְכוּ שֶׁלֹּא לֵישֵׁב ע"ג כִּסֵּא וְסַפְסָל אע"פ שֶׁאֵין רְאָיָה גְּמוּרָה דְּשָׁאנֵי מִטָּה הוֹאִיל וְצָרִיךְ כְּפִיָּיה וְלֹא מָצִינוּ כְּפִיָּיה בְּכָסָא וְסַפְסָל:
« À partir de minha et au-delà. » Il a été expliqué dans les Tossefot du Rav qu'il y a doute : s'agit-il de minha guedola ou de minha ketana ? — car avant ce moment il ne s'assied pas dessus. Il me semble que c'est de là que l'on s'est appuyé pour ne pas s'asseoir sur une chaise ni sur un banc, bien que ce ne soit pas une preuve complète : le lit est différent, puisqu'il exige d'être renversé, et nous ne trouvons pas de renversement pour une chaise ou un banc.
💡 Explication

Le Chabbat suspend les marques publiques du deuil : les lits sont donc redressés avant son entrée, dès minha, pour que rien du deuil ne paraisse au moment où le Chabbat commence.

Rabba bar Houna ajoute une retenue : le lit est bien remis d'aplomb, mais l'endeuillé n'en profite pas avant la nuit. Et le Chabbat suspend sans interrompre : à sa sortie, le lit est renversé de nouveau, même pour un seul jour restant.

🖼️ Schéma
Le lit renversé autour du Chabbat le Chabbat suspend les signes publics du deuil, sans interrompre le compte des sept jours CHABBAT minha nuit tombée issue du Chabbat Dès minha on redresse les lits : le signe du deuil disparaît avant l'entrée du Chabbat Rabba bar Houna le lit est redressé, mais il ne s'y assied qu'à la tombée de la nuit À l'issue du Chabbat il renverse de nouveau, même s'il ne lui reste qu'un seul jour de deuil Le redressement anticipé évite que le deuil paraisse encore au moment où le Chabbat entre.
Redressement dès minha, attente jusqu'à la nuit, renversement repris à l'issue du Chabbat.
5
תָּנוּ רַבָּנַן: הַכּוֹפֶה מִטָּתוֹ, לֹא מִטָּתוֹ בִּלְבַד הוּא כּוֹפֶה, אֶלָּא כָּל מִטּוֹת שֶׁיֵּשׁ לוֹ בְּתוֹךְ בֵּיתוֹ הוּא כּוֹפֶה. וַאֲפִילּוּ יֵשׁ לוֹ עֶשֶׂר מִטּוֹת בַּעֲשָׂרָה מְקוֹמוֹת — כּוֹפֶה אֶת כֻּולָּן. וַאֲפִילּוּ חֲמִשָּׁה אַחִין וּמֵת אֶחָד — כֻּולָּן כּוֹפִין.

Nos maîtres ont enseigné : celui qui renverse son lit ne renverse pas seulement son lit, mais tous les lits qu'il a dans sa maison. Et même s'il a dix lits en dix endroits, il les renverse tous.

Et même s'ils sont cinq frères et que l'un d'eux meurt, tous renversent.

💡 Explication

La baraita étend l'obligation dans deux directions. D'abord quant aux meubles : tous les lits de l'endeuillé, où qu'ils se trouvent, et non le seul lit sur lequel il dort. Ensuite quant aux personnes : chacun des frères survivants renverse chez lui.

Cette généralité prépare les deux difficultés qui suivront sur le dargash : si tous les lits sont concernés, pourquoi celui-là échapperait-il à la règle ?

6
וְאִם הָיְתָה מִטָּה הַמְיֻוחֶדֶת לְכֵלִים — אֵין צָרִיךְ לִכְפּוֹתָהּ. דַּרְגָּשׁ — אֵין צָרִיךְ לִכְפּוֹתוֹ, אֶלָּא זוֹקְפוֹ. רַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל אוֹמֵר: דַּרְגֵּשׁ מַתִּיר אֶת קַרְבִּיטָיו וְהוּא נוֹפֵל מֵאֵילָיו.

Et si c'était un lit réservé aux ustensiles, il n'est pas nécessaire de le renverser. Le dargash — il n'est pas nécessaire de le renverser, mais il le dresse.

Rabban Chimon ben Gamliel dit : le dargash, il en dénoue les karbitin (les lanières) et il tombe de lui-même.

📜 Rachi (1)
קַרְבִּיטָיו רְצוּעוֹתָיו שֶׁהוּא כְּעֵין תרניפני"א:
Ses lanières, qui sont une sorte de tarnifania (courroie, dans la langue du pays).
💡 Explication

Deux meubles sortent de la règle générale. Le lit réservé aux ustensiles, sur lequel on range les vêtements et sur lequel on ne dort pas, est simplement dispensé. Le dargash reçoit un traitement intermédiaire : on le dresse (zokfo) au lieu de le renverser.

Rabban Chimon ben Gamliel propose un troisième geste, propre à ce meuble : dénouer ses karbitin, les lanières qui tiennent le tout, après quoi il s'affaisse seul. Ce détail deviendra l'argument décisif de la sougya, car il suppose un meuble d'un montage particulier.

7
מַאי דַּרְגָּשׁ? אָמַר עֻולָּא: עַרְסָא דְּגַדָּא.

Qu'est-ce que le dargash ? Oulla a dit : ersa de-gada (le lit de la bonne fortune).

📜 Rachi (1)
עַרְסָא דְּגַדָּא מִטָּה שֶׁמְּייַחֲדִים אוֹתָהּ לְמַזָּל טוֹב וְאֵין מִשְׁתַּמְּשִׁין בָּהּ כְּלוּם אֶלָּא מְיַיחֲדִין אוֹתָהּ לִשְׁרוֹת מַזָּל טוֹב עָלֶיהָ:
Un lit que l'on réserve au mazal tov (à la bonne fortune) : on ne s'en sert pour rien, on le réserve pour que la bonne fortune repose sur lui.
💡 Explication

La guemara ouvre une enquête lexicale qui va occuper toute la suite du folio. Oulla identifie le dargash à un ersa de-gada, un lit d'apparat que l'on dressait pour attirer la bonne fortune et dont on ne se servait pas.

Cette définition explique d'emblée la dispense : un meuble sur lequel on ne dort pas ressemble au lit réservé aux ustensiles. Trois objections vont pourtant l'éprouver.

🖼️ Schéma
L'enquête sur le mot dargash : une hypothèse, trois épreuves, une réponse Oulla : ersa de-gada un lit réservé à la bonne fortune, dont on ne se sert pas LES TROIS OBJECTIONS SUCCESSIVES 1. Rabba, depuis la michna du roi : il est étendu sur le dargash Ferait-on asseoir le roi endeuillé sur un meuble interdit jusque-là ? Réponse de Rav Achi : il en va comme du manger et du boire, qu'on lui sert seulement maintenant. 2. Pourquoi le dargash est-il dispensé de renversement ? La baraita oblige à renverser tous les lits de la maison, celui-là compris. Réponse : il en va comme du lit réservé aux ustensiles, dispensé parce qu'on n'y dort pas. 3. Les karbitin de Rabban Chimon ben Gamliel : on les dénoue et le meuble tombe Un lit ordinaire n'a pas de lanières à dénouer : l'hypothèse d'Oulla ne répond plus. Rav Tahlifa bar Maarava, habitué du marché des tanneurs : ersa de-tsela, un lit de cuir Rabbi Yirmeya le confirme par le montage : l'entrelacs du dargash passe par l'intérieur du cadre, celui du lit passe par-dessus — d'où des lanières que l'on peut dénouer.
Le parcours complet de la sougya : l'hypothèse d'Oulla, les trois épreuves, la réponse de Rav Tahlifa.
8
אֲמַר לֵיהּ רַבָּה: אֶלָּא מֵעַתָּה גַּבֵּי מֶלֶךְ, דִּתְנַן: כָּל הָעָם מְסֻובִּים עַל הָאָרֶץ, וְהוּא מֵיסֵב עַל הַדַּרְגֵּשׁ. מִי אִיכָּא מִידֵּי דְּעַד הָאִידָּנָא לָא אוֹתְבִינֵּיהּ, וְהַשְׁתָּא מוֹתְבִינַן לֵיהּ?

Rabba lui dit : s'il en est ainsi, à propos du roi, où nous avons appris dans la michna : tout le peuple est étendu à terre, et lui est étendu sur le dargash — y aurait-il une chose sur laquelle nous ne l'aurions pas fait asseoir jusqu'à présent, et sur laquelle nous l'asseyons maintenant ?

💡 Explication

Première épreuve, tirée de la michna de Sanhédrin sur le repas de consolation du roi : le peuple mange à terre, le roi sur le dargash, par égard pour son rang.

L'objection de Rabba tient à un principe de bon sens : le deuil ne peut pas donner accès à ce qui était fermé auparavant. Si le dargash était un meuble d'apparat auquel on ne touchait pas, l'endeuillement du roi ne saurait l'y installer.

9
מַתְקִיף לַהּ רַב אַשִּׁי: מַאי קוּשְׁיָא? מִידֵּי דְּהָוֵה אַאֲכִילָה וּשְׁתִיָּה, דְּעַד הָאִידָּנָא לָא אוֹכְלִינֵּיהּ וְלָא אַשְׁקִינֵיהּ, הַשְׁתָּא אוֹכְלִינֵּיהּ וְאַשְׁקִינֵיהּ!

Rav Achi objecte à cela : quelle est la difficulté ? Il en va comme pour le manger et le boire : jusqu'à présent nous ne le nourrissions pas et ne lui donnions pas à boire, et maintenant nous le nourrissons et lui donnons à boire !

💡 Explication

Rav Achi conteste le principe même de l'objection. Le deuil comporte précisément des gestes qui n'avaient pas lieu auparavant : la havraa, le repas que les autres servent à l'endeuillé, en est l'exemple.

Personne ne nourrissait le roi de cette manière avant son deuil ; on le fait maintenant. Le raisonnement « jusqu'à présent non, maintenant oui » ne prouve donc rien.

10
אֶלָּא, אִי קַשְׁיָא — הָא קַשְׁיָא, דִּתְנַן: דַּרְגֵּשׁ אֵינוֹ צָרִיךְ לִכְפּוֹתוֹ אֶלָּא זוֹקְפוֹ. וְאִי עַרְסָא דְּגַדָּא, אַמַּאי אֵינוֹ צָרִיךְ לִכְפּוֹתוֹ? הָא תְּנַן: הַכּוֹפֶה מִטָּתוֹ, לֹא מִטָּתוֹ בִּלְבַד הוּא כּוֹפֶה, אֶלָּא כָּל מִטּוֹת שֶׁיֵּשׁ לוֹ בְּתוֹךְ בֵּיתוֹ כּוֹפֶה!

Plutôt, s'il y a une difficulté, la voici, car nous avons appris : le dargash, il n'est pas nécessaire de le renverser, mais il le dresse. Or si c'est un ersa de-gada, pourquoi n'est-il pas nécessaire de le renverser ?

N'avons-nous pas appris : celui qui renverse son lit ne renverse pas seulement son lit, mais tous les lits qu'il a dans sa maison !

💡 Explication

La guemara déplace la difficulté sur un terrain plus solide. La baraita du segment 4 oblige à renverser tous les lits de la maison ; un lit de la bonne fortune reste un lit, et devrait donc être renversé comme les autres.

La dispense accordée au dargash réclame donc une raison propre, que la définition d'Oulla ne fournit pas encore.

11
וּמַאי קַשְׁיָא? מִידֵּי דְּהָוֵה אַמִּטָּה הַמְיֻוחֶדֶת לְכֵלִים. דְּתַנְיָא: אִם הָיְתָה מִטָּה הַמְיֻוחֶדֶת לְכֵלִים — אֵינוֹ צָרִיךְ לִכְפּוֹתָהּ.

Et quelle est la difficulté ? Il en va comme pour le lit réservé aux ustensiles, car il a été enseigné : si c'était un lit réservé aux ustensiles, il n'est pas nécessaire de le renverser.

💡 Explication

La réponse invoque le précédent énoncé dans la même baraita. Un lit n'entre dans l'obligation qu'à raison de son usage : celui qui sert de rangement en est exclu.

Le lit de la bonne fortune, sur lequel on ne dort pas davantage, se rangerait dans la même catégorie. La deuxième objection tombe.

12
אֶלָּא, אִי קַשְׁיָא הָא קַשְׁיָא: רַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל אוֹמֵר: דַּרְגָּשׁ, מַתִּיר קַרְבִּיטָיו וְהוּא נוֹפֵל מֵאֵילָיו. וְאִי סָלְקָא דַעְתָּךְ עַרְסָא דְּגַדָּא, מַאי קַרְבִּיטִין אִית לֵיהּ?

Plutôt, s'il y a une difficulté, la voici : Rabban Chimon ben Gamliel dit : le dargash, il en dénoue les karbitin et il tombe de lui-même. Or s'il te venait à l'esprit que c'est un ersa de-gada, quels karbitin aurait-il ?

💡 Explication

Troisième épreuve, et la seule qui reste sans réponse. L'avis de Rabban Chimon ben Gamliel suppose un meuble dont la surface tient par des lanières dénouables.

Un lit de la bonne fortune serait un lit comme les autres quant à sa facture, monté comme eux ; il n'aurait donc rien à dénouer. L'objection porte sur la fabrication de l'objet, non sur son usage, et la définition d'Oulla se trouve écartée.

13
כִּי אֲתָא רָבִין אֲמַר לֵיהּ הָהוּא מֵרַבָּנַן, וְרַב תַּחְלִיפָא בַּר מַעְרְבָא שְׁמֵיהּ, דַּהֲוָה שְׁכִיחַ בְּשׁוּקָא דְּגִילְדָּאֵי: מַאי דַּרְגָּשׁ — עַרְסָא דְּצַלָּא.

Quand Ravin arriva, l'un des maîtres, du nom de Rav Tahlifa bar Maarava, qui fréquentait le marché des tanneurs, lui dit : qu'est-ce que le dargash ? Un ersa de-tsela (un lit de cuir).

📜 Rachi (1)
דְּצַלָּא עוֹר:
De cuir.
💡 Explication

La réponse vient d'un maître que la guemara prend soin de situer : il fréquentait le marché des tanneurs, et connaissait donc de première main le vocabulaire des artisans du cuir.

Le dargash est un lit de cuir : sa surface est faite de lanières de cuir tendues, ce qui explique aussitôt les karbitin de Rabban Chimon ben Gamliel.

14
אִיתְּמַר נָמֵי, אָמַר רַבִּי יִרְמְיָה: דַּרְגָּשׁ — סֵירוּגוֹ מִתּוֹכוֹ, מִטָּה — סֵירוּגָהּ עַל גַּבָּהּ.

Il a été dit également : Rabbi Yirmeya a dit : le dargash, son entrelacs (passe) par l'intérieur ; le lit, son entrelacs (passe) par-dessus.

📜 Rachi (2)
סֵירוּגוֹ מִתּוֹכוֹ מַכְנִיס רְצוּעוֹת מִן חוֹרֵי עֲצֵי הַמִּטָּה:
Il fait entrer les lanières par les trous des bois du lit.
עַל גַּבָּהּ וְהָעוֹר כָּפוּל עַל הָעֵץ:
Et le cuir est replié sur le bois.
💡 Explication

Rabbi Yirmeya précise la différence technique. Dans le dargash, les lanières entrent par des trous percés dans le bois du cadre : elles peuvent être dénouées, et la surface s'affaisse. Dans le lit, la sangle de cuir est repliée par-dessus le bois : rien ne se dénoue, il faut renverser le meuble.

Le mode d'attache commande ainsi le geste de deuil demandé à chaque objet.

🖼️ Schéma
Deux montages, deux traitements coupe schématique du cadre, vue de bout : où passe l'entrelacs de lanières Dargash — sirougo mitokho les lanières entrent par les trous percés dans le bois on dénoue les karbitin : le meuble tombe de lui-même le renverser serait inutile Lit — sirouga al gaba le cuir est replié par-dessus le bois du cadre rien à dénouer : il faut renverser le lit la sangle tient au bois lui-même C'est le mode d'attache qui commande la halakha : on demande au meuble ce qu'il peut donner.
Sirougo mitokho et sirouga al gaba : le montage de l'entrelacs, et le geste qui en découle.
15
אָמַר רַבִּי יַעֲקֹב בַּר אַחָא אָמַר רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי: הֲלָכָה כְּרַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל. אִיתְּמַר נָמֵי, אָמַר רַבִּי יַעֲקֹב בַּר אַחָא אָמַר רַבִּי אַסִּי: מִטָּה שֶׁנַּקְלִיטֶיהָ יוֹצְאִין — זוֹקְפָהּ וְדַיּוֹ.

Rabbi Yaakov bar Aha a dit au nom de Rabbi Yehochoua ben Levi : la halakha est conforme à Rabban Chimon ben Gamliel. Il a été dit également : Rabbi Yaakov bar Aha a dit au nom de Rabbi Assi : un lit dont les neklitin dépassent, il le dresse et cela lui suffit.

📜 Rachi (1)
נַקְלִיטֵי עֵצִים יוֹצְאִין מְתֻוקָּנִין לִמְרַאֲשׁוֹתָיו וּלְמַרְגְּלוֹתָיו וְנוֹתְנִין עֵץ אָרֹוךְ עֲלֵיהֶן וְנוֹתֵן הַסְּדִינִין עֲלֵיהֶם לִשְׁמוֹר מֵהַזְּבוּבִים:
Neklitin : des bois qui dépassent, ajustés à la tête et au pied du lit ; on pose un long bois dessus et on y étend les draps pour se protéger des mouches.
💡 Explication

La halakha suit Rabban Chimon ben Gamliel : pour le dargash, on dénoue les karbitin. La sougya lexicale débouche donc sur une décision pratique.

Un dernier cas s'y ajoute : le lit muni de neklitin, ces montants longs fixés à la tête et au pied sur lesquels on tendait un drap. Renversé, un tel lit resterait haut au-dessus du sol et le signe du deuil manquerait ; il suffit donc de le dresser.

16
תָּנוּ רַבָּנַן: יָשֵׁן עַל גַּבֵּי כִּסֵּא, עַל גַּבֵּי אֻודְייָנִי גְּדוֹלָה, עַל גַּבֵּי קַרְקַע — לֹא יָצָא יְדֵי חוֹבָתוֹ. אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: שֶׁלֹּא קִיֵּים כְּפִייַּת הַמִּטָּה.

Nos maîtres ont enseigné : celui qui dort sur une chaise, sur un grand mortier (odyani), ou sur le sol, ne s'est pas acquitté de son obligation. Rabbi Yo'hanan a dit : parce qu'il n'a pas accompli le renversement du lit.

💡 Explication

La baraita ferme la sougya sur un point de principe. On aurait pu croire que l'obligation vise l'inconfort de l'endeuillé ; alors dormir à terre ou sur une chaise suffirait.

Rabbi Yo'hanan énonce la raison : l'obligation porte sur l'acte lui-même, la kefiyat ha-mita. Le lit doit être renversé, et l'endeuillé doit dormir sur ce lit renversé.

17
תָּנוּ רַבָּנַן: מְכַבְּדִין וּמַרְבִּיצִין בְּבֵית הָאֵבֶל, וּמְדִיחִין קְעָרוֹת וְכוֹסוֹת וּצְלוֹחִיּוֹת וְקִיתוֹנִיּוֹת בְּבֵית הָאֵבֶל. וְאֵין מְבִיאִין אֶת הַמֻּוגְמָר וְאֶת הַבְּשָׂמִים לְבֵית הָאֵבֶל.

Nos maîtres ont enseigné : on balaie et on asperge (d'eau) dans la maison de l'endeuillé, et on rince les écuelles, les coupes, les fioles et les cruchons dans la maison de l'endeuillé. Mais on n'apporte ni le mougmar (l'encens) ni les bessamim (les aromates) dans la maison de l'endeuillé.

💡 Explication

Le folio passe aux usages de la maison endeuillée. Les travaux d'entretien ordinaires restent permis : balayer, asperger le sol de terre battue pour abattre la poussière, laver la vaisselle.

Le parfum, lui, est écarté : mougmar (l'encens que l'on fait fumer) et bessamim (les aromates) relèvent de l'agrément, étranger au lieu du deuil.

18
אֵינִי? וְהָא תָּנֵי בַּר קַפָּרָא: אֵין מְבָרְכִין לֹא עַל הַמֻּוגְמָר וְלֹא עַל הַבְּשָׂמִים בְּבֵית הָאֵבֶל. בָּרוֹכֵי הוּא דְּלָא מְבָרְכִין, הָא אֵתוֹיֵי — מַיְיתִינַן!

Est-ce ainsi ? Mais bar Kappara a enseigné : on ne récite de berakha ni sur le mougmar ni sur les bessamim dans la maison de l'endeuillé.

C'est la berakha que l'on ne récite pas, mais les apporter, on les apporte !

📜 Rachi (1)
אֵין מְבָרְכִין עַל הָרֵיחַ בְּבֵית הָאָבֵל:
On ne récite pas de berakha sur l'odeur, dans la maison de l'endeuillé.
💡 Explication

La guemara oppose une seconde baraita. Si bar Kappara prend la peine d'interdire la berakha sur le parfum dans la maison de l'endeuillé, c'est que le parfum y entre : autrement, la question de la bénédiction ne se poserait pas.

Les deux baraitot se contredisent donc sur un point simple : le parfum franchit-il ou non le seuil ?

19
לָא קַשְׁיָא: הָא — בְּבֵית הָאָבֵל, הָא — בְּבֵית הַמְּנַחֲמִין.

Point de difficulté : ceci (vaut) dans la maison de l'endeuillé, cela dans la maison des consolateurs.

📜 Rachi (1)
הַמְּנַחֲמִין קְרוֹבָיו מְבִיאִין עִנְיָנִים שֶׁל אוֹכְלִין:
Les consolateurs : ses proches, qui apportent des choses à manger.
💡 Explication

La résolution distingue deux lieux. Dans la maison de l'endeuillé, le parfum n'entre pas du tout : c'est la première baraita. Dans la maison des consolateurs, chez les proches qui préparent et apportent de quoi manger, le parfum est présent, et la baraita de bar Kappara y retient seulement la bénédiction.

Selon Rachi, les menahamim sont les proches de l'endeuillé, qui se chargent de la nourriture pendant les jours de deuil.

🖼️ Schéma
Mougmar et bessamim : deux maisons, deux règles la contradiction entre les deux baraitot se résout en distinguant le lieu Maison de l'endeuillé On balaie le sol et on l'asperge d'eau. On rince écuelles, coupes, fioles, cruchons. On n'y apporte ni mougmar ni bessamim. La question de la berakha ne se pose donc même pas : le parfum n'entre pas. baraita des maîtres — segment 16 Maison des consolateurs Ce sont les proches, qui apportent de quoi manger, selon Rachi. On y apporte le parfum, mais on ne récite pas la berakha. Le deuil retient la parole de louange baraita de bar Kappara — segment 17 La difficulté venait de ce que bar Kappara laissait entendre que le parfum entre bien quelque part. Réponse : chaque baraita parle d'une maison différente.
Les deux maisons, les deux baraitot, et le point exact où elles diffèrent.
20
מַתְנִי׳ אֵין מוֹלִיכִין לְבֵית הָאֵבֶל, לֹא בְּטַבְלָא, וְלֹא בְּאִסְקוּטְלָא, וְלֹא בְּקָנוֹן, אֶלָּא בְּסַלִּים. וְאֵין אוֹמְרִים בִּרְכַּת אֲבֵלִים בַּמּוֹעֵד, אֲבָל עוֹמְדִין בְּשׁוּרָה וּמְנַחֲמִין, וּפוֹטְרִין אֶת הָרַבִּים.

MICHNA. On n'apporte pas (le repas) à la maison de l'endeuillé sur un plateau (tavla), ni dans une écuelle (iskoutla), ni dans une corbeille (kanon), mais dans des paniers.

Et on ne dit pas la birkat avelim (la bénédiction des endeuillés) pendant le moed, mais on se tient en rangée, on console, et on congédie le public.

📜 Rachi (2)
מַתְנֵי' אִסְקוּטְלָא תַּמְחוּי:
Michna. Iskoutla : un plat creux (tamhouy).
פּוֹטְרִין אֶת הָרַבִּים שֶׁאוֹמְרִים לַמְנַחֲמִין לְכוּ לְבָתֵּיכֶם:
On congédie le public : on dit aux consolateurs, allez chez vous.
🗂️ Tossefot (1)
וְאֵין מוֹלִיכִין לְבֵית הָאָבֵל. זֹאת הַמִּשְׁנָה עַל כָּרְחִין נִסְדְּרָה בְּהֵיפֶךְ וְשֶׁמָּא כָּל זֶה מִן הַבָּרַיְיתָא דִּלְמַעְלָה כְּמוֹ שֶׁפֵּירֵשׁ בְּתוֹסָפוֹת בְּהַהִיא. דִּלְעֵיל וּתְמֵיהֵנִי מַדּוּעַ לֹא פֵּירְשׁוֹ גַּם כָּאן כְּמוֹ שֶׁפֵּירֵשׁ לְמַעְלָה וְשֶׁמָּא בְּסֵפֶר הָרַב הָיְתָה כְּתוּבָה מִגּוּף הַבָּרַיְיתָא וְלֹא הֻוצְרַךְ לְפָרְשׁוֹ אוֹ לֹא הָיָה כָּתוּב בְּסִפְרוֹ כְּלָל וְאֵין מוֹלִיכִין כו' וְכֵן מוֹכִיחַ מִתּוֹךְ פֵּירוּשׁ הַתּוֹסָפוֹת שָׁפֵי' לָא יָדַעְנָא אִי קָאֵי הַאי בָּרִאשׁוֹנָה הָיוּ מוֹלִיכִים אַמֻּוגְמָר וּבְשָׂמִים דְּאָמַר אֵין מְבָרְכִין הָא אֵתוֹיֵי מַייְתִינַן אִי אַמַּתְנִיתִין קָאֵי דְּקָתָנֵי מַבְרִין וְאוֹתָהּ הַבְרָאָה הִיא בָּרִאשׁוֹנָה מוֹלִיכִין כו' דְּאַמַּתְנִיתִין קָאֵי וְעוֹד כֵּיוָן שֶׁפֵּירֵשׁ הִתְקִינוּ שֶׁיְּהוּ הַכֹּל מוֹלִיכִין כּוּ' וּמַתְנִיתִין לְאַחַר תַּקָּנָה:
« Et on n'apporte pas à la maison de l'endeuillé. » Cette michna a nécessairement été ordonnée à l'envers, et peut-être tout cela relève-t-il de la baraita qui précède, comme il a été expliqué dans les Tossefot sur ce passage plus haut. Je m'étonne que l'on n'ait pas expliqué ici comme on l'a expliqué plus haut. Peut-être, dans le livre du Rav, cela était-il écrit dans le corps même de la baraita, de sorte qu'il n'a pas eu besoin de l'expliquer ; ou bien cela n'était pas écrit du tout dans son livre, ce « et on n'apporte pas », etc. Cela se prouve aussi à partir de l'explication des Tossefot, qui ont écrit : je ne sais pas si ce « au début on apportait » se rapporte au mougmar et aux bessamim, à propos desquels il a été dit que l'on ne récite pas de berakha mais que l'on en apporte bien, ou bien s'il se rapporte à notre michna, qui enseigne que l'on sert le repas de consolation — et cette havraa serait celle dont il est dit « au début on apportait », etc. — auquel cas il se rapporte à notre michna. En outre, puisqu'il a expliqué « ils ont institué que tous apportent », etc., notre michna se situe après l'institution.
💡 Explication

La michna règle d'abord la havraa, le repas que l'on porte à l'endeuillé : les contenants de prix sont écartés au profit de simples paniers. La guemara en donnera la raison : l'honneur des pauvres.

Elle traite ensuite du deuil pendant les jours intermédiaires de la fête : la birkat avelim, formule de consolation dite publiquement, y est suspendue, tandis que la chourat ha-menahamim, la rangée des consolateurs, demeure. Les endeuillés congédient le public, c'est-à-dire renvoient les consolateurs chez eux une fois le devoir accompli.

21
אֵין מַנִּיחִין אֶת הַמִּטָּה בָּרְחוֹב, שֶׁלֹּא לְהַרְגִּיל אֶת הַהֶסְפֵּד. וְלֹא שֶׁל נָשִׁים לְעוֹלָם, מִפְּנֵי הַכָּבוֹד.

On ne dépose pas la mita (le lit funèbre) sur la place publique, afin de ne pas donner l'habitude de l'éloge funèbre. Et celui des femmes, jamais, à cause de l'honneur.

📜 Rachi (2)
אֵין מַנִּיחִין מִטָּה בַּמּוֹעֵד בָּרְחוֹב לְהַסְפִּידוֹ:
On ne dépose pas la mita, pendant le moed, sur la place publique : pour prononcer son éloge.
וְלֹא שֶׁל נָשִׁים לְעוֹלָם שֶׁשּׁוֹפְעוֹת זִיבָה:
Et celui des femmes, jamais : car il s'en écoule un flux.
💡 Explication

Pendant le moed, la mita, le lit sur lequel le mort est porte, n'est pas posée sur la place : un arrêt public appelle un hesped, et l'éloge funèbre est écarté des jours de fête.

La seconde clause dépasse le moed et vaut en tout temps : le lit des femmes n'est jamais déposé, mipnei ha-kavod, par égard pour leur dignité, Rachi expliquant qu'un écoulement pourrait paraître.

22
גְּמ׳ תָּנוּ רַבָּנַן: בָּרִאשׁוֹנָה הָיוּ מוֹלִיכִין בְּבֵית הָאֵבֶל, עֲשִׁירִים — בִּקְלָתוֹת שֶׁל כֶּסֶף וְשֶׁל זָהָב, וַעֲנִיִּים — בְּסַלֵּי נְצָרִים שֶׁל עֲרָבָה קְלוּפָה, וְהָיוּ עֲנִיִּים מִתְבַּיְּישִׁים. הִתְקִינוּ שֶׁיְּהוּ הַכֹּל מְבִיאִין בְּסַלֵּי נְצָרִים שֶׁל עֲרָבָה קְלוּפָה, מִפְּנֵי כְּבוֹדָן שֶׁל עֲנִיִּים.

GUEMARA. Nos maîtres ont enseigné : au début, on apportait (le repas) à la maison de l'endeuillé — les riches dans des corbeilles d'argent et d'or, les pauvres dans des paniers d'osier de saule écorcé — et les pauvres avaient honte.

Ils ont institué que tous apportent dans des paniers d'osier de saule écorcé, à cause de l'honneur des pauvres.

💡 Explication

La guemara donne la raison de la michna. La disparité des contenants exposait publiquement la condition de chacun, et la honte tombait sur les pauvres.

La takana ne relève pas le niveau des uns, elle impose à tous la forme la plus simple : mipnei kevodan chel aniyim, à cause de l'honneur des pauvres. Les trois usages suivants seront corrigés selon le même schéma.

23
תָּנוּ רַבָּנַן: בָּרִאשׁוֹנָה הָיוּ מַשְׁקִין בְּבֵית הָאֵבֶל, עֲשִׁירִים — בִּזְכוּכִית לְבָנָה, וַעֲנִיִּים — בִּזְכוּכִית צְבוּעָה, וְהָיוּ עֲנִיִּים מִתְבַּיְּישִׁין. הִתְקִינוּ שֶׁיְּהוּ הַכֹּל מַשְׁקִין בִּזְכוּכִית צְבוּעָה, מִפְּנֵי כְּבוֹדָן שֶׁל עֲנִיִּים.

Nos maîtres ont enseigné : au début, on servait à boire dans la maison de l'endeuillé — les riches dans du verre blanc, les pauvres dans du verre coloré — et les pauvres avaient honte. Ils ont institué que tous servent à boire dans du verre coloré, à cause de l'honneur des pauvres.

💡 Explication

Même schéma pour la boisson servie à la maison de deuil. Le verre blanc, transparent et sans défaut, était le verre de prix ; le verre coloré, teinté par ses impuretés, celui des pauvres.

La takana impose à tous le verre coloré. Le nivellement se fait chaque fois vers le bas : la forme modeste devient la règle commune.

24
בָּרִאשׁוֹנָה הָיוּ מְגַלִּין פְּנֵי עֲשִׁירִים וּמְכַסִּין פְּנֵי עֲנִיִּים, מִפְּנֵי שֶׁהָיוּ מֻושְׁחָרִין פְּנֵיהֶן מִפְּנֵי בַצֹּורֶת, וְהָיוּ עֲנִיִּים מִתְבַּייְּשִׁין. הִתְקִינוּ שֶׁיְּהוּ מְכַסִּין פְּנֵי הַכֹּל, מִפְּנֵי כְּבוֹדָן שֶׁל עֲנִיִּים.

Au début, on découvrait le visage des riches et on couvrait le visage des pauvres, parce que leurs visages étaient noircis par la disette, et les pauvres avaient honte. Ils ont institué que l'on couvre le visage de tous, à cause de l'honneur des pauvres.

💡 Explication

La troisième institution touche le convoi lui-même. Découvrir le visage du mort était la marque d'honneur ; on le couvrait quand les traits, noircis par la disette, auraient trahi la pauvreté du défunt.

La distinction revenait à signaler publiquement l'indigence. Les maîtres ont donc étendu à tous la couverture du visage.

25
בָּרִאשׁוֹנָה הָיוּ מוֹצִיאִין עֲשִׁירִים בְּדַרְגֵּשׁ, וַעֲנִיִּים

Au début, on sortait les riches sur un dargash, et les pauvres

💡 Explication

Le folio s'interrompt au milieu de la quatrième institution, qui porte sur le support du convoi funèbre : le dargash, le lit de cuir identifié plus haut, pour les riches.

La suite, au verso, précisera ce que l'on employait pour les pauvres et la takana qui a supprimé la différence.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).