Moed_Katan 3a — Avot et toladot pendant la chemita : le laboureur est-il flagellé ?

Moed_Katan 3a

Sougya : Le folio achève la réponse de Rava commencée en 2b : pendant l'année sabbatique, la Torah n'interdit que les travaux nommés par le verset, semer et tailler, moissonner et vendanger ; toutes les autres dérivées, dont l'arrosage, ne relèvent que des Sages. Une beraita qui tire du même verset une longue liste de travaux interdits est opposée à cette thèse, et la Guemara répond que ces interdits sont rabbiniques et le verset une simple asmakhta.

Un court passage distingue ensuite deux binages : celui qui renforce l'arbre, interdit, et celui qui bouche ses fentes, permis, parce qu'il prévient une perte. Le folio se termine sur le désaccord de Rabbi Yo'hanan et Rabbi Elazar au sujet de celui qui laboure pendant la chemita : est-il passible de flagellation ?

La Guemara examine d'abord une explication fondée sur la règle de Rabbi Avin au nom de Rabbi Ile'a, puis lui préfère une lecture qui fait dépendre le désaccord de la portée du verset lui-même.

Le fil du folio : ce que la Torah interdit vraiment pendant la chemita Une même objection revient deux fois, contre deux interlocuteurs différents. Mouvement 1 (seg. 0-2) -- La preuve de Rava Le verset nomme quatre travaux : semer, tailler, moissonner, vendanger. Or tailler relève déjà du semis, et vendanger de la moisson. Pourquoi les nommer ? Réponse : pour limiter la responsabilité à ces toladot-là. Arroser reste rabbinique. Mouvement 2 (seg. 3-8) -- L'objection de la beraita Une beraita tire du verset une longue liste de travaux interdits : désherber, biner, faucher, élaguer, fumer, enfumer l'arbre. Elle limite ensuite la liste aux travaux qui se font à la fois au champ et à la vigne. Réponse : tous ces interdits sont rabbiniques, et le verset n'est qu'une asmakhta. Mouvement 3 (seg. 9-10) -- Les deux sortes de binage Un verset semble interdire le kichkouch. Rav Ukva bar Hama distingue : binage qui renforce l'arbre, interdit ; binage qui bouche les fentes, permis. Critère : gain de l'arbre ou prévention d'une perte. Mouvement 4 (seg. 11-15) -- Le laboureur est-il flagellé ? Rabbi Yo'hanan et Rabbi Elazar divergent. Première lecture : ils divergent sur la règle de Rabbi Avin au nom de Rabbi Ile'a. Lecture retenue : tous rejettent cette règle, et celui qui exempte s'appuie sur la limitation tirée de la taille et de la vendange. Le désaccord porte donc sur la portée du verset, non sur la règle herméneutique. Mouvement 5 (seg. 16-21) -- La même objection, la même réponse La beraita est opposée une seconde fois, ici à celui qui exempte le laboureur : réponse identique.
Fil du folio : cinq mouvements, de la preuve de Rava au labour de la chemita.
Chemita : ce qui relève de la Torah et ce qui relève des Sages Position de Rava, établie aux segments 0 à 2 et reprise au segment 15. Vayikra 25,4-5 : ton champ, tu ne l'ensemenceras pas ; ta vigne, tu ne la tailleras pas ; le regain de ta moisson, tu ne le moissonneras pas ; les raisins de ta vigne, tu ne les vendangeras pas. Nommés par le verset -- de la Torah Avot : semer (zeria), moissonner (ketzira) Toladot nommées : tailler (zemira), vendanger (betzira) Tailler fait pousser le fruit : c'est du semis. Vendanger détache du sol : c'est de la moisson. Les nommer séparément a donc un but : circonscrire la responsabilité de Torah. Sanction : malkout (flagellation). Toutes les autres toladot -- des Sages Arroser, désherber (nikouch), biner (idour), faucher (kissouah), élaguer, fumer, dégager les pierres, enfumer l'arbre. La beraita les tire du verset, mais ce n'est qu'une asmakhta : un appui, non une source. Conséquence directe : devant une perte, les Sages peuvent lever leur propre interdit. Pas de malkout. Pourquoi cela compte pour notre michna La michna permet d'arroser un bet hashelahin pendant l'année sabbatique. Selon Rava, l'arrosage n'a jamais été interdit par la Torah : il n'est qu'une toléda non nommée. La permission tient donc même si la chemita oblige encore par la Torah, contrairement à la voie d'Abaye.
Ce que la Torah interdit pendant la chemita, et ce qui revient aux Sages.
Celui qui laboure pendant la chemita est-il flagellé ? Rabbi Yo'hanan et Rabbi Elazar : deux lectures du désaccord. La règle de Rabbi Avin au nom de Rabbi Ile'a Quand la généralité est un commandement positif et le détail une défense, on ne lit pas le verset comme un klal ou-prat ou-khlal, qui étendrait la loi à tout ce qui ressemble au détail. On le lit comme un simple klal ou-prat : la généralité ne contient que ce que le détail énonce. Il est flagellé (lokéh) Lecture 1 : il rejette la règle de Rabbi Avin. Il applique klal ou-prat ou-khlal et étend l'interdit à tout travail semblable au semis, labour compris. Lecture retenue : identique. Cet avis ne pose aucune difficulté. Le labour tombe sous une défense de la Torah. Il n'est pas flagellé (eino lokéh) Lecture 1 : il tient la règle de Rabbi Avin, donc le verset n'étend rien. Lecture retenue : il rejette la règle lui aussi, mais s'appuie sur la limitation tirée de la taille et de la vendange : seules les toladot nommées engagent la responsabilité. Le labour transgresse un ordre positif seulement. Ce que change la lecture retenue Lecture 1 : le débat serait herméneutique, portant sur la validité d'une règle générale d'exégèse. Lecture retenue : le débat porte sur ce verset précis et sur la fonction de zemira et betzira. Tossefot note le principe : quand on peut faire tenir la règle à tout le monde, on le fait. La Guemara préfère ici l'inverse ; Tossefot en discute et propose une autre construction.
Le laboureur de la chemita : deux lectures du désaccord entre Rabbi Yohanan et Rabbi Elazar.
1
תּוֹלָדוֹת לָא אָסַר רַחֲמָנָא. דִּכְתִיב: ״וּבַשָּׁנָה הַשְּׁבִיעִית שַׁבַּת שַׁבָּתוֹן יִהְיֶה לָאָרֶץ שָׂדְךָ לֹא תִזְרָע וְגוֹ׳״.

…les toladot, Rahmana ne les a pas interdites. Car il est écrit : « Et la septième année sera un chabbat de repos absolu pour la terre : ton champ, tu ne l'ensemenceras pas, etc. »

📜 Rachi (1)
תּוֹלְדוֹת כְּגוֹן מַשְׁקֶה זְרָעִים שֶׁלֹּא הָיָה בַּמִּשְׁכָּן לֹא אָסַר רַחֲמָנָא:
Les toladot — par exemple celui qui arrose des semis, travail qui ne figurait pas au Michkan : Rahmana ne l'a pas interdit.
💡 Explication

Rava achevait en 2b une réponse commencée sur la michna : pendant la chemita, la Torah n'a interdit que les avot melakhot, les travaux-pères. Les toladot, travaux dérivés comme l'arrosage, restent hors du verset et ne relèvent que des Sages.

Le verset cité énumère des travaux précis. Toute la discussion qui suit porte sur la question de savoir ce que cette énumération inclut et ce qu'elle exclut.

🖼️ Schéma
Chémita : ce qui relève de la Torah et ce qui relève des Sages Position de Rava, établie aux segments 0 à 2 et reprise au segment 15. Vayikra 25,4-5 : ton champ, tu ne l'ensemenceras pas ; ta vigne, tu ne la tailleras pas ; le regain de ta moisson, tu ne le moissonneras pas ; les raisins de ta vigne, tu ne les vendangeras pas. Nommés par le verset -- de la Torah Avot : semer (zéria), moissonner (ketzira) Toladot nommées : tailler (zémira), vendanger (betzira) Tailler fait pousser le fruit : c'est du semis. Vendanger détache du sol : c'est de la moisson. Les nommer séparément a donc un but : circonscrire la responsabilité de Torah. Sanction : malkout (flagellation). Toutes les autres toladot -- des Sages Arroser, désherber (nikouch), biner (idour), faucher (kissouah), élaguer, fumer, dégager les pierres, enfumer l'arbre. La beraita les tire du verset, mais ce n'est qu'une asmakhta : un appui, non une source. Conséquence directe : devant une perte, les Sages peuvent lever leur propre interdit. Pas de malkout. Pourquoi cela compte pour notre michna La michna permet d'arroser un bet hashelahin pendant l'année sabbatique. Selon Rava, l'arrosage n'a jamais été interdit par la Torah : il n'est qu'une toléda non nommée. La permission tient donc même si la chemita oblige encore par la Torah, contrairement à la voie d'Abaye.
La ligne de partage entre l'interdit de Torah et l'interdit rabbinique pendant la chemita.
2
מִכְּדֵי, זְמִירָה בִּכְלַל זְרִיעָה, וּבְצִירָה בִּכְלַל קְצִירָה. לְמַאי הִלְכְתָא כַּתְבִינְהוּ רַחֲמָנָא?

Or la taille est comprise dans le semis, et la vendange est comprise dans la moisson. Pour quelle halakha Rahmana les a-t-il donc écrites ?

📜 Rachi (2)
זְמִירָה בִּכְלַל זְרִיעָה שֶׁדַּרְכּוֹ שֶׁל זוֹמֵר לְצַמּוֹחֵי פֵּירֵי כְּזוֹרֵעַ:
La taille est comprise dans le semis — car la voie de celui qui taille est de faire pousser le fruit, comme celui qui sème.
בְּצִירָה בַּעֲנָבִים כִּקְצִירָה בִּתְבוּאָה וּקְצִירָה אַב מְלָאכָה הִיא בְּפָ' כְּלָל גָּדוֹל (שַׁבָּת דַּף עג.) בְּצִירָה בִּכְלַל קְצִירָה דִּשְׁנֵיהֶן חוֹתְכִין:
La vendange sur les raisins est comme la moisson sur les céréales ; et la moisson est un av melakha, au chapitre Kelal gadol (Chabbat 73a). La vendange est comprise dans la moisson, car l'une et l'autre coupent.
💡 Explication

Le verset nomme quatre travaux, mais deux d'entre eux sont déjà contenus dans les deux autres. Zémira, la taille, vise la pousse du fruit : c'est une dérivée du semis. Betzira, la vendange, détache le fruit du cep : c'est une dérivée de la moisson.

Nommer une dérivée que la catégorie-père recouvre déjà appelle une explication. La Guemara va en tirer une règle de portée.

3
לְמֵימְרָא דְּאַהָנֵי תּוֹלָדוֹת מִיחַייַּב, אַאַחֲרָנְיָיתָא לָא מִיחַייַּב.

Pour dire que l'on est tenu pour ces toladot-là, et que pour les autres on ne l'est pas.

💡 Explication

La réponse fixe une limite : seules les dérivées nommées par le verset engagent une responsabilité de Torah. Pour la chemita, quatre travaux seulement sont interdits par la Torah ; tout le reste, arrosage compris, est un interdit des Sages.

4
וְלֹא? וְהָתַנְיָא: ״שָׂדְךָ לֹא תִזְרָע וְכַרְמְךָ לֹא תִזְמֹור״. אֵין לִי אֶלָּא זֵירוּעַ וְזִימּוּר, מִנַּיִן לְנִיכּוּשׁ וּלְעִידּוּר וּלְכִיסּוּחַ — תַּלְמוּד לוֹמַר: ״שָׂדְךָ לֹא״, ״כַּרְמְךָ לֹא״. לֹא כָּל מְלָאכָה שֶׁבְּשָׂדְךָ, וְלֹא כָּל מְלָאכָה שֶׁבְּכַרְמְךָ.

Et ne l'est-on pas ? Or on a enseigné : « Ton champ, tu ne l'ensemenceras pas, et ta vigne, tu ne la tailleras pas. » Je n'ai là que le semis et la taille ; d'où sait-on que le nikouch (arrachage des herbes), le idour (binage) et le kissouah (fauchage) sont interdits ?

L'enseignement du verset : « ton champ, non », « ta vigne, non » — aucun travail dans ton champ, aucun travail dans ta vigne.

📜 Rachi (4)
זִימּוּר מְחַתֵּךְ עֲנָפִים יְבֵשִׁין שֶׁל גֶּפֶן:
Zimour (taille) — il coupe les branches sèches de la vigne.
עִידּוּר שֶׁחוֹפֵר תַּחַת הַגְּפָנִים לִרְפוּיֵי אַרְעָא:
Idour (binage) — il creuse sous les vignes pour ameublir la terre.
כִּיסּוּחַ בַּעֲשָׂבִים שֶׁחוֹתֵךְ הָרָעִים מִן הַטּוֹבִים וְלֹא הַיְינוּ נִיכּוּשׁ דִּמְעַקֵּר הָעִיקָּרִים מִן הַקַּרְקַע דְּלָזֶה אֵין עוֹקְרִין אֶלָּא חוֹתְכִין לְמַעְלָה:
Kissouah (fauchage) — il s'agit des herbes : il coupe les mauvaises d'entre les bonnes. Il se distingue du nikouch, qui arrache les racines hors du sol ; ici on n'arrache pas, on coupe par le haut.
תַּלְמוּד לוֹמַר שָׂדְךָ לֹא כַּרְמְךָ לֹא מִדְּלָא כְּתִיב לֹא תִּזְרַע שָׂדְךָ לֹא תִּזְמֹור כַּרְמְךָ אֶלָּא שָׂדְךָ לֹא תִזְרַע כַּרְמְךָ לֹא תִּזְמֹור מַשְׁמַע שָׂדְךָ לֹא כַּרְמְךָ לֹא:
L'enseignement du verset : ton champ, non ; ta vigne, non — puisqu'il n'est pas écrit « tu n'ensemenceras pas ton champ, tu ne tailleras pas ta vigne », mais « ton champ, tu ne l'ensemenceras pas ; ta vigne, tu ne la tailleras pas », cela signifie : ton champ, non ; ta vigne, non.
💡 Explication

La beraita lit l'ordre des mots. Le verset aurait pu dire lo tizra sadekha ; il dit sadekha lo tizra, plaçant la négation aussitôt après le mot champ. On peut donc entendre sadekha lo, ton champ, rien.

Cette lecture étend l'interdit bien au-delà des quatre travaux nommés, ce qui contredit frontalement la thèse de Rava.

🖼️ Schéma
La beraita : comment le verset s'élargit, puis se referme Le même verset sert d'abord à inclure, puis à exclure. Le procédé de lecture L'ordre des mots est sadekha lo tizra, et non lo tizra sadekha : on lit donc sadekha lo, ton champ, rien. Travaux du sol nikouch : arracher les herbes idour : creuser sous la vigne kissouah : couper les herbes Ces trois ameublissent ou nettoient la terre. Coupes sur l'arbre kirsoum : taille de l'arbre zirroud : branches séchées pissoug : grosses branches Le zimour transpose de la vigne à l'arbre. Soins à l'arbre zibbal : mettre du fumier pirouk : ôter les pierres ibbouk : couvrir les racines ichoun : enfumer les vers Entretien, sans coupe. Le verset se referme : sadekha lo tizra Le semis a été détaché de la généralité pour servir de modèle : seul est visé ce qui lui ressemble, à savoir un travail pratiqué à la fois au champ et à la vigne. Sortent donc de l'interdit Le kichkouch sous les oliviers, le idour sous les vignes, l'eau versée dans les crevasses, les cuvettes creusées autour des ceps : chacun n'appartient qu'au champ ou qu'à la vigne.
Comment la beraita élargit le verset, puis le referme sur un critère unique.
5
מִנַּיִן שֶׁאֵין מְקַרְסְמִין וְאֵין מְזָרְדִין וְאֵין מְפַסְּגִין בָּאִילָן? תַּלְמוּד לוֹמַר: ״שָׂדְךָ לֹא״, ״כַּרְמְךָ לֹא״. לֹא כָּל מְלָאכָה שֶׁבְּשָׂדְךָ, וְלֹא כָּל מְלָאכָה שֶׁבְּכַרְמְךָ.

D'où sait-on qu'on ne pratique ni le kirsoum, ni le zirroud, ni le pissoug sur l'arbre ? L'enseignement du verset : « ton champ, non », « ta vigne, non » — aucun travail dans ton champ, aucun travail dans ta vigne.

📜 Rachi (3)
מְקַרְסְמִין הַייְנוּ זִימּוּר אֶלָּא שֶׁקִּירְסוּם שַׁייָּךְ בְּאִילָנוֹת:
Mekarsemin — c'est le zimour, sauf que le terme kirsoum s'emploie pour les arbres.
מְזָרְדִין מְחַתֵּךְ עֲנָפִים יְבֵשִׁים וְלַחִים לְפִי שֶׁיֵּשׁ לָאִילָן עֲנָפִים יוֹתֵר מִדַּאי:
Mezardin — il coupe les branches sèches et les branches vertes, parce que l'arbre porte trop de branches.
מְפַסְּגִין סוֹמְכִים הָאִילָן שֶׁהוּא רַעֲנָן יוֹתֵר מִדַּאי:
Mefasguin — on étaie l'arbre qui est trop vigoureux.
💡 Explication

La beraita transpose à l'arbre ce qu'elle vient d'établir pour la vigne. Les trois termes désignent des coupes distinctes : le kirsoum est la taille proprement dite, le zirroud retire les branches en surnombre, le pissoug traite l'arbre trop vigoureux.

6
מִנַּיִן שֶׁאֵין מְזַבְּלִין וְאֵין מְפָרְקִין וְאֵין מְאַבְּקִין וְאֵין מְעַשְּׁנִין בָּאִילָן? תַּלְמוּד לוֹמַר: ״שָׂדְךָ לֹא״, ״כַּרְמְךָ לֹא״. כָּל מְלָאכָה שֶׁבְּשָׂדְךָ לֹא, וְכָל מְלָאכָה שֶׁבְּכַרְמְךָ לֹא.

D'où sait-on qu'on ne fume pas, qu'on ne dégage pas les pierres, qu'on ne recouvre pas de poussière et qu'on n'enfume pas l'arbre ? L'enseignement du verset : « ton champ, non », « ta vigne, non » — tout travail dans ton champ, non ; tout travail dans ta vigne, non.

📜 Rachi (4)
מְזַבְּלִין מַנִּיחִים זֶבֶל בְּעִיקְּרֵי הָאִילָן:
Mezablin — on dépose du fumier au pied de l'arbre.
מְפָרְקִין אֲבָנִים שֶׁעַל עִיקְּרֵי הָאִילָן:
Mefarkin — les pierres qui se trouvent sur les racines de l'arbre, on les enlève.
מְאַבְּקִים שֶׁשָּׁרָשָׁיו נִרְאִין וּמְכַסִּין אוֹתוֹ בְּאָבָק:
Me'abkin — ses racines sont à découvert et on les recouvre de poussière.
מְעַשְּׁנִין עוֹשִׂין עָשָׁן תַּחַת הָאִילָן כְּדֵי שֶׁיִּנְשְׁרוּ הַתּוֹלָעִים שֶׁעָלָיו:
Me'ashnin — on fait de la fumée sous l'arbre pour que les vers qui s'y trouvent tombent.
💡 Explication

Un troisième étage ajoute les travaux d'entretien, qui n'impliquent aucune coupe : apport de fumier, dégagement des pierres posées sur les racines, recouvrement des racines mises à nu, fumigation contre les vers.

La liste devient si large que la thèse de Rava paraît ruinée : loin de quatre travaux, la beraita en interdit une dizaine.

7
יָכוֹל לֹא יְקַשְׁקֵשׁ תַּחַת הַזֵּיתִים, וְלֹא יְעַדֵּר תַּחַת הַגְּפָנִים, וְלֹא יְמַלֵּא נְקָעִים מַיִם, וְלֹא יַעֲשֶׂה עוּגִיּוֹת לַגְּפָנִים — תַּלְמוּד לוֹמַר: ״שָׂדְךָ לֹא תִּזְרָע״.

On pourrait croire qu'il ne doit pas biner sous les oliviers, ni creuser sous les vignes, ni remplir d'eau les crevasses, ni creuser des cuvettes autour des vignes. L'enseignement du verset : « ton champ, tu ne l'ensemenceras pas ».

📜 Rachi (3)
יְקַשְׁקֵשׁ הַייְנוּ עִידּוּר אֶלָּא שֶׁעִידּוּר בִּגְפָנִים וְקִשְׁקוּשׁ בְּזֵיתִים:
Qu'il ne bine pas — c'est le idour, sauf que le idour se dit pour les vignes et le kichkouch pour les oliviers.
עוּגִיּוֹת חוֹפֵר גֻּומָּא תַּחַת הַגֶּפֶן לִיתֵּן בּוֹ מַיִם:
Ougiot (cuvettes) — il creuse une fosse sous la vigne pour y mettre de l'eau.
לֹא יְקַשְׁקֵשׁ תַּחַת הַזֵּיתִים וְלֹא יְעַדֵּר כו' וְאִם תִּקְשֵׁי הָא אָסַר עִידּוּר לְעֵיל קָא תָּרֵיץ לְקַמָּן בְּעוּגִיּוֹת הָא בְּחַדְתֵי וְהָא בְּעַתִּיקֵי וְהוּא הַדִּין לְעִידּוּר:
Qu'il ne bine pas sous les oliviers et qu'il ne creuse pas, etc. — si tu objectes que le idour a été interdit plus haut, la Guemara répond plus loin, à propos des cuvettes, que l'un vise les neuves et l'autre les anciennes ; il en va de même pour le idour.
💡 Explication

La beraita se retourne. Le même verset qui servait à inclure va maintenant servir à exclure : le mot tizra, que la lecture précédente laissait de côté, redevient opérant.

Les quatre actes cités ont un point commun : chacun appartient soit au champ, soit à la vigne, jamais aux deux.

8
זְרִיעָה בִּכְלָל הָיְתָה, וְלָמָּה יָצְתָה — לְהַקִּישׁ אֵלֶיהָ, לוֹמַר לָךְ: מַה זְרִיעָה מְיֻוחֶדֶת עֲבוֹדָה שֶׁבַּשָּׂדֶה וְשֶׁבַּכֶּרֶם, אַף כֹּל שֶׁהִיא עֲבוֹדָה שֶׁבַּשָּׂדֶה וְשֶׁבַּכֶּרֶם!

Le semis était compris dans la généralité ; pourquoi en est-il sorti ? Pour qu'on lui rattache le reste, et pour te dire : de même que le semis se caractérise comme un travail qui se fait au champ et à la vigne, de même tout travail qui se fait au champ et à la vigne.

📜 Rachi (2)
זְרִיעָה בִּכְלָל הָיְתָה וּבַשָּׁנָה הַשְּׁבִיעִית שַׁבַּת שַׁבָּתוֹן וְגוֹ':
Le semis était compris dans la généralité — dans le verset « Et la septième année sera un chabbat de repos absolu, etc. »
אַף כָּל עֲבוֹדָה שֶׁהִיא בַּשָּׂדֶה וּבְכֶרֶם כְּגוֹן כָּל הָנֵי פְּרָטֵי יָצָא קִשְׁקוּשׁ וְעִידּוּר וּמַיִם בִּנְקָעִים וְעוּגִיּוֹת שֶׁאֵינָן בִּשְׁנֵיהֶן כו':
De même tout travail qui se fait au champ et à la vigne — comme tous les cas énumérés. Sont exclus le kichkouch, le idour, l'eau versée dans les crevasses et les cuvettes, qui ne se pratiquent pas dans les deux, etc.
🗂️ Tossefot (1)
אַף כָּל שֶׁבַּשָּׂדֶה וְשֶׁבַּכֶּרֶם. וְכָל הָנֵי עֲבוֹדוֹת דִּלְעֵיל נוֹהֲגוֹת בֵּין בַּשָּׂדֶה וּבֵין בְּכֶרֶם וַאֲפִילּוּ שֶׁיֵּשׁ מֵהֶן שֶׁאֵין עַתָּה נוֹהֲגִין כֵּן י"ל שֶׁבִּמְקוֹמָן הָיוּ עוֹשִׂין כָּךְ וּרְגִילִין לַעֲשׂוֹתָן בַּשָּׂדֶה וּבְכֶרֶם:
De même tout ce qui se fait au champ et à la vigne. Tous les travaux énumérés plus haut se pratiquent aussi bien au champ qu'à la vigne. Et même si certains d'entre eux ne se pratiquent plus aujourd'hui, on peut dire qu'en leur lieu on procédait ainsi, et que l'usage était de les faire au champ comme à la vigne.
💡 Explication

Le procédé est classique : un élément détaché d'une généralité sert ensuite de modèle pour déterminer ce que la généralité contient. Ici le trait retenu est l'universalité du travail : le semis se pratique aussi bien au champ qu'à la vigne.

Les travaux propres à un seul terrain sortent donc de l'interdit. Il reste que la beraita en interdit toujours beaucoup plus que quatre, et l'objection contre Rava tient encore.

9
מִדְּרַבָּנָן, וּקְרָא אַסְמַכְתָּא בְּעָלְמָא.

Ils sont d'ordre rabbinique, et le verset n'est qu'une asmakhta (appui scripturaire).

📜 Rachi (1)
כָּל הָנֵי מִדְּרַבָּנָן אֲבָל מִדְּאוֹרַייְתָּא לָא הָוֵי אֶלָּא זְמִירָה וּבְצִירָה כִּדְאָמְרִינַן לְעֵיל הָנֵי אִין מִידֵּי אַחֲרִינָא לָא:
Tous ces travaux sont d'ordre rabbinique — mais par la Torah il n'y a que la taille et la vendange, comme nous l'avons dit plus haut : celles-là oui, les autres non.
💡 Explication

La Guemara maintient la thèse de Rava. Tous les travaux énumérés par la beraita sont interdits par les Sages ; le verset qu'elle invoque ne fonde pas l'interdit, il lui sert d'appui mnémonique.

La conséquence pratique est directe : un interdit rabbinique peut être levé devant une perte, ce qui explique la permission d'arroser le bet hashelahin.

10
וְקִשְׁקוּשׁ בִּשְׁבִיעִית מִי שְׁרֵי? וְהָא כְּתִיב: ״וְהַשְּׁבִיעִית תִּשְׁמְטֶנָּה וּנְטַשְׁתָּהּ״ — ״תִּשְׁמְטֶנָּה״ מִלְּקַשְׁקֵשׁ, ״וּנְטַשְׁתָּהּ״ מִלְּסַקֵּל!

Et le kichkouch est-il permis pendant la chemita ? Or il est écrit : « Et la septième, tu la relâcheras et tu l'abandonneras » — « tu la relâcheras », du kichkouch ; « et tu l'abandonneras », de l'épierrage !

📜 Rachi (1)
מִלְּסַקֵּל לְהוֹצִיא אֲבָנִים מִן הַכֶּרֶם:
De l'épierrage — retirer les pierres de la vigne.
💡 Explication

La beraita venait de permettre le binage sous les oliviers. Un autre verset semble l'interdire, en tirant de ses deux verbes deux abstentions distinctes.

11
אָמַר רַב עֻוקְבָא בַּר חָמָא: תְּרֵי קִשְׁקוּשֵׁי הָווּ. חַד אַבְּרוּיֵי אִילָנֵי, וְחַד סְתוּמֵי פִּילֵי. אַבְּרוּיֵי אִילָן — אָסוּר, סְתוּמֵי פִּילֵי — שָׁרִי.

Rav Ukva bar Hama dit : il y a deux sortes de kichkouch. L'une vise à renforcer les arbres, l'autre à boucher les fentes.

Renforcer l'arbre est interdit ; boucher les fentes est permis.

📜 Rachi (3)
סְתוּמֵי פִּילֵי שֶׁמְּסַתֵּם בְּקָעִים שֶׁל אִילָן:
Boucher les fentes — il obture les crevasses de l'arbre.
שָׁרִי דְּאִית בֵּיהּ מִשּׁוּם פְּסֵידָא:
Permis — car il y a là une perte à éviter.
אַבְּרוּיֵי אִילָנֵי אָסוּר דְּהָוֵי מִשּׁוּם רַווְחָא וְהַאי דְּשָׁרֵי קִשְׁקוּשׁ הַייְנוּ סְתוּמֵי פִּילֵי וְהַאי דַּאֲסִיר הַיְינוּ אַבְּרוּיֵי אִילָנֵי:
Renforcer les arbres est interdit — car il s'agit d'un gain. Le kichkouch permis est celui qui bouche les fentes, et celui qui est interdit est celui qui renforce les arbres.
💡 Explication

Un même geste reçoit deux qualifications selon sa destination. Le binage qui renforce l'arbre recherche un gain et s'apparente au labour ; celui qui bouche les fentes prévient un dommage.

Le critère de la perte, déjà au cœur de la michna, revient ici comme principe de qualification de l'acte.

🖼️ Schéma
Deux binages sous un seul mot : kichkouch Même geste, même outil on remue la terre au pied de l'arbre Avrouyei ilani -- renforcer l'arbre But recherché : un gain, une meilleure pousse. L'acte se rapproche du labour. Interdit C'est ce que vise tishmetena dans le verset. Setoumei pili -- boucher les fentes But recherché : éviter une perte déjà engagée. L'arbre est protégé, non amélioré. Permis C'est le kichkouch que la beraita autorisait. Le critère dégagé La destination de l'acte décide de sa qualification : accroître le rendement ou empêcher un dommage.
Le même binage, interdit ou permis selon ce qu'il recherche.
12
אִיתְּמַר: הַחוֹרֵשׁ בַּשְּׁבִיעִית, רַבִּי יוֹחָנָן וְרַבִּי אֶלְעָזָר, חַד אָמַר: לוֹקֶה, וְחַד אָמַר: אֵינוֹ לוֹקֶה. לֵימָא בִּדְרַבִּי אָבִין אָמַר רַבִּי אִילְעָא קָמִיפַּלְגִי. דְּאָמַר רַבִּי אָבִין אָמַר רַבִּי אִילְעָא: כָּל מָקוֹם שֶׁנֶּאֱמַר כְּלָל בַּעֲשֵׂה וּפְרָט בְּלֹא תַעֲשֶׂה — אֵין דָּנִין אוֹתוֹ בִּכְלָל וּפְרָט וּכְלָל.

On a rapporté : celui qui laboure pendant la chemita — Rabbi Yo'hanan et Rabbi Elazar ; l'un dit qu'il est flagellé, l'autre dit qu'il n'est pas flagellé. Dirons-nous qu'ils divergent sur l'enseignement de Rabbi Avin au nom de Rabbi Ile'a ?

Car Rabbi Avin a dit au nom de Rabbi Ile'a : partout où une généralité est énoncée comme commandement positif et un détail comme défense, on ne le juge pas selon la règle klal ou-prat ou-khlal (généralité, détail, généralité).

📜 Rachi (2)
כָּל מָקוֹם שֶׁנֶּאֱמַר כְּלָל בַּעֲשֵׂה וּפְרָט בְּלֹא תַעֲשֶׂה כְּגוֹן הָכָא דִּכְתִיב (וַיִּקְרָא כ״ה:ד׳) וּבַשָּׁנָה הַשְּׁבִיעִית שַׁבַּת שַׁבָּתוֹן יִהְיֶה לָאָרֶץ כְּלָל הַייְנוּ עֲשֵׂה שָׂדְךָ לֹא תִזְרָע וְכַרְמְךָ לֹא תִזְמֹור פְּרָט הַייְנוּ לֹא תַעֲשֶׂה:
Partout où une généralité est énoncée comme commandement positif et un détail comme défense — comme ici : il est écrit (Vayikra 25,4) « Et la septième année sera un chabbat de repos absolu pour la terre », c'est la généralité, formulée en positif ; « ton champ, tu ne l'ensemenceras pas, et ta vigne, tu ne la tailleras pas », c'est le détail, formulé en défense.
אֵין דָּנִין אוֹתוֹ בִּכְלָל וּפְרָט וּכְלָל וְאַף עַל גַּב דִּכְתִיב כְּלָל בָּתְרֵיהּ כְּגוֹן הָכָא דִּכְתִיב בָּתְרֵיהּ (שַׁבָּת) שַׁבָּתוֹן כְּלוֹמַר אֵין לוֹ דִּין דִּשְׁאָר כְּלָל וּפְרָט וּכְלָל שֶׁכְּתוּבִין כֻּולּוֹ בַּעֲשֵׂה אוֹ בְּלָאו דְּאָמַר כְּלָל וּפְרָט וּכְלָל אִי אַתָּה דָן אֶלָּא כְּעֵין הַפְּרָט דִּמְרַבֵּי כָּל מִידֵּי דְּדָמֵי לִפְרָט אֶלָּא דָּייְנִינַן לֵיהּ בִּכְלָל וּפְרָט הוֹאִיל דְּנִשְׁתַּנָּה מִשְּׁאָר כְּלָל וּפְרָט וּכְלָל אָמְרִינַן אֵין בַּכְּלָל אֶלָּא מַה שֶּׁבַּפְּרָט הָנֵי אִין מִידֵּי אַחֲרִינָא לָא:
On ne le juge pas selon klal ou-prat ou-khlal — et bien qu'une généralité soit écrite ensuite, comme ici où il est écrit après cela « chabbaton », cela veut dire qu'il n'a pas le statut des autres klal ou-prat ou-khlal, entièrement rédigés en positif ou entièrement en défense, dont on dit : dans un klal ou-prat ou-khlal, tu ne juges que selon le modèle du détail, ce qui inclut tout ce qui ressemble au détail. Ici au contraire nous le jugeons selon klal ou-prat, puisqu'il diffère des autres klal ou-prat ou-khlal ; nous disons alors : la généralité ne contient que ce que le détail énonce — celles-là oui, les autres non.
🗂️ Tossefot (1)
אֵין דָּנִין אוֹתוֹ בִּכְלָל וּפְרָט וּכְלָל. הָכִי הֲוָה שְׁמִיעַ לֵיהּ לֵר' אִילְעָא דְּכֵיוָן דְּהַפְּרָט בְּלֹא תַּעֲשֶׂה הַכְּלָל הָאַחֲרוֹן אֵינוֹ מוֹצִיא הַפְּרָט מְמֻשְׁמְעוֹתֶיהָ וְאֵינוֹ כְּלָל וּפְרָט וּכְלָל דְּדָייְנִינַן לֵיהּ בִּכְלָל וּפְרָט וְלָא נְהִירָא לִי דְּמִנָּלַן דְּרַבִּי אִילְעָא ס"ל הָכִי אֵימָא דְּהַפְּרָט שֶׁהוּא בְּלֹא תַּעֲשֶׂה בָּטֵל אֲבָל הַכְּלָל עוֹמֵד בִּמְקוֹמוֹ לְפִי דְּבָרָיו וְעוֹד לְפִי לָשׁוֹן זֶה קָשֶׁה לִי אַמַּאי תֵּירֵץ דְּכֻולֵּי עָלְמָא לֵית לְהוּ דָּר' אָבִין וְהָא הֲוָה מָצֵי לְתָרוּצֵי דְּכֻולֵּי עָלְמָא אִית לְהוּ. דִּבְכָל מָקוֹם סֻוגְייַת הַשַּׁ"ס הִיא דְּכֵיוָן דְּמָצֵי לְמֵימַר דְּכֻולֵּי עָלְמָא אִית לְהוּ סְבָרַת הָאָמוֹרָא לָא מְתָרְצִינַן לֵית לְהוּ וְלֵימָא הָכִי דְּכֻולֵּי עָלְמָא אִית לְהוּ דְּרַבִּי אָבִין מַאן דְּאָמַר אֵינוֹ לוֹקֶה שַׁפִּיר וּמַאן דְּאָמַר לוֹקֶה סְבִירָא לֵיהּ כִּי הַךְ בָּרַייְתָא דְּמַפְּקָא לֵיהּ לְתוֹלָדוֹת מִקְּרָא וְקָסָבַר לָאו אַסְמַכְתָּא הוּא אֶלָּא דְּרָשָׁה גְּמוּרָה הִיא וְלִי נִרְאֶה דְּהָא לֵימָא בָּדֶר' אָבִין אָמַר ר' אִילְעָא וְכוּ' קָאֲזִיל בכה"ג דְּלֵיכָּא הָכָא אֶלָּא כְּלָל וּפְרָט דִּכְלָל בָּתְרָא לָא חֲשִׁיב כֵּיוָן דְּהַאי כְּלָל בִּקְרָא אַחַרְיַנָא וַחֲשִׁיב בִּכְלָל הַמְרֻוחָק זֶה מִזֶּה כֵּיוָן דְּלָא הָווּ בְּחַד קְרָא דְּהָכִי מוּכָח בפ"ק דִּפְסָחִים (דַּף ו: וְשָׁם) דְּאִיכָּא לְמָאֵן דְּאָמַר כֵּיוָן דְּהָווּ בִּתְרֵי קְרָאֵי לָא מִיצְטָרְפִי לְמֶיהֱוֵי כְּלָל וּפְרָט וּכְלָל וְהָכָא נַמֵּי לָא הָוֵי אֶלָּא כְּלָל וּפְרָט וְהָכִי אִיכָּא הַגִּירְסָא [בִּירוּשַׁלְמִי דְּכִלְאַיִם] בפ"ח חַד אָמַר לוֹקֶה סָבַר לָהּ כְּרַבִּי אִילְעָא דְּאֵינוֹ נִדּוֹן בִּכְלָל וּפְרָט כֵּיוָן דְּהַפְּרָט בְּלֹא תַּעֲשֶׂה הַפְּרָט בָּטֵל וְהַכְּלָל בִּמְקוֹמוֹ עוֹמֵד וּלְפִיכָךְ אָמַר כָּל הַחוֹרֵשׁ בַּשְּׁבִיעִית לוֹקֶה וְחַד אָמַר הַחוֹרֵשׁ בַּשְּׁבִיעִית אֵינוֹ לוֹקֶה לֹא סָבַר לְהָא דָּר' אִילְעָא אֶלָּא דָּנִין אוֹתוֹ בִּכְלָל וּפְרָט הָנֵי אִין מִידֵּי אַחֲרִינָא לָא וְדָחֵי לָהּ דְּכוּלְּהוּ אִית לְהוּ דְּרַבִּי אִילְעָא מַאן דְּאָמַר לוֹקֶה שַׁפִּיר וּמַאן דְּאָמַר אֵינוֹ לוֹקֶה מִכְּדֵי זְמִירָה בִּכְלַל זְרִיעָה וּבְצִירָה כו' וְאִם נַפְשְׁךָ לוֹמַר לְמָאֵן דְּאָמַר לוֹקֶה אַמַּאי כְּתַב רַחֲמָנָא זְמִירָה וּבְצִירָה שֶׁמָּא קָסָבַר לְלָאו יַתִּירָא אָתֵי אִי נָמֵי קָסָבַר כֶּרֶם מִשָּׂדֶה לָא הֲוָה יָלֵיף הִלְכָּךְ הֻוצְרַךְ לְמִיכְתַּב בֵּין בַּשָּׂדֶה בֵּין בְּכֶרֶם:
On ne le juge pas selon klal ou-prat ou-khlal. Ainsi Rabbi Ile'a l'entendait : puisque le détail est formulé en défense, la généralité finale ne fait pas sortir le détail de son sens, et il n'y a pas là un klal ou-prat ou-khlal ; nous le jugeons donc selon klal ou-prat. Cela ne me paraît pas clair : d'où saurions-nous que Rabbi Ile'a pensé ainsi ? On pourrait dire, selon ses termes, que le détail formulé en défense s'annule, mais que la généralité demeure à sa place. De plus, selon cette lecture, je m'étonne que la Guemara réponde que tous rejettent l'enseignement de Rabbi Avin, alors qu'elle pouvait répondre que tous l'admettent : partout la voie du Talmud est que, dès lors qu'on peut dire que tous admettent l'avis de l'Amora, on ne répond pas qu'ils le rejettent. Qu'elle dise donc : tous admettent l'enseignement de Rabbi Avin ; celui qui dit qu'il n'est pas flagellé, c'est clair ; et celui qui dit qu'il est flagellé tient comme cette beraita qui tire les toladot du verset, estimant qu'il s'agit d'une derasha véritable et non d'une asmakhta. Il me semble plutôt que la question « dirons-nous qu'ils divergent sur l'enseignement de Rabbi Avin au nom de Rabbi Ile'a » porte sur un cas où il n'y a ici qu'un klal ou-prat, car la généralité finale ne compte pas : elle figure dans un autre verset, et on la tient pour une généralité éloignée, les deux n'étant pas dans un même verset. Ainsi le prouve le premier chapitre de Pessahim (6b et là-bas), où un avis soutient que, dès lors qu'ils figurent dans deux versets, ils ne se joignent pas pour former un klal ou-prat ou-khlal ; ici de même, il n'y a qu'un klal ou-prat. Et telle est la version du Yerouchalmi de Kilayim, chapitre 8 : l'un dit qu'il est flagellé, tenant comme Rabbi Ile'a que le verset n'est pas jugé selon klal ou-prat, puisque, le détail étant formulé en défense, le détail s'annule et la généralité demeure à sa place ; c'est pourquoi il dit que quiconque laboure pendant la chemita est flagellé. Et l'autre dit que celui qui laboure pendant la chemita n'est pas flagellé, ne tenant pas l'enseignement de Rabbi Ile'a, mais jugeant le verset selon klal ou-prat : celles-là oui, les autres non. La Guemara écarte cette lecture : tous admettent l'enseignement de Rabbi Ile'a ; celui qui dit qu'il est flagellé, c'est clair ; et celui qui dit qu'il n'est pas flagellé raisonne : or la taille est comprise dans le semis, et la vendange, etc. Et si tu veux objecter : selon celui qui dit qu'il est flagellé, pourquoi Rahmana a-t-il écrit la taille et la vendange ? Peut-être estime-t-il qu'elles viennent pour une défense surnuméraire ; ou bien il estime que la vigne ne se déduit pas du champ, et il a donc fallu écrire aussi bien pour le champ que pour la vigne.
💡 Explication

La flagellation suppose la transgression d'une défense explicite de la Torah. Le labour n'est nommé nulle part dans le passage de la chemita ; sa sanction dépend donc de la manière dont on lit le verset.

La règle de Rabbi Ile'a porte sur un cas hybride : la généralité est formulée en positif (chabbat chabbaton), le détail en défense (lo tizra). Dans ce cas, la généralité finale ne rouvre pas le détail, et l'on applique le schéma plus étroit klal ou-prat : la généralité ne contient que ce que le détail énonce.

🖼️ Schéma
La structure du verset selon Rabbi Avin au nom de Rabbi Ile'a Klal -- la généralité, formulée en commandement positif La septième année sera un chabbat de repos absolu pour la terre (Vayikra 25,4). Prat -- le détail, formulé en défense Ton champ, tu ne l'ensemenceras pas ; ta vigne, tu ne la tailleras pas. Klal -- la généralité finale Car ce sera une année de repos pour la terre (Vayikra 25,5). Lire klal ou-prat ou-khlal La généralité finale rouvre le détail : on inclut tout ce qui ressemble au semis. Le labour entre dans l'interdit. Position de celui qui dit : il est flagellé. Lire klal ou-prat seulement Le mélange des formulations empêche la généralité finale de compter. La règle : rien hors du détail. Position attribuée d'abord à celui qui exempte.
Les trois éléments du verset et les deux façons de les articuler.
13
מַאן דְּאָמַר לוֹקֶה — לֵית לֵיהּ דְּרַבִּי אָבִין אָמַר רַבִּי אִילְעָא.

Celui qui dit qu'il est flagellé ne tient pas l'enseignement de Rabbi Avin au nom de Rabbi Ile'a.

💡 Explication

Rejetant la règle, il applique au verset le schéma complet klal ou-prat ou-khlal, qui inclut tout ce qui ressemble au détail. Le labour ressemble au semis ; il tombe donc sous la défense et rend passible de malkout.

14
וּמַאן דְּאָמַר אֵינוֹ לוֹקֶה — אִית לֵיהּ דְּרַבִּי אָבִין.

Et celui qui dit qu'il n'est pas flagellé tient l'enseignement de Rabbi Avin.

💡 Explication

Tenant la règle, il lit un simple klal ou-prat : rien n'est ajouté au détail. Le laboureur néglige l'ordre positif de laisser la terre au repos, sans transgresser de défense, et échappe à la flagellation.

15
לֹא, דְּכֻולֵּי עָלְמָא לֵית לֵיהּ דְּרַבִּי אָבִין אָמַר רַבִּי אִילְעָא, מַאן דְּאָמַר לוֹקֶה — שַׁפִּיר.

Non : tous rejettent l'enseignement de Rabbi Avin au nom de Rabbi Ile'a. Celui qui dit qu'il est flagellé, c'est clair.

📜 Rachi (1)
דְּכֻולֵּי עָלְמָא לֵית לְהוּ דְּרָבִין כו' מַאן דְּאָמַר לוֹקֶה שַׁפִּיר כִּדְאָמַר דְּדָרְשִׁינַן בִּכְלָל וּפְרָט וּכְלָל:
Tous rejettent l'enseignement de Rabbin, etc. ; celui qui dit qu'il est flagellé, c'est clair — comme il a été dit, puisque nous interprétons selon klal ou-prat ou-khlal.
💡 Explication

La Guemara refuse de faire dépendre le désaccord d'une règle herméneutique générale. Elle pose que les deux Amoraim rejettent la règle de Rabbi Ile'a, ce qui rend immédiatement compréhensible la position de celui qui condamne à la flagellation.

Reste à expliquer l'autre position sans recourir à la règle : c'est l'objet du segment suivant.

16
וּמַאן דְּאָמַר אֵינוֹ לוֹקֶה, אָמַר לָךְ: מִכְּדֵי זְמִירָה בִּכְלַל זְרִיעָה וּבְצִירָה בִּכְלַל קְצִירָה, לְמַאי הִלְכְתָא כַּתְבִינְהוּ רַחֲמָנָא? לְמֵימַר דְּאַהָנֵי תּוֹלָדוֹת הוּא דְּמִיחַייַּב, אַתּוֹלָדָה אַחֲרִינָא לָא מִיחַייַּב.

Et celui qui dit qu'il n'est pas flagellé peut te répondre : or la taille est comprise dans le semis et la vendange dans la moisson ; pour quelle halakha Rahmana les a-t-il écrites ? Pour dire que l'on est tenu pour ces toladot-là, et que pour une autre toléda on ne l'est pas.

📜 Rachi (1)
אַחַרְיַנָא לָא לְהָכִי חוֹרֵשׁ אֵינוֹ לוֹקֶה:
Les autres non — c'est pourquoi celui qui laboure n'est pas flagellé.
💡 Explication

Il s'appuie sur l'argument même de Rava, ouvert au début du folio. L'énumération de la taille et de la vendange a une fonction restrictive : elle circonscrit la responsabilité de Torah aux toladot nommées.

Le labour n'y figure pas ; il échappe donc à la flagellation, sans qu'il soit besoin de la règle de Rabbi Ile'a.

17
וְלֹא? וְהָתַנְיָא: ״שָׂדְךָ לֹא תִזְרָע וְכַרְמְךָ לֹא תִזְמֹור״, אֵין לִי אֶלָּא זֵירוּעַ וְזִימּוּר. מִנְיָן לְעִידּוּר וּלְקִישְׁקוּשׁ וּלְכִיסּוּחַ? תַּלְמוּד לוֹמַר: ״שָׂדְךָ לֹא״, ״כַּרְמְךָ לֹא״. לֹא כָּל מְלָאכָה שֶׁבְּשָׂדְךָ וְלֹא כָּל מְלָאכָה שֶׁבְּכַרְמְךָ.

Et ne l'est-on pas ? Or on a enseigné : « Ton champ, tu ne l'ensemenceras pas, et ta vigne, tu ne la tailleras pas » ; je n'ai là que le semis et la taille.

D'où sait-on que le idour, le kichkouch et le kissouah sont interdits ? L'enseignement du verset : « ton champ, non », « ta vigne, non » — aucun travail dans ton champ, aucun travail dans ta vigne.

💡 Explication

La même beraita est opposée une seconde fois, ici à celui qui exempte le laboureur. La reprise est presque mot pour mot ; la liste de ce premier étage remplace seulement le nikouch par le kichkouch.

18
וּמִנַּיִן שֶׁאֵין מְקַרְסְמִין, וְאֵין מְזָרְדִין, וְאֵין מְפַסְּגִין בָּאִילָן תַּלְמוּד לוֹמַר: ״שָׂדְךָ לֹא״, ״כַּרְמְךָ לֹא״: כָּל מְלָאכָה שֶׁבְּשָׂדְךָ לֹא כָּל מְלָאכָה שֶׁבְּכַרְמְךָ לֹא.

Et d'où sait-on qu'on ne pratique ni le kirsoum, ni le zirroud, ni le pissoug sur l'arbre ? L'enseignement du verset : « ton champ, non », « ta vigne, non » — tout travail dans ton champ, non ; tout travail dans ta vigne, non.

💡 Explication

Deuxième étage de la reprise, identique au segment 4.

19
מִנַּיִן שֶׁאֵין מְזַבְּלִין וְאֵין מְפָרְקִין וְאֵין מְעַשְּׁנִין בָּאִילָן? תַּלְמוּד לוֹמַר: ״שָׂדְךָ לֹא״, ״כַּרְמְךָ לֹא״. כָּל מְלָאכָה שֶׁבְּשָׂדְךָ לֹא, וְכָל מְלָאכָה שֶׁבְּכַרְמְךָ לֹא.

D'où sait-on qu'on ne fume pas, qu'on ne dégage pas les pierres et qu'on n'enfume pas l'arbre ? L'enseignement du verset : « ton champ, non », « ta vigne, non » — tout travail dans ton champ, non ; tout travail dans ta vigne, non.

💡 Explication

Troisième étage. Cette version omet le recouvrement des racines par la poussière, mentionné au segment 5.

20
יָכוֹל לֹא יְקַשְׁקֵשׁ תַּחַת הַזֵּיתִים, וְלֹא יְעַדֵּר תַּחַת הַגְּפָנִים, וְלֹא יְמַלֵּא נְקָעִים מַיִם, וְלֹא יַעֲשֶׂה עוּגִיּוֹת לַגְּפָנִים — תַּלְמוּד לוֹמַר: ״שָׂדְךָ לֹא תִּזְרָע״.

On pourrait croire qu'il ne doit pas biner sous les oliviers, ni creuser sous les vignes, ni remplir d'eau les crevasses, ni creuser des cuvettes autour des vignes. L'enseignement du verset : « ton champ, tu ne l'ensemenceras pas ».

💡 Explication

Le mouvement de retrait revient à l'identique : le verset qui incluait sert maintenant à exclure.

21
זְרִיעָה בִּכְלָל הָיְתָה, וְלָמָּה יָצְתָה — לְהַקִּישׁ אֵלֶיהָ, לוֹמַר לָךְ: מַה זְרִיעָה מְיֻוחֶדֶת עֲבוֹדָה שֶׁבַּשָּׂדֶה וְשֶׁבַּכֶּרֶם, אַף כֹּל שֶׁהִיא עֲבוֹדָה שֶׁבַּשָּׂדֶה וְשֶׁבַּכֶּרֶם!

Le semis était compris dans la généralité ; pourquoi en est-il sorti ? Pour qu'on lui rattache le reste, et pour te dire : de même que le semis se caractérise comme un travail qui se fait au champ et à la vigne, de même tout travail qui se fait au champ et à la vigne.

💡 Explication

Le critère dégagé reste le même : seuls sont interdits les travaux qui se pratiquent dans les deux terrains. L'objection contre celui qui exempte le laboureur garde donc toute sa force.

22
מִדְּרַבָּנָן, וּקְרָא אַסְמַכְתָּא בְּעָלְמָא.

Ils sont d'ordre rabbinique, et le verset n'est qu'une asmakhta (appui scripturaire).

💡 Explication

La réponse est celle du segment 8. Les travaux énumérés par la beraita relèvent des Sages, et le verset leur sert d'appui seulement. La position de celui qui exempte le laboureur tient donc.

Le folio se referme sur le même principe qu'il avait posé en ouvrant : la Torah ne rend passible que pour les travaux qu'elle a nommés.

🖼️ Schéma
Celui qui laboure pendant la chemita est-il flagellé ? Rabbi Yo'hanan et Rabbi Elazar : deux lectures du désaccord. La règle de Rabbi Avin au nom de Rabbi Ile'a Quand la généralité est un commandement positif et le détail une défense, on ne lit pas le verset comme un klal ou-prat ou-khlal, qui étendrait la loi à tout ce qui ressemble au détail. On le lit comme un simple klal ou-prat : la généralité ne contient que ce que le détail énonce. Il est flagellé (lokeh) Lecture 1 : il rejette la règle de Rabbi Avin. Il applique klal ou-prat ou-khlal et étend l'interdit à tout travail semblable au semis, labour compris. Lecture retenue : identique. Cet avis ne pose aucune difficulté. Le labour tombe sous une défense de la Torah. Il n'est pas flagellé (eino lokeh) Lecture 1 : il tient la règle de Rabbi Avin, donc le verset n'étend rien. Lecture retenue : il rejette la règle lui aussi, mais s'appuie sur la limitation tirée de la taille et de la vendange : seules les toladot nommées engagent la responsabilité. Le labour transgresse un ordre positif seulement. Ce que change la lecture retenue Lecture 1 : le débat serait herméneutique, portant sur la validité d'une règle générale d'exégèse. Lecture retenue : le débat porte sur ce verset précis et sur la fonction de zemira et betzira. Tossefot note le principe : quand on peut faire tenir la règle à tout le monde, on le fait. La Guemara préfère ici l'inverse ; Tossefot en discute et propose une autre construction.
Bilan du débat sur le laboureur de la chemita.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).