Moed Katan 3b — La tosefet chevi'it : labour, échéances et pouvoir du beit din

Moed_Katan 3b

Sougya : Rav Dimi rapporte d'Erets Israël une tradition tronquée : on aurait pu penser qu'on est flagellé pour la tosefet (l'ajout), mais un enseignement a été retenu en faveur de l'exemption. Il ignore de quel ajout et de quel enseignement il s'agit.

Rabbi Elazar comprend l'ajout comme le labour de la septième année, déduit par klal ou-perat ou-khlal ; Rabbi Yo'hanan comme les jours que les Sages ont ajoutés avant Roch Hachana de la chevi'it. Le daf enchaîne sur la michna de Chevi'it qui fixe les échéances du labour la veille de la septième année : champ d'arbres jusqu'à Atseret, champ blanc jusqu'à Pessa'h.

Rabban Gamliel et son beit din ont aboli ces deux échéances, ce qui soulève la question de fond : un beit din peut-il abolir les paroles d'un beit din antérieur ? La réponse passe par une stipulation posée dès l'origine, puis par la distinction de Rabbi Yitshak entre les trente jours reçus au Sinaï et l'extension instituée par les Sages.

Que veut dire la tosefet de Rav Dimi ? Deux lectures Rav Dimi : on aurait pu être flagellé sur la tosefet, mais un enseignement exempte. Lequel ? de quel ajout ? Rabbi Elazar Rabbi Yo'hanan tosefet = le labour (harisha) pendant la septième année Ajout parce que son interdit ne sort pas d'un verset explicite, mais de klal ou-perat ou-khlal Exemption : les prat détaillés limitent la flagellation tosefet = les jours ajoutés avant Roch Hachana de la chevi'it Source : be-harich ou-vaqatsir tichbot (Chemot 34,21), lu comme portant sur la 6e année Exemption : expliquée plus loin, par le chabbat de la Création
Les deux lectures de la tosefet dont parlait Rav Dimi : le labour de la septième année (Rabbi Elazar) ou les jours ajoutés avant Roch Hachana (Rabbi Yohanan).
Jusqu'à quand labourer la veille de la chevi'it ? Les échéances Pessa'h Atséret 30 jours avant Roch Hachana sixième année, du printemps à l'entrée de la septième Beit Hillel champ d'arbres : jusqu'à Atseret. Beit Chammai : tant que le labour profite au fruit Rabbi Chimon champ blanc jusqu'à Pessa'h, champ d'arbres jusqu'à Atseret (délais fixés) Halakha du Sinaï interdit seulement à partir de 30 jours avant Roch Hachana Rabban Gamliel abolit les deux échéances : on laboure jusqu'aux 30 jours, selon Rabbi Yitshak
Les échéances du labour la veille de la chevi'it, de Pessah à Roch Hachana, et ce que Rabban Gamliel a aboli.
Un beit din peut-il abolir le beit din qui l'a précédé ? Le fil de la sougya Fait Rabban Gamliel et son beit din ont voté sur les deux échéances et les ont abolies Objection Michna Edouyot : un beit din n'abolit les paroles d'un autre beit din que s'il lui est supérieur en sagesse et en nombre Réponse 1 Ils avaient stipulé : quiconque voudra abolir viendra et abolira Objection Ce n'est pas leur takana : c'est une halakha transmise à Moche au Sinaï Réponse 2 Rabbi Yitshak : la halakha du Sinaï ne couvre que 30 jours ; l'extension jusqu'à Pessa'h et Atseret est bien leur takana, assortie de la stipulation Objection Ce sont des versets, non des halakhot du Sinaï : be-harich ou-vaqatsir tichbot
Le fil de la seconde moitié du daf : le pouvoir d'un beit din d'abolir une takana antérieure, objections et réponses.
1
כִּי אֲתָא רַב דִּימִי, אֲמַר: יָכוֹל יִלְקֶה עַל הַתּוֹסֶפֶת. וְנָסֵיב לָהּ תַּלְמוּדָא לִפְטוּרָא, וְלָא יָדַעְנָא מַאי תַּלְמוּדָא וּמַאי תּוֹסֶפֶת.

Quand Rav Dimi vint [d'Erets Israël en Babylonie], il dit : on aurait pu penser qu'on est flagellé pour la tosefet (l'ajout) ; mais un enseignement (talmuda) a été retenu en faveur de l'exemption. Et je ne sais ni quel est cet enseignement, ni quel est cet ajout.

📜 Rachi (3)
כִּי אֲתָא רַב דִּימִי מֵאֶרֶץ יִשְׂרָאֵל לְבָבֶל:
Quand Rav Dimi vint — d'Erets Israël en Babylonie.
אָמַר שְׁמַעִית דְּאָמְרִי בא"י יָכוֹל יִלְקֶה עַל תּוֹסֶפֶת:
Il dit — j'ai entendu qu'on disait en Erets Israël : on aurait pu penser qu'on est flagellé pour la tosefet.
וּשְׁמַעִית דְּנָסֵיב עָלֶיהָ תַּלְמוּדָא לִפְטוּרָא וְלָא יָדַעְנָא מַאי תּוֹסֶפֶת וְלֹא פָּטוּר:
Et j'ai entendu qu'on retient à ce sujet un enseignement en faveur de l'exemption — et je ne sais ni de quelle tosefet il s'agit, ni [d'où vient] l'exemption.
💡 Explication

Rav Dimi rapporte une tradition entendue en Erets Israël, mais il la transmet incomplète : il connaît la formule, non son objet. Deux inconnues restent ouvertes — quelle est la tosefet (l'ajout) visée, et quel est le talmuda (l'enseignement) qui dispense de la flagellation.

Toute la première partie du daf consiste à combler ces deux blancs. Rabbi Elazar et Rabbi Yo'hanan proposent chacun une reconstitution complète de la phrase.

2
רַבִּי אֶלְעָזָר אָמַר: חֲרִישָׁה. וְהָכִי קָאָמַר: יָכוֹל יִלְקֶה עַל חֲרִישָׁה דְּאָתְיָא מִכְּלָל וּפְרָט וּכְלָל, וְנָסֵיב לֵיהּ תַּלְמוּדָא לִפְטוּרָא.

Rabbi Elazar dit : [il s'agit] du labour. Et voici ce qu'elle veut dire : on aurait pu penser qu'on est flagellé pour le labour, [dont l'interdit] se déduit par klal ou-perat ou-khlal ; mais un enseignement a été retenu en faveur de l'exemption.

📜 Rachi (2)
רַבִּי אֶלְעָזָר אָמַר חֲרִישָׁה בִּשְׁבִיעִית לְהָכִי קָרֵי לֵיהּ תּוֹסֶפֶת דְּלָא נָפֵיק עִיקָּרוֹ מִן הַתּוֹרָה אֶלָּא מִכְּלָל וּפְרָט וּכְלָל כִּדְאָמְרִי לְעֵיל:
Rabbi Elazar dit : le labour — en [année] chevi'it. Il l'appelle tosefet (ajout) parce que son fondement ne sort pas [explicitement] de la Tora, mais seulement d'un klal ou-perat ou-khlal, comme on l'a dit plus haut.
וְנָסֵיב תַּלְמוּדָא לִפְטוּרָא כִּדְאָמְרִינַן הָנֵי אִין:
Et l'on retient un enseignement en faveur de l'exemption — comme nous disons : ceux-là oui [et rien d'autre].
🗂️ Tossefot (1)
רַבִּי אֶלְעָזָר אוֹמֵר חֲרִישָׁה. מֵהָא לֵיכָּא לְמֵימַר תִּסְתַּייֵּם דָּר' אֶלְעָזָר לְעֵיל דְּאָמַר אֵינוֹ לוֹקֶה דְּאִיכָּא לְמֵימַר דְּרַבִּי אֶלְעָזָר לָא שְׁמִיעַ לֵיהּ הָא דְּאָמַר לְקַמָּן דְּהִתִּירוּ תּוֹסֶפֶת שְׁבִיעִית הִלְכָּךְ הֲוָה אָמַר הָכִי דְּלֵיכָּא לְפָרֵשׁ מִילְּתָא דְּרַב דִּימֵי אֶלָּא בַּחֲרִישָׁה אֲבָל לְדִידֵיהּ אָסוּר וְלוֹקֶה דְּלָא ס"ל אִי נָמֵי דְּכֵיוָן דְּאִיתָא בְּהֶדְיָא כִּי הַךְ דִּלְעֵיל בְּמִילֵּי דַּחֲרִישָׁה אֵינוֹ צָרִיךְ לוֹמַר תִּסְתַּיֵּים דְּאֵין דֶּרֶךְ הַשַּׁ"ס לוֹמַר תִּסְתַּיֵּים בְּדָבָר הַמְפֹורָשׁ בְּהֶדְיָא כָּל כָּךְ:
Rabbi Elazar dit : le labour. De ceci on ne peut pas dire tistayem (concluons) que l'avis rapporté plus haut, selon lequel on n'est pas flagellé, est celui de Rabbi Elazar. Car on peut dire que Rabbi Elazar n'avait pas entendu ce qui est énoncé plus loin, à savoir qu'on a permis la tosefet chevi'it ; c'est pourquoi il s'exprimait ainsi : les paroles de Rav Dimi ne peuvent s'expliquer que par le labour — mais pour lui-même le labour reste interdit et passible de flagellation, car il n'est pas de cet avis. Ou bien : puisque la chose figure explicitement, comme le passage plus haut au sujet du labour, il n'y a pas lieu de dire tistayem, car le Chass n'a pas coutume de dire tistayem sur une chose énoncée de façon aussi explicite.
💡 Explication

Pour Rabbi Elazar, la tosefet désigne le labour pendant la septième année elle-même. Il porte ce nom parce que son interdit ne figure pas explicitement dans la Tora : il s'obtient par le procédé herméneutique du klal ou-perat ou-khlal (une généralité, puis des particularités, puis une généralité), qui étend la règle aux travaux semblables aux particularités énumérées.

La phrase de Rav Dimi se lit alors : on aurait pu croire que cette extension entraîne aussi la flagellation, mais un enseignement l'écarte.

3
דְּאִם כֵּן, כָּל הָנֵי פְּרָטֵי לָמָּה לִי?

Car s'il en était ainsi, à quoi me serviraient toutes ces particularités ?

📜 Rachi (3)
דְּאִם כֵּן דְּהָוֵי לָקֵי:
Car s'il en était ainsi — qu'il soit flagellé.
כָּל הָנֵי פְּרָטֵי דְּפָרֵיט בְּהֶדְיָא דְּאָסוּר בִּשְׁבִיעִית זְרִיעָה וְזִימּוּר קְצִירָה וּבְצִירָה:
Toutes ces particularités — que [le verset] détaille explicitement comme interdites en chevi'it : semer, tailler la vigne, moissonner, vendanger.
לָמָּה לִי דְּכָתַב רַחֲמָנָא אֶלָּא לְמֵימְרָא דְּאַהָנָךְ הוּא דְּלוֹקֶה וְכוּ' שְׁמַע מִינָּה אַחֲרִישָׁה לָא לָקֵי:
À quoi me servent-elles — que la Tora les ait écrites ? Sinon pour dire que c'est sur celles-là qu'on est flagellé, etc. Apprends-en que pour le labour on n'est pas flagellé.
💡 Explication

Voici le talmuda (l'enseignement) qui exempte, selon Rabbi Elazar. Le verset détaille quatre travaux interdits pendant la chevi'it : semer, tailler la vigne, moissonner, vendanger. Ces prat (particularités) seraient superflus si la flagellation frappait aussi les travaux obtenus par extension.

On en conclut que la flagellation se limite aux travaux nommément désignés, et que le labour, acquis par déduction, en reste exclu.

🖼️ Schéma
Pourquoi les prat détaillés excluent la flagellation sur le labour Le verset détaille quatre travaux interdits en chevi'it semer tailler la vigne moissonner vendanger Si le labour aussi était passible de flagellation, ce détail serait inutile Sur ceux-là on est flagellé ; sur le labour, non
L'argument d'économie du texte : les quatre travaux détaillés ne seraient pas nécessaires si la flagellation s'étendait au labour.
4
וְרַבִּי יוֹחָנָן אָמַר: יָמִים שֶׁהוֹסִיפוּ חֲכָמִים לִפְנֵי רֹאשׁ הַשָּׁנָה. וְהָכִי קָאָמַר: יָכוֹל יִלְקֶה עַל תּוֹסֶפֶת רֹאשׁ הַשָּׁנָה, דְּאָתְיָא ״מִבְּחָרִישׁ וּבַקָּצִיר תִּשְׁבֹּת״, וְנָסֵיב לָהּ תַּלְמוּדָא לִפְטוּרָא, כִּדְבָעֵינַן לְמֵימַר לְקַמָּן.

Et Rabbi Yo'hanan dit : [il s'agit] des jours que les Sages ont ajoutés avant Roch Hachana. Et voici ce qu'elle veut dire : on aurait pu penser qu'on est flagellé pour la tosefet de Roch Hachana, qui se déduit de 'au labour et à la moisson tu chômeras' ; mais un enseignement a été retenu en faveur de l'exemption, comme nous voudrons le dire plus loin.

📜 Rachi (3)
יָמִים שֶׁלִּפְנֵי רֹאשׁ הַשָּׁנָה שֶׁל שְׁבִיעִית שֶׁהוּא תּוֹסֶפֶת עַל הַשְּׁבִיעִית:
Les jours qui précèdent Roch Hachana — de la chevi'it ; ils constituent un ajout à la chevi'it.
דְּאָתְיָא מִבְּחָרִישׁ וּבַקָּצִיר כִּדְאָמַר לְקַמָּן אִם אֵינוֹ עִנְיָן לִשְׁבִיעִית שֶׁהֲרֵי כְּתִיב שָׂדְךָ לֹא תִזְרָע וְכַרְמְךָ לֹא תִזְמֹור תְּנֵהוּ לְעִנְיַן שִׁשִּׁית שֶׁנִּכְנַס לִשְׁבִיעִית דְּבִשְׁבִיעִית נָמֵי אָסוּר:
Qui se déduit de 'au labour et à la moisson' — comme il est dit plus loin : si ce verset n'a pas d'objet quant à la chevi'it elle-même, puisqu'il est déjà écrit 'tu ne sèmeras pas ton champ et tu ne tailleras pas ta vigne', applique-le à la sixième année qui entre dans la septième, car pendant la chevi'it aussi c'est interdit.
כִּדְבָעֵינַן לְמֵימַר לְקַמָּן גָּמַר שַׁבַּת שַׁבָּתוֹן מִשַּׁבַּת בְּרֵאשִׁית:
Comme nous voudrons le dire plus loin — il déduit [l'expression] chabbat chabbaton du chabbat de la Création.
🗂️ Tossefot (1)
יָכוֹל יִלְקֶה עַל תּוֹסֶפֶת שֶׁל רֹאשׁ הַשָּׁנָה. וְאִם תֹּאמַר מַלְקוּת מִנָּלַן וַהֲלֹא לָא כְּתִיב בְּתוֹסֶפֶת לָאו אֶלָּא עֲשֵׂה גְּרֵידָא בֶּחָרִישׁ וּבַקָּצִיר תִּשְׁבֹּות אִיכָּא לְמֵימַר דְּמִבְּחָרִישׁ וּבַקָּצִיר מַפְּקִינַן דְּצָרִיךְ תּוֹסֶפֶת כְּלוֹמַר שֶׁהַשְּׁבִיעִית מִתְּחִלַּת מִשָּׁנָה הַשִּׁשִּׁית וְכָל דִּין שְׁבִיעִית יִהְיֶה לְשִׁשִּׁית דְּהָכִי קָאָמַר רַחֲמָנָא דִּשְׁבִיעִית מַתְחֶלֶת קֹודֶם שְׁנַת שְׁבִיעִית וא"כ הוּא כִּשְׁבִיעִית:
On aurait pu penser qu'on est flagellé pour la tosefet de Roch Hachana. Si tu demandes : d'où viendrait la flagellation ? Au sujet de la tosefet il n'est pourtant écrit aucun lav (interdit négatif), mais seulement un ase (commandement positif) : 'au labour et à la moisson tu chômeras'. On peut répondre : de 'au labour et à la moisson' nous déduisons qu'une tosefet est requise, c'est-à-dire que la chevi'it commence dès la sixième année et que tout le régime de la chevi'it s'applique à la sixième. Car voici ce que dit la Tora : la chevi'it commence avant l'année de chevi'it ; et s'il en est ainsi, cette période est comme la chevi'it elle-même.
💡 Explication

Rabbi Yo'hanan déplace la tosefet du domaine des travaux vers celui du temps : il s'agit des jours que l'on ajoute à la septième année en anticipant son début, avant Roch Hachana.

La source invoquée est le verset be-harich ou-vaqatsir tichbot (Chemot 34,21). Puisque l'interdit de semer et de tailler pendant la chevi'it est déjà écrit ailleurs, ce verset devient disponible pour un autre objet : la sixième année, dans sa partie qui touche à la septième.

5
מַאי יָמִים שֶׁלִּפְנֵי רֹאשׁ הַשָּׁנָה, כְּדִתְנַן: עַד מָתַי חוֹרְשִׁין בִּשְׂדֵה אִילָן עֶרֶב שְׁבִיעִית? בֵּית שַׁמַּאי אוֹמְרִים: כָּל זְמַן שֶׁיָּפֶה לַפְּרִי — וּבֵית הִלֵּל אוֹמְרִים: עַד הָעֲצֶרֶת. וּקְרוֹבִין דִּבְרֵי אֵלּוּ לִהְיוֹת כְּדִבְרֵי אֵלּוּ.

Quels sont ces jours qui précèdent Roch Hachana ? Comme nous l'avons appris : jusqu'à quand laboure-t-on un champ d'arbres la veille de la chevi'it ?

Beit Chammai disent : tant que cela profite au fruit. Et Beit Hillel disent : jusqu'à Atseret.

Et les paroles des uns sont proches de celles des autres.

📜 Rachi (1)
כָּל זְמַן שֶׁיָּפֶה לַפְּרִי כְּלוֹמַר כָּל זְמַן שֶׁחֲרִישָׁה יָפָה לְפֵירוֹת שֶׁגָּדְלוּ בְּשִׁשִּׁית דְּהַייְנוּ נָמֵי קָרוֹב לַעֲצֶרֶת אֲבָל מִכָּאן וְאֵילָךְ לֹא דְּהָוֵי כִּמְתַקֵּן פֵּירוֹת שְׁבִיעִית:
Tant que cela profite au fruit — c'est-à-dire tant que le labour profite aux fruits qui ont poussé la sixième année, ce qui se situe également près de Atseret ; mais au-delà, non, car cela reviendrait à soigner les fruits de la chevi'it.
🗂️ Tossefot (2)
עַד עֲצֶרֶת. דְּהַייְנוּ יוֹתֵר דִּבְכָל מָקוֹם בֵּית שַׁמַּאי לְחֻומְרָא וּבֵית הִלֵּל לְקֻולָּא לְבַד מֵאוֹתָן דְּבָרִים דְּקָחֲשִׁיב בְּעִדִּיּוֹת (פ"ה):
Jusqu'à Atseret. C'est-à-dire davantage [de temps permis] ; car partout Beit Chammai vont vers la rigueur et Beit Hillel vers l'indulgence, hormis les cas énumérés dans Edouyot (chap. 5).
וּקְרוֹבִים דְּבָרַי אֵלּוּ. קָא מַשְׁמַע לַן דְּאֵין ב"ש מַחְמִירִין אֶלָּא מְעַט עַל ב"ה וּלְאַשְׁמוֹעִינַן מִילְּתַייְהוּ דְּבֵית שַׁמַּאי פֵּירֵשׁ הָכִי:
Et les paroles des uns sont proches. Cela nous apprend que Beit Chammai ne sont plus rigoureux que de peu par rapport à Beit Hillel ; et c'est pour nous faire connaître la position de Beit Chammai que [la michna] s'est exprimée ainsi.
💡 Explication

Le Talmud identifie les jours ajoutés en citant la michna de Chevi'it (1,1). Pour un verger, Beit Chammai fixent un critère fonctionnel — tant que le labour bénéficie aux fruits déjà formés de la sixième année — et Beit Hillel une date fixe, Atseret (Chavouot).

La michna ajoute que les deux positions sont proches : le moment où le labour cesse de profiter aux fruits de l'année tombe lui-même aux environs de Atseret.

6
וְעַד מָתַי חוֹרְשִׁין שְׂדֵה הַלָּבָן עֶרֶב שְׁבִיעִית? מִשֶּׁתִּכְלֶה הַלֵּחָה, וְכָל זְמַן שֶׁבְּנֵי אָדָם חוֹרְשִׁים לִיטַּע מִקְשָׁאוֹת וּמִדְלָעוֹת.

Et jusqu'à quand laboure-t-on un champ blanc la veille de la chevi'it ? Jusqu'à ce que l'humidité ait disparu, et tant que les gens labourent pour planter concombres et courges.

📜 Rachi (2)
שְׂדֵה לָבָן שֶׁל תְּבוּאָה:
Un champ blanc — [un champ] de céréales.
שֶׁתִּכְלֶה הַלֵּחָה שֶׁכָּלִין הַגְּשָׁמִים שֶׁל שָׁנָה שִׁשִּׁית דְּעַד הַהִיא שַׁעְתָּא מְהַנֵּי חֲרִישָׁה לִזְרִיעָה דְּשָׁנָה זוֹ אֲבָל מִשֶּׁתִּכְלֶה הַלֵּחָה אֵינוֹ יָכוֹל לַחֲרֹושׁ דְּמֶחֱזֵי כְּחוֹרֵשׁ לְצֹורֶךְ שְׁבִיעִית דְּהַייְנוּ כָּל זְמַן שֶׁבְּנֵי אָדָם חוֹרְשִׁין לִיטֹּע מִקְשָׁאוֹת:
Jusqu'à ce que l'humidité ait disparu — que cessent les pluies de la sixième année ; jusqu'à ce moment le labour sert aux semailles de cette année-là, mais dès que l'humidité a disparu il ne peut plus labourer, car cela a l'apparence de labourer pour les besoins de la chevi'it. Et c'est cela même : tant que les gens labourent pour planter des concombres.
💡 Explication

Le champ blanc (sade lavan) est un champ de céréales, sans arbres. Son échéance est définie par un critère naturel : la disparition de l'humidité laissée par les pluies de la sixième année.

Tant que cette humidité subsiste, le labour sert encore aux semailles de l'année en cours. Passé ce moment, il n'a plus d'utilité que pour l'année suivante et prend l'apparence d'un travail accompli pour les besoins de la chevi'it.

7
רַבִּי שִׁמְעוֹן אוֹמֵר: אִם כֵּן נָתְנָה תּוֹרָה שִׁיעוּר לְכָל אֶחָד וְאֶחָד בְּיָדוֹ. אֶלָּא: בִּשְׂדֵה הַלָּבָן — עַד הַפֶּסַח, וּבִשְׂדֵה הָאִילָן — עַד הָעֲצֶרֶת. וּבֵית הִלֵּל אוֹמְרִים: עַד הַפֶּסַח.

Rabbi Chimon dit : s'il en est ainsi, la Tora aurait remis la mesure entre les mains de chacun. Plutôt : dans un champ blanc, jusqu'à Pessa'h ; dans un champ d'arbres, jusqu'à Atseret.

Et Beit Hillel disent : jusqu'à Pessa'h.

📜 Rachi (1)
נָתְנָה תּוֹרָה שִׁיעוּר לְכָל אֶחָד וְאֶחָד בְּיָדוֹ כְּלוֹמַר נָתַתָּ דְּבָרֶיךָ לְשִׁיעוּרִין שֶׁפְּעָמִים זֶה חוֹרֵשׁ קֹודֶם חֲבֵירוֹ לִיטֹּע מִקְשָׁאוֹת:
La Tora aurait remis la mesure entre les mains de chacun — c'est-à-dire : tu as livré tes paroles à des mesures variables, car il arrive que celui-ci laboure avant son compagnon pour planter des concombres.
💡 Explication

Rabbi Chimon rejette le critère fonctionnel : il varie d'un cultivateur à l'autre, puisque chacun laboure à son propre rythme pour planter ses concombres. La règle deviendrait une mesure remise entre les mains de chaque individu.

Il substitue donc deux dates fixés : Pessa'h pour le champ blanc, Atseret pour le verger. Ce sont ces deux échéances que Rabban Gamliel et son beit din aboliront au segment suivant.

🖼️ Schéma
Deux types de champs, deux régimes d'échéance Champ d'arbres Champ blanc (céréales) Beit Chammai tant que le labour profite au fruit au-delà, cela ressemble à soigner les fruits de la chevi'it Beit Hillel jusqu'à Atseret Rabbi Chimon : jusqu'à Atseret Critère de la michna jusqu'à ce que l'humidité disparaisse, tant qu'on laboure pour planter concombres et courges Objection de Rabbi Chimon critère variable d'un homme à l'autre Donc : jusqu'à Pessa'h
Champ d'arbres et champ blanc : critères de la michna et dates fixés retenues par Rabbi Chimon.
8
וְאָמַר רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן פַּזִּי אָמַר רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי מִשּׁוּם בַּר קַפָּרָא: רַבָּן גַּמְלִיאֵל וּבֵית דִּינוֹ נִמְנוּ עַל שְׁנֵי פְּרָקִים הַלָּלוּ, וּבִטְּלוּם.

Et Rabbi Chimon ben Pazi a dit au nom de Rabbi Yehochoua ben Levi, au nom de Bar Kappara : Rabban Gamliel et son beit din ont voté au sujet de ces deux échéances et les ont abolies.

📜 Rachi (2)
עַל שְׁנֵי פְּרָקִים דְּפֶסַח וַעֲצֶרֶת:
Sur ces deux échéances — celle de Pessa'h et celle de Atseret.
וּבִטְּלוּם דְּחוֹרְשִׁין עַד רֹאשׁ הַשָּׁנָה:
Et ils les abolirent — de sorte qu'on laboure jusqu'à Roch Hachana.
💡 Explication

Une tradition amoraïque rapporte une décision de Rabban Gamliel et de son tribunal : ils ont mis aux voix les deux périodes fixées par Rabbi Chimon — de Pessa'h à Roch Hachana pour le champ blanc, de Atseret à Roch Hachana pour le verger — et les ont supprimées.

Le labour redevient ainsi permis jusqu'à Roch Hachana, début effectif de la septième année.

9
אֲמַר לֵיהּ רַבִּי זֵירָא לְרַבִּי אֲבָהוּ, וְאָמְרִי לַהּ רֵישׁ לָקִישׁ לְרַבִּי יוֹחָנָן: רַבָּן גַּמְלִיאֵל וּבֵית דִּינוֹ הֵיכִי מָצוּ מְבַטְּלִי תַּקַּנְתָּא דְּבֵית שַׁמַּאי וּבֵית הִלֵּל? וְהָא תְנַן: אֵין בֵּית דִּין יָכוֹל לְבַטֵּל דִּבְרֵי בֵּית דִּין חֲבֵירוֹ אֶלָּא אִם כֵּן גָּדוֹל מִמֶּנּוּ בְּחָכְמָה וּבְמִנְיָן!

Rabbi Zera dit à Rabbi Abbahou — et certains rapportent que c'est Rech Lakich [qui le dit] à Rabbi Yo'hanan : Rabban Gamliel et son beit din, comment pouvaient-ils abolir la takana de Beit Chammai et de Beit Hillel ? N'avons-nous pas appris : un beit din ne peut abolir les paroles d'un autre beit din, à moins d'être plus grand que lui en sagesse et en nombre !

📜 Rachi (1)
תַּקַּנְתָּא דְּשַׁמַּאי וְהִלֵּל דְּרַבִּי שִׁמְעוֹן דְּאָמַר עַד פֶּסַח וְעַד עֲצֶרֶת וְהַיְינוּ אַלִּיבָּא דְּב"ש וּב"ה:
La takana de Chammai et de Hillel — celle de Rabbi Chimon qui a dit : jusqu'à Pessa'h et jusqu'à Atseret, et c'est bien selon Beit Chammai et Beit Hillel.
💡 Explication

L'objection porte sur le principe institutionnel énoncé dans la michna d'Edouyot (1,5) : un tribunal ne défait une décision antérieure que s'il surpasse le précédent en sagesse et en nombre.

Or les échéances de Pessa'h et de Atseret remontent à Beit Chammai et Beit Hillel, autorités que le beit din de Rabban Gamliel ne prétend pas surpasser. La décision d'abolition semble donc irrecevable.

10
״אֶשְׁתּוֹמַם כְּשָׁעָה חֲדָא״. אֲמַר לֵיהּ: אֵימוֹר, כָּךְ הִתְנוּ בֵּינֵיהֶן: כָּל הָרוֹצֶה לְבַטֵּל — יָבוֹא וִיבַטֵּל.

'Il resta stupéfait un moment.' Il lui dit : dis [plutôt] qu'ils ont ainsi stipulé entre eux : quiconque voudra abolir viendra et abolira.

📜 Rachi (1)
כָּךְ הִתְנוּ שַׁמַּאי וְהִלֵּל בִּשְׁעַת תַּקָּנָתָם:
Ainsi ont-ils stipulé — Chammai et Hillel, au moment de leur takana.
🗂️ Tossefot (1)
כָּל הָרוֹצֶה לְבַטֵּל יָבֹא וִיבַטֵּל. שֶׁמָּא יִתְקַלְקְלוּ הַקַּרְקָעוֹת וְאֵינָן מְגַדְּלִין תְּבוּאָה בְּלֹא חֲרִישָׁה לְאַחַר זְמַן זֶה הִתְנוּ שֶׁיְּהֵא כֹּחַ לְהַתִּיר לַצְּרִיכִים שֶׁחָשׁוּ לְהֶפְסֵד רַבִּים שֶׁלֹּא יִגְרְמוּ רָעָה לְעוֹלָם:
Quiconque voudra abolir viendra et abolira. De peur que les terres ne se dégradent et ne produisent plus de récolte sans labour au-delà de ce délai, ils ont stipulé qu'il y aurait pouvoir de permettre à ceux qui en auraient besoin ; car ils ont eu égard à la perte du grand nombre, afin de ne pas causer de mal au monde.
💡 Explication

Le Talmud emprunte à Daniel (4,16) la formule echtomam ke-chaa hada pour décrire le silence du maître devant l'objection. La réponse qui suit ne conteste pas le principe d'Edouyot : elle en désamorce l'application.

Si Beit Chammai et Beit Hillel ont eux-mêmes assorti leur décret d'une clause d'abolition, tout tribunal ultérieur agit selon leur volonté, et non contre elle.

11
דִּידְהוּ הִיא? הֲלָכָה לְמֹשֶׁה מִסִּינַי הִיא! דְּאָמַר רַבִּי אַסִּי אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן מִשּׁוּם רַבִּי נְחוּנְיָא אִישׁ בִּקְעַת בֵּית חוֹרְתָן: עֶשֶׂר נְטִיעוֹת, עֲרָבָה, וְנִיסּוּךְ הַמַּיִם, הֲלָכָה לְמֹשֶׁה מִסִּינַי!

Est-elle à eux ? C'est une halakha transmise à Moche au Sinaï !

Car Rabbi Assi a dit au nom de Rabbi Yo'hanan, au nom de Rabbi Nehounia, homme de la vallée de Beit Hortan : les dix jeunes plants, la arava et la libation d'eau sont des halakhot transmises à Moche au Sinaï !

📜 Rachi (4)
דִּידְהוּ הִיא תַּקָּנָתָם הִיא:
Est-elle à eux — est-ce bien leur takana ?
חוֹרְתָן מָקוֹם:
Hortan — un nom de lieu.
י' נְטִיעוֹת הַמְפֻוזָּרוֹת בְּתוֹךְ בֵּית סְאָה שֶׁהוּא נ' עַל נ' חוֹרְשִׁין כָּל הַשָּׂדֶה שֶׁלָּהּ בִּשְׁבִילָן בְּעֶרֶב שְׁבִיעִית עַד ר"ה וְאָמְרִי הָנֵי הוֹאִיל וִילָדוֹת הֵן אִיכָּא פְּסֵידָא יַתִּירָא לְכָךְ חוֹרְשִׁין עַד רֹאשׁ הַשָּׁנָה אֲבָל זְקֵינָה אֵין חוֹרְשִׁין עַד רֹאשׁ הַשָּׁנָה אַלְמָא דַּהֲלָכָה לְמֹשֶׁה מִסִּינַי הֵן:
Dix jeunes plants — dispersés dans un bet sea, soit cinquante coudées sur cinquante : à cause d'eux on laboure tout ce champ la veille de la chevi'it jusqu'à Roch Hachana. On a dit : puisqu'ils sont jeunes, la perte serait trop grande ; c'est pourquoi on laboure jusqu'à Roch Hachana. Mais pour un arbre âgé on ne laboure pas jusqu'à Roch Hachana. Il ressort donc que ce sont des halakhot transmises à Moche au Sinaï.
וַעֲרָבָה לְהַקִּיף הַמִּזְבֵּחַ:
Et la arava — pour entourer l'autel.
🗂️ Tossefot (3)
הֲלָכָה לְמֹשֶׁה מִסִּינַי. מֵהָכָא אִיכָּא לְדַקְדֵּק מִדִּשְׁרָא רַחֲמָנָא יַלְדָּה מִכְּלָל דִּזְקֵינָה אֲסוּרָה הֲרֵי עַל יְדֵי הֲלָכָה לְמֹשֶׁה מִסִּינַי נֶאֶסְרָה תּוֹסֶפֶת שְׁבִיעִית אֲבָל לְהֶתֵּירָא לְחוּד לְיַלְדָּה לָא אִצְטְרִיךְ דְּמֵהֵיכָא תַּיְתֵי לֶאֱסֹור:
Halakha transmise à Moche au Sinaï. De là on peut déduire : puisque la Tora a permis [de labourer pour] un jeune plant, il s'ensuit que pour un arbre âgé c'est interdit. Voilà donc que la tosefet chevi'it a été interdite par une halakha transmise à Moche au Sinaï. Mais pour la seule permission concernant le jeune plant, cette halakha n'aurait pas été nécessaire : d'où aurait-on tire un interdit ?
נְטִיעוֹת. תְּנַן בְּמַסֶּכֶת שְׁבִיעִית פֶּרֶק קַמָּא עַד אֵימָתַי נִקְרְאוּ נְטִיעוֹת ר' אֶלְעָזָר בֶּן עֲזַרְיָה אוֹמֵר עַד שֶׁיָּחֹולּוּ רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ אוֹמֵר בַּת שֶׁבַע שָׁנִים רַבִּי עֲקִיבָא אוֹמֵר נְטִיעָה כִשְׁמָהּ אִילָן שֶׁנִּגְמַם פֵּירוּשׁ שֶׁנֶּחְתַּךְ וְהוֹצִיא חֲלִיפִין מִטֶּפַח וּלְמַטָּה כִּנְטִיעָה מִטֶּפַח וּלְמַעְלָה כְּאִילָן דִּבְרֵי רַבִּי שִׁמְעוֹן:
Jeunes plants. Nous avons appris au traité Chevi'it, premier chapitre : jusqu'à quand sont-ils appelés jeunes plants (netiot) ? Rabbi Elazar ben Azarya dit : jusqu'à ce que [leurs fruits] deviennent permis. Rabbi Yehochoua dit : jusqu'à sept ans. Rabbi Akiva dit : un jeune plant selon son nom [tant qu'on l'appelle ainsi]. Un arbre tronqué — c'est-à-dire coupé — et qui a produit des rejets : à partir d'un tefah (largeur de main) et au-dessous, il est comme un jeune plant ; d'un tefah et au-dessus, comme un arbre — paroles de Rabbi Chimon.
נִיסּוּךְ הַמַּיִם. וְהָא דְּאָמְרִינַן בְּעָלְמָא (שַׁבָּת דַּף קג:) מֵ"ם יוֹ"ד מֵ"ם לְרַבּוֹת נִיסּוּךְ הַמַּיִם מִן הַתּוֹרָה אֵינוֹ אֶלָּא אַסְמַכְתָּא בְּעָלְמָא כפר"ח:
La libation d'eau. Et ce que nous disons ailleurs (Chabbat 103b), que les lettres mem, youd, mem viennent inclure la libation d'eau depuis la Tora, n'est qu'une asmakhta (simple appui scripturaire), comme l'explique Rabbenou Hananel.
💡 Explication

La réponse précédente suppose que l'échéance du labour est une takana de Beit Chammai et Beit Hillel, dont ils restaient maîtres. Le Talmud conteste cette prémisse.

La halakha des dix jeunes plants — dix plants dispersés dans un bet sea, pour lesquels on laboure tout le champ jusqu'à Roch Hachana — figure dans une liste de traditions remontant au Sinaï. Or cette permission n'aurait pas de sens si le labour n'était pas par ailleurs interdit avant Roch Hachana : l'interdit de la tosefet relève donc lui aussi du Sinaï, et non d'une décision humaine.

🖼️ Schéma
Les trois halakhot transmises à Moche au Sinaï citées ici Dix jeunes plants dispersés dans un bet sea (50 coudées sur 50) on laboure tout le champ jusqu'à Roch Hachana Arava branche de saule dressée autour de l'autel à Soukkot Nissoukh ha-mayim libation d'eau sur l'autel à Soukkot selon Tossefot, le verset invoqué ailleurs est asmakhta Si l'échéance du labour relève du Sinaï, elle n'appartient pas à Beit Chammai et Beit Hillel
Les trois halakhot du Sinaï énumérées par Rabbi Nehounia, et ce que la première implique pour la tosefet chevi'it.
12
אָמַר רַבִּי יִצְחָק: כִּי גְּמִירִי הִלְכְתָא, שְׁלֹשִׁים יוֹם לִפְנֵי רֹאשׁ הַשָּׁנָה, וַאֲתוֹ הָנֵי תַּקּוּן מִפֶּסַח וּמֵעֲצֶרֶת, וְאַתְּנוּ בְּדִידְהוּ: כָּל הָרוֹצֶה לְבַטֵּל יָבוֹא וִיבַטֵּל.

Rabbi Yitshak dit : lorsqu'ils ont reçu cette halakha, [elle portait sur] trente jours avant Roch Hachana ; puis ceux-ci sont venus instituer depuis Pessa'h et depuis Atseret, et ils ont stipulé sur ce qui leur appartenait : quiconque voudra abolir viendra et abolira.

📜 Rachi (3)
כִּי גְּמִירִי הִלְכְתָא דְּאֵין חוֹרְשִׁין לִזְקֵינָה עַד רֹאשׁ הַשָּׁנָה אֲבָל חוֹרְשִׁין עַד שְׁלֹשִׁים יוֹם לִפְנֵי רֹאשׁ הַשָּׁנָה:
Lorsqu'ils ont reçu cette halakha — qu'on ne laboure pas pour un arbre âgé jusqu'à Roch Hachana ; mais on laboure jusqu'à trente jours avant Roch Hachana.
וְאָתוּ בְּתַקָּנָה דִּידְהוּ דְּהִרְחִיקוּ עַד הַפֶּסַח וְעַד הָעֲצֶרֶת:
Et ils vinrent — avec leur propre takana, par laquelle ils ont reculé [l'échéance] jusqu'à Pessa'h et jusqu'à Atseret.
וְכָל הָרוֹצֶה לְבַטֵּל יָבוֹא וִיבַטֵּל וְרַבָּן גַּמְלִיאֵל דְּבָטֵל לֹא בָּטֵל אֶלָּא מִפֶּסַח וּמֵעֲצֶרֶת עַד שְׁלֹשִׁים יוֹם לִפְנֵי רֹאשׁ הַשָּׁנָה:
Et quiconque voudra abolir viendra et abolira — et Rabban Gamliel, lorsqu'il a aboli, n'a aboli que [la période allant] de Pessa'h et de Atseret jusqu'à trente jours avant Roch Hachana.
💡 Explication

Rabbi Yitshak partage la période en deux couches. La tradition du Sinaï n'interdit le labour qu'à partir de trente jours avant Roch Hachana ; elle demeure intangible.

Beit Chammai et Beit Hillel ont ajouté par-dessus une extension de leur propre initiative, remontant jusqu'à Pessa'h et Atseret. La clause d'abolition ne porte que sur cette couche, et c'est elle seule que Rabban Gamliel a supprimée.

13
וְהָנֵי הִלְכְתָא נִינְהוּ? קְרָאֵי נִינְהוּ, דִּתְנַן: ״בֶּחָרִישׁ וּבַקָּצִיר תִּשְׁבֹּת״, רַבִּי עֲקִיבָא אוֹמֵר: אֵין צָרִיךְ לוֹמַר חָרִישׁ וְקָצִיר שֶׁל שְׁבִיעִית, שֶׁהֲרֵי כְּבָר נֶאֱמַר: ״שָׂדְךָ לֹא תִזְרָע וְכַרְמְךָ לֹא תִזְמֹר״, אֶלָּא חָרִישׁ שֶׁל עֶרֶב שְׁבִיעִית

Et sont-ce là des halakhot [du Sinaï] ? Ce sont des versets !

Comme nous l'avons appris : 'au labour et à la moisson tu chômeras' — Rabbi Akiva dit : point n'est besoin de parler du labour et de la moisson de la chevi'it, puisqu'il est déjà dit 'tu ne sèmeras pas ton champ et tu ne tailleras pas ta vigne' ; plutôt, [il s'agit] du labour de la veille de la chevi'it

🗂️ Tossefot (1)
שֶׁהֲרֵי כְּבָר נֶאֱמַר שָׂדְךָ לֹא תִזְרָע וְגוֹ'. וְאַחַ"כּ כְּתִיב אֵת סְפִיחַ קְצִירְךָ לֹא תִקְצוֹר אַלְמָא קְצִירָה לָא אִצְטְרִיךְ וַאֲפִילּוּ אִם תִּימְצֵי לוֹמַר חֲרִישָׁה צְרִיכָה דְּאַזְהָרַת חֲרִישָׁה לָא אַשְׁכְּחַן אֶלָּא הָכָא מִיהָא קְצִירָה לָא אִצְטְרִיךְ וּלְהַהִיא דְּרָשָׁא דְּאָתְיָא קְצִירָה אָתְיָא חֲרִישָׁה כֵּיוָן דְּכַתְבִינְהוּ גַּבֵּי הֲדָדֵי אִי נָמֵי ס"ל לר"ע כִּי הַהִיא דַּאֲמַרַן לְעֵיל דְּלוֹקֶה עַל חֲרִישָׁה וְכִדְאָמְרִינַן טַעְמָא לְעֵיל סָבַר ר' עֲקִיבָא וְתַרְוַיְיהוּ מְיֻותָּרִין וְאַלִּיבָּא דְּר' עֲקִיבָא קָפָרֵישׁ וְאָזֵיל דְּר' עֲקִיבָא סָבַר אִם אֵינוֹ עִנְיָן לְשַׁבָּת תְּנֵהוּ גַּבֵּי שְׁבִיעִית וּבְמַשְׁמָעוּת שֶׁבָּא לְהַחְמִיר וְלֹא לְהָקֵל וְלָא בָּעֵי לְאוֹקְמֵי בְּשַׁבָּת כְּר' יִשְׁמָעֵאל לְהָקֵל דְּהָכִי עֲדִיפָא לֵיהּ וְר' יִשְׁמָעֵאל עֲדִיפָא לֵיהּ לְאוֹקְמֵי בְּשַׁבָּת דִּפְשָׁטֵיהּ דִּקְרָא מַיְירֵי בֵּיהּ וַאֲפִילּוּ לְהָקֵל מִלְּאוֹקְמֵי בִּשְׁבִיעִית דְּלָא מַיְירֵי בֵּיהּ וּלְהַחְמִיר:
Puisqu'il est déjà dit 'tu ne sèmeras pas ton champ', etc. Et ensuite il est écrit 'le regain de ta moisson tu ne moissonneras pas' : il ressort donc que la moisson n'avait pas besoin [d'un verset supplémentaire]. Et même si tu voulais dire que le labour, lui, est nécessaire — puisque nous ne trouvons d'avertissement sur le labour qu'ici — en tout cas la moisson ne l'était pas ; et par là déduction qui vaut pour la moisson vient aussi celle du labour, puisqu'ils sont écrits l'un à côté de l'autre. Ou bien : Rabbi Akiva tient comme ce que nous avons dit plus haut, qu'on est flagellé pour le labour, ainsi que nous en avons donné la raison plus haut : Rabbi Akiva estime que les deux termes sont superflus. Et [la baraita] poursuit en expliquant selon Rabbi Akiva : Rabbi Akiva estime que si le verset n'a pas d'objet quant au chabbat, applique-le à la chevi'it, dans le sens où il vient aggraver et non alléger ; il ne veut pas le rapporter au chabbat comme Rabbi Yichmael pour alléger, car cette voie lui paraît préférable. Et Rabbi Yichmael, lui, préfère le rapporter au chabbat, dont traite le sens simple du verset, même pour alléger, plutôt que de le rapporter à la chevi'it, dont le verset ne traite pas, pour aggraver.
💡 Explication

Nouvelle objection, dirigée cette fois contre la qualification même de halakha du Sinaï. L'interdit de labourer avant la septième année se tire d'un verset, non d'une tradition orale sans support scripturaire.

La démonstration est celle de Rabbi Akiva : puisque l'interdit de semer et de tailler pendant la chevi'it est déjà écrit en Vayikra 25,4, l'expression 'au labour et à la moisson tu chômeras' devient superflue pour la septième année et se reporte sur la veille de la chevi'it. Le daf s'interrompt au milieu de cette baraita, qui se poursuit au folio suivant.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).