Moed Katan 4a — La fin du tossefet chevi'it et les eaux permises à l'arrosage de hol hamoed

Moed_Katan 4a

Sougya : Le folio achève d'abord la discussion ouverte en 3b sur la source de l'interdit de labourer avant la septième année : halakha reçue de Sinaï ou verset. Rav Nahman bar Yitshak tente de partager les deux sources entre le jeune plant et l'arbre âgé ; sa lecture est écartée, et la guemara conclut que la halakha vaut pour Rabbi Yichmael et les versets pour Rabbi Akiva.

Rabbi Yo'hanan explique alors comment Rabban Gamliel et son tribunal ont pu supprimer cet ajout : par une gezera chava entre le mot chabbat de la septième année et le Chabbat de la Création. Rav Achi refuse qu'une gezera chava déracine une halakha de Sinaï et propose une autre voie : cette halakha ne fut donnée que pour le temps du Temple, à l'image de la libation d'eau.

La suite du folio revient à la michna de 2a et examine quelles eaux servent à arroser pendant hol hamoed : eau de pluie stockée, eau tirée au kilon, étangs, mares, bassins et canaux. Le critère unique est le risque que la source tarisse et entraîne un effort excessif.

Le fil du folio : de la source de l'interdit à la conduite de l'eau Trois mouvements : partage des sources, suppression par Rabban Gamliel, eaux de hol hamoed. Mouvement 1 (seg. 0-4) -- Halakha de Sinaï ou verset ? Tentative de Rav Nahman bar Yitshak : la halakha permet le jeune plant, les versets interdisent l'arbre âgé. Rejet : permettre le jeune plant revient déjà à interdire l'arbre âgé ; les versets deviennent superflus. Conclusion : la halakha pour Rabbi Yichmael, qui emploie le verset à exclure la moisson du omer ; les versets pour Rabbi Akiva, qui lit chariche vekatsir de la septième année. Mouvement 2 (seg. 5-8) -- Comment Rabban Gamliel a supprimé l'ajout Rabbi Yo'hanan : gezera chava chabbat / chabbat -- avant et après la septième année sont permis, comme pour le Chabbat. Rav Achi objecte : une gezera chava qu'on tire de soi-même ne déracine ni une halakha de Sinaï ni un verset. Réponse de Rav Achi : Rabban Gamliel tient comme Rabbi Yichmael, et cette halakha fut donnée avec la libation d'eau, donc pour le temps du Temple seulement. Le Temple détruit, l'ajout tombe. Mouvement 3 (seg. 9-21) -- Retour à la michna : avec quelle eau arroser à hol hamoed Question : le kilon demande un effort excessif, mais l'eau de pluie stockée, pourquoi l'interdire ? Rabbi Ilea au nom de Rabbi Yo'hanan : décret, par ressemblance avec le kilon. Rav Achi : elle devient elle-même kilon. Critère retenu : une eau qui risque de tarir entraîne l'homme à aller peiner ailleurs pour sauver son champ. Applications : étangs de Bavel, mares et bassins avec canal, bassin alimenté par un champ irrigué en amont, planches hautes et basses, puisage pour les légumes. Le folio se clôt sur Ravina et Rabba Tossefaa, qui relisent le mot madlin autrement.
Le fil du folio en trois mouvements.
Deux voies pour l'interdit de labourer avant la septième année Et ce que chacune implique pour la suppression opérée par Rabban Gamliel. Rabbi Akiva -- par le verset Chemot 34:21 : au labour et à la moisson tu chômeras. Le verset parle de la septième année : labour de la veille qui profite à la septième, moisson de la septième qui se prolonge après elle. Conséquence : l'interdit de l'ajout tient de la Torah. Rien dans ce verset ne le limite au temps du Temple. Rabbi Yichmael -- par la halakha de Sinaï Le verset porte sur le Chabbat : seul le labour facultatif est visé, ce qui exclut la moisson du omer, qui est mitsva. L'interdit de l'ajout vient donc d'une halakha reçue, enseignée avec le arava et la libation d'eau. Conséquence : il suit le sort de ses deux compagnes. Elles concernent le service du Temple. Obstacle de Rav Achi Une gezera chava viendrait-elle déraciner un verset ? Et nul ne déduit une gezera chava de lui-même, sans l'avoir reçue de ses maîtres. Issue retenue par Rav Achi La halakha n'a jamais visé que le temps du Temple. Rien n'est déraciné : le cas prévu a cessé. Rabban Gamliel constate, il n'abroge pas. Nafka mina Selon Rabbi Akiva l'ajout tient toujours ; selon la lecture de Rav Achi il a cessé avec le Temple, et c'est ce que Rabban Gamliel et son tribunal ont déclaré.
Verset ou halakha de Sinaï : deux voies, et le sort de l'ajout après la destruction du Temple.
Quelle eau pour arroser pendant hol hamoed Un seul critère commande tout : le risque que la source tarisse et fasse peiner l'homme ailleurs. Cette eau risque-t-elle de s'interrompre ? Non Oui Permis Source qui jaillit et fleuve courant. Fleuves alimentés par les étangs de Bavel, tenus pour une eau qui ne tarit pas (Chmouel). Mares et bassins traversés par un canal. Bassin où s'égoutte un champ irrigué en amont, tant que la source d'amont coule (Abaye). L'homme reste tranquille : il n'ira pas chercher ailleurs. Interdit Eau du kilon : la puiser au balancier est déjà en soi un effort excessif. Eau de pluie stockée la veille de la fête : décret par ressemblance avec le kilon (R. Yo'hanan), ou parce qu'en baissant elle devient un kilon (Rav Achi). Puiser du bas pour arroser le haut. Le champ menacé pousse à l'effort interdit. La divergence de fond (seg. 10-12) : retient-on l'enseignement de Rabbi Zera ? Rav Achi le retient : seule l'eau qui baisse est visée, une eau stable est permise. Rabbi Yo'hanan ne le retient pas : l'eau de pluie est interdite même si elle ne baisse jamais. Un seuil quantitatif (seg. 16) Rav Papa : il faut que la majeure partie du champ puisse boire au canal en une seule fois. Rav Achi : il suffit que le canal coule sans cesse, l'homme acceptant d'arroser sur deux ou trois jours.
Les eaux permises et interdites à l'arrosage de hol hamoed, et le critère qui les départage.
1
שֶׁנִּכְנַס לִשְׁבִיעִית, וְקָצִיר שֶׁל שְׁבִיעִית שֶׁיָּצָא לְמוֹצָאֵי שְׁבִיעִית.

... qui entre dans la septième année ; et la moisson de la septième année qui se prolonge à l'issue de la septième année.

📜 Rachi (1)
שֶׁנִּכְנַס לִשְׁבִיעִית כָּל שֶׁיֵּשׁ לוֹ לִיכָּנֵס לִשְׁבִיעִית שֶׁאָסוּר לַחֲרֹושׁ לִפְנֵי ר"ה:
Qui entre dans la septième année — tout ce qui a vocation à entrer dans la septième année, car il est interdit de labourer avant Roch Hachana.
💡 Explication

Le folio s'ouvre sur la fin de la beraita citée en 3b. Rabbi Akiva lit le verset au labour et à la moisson tu chômeras (Chemot 34:21) comme parlant de la septième année : il interdit le labour accompli la sixième année mais dont le bénéfice entre dans la septième, et la moisson de produits de la septième année qui se poursuit après elle. L'interdit déborde donc l'année elle-même des deux côtés.

2
רַבִּי יִשְׁמָעֵאל אוֹמֵר: מֶה חָרִישׁ רְשׁוּת, אַף קָצִיר — רְשׁוּת, יָצָא קְצִיר הָעֹומֶר שֶׁהִיא מִצְוָה!

Rabbi Yichmael dit : de même que le labour est facultatif, de même la moisson est facultative — ce qui exclut la moisson du omer, qui est une mitsva.

📜 Rachi (3)
מֶה חָרִישׁ רְשׁוּת בְּכָל מָקוֹם:
De même que le labour est facultatif — en tout lieu, aucun labour ne constitue une mitsva.
קְצִיר הָעֹומֶר מֻותָּר לִקְצֹור בְּשַׁבָּת:
La moisson du omer — il est permis de la moissonner pendant Chabbat.
שֶׁהִיא שֶׁל מִצְוָה אע"פ שֶׁמָּצָא קָצוּר קוֹצֵר דְּבָעֵינַן קְצִירָה לִשְׁמָהּ אֲבָל אִם מָצָא חָרוּשׁ אֵינוֹ חוֹרֵשׁ:
Qui est une mitsva — même s'il trouve [l'orge] déjà moissonnée, il moissonne de nouveau, car on exige une moisson faite à cette fin (lichma) ; mais s'il trouve [le champ] déjà labouré, il ne laboure pas.
💡 Explication

Rabbi Yichmael refuse cette lecture et rapporte le verset au Chabbat, selon son sens simple. Le rapprochement du labour et de la moisson enseigne alors autre chose : le labour est toujours rechout (facultatif), car aucun labour ne constitue une mitsva ; la moisson visée par l'interdit est donc elle aussi facultative. La moisson du omer, qui est une mitsva, est ainsi permise le Chabbat.

Le verset étant employé à cette derasha, Rabbi Yichmael doit fonder l'interdit de labourer avant la septième année sur une autre source : la halakha reçue de Sinaï.

3
אֶלָּא אָמַר רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק: כִּי גְּמִירִי הִלְכְתָא — לְמִישְׁרֵי יַלְדָּה. קְרָאֵי — לְמֵיסַר זְקֵינָה.

Rav Nahman bar Yitshak dit plutôt : lorsqu'ils ont reçu la halakha, c'était pour permettre le jeune plant ; les versets viennent interdire l'arbre âgé.

📜 Rachi (2)
הִלְכְתָא לְמִישְׁרֵא יַלְדָּה עֶשֶׂר נְטִיעוֹת עַד ר"ה:
La halakha pour permettre le jeune plant — les dix jeunes plants, jusqu'à Roch Hachana.
קְרָאֵי לְמֵיסַר זְקֵינָה שְׁלשִׁים יוֹם קֹודֶם רֹאשׁ הַשָּׁנָה וְאָתוּ בֵּית שַׁמַּאי וְהִלֵּל וְגָזְרוּ מִפֶּסַח וְעַד עֲצֶרֶת:
Les versets pour interdire l'arbre âgé — trente jours avant Roch Hachana ; puis vinrent Bet Chamai et Bet Hillel, qui décrétèrent depuis Pessa'h et jusqu'à Chavouot.
🗂️ Tossefot (1)
אֶלָּא אָמַר רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק. הַאי אֶלָּא קָאֵי אַהַאי דְּרַבִּי יִצְחָק לְעֵיל כִּי גְּמִירִי הִלְכְתָא לִשְׁלֹשִׁים יוֹם לִפְנֵי רֹאשׁ הַשָּׁנָה דְּהַיְינוּ בְּאִילָנוֹת זְקֵנִים לָא תֵּימָא דִּלְהָכִי אָתְיָא הִלְכְתָא אֶלָּא סָבַר רַב נַחְמָן דְּאִיסּוּר שְׁלֹשִׁים לְפִי אֹומֶד חֲכָמִים וְאַף הֶחְמִירוּ בָּהֶם בְּדִבְרֵיהֶם וְיֵשׁ דִּמְשַׁבְּשִׁי לֵיהּ לְהַאי אֶלָּא דְּרַב נַחְמָן וְאֵין לְהַאֲרִיךְ בְּדִבְרֵיהֶם:
Rav Nahman bar Yitshak dit plutôt — ce mot plutôt se rapporte à l'enseignement de Rabbi Yitshak cité plus haut, selon lequel la halakha reçue porte sur les trente jours avant Roch Hachana, c'est-à-dire sur les arbres âgés : ne dis pas que la halakha est venue pour cela. Rav Nahman soutient que l'interdit des trente jours relève de l'évaluation des Sages, et qu'ils ont encore aggravé la chose par leurs propres paroles. Certains corrigent ce mot plutôt de Rav Nahman ; il n'y a pas lieu de s'étendre sur leurs propos.
💡 Explication

Rav Nahman bar Yitshak répartit les deux sources. La halakha le-Moche mi-Sinaï aurait une portée permissive : autour de dix jeunes plants (ilda), on laboure jusqu'à Roch Hachana lui-même. Les versets, eux, porteraient l'interdit visant les arbres déjà enracinés (zekena), trente jours avant Roch Hachana.

4
וְכֵיוָן דְּהִלְכְתָא לְמִשְׁרֵי יַלְדָּה, לָאו מִמֵּילָא זְקֵינָה אֲסִירָה?!

Mais puisque la halakha vient permettre le jeune plant, l'arbre âgé ne se trouve-t-il pas interdit de lui-même ?

📜 Rachi (1)
מִמֵּילָא שָׁמְעַת מִינָּהּ דִּזְקֵינָה אָסוּר לַחֲרֹושׁ:
Tu l'apprends d'elle-même — qu'il est interdit de labourer autour d'un arbre âgé.
💡 Explication

L'objection est de pure économie : permettre expressément le jeune plant jusqu'à Roch Hachana revient déjà à enseigner que l'arbre âgé, lui, est interdit avant. Les versets n'apprendraient alors rien de neuf, et la répartition proposée par Rav Nahman bar Yitshak s'effondre.

5
אֶלָּא: הִלְכְתָא לְרַבִּי יִשְׁמָעֵאל, קְרָאֵי לְרַבִּי עֲקִיבָא.

Plutôt : la halakha selon Rabbi Yichmael, les versets selon Rabbi Akiva.

📜 Rachi (1)
אֶלָּא הִלְכְתָא לְרַבִּי יִשְׁמָעֵאל דְּלָא נָפֵיק לֵיהּ מִקְּרָאֵי דְּדָרֵישׁ לִקְרָא לִדְרָשָׁה אַחַרְיַנָא לְהוֹצִיא קְצִיר הָעֹומֶר:
Plutôt, la halakha selon Rabbi Yichmael — qui ne le tire pas des versets, puisqu'il expose le verset pour une autre derasha : exclure la moisson du omer.
💡 Explication

La guemara retient un partage entre les deux tanaim. Rabbi Akiva tire l'interdit du verset, puisqu'il le rapporte à la septième année. Rabbi Yichmael, qui emploie le verset à exclure la moisson du omer, fonde l'interdit sur la halakha le-Moche mi-Sinaï. Ce partage commande toute la suite : selon la source retenue, la suppression opérée par Rabban Gamliel se justifie différemment.

6
וְרַבִּי יוֹחָנָן אָמַר: רַבָּן גַּמְלִיאֵל וּבֵית דִּינוֹ מִדְּאוֹרָיְיתָא בַּטֻּל לְהוּ.

Et Rabbi Yo'hanan a dit : Rabban Gamliel et son tribunal les ont annulés à partir de la Torah.

📜 Rachi (1)
מִדְּאוֹרַייְתָּא בָּטְלוּ כְּלוֹמַר אַשְׁכַּחוּ סֶמֶךְ מִן הַתּוֹרָה לְהָכִי בִּטְּלוּ הִלְכְתָא:
Ils ont annulé à partir de la Torah — c'est-à-dire qu'ils ont trouvé un appui dans la Torah, et c'est pour cela qu'ils ont annulé la halakha.
💡 Explication

Rabbi Yitshak, plus haut, expliquait que Rabban Gamliel avait seulement supprimé l'aggravation ajoutée par Bet Chamai et Bet Hillel, depuis Pessa'h et Chavouot. Rabbi Yo'hanan va plus loin : l'annulation a porte sur l'interdit lui-même, et elle s'est appuyée sur un fondement tiré de la Torah.

7
מַאי טַעְמָא? גָּמַר ״שַׁבָּת״ ״שַׁבָּת״ מִשַּׁבָּת בְּרֵאשִׁית. מַה לְהַלָּן — הִיא אֲסוּרָה לְפָנֶיהָ וּלְאַחֲרֶיהָ מֻותָּרִין, אַף כָּאן — הִיא אֲסוּרָה לְפָנֶיהָ וּלְאַחֲרֶיהָ מֻותָּרִין.

Quelle en est la raison ? Il tire [une gezera chava] du mot chabbat [dit de la septième année] et du mot chabbat dit du Chabbat de la Création : de même que là-bas, [le jour] lui-même est interdit tandis qu'avant lui et après lui sont permis, de même ici, [l'année] elle-même est interdite tandis qu'avant elle et après elle sont permis.

🗂️ Tossefot (1)
מַה לְהַלָּן הִיא אֲסוּרָה לְפָנֶיהָ וּלְאַחֲרֶיהָ מֻותָּרִין. וְאִי קַשְׁיָא וְהָא מַפְּקִינַן מִקְּרָא בְּמַס' יוֹמָא פֶּרֶק בָּתְרָא (דַּף פֹּא:) דְּצָרִיךְ לַעֲשׂוֹת תּוֹסֶפֶת גַּבֵּי שַׁבָּת בֵּין בִּכְנִיסָתָהּ בֵּין בִּיצִיאָתָהּ לְהוֹסִיפָהּ מֵחֹול עַל הַקֹּודֶשׁ אִיכָּא לְמֵימַר הַהוּא פֻּורְתָּא לָא קָא חֲשִׁיב כֵּיוָן דְּלָא הָוֵי אֶלָּא כָּל שֶׁהוּא וְכִי הַהוּא שִׁיעוּרָא נָמֵי יְהֵא מוֹדֶה רַבָּן גַּמְלִיאֵל דְּצָרִיךְ לְהוֹסִיף:
De même que là-bas, [le jour] lui-même est interdit tandis qu'avant lui et après lui sont permis — si l'on objecte : n'apprend-on pas d'un verset, au traité Yoma, dernier chapitre (81b), qu'il faut ajouter au Chabbat, tant à son entrée qu'à sa sortie, en ajoutant du profane au sacré ? On peut répondre que ce peu de temps ne compte pas, puisqu'il ne s'agit que d'une durée minime ; et pour une telle mesure, Rabban Gamliel lui-même conviendrait qu'il faut ajouter.
💡 Explication

La gezera chava relie deux occurrences du même mot. Le verset chabbat chabbaton yihye la-arets (Vayikra 25:4) qualifie la septième année du même terme que le septième jour. On transfère alors le régime du Chabbat hebdomadaire : l'interdit s'arrête aux bornes exactes du temps sacré. La sixième année et la huitième sont donc entièrement permises, et le tossefet chevi'it disparaît.

🖼️ Schéma
La gezera chava chabbat / chabbat Terme d'origine : le Chabbat de la Création Le septième jour lui-même est interdit au travail. Le vendredi est permis, le dimanche est permis. Aucun ajout de plusieurs jours n'est requis. Le mot chabbat s'y trouve sans ambiguïté. même mot Terme cible : chabbat de la terre Vayikra 25:4 : chabbat chabbaton sera pour la terre. La septième année elle-même est interdite au travail. La sixième année est permise, la huitième est permise. Donc aucun tossefet chevi'it. Résultat visé par Rabbi Yo'hanan Rabban Gamliel s'appuie sur la Torah elle-même pour supprimer les trente jours. Obstacle soulevé par Rav Achi (seg. 7) Une gezera chava non reçue de ses maîtres ne peut rien déraciner.
Le transfert opéré par la gezera chava, et l'obstacle que Rav Achi va lui opposer.
8
מַתְקִיף לַהּ רַב אַשִּׁי: מַאן דְּאָמַר הִלְכְתָא — אָתְיָא גְּזֵרָה שָׁוָה עָקְרָה הִלְכְתָא? וּמַאן דְּאָמַר קְרָא — אָתְיָא גְּזֵרָה שָׁוָה עָקְרָה קְרָא?

Rav Achi objecte : selon celui qui dit [qu'il s'agit d']une halakha [reçue de Sinaï] — une gezera chava viendrait-elle déraciner une halakha ? Et selon celui qui dit [qu'il s'agit d']un verset — une gezera chava viendrait-elle déraciner un verset ?

📜 Rachi (2)
מַאן דְּאָמַר הִלְכְתָא דְּלִפְנֵי ר"ה אָסוּר:
Selon celui qui dit une halakha — à savoir que labourer avant Roch Hachana est interdit.
אֲתָא גְּזֵירָה שָׁוָה עָקְרָה לְהִלְכְתָא כְּלוֹמַר מִשּׁוּם גְּזֵרָה שָׁוָה דְּאִינְהוּ גִּמֵּירוּ מִנַּפְשַׁייְהוּ מִשַּׁבָּת בָּטְלוּ הִלְכְתָא הָא אֵין אָדָם דָּן ג"ש מֵעַצְמוֹ:
Une gezera chava viendrait-elle déraciner la halakha — c'est-à-dire : au nom d'une gezera chava qu'ils auraient tirée d'eux-mêmes du Chabbat, ils auraient annulé une halakha ? Or nul ne déduit une gezera chava de lui-même.
💡 Explication

L'objection porte sur la hiérarchie des sources. Une gezera chava ne vaut que si elle a été reçue de ses maîtres ; nul ne la déduit de lui-même. Si Rabban Gamliel et son tribunal ont forgé ce rapprochement par leur propre raisonnement, il ne peut renverser ni une halakha de Sinaï ni un verset explicite.

9
אֶלָּא אָמַר רַב אָשֵׁי: רַבָּן גַּמְלִיאֵל וּבֵית דִּינוֹ סָבְרִי לַהּ כְּרַבִּי יִשְׁמָעֵאל, דְּאָמַר הִלְכְתָא גְּמִירִי לַהּ. וְכִי גְּמִירִי הִלְכְתָא, בִּזְמַן שֶׁבֵּית הַמִּקְדָּשׁ קַיָּים — דֻּומְיָא דְּנִיסּוּךְ הַמַּיִם. אֲבָל בִּזְמַן שֶׁאֵין בֵּית הַמִּקְדָּשׁ קַיָּים — לֹא.

Rav Achi dit plutôt : Rabban Gamliel et son tribunal tiennent comme Rabbi Yichmael, qui dit qu'ils l'ont reçue comme halakha ; et lorsqu'ils ont reçu cette halakha, [ce fut] pour le temps où le Temple se tient, à l'image de la libation d'eau. Mais pour le temps où le Temple ne se tient pas, non.

📜 Rachi (1)
כִּי גִּמֵּירוּ הִלְכְתָא בִּזְמַן שֶׁבֵּית הַמִּקְדָּשׁ קַיָּים וְכִי שָׁרוּ רַבָּן גַּמְלִיאֵל וּבֵית דִּינוֹ בִּזְמַן שֶׁאֵין בֵּית הַמִּקְדָּשׁ קַיָּים:
Lorsqu'ils ont reçu la halakha, [ce fut] pour le temps où le Temple se tient — et Rabban Gamliel et son tribunal ont permis pour le temps où le Temple ne se tient pas.
🗂️ Tossefot (1)
אֶלָּא אָמַר רַב אָשֵׁי רַבָּן גַּמְלִיאֵל כו'. כְּלוֹמַר וַדַּאי מִדְּאוֹרַיְיתָּא בְּטִיל וְלָאו הַייְנוּ טַעְמָא כִּדְקָאָמַר אֶלָּא סְבִירָא לֵיהּ כְּרַבִּי יִשְׁמָעֵאל וְקָא דָּיֵיק רַבָּן גַּמְלִיאֵל מַה שַׁייְכָא תּוֹסֶפֶת שְׁבִיעִית גַּבֵּי נִיסּוּךְ שֶׁנִּיתְּנוּ לְמֹשֶׁה גַּבֵּי הֲדָדֵי דִּבְכָל מָקוֹם שׁוֹנֶה הָנֵי שְׁלֹשָׁה בְּיַחַד דְּכָךְ נִיתְּנוּ אֶלָּא וַדַּאי לְמֵילַף סַמְכִינְהוּ רַחֲמָנָא:
Rav Achi dit plutôt : Rabban Gamliel, etc. — c'est-à-dire : il a bien annulé à partir de la Torah, mais la raison en est autre que celle qui a été dite. Il tient comme Rabbi Yichmael, et Rabban Gamliel raisonne ainsi : quel rapport y a-t-il entre l'ajout à la septième année et la libation d'eau, qui furent données à Moche ensemble ? Car partout on enseigne ces trois [halakhot] ensemble, puisqu'elles ont été données ainsi. Il faut donc dire que la Torah les a rapprochées pour qu'on les apprenne l'une de l'autre.
💡 Explication

Rav Achi résout l'objection en limitant la portée de la halakha elle-même. Cette tradition fut transmise à Moche avec deux autres — le arava et le nissoukh hamayim, la libation d'eau — qui relèvent toutes deux du service du Temple. Leur voisinage indique le champ d'application : le temps où le Temple se tient.

Rabban Gamliel et son tribunal n'ont alors rien déraciné. Ils ont constaté que le cas prévu par la halakha avait cessé avec la destruction, et l'interdit d'ajouter à la septième année est tombé de lui-même.

10
אֲבָל לֹא מִמֵּי הַגְּשָׁמִים וּמִמֵּי הַקִּילוֹן. בִּשְׁלָמָא מֵי קִילוֹן — אִיכָּא טִירְחָא יַתִּירָא, אֶלָּא מֵי גְּשָׁמִים מַאי טִירְחָא אִיכָּא?

Mais non avec l'eau de pluie ni avec l'eau du kilon. Passe encore pour l'eau du kilon : il y a là un effort excessif.

Mais pour l'eau de pluie, quel effort y a-t-il ?

🗂️ Tossefot (1)
בִּשְׁלָמָא מֵי קִילוֹן כו' אֶלָּא מֵי גְּשָׁמִים. מַיְירֵי בְּכִי הַאי גַּווְנָא דְּקִים לָן דְּלָא פָּסְקִי וְלֵית בְּהוּ אִיסּוּר אֶלָּא מֵהַאי טַעְמָא דִּמְפָרֵשׁ אֲבָל אִי פָּסְקִי אִית לְהוּ אִיסּוּרָא כְּדִלְקַמָּן דִּבְכָל מִידֵּי דִּפְסִיק אִיכָּא אִיסּוּרָא מִשּׁוּם דְּאָזֵיל וּמַייְתִי מִמָּקוֹם רָחוֹק כֵּיוָן שֶׁהִתְחִיל לְהַשְׁקוֹת שֶׁלֹּא יַפְסִיד שָׂדֵהוּ הִלְכָּךְ אִיכָּא לְאוֹקְמֵי הָכָא דְּלָא פָּסְקִי:
Passe encore pour l'eau du kilon, etc., mais l'eau de pluie — il s'agit d'un cas où nous tenons pour acquis qu'elle ne s'interrompt pas, et où il n'y a d'interdit que pour la raison qui va être expliquée. Mais si elle s'interrompt, l'interdit existe, comme plus loin : pour tout ce qui est susceptible de s'interrompre il y a un interdit, parce qu'il ira chercher de l'eau d'un endroit éloigné — dès lors qu'il a commencé à arroser, afin de ne pas perdre son champ. Il faut donc poser ici qu'elle ne s'interrompt pas.
💡 Explication

La guemara revient à la michna du début du traité. Le kilon est un balancier à contrepoids qui sert à remonter l'eau d'un puits ou d'une pièce d'eau basse : le travail est lourd et l'interdit se comprend seul. L'eau de pluie recueillie dans une citerne, en revanche, se laisse simplement conduire vers le champ. La question porte donc sur la raison de son interdiction.

11
אָמַר רַבִּי אִילְעָא אָמַר יוֹחָנָן: גְּזֵירָה מֵי גְשָׁמִים אַטּוּ מֵי קִילוֹן. רַב אַשִּׁי אָמַר: מֵי גְשָׁמִים גּוּפַיְיהוּ לִידֵי מֵי קִילוֹן אָתוּ.

Rabbi Iléa dit au nom de Rabbi Yo'hanan : [c'est] un décret [portant sur] l'eau de pluie à cause de l'eau du kilon. Rav Achi dit : l'eau de pluie elle-même en vient à devenir eau de kilon.

📜 Rachi (2)
גְּזֵירָה מֵי גְּשָׁמִים דִּלְמָא אָתֵי לְמֶעְבַּד מֵי קִילוֹן:
Décret [sur] l'eau de pluie — de peur qu'il n'en vienne à faire [comme avec] l'eau du kilon.
מֵי גְּשָׁמִים נָמֵי אָתֵי לִידֵי מֵי קִילוֹן כְּלוֹמַר כִּי מַדְּלוּ מִינָּהּ דְּלָא הָוְיָא מְלֵיאָה נַעֲשֵׂית מִמֵּילָא מֵי קִילוֹן שֶׁאֵינוֹ מָלֵא וּטְרִיחָא מִלְּתָא:
L'eau de pluie aussi en vient à devenir eau de kilon — c'est-à-dire : lorsqu'on y puise et que [la citerne] cesse d'être pleine, elle devient d'elle-même une eau de kilon, qui n'est pas pleine, et la chose devient pénible.
💡 Explication

Deux explications s'opposent. Pour Rabbi Yo'hanan, l'interdit sur l'eau de pluie est un décret par ressemblance : on craint qu'on en vienne à agir comme avec le kilon. Pour Rav Achi, la raison tient au cas lui-même : à mesure qu'on y puise, le niveau baisse dans la citerne et il faut remonter l'eau de la profondeur, ce qui reproduit exactement l'effort du kilon.

La différence décidera, au segment suivant, de l'attitude de chacun envers l'enseignement de Rabbi Zera.

12
וְקָמִיפַּלְגִי בִּדְרַבִּי זֵירָא. דְּאָמַר רַבִּי זֵירָא אָמַר רַבָּה בַּר יִרְמְיָה אָמַר שְׁמוּאֵל: נְהָרוֹת הַמּוֹשְׁכִין מַיִם מִן הָאֲגַמִּים מֻותָּר לְהַשְׁקוֹת מֵהֶן בְּחֻולּוֹ שֶׁל מוֹעֵד.

Et ils divergent au sujet de l'enseignement de Rabbi Zera. Car Rabbi Zera a dit au nom de Rabba bar Yirmeya au nom de Chmouel : les fleuves qui tirent leur eau des étangs, il est permis d'en arroser pendant hol hamoed.

📜 Rachi (2)
נְהָרוֹת הַמּוֹשְׁכִין מִן הָאֲגַמִּים הַשְׁתָּא מַשְׁמַע לֵיהּ מֵי אֲגַמִּים עֲבִידָא דְּפָסְקִי:
Les fleuves qui tirent [leur eau] des étangs — il comprend pour l'instant que l'eau des étangs est susceptible de s'interrompre.
מֻותָּר לְהַשְׁקוֹת מֵהֶן בְּחֻולּוֹ שֶׁל מוֹעֵד וְלָא גָּזְרִי דִּלְמָא פְּסִיקָא מֵי אֲגַמִּים וַאֲזַל וְטָרַח וְאַיְּיתִי מִן נָהָר אַחֵר:
Il est permis d'en arroser pendant hol hamoed — et l'on ne décrète pas d'interdit de peur que l'eau des étangs ne s'interrompe et qu'il n'aille se donner la peine d'en apporter d'un autre fleuve.
💡 Explication

Les agamim sont des étendues d'eau stagnante. Un fleuve qui s'en alimente pourrait tarir si l'étang venait à se vider, et l'homme irait alors peiner à un autre cours d'eau. Chmouel permet néanmoins d'arroser depuis ces fleuves, ce qui revient à écarter la crainte d'une interruption lointaine.

13
מָר אִית לֵיהּ דְּרַבִּי זֵירָא, וּמָר לֵית לֵיהּ דְּרַבִּי זֵירָא.

Un maître retient l'enseignement de Rabbi Zera, et l'autre maître ne le retient pas.

📜 Rachi (1)
ר' אִילְעָא אָמַר ר' יוֹחָנָן דְּאָמַר גָּזְרִינַן מֵי גְּשָׁמִים אֲפִילּוּ הֵיכָא דְּלָא פָּסְקִי אַטּוּ מֵי קִילוֹן מִדְּקָאָמַר רַב אַשִּׁי מֵי גְּשָׁמִים לִידֵי קִילוֹן אָתֵי מִכְּלָל דְּר' יוֹחָנָן אָסַר אֲפִילּוּ דְּלָא אָתְיָא לִידֵי מֵי קִילוֹן לֵית לֵיהּ דְּר' זֵירָא דְּלָא גָּזַר:
Rabbi Iléa au nom de Rabbi Yo'hanan, qui dit que l'on décrète [un interdit sur] l'eau de pluie même là où elle ne s'interrompt pas, à cause de l'eau du kilon : puisque Rav Achi dit que l'eau de pluie en vient à devenir eau de kilon, il en ressort que Rabbi Yo'hanan interdit même là où elle ne devient pas eau de kilon ; il ne retient donc pas l'enseignement de Rabbi Zera, qui ne décrète pas d'interdit.
💡 Explication

La divergence du segment 10 se mesure ici. Rav Achi, qui interdit l'eau de pluie parce qu'elle baisse, admet l'enseignement de Rabbi Zera : une eau dont le débit reste stable est permise. Rabbi Yo'hanan, qui interdit par simple ressemblance avec le kilon, interdit même une eau qui ne baissera jamais, et rejette donc cet enseignement.

14
גּוּפָא, אָמַר רַבִּי זֵירָא אָמַר רַבָּה בַּר יִרְמְיָה אָמַר שְׁמוּאֵל: נְהָרוֹת הַמּוֹשְׁכִין מַיִם מִן הָאֲגַמִּים — מֻותָּר לְהַשְׁקוֹת מֵהֶן בְּחֻולּוֹ שֶׁל מוֹעֵד.

La chose elle-même : Rabbi Zera a dit au nom de Rabba bar Yirmeya au nom de Chmouel : les fleuves qui tirent leur eau des étangs, il est permis d'en arroser pendant hol hamoed.

💡 Explication

Le terme goufa signale que la guemara reprend pour elle-même un enseignement cité jusqu'ici en passant, afin de l'examiner et de le discuter.

15
אֵיתִיבֵיהּ רַבִּי יִרְמְיָה לְרַבִּי זֵירָא: אֲבָל לֹא מִמֵּי גְשָׁמִים וְלֹא מִמֵּי קִילוֹן! אֲמַר לֵיהּ: יִרְמְיָה בָּרִי, הָנֵי אֲגַמִּים דְּבָבֶל — כְּמַיָּא דְּלָא פָּסְקִי דָּמוּ.

Rabbi Yirmeya objecta à Rabbi Zera : mais non avec l'eau de pluie ni avec l'eau du kilon ! Il lui répondit : Yirmeya mon fils, ces étangs de Bavel sont comme une eau qui ne s'interrompt pas.

📜 Rachi (2)
מֵיתִיבִי אֲבָל לֹא מֵי קִילוֹן דִּלְמָא מַפְסְקִי וְטָרַח לְהוֹצִיא מִן הֶעָמוֹק הָכָא נָמֵי אַמַּאי לָא נִיחוּשׁ דִּלְמָא מַפְסְקִי מֵי אֲגַמִּים:
Objection : mais non avec l'eau du kilon — de peur qu'elle ne s'interrompe et qu'il ne se donne la peine de la tirer de la profondeur. Ici aussi, pourquoi ne craindrait-on pas que l'eau des étangs ne s'interrompe ?
א"ל כְּמַיָּא דְּלָא פָּסְקִי דָּמוּ וְלֵיכָּא לְמִיחַשׁ:
Il lui répondit : elles sont comme une eau qui ne s'interrompt pas — et il n'y a pas lieu de craindre.
💡 Explication

L'objection tire de la michna un principe général : dès qu'une réserve risque de s'épuiser, on l'interdit. Rabbi Zera répond par un constat de fait local. Les étangs de Bavel, nourris par le réseau des fleuves, ne se vident pas ; ils entrent dans la catégorie des eaux stables et la crainte tombe.

16
תָּנוּ רַבָּנַן: הַפְּסִיקוֹת וְהַבְּרֵיכוֹת שֶׁנִּתְמַלְּאוּ מַיִם מֵעֶרֶב יוֹם טוֹב — אָסוּר לְהַשְׁקוֹת מֵהֶן בְּחֻולּוֹ שֶׁל מוֹעֵד. וְאִם הָיְתָה אַמַּת הַמַּיִם עוֹבֶרֶת בֵּינֵיהֶן — מֻותָּר.

Nos maîtres ont enseigné : les mares et les bassins qui se sont remplis d'eau la veille du jour de fête, il est interdit d'en arroser pendant hol hamoed ; et si un canal d'eau passe entre eux, c'est permis.

📜 Rachi (2)
פְּסִיקוֹת וּבְרֵיכוֹת חֲדָא מִילְּתָא הִיא:
Pessikot et berekhot — c'est une seule et même chose.
אִם אַמַּת הַמַּיִם עוֹבֶרֶת בֵּינֵיהֶן בֵּין הַבְּרֵיכוֹת הַלָּלוּ מֻותָּר לְהַשְׁקוֹת מִמֵּי גְּשָׁמִים דְּאִי פָּסְקִי מֵי גְּשָׁמִים מַשְׁקֶה מֵאַמַּת הַמַּיִם:
Si un canal d'eau passe entre eux — entre ces bassins, il est permis d'arroser avec l'eau de pluie, car si l'eau de pluie s'interrompt il arrosera depuis le canal.
💡 Explication

Une réserve close remplie avant la fête entre dans la catégorie de l'eau qui baisse : elle sera interdite. La présence d'une amat hamayim, canal courant qui traverse ces bassins, change la situation : la réserve se renouvelle, et si elle vient à manquer l'homme arrosera depuis le canal sans avoir à chercher ailleurs.

🖼️ Schéma
Mares et bassins remplis avant la fête : le rôle du canal Sans canal -- interdit bassin bassin bassin Réserve fermée : elle baisse, puis il ira peiner ailleurs. Avec un canal qui passe entre eux -- permis Le canal réapprovisionne : si la pluie manque, il arrose de là. Rav Papa -- exigence stricte Le canal doit pouvoir abreuver la majeure partie du champ en une seule fois ; sinon l'inquiétude demeure. Rav Achi -- exigence allégée Un canal qui coule sans cesse suffit : l'homme se dit qu'il arrosera sur deux ou trois jours et ne peine pas.
Réserve close et réserve traversée par un canal, puis les deux exigences de Rav Papa et de Rav Achi.
17
אָמַר רַב פָּפָּא: וְהוּא שֶׁרֻובָּהּ שֶׁל אוֹתָהּ שָׂדֶה שׁוֹתָה מֵאוֹתָהּ אַמַּת הַמַּיִם. רַב אַשִּׁי אָמַר: אַף עַל פִּי שֶׁאֵין רֻובָּהּ שֶׁל אוֹתָהּ שָׂדֶה שׁוֹתָה, כֵּיוָן דְּקָא מָשְׁכָא וְאָתְיָא, מֵימָר אָמַר: אִי לָא שָׁתְיָא לְחַד יוֹמָא — תִּשְׁתֵּי לִתְרֵי וּתְלָתָא יוֹמֵי.

Rav Papa dit : et cela à condition que la majeure partie de ce champ s'abreuve à ce canal. Rav Achi dit : même si la majeure partie de ce champ ne s'y abreuve pas, puisque [l'eau] coule et vient sans cesse, il se dit : si [le champ] ne boit pas en un seul jour, il boira en deux ou trois jours.

📜 Rachi (2)
וְהוּא שֶׁרֻובָּהּ שֶׁל אוֹתָהּ שָׂדֶה שׁוֹתָה מֵאוֹתָהּ אַמַּת הַמַּיִם כו' שֶׁיָּכוֹל לְהַשְׁקוֹת רֹוב הַשָּׂדֶה בְּפַעַם אַחַת מֵאוֹתָהּ אַמַּת הַמַּיִם אֲבָל אִם אֵינוֹ יָכוֹל לְהַשְׁקוֹת בְּפַעַם אַחַת מֵאוֹתָהּ אַמַּת הַמַּיִם רֹוב שֶׁל שָׂדֶה אֵינוֹ מַשְׁקֶה מַפְסִיקוֹת וּבְרֵיכוֹת דִּלְמָא מַפְסִיק וְאָזֵיל:
Et cela à condition que la majeure partie de ce champ s'abreuve à ce canal, etc. — qu'il puisse arroser la majeure partie du champ en une seule fois depuis ce canal. Mais s'il ne peut pas arroser en une seule fois la majeure partie du champ depuis ce canal, il n'arrose pas depuis les mares et les bassins, de peur que [l'eau] ne s'interrompe et qu'il n'aille [en chercher ailleurs].
תִּישְׁתֵּי לִתְרֵי אוֹ תְּלָתָא יוֹמֵי מֵהַהִיא אַמַּת הַמַּיִם וְלֹא טָרַח וּמַיְיתִי מֵאַמַּת הַמַּיִם אַחַרְיַנָא:
Il boira en deux ou trois jours — depuis ce canal, et il ne se donnera pas la peine d'en apporter d'un autre canal.
💡 Explication

Les deux maîtres fixent le seuil à partir duquel l'homme demeure tranquille. Pour Rav Papa, il faut que le canal puisse abreuver la majeure partie du champ en une seule fois ; autrement l'inquiétude pour le reste du champ le poussera à l'effort interdit. Pour Rav Achi, le débit continu suffit : l'homme accepte d'étaler l'arrosage sur plusieurs jours et ne va pas chercher un autre canal.

18
תָּנוּ רַבָּנַן: בְּרֵיכָה שֶׁנּוֹטֶפֶת מַיִם מִשְּׂדֵה בֵּית הַשְּׁלָחִין זוֹ — מֻותָּר לְהַשְׁקוֹת מִמֶּנָּה שְׂדֵה בֵּית הַשְּׁלָחִין אַחֶרֶת.

Nos maîtres ont enseigné : un bassin où s'égouttent les eaux de tel champ bet hachelahin, il est permis d'en arroser un autre champ bet hachelahin.

📜 Rachi (1)
בְּרִיכָה שֶׁנָּטְפָה מִשְּׂדֵה בֵּית הַשְּׁלָחִין זוֹ מֻותָּר לְהַשְׁקוֹת מִמֶּנָּה בֵּית הַשְּׁלָחִין אַחֵר בֵּית הַשְּׁלָחִין שֶׁהָיָה גָּבוֹהַּ וְהָיָה מַעְייָן נוֹבֵעַ מִצִּדּוֹ וּבְצַד אֶחָד הָיָה בֵּית הַשְּׁלָחִין נָמוּךְ וּבֵין אֵלּוּ בֵּית הַשְּׁלָחִין הָיָה בְּצַד הַשְּׁלָחִין הַנָּמוּךְ בְּרִיכָה קְטַנָּה וּכְשֶׁמַּשְׁקִים בֵּית הַשְּׁלָחִין הַגָּבוֹהַּ מִן הַמַּעְיָין נוֹטֵף טִיפִּין מִן בֵּית הַשְּׁלָחִין הַגָּבוֹהַּ לַבְּרֵיכָה הַנְּמוּכָה מֻותָּר לְהַשְׁקוֹת אוֹתוֹ בֵּית הַשְּׁלָחִין הַנָּמוּךְ מֵאוֹתָהּ בְּרִיכָה אע"ג דִּבְרֵיכָה עֲבִידָא דְּפָסְקָא הוֹאִיל וּמְטַפְטֵף בּוֹ מִבֵּית הַשְּׁלָחִין הַגָּבוֹהַּ מַיִם שֶׁבָּאוּ לוֹ מֵחֲמַת הַמַּעְיָין:
Un bassin où s'égouttent les eaux de ce champ bet hachelahin, il est permis d'en arroser un autre bet hachelahin — il s'agit d'un bet hachelahin situé en hauteur, avec une source qui jaillit à son côté, et d'un autre côté un bet hachelahin situé en contrebas ; entre les deux, du côté du champ bas, se trouvait un petit bassin. Lorsqu'on arrose le champ haut depuis la source, des gouttes tombent du champ haut dans le bassin bas : il est permis d'arroser ce champ bas depuis ce bassin, bien que le bassin soit susceptible de tarir, puisque s'y égouttent depuis le champ haut des eaux qui lui viennent de la source.
💡 Explication

Un bet hachelahin est un champ assoiffé qui dépend de l'arrosage ; la michna permet de l'arroser à hol hamoed. Ici, un champ situé en hauteur est irrigué par une source ; son trop-plein s'égoutte dans un petit bassin en contrebas, d'où l'on arrose un second champ. La beraita permet cet arrosage indirect.

🖼️ Schéma
Le bassin nourri par le champ d'amont (seg. 17-18) Coupe du terrain, d'après l'explication de Rachi. source Bet hachelahin haut irrigué directement par la source gouttes bassin Bet hachelahin bas arrosé depuis le bassin Permis Le champ haut s'égoutte encore (R. Yirmeya) et la source d'amont coule toujours (Abaye). Interdit La source s'est tarie : les gouttes restantes vont cesser et il ira chercher une autre source.
Le dispositif décrit par Rachi : source, champ haut, bassin, champ bas.
19
וְהָא עֲבִידָא דְּפִסְקָא! אָמַר רַבִּי יִרְמְיָה: וַעֲדַייִן הִיא מְטַפְטֶפֶת. אָמַר אַבַּיֵּי: וְהוּא שֶׁלֹּא פָּסַק מַעְיָין רִאשׁוֹן.

Mais [ce bassin] est susceptible de tarir ! Rabbi Yirmeya dit : [il s'agit du cas] où [le champ haut] s'égoutte encore.

Abaye dit : et cela à condition que la première source ne se soit pas tarie.

📜 Rachi (3)
וְהָא עֲבִידָא דְּפָסְקָא בְּרִיכָה וְאָזֵיל וּמַיְיתִי:
Mais il est susceptible de tarir — le bassin, et il ira alors en chercher ailleurs.
עֲדַייִן הִיא מְטַפְטֶפֶת מִבֵּית הַשְּׁלָחִין גָּבוֹהַּ לְתוֹךְ הַבְּרֵיכָה דְּוַדַּאי לָא פָּסְקָא:
Il s'égoutte encore — depuis le champ haut vers le bassin, de sorte qu'il ne tarira certainement pas.
אָמַר אַבָּיֵי וְהוּא שֶׁלֹּא פָּסַק מַעְיָין הַמְטַפְטֵף מִבֵּית הַשְּׁלָחִין גָּבוֹהַּ לִבְרֵיכָה מֻותָּר לְהַשְׁקוֹת מִבְּרֵיכָה לְבֵית הַשְּׁלָחִין נָמוּךְ אֲבָל אִי פְּסִיק מַעְיָין אע"ג דַּעֲדַייִן מְטַפְטֵף מִבֵּית הַשְּׁלָחִין גָּבוֹהַּ לְתוֹךְ הַבְּרֵיכָה אֵין מַשְׁקִין מִן הַבְּרֵיכָה לְבֵית הַשְּׁלָחִין נָמוּךְ דִּלְמָא פְּסִיק וְאָזֵיל וְטָרַח וּמַיְיתִי מִמַּעְיָין אַחֵר:
Abaye dit : et cela à condition que la source ne se soit pas tarie — [tant que la source alimente le champ haut] qui s'égoutte vers le bassin, il est permis d'arroser le champ bas depuis le bassin. Mais si la source s'est tarie, même si le champ haut s'égoutte encore dans le bassin, on n'arrose pas le champ bas depuis le bassin, de peur que [l'écoulement] ne s'interrompe et qu'il n'aille se donner la peine d'apporter de l'eau d'une autre source.
💡 Explication

Le bassin, pris seul, est une réserve close et devrait être interdit. Rabbi Yirmeya précise que l'écoulement depuis le champ haut se poursuit, de sorte que le bassin se renouvelle. Abaye ajoute la condition de fond : c'est la source d'amont qui garantit la durée. Si elle s'est tarie, les gouttes encore visibles vont cesser, et l'on retombe sous la crainte de l'effort excessif.

20
תַּנְיָא, רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן מְנַסְיָא אוֹמֵר: שְׁתֵּי עֲרוּגוֹת זוֹ לְמַעְלָה מִזּוֹ — לֹא יִדְלֶה מִן הַתַּחְתּוֹנָה וְיַשְׁקֶה אֶת הָעֶלְיוֹנָה. יוֹתֵר עַל כֵּן אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר בַּר שִׁמְעוֹן: אֲפִילּוּ עֲרוּגָה אַחַת חֶצְיָהּ נָמוּךְ וְחֶצְיָהּ גָּבוֹהַּ — לֹא יִדְלֶה מִמָּקוֹם נָמוּךְ וְיַשְׁקֶה לְמָקוֹם גָּבוֹהַּ.

Il a été enseigné : Rabbi Chimon ben Menassia dit : deux planches [de jardin] situées l'une au-dessus de l'autre — il ne puisera pas depuis la planche basse pour arroser la planche haute. Rabbi Elazar bar Chimon a dit davantage : même une seule planche dont une moitié est basse et l'autre haute — il ne puisera pas depuis l'endroit bas pour arroser l'endroit haut.

📜 Rachi (1)
לֹא יִדְלֶה מִן הַתַּחְתּוֹן וְיַשְׁקֶה לָעֶלְיוֹן דְּאִיכָּא טִירְחָא יַתִּירָא:
Il ne puisera pas depuis le bas pour arroser le haut — car il y a là un effort excessif.
💡 Explication

Le critère change ici. Il ne s'agit plus du risque de tarissement, mais de la peine du geste lui-même : remonter l'eau vers un point plus haut constitue un tirha yetera, un effort excessif, déjà proche de celui du kilon. Rabbi Elazar bar Chimon étend la règle à l'intérieur d'une seule planche dénivelée.

🖼️ Schéma
Puiser du bas vers le haut (seg. 19) Deux planches étagées planche haute planche basse R. Chimon ben Menassia : interdit, effort excessif. Une seule planche dénivelée moitié basse moitié haute R. Elazar bar Chimon : interdit aussi, bien que ce soit une seule planche. Ce qui est visé n'est plus le risque de tarissement mais la peine du puisage en hauteur.
Deux planches étagées, puis une seule planche dénivelée : dans les deux cas, on ne remonte pas l'eau.
21
תָּנוּ רַבָּנַן: מַדְלִין לִירָקוֹת כְּדֵי לְאָוכְלָן, וְאִם בִּשְׁבִיל לְיַיפּוֹתָן — אָסוּר.

Nos maîtres ont enseigné : on puise pour les légumes afin de les manger ; et si c'est pour les embellir, c'est interdit.

📜 Rachi (2)
מְדַלִּין לִירָקוֹת מַשְׁמַע שֶׁהוּא דּוֹלֶה מַיִם וּמַשְׁקֶה לִירָקוֹת כְּדֵי לְאָוכְלָן בְּחֻולּוֹ שֶׁל מוֹעֵד:
On puise pour les légumes — cela semble indiquer qu'il puise de l'eau et arrose les légumes afin de les manger pendant hol hamoed.
וְאִם בִּשְׁבִיל לְיַפּוֹתָן שֶׁיִּגְדְּלוּ הַיְּרָקוֹת אָסוּר דְּהַרְוָוחָה הִיא:
Et si c'est pour les embellir — pour que les légumes grandissent, c'est interdit, car il s'agit d'un profit supplémentaire.
💡 Explication

Rachi lit ici madlin au sens de puiser de l'eau. La beraita distingue alors selon l'intention : arroser pour disposer de légumes à consommer pendant la fête relève des besoins du moed ; arroser pour améliorer leur venue est un simple harvaha, un profit supplémentaire qui ne presse pas, et demeure interdit.

Le segment suivant proposera une autre lecture du mot.

22
רָבִינָא וְרַבָּה תּוֹסְפָאָה הֲווֹ קָא אָזְלִי בְּאוֹרְחָא. חֲזוֹ לְהָהוּא גַּבְרָא דַּהֲוָה דָּלֵי דַּוְולָא בְּחֻולָּא דְּמוֹעֲדָא, אֲמַר לֵיהּ רַבָּה תּוֹסְפָאָה לְרָבִינָא: לַיְּתֵי מַר לְשַׁמְּתֵיהּ. אֲמַר לֵיהּ: וְהָתַנְיָא: מַדְלִין לִירָקוֹת כְּדֵי לְאָוכְלָן. אֲמַר לֵיהּ: מִי סָבְרַתְּ מַאי ״מְדַלִּין״ — מְדַלִּין מַיָּא? מַאי

Ravina et Rabba Tossefaa cheminaient sur la route. Ils virent un homme qui puisait au seau pendant hol hamoed.

Rabba Tossefaa dit à Ravina : que le maître vienne l'excommunier. Il lui répondit : n'a-t-il pas été enseigné, on puise pour les légumes afin de les manger ?

Il lui dit : penses-tu que madlin veuille dire puiser de l'eau ? Que signifie...

📜 Rachi (1)
דַּהֲוָה דְּלִי דַּוְולָא דּוֹלֶה דָּלִיּוֹת מַיִם לִירָקוֹת וַחֲכָמִים לֹא הִתִּירוּ כִּי אִם לְבֵית הַשְּׁלָחִין בִּלְבַד:
Qui puisait au seau — il tirait des seaux d'eau pour des légumes, or les Sages n'ont permis cela que pour un bet hachelahin seulement.
💡 Explication

La scène met la beraita à l'épreuve d'un cas concret. Ravina y voit une permission expresse ; Rabba Tossefaa conteste la lecture du mot madlin. La racine peut aussi désigner le fait d'éclaircir un carré de légumes en arrachant une partie des plants. La phrase reste suspendue et trouve sa fin au début de 4b.

Rachi rappelle la donnée halakhique qui rend la scène intelligible : puiser au seau n'a été permis que pour un bet hachelahin, champ assoiffé qui périrait sans arrosage.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).