Moed Katan 4b — Le canal d'irrigation : effort du moed, apparence de labour en chevi'it

Moed_Katan 4b

Sougya : Le daf achève d'abord la discussion sur le mot midalin : Rabba Tosfaa le lisait au sens d'éclaircir les plants, Ravina lui oppose une baraita qui dit expressément que l'on puise de l'eau pour les légumes afin de les manger, et il se rétracte. Vient ensuite l'interdit de creuser des ougiot, ces cuvettes au pied des vignes et des oliviers : Rav Yehouda les appelle binkei, et sa permission accordée aux gens de Bar Tsitai se concilie avec la michna par la distinction entre cuvettes neuves et cuvettes anciennes.

Le cœur du daf est la position de Rabbi Elazar ben Azaria, qui interdit de creuser un canal (ama) pendant hol hamoed et pendant la septième année. Pour le moed la raison est l'effort excessif ; pour la chevi'it, Rabbi Zeira et Rabbi Abba bar Memel proposent deux raisons concurrentes, l'apparence de binage ou la préparation des berges à l'ensemencement, et la gemara cherche leur nafka mina à travers deux cas de figure.

Le daf se termine sur la mesure du canal que l'on répare pendant le moed, avec un teikou sur deux tefahim ramenés à sept, puis sur trois permissions amoraiques accordées au nom des besoins du public.

Pourquoi Rabbi Elazar ben Azaria interdit-il le canal la septième année ? Rabbi Zeira et Rabbi Abba bar Memel : l'un dit l'une, l'autre dit l'autre A. Il a l'air de biner (nira ke-oder) Le souci porte sur ce que voient les autres : on le prend pour un homme qui travaille sa terre. B. Il prépare ses berges à l'ensemencement Le souci porte sur le résultat réel : la terre tirée du canal rend les bords meubles, donc semables. Nafka mina : deux cas où les deux raisons se séparent 1. L'eau arrive aussitôt dans le canal qu'il creuse A : permis. L'eau qui coule montre à tous qu'il creuse un canal, non qu'il bine. B : interdit. L'eau n'y change rien, la terre meuble reste déposée sur les berges. Rejeté : celui qui tient A devrait aussi craindre la préparation des berges. 2. Il jette la terre extraite loin du canal (retenu) A : interdit. Il creuse sans que l'eau arrive : l'œil y voit toujours un binage. B : permis. Rien n'est déposé sur les bords, ils ne deviennent pas semables. Réponse à l'objection inverse : celui qui bine repose la terre sur place, lui la jette au loin.
Les deux raisons avancées pour l'interdit du canal la septième année, et les deux cas où elles se séparent.
Réparer le canal abîmé pendant hol hamoed : jusqu'où creuser ? Règle de Rabbi Abba : profond d'un tefah et comble, on le rétablit à six tefahim niveau du sol 6 1 restant limon accumulé : il recreuse les cinq tefahim combles Deux critères se combinent 1. Utilité : un canal trop peu profond ne laisse pas passer l'eau, le travail ne sert à rien. 2. Peine : creuser trop profond est un effort excessif, interdit pendant les jours intermédiaires. État actuel vers profondeur visée Verdict 1 tefah vers 6 tefahim Permis : la michna elle-même un demi-tefah vers 3 tefahim Interdit : l'eau ne passait déjà pas, travail vain 2 tefahim vers 12 tefahim Interdit : peine excessive 2 tefahim vers 7 tefahim Teikou : cinq tefahim comme la michna, mais un tefah de plus à creuser
La mesure du canal que l'on répare pendant hol hamoed : ce que la gemara permet, interdit et laisse en teikou.
Le parcours du daf : quatre clauses de la michna Midalin Éclaircir les plants ou puiser de l'eau ? Rabba Tosfaa se rétracte Ougiot Cuvettes au pied des vignes et des oliviers Neuves interdites, anciennes permises Ama Creuser un canal neuf au moed et en chevi'it Deux raisons pour la chevi'it Mekoulkelet Réparer le canal abîmé pendant le moed Mesures et teikou Deux axes traversent tout le daf Au moed : la question est la peine. Est-ce un effort excessif pour un bénéfice réel ? En chevi'it : la question est le travail de la terre, soit par son apparence, soit par son résultat.
Les quatre clauses de la michna traitées dans ce folio et les deux critères qui les gouvernent.
1
״מְדַלִּין״ — שָׁלוֹפִי. כְּדִתְנַן: הַמֵּידֵל בִּגְפָנִים, כְּשֵׁם שֶׁהוּא מֵידֵל בְּשֶׁלּוֹ — כָּךְ הוּא מֵידֵל בְּשֶׁל עֲנִיִּים, דִּבְרֵי רַבִּי יְהוּדָה. רַבִּי מֵאִיר אוֹמֵר: בְּשֶׁלּוֹ רַשַּׁאי, וְאֵינוֹ רַשַּׁאי בְּשֶׁל עֲנִיִּים.

'Midalin' — [cela veut dire] arracher [les plants trop serrés]. Comme nous l'avons appris : celui qui éclaircit ses vignes, de même qu'il éclaircit les siennes, ainsi il éclaircit celles des pauvres — paroles de Rabbi Yehouda.

Rabbi Meir dit : dans les siennes il en a le droit, dans celles des pauvres il n'en a pas le droit.

📜 Rachi (3)
שָׁלוֹפֵי כְּשֶׁהַיְּרָקוֹת רְצוּפֵין נוֹטֵל מֵהֶן מִבֵּינְתַייִם לְאָוכְלָן מֻותָּר לְיַפּוֹתָן אָסוּר בִּשְׁבִיל לְיַפּוֹתָן אוֹתָם שֶׁנִּשְׁאָרִים:
Arracher — quand les légumes sont serrés les uns contre les autres, il en prélève quelques-uns d'entre eux : pour les manger, c'est permis ; pour les embellir, c'est interdit, c'est-à-dire en vue d'embellir ceux qui restent.
הַמֵּידֵל תּוֹלֵשׁ בִּגְפָנִים שֶׁיֶּשְׁנָן בְּיַחַד יוֹתֵר מִדַּאי:
Celui qui éclaircit — il arrache dans les vignes qui se trouvent ensemble en trop grand nombre.
בְּשֶׁל עֲנִיִּים בְּפֵאָה א"נ עוֹלֵלוֹת שֶׁאֵין לוֹ לֹא כָתֵף וְלֹא נָטָף:
Celles des pauvres — dans la pea ; ou bien dans les olelot, la grappe qui n'a ni épaule ni pendant.
🗂️ Tossefot (2)
מְדַלִּין לִירָקוֹת. מִמָּקוֹם עָמֹוק קָרֵי דִּילּוּי ואע"ג דְּאִיכָּא טִירְחָא יַתִּירָא בִּשְׁבִיל לֶאֱכֹול הִתִּירוּ אֲבָל לְיַיפּוֹת אֲפִילּוּ לֵיכָּא טִירְחָא לֹא הִתִּירוּ:
'Midalin pour les légumes.' Puiser depuis un endroit profond s'appelle dilouy, une élévation. Et bien qu'il y ait là un effort supplémentaire, on l'a permis en vue de manger ; mais pour embellir, on ne l'a pas permis, même s'il n'y a aucun effort.
כָּךְ מֵידֵל בְּשֶׁל עֲנִיִּים. דְּכִי אָסַר רַחֲמָנָא לִיקַּח עוֹלֵלוֹת ה"מ בִּשְׁעַת בְּצִירָה כְּדִכְתִיב (דְּבָרִים כ״ד:כ״א) כִּי תִבְצֹור כַּרְמְךָ לֹא תְעוֹלֵל אִיסּוּר עוֹלֵלוֹת עֲלַיְיהוּ:
'Ainsi il éclaircit celles des pauvres.' Car lorsque la Torah a interdit de prendre les olelot, cela ne vaut qu'au moment de la vendange, ainsi qu'il est écrit : 'lorsque tu vendangeras ta vigne, tu ne grappilleras pas' — c'est alors seulement que l'interdit des olelot pèse sur elles.
💡 Explication

Rabba Tosfaa lisait le verbe midalin de la michna au sens d'éclaircir un carré de légumes : quand les plants poussent trop serrés, on en arrache une partie pour que le reste profite. Il appuie cette lecture sur une michna de Pea qui emploie le même verbe à propos des vignes, où il désigne manifestement un arrachage et non un puisage d'eau.

La michna de Pea porte sur une question annexe : celui qui éclaircit sa vigne peut-il éclaircir aussi les grappes réservées aux pauvres ? Rabbi Yehouda le permet, puisque le geste sert la vigne elle-même ; Rabbi Meir le refuse, parce que ces grappes appartiennent déjà aux pauvres.

Le principe qui gouverne tout le passage reste celui de la michna : ce qui vise à manger pendant la fête est permis, ce qui vise seulement à embellir les plants restants est interdit.

🖼️ Schéma
Que veut dire midalin dans la michna ? Lecture de Rabba Tosfaa : éclaircir Les légumes poussent serrés, il en arrache quelques-uns. Appui : la michna de Pea sur celui qui éclaircit ses vignes (meidel). Pour manger : permis. Pour embellir : interdit. Lecture retenue : puiser de l'eau De la racine deli, le seau : élever l'eau depuis un point bas pour arroser. Baraita citée par Ravina : on puise de l'eau pour les légumes afin de les manger. Si cela a été enseigné, c'est enseigné : Rabba Tosfaa se rétracte devant la baraita.
Les deux sens possibles de midalin et la baraita qui tranche.
2
אֲמַר לֵיהּ, וְהָתַנְיָא: מַדְלִין מַיִם לִירָקוֹת כְּדֵי לְאָוכְלָן! אֲמַר לֵיהּ: אִי תַּנְיָא — תַּנְיָא.

[Ravina] lui dit : mais n'a-t-on pas enseigné : on puise de l'eau pour les légumes afin de les manger ! Il lui dit : si cela a été enseigné [dans une baraita], c'est enseigné.

💡 Explication

Ravina oppose une baraita qui dit expressément midalin mayim, on puise de l'eau. Le mot y garde donc son sens de puisage, et la lecture de Rabba Tosfaa tombe.

La formule i tanya tanya, si cela a été enseigné, c'est enseigné, est la manière talmudique de se rétracter : un amora s'incline devant une source tannaitique explicite.

3
וְאֵין עוֹשִׂין עוּגִיּוֹת לַגְּפָנִים. מַאי עוּגִיּוֹת? אָמַר רַב יְהוּדָה: בַּנְּכֵי. תַּנְיָא נָמֵי הָכִי: אֵלּוּ הֵן עוּגִיּוֹת — בְּדִידִין שֶׁבְּעִיקָּרֵי זֵיתִים וְשֶׁבְּעִיקָּרֵי גְפָנִים.

'Et l'on ne fait pas de ougiot pour les vignes.' Que sont les ougiot ? Rav Yehouda dit : des binkei.

On a aussi enseigné ainsi : voici ce que sont les ougiot — les bedidin qui se trouvent au pied des oliviers et au pied des vignes.

📜 Rachi (2)
בַּנְּכֵי בּוֹרוֹת תַּחַת הַגְּפָנִים וְזֵיתִים וְנוֹתֵן בָּהֶם מַיִם:
Binkei — des fosses sous les vignes et les oliviers, dans lesquelles il met de l'eau.
עוּגִיּוֹת עָגֹול סָבִיב כְּמוֹ עָג עוּגָה וְעָמַד בְּתוֹכָהּ (תַּעֲנִית דַּף יט.) וּבְדִידִין נָמֵי הֵן גֻּומּוֹת:
Ougiot — un cercle tout autour, comme dans 'il traça un cercle (ouga) et se tint à l'intérieur' (Taanit 19a) ; et les bedidin sont eux aussi des cavités.
💡 Explication

La michna interdit de creuser des ougiot pendant hol hamoed. Le mot vient de la racine qui désigne un cercle : ce sont les cuvettes circulaires creusées au pied du cep ou de l'arbre pour y retenir l'eau d'arrosage.

Rav Yehouda donne l'équivalent araméen courant, binkei, et une baraita confirme en employant un troisième terme, bedidin, pour les mêmes cavités au pied des oliviers et des vignes.

4
אֵינִי? וְהָא רַב יְהוּדָה שְׁרָא לִבְנֵי בַּר צֵיתַאי לְמֶעְבַּד בַּנְכֵּי לְכַרְמֵיהוֹן! לָא קַשְׁיָא הָא בְּחַדְתֵי, הָא בְּעַתִּיקֵי.

Est-ce ainsi ? Mais Rav Yehouda a permis aux gens de Bar Tsitai de faire des binkei pour leurs vignes !

Ce n'est pas difficile : ici [la michna parle] de [cuvettes] neuves, là [Rav Yehouda parle] d'anciennes.

📜 Rachi (3)
צֵיתַאי מָקוֹם:
Tsitai — un nom de lieu.
לְמֶעְבַּד בַּנְּכֵי עוּגִיּוֹת וְהֵיכִי שָׁרִי וְהָא תְנַן אֵין עוֹשִׂין עוּגִיּוֹת:
Faire des binkei — c'est-à-dire des ougiot. Et comment a-t-il permis ? N'avons-nous pas appris dans la michna : on ne fait pas de ougiot ?
הָא בְּחַדְתֵי שֶׁמֵּעוֹלָם לֹא הָיוּ שָׁם עוּגִיּוֹת אָסוּר לַעֲשׂוֹת בְּחֻולּוֹ שֶׁל מוֹעֵד דְּאִיכָּא טִירְחָא יַתִּירָא אֲבָל עַתִּיקֵי שֶׁכְּבָר הָיוּ לוֹ שָׁם עוּגִיּוֹת וְנִסְתְּמוּ מֻותָּר לַחֲזֹור וּלְחָופְרָן בְּחֻולּוֹ שֶׁל מוֹעֵד:
Ici [il s'agit] de neuves — là où il n'y a jamais eu de ougiot, il est interdit d'en faire pendant hol hamoed, car il y a là un effort excessif ; mais les anciennes, lorsqu'il y avait déjà des ougiot à cet endroit et qu'elles se sont bouchées, il est permis de les recreuser pendant hol hamoed.
💡 Explication

La pratique de Rav Yehouda contredit en apparence la michna qu'il vient lui-même d'expliquer. La gemara distingue selon l'état du terrain.

Creuser une cuvette là où il n'y en a jamais eu demande un travail entier, c'est-à-dire un effort excessif, interdit pendant les jours intermédiaires. Dégager une cuvette ancienne que le limon a comblée est un simple entretien, et cela reste permis. Ce couple hadti / atiki, neuf et ancien, revient constamment dans les lois de hol hamoed.

🖼️ Schéma
Cuvettes neuves et cuvettes anciennes Hadti : neuves Aucune cuvette n'a jamais été faite là. Tout creuser demande une peine excessive. Interdit pendant hol hamoed Atiki : anciennes Les cuvettes existaient et se sont comblées : il ne fait que les dégager. Permis : Rav Yehouda aux gens de Bar Tsitai
La distinction entre creuser une cuvette neuve et dégager une cuvette ancienne.
5
רַבִּי אֶלְעָזָר בֶּן עֲזַרְיָה אוֹמֵר: אֵין עוֹשִׂין אֶת הָאַמָּה. בִּשְׁלָמָא מוֹעֵד — מִשּׁוּם דְּקָא טָרַח, אֶלָּא שְׁבִיעִית מַאי טַעְמָא?

'Rabbi Elazar ben Azaria dit : on ne fait pas le canal.' Passe encore pour [hol ha]moed, parce qu'il se donne de la peine ; mais pour la septième année, quelle en est la raison ?

💡 Explication

La michna interdit de creuser un canal d'irrigation (ama) de manière neuve, aussi bien pendant hol hamoed que pendant la chevi'it. Les deux interdits n'ont pas le même ressort, et c'est ce que la gemara vient dégager.

Pour le moed, la raison est évidente : l'interdit porte sur la peine, le travail lourd qui n'a pas sa place pendant les jours intermédiaires. Pour la septième année, seuls les travaux qui servent la terre sont interdits ; or creuser un canal n'est ni semer, ni tailler, ni labourer. D'où la question.

6
פְּלִיגוּ בַּהּ רַבִּי זֵירָא וְרַבִּי אַבָּא בַּר מֶמֶל. חַד אָמַר: מִפְּנֵי שֶׁנִּרְאֶה כְּעוֹדֵר. וְחַד אָמַר: מִפְּנֵי שֶׁמַּכְשִׁיר אֲגַפֶּיהָ לִזְרִיעָה.

Rabbi Zeira et Rabbi Abba bar Memel divergent à ce sujet. L'un dit : parce qu'il a l'air de biner.

Et l'autre dit : parce qu'il rend ses berges propres à l'ensemencement.

📜 Rachi (2)
מִפְּנֵי שֶׁנִּרְאֶה כְּעוֹדֵר לְצֹורֶךְ שְׁבִיעִית שֶׁהֲרֵי חוֹפֵר כְּעוֹדֵר:
Parce qu'il a l'air de biner — pour ce qui touche à la septième année, car il creuse à la manière de celui qui bine.
שֶׁמַּכְשִׁיר אֲגַפֶּיהָ לִזְרִיעָה כְּשֶׁחוֹפֵר הָאַמָּה וּמַנִּיחַ הֶעָפָר שֶׁבָּאַמָּה עַל שְׂפַת הָאַמָּה מְתַקֵּן אֲגַפֶּיהָ לִזְרִיעָה דַּעֲבִיד לָהּ אַרְעָא רַכִּיכָא:
Qu'il rend ses berges propres à l'ensemencement — lorsqu'il creuse le canal et dépose sur le bord du canal la terre qui s'y trouvait, il prépare ses berges à l'ensemencement, car il en fait une terre meuble.
🗂️ Tossefot (1)
מִפְּנֵי שֶׁמַּכְשִׁיר אֲגַפֶּיהָ לִזְרִיעָה. וְנִרְאֵית חֲרִישָׁה מַמָּשׁ שֶׁסִּבּוּרִין הָרוֹאִין שֶׁלְּכָךְ מִתְכַּוֵּין אִי נָמֵי חֲשִׁיב לֵיהּ עֲבוֹדַת קַרְקַע מַמָּשׁ ואע"ג שֶׁאֵינוֹ מִתְכַּוֵּין לְכָךְ מִיהוּ מְלָאכָה הִיא ואע"ג דְּאָמַר ר' שִׁמְעוֹן דָּבָר שֶׁאֵין מִתְכַּוֵּין מֻותָּר הָא אָמְרִינַן . מוֹדֶה ר' שִׁמְעוֹן בִּפְסִיק רֵישֵׁיהּ וְלָא יָמוּת וְרַבָּנָן סָבְרִי כֵּיוָן דע"י שִׁינּוּי עֲבִיד לֵיהּ לָאו מְלָאכָה הִיא וּמֻותָּר דְּלָא שְׁמֵיהּ חֲרִישָׁה:
'Parce qu'il rend ses berges propres à l'ensemencement.' Cela apparaît comme un véritable labour, car ceux qui le voient pensent que telle est son intention. Ou bien : on tient cela pour un travail de la terre à proprement parler, et bien qu'il n'ait pas cette intention, cela demeure une melakha. Et bien que Rabbi Chimon dise qu'un acte non intentionnel est permis, nous avons dit que Rabbi Chimon reconnaît l'interdit dans le cas du pessik recha ve-lo yamout, la conséquence inévitable. Les Sages, eux, estiment que, puisqu'il le fait par un changement, cela ne constitue pas une melakha et demeure permis, car cela ne porte pas le nom de labour.
💡 Explication

Deux explications de l'interdit, de nature différente. La première, nira ke-oder, il a l'air de biner, relève de l'apparence : le spectateur qui le voit creuser le soupçonnera de travailler sa terre pendant la septième année. L'interdit ne porte donc pas sur l'acte lui-même.

La seconde, makhchir agapeha li-zeria, il rend ses berges propres à l'ensemencement, porte sur un résultat réel : la terre extraite du canal, déposée sur les bords, y forme un sol meuble et cultivable. Le geste produit alors un véritable travail de la terre, même sans intention.

7
מַאי בֵינַיְיהוּ? אִיכָּא בֵּינַייְהוּ דְּקָא אָתוּ מַיָּא בָּתְרֵיהּ. מַאן דְּאָמַר מִפְּנֵי שֶׁמַּכְשִׁיר אֲגַפֶּיהָ לִזְרִיעָה — אִיכָּא, וּמַאן דְּאָמַר מִפְּנֵי שֶׁנִּרְאֶה כְּעוֹדֵר — לֵיכָּא.

Quelle différence y a-t-il entre eux ? Il y a entre eux [le cas] où l'eau vient aussitôt après lui.

Pour celui qui dit : parce qu'il rend ses berges propres à l'ensemencement — il y a [interdit] ; et pour celui qui dit : parce qu'il a l'air de biner — il n'y en a pas.

📜 Rachi (3)
דְּקָא אָתוּ מַיָּא בָּתְרֵיהּ דְּכִי חָפַר בָּאַמָּה אָתוּ לְאַלְתַּר מַיִם בַּהֲדֵי חֲפִירָה:
Que l'eau vient après lui — car lorsqu'il creuse le canal, l'eau arrive immédiatement, en même temps que le creusement.
מ"ד מִפְּנֵי שֶׁמַּכְשִׁיר אֲגַפֶּיהָ לִזְרִיעָה אִיכָּא אע"ג דְּאָתֵי מַיָּא בָּתְרֵיהּ דְּהָא שְׁדָא אַרְעָא רַכִּיכָא אֲגַפֵּי הָאַמָּה:
Pour celui qui dit : parce qu'il rend ses berges propres à l'ensemencement, il y a [interdit] — même si l'eau vient après lui, puisqu'il a jeté de la terre meuble sur les berges du canal.
ומ"ד מִפְּנֵי שֶׁנִּרְאֶה כְּעוֹדֵר לֵיכָּא דְּהָא אָתֵי מַיָּא וּבְעוֹדֵר לֵיכָּא מַיִם וּלְכָךְ לָא דָּמֵי לְעוֹדֵר:
Et pour celui qui dit : parce qu'il a l'air de biner, il n'y en a pas — puisque l'eau arrive, alors que dans le binage il n'y a pas d'eau ; il ne ressemble donc pas à celui qui bine.
💡 Explication

Première tentative de nafka mina, de conséquence pratique. Le cas est celui d'un canal creusé là où l'eau afflue immédiatement, au fur et à mesure du creusement.

Selon la raison de l'apparence, le soupçon tombe : l'eau qui coule montre à tout observateur qu'il s'agit d'un canal et non d'un binage. Selon la raison des berges, rien n'a changé : la terre extraite se dépose toujours sur les bords et les rend cultivables.

8
וּלְמַאן דְּאָמַר מִפְּנֵי שֶׁנִּרְאֶה כְּעוֹדֵר, לֵיחוּשׁ מִפְּנֵי שֶׁמַּכְשִׁיר אֲגַפֶּיהָ לִזְרִיעָה? אֶלָּא, אִיכָּא בֵּינַייְהוּ דְּקָא שָׁקֵיל מִינֵּיהּ וְשָׁדֵי לְבָרַאי. לְמַאן דְּאָמַר מִפְּנֵי שֶׁמַּכְשִׁיר אֲגַפֶּיהָ לִזְרִיעָה — לֵיכָּא. לְמַאן דְּאָמַר מִפְּנֵי שֶׁנִּרְאֶה כְּעוֹדֵר — אִיכָּא.

Mais pour celui qui dit : parce qu'il a l'air de biner — qu'il craigne aussi parce qu'il rend ses berges propres à l'ensemencement ! Plutôt, il y a entre eux [le cas] où il prend [la terre] du canal et la jette au-dehors.

Pour celui qui dit : parce qu'il rend ses berges propres à l'ensemencement — il n'y a pas [d'interdit]. Pour celui qui dit : parce qu'il a l'air de biner — il y en a.

📜 Rachi (2)
אֶלָּא לְעוֹלָם דְּלָא אָתוּ מַיָּא בָּתְרֵיהּ וְאִיכָּא בֵּינַייְהוּ דְּשָׁקִיל וּשְׁדֵי לְבָרָאֵי דַּחֲפִיר בָּאַמָּה וּשְׁדֵי עָפָר לְבָרָאֵי רָחוֹק מֵאֲגַפֵּי אַמָּה דְּלָא מַכְשִׁיר אֲגַפֶּיהָ לִזְרִיעָה:
Plutôt — en vérité [il s'agit d'un cas] où l'eau ne vient pas après lui, et la différence entre eux porte sur celui qui prend [la terre] et la jette au-dehors : il creuse dans le canal et jette la terre au-dehors, loin des berges du canal, de sorte qu'il ne rend pas ses berges propres à l'ensemencement.
מַאן דְּאָמַר מִפְּנֵי שֶׁנִּרְאֶה כְּעוֹדֵר אִיכָּא דְּהָא חֲפִיר וְלָא אָתוּ מַיָּא בָּתְרֵיהּ:
Pour celui qui dit : parce qu'il a l'air de biner, il y en a — puisqu'il creuse et que l'eau ne vient pas après lui.
💡 Explication

La première nafka mina est rejetée par une objection de méthode : les deux maîtres ne se disputent pas sur ce qu'il faut craindre, mais sur la raison de la michna. Celui qui explique l'interdit par l'apparence admet lui aussi le souci des berges dès qu'il se présente ; le cas ne les sépare donc pas vraiment.

Le cas retenu est inversé : il creuse sans que l'eau arrive, et il jette la terre extraite loin du canal. Les berges ne reçoivent rien, donc pas d'interdit selon la seconde raison ; mais l'œil du spectateur voit toujours un homme qui creuse, donc interdit selon la première.

🖼️ Schéma
Où va la terre tirée du canal ? Coupe du terrain Terre déposée sur les berges Les bords deviennent une terre meuble, prête à semer. Interdit selon la raison B Terre jetée au loin Les bords restent tels quels : rien n'est préparé à semer. Interdit selon la raison A seulement Celui qui bine, lui, repose la terre à sa place : c'est ce qui distingue les deux gestes.
Coupe du terrain : terre déposée sur les berges, ou terre jetée au loin.
9
וּלְמַאן דְּאָמַר מִפְּנֵי שֶׁמַּכְשִׁיר אֲגַפֶּיהָ לִזְרִיעָה, לֵיחוּשׁ מִפְּנֵי שֶׁנִּרְאֶה כְּעוֹדֵר! עוֹדֵר נָמֵי, כִּי קָא שְׁקִיל, בְּדֻוכְתֵּיהּ מַנַּח לֵיהּ.

Et pour celui qui dit : parce qu'il rend ses berges propres à l'ensemencement — qu'il craigne aussi parce qu'il a l'air de biner ! Celui qui bine, lui aussi, lorsqu'il prend [la terre], la repose à sa place.

📜 Rachi (1)
בְּדֻוכְתֵּיהּ מַנַּח לֵיהּ דְּלָא שָׁדֵי אַרְעָא לְבָרַאי דְּלָא עֲבִיד אֶלָּא מְרַכֵּךְ אַרְעָא אֲבָל הָכָא שָׁדֵי לְבָרַאי לְכָךְ לָא דָּמֵי לְעוֹדֵר:
Il la repose à sa place — car il ne jette pas la terre au-dehors : il ne fait qu'ameublir la terre. Mais ici, il la jette au-dehors, et pour cette raison il ne ressemble pas à celui qui bine.
💡 Explication

L'objection symétrique se laisse résoudre par l'observation du geste lui-même. Celui qui bine soulève sa motte et la repose là où il l'a prise : son travail consiste à ameublir le sol, non à l'évacuer.

Dès lors que l'homme jette la terre au loin, tout spectateur voit que son but est ailleurs, et le soupçon de binage tombe de lui-même. Le cas sépare donc bien les deux raisons.

10
אַמֵּימָר מַתְנֵי לַהּ מִפְּנֵי שֶׁנִּרְאֶה כְּעוֹדֵר, וְקַשְׁיָא לֵיהּ דְּרַבִּי אֶלְעָזָר בֶּן עֲזַרְיָה אַדְּרַבִּי אֶלְעָזָר בֶּן עֲזַרְיָה: וּמִי אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר בֶּן עֲזַרְיָה כָּל שֶׁנִּרְאֶה כְּעוֹדֵר אָסוּר?

Amemar enseignait [la michna en donnant expressément pour raison] : parce qu'il a l'air de biner ; et il y trouvait une difficulté entre Rabbi Elazar ben Azaria et Rabbi Elazar ben Azaria [lui-même] : Rabbi Elazar ben Azaria a-t-il vraiment dit que tout ce qui donne l'air de biner est interdit ?

📜 Rachi (1)
אָמֵימָר מַתְנֵי בְּהֶדְיָא הָא דְּאָמַר ר' אֶלְעָזָר אֵין עוֹשִׂין אֶת הָאַמָּה בַּשְּׁבִיעִית מִפְּנֵי שֶׁנִּרְאֶה כְּעוֹדֵר:
Amemar enseignait — expressément, ce que dit Rabbi Elazar : on ne fait pas le canal pendant la septième année, parce qu'il a l'air de biner.
💡 Explication

Amemar avait une version de l'enseignement où la raison figure dans le texte même : Rabbi Elazar ben Azaria interdit le canal pendant la chevi'it parce qu'il a l'air de biner. Cette version transforme une explication amoraïque en position attribuée au tana.

Elle crée du même coup une difficulté interne, une contradiction entre Rabbi Elazar ben Azaria et lui-même, puisque le même maître permet ailleurs de creuser en pleine septième année.

11
וּרְמִינְהִי: עוֹשֶׂה אָדָם אֶת זִבְלוֹ אוֹצָר. רַבִּי מֵאִיר אוֹסֵר, עַד שֶׁיַּעֲמִיק שְׁלֹשָׁה טְפָחִים, אוֹ עַד שֶׁיַּגְבִּיהַּ שְׁלֹשָׁה טְפָחִים. הָיָה לוֹ דָּבָר מוּעָט — מוֹסִיף עָלָיו וְהוֹלֵךְ.

Et l'on oppose : un homme peut faire de son fumier un dépôt [dans son champ]. Rabbi Meir l'interdit, à moins qu'il ne creuse de trois tefahim ou qu'il n'élève de trois tefahim.

S'il en avait déjà une petite quantité, il continue d'y ajouter.

📜 Rachi (3)
עוֹשֶׂה אָדָם זִבְלוֹ אוֹצָר שֶׁמַּכְנִיס כָּל זִבְלוֹ בַּשְּׁבִיעִית בַּשָּׂדֶה וְלָא אָמְרִינַן דְּנִרְאֶה כִּמְזַבֵּל שָׂדֵהוּ בַּשְּׁבִיעִית:
Un homme peut faire de son fumier un dépôt — il rentre tout son fumier au champ pendant la septième année, et l'on ne dit pas qu'il a l'air de fumer son champ pendant la chevi'it.
עַד שֶׁיַּעֲמִיק שְׁלֹשָׁה טְפָחִים וּמַכְנִיס הַזֶּבֶל לְשָׁם דְּמוֹכְחָא מִלְּתָא דְּלָא עֲבִיד כְּדֵי לְזַבֵּל שָׂדֵהוּ בַּשְּׁבִיעִית:
À moins qu'il ne creuse de trois tefahim — et qu'il y introduise le fumier, car la chose devient alors manifeste : il n'agit pas en vue de fumer son champ pendant la septième année.
הָיָה לוֹ מְעַט זֶבֶל בְּאוֹתָהּ שָׂדֶה קֹודֶם שְׁבִיעִית מוֹסִיף עָלָיו זֶבֶל וְהוֹלֵךְ בַּשְּׁבִיעִית וְאֵין צָרִיךְ לְהַעֲמִיק:
S'il avait un peu de fumier — dans ce champ, avant la septième année, il continue d'y ajouter du fumier pendant la chevi'it, et il n'a pas besoin de creuser.
💡 Explication

La michna de Chevi'it traite d'un problème voisin, celui de l'apparence : un homme qui entasse son fumier dans son champ pendant la septième année risque de passer pour quelqu'un qui fume sa terre.

Le premier tana le permet sans réserve. Rabbi Meir exige un signe manifeste : creuser une fosse de trois tefahim ou élever le tas de trois tefahim, ce qui montre à tous qu'il s'agit d'un entrepôt. Si un peu de fumier s'y trouvait déjà avant la chevi'it, l'ensemble se lit comme la suite d'un dépôt ancien, et aucun aménagement n'est requis.

12
רַבִּי אֶלְעָזָר בֶּן עֲזַרְיָה אוֹסֵר עַד שֶׁיַּעְמִיק שְׁלֹשָׁה אוֹ עַד שֶׁיַּגְבִּיהַּ שְׁלֹשָׁה, אוֹ עַד שֶׁיִּתֵּן עַל הַסֶּלַע!

Rabbi Elazar ben Azaria l'interdit, à moins qu'il ne creuse de trois, ou qu'il n'élève de trois, ou qu'il ne le dépose sur le rocher !

📜 Rachi (2)
רַבִּי אֶלְעָזָר אוֹסֵר אֲפִילּוּ אִם הָיָה שָׁם מְעַט זֶבֶל קֹודֶם שְׁבִיעִית לְהוֹסִיף עָלָיו בַּשְּׁבִיעִית:
Rabbi Elazar l'interdit — même s'il y avait là un peu de fumier avant la septième année, [il interdit] d'y ajouter pendant la chevi'it.
עַד שֶׁיַּעְמִיק שְׁלֹשָׁה אוֹ שֶׁיִּתֵּן הַזֶּבֶל עַל הַסֶּלַע שֶׁבַּשָּׂדֶה דְּלָא נִרְאֶה כִּמְזַבֵּל וְהֵיכִי שָׁרֵי רַבִּי אֶלְעָזָר לַחְפֹּור וּלְהַעֲמִיק בַּשְּׁבִיעִית וְלָא חָיֵישׁ לְנִרְאֶה כְּעוֹדֵר:
À moins qu'il ne creuse de trois — ou qu'il dépose le fumier sur le rocher qui se trouve dans le champ, de sorte qu'il n'ait pas l'air de fumer. Or comment Rabbi Elazar peut-il permettre de creuser et d'approfondir pendant la septième année, sans se soucier de ce qu'il a l'air de biner ?
💡 Explication

Rabbi Elazar ben Azaria durcit encore la règle : même le fumier déjà présent avant la septième année ne dispense pas d'un signe manifeste. Il ajoute une troisième possibilité, déposer le tas sur le rocher, où aucune terre cultivable ne reçoit le fumier.

La difficulté d'Amemar apparaît alors nettement : ce même maître autorise ici à creuser une fosse de trois tefahim en pleine chevi'it, alors qu'il interdit le canal pour la seule raison que creuser donne l'air de biner.

🖼️ Schéma
Entreposer son fumier au champ pendant la septième année Il faut que le dépôt ne ressemble pas à un fumage du champ Creuser de trois tefahim Le fumier est enfoui dans la fosse. Élever de trois tefahim Le tas domine nettement le sol. Déposer sur le rocher Rien ne touche la terre cultivable. Objection d'Amemar : creuser trois tefahim, n'est-ce pas avoir l'air de biner ? Réponses : la fosse était déjà creusée avant la chevi'it, ou bien le fumier témoigne en sa faveur.
Les trois aménagements qui rendent le dépôt de fumier manifeste, et la difficulté d'Amemar.
13
רַבִּי זֵירָא וְרַבִּי אַבָּא בַּר מֶמֶל, חַד אָמַר: כְּגוֹן שֶׁהֶעֱמִיק, וְחַד אָמַר: זִיבְלוֹ מוֹכִיחַ עָלָיו.

Rabbi Zeira et Rabbi Abba bar Memel : l'un dit : il s'agit d'un cas où il avait déjà creusé [auparavant] ; et l'autre dit : son fumier témoigne en sa faveur.

📜 Rachi (2)
כְּגוֹן שֶׁהֶעֱמִיק קֹודֶם לָכֵן כְּלוֹמַר הָא דְּאָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר עַד שֶׁיַּעֲמִיק לֹא אָמַר עַד שֶׁיַּעֲמִיק בַּשְּׁבִיעִית אֶלָּא שֶׁהָיָה עָמֹוק קֹודֶם שְׁבִיעִית:
Un cas où il avait déjà creusé — auparavant. C'est-à-dire : lorsque Rabbi Elazar dit 'à moins qu'il ne creuse', il ne veut pas dire qu'il creuse pendant la septième année, mais que [l'emplacement] était déjà profond avant la chevi'it.
זִבְלוֹ מוֹכִיחַ עָלָיו כְּלוֹמַר אע"ג דְּמַעֲמִיק בַּשְּׁבִיעִית הוּא נִרְאֶה כְּעוֹדֵר וְאָסוּר הָכָא מֻותָּר שֶׁהֲרֵי זִבְלוֹ שֶׁמַּנִּיחַ לְשָׁם מוֹכִיחַ עָלָיו דְּלָא עֲבִיד מִשּׁוּם עוֹדֵר:
Son fumier témoigne en sa faveur — c'est-à-dire : bien que celui qui creuse pendant la septième année ait l'air de biner, ce qui est interdit, ici c'est permis, car le fumier qu'il y dépose témoigne en sa faveur : il n'agit pas à la manière de celui qui bine.
🗂️ Tossefot (1)
זִבְלוֹ מוֹכִיחַ עָלָיו. דְּלֵיכָּא לְמִיחַשׁ לְהָא דְּמַאן דְּחָזֵי הַחֲפִירָה (. לֹא) חָזֵי לֵיהּ לְזֶבֶל שֶׁבַּחֲפִירָה:
'Son fumier témoigne en sa faveur.' Car il n'y a pas lieu de craindre : celui qui voit le creusement voit aussi le fumier qui s'y trouve.
💡 Explication

Les deux mêmes maîtres résolvent la difficulté de deux manières. Selon la première, Rabbi Elazar ben Azaria ne demande pas de creuser pendant la chevi'it : il exige que la fosse soit déjà profonde de trois tefahim, creusée avant la septième année.

Selon la seconde, le creusement est bien permis sur place, car le fumier témoigne en sa faveur : la présence du tas dans la fosse écarte d'elle-même le soupçon de binage. Cette réponse reste dans la logique de l'apparence, en observant que le spectateur voit la fosse et le fumier d'un seul regard.

14
וּמְתַקְּנִין אֶת הַמְקֻולְקֶלֶת בַּמּוֹעֵד. מַאי מְקֻולְקֶלֶת? אָמַר רַבִּי אַבָּא: שֶׁאִם הָיְתָה עֲמֻוקָּה טֶפַח — מַעֲמִידָהּ עַל שִׁשָּׁה טְפָחִים.

'Et l'on répare celui qui est abîmé pendant le moed.' Qu'est-ce qu'un [canal] abîmé ? Rabbi Abba dit : s'il était profond d'un tefah, il le rétablit à six tefahim.

📜 Rachi (1)
שֶׁאִם הָיְתָה עֲמֻוקָּה טֶפַח כְּלוֹמַר שֶׁלְּכַתְּחִילָּה הָיָה שָׁם אַמַּת הַמַּיִם בַּת שִׁשָּׁה טְפָחִים וְנִסְתְּמָה עַד טֶפַח מַעֲמִידָהּ עַד שִׁשָּׁה טְפָחִים כְּלוֹמַר חוֹזֵר וּמַעֲמִיק אוֹתָן חֲמִשָּׁה טְפָחִים שֶׁנִּסְתְּמָה:
S'il était profond d'un tefah — c'est-à-dire qu'il y avait là au départ un canal d'eau de six tefahim, qui s'est comblé jusqu'à n'en laisser qu'un ; il le rétablit à six tefahim, c'est-à-dire qu'il recreuse les cinq tefahim qui se sont comblés.
💡 Explication

La michna permet de réparer pendant hol hamoed un canal existant qui s'est détérioré. Rabbi Abba précise la mesure : un canal de six tefahim que le limon a comblé jusqu'à ne plus laisser qu'un tefah de profondeur peut être recreusé jusqu'à sa profondeur d'origine.

Le travail porte donc sur cinq tefahim, ce qui reste toléré puisqu'il s'agit de rétablir un ouvrage ancien et non d'en créer un neuf.

15
פְּשִׁיטָא, חֲצִי טֶפַח עַל שְׁלֹשָׁה טְפָחִים, כֵּיוָן דְּלָא עָבַר מַיָּא — לֹא כְּלוּם הוּא. טִפְחַיִים עַל שְׁנֵים עָשָׂר, דְּקָא טָרַח טִירְחָא יַתִּירָא — לֹא.

Il va de soi que [pour] un demi-tefah [à ramener] à trois tefahim, puisque l'eau n'y passe pas, cela ne vaut rien. [Et pour] deux tefahim à douze, puisqu'il se donne une peine excessive — non.

📜 Rachi (3)
חֲצִי טֶפַח עַל שְׁלֹשָׁה אִם הָיְתָה בַּתְּחִלָּה בַּת שְׁלֹשָׁה טְפָחִים וְנִסְתְּמָה עַד חֲצִי טֶפַח דְּוַדַּאי אֵינוֹ חוֹזֵר וְחוֹפֵר אוֹתָן שְׁנֵי טְפָחִים וּמֶחֱצָה אע"ג דְּהָוֵי דֻּומְיָא דְּהָיְתָה עֲמֻוקָּה טֶפַח וּמַעֲמִידָהּ עַל ו' טְפָחִים:
Un demi-tefah [ramené] à trois — s'il était au départ de trois tefahim et s'est comblé jusqu'à un demi-tefah : assurément, il ne recreuse pas ces deux tefahim et demi, bien que ce soit semblable au cas où il était profond d'un tefah et où on le rétablit à six tefahim.
כֵּיוָן דְּמֵעִיקָּרָא לָא עָבְרִי בָּהּ מַיָּא כְּלוֹמַר וַדַּאי בְּאַמָּה בַּת שְׁלֹשָׁה טְפָחִים לָא עָבְרִי בָּהּ מַיָּא שַׁפִּיר לֹא קֹודֶם לָכֵן וְלֹא עַכְשָׁיו הָוֵי טִירְחָא דְּלָא צָרִיךְ:
Puisque dès l'origine l'eau n'y passait pas — c'est-à-dire : assurément, dans un canal de trois tefahim, l'eau ne passe pas convenablement, ni avant ni maintenant ; c'est donc une peine dont on n'a pas besoin.
טִפְחַייִם עַל שְׁנֵים עָשָׂר דִּלְכַתְּחִילָּה הָיְתָה שֶׁל שְׁנֵים עָשָׂר וְנִסְתְּמָה עַד שְׁנֵי טְפָחִים אָסוּר לְהַעֲמִיק עוֹד עַד י' טְפָחִים עַל אוֹתָן שְׁנַיִם הָרִאשׁוֹנִים מִשּׁוּם דְּהָוֵי טִירְחָא יַתִּירָא דְּקָא מַעֲמִיק כָּל כָּךְ וּלְהַגְבִּיהַּ קַרְקָעִית הַגֻּומָּא לְמַעְלָה מִשִּׁשָּׁה טְפָחִים:
Deux tefahim [ramenés] à douze — car il était au départ de douze et s'est comblé jusqu'à deux tefahim : il est interdit de creuser encore dix tefahim au-dessus des deux premiers, parce que c'est une peine excessive, puisqu'il creuse à ce point, et [qu'il lui faut] remonter le fond de la fosse au-delà de six tefahim.
💡 Explication

La gemara vérifie que la règle de Rabbi Abba n'est pas une simple proportion. Deux cas gardent le même rapport du simple au sextuple et demeurent pourtant interdits, chacun pour une raison propre.

Un canal de trois tefahim laisse trop peu passer l'eau pour servir : la réparation serait un travail sans bénéfice, donc un effort gratuit. Un canal ramené de deux à douze tefahim demande au contraire un creusement énorme : c'est la peine excessive qui l'exclut. Les deux critères, utilité et peine, encadrent la permission.

16
טִפְחַייִם עַל שִׁבְעָה מַהוּ? הָכָא חֲמִשָּׁה קָא מַעֲמֵיק, וְהָכָא חֲמִשָּׁה קָא מַעֲמֵיק, אוֹ דִּלְמָא: כֵּיוָן דְּאִיכָּא טֶפַח יַתִּירָא — אִיכָּא טִירְחָא טְפֵי? תֵּיקוּ.

Deux tefahim [à ramener] à sept, qu'en est-il ? Ici il creuse de cinq, et là aussi il creuse de cinq ; ou peut-être, puisqu'il y a un tefah supplémentaire, la peine est-elle plus grande ?

[La question] reste sans réponse.

📜 Rachi (6)
טִפְחַייִם עַל שִׁבְעָה טְפָחִים וְנִסְתְּמָה עַד שְׁנֵי טְפָחִים:
Deux tefahim [ramenés] à sept tefahim — et il s'est comblé jusqu'à deux tefahim.
מַהוּ לְהַעֲמִיק אוֹתָן חֲמִשָּׁה שֶׁנִּשְׁתַּיְּירוּ:
Qu'en est-il — [est-il permis] de creuser les cinq [tefahim] qui restent ?
הָכָא חֲמִשָּׁה קָא מַעֲמֵיק דְּהָיְתָה עֲמֻוקָּה טֶפַח וּמַעֲמִידָהּ עַל שִׁשָּׁה וְלָא הָוֵי טִירְחָא יַתִּירָא לְהַעֲמִיק כָּל כָּךְ בַּקַּרְקַע:
Ici il creuse de cinq — car il était profond d'un tefah et on le rétablit à six, et ce n'est pas une peine excessive que de creuser d'autant dans le sol.
וְהָכָא נָמֵי לֹא מַעֲמִיק בַּמּוֹעֵד אֶלָּא חֲמִשָּׁה טְפָחִים:
Et là — là aussi il ne creuse, pendant le moed, que cinq tefahim.
כֵּיוָן דְּאִיכָּא טֶפַח יַתִּירָא דְּלָא צָרִיךְ כָּל הַטֶּפַח [דְּסַגִּי בַּד']:
Puisqu'il y a un tefah supplémentaire — dont il n'a pas besoin, ce tefah entier [quatre suffiraient].
אִיכָּא טִירְחָא טְפֵי שֶׁשּׁוֹחֶה עַצְמוֹ בִּשְׁבִיל אוֹתוֹ טֶפַח יוֹתֵר מִדַּאי:
La peine est plus grande — car il se penche à cause de ce tefah plus que de raison.
💡 Explication

Le cas limite oppose deux manières de mesurer la peine. Si l'on compte le volume creusé, ce cas équivaut exactement à celui de la michna : cinq tefahim de profondeur retirées dans les deux cas.

Si l'on compte la profondeur atteinte, l'homme doit se pencher plus bas d'un tefah, ce qui alourdit le geste ; et ce tefah supplémentaire n'apporte aucune utilité. La gemara conclut par teikou, la question demeure sans réponse, et la pratique suit la rigueur.

17
אַבָּיֵי שְׁרָא לִבְנֵי בַּר הַמְדָּךְ לְשַׁחוֹפֵי נַהֲרָא. רַבִּי יִרְמְיָה שְׁרָא לְהוּ לִבְנֵי סָכוּתָא לְמִיכְרֵא נַהֲרָא טְמִימָא. רַב אָשֵׁי שְׁרָא לְהוּ לִבְנֵי מָתָא מַחְסֵיָא לְאַקְדּוֹחֵי נְהַר בּוּרְנִיץ. אָמַר: כֵּיוָן דְּשָׁתוּ מִינֵּיהּ רַבִּים — כְּרַבִּים דָּמֵי, וּתְנַן: עוֹשִׂין כָּל צָורְכֵי רַבִּים.

Abaye a permis aux gens de Bar Hamdakh de dégager le fleuve. Rabbi Yirmeya a permis aux gens de Sekhouta de creuser un cours d'eau obstrué.

Rav Achi a permis aux gens de Mata Mehassia de curer le fleuve Bournits. Il dit : puisque le public y boit, cela vaut comme [besoin] du public, et nous avons appris : on pourvoit à tous les besoins du public.

📜 Rachi (4)
לְשַׁחוֹפֵי נַהֲרָא לַעֲקֹור עַנְפֵי אִילָנוֹת הַגְּדֵלִים בַּנָּהָר:
Dégager le fleuve — arracher les branches des arbres qui poussent dans le fleuve.
לְמִיכְרָא נַהֲרָא טְמִימָא לְפַנּוֹת מְקוֹר הַמַּעְיָין שֶׁנִּסְתַּם:
Creuser un cours d'eau obstrué — dégager la source qui s'est bouchée.
לְאַקְדּוֹחֵי נַהֲרָא לְפַנּוֹת שִׂירְטוֹן שֶׁבְּאֶמְצַע הַנָּהָר:
Curer le fleuve — dégager le banc de limon qui se trouve au milieu du fleuve.
בּוּרְנִיץ שֵׁם הַנָּהָר:
Bournits — le nom du fleuve.
💡 Explication

Trois décisions pratiques d'amoraim, toutes rendues au nom de la même clause de la michna : pendant hol hamoed, on pourvoit aux besoins du public. Les travaux permis vont du simple dégagement des branchages à la réouverture d'une source bouchée et au curage d'un banc de limon.

Rav Achi formule le raisonnement : un cours d'eau où le public s'abreuve entre dans la catégorie des besoins collectifs, même s'il appartient à des particuliers. L'effort, qui serait excessif pour un intérêt privé, devient permis dès lors qu'il sert la communauté.

18
וּמְתַקְּנִין אֶת

'Et l'on répare les...' [la citation de la michna s'interrompt ici, la suite au folio suivant].

💡 Explication

Le folio se termine sur les premiers mots de la clause suivante de la michna, qui traite de la réparation des dégradations des eaux dans le domaine public. La discussion se poursuit au début du folio 5a.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).