Moed Katan 5a — Curer ou creuser les citernes publiques, et le marquage des tombes

Moed_Katan 5a

Sougya : Le folio poursuit la michna de 2a sur les travaux publics permis à hol hamoed. Rabbi Yaakov au nom de Rabbi Yo'hanan distingue selon le besoin : quand le public a besoin d'eau, même creuser une citerne neuve est permis.

La guemara confronte cette règle à trois beraitot qui semblent se contredire, et les replace toutes en croisant deux critères : à qui appartient la citerne, et si son propriétaire en a besoin. Rav Achi trouve un appui dans le mot tous de la michna.

Le folio passe ensuite au marquage des tombes : Rabbi Chimon ben Pazi y voit une allusion chez Ye'hezkel, ce qui ouvre la question de la source d'une obligation déjà pratiquée avant le prophète. La réponse pose le rapport entre halakha reçue et asmakhta.

Une série de dix maîtres proposent alors chacun son verset, et le folio se clôt sur Rabbi Yehochoua ben Levi et sur l'élève de Rabbi Yanai.

Le fil du folio : de la citerne publique au marquage des tombes Deux sujets de la michna de 2a, traités l'un après l'autre. Mouvement 1 (seg. 0-11) -- Curer et creuser les citernes à hol hamoed Point de départ : la michna permet de curer, elle ne parle pas de creuser. Rabbi Yo'hanan : quand le public a besoin de l'eau, creuser à neuf est permis aussi. Trois beraitot semblent se contredire ; la guemara les replace en croisant propriétaire et besoin. Rav Achi : le mot tous de la michna vient inclure le creusement. Objection : il inclut la beraita des épines, des routes et des mikvaot. Réponse : ces cas sont déjà énoncés ; tous reste pour creuser. Mouvement 2 (seg. 12-14) -- D'où vient l'obligation de marquer les tombes Rabbi Chimon ben Pazi : allusion chez Ye'hezkel 39:15, il dressera auprès de lui un signe. Ravina objecte : avant Ye'hezkel, sur quoi se fondait-on ? On marquait pourtant déjà. Rav Achi répond par un précédent : l'incirconcis écarte du service, appris lui aussi de Ye'hezkel. Conclusion : halakha reçue depuis le Sinaï, que le prophète est venu appuyer sur un verset. C'est le mécanisme de l'asmakhta : le verset soutient une règle qui le précède. Mouvement 3 (seg. 15-23) -- La chaîne des dix versets, puis deux enseignements Dix maîtres proposent chacun son verset pour la même obligation ; Tossefot précise qu'ils ne divergent pas. Le verset de Ravina sert de tremplin : Rabbi Yehochoua ben Levi le lit sur celui qui évalue ses voies. Le folio s'achève sur l'élève de Rabbi Yanai, qui se taisait le Chabbat de la fête. La suite est en 5b.
Les trois mouvements du folio, de la citerne publique à l'élève de Rabbi Yanai.
Citernes à hol hamoed : la grille retenue par la guemara Deux critères croisés : à qui appartient la citerne, et si son propriétaire en a besoin. On en a besoin On n'en a pas besoin Citerne d'un particulier yahid Curer (hatita) : permis Creuser (hafira) : interdit Également permis : y rassembler de l'eau. Interdits : lisser les fissures, enduire de chaux. C'est la troisième beraita (seg. 5). Curer : interdit Creuser : interdit Seul acte laissé : y rassembler de l'eau, qui ne demande aucun travail. C'est la deuxième beraita (seg. 4). Citerne du public rabim Curer : permis Creuser à neuf : permis Également permis : lisser les fissures et enduire de chaux pour tenir l'eau. Position de Rabbi Yo'hanan (seg. 1). Curer : permis Creuser : interdit Le bien commun justifie l'entretien, sans justifier un ouvrage neuf. C'est la première beraita (seg. 2). Principe qui traverse la grille : plus le besoin est réel et partagé, plus le travail permis peut être lourd. Une citerne dont personne n'a l'usage pendant la fête ne mérite aucun travail, même léger.
La grille finale : propriétaire de la citerne croise avec le besoin réel.
Dix versets pour une seule obligation : marquer les tombes Tossefot : chacun retient le verset qui lui vient à l'esprit ; il n'y a pas de controverse entre eux. Rabbi Chimon ben Pazi -- Ye'hezkel 39:15 Il verra un ossement humain et dressera auprès de lui un signe. Le mot signe est explicite. Statut : allusion seulement, car le verset porte sur les temps à venir. Rabbi Abahou -- Vayikra 13:45 Il criera impur, impur : l'impureté elle-même avertit le passant et lui dit de s'écarter. Le doublement du mot porte deux enseignements. Abaye -- Vayikra 19:14 Devant l'aveugle tu ne placeras pas d'obstacle. Une tombe non signalée est un piège posé devant qui ne peut la voir. Rav Papa et Rav Hinena -- Yechaya 57:14 Frayez, frayez, dégagez le chemin ; ôtez l'obstacle du chemin de mon peuple. Deux moitiés du même verset, deux maîtres. Rabbi Yehochoua fils de Rav Idi -- Chemot 18:20 Tu leur feras connaître le chemin où ils marcheront. Signaler la route fait partie de l'enseigner. Mar Zoutra -- Vayikra 15:31 Vous séparerez les enfants d'Israël de leur impureté. Rachi : le targoum rend ce verbe par écarter. Rav Achi -- Vayikra 18:30 Vous garderez ma garde : faites une garde à ma garde. Protéger ceux qui mangent la terouma. Ravina -- Tehilim 50:23 À celui qui dispose sa voie je ferai voir le salut de D.ieu. Ce verset ouvre l'enseignement suivant du folio.
Les dix versets proposés pour fonder le marquage des tombes.
1
קִילְקוּלֵי הַמַּיִם שֶׁבִּרְשׁוּת הָרַבִּים וְכוּ׳. חֲטִיטָה — אִין, חֲפִירָה — לָא.

« Les dégradations des eaux qui se trouvent dans le domaine public, etc. » Curer, oui ; creuser, non.

📜 Rachi (1)
קִילְקוּלֵי הַמַּיִם כְּגוֹן אֲבָנִים שֶׁנָּפְלוּ מֵחֲמַת הַבּוֹר:
Les dégradations des eaux — par exemple des pierres tombées de la paroi de la citerne.
💡 Explication

Le folio reprend la michna de 2a, qui permet pendant hol hamoed de remettre en état les points d'eau du domaine public. La guemara lit la formulation de près : la michna emploie le verbe hatita, curer, retirer ce qui obstrue une citerne existante. Le verbe hafira, creuser à neuf, reste absent.

De cette absence la guemara tire une inférence : ce qui est permis se limite à l'entretien. Toute la première moitié du folio va éprouver cette inférence.

2
אָמַר רַבִּי יַעֲקֹב אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: לֹא שָׁנוּ אֶלָּא שֶׁאֵין רַבִּים צְרִיכִין לָהֶם, אֲבָל רַבִּים צְרִיכִין לָהֶם — אֲפִילּוּ חֲפִירָה מֻותָּר.

Rabbi Yaakov a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : ils n'ont enseigné cela que lorsque le public n'en a pas besoin ; mais si le public en a besoin, même creuser est permis.

💡 Explication

Rabbi Yo'hanan introduit le critère qui commande tout le passage : le besoin réel du public. Quand une ville manque d'eau pendant la fête, creuser une citerne neuve entre dans les travaux permis, malgré l'ampleur de l'ouvrage.

L'inférence du segment précédent se trouve ainsi restreinte au cas où l'eau ne manque pas. La guemara va maintenant confronter cette lecture à des beraitot.

3
וְכִי רַבִּים צְרִיכִין לָהֶם מִי שְׁרֵי? וְהָתַנְיָא: חוֹטְטִין בּוֹרוֹת שִׁיחִין וּמְעָרוֹת שֶׁל יָחִיד, וְאֵין צָרִיךְ לוֹמַר שֶׁל רַבִּים, וְאֵין חוֹפְרִין בּוֹרוֹת שִׁיחִין וּמְעָרוֹת שֶׁל רַבִּים, וְאֵין צָרִיךְ לוֹמַר שֶׁל יָחִיד. מַאי לַָאו, בְּשֶׁרַבִּים צְרִיכִין לָהֶם?!

Et lorsque le public en a besoin, est-ce vraiment permis ? Or il a été enseigné : on cure les citernes, les fosses et les cavernes d'un particulier, et il va sans dire celles du public ; et on ne creuse pas de citernes, de fosses ni de cavernes pour le public, et il va sans dire pour un particulier.

Ne s'agit-il pas du cas où le public en a besoin ?

📜 Rachi (1)
חוֹטְטִין נָפְלוּ צְרוֹרוֹת בְּקַרְקָעִית הַבּוֹר מַעֲלֶה אוֹתָן בַּמּוֹעֵד:
On cure — si des cailloux sont tombés au fond de la citerne, il les remonte pendant le moed.
💡 Explication

Trois contenants d'eau reviennent tout au long du passage : le bor, citerne ronde et large ; le chiah, fosse longue et étroite ; la mearah, cavité couverte. Les trois se traitent de la même manière.

La beraita construit deux kal va-homer qui vont en sens inverse. Pour curer, le public passe avant le particulier ; pour creuser, l'interdit frappe d'abord le public, et à plus forte raison le particulier. La question porte sur la seconde clause : si elle vise un public qui a besoin d'eau, elle contredit Rabbi Yo'hanan.

4
לֹא, בְּשֶׁאֵין רַבִּים צְרִיכִין לָהֶם.

Non, il s'agit du cas où le public n'en a pas besoin.

5
דִּכְוָותָהּ גַּבֵּי יָחִיד, שֶׁאֵין יָחִיד צָרִיךְ לָהֶם, חֲטִיטָה מִי שָׁרִי? וְהָתַנְיָא: בּוֹרוֹת שִׁיחִין וּמְעָרוֹת שֶׁל יָחִיד — כּוֹנְסִין מַיִם לְתוֹכָן, אֲבָל לֹא חוֹטְטִין וְלֹא שָׁפִין אֶת סִדְקֵיהֶן. וְשֶׁל רַבִּים — חוֹטְטִין אוֹתָן וְשָׁפִין אֶת סִדְקֵיהֶן.

De même alors, à propos du particulier, il s'agirait du cas où le particulier n'en a pas besoin : et curer y serait permis ? Or il a été enseigné : les citernes, fosses et cavernes d'un particulier — on y rassemble de l'eau, mais on ne les cure pas et on n'en lisse pas les fissures ; et celles du public — on les cure et on en lisse les fissures.

📜 Rachi (1)
אֲבָל לֹא חוֹטְטִין אוֹתָן אִי אָמְרַתְּ בִּשְׁלָמָא הָא דְּקָתָנֵי הַהִיא בָּרַיְיתָא שֶׁלְּמַעְלָה שֶׁל יָחִיד הַייְנוּ בְּשֶׁיָּחִיד צָרִיךְ לוֹ אִיכָּא לְאוֹקְמֵי הַאי דְּקָתָנֵי הַאי בָּרַייְתָא אֲבָל לֹא חוֹטְטִין בְּשֶׁאֵין יָחִיד צָרִיךְ לוֹ אֶלָּא אִי אוֹקֵמְתְּ לָהּ הָא דְּחוֹטְטִין בְּשֶׁאֵין יָחִיד צָרִיךְ לוֹ א"כ הַאי דְּקָתָנֵי אֲבָל לֹא חוֹטְטִין בְּמַאי מוֹקְמַתְּ לָהּ:
Mais on ne les cure pas — admettons que la beraita précédente, lorsqu'elle enseigne le cas du particulier, parle d'un particulier qui en a besoin : on peut alors placer l'enseignement de cette beraita-ci, mais on ne cure pas, dans le cas où le particulier n'en a pas besoin. Si en revanche tu places on cure dans le cas où le particulier n'en a pas besoin, dans quelle situation placeras-tu mais on ne cure pas ?
💡 Explication

La guemara applique à la première clause la lecture retenue pour la seconde. Les deux clauses d'une beraita se lisent d'ordinaire dans une même situation ; si la seconde vise un public sans besoin, la première vise un particulier sans besoin.

Or une autre beraita interdit précisément de curer la citerne d'un particulier. Le chifa, lissage des fissures pour retenir l'eau, y figure comme un travail plus lourd encore.

6
וְאֶלָּא מַאי — בְּשֶׁיָּחִיד צָרִיךְ לָהֶם? דִּכְוָותָהּ גַּבֵּי רַבִּים, בְּשֶׁרַבִּים צְרִיכִין לָהֶם, חֲפִירָה מִי אֲסִיר? וְהָתַנְיָא: בּוֹרוֹת שִׁיחִין וּמְעָרוֹת שֶׁל יָחִיד — כּוֹנְסִין מַיִם לְתוֹכָן וְחוֹטְטִין אוֹתָן, אֲבָל לֹא שָׁפִין אֶת סִדְקֵיהֶן, וְלֹא חוֹטְטִין לְתוֹכָן, וְלֹא סָדִין אוֹתָן בְּסִיד. וְשֶׁל רַבִּים — חוֹפְרִין אוֹתָן, וְסָדִין אוֹתָן בְּסִיד!

Alors quoi ? S'agirait-il du cas où le particulier en a besoin ?

De même alors, à propos du public, il s'agirait du cas où le public en a besoin : et creuser y serait interdit ? Or il a été enseigné : les citernes, fosses et cavernes d'un particulier — on y rassemble de l'eau et on les cure, mais on n'en lisse pas les fissures, on n'y racle pas de terre à l'intérieur et on ne les enduit pas de chaux ; et celles du public — on les creuse et on les enduit de chaux !

📜 Rachi (1)
אֶלָּא מַאי בְּשֶׁיָּחִיד צָרִיךְ לוֹ כו' כְּלוֹמַר בְּמַאי מוֹקְמַתְּ הַאי דְּקָתָנֵי חוֹטְטִין בְּשֶׁרַבִּים צְרִיכִים לָהֶן וְהָתַנְיָא כו' שֶׁל רַבִּים חוֹפְרִין אוֹתָן:
Alors quoi, dans le cas où le particulier en a besoin, etc. — c'est-à-dire : dans quelle situation places-tu l'enseignement on cure ? Dans le cas où le public en a besoin ? Or il a été enseigné, etc., celles du public, on les creuse.
💡 Explication

La difficulté se retourne. Si la première clause vise un particulier qui a besoin de sa citerne, la seconde vise un public qui a besoin de la sienne, et elle interdit alors de creuser, contre Rabbi Yo'hanan.

Cette troisième beraita énumère une échelle de travaux : rassembler l'eau, curer, lisser les fissures, y racler de la terre pour les combler, enduire de chaux. Pour le public, elle permet le terme le plus lourd, creuser.

🖼️ Schéma
Trois beraitot, une seule grille La contradiction se dissout dès qu'on précise, pour chaque beraita, si le propriétaire a besoin de l'eau. Beraita 1 (seg. 2) On cure celles d'un particulier, à plus forte raison celles du public. On ne creuse pas celles du public, à plus forte raison celles d'un particulier. Placement retenu : clause 1 quand on a besoin, clause 2 quand on n'en a pas besoin. Beraita 2 (seg. 4) Particulier : on y rassemble de l'eau, sans curer ni lisser les fissures. Public : on cure et on lisse. Placement retenu : le particulier n'a pas besoin de cette citerne pendant la fête. Beraita 3 (seg. 5) Particulier : on rassemble l'eau et on cure, sans lisser ni chauler. Public : on creuse et on chaule. Placement retenu : le particulier a besoin de l'eau, et le public également. La réponse de la guemara (seg. 6-7) La première beraita parle de deux situations opposées dans ses deux clauses : on cure chez le particulier qui en a besoin, et on s'abstient de creuser pour un public qui n'en a pas besoin. Les deux autres beraitot occupent chacune une case de la grille.
Les trois beraitot du passage et la place que la guemara finira par assigner à chacune.
7
אֶלָּא קַשְׁיָא הָךְ קַמַּייְתָא! תְּרִיץ הָכֵי: חוֹטְטִין בּוֹרוֹת שֶׁל יָחִיד בְּשֶׁיָּחִיד צָרִיךְ לָהֶם, וְאֵין צָרִיךְ לוֹמַר בְּשֶׁל רַבִּים כְּשֶׁרַבִּים צְרִיכִין לָהֶם, דַּאֲפִילּוּ חֲפִירָה מֻותָּר.

Mais alors la première beraita fait difficulté ! Réponds ainsi : on cure les citernes d'un particulier lorsque le particulier en a besoin, et il va sans dire celles du public lorsque le public en a besoin, où même creuser est permis.

📜 Rachi (2)
אֶלָּא קַשְׁיָא קַמַּיְיתָא דְּקָתָנֵי אֵין חוֹפְרִין בּוֹרוֹת שֶׁל רַבִּים בְּשֶׁרַבִּים צְרִיכִין לוֹ קַשְׁיָא לְהָא בָּרַיְיתָא דְּקָתָנֵי הָכָא שֶׁל רַבִּים חוֹפְרִין אוֹתָן:
Mais alors la première fait difficulté — puisqu'elle enseigne qu'on ne creuse pas les citernes du public, dans le cas où le public en a besoin : cela contredit cette beraita-ci, qui enseigne ici que celles du public, on les creuse.
אֶלָּא תְּרִיץ הָכֵי וְאֵין צָרִיךְ לוֹמַר בְּשֶׁל רַבִּים דַּאֲפִילּוּ חֲפִירָה מֻותָּר וְלָא קַשְׁיָא לְרַבִּי יוֹחָנָן דְּאָמַר לֹא שָׁנוּ כו':
Mais réponds ainsi — et il va sans dire pour celles du public, où même creuser est permis ; il n'y a plus alors de difficulté contre Rabbi Yo'hanan, qui a dit ils n'ont enseigné, etc.
💡 Explication

La guemara accepte de lire les deux clauses de la première beraita dans deux situations différentes. La première clause parle d'un propriétaire qui a besoin de son eau : curer lui est permis, et pour le public, dans la même situation, la permission va jusqu'à creuser.

Ce découplage des deux clauses est le geste décisif du passage. Il libère la place nécessaire pour loger les trois beraitot sans contradiction.

8
וְאֵין חוֹפְרִין בּוֹרוֹת שִׁיחִין וּמְעָרוֹת שֶׁל רַבִּים — בְּשֶׁאֵין רַבִּים צְרִיכִין לָהֶם, וְאֵין צָרִיךְ לוֹמַר שֶׁל יָחִיד, דְּכִי אֵין יָחִיד צָרִיךְ לָהֶם — אֲפִילּוּ חֲטִיטָה נָמֵי אָסוּר.

Et on ne creuse pas de citernes, de fosses ni de cavernes pour le public — lorsque le public n'en a pas besoin ; et il va sans dire pour un particulier, car lorsque le particulier n'en a pas besoin, même curer est interdit.

💡 Explication

La seconde clause se lit dans la situation inverse : personne n'a besoin de cette eau pendant la fête. Creuser devient alors interdit même pour le public, et pour un particulier l'interdit descend jusqu'au travail le plus léger.

La grille est complète. Un seul acte reste permis dans tous les cas, rassembler l'eau de pluie dans la citerne, parce qu'il ne demande aucun travail.

9
אָמַר רַב אַשִּׁי: מַתְנִיתִין נָמֵי דַּיְקָא, דְּקָתָנֵי: עוֹשִׂין כָּל צָורְכֵי רַבִּים, ״כֹּל״ לַאֲתוּיֵי מַאי — לָאו לְאֵתוּיֵי חֲפִירָה?

Rav Achi a dit : la michna aussi est précise en ce sens, puisqu'elle enseigne : on pourvoit à tous les besoins du public. Que vient inclure le mot tous ?

Ne vient-il pas inclure le creusement ?

📜 Rachi (1)
מַתְנִיתִין נָמֵי דַּיְקָא דְּבִשְׁרָבִים צְרִיכִין לוֹ דַּחֲפִירָה נָמֵי מֻותָּר:
La michna aussi est précise — que lorsque le public en a besoin, creuser aussi est permis.
💡 Explication

Rav Achi cherche un appui dans la michna elle-même. Elle énumère des travaux publics, puis ajoute une clause générale. Un mot d'inclusion comme kol appelle un contenu ; Rav Achi propose d'y loger le creusement des citernes quand le public en a besoin.

10
לֹא, לַאֲתוּיֵי הָא דְּתַנְיָא: יוֹצְאִין לְקַווֵּץ אֶת הַדְּרָכִים, וּלְתַקֵּן אֶת הָרְחוֹבוֹת וְאֶת הָאִסְטְרָטָאוֹת, וּלְמֹוד אֶת הַמִּקְוָאוֹת. וְכָל מִקְוֶה שֶׁאֵין בּוֹ אַרְבָּעִים סְאָה מַרְגִּילִין לְתוֹכוֹ, אַרְבָּעִים סְאָה.

Non, il vient inclure ce qui a été enseigné : on sort désherber les chemins, réparer les rues et les routes (isteratayot), et mesurer les mikvaot. Et tout mikve qui ne contient pas quarante sea, on y amène de l'eau pour qu'il en contienne quarante.

📜 Rachi (2)
לִקָּווֵץ אֶת הַדְּרָכִים לְפַנּוֹת קוֹצִים שֶׁבַּדְּרָכִים:
Pour désherber les chemins — pour dégager les épines qui se trouvent sur les chemins.
מַרְגִּילִין לִהְיוֹת בְּתוֹכוֹ אַרְבָּעִים סְאָה שֶׁמַּרְגִּילִין שֶׁיְּהֵא נוֹגֵעַ בַּמִּקְוֶה אַמַּת הַמַּיִם כְּדֵי שֶׁיְּהֵא בּוֹ אַרְבָּעִים סְאָה:
On y amène de quoi qu'il s'y trouve quarante sea — on amène le canal d'eau jusqu'à ce qu'il touche le mikve, afin qu'il contienne quarante sea.
🗂️ Tossefot (1)
לַאֲתוּיֵי הַךְ דְּתַנְיָא. קָא סָלְקָא דַּעְתֵּיהּ דְּהַאי דְּקָפָרֵיךְ הָכָא דְּבִכְלַל מְתַקְּנִין הַדְּרָכִים לָא הָוֵי קוֹץ דְּרָכִים דְּתִיקּוּן מַשְׁמַע שֶׁמְּתַקֵּן הַגַּבְשׁוּשִׁיּוֹת וְהַגֻּומּוֹת הִלְכָּךְ פָּרֵיךְ הָכִי וּמְתָרֵץ כָּל אֵלּוּ בְּהֶדְיָא קָתָנֵי לְהוּ דְּהָווּ בִּכְלַל מְתַקְּנִין כו' א"נ הַאי דְּמַקְשֶׁה הַךְ קוּשְׁיָא לֹא הָיְתָה מַתְנִיתָא שְׁגוּרָה בְּפִיו וְלָא הָוֵי יָדַע. דְּגָרַס בָּהּ וּמְתַקְּנִין אֶת הַדְּרָכִים:
Pour inclure ce qui a été enseigné — celui qui objecte ici pensait que réparer les chemins n'englobe pas le désherbage des épines, car le mot réparer suggère qu'on aplanit les bosses et les creux ; c'est pourquoi il objecte ainsi. Et la guemara répond que tous ces cas sont enseignés explicitement, puisqu'ils entrent dans on répare, etc. Autre explication : celui qui soulève cette difficulté n'avait pas cette beraita couramment présente à l'esprit et ne savait pas qu'on y lit et on répare les chemins.
💡 Explication

La guemara propose un autre contenu pour le mot tous : les travaux d'intérêt général accomplis par les envoyés du tribunal. Les isteratayot sont les grandes voies de circulation.

La mesure des mikvaot répond à un enjeu précis : un bain qui contient moins de quarante sea ne purifie pas, et les pèlerins s'y immergeraient en vain. Le verbe margilin désigne une technique : on amène l'eau en la faisant couler sur le sol jusqu'au bassin, pour éviter qu'elle ne devienne eau puisée, qui invalide le mikve.

11
וּמִנַּיִן שֶׁאִם לֹא יָצְאוּ וְעָשׂוּ כָּל אֵלּוּ, שֶׁכָּל דָּמִים שֶׁנִּשְׁפְּכוּ שָׁם מַעֲלֶה עֲלֵיהֶם הַכָּתוּב כְּאִילּוּ הֵם שְׁפָכוּם — תַּלְמוּד לוֹמַר: ״וְהָיָה עָלֶיךָ דָּמִים״.

Et d'où sait-on que s'ils ne sont pas sortis faire tout cela, tout sang qui y sera versé, l'Écriture le leur impute comme s'ils l'avaient versé eux-mêmes ? De l'enseignement du verset : « et il y aura sur toi du sang ».

📜 Rachi (1)
כָּל דָּמִים שֶׁנִּשְׁפְּכוּ שָׁם כְּגוֹן בְּקוֹצִים שֶׁבַּדְּרָכִים:
Tout sang qui y sera versé — par exemple à cause des épines laissées sur les chemins.
🗂️ Tossefot (1)
וְהָיָה עָלֶיךָ דָּמִים. פִּי' רַבֵּינוּ חֲנַנְאֵל נָקֵיט לֵיהּ לְהַאי קְרָא מִפָּרָשַׁת מַעֲקֶה דְּדָמֵי לְהַאי דְּהָוֵי מִכְשׁוֹל מִמַּתְנִי' עִם הַגְּמָרָא יֵשׁ לְלַמֵּד שֶׁאָסוּר לְהַשְׁקוֹת קַרְקָעוֹת אֶלָּא אוֹתָן דְּהָווּ דָּבָר הָאָבֵד שֶׁיִּתְקַלְקְלוּ הַתְּבוּאָה וְהָאִילָנוֹת הַנְּטוּעִים בָּהּ וְהוּא הַדִּין לִשְׁאָר עֲבוֹדַת קַרְקַע אָסוּר בְּחֻולּוֹ שֶׁל מוֹעֵד וְהָא דְּאָמְרִינַן דְּמֻותָּר לְהַשְׁקוֹת הָנֵי מִילֵּי כְּגוֹן מֵאַמַּת הַמַּיִם הָעוֹבֶרֶת בַּשָּׂדֶה עַצְמוֹ דְּלֵיכָּא טִירְחָא יַתִּירָא וּמֻותָּר לְתַקֵּן בּוֹרוֹת שִׁיחִין וּמְעָרוֹת שֶׁל יָחִיד וְשֶׁל רַבִּים מֻותָּר לַחְפֹּור לְכַתְּחִילָּה כֵּיוָן דִּצְרִיכִי לְמַיִם דְּהָכִי תַּנְיָא לְעֵיל כִּדְפָרֵישִׁית:
Et il y aura sur toi du sang — Rabbenou Hananel explique qu'il prend ce verset dans la section du garde-fou, qui ressemble à notre cas puisqu'il s'agit d'un obstacle. De la michna avec la guemara on peut apprendre qu'il est interdit d'arroser des terrains, sauf ceux qui relèvent du davar haaved, où la récolte et les arbres plantés se gâteraient ; il en va de même pour les autres travaux de la terre, interdits à hol hamoed. Et lorsque nous disons qu'il est permis d'arroser, cela vaut par exemple depuis un canal qui passe dans le champ lui-même, où il n'y a pas d'effort excessif. Il est permis de remettre en état les citernes, fosses et cavernes d'un particulier ; quant à celles du public, il est permis de les creuser d'emblée, puisqu'on a besoin de leur eau, ainsi qu'il a été enseigné plus haut, comme je l'ai expliqué.
💡 Explication

La beraita donne à ces travaux un poids qui dépasse le confort public. Une route laissée dangereuse rend responsables ceux qui avaient charge de l'entretenir. Le talmud lomar introduit le verset qui fonde cette responsabilité.

Tossefot rapporte au nom de Rabbenou Hananel un autre repérage du verset, dans la section du garde-fou, où la question est justement celle d'un obstacle laissé en place.

12
הָא בְּהֶדְיָא קָתָנֵי לַהּ: וּמְתַקְּנִין אֶת הַדְּרָכִים וְאֶת הָרְחוֹבוֹת וְאֶת הַמִּקְוָאוֹת. וְעוֹשִׂין כָּל צָורְכֵי רַבִּים לְאֵתוֹיֵי מַאי — לָאו לְאֵתוּיֵי חֲפִירָה? שְׁמַע מִינָּה.

Mais cela est enseigné explicitement : on répare les chemins, les rues et les mikvaot. Alors « et l'on pourvoit à tous les besoins du public », que vient-il inclure ?

Ne vient-il pas inclure le creusement ? Apprends-en que oui.

📜 Rachi (1)
הָא דְּקָאָמְרַתְּ דְּלַאֲתוּיֵי הָנֵי נָמֵי בְּהֶדְיָא קָתָנֵי בְּמָתְנֵי' מְתַקְּנִין כּוּ' אֶלָּא וַדַּאי הָא דְּקָתָנֵי וְעוֹשִׂין כָּל צָורְכֵי רַבִּים לְאֵתוֹיֵי חֲפִירָה קָא אָתוּ:
Mais cela — ce que tu dis, que le mot tous vient inclure ces cas-là : or ils sont déjà enseignés explicitement dans la michna, on répare, etc. Donc assurément, et l'on pourvoit à tous les besoins du public vient inclure le creusement.
💡 Explication

L'objection tombe d'elle-même : la michna énonce déjà ces travaux nommément, et une clause d'inclusion ne répète pas ce qui précède. Le mot tous reste donc disponible pour le creusement.

Le chema mina conclut le premier mouvement du folio et confirme Rabbi Yo'hanan.

13
מְצַיְּנִין אֶת הַקְּבָרוֹת. אָמַר רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן פַּזִּי: רֶמֶז לְצִיּוּן קְבָרוֹת מִן הַתּוֹרָה מִנַּיִן, תַּלְמוּד לוֹמַר: ״וְרָאָה עֶצֶם אָדָם וּבָנָה אֶצְלוֹ צִיּוּן״.

« On marque les tombes. » Rabbi Chimon ben Pazi a dit : d'où une allusion, dans la Torah, au marquage des tombes ? De l'enseignement du verset : « et il verra un ossement humain, il dressera auprès de lui un signe ».

📜 Rachi (2)
מְצַייְּנִין אֶת הַקְּבָרוֹת שֶׁעוֹשִׂין סִימָנִים עַל הַקְּבָרוֹת בְּסִיד כִּדְאָמַר בִּמְרֻובָּה (בּ"ק דַּף סט.) שֶׁל קְבָרוֹת בְּסִיד דְּחִווָּר כַּעֲצָמוֹת כְּדֵי שֶׁלֹּא יֵלְכוּ אוֹכְלֵי תְּרוּמָה לְשָׁם:
On marque les tombes — on pose des signes sur les tombes avec de la chaux, comme il est dit dans le chapitre Merouba (Baba Kama 69a) : celui des tombes se fait à la chaux, qui blanchit comme des ossements, afin que ceux qui mangent de la terouma n'aillent pas là.
דִּכְתִיב וְרָאָה עֶצֶם וְכוּ' יְחֶזְקֵאל מִתְנַבֵּא עַל הֶעָתִיד לָבֹא שֶׁיַּעֲשׂוּ יִשְׂרָאֵל צִיּוּנִים עַל עַצְמוֹת הַפְּגָרִים הַמֻּושְׁלָכִין וְרָמַז הוּא שֶׁלֹּא בָּא הַכָּתוּב אֶלָּא לְהַזְהִיר וּלְלַמֵּד שֶׁיְּהֵא אָדָם עוֹשֶׂה צִיּוּן:
Car il est écrit et il verra un ossement, etc. — Ye'hezkel prophétise sur les temps à venir, où Israël dressera des signes sur les ossements des cadavres jetés. Il s'agit d'une allusion, car le verset vient avertir et enseigner que l'homme doit poser un signe.
🗂️ Tossefot (1)
רֶמֶז לְצִיּוֹן. דְּהַאי קְרָא לָא כְּתִיב אֶלָּא לֶעָתִיד אֲבָל לֹא בַּזְּמַן הַזֶּה וּמִיהוּ מְשַׁנֵּי דְּאִיכָּא לְמֵילַף מֵהָתָם:
Une allusion au marquage — car ce verset n'est écrit que pour les temps à venir et non pour le temps présent. La guemara répond toutefois qu'on peut l'apprendre de la.
💡 Explication

Le folio passe au second sujet de la michna. Le tsiyoun consiste à répandre de la chaux sur une tombe ou sur un terrain suspect, pour que les passants la repèrent de loin et l'évitent. Rachi précise l'enjeu : protéger ceux qui consomment de la terouma, que l'impureté du mort rendrait incapables d'en manger.

Rabbi Chimon ben Pazi parle d'un remez, une allusion, plutôt que d'une source. Tossefot explique pourquoi : le verset de Ye'hezkel décrit les temps à venir.

14
אֲמַר לֵיהּ רָבִינָא לְרַב אָשֵׁי: הָא מִקַּמֵּי דְּלֵיתֵי יְחֶזְקֵאל, מַאן אֲמַר? וְלִיטַעֲמֵיךְ, הָא דְּאָמַר רַב חִסְדָּא: דָּבָר זֶה, מִתּוֹרַת מֹשֶׁה רַבֵּינוּ לֹא לָמַדְנוּ, מִדִּבְרֵי יְחֶזְקֵאל בֶּן בּוּזִי לָמַדְנוּ: ״כָּל בֶּן נֵכָר עֶרֶל לֵב וְעֶרֶל בָּשָׂר לֹא יָבֹא אֶל מִקְדָּשִׁי לְשָׁרְתֵנִי״ —

Ravina dit à Rav Achi : avant la venue de Ye'hezkel, qui donc l'a dit ? Et selon ton raisonnement, ce que Rav Hisda a dit : cette chose, nous ne l'avons pas apprise de la Torah de Moche notre maître, nous l'avons apprise des paroles de Ye'hezkel fils de Bouzi : « tout fils d'étranger, incirconcis de cœur et incirconcis de chair, n'entrera pas dans mon sanctuaire pour me servir » —

📜 Rachi (1)
כָּל בֶּן נֵכָר וְעֶרֶל בָּשָׂר שֶׁמֵּתוּ אֶחָיו מֵחֲמַת מִילָה וְלֹא רָצוּ לְמוּלוֹ שֶׁיְּרֵאִים פֶּן יָמוּת גַּם הוּא כְּאֶחָיו לֹא יָבֹא אֶל מִקְדָּשִׁי לְשָׁרְתֵנִי שֶׁאֲסוּרִין בַּעֲבוֹדָה:
Tout fils d'étranger, incirconcis de chair — celui dont les frères sont morts des suites de la circoncision et qu'on n'a pas voulu circoncire, par crainte qu'il ne meure lui aussi comme ses frères : il n'entrera pas dans mon sanctuaire pour me servir, car ils sont interdits au service.
🗂️ Tossefot (1)
הָא מִקַּמֵּי דְּלֵיתֵי יְחֶזְקֵאל. כְּלוֹמַר לְדִידָךְ דַּאֲמַרְתְּ דְּבַזְּמַן הַזֶּה הָוֵי מִדְּאוֹרַייְתָּא אִם כֵּן מִקַּמֵּי דִּלֵּיתִי יְחֶזְקֵאל הֲוָה לֵיהּ לְהַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא לְאַשְׁמוֹעִינַן דְּצָרִיךְ צִיּוּן וּמְתָרֵץ הַרְבֵּה דְּבָרִים דְּקִים לָן דַּאֲסוּרִין מִן הַתּוֹרָה דְּלָא כְּתִיב בִּקְרָא אֶלָּא בַּהֲלָכָה עַד דַּאֲתָא יְחֶזְקֵאל וְהַאי הָכִי נָמֵי:
Avant la venue de Ye'hezkel — c'est-à-dire : selon toi qui dis que de nos jours cela relève de la Torah, alors avant la venue de Ye'hezkel, le Saint béni soit-Il aurait dû nous enseigner qu'un signe est nécessaire. Et il répond qu'il y a beaucoup de choses dont nous tenons pour certain qu'elles sont interdites par la Torah sans être écrites dans un verset, seulement par halakha reçue, jusqu'à ce que vienne Ye'hezkel ; et il en va de même ici.
💡 Explication

L'objection de Ravina porte sur la chronologie. Le souci de l'impureté des morts est aussi ancien que la Torah, et les générations antérieures à Ye'hezkel marquaient déjà les tombes. Un verset prophétique tardif ne peut donc pas fonder la pratique.

Rav Achi répond par un outeamikh, selon ton raisonnement : la même difficulté vaudrait pour une règle bien plus grave, l'exclusion de l'incirconcis du service du Temple, que Rav Hisda rattache lui aussi à Ye'hezkel. Rachi précise de quel incirconcis il s'agit : celui dont les frères sont morts de la circoncision, qu'on laisse incirconcis sans qu'il soit fautif.

15
מִקַּמֵּי דִּלֵּיתִי יְחֶזְקֵאל, מַאן אָמַר? אֶלָּא גְּמָרָא גְּמִירִי לַהּ וַאֲתָא יְחֶזְקֵאל וְאַסְמְכָה אַקְּרָא, הָכָא נָמֵי: גְּמָרָא גְּמִירִי לָהּ, וַאֲתָא יְחֶזְקֵאל וְאַסְמְכָה אַקְּרָא.

avant la venue de Ye'hezkel, qui l'a dit ? Il faut donc dire qu'ils l'ont reçu par tradition, et Ye'hezkel est venu l'appuyer sur un verset.

Ici aussi : ils l'ont reçu par tradition, et Ye'hezkel est venu l'appuyer sur un verset.

📜 Rachi (1)
גְּמִירִי מִסִּינַי:
Ils l'ont reçu — depuis le Sinaï.
💡 Explication

La réponse pose un mécanisme général. Une règle peut se transmettre par gemara gemiri lah, tradition orale reçue au Sinaï, sans appui écrit pendant des siècles. Un prophète ou un Sage vient ensuite la rattacher à un verset : c'est l'asmakhta.

Le verset donne alors un point d'ancrage à la mémoire, et la tradition reste la source de l'obligation. Rachi résume en un mot d'où vient cette tradition.

🖼️ Schéma
Halakha reçue et asmakhta : la réponse de Rav Achi Un verset tardif peut soutenir une règle bien plus ancienne que lui. Objection de Ravina Avant Ye'hezkel, sur quoi se fondait-on ? On marquait pourtant déjà les tombes, et l'on veillait déjà à la pureté. Le précédent invoque Rav Hisda sur l'incirconcis écarte du service : appris des paroles de Ye'hezkel 44:9. La même question s'y pose exactement. La règle était reçue par tradition depuis le Sinaï gemara gemiri lah : elle se transmettait de maître à disciple sans appui écrit. Ye'hezkel est venu l'appuyer sur un verset : ata Ye'hezkel veasmekhah akra. Le verset donne un point d'ancrage à la mémoire, sans créer l'obligation.
Comment un verset tardif peut soutenir une règle bien plus ancienne que lui.
16
רַבִּי אָבָהוּ אָמַר, מֵהָכָא: ״וְטָמֵא טָמֵא יִקְרָא״ — טֻומְאָה קוֹרְאָה לוֹ וְאוֹמֶרֶת לוֹ ״פֵּרוּשׁ״. וְכֵן אָמַר רַבִּי עֻוזִּיאֵל בַּר בְּרֵיהּ דְּרַבִּי עֻוזִּיאֵל רַבָּה: טֻומְאָה קוֹרְאָה לוֹ וְאוֹמֶרֶת לוֹ ״פֵּרוּשׁ״.

Rabbi Abahou a dit : d'ici — « et il criera : impur, impur ». L'impureté l'appelle et lui dit : écarte-toi.

Et ainsi a dit également Rabbi Ouziel, petit-fils de Rabbi Ouziel l'Ancien : l'impureté l'appelle et lui dit : écarte-toi.

📜 Rachi (1)
טֻומְאָה קוֹרְאָה לוֹ פָּרוּשׁ כְּלוֹמַר עוֹשִׂים סִימָנִים עַל הַטֻּומְאָה כְּדֵי שֶׁיְּהֵא מַרְגִּישׁ וּפוֹרֵשׁ:
L'impureté l'appelle : écarte-toi — c'est-à-dire qu'on pose des signes sur l'impureté, afin que l'homme s'en aperçoive et s'en écarte.
💡 Explication

Le verset parle du metsora, qui doit annoncer son état. Rabbi Abahou en tire un principe plus large : toute impureté doit se signaler à qui l'approche. Le marquage des tombes fait parler une impureté qui, par elle-même, reste invisible.

17
וְהַאי לְהָכִי הוּא דַּאֲתָא? הַהוּא מִיבְּעֵי לֵיהּ לְכִדְתַנְיָא: ״וְטָמֵא טָמֵא יִקְרָא״. צָרִיךְ לְהוֹדִיעַ צַעֲרוֹ לָרַבִּים, וְרַבִּים מְבַקְּשִׁין עָלָיו רַחֲמִים!

Et ce verset vient-il pour cela ? Il est nécessaire pour ce qui a été enseigné : « et il criera : impur, impur » — il doit faire connaître sa peine au public, et le public implorera pour lui miséricorde !

💡 Explication

Une beraita connue lit le même verset dans une tout autre direction : l'annonce du metsora sert son propre secours, puisqu'elle appelle les prières de la communauté. Un verset déjà employé ne peut pas servir à une seconde dérivation, sauf indice supplémentaire.

18
אִם כֵּן, לִיכְתֹּוב: ״וְטָמֵא יִקְרָא״, מַאי ״וְטָמֵא טָמֵא״ — שָׁמְעַת מִינָּהּ תַּרְתֵּי.

S'il en est ainsi, que le verset écrive : « et il criera : impur ». Que vient faire « impur, impur » ?

Apprends-en deux choses.

💡 Explication

L'indice supplémentaire se trouve dans le texte : le mot est écrit deux fois. Ce doublement devient la place où loger un second enseignement. La guemara les garde tous les deux.

Les deux lectures se tiennent d'ailleurs ensemble : la même annonce attire la prière des autres et les tient à distance.

🖼️ Schéma
Pourquoi le mot impur est écrit deux fois Vayikra 13:45. Un seul mot aurait suffi pour un seul enseignement. vetame tame yikra et il criera : impur, impur Enseignement de la beraita Le metsora fait connaître sa peine au public, et le public implore pour lui miséricorde. Tourne vers celui qui souffre. L'annonce lui vaut les prières des autres. Enseignement de Rabbi Abahou L'impureté avertit le passant et lui dit : écarte-toi. Tourne vers celui qui approche. De là, l'obligation de signaler les tombes.
Le doublement du mot impur porte deux enseignements distincts.
19
אַבַּיֵּי אָמַר, מֵהָכָא: ״וְלִפְנֵי עִוֵּר לֹא תִתֵּן מִכְשֹׁול״. רַב פָּפָּא אָמַר: ״וְאָמַר סֹלּוּ סֹלּוּ פַּנּוּ דָרֶךְ״.

Abaye a dit : d'ici — « et devant l'aveugle tu ne placeras pas d'obstacle ». Rav Papa a dit : « et il dira : frayez, frayez, dégagez le chemin ».

📜 Rachi (1)
לִפְנֵי עִוֵּר לֹא תִתֵּן מִכְשֹׁול כְּלוֹמַר עָשׂוּ דָּבָר עַל הַטֻּומְאָה שֶׁלֹּא יְהוּ נִכְשָׁלִים בָּהּ נוֹשְׂאֵי תְּרוּמָה וּטְהָרוֹת:
Devant l'aveugle tu ne placeras pas d'obstacle — c'est-à-dire : posez un signe sur l'impureté, pour que ceux qui portent de la terouma et des aliments purs n'y trébuchent pas.
🗂️ Tossefot (1)
רַב פָּפָּא אָמַר סֹלּוּ סֹלּוּ. כָּל חַד וְחַד נָקֵיט מַאי דַּהֲוָה מַסִּיק אַדַּעְתֵּיהּ וְלָא פְּלִיגִי אֶלָּא אוֹרְחֵיהּ דְּמִלְּתָא דְּכָל חַד מַסִּיק אַדַּעְתֵּיהּ מַאי דְּלָא מַסִּיק חַבְרֵיהּ אַדַּעְתֵּיהּ:
Rav Papa a dit frayez, frayez — chacun retient le verset qui lui vient à l'esprit. Il n'y a pas entre eux de controverse : il est dans l'ordre des choses que chacun pense à ce que son collègue n'a pas pensé.
💡 Explication

Commence ici une chaîne de propositions. Abaye rattache le marquage à l'interdit de lifne iver : une tombe non signalée fait trébucher celui qui ne peut pas la voir. Rav Papa cite un verset de Yechaya sur le chemin à dégager.

Tossefot écarte l'idée d'une controverse : chacun rapporte le verset qui lui est venu à l'esprit.

20
רַב חִינְנָא אָמַר: ״הָרִימוּ מִכְשׁוֹל מִדֶּרֶךְ עַמִּי״. רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בְּרֵיהּ דְּרַב אִידִי אָמַר: ״וְהוֹדַעְתָּ לָהֶם אֶת הַדֶּרֶךְ אֲשֶׁר יֵלְכוּ בָהּ״.

Rav Hinena a dit : « ôtez l'obstacle du chemin de mon peuple ». Rabbi Yehochoua fils de Rav Idi a dit : « et tu leur feras connaître le chemin où ils doivent marcher ».

21
מַר זוּטְרָא אָמַר: ״וְהִזַּרְתֶּם אֶת בְּנֵי יִשְׂרָאֵל מִטֻּומְאָתָם״. רַב אַשִּׁי אָמַר: ״וּשְׁמַרְתֶּם אֶת מִשְׁמַרְתִּי״ — עֲשׂוּ מִשְׁמֶרֶת לְמִשְׁמַרְתִּי.

Mar Zoutra a dit : « et vous séparerez les enfants d'Israël de leur impureté ». Rav Achi a dit : « et vous garderez ma garde » — faites une garde à ma garde.

📜 Rachi (2)
וְהִזַּרְתֶּם וּמְתַרְגְּמִינַן וְתִפָּרְשׁוּן:
Et vous séparerez — que le targoum rend par : vous les écarterez.
עֲשׂוּ מִשְׁמֶרֶת לְמִשְׁמַרְתִּי עָשׂוּ מִשְׁמֶרֶת לְאוֹכְלֵי תְּרוּמָה דִּכְתִיב בָּהּ מִשְׁמֶרֶת דִּכְתִיב (בַּמִּדְבָּר י״ח:ח׳) וַאֲנִי נָתַתִּי לְךָ אֶת מִשְׁמֶרֶת תְּרוּמֹותָי שֶׁלֹּא יְהוּ מְטַמְּאִים:
Faites une garde à ma garde — faites une garde pour ceux qui mangent la terouma, à propos de laquelle le mot garde est écrit, ainsi qu'il est dit (Bamidbar 18:8) : et moi je t'ai donné la garde de mes teroumot, afin qu'ils ne se rendent pas impurs.
💡 Explication

Rav Achi lit le verset comme un ordre de protection à deux étages. La michmeret première est la terouma, elle-même désignée par ce mot dans un autre verset ; le marquage des tombes constitue la garde posée autour de cette garde.

On reconnaît ici la logique de la seyag, la haie que les Sages dressent autour d'une obligation pour la rendre tenable en pratique.

22
רָבִינָא אָמַר: ״וְשָׂם דֶּרֶךְ אַרְאֶנּוּ בְּיֵשַׁע אֱ-לֹהִים״.

Ravina a dit : « et à celui qui dispose sa voie, je ferai voir le salut de D.ieu ».

💡 Explication

Ravina clôt la série par un verset des Tehilim : celui qui dispose son chemin, au sens de le baliser, verra le salut. Ce verset sert de transition, car le segment suivant le relit dans un tout autre registre.

23
אָמַר רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי: כָּל הַשֵּׁם אוֹרְחוֹתָיו — זוֹכֶה וְרוֹאֶה בִּישׁוּעָתוֹ שֶׁל הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְשָׂם דֶּרֶךְ״, אַל תִּקְרֵי ״וְשֵׁם״, אֶלָּא: ״וְשָׂם דֶּרֶךְ״ — ״אַרְאֶנּוּ בְּיֵשַׁע אֱ-לֹהִים״.

Rabbi Yehochoua ben Levi a dit : quiconque évalue ses voies mérite de voir le salut du Saint béni soit-Il, ainsi qu'il est dit : « ve-sam derekh ». Ne lis pas « ve-sam » mais « ve-cham derekh » — « je lui ferai voir le salut de D.ieu ».

📜 Rachi (2)
וְשָׁם דֶּרֶךְ שֶׁעוֹשִׂין סִימָן בְּאֵיזֶה דֶּרֶךְ יֵלְכוּ:
Et il dispose une voie — on fait un signe indiquant par quel chemin marcher.
אַרְאֶנּוּ בְּיֵשַׁע אֱ-לֹהִים זֶה הַשֵּׁם אוֹרְחוֹתָיו הַמְחַשֵּׁב הֶפְסֵד מִצְוָה כְּנֶגֶד שְׂכָרָהּ וּשְׂכַר עֲבֵירָה כְּנֶגֶד הֶפְסֵדָהּ וְשֵׁם כְּמוֹ שָׁמִין:
Je lui ferai voir le salut de D.ieu — il s'agit de celui qui évalue ses voies, qui pèse la perte qu'entraîne une mitsva contre sa récompense, et le gain d'une faute contre ce qu'elle lui coûte. Ve-sam a le sens d'évaluer, comme chamin.
💡 Explication

Le procédé est celui du al tikri : sans toucher aux lettres, on change la vocalisation. Ve-sam, il pose une voie, devient ve-cham, il évalue, de la racine des estimateurs.

Rachi donne le contenu de cette évaluation : peser la perte qu'entraîne une mitsva contre sa récompense, et le gain d'une faute contre ce qu'elle coûte. Le verset qui servait à baliser les chemins sert désormais à baliser une conduite.

24
רַבִּי יַנַּאי הֲוָה לֵיהּ הָהוּא תַּלְמִידָא דְּכָל יוֹמָא הֲוָה מַקְשֵׁי לֵיהּ, בְּשַׁבְּתָא דְּרִיגְלָא לָא הֲוָה מַקְשֵׁי לֵיהּ,

Rabbi Yanai avait un élève qui, chaque jour, lui posait des difficultés ; le Chabbat de la fête, il ne lui en posait pas,

📜 Rachi (1)
בְּשַׁבְּתָא דְּרִיגְלָא לָא הֲוָה מַקְשֵׁי לֵיהּ מִשּׁוּם דְּאָתוּ כֻּולֵּי עָלְמָא לְפִירְקָא וְאִי מַקְשֵׁי לֵיהּ וְלָא הֲוָה מָצֵי לְפָרוֹקֵי הֲוָה מַכְסִיף:
Le Chabbat de la fête il ne lui posait pas de difficulté — parce que tout le monde venait au cours, et s'il l'interrogeait sans qu'il puisse répondre, le maître aurait été couvert de honte.
🗂️ Tossefot (1)
בְּשַׁבְּתָא דְּרִיגְלָא. שַׁבָּת שֶׁל יוֹם הָרֶגֶל שֶׁהָיוּ דּוֹרְשִׁין וְהָיוּ מִתְקַבְּצִין כָּל בְּנֵי הָעִיר לִשְׁמֹועַ הֲלָכוֹת שֶׁל רֶגֶל:
Le Chabbat de la fête — le Chabbat du jour de fête, où l'on faisait la dracha et où tous les habitants de la ville se rassemblaient pour entendre les lois de la fête.
💡 Explication

Le folio se clôt sur un récit laissé en suspens, dont la suite se lit en 5b. Le chabbat de-rigla est le Chabbat de la fête, où le maître faisait une dracha publique devant toute la ville.

Rachi et Tossefot expliquent la retenue de l'élève : une question sans réponse, devant une telle assemblée, aurait couvert le maître de honte.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).