Sougya : Le folio quitte la lecture du verset sur celui qui mesure ses paroles et développe la beraita du tsiyoun, le marquage des lieux impurs. Deux critères commandent tout : on ne marque que ce qui transmet l'impureté par ohel (couvert) — colonne vertébrale, crâne, majeure partie de la charpente osseuse ou majorité du nombre des os — et on ne marque que les impuretés douteuses, une impureté connue de tous étant déjà évitée par chacun.
Rav Papa explique le cas du kazayit de chair, qui transmet pourtant par ohel : mesuré au plus juste, il va diminuer, et une marque perpétuelle ferait brûler des teroumot longtemps après que l'impureté a disparu. La guemara définit ensuite les trois cas douteux — sekhakhot, per'ot, bet ha-peras — puis affronte une contradiction sur le bet ha-peras, que Chmouel permet de traverser en soufflant devant soi.
Rav Papa partage : le champ où une tombe s'est perdue transmet par ohel et demande un tsiyoun, le champ où une tombe a été labourée en est dispensé ; la fin du folio éprouve ce partage sur la beraita du champ marqué et de ses arbres.
Il lut à son sujet ce verset : "Et à celui qui ordonne sa voie, je ferai voir le salut de D.ieu" (Tehilim 50, 23).
Fin de l'épisode ouvert en 5a : le disciple avait retenu sa question devant son maître, jugeant le moment mal choisi. Rabbi Yannai applique alors le verset qui loue ve-sam derekh, celui qui pèse sa voie. Rachi précise le sens du calcul : discerner, parmi les moments, celui qui se prête à une objection et celui qui ne s'y prête pas.
Nos maîtres ont enseigné : on ne marque ni pour un kazayit (volume d'une olive) de chair du mort, ni pour un os de la taille d'un grain d'orge, ni pour une chose qui ne transmet pas l'impureté par ohel (couvert). Mais on marque pour la chidra (colonne vertébrale), pour la goulgolet (crâne), pour la majeure partie de la charpente osseuse et pour la majorité du nombre des os du mort.
Le folio passe au tsiyoun, le marquage à la chaux des lieux impurs que le tribunal fait poser afin que les mangeurs de terouma et de kodachim ne s'y engagent pas sans le savoir. La beraita pose d'emblée le critère : on ne signale que ce qui transmet l'impureté par ohel, c'est-à-dire à quiconque passe au-dessus ou se tient sous le même couvert. Une impureté qui ne se transmet que par contact se laisse éviter sans marque, puisqu'on ne touche pas ce qu'on ne voit pas.
Deux mesures sont mises en regard : rov binyan, la majeure partie de la charpente, qui se compte en volume et se réalise avec quelques grands os ; rov minyan, la majorité du nombre, qui se compte en unités et peut être atteinte avec de petits os. Chacune suffit seule.
Et on ne marque pas les impuretés certaines, mais on marque les impuretés douteuses. Voici quelles sont les impuretés douteuses : les sekhakhot, les per'ot et le bet ha-peras.
Et on ne dresse pas le marquage à l'endroit même de l'impureté, afin de ne pas faire perdre les aliments purs. Et on n'éloigne pas le marquage de l'endroit de l'impureté, afin de ne pas faire perdre la terre d'Israël.
Deuxième critère : le tsiyoun sert le doute. Un cimetière connu de tous n'a pas besoin d'être signalé, puisque personne n'y transporte d'aliments purs. Le marquage vise les endroits où l'impureté se cache sous un couvert et où rien ne la trahit.
Vient ensuite une règle de précision matérielle. La marque posée exactement sur l'impureté se découvre trop tard, quand l'homme est déjà sous le couvert et ses taharot déjà atteintes. Reculée, elle fait abandonner sans raison une bande de terre d'Israël. On la place donc kol chehou, à la distance la plus faible qui permette encore de s'arrêter.
Et un kazayit de chair du mort ne transmettrait pas l'impureté par ohel ? Mais nous avons appris dans une michna : voici ce qui transmet l'impureté par ohel — un kazayit de chair du mort !
La guemara lit la beraita à la lettre : en refusant le marquage au kazayit, elle le range du même côté que l'os d'orge, parmi ce qui ne transmet pas par ohel. Or la michna d'Ohalot enseigne l'inverse.
Rav Papa a dit : ici nous traitons d'un kazayit mesuré au plus juste, qui finira de toute façon par diminuer. Mieux vaut qu'on brûle à cause de lui de la terouma et des kodachim pour un temps, plutôt qu'on en brûle à cause de lui à jamais.
Rav Papa maintient que le kazayit transmet bien par ohel. L'exemption de marquage tient à un calcul de pertes dans la durée. Un kazayit metsoumtsam, exactement à la mesure, se décompose sous terre et passe sous le seuil ; à partir de là, il ne transmet plus rien.
La marque, elle, demeure. Elle continuerait indéfiniment de faire brûler des teroumot pour une impureté disparue. Sans marque, les seules pertes sont celles des premiers temps, quand le reste est encore entier. Rachi ajoute un cas concret : celui qui passe de nuit sans voir la marque, la découvre ensuite, croit ses aliments atteints et les brûle pour rien.
Et voici quelles sont les impuretés douteuses : les sekhakhot et les per'ot.
Sekhakhot — un arbre qui fait couvert au-dessus du sol.
Le mot vient de la racine du sekhakh, le couvert. Un arbre pousse près du cimetière et étend ses branches ; sous l'une d'elles peut se trouver un mort. Chaque branche forme alors un ohel qui transmettrait l'impureté à qui passe dessous, et l'on ignore laquelle.
Tossefot donne deux lectures du doute : soit on ne sait même pas s'il y a là un mort, et l'endroit discret suffit à le présumer ; soit on sait avec certitude qu'il y en a un, mais on ignore sous quelle branche.
Per'ot — des pierres déliées qui font saillie hors du mur.
Bet ha-peras, comme nous l'avons appris : celui qui laboure une tombe fait par là un bet ha-peras ; et sur quelle étendue le fait-il ? Sur toute la longueur d'un ma'ana, cent coudées.
La charrue qui rencontre une tombe emporte les ossements devant elle et les répand le long du sillon. La zone ainsi rendue suspecte se mesure par la course de la charrue avant qu'elle ne fasse demi-tour, soit cent coudées. Le nom bet ha-peras se rattache à l'idée de dispersion.
Et le bet ha-peras transmet-il donc l'impureté par ohel ? Rav Yehouda n'a-t-il pas dit au nom de Chmouel : un homme souffle devant lui dans le bet ha-peras et avance !
La beraita range le bet ha-peras parmi les lieux marqués, donc parmi ceux qui transmettent par ohel. Or Chmouel permet de le traverser en soufflant devant soi pour écarter les esquilles. Ce procédé ne protège que du contact et du hesset, jamais du couvert : souffler n'empêche pas de passer au-dessus d'un os enfoui. Sa permission suppose donc qu'il n'y a pas là d'impureté par ohel.
Rachi situe la scène : il s'agit de celui qui monte abattre son sacrifice pascal et doit rester pur.
Et Rav Yehouda bar Ami a dit au nom de Oulla : un bet ha-peras qui a été foulé est pur !
Seconde preuve dans le même sens. Le passage répété des pieds écarte ou enfonce les esquilles, ce qui suffit à rendre le champ pur. Si l'impureté s'y transmettait par ohel, l'enfoncement des os dans le sol ne résoudrait rien : on passerait toujours au-dessus d'eux.
Rav Papa a dit : il n'y a pas là de difficulté. Ici il s'agit d'un champ dans lequel une tombe s'est perdue, là d'un champ dans lequel une tombe a été labourée.
Rav Papa distingue deux réalités réunies sous un même nom. Dans le champ où une tombe s'est perdue, le corps demeure entier et intact quelque part sous la surface : l'impureté par ohel y est réelle, et la marque nécessaire. Dans le champ où une tombe a été labourée, la charrue a disloqué et dispersé les ossements ; selon la formule de Rachi, elle a enlevé l'impureté de son lieu. Il ne reste qu'un doute d'esquilles, qui se traite par le soufflage et ne demande pas de marque.
Et un champ dans lequel une tombe a été labourée, l'appelle-t-on bet ha-peras ? Oui, et nous l'avons bien appris : il y a trois bet ha-peras — un champ dans lequel une tombe s'est perdue, un champ dans lequel une tombe a été labourée, et un champ des pleureurs.
La question porte sur le vocabulaire : si le champ labouré ne transmet pas par ohel, mérite-t-il encore le nom de bet ha-peras ? La michna d'Ohalot répond que le nom couvre trois situations distinctes, réunies par un seul effet pratique, rappelé par Rachi : celui qui mange de la terouma n'y marche pas.
Qu'est-ce que le champ des pleureurs ? Rav Yehochoua bar Abba a dit au nom de Oulla : un champ où l'on prend congé des morts.
Rachi décrit l'usage : quand on transportait un mort d'une localité à une autre, le convoi s'arrêtait dans un champ voisin de la ville. Ceux qui l'avaient accompagné depuis le départ prenaient congé, et les gens du lieu recevaient le corps, le lavaient et l'enterraient. Ce relais fixait à un même champ le passage de nombreux morts.
Et quelle en est la raison ? Avimi a dit : c'est à cause du yeouch (renoncement) des propriétaires que les Sages ont touché à cette question.
Le soupçon d'impureté ne vient pas des corps enterrés ailleurs, mais de ce qui a pu tomber là. Un corps porte de loin se disloque ; un membre se détache et reste dans le champ. Rachi ajoute le ressort du yeouch : chaque groupe comptant sur l'autre, aucun ne se charge de rechercher le membre, et il demeure sur place. Répété à chaque convoi, l'accident rend tout le champ suspect.
Et un champ dans lequel une tombe a été labourée ne requiert-il pas de marquage ? Mais il a été enseigné : celui qui trouve un champ marqué sans savoir de quoi il retourne — s'il s'y trouve des arbres, on sait qu'une tombe y a été labourée ; s'il ne s'y trouve pas d'arbres, on sait qu'une tombe s'y est perdue.
La beraita offre à un passant un moyen de lire un marquage dont l'origine est oubliée, car l'enjeu est pratique : dans un champ labouré il peut avancer en soufflant, dans un champ où la tombe s'est perdue l'entrée lui est fermée. Le signe est la présence d'arbres, puisqu'un champ où une tombe s'est perdue ne se plante pas.
L'objection est immédiate : si la beraita envisage un champ marqué dont on conclut qu'il a été labouré, c'est qu'un champ labouré reçoit bien une marque, contre ce que vient de dire Rav Papa.
Rabbi Yehouda dit : à moins qu'il n'y ait là un ancien ou un disciple des Sages, car tous ne sont pas experts en la matière.
Rabbi Yehouda refuse que le seul aspect du terrain établisse une présomption de labour. Reconnaître un champ travaillé pour la plantation demande un œil formé ; il exige donc le témoignage d'un zaken ou d'un talmid 'hakham qui sache que le champ a bien été labouré. Son intervention confirme incidemment la difficulté : lui aussi parle d'un champ labouré et marqué.
Rav Papa a dit : cet enseignement a été formulé à propos d'un champ dans lequel une tombe s'est perdue et que l'on a marqué. S'il s'y trouve des arbres, on sait qu'une tombe y a été labourée ; s'il ne s'y trouve pas d'arbres, on sait qu'une tombe s'y est perdue.
Rav Papa déplace l'ordre des événements. La marque a été posée pour une tombe perdue, cas qui la requiert. Plus tard, l'origine du marquage ayant été oubliée, on a labouré et planté. Les arbres attestent donc un labour survenu après le tsiyoun, et le passant peut en conclure que l'impureté a été dispersée et qu'il peut avancer en soufflant.
Le principe de Rav Papa tient : un champ labouré ne reçoit jamais de marque à ce titre. La marque présente vient toujours de l'état antérieur du champ.
Et craignons peut-être que les arbres se trouvent à l'intérieur et la tombe à l'extérieur !
Objection au raisonnement précédent. Rien ne garantit que le labour ait atteint l'endroit de la tombe. Si les arbres occupent le centre du champ et que la tombe se trouve en bordure, la charrue a travaillé entre les arbres sans toucher l'impureté. Le champ reste alors un champ où une tombe s'est perdue, avec son impureté par ohel intacte, et le signe des arbres induit le passant en erreur.
Comme l'a dit Oulla : il s'agit d'arbres qui se tiennent sur les limites. Ici de même : il s'agit d'arbres qui se tiennent sur les limites.
La guemara reprend une réponse donnée par Oulla ailleurs. Les arbres bordent le champ du côté du domaine public, de sorte qu'il n'y a pas d'espace entre eux et la rue. Or personne n'enterre dans le domaine public : la tombe se trouve nécessairement à l'intérieur, dans la partie plantée, donc dans la zone effectivement labourée. Le signe des arbres retrouve ainsi sa valeur.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).