Moed Katan 6a — Lire les marques de chaux sur un champ, et sortir contre les kilayim à hol hamoed

Moed_Katan 6a

Sougya : Le folio achève la sougya du marquage des tombes ouverte en 5a. Il commence par une objection sur le champ marqué où poussent des arbres : peut-être le labour n'a-t-il jamais atteint l'endroit de l'impureté.

Deux réponses la règlent. Rabbi Yehouda exige ensuite la présence d'un ancien ou d'un élève des sages, ce qui donne à Abaye l'occasion d'une règle sur la responsabilité du lettre dans sa ville.

Viennent alors deux séries de lecture du terrain : Rav Yehouda sur les pierres marquées à la chaux, avec une beraita contradictoire que Rav Papa résout, puis Rabbi Assi sur les limites marquées d'un champ. La seconde moitié du folio passe à la michna : on sort à hol hamoed contre les kilayim.

La guemara oppose la michna de Chekalim, qui fixe cette sortie au 15 adar, et rapporte deux résolutions. Elle demande enfin pourquoi hol hamoed précisément, et tire de la réponse que les ouvriers sont payés sur le prélèvement de la chambre du Temple.

Lire des pierres marquées à la chaux trouvées dans un champ Combien de pierres marquées ? Une seule pierre Deux pierres Sous la pierre : impur Le reste du champ : pur Chaux dans l'intervalle Pas de chaux Intervalle impur Intervalle pur Rav Yehouda ci-dessus. La beraita donne un autre critère : Beraïta : labour entre les deux pierres -> intervalle pur ; pas de labour -> intervalle impur Rav Papa : la beraita traite d'une chaux versée sur le sommet des pierres et répandue autour. Labour -> la chaux s'est écaillée, elle ne marque rien. Sans labour -> elle a été posée là pour marquer.
Rav Yehouda, la beraita et Rav Papa : trois lectures du même terrain marqué.
Rabbi Assi : combien de limites du champ sont marquées ? trait épais rouge = limite marquée à la chaux Une limite la limite : impure le champ : pur Deux limites les limites : impures le champ : pur Trois limites les limites : impures le champ : pur Quatre limites les limites : pures le champ entier : impur Raison : on n'éloigne pas le marquage de l'endroit de l'impureté, pour ne pas faire perdre de la terre d'Israël.
Rabbi Assi : le nombre de limites marquées inverse le partage entre le bord et le champ.
Sortir contre les kilayim : deux dates, une contradiction, deux résolutions 1er adar on proclame 15 adar on sort arracher hol hamoed de Pessa'h on ressort arracher Objection : si tout a été arraché le 15 adar, pourquoi ressortir à hol hamoed ? Premier avis 15 adar : la semence précoce (bakhir) hol hamoed : la semence tardive (afil) Second avis 15 adar : les céréales hol hamoed : les légumes Pourquoi hol hamoed ? Les ouvriers chômant, ils baissent leur prix (Rabbi Yaakov au nom de Rabbi Yo'hanan). D'où Rav Zévid déduit que leur salaire sort du prélèvement de la chambre, et non de la poche des propriétaires.
La contradiction entre notre michna et celle de Chekalim, et ce que la réponse enseigne sur le financement.
1
וְדִלְמָא טֻומְאָה מִגַּוַּאי וְאִילָנוֹת מִבָּרַאי?

Et peut-être l'impureté se trouvait-elle à l'intérieur et les arbres à l'extérieur ?

📜 Rachi (1)
וְדִלְמָא טֻומְאָה מִגַּוַּאי וְלֹא בֵּין הָאִילָנוֹת וְלֹא נֶחֱרַשׁ בִּמְקוֹם טֻומְאָה:
Et peut-être l'impureté est-elle à l'intérieur — et non entre les arbres ; alors l'endroit de l'impureté n'a pas été labouré.
💡 Explication

La guemara discute depuis 5b la michna d'Ohalot : celui qui trouve un champ marqué à la chaux sans savoir de quoi il retourne, s'il y a des arbres, sait qu'une tombe y a été labourée ; s'il n'y a pas d'arbres, sait qu'une tombe s'y est perdue. Le raisonnement tient aux arbres : on ne plante pas sans labourer, donc le champ a été labouré et la tombe a été dispersée par le soc.

L'objection porte sur la géométrie du champ. Si les arbres sont plantés au pourtour et la tombe au centre, le labour n'a touché que la bande plantée et l'endroit de l'impureté est resté intact. On serait alors dans le cas d'une tombe perdue et non d'une tombe labourée.

L'enjeu est réel : une tombe labourée crée un beit haperas, dont l'impureté est de rang rabbinique et connaît des allègements ; une tombe perdue laisse une impureté de tente certaine, de rang biblique.

🖼️ Schéma
Où se trouve l'impureté par rapport aux arbres ? Hypothèse de l'objection tombe arbres au pourtour, tombe au centre : le labour n'a pas atteint la tombe Réponse : arbres enchevêtrés tombe arbres répartis partout : tout le champ a été labouré
L'objection et sa première réponse : la disposition des arbres décide si le labour a atteint la tombe.
2
בִּמְסֻובָּכִין. וְאִיבָּעֵית אֵימָא, הָא אֲמַרַן: אֵין מַרְחִיקִין צִיּוּן מִמְּקוֹם טֻומְאָה שֶׁלֹּא לְהַפְסִיד אֶת אֶרֶץ יִשְׂרָאֵל.

Il s'agit d'arbres enchevêtrés. Et si tu veux, dis plutôt : nous l'avons déjà énoncé, on n'éloigne pas le marquage de l'endroit de l'impureté, pour ne pas faire perdre de la terre d'Israël.

📜 Rachi (2)
מְסֻובָּכִין שֶׁאֵינָן עוֹמְדִין בְּשׁוּרָה אַחַת סְבִיב הַגִּבּוּלִין אֶלָּא מְעֹורָבִין בְּכָל הַשָּׂדֶה דְּוַדַּאי נֶחֱרַשׁ כָּל הַשָּׂדֶה בִּשְׁבִיל הָאִילָנוֹת:
Enchevêtrés — ils ne se tiennent pas sur une seule rangée le long des limites, mais sont mêlés dans tout le champ ; dès lors le champ entier a certainement été labouré à cause des arbres.
הָא אֲמַרַן אֵין מַרְחִיקִין צִיּוּן מִמְּקוֹם טֻומְאָה וְכֵיוָן שֶׁסָּמוּךְ לָאִילָנוֹת הַצִּיּוּן וַדַּאי טֻומְאָה בֵּין הָאִילָנוֹת הִיא וְנֶחֱרַשׁ בִּשְׁבִיל הָאִילָנוֹת:
Nous avons déjà dit qu'on n'éloigne pas le marquage de l'endroit de l'impureté — et puisque le marquage est proche des arbres, l'impureté se trouve certainement entre les arbres, et l'endroit a été labouré à cause des arbres.
💡 Explication

Deux réponses. La première restreint le cas : les arbres sont mesoubakhin, dispersés dans tout le champ plutôt qu'alignés sur le pourtour, de sorte que le labour a nécessairement couvert la surface entière.

La seconde s'appuie sur un principe déjà posé plus haut : on ne place pas le marquage loin de l'impureté réelle, pour ne pas retrancher inutilement du terrain à la terre d'Israël. Puisque la marque est posée près des arbres, l'impureté se trouve parmi eux, là où le soc est passé.

3
רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: עַד שֶׁיְּהֵא שָׁם זָקֵן אוֹ תַּלְמִיד, לְפִי שֶׁאֵין הַכֹּל בְּקִיאִין בַּדָּבָר. אָמַר אַבַּיֵּי: שְׁמַע מִינַּהּ צֻורְבָּא מֵרַבָּנַן דְּאִיכָּא בְּמָתָא — כָּל מִילֵּי דְמָתָא עֲלֵיהּ רַמְיָא.

Rabbi Yehouda dit : à condition qu'il y ait là un ancien ou un élève des sages, car tout le monde n'est pas compétent en la matière. Abaye dit : apprends-en qu'un jeune érudit qui se trouve dans une ville, toutes les affaires de la ville reposent sur lui.

📜 Rachi (1)
כָּל מִילֵּי דְמָתָא עֲלֵיהּ רַמְיָא דְּתַלְמִיד בָּקִי הוּא:
Toutes les affaires de la ville reposent sur lui — car l'élève des sages est compétent en la matière.
💡 Explication

Rabbi Yehouda restreint la portée des indices du terrain : on ne se fie à la présence des arbres qu'à condition qu'un ancien ou un élève des sages puisse témoigner de l'histoire du champ, la lecture des marques demandant une compétence que le public n'a pas.

Abaye tire de cette formulation une règle générale. Si Rabbi Yehouda suppose que le lettre du lieu connaît l'état des champs, c'est que les affaires publiques de la ville lui incombent : le savoir l'oblige à en répondre.

4
אָמַר רַב יְהוּדָה: מָצָא אֶבֶן מְצֻויֶּנֶת — תַּחְתֶּיהָ טָמֵא. שְׁתַּיִם, אִם יֵשׁ סִיד בֵּינֵיהֶן — בֵּינֵיהֶן טָמֵא, וְאִם אֵין סִיד בֵּינֵיהֶן — בֵּינֵיהֶן טָהוֹר.

Rav Yehouda a dit : celui qui trouve une pierre marquée, en dessous d'elle c'est impur. Deux pierres : s'il y a de la chaux entre elles, entre elles c'est impur ; et s'il n'y a pas de chaux entre elles, entre elles c'est pur.

📜 Rachi (2)
מָצָא אֶבֶן אַחַת מְצֻויֶּנֶת בְּסִיד תַּחְתֶּיהָ טָמֵא וּמִפִּי מוֹרִי הַזָּקֵן אֶבֶן אַחַת מְצֻויֶּנֶת שֶׁיֵּשׁ סִיד עַל גַּבָּהּ דְּאֵינוֹ צָרִיךְ לְהַרְחִיק הַצִּיּוּן מִן הָאֶבֶן לְפִי שֶׁהָאֶבֶן גָּבוֹהַּ עַל גַּבֵּי קַרְקַע וְרוֹאָה אֶת הַצִּיּוּן מִיָּד קֹודֶם שֶׁיְּהֵא נוֹגֵעַ בּוֹ אֲבָל בַּשָּׂדֶה מַרְחִיקִין לָהּ צִיּוּן בְּסָמוּךְ דְּזִמְנִין לָא חָזֵי צִיּוּן עַד דְּאָתֵי וְנָגַע וּמַאֲהִיל:
Il a trouvé une pierre marquée — à la chaux : en dessous d'elle c'est impur. De la bouche de mon vieux maître : une pierre marquée, c'est-à-dire qui porte de la chaux sur son dessus. On n'a pas besoin d'éloigner le marquage de la pierre, parce que la pierre s'élève au-dessus du sol et que l'on voit la marque aussitôt, avant de la toucher ; mais en plein champ on place la marque un peu à l'écart, car il arrive qu'on ne l'aperçoive qu'une fois arrivé au contact, après avoir touché et fait tente.
שְׁתַּיִם מְצֻוייָּנוֹת תַּחְתֵּיהֶן טָמֵא אֲבָל בֵּינֵיהֶן אִם יֵשׁ סִיד בֵּינֵיהֶם עַל הָאָרֶץ טָמֵא דְּמִשּׁוּם צִיּוֹן הוּא:
Deux pierres marquées — en dessous d'elles c'est impur ; quant à l'intervalle, s'il y a de la chaux entre elles sur le sol, il est impur, car cette chaux est là au titre du marquage.
🗂️ Tossefot (1)
אִם יֵשׁ סִיד בֵּינֵיהֶם. הַצִּיּוּן הוּא מִסִּיד כְּדִתְנַן פֶּרֶק ה' דְּמַעֲשֵׂר שֵׁנִי (מ"א) וּמַיְיתִי לָהּ פֶּרֶק מְרֻובֶּה (ב"ק סט. וְשָׁם) אִם יֵשׁ סִיד בֵּינֵיהֶם לָא יָדַעְנָא כַּמָּה:
S'il y a de la chaux entre elles. Le marquage se fait à la chaux, comme nous l'avons appris au chapitre 5 de Maasser Cheni (michna 1), passage rapporté au chapitre Méroubé (Baba Kama 69a). Quelle quantité de chaux faut-il entre elles, je ne le sais pas.
💡 Explication

Nouvelle série, consacrée à la lecture concrète des marques. Le tsioun se fait à la chaux, blanche et visible de loin. Une pierre seule portant de la chaux signale une impureté sous elle, sans plus.

Deux pierres marquées posent la question de l'intervalle. Rav Yehouda le tranche par la présence de chaux au sol entre elles : si elle s'y trouve, les deux pierres bornent une zone impure continue ; sinon, chacune signale son propre point et l'espace intermédiaire reste pur.

5
וְאַף עַל גַּב דְּלֵיכָּא חֹורֶשׁ? וְהָתַנְיָא: מָצָא אֶבֶן אַחַת מְצֻויֶּנֶת — תַּחְתֶּיהָ טָמֵא. שְׁתַּיִם, אִם יֵשׁ חֹורֶשׁ בֵּינֵיהֶן — בֵּינֵיהֶן טָהוֹר, וְאִם לָאו — בֵּינֵיהֶן טָמֵא!

Et cela même s'il n'y a pas eu de labour ? Or on a enseigné : celui qui trouve une pierre marquée, en dessous d'elle c'est impur ; deux pierres, s'il y a du labour entre elles, entre elles c'est pur, et sinon, entre elles c'est impur !

📜 Rachi (2)
אע"ג דְּלֵיכָּא חוֹרֵשׁ שֶׁלֹּא חָרַשׁ בֵּינֵיהֶם מֵעוֹלָם טָהוֹר כִּי לֵיכָּא סִיד:
Même s'il n'y a pas de labour — même si l'on n'a jamais labouré entre elles, c'est pur dès lors qu'il n'y a pas de chaux.
אִם אֵין חוֹרֵשׁ בֵּינֵיהֶן טָמֵא ואע"ג דְּלֵיכָּא סִיד לְפִי שֶׁצִּייֵּן אֶת הָאֲבָנִים שֶׁמִּכָּאן וּמִכָּאן לֹא חָשַׁשׁ לְצַיֵּין בֵּינְתַיִם:
S'il n'y a pas de labour entre elles, c'est impur — et cela même s'il n'y a pas de chaux : puisqu'il a marqué les pierres de part et d'autre, il ne s'est pas soucié de marquer aussi l'intervalle.
🗂️ Tossefot (1)
אע"ג דְּלֵיכָּא חֶרֶס. גָּרְסִינַן וּמָצָאתִי מְפָרֵשׁ חֶרֶס דּוֹמֶה הוּא לְחַרְסִית וְאֵין לָבָן כְּמוֹ סִיד ונ"ל פֵּירוּשׁוֹ אִם יֵשׁ חַרְסִית בֵּינֵיהֶם דּוֹמֶה שֶׁמְּצַייְּנִין לְהוֹדִיעַ שֶׁהוּא טָהוֹר שֶׁעַד שָׁם אֵין בֵּית הַקְּבָרוֹת שֶׁאֵינָהּ לָבָן בֵּינְתַיִם:
Même s'il n'y a pas de heres. Telle est notre version. J'ai trouvé un commentateur qui explique : heres est proche de la harsit, la terre cuite pilée, qui n'est pas blanche comme la chaux. Il me semble que son explication est la suivante : s'il y a de la harsit entre elles, cela ressemble à un marquage destiné à faire savoir que l'endroit est pur, que le cimetière ne s'étend pas jusque-là, puisque ce qui se trouve dans l'intervalle n'est pas blanc.
💡 Explication

La beraita retient un tout autre critère que Rav Yehouda : la trace du soc, et non la chaux. Elle déclare l'intervalle pur quand le labour y est passé, impur en son absence, sans faire état de chaux.

La contradiction est double. Rav Yehouda purifie l'intervalle dès qu'il n'y a pas de chaux, même sans labour ; la beraita l'impurifie dès qu'il n'y a pas de labour, même sans chaux. Tossefot signale d'ailleurs une variante de texte : heres, terre cuite pilée, au lieu de horech, le labour.

6
אָמַר רַב פָּפָּא: הָכָא כְּשֶׁהַסִּיד שָׁפוּךְ עַל רָאשֵׁיהֶן וּמְרֻודֶּה לְכָאן וּלְכָאן. אִי אִיכָּא חֹורֶשׁ בֵּינֵיהֶן — בֵּינֵיהֶן טָהוֹר, דְּאֵימוֹר מֵחֲמַת חֹורֶשׁ הוּא דְּאִיקְּפַל, וְאִי לָא, סִיד דְּבֵינֵי בֵּינֵי הוּא וְטָמֵא.

Rav Papa a dit : ici, il s'agit d'un cas où la chaux a été versée sur le sommet des pierres et s'est répandue de part et d'autre. S'il y a du labour entre elles, entre elles c'est pur, car on peut dire que la chaux s'est écaillée à cause du labour ; et sinon, la chaux de l'intervalle y est pour elle-même, et c'est impur.

📜 Rachi (1)
הָכָא דְּקָתָנֵי כִּי לֵיכָּא חוֹרֵשׁ טָמֵא כְּגוֹן סִיד שְׁפוֹךְ עַל רָאשֵׁי אֲבָנִים וּמֵרוֹדָה לְכָאן וּלְכָאן בֵּינֵיהֶן דְּאִי אִיכָּא חוֹרֵשׁ מֵחֲמַת חוֹרֵשׁ הוּא דְּאִיקַּלַּף שֶׁנִּקְלַף מִן הָאֲבָנִים וְנָפְלוּ שָׁם בֵּינֵיהֶם וְטָהוֹר וְאִי לָא סִיד דְּבֵינֵי בֵּינֵי הוּא וּמֵחֲמַת צִיּוֹן נַעֲשָׂה שָׁם לְהוֹדִיעַ שֶׁיֵּשׁ גַּם בֵּינֵיהֶם טֻומְאָה:
Ici — là où la beraita enseigne que, sans labour, c'est impur : il s'agit par exemple d'une chaux versée sur le sommet des pierres et répandue de part et d'autre dans l'intervalle. Car s'il y a du labour, c'est à cause du labour qu'elle s'est écaillée, s'est détachée des pierres et est tombée là, entre elles, et c'est pur. Sinon, la chaux de l'intervalle y est pour elle-même : elle a été mise là au titre du marquage, pour faire savoir que l'impureté se trouve aussi entre les pierres.
🗂️ Tossefot (1)
אָמַר רַב פָּפָּא כְּשֶׁהַסִּיד שְׁפוֹךְ. פֵּירוּשׁ וַדַּאי כִּי לֵיכָּא סִיד וְחַרְסִית טְהוֹרִין אֲבָל כְּשֶׁהוּא מְרֻובֶּה וְשָׁפוּךְ עַל רֹאשׁוֹ אָז צָרִיךְ חַרְסִית שֶׁאִם יֵשׁ חַרְסִית יֵשׁ לִתְלוֹת שֶׁנָּתַן לְצִידֵּי הָאֶבֶן חַרְסִית וְהַסִּיד נִתְחַבֵּר בּוֹ וְצֵרְפוּ הַסִּיד שֶׁעַל רֹאשׁוֹ עִמָּהּ וְאִם אֵין חַרְסִית א"כ סִיד הוּא שֶׁל צִיּוּן בֵּינְתַיִם וּלְפֵירוּשׁ הַקּוּנְטְרֵס גָּרְסִינַן אַף עַל גַּב דְּלֵיכָּא חֹורֶשׁ וּמְפָרֵשׁ בֵּינֵיהֶם טָהוֹר דְּאִינַּתְקָא לָהּ טֻומְאָה דְּהָוֵי לָהּ קֶבֶר שֶׁנֶּחֱרַשׁ וְתֵימַהּ לִי נְהִי דְּטָהוֹר מִטֻּומְאַת אֹהֶל טָהוֹר לָא הָוֵי דְּהָוֵי כְּמוֹ שָׂדֶה שֶׁנֶּחֱרַשׁ בָּהּ קֶבֶר וְשֶׁמָּא טָהוֹר מֵאֹהֶל קָאָמַר א"נ לְגַמְרֵי ע"י דִּישָׁה וְנִיפּוּחַ א"נ בֵּינֵיהֶם אִיכָּא טוּבָא סְפֵיקוֹת וְשָׁרֵי סָפֵק אִי אִיכָּא צִיּוּן הַטֻּומְאָה שֶׁבֵּינֵיהֶם אִי לֹא וַאֲפִילּוּ אִיכָּא צִיּוּן הֲרֵי נֶחֱרַשׁ וּמָצָאתִי מְפָרֵשׁ דְּהַשְׁתָּא סָלְקָא דַּעְתֵּיהּ דה"פ אִם יֵשׁ בֵּינֵיהֶם חוֹרֵשׁ טָהוֹר דְּוַדַּאי לֹא הָיָה שָׁם טֻומְאָה דְּאִם הָיָה בֵּינֵיהֶם לֹא הָיָה חוֹרְשׁוֹ אָדָם תֵּימַהּ לִי אַמַּאי לָא פָּרִיךְ דְּקָתָנֵי בְּקַמָּייְתָא אִם יֵשׁ סִיד בֵּינֵיהֶם בֵּינְתַיִם טָמֵא אע"ג דְּאִיכָּא חוֹרֵשׁ וְהָכָא קָתָנֵי אִם יֵשׁ חוֹרֵשׁ בֵּינֵיהֶם טָהוֹר ואע"ג דְּאִיכָּא סִיד ונ"ל דְּסָלְקָא דַּעְתֵּיהּ דְּהַךְ בָּתְרָיְיתָא אַייְרֵי בִּדְלֵיכָּא סִיד דְּכִי אִיכָּא סִיד לֹא הָיָה טָהוֹר לְעוֹלָם דְּהָא אֵין מְצַיְּינִין אִם לָאו עַל הַטֻּומְאָה וְכִי חוֹרְשׁוֹ לֹא יְהֵא טָהוֹר וּלְהָכֵי לֹא מַקְשֶׁה כִּי אִם מִסֵּיפָא דְּבָרַיְיתָא קַמַּיְיתָא דְּאַייְרֵי בִּדְלֵיכָּא סִיד:
Rav Papa a dit : quand la chaux est versée. Explication : en l'absence de chaux et de harsit, l'endroit est certainement pur ; mais quand la chaux est abondante et versée sur le sommet de la pierre, il faut alors de la harsit. Car s'il y a de la harsit, on peut supposer qu'on en a mis sur les côtés de la pierre, que la chaux s'y est jointe et que la harsit a entraîné avec elle la chaux du sommet ; et s'il n'y a pas de harsit, la chaux de l'intervalle est une chaux de marquage. Selon l'explication de Rachi, notre version porte : même s'il n'y a pas de labour ; et il explique que l'intervalle est pur parce que l'impureté a été dispersée, le cas étant celui d'une tombe labourée. Cela me fait difficulté : admettons qu'il soit pur de l'impureté de tente, il ne devient pas pur pour autant, car c'est comme un champ dans lequel une tombe a été labourée. Peut-être veut-il dire pur de l'impureté de tente seulement ; ou bien pur entièrement, par l'effet du piétinement et de la dispersion au vent. On peut aussi dire que, dans l'intervalle, plusieurs doutes se cumulent et que l'on est indulgent : doute si l'impureté de l'intervalle a été marquée ou non, et même si elle l'a été, l'endroit a été labouré. J'ai trouvé un commentateur qui explique qu'à ce stade on pense que le sens est le suivant : s'il y a du labour entre elles, c'est pur, car il n'y avait certainement pas d'impureté à cet endroit, sans quoi personne ne l'aurait labouré. Cela me fait difficulté : pourquoi ne pas objecter depuis la première beraita, qui enseigne que s'il y a de la chaux entre elles l'intervalle est impur, et cela même s'il y a du labour, alors qu'ici on enseigne que s'il y a du labour entre elles c'est pur, et cela même s'il y a de la chaux ? Il me semble que l'on pensait que cette seconde beraita traite d'un cas sans chaux ; car s'il y avait de la chaux, l'endroit ne serait jamais pur, puisqu'on ne marque que sur de l'impureté, et le labour ne le purifierait pas. C'est pourquoi on n'objecte que depuis la fin de la première beraita, qui traite d'un cas sans chaux.
💡 Explication

Rav Papa résout en restreignant la beraita à une configuration précise : la chaux a été versée sur le dessus des pierres et a débordé vers le sol. Les deux textes parlent alors du même cas, avec deux origines possibles pour la chaux trouvée au sol.

Le labour devient un indice d'origine plutôt qu'un critère autonome. Son passage explique que la chaux se soit détachée des pierres et soit tombée dans l'intervalle : elle ne marque donc rien. En son absence, la chaux du sol ne peut venir que d'une pose délibérée, et l'intervalle est impur.

🖼️ Schéma
Rav Papa : d'où vient la chaux tombée entre les deux pierres ? Trace de labour dans l'intervalle la chaux du sommet s'est écaillée et est tombée intervalle pur Aucune trace de labour la chaux a été posée là pour marquer intervalle impur
Le labour ne purifie pas par lui-même : il explique d'où vient la chaux tombée au sol.
7
אָמַר רַבִּי אַסִּי מֶצֶר אֶחָד מְצֻויָּן — הוּא טָמֵא, וְכָל הַשָּׂדֶה כֻּולָּהּ טְהוֹרָה. שְׁנַיִם — הֵם טְמֵאִין, וְכָל הַשָּׂדֶה כֻּולָּהּ טְהוֹרָה. שְׁלֹשָׁה — הֵם טְמֵאִין, וְכָל הַשָּׂדֶה כֻּולָּהּ טְהוֹרָה. אַרְבָּעָה — הֵן טְהוֹרִין, וְכָל הַשָּׂדֶה כֻּולָּהּ טְמֵאָה.

Rabbi Assi a dit : une seule limite marquée, elle est impure et tout le champ est pur. Deux, elles sont impures et tout le champ est pur.

Trois, elles sont impures et tout le champ est pur. Quatre, elles sont pures et tout le champ est impur.

💡 Explication

Rabbi Assi passe des pierres isolées aux limites du champ, les mitsarim. Tant que le marquage laisse un côté libre, il se lit comme une bordure d'avertissement : les bords marqués sont impurs et l'intérieur reste pur.

Le quatrième marquage renverse la lecture. Un champ ceinturé de toutes parts ne se comprend plus comme une somme de bords impurs mais comme une enceinte délimitant une surface impure ; les bords eux-mêmes deviennent alors purs. La raison suit au segment suivant.

🖼️ Schéma
Rabbi Assi : combien de limites du champ sont marquées ? trait épais rouge = limite marquée à la chaux Une limite la limite : impure le champ : pur Deux limites les limites : impures le champ : pur Trois limites les limites : impures le champ : pur Quatre limites les limites : pures le champ entier : impur Raison : on n'éloigne pas le marquage de l'endroit de l'impureté, pour ne pas faire perdre de la terre d'Israël.
Le passage de trois à quatre limites marquées inverse le statut du bord et celui de l'intérieur.
8
דְּאָמַר מַר: אֵין מַרְחִיקִין צִיּוּן מִמְּקוֹם טֻומְאָה, שֶׁלֹּא לְהַפְסִיד אֶת אֶרֶץ יִשְׂרָאֵל.

Car le maître a dit : on n'éloigne pas le marquage de l'endroit de l'impureté, pour ne pas faire perdre de la terre d'Israël.

📜 Rachi (1)
אֵין מַרְחִיקִין צִיּוּן מִמְּקוֹם טֻומְאָה וּלְהָכִי צִייֵּן כָּל אַרְבָּעָה מְצָרָיו דִּתְהֵא כָּל הַשָּׂדֶה נִטְמְאָה וּבְצִיּוּן דְּמֶצֶר אֶחָד לָא סַגִּי לְכֻולָּהּ דְּאֵין מַרְחִיקִין צִיּוּן מִמְּקוֹם טֻומְאָה:
On n'éloigne pas le marquage de l'endroit de l'impureté — c'est pourquoi, s'il a marqué ses quatre limites, c'est que le champ entier a été rendu impur ; le marquage d'une seule limite ne suffirait pas pour le champ entier, puisqu'on n'éloigne pas le marquage de l'endroit de l'impureté.
🗂️ Tossefot (1)
דְּאָמַר מַר אֵין מַרְחִיקִים. כָּךְ פֵּירֵשׁ בַּתּוֹסֶפְתָּא וּבַקְּוַנְט' וּבַסְּפָרִים מָצָאתִי דְּאָמַר מַר אֵין מַעֲמִידִין צִיּוּן כּוּ' וּלְפִי זֶה אֵינוֹ נוֹתֵן טַעַם לָמָּה כָּל הַשָּׂדֶה טָמֵא אֶלָּא נוֹתֵן טַעַם לָמָּה תַּחְתֵּיהֶן טְהוֹרִין דְּאֵין מַעֲמִידִין צִיּוּן בִּמְקוֹם הַטֻּומְאָה וּנְהִי דִּבְרוּחַ אֶחָד אוֹ שְׁנַיִם אוֹ שְׁלשָׁה יֵשׁ לָנוּ לוֹמַר דְּכָל תַּחְתֶּיהָ טָמֵא כִּי אֵין הַטֻּומְאָה בְּפָחוֹת מִן הַצִּיּוּן אֲבָל בְּאַרְבָּעָה יֵשׁ לִתְלוֹת הַטֻּומְאָה בְּכָל הַשָּׂדֶה לְפִיכָךְ תַּחְתֵּיהֶן טְהוֹרִים:
Car le maître a dit : on n'éloigne pas. Ainsi l'expliquent la Tossefta et Rachi. Mais dans certains livres j'ai trouvé : car le maître a dit, on ne dresse pas le marquage, etc. Selon cette version, la phrase ne donne pas la raison pour laquelle tout le champ est impur, mais celle pour laquelle le dessous des marques est pur : on ne dresse pas le marquage à l'endroit même de l'impureté. Et s'il est vrai que pour un côté, deux ou trois, nous devons dire que tout le dessous est impur, car l'impureté n'est pas moindre que la marque elle-même, en revanche avec quatre côtés on peut rattacher l'impureté au champ tout entier, et c'est pourquoi le dessous des marques est pur.
💡 Explication

Le principe déjà invoqué plus haut fournit la clé du quatrième cas. Puisqu'on pose la marque au plus près de l'impureté, marquer une seule limite ne saurait signaler un champ entier ; marquer les quatre n'a de sens que si l'impureté occupe toute la surface.

Le motif est économique autant que halakhique : chaque mètre déclaré impur sans raison est un mètre de terre d'Israël soustrait à l'usage. Tossefot rapporte une autre version du texte, on ne dresse pas le marquage à l'endroit même de l'impureté, qui déplace ce que la phrase explique.

9
וְיוֹצְאִין אַף עַל הַכִּלְאַיִם.

Et l'on sort aussi pour les kilayim.

💡 Explication

Reprise d'une clause de la michna de 2a. Les kilayim sont les mélanges d'espèces interdits à la semence ; le tribunal envoie des agents dans les champs pour arracher les pousses interdites, y compris pendant hol hamoed, les jours intermédiaires de la fête.

10
וְאַכִּלְאַיִם בְּחֻולּוֹ שֶׁל מוֹעֵד נָפְקִינַן? וּרְמִינְהוּ: בְּאֶחָד בַּאֲדָר מַשְׁמִיעִין עַל הַשְּׁקָלִים וְעַל הַכִּלְאַיִם.

Et sort-on pour les kilayim à hol hamoed ? On leur oppose : le premier adar, on proclame au sujet des chekalim et au sujet des kilayim.

📜 Rachi (1)
וְאַכִּלְאַיִם בְּחֻולּוֹ שֶׁל מוֹעֵד נָפְקִינַן וּרְמִינְהוּ בְּאֶחָד בַּאֲדָר מַשְׁמִיעִין עַל הַשְּׁקָלִים שֶׁיְּהוּ יִשְׂרָאֵל מְבִיאִין תְּרוּמַת שְׁקָלִים בְּנִיסָן דִּכְתִיב בְּחָדְשׁוֹ לְחָדְשֵׁי הַשָּׁנָה חַדֵּשׁ וְהָבֵא לִי קָרְבָּן מִתְּרוּמָה חֲדָשָׁה:
Et sort-on pour les kilayim à hol hamoed ? On leur oppose : le premier adar on proclame au sujet des chekalim — afin qu'Israël apporte le prélèvement des chekalim en nissan, selon le verset : en son mois, pour les mois de l'année — renouvelle, et apporte-moi le sacrifice à partir du prélèvement nouveau.
🗂️ Tossefot (1)
וְאַכִּלְאַיִם בְּחֻולּוֹ שֶׁל מוֹעֵד נָפְקִינַן. בַּמִּשְׁנָה פִּי' מַאי טַעְמָא לֹא מַקְשֶׁה עַל אִינָךְ וּבִירֻושַּׁל' מַקְשֶׁה מְצַייְּנִין עַל הַקְּבָרוֹת וְלֹא כְּבָר צִייְּנוּ וּמְתָרֵץ כְּגוֹן שֶׁיָּרַד שֶׁטֶף מַיִם שֶׁל גְּשָׁמִים וּשְׁטָפוֹ:
Et sort-on pour les kilayim à hol hamoed ? Rachi a expliqué dans son commentaire sur la michna pourquoi la guemara n'objecte pas depuis les autres clauses. Dans le Talmud de Jérusalem, on objecte à partir du marquage des tombes : ne les a-t-on pas déjà marquées ? Et l'on répond qu'il s'agit par exemple d'une crue d'eaux de pluie qui les a emportées.
💡 Explication

La guemara oppose l'ouverture du traité Chekalim, qui fixe au 1er adar la proclamation publique portant sur deux obligations : apporter le demi-chekel, dont les offrandes publiques de nissan doivent être financées par le prélèvement nouveau, et arracher les kilayim des champs.

Tossefot demande pourquoi l'objection ne porte que sur les kilayim, alors que la michna de Chekalim énumère d'autres travaux que notre michna place à hol hamoed. La réponse de Rachi figure au segment suivant.

11
בַּחֲמִשָּׁה עָשָׂר בּוֹ קוֹרִין אֶת הַמְּגִילָּה בַּכְּרַכִּים, וְיוֹצְאִין לְקַווֵּץ אֶת הַדְּרָכִים, וּלְתַקֵּן הָרְחוֹבוֹת, וְלִמּוּד הַמִּקְוָאוֹת. וְעוֹשִׂין כָּל צָורְכֵי רַבִּים, וּמְצַיְּנִין אֶת הַקְּבָרוֹת, וְיוֹצְאִין עַל הַכִּלְאַיִם.

Le quinze de ce mois, on lit la meguila dans les villes fortifiées, et l'on sort pour dégager les ronces des chemins, réparer les places, mesurer les mikvaot. On accomplit tous les besoins publics, on marque les tombes, et l'on sort pour les kilayim.

📜 Rachi (2)
בַּכְּרַכִּים הַמֻּוקָּפִין חוֹמָה מִימוֹת יְהוֹשֻׁעַ בִּן נוּן:
Dans les villes fortifiées — celles qui sont entourées d'une muraille depuis les jours de Yehochoua bin Noun.
וְאֶת מִקְוָאוֹת הַמַּיִם מִקְוָאוֹת הַמַּיִם שֶׁל מ' סְאָה שֶׁחוֹטְטִין אוֹתָן מִן הַזֶּבֶל שֶׁנִּכְנַס לְתוֹכָן כָּל יְמוֹת הַגְּשָׁמִים וְהַאי דְּלָא פָּרֵיךְ נָמֵי בַּגְּמָרָא אַשְּׁאָר מַתְנֵי' דְּתָנֵי וּמְתַקְּנִים הַדְּרָכִים וְהָרְחוֹבוֹת בְּחֻולּוֹ ש"מ וְהָכָא תְּנָא בט"ו בַּאֲדָר מִשּׁוּם דְּלָאו פִּירְכָא הוּא דִּבְדִין הוּא דִּמְתַקְּנִין לְהוּ תְּרֵי זִימְנֵי דְּכִי מְתַקֵּן בט"ו בַּאֲדָר אָתוּ גְּשָׁמִים וּמְקַלְקְלִי לְהוּ וְהָדְרִי וּמְתַקְּנִי לְהוּ בְּחֻולּוֹ שֶׁל מוֹעֵד אֲבָל אַכִּלְאַיִם כֵּיוָן דְּעָקְרוּ לְהוּ לְגַמְרֵי בַּחֲמִשָּׁה עָשָׂר בַּאֲדָר לָמָּה לִי לְמִיפַּק בּוֹ בְּחֻולּוֹ שֶׁל מוֹעֵד וּלְהָכִי קָא מִיבַּעְיָא:
Et les bassins d'eau — les mikvaot de quarante sea, que l'on cure des boues qui y sont entrées pendant toute la saison des pluies. Si la guemara n'objecte pas aussi depuis le reste de notre michna, qui enseigne que l'on répare les chemins et les places à hol hamoed alors qu'ici on l'enseigne au 15 adar, c'est que ce ne serait pas une objection : il est normal qu'on les répare deux fois, car après la réparation du 15 adar les pluies viennent et les dégradent, de sorte qu'on les répare de nouveau à hol hamoed. Pour les kilayim en revanche, puisqu'on les a entièrement arrachés le 15 adar, pourquoi faudrait-il ressortir à hol hamoed ? C'est cela que la guemara demande.
🗂️ Tossefot (1)
בט"ו קוֹרִין אֶת הַמְּגִילָּה. הָוֵי מָצֵי לְמִתְנֵי בי"ד בּוֹ (בַּכְּפָרִים) אֶלָּא מִשּׁוּם דט"ו זְמַן דִּדְבָרִים אֲחֵרִים הוּא כְּגוֹן וּמְתַקְּנִין אֶת הַדְּרָכִים וְכוּ':
Le quinze on lit la meguila. On aurait pu enseigner : le quatorze de ce mois, dans les bourgades ; mais on a retenu le quinze parce que c'est la date des autres mesures, comme la réparation des chemins, etc.
💡 Explication

La michna de Chekalim place au 15 adar la sortie effective des agents du tribunal, et elle énumère exactement les mêmes travaux que notre michna attribue à hol hamoed : chemins, places, mikvaot, marquage des tombes, kilayim.

Rachi explique pourquoi seuls les kilayim font difficulté. Chemins et places se dégradent sous les pluies et se réparent deux fois sans contradiction. L'arrachage des kilayim, lui, est censé être complet : une fois les pousses arrachées en adar, une seconde sortie à Pessa'h devient incompréhensible.

12
רַבִּי אֶלְעָזָר וְרַבִּי יוֹסֵי בַּר חֲנִינָא, חַד אָמַר: כָּאן בְּבַכִּיר, כָּאן בְּאָפִיל. וְחַד אָמַר: כָּאן בִּזְרָעִים, כָּאן בִּירָקוֹת.

Rabbi Elazar et Rabbi Yossi bar Hanina : l'un dit, ici il s'agit de la semence précoce, là de la semence tardive ; et l'autre dit, ici il s'agit des céréales, là des légumes.

📜 Rachi (2)
כָּאן בְּבַכִּיר כָּאן בְּאָפִיל עַל הַבַּכִּירוֹת יוֹצְאִים בט"ו בַּאֲדָר עַל הָאֲפֵילוֹת בְּחֻולּוֹ שֶׁל מוֹעֵד דְּפֶסַח:
Ici la précoce, là la tardive — pour les cultures précoces on sort le 15 adar, pour les tardives à hol hamoed de Pessa'h.
בִּזְרָעִים עַל הַתְּבוּאָה יוֹצְאִין בט"ו בַּאֲדָר שֶׁקּוֹדְמִין לִירָקוֹת:
Les céréales — pour le grain on sort le 15 adar, car il vient avant les légumes.
💡 Explication

Les deux résolutions partagent la même forme : les deux michnayot traitent de cultures différentes, dont les pousses ne deviennent reconnaissables qu'à des dates différentes. Une seule sortie ne peut donc pas les couvrir toutes.

Le premier avis oppose le bakhir, la semence précoce, visible dès le 15 adar, à l'afil, la semence tardive, identifiable seulement à hol hamoed de Pessa'h. Le second oppose les céréales, semées en hiver et déjà hautes en adar, aux légumes, qui viennent plus tard.

🖼️ Schéma
Sortir contre les kilayim : deux dates, une contradiction, deux résolutions 1er adar on proclame 15 adar on sort arracher hol hamoed de Pessa'h on ressort arracher Objection : si tout a été arraché le 15 adar, pourquoi ressortir à hol hamoed ? Premier avis 15 adar : la semence précoce (bakhir) hol hamoed : la semence tardive (afil) Second avis 15 adar : les céréales hol hamoed : les légumes Pourquoi hol hamoed ? Les ouvriers chômant, ils baissent leur prix (Rabbi Yaakov au nom de Rabbi Yo'hanan). D'où Rav Zevid déduit que leur salaire sort du prélèvement de la chambre, et non de la poche des propriétaires.
Les deux dates et les deux manières de les répartir entre types de cultures.
13
אָמַר רַבִּי אַסִּי אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: לֹא שָׁנוּ אֶלָּא שֶׁאֵין נִיצָּן נִיכָּר, אֲבָל נִיצָּן נִיכָּר — יוֹצְאִין עֲלֵיהֶן.

Rabbi Assi a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : on n'a enseigné cela que lorsque leur bourgeon n'est pas reconnaissable ; mais si leur bourgeon est reconnaissable, on sort pour eux.

📜 Rachi (1)
לֹא שָׁנוּ דְּאֵין יוֹצְאִין עֲלֵיהֶן קֹודֶם אֲדָר וְקֹודֶם חֻולּוֹ שֶׁל מוֹעֵד:
On n'a enseigné cela — à savoir qu'on ne sort pas pour eux avant adar ni avant hol hamoed.
💡 Explication

Rabbi Yo'hanan dégage le critère qui commande les deux dates : la reconnaissabilité du bourgeon. Les dates fixées par les michnayot valent pour le cas ordinaire, où la pousse ne se laisse pas identifier plus tôt.

Dès lors que le bourgeon se distingue, l'obligation d'arracher s'ouvre immédiatement, sans attendre le 15 adar ni hol hamoed. Le calendrier suit l'état du champ.

14
מַאי שְׁנָא בְּחֻולּוֹ שֶׁל מוֹעֵד דְּנָפְקִינַן? אָמַר רַבִּי יַעֲקֹב אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: מִשּׁוּם שְׂכַר פְּעוּלָה דְּמוֹזְלִי גַּבַּן.

Qu'y a-t-il de particulier à hol hamoed pour qu'on sorte alors ? Rabbi Yaakov a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : à cause du salaire du travail, car ils nous le baissent.

📜 Rachi (1)
מִשּׁוּם שְׂכַר פְּעוּלָה דְּמוֹזְלִי גַּבַּן כְּלוֹמַר שֶׁיָּכוֹל לִשְׂכֹּור פּוֹעֲלִין בְּזוֹל לְפִי שֶׁאֵינָן עוֹסְקִין בִּמְלָאכָה בְּחֻולּוֹ שֶׁל מוֹעֵד:
À cause du salaire du travail, car ils nous le baissent — c'est-à-dire qu'on peut embaucher des ouvriers à bas prix, parce qu'ils ne sont pas occupés à leur travail pendant hol hamoed.
🗂️ Tossefot (1)
דְּמוֹזְלִי גַּבָּן. לָמֶ"ד לְקַמָּן (מוֹעֵד קָטָן דַּף יג.) שְׂכַר פְּעֻולָּה שֶׁאֵין לוֹ מַה יֹּאכַל שְׁרֵי נִיחָא שֶׁיְּכוֹלִין לִיטֹּול שְׂכָרָן אֶלָּא לְמַאן דְּאָמַר אָסוּר לָא יָדְעִינַן הֵיכָן יִשְׂכְּרוּ פּוֹעֲלִים בַּמּוֹעֵד וְשֶׁמָּא יֵשׁ לוֹמַר דְּהָנֵי דְּמִצְוֹת הִתִּירוּ:
Car ils nous le baissent. Pour l'avis rapporté plus loin (Moed Katan 13a) selon lequel le salaire d'un ouvrier qui n'a pas de quoi manger est permis, la chose se comprend : ils peuvent recevoir leur salaire. Mais pour celui qui l'interdit, on ne voit pas où l'on trouverait des ouvriers à embaucher pendant la fête. On peut peut-être dire que, s'agissant d'un travail de mitsva, on l'a permis.
💡 Explication

La question porte maintenant sur le choix de la période. La réponse est économique : les ouvriers chômant pendant les jours intermédiaires, ils acceptent un salaire réduit, et le tribunal fait arracher les kilayim au meilleur coût.

Tossefot soulève la difficulté. Le travail est interdit à hol hamoed, et l'avis rapporté en 13a qui n'autorise le travail salarié qu'à celui qui n'a pas de quoi manger laisse ouverte la question de savoir où trouver des ouvriers. La réponse proposée : le travail accompli pour une mitsva a été permis.

15
אָמַר רַב זְבִיד וְאִיתֵּימָא רַב מְשַׁרְשְׁיָא: שְׁמַע מִינָּה, כִּי יָהֲבִינַן לְהוּ שָׂכָר — מִתְּרוּמַת הַלִּשְׁכָּה יָהֲבִינַן לְהוּ. דְּאִי סָלְקָא דַּעְתָּךְ מִדִּידְהוּ יָהֲבִינַן לְהוּ — מַאי נָפְקָא לַן מִינַּייְהוּ? כֹּל כַּמָּה דְּבָעוּ לִיתֵּן לְהוּ!

Rav Zevid a dit, et certains disent Rav Mecharchia : apprends-en que, lorsqu'on leur donne un salaire, c'est du prélèvement de la chambre qu'on le leur donne. Car s'il te venait à l'esprit qu'on le leur donne de leurs propres deniers, quel intérêt y aurions-nous ?

Qu'ils leur donnent tout ce qu'ils veulent !

📜 Rachi (3)
שְׁמַע מִינָּה מִדְּעָסְקִינַן לִשְׂכֹּור פּוֹעֲלִים בְּזוֹל:
Apprends-en — du fait que l'on cherche à embaucher des ouvriers à bas prix.
כִּי יָהֲבִינַן לְהוּ שְׂכִירוּת לַפּוֹעֲלִים דְּבָטְלִי כִּלְאַיִם:
Lorsqu'on leur donne — le salaire des ouvriers qui suppriment les kilayim.
דְּאִי סָלְקָא דַעְתָּךְ מִדִּידְהוּ דְּבַעַל הַבַּיִת יָהֵיב לְהוּ אַמַּאי יוֹצְאִין לְהָכִי בְּחֻולּוֹ שֶׁל מוֹעֵד מִשּׁוּם שְׂכַר פְּעֻולָּה לְבַטְּלוֹ בְּכָל זְמַן אַף עַל גַּב דְּלֵיכָּא שְׂכַר פְּעֻולָּה בְּזוֹל וְכָל מַה דְּבָעֵי לְיַתֵּב לְהוּ אֶלָּא מִתְּרוּמַת הַלִּשְׁכָּה יָהֲבִינַן לְהוּ וְכָל כַּמָּה דְּמָצֵינַן לְצַמְצֵם מָעוֹת דְּהֶקְדֵּשׁ עָבְדִינַן:
Car s'il te venait à l'esprit que c'est de leurs deniers — que le propriétaire du champ les paie : pourquoi sortirait-on justement à hol hamoed à cause du prix de la main-d'œuvre ? Que l'on supprime les kilayim à n'importe quel moment, même sans main-d'œuvre bon marché, et que le propriétaire paie tout ce qu'ils demandent. Il faut donc dire qu'on les paie du prélèvement de la chambre, et que l'on économise l'argent consacré autant qu'on le peut.
🗂️ Tossefot (1)
מִתְּרוּמַת הַלִּשְׁכָּה. אֵין לְהַקְשׁוֹת הָא אִית בָּהֶן מְעִילָה דְּלֵב ב"ד מַתְנֶה עֲלַיְיהוּ וּבְפֶרֶק בָּתְרָא דִּכְתֻובּוֹת (דַּף קו. וְשָׁם) אִיכָּא מִילֵּי טוּבָא שֶׁנּוֹטְלִין שְׂכָרָן מִתְּרוּמַת הַלִּשְׁכָּה:
Du prélèvement de la chambre. Il n'y a pas lieu d'objecter qu'il y aurait là un détournement de biens consacrés, car le tribunal pose d'avance une condition à leur sujet ; et au dernier chapitre de Ketoubot (106a) sont énumérées de nombreuses fonctions dont les titulaires reçoivent leur salaire du prélèvement de la chambre.
💡 Explication

Rav Zevid raisonne à partir du souci d'économie. Le tribunal ne choisirait pas une période à bas salaires si la dépense pesait sur les propriétaires des champs : leur bourse n'intéresse pas la cour, et ils paieraient au prix demandé, à n'importe quelle date.

Le choix de hol hamoed révèle donc que la dépense est publique et sort de la teroumat halichka, le prélèvement de la chambre du Temple. L'argent étant consacré, on le ménage autant qu'il est possible. Tossefot écarte l'objection de meila, le détournement de biens consacrés, par la condition que le tribunal pose d'avance sur ces fonds.

🖼️ Schéma
Qui paie les ouvriers qui arrachent les kilayim ? Hypothèse écartée le propriétaire du champ paie le tribunal n'a alors aucun intérêt à choisir une période bon marché on sortirait à n'importe quelle date contredit la michna Conclusion de Rav Zevid le prélèvement de la chambre paie argent consacré : on économise autant qu'on le peut d'où le choix de hol hamoed, où la main-d œuvre est au plus bas
La déduction de Rav Zevid : le souci du prix trahit l'origine de l'argent.
16
וְעַד כַּמָּה? אָמַר רַב שְׁמוּאֵל בַּר יִצְחָק, כְּאוֹתָהּ שֶׁשָּׁנִינוּ: כָּל סְאָה שֶׁיֵּשׁ בָּהּ

Et jusqu'à quelle quantité ? Rav Chemouel bar Yitshak a dit : comme ce que nous avons appris — toute sea qui contient

📜 Rachi (1)
וְעַד כַּמָּה הָוֵי כִּלְאַיִם דְּחַיָּיב לְבַטְּלוֹ:
Et jusqu'à quelle quantité — y a-t-il des kilayim que l'on est tenu de supprimer.
🗂️ Tossefot (1)
שֶׁיֵּשׁ בָּהּ רֹובַע. פֵּירוּשׁ כְּשֶׁרוֹצֶה לִזְרֹועַ דְּהָא קָתָנֵי סֵיפָא ר' יוֹסֵי אוֹמֵר יָבֹור וְהָא לֹא שַׁייָּךְ בְּנִזְרַע כְּבָר וּבְפֶרֶק הַמּוֹכֵר פֵּירוֹת (ב"ב דַּף צַד. וְשָׁם) מַיְיתֵי לָהּ מִיהוּ בִּשְׁמַעְתִּין דְּאַייְרֵי בְּנִזְרַע כְּבָר יֵשׁ לוֹמַר דְּלָא פְּלִיגִי:
Qui contient un quart de kav. Explication : lorsqu'on veut semer, car la fin de la michna enseigne que Rabbi Yossi dit qu'il doit trier, ce qui ne se conçoit pas dans un champ déjà semé ; ce passage est rapporté au chapitre Hamokher Perot (Baba Batra 94a). Toutefois, dans notre sougya, qui traite d'un champ déjà semé, on peut dire que les avis ne divergent pas.
💡 Explication

Dernière question du folio : à partir de quelle proportion de mélange y a-t-il des kilayim que l'on est tenu de faire arracher. Rav Chemouel bar Yitshak renvoie à la michna de Kilayim 2:1, dont la citation se poursuit en 6b : une sea de semence contenant un quart de kav d'une autre espèce.

Tossefot note que cette michna vise a priori celui qui s'apprête à semer, puisque sa fin fait dire à Rabbi Yossi qu'il doit trier, ce qui ne se conçoit plus dans un champ déjà semé ; il propose que, dans notre sougya, les avis ne divergent pas.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).