Sougya : Le folio achève la sougya du marquage des tombes ouverte en 5a. Il commence par une objection sur le champ marqué où poussent des arbres : peut-être le labour n'a-t-il jamais atteint l'endroit de l'impureté.
Deux réponses la règlent. Rabbi Yehouda exige ensuite la présence d'un ancien ou d'un élève des sages, ce qui donne à Abaye l'occasion d'une règle sur la responsabilité du lettre dans sa ville.
Viennent alors deux séries de lecture du terrain : Rav Yehouda sur les pierres marquées à la chaux, avec une beraita contradictoire que Rav Papa résout, puis Rabbi Assi sur les limites marquées d'un champ. La seconde moitié du folio passe à la michna : on sort à hol hamoed contre les kilayim.
La guemara oppose la michna de Chekalim, qui fixe cette sortie au 15 adar, et rapporte deux résolutions. Elle demande enfin pourquoi hol hamoed précisément, et tire de la réponse que les ouvriers sont payés sur le prélèvement de la chambre du Temple.
Et peut-être l'impureté se trouvait-elle à l'intérieur et les arbres à l'extérieur ?
La guemara discute depuis 5b la michna d'Ohalot : celui qui trouve un champ marqué à la chaux sans savoir de quoi il retourne, s'il y a des arbres, sait qu'une tombe y a été labourée ; s'il n'y a pas d'arbres, sait qu'une tombe s'y est perdue. Le raisonnement tient aux arbres : on ne plante pas sans labourer, donc le champ a été labouré et la tombe a été dispersée par le soc.
L'objection porte sur la géométrie du champ. Si les arbres sont plantés au pourtour et la tombe au centre, le labour n'a touché que la bande plantée et l'endroit de l'impureté est resté intact. On serait alors dans le cas d'une tombe perdue et non d'une tombe labourée.
L'enjeu est réel : une tombe labourée crée un beit haperas, dont l'impureté est de rang rabbinique et connaît des allègements ; une tombe perdue laisse une impureté de tente certaine, de rang biblique.
Il s'agit d'arbres enchevêtrés. Et si tu veux, dis plutôt : nous l'avons déjà énoncé, on n'éloigne pas le marquage de l'endroit de l'impureté, pour ne pas faire perdre de la terre d'Israël.
Deux réponses. La première restreint le cas : les arbres sont mesoubakhin, dispersés dans tout le champ plutôt qu'alignés sur le pourtour, de sorte que le labour a nécessairement couvert la surface entière.
La seconde s'appuie sur un principe déjà posé plus haut : on ne place pas le marquage loin de l'impureté réelle, pour ne pas retrancher inutilement du terrain à la terre d'Israël. Puisque la marque est posée près des arbres, l'impureté se trouve parmi eux, là où le soc est passé.
Rabbi Yehouda dit : à condition qu'il y ait là un ancien ou un élève des sages, car tout le monde n'est pas compétent en la matière. Abaye dit : apprends-en qu'un jeune érudit qui se trouve dans une ville, toutes les affaires de la ville reposent sur lui.
Rabbi Yehouda restreint la portée des indices du terrain : on ne se fie à la présence des arbres qu'à condition qu'un ancien ou un élève des sages puisse témoigner de l'histoire du champ, la lecture des marques demandant une compétence que le public n'a pas.
Abaye tire de cette formulation une règle générale. Si Rabbi Yehouda suppose que le lettre du lieu connaît l'état des champs, c'est que les affaires publiques de la ville lui incombent : le savoir l'oblige à en répondre.
Rav Yehouda a dit : celui qui trouve une pierre marquée, en dessous d'elle c'est impur. Deux pierres : s'il y a de la chaux entre elles, entre elles c'est impur ; et s'il n'y a pas de chaux entre elles, entre elles c'est pur.
Nouvelle série, consacrée à la lecture concrète des marques. Le tsioun se fait à la chaux, blanche et visible de loin. Une pierre seule portant de la chaux signale une impureté sous elle, sans plus.
Deux pierres marquées posent la question de l'intervalle. Rav Yehouda le tranche par la présence de chaux au sol entre elles : si elle s'y trouve, les deux pierres bornent une zone impure continue ; sinon, chacune signale son propre point et l'espace intermédiaire reste pur.
Et cela même s'il n'y a pas eu de labour ? Or on a enseigné : celui qui trouve une pierre marquée, en dessous d'elle c'est impur ; deux pierres, s'il y a du labour entre elles, entre elles c'est pur, et sinon, entre elles c'est impur !
La beraita retient un tout autre critère que Rav Yehouda : la trace du soc, et non la chaux. Elle déclare l'intervalle pur quand le labour y est passé, impur en son absence, sans faire état de chaux.
La contradiction est double. Rav Yehouda purifie l'intervalle dès qu'il n'y a pas de chaux, même sans labour ; la beraita l'impurifie dès qu'il n'y a pas de labour, même sans chaux. Tossefot signale d'ailleurs une variante de texte : heres, terre cuite pilée, au lieu de horech, le labour.
Rav Papa a dit : ici, il s'agit d'un cas où la chaux a été versée sur le sommet des pierres et s'est répandue de part et d'autre. S'il y a du labour entre elles, entre elles c'est pur, car on peut dire que la chaux s'est écaillée à cause du labour ; et sinon, la chaux de l'intervalle y est pour elle-même, et c'est impur.
Rav Papa résout en restreignant la beraita à une configuration précise : la chaux a été versée sur le dessus des pierres et a débordé vers le sol. Les deux textes parlent alors du même cas, avec deux origines possibles pour la chaux trouvée au sol.
Le labour devient un indice d'origine plutôt qu'un critère autonome. Son passage explique que la chaux se soit détachée des pierres et soit tombée dans l'intervalle : elle ne marque donc rien. En son absence, la chaux du sol ne peut venir que d'une pose délibérée, et l'intervalle est impur.
Rabbi Assi a dit : une seule limite marquée, elle est impure et tout le champ est pur. Deux, elles sont impures et tout le champ est pur.
Trois, elles sont impures et tout le champ est pur. Quatre, elles sont pures et tout le champ est impur.
Rabbi Assi passe des pierres isolées aux limites du champ, les mitsarim. Tant que le marquage laisse un côté libre, il se lit comme une bordure d'avertissement : les bords marqués sont impurs et l'intérieur reste pur.
Le quatrième marquage renverse la lecture. Un champ ceinturé de toutes parts ne se comprend plus comme une somme de bords impurs mais comme une enceinte délimitant une surface impure ; les bords eux-mêmes deviennent alors purs. La raison suit au segment suivant.
Car le maître a dit : on n'éloigne pas le marquage de l'endroit de l'impureté, pour ne pas faire perdre de la terre d'Israël.
Le principe déjà invoqué plus haut fournit la clé du quatrième cas. Puisqu'on pose la marque au plus près de l'impureté, marquer une seule limite ne saurait signaler un champ entier ; marquer les quatre n'a de sens que si l'impureté occupe toute la surface.
Le motif est économique autant que halakhique : chaque mètre déclaré impur sans raison est un mètre de terre d'Israël soustrait à l'usage. Tossefot rapporte une autre version du texte, on ne dresse pas le marquage à l'endroit même de l'impureté, qui déplace ce que la phrase explique.
Et l'on sort aussi pour les kilayim.
Reprise d'une clause de la michna de 2a. Les kilayim sont les mélanges d'espèces interdits à la semence ; le tribunal envoie des agents dans les champs pour arracher les pousses interdites, y compris pendant hol hamoed, les jours intermédiaires de la fête.
Et sort-on pour les kilayim à hol hamoed ? On leur oppose : le premier adar, on proclame au sujet des chekalim et au sujet des kilayim.
La guemara oppose l'ouverture du traité Chekalim, qui fixe au 1er adar la proclamation publique portant sur deux obligations : apporter le demi-chekel, dont les offrandes publiques de nissan doivent être financées par le prélèvement nouveau, et arracher les kilayim des champs.
Tossefot demande pourquoi l'objection ne porte que sur les kilayim, alors que la michna de Chekalim énumère d'autres travaux que notre michna place à hol hamoed. La réponse de Rachi figure au segment suivant.
Le quinze de ce mois, on lit la meguila dans les villes fortifiées, et l'on sort pour dégager les ronces des chemins, réparer les places, mesurer les mikvaot. On accomplit tous les besoins publics, on marque les tombes, et l'on sort pour les kilayim.
La michna de Chekalim place au 15 adar la sortie effective des agents du tribunal, et elle énumère exactement les mêmes travaux que notre michna attribue à hol hamoed : chemins, places, mikvaot, marquage des tombes, kilayim.
Rachi explique pourquoi seuls les kilayim font difficulté. Chemins et places se dégradent sous les pluies et se réparent deux fois sans contradiction. L'arrachage des kilayim, lui, est censé être complet : une fois les pousses arrachées en adar, une seconde sortie à Pessa'h devient incompréhensible.
Rabbi Elazar et Rabbi Yossi bar Hanina : l'un dit, ici il s'agit de la semence précoce, là de la semence tardive ; et l'autre dit, ici il s'agit des céréales, là des légumes.
Les deux résolutions partagent la même forme : les deux michnayot traitent de cultures différentes, dont les pousses ne deviennent reconnaissables qu'à des dates différentes. Une seule sortie ne peut donc pas les couvrir toutes.
Le premier avis oppose le bakhir, la semence précoce, visible dès le 15 adar, à l'afil, la semence tardive, identifiable seulement à hol hamoed de Pessa'h. Le second oppose les céréales, semées en hiver et déjà hautes en adar, aux légumes, qui viennent plus tard.
Rabbi Assi a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : on n'a enseigné cela que lorsque leur bourgeon n'est pas reconnaissable ; mais si leur bourgeon est reconnaissable, on sort pour eux.
Rabbi Yo'hanan dégage le critère qui commande les deux dates : la reconnaissabilité du bourgeon. Les dates fixées par les michnayot valent pour le cas ordinaire, où la pousse ne se laisse pas identifier plus tôt.
Dès lors que le bourgeon se distingue, l'obligation d'arracher s'ouvre immédiatement, sans attendre le 15 adar ni hol hamoed. Le calendrier suit l'état du champ.
Qu'y a-t-il de particulier à hol hamoed pour qu'on sorte alors ? Rabbi Yaakov a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : à cause du salaire du travail, car ils nous le baissent.
La question porte maintenant sur le choix de la période. La réponse est économique : les ouvriers chômant pendant les jours intermédiaires, ils acceptent un salaire réduit, et le tribunal fait arracher les kilayim au meilleur coût.
Tossefot soulève la difficulté. Le travail est interdit à hol hamoed, et l'avis rapporté en 13a qui n'autorise le travail salarié qu'à celui qui n'a pas de quoi manger laisse ouverte la question de savoir où trouver des ouvriers. La réponse proposée : le travail accompli pour une mitsva a été permis.
Rav Zevid a dit, et certains disent Rav Mecharchia : apprends-en que, lorsqu'on leur donne un salaire, c'est du prélèvement de la chambre qu'on le leur donne. Car s'il te venait à l'esprit qu'on le leur donne de leurs propres deniers, quel intérêt y aurions-nous ?
Qu'ils leur donnent tout ce qu'ils veulent !
Rav Zevid raisonne à partir du souci d'économie. Le tribunal ne choisirait pas une période à bas salaires si la dépense pesait sur les propriétaires des champs : leur bourse n'intéresse pas la cour, et ils paieraient au prix demandé, à n'importe quelle date.
Le choix de hol hamoed révèle donc que la dépense est publique et sort de la teroumat halichka, le prélèvement de la chambre du Temple. L'argent étant consacré, on le ménage autant qu'il est possible. Tossefot écarte l'objection de meila, le détournement de biens consacrés, par la condition que le tribunal pose d'avance sur ces fonds.
Et jusqu'à quelle quantité ? Rav Chemouel bar Yitshak a dit : comme ce que nous avons appris — toute sea qui contient
Dernière question du folio : à partir de quelle proportion de mélange y a-t-il des kilayim que l'on est tenu de faire arracher. Rav Chemouel bar Yitshak renvoie à la michna de Kilayim 2:1, dont la citation se poursuit en 6b : une sea de semence contenant un quart de kav d'une autre espèce.
Tossefot note que cette michna vise a priori celui qui s'apprête à semer, puisque sa fin fait dire à Rabbi Yossi qu'il doit trier, ce qui ne se conçoit plus dans un champ déjà semé ; il propose que, dans notre sougya, les avis ne divergent pas.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).