Moed Katan 6b — Arroser pendant le moed : la takana sur les kilayim, le partage entre perte et simple gain, et le piégeage du ichout

Moed_Katan 6b

Sougya : Le folio achève la michna sur l'inspection des kilayim en confrontant deux enseignements : la michna ordonne de réduire la semence étrangère, une beraita ordonne de déclarer sans maître le champ entier ; la réponse distingue avant et après la takana, dont la beraita raconte les trois étapes successives. Vient ensuite la michna de Rabbi Eliezer ben Yaakov sur l'arrosage pendant hol ha-moed : on conduit l'eau d'un arbre à l'autre, sans arroser le champ entier, et l'on n'arrose pas des semences qui n'avaient pas bu avant la fête ; les Sages permettent dans les deux cas.

La guemara étage alors les situations selon l'intensité de la perte — champ metounenet, semences ayant déjà bu, champ guerid, tarbitsa — et Ravina en tire que rendre précoce une récolte tardive suffit à permettre l'aspersion. Le folio s'ouvre enfin sur une seconde michna : piégeage du ichout et des souris, bouchage d'une brèche, destruction des fourmilières, avec la règle d'Abaye sur les deux rives d'un fleuve.

Les trois étapes de la takana sur les kilayim Étape 1 - au début on arrache les kilayim et on les jette devant le bétail du propriétaire deux joies pour lui Étape 2 - correctif on arrache et on jette sur les chemins le bétail n'en profite plus une joie reste : le désherbage Étape 3 - takana finale on déclare hefker le champ tout entier sans maître, sans profit plus aucune joie La contradiction du folio Michna : rova de semence étrangère - qu'il diminue (il arrache la semence en trop) Beraita : ils ont institué que l'on déclare hefker le champ tout entier Réponse : la michna parle d'avant la takana, la beraita d'après la takana
La beraita raconte comment le bet din a resserré sa takana jusqu'à retirer au propriétaire tout bénéfice de l'inspection.
La mahloket sur l'arrosage pendant hol ha-moed Cas R. Eliezer ben Yaakov Les Sages (R. Meir) Conduire l'eau d'un arbre à l'autre permis permis Arroser le champ entier (bet ha-baal) interdit permis Semences ayant bu avant le moed permis permis Semences n'ayant pas bu avant le moed interdit permis Champ metounenet (humide puis desséché) permis (Rav Yehouda) permis Champ guerid (sec depuis toujours) interdit permis Le critère de R. Eliezer ben Yaakov : y a-t-il une perte excessive (pessida yetera) si l'on n'arrose pas ? Le critère des Sages : l'arrosage reste un travail léger, permis même sans perte
Cas par cas, la position de Rabbi Eliezer ben Yaakov et celle des Sages sur l'arrosage pendant hol ha-moed.
Seconde michna : piégeage et brèche, pendant le moed et pendant la chemita Acte Tana kama Les Sages Piegier ichout et souris dans un champ d'arbres kedarko (à l'habitude) kedarko (à l'habitude) Piegier ichout et souris dans un champ blanc (céréales) kedarko chelo kedarko (autrement) Boucher une brèche dans le mur du jardin moed : mekarin, bouchage sommaire seulement chemita : il bâtit kedarko, à la manière habituelle Raison du partage selon Rachi : dans un champ d'arbres la perte est considérable, donc on ne modifie rien dans un champ blanc la perte est moindre, donc les Sages exigent un changement dans la manière de faire
La seconde michna du folio : piégeage des nuisibles et bouchage d'une brèche, pendant le moed et pendant la chemita.
1
רֹובַע זֶרַע מִמִּין אַחֵר — יְמַעֵט.

Un rova (quart de kav) de semence d'une autre espèce : qu'il diminue.

📜 Rachi (2)
רֹובַע הַקַּב אֶחָד מִכ"ד בִּסְאָה:
Rova — un quart de kav, soit un vingt-quatrième de la se'ah.
הָכִי גָּרַס יְמַעֵט שֶׁאִם זָרַע רֹובַע הַקַּב יְמַעֲטֶנּוּ וְיַעַקְרֶנּוּ:
Telle est la leçon : qu'il diminue — s'il a semé un rova de kav, il le diminue en l'arrachant.
💡 Explication

Fin de la michna commencée au folio précédent : le quinze Adar, les envoyés du bet din sortent inspecter les champs. Lorsqu'un champ contient un rova — un quart de kav, soit un vingt-quatrième de la se'ah semée — d'une espèce étrangère, le propriétaire doit diminuer cette semence en arrachant les pousses en trop, afin de rester sous le seuil des kilayim (mélange interdit d'espèces).

2
וְהָתַנְיָא: הִתְקִינוּ שֶׁיְּהוּ מַפְקִירִין כָּל הַשָּׂדֶה כֻּולָּהּ! לָא קַשְׁיָא: כָּאן קֹודֶם תַּקָּנָה, כָּאן לְאַחַר תַּקָּנָה.

Mais n'a-t-on pas enseigné : ils ont institué que l'on déclare sans maître (hefker) le champ tout entier ! Ce n'est pas une difficulté : ici, avant la takana ; là, après la takana.

📜 Rachi (1)
וְהָתַנְיָא כָּל הַשָּׂדֶה כֻּולָּהּ וְאַתְּ אָמְרַתְּ יְמַעֵט:
Mais n'a-t-on pas enseigné : le champ tout entier — alors que tu dis : qu'il diminue.
💡 Explication

La guemara oppose deux enseignements. La michna se contente de faire diminuer la semence étrangère ; une beraita rapporte au contraire une takana (ordonnance rabbinique) qui déclare hefker — sans maître — la récolte du champ entier. La réponse partage le temps : la michna décrit l'état du droit avant cette takana, la beraita l'état du droit après elle.

3
דְּתַנְיָא: בָּרִאשׁוֹנָה הָיוּ עוֹקְרִין וּמַשְׁלִיכִין לִפְנֵי בְּהֶמְתָּן, וְהָיוּ בַּעֲלֵי בָּתִּים שְׂמֵחִין שְׁתֵּי שְׂמָחוֹת: אַחַת שֶׁמְּנַכְּשִׁין לָהֶם שְׂדוֹתֵיהֶן, וְאַחַת שֶׁמַּשְׁלִיכִין לִפְנֵי בְּהֶמְתָּם,

Car on a enseigné : au début, ils arrachaient [les kilayim] et les jetaient devant le bétail [des propriétaires] ; et les propriétaires se réjouissaient de deux joies : l'une, que l'on désherbe leurs champs pour eux, l'autre, que l'on jette [ce fourrage] devant leur bétail,

📜 Rachi (1)
שֶׁמְּנַכְּשִׁין שְׂדוֹתֵיהֶן שְׁלוּחֵי ב"ד מִשֶּׁלָּהֶן דִּכְשֶׁנּוֹטְלִין הַכִּלְאַיִם מֵאֵלָיו מִתְנַכֵּשׁ:
Que l'on désherbe leurs champs — les envoyés du bet din le font à leurs propres frais : en enlevant les kilayim, le champ se trouve désherbé de lui-même.
💡 Explication

La beraita raconte l'histoire de la takana. Dans son premier état, la sanction se retournait en avantage : les envoyés du bet din faisaient gratuitement le désherbage (nikoush) du champ, et le fourrage arraché nourrissait le bétail du propriétaire. Ce qui devait dissuader encourageait.

🖼️ Schéma
Les trois étapes de la takana sur les kilayim Étape 1 - au début on arrache les kilayim et on les jette devant le bétail du propriétaire deux joies pour lui Étape 2 - correctif on arrache et on jette sur les chemins le bétail n'en profite plus une joie reste : le désherbage Étape 3 - takana finale on déclare hefker le champ tout entier sans maître, sans profit plus aucune joie La contradiction du folio Michna : rova de semence étrangère - qu'il diminue (il arrache la semence en trop) Beraïta : ils ont institué que l'on déclare hefker le champ tout entier Réponse : la michna parle d'avant la takana, la beraita d'après la takana
Les trois étapes successives de la takana, et la contradiction qu'elles résolvent.
4
הִתְקִינוּ שֶׁיְּהוּ עוֹקְרִין וּמַשְׁלִיכִין עַל הַדְּרָכִים. וַעֲדַייִן הָיוּ שְׂמֵחִין שִׂמְחָה גְּדוֹלָה שֶׁמְּנַכְּשִׁין שְׂדוֹתֵיהֶן, הִתְקִינוּ שֶׁיְּהוּ מַפְקִירִין כָּל הַשָּׂדֶה כֻּולָּהּ.

Ils ont institué qu'on les arrache et qu'on les jette sur les chemins. Ils se réjouissaient encore d'une grande joie, celle qu'on désherbe leurs champs ; ils ont alors institué que l'on déclare sans maître le champ tout entier.

💡 Explication

Deux corrections successives. Jeter les kilayim sur les chemins supprime le bénéfice du fourrage, mais laisse celui du désherbage. Seul le hefker du champ entier retire au propriétaire tout intérêt à laisser pousser des kilayim : il perd sa récolte. C'est cette dernière mesure que rapportait la beraita du segment précédent, et qui explique l'écart avec la michna.

5
מַתְנִי׳ רַבִּי אֱלִיעֶזֶר בֶּן יַעֲקֹב אוֹמֵר: מוֹשְׁכִין אֶת הַמַּיִם מֵאִילָן לְאִילָן, וּבִלְבַד שֶׁלֹּא יַשְׁקֶה אֶת כָּל הַשָּׂדֶה. זְרָעִים שֶׁלֹּא שָׁתוּ לִפְנֵי הַמּוֹעֵד — לֹא יַשְׁקֵם בַּמּוֹעֵד. וַחֲכָמִים מַתִּירִין בָּזֶה וּבָזֶה.

MICHNA. Rabbi Eliezer ben Yaakov dit : on conduit l'eau d'un arbre à l'autre, pourvu qu'on n'arrose pas le champ tout entier.

Des semences qui n'ont pas bu avant le moed, on ne les arrose pas pendant le moed. Et les Sages permettent dans l'un et l'autre cas.

📜 Rachi (4)
מַתְנֵי' מוֹשְׁכִין הַמַּיִם מֵאִילָן לְאִילָן דְּהָוֵי כִּשְׂדֵה בֵּית הַשְּׁלָחִין דִּפְסֵידָא יַתִּירָא אִיכָּא אֲבָל לֹא יַשְׁקֶה אֶת הַשָּׂדֶה כֻּולָּהּ שְׂדֵה בֵּית הַבַּעַל:
Michna. On conduit l'eau d'un arbre à l'autre — car c'est comme un champ bet ha-chélahin (champ irrigué), où la perte serait excessive ; mais il n'arrose pas le champ tout entier, qui est un champ bet ha-baal (nourri par la pluie).
זְרָעִים שֶׁלֹּא שָׁתוּ לִפְנֵי הַמּוֹעֵד שֶׁלֹּא הָיוּ מְלֻומָּדִין לִשְׁתּוֹת תָּמִיד לִפְנֵי הַמּוֹעֵד:
Des semences qui n'ont pas bu avant le moed — qui n'étaient pas habituées à boire régulièrement avant le moed.
לֹא יַשְׁקֵם בַּמּוֹעֵד דְּהוֹאִיל וְלָא מַשְׁקֶה לְהוּ תָּדִיר לִפְנֵי הַמּוֹעֵד לָא הָוֵי לֵיהּ פְּסֵידָא אִי לָא מַשְׁקֶה לְהוּ בַּמּוֹעֵד:
On ne les arrose pas pendant le moed — puisqu'il ne les arrosait pas régulièrement avant le moed, il n'éprouve aucune perte s'il ne les arrose pas pendant le moed.
וַחֲכָמִים מַתִּירִים בָּזֶה וּבָזֶה לְהַשְׁקוֹת אֶת כָּל הַשָּׂדֶה כֻּולָּהּ וּלְהַשְׁקוֹת בַּמּוֹעֵד זְרָעִים שֶׁלֹּא שָׁתוּ לִפְנֵי הַמּוֹעֵד וְהַאי חֲכָמִים הַיְינוּ ר"מ דְּאָמַר לְעֵיל (מוֹעֵד קָטָן דַּף ב.) מַשְׁקִין מִמֶּנּוּ אֲפִילּוּ שְׂדֵה בֵּית הַבַּעַל:
Et les Sages permettent dans l'un et l'autre cas — d'arroser le champ tout entier, et d'arroser pendant le moed des semences qui n'ont pas bu avant le moed. Ces Sages sont Rabbi Meir, qui a dit plus haut (Moed Katan 2a) : on en arrose même un champ bet ha-baal.
💡 Explication

Nouvelle michna. Tout le chapitre repose sur la notion de pessida (perte) : pendant hol ha-moed (les jours intermédiaires de la fête), le travail agricole est permis lorsque s'en abstenir provoquerait un dommage, et interdit lorsqu'il ne procure qu'un gain.

Rabbi Eliezer ben Yaakov trace la ligne en deux endroits. Conduire l'eau d'un arbre à l'autre est permis, car les arbres souffriraient de la soif ; arroser tout le champ, qui est un bet ha-baal (champ nourri par la pluie), est interdit. De même, des semences qui n'avaient pas l'habitude d'être arrosées ne perdront rien si on les laisse : on ne les arrose pas. Les Sages, eux, permettent dans les deux cas.

🖼️ Schéma
La mahloket sur l'arrosage pendant hol ha-moed Cas R. Eliezer ben Yaakov Les Sages (R. Meir) Conduire l'eau d'un arbre à l'autre permis permis Arroser le champ entier (bet ha-baal) interdit permis Semences ayant bu avant le moed permis permis Semences n'ayant pas bu avant le moed interdit permis Champ métounenet (humide puis desséché) permis (Rav Yehouda) permis Champ guerid (sec depuis toujours) interdit permis Le critère de R. Eliezer ben Yaakov : y a-t-il une perte excessive (pessida yetera) si l'on n'arrose pas ? Le critère des Sages : l'arrosage reste un travail léger, permis même sans perte
Les positions de Rabbi Eliezer ben Yaakov et des Sages, cas par cas.
6
גְּמָ׳ אָמַר רַב יְהוּדָה: אִם הָיְתָה שָׂדֶה מְטֻונֶּנֶת — מֻותָּר. תַּנְיָא נָמֵי הָכִי: כְּשֶׁאָמְרוּ אָסוּר לְהַשְׁקוֹתָן בַּמּוֹעֵד, לֹא אָמְרוּ אֶלָּא בִּזְרָעִים שֶׁלֹּא שָׁתוּ מִלִּפְנֵי הַמּוֹעֵד, אֲבָל זְרָעִים שֶׁשָּׁתוּ לִפְנֵי הַמּוֹעֵד — מֻותָּר לְהַשְׁקוֹתָן בַּמּוֹעֵד.

GUEMARA. Rav Yehouda a dit : si le champ était métounenet (humide), c'est permis.

On a enseigné de même : lorsqu'ils ont dit qu'il est interdit de les arroser pendant le moed, ils ne l'ont dit que pour des semences qui n'avaient pas bu avant le moed ; mais des semences qui ont bu avant le moed, il est permis de les arroser pendant le moed.

📜 Rachi (1)
גְּמָ' אָמַר רַב יְהוּדָה הָא דְּאָמַר ר"א אֲבָל לֹא יַשְׁקֶה אֶת הַשָּׂדֶה כֻּולָּהּ אֲבָל אִם הָיְתָה שָׂדֶה מְטֻונֶּנֶת לַחָה וִיבֵשָׁה מֻותָּר לְהַשְׁקוֹתָהּ אע"ג דַּהֲוָה שְׂדֵה בֵּית הַבַּעַל דְּכֵיוָן דְּהָוְיָא לַחָה עַד הַשְׁתָּא אִי לָא מַשְׁקֶה לָהּ הָוֵי פְּסֵידָא יַתִּירָא:
Guemara. Rav Yehouda a dit — ce que Rabbi Eliezer [ben Yaakov] a dit, qu'il n'arrose pas le champ tout entier, ne vaut pas ici : si le champ était métounenet, c'est-à-dire humide puis desséché, il est permis de l'arroser, bien que ce soit un champ bet ha-baal ; puisqu'il était humide jusqu'à présent, s'il ne l'arrose pas la perte sera excessive.
💡 Explication

Rav Yehouda ajoute un cas intermédiaire. Un champ métounenet est un champ qui était humide et qui s'est desséché ; ses plants comptaient sur cette humidité. Ne pas l'arroser causerait une pessida yetera (perte excessive), et l'arrosage redevient donc permis, même pour Rabbi Eliezer ben Yaakov et même s'il s'agit d'un bet ha-baal. La beraita citée confirme la logique : ce qui a déjà bu continue de boire.

7
וְאִם הָיְתָה שָׂדֶה מְטֻונֶּנֶת — מֻותָּר. וְאֵין מַשְׁקִין שְׂדֵה גָרִיד בַּמּוֹעֵד, וַחֲכָמִים מַתִּירִין בָּזֶה וּבָזֶה.

Et si le champ était métounenet, c'est permis. Et l'on n'arrose pas un champ guerid (sec) pendant le moed ; et les Sages permettent dans l'un et l'autre cas.

📜 Rachi (2)
שְׂדֵה גָּרִיד יְבֵשָׁה מֵעוֹלָם שֶׁאֵין צָרִיךְ לְהַשְׁקוֹתָהּ:
Champ guerid — un champ sec depuis toujours, qu'il n'est pas nécessaire d'arroser.
בָּזֶה וּבָזֶה בִּשְׂדֵה גָּרִיד וּבִזְרָעִים שֶׁלֹּא שָׁתוּ לִפְנֵי הַמּוֹעֵד:
Dans l'un et l'autre cas — dans le champ guerid et dans les semences qui n'ont pas bu avant le moed.
🗂️ Tossefot (2)
וְאֵין מַשְׁקִין שְׂדֵה גָרִיד. פִּי' בֵּית הַבַּעַל לְפִי שֶׁהוּא רָגִיל לִהְיוֹת יָבֵשׁ וְגָרִיד בְּדָלֶ"ת וְכֵן פֵּירֵשׁ בֶּעָרוּךְ [וּבַתּוֹסָ'] הָרַב בְּרֵי"שׁ כְּמוֹ חַמְרָא מִיגְרַר גָּרִיר (פְּסָחִים דַּף קז:):
Et l'on n'arrose pas un champ guerid. C'est-à-dire un champ bet ha-baal, parce qu'il est habituellement sec. On lit guerid avec un dalet, et c'est ainsi que l'explique le Aroukh ; [dans les Tossefot] le Rav le lit avec un rech, comme dans hamra migrar garir — le vin gratte [la gorge] (Pessahim 107b).
וַחֲכָמִים מַתִּירִין בָּזֶה וּבָזֶה. וְהָנֵי תְּרֵי פְּלֻוגְתָּא דִּבְהַךְ בָּרַיְיתָא הַייְנוּ כְּעֵין פְּלֻוגְתָּא בְּמַתְנִיתִין ות"ק דְּהָכָא הוּא ר"א בֶּן יַעֲקֹב:
Et les Sages permettent dans l'un et l'autre cas. Ces deux controverses de cette beraita sont du même ordre que celle de notre michna, et le tana kama d'ici est Rabbi Eliezer ben Yaakov.
💡 Explication

La beraita poursuit avec un dernier cas : le champ guerid, sec depuis toujours, qui n'a jamais eu besoin d'arrosage. Ne pas l'arroser ne fait perdre rien du tout ; l'arroser ne fait qu'améliorer. Le tana kama l'interdit donc, tandis que les Sages permettent ici aussi. Tossefot observe que la controverse de la beraita reproduit celle de la michna, et que le tana kama de la beraita est Rabbi Eliezer ben Yaakov.

8
אָמַר רָבִינָא: שְׁמַע מִינַּהּ הַאי תַּרְבִּיצָא שְׁרֵי לְתַרְבּוֹצֵי בְּחֻולָּא דְמוֹעֲדָא. שְׂדֵה גָרִיד מַאי טַעְמָא — דְּאַפְלָא מְשַׁוֵּי לַהּ חָרְפָא, הָכָא נָמֵי — אַפְלָא מְשַׁוֵּי לָהּ חָרְפָא.

Ravina a dit : apprends de là qu'un tarbitsa (jardin) peut être aspergé pendant hol ha-moed. Le champ guerid, quelle en est la raison ?

Parce que [l'arrosage] rend précoce ce qui serait tardif ; ici de même, il rend précoce ce qui serait tardif.

📜 Rachi (3)
תַּרְבִּיצָא גִּינָּה:
Tarbitsa — un jardin.
שָׁרִי לְתַרְבּוּצֵי לְזַלֵּף עָלֶיהָ מַיִם אע"ג דְּלֵיכָּא פְּסֵידָא לְתַרְבּוּצֵי לְהַשְׁקוֹת לְשׁוֹן אֵין מְכַבְּדִין וְאֵין מַרְבִּיצִין הַיְינוּ הַשְׁקָאָה פֻּורְתָּא כְּדֵי שֶׁיֵּצְאוּ הַיְּרָקוֹת וּכְדִמְפָרֵשׁ בְּאִידָךְ בָּרַיְיתָא לְקַמֵּיהּ וּמַשְׁקִין הַייְנוּ הַשְׁקָאָה גְּמוּרָה שֶׁל בֵּית הַשְּׁלָחִין:
Il est permis de l'asperger — de répandre sur lui un peu d'eau, bien qu'il n'y ait pas de perte. Letarbutsei signifie arroser, du même registre que l'expression on ne balaie pas et on n'asperge pas [la maison] : il s'agit d'un arrosage léger, pour que les légumes sortent, comme l'explique l'autre beraita plus loin ; tandis que machkin désigne l'arrosage complet d'un champ bet ha-chélahin.
אַפְלָא לְשַׁוּוֹיֵי חָרְפָא דְּלֵיכָּא פְּסֵידָא וְאַפֵּ"ה שָׁרִי לְהַשְׁקוֹתָהּ כָּךְ וּלְהַשְׁבִּיחָהּ ה"נ בְּגִינָּה מַרְבִּיצִין:
Rendre précoce ce qui serait tardif — il n'y a pas de perte, et pourtant il est permis de l'arroser ainsi et de l'améliorer ; de même, dans un jardin, on asperge.
🗂️ Tossefot (1)
שָׁרִי לְתַרְבּוּצֵי. וְקָשֶׁה הָא קַייְמָא לַן מִשְׁנַת ר"א קַב וְנָקִי וְעוֹד הִקְשָׁה בְּתוֹסָפוֹת דְּרָבִינָא גּוּפֵיהּ דְּאָמַר לְעֵיל (מוֹעֵד קָטָן דַּף ד.) מְדַלִּין יְרָקוֹת כְּדֵי לְאָוכְלָן אֲבָל לְייַפּוֹתָן אָסוּר אַלְמָא הַרְוָוחָא אָסוּר וְתֵירֵץ דְּתַרְבִּיצָא אֵינָהּ כ"א הַשְׁקָאָה פֻּורְתָּא ולפ"ז נִרְאֶה דְּה"פ דְּהַאי תַּרְבִּיצָא שָׁרִי לְתַרְבּוּצֵי אֲפִילּוּ לראב"י דְּכִי הֵיכִי דְּשָׁרוּ רַבָּנָן אַפְלָא לְשַׁוּוֹיֵי חָרְפָא גַּם לראב"י יַתִּיר ג"כ הַשְׁקָאָה פֻּורְתָּא אוֹ שֶׁמָּא סָבַר כר"א בְּהַשְׁקָאָה וּפְלִיג בְּהַרְבָּצָה וי"מ דִּפְלוּגְתָּא דִּשְׂדֵה גָּרִיד לָאו הַיְינוּ פְּלֻוגְתָּא דְּמַתְנִי' דְּמַייְרֵי בָּהּ ראב"י וַחֲכָמִים וּפְלִיגִי בְּאַפְלָא לְשַׁוּוֹיֵי חָרְפָא ת"ק חֲשִׁיב לֵיהּ הַרְווָחָא וְאָסוּר וְרַבָּנָן סָבְרִי דְּלָאו הַיְינוּ הַרְווָחָא דְּיֵשׁ אוֹהֵב יוֹתֵר אַפְלָא וְיִהְיוּ נִגְמָרִים יוֹתֵר וּמְבֻושָּׁלִים בְּטוֹב ור"ח פִּי' אָמַר רָבִינָא שְׁמַע מִינַּהּ הַאי תַּרְבִּיצָא פִּי' שָׂדֶה . שֶׁאֵין זָרוּעַ עֲדַיִין שֶׁכְּבָר הִשְׁקוּהוּ קֹודֶם מֻותָּר לְהַשְׁקוֹתוֹ בַּמּוֹעֵד לְזָורְעוֹ אַחַר הַמּוֹעֵד דְּסָבַר לָהּ כראב"י דְּאָמַר זְרָעִים שֶׁשָּׁתוּ לִפְנֵי הַמּוֹעֵד וְקָסָבַר . תַּרְבִּיצָא הָוֵי כְּמוֹ זְרָעִים שֶׁשָּׁתוּ לִפְנֵי הַמּוֹעֵד דְּהַיְינוּ שֵׁם תַּרְבִּיצָא שֶׁהִרְבִּיצוּהוּ קֹודֶם הַמּוֹעֵד וּמַקְּשִׁינַן עֲלָהּ שְׂדֵה גָּרִיד אָסוּר מִשּׁוּם דְּאִי מַשְׁקֵי לֵיהּ הָאִידָּנָא יַבְכִּיר קֹודֶם אֲבָל לָא פְּסִיד תַּרְבִּיצָא נָמֵי אִי מַשְׁקֶה הָאִידָּנָא קָדִים וּבַכִּיר וְלָא פְּסִיד וְזֶה הַשִּׁיטָה הוֹלֶכֶת דִּסְבִירָא לָן כראב"י. כָּךְ פֵּירֵשׁ ר"ח:
Il est permis de l'asperger. Difficulté : nous tenons pour règle que la michna de Rabbi Eliezer [ben Yaakov] est un kav, mais un kav pur — la halakha suit donc son avis, alors que Ravina raisonne ici d'après les Sages. Les Tossefot ont encore objecté que Ravina lui-même a dit plus haut (Moed Katan 4a) : on éclaircit les légumes pour les manger, mais les embellir est interdit ; donc le simple profit est interdit. Il a répondu que le tarbitsa n'est qu'un arrosage léger. Selon cela, le sens est que ce tarbitsa, il est permis de l'asperger même selon Rabbi Eliezer ben Yaakov : de même que les Sages permettent de rendre précoce ce qui serait tardif, Rabbi Eliezer ben Yaakov permettra lui aussi un arrosage léger. Ou peut-être pense-t-il comme Rabbi Eliezer [ben Yaakov] pour l'arrosage et diverge pour l'aspersion. Certains expliquent que la controverse sur le champ guerid n'est pas celle de notre michna, où interviennent Rabbi Eliezer ben Yaakov et les Sages : ils divergent sur le fait de rendre précoce ce qui serait tardif — le tana kama y voit un simple profit et l'interdit, tandis que les Sages estiment que ce n'est pas là un simple profit, car certains préfèrent une récolte tardive, plus achevée et mieux mûrie. Et Rabbenou Hananel a expliqué : Ravina a dit, apprends de là que ce tarbitsa — c'est-à-dire un champ qui n'est pas encore semé et que l'on a déjà arrosé auparavant — il est permis de l'arroser pendant le moed pour le semer après le moed, car il tient comme Rabbi Eliezer ben Yaakov qui a parlé de semences ayant bu avant le moed, et il estime que le tarbitsa est comme des semences ayant bu avant le moed, puisqu'on l'appelle tarbitsa du fait qu'on l'a aspergé avant le moed. Et l'on objecte : le champ guerid est interdit parce que, si on l'arrose maintenant, il mûrira plus tôt sans qu'il y ait de perte ; le tarbitsa de même, si on l'arrose maintenant il avancera et mûrira plus tôt sans qu'il y ait de perte. Cette voie se tient pour qui tranche comme Rabbi Eliezer ben Yaakov. Ainsi a expliqué Rabbenou Hananel.
💡 Explication

Ravina tire une conséquence de la position des Sages sur le champ guerid. S'ils permettent d'arroser un champ qui ne perdrait rien, c'est que le seul avantage de rendre précoce (harfa) une récolte qui serait venue tardivement (apla) suffit à autoriser le geste pendant le moed. La même raison vaut pour le tarbitsa, le jardin potager que l'on asperge légèrement.

Rachi distingue deux gestes qu'il ne faut pas confondre : la harbatsa, aspersion légère destinée à faire sortir les légumes, et le hachkaa complet, l'irrigation d'un bet ha-chélahin. Tossefot rapporte les difficultés que soulève cette lecture et les réponses proposées, dont celle de Rabbenou Hananel.

🖼️ Schéma
De la perte certaine au simple gain : l'échelle des cas perte certaine simple gain bet ha-chélahin champ irrigué champ métounenet humide puis desséché semences ayant bu avant le moed champ guerid sec depuis toujours tarbitsa jardin Le raisonnement de Ravina 1. Les Sages permettent le champ guerid 2. Or il n'y a là aucune perte 3. Leur raison : apla mechavei la harfa 4. Donc le tarbitsa aussi est permis Apla mechavei la harfa l'arrosage rend précoce une récolte qui serait venue tardivement Rachi distingue deux gestes : harbatsa = arrosage léger / machkin = arrosage complet
L'échelle des cas, de la perte certaine au simple gain, et le raisonnement de Ravina.
9
תָּנוּ רַבָּנַן: מַרְבִּיצִין שְׂדֵה לָבָן בַּשְּׁבִיעִית, אֲבָל לֹא בַּמּוֹעֵד.

Nos maîtres ont enseigné : on asperge un champ blanc (sade lavan) pendant la chemita, mais pas pendant le moed.

📜 Rachi (1)
שְׂדֵה לָבָן בֵּית הַבַּעַל:
Champ blanc — un champ bet ha-baal.
🗂️ Tossefot (1)
מַרְבִּיצִין שְׂדֵה לָבָן בַּשְּׁבִיעִית. לְגַבֵּי שְׁבִיעִית פֵּי' הַקּוּנְטְרֵס הַשְׁקָאָה פֻּורְתָּא וְנִרְאֶה שֶׁחָזַר בּוֹ מִמַּה שֶׁפֵּירֵשׁ בַּמִּשְׁנָה מַשְׁקִין בֵּית הַשְּׁלָחִין בַּמּוֹעֵד וּלְגַבֵּי שְׁבִיעִית שָׁרִי אֲפִילּוּ בֵּית הַבַּעַל וַאֲנִי פֵּירַשְׁתִּי בַּמִּשְׁנָה דִּשְׁבִיעִית נָמֵי לָא שָׁרִי אֶלָּא בְּבֵית הַשְּׁלָחִין כִּדְפֵי' בַּקּוּנְטְרֵס כָּאן אֲבָל ק"ל שֶׁמָּא הָכָא אַיְירֵי בְּהַשְׁקָאָה גְּמוּרָה דִּפְלִיגִי לְגַבֵּי מוֹעֵד ראב"י וְרַבָּנָן וּפְלֻוגְתַּייְהוּ הָוֵי בְּהַשְׁקָאָה מְרֻובָּה וְאַדְּרַבָּה נִרְאֶה לִי דְּמַייְרֵי בְּהַשְׁקָאָה גְּמוּרָה אֶלָּא לְגַבֵּי שְׁלָחִין שֶׁצָּרִיךְ הַשְׁקָאָה נְקַט מַשְׁקִין וְגַבֵּי בֵּית הַבַּעַל קָרוּי הַרְבָּצָה לָכֵן נִרְאֶה יוֹתֵר פֵּי' הַקּוּנְטְרֵס שֶׁבַּמִּשְׁנָה וּלְפִי' דְּהָכָא צ"ל דְּהַשְׁקָאָה גְּמוּרָה אֲסוּרָה בְּבֵית הַבַּעַל וְהַרְבָּצָה מוּעֶטֶת שָׁרִי בַּשְּׁבִיעִית וּבַמּוֹעֵד אָסוּר אֲפִילּוּ הַרְבָּצָה מוּעֶטֶת לר"א בֶּן יַעֲקֹב וּלְרַבָּנָן שָׁרִי אפ' הַשְׁקָאָה גְּמוּרָה:
On asperge un champ blanc pendant la chemita. À propos de la chemita, le Kountress (Rachi) explique qu'il s'agit d'un arrosage léger ; il semble qu'il soit revenu sur ce qu'il avait expliqué dans la michna on arrose un champ bet ha-chélahin pendant le moed, où il permettait pendant la chemita même un champ bet ha-baal. J'ai expliqué moi-même dans la michna que, pour la chemita aussi, on ne permet qu'un champ bet ha-chélahin, comme le Kountress l'explique ici. Mais une difficulté se pose : peut-être s'agit-il ici d'un arrosage complet, puisque Rabbi Eliezer ben Yaakov et les Sages divergent à propos du moed et que leur controverse porte sur un arrosage abondant. Au contraire, il me semble qu'il s'agit d'un arrosage complet, sauf que pour un champ bet ha-chélahin, qui exige d'être arrosé, on emploie le terme machkin, tandis que pour un champ bet ha-baal on parle de harbatsa. L'explication du Kountress dans la michna paraît donc préférable. Et selon l'explication d'ici, il faut dire que l'arrosage complet est interdit dans un champ bet ha-baal, que l'aspersion légère est permise pendant la chemita, et que pendant le moed même une aspersion légère est interdite selon Rabbi Eliezer ben Yaakov, tandis que selon les Sages même l'arrosage complet est permis.
💡 Explication

Le sade lavan, littéralement champ blanc, est un champ de céréales ou de légumes, par opposition au champ planté d'arbres ; Rachi précise qu'il s'agit ici d'un bet ha-baal. La beraita oppose deux régimes : l'aspersion est permise pendant la chemita (septième année), interdite pendant le moed. Tossefot discute longuement l'intensité d'arrosage visée dans chacun des deux cas.

10
וְהָא תַּנְיָא: מַרְבִּיצִין בֵּין בַּמּוֹעֵד בֵּין בַּשְּׁבִיעִית! אָמַר רַב הוּנָא, לָא קַשְׁיָא: הָא רַבִּי אֱלִיעֶזֶר בֶּן יַעֲקֹב, הָא רַבָּנָן.

Mais n'a-t-on pas enseigné : on asperge aussi bien pendant le moed que pendant la chemita ! Rav Houna a dit : ce n'est pas une difficulté — ceci [suit] Rabbi Eliezer ben Yaakov, cela [suit] les Sages.

📜 Rachi (1)
הָא דְּקָתָנֵי אֲבָל לֹא יַשְׁקֵם בַּמּוֹעֵד הַייְנוּ ר"א בֶּן יַעֲקֹב דְּאָמַר אֲבָל לֹא יַשְׁקֶה אֶת כָּל הַשָּׂדֶה כֻּולָּהּ וְהָא דְּתָנֵי בֵּין בַּמּוֹעֵד בֵּין בַּשְּׁבִיעִית הַייְנוּ חֲכָמִים דְּמַתִּירִין לְהַשְׁקוֹת אַפֵּי' כָּל הַשָּׂדֶה:
Ceci — ce qui enseigne qu'il ne les arrose pas pendant le moed, c'est Rabbi Eliezer ben Yaakov, qui a dit qu'il n'arrose pas le champ tout entier ; et ce qui enseigne aussi bien pendant le moed que pendant la chemita, ce sont les Sages, qui permettent d'arroser même le champ tout entier.
💡 Explication

Deux beraitot se contredisent sur l'aspersion pendant le moed. Rav Houna les partage entre les deux positions de la michna : celle qui interdit est de Rabbi Eliezer ben Yaakov, qui refuse d'arroser le champ entier, celle qui permet est des Sages.

11
תַּנְיָא אִידָךְ: מַרְבִּיצִין שְׂדֵה לָבָן עֶרֶב שְׁבִיעִית כְּדֵי שֶׁיֵּצְאוּ יְרָקוֹת בַּשְּׁבִיעִית, וְלֹא עוֹד אֶלָּא שֶׁמַּרְבִּיצִין שְׂדֵה לָבָן בַּשְּׁבִיעִית כְּדֵי שֶׁיֵּצְאוּ יְרָקוֹת לְמוֹצָאֵי שְׁבִיעִית.

On a enseigné par ailleurs : on asperge un champ blanc la veille de la chemita afin que les légumes sortent pendant la chemita ; et bien plus, on asperge un champ blanc pendant la chemita afin que les légumes sortent à l'issue de la chemita.

📜 Rachi (1)
כְּדֵי שֶׁיֵּצְאוּ בַּשְּׁבִיעִית אֲבָל לֹא יַשְׁקֶה בַּשְּׁבִיעִית כְּדֵי שֶׁיֵּצְאוּ בַּשְּׁבִיעִית:
Afin qu'ils sortent pendant la chemita — mais il n'arrose pas pendant la chemita afin qu'ils sortent pendant la chemita.
💡 Explication

Cette beraita mesure ce que la chemita interdit réellement. L'aspersion est un travail assez léger pour être permise l'année précédente, même si la pousse aura lieu pendant la septième année ; et permise pendant la septième année elle-même, pourvu que la pousse vienne après. Rachi précise la limite : arroser pendant la chemita pour que les légumes sortent pendant la chemita reste interdit.

12
מַתְנִי׳ צָדִין אֶת הָאִישׁוּת וְאֶת הָעַכְבָּרִים מִשְּׂדֵה הָאִילָן וּמִשְּׂדֵה הַלָּבָן כְּדַרְכּוֹ בַּמּוֹעֵד וּבִשְׁבִיעִית. וַחֲכָמִים אוֹמְרִים: מִשְּׂדֵה הָאִילָן — כְּדַרְכּוֹ, וּמִשְּׂדֵה הַלָּבָן — שֶׁלֹּא כְּדַרְכּוֹ.

MICHNA. On piège le ichout et les souris, dans un champ d'arbres comme dans un champ blanc, à la manière habituelle (kedarko), pendant le moed et pendant la chemita.

Et les Sages disent : dans un champ d'arbres, à la manière habituelle ; dans un champ blanc, autrement qu'à la manière habituelle.

📜 Rachi (5)
מַתְנֵי' צָדִין הָאִישּׁוּת בִּשְׂדֵה הָאִילָן בַּמּוֹעֵד מִפְּנֵי שֶׁמַּפְסִידִין בּוֹ:
Michna. On piège le ichout — dans un champ d'arbres pendant le moed, parce qu'ils y causent des dégâts.
כְּדַרְכּוֹ שֶׁאֵין צָרִיךְ לְשַׁנּוֹת בְּצִידָּהּ:
À la manière habituelle — il n'est pas nécessaire de modifier sa façon de piegier.
וּבַשְּׁבִיעִית אע"ג דִּמְתַקֵּן הַשָּׂדֶה:
Et pendant la chemita — bien qu'il améliore ainsi le champ.
בִּשְׂדֵה הָאִילָן צָד כְּדַרְכּוֹ מִפְּנֵי שֶׁהֶפְסֵד מְרֻובֶּה הוּא:
Dans un champ d'arbres — il piège à la manière habituelle, parce que la perte y est considérable.
וּבִשְׂדֵה לָבָן שֶׁלֹּא כְּדַרְכּוֹ וְאֵינוֹ יָכוֹל לָצוּד כְּדַרְכּוֹ בִּשְׂדֵה לָבָן מִשּׁוּם דְּלָא מַפְסִיד כֻּולֵּי הַאי בִּשְׂדֵה לָבָן:
Et dans un champ blanc, autrement qu'à la manière habituelle — il ne peut pas piegier à la manière habituelle dans un champ blanc, parce que la perte n'y est pas aussi grande.
🗂️ Tossefot (1)
צָדִין אֶת הָאִישּׁוּת בַּמּוֹעֵד וּבַשְּׁבִיעִי'. תֵּימַהּ מַאי קמ"ל בִּשְׁבִיעִית וַהֲלֹא אֵין זוֹ עֲבוֹדַת קַרְקַע וְרַבִּי יְהוּדָה מַאי טַעְמָא דְּאָסַר כְּדַרְכּוֹ וְי"ל דְּוַדַּאי צָרִיךְ לְמִיסְקַל אֲבָנִים מִתּוֹךְ שָׂדֵהוּ כְּשֶׁמְּפַנֶּה הָאִישּׁוּת וּתְנַן פ"ג דִּשְׁבִיעִית הַמְסַקֵּל שָׂדֵהוּ נוֹטֵל הָעֶלְיוֹנוֹת וּמַנִּיחַ הַתַּחְתּוֹנוֹת הַנּוֹגְעוֹת בָּאָרֶץ וְכֵן גַּרְגֵּיר שֶׁל צְרוֹרוֹת וְכוּ' אִישׁוּת מְפֹורָשׁ בִּירוּשַׁלְמִי חֻולְדָּה:
On piège le ichout pendant le moed et pendant la chemita. Étonnant : que nous apprend-on a propos de la chemita, puisque ce n'est pas un travail de la terre ? Et Rabbi Yehouda, quelle raison a-t-il d'interdire la manière habituelle ? On peut répondre qu'il faut nécessairement retirer des pierres de son champ lorsqu'on en dégage le ichout ; or nous avons appris au chapitre 3 de Chevi'it : celui qui épierre son champ prend les pierres du dessus et laisse celles du dessous qui touchent la terre, et de même pour un amas de cailloux, etc. Quant au ichout, il est expliqué dans le Yerouchalmi comme étant la houlda (belette).
💡 Explication

Nouvelle michna, gouvernée par le même critère de perte. Le ichout et les souris rongent les racines ; dans un champ d'arbres, les dégâts sont irrémédiables, et l'on piège donc kedarko, sans rien changer à sa manière de faire. Dans un champ blanc, la perte est moindre, et les Sages exigent de piegier chelo kedarko, en modifiant le procédé, marque du caractère particulier du moed.

Tossefot s'étonne de la mention de la chemita, le piégeage n'étant pas un travail de la terre, et répond que dégager le ichout suppose d'épierrer le champ, ce que la chemita restreint.

🖼️ Schéma
Seconde michna : piégeage et brèche, pendant le moed et pendant la chemita Acte Tana kama Les Sages Piegier ichout et souris dans un champ d'arbres kedarko (à l'habitude) kedarko (à l'habitude) Piegier ichout et souris dans un champ blanc (céréales) kedarko chelo kedarko (autrement) Boucher une brèche dans le mur du jardin moed : mekarin, bouchage sommaire seulement chemita : il bâtit kedarko, à la manière habituelle Raison du partage selon Rachi : dans un champ d'arbres la perte est considérable, donc on ne modifie rien dans un champ blanc la perte est moindre, donc les Sages exigent un changement dans la manière de faire
Piégeage et bouchage d'une brèche : ce qui est permis pendant le moed et pendant la chemita.
13
וּמְקָרִין אֶת הַפִּירְצָה בַּמּוֹעֵד, וּבַשְּׁבִיעִית בּוֹנֶה כְּדַרְכּוֹ.

Et l'on bouche sommairement la brèche pendant le moed ; et pendant la chemita, on la bâtit à la manière habituelle.

📜 Rachi (2)
וּמְקָרִין אֶת הַפִּירְצָה שֶׁאִם נָפְלָה מִקְצָתָהּ חוֹזֵר וּמְתַקְּנָהּ בַּמּוֹעֵד:
Et l'on bouche la brèche — si une partie [du mur] est tombée, il revient la réparer pendant le moed.
וּבַשְּׁבִיעִית בּוֹנֶה כְּדַרְכּוֹ מִתְּחִילָּה אע"ג דְּמִיחְזֵי דַּעֲבִיד נְטִירוּתָא לְפֵירֵי:
Et pendant la chemita il bâtit à la manière habituelle — dès le départ, bien que cela paraisse une protection faite pour les fruits.
💡 Explication

Le verbe mekarin désigne un bouchage grossier, simple empilement destiné à fermer le passage. Pendant le moed, seul ce geste rapide est permis, car une construction en règle serait une melakha pleine. Pendant la chemita, rien n'interdit de bâtir normalement : bâtir un mur n'est pas un travail de la terre, bien que le mur protège les fruits.

14
גְּמ׳ מַאי אִישׁוּת? אָמַר רַב יְהוּדָה: בְּרִיָּה שֶׁאֵין לָהּ עֵינַיִם. אָמַר רָבָא בַּר יִשְׁמָעֵאל וְאִיתֵּימָא רַב יֵימַר בַּר שֶׁלֶמְיָא: מַאי קְרָא? ״כְּמוֹ שַׁבְּלוּל תֶּמֶס יַהֲלֹךְ נֵפֶל אֵשֶׁת בַּל חָזוּ שָׁמֶשׁ״.

GUEMARA. Qu'est-ce que le ichout ?

Rav Yehouda a dit : une créature qui n'a pas d'yeux. Rava bar Yichmael a dit, et certains disent Rav Yemar bar Chelamya : quel est le verset ?

Comme la limace qui se dissout en avançant, tel le nefel echet, qui n'a pas vu le soleil (Tehilim 58, 9).

📜 Rachi (4)
גְּמ' בְּרִיָּה שֶׁאֵין לָהּ עֵינַיִם וְחוֹפֵר בַּקַּרְקַע:
Guemara. Une créature qui n'a pas d'yeux — et qui creuse dans le sol.
מַאי קְרָא דְּאִישׁוּת בְּרִיָּה שֶׁאֵין לָהּ עֵינַיִם:
Quel est le verset — qui indique que le ichout est une créature sans yeux.
דִּכְתִיב כְּמוֹ שַׁבְּלוּל תֶּמֶס יַהֲלֹךְ שַׁבְּלוּל שֶׁקּוֹרִין לימצו"ן תֶּמֶס יַהֲלֹךְ. כְּלוֹמַר כְּשֶׁיּוֹצֵא חוּץ מִנַּרְתִּיקוֹ רִירוֹת נוֹפְלוֹת מִמֶּנּוּ עַד שֶׁהוּא נִימּוֹחַ וּמֵת תֶּמֶס כְּמוֹ וְנָמֵס:
Car il est écrit : comme la limace qui se dissout en avançant — le chavloul, que l'on appelle limecon. Elle se dissout en avançant, c'est-à-dire : lorsqu'elle sort de sa coquille, des sécrétions tombent d'elle jusqu'à ce qu'elle se dissolve et meure. Tames a le sens de nimas, fondre.
נֵפֶל אֵשֶׁת בַּל חָזוּ שָׁמֶשׁ כְּלוֹמַר כָּךְ אִישׁוּת נוֹפְלוֹת פִּתְאוֹם לָאָרֶץ וּמֵתִים דְּלָא חָזוּ:
Nefel echet, qui n'a pas vu le soleil — c'est-à-dire que les ichout tombent ainsi soudainement à terre et meurent, parce qu'ils ne voient pas.
💡 Explication

La guemara identifie l'animal. Le ichout est un rongeur fouisseur privé d'yeux. Le verset sert d'appui : le mot echet y est lu comme le nom de cette créature, et la fin du verset — qui n'a pas vu le soleil — comme la description de sa cécité. Rachi explique au passage l'image de la limace qui se défait de ses propres sécrétions.

15
תָּנוּ רַבָּנַן: צָדִין אֶת הָאִישׁוּת וְאֶת הָעַכְבָּרִים מִשְּׂדֵה הַלָּבָן וּמִשְּׂדֵה הָאִילָן כְּדַרְכּוֹ, וּמַחֲרִיבִין חוֹרֵי נְמָלִים. כֵּיצַד מַחֲרִיבִין? רַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל אוֹמֵר: מֵבִיא עָפָר מֵחֹור זֶה וְנוֹתֵן לְתוֹךְ חֹור זֶה, וְהֵן חוֹנְקִין זֶה אֶת זֶה.

Nos maîtres ont enseigné : on piège le ichout et les souris, d'un champ blanc comme d'un champ d'arbres, à la manière habituelle ; et l'on détruit les fourmilières. Comment les détruit-on ?

Rabban Chimon ben Gamliel dit : il apporte de la terre de ce trou-ci et la met dans ce trou-là, et elles s'étranglent les unes les autres.

📜 Rachi (1)
וְחוֹנְקִין זוֹ אֶת זוֹ מִפְּנֵי שֶׁמְּרִיחִין אֶת הֶעָפָר וְאֵין מַכִּירִין בְּאוֹתוֹ עָפָר:
Et elles s'étranglent les unes les autres — parce qu'elles sentent cette terre et ne la reconnaissent pas.
💡 Explication

La beraita ajoute un procédé indirect. Plutôt que de détruire soi-même les fourmilières, on mélange la terre de deux nids : les fourmis, qui se reconnaissent à l'odeur de leur terre, prennent les intruses pour des étrangères et se combattent. Rachi souligne que tout repose sur cette reconnaissance olfactive.

16
אָמַר רַב ייֵמַר בַּר שֶׁלֶמְיָא מִשְּׁמֵיהּ דְּאַבָּיֵי: וְהוּא דְּקָאֵי בִּתְרֵי עֶבְרֵי נַהֲרָא, וְהוּא דְּלֵיכָּא גִּשְׁרָא, וְהוּא דְּלֵיכָּא גַּמְלָא, וְהוּא דְּלֵיכָּא מִצְרָא.

Rav Yémar bar Chelamya a dit au nom d'Abaye : et cela à condition que [les deux fourmilières] se trouvent sur les deux rives d'un fleuve, qu'il n'y ait pas de pont, qu'il n'y ait pas de gamla (planche), et qu'il n'y ait pas de mitsra (corde tendue).

📜 Rachi (4)
וְהוּא דְּקָאֵי בִּתְרֵי עֶבְרֵי נַהֲרָא דְּכֵיוָן דְּאִיכָּא הֶפְסֵק מַיִם בֵּין הָנֵי תַּרְתֵּי חוֹרֵי נְמָלִים אֵין מַכִּירִים הָנֵי בְּעָפָר דְּהָנֵי:
Et cela à condition qu'elles se trouvent sur les deux rives d'un fleuve — puisqu'une séparation d'eau existe entre ces deux fourmilières, les unes ne reconnaissent pas la terre des autres.
גִּישְׁרָא גֶּשֶׁר:
Guichra — un pont.
גַּמְלָא שֶׁאֵין לוֹ גֶּשֶׁר אֶלָּא מִנֶּסֶר אֶחָד:
Gamla — la où il n'y a pas de pont, mais une seule planche.
וּמִצְרָא עֲדַייִן קָטָן מִגַּמְלָא אֵין יָכוֹל לְהַלֵּךְ עָלָיו אֶלָּא כְּשֶׁקּוֹשְׁרִים חֶבֶל אֶחָד מִשְּׁנֵי עֶבְרֵי הַנָּהָר בִּשְׁתֵּי יְתֵידוֹת וְאוֹחֲזִין בּוֹ וְהוֹלְכִין עַל אוֹתוֹ גֶּשֶׁר צַר אֲבָל אִי אִיכָּא חַד מֵהֶן מַכִּירִין הָנֵי בְּחוֹרֵי דְּהָנֵי:
Et mitsra — plus étroit encore que le gamla : on ne peut y marcher qu'en attachant une corde d'une rive à l'autre à deux piquets ; on s'y tient et l'on avance sur ce passage étroit. Mais s'il existe l'un de ces passages, les unes reconnaissent [la terre] des trous des autres.
💡 Explication

Abaye pose la condition qui rend le procédé efficace : les deux nids doivent être réellement étrangers l'un à l'autre. Il faut donc une séparation d'eau, et aucun passage ne doit la franchir — ni guichra (pont), ni gamla (planche unique), ni même mitsra, une corde tendue entre deux piquets à laquelle on se tient pour traverser. Le moindre lien suffirait à ce que les fourmis se reconnaissent, et le procédé échouerait.

🖼️ Schéma
Détruire deux fourmilières : les quatre conditions d'Abaye Fourmilière A on y prend de la terre Fourmilière B on y verse cette terre fleuve séparation Aucun passage ne doit relier les deux rives guichra un pont gamla une simple planche mitsra une corde tendue rien du tout alors la terre est étrangère
Les quatre conditions d'Abaye : une séparation d'eau et aucun passage, si étroit soit-il.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).