Moed Katan 7a — Piégeage des rongeurs, murs à réparer et examen des nega'im pendant la fête

Moed_Katan 7a

Sougya : Le folio achève d'abord la sougya des fourmilières ouverte plus haut : au cours d'eau sans pont il faut ajouter une distance d'une parsa. Il passe ensuite à la michna sur le piégeage des taupes et des mulots, où Rabbi Yehouda oppose le champ d'arbres au champ blanc, tandis qu'une beraita de Rabbi Chimon ben Elazar élargit la permission au champ blanc voisin d'un verger.

La sougya centrale est celle du mur : Rav Hisda limite la restriction de la michna au mur du jardin et permet de rebâtir normalement le mur de la cour ; la beraita du mur penché vers le domaine public est lue tour à tour comme un appui et comme une réfutation, jusqu'à ce que Rav Achi tire de la clause de la septième année que la michna vise bien le jardin. La seconde moitié ouvre une nouvelle michna : le kohen peut-il examiner les nega'im pendant la fête ?

Rabbi Meir permet l'examen quand il allège, les sages le refusent dans les deux sens, et Rabbi puis Rava répartissent les avis selon l'état du malade.

Piégeage des taupes et des mulots à hol hamoed : quel procédé selon le champ Où piège-t-on ? Champ d'arbres (verger) Champ blanc (céréales) À la manière habituelle creuser une fosse, y suspendre un piège Voisin de la ville Voisin d'un verger Autrement qu'à la manière habituelle : planter une broche, frapper à la houe, racler la terre À la manière habituelle les rongeurs gagneraient le verger et le ruineraient Rabbi Yehouda : la perte dans un champ de céréales reste limitée, le procédé inhabituel y suffit. Rabbi Chimon ben Elazar : la où des arbres sont menacés, la perte devient irréparable et tout est permis.
Le procédé permis dépend du type de champ, et donc de l ampleur de la perte redoutée.
Trois murs, trois régimes pendant hol hamoed Mur du jardin Mur de la cour Mur penché vers le domaine public Boucher la brèche : oui palmes et laurier, ou pierres entassées sans mortier Bâtir normalement : non Perte faible si des gens entrent dans le jardin Bâtir normalement : oui Démolir : non Perte lourde si des voleurs entrent et prennent son bien position de Rav Hisda Démolir : oui Rebâtir normalement : oui Raison : le danger pour les passants. Sans le rebâtir, il renoncerait à démolir La beraita du mur penché ne réfute pas Rav Hisda : elle ajoute la démolition, que Rav Hisda n'a jamais permise pour la cour. Le mur de la cour, on le rebâtit seulement, et seulement s'il était déjà tombé.
Rav Hisda et la beraita du mur penché : ce que l on peut démolir et ce que l on peut rebâtir.
Examiner un nega pendant la fête : les états du malade et les avis Pur jamais examiné Premier hesger Second hesger Mouhlat déclaré impur à coup sur On ne l'examine pas tous d'accord On l'examine tous d'accord Ici porte la mahloket la suite du propos de Rava est en 7b bande du dessus : les états du malade ; bande du dessous : le partage établi par Rava Avis Position Rabbi Meir (michna) On examine pour alléger, non pour aggraver : voyant l'impureté, le kohen se tait. Les sages (michna) On n'examine pas du tout, dans aucun des deux sens. Rabbi Yossi (beraita) Qui s'occupe de lui pour alléger s'en occupe aussi pour aggraver. Rabbi Rabbi Meir vaut pour le mousgar, Rabbi Yossi pour le mouhlat. Enjeu : déclarer un homme impur pendant la fête le plonge dans la peine, contre le devoir de joie.
La michna des nega'im : les états du malade, les quatre positions, et le partage de Rava.
1
עַד כַּמָּה — עַד פַּרְסָה.

Jusqu'à quelle distance ? Jusqu'à une parsa.

📜 Rachi (2)
עַד כַּמָּה מְרֻוחָקִין הָנֵי תְּרֵי חוֹרֵי נְמָלִים דְּכִי אִיכָּא נַהֲרָא בֵּינַיְיהוּ וְלֵיכָּא גִּישְׁרָא דְּאֵין מַכִּירִין הָנֵי בְּחוֹרֵי דְּהָנֵי:
Jusqu'à quelle distance — ces deux trous de fourmis doivent-ils être éloignés, pour que, s'il y a entre eux un cours d'eau et pas de pont, celles-ci ne reconnaissent pas les trous de celles-là.
עַד פַּרְסָה אִי לֵיכָּא פַּרְסָה בֵּינַייְהוּ אע"ג דְּאִיכָּא נַהֲרָא וְלֵיכָּא מַעֲבָר מַכִּירִין הָנֵי בְּחוֹרֵי דְּהָנֵי:
Jusqu'à une parsa — s'il n'y a pas une parsa entre eux, même s'il y a un cours d'eau et pas de passage, celles-ci reconnaissent les trous de celles-là.
🗂️ Tossefot (1)
עַד כַּמָּה עַד פַּרְסָה. דְּאֵין מַכִּירִין זֶה אֶת זֶה בְּיוֹתֵר מִפַּרְסָה אַפֵּי' בְּלֹא נָהָר א"נ ה"פ כְּשֶׁיֵּשׁ נָהָר מָתַי קָרַוְיִין מַכִּירִין עַד פַּרְסָה אֲבָל בְּיוֹתֵר מִיקְּרֵי אֵין מַכִּירִין וְדַוְקָא דְּאִיכָּא נָהָר:
Jusqu'à quelle distance ? Jusqu'à une parsa. Car elles ne se reconnaissent pas les unes les autres au-delà d'une parsa, même sans cours d'eau. Ou bien voici l'explication : lorsqu'il y a un cours d'eau, jusqu'à quelle distance sont-elles dites se reconnaître ? Jusqu'à une parsa ; mais au-delà on les dit ne pas se reconnaître — et cela précisément là où il y a un cours d'eau.
💡 Explication

Fin de la sougya des fourmilières ouverte plus haut. Pour se débarrasser des fourmis pendant hol hamoed, on prend de la terre d'une fourmilière et on la dépose dans une autre : les deux colonies, se prenant pour des intruses, s'entretuent. Le procédé ne fonctionne que si les fourmis ne se reconnaissent pas entre elles, ce qui suppose un cours d'eau entre les deux nids et l'absence de pont.

La guemara ajoute ici une seconde condition, de distance : une parsa, environ quatre milles. Rachi le dit clairement : en deçà d'une parsa, même avec une rivière infranchissable, les fourmis se reconnaissent encore et le procédé échoue. Tossefot propose une lecture alternative, où la distance suffirait à elle seule.

🖼️ Schéma
Deux conditions pour que les fourmilières ne se reconnaissent pas cours d'eau sans pont fourmilière A fourmilière B plus d'une parsa Première lecture de Tossefot Au-delà d'une parsa, elles ne se reconnaissent plus, même sans cours d'eau. Seconde lecture de Tossefot Le cours d'eau est requis : avec lui, jusqu'à une parsa elles se reconnaissent encore ; au-delà, non.
Les deux conditions requises, et les deux façons dont Tossefot les articule.
2
רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: מִשְּׂדֵה הָאִילָן כְּדַרְכּוֹ, וּמִשְּׂדֵה הַלָּבָן שֶׁלֹּא כְּדַרְכּוֹ. תָּנוּ רַבָּנַן: כֵּיצַד כְּדַרְכּוֹ? חוֹפֵר גֻּומָּא וְתוֹלֶה בָּהּ מְצוּדָה. כֵּיצַד שֶׁלֹּא כְּדַרְכּוֹ? נוֹעֵץ שַׁפּוּד וּמַכֶּה בְּקֻורְדֹּום וּמְרַדֶּה הָאֲדָמָה מִתַּחְתֶּיהָ.

Rabbi Yehouda dit : dans un champ d'arbres, à sa manière habituelle ; et dans un champ blanc, autrement qu'à sa manière habituelle. Nos maîtres ont enseigné : comment fait-on a sa manière habituelle ?

Il creuse une fosse et y suspend un piège. Comment fait-on autrement qu'à sa manière habituelle ?

Il plante une broche, frappe avec la houe et racle la terre au-dessous.

📜 Rachi (1)
נוֹעֵץ שְׁפוּד בְּמָקוֹם שֶׁהֵן מְצֻוִּין וּמָרְדָה הָאֲדָמָה וּמְמַעֵךְ אוֹתָן:
Il plante une broche — à l'endroit où ils se trouvent ; et il racle la terre et les écrase.
💡 Explication

La michna traite du piégeage des taupes et des mulots pendant la fête. Le champ d'arbres est un verger : les rongeurs y attaquent les racines et la perte est lourde et durable. Le champ blanc est un champ de céréales, ainsi nommé parce qu'aucun arbre n'y fait d'ombre ; la perte y reste limitée à la récolte de l'année.

Le principe général de hol hamoed autorise le travail nécessaire pour éviter un davar haaved, une perte irréversible, mais impose souvent un chinouy, une modification du geste ordinaire, quand la perte est moindre. La beraita décrit les deux gestes : le piège installé dans une fosse, qui est la technique du professionnel, et le procédé rudimentaire de la broche et de la houe.

3
תַּנְיָא, רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן אֶלְעָזָר אוֹמֵר: כְּשֶׁאָמְרוּ מִשְּׂדֵה לָבָן שֶׁלֹּא כְּדַרְכּוֹ, לֹא אָמְרוּ אֶלָּא בִּשְׂדֵה לָבָן הַסְּמוּכָה לָעִיר, אֲבָל בִּשְׂדֵה לָבָן הַסְּמוּכָה לִשְׂדֵה הָאִילָן — אֲפִילּוּ כְּדַרְכּוֹ, שֶׁמָּא יֵצְאוּ מִשְּׂדֵה הַלָּבָן וְיַחְרִיבוּ אֶת הָאִילָנוֹת.

Il a été enseigné : Rabbi Chimon ben Elazar dit : lorsqu'ils ont dit, dans un champ blanc, autrement qu'à sa manière habituelle, ils ne l'ont dit que d'un champ blanc voisin de la ville ; mais dans un champ blanc voisin d'un champ d'arbres, même à sa manière habituelle, de peur qu'ils ne sortent du champ blanc et ne ruinent les arbres.

🗂️ Tossefot (1)
תַּנְיָא רַ"שִׁ בֶּן אֶלְעָזָר אוֹמֵר. לָא יָדַעְנָא מָה הוּא אִם הוּא תַּנָּא שְׁלִישִׁי אוֹ שֶׁמָּא מִילְּתֵיהּ דת"ק מְפָרֵשׁ אוֹ שֶׁמָּא י"ל דְּרַבִּי יְהוּדָה מוֹדֶה בִּשְׂדֵה לָבָן הַסְּמוּכָה לִשְׂדֵה הָאִילָן וַחֲכָמִים מַייְרֵי בְּשָׂדֶה הַסְּמוּכָה לְבֵית הַשְּׁלָחִין לֹא בַּשָּׂדֶה הַסְּמוּכָה לְבֵית הָאִילָן וְנִרְאֶה לִי דְּגָרְסִינַן הָכִי בְּאֵיזֶה שְׂדֵה לָבָן מַתִּירִין חֲכָמִים וְיֵשׁ סְפָרִים שֶׁכָּתוּב בָּהֶן כְּשֶׁאָמְרוּ בִּשְׂדֵה לָבָן שֶׁלֹּא כְּדַרְכּוֹ לֹא אָמְרוּ אֶלָּא בִּשְׂדֵה לָבָן הַסְּמוּכָה לָעִיר וְקָאֵי עַל דִּבְרֵי רַבִּי יְהוּדָה כוּ':
Il a été enseigné : Rabbi Chimon ben Elazar dit. Je ne sais pas ce qu'il en est : est-ce un troisième tana, ou bien explique-t-il les paroles du premier tana, ou bien peut-on dire que Rabbi Yehouda concède dans le cas d'un champ blanc voisin d'un champ d'arbres, et que les sages parlent d'un champ voisin d'un terrain irrigué et non d'un champ voisin d'un verger. Et il me semble que la leçon est celle-ci : dans quel champ blanc les sages permettent-ils ? Et il y a des livres où il est écrit : lorsqu'ils ont dit, dans un champ blanc, autrement qu'à sa manière habituelle, ils ne l'ont dit que d'un champ blanc voisin de la ville — et cela se rapporte aux paroles de Rabbi Yehouda, etc.
💡 Explication

Rabbi Chimon ben Elazar fait dépendre la règle de ce que les rongeurs peuvent atteindre à partir du champ. Un champ de céréales adossé à la ville est un cul-de-sac : les dégâts s'arrêtent à la récolte. Adossé à un verger, il devient un couloir vers les arbres, et la perte redoutée devient celle du verger.

Tossefot s'interroge sur le statut de cette beraita : troisième opinion, explicitation du premier tana, ou précision qui s'accorde avec Rabbi Yehouda. Il signale aussi une variante textuelle, où la beraita se rattache explicitement aux paroles de Rabbi Yehouda.

4
וּמְקָרִין אֶת הַפִּירְצָה בַּמּוֹעֵד. כֵּיצַד מַקְרִין? רַב יוֹסֵף אָמַר: בְּהוּצָא וְדַפְנָא.

Et l'on bouche la brèche pendant la fête. Comment bouche-t-on ?

Rav Yossef a dit : avec des palmes et du laurier.

📜 Rachi (2)
הוּצָא עַנְפֵי דֶּקֶל דִּתְמָרִים:
Hotsa — les branches du palmier dattier.
דַּפְנָא בְּייָר וְקָעָבֵד גָּדֵר מִדַּפְנָא וּמְגַדֵּל אוֹתָהּ מֵהוּצֵי הַדֶּקֶל:
Dafna — le laurier ; il fait une clôture de laurier et l'élève avec les palmes du dattier.
💡 Explication

La michna permet de boucher une brèche, non de bâtir. La guemara demande en quoi consiste ce bouchage. Rav Yossef répond : avec des branches de palmier et de laurier, un obstacle végétal provisoire qui ne constitue pas une clôture véritable.

La distinction entre boucher et bâtir commande toute la sougya qui suit : le premier geste est réversible et sommaire, le second est un travail d'artisan.

5
בְּמַתְנִיתָא תַּנָּא: צַר בִּצְרוֹר, וְאֵינוֹ טָח בְּטִיט. אָמַר רַב חִסְדָּא: לֹא שָׁנוּ אֶלָּא כֹּותֶל הַגִּינָה, אֲבָל כֹּותֶל הֶחָצֵר — בּוֹנֶה כְּדַרְכּוֹ.

Dans une beraita on a enseigné : il entasse des pierres, mais il n'enduit pas de mortier. Rav Hisda a dit : on n'a enseigné cela que du mur du jardin ; mais le mur de la cour, il le bâtit à sa manière habituelle.

📜 Rachi (4)
צַר בִּצְרוֹר מַנִּיחַ אֲבָנִים זֶה עַל גַּב זֶה:
Il entasse des pierres — il pose des pierres les unes sur les autres.
אָמַר רַב חִסְדָּא לֹא שָׁנוּ דְּאָמַר מַתְנֵי' מַקְרִין אֲבָל אֵינוֹ בּוֹנֶה כְּדַרְכּוֹ:
Rav Hisda a dit : on n'a enseigné — que la michna dit qu'on bouche, mais qu'on ne bâtit pas à la manière habituelle.
בְּכֹותֶל גִּינָּה דְּלֵיכָּא פְּסֵידָא יַתִּירָא אִי עָיְילִי בָּהּ אִינָשֵׁי:
Du mur du jardin — où il n'y a pas de perte considérable si des gens y entrent.
אֲבָל בְּכֹותֶל חָצֵר בּוֹנֶה כְּדַרְכּוֹ דְּאִיכָּא פְּסֵידָא יַתִּירָא אִי עָיְילִי בָּהּ גַּנָּבֵי וְגָנְבִי מָמוֹנֵיהּ:
Mais le mur de la cour, il le bâtit à sa manière habituelle — car il y a une perte considérable si des voleurs y entrent et lui dérobent son bien.
💡 Explication

Seconde description du bouchage : des pierres posées les unes sur les autres, sans mortier. Le mortier est la marque du travail achevé, celui qu'on ne fait pas pendant la fête.

Rav Hisda restreint la portée de la michna. Le mur d'un jardin ne protège que des fruits, et son absence pendant quelques jours ne coûte pas grand-chose. Le mur d'une cour protège la maison et les biens ; sa brèche ouvre la porte aux voleurs, et la perte redoutée justifie de bâtir normalement.

6
לֵימָא מְסַיַּיע לֵיהּ: כֹּותֶל הַגּוֹחֶה לִרְשׁוּת הָרַבִּים — סוֹתֵר וּבוֹנֶה כְּדַרְכּוֹ מִפְּנֵי הַסַּכָּנָה. הָתָם כִּדְקָתָנֵי טַעְמָא — מִפְּנֵי הַסַּכָּנָה.

Disons qu'une beraita l'appuie : un mur qui penche vers le domaine public, on le démolit et on le rebâtit à sa manière habituelle, à cause du danger. Là-bas, la raison est celle qui est enseignée : à cause du danger.

📜 Rachi (3)
גּוֹחָה שׁוֹחֶה וְנָטוּי:
Goheh — courbe et incliné.
סוֹתֵר וּבוֹנֶה כְּדַרְכּוֹ דְּהַייְנוּ כֹּותֶל חָצֵר מְסַיַּיע לֵיהּ לְרַב חִסְדָּא:
On le démolit et on le rebâtit à sa manière habituelle — c'est-à-dire le mur de la cour ; cela appuie Rav Hisda.
מִפְּנֵי הַסַּכָּנָה שֶׁלֹּא תִּפּוֹל עַל הוֹלְכֵי בִּרְשׁוּת הָרַבִּים:
À cause du danger — pour qu'il ne tombe pas sur ceux qui marchent dans le domaine public.
💡 Explication

Un mur qui penche vers la voie publique menace de s'effondrer sur les passants. La beraita permet de le démolir et de le rebâtir normalement. Comme il s'agit d'un mur de cour, on y voit d'abord un appui pour Rav Hisda.

La guemara écarte cet appui : la beraita énonce sa propre raison, le danger. Elle ne dit donc rien du mur de cour ordinaire, où aucun danger n'est en cause.

🖼️ Schéma
Le va-et-vient autour de Rav Hisda Rav Hisda : le mur de la cour, on le bâtit à la manière habituelle, à cause de la perte que causeraient les voleurs. Première lecture : la beraita du mur penché l'appuie. Rejetée : la beraita donne elle-même sa raison, le danger. Seconde lecture : la même beraita le réfute. Le danger, oui ; sans danger, non. Réponse de Rav Hisda : là-bas on démolit et on rebâtit, ici on rebâtit seulement un mur déjà tombé. Dernière objection : alors qu'il démolisse sans rebâtir, le danger disparaît. Réponse : laisse sans mur, il renoncerait même à démolir, et le mur penché resterait sur la voie.
Les cinq étapes du va-et-vient, de la première lecture de la beraita jusqu'à la réponse finale.
7
וְאִיכָּא דְּאָמְרִי, תָּא שְׁמַע: כֹּותֶל הַגּוֹחֶה לִרְשׁוּת הָרַבִּים — סוֹתֵר וּבוֹנֶה כְּדַרְכּוֹ מִפְּנֵי הַסַּכָּנָה. מִפְּנֵי הַסַּכָּנָה — אִין, שֶׁלֹּא מִפְּנֵי הַסַּכָּנָה — לֹא. לֵימָא תֶּיהְוֵי תְּיוּבְתֵּיהּ דְּרַב חִסְדָּא?

Et certains disent : viens et écoute — un mur qui penche vers le domaine public, on le démolit et on le rebâtit à sa manière habituelle, à cause du danger. À cause du danger, oui ; sans qu'il y ait danger, non.

Dirons-nous que c'est une réfutation de Rav Hisda ?

📜 Rachi (1)
שֶׁלֹּא מִפְּנֵי הַסַּכָּנָה לָא קַשְׁיָא לְרַב חִסְדָּא דְּאָמַר בְּכֹותֶל חָצֵר בּוֹנֶה כְּדַרְכּוֹ אע"פ דְּלֵיכָּא סַכָּנָה:
Sans qu'il y ait danger, non — cela fait difficulté pour Rav Hisda, qui a dit que le mur de la cour, il le bâtit à sa manière habituelle bien qu'il n'y ait pas de danger.
💡 Explication

Seconde version de la discussion : la même beraita est citée, mais contre Rav Hisda. Le raisonnement est un diyouk, une déduction à partir de la formulation : si la beraita prend soin de mentionner le danger, c'est que sans danger la permission tombe. Or Rav Hisda permet de bâtir normalement le mur de la cour alors qu'aucun danger n'existe.

8
אָמַר לָךְ רַב חִסְדָּא: הָתָם סוֹתֵר וּבוֹנֶה, הָכָא בּוֹנֶה וְלֹא סוֹתֵר.

Rav Hisda peut te dire : là-bas, on démolit et on rebâtit ; ici, on rebâtit mais on ne démolit pas.

📜 Rachi (2)
תָּרֵיץ לָא קַשְׁיָא לְרַב חִסְדָּא דְּהָא דְּקָתָנֵי בִּמְקוֹם סַכָּנָה הַיְינוּ דְּסָתַר לָהּ כְּשֶׁגּוֹחָה וּבוֹנֶה לָהּ שַׁפִּיר:
Réponds — ce n'est pas une difficulté pour Rav Hisda : ce qui est enseigné dans un lieu de danger, c'est qu'on démolit le mur lorsqu'il penche et qu'on le rebâtit comme il convient.
הָכָא דְּקָאָמַר רַב חִסְדָּא שֶׁלֹּא בִּמְקוֹם סַכָּנָה בּוֹנֶה כְּדַרְכָּהּ כְּשֶׁהִיא סְתוּרָה קֹודֶם לָכֵן אֲבָל לֹא סָתַר לָהּ בַּמּוֹעֵד:
Ici — là où Rav Hisda dit que, hors d'un lieu de danger, il le bâtit à sa manière habituelle, il s'agit d'un mur déjà tombé auparavant ; mais il ne le démolit pas pendant la fête.
💡 Explication

Rav Hisda distingue deux permissions de force inégale. La beraita du mur penché accorde la plus large : démolir un mur debout puis le relever, ce qui représente un travail complet entrepris depuis le début. Lui-même n'a permis que la seconde : rebâtir un mur de cour déjà tombé.

Le diyouk du passage précédent perd alors sa portée : la mention du danger explique la démolition, non la reconstruction.

9
הָתָם נָמֵי, לִיסְתֹּור וְלָא לִיבְנֵי! אִם כֵּן, מִימְּנַע וְלֹא סוֹתֵר.

Là-bas aussi, qu'il démolisse et ne rebâtisse pas ! S'il en était ainsi, il s'abstiendrait et ne démolirait pas.

📜 Rachi (3)
הָתָם בִּמְקוֹם סַכָּנָה לִסְתּוֹר מִשּׁוּם דְּאִיכָּא סַכָּנָה וְלָא לִיבְנֵי דִּבְבִנְיַן לֵיכָּא סַכָּנָה:
Là-bas — en un lieu de danger, qu'il démolisse parce qu'il y a danger, mais qu'il ne rebâtisse pas, puisque la construction ne comporte aucun danger.
א"כ דְּלָא בָּנֵי:
S'il en était ainsi — qu'il ne rebâtisse pas.
מִמַּנְעִי וְלָא סָתְרִי וְהָוֵי סַכָּנָה:
Ils s'abstiendraient et ne démoliraient pas — et il y aurait danger.
💡 Explication

Dernière objection : puisque le danger vient du mur penché, il suffirait de le jeter à terre ; la reconstruction, elle, ne sauve personne et pourrait attendre la fin de la fête.

La réponse relève d'un raisonnement fréquent dans la halakha de hol hamoed : si on lui impose de laisser sa cour ouverte pendant plusieurs jours, le propriétaire préférera ne rien faire du tout, et le mur menaçant restera debout. Pour obtenir la démolition, on autorise aussi la reconstruction.

10
אָמַר רַב אַשִּׁי: מַתְנִיתִין נָמֵי דַּיְקָא, דְּקָתָנֵי: וּבַשְּׁבִיעִית בּוֹנֶה כְּדַרְכּוֹ.

Rav Achi a dit : la michna aussi est précise, car elle enseigne : et pendant la septième année, il bâtit à sa manière habituelle.

📜 Rachi (1)
מַתְנִיתִין נָמֵי דַּיְקָא כְּרַב חִסְדָּא דְּגִינָּה אֵינוֹ בּוֹנֶה בַּמּוֹעֵד כְּדַרְכּוֹ:
La michna aussi est précise — comme Rav Hisda : le mur du jardin, on ne le bâtit pas à sa manière habituelle pendant la fête.
🗂️ Tossefot (1)
אָמַר רַב אָשֵׁי מַתְנִיתִין נָמֵי דַּיְקָא. פָּסַק בתוס' דהר"ר פֶּרֶץ דְּהִלְכְתָא הָכִי דְּכֹותֶל חָצֵר מֻותָּר לִבְנוֹתוֹ וּפֵירֵשׁ דְּהַייְנוּ דַּוְקָא בְּמָקוֹם סָמוּךְ לרה"ר שֶׁיֵּשׁ לוֹ לָחוּשׁ לְגַנָּבִים אֲבָל בֵּין חָצֵר לְחָצֵר וּמִשּׁוּם בְּנֵי חָצֵר אָסוּר לִבְנוֹתוֹ כְּדַרְכּוֹ:
Rav Achi a dit : la michna aussi est précise. Il est tranché dans les Tossefot de Rabbenou Peretz que telle est la halakha : le mur de la cour, il est permis de le bâtir. Et il a expliqué que cela vaut précisément en un lieu proche du domaine public, où l'on a lieu de craindre les voleurs ; mais entre une cour et une autre, et à cause des gens de la cour, il est interdit de le bâtir à sa manière habituelle.
💡 Explication

Rav Achi cherche une confirmation dans la formulation même de la michna. Celle-ci ajoute une clause sur la chevi'it, la septième année : là, on bâtit à la manière habituelle. Le segment suivant en tire la déduction.

Tossefot rapporte la décision pratique des Tossefot de Rabbenou Peretz : la permission de bâtir le mur de la cour vaut face au domaine public, là où les voleurs sont à craindre, et non pour un mur mitoyen entre deux cours.

11
דְּהֵיכָא? אִילֵּימָא דְּחָצֵר, צְרִיכָא לְמֵימַר? אֶלָּא לָאו, דְּגִינָּה. וְאַף עַל גַּב דְּמִיחֲזֵי כְּמַאן דְּעָבֵיד נְטִירוּתָא לְפֵירֵי. שְׁמַע מִינָּה.

De quel mur ? Si tu dis celui de la cour, fallait-il le dire ?

Il s'agit donc bien de celui du jardin. Et cela, bien qu'il paraisse faire une protection pour les fruits.

Apprends-en.

📜 Rachi (1)
אֶלָּא לָאו בְּגִינָּה וּבַשְּׁבִיעִית בּוֹנֶה כְּדַרְכּוֹ אֲבָל בַּמּוֹעֵד אֵינוֹ בּוֹנֶה כְּדַרְכּוֹ:
Il s'agit donc bien du jardin — et pendant la septième année il le bâtit à sa manière habituelle, mais pendant la fête il ne le bâtit pas à sa manière habituelle.
💡 Explication

L'argument tient à la nouveauté que la michna apporte. La chevi'it ne défend que les travaux du sol ; bâtir un mur de cour n'a jamais posé de question, et le dire serait superflu.

La clause n'a de sens que pour le mur du jardin : on aurait pu craindre que le refermer revienne à garder ses fruits, alors que les produits de la septième année sont sans maître et doivent rester accessibles. La michna enseigne que cette apparence n'interdit pas. Reste que, pendant la fête, ce même mur de jardin ne se bâtit pas normalement — ce qui confirme la lecture de Rav Hisda.

🖼️ Schéma
La preuve de Rav Achi tirée de la clause de la septième année La michna : pendant la septième année, il bâtit à sa manière habituelle. De quel mur ? Le mur de la cour Le mur du jardin Rien à enseigner : la septième année ne défend que les travaux du sol, non la maçonnerie. Enseignement réel : permis, bien que cela paraisse une clôture de garde pour les fruits. Donc la michna parle du jardin, et sa restriction ne vise pas la cour : Rav Hisda est confirmé.
La déduction de Rav Achi : seule la lecture du mur de jardin donne un enseignement à la clause.
12
מַתְנִי׳ רַבִּי מֵאִיר אוֹמֵר: רוֹאִין אֶת הַנְּגָעִים בַּתְּחִילָּה לְהָקֵל, אֲבָל לֹא לְהַחְמִיר. וַחֲכָמִים אוֹמְרִים: לֹא לְהָקֵל וְלֹא לְהַחְמִיר.

MICHNA. Rabbi Meir dit : on examine les nega'im au début pour alléger, mais non pour aggraver.

Et les sages disent : ni pour alléger ni pour aggraver.

📜 Rachi (2)
מַתְנֵי' רוֹאִין אֶת הַנְּגָעִים לְהָקֵל כְּלוֹמַר רוֹאֶה הַכֹּהֵן נֶגַע צָרַעַת בַּמּוֹעֵד לְטַהֵר:
Michna. On examine les nega'im pour alléger — c'est-à-dire que le kohen examine un nega de tsaraat pendant la fête pour déclarer pur.
לֹא לְהַחְמִיר שֶׁאִם רוֹאֶה הַכֹּהֵן שֶׁהוּא טָמֵא אֵינוֹ אוֹמֵר כְּלוּם שֶׁאִם מְטַמְּאוֹ נִמְצָא מְצַעֲרוֹ בַּמּוֹעֵד וְרַחֲמָנָא אָמַר (דְּבָרִים טז) וְשָׂמַחְתָּ בְּחַגֶּךָ:
Mais non pour aggraver — car si le kohen voit qu'il est impur, il ne dit rien : s'il le déclarait impur, il se trouverait l'affliger pendant la fête, et la Torah a dit (Devarim 16) : et tu te réjouiras en ta fête.
💡 Explication

Une nouvelle michna s'ouvre. Un nega, tache suspecte sur la peau, ne rend impur qu'au moment où un kohen le déclare tel ; tant que le kohen se tait, l'homme demeure pur. L'examen pendant hol hamoed pose donc un problème propre : il peut soulager, mais il peut aussi plonger un homme dans l'impuretie en pleine fête.

Rabbi Meir accorde au kohen une liberté de parole : il regarde, et ne prononce que si la conclusion est favorable. Les sages refusent l'examen entièrement, dans les deux sens.

13
גְּמ׳ תַּנְיָא, רַבִּי מֵאִיר אוֹמֵר: רוֹאִין אֶת הַנְּגָעִים לְהָקֵל, אֲבָל לֹא לְהַחְמִיר. רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר: לֹא לְהָקֵל וְלֹא לְהַחְמִיר. שֶׁאִם אַתָּה נִזְקָק לוֹ לְהָקֵל — [אַתָּה] נִזְקָק לוֹ אַף לְהַחְמִיר.

GUEMARA. Il a été enseigné : Rabbi Meir dit : on examine les nega'im pour alléger, mais non pour aggraver.

Rabbi Yossi dit : ni pour alléger ni pour aggraver, car si tu t'occupes de lui pour alléger, tu t'en occupes aussi pour aggraver.

📜 Rachi (1)
גְּמ' שֶׁאִם אַתָּה נִזְקָק לוֹ לְהָקֵל אַתָּה נִזְקָק לוֹ לְהַחְמִיר כְּלוֹמַר מֵאַחַר שֶׁרוֹאֵהוּ הַכֹּהֵן אוֹמֵר בֵּין הוּא טָמֵא בֵּין הוּא טָהוֹר:
Guemara. Car si tu t'occupes de lui pour alléger, tu t'en occupes aussi pour aggraver — c'est-à-dire que, dès lors que le kohen l'examine, il prononce, qu'il soit impur ou pur.
💡 Explication

La beraita met un nom sur l'avis anonyme des sages : Rabbi Yossi. Sa raison est donnée explicitement, et elle porte sur la fonction du kohen. Dès lors qu'il se saisit du cas, il ne lui appartient plus de choisir ce qu'il dira : l'examen engage la déclaration, dans un sens comme dans l'autre.

Le désaccord se ramène donc à une question de statut : le kohen peut-il légitimement se taire après avoir vu ?

14
אָמַר רַבִּי: נִרְאִין דִּבְרֵי רַבִּי מֵאִיר בְּמֻוסְגָּר, וְדִבְרֵי רַבִּי יוֹסֵי בְּמֻוחְלָט.

Rabbi a dit : les paroles de Rabbi Meir paraissent justes pour le mousgar, et les paroles de Rabbi Yossi pour le mouhlat.

📜 Rachi (1)
א"ר נִרְאִין לִי דִּבְרֵי ר' מֵאִיר בַּמֻּוסְגָּר שֶׁרוֹאִין וְדִבְרֵי רַבִּי יוֹסֵי בְּמֻוחְלָט:
Rabbi a dit : les paroles de Rabbi Meir me paraissent justes pour le mousgar — qu'on l'examine ; et les paroles de Rabbi Yossi pour le mouhlat.
🗂️ Tossefot (1)
אָמַר רַבִּי נִרְאִין דִּבְרֵי ר"מ בַּמֻּוסְגָּר. מַה שֶׁפֵּירֵשׁ בַּקּוּנְטְרֵס דְּמֻוסְגָּר אָסוּר בְּתַשְׁמִישׁ הַמִּטָּה לֹא נֵדַע מִנַּיִן לוֹ דְּהָא תְּנַן בְּפֶרֶק קַמָּא דִּמְגִילָּה (דַּף ח:) אֵין בֵּין מֻוסְגָּר לְמֻוחְלָט אֶלָּא פְּרִיעָה וּפְרִימָה מַשְׁמַע דִּלְעִנְיַן תַּשְׁמִישׁ הַמִּטָּה שָׁוִין דִּלְמַאן דְּאָמַר מֻוחְלָט מֻותָּר כָּל שֶׁכֵּן דְּמֻוסְגָּר מֻותָּר וְלָמֶ"ד דְּמֻוחְלָט אָסוּר ה"ה מֻוסְגָּר אָסוּר דְּהָא מֻוחְלָט מַאי טַעְמָא דְּאָסוּר מִשּׁוּם דְּאִיכָּא ק"ו לִימֵי חִלּוּטוֹ כִּדְאָמְרִינַן בִּשְׁמַעְתִּין וְהָכִי נָמֵי ק"ו. לִימֵי הֶסְגֵּירוֹ וְגָמְרִינַן יְמֵי הֶסְגֵּר מִימֵי סִפְרוֹ וְאִי מִשּׁוּם דְּאֵין טָעוּן פְּרִיעָה וּפְרִימָה בִּימֵי סִפְרוֹ נָמֵי אֵין טָעוּן פְּרִיעָה וּפְרִימָה וְהָא דְּקָאָמַר הָתָם בַּגְּמָרָא הָא לְעִנְיַן שִׁילּוּחַ טֻומְאָה זֶה וָזֶה שָׁוִין ה"ה לְעִנְיַן תַּשְׁמִישׁ הַמִּטָּה הֵן שָׁוִין אֶלָּא לָא פְּסִיק לֵיהּ לְאִיסּוּר אוֹ לְהֶיתֵּר וְגַם מַה שֶׁפֵּירֵשׁ בַּקְּוַנְט' דְּמֻוסְגָּר אֵינוֹ מִשְׁתַּלֵּחַ חוּץ לֹג' מַחֲנוֹת מִזֶּה חָזַר בּוֹ דְּהָא בְּפֶרֶק קַמָּא דִּמְגִילָּה (דַּף ח:) קָאָמַר הָא לְעִנְיַן שִׁילּוּחַ זֶה וָזֶה שָׁוִין וּלְפִי זֶה קָשֶׁה מַאי שַׁיָּיךְ צַווְתָּא דְּאִשְׁתּוֹ וְצַוְותָּא דְּעָלְמָא בַּמֻּוסְגָּר וּבְמֻוחְלָט בִּשְׁלָמָא צַווְתָּא דְּעָלְמָא יֵשׁ לְייַשֵּׁב שֶׁהוּא צָרִיךְ פְּרִיעָה וּפְרִימָה כְּשֶׁהוּא מֻוחְלָט וְטָמֵא טָמֵא יִקְרָא וּפוֹרֵשׁ מִבְּנֵי אָדָם בִּימֵי חִלּוּטוֹ יוֹתֵר מִבִּימֵי הֶסְגֵּירוֹ אֲבָל לְתַשְׁמִישׁ שְׁנֵיהֶן שָׁוִין ע"כ נִרְאֶה דְּהָא דְּקָאָמַר מָר סָבַר צַוְותָּא דְעָלְמָא נִיחָא לֵיהּ וּמָר סָבַר צַוְותָּא דְאִשְׁתּוֹ עָדִיף אַמֻּוחְלָט קָאֵי וה"פ נִרְאִין דִּבְרֵי ר' מֵאִיר בְּמֻוחְלָט דְּרוֹאִין דְּאִי מְטַמֵּא לֵיהּ תְּחִילָּה נָמֵי טָמֵא הֲוָה וְאִי מְטַהֵר לֵיהּ מַאי אַפְּסֵדֶיהָ דְּצַוְותָּא דְּאִשְׁתּוֹ אֵינוֹ חוֹשֵׁשׁ דְּצַווְתָּא דְּעָלְמָא עֲדִיפָא לֵיהּ וְנִרְאִין דִּבְרֵי ר' יוֹסֵי בְּמֻוסְגָּר דִּמְטַמֵּא לֵיהּ וּפְסִיד צַווְתָּא דְּעָלְמָא שֶׁיִּהְיֶה טָעוּן פְּרִיעָה וּפְרִימָה וְטָמֵא טָמֵא יִקְרָא וְצָרִיךְ לִפְרֹושׁ מִבְּנֵי אָדָם וְגַם יַפְסִיד שֶׁיִּצְטַעֵר שֶׁעַד עַתָּה הָיָה מְצַפֶּה לִהְיוֹת טָהוֹר וְאֵין מְצַפֶּה עַתָּה לִיטָּהֵר וְתַנָּא אַחַרְיַנָא סָבַר צַווְתָּא דְּאִשְׁתּוֹ נִיחָא לֵיהּ וְהָכִי פֵּירוּשׁוֹ נִרְאִין דִּבְרֵי ר' מֵאִיר דְּרוֹאִין בַּמֻּוסְגָּר דְּאִי מִטַּמֵּא לֵיהּ לֹא יַפְסִיד דִּשְׁנֵיהֶן מֻוסְגָּר וּמֻוחְלָט דִּינָם שָׁוֶה חוּץ מִפְּרִיעָה וּפְרִימָה וּבְהַךְ הֶפְסֵד אֵינוֹ חוֹשֵׁשׁ אַפֵּי' קָרֵינָא לֵיהּ הֶפְסֵד צַוְותָּא דְּעָלְמָא כִּדְפֵי' אֵינוֹ חוֹשֵׁשׁ אֶלָּא אַצְוָותָא דְּאִשְׁתּוֹ אֲבָל מֻוחְלָט אֵין רוֹאִין דְּאִי מְטַהֵר לֵיהּ יַפְסִיד צַוְותָּא דְּאִשְׁתּוֹ דְּקָסָבַר צַוְותָּא דְאִשְׁתּוֹ עֲדִיפָא לֵיהּ מִצַּווְתָּא דְּעָלְמָא וּקְצָת ק"ל מַהוּ נִרְאִין דִּבְרֵי ר"מ הָא לֵית לֵיהּ לְרַבִּי מֵאִיר כְּלָל דְּהַכֹּהֵן מְחֻויָּב לוֹמַר וְאִי בָּעֵי שְׁתֵיק וְר' קָסָבַר דִּלְעוֹלָם כֹּהֵן אֵינוֹ רַשַּׁאי לִשְׁתּוֹק כְּלָל וּלְדִבְרֵי ר' לֹא תִּמְצָא בְּשׁוּם אֶחָד רוֹאִין לְהָקֵל וְלֹא לְהַחְמִיר דְּאֵינוֹ רַשַּׁאי לִשְׁתּוֹק כְּלָל וְהָכִי הֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר נִרְאִין דִּבְרֵי ר' יוֹסֵי כוּ' וְאֵין נִרְאִין דִּבְרֵי יוֹסֵי כוּ' וְהָכִי אִיתָא בִּשְׁמַעְתִּין דְּטִיפַּת חָלָב (חֻולִּין דַּף קט.):
Rabbi a dit : les paroles de Rabbi Meir paraissent justes pour le mousgar. Ce que Rachi a expliqué, à savoir que le mousgar est interdit dans les rapports conjugaux, nous ne savons pas d'où il le tient. Car nous avons appris au premier chapitre de Meguila (8b) qu'il n'y a de différence entre le mousgar et le mouhlat que la pria et la prima, ce qui implique qu'ils sont à égalité pour les rapports conjugaux. En effet, selon celui qui dit que le mouhlat est permis, à plus forte raison le mousgar est-il permis ; et selon celui qui dit que le mouhlat est interdit, il en va de même du mousgar. Car pour quelle raison le mouhlat est-il interdit ? À cause d'un kal va-homer tiré des jours de son état déclaré, comme nous le disons dans notre sougya ; or le même kal va-homer vaut pour les jours de sa réclusion, et nous apprenons les jours de la réclusion à partir des jours de son compte. Et si l'on veut fonder la différence sur ce qu'il n'exige pas la pria ni la prima, les jours de son compte non plus ne les exigent pas. Quant à ce qui est dit là-bas dans la guemara — mais pour ce qui est du renvoi de l'impur, l'un et l'autre sont à égalité — il en va de même pour les rapports conjugaux : ils sont à égalité ; simplement la michna n'a tranché pour lui ni dans le sens de l'interdit ni dans celui du permis. Et ce que Rachi a également expliqué, que le mousgar n'est pas renvoyé hors des trois camps, il s'en est rétracté, car au premier chapitre de Meguila (8b) il est dit : mais pour ce qui est du renvoi, l'un et l'autre sont à égalité. Or, selon cela, une difficulté se pose : que viennent faire la compagnie de sa femme et la compagnie des gens s'agissant du mousgar et du mouhlat ? Pour la compagnie des gens, on peut s'en tirer : le mouhlat exige la pria et la prima, il crie impur, impur, et il s'écarte des gens durant les jours de son état déclaré plus que durant les jours de sa réclusion ; mais pour les rapports, les deux sont à égalité. Il faut donc dire que l'énoncé — l'un tient que la compagnie des gens lui agrée, et l'autre que la compagnie de sa femme lui est préférable — porte sur le mouhlat, et voici l'explication. Les paroles de Rabbi Meir paraissent justes pour le mouhlat, en ce qu'on l'examine : car si le kohen le déclare impur, il était déjà impur auparavant ; et s'il le déclare pur, que lui a-t-il fait perdre ? Il ne se soucie pas de la compagnie de sa femme, puisque la compagnie des gens lui est préférable. Et les paroles de Rabbi Yossi paraissent justes pour le mousgar : le kohen le déclare impur et il perd la compagnie des gens, puisqu'il devra pratiquer la pria et la prima, crier impur, impur, et s'écarter des gens ; il perd en outre ceci, qu'il sera affligé, car jusqu'à présent il espérait être pur, et désormais il n'espère plus le devenir. L'autre tana tient que c'est la compagnie de sa femme qui lui agrée, et voici alors l'explication. Les paroles de Rabbi Meir paraissent justes, à savoir qu'on examine le mousgar : car si le kohen le déclare impur, il ne perd rien, puisque le mousgar et le mouhlat ont le même statut hormis la pria et la prima ; et de cette perte-là il ne se soucie pas, même si nous l'appelons perte de la compagnie des gens comme on l'a expliqué, car il ne se soucie que de la compagnie de sa femme. Mais le mouhlat, on ne l'examine pas : car si le kohen le déclare pur, il perdra la compagnie de sa femme, puisqu'il tient que la compagnie de sa femme lui est préférable à celle des gens. Et j'ai une petite difficulté : que signifie les paroles de Rabbi Meir paraissent justes ? Rabbi Meir ne tient nullement que le kohen soit obligé de parler, et s'il le veut il se tait ; tandis que Rabbi tient qu'en vérité le kohen n'a jamais le droit de se taire du tout. Et selon Rabbi, tu ne trouveras dans aucun cas qu'on examine pour alléger et non pour aggraver, puisqu'il n'a pas du tout le droit de se taire. Il aurait donc fallu dire : les paroles de Rabbi Yossi paraissent justes ici, etc., et les paroles de Rabbi Yossi ne paraissent pas justes là, etc. Et c'est ainsi dans la sougya de la goutte de lait (Houlin 109a).
💡 Explication

Rabbi ne tranche pas entre les deux avis, il les répartit selon l'état du malade. Le mousgar est celui que le kohen a enfermé pour une semaine d'observation ; le mouhlat est celui qui a déjà été déclaré impur de façon certaine.

Pour le mousgar, l'examen ne peut que l'améliorer ou le laisser en l'état : Rabbi Meir a raison. Pour le mouhlat, l'examen risque au contraire de lui faire perdre ce qu'il avait : Rabbi Yossi a raison. La guemara de 7b explicitera ce que le mouhlat peut perdre.

Tossefot conteste longuement l'explication de Rachi. La michna de Meguila enseigne que la seule différence entre les deux états tient à la pria et à la prima, les cheveux laissés longs et les vêtements déchirés ; leur statut au regard de la femme serait donc identique, et Tossefot propose finalement de renverser la répartition.

🖼️ Schéma
Mousgar et mouhlat : ce qui les sépare, et ce que le kohen peut leur faire perdre Mousgar (reclus) Mouhlat (déclaré) Pria et prima : cheveux longs, vêtements déchirés Non Oui Renvoi hors des camps Oui Oui Interdit à sa femme ? question ouverte en 7b Rachi : interdit Tossefot : même statut que le mouhlat Objet de la mahloket développée en 7b Rabbi : Rabbi Meir vaut pour le mousgar, Rabbi Yossi pour le mouhlat. Tossefot propose la répartition inverse, selon que le malade tient plus à la compagnie des gens ou à celle de sa femme.
Ce qui distingue réellement les deux états, et les deux répartitions proposées.
15
אָמַר רָבָא: בְּטָהוֹר כֻּולֵּי עָלְמָא לָא פְּלִיגִי דְּלָא חָזוּ לֵיהּ. בְּהֶסְגֵּר רִאשׁוֹן דְּכֻולֵּי עָלְמָא לָא פְּלִיגִי דְּחָזֵי לֵיהּ. כִּי פְּלִיגִי,

Rava a dit : pour celui qui est pur, tous s'accordent qu'on ne l'examine pas. Pour le premier hesger, tous s'accordent qu'on l'examine.

Ils ne divergent que

📜 Rachi (1)
בְּהֶסְגֵּר רִאשׁוֹן שֶׁאִם מְטַהֵר לֵיהּ מְשַׂמֵּחַ לֵיהּ אִי לָא מְטַהֵר לֵיהּ לָא מְטַמֵּא לֵיהּ יוֹתֵר מִדְּמֵעִיקָּרָא אֶלָּא מַסְגֵּר לֵיהּ פַּעַם שְׁנִיָּה:
Pour le premier hesger — car s'il le déclare pur, il le réjouit ; et s'il ne le déclare pas pur, il ne le déclare pas impur plus qu'auparavant, mais le reclut une seconde fois.
🗂️ Tossefot (1)
בְּהֶסְגֵּר רִאשׁוֹן כֻּולֵּי עָלְמָא לָא פְּלִיגִי. מַה שֶׁפֵּירֵשׁ בַּקּוּנְטְרֵס בְּסוֹף הֶסְגֵּר רִאשׁוֹן וּמִשּׁוּם הָכִי רוֹאִין אִי טָהוֹר שַׁפִּיר וְאִי עוֹמֵד בְּעֵינָיו תְּחִילָּה נָמֵי בְּבֵית הַכֶּלֶא הָיָה עוֹמֵד וְקָשֶׁה דִּלְמָא פָּשָׂה הַנֶּגַע וְיִהְיֶה טָמֵא מֻוחְלָט וְהָכִי מַשְׁמַע בִּנְגָעִים פ"א דְּאַרְבַּע מַרְאוֹת הַלָּלוּ מִצְטָרְפִין זֶה עִם זֶה לִפְטֹור אֶת הָעוֹמֵד סוֹף שָׁבוּעַ שֵׁנִי לְהַחֲלִיט אֶת שֶׁנּוֹלַד בּוֹ מִחְיָה אוֹ שֵׂעָר לָבָן בַּתְּחִילָּה בְּסוֹף שָׁבוּעַ רִאשׁוֹן אוֹ בְּסוֹף שֵׁנִי לְאַחַר הַפְּטוּר לְהַחֲלִיט אֶת שֶׁנּוֹלַד בּוֹ פִּיסְיוֹן בְּסוֹף שָׁבוּעַ רִאשׁוֹן אוֹ בְּסוֹף שָׁבוּעַ שֵׁנִי וְיֵשׁ לְפָרֵשׁ בְּהֶסְגֵּר רִאשׁוֹן כ"ע לָא פְּלִיגִי דְּחָזֵי לֵיהּ הָוֵי הַטַּעַם מִשּׁוּם דִּלְטָהֲרוּ אוֹ לְטַמְּאוֹ לֹא שַׁיָּיךְ לְמִדְרַשׁ עַד שָׁעָה שֶׁצָּרִיךְ לְטַמְּאוֹתוֹ דְּהַייְנוּ בְּסוֹף הֶסְגֵּר שֵׁנִי אֲבָל בְּסוֹף הֶסְגֵּר רִאשׁוֹן רָאוּי הוּא לְהַסְגִּיר עוֹד וְלֹא יְטַמְּאֶנּוּ וְכָל זֶה דֹּוחַק לְכָךְ נִרְאֶה דִּבְרֵי רַבֵּינוּ יִצְחָק בְּהֶסְגֵּר רִאשׁוֹן הַיְינוּ תְּחִילַּת הֶסְגֵּר רִאשׁוֹן שֶׁיָּכוֹל לְשַׂמֵּחַ בָּהֶן דְּהָא לֹא שַׁיָּיךְ לְטַהֲרוֹ אוֹ לְטַמְּאוֹ בְּהֶסְגֵּר שֵׁנִי וְהוּא בִּתְחִילַּת הֶסְגֵּר שֵׁנִי שֶׁמָּא אֵינוֹ יָכוֹל לִשְׁתֹּוק וְהוּא הַדִּין בְּסוֹף הֶסְגֵּר שֵׁנִי:
Pour le premier hesger, tous s'accordent. Ce que Rachi a expliqué — la fin du premier hesger, et c'est pourquoi on l'examine : s'il est pur, tant mieux, et s'il reste en l'état, il se tenait déjà auparavant en réclusion — fait difficulté : peut-être le nega s'est-il étendu, et sera-t-il déclaré impur de façon certaine. C'est bien ce qu'implique le traité Nega'im, chapitre premier : ces quatre aspects se combinent l'un avec l'autre pour exempter celui qui reste en l'état à la fin de la seconde semaine ; pour déclarer certain celui chez qui est apparue une chair vive ou un poil blanc au début, à la fin de la première semaine ou à la fin de la seconde, après l'exemption ; pour déclarer certain celui chez qui est apparue une extension à la fin de la première semaine ou à la fin de la seconde semaine. Et l'on peut expliquer ainsi : pour le premier hesger, tous s'accordent qu'on l'examine, la raison en étant que, s'agissant de le déclarer pur ou impur, il n'y a pas lieu d'exposer le verset avant l'heure où il faut le déclarer impur, c'est-à-dire à la fin du second hesger ; mais à la fin du premier hesger, il convient de le recluire encore et non de le déclarer impur. Et tout cela est forcé. C'est pourquoi les paroles de Rabbenou Yitshak paraissent justes : pour le premier hesger, c'est-à-dire le début du premier hesger, où le kohen peut les réjouir, puisqu'il n'y a pas lieu alors de le déclarer pur ni impur. Le désaccord porte sur le second hesger, et c'est au début du second hesger que le kohen ne peut peut-être pas se taire ; et il en va de même à la fin du second hesger.
💡 Explication

Rava reprend le problème par le bas, en isolant les cas où personne ne discute. Celui qui n'a jamais été examiné est pur : le regarder ne peut que lui nuire, tous conviennent qu'on s'en abstient. Celui qui se trouve dans son premier hesger ne risque rien de pire qu'un second hesger, et il peut gagner sa libération : tous conviennent qu'on l'examine.

La phrase s'interrompt sur le cas litigieux, que la suite développe en 7b. Rachi entend le premier hesger de sa fin, au huitième jour ; Tossefot objecte qu'à ce moment la tache a pu s'étendre et entraîner une déclaration d'impureté certaine, et retient au nom de Rabbenou Yitshak qu'il s'agit du début du premier hesger.

🖼️ Schéma
Le partage de Rava selon l'état du malade Pur pas encore examiné Premier hesger sept jours de réclusion Second hesger sept jours de plus Mouhlat On ne l'examine pas. Son état ne peut que se dégrader. On l'examine. Au pire il est reclus une seconde fois. Ici commence le désaccord. La phrase de Rava se poursuit en 7b. Que signifie le premier hesger ? Rachi : sa fin, où le kohen ne peut que libérer ou recluire encore. Tossefot objecte que le nega a pu s'étendre et que le kohen devrait alors le déclarer mouhlat. Rabbenou Yitshak : le début du premier hesger, où le kohen peut seulement réjouir.
Ce que Rava met hors de débat, et la question ouverte sur le sens de premier hesger.
✉ Signaler une erreur de traduction

Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).