Sougya : Le folio achève d'abord la sougya des fourmilières ouverte plus haut : au cours d'eau sans pont il faut ajouter une distance d'une parsa. Il passe ensuite à la michna sur le piégeage des taupes et des mulots, où Rabbi Yehouda oppose le champ d'arbres au champ blanc, tandis qu'une beraita de Rabbi Chimon ben Elazar élargit la permission au champ blanc voisin d'un verger.
La sougya centrale est celle du mur : Rav Hisda limite la restriction de la michna au mur du jardin et permet de rebâtir normalement le mur de la cour ; la beraita du mur penché vers le domaine public est lue tour à tour comme un appui et comme une réfutation, jusqu'à ce que Rav Achi tire de la clause de la septième année que la michna vise bien le jardin. La seconde moitié ouvre une nouvelle michna : le kohen peut-il examiner les nega'im pendant la fête ?
Rabbi Meir permet l'examen quand il allège, les sages le refusent dans les deux sens, et Rabbi puis Rava répartissent les avis selon l'état du malade.
Jusqu'à quelle distance ? Jusqu'à une parsa.
Fin de la sougya des fourmilières ouverte plus haut. Pour se débarrasser des fourmis pendant hol hamoed, on prend de la terre d'une fourmilière et on la dépose dans une autre : les deux colonies, se prenant pour des intruses, s'entretuent. Le procédé ne fonctionne que si les fourmis ne se reconnaissent pas entre elles, ce qui suppose un cours d'eau entre les deux nids et l'absence de pont.
La guemara ajoute ici une seconde condition, de distance : une parsa, environ quatre milles. Rachi le dit clairement : en deçà d'une parsa, même avec une rivière infranchissable, les fourmis se reconnaissent encore et le procédé échoue. Tossefot propose une lecture alternative, où la distance suffirait à elle seule.
Rabbi Yehouda dit : dans un champ d'arbres, à sa manière habituelle ; et dans un champ blanc, autrement qu'à sa manière habituelle. Nos maîtres ont enseigné : comment fait-on a sa manière habituelle ?
Il creuse une fosse et y suspend un piège. Comment fait-on autrement qu'à sa manière habituelle ?
Il plante une broche, frappe avec la houe et racle la terre au-dessous.
La michna traite du piégeage des taupes et des mulots pendant la fête. Le champ d'arbres est un verger : les rongeurs y attaquent les racines et la perte est lourde et durable. Le champ blanc est un champ de céréales, ainsi nommé parce qu'aucun arbre n'y fait d'ombre ; la perte y reste limitée à la récolte de l'année.
Le principe général de hol hamoed autorise le travail nécessaire pour éviter un davar haaved, une perte irréversible, mais impose souvent un chinouy, une modification du geste ordinaire, quand la perte est moindre. La beraita décrit les deux gestes : le piège installé dans une fosse, qui est la technique du professionnel, et le procédé rudimentaire de la broche et de la houe.
Il a été enseigné : Rabbi Chimon ben Elazar dit : lorsqu'ils ont dit, dans un champ blanc, autrement qu'à sa manière habituelle, ils ne l'ont dit que d'un champ blanc voisin de la ville ; mais dans un champ blanc voisin d'un champ d'arbres, même à sa manière habituelle, de peur qu'ils ne sortent du champ blanc et ne ruinent les arbres.
Rabbi Chimon ben Elazar fait dépendre la règle de ce que les rongeurs peuvent atteindre à partir du champ. Un champ de céréales adossé à la ville est un cul-de-sac : les dégâts s'arrêtent à la récolte. Adossé à un verger, il devient un couloir vers les arbres, et la perte redoutée devient celle du verger.
Tossefot s'interroge sur le statut de cette beraita : troisième opinion, explicitation du premier tana, ou précision qui s'accorde avec Rabbi Yehouda. Il signale aussi une variante textuelle, où la beraita se rattache explicitement aux paroles de Rabbi Yehouda.
Et l'on bouche la brèche pendant la fête. Comment bouche-t-on ?
Rav Yossef a dit : avec des palmes et du laurier.
La michna permet de boucher une brèche, non de bâtir. La guemara demande en quoi consiste ce bouchage. Rav Yossef répond : avec des branches de palmier et de laurier, un obstacle végétal provisoire qui ne constitue pas une clôture véritable.
La distinction entre boucher et bâtir commande toute la sougya qui suit : le premier geste est réversible et sommaire, le second est un travail d'artisan.
Dans une beraita on a enseigné : il entasse des pierres, mais il n'enduit pas de mortier. Rav Hisda a dit : on n'a enseigné cela que du mur du jardin ; mais le mur de la cour, il le bâtit à sa manière habituelle.
Seconde description du bouchage : des pierres posées les unes sur les autres, sans mortier. Le mortier est la marque du travail achevé, celui qu'on ne fait pas pendant la fête.
Rav Hisda restreint la portée de la michna. Le mur d'un jardin ne protège que des fruits, et son absence pendant quelques jours ne coûte pas grand-chose. Le mur d'une cour protège la maison et les biens ; sa brèche ouvre la porte aux voleurs, et la perte redoutée justifie de bâtir normalement.
Disons qu'une beraita l'appuie : un mur qui penche vers le domaine public, on le démolit et on le rebâtit à sa manière habituelle, à cause du danger. Là-bas, la raison est celle qui est enseignée : à cause du danger.
Un mur qui penche vers la voie publique menace de s'effondrer sur les passants. La beraita permet de le démolir et de le rebâtir normalement. Comme il s'agit d'un mur de cour, on y voit d'abord un appui pour Rav Hisda.
La guemara écarte cet appui : la beraita énonce sa propre raison, le danger. Elle ne dit donc rien du mur de cour ordinaire, où aucun danger n'est en cause.
Et certains disent : viens et écoute — un mur qui penche vers le domaine public, on le démolit et on le rebâtit à sa manière habituelle, à cause du danger. À cause du danger, oui ; sans qu'il y ait danger, non.
Dirons-nous que c'est une réfutation de Rav Hisda ?
Seconde version de la discussion : la même beraita est citée, mais contre Rav Hisda. Le raisonnement est un diyouk, une déduction à partir de la formulation : si la beraita prend soin de mentionner le danger, c'est que sans danger la permission tombe. Or Rav Hisda permet de bâtir normalement le mur de la cour alors qu'aucun danger n'existe.
Rav Hisda peut te dire : là-bas, on démolit et on rebâtit ; ici, on rebâtit mais on ne démolit pas.
Rav Hisda distingue deux permissions de force inégale. La beraita du mur penché accorde la plus large : démolir un mur debout puis le relever, ce qui représente un travail complet entrepris depuis le début. Lui-même n'a permis que la seconde : rebâtir un mur de cour déjà tombé.
Le diyouk du passage précédent perd alors sa portée : la mention du danger explique la démolition, non la reconstruction.
Là-bas aussi, qu'il démolisse et ne rebâtisse pas ! S'il en était ainsi, il s'abstiendrait et ne démolirait pas.
Dernière objection : puisque le danger vient du mur penché, il suffirait de le jeter à terre ; la reconstruction, elle, ne sauve personne et pourrait attendre la fin de la fête.
La réponse relève d'un raisonnement fréquent dans la halakha de hol hamoed : si on lui impose de laisser sa cour ouverte pendant plusieurs jours, le propriétaire préférera ne rien faire du tout, et le mur menaçant restera debout. Pour obtenir la démolition, on autorise aussi la reconstruction.
Rav Achi a dit : la michna aussi est précise, car elle enseigne : et pendant la septième année, il bâtit à sa manière habituelle.
Rav Achi cherche une confirmation dans la formulation même de la michna. Celle-ci ajoute une clause sur la chevi'it, la septième année : là, on bâtit à la manière habituelle. Le segment suivant en tire la déduction.
Tossefot rapporte la décision pratique des Tossefot de Rabbenou Peretz : la permission de bâtir le mur de la cour vaut face au domaine public, là où les voleurs sont à craindre, et non pour un mur mitoyen entre deux cours.
De quel mur ? Si tu dis celui de la cour, fallait-il le dire ?
Il s'agit donc bien de celui du jardin. Et cela, bien qu'il paraisse faire une protection pour les fruits.
Apprends-en.
L'argument tient à la nouveauté que la michna apporte. La chevi'it ne défend que les travaux du sol ; bâtir un mur de cour n'a jamais posé de question, et le dire serait superflu.
La clause n'a de sens que pour le mur du jardin : on aurait pu craindre que le refermer revienne à garder ses fruits, alors que les produits de la septième année sont sans maître et doivent rester accessibles. La michna enseigne que cette apparence n'interdit pas. Reste que, pendant la fête, ce même mur de jardin ne se bâtit pas normalement — ce qui confirme la lecture de Rav Hisda.
MICHNA. Rabbi Meir dit : on examine les nega'im au début pour alléger, mais non pour aggraver.
Et les sages disent : ni pour alléger ni pour aggraver.
Une nouvelle michna s'ouvre. Un nega, tache suspecte sur la peau, ne rend impur qu'au moment où un kohen le déclare tel ; tant que le kohen se tait, l'homme demeure pur. L'examen pendant hol hamoed pose donc un problème propre : il peut soulager, mais il peut aussi plonger un homme dans l'impuretie en pleine fête.
Rabbi Meir accorde au kohen une liberté de parole : il regarde, et ne prononce que si la conclusion est favorable. Les sages refusent l'examen entièrement, dans les deux sens.
GUEMARA. Il a été enseigné : Rabbi Meir dit : on examine les nega'im pour alléger, mais non pour aggraver.
Rabbi Yossi dit : ni pour alléger ni pour aggraver, car si tu t'occupes de lui pour alléger, tu t'en occupes aussi pour aggraver.
La beraita met un nom sur l'avis anonyme des sages : Rabbi Yossi. Sa raison est donnée explicitement, et elle porte sur la fonction du kohen. Dès lors qu'il se saisit du cas, il ne lui appartient plus de choisir ce qu'il dira : l'examen engage la déclaration, dans un sens comme dans l'autre.
Le désaccord se ramène donc à une question de statut : le kohen peut-il légitimement se taire après avoir vu ?
Rabbi a dit : les paroles de Rabbi Meir paraissent justes pour le mousgar, et les paroles de Rabbi Yossi pour le mouhlat.
Rabbi ne tranche pas entre les deux avis, il les répartit selon l'état du malade. Le mousgar est celui que le kohen a enfermé pour une semaine d'observation ; le mouhlat est celui qui a déjà été déclaré impur de façon certaine.
Pour le mousgar, l'examen ne peut que l'améliorer ou le laisser en l'état : Rabbi Meir a raison. Pour le mouhlat, l'examen risque au contraire de lui faire perdre ce qu'il avait : Rabbi Yossi a raison. La guemara de 7b explicitera ce que le mouhlat peut perdre.
Tossefot conteste longuement l'explication de Rachi. La michna de Meguila enseigne que la seule différence entre les deux états tient à la pria et à la prima, les cheveux laissés longs et les vêtements déchirés ; leur statut au regard de la femme serait donc identique, et Tossefot propose finalement de renverser la répartition.
Rava a dit : pour celui qui est pur, tous s'accordent qu'on ne l'examine pas. Pour le premier hesger, tous s'accordent qu'on l'examine.
Ils ne divergent que
Rava reprend le problème par le bas, en isolant les cas où personne ne discute. Celui qui n'a jamais été examiné est pur : le regarder ne peut que lui nuire, tous conviennent qu'on s'en abstient. Celui qui se trouve dans son premier hesger ne risque rien de pire qu'un second hesger, et il peut gagner sa libération : tous conviennent qu'on l'examine.
La phrase s'interrompt sur le cas litigieux, que la suite développe en 7b. Rachi entend le premier hesger de sa fin, au huitième jour ; Tossefot objecte qu'à ce moment la tache a pu s'étendre et entraîner une déclaration d'impureté certaine, et retient au nom de Rabbenou Yitshak qu'il s'agit du début du premier hesger.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).