Moed Katan 8a — Deux versets pour un seul délai, l'inspection réservée au grand jour, puis la michna : recueillir les ossements de ses parents et le silence imposé aux orateurs funèbres trente jours avant la fête

Moed_Katan 8a

Sougya : La première moitié du folio achève la discussion ouverte au folio précédent sur le délai que l'on accorde avant l'inspection d'un nega. La lèpre des maisons est un hidouch, puisque du bois et des pierres ordinaires ne contractent pas d'impureté ; Rabbi établit donc une tsricha : les deux versets, celui du jour de l'apparition et celui de l'ordre de vider la maison, sont nécessaires l'un et l'autre.

La guemara demande ensuite d'où vient que le verset admette un jour où l'on inspecte et un jour où l'on n'inspecte pas : Abaye expose le vav, Rava tient tout le membre de phrase pour superflu. De ce partage découle un second partage, sur la source de la règle qui limite l'inspection au jour et sur celle qui écarte le kohen aveugle d'un œil.

La seconde moitié ouvre la michna : Rabbi Meir permet de recueillir pendant le hol ha-moed les ossements de ses parents pour les porter au tombeau familial, parce que c'est pour lui une joie ; Rabbi Yossi y voit un deuil. Une beraita contredit Rabbi Meir, et Abaye reformule son motif : la joie de la fête l'emporte.

Le folio se termine sur l'interdiction de susciter la lamentation et de faire prononcer un éloge funèbre dans les trente jours qui précèdent la fête, expliquée par Rav au moyen d'un fait : un homme avait amassé son argent pour monter à Jérusalem, sa femme le donna à l'orateur funèbre, et le pèlerinage fut manqué.

Pourquoi deux versets ? La tsricha de Rabbi Verset 1 : ou-ve-yom hera'ot bo le corps du metsora (Vayikra 13,14) Verset 2 : ve-tsiva ha-kohen ou-finou la maison et ce qu'elle contient (Vayikra 14,36) Avec ce verset seul : on attendrait pour une mitsva, oui ; pour une affaire facultative, non. d'où le besoin du verset 2 Avec ce verset seul : on attendrait pour les objets, oui, car l'impureté ne touche pas le corps. d'où le besoin du verset 1 tsricha : chacun des deux versets apporte ce que l'autre laisse ouvert délai accordé pour le corps comme pour la maison, mitsva comme affaire facultative Obstacle de fond : la lèpre des maisons est un hidouch, du bois et des pierres ordinaires ne contractent pas l'impureté
La tsricha de Rabbi : chacun des deux versets couvre l'angle mort de l'autre.
Abaye et Rava : la même halakha, trois versets répartis autrement Ce qu'il faut déduire Abaye Rava Il y a un jour où l'on inspecte et un jour où l'on n'inspecte pas le vav de ou-ve-yom un seul signe en trop tout ou-ve-yom est en trop il suffisait d'écrire ou-ve-hera'ot De jour, et non de nuit l'heure de l'inspection be-yom du même verset le mot reste disponible ke-nega nir'a li ba-bayit à moi, et non à ma lumière Le kohen aveugle d'un œil est écarté de l'inspection le-khol mar'e einei ha-kohen le-khol mar'e einei ha-kohen Les deux s'accordent sur le mot des yeux du kohen ; leur partage porte sur le verset qui reste libre pour écarter la nuit
Abaye et Rava répartissent autrement trois versets pour trois enseignements.
Recueillir les ossements de ses parents pendant le hol ha-moed Likout atsamot : transférer les ossements de la sépulture provisoire au tombeau des ancêtres Rabbi Meir : permis simha hi lo : c'est pour lui une joie il les dépose auprès de ses pères Rabbi Yossi : interdit avel hou lo : c'est pour lui un deuil le chagrin n'a pas sa place au moed Beraïta : il prend le deuil toute la journée Rav Hisda : même noués dans son drap Abaye reformule Rabbi Meir la joie de la fête est sur lui et couvre sa peine Nafka mina : la permission ne tient plus à la nature de l'acte mais à la force du moed un jour de deuil reste attaché au likout, le moed le recouvre
Le likout atsamot pendant le moed : joie, deuil, et le déplacement opéré par Abaye.
1
דְּהָא עֵצִים וַאֲבָנִים בְּעָלְמָא לָא מִטַּמְּאוּ, וְהָכָא מְטַמְּאוֹ.

Car du bois et des pierres ordinaires ne contractent pas d'impureté, et ici pourtant ils la contractent.

📜 Rachi (1)
דְּהָא עֵצִים פְּשׁוּטֵי כְּלֵי עֵץ לָא מְקַבְּלֵי טֻומְאָה:
Car du bois — les ustensiles de bois plats, pchoutei klei ets, ne reçoivent pas l'impureté.
🗂️ Tossefot (1)
דְּהָא עֵצִים וַאֲבָנִים לָא מְטַמְּאוֹ. וְאַפֵּ"ה מְטַמְּאוֹ כָּאן עֵצִים וַאֲבָנִים לָאו דַּוְקָא דְּהָא תְּנַן בְּמַסֶּכֶת נְגָעִים (פי"ב מ"ה) לְרַבִּי יְהוּדָה אֲפִילּוּ חֲבִילֵי קַשׁ וַחֲבִילֵי תֶּבֶן וא"כ צָרִיךְ לוֹמַר דְּרַבִּי נָמֵי מוֹדֶה לְר' יְהוּדָה וְכֵן מַשְׁמַע מִדְּלָא מַסִּיק דְּרַבִּי סָבַר לָהּ כְּר' שִׁמְעוֹן דִּפְלִיג הָתָם:
Car du bois et des pierres ne contractent pas d'impureté, et pourtant ici ils la contractent. Bois et pierres ne sont pas à prendre au sens strict, car nous avons appris dans la michna du traité Negaim (12,5) que pour Rabbi Yehouda même des bottes de paille et des bottes de chaume sont concernées. Il faut donc dire que Rabbi aussi s'accorde avec Rabbi Yehouda sur ce point ; c'est ce qui ressort de ce que la guemara ne conclut pas que Rabbi suivrait Rabbi Chimon, lequel est en désaccord là-bas.
💡 Explication

La guemara achève d'établir en quoi la lèpre des maisons constitue un hidouch, une loi singulière. Partout ailleurs, le bois non façonné et la pierre échappent à l'impureté ; ici la Torah les y soumet. Une loi de ce genre reste enfermée dans son propre domaine et ne sert pas de modèle pour déduire ailleurs, ce qui oblige Rabbi à chercher un second verset.

2
וְרַבִּי אָמַר: אִצְטְרִיךְ, דְּאִי כְּתַב רַחֲמָנָא ״וּבְיוֹם הֵרָאוֹת בּוֹ״, הָוֵה אָמֵינָא לִדְבַר מִצְוָה — אִין, לִדְבַר הָרְשׁוּת — לָא, כְּתַב רַחֲמָנָא ״וְצִוָּה הַכֹּהֵן״.

Et Rabbi a dit : les deux versets sont nécessaires. Car si le Miséricordieux n'avait écrit que ou-ve-yom hera'ot bo, et au jour où l'on verra en lui, j'aurais dit : pour une affaire de mitsva, oui, on accorde un délai ; pour une affaire facultative, non.

C'est pourquoi le Miséricordieux a écrit ve-tsiva ha-kohen, et le kohen ordonnera.

📜 Rachi (1)
וְרַבִּי אָמַר אִצְטְרִיךְ כְּלוֹמַר אע"ג דְּיָלֵיף טֻומְאָה דְּגוּפֵיהּ מִטֻּומְאָה דְּלָאו גּוּפֵיהּ לִדְבַר הָרְשׁוּת מוְּצוּהָ הַכֹּהֵן אִיצְטְרִיךְ בַּיּוֹם הֵרָאוֹת בּוֹ:
Et Rabbi a dit : c'est nécessaire — c'est-à-dire que même si l'on déduit l'impureté du corps à partir de l'impureté qui ne touche pas le corps, pour une affaire facultative, à partir de ve-tsiva ha-kohen, le verset ou-ve-yom hera'ot bo demeure nécessaire.
💡 Explication

Rabbi construit une tsricha : il montre que chacun des deux versets reste indispensable. Le verset du corps, pris seul, laisserait croire que le délai avant l'inspection n'est accordé que pour accomplir une mitsva. Le verset de la maison, où la Torah ordonne de vider les lieux avant l'arrivée du kohen, montre que le délai vaut aussi pour un intérêt ordinaire du propriétaire.

La difficulté de départ tient au hidouch du segment précédent : une loi singulière ne fonde pas de déduction. Rabbi répond que les deux versets, mis ensemble, forment une chaîne qui franchit cet obstacle.

3
וְאִי כְּתַב רַחֲמָנָא ״וְצִוָּה הַכֹּהֵן״, הֲוָה אֲמִינָא: הָנֵי — אִין, דְּלָאו טֻומְאָה דְּגוּפֵיהּ, אֲבָל טֻומְאָה דְּגוּפֵיהּ — אֵימָא מִיחְזָא חַזְיָא לֵיהּ. צְרִיכָא.

Et si le Miséricordieux n'avait écrit que ve-tsiva ha-kohen, j'aurais dit : pour ces objets-là, oui, on accorde un délai, puisque l'impureté ne touche pas le corps même ; mais pour une impureté du corps, j'aurais dit qu'il faut bien l'inspecter aussitôt. Les deux versets sont donc nécessaires.

📜 Rachi (1)
אֲבָל טֻומְאָה דְגוּפֵיהּ אֵימָא לָא דְּלָא יָלֵיף טֻומְאָה דְּגוּפֵיהּ מִטֻּומְאָה דְּלָאו גּוּפֵיהּ לִדְבַר הָרְשׁוּת מוְּצוּהָ הַכֹּהֵן דַּהֲוָה אָמֵינָא חִידּוּשׁ הוּא קמ"ל וּבְיוֹם הֵרָאוֹת דְּהַיְינוּ טֻומְאָה דְּגוּפֵיהּ דְּמַמְתִּינִין לוֹ לִדְבַר מִצְוָה וְהוֹאִיל וְאַשְׁכְּחַן דְּמַמְתִּינִין לוֹ לְטֻומְאָה דְּגוּפֵיהּ מִיהָא לִדְבַר מִצְוָה אִית לֵיהּ נָמֵי כֹּחַ לְמֵילַף מוְּצוּהָ הַכֹּהֵן דְּמַמְתִּינִין לְטֻומְאָה דְּגוּפֵיהּ לִדְבַר הָרְשׁוּת נָמֵי אַף עַל גַּב דְּחִידּוּשׁ הוּא:
Mais pour une impureté du corps, j'aurais dit que non — car on ne déduirait pas l'impureté du corps à partir de l'impureté qui ne touche pas le corps, pour une affaire facultative, depuis ve-tsiva ha-kohen, puisque j'aurais dit qu'il s'agit d'un hidouch. Le verset vient donc nous apprendre ou-ve-yom hera'ot bo, qui vise l'impureté du corps, et qui enseigne qu'on lui accorde un délai pour une affaire de mitsva. Et puisque nous constatons qu'on accorde un délai pour l'impureté du corps au moins dans une affaire de mitsva, il y a désormais assez de force pour déduire de ve-tsiva ha-kohen qu'on accorde également un délai, pour l'impureté du corps, dans une affaire facultative, bien que ce soit un hidouch.
💡 Explication

Seconde branche de la tsricha. Le verset de la maison concerne une impureté extérieure à la personne, portant sur ses biens ; on comprendrait qu'on y tolère un délai. Pour une atteinte au corps même, plus grave, on exigerait une inspection immédiate. Le verset du corps vient donc établir le délai là aussi, et la conclusion est tsricha : les deux énoncés sont requis.

🖼️ Schéma
Pourquoi deux versets ? La tsricha de Rabbi Verset 1 : ou-ve-yom hera'ot bo le corps du metsora (Vayikra 13,14) Verset 2 : ve-tsiva ha-kohen ou-finou la maison et ce qu'elle contient (Vayikra 14,36) Avec ce verset seul : on attendrait pour une mitsva, oui ; pour une affaire facultative, non. d'où le besoin du verset 2 Avec ce verset seul : on attendrait pour les objets, oui, car l'impureté ne touche pas le corps. d'où le besoin du verset 1 tsricha : chacun des deux versets apporte ce que l'autre laisse ouvert délai accordé pour le corps comme pour la maison, mitsva comme affaire facultative Obstacle de fond : la lèpre des maisons est un hidouch, du bois et des pierres ordinaires ne contractent pas l'impureté
Les deux versets de Rabbi et ce que chacun apporte.
4
אָמַר מָר: יֵשׁ יוֹם שֶׁאַתָּה רוֹאֶה בּוֹ, וְיֵשׁ יוֹם שֶׁאִי אַתָּה רוֹאֶה בּוֹ.

Le Maître a dit : il y a un jour où tu inspectes, et il y a un jour où tu n'inspectes pas.

💡 Explication

La guemara revient sur une phrase de la beraita citée plus haut pour l'examiner. L'énoncé admet que l'inspection du nega souffre des exceptions : certains jours, le kohen regarde ; d'autres jours, il s'abstient. Reste à savoir d'où cette souplesse se lit dans le verset.

5
מַאי מַשְׁמַע? אָמַר אַבַּיֵּי: אִם כֵּן לִיכְתּוֹב רַחֲמָנָא ״בַּיּוֹם״, מַאי ״וּבַיּוֹם״? שְׁמַע מִינָּה: יֵשׁ יוֹם שֶׁאַתָּה רוֹאֶה בּוֹ, וְיֵשׁ יוֹם שֶׁאִי אַתָּה רוֹאֶה בּוֹ.

D'où cela ressort-il ? Abaye a dit : s'il en était ainsi, le Miséricordieux aurait dû écrire be-yom, au jour.

Que vient faire ou-ve-yom, et au jour ? Apprends-en qu'il y a un jour où tu inspectes et un jour où tu n'inspectes pas.

🗂️ Tossefot (1)
מַאי וּבַיּוֹם יֵשׁ יוֹם שֶׁאַתָּה רוֹאֶה. מַשְׁמַע לְאַבַּיֵּי דְּר' יְהוּדָה דָּרֵישׁ וָי"ו וְכֵן פ"ק דְּסַנְהֶדְרִין (דַּף יד. וְשָׁם) גַּבֵּי וְשׁוֹפְטֶיךָ ופ' אֵלּוּ מְצִיאוֹת (בּ"מ דַּף כז.) גַּבֵּי וּמָצָאתָ וְקָשֶׁה אִיהוּ גּוּפֵיהּ לָא דָּרֵישׁ וָי"ו דּוֹאָם הָמֵר יָמִיר בפ"ק דִּתְמוּרָה (דַּף ב:) וּבְסוֹף פֶּרֶק טָרַף בַּקַּלְפִּי (יוֹמָא ד' מה.) גַּבֵּי וְהָאֵשׁ וְשֶׁמָּא דָּרֵישׁ לֵיהּ לִדְרָשָׁה אַחַרְיַנָא מִיהוּ הָכָא קָשֶׁה טְפֵי כֵּיוָן דְּר' יְהוּדָה דָּרֵישׁ וָי"ו מַאי טַעְמָא לָא אָמַר רָבָא דְּהָכָא נָמֵי דָּרֵישׁ וָי"ו לָמָּה חוֹלֵק עַל אַבַּיֵּי .. הָיָה לוֹ לְהַזְכִּירָהּ וְשֶׁמָּא רָבָא קָאָמַר אֲפִילּוּ לָא דְּרֵישׁ ר' יְהוּדָה וָי"ו הָכָא לְהַאי דְּרָשָׁה יֵשׁ לְיַישְּׁבָהּ.:
Que vient faire ou-ve-yom : il y a un jour où tu inspectes. Il ressort, selon Abaye, que Rabbi Yehouda expose le vav. De même au premier chapitre de Sanhédrin (14a) au sujet de ve-choftekha, et au chapitre Elou metsiot (Baba Metsia 27a) au sujet de ou-metsata. Et cela fait difficulté, car lui-même n'expose pas le vav de ve-im hamer yamir au premier chapitre de Temoura (2b), ni à la fin du chapitre Taraf be-kalpi (Yoma 45a) au sujet de ve-ha-ech. Peut-être l'expose-t-il pour une autre derasha. Ici toutefois la difficulté est plus forte : puisque Rabbi Yehouda expose le vav, pourquoi Rava n'a-t-il pas dit qu'ici aussi il l'expose ? Pourquoi s'oppose-t-il à Abaye ? Il aurait dû mentionner cette lecture. Peut-être Rava veut-il dire que même si Rabbi Yehouda n'expose pas le vav ici, la derasha se soutient malgré tout.
💡 Explication

Abaye fonde la derasha sur une seule lettre : le vav initial de ou-ve-yom. Le verset pouvait se contenter de be-yom ; la lettre supplémentaire signale que la règle admet des conditions. Ce mode de lecture, qui tire un enseignement d'un vav, est attribué ici à Rabbi Yehouda, et Tossefot vérifie si cette méthode lui est constante.

6
רָבָא אָמַר: כֻּולָּהּ קְרָא יַתִּירָא הוּא, דְּאִם כֵּן לִכְתֹּוב רַחֲמָנָא ״וּבְהָרְאוּת״, מַאי ״וּבַיּוֹם״? שְׁמַע מִינָּה: יֵשׁ יוֹם שֶׁאַתָּה רוֹאֶה בּוֹ, וְיֵשׁ יוֹם שֶׁאִי אַתָּה רוֹאֶה בּוֹ.

Rava a dit : le membre de phrase tout entier est superflu. Car s'il en était ainsi, le Miséricordieux aurait dû écrire ou-ve-hera'ot, et lorsqu'il apparaîtra.

Que vient faire ou-ve-yom ? Apprends-en qu'il y a un jour où tu inspectes et un jour où tu n'inspectes pas.

📜 Rachi (1)
כֻּולָּהּ קְרָא יַתִּירָא כְּלוֹמַר כֻּולָּהּ תֵּיבָה דִּבְיוֹם הֵרָאוֹת קְרָא יַתִּירָא:
Le membre de phrase tout entier est superflu — c'est-à-dire que le mot be-yom tout entier, dans be-yom hera'ot, constitue un surplus d'écriture.
💡 Explication

Rava lit plus largement : le mot be-yom lui-même est en trop, puisque la Torah pouvait écrire ou-ve-hera'ot, lorsqu'il apparaîtra. Ce surplus, et non la seule lettre vav, porte l'enseignement. La différence entre les deux amoraim se paiera au segment suivant : le mot be-yom reste disponible chez Abaye pour un autre enseignement, tandis que Rava l'a déjà employé ici.

7
וְאַבַּיֵּי, הַהוּא מִיבְּעֵי לֵיהּ — בַּיּוֹם וְלֹא בַּלַּיְלָה.

Et Abaye : ce mot lui est nécessaire pour enseigner de jour, et non de nuit.

💡 Explication

Abaye n'a consommé que le vav ; le mot be-yom lui reste pour la règle qui limite l'inspection du nega aux heures du jour. Le kohen ne peut déclarer pur ni impur à la lumière d'une lampe.

8
וְרָבָא, בַּיּוֹם וְלֹא בַּלַּיְלָה מְנָא לֵיהּ? נָפְקָא לֵיהּ מִ״לְכָל מַרְאֵה עֵינֵי הַכֹּהֵן״. וְאַבַּיֵּי, הַהוּא מִיבְּעֵי לֵיהּ לְמַעוֹטֵי סוֹמֵא בְּאַחַת מֵעֵינָיו.

Et Rava, d'où tire-t-il de jour et non de nuit ? Il le tire de le-khol mar'e einei ha-kohen, selon tout ce que voient les yeux du kohen.

Et Abaye : ce verset lui est nécessaire pour écarter un kohen aveugle d'un œil.

📜 Rachi (1)
מַרְאֵה עֵינֵי הַכֹּהֵן מַשְׁמַע בַּיּוֹם שֶׁיָּכוֹל לִרְאוֹת:
Ce que voient les yeux du kohen — cela signifie de jour, quand il peut voir.
💡 Explication

La discussion devient une répartition de versets. Rava, ayant épuisé ou-ve-yom, prend appui sur le verset des yeux du kohen : une vision pleine suppose la lumière du jour. Abaye répond que ce verset sert déjà à une autre chose, exclure de l'inspection le kohen privé d'un œil, puisque le texte parle d'yeux au pluriel.

🖼️ Schéma
Abaye et Rava : la même halakha, trois versets répartis autrement Ce qu'il faut déduire Abaye Rava Il y a un jour où l'on inspecte et un jour où l'on n'inspecte pas le vav de ou-ve-yom un seul signe en trop tout ou-ve-yom est en trop il suffisait d'écrire ou-ve-hera'ot De jour, et non de nuit l'heure de l'inspection be-yom du même verset le mot reste disponible ke-nega nir'a li ba-bayit à moi, et non à ma lumière Le kohen aveugle d'un œil est écarté de l'inspection le-khol mar'e einei ha-kohen le-khol mar'e einei ha-kohen Les deux s'accordent sur le mot des yeux du kohen ; leur partage porte sur le verset qui reste libre pour écarter la nuit
Trois enseignements, trois versets, deux répartitions.
9
וְרָבָא נָמֵי מִיבְּעֵי לֵיהּ לְהָכִי? אִין, הָכִי נָמֵי.

Et Rava aussi n'a-t-il pas besoin de ce verset pour cela ? Oui, il en est bien ainsi.

💡 Explication

La guemara oppose à Rava sa propre exigence : lui aussi doit tirer de ce verset l'exclusion du kohen aveugle d'un œil. Rava le concède. Le verset des yeux du kohen quitte donc sa liste des sources pour la règle du jour, et il lui faut chercher encore.

10
וְאֶלָּא בַּיּוֹם וְלֹא בַּלַּיְלָה מְנָא לֵיהּ? נָפְקָא לֵיהּ מִ״כְּנֶגַע נִרְאָה לִי בַּבָּיִת״. ״לִי״ — וְלֹא לְאוֹרִי.

Alors d'où tire-t-il de jour et non de nuit ? Il le tire de ke-nega nir'a li ba-bayit, quelque chose comme une plaie m'est apparu dans la maison.

Li, à moi, et non à ma lumière.

📜 Rachi (1)
לִי וְלֹא לְאוֹרִי שֶׁאֵין צָרִיךְ לְאוֹר הַנֵּר דְּהַייְנוּ בַּיּוֹם וּבְהַהוּא שַׁעְתָּא נָמֵי וּבָא הַכֹּהֵן אַלְמָא דְּאֵין רוֹאִין אֶלָּא בַּיּוֹם:
À moi et non à ma lumière — qu'il n'ait pas besoin de la lumière d'une lampe, c'est-à-dire de jour ; et c'est au même moment que le kohen viendra. Il en ressort qu'on n'inspecte que de jour.
🗂️ Tossefot (1)
נָפְקָא לֵיהּ מִכְּנֶגַע נִרְאָה לִי וְלֹא לְאוֹרִי. תֵּימַהּ דְּהָא לְעֵיל אָמַר רָבָא לְר' יְהוּדָה חִידּוּשׁ הוּא וְלָא גָּמְרִינַן מִינֵּיהּ וְלַפֵּירוּשׁ שֶׁפֵּירֵשׁ דְּרַבִּי יְהוּדָה לְטַעְמֵיהּ דְּמַצְרִיךְ וּפִינּוּ בְּעֵצִים וּבַאֲבָנִים נִיחָא דִּלְעִנְיַן פִּינוּ דַּוְקָא חִידּוּשׁ ועי"ל כֵּיוָן דִּלְאוֹרוֹ אֵינוֹ יָכוֹל לִרְאוֹת בְּלֹא נֵר א"כ פּוֹסֵל מִטַּעַם רְאִיָּה יֵשׁ לָנוּ לִלְמֹוד הֵימֶנּוּ כֵּיוָן דְּחָזֵינַן דִּבְעָלְמָא נָמֵי אַשְׁכַּחְנָא קְפִידָא בִּרְאִיָּה טְפֵי מֵעוֹלֵי רְגָלִים דְּבָעֵינַן שְׁתֵּי עֵינַיִם וּבָעֵינַן נָמֵי שֶׁלֹּא יְהֵא יוֹם הַמְעֻונָּן וְתֵימַהּ דְּהָכָא מַשְׁמַע דְּרָבָא מְמַעֵט לַיְלָה מֵהַאי קְרָא וּבְפֶ' אֶחָד דִּינֵי מָמוֹנוֹת (סַנְהֶדְרִין ד' לד: וְשָׁם) מַיְיתֵי קְרָא וּבְיוֹם הֵרָאוֹת בּוֹ וְהַיְינוּ כְּאַבַּיֵּי וי"ל דְּאוֹרְחֵיהּ דְּהַשַּׁ"ס לַאֲתוּיֵי דְּרָשׁוֹת הַפְּשׁוּטִים יוֹתֵר וְשֶׁמָּא אִי לֹא כְּתַב כְּנֶגַע נִרְאֶה לִי הֲוָה מוֹקְמִינַן וּבְיוֹם הֵרָאוֹת לִמְעוּטֵי לַיְלָה וְכֵן בפ"ב דִּמְגִילָּה (דַּף כ.) וְלֹא מוֹהֲלִין אֶלָּא בַּיּוֹם דָּרֵישׁ הָתָם מִבְּיוֹם הַשְּׁמִינִי בַּיּוֹם וְלֹא בַּלַּיְלָה וּבְפֶ' ר' אֱלִיעֶזֶר דְּמִילָה (שַׁבָּת קלב. וְשָׁם) דָּרֵישׁ מִינֵּיהּ בַּיּוֹם אֲפִילּוּ בְּשַׁבָּת וּמִבֶּן שְׁמוֹנַת יָמִים דָּרְשִׁינַן יָמִים וְלֹא לֵילוֹת וּבְפֶ' הַחוֹבֵל (בּ"ק דַּף פז.) מַייְתֵי שֶׁבַח נְעוּרִים לְאָבִיהָ מִבִּנְעוּרֶיהָ בֵּית אָבִיהָ וּבְרֵישׁ פ"ק דְּקִדּוּשִׁין (דַּף ג:) מוּקֵי לָהּ בַּהֲפָרַת נְדָרִים דַּוְקָא וְשֶׁבַח נְעוּרִים נָפְקִי מֻוכֵּי יִמְכֹּור וְגוֹ' וְכֵן בְּפֶ' קַמָּא דְּקִדּוּשִׁין (ג: יד.) מַייְתֵי סֵפֶר כּוֹרְתָהּ וְאֵין דָּבָר אַחֵר כּוֹרְתָהּ מִסֵּפֶר כְּרִיתוֹת וּבְפֶרֶק [הַמֵּבִיא גֵּט] (גִּיטִּין דַּף כא:) מַפְּקִי לָהּ רַבָּנָן מֻוכְתָּב לָהּ וְסֵפֶר כְּרִיתוֹת אִצְטְרִיךְ לִדְרָשָׁה אַחַרְיַנָא וּמִיהוּ תֵּימַהּ הֵיאַךְ נוּכַל לְיַישֵּׁב הַסֻּוגְיָא דְּפֶרֶק אֶחָד דִּינֵי מָמוֹנוֹת (סַנְהֶדְרִין דַּף לד:) אַלִּיבָּא דְּרָבָא דְּמַייְתִי לָהּ הָתָם לְמִיגְמַר דִּין בַּיּוֹם מִנְּגָעִים וּבִשְׁלָמָא אִי מַיְיתֵי מִוְּבָיוֹם הֵרָאוֹת בּוֹ מָצִינוּ לְאוֹקְמֵי בִּגְמַר דִּין אֶלָּא כְּנֶגַע נִרְאָה לִי הַיְינוּ תְּחִילַּת דִּין וְאַבַּיֵּי דְּאָמַר אִי מֵהָתָם הָנֵי מִילֵּי דְּטֻומְאָה לָאו דְּגוּפֵיהּ. וְקַיְימָא פִּירְכָא דִּלְעֵיל דְּמִגּוּפֵיהּ דְּאִית לֵיהּ לְאַבַּיֵּי מַשְׁמָעוּת דּוֹרְשִׁין אִיכָּא בֵּינַייְהוּ דְּמַשְׁמַע דְּרַבִּי יְהוּדָה לָא דָּרֵישׁ מֻופִּינוּ הֲוָה דָּרֵישׁ לֵיהּ נַמֵּי שַׁפִּיר וְאִצְטְרִיךְ וּבְיוֹם הֵרָאוֹת ע"כ נִרְאֶה לִי דה"פ לְעֵיל מַשְׁמָעוּת דּוֹרְשִׁין אִיכָּא בֵּינַייְהוּ רַבִּי סָבַר דִּבְיוֹם הֵרָאוֹת אִצְטְרִיךְ לִדְרָשָׁה אַחַרְיַנָא דְּבַיּוֹם וְלֹא בַּלַּיְלָה כִּדְפָרֵישִׁית נַמֵּי לְעֵיל וְרַבִּי יְהוּדָה סָבַר דְּתַרְוַיְיהוּ דָּרְשִׁינַן וְאִיצְטְרִיךְ לִתְרֵי קְרָאֵי כִּי הֵיכִי דְּאִית לֵיהּ לְרַבִּי דְּמֻופִּינוּ הֵ"א טֻומְאָה דְּלָאו גּוּפֵיהּ קמ"ל וּבַיּוֹם וּמִבְּיוֹם לָא שָׁמְעִינַן אֶלָּא לִדְבַר מִצְוָה קמ"ל וּפִינּוּ וּלְפִי זֶה לכ"ע מַמְתִּינִין לִדְבַר הָרְשׁוּת דְּהָא תַּרְוַיְיהוּ דָּרְשִׁי וּפִינּוּ כִּדְפָרֵישִׁית וּמִלְּתָא דְּאָתְיָא מק"ו טָרַח וְכָתַב לָהּ קְרָא דְּהַיְינוּ דְּבַר מִצְוָה וְקָשֶׁה קְצָת אַלִּיבָּא דְּרַבִּי יְהוּדָה שְׁמָהּ שֶׁיֵּשׁ בְּחֻומְרָא חִידּוּשׁ אֵין לִלְמֹוד הֵימֶנּוּ קֻולָּא דְּקָאָמַר מִשּׁוּם דְּחִידּוּשׁ הוּא דְּהָא עֵצִים וַאֲבָנִים לָא מְטַמְּאוֹ אֵין לִלְמֹוד מִמֶּנָּה אֶלָּא דִּכְוָותֵיהּ אָמְרִינַן פֶּרֶק כָּל הַבָּשָׂר (חֻולִּין ד' קח. וְשָׁם) בָּשָׂר בְּחָלָב חִידּוּשׁ הוּא וּפֵירֵשׁ רַבֵּינוּ יַעֲקֹב דְּאִי תְּרֵי לֵיהּ כֻּולֵּי יוֹמָא בַּחֲלָבָא שְׁרֵי וְכִי מְבַשֵּׁל לֵיהּ אָסוּר וְהַחִידּוּשׁ אֵינוֹ מִן הָאִיסּוּר דְּבַהֲדֵי הֲדָדִי אָסוּר וְהַאי לְחוֹדֵיהּ וְהַאי לְחוֹדֵיהּ שְׁרֵי דְּהָא כִּלְאַיִם נָמֵי כָּל חֲדָא שָׁרִי וּבְהִצְטָרְפוּת אֲסִירֵי כִּדְמַסִּיק בְּפֶ' אֵלּוּ עוֹבְרִין (פְּסָחִים דַּף מד:) מַשְׁמַע כְּשֶׁהָאִיסּוּר חִידּוּשׁ אֵין לִלְמֹוד מִמֶּנּוּ קֻולָּא מֵהַאי טַעְמָא הָיָה מְייַשֵּׁב רַבֵּינוּ יִצְחָק בַּר אַבְרָהָם הַהִיא דְּעֵדִים זוֹמְמִין דְּחִידּוּשׁ הוּא:
Il le tire de ke-nega nir'a li, à moi et non à ma lumière. Étonnant, car plus haut Rava a dit selon Rabbi Yehouda que c'est un hidouch et qu'on n'en déduit rien. Selon l'explication donnée, que Rabbi Yehouda suit sa propre ligne en exigeant ou-finou pour le bois et les pierres, cela se comprend : le hidouch porte précisément sur ou-finou. On peut encore répondre ceci : puisque à sa lampe il ne peut pas voir sans lumière artificielle, l'invalidation tient au motif de la vision, et nous pouvons en déduire pour ailleurs, car nous constatons qu'en général aussi on trouve pour le kohen une exigence de vision plus stricte que pour les pèlerins, puisqu'il faut deux yeux et qu'il faut encore que le jour ne soit pas couvert. Autre étonnement : ici il ressort que Rava écarte la nuit à partir de ce verset, alors qu'au chapitre Ehad dinei mamonot (Sanhédrin 34b) la guemara cite le verset ou-ve-yom hera'ot bo, ce qui suit Abaye. On peut répondre que la guemara a coutume de citer les derachot les plus simples ; et peut-être que si ke-nega nir'a li n'avait pas été écrit, nous aurions établi ou-ve-yom hera'ot pour écarter la nuit. De même au deuxième chapitre de Meguila (20a), la règle qu'on ne circoncit que de jour est déduite de ba-yom ha-chemini, de jour et non de nuit, tandis qu'au chapitre Rabbi Eliezer de-mila (Chabbat 132a) on en déduit de jour, même un Chabbat, et c'est de ben chemonat yamim qu'on déduit des jours et non des nuits. Au chapitre Ha-hovel (Baba Kama 87a) on rattache le gain des années de jeunesse au père depuis bine'oureiha beit aviha, alors qu'au début du premier chapitre de Kidouchin (3b) ce verset est établi pour l'annulation des vœux uniquement, le gain des années de jeunesse se déduisant de ve-khi yimkor. De même au premier chapitre de Kidouchin (3b et 14a) on rattache la règle que c'est l'acte qui sépare et rien d'autre à sefer keritout, alors qu'au chapitre Ha-mevi guet (Guitin 21b) les Sages la déduisent de ve-khatav la, sefer keritout étant requis pour une autre derasha. Toutefois une difficulté demeure : comment rendre compte de la sougya du chapitre Ehad dinei mamonot (Sanhédrin 34b) selon Rava ? On y cite ce verset pour apprendre des nega'im que le jugement se tient de jour. Passe encore si l'on citait ou-ve-yom hera'ot bo : nous pourrions l'appliquer à la conclusion du jugement ; mais ke-nega nir'a li correspond au début du jugement. Et Abaye, qui dit que si c'était de là-bas cela ne vaudrait que pour une impureté ne touchant pas le corps, laisse subsister la difficulté énoncée plus haut, à savoir que selon lui la divergence porte sur le sens que chacun donne au verset, d'où il ressort que Rabbi Yehouda n'expose pas ou-finou, alors qu'il aurait fort bien pu l'exposer aussi et que ou-ve-yom hera'ot resterait nécessaire. Il me semble donc que l'explication est la suivante : plus haut, la divergence sur le sens que chacun donne au verset signifie que Rabbi tient ou-ve-yom hera'ot nécessaire pour une autre derasha, celle de jour et non de nuit, comme je l'ai expliqué plus haut, tandis que Rabbi Yehouda tient qu'on expose les deux et que les deux versets sont requis ; de la même manière que Rabbi tient que de ou-finou seul j'aurais dit qu'il s'agit d'une impureté ne touchant pas le corps, et ou-ve-yom vient nous l'apprendre, et que de be-yom seul nous n'apprendrions que l'affaire de mitsva, et ou-finou vient nous l'apprendre. Selon cela, de l'avis de tous on accorde un délai pour une affaire facultative, puisque tous deux exposent ou-finou comme je l'ai expliqué, et une chose qui découle déjà d'un kal va-homer, le verset a pris la peine de l'écrire, à savoir l'affaire de mitsva. Une difficulté légère subsiste selon Rabbi Yehouda : ce qui comporte un hidouch dans le sens de la rigueur, on n'en déduit pas un allégement, comme il le dit parce que c'est un hidouch, puisque le bois et les pierres ne contractent pas d'impureté, et on n'en déduit que ce qui lui ressemble. Nous disons au chapitre Kol ha-bassar (Houlin 108a) que la viande dans le lait est un hidouch, et Rabbenou Yaakov a expliqué que s'il la fait tremper tout le jour dans du lait c'est permis, tandis que s'il la cuit c'est interdit ; le hidouch ne tient pas à l'interdit lui-même, car ensemble les deux sont interdits alors que chacun pris à part est permis, comme pour le kilayim où chaque espèce prise à part est permise et où leur réunion est interdite, ainsi que la guemara le conclut au chapitre Elou ovrin (Pessahim 44b). Il en ressort que lorsque l'interdit est un hidouch, on n'en déduit pas un allégement. C'est par ce motif que Rabbenou Yitshak bar Avraham rendait compte du cas des edim zommemin, les témoins convaincus de faux témoignage, qui est un hidouch.
💡 Explication

Rava trouve sa source dans les paroles que le propriétaire adresse au kohen : la plaie lui est apparue à lui, par la lumière du jour, sans le secours d'une lampe. Le verset suivant, qui fait venir le kohen, se situe au même moment, donc de jour lui aussi.

Tossefot soulève aussitôt la difficulté : ce verset traite de la maison, c'est-à-dire du hidouch dont on n'apprend rien ; il propose deux voies pour la résoudre, puis compare avec le traitement de la même halakha à Sanhédrin.

11
וְאַבַּיֵּי, אִי מֵהָתָם הֲוָה אָמֵינָא: הָנֵי מִילֵּי טֻומְאָה דְּלָאו דְגוּפֵיהּ, אֲבָל טֻומְאָה דְּגוּפֵיהּ אֲפִילּוּ לְאוֹרוֹ נָמֵי, קָא מַשְׁמָע לַן.

Et Abaye : si l'on ne disposait que de ce verset-là, j'aurais dit que cela ne vaut que pour une impureté qui ne touche pas le corps ; mais pour une impureté du corps, l'inspection vaudrait même à la lumière d'une lampe. Le verset vient donc nous l'apprendre.

📜 Rachi (1)
קמ"ל וּבְיוֹם הֵרָאוֹת בּוֹ דְּבוֹ הַיְינוּ טֻומְאָה דְּגוּפֵיהּ:
Le verset vient nous l'apprendre — par ou-ve-yom hera'ot bo, car bo, en lui, désigne l'impureté du corps même.
💡 Explication

Abaye justifie pourquoi il a besoin de son propre verset. Le verset de la maison ne couvre que les biens ; pour l'atteinte au corps, plus grave, on aurait pu penser que le kohen inspecte même à la lampe. Le mot be-yom du verset du corps ferme cette possibilité : l'inspection se fait à la lumière du jour dans tous les cas.

12
מַתְנִי׳ וְעוֹד אָמַר רַבִּי מֵאִיר: מְלַקֵּט אָדָם עַצְמוֹת אָבִיו וְאִמּוֹ, מִפְּנֵי שֶׁשִּׂמְחָה הִיא לוֹ.

MICHNA. Rabbi Meir a dit encore : un homme recueille les ossements de son père et de sa mère, parce que c'est pour lui une joie.

📜 Rachi (2)
מַתְנֵי' מְלַקֵּט אָדָם עַצְמוֹת אָבִיו וְאִמּוֹ וּמוֹלִיכָן לְמָקוֹם אַחֵר לְקָובְרָן בְּקִבְרוֹת אֲבוֹתָם:
Un homme recueille les ossements de son père et de sa mère — et il les transporte ailleurs pour les enterrer dans les tombeaux de leurs ancêtres.
מִפְּנֵי שֶׁשִּׂמְחָה הִיא לוֹ שֶׁקּוֹבְרָן בְּקִבְרֵי אֲבוֹתָיו וְלֹא מִצְטַעֵר בַּמּוֹעֵד:
Parce que c'est pour lui une joie — car il les enterre dans les tombeaux de ses ancêtres, et il ne s'afflige pas pendant le moed.
💡 Explication

Nouvelle michna. L'usage ancien voulait qu'on enterre d'abord le mort dans une sépulture provisoire ; une fois la chair consumée, on recueillait les ossements pour les déposer dans le tombeau des ancêtres. Cet acte s'appelle likout atsamot.

Rabbi Meir le permet pendant le hol ha-moed, au motif que le fils éprouve de la joie à réunir ses parents aux leurs. Le principe général interdit tout ce qui provoque l'affliction pendant la fête, ce qui rend le motif déterminant.

🖼️ Schéma
Recueillir les ossements de ses parents pendant le hol ha-moed Likout atsamot : transférer les ossements de la sépulture provisoire au tombeau des ancêtres Rabbi Meir : permis simha hi lo : c'est pour lui une joie il les dépose auprès de ses pères Rabbi Yossi : interdit avel hou lo : c'est pour lui un deuil le chagrin n'a pas sa place au moed Beraïta : il prend le deuil toute la journée Rav Hisda : même noués dans son drap Abaye reformule Rabbi Meir la joie de la fête est sur lui et couvre sa peine Nafka mina : la permission ne tient plus à la nature de l'acte mais à la force du moed un jour de deuil reste attaché au likout, le moed le recouvre
La michna, la beraita opposée, et la reformulation d'Abaye.
13
רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר: אֲבָל הוּא לוֹ.

Rabbi Yossi dit : c'est pour lui un deuil.

📜 Rachi (1)
ר' יוֹסֵי אוֹמֵר לֹא יְלַקֵּט מִפְּנֵי שֶׁאָבֵל הוּא לוֹ:
Rabbi Yossi dit — il ne les recueillera pas, parce que c'est pour lui un deuil.
💡 Explication

Rabbi Yossi retient l'autre face du même acte : manier les ossements de ses parents ravive la perte. L'affliction étant incompatible avec la fête, il interdit le likout pendant le moed.

14
לֹא יְעוֹרֵר אָדָם עַל מֵתוֹ, וְלֹא יַסְפִּידֶנּוּ קֹודֶם לָרֶגֶל שְׁלֹשִׁים יוֹם.

Un homme ne suscitera pas de lamentation sur son mort et ne le fera pas louer par un orateur funèbre dans les trente jours qui précèdent la fête.

📜 Rachi (2)
לֹא יְעַרְעֵר עַל מֵתוֹ אִם מֵת לוֹ מֵת חֹדֶשׁ אוֹ חָדְשַׁיִם קֹודֶם הַמּוֹעֵד לֹא יְעַרְעֵר מְפָרֵשׁ בַּגְּמָ' כַּד הָדַר סַפְדָנָא בְּמַעְרְבָא כְּלוֹמַר שֶׁלֹּא יִשְׂכֹּור סַפְדָן לַחֲזֹור עַל קְרוֹבָיו לוֹמַר בְּכוּ עִמִּי כָּל מָרֵי נֶפֶשׁ:
Il ne suscitera pas de lamentation sur son mort — si un mort lui est survenu un mois ou deux avant le moed, il ne suscitera pas de lamentation. La guemara l'explique par la formule employée lorsque l'orateur funèbre circulait en Erets Israël, c'est-à-dire qu'il n'engagera pas un orateur pour aller de proche en proche en disant : pleurez avec moi, vous tous dont l'âme est amère.
לֹא יַסְפִּידֶנּוּ שֶׁאִם מֵת לוֹ מֵת בְּתוֹךְ שְׁלֹשִׁים יוֹם לִפְנֵי הָרֶגֶל לֹא יִשְׂכֹּור סַפְדָן לְהַסְפִּידוֹ וּשְׁלֹשִׁים יוֹם אַתַּרְוַייְהוּ קָאֵי וְטַעְמָא דִּשְׁלֹשִׁים יוֹם מְפָרֵשׁ בַּגְּמָ':
Il ne prononcera pas son éloge funèbre — car si un mort lui est survenu dans les trente jours qui précèdent la fête, il n'engagera pas d'orateur funèbre pour le faire ; et les trente jours portent sur les deux clauses. Le motif des trente jours est expliqué dans la guemara.
💡 Explication

Seconde clause de la michna, admise de tous. Deux actes sont visés : le-orer, susciter la lamentation, que la guemara expliquera comme l'appel lancé par l'orateur à tous les endeuillés de l'assistance, et hespeda, l'éloge funèbre proprement dit. La limite des trente jours porte sur les deux, et son motif sera donné plus bas.

15
גְּמ׳ וּרְמִינְהוּ: הַמְלַקֵּט עַצְמוֹת אָבִיו וְאִמּוֹ — הֲרֵי זֶה מִתְאַבֵּל עֲלֵיהֶם כָּל הַיּוֹם, וְלָעֶרֶב אֵין מִתְאַבֵּל עֲלֵיהֶן. וְאָמַר רַב חִסְדָּא: אֲפִילּוּ צְרוּרִין לוֹ בִּסְדִינוֹ!

GUEMARA. On oppose une beraita : celui qui recueille les ossements de son père et de sa mère prend le deuil pour eux toute la journée, et le soir il ne prend plus le deuil pour eux.

Et Rav Hisda a dit : même s'ils lui sont noués dans son drap.

📜 Rachi (2)
גְּמ' הֲרֵי הוּא מִתְאַבֵּל עֲלֵיהֶן וְקַשְׁיָא לְרַבִּי מֵאִיר דְּאָמַר מִפְּנֵי שֶׁשִּׂמְחָה הִיא לוֹ:
Il prend le deuil pour eux — et cela fait difficulté à Rabbi Meir, qui a dit que c'est pour lui une joie.
אֲפִילּוּ צְרוּרִין בִּסְדִינוֹ שֶׁאֵינוֹ מְלַקְּטָן וְאֵינוֹ רוֹאֶה אוֹתָן הֲרֵי זֶה מִתְאַבֵּל כָּל זְמַן שֶׁלֹּא נִקְבְּרוּ:
Même noués dans son drap — alors qu'il ne les recueille pas et ne les voit pas, il prend malgré tout le deuil tant qu'ils ne sont pas enterrés.
🗂️ Tossefot (2)
וּרְמִינְהוּ הַמְלַקֵּט כו'. בְּמַס' שְׂמָחוֹת (פֶּרֶק יב ע"ש) וַהֲוָה מָצֵי לְשַׁנּוֹיֵי הָא מַנִּי ר' יוֹסֵי הִיא דְּאָמַר בַּמִּשְׁנָה אֲבָל הוּא לוֹ:
On oppose : celui qui recueille, etc. Cela se trouve dans le traité Semahot (chapitre 12, vois-y). La guemara aurait pu répondre : de qui est cette beraita ? De Rabbi Yossi, qui dit dans la michna que c'est pour lui un deuil.
וְלָעֶרֶב אֵינוֹ מִתְאַבֵּל וְאָמַר רַב חִסְדָּא. בְּלֹא דְּרַב חִסְדָּא הִקְשָׁה הֵיטֵב אֶלָּא כָּךְ רְגִילוּת הַשַּׁ"ס אַגַּב גְּרָרָא לְהָבִיא פֵּירוּשׁ הַבָּרַייְתָא דַּאֲפִילּוּ צְרוּרִין לוֹ בִּסְדִינוֹ אֵינוֹ מִתְאַבֵּל לָעֶרֶב וְיֵשׁ מְפָרְשִׁים דְּאַרֵישָׁא קָאֵי אֲפִילּוּ צְרוּרִין לוֹ בִּסְדִינוֹ כַּמָּה יָמִים צָרִיךְ לְהִתְאַבֵּל כָּל זְמַן שֶׁרוֹאֶה אוֹתָן וּפִי' קַמָּא נִיחָא טְפֵי אֲבָל לֹא שַׁיָּיךְ הָכָא כָּל כָּךְ לְפֵירוּשׁ רִאשׁוֹן דְּהָא מִסֵּיפָא אֵינוֹ מִתְאַבֵּל לָעֶרֶב לָא מָצֵי לְהַקְשׁוֹת עַל הַמִּשְׁנָה כִּי אִם מֵרֵישָׁא וְצָרִיךְ לוֹמַר דְּמַיְיתִי סֵיפָא אַגַּב גְּרָרָא וְהָא דְּרַב חִסְדָּא אַגַּב גְּרָרָא לִגְרָרָא:
Et le soir il ne prend plus le deuil, et Rav Hisda a dit. Même sans la parole de Rav Hisda la question était déjà bien posée ; mais telle est l'habitude de la guemara, citer incidemment l'explication de la beraita, à savoir que même s'ils lui sont noués dans son drap il ne prend pas le deuil le soir. Certains expliquent que la parole de Rav Hisda porte sur la première clause : même noués dans son drap plusieurs jours, il doit prendre le deuil tant qu'il les voit ; la première explication est préférable. Selon cette première explication, toutefois, la citation se rattache mal à notre sujet, car de la clause finale, il ne prend pas le deuil le soir, on ne peut pas questionner la michna, mais seulement de la première clause. Il faut donc dire que la clause finale est citée incidemment, et la parole de Rav Hisda incidemment à l'incident.
💡 Explication

La beraita impose un jour de deuil à celui qui procède au likout, ce qui contredit frontalement le motif de Rabbi Meir, pour qui l'acte est une joie. Rav Hisda renforce encore : le deuil s'impose même sans manipulation des ossements, lorsqu'ils se trouvent simplement noués dans un drap.

16
אָמַר אַבַּיֵּי: אֵימָא, מִפְּנֵי שֶׁשִּׂמְחַת הָרֶגֶל עָלָיו.

Abaye a dit : dis plutôt, parce que la joie de la fête est sur lui.

📜 Rachi (1)
מִפְּנֵי שֶׁשִּׂמְחַת הָרֶגֶל עָלָיו כְּלוֹמַר הַרְבֵּה הוּא עוֹסֵק בְּשִׂמְחַת הָרֶגֶל וְאֵינוֹ מִצְטַעֵר בְּמַלְקֵט עַצְמוֹת אָבִיו וְאִמּוֹ:
Parce que la joie de la fête est sur lui — c'est-à-dire qu'il est tout occupé de la joie de la fête et ne s'afflige pas en recueillant les ossements de son père et de sa mère.
💡 Explication

Abaye déplace le motif de Rabbi Meir. Le likout garde son caractère de deuil, comme le dit la beraita ; ce qui autorise l'acte pendant le moed, c'est la joie de la fête, assez forte pour couvrir la peine du jour. La permission tient donc au temps où l'acte est accompli, et la contradiction tombe.

17
וְלֹא יְעַרְעֵר עַל מֵתוֹ. מַאי לֹא יְעַרְעֵר עַל מֵתוֹ? אָמַר רַב: כַּד הָדַר סַפְדָנָא בְּמַעְרְבָא, אָמְרִי: יִבְכּוֹן עִמֵּיהּ כָּל מְרִירֵי לִיבָּא.

Il ne suscitera pas de lamentation sur son mort. Qu'est-ce que il ne suscitera pas de lamentation sur son mort ?

Rav a dit : lorsque l'orateur funèbre circulait en Erets Israël, ils disaient : que pleurent avec lui tous ceux dont le cœur est amer.

📜 Rachi (1)
יִבְכּוּן עִמֵּיהּ (אֲפִילּוּ) הָכִי אָסוּר לְמֵימַר בַּמּוֹעֵד הַיְינוּ לֹא יְעוֹרֵר עַל מֵתוֹ:
Que pleurent avec lui — il est ainsi interdit de le dire pendant le moed, et c'est cela il ne suscitera pas de lamentation sur son mort.
💡 Explication

La guemara définit le premier terme de la michna. L'orateur funèbre professionnel allait d'une maison à l'autre et lançait cet appel en araméen : yivkoun imeh kol merirei liba, que pleurent avec lui tous ceux dont le cœur est amer. La formule réveillait le chagrin de tous les endeuillés présents ; c'est cette mise en branle collective que la michna interdit avant la fête.

18
קֹודֶם הָרֶגֶל שְׁלֹשִׁים יוֹם. מַאי שְׁנָא שְׁלֹשִׁים יוֹם?

Trente jours avant la fête. En quoi trente jours sont-ils particuliers ?

💡 Explication

La guemara interroge la mesure elle-même. Trente jours est la durée où l'on commence à étudier les lois de la fête et à préparer sa montée ; reste à savoir quel danger précis cette limite protège.

19
אָמַר רַב כָּהֲנָא אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר רַב: מַעֲשֶׂה בְּאָדָם אֶחָד שֶׁכִּינֵּס מָעוֹת לַעֲלוֹת לָרֶגֶל, וּבָא סַפְדָן וְעָמַד עַל פֶּתַח בֵּיתוֹ, וּנְטָלָתַן אִשְׁתּוֹ וּנְתָנָתַן לוֹ, וְנִמְנַע וְלֹא עָלָה. בְּאוֹתָהּ שָׁעָה אָמְרוּ: לֹא יְעוֹרֵר עַל מֵתוֹ וְלֹא יַסְפִּידֶנּוּ קֹודֶם לָרֶגֶל שְׁלֹשִׁים יוֹם.

Rav Kahana a dit au nom de Rav Yehouda au nom de Rav : il arriva qu'un homme eut amassé de l'argent pour monter à Jérusalem pour la fête. Un orateur funèbre vint et se posta à l'entrée de sa maison ; sa femme prit cet argent et le lui donna, si bien que l'homme renonça et ne monta pas.

À ce moment-là ils dirent : on ne suscitera pas de lamentation sur son mort et on ne prononcera pas son éloge funèbre dans les trente jours qui précèdent la fête.

📜 Rachi (1)
אָמַר רַב (נַחְמָן) מַעֲשֶׂה כו' כְּלוֹמַר שֶׁהָיוּ לוֹ מָעוֹת מְזֻומָּנִין לְצֹורֶךְ לַעֲלוֹת לָרֶגֶל וּנְתָנָתַן אִשְׁתּוֹ לְהַסַּפְדָנִים וְנִמְנָע מִלַּעֲלוֹת לָרֶגֶל:
Rav Nahman a dit : il arriva, etc. — c'est-à-dire qu'il avait de l'argent tout prêt pour monter à la fête ; sa femme le donna aux orateurs funèbres, et il renonça à monter.
💡 Explication

Rav fonde la mesure sur un fait. L'argent mis de côté pour la aliya la-regel passa à l'orateur funèbre, et le pèlerinage fut manqué. Les Sages ont alors écarté les orateurs pendant les trente jours qui précèdent la fête, de façon à protéger la somme réservée au voyage.

Le motif est donc pratique autant que moral : la dépense du deuil menace directement l'accomplissement du pèlerinage.

🖼️ Schéma
Le fait rapporté par Rav et la mesure qui en est sortie Un homme amasse de quoi monter à la fête Un orateur funèbre se poste à sa porte Sa femme lui remet l'argent mis de côté Le pèlerinage est manqué Mesure prise à ce moment-là ni lamentation suscitée ni éloge funèbre dans les trente jours qui précèdent la fête Le motif est économique autant que moral : l'argent du pèlerinage est protégé contre la dépense de l'orateur. Trente jours, la durée où l'on se prépare déjà à la fête.
Le fait rapporté par Rav et la mesure des trente jours.
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וּשְׁמוּאֵל אָמַר:

Et Chmouel a dit :

💡 Explication

Chmouel propose une autre explication des trente jours ; sa parole se poursuit au folio suivant.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).